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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-1"> ¤ Le film « Moi, Tonya » porte sur grand écran le destin brisé d’une des plus grandes patineuses de l’histoire, devenue paria du pays après l’agression de sa rivale.
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Le duel Tonya Harding et Nancy Kerrigan, fantasme d’une Amérique avide de mélodrames

Le film « Moi, Tonya » porte sur grand écran le destin brisé d’une des plus grandes patineuses de l’histoire, devenue paria du pays après l’agression de sa rivale.



Le Monde
 |    21.02.2018 à 15h26
 • Mis à jour le
21.02.2018 à 15h44
    |

            Charlotte Chabas








                        



Les volants de son justaucorps vert amande rehaussé de strass ont à peine le temps de tournoyer. Après trois tours et demi à plus d’un mètre vingt de hauteur, Tonya Harding, 21 ans, retombe sur la glace du Target Center de Minneapolis, dans le Minnesota.
Ses cuisses musculeuses n’ont pas tremblé. La jeune femme, queue-de-cheval tirée et frange bombée, ne peut réprimer un cri de joie. Ses mains se serrent brièvement en poings, avant de reprendre leur chorégraphie. La patineuse de Portland (Oregon) le sait : elle est entrée dans l’histoire de sa discipline.
En plein championnat des Etats-Unis 1991, Tonya Harding devient la première Américaine à réaliser un triple axel, et remporte la compétition. Mais le sacre sera de courte durée. Et le reste de la vie de Tonya Harding une longue et douloureuse chute.
Car Tonya Harding n’est pas Nancy Kerrigan, son éternelle rivale. Aussi brune qu’elle est blonde. Aussi grande et élancée qu’elle est petite et toute en puissance. Aussi féminine qu’elle est « garçon manqué » – « j’ai toujours détesté le mot féminité, qui me rappelle les tampons ou les serviettes hygiéniques », explique Tonya Harding.
C’est la « princesse de la glace » contre « le petit barracuda », comme les surnommait l’ancien entraîneur de Tonya Harding, Dody Teachman. Un duel fratricide remis en lumière par la sortie, mercredi 21 février, du long-métrage Moi, Tonya de Craig Gillespie.

        Lire :
         

          « Moi, Tonya » : la patineuse Tonya Harding zigzague entre documentaire et farce



« Why, why, why ? »
Dans les mémoires, l’affrontement Harding-Kerrigan, c’est surtout un cri. Celui d’une jeune femme habillée d’un body de dentelle blanche, effondrée dans un couloir de la Cobo Arena de Detroit (Michigan). D’une voix lancinante, Nancy Kerrigan, s’époumone : « Why, why, why ? » (« Pourquoi, pourquoi, pourquoi ?).

Le 6 janvier 1994, six semaines avant les Jeux olympiques d’hiver de Lillehammer, en Norvège, la jeune espoir du patinage artistique américain – médaille de bronze aux JO de 1992, championne des Etats-Unis 1993 – vient d’être agressée, juste après son échauffement. Quelques centimètres au-dessus de son genou droit, un homme l’a frappée avec une matraque télescopique avant de prendre la fuite.
L’enquête progresse vite. La police retrouve l’homme qui a tenté de briser le destin de celle qui était programmée pour briller. Pour 6 500 dollars, Shane Stant, 22 ans et un physique nourri aux barils de protéines et UV, a accepté d’« éliminer une patineuse ».
Le talon d’Achille refusé
C’est un coup de fil qui lui a permis de décrocher le contrat. Le lendemain de Noël 1993, Shane Stant conduit vingt-deux heures d’Arizona vers Portland pour rencontrer les commanditaires de l’attaque : Shawn Eckhardt, l’ancien garde du corps de Tonya Harding, et Jeff Gillooly, son ex-mari.
Après avoir d’abord envisagé de sectionner le tendon d’Achille de Nancy Kerrigan – une demande que Stant refuse –, les trois hommes s’accordent pour viser la jambe droite de la sportive. Celle sur laquelle elle se réceptionne lors des sauts. Celle sans laquelle elle ne pourra pas faire partie de l’équipe olympique américaine. Celle qui, hors d’état de concourir, garantit surtout un peu plus à Tonya Harding son ticket pour les Jeux.
Le scandale éclate. C’est « le mariage ultime du pouvoir des grands événements et du pouvoir du voyeurisme », résume Dick Ebersol, alors patron de NBC Sports.
La blessure de Nancy Kerrigan n’est pourtant pas si grave. La patineuse est finalement du voyage olympique, tout comme Tonya Harding – le comité olympique américain envisage un temps une exclusion, mais se rétracte sous la menace d’un procès du clan Harding. Sur la glace norvégienne, les deux sportives partagent un entraînement, mais pas un regard. Nancy Kerrigan porte pourtant la même tenue que le jour de son agression – difficile de ne pas y voir un geste de défi.

