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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-1"> ¤ Le film roumain « Touch me not » d’Adina Pintilie a décroché l’Ours d’or, samedi 24 février à l’occasion du 68e festival du film de Berlin.
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Berlinale : le film roumain « Touch me not » d’Adina Pintilie remporte l’Ours d’or

Le film roumain « Touch me not » d’Adina Pintilie a décroché l’Ours d’or, samedi 24 février à l’occasion du 68e festival du film de Berlin.



Le Monde
 |    24.02.2018 à 20h14
 • Mis à jour le
24.02.2018 à 20h16
   





                        


Le film roumain « Touch me not » d’Adina Pintilie a décroché l’Ours d’or, samedi 24 février à l’occasion du 68e festival du film de Berlin. Ce film est une exploration à mi-chemin entre fiction et documentaire sur l’intimité et la sexualité.

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                #MeToo, au point de départ de la colère mondiale des femmes



Sur fond d’onde choc #MeToo, le jury a également récompensé une autre femme réalisatrice, la Polonaise Malgorzata Szumowska, qui a reçu le Grand prix du jury pour « Twarz » (« Mug ») sur un jeune homme défiguré après un grave accident.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-2"> ¤ Réactions au multiplexe local, où le nouveau film de Dany Boon est sorti en avant-première.
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Séance en ch’tite famille à Saint-Omer

Réactions au multiplexe local, où le nouveau film de Dany Boon est sorti en avant-première.



Le Monde
 |    24.02.2018 à 12h26
    |

            Laurent Carpentier (Saint-Omer, Pas-de-Calais, envoyé spécial)








                        



                                


                            

Une « Chortie din Ch’nord » qui précède de quelques jours la sortie nationale : le coup avait fait miracle en 2008 avec Bienvenue chez les Ch’tis. Dix ans plus tard, Pathé et Dany Boon remettent ça pour La Ch’tite Famille qui, sans être une suite, joue également sur la fibre régionale. Le film est présenté dans 76 villes des Hauts-de-France, soit 85 écrans sur les quelque 800 qui devraient le projeter dans tout le pays à partir de mardi, histoire de rappeler que tout est parti d’ici. Car c’est bien là le sujet de La Ch’tite Famille : « N’jamais oublier d’où ch’est qu’in vient », comme l’explique le personnage joué par Line Renaud à son fils embourgeoisé et ingrat.
Saint-Omer, Pas-de-Calais, 15 000 habitants. Sa cathédrale, son ancien bunker de fusées V2, sa cour d’assises (l’affaire Outreau), à la frontière des Flandres et de l’Artois. Daniel Farid Hamidou, alias Dany Boon, est né à une cinquantaine de kilomètres à l’Est, à Armentières, en 1966. Son père était chauffeur pour la compagnie de transport Gilliet à Saint-Omer. Autant dire quasi un môme du pays, dont le Bienvenue chez les Ch’tis avait rempli la salle de cinéma comme jamais. « Franchement j’avais jamais vu ça, s’esbaudit encore Philippe Coppey, le directeur d’Ociné. 84 000 entrées pour un bassin de population de 100 000 habitants ! 2008 n’était pas une bonne année, Bienvenue chez les Ch’tis nous a sauvés. »
Philippe Coppey gère les salles, Cathy, la sœur, s’occupe de la programmation, et bien qu’il soit à la retraite, Bernard, le père, s’agite dans tous les sens, serre une main ici, donne un conseil là. Ociné : une ch’tite famille. Après la guerre, à Bourbourg (à quelques battements d’ailes de mouettes vers le nord), le grand-père déjà avait une « salle ». Comprendre : un café qui faisait dancing ou cinéma, « avec un poêle à bois au milieu, des films au nitrate qui prenaient...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-3"> ¤ La vision d’un même film par la même personne à plusieurs décennies d’intervalle dit bien des choses sur ce qui est survenu entre-temps, souligne Thomas Sotinel, critique de cinéma au « Monde ».
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Revoir les films de Woody Allen à l’heure de #metoo

La vision d’un même film par la même personne à plusieurs décennies d’intervalle dit bien des choses sur ce qui est survenu entre-temps, souligne Thomas Sotinel, critique de cinéma au « Monde ».



Le Monde
 |    24.02.2018 à 06h30
    |

                            Thomas Sotinel








                        



                                


                            
J’ai vu Wonder Wheel, de Woody Allen, son dernier film en date (et peut-être le dernier tout court, puisque son actuel financier, Amazon, envisage de lui couper les vivres), un jour de grand froid, dans une salle à moitié vide, à peine chauffée, dont la température contrastait avec la moiteur stéréotypée qui baigne cet hommage à/pastiche de l’univers du dramaturge Eugene O’Neill.
Le film n’est pas très réussi, mais, comme toujours chez Woody Allen, il est émaillé de moments qui témoignent de la science et de l’art de l’auteur. Cette fois, ce sont quelques plans-séquences qui suivent les allées et venues de Kate Winslet dans l’appartement minable que son personnage, une femme mal mariée, jalouse de sa belle-fille, occupe, à Coney ­Island, dans les années 1950. A ce moment, Woody Allen, plutôt que de l’énoncer, met en scène la claustrophobie, l’impatience, sans un mot.

Mais, pour être honnête, ces mouvements de caméra, je les ai remarqués presque incidemment. Voir un film de Woody Allen aujourd’hui, c’est – qu’on y résiste ou qu’on se livre avec ardeur à cet exercice – chercher les traces d’une existence devenue l’enjeu d’un procès sans fin. En 1992, Woody ­Allen a été accusé par Mia Farrow d’avoir agressé sexuellement leur fille adoptive Dylan, 7 ans. Il s’est toujours défendu de cette accusation et, à l’époque, la justice du Connecticut, où l’agression aurait eu lieu selon les témoignages de Mia et Dylan Farrow, avait classé l’affaire.
A la fin de Wonder Wheel (autant le dire tout de suite, la rédaction de cet article nécessite de dévoiler la fin de la plupart des films évoqués), Ginny, la quadragénaire frustrée que joue Kate Winslet, commet un acte infâme, par jalousie, par lassitude, par dégoût de soi. Mia Farrow avait signalé l’agression contre Dylan après avoir découvert la liaison entre Woody Allen et Soon-Yi, fille adoptive de l’actrice et de son précédent mari, André Previn.
Un peu de pureté
Magic in...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-4"> ¤ Eric Toledano et Olivier Nakache racontent leur parcours en duo. Leur dernier film, « Le Sens de la fête » cumule dix nominations aux Césars, dont la cérémonie se déroulera vendredi 2 mars.
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Eric Toledano, Olivier Nakache : « L’amour des dialogues a forgé notre amitié »

Eric Toledano et Olivier Macache racontent leur parcours en duo. Leur dernier film, « Le Sens de la fête » cumule dix nominations aux Césars, dont la cérémonie se déroulera vendredi 2 mars.



Le Monde
 |    24.02.2018 à 06h00
 • Mis à jour le
24.02.2018 à 11h12
    |

            Pascale Krémer








                        



                                


                            

Plusieurs de leurs longs-métrages, Intouchables en tête, ont rencontré un grand succès populaire. Leur dernier film, Le Sens de la fête, a réuni plus de 3 millions de spectateurs et cumule dix nominations aux Césars, dont la cérémonie se déroulera vendredi 2 mars. Eric Toledano et Olivier Nakache, amis de presque trente ans, ont toujours travaillé en duo.
Je ne serais pas arrivé là si…
Eric Toledano… Si je ne m’étais pas un peu ennuyé à l’adolescence. J’ai trouvé dans le cinéma l’ouverture au monde qui me manquait. Je grandissais à Versailles dans une famille pleine d’amour, mais où l’on exprimait peu les choses. Mes parents étaient arrivés du Maroc en 1967. Mon père avait fait l’ENA. Le mot d’ordre, était : « On s’adapte ! », il fallait être brillant, ne pas se faire remarquer. Mes frère et sœur étaient sur ce chemin, moi j’étais un élève moyen, plutôt réfractaire au système – jusqu’à l’université où je me suis senti plus en phase. De ma période d’ennui est née une envie artistique dont je ne pensais pas qu’elle puisse devenir un moyen de subsistance. Mes parents n’avaient aucune connexion, et leur ambition était de nous voir devenir avocat ou médecin, pas artiste. C’est pour ça que « je ne serais pas arrivé là » non plus sans la rencontre avec Olivier. Sans ce partage d’envie.
Et vous, Olivier Nakache, vous ne seriez pas arrivé là si… ?
… Si je n’avais pas rencontré Eric. Mon parcours est indissociable du sien.
Votre enfance a ressemblé à la sienne ?
O. N. Oui, nous sommes tous les deux de banlieue. Je viens d’un quartier populaire, la cité HLM Lorilleux, sur les hauts de Puteaux. Mes parents sont arrivés d’Algérie après l’indépendance. Leur histoire est assez semblable à celles des personnages du Coup de Sirocco. Le bateau en 1962, Marseille, et puis la région parisienne. A Puteaux, mon environnement...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-5"> ¤ Le confiseur suisse était lié à un contrat de sponsoring avec l’entreprise du producteur américain.
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A la suite de la chute du studio Weinstein, le chocolatier Lindt assigne l’entreprise en justice

Le confiseur suisse était lié à un contrat de sponsoring avec l’entreprise du producteur américain.