   


126,6 millions d’Américains devant la télé
Pour l’épreuve du programme court, 126,6 millions d’Américains sont devant leur petit écran – la quatrième plus forte audience de l’histoire de la télé américaine de l’époque, selon L’Equipe. Rebelote pour le programme libre.
Nancy Kerrigan, l’ange brun, patine comme jamais, mais doit se contenter de l’argent. Une caméra de CBS oubliée dans un couloir de la patinoire olympique filme la blonde Tonya Harding, paniquée par un lacet cassé qu’il faut remplacer au pied levé. Echevelée, la jeune femme fait son entrée en retard, s’élance avant de fondre en larmes devant le jury en se tenant le pied. Elle échoue à la huitième place.
Quelques semaines plus tard, en mars, Jeff Gillooly et Eckhardt plaident coupables de racket. Tout en niant avoir participé au complot, Tonya Harding, pour éviter tout procès, plaide coupable d’entrave à la justice. Elle affirme avoir appris après coup l’attaque, et reconnaît seulement n’avoir pas prévenu immédiatement la police. Elle est condamnée à trois ans de probation, 500 heures de travaux d’intérêt général, et 160 000 dollars d’amende (soit environ 130 000 euros). L’association de patinage artistique américaine la bannit définitivement.
« J’ai toujours été la méchante de l’histoire »
Sa vie, dès lors, n’est qu’une suite de justifications inaudibles. Personne ne veut croire en l’innocence de celle dont le nom devient synonyme de trahison – « Je ne ferais pas une “Tonya Harding” », promet d’ailleurs Barack Obama durant sa campagne pour la primaire démocrate en 2007.
Qui pourrait croire, après tout, cette enfant de l’Amérique « white-trash » qui s’est déshonorée ? « J’ai toujours été la méchante de l’histoire », analyse-t-elle, lucide. Car Tonya Harding est issue d’un milieu social défavorisé. « Enfant, elle patine sur du ZZ Top quand les autres glissent sur du Mozart », écrit le New York Times dans un long portrait consacré à la sportive à l’occasion de la sortie du film.
Surtout, Tonya Harding vient d’une famille de violence. Dans la presse, la patineuse raconte comment ses parents lui ont tiré dessus, un jour de colère. Comment sa mère, alcoolique, cousait ses costumes « en les truffant de sequins pour que ses cuisses en soient coupées ». « On me disait que j’étais grosse. Que j’étais moche. Que je ne ferais jamais rien de ma vie », raconte-t-elle au NYT.
Une violence dont elle n’échappera que pour échouer dans les bras d’un mari qui la frappe tout autant. Il vendra d’ailleurs en septembre 1994 la vidéo de leurs ébats sexuels pendant leur nuit de noces pour 200 000 dollars à Penthouse. 
« C’était une princesse »
De son côté, Nancy Kerrigan n’est pas née non plus avec une cuillère en argent dans la bouche. Son père, soudeur, passait la surfaceuse dans la patinoire de Woburn (Massachusetts) pour financer les heures d’entraînement de sa fille. Sa mère, presque aveugle, grévait le budget familial pour lui acheter des costumes griffés de la styliste new-yorkaise Vera Wang.
Mais avec son physique de jeune première et son port altier, Nancy attire l’œil. Elle décroche vite des contrats publicitaires avec les soupes Campbell, Ray-Ban, Reebok, devient égérie de Disney… « C’était une princesse, et moi un tas de merde », résumera en 2014 Tonya Harding. 