Le Monde
 |    23.02.2018 à 22h03
   





                        



   


Le chocolatier suisse Lindt & Sprüngli vient d’ajouter son nom à la longue liste d’assignations en justice contre le studio Weinstein, accusé de ne pas avoir honoré les termes d’un contrat de sponsoring lié aux Golden Globes.
Dans une plainte déposée mercredi 21 février devant la Cour suprême de l’Etat de New York, le chocolatier explique avoir signé à la fin de 2015 un contrat de sponsoring avec The Weinstein Company, le studio fondé par le producteur éponyme déchu et son frère Robert.
Ce contrat prévoyait que Lindt sponsoriserait, pour un montant total de 400 000 dollars et durant trois années consécutives, les soirées organisées par The Weinstein Company dans le cadre des cérémonies de remise des Golden Globes. Ces soirées de parrainage se sont déroulées normalement en 2016 et en 2017. Mais pour les Golden Globes de janvier 2018, « la soirée n’a pas eu lieu », rappelle Lindt dans sa plainte.

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                Affaire Weinstein : le producteur exclu de l’Académie des Oscars



Et pour cause : The Weinstein Company (TWC) n’avait plus rien à célébrer, étant au bord de la faillite après que l’ancien magnat de Hollywood eut été accusé par plus d’une centaine de femmes d’abus sexuels allant du harcèlement au viol.
La société Lindt, qui réclame des dommages d’un montant non précisé, dit avoir demandé dès décembre le remboursement des 133 333 dollars correspondant, selon elle, à cette partie du contrat. En vain, dit-elle, alors même que TWC a « admis le non-respect du contrat et promis le paiement ».
Eviter la faillite
Depuis que le scandale Weinstein a éclaté, au début d’octobre, des dizaines de plaintes au civil, y compris deux au moins en nom collectif, ont été déposées contre Harvey Weinstein et la Weinstein Company. Surtout par des femmes qui affirment avoir été abusées par le producteur, et qui réclament parfois des millions de dommages et intérêts.
Le 11 février, l’Etat de New York a assigné en justice le studio pour ne pas avoir protégé ses employés du harcèlement sexuel. Cette assignation portait des accusations de violations des droits humains, des droits individuels, et du droit du travail. « TWC a violé à plusieurs reprises le droit new-yorkais en ne protégeant pas ses employés d’un harcèlement sexuel invasif, des intimidations et de la discrimination », a notamment déclaré Eric Schneiderman, cité dans un communiqué.

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                Agressions sexuelles : l’Etat de New York assigne le studio Weinstein en justice



Cette plainte avait bloqué de fait la vente du studio à un consortium emmené par une ex-responsable de l’administration Obama, vue comme l’une des rares possibilités pour le studio d’éviter la faillite.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-6"> ¤ L’actrice, scénariste et réalisatrice américaine est nommée cinq fois aux Oscars pour son film « Lady Bird », qui s’inspire de son parcours.
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Greta Gerwig, la funambule du cinéma indépendant

L’actrice, scénariste et réalisatrice américaine est nommée cinq fois aux Oscars pour son film « Lady Bird », qui s’inspire de son parcours.



Le Monde
 |    23.02.2018 à 16h41
 • Mis à jour le
24.02.2018 à 06h35
    |

                            Maroussia Dubreuil








                        



                                


                            

Il y a des voyages qui comptent plus que d’autres. Pour l’actrice, scénariste et réalisatrice américaine Greta Ger­wig, il a consisté à traverser, il y a quinze ans, les Etats-Unis d’ouest en est. De Sacramento, Californie, là où elle a grandi, à New York, où elle s’est installée à 19 ans, avant de devenir une des figures du cinéma indépendant.
Son premier film en tant que réalisatrice, Lady Bird (sortie prévue le 28 février), retrace ce voyage inaugural à travers la détermination de Christine McPherson, une lycéenne qui n’a qu’un rêve : quitter sa mère envahissante, son père chômeur et Sacramento pour le bouillonnement culturel new-yorkais. « Mes parents ont toujours été heureux au travail et se sont beaucoup impliqués dans la vie locale de Sacramento, explique Gerwig, comme pour rectifier son autoportrait cinématographique. Leur engagement m’a appris à ne jamais rester passive. »
Adolescente, Greta Gerwig fait donc à Sacramento tout ce qu’une jeune femme consciente de sa citoyenneté peut entreprendre. Elle sert des repas au Loaves & Fishes, un refuge pour sans-abri, assiste à des conférences à la bibliothèque publique, applaudit les spectacles donnés dans les petits théâtres de la ville et distribue des tracts pour soutenir des campagnes électorales locales. « Mais la grande figure culturelle de la ville que je vénérais était l’écrivaine Joan Didion, dont la maison d’enfance était à quinze minutes de chez moi », ajoute-t-elle. Elève au lycée privé catholique de jeunes filles St. Francis, elle enfile tous les matins une jupe sur un bas de pyjama et consigne dans un cahier sketchs et pièces de théâtre qu’elle fait lire à ses camarades de classe.
Héritiers de Cassavetes
« Je n’ai jamais écrit de poèmes ni de nouvelles, précise-t-elle. J’ai toujours écrit pour des acteurs. Et c’est devenu sérieux à l’université. » Le Barnard College, faculté affiliée à Columbia, réservée aux filles, où...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-7"> ¤ L’acteur et réalisateur se remet en scène dans une comédie un peu trop chargée en rebondissements.
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« La Ch’tite Famille » : Dany Boon en son terreau d’origine

L’acteur et réalisateur se remet en scène dans une comédie un peu trop chargée en rebondissements.



Le Monde
 |    23.02.2018 à 16h21
 • Mis à jour le
23.02.2018 à 16h55
    |

            Jacques Mandelbaum








                        



                                


                            

L’avis du « Monde » – pourquoi pas
Dix ans net après le film aux vingt millions d’entrées – Bienvenue chez les Ch’tis, son meilleur à ce jour –, Dany Boon, originaire du cru, a éprouvé le désir de repasser une petite couche nordiste sur sa ­filmographie. Non que son aura ait faibli, puisqu’il reste l’un des chouchous du box-office national avec plusieurs autres succès (Rien à déclarer, Raid dingue). Non qu’il ait tenté, avec La Ch’tite Famille, de donner une suite au titre anthologique. Il a voulu simplement revenir au terreau d’origine après s’en être longtemps éloigné, quand bien même le film ne s’y installe qu’à peine.
La fable, subtile, est conçue pour susciter un effet de miroir entre fiction et réalité
La fable, subtile, est d’ailleurs conçue pour susciter un effet de miroir entre fiction et réalité. Dany Boon incarne dans le film un artiste, Valentin, designer parvenu, avec son épouse, Constance (Laurence Arné), au top niveau de la création et de la snoberie internationales. On ne compte plus les riches éclopés qui se sont essayés à s’asseoir sur leur célèbre chaise à trois pieds. Derrière, beau-papa, une singulière ordure, active la machine à communiquer aussi bien que celle à billets. Valentin, quant à lui, s’est forgé un passé d’enfant abandonné qui lui permet d’occulter, y compris auprès de sa femme et de son beau-père, ses origines « honteuses » de Ch’ti pur jus, et sa famille, avec laquelle il a lâchement coupé les ponts.

Manque de chance, les 80 ans de sa mère poussent la truculente tribu à lui rendre une visite groupée, débarquant au débotté en plein pince-fesses au Palais de Tokyo, à Paris. Il y a là la mère (Line Renaud), le frère (Guy Lecluyse), la belle-sœur (Valérie Bonneton) et la nièce (Juliane Lepoureau). Seul le père (Pierre Richard), les pieds dans la boue mais drapé dans sa dignité, a préféré rester dans sa casse automobile, près du mobil-home familial.
Moment amnésique
Clan...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-8"> ¤ « Sérénade à trois », chef-d’œuvre irrévérencieux du cinéaste, ressort en version restaurée.
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Reprise : le triangle amoureux selon Ernst Lubitsch

« Sérénade à trois », chef-d’œuvre irrévérencieux du cinéaste, ressort en version restaurée.