   


Boxeuse professionnelle
Déchue, Tonya Harding ne reprendra jamais le chemin des patinoires, et tente de vivoter sur son nom. C’est d’abord une incursion à Hollywood, dans un nanar d’action. Arrêtée pour conduite en état d’ivresse, elle s’illustre en 1994 dans un gala de catch, puis dans l’émission américaine Celebrity Boxing, où elle met KO Paula Jones, cette femme qui avait accusé Bill Clinton de harcèlement sexuel. L’ancienne patineuse tente de devenir boxeuse professionnelle en 2003, mais abandonne − la faute à son asthme, officiellement −, sans avoir réussi à se départir de son image de paria.
Plusieurs fois, elle tente pourtant de se justifier dans des émissions télévisées. Mais elle se contredit, s’échine à convaincre ceux qui ne veulent pas être convaincus. « J’ai déçu tout un pays, comment est-ce même possible ? », se demande-t-elle face à Oprah Winfrey, la star de la télévision américaine.
Pour les vingt ans de « l’affaire », deux documentaires sur la déchéance de l’ancienne virtuose des patins sont diffusés. Le réalisateur Steven Rogers en rachète les droits cinématographiques pour 1 500 dollars. Dans Moi, Tonya, la patineuse est incarnée par l’actrice australienne Margot Robbie, qui s’attelle à redorer le blason entaché de l’ancien « vilain petit canard » des patinoires. Ce n’est qu’en janvier, pour la promotion du film, que Tonya Harding avouera finalement avoir « entendu des choses, des gens parler » avant l’agression de Nancy Kerrigan.
« Pour une fille comme moi, la jouer gentille et en fonction des règles ne m’aurait jamais permis d’aller nulle part, résume Tonya Harding au New York Times. Si j’avais réussi, on aurait dit que j’étais l’incarnation du rêve américain. Maintenant, je suis juste l’incarnation de l’Américain tout court. » 



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-2"> ¤ Grâce à son personnage principal, le film d’Hlynur Palmason baigne dans une étrangeté angoissante.
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« Winter Brothers » : au fond de la mine, la routine et le drame

Grâce à son personnage principal, le film d’Hlynur Palmason baigne dans une étrangeté angoissante.



Le Monde
 |    21.02.2018 à 07h55
 • Mis à jour le
21.02.2018 à 08h18
    |

                            Jean-François Rauger








                        



   


L’avis du « Monde » – à voir
Tout commence dans un noir d’encre, traversé parfois de taches lumineuses produites par ce que l’on devine être des lampes de mineur. Des hommes s’invectivent dans l’obscurité et creusent la pierre. Puis l’espace s’ouvre, la caméra revenue en plein air, sur un décor impressionnant des installations d’une carrière de calcaire, lieu à la fois authentique et théâtral où va se situer l’essentiel du récit. Il y aura là déjà de quoi s’interroger, après avoir vu ce premier long-métrage du cinéaste islandais Hlynur Palmason, sur la nature même du décor de cinéma, qu’il soit artificiel ou réel. Celui-ci peut tout autant fournir des gages à un réel qui définirait les protagonistes que favoriser une forme d’abstraction, produite par sa bizarrerie même, une bizarrerie appartenant pourtant au monde.