Le Monde
 |    23.02.2018 à 16h00
 • Mis à jour le
23.02.2018 à 16h48
    |

                            Murielle Joudet








                        



   


« Il m’est arrivé une chose qui arrive habituellement aux hommes. » Gilda Farrell (Miriam Hopkins), séduisante caricaturiste, est amoureuse de deux hommes qui, pour couronner le tout, sont meilleurs amis. Sérénade à trois, d’Ernst Lubitsch, sort en 1933, dernière année avant que le code Hays entre en vigueur. Détail ­important, car le film condense à peu près tout ce que ce code de censure comptait interdire : triangle amoureux, infidélité, évocation crue de la sexualité des personnages. D’abord autorisé en salle, le film sera finalement bloqué par la censure en 1934.
Imaginez un monde où coucher avec un homme et son meilleur ami vous pose moins de scrupules moraux que de soucis pratiques : l’extrême modernité de Sérénade à trois tient dans cet amoralisme tranquille, qui pose les bases de la comédie romantique moderne où le sentiment, plus que la morale, devient un problème en soi et où formuler ce qu’on ressent, c’est agir sur soi-même et les autres.
« Distinguer la science de l’expérience »
Dans un magnifique texte, « Le Paradis des eaux troubles » (Ernst Lubitsch, ouvrage collectif, Petite bibliothèque des Cahiers du cinéma/Cinémathèque française, 2006), le critique Charles Tesson évoquait très justement ce qui caractérise le héros lubitschien et, avec lui, tout un paradigme amoureux qui fait encore date :
« La force du héros lubitschien, c’est qu’il a du temps par rapport à ses désirs (jeu, calcul, stratégie), avant (pour agir) et après (pour réfléchir), et qu’il sait distinguer en permanence la science (du désir) de l’expérience (du plaisir). (…) Littéralement, le héros lubitschien ajoute de la mise en scène (il aménage un espace et un temps de parole autour de la femme, échafaude un plan). »
L’espace lubitschien est modulé par la parole, par ce qu’on cache ou révèle, par ce qu’on veut dire et qui reste dissimulé derrière une porte vouée à s’ouvrir inévitablement. Car, dans sa suprême élégance, son cinéma tend à la transparence et à la plénitude langagière : le triangle amoureux délesté du jugement moral, un espace de communication s’étend à perte de vue devant les personnages. Un espace où donner forme à ses sentiments en en communiquant la moindre nuance, le moindre changement.
Faute de pouvoir choisir entre son peintre (Gary Cooper) et son dramaturge (Fredric March), Gilda choisit de continuer à fréquenter les deux hommes, à la condition que ces relations restent platoniques. Cette résolution finira par se cogner contre la réalité du sentiment amoureux : chassez le sexe, il revient au galop.
Antiromantique
Tout l’enjeu du film sera de se débarrasser avec beaucoup de joie et d’irrévérence d’une certaine idée de l’amour qui se complaît dans ses blessures narcissiques : la douleur n’a pas sa place dans le monde heureux et idéal de Lubitsch. En cela, Sérénade à trois est absolument antiromantique, réagissant à une conception de l’amour recroquevillée sur un impératif d’exclusivité et de possession, perçue comme une vision bourgeoise de la conjugalité. Bourgeoise, car le triangle amoureux s’épanouit au moment où les deux artistes sont tout en bas de l’échelle sociale, vivotant dans une studette dans un Paris bohème, mais ce trio se disloque au profit de leur ascension sociale et artistique. Il suffira d’une ultime scène en voiture pour que ce monde vaudevillesque, où l’amour est incompatible avec le chiffre trois, soit balayé d’un geste, ouvrant ainsi les vannes à un sentiment enfin autorisé à s’épanouir et à circuler.
Ce serait peut-être l’ultime morale du film : prenons le parti de l’honnêteté (avec soi-même et les autres), car, en amour, tout finit par se savoir. On pourrait s’aventurer à dire du monde lubitschien qu’il est adulte. Non pas au sens où chacun finit par comprendre que son désir doit inévitablement composer avec des entraves morales et un principe de réalité, mais en un sens beaucoup plus profond et réjouissant, qui revient pour Gilda à comprendre qu’il ne faut surtout pas céder sur son désir.

Film américain (1933) d’Ernst Lubitsch (1 h 31). Sortie de la version restaurée le 21 février. Sur le Web : www.splendor-films.com et www.facebook.com/SplendorFilms



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-9"> ¤ La course aux Oscars ne les concerne plus. Ces preneurs de son, décorateurs, acteurs à la retraite coulent des jours paisibles à Woodland Hills, en Californie, dans une maison financée par l’industrie du cinéma, qui leur garantit une fin de vie douce.
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Le Monde
 |
                  23.02.2018 à 12h11
 • Mis à jour le
24.02.2018 à 06h38


La course aux Oscars ne les concerne plus. Ces preneurs de son, décorateurs, acteurs à la retraite coulent des jours paisibles à Woodland Hills, en Californie, dans une maison financée par l’industrie du cinéma, qui leur garantit une fin de vie douce.

Par                             Clémentine Goldszal





                     
C’est un jeudi matin comme un autre, à la maison de retraite du Motion Picture & Television Fund (MPTF), à Woodland Hills, un quartier cossu planté sur les collines du nord de Los Angeles. Un peu avant 10 heures, une quinzaine de résidents papotent autour d’un café, servi dans des gobelets en polystyrène, en attendant que commence leur cours d’« écriture créative ». Arrive une vieille dame pimpante, qui pousse son yorkshire dans une poussette. Un octogénaire la suit, aidé d’un déambulateur. Un autre s’avance vaillamment, appuyé sur des béquilles.
Et voilà « Liz », hiératique dans son fauteuil roulant électrique. Baskets rose vif, lunettes de soleil, veste noire imitation astrakan, longs ongles à la manucure fatiguée et rouge à lèvres irisé sommairement appliqué, Lisabeth Hush, 83 ans, est partiellement paralysée, mais elle a de l’allure. « Vous étiez actrice ? », tente-t-on timidement. « Tapez mon nom dans Google ! » Une cinquantaine d’occurrences figure en effet sur sa page IMDb, la base de données de référence de l’industrie du cinéma : dans les années 1960 et 1970, Liz était bien une vedette du petit écran. Elle a joué dans les séries Mission impossible et Perry Mason, et partagé l’affiche sur grand écran avec Richard Bronson, dans Le Cercle noir (1973), et Julie Andrews, dans Millie (1967).
La chapelle de John Ford
De tels personnages, cette maison de retraite pas comme les autres en a vu passer beaucoup depuis sa création, il y a soixante-seize ans. Fondé en 1921 par Charlie Chaplin, Mary Pickford, Douglas Fairbanks et D.W. Griffith, le MPTF est à ses débuts une simple cagnotte caritative, conçue pour venir en aide aux travailleurs du cinéma en difficulté. A la fin des années 1920, le fonds porte secours aux employés mis au chômage par le passage du muet au parlant. En 1940, enfin, il acquiert le terrain sur lequel sera inauguré, deux ans plus tard, le Motion Picture & Television Country House...





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Timothée Chalamet, la douceur de vivre


                      A l’affiche de « Lady Bird » et de « Call Me by Your Name », pour lequel il est nommé aux Oscars, l’Américain de 22 ans séduit Hollywood avec ses faux airs de James Dean. Le côté rebelle en moins.



Le Monde
 |    23.02.2018 à 12h11
    |

                            Maroussia Dubreuil








                              

                        

Hollywood s’est trouvé une nouvelle coqueluche : Timothée Chalamet, 22 ans, jeune comédien aux yeux verts, à la mèche rebelle et aux faux airs de James Dean. Mais, à l’écran, l’acteur incarne tout le contraire de celui qui mourut au volant de sa Porsche 550 Spyder un jour de septembre 1955. Dans ses rôles, Chalamet est du genre cultivé, enthousiaste et bien aimé.
À l’image de son personnage dans Call Me by Your Name (en salle le 28 février), de l’Italien Luca Guadagnino, qui lui vaut d’être nommé pour l’Oscar du meilleur acteur. Il y joue Elio, 17 ans, lecteur invétéré et musicien entouré d’une famille bienveillante, qui, lors d’un été en Italie, vit son premier amour avec un étudiant américain.
Le 4 mars, la 90e cérémonie des Oscars sera aussi pour lui l’occasion de soutenir l’équipe de Lady Bird, première réalisation de l’actrice Greta Gerwig (qui sort aussi le 28 février), nommée dans cinq catégories, et dans laquelle il interprète également le rôle d’un jeune érudit. « Timothée est assez intimidant, confie la réalisatrice. J’ai pensé que son intelligence conviendrait bien au personnage de Kyle, dont les idées peuvent faire rire mais sont toujours fondées sur une réelle réflexion. »
Un père français, une mère américaine
Dans ce palace parisien, fin janvier, Timothée Chalamet parle et rit en même temps. S’emballe et soudain se tait. Français par son père, américain par sa mère, le jeune homme passe d’une langue à l’autre. Même s’il est plus à l’aise en anglais. La France, il l’a surtout connue l’été, dans la maison de sa grand-mère à Saint-Agrève, un petit village d’Ardèche. « Mes vacances en France ? s’interroge-t-il. Cela consistait à aller jouer dehors pendant que les adultes prenaient le café, et puis à coacher des petits au foot. Je dois mon sens de l’observation à mon côté français, tandis que mes origines américaines m’ont davantage poussé au métier d’acteur. »

Il...




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A la Berlinale, les souvenirs très proches du cinéma de la république de Weimar

Une rétrospective montre des films oubliés en écho aux soubresauts de l’époque.



Le Monde
 |    23.02.2018 à 08h10
    |

                            Thomas Sotinel (Berlin, envoyé spécial)








                        



                                


                            

Il y a presque un siècle, les Berlinois emplissaient les salles de la capitale de la toute nouvelle république pour faire un triomphe aux épopées historiques célébrant la grandeur prussienne, les comédies lestes qui mettaient en scène les mœurs libérées du corset impérial, les films orientalisants qui laissaient entrevoir une autre réalité que les convulsions de la société allemande. Alors qu’on s’apprête à célébrer le centenaire de la première république qu’ait connue l’Allemagne, les Berlinois de 2018 se précipitent pour découvrir les films qu’aimaient leurs (arrière)-grands-parents : la rétrospective « Weimarer Kino – neu gesehen » (le cinéma de Weimar, un regard neuf) est l’un des grands succès de la 68e Berlinale.
Dans les années qui suivirent la défaite de l’Empire, le cinéma allemand émergea comme le plus vigoureux d’Europe
Dans les années qui suivirent la défaite de l’Empire, le cinéma allemand émergea comme le plus vigoureux d’Europe. Fritz Lang, Friedrich Wilhelm Murnau, Ernst Lubitsch, Georg Wilhelm Pabst firent de la distraction foraine d’avant-guerre un art majeur. Mais – à l’exception du dernier – ces grands noms sont absents de « Weimarer Kino ». Pour Rainer Rother, commissaire de la rétrospective et directeur de la cinémathèque de Berlin, il s’agissait de rendre compte de l’infinie diversité d’une cinématographie en une trentaine de films dont la plupart sont aujourd’hui oubliés. La programmation est divisée entre histoire, exotisme et quotidien. Il n’est sans doute pas un film qui soit imperméable aux soubresauts qui agitent alors l’Allemagne. Au hasard de la programmation, on entend les échos du débat qui divisa la communauté juive, entre assimilation et identité, des velléités coloniales de l’Allemagne, de l’industrialisation et de l’urbanisation.
Das alte Gesetz (la loi ancienne) réalisé par Ewald Andre Dupont en 1923 est un grand spectacle qui va et vient entre un shtetl aux marches de...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-12"> ¤ Le film « Moi, Tonya » porte sur grand écran le destin brisé d’une des plus grandes patineuses de l’histoire, devenue paria du pays après l’agression de sa rivale.
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Le duel Tonya Harding et Nancy Kerrigan, fantasme d’une Amérique avide de mélodrames

Le film « Moi, Tonya » porte sur grand écran le destin brisé d’une des plus grandes patineuses de l’histoire, devenue paria du pays après l’agression de sa rivale.



Le Monde
 |    21.02.2018 à 15h26
 • Mis à jour le
21.02.2018 à 15h44
    |

            Charlotte Chabas








                        



Les volants de son justaucorps vert amande rehaussé de strass ont à peine le temps de tournoyer. Après trois tours et demi à plus d’un mètre vingt de hauteur, Tonya Harding, 21 ans, retombe sur la glace du Target Center de Minneapolis, dans le Minnesota.
Ses cuisses musculeuses n’ont pas tremblé. La jeune femme, queue-de-cheval tirée et frange bombée, ne peut réprimer un cri de joie. Ses mains se serrent brièvement en poings, avant de reprendre leur chorégraphie. La patineuse de Portland (Oregon) le sait : elle est entrée dans l’histoire de sa discipline.
En plein championnat des Etats-Unis 1991, Tonya Harding devient la première Américaine à réaliser un triple axel, et remporte la compétition. Mais le sacre sera de courte durée. Et le reste de la vie de Tonya Harding une longue et douloureuse chute.
Car Tonya Harding n’est pas Nancy Kerrigan, son éternelle rivale. Aussi brune qu’elle est blonde. Aussi grande et élancée qu’elle est petite et toute en puissance. Aussi féminine qu’elle est « garçon manqué » – « j’ai toujours détesté le mot féminité, qui me rappelle les tampons ou les serviettes hygiéniques », explique Tonya Harding.
C’est la « princesse de la glace » contre « le petit barracuda », comme les surnommait l’ancien entraîneur de Tonya Harding, Dody Teachman. Un duel fratricide remis en lumière par la sortie, mercredi 21 février, du long-métrage Moi, Tonya de Craig Gillespie.

        Lire :
         

          « Moi, Tonya » : la patineuse Tonya Harding zigzague entre documentaire et farce



« Why, why, why ? »
Dans les mémoires, l’affrontement Harding-Kerrigan, c’est surtout un cri. Celui d’une jeune femme habillée d’un body de dentelle blanche, effondrée dans un couloir de la Cobo Arena de Detroit (Michigan). D’une voix lancinante, Nancy Kerrigan, s’époumone : « Why, why, why ? » (« Pourquoi, pourquoi, pourquoi ?).

Le 6 janvier 1994, six semaines avant les Jeux olympiques d’hiver de Lillehammer, en Norvège, la jeune espoir du patinage artistique américain – médaille de bronze aux JO de 1992, championne des Etats-Unis 1993 – vient d’être agressée, juste après son échauffement. Quelques centimètres au-dessus de son genou droit, un homme l’a frappée avec une matraque télescopique avant de prendre la fuite.
L’enquête progresse vite. La police retrouve l’homme qui a tenté de briser le destin de celle qui était programmée pour briller. Pour 6 500 dollars, Shane Stant, 22 ans et un physique nourri aux barils de protéines et UV, a accepté d’« éliminer une patineuse ».
Le talon d’Achille refusé
C’est un coup de fil qui lui a permis de décrocher le contrat. Le lendemain de Noël 1993, Shane Stant conduit vingt-deux heures d’Arizona vers Portland pour rencontrer les commanditaires de l’attaque : Shawn Eckhardt, l’ancien garde du corps de Tonya Harding, et Jeff Gillooly, son ex-mari.
Après avoir d’abord envisagé de sectionner le tendon d’Achille de Nancy Kerrigan – une demande que Stant refuse –, les trois hommes s’accordent pour viser la jambe droite de la sportive. Celle sur laquelle elle se réceptionne lors des sauts. Celle sans laquelle elle ne pourra pas faire partie de l’équipe olympique américaine. Celle qui, hors d’état de concourir, garantit surtout un peu plus à Tonya Harding son ticket pour les Jeux.
Le scandale éclate. C’est « le mariage ultime du pouvoir des grands événements et du pouvoir du voyeurisme », résume Dick Ebersol, alors patron de NBC Sports.
La blessure de Nancy Kerrigan n’est pourtant pas si grave. La patineuse est finalement du voyage olympique, tout comme Tonya Harding – le comité olympique américain envisage un temps une exclusion, mais se rétracte sous la menace d’un procès du clan Harding. Sur la glace norvégienne, les deux sportives partagent un entraînement, mais pas un regard. Nancy Kerrigan porte pourtant la même tenue que le jour de son agression – difficile de ne pas y voir un geste de défi.

   


126,6 millions d’Américains devant la télé
Pour l’épreuve du programme court, 126,6 millions d’Américains sont devant leur petit écran – la quatrième plus forte audience de l’histoire de la télé américaine de l’époque, selon L’Equipe. Rebelote pour le programme libre.
Nancy Kerrigan, l’ange brun, patine comme jamais, mais doit se contenter de l’argent. Une caméra de CBS oubliée dans un couloir de la patinoire olympique filme la blonde Tonya Harding, paniquée par un lacet cassé qu’il faut remplacer au pied levé. Echevelée, la jeune femme fait son entrée en retard, s’élance avant de fondre en larmes devant le jury en se tenant le pied. Elle échoue à la huitième place.
Quelques semaines plus tard, en mars, Jeff Gillooly et Eckhardt plaident coupables de racket. Tout en niant avoir participé au complot, Tonya Harding, pour éviter tout procès, plaide coupable d’entrave à la justice. Elle affirme avoir appris après coup l’attaque, et reconnaît seulement n’avoir pas prévenu immédiatement la police. Elle est condamnée à trois ans de probation, 500 heures de travaux d’intérêt général, et 160 000 dollars d’amende (soit environ 130 000 euros). L’association de patinage artistique américaine la bannit définitivement.
« J’ai toujours été la méchante de l’histoire »
Sa vie, dès lors, n’est qu’une suite de justifications inaudibles. Personne ne veut croire en l’innocence de celle dont le nom devient synonyme de trahison – « Je ne ferais pas une “Tonya Harding” », promet d’ailleurs Barack Obama durant sa campagne pour la primaire démocrate en 2007.
Qui pourrait croire, après tout, cette enfant de l’Amérique « white-trash » qui s’est déshonorée ? « J’ai toujours été la méchante de l’histoire », analyse-t-elle, lucide. Car Tonya Harding est issue d’un milieu social défavorisé. « Enfant, elle patine sur du ZZ Top quand les autres glissent sur du Mozart », écrit le New York Times dans un long portrait consacré à la sportive à l’occasion de la sortie du film.
Surtout, Tonya Harding vient d’une famille de violence. Dans la presse, la patineuse raconte comment ses parents lui ont tiré dessus, un jour de colère. Comment sa mère, alcoolique, cousait ses costumes « en les truffant de sequins pour que ses cuisses en soient coupées ». « On me disait que j’étais grosse. Que j’étais moche. Que je ne ferais jamais rien de ma vie », raconte-t-elle au NYT.
Une violence dont elle n’échappera que pour échouer dans les bras d’un mari qui la frappe tout autant. Il vendra d’ailleurs en septembre 1994 la vidéo de leurs ébats sexuels pendant leur nuit de noces pour 200 000 dollars à Penthouse. 
« C’était une princesse »
De son côté, Nancy Kerrigan n’est pas née non plus avec une cuillère en argent dans la bouche. Son père, soudeur, passait la surfaceuse dans la patinoire de Woburn (Massachusetts) pour financer les heures d’entraînement de sa fille. Sa mère, presque aveugle, grévait le budget familial pour lui acheter des costumes griffés de la styliste new-yorkaise Vera Wang.
Mais avec son physique de jeune première et son port altier, Nancy attire l’œil. Elle décroche vite des contrats publicitaires avec les soupes Campbell, Ray-Ban, Reebok, devient égérie de Disney… « C’était une princesse, et moi un tas de merde », résumera en 2014 Tonya Harding. 