        Lire l’entretien avec Hlynur Palmason :
         

          « J’aime explorer des zones inconnues »



Ouvrier dans une mine de calcaire, Emil se distingue par un comportement légèrement asocial, une manière de transgresser la loi par son comportement et ses actions, une façon de se détacher d’autrui. Profitant des heures de fermeture, il s’introduit dans les réserves du lieu pour y subtiliser des produits chimiques dont il se sert pour fabriquer un alcool, que l’on devine plutôt frelaté, qu’il revend à ses compagnons de travail.
Traquer un ordre abstrait
Amoureux sans espoir d’une jeune fille lui préférant son frère Johan, qui travaille aussi dans la carrière, le personnage passe son temps à absorber ses propres décoctions tout en trouvant, dans une cassette vidéo d’instruction militaire détaillant l’utilisation d’un fusil semi-automatique, une manière d’occuper son temps, et peut-être de lui trouver un sens.
La singulière beauté du film réside précisément dans une manière toute personnelle de dénaturaliser ce qui pourrait se réduire à un simple drame social, de traquer un ordre abstrait derrière les prescriptions du monde social. Le trafic d’Emil est mis au jour en même temps que celui-ci apprend que ses breuvages ont provoqué la mort d’un de ses camarades. Il découvre aussi la liaison qu’entretient son frère, qui a semblé représenter pour lui l’incarnation d’un principe de réalité et de la sagesse.
Le temps répétitif du travail humain s’entremêle avec des moments d’une bizarrerie jamais artificielle
Les deux événements pourraient ainsi faire figure d’adjuvants au drame qui couve. Mais si le drame couve, il ne survient pas véritablement. Tout se passe comme si le film d’Hlynur Palmason entendait proposer un scénario conduisant vers une catastrophe attendue sans jamais remplir ce programme. S’y entremêle plutôt le temps répétitif du travail humain avec des moments d’une bizarrerie pourtant jamais artificielle, tel ce passage où le film soudain semble s’ouvrir sur une performance chorégraphique contemporaine, un corps-à-corps des deux frères, nus, après qu’Emil a découvert la relation de Johan avec la jeune femme dont il semblait faire le siège.
Intenses ou insignifiantes, les situations semblent quasiment prélevées au hasard, dans une quête qui s’attache à scruter la matière d’un réel dont on sait que le cinéma ne pourra que s’approcher un peu. C’est une combinaison de cadrages et de montages, mise au service de la captation de moments arrachés au fil de la vie, avec le souci de ne pas perdre de vue l’unité des sentiments en jeu.
Personnage burlesque
L’architecture de l’usine, avec ses turbines géantes dont la rotation inscrit le tragique du temps et l’âpreté d’un travail inhumain, est restituée dans toute sa beauté, dans une sorte de puissant souffle constructiviste. La couche de poussière grise qui semble éternellement recouvrir hommes et choses contribue à donner une dimension fantastique aux événements qui se succèdent sous les vrombissements d’une musique signée Toke Brorson Odin.
Mais nul doute que le film ne serait pas si remarquable s’il n’inventait pas une étonnante figure humaine. Elliott Crosset Hove, qui incarne Emil, est une sorte de personnage burlesque, aux yeux perpétuellement écarquillés. C’est à lui sans doute que l’on doit le plus évidemment ce sentiment d’étrangeté angoissante qui nimbe un film qui n’oublie pas pourtant de s’inscrire dans une réalité sociale particulièrement rugueuse.

Film islandais et danois d’Hlynur Palmason. Avec Elliott Crosset Hove, Lars Mikkelsen, Peter Plaugborg (1 h 34). Sur le Web : www.arizonafilms.fr/wb_entretien.html



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-3"> ¤ Le réalisateur islandais de « Winter Brothers », aussi plasticien, se voit avant tout comme un artiste qui travaille avec le son, l’image et la matière.
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Hlynur Palmason : « J’aime explorer des zones inconnues »

Le réalisateur islandais de « Winter Brothers », aussi plasticien, se voit avant tout comme un artiste qui travaille avec le son, l’image et la matière.



Le Monde
 |    21.02.2018 à 07h53
 • Mis à jour le
21.02.2018 à 07h55
    |

                            Murielle Joudet








                        



                                


                            

Venu des arts plastiques, l’Islandais Hlynur Palmason signe, avec Winter Brothers, un premier long-métrage très remarqué dans les festivals (Grand Prix d’Angers, Prix d’interprétation masculine à Locarno). Le film suit la trace d’un jeune ouvrier travaillant dans une carrière de calcaire et qui, à ses heures perdues, vend de l’alcool frelaté à ses collègues. Un œuvre âpre et sensuelle, plongée dans la matière blanche et vibrante de l’hiver, marquée par la présence burlesque et enfantine de son acteur principal, Elliott Crosset Hove.

Le personnage principal de votre film, Emil, et la manière dont Elliott Crosset Hove l’incarne évoquent la silhouette des grands acteurs burlesques, de Chaplin à Buster Keaton. Comme eux, c’est d’ailleurs un inadapté. Aviez-vous ces modèles en tête ?
J’avoue que si je devais choisir un modèle qui a influencé l’élaboration d’Emil, ce serait certainement Buster Keaton. C’est même la seule véritable référence à laquelle nous pensions pendant le film. J’ai dû voir Le Mécano de la générale [Buster Keaton, 1926] une cinquantaine de fois avec ma fille lorsqu’elle était bébé. Cela m’a bien évidemment marqué.
Comment vous est venue l’idée de ce personnage qui fabrique et vend de l’alcool frelaté ?
Pour Emil, fabriquer et vendre de l’alcool est sa manière à lui d’être quelqu’un et de faire partie d’un groupe. Par ailleurs, lorsque j’étais plus jeune, il était normal de faire son propre alcool. En Islande, il était interdit de consommer de la bière jusqu’en 1989… L’idée du film doit certainement venir en partie de là.
Tout le début du film se passe dans la carrière de calcaire où l’obscurité est quasiment totale, et l’on se dirige progressivement vers la lumière et l’hiver, saison qui jusqu’au titre, est centrale...
A travers ce paysage et ce monde ouvrier plongé dans l’hiver j’ai voulu que le spectateur fasse l’expérience...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-4"> ¤ Gilles Perret déçoit avec son nouveau documentaire, consacré au chef de La France insoumise.
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« L’Insoumis » : portrait d’un Mélenchon sans défauts

Gilles Perret déçoit avec son nouveau documentaire, consacré au chef de La France insoumise.



Le Monde
 |    21.02.2018 à 07h51
 • Mis à jour le
21.02.2018 à 08h03
    |

            Jacques Mandelbaum








                        



   


L’avis du « Monde » – pourquoi pas
Auteur d’une douzaine de documentaires de facture sinon militante du moins fortement engagée, Gilles Perret a su souvent, néanmoins, trouver le chemin des salles par la singularité de sa démarche, qui consiste à aborder des problèmes sociaux d’intérêt général à travers le prisme local de sa région natale, la Savoie. Un ancrage bénéfique à ses films, enracinant ses sujets (Ma mondialisation, 2006 ; Walter, retour en résistance, 2009 ; De mémoire d’ouvriers, 2012 ; La Sociale, 2016) dans une réalité triviale, concrète, effective, avec des personnages attachants, des moments forts, et le grand air des montagnes en bonus.

        Lire le récit :
         