   


Boxeuse professionnelle
Déchue, Tonya Harding ne reprendra jamais le chemin des patinoires, et tente de vivoter sur son nom. C’est d’abord une incursion à Hollywood, dans un nanar d’action. Arrêtée pour conduite en état d’ivresse, elle s’illustre en 1994 dans un gala de catch, puis dans l’émission américaine Celebrity Boxing, où elle met KO Paula Jones, cette femme qui avait accusé Bill Clinton de harcèlement sexuel. L’ancienne patineuse tente de devenir boxeuse professionnelle en 2003, mais abandonne − la faute à son asthme, officiellement −, sans avoir réussi à se départir de son image de paria.
Plusieurs fois, elle tente pourtant de se justifier dans des émissions télévisées. Mais elle se contredit, s’échine à convaincre ceux qui ne veulent pas être convaincus. « J’ai déçu tout un pays, comment est-ce même possible ? », se demande-t-elle face à Oprah Winfrey, la star de la télévision américaine.
Pour les vingt ans de « l’affaire », deux documentaires sur la déchéance de l’ancienne virtuose des patins sont diffusés. Le réalisateur Steven Rogers en rachète les droits cinématographiques pour 1 500 dollars. Dans Moi, Tonya, la patineuse est incarnée par l’actrice australienne Margot Robbie, qui s’attelle à redorer le blason entaché de l’ancien « vilain petit canard » des patinoires. Ce n’est qu’en janvier, pour la promotion du film, que Tonya Harding avouera finalement avoir « entendu des choses, des gens parler » avant l’agression de Nancy Kerrigan.
« Pour une fille comme moi, la jouer gentille et en fonction des règles ne m’aurait jamais permis d’aller nulle part, résume Tonya Harding au New York Times. Si j’avais réussi, on aurait dit que j’étais l’incarnation du rêve américain. Maintenant, je suis juste l’incarnation de l’Américain tout court. » 



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-13"> ¤ Grâce à son personnage principal, le film d’Hlynur Palmason baigne dans une étrangeté angoissante.
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« Winter Brothers » : au fond de la mine, la routine et le drame

Grâce à son personnage principal, le film d’Hlynur Palmason baigne dans une étrangeté angoissante.



Le Monde
 |    21.02.2018 à 07h55
 • Mis à jour le
21.02.2018 à 08h18
    |

                            Jean-François Rauger








                        



   


L’avis du « Monde » – à voir
Tout commence dans un noir d’encre, traversé parfois de taches lumineuses produites par ce que l’on devine être des lampes de mineur. Des hommes s’invectivent dans l’obscurité et creusent la pierre. Puis l’espace s’ouvre, la caméra revenue en plein air, sur un décor impressionnant des installations d’une carrière de calcaire, lieu à la fois authentique et théâtral où va se situer l’essentiel du récit. Il y aura là déjà de quoi s’interroger, après avoir vu ce premier long-métrage du cinéaste islandais Hlynur Palmason, sur la nature même du décor de cinéma, qu’il soit artificiel ou réel. Celui-ci peut tout autant fournir des gages à un réel qui définirait les protagonistes que favoriser une forme d’abstraction, produite par sa bizarrerie même, une bizarrerie appartenant pourtant au monde.

        Lire l’entretien avec Hlynur Palmason :
         

          « J’aime explorer des zones inconnues »



Ouvrier dans une mine de calcaire, Emil se distingue par un comportement légèrement asocial, une manière de transgresser la loi par son comportement et ses actions, une façon de se détacher d’autrui. Profitant des heures de fermeture, il s’introduit dans les réserves du lieu pour y subtiliser des produits chimiques dont il se sert pour fabriquer un alcool, que l’on devine plutôt frelaté, qu’il revend à ses compagnons de travail.
Traquer un ordre abstrait
Amoureux sans espoir d’une jeune fille lui préférant son frère Johan, qui travaille aussi dans la carrière, le personnage passe son temps à absorber ses propres décoctions tout en trouvant, dans une cassette vidéo d’instruction militaire détaillant l’utilisation d’un fusil semi-automatique, une manière d’occuper son temps, et peut-être de lui trouver un sens.
La singulière beauté du film réside précisément dans une manière toute personnelle de dénaturaliser ce qui pourrait se réduire à un simple drame social, de traquer un ordre abstrait derrière les prescriptions du monde social. Le trafic d’Emil est mis au jour en même temps que celui-ci apprend que ses breuvages ont provoqué la mort d’un de ses camarades. Il découvre aussi la liaison qu’entretient son frère, qui a semblé représenter pour lui l’incarnation d’un principe de réalité et de la sagesse.
Le temps répétitif du travail humain s’entremêle avec des moments d’une bizarrerie jamais artificielle
Les deux événements pourraient ainsi faire figure d’adjuvants au drame qui couve. Mais si le drame couve, il ne survient pas véritablement. Tout se passe comme si le film d’Hlynur Palmason entendait proposer un scénario conduisant vers une catastrophe attendue sans jamais remplir ce programme. S’y entremêle plutôt le temps répétitif du travail humain avec des moments d’une bizarrerie pourtant jamais artificielle, tel ce passage où le film soudain semble s’ouvrir sur une performance chorégraphique contemporaine, un corps-à-corps des deux frères, nus, après qu’Emil a découvert la relation de Johan avec la jeune femme dont il semblait faire le siège.
Intenses ou insignifiantes, les situations semblent quasiment prélevées au hasard, dans une quête qui s’attache à scruter la matière d’un réel dont on sait que le cinéma ne pourra que s’approcher un peu. C’est une combinaison de cadrages et de montages, mise au service de la captation de moments arrachés au fil de la vie, avec le souci de ne pas perdre de vue l’unité des sentiments en jeu.
Personnage burlesque
L’architecture de l’usine, avec ses turbines géantes dont la rotation inscrit le tragique du temps et l’âpreté d’un travail inhumain, est restituée dans toute sa beauté, dans une sorte de puissant souffle constructiviste. La couche de poussière grise qui semble éternellement recouvrir hommes et choses contribue à donner une dimension fantastique aux événements qui se succèdent sous les vrombissements d’une musique signée Toke Brorson Odin.
Mais nul doute que le film ne serait pas si remarquable s’il n’inventait pas une étonnante figure humaine. Elliott Crosset Hove, qui incarne Emil, est une sorte de personnage burlesque, aux yeux perpétuellement écarquillés. C’est à lui sans doute que l’on doit le plus évidemment ce sentiment d’étrangeté angoissante qui nimbe un film qui n’oublie pas pourtant de s’inscrire dans une réalité sociale particulièrement rugueuse.

Film islandais et danois d’Hlynur Palmason. Avec Elliott Crosset Hove, Lars Mikkelsen, Peter Plaugborg (1 h 34). Sur le Web : www.arizonafilms.fr/wb_entretien.html



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-14"> ¤ Le réalisateur islandais de « Winter Brothers », aussi plasticien, se voit avant tout comme un artiste qui travaille avec le son, l’image et la matière.
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Hlynur Palmason : « J’aime explorer des zones inconnues »

Le réalisateur islandais de « Winter Brothers », aussi plasticien, se voit avant tout comme un artiste qui travaille avec le son, l’image et la matière.



Le Monde
 |    21.02.2018 à 07h53
 • Mis à jour le
21.02.2018 à 07h55
    |

                            Murielle Joudet








                        



                                


                            

Venu des arts plastiques, l’Islandais Hlynur Palmason signe, avec Winter Brothers, un premier long-métrage très remarqué dans les festivals (Grand Prix d’Angers, Prix d’interprétation masculine à Locarno). Le film suit la trace d’un jeune ouvrier travaillant dans une carrière de calcaire et qui, à ses heures perdues, vend de l’alcool frelaté à ses collègues. Un œuvre âpre et sensuelle, plongée dans la matière blanche et vibrante de l’hiver, marquée par la présence burlesque et enfantine de son acteur principal, Elliott Crosset Hove.

Le personnage principal de votre film, Emil, et la manière dont Elliott Crosset Hove l’incarne évoquent la silhouette des grands acteurs burlesques, de Chaplin à Buster Keaton. Comme eux, c’est d’ailleurs un inadapté. Aviez-vous ces modèles en tête ?
J’avoue que si je devais choisir un modèle qui a influencé l’élaboration d’Emil, ce serait certainement Buster Keaton. C’est même la seule véritable référence à laquelle nous pensions pendant le film. J’ai dû voir Le Mécano de la générale [Buster Keaton, 1926] une cinquantaine de fois avec ma fille lorsqu’elle était bébé. Cela m’a bien évidemment marqué.
Comment vous est venue l’idée de ce personnage qui fabrique et vend de l’alcool frelaté ?
Pour Emil, fabriquer et vendre de l’alcool est sa manière à lui d’être quelqu’un et de faire partie d’un groupe. Par ailleurs, lorsque j’étais plus jeune, il était normal de faire son propre alcool. En Islande, il était interdit de consommer de la bière jusqu’en 1989… L’idée du film doit certainement venir en partie de là.
Tout le début du film se passe dans la carrière de calcaire où l’obscurité est quasiment totale, et l’on se dirige progressivement vers la lumière et l’hiver, saison qui jusqu’au titre, est centrale...
A travers ce paysage et ce monde ouvrier plongé dans l’hiver j’ai voulu que le spectateur fasse l’expérience...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-15"> ¤ Gilles Perret déçoit avec son nouveau documentaire, consacré au chef de La France insoumise.
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« L’Insoumis » : portrait d’un Mélenchon sans défauts

Gilles Perret déçoit avec son nouveau documentaire, consacré au chef de La France insoumise.



Le Monde
 |    21.02.2018 à 07h51
 • Mis à jour le
21.02.2018 à 08h03
    |

            Jacques Mandelbaum








                        



   


L’avis du « Monde » – pourquoi pas
Auteur d’une douzaine de documentaires de facture sinon militante du moins fortement engagée, Gilles Perret a su souvent, néanmoins, trouver le chemin des salles par la singularité de sa démarche, qui consiste à aborder des problèmes sociaux d’intérêt général à travers le prisme local de sa région natale, la Savoie. Un ancrage bénéfique à ses films, enracinant ses sujets (Ma mondialisation, 2006 ; Walter, retour en résistance, 2009 ; De mémoire d’ouvriers, 2012 ; La Sociale, 2016) dans une réalité triviale, concrète, effective, avec des personnages attachants, des moments forts, et le grand air des montagnes en bonus.

        Lire le récit :
         

          Sortie en salle sous haute tension pour « L’Insoumis », de Gilles Perret



On a suffisamment décrit, dans ces colonnes, la valeur de ces films pour dire de manière sereine – dans le contexte polémique qui entoure la sortie de son nouveau film de fait déprogrammé dans plusieurs salles – notre relative déception devant celui-ci. L’Insoumis est la chronique de la campagne présidentielle de Jean-Luc Mélenchon, dirigeant de La France insoumise.
Plus irénique que critique
Sans musique, sans commentaire, c’est un pur film d’immersion (visites de sites, réunions d’équipe, monologues réflexifs dans le train), qui présente, hélas, plus de défauts que de qualités liés au genre. Soit, en un mot, un portrait irénique de l’intéressé plutôt qu’un portrait critique (au bon sens de ce terme), qui laisserait supposer que le filmé a réussi à imposer au filmeur une image de lui-même qui ne donne pas de prise au réel.
Par-delà les convictions supposées du réalisateur ou avérées de son personnage, qui importent assez peu en l’occurrence, c’est le fait que le formidable pouvoir de révélation du médium cinématographique (creuser les apparences, ouvrir des perspectives inattendues, montrer l’ambiguïté du réel) semble ici annihilé. Rien ne bouge : les tenants auront ainsi toutes les raisons d’être emballés et les opposants d’être scandalisés.
Le Mélenchon que nous montre Gilles Perret est même mieux (car épuré de ses défauts) que celui que nous connaissons
Le Mélenchon que nous montre Gilles Perret, non seulement nous le connaissons dans ses grandes lignes, mais il est même mieux (car épuré de ses défauts) que celui que nous connaissons. D’où l’impression, embarrassante, même si le réalisateur n’en a pas eu la volonté délibérée, d’avoir affaire à un portrait hagiographique qui rejoue – mais en vertu de quel enjeu ? – un événement déjà connu du spectateur.
Un exemple concret, parmi d’autres : l’absence, ipso facto assourdissante, de toute allusion au discours du soir de la défaite au premier tour, le dimanche 23 avril 2017. Un discours amer, terrible et déconcertant, humainement comme politiquement, et pour cette raison si mémorable, si âprement discuté. Comment sérieusement consacrer un film à la campagne de Jean-Luc Mélenchon sans s’y confronter, d’une manière ou d’une autre ? Difficile de ne pas penser ici, évidemment, au fameux 1974, une partie de campagne (1974), de Raymond Depardon, qui, à partir de la même échéance électorale et sur les mêmes principes de tournage, parvenait, en filmant Valéry Giscard d’Estaing, à poser en pied l’animal politique, à montrer l’arrivée en force de la communication, à révéler aussi l’abyme au-dessus duquel l’homme de pouvoir ne cesse secrètement de se tenir.



Documentaire français de Gilles Perret (1 h 35). Sur le Web : www.jour2fete.com/distribution/linsoumis



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-16"> ¤ Hiromasa Yonebayashi signe le premier film d’animation du studio Ponoc.
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« Mary et la fleur de la sorcière » : une fillette japonaise à l’école des sorciers

Hiromasa Yonebayashi signe le premier film d’animation du studio Ponoc.



Le Monde
 |    21.02.2018 à 07h50
    |

                            Mathieu Macheret








                        



   


L’avis du « Monde » – pourquoi pas
Mary et la fleur de la sorcière est le premier long-métrage d’animation à sortir des ateliers du tout jeune studio Ponoc (d’après le serbo-croate ponoc signifiant « aube »), constitué en majeure partie de transfuges du studio Ghibli, réduits au chômage technique après l’annonce, en 2014, de l’arrêt de la production. Et sans doute fallait-il en passer par cette nouvelle structure pour que de jeunes auteurs sortent enfin de l’ornière intimidante des deux grands maîtres, Hayao Miyazaki et Isao Takahata, cofondateurs de Ghibli, qui ont régné économiquement et symboliquement sur l’animation japonaise pendant plus de trente ans.

        Lire le récit :
         

          Le studio Ghibli toujours en mode pause



Pour son réalisateur, le talentueux Hiromasa Yonebayashi (Arrietty. Le petit monde des chapardeurs, 2010), âgé de 44 ans, disciple de Miyazaki depuis Le Voyage de Chihiro (2001), l’enjeu est de taille : lancer le studio et conjurer l’échec commercial de son précédent film, Souvenirs de Marnie (2014), belle œuvre tortueuse et sous-estimée, qui restera comme la toute dernière production Ghibli, celle qui ne sera pas parvenue à remettre le studio sur les rails.
Adapté d’un roman pour enfants britannique, ce film se présente sous le double signe du renouveau et de la continuité
Adapté comme son prédécesseur d’un roman pour enfants britannique (The Little Broomstick, « le petit balai », de l’Ecossaise Mary Stewart, ­Hodder Children’s Books, 2006, non traduit), Mary et la fleur de la sorcière se présente ainsi sous le double signe du renouveau et de la continuité.
Mary, une petite fille rousse coiffée de couettes, passe l’été dans la maison de campagne de sa grand-mère, où elle s’ennuie. Un chat du voisinage la conduit à l’orée de la forêt, sur la piste d’une fleur mystérieuse, la « Vol de nuit », qui lui donne le pouvoir de s’envoler sur son balai. Elle découvre alors, au milieu des nuages, le palais d’Endor, qui renferme une école de magie et abrite, dans le secret de ses murs, de curieuses expériences.
Une fantasmagorie grippée
Après une ouverture époustouflante d’allant romanesque et de dynamisme pictural (l’échappée d’une sorcière hors de l’enceinte d’Endor), la suite retombe sur un territoire plus balisé, coincé quelque part entre l’héritage du Studio Ghibli (le souvenir de Kiki la petite sorcière, en 1989 ; la tradition entretenue des décors peints à la main) et une destination plus ouvertement commerciale, liée notamment à l’univers de l’académie de magie, qui fait inévita­blement penser à la saga Harry ­Potter, d’après les ouvrages de J. K. Rowling. Et si le film peut évidemment se voir comme l’une de ces belles fables initiatiques, sur les rapports réciproques de l’enfance et de l’imaginaire, celle-ci débouche sur une fantasmagorie grippée, dont l’aspect bancal n’est pas seulement imputable à son budget réduit et à ses courts délais de fabrication.
En effet, l’académie d’Endor, royaume de l’imaginaire, contient son lot de créatures et de chimères fantastiques, qui n’ont pourtant rien à voir avec l’animisme bien connu d’un Miyazaki (le bestiaire du Voyage de Chihiro).
Fruits d’expériences et de manipulations, ces figures accablent l’exercice de la magie comme une volonté de toute-puissance qui éloigne les hommes de la nature. Ici, l’imaginaire est clairement disqualifié au profit du réel environnant, déjà prodigue en formes infinies et en distractions renouvelées, si tant est qu’on veuille bien l’habiter pleinement. Film étrange et pourtant passionnant que celui-ci, qui en passe par les détours trompeurs de la fantasmagorie pour inviter enfants et parents, simplement, à poser un regard sur le monde alentour.

Film d’animation japonais d’Hiromasa Yonebayashi (1 h 42). Sur le Web : diaphana.fr/film/mary-et-la-fleur-de-la-sorciere



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-17"> ¤ Craig Gillespie a choisi le registre de la comédie pour ce drame du sport.
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« Moi, Tonya » : la patineuse Tonya Harding zigzague entre documentaire et farce

Craig Gillespie a choisi le registre de la comédie pour ce drame du sport.



Le Monde
 |    21.02.2018 à 07h49
 • Mis à jour le
21.02.2018 à 08h18
    |

                            Thomas Sotinel








                        



   


L’avis du « Monde » – pourquoi pas
L’histoire de Tonya Harding, maintenue aux marges du patinage artistique en raison de ses origines avant de passer pour une criminelle aux yeux du monde, ressemble à celle du Vilain Petit Canard. A ceci près que la fin du Vilain Petit Canard est l’une des seules heureuses des contes d’Andersen. La morale de l’histoire de Tonya Harding est, elle, d’un pessimisme qui aurait effrayé le plus dépressif des Danois : le monde est ainsi fait qu’on n’échappe pas à la place qu’assigne la naissance.
Athlète d’exception, certes, mais d’abord white trash, soit « rebut blanc de la société », Tonya Harding n’a jamais accédé à l’élite sportive internationale, lestée dans son envol par ses origines, son entourage, avant de devenir une réprouvée à la suite d’un crime dont la bêtise dépasse la grande violence. Il y a là le matériau d’une tragédie réaliste, d’un mélodrame, d’une critique sociale. Le réalisateur Craig Gillespie et le scénariste Steven Rogers ont préféré la comédie, le second degré, zigzaguant entre faux documentaire et farce, ne trouvant un semblant d’humanité que par la grâce de l’interprète du rôle-titre, Margot Robbie.
Un bref rappel des faits, pour les plus jeunes et ceux qui partent au soleil le temps des Jeux olympiques d’hiver : le 6 janvier 1994, dans les vestiaires d’une patinoire de Detroit, un homme tenta d’un coup de matraque de briser la jambe de Nancy Kerrigan, membre de l’équipe olympique américaine de patinage artistique. On était à quelques semaines des Jeux d’hiver de Lillehammer (Norvège). Nancy Kerrigan se remit assez vite pour remporter une médaille d’argent. Et le FBI fut assez diligent pour que l’on apprenne, avant la cérémonie d’ouverture, que le forfait avait été perpétré à l’instigation du mari d’une autre patineuse de l’équipe, Tonya Harding. Autorisée à participer à la compétition, celle-ci fut ensuite interdite à vie de patinage.
Divisions entre classes sociales
Moi, Tonya tente de remonter à la source de cette débâcle qui permit aux chaînes d’information américaines d’expérimenter le traitement frénétique d’un fait divers, six mois avant le début d’une vraie tragédie, l’affaire O.J. Simpson. Celle-ci allait mettre en mouvement les failles raciales qui divisent les Etats-Unis, le cas Tonya Harding mettait en évidence les divisions entre classes sociales. Et c’est sur ce terrain que le film de Craig Gillespie échoue.
L’image qu’il donne de l’enfance malheureuse d’une petite fille contrainte par sa mère de tout sacrifier au patinage est construite pour échapper aux clichés misérabilistes. La trajectoire qu’ont choisie réalisateur et scénariste passe par la dérision, et celle-ci s’exerce aux dépens de tous les personnages, à l’exception notable de l’héroïne. LaVona Harding (Allison Janney) est une femme d’un inépuisable égoïsme : si elle exige tous les sacrifices, c’est moins pour faire de sa fille une championne que pour devenir la mère d’une championne. On comprend bien que, pour lui échapper, la très jeune Tonya se jette dans les bras du premier venu, Jeff Gillooly (Sebastian Stan), même si celui-ci est aussi violent (mais moins malin) que la méchante femme qu’elle a quittée. Malgré ses prouesses sportives, Tonya Harding, victime de ses goûts vestimentaires et musicaux (elle est mal vêtue, faute de moyens, et patine au son du hard rock) ne parvient pas à devenir membre à part entière de l’élite de sa discipline.
Margot Robbie parvient à faire affleurer les blessures intérieures de cette femme d’une force physique hors du commun
Pour dessiner ces personnages qui vivent à la périphérie de Portland (Oregon) et au seuil de la pauvreté, le film recourt à de faux entretiens, qui donnent des versions contradictoires des faits. L’effet comique est assuré, surtout lorsque l’époux et son comparse, un garçon obèse nommé Shawn Eckhardt (interprété par Paul Walter Hauser), étalent leur bêtise. Quelle qu’ait été l’intention du metteur en scène et du scénariste, ce dispositif impose un lien organique entre la misère intellectuelle des agresseurs ou la cruauté de la mère (qu’Allison Janney incarne avec un indéniable panache) et leur misère matérielle.
Seul le personnage de Tonya Harding échappe à cette condescendance. D’abord parce que Margot Robbie parvient à faire affleurer les blessures intérieures de cette femme d’une force physique hors du commun. Ensuite parce que les séquences de patinage sont filmées avec une attention à l’investissement physique qui exprime, mieux que la chronique du fait divers, les efforts des patineurs en général et de Tonya Harding en particulier pour échapper aux forces qui les empêchent de quitter le sol.

Film américain de Craig Gillespie. Avec Margot Robbie, Sebastian Stan, Allison Janney (2 heures). Sur le Web : www.marsfilms.com/film/moi-tonya et www.facebook.com/MoiTonya.lefilm



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-18"> ¤ Le cinéaste Vahid Jalilvand filme deux classes sociales que tout sépare, mais qu’un drame fait entrer en collision.
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« Cas de conscience » : la société iranienne auscultée

Le cinéaste Vahid Jalilvand filme deux classes sociales que tout sépare, mais qu’un drame fait entrer en collision.



Le Monde
 |    21.02.2018 à 07h46
    |

                            Murielle Joudet








                        



   


L’avis du « Monde » – à voir
Un soir au volant de sa voiture, le docteur Nariman renverse une famille en scooter alors qu’il tentait d’éviter un chauffard. Un enfant est blessé et le docteur insiste pour l’emmener à l’hôpital. Quelques jours plus tard, se rendant à l’institut médico-légal où il travaille, l’homme découvre que le jeune garçon vient de mourir. La raison officielle : une intoxication alimentaire. Mais le doute s’empare du docteur, peu à peu persuadé que l’enfant est décédé des suites de l’accident, il tentera de remonter jusqu’à la véritable cause de la mort.
A travers ce drame dont les conséquences rejaillissent sur une poignée de personnages, Vahid Jalilvand ausculte la société iranienne : l’hypocrisie de la classe dominante, la survie et l’oppression de la classe dominée, filmée ici comme une catégorie damnée, habituée et condamnée au malheur. Deux mondes imperméables l’un à l’autre, mais entrant subitement en collision à la faveur d’un drame que le cinéaste filme jusque dans ses plus infimes conséquences avec un regard d’entomologiste.
Virtuosité du scénario
Cas de conscience a cependant les défauts de ses qualités : la virtuosité du scénario se referme comme un piège sur les spectateurs. Quant à la mise en scène, aride et dépouillée, à l’image de la vision pessimiste et tragique du cinéaste, elle semble condamner d’avance les personnages. Pour autant, le film parvient lentement à ses fins : par une forme d’intransigeance et d’âpreté qui ne laissent pas indemne.

Film iranien de Vahid Jalilvand. Avec Navid Mohammadzadeh, Amir Aghaei, Zakieh Behbahani (1 h 44). Sur le Web : www.damneddistribution.com/cas-de-conscience et www.facebook.com/damnedfilmsfrance



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-19"> ¤ La réalisatrice Raja Amari tente d’arracher son personnage principal à son seul statut de migrante clandestine.
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« Corps étranger » : de la fuite au désir

La réalisatrice Raja Amari tente d’arracher son personnage principal à son seul statut de migrante clandestine.



Le Monde
 |    21.02.2018 à 07h45
    |

                            Thomas Sotinel








                        



   


L’avis du « Monde » – pourquoi pas
Ce corps, celui d’une jeune femme, on le découvre d’abord en péril, sombrant au fond de la mer. En ouvrant son film sur ces images subaquatiques, celles qui viennent après ces naufrages de bateaux surchargés, filmés si souvent par des réalisateurs de fictions et des documentaristes, sur ces images qu’on ne peut qu’imaginer, Raja Amari assigne une identité à son personnage principal. Samia (Sarra Hannachi) est une migrante. Le projet de la cinéaste tunisienne est de l’arracher à cette définition pour en faire un personnage complexe, animé de désirs et de haines. Samia deviendra ainsi l’un des sommets d’un triangle pas tout à fait amoureux, qu’elle forme avec une veuve française, immigrée et bourgeoise, et un garçon tunisien qui a longtemps gravité aux marges des milieux islamistes.
Une fois cette figure constituée, Corps étranger se perd dans dans un bouillonnement de désirs et de retournements, d’où surgissent des références à l’histoire récente de la Tunisie, des observations – souvent pertinentes – sur la place que fait la France à ceux qui la choisissent, sans que ces éléments se fondent en un récit convaincant.
Relation ambiguë
Samia est donc arrivée à Lyon. Elle y retrouve Imed (Salim Kechiouche), joli garçon, clandestin lui aussi, qui fut l’ami du frère de la jeune fille, dont on apprend qu’il est incarcéré en Tunisie pour appartenance à la mouvance djihadiste. Elle parvient à se faire embaucher par Madame Bertaud (Hiam Abbass), qui lui demande de l’aider à vider son grand appartement des affaires de son mari, récemment disparu.
Entre la grande bourgeoise et la jeune migrante, Raja Amari et ses actrices esquissent une relation ambiguë, faite d’envie pour la cadette, de regrets pour l’aînée. L’irruption d’Imed, qui désire l’une pour sa jeunesse, l’autre pour son statut et son argent, devrait porter la situation à incandescence. C’est pourtant à ce moment que Corps étranger se fait théorique, se désincarne, sans que les acteurs ne déméritent.

Film tunisien et français de Raja Amari. Avec Sarra Hannachi, Hiam Abbass, Salim Kechiouche (1 h 32). Sur le Web : www.paname-distribution.com et www.facebook.com/happinessdistributionpointcom



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-20"> ¤ Chaque mercredi, dans « La Matinale », les critiques du « Monde » présentent les meilleurs films à découvrir sur grand écran.
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Article sélectionné dans La Matinale du 20/02/2018
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Féerie transgenre et fantaisie à gogo : notre sélection cinéma

Chaque mercredi, dans « La Matinale », les critiques du « Monde » présentent les meilleurs films à découvrir sur grand écran.



Le Monde
 |    21.02.2018 à 06h40
 • Mis à jour le
22.02.2018 à 07h21
   





                        


LES CHOIX DE LA MATINALE
Cette semaine, gros plan sur La Forme de l’eau, une fable signée Guillermo del Toro sur l’Amérique des années 1960, Winter Brothers du réalisateur islandais Hlynur Palmason, porté par Elliott Crosset Hove, son interprète principal, et Mary et la fleur de la sorcière, le premier long-métrage d’animation du studio Ponoc.
CONTE DE FÉES TRANSGENRE : « La Forme de l’eau », de Guillermo del Toro

Génie contemporain du cinéma fantastique, grand raconteur d’histoires et inventeur de formes, le Mexicain Guillermo del Toro, 53 ans, nous arrive aujourd’hui bardé de treize nominations aux Oscars pour La Forme de l’eau. Nonobstant la frénésie de communication que l’académie a su imposer à l’échelle planétaire, ce n’est pas une raison suffisante pour rendre son auteur estimable. En cela semblable à la créature merveilleuse qui hante son film, del Toro mériterait plutôt notre admiration par la manière souple et déliée dont il parvient, depuis vingt ans, à nager dans les courants hollywoodiens, sans y perdre son intégrité. Soit, ici, une fable d’époque. L’Amérique clinquante du début des années 1960, détachée sur le fond obscurément paranoïaque de la guerre froide. Un laboratoire de l’armée ultrasecret, où une créature pêchée en Amérique latine, dotée de pouvoirs extraordinaires, devient l’objet d’étude de l’armée américaine.
Mi-homme, mi-poisson, le monstre turquoise aux reflets ambrés, effroyable en même temps qu’aimable si cela se peut, suscite l’intérêt contradictoire de plusieurs personnages. En premier lieu son principal geôlier, l’inquiétant colonel Richard Strickland (Michael Shannon), incarnation brutale et putride de ce que les Etats-Unis comptent de plus réactionnaire. Femme de ménage muette d’origine latina qui travaille au laboratoire, méprisée à l’égal de ses collègues noires, Elisa Esposito (Sally Hawkins) lui voue, elle, un sentiment de fraternité manifeste, avant d’en tomber amoureuse et d’avoir l’ivresse de rencontrer, spirituellement et charnellement, la réciprocité. Entre le colonel et Elisa, on pourrait croire le combat inégal.
Mais il n’en est rien quand le cinéma prend, comme ici, le parti du rêve. Et partant de la révolte. Tout est donc délibérément renversé par rapport au canon historique (le film fantastique anticommuniste) dont s’inspire The Shape of Water. Plus encore, del Toro s’amuse à exalter les minoritaires et les persécutés, à liguer contre une administration puritaine, blanche et raciste, tout un peuple qu’elle exècre : un amphibien sud-américain, une Latina handicapée, une femme de ménage noire, un homosexuel sans emploi. La parabole politique n’annule en rien l’art de divertir. La Forme de l’eau est l’enchantement miroitant d’une forme en perpétuel mouvement. Un conte de fées baigné dans une diaprure bleu-vert, une comédie musicale dansée sur les ailes irisées du temps, une impossible histoire d’amour transgenre sous nos yeux scandaleusement consommée, un chant d’amour à l’égarement incongru, à la fantaisie salvatrice. Jacques Mandelbaum
Film américain de Guillermo del Toro. Avec Sally Hawkins, Michael Shannon, Richard Jenkins, Octavia Spencer (2 h 03).
LE BURLESQUE QUI VENAIT DU FROID : « Winter Brothers », d’Hlynur Palmason

Ouvrier dans une mine de calcaire, Emil se distingue par un comportement légèrement asocial, une manière de transgresser la loi par son comportement et ses actions, une façon de se détacher d’autrui. Profitant des heures de fermeture, il s’introduit en effet dans les réserves du lieu pour y subtiliser des produits chimiques dont il se sert pour fabriquer un alcool, que l’on devine plutôt frelaté, qu’il revend à ses compagnons de travail. Amoureux sans espoir d’une jeune fille lui préférant son frère Johan, qui travaille également dans la carrière, le personnage passe son temps à absorber ses propres décoctions tout en trouvant, dans une cassette vidéo d’instruction militaire détaillant les différentes manières d’utiliser un fusil semi-automatique, une manière d’occuper son temps, et peut-être de lui trouver un sens.
La singulière beauté du film réside précisément dans une manière toute personnelle de dénaturaliser ce qui pourrait se réduire à un simple drame social, de traquer un ordre abstrait derrière les prescriptions du monde social. Tout se passe comme si Hlynur Palmason entendait proposer un scénario conduisant vers une catastrophe attendue sans jamais remplir ce programme. S’y entremêle plutôt le temps répétitif du travail humain avec des moments d’une bizarrerie pourtant jamais artificielle. Mais sans doute le film ne serait pas si remarquable s’il n’inventait pas une étonnante figure humaine. Elliott Crosset Hove, qui incarne Emil, est une sorte de personnage burlesque, aux yeux perpétuellement écarquillés. C’est à lui sans doute que l’on doit le plus évidemment ce sentiment d’étrangeté angoissante qui nimbe un film qui n’oublie pas pourtant de s’inscrire dans une réalité sociale particulièrement rugueuse. Jean-François Rauger
Film islando-danois d’Hlynur Palmason. Avec Elliott Crosset Hove, Lars Mikelsen, Peter Plaugborg (1 h 34).
LA PETITE SŒUR JAPONAISE D’HARRY POTTER : « Mary et la fleur de la sorcière », d’Hiromasa Yonebayashi

Mary et la fleur de la sorcière est le premier long-métrage d’animation à sortir des ateliers du tout jeune studio Ponoc, constitué en majeure partie de transfuges du studio Ghibli, réduits au chômage technique après l’annonce, en 2014, de l’arrêt de la production. Et sans doute fallait-il en passer par cette nouvelle structure pour que de jeunes auteurs sortent enfin de l’ornière intimidante des deux grands maîtres, Hayao Miyazaki et Isao Takahata, cofondateurs de Ghibli, qui ont régné économiquement et symboliquement sur l’animation japonaise pendant plus de trente ans. Pour son réalisateur, le talentueux Hiromasa Yonebayashi, âgé de 44 ans, disciple de Miyazaki depuis Le Voyage de Chihiro (2001), l’enjeu est donc de taille : non seulement lancer le studio, mais surtout conjurer l’échec commercial de son précédent film, Souvenirs de Marnie (2014), belle œuvre tortueuse et sous-estimée, qui restera au regard de l’histoire comme la toute dernière production Ghibli.
Adapté comme son prédécesseur d’un roman pour enfants britannique (The Little Broomstick, de l’Ecossaise Mary Stewart, Hodder Children’s Books, 2006, non traduit), Mary et la fleur de la sorcière se présente ainsi sous le double signe du renouveau et de la continuité. Mary, une petite fille rousse coiffée de couettes, passe l’été dans la maison de campagne de sa grand-mère, où elle s’ennuie. Un chat du voisinage la conduit à l’orée de la forêt, sur la piste d’une fleur mystérieuse, la « Vol de nuit », qui lui donne le pouvoir magique de s’envoler sur son balai. Elle découvre alors, au milieu des nuages, le palais d’Endor, qui renferme une école de magie et abrite, dans le secret de ses murs, de curieuses expériences.
Après une ouverture époustouflante d’allant romanesque et de dynamisme pictural, la suite retombe sur un territoire plus balisé, coincé quelque part entre l’héritage du studio Ghibli et une destination plus ouvertement commerciale, liée notamment à l’univers de l’académie de magie, qui fait inévitablement penser à la saga Harry Potter. Et si ce film étrange peut se voir comme l’une de ces belles fables initiatiques, sur les rapports réciproques de l’enfance et de l’imaginaire, celle-ci débouche sur une fantasmagorie grippée. Pour la manière qu’il a de passer par les détours trompeurs de la fantasmagorie pour inviter enfants et parents, simplement, à poser un regard sur le monde alentour, il n’en est pas moins passionnant. Mathieu Macheret
Film d’animation japonais d’Hiromasa Yonebayashi (1 h 42).

Les sorties cinéma de la semaine (mercredi 21 février)
La Forme de l’eau, film américain de Guillermo del Toro (à ne pas manquer)Cas de conscience, film iranien de Vahid Jalilvand (à voir)Winter Brothers, film islandais et danois d’Hlynur Palmason (à voir)Corps étranger, film tunisien et français de Raja Amari (pourquoi pas)Criminal Squad, film américain de Christian Gudegast (pourquoi pas)L’Insoumis, documentaire français de Gilles Perret (pourquoi pas)Les Aventures de Spirou et Fantasio, film français d’Alexandre Coffre (pourquoi pas)Mary et la fleur de la sorcière, film d’animation japonais d’Hiromasa Yonebayashi (pourquoi pas)Moi, Tonya, film américain de Craig Gillespie (pourquoi pas)
Nous n’avons pas pu voir :
Contes sur moi, programme de cinq courts-métrages d’animation iranien, russe, mexicain et américain de Mohammad Ali Soleymanzadeh, Negareh Halimi, Anastasiya Sokolova, Homero Ramirez et Tyler J. KupfererL’Ame du tigre, film belge et suisse de François Yang





                            


                        

                        