          Sortie en salle sous haute tension pour « L’Insoumis », de Gilles Perret



On a suffisamment décrit, dans ces colonnes, la valeur de ces films pour dire de manière sereine – dans le contexte polémique qui entoure la sortie de son nouveau film de fait déprogrammé dans plusieurs salles – notre relative déception devant celui-ci. L’Insoumis est la chronique de la campagne présidentielle de Jean-Luc Mélenchon, dirigeant de La France insoumise.
Plus irénique que critique
Sans musique, sans commentaire, c’est un pur film d’immersion (visites de sites, réunions d’équipe, monologues réflexifs dans le train), qui présente, hélas, plus de défauts que de qualités liés au genre. Soit, en un mot, un portrait irénique de l’intéressé plutôt qu’un portrait critique (au bon sens de ce terme), qui laisserait supposer que le filmé a réussi à imposer au filmeur une image de lui-même qui ne donne pas de prise au réel.
Par-delà les convictions supposées du réalisateur ou avérées de son personnage, qui importent assez peu en l’occurrence, c’est le fait que le formidable pouvoir de révélation du médium cinématographique (creuser les apparences, ouvrir des perspectives inattendues, montrer l’ambiguïté du réel) semble ici annihilé. Rien ne bouge : les tenants auront ainsi toutes les raisons d’être emballés et les opposants d’être scandalisés.
Le Mélenchon que nous montre Gilles Perret est même mieux (car épuré de ses défauts) que celui que nous connaissons
Le Mélenchon que nous montre Gilles Perret, non seulement nous le connaissons dans ses grandes lignes, mais il est même mieux (car épuré de ses défauts) que celui que nous connaissons. D’où l’impression, embarrassante, même si le réalisateur n’en a pas eu la volonté délibérée, d’avoir affaire à un portrait hagiographique qui rejoue – mais en vertu de quel enjeu ? – un événement déjà connu du spectateur.
Un exemple concret, parmi d’autres : l’absence, ipso facto assourdissante, de toute allusion au discours du soir de la défaite au premier tour, le dimanche 23 avril 2017. Un discours amer, terrible et déconcertant, humainement comme politiquement, et pour cette raison si mémorable, si âprement discuté. Comment sérieusement consacrer un film à la campagne de Jean-Luc Mélenchon sans s’y confronter, d’une manière ou d’une autre ? Difficile de ne pas penser ici, évidemment, au fameux 1974, une partie de campagne (1974), de Raymond Depardon, qui, à partir de la même échéance électorale et sur les mêmes principes de tournage, parvenait, en filmant Valéry Giscard d’Estaing, à poser en pied l’animal politique, à montrer l’arrivée en force de la communication, à révéler aussi l’abyme au-dessus duquel l’homme de pouvoir ne cesse secrètement de se tenir.



Documentaire français de Gilles Perret (1 h 35). Sur le Web : www.jour2fete.com/distribution/linsoumis



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-5"> ¤ Hiromasa Yonebayashi signe le premier film d’animation du studio Ponoc.
<filname="PROF-0,2-3476,1-0,0-5"> ¤                     
                                                

« Mary et la fleur de la sorcière » : une fillette japonaise à l’école des sorciers

Hiromasa Yonebayashi signe le premier film d’animation du studio Ponoc.



Le Monde
 |    21.02.2018 à 07h50
    |

                            Mathieu Macheret








                        



   


L’avis du « Monde » – pourquoi pas
Mary et la fleur de la sorcière est le premier long-métrage d’animation à sortir des ateliers du tout jeune studio Ponoc (d’après le serbo-croate ponoc signifiant « aube »), constitué en majeure partie de transfuges du studio Ghibli, réduits au chômage technique après l’annonce, en 2014, de l’arrêt de la production. Et sans doute fallait-il en passer par cette nouvelle structure pour que de jeunes auteurs sortent enfin de l’ornière intimidante des deux grands maîtres, Hayao Miyazaki et Isao Takahata, cofondateurs de Ghibli, qui ont régné économiquement et symboliquement sur l’animation japonaise pendant plus de trente ans.

        Lire le récit :
         

          Le studio Ghibli toujours en mode pause



Pour son réalisateur, le talentueux Hiromasa Yonebayashi (Arrietty. Le petit monde des chapardeurs, 2010), âgé de 44 ans, disciple de Miyazaki depuis Le Voyage de Chihiro (2001), l’enjeu est de taille : lancer le studio et conjurer l’échec commercial de son précédent film, Souvenirs de Marnie (2014), belle œuvre tortueuse et sous-estimée, qui restera comme la toute dernière production Ghibli, celle qui ne sera pas parvenue à remettre le studio sur les rails.
Adapté d’un roman pour enfants britannique, ce film se présente sous le double signe du renouveau et de la continuité
Adapté comme son prédécesseur d’un roman pour enfants britannique (The Little Broomstick, « le petit balai », de l’Ecossaise Mary Stewart, ­Hodder Children’s Books, 2006, non traduit), Mary et la fleur de la sorcière se présente ainsi sous le double signe du renouveau et de la continuité.
Mary, une petite fille rousse coiffée de couettes, passe l’été dans la maison de campagne de sa grand-mère, où elle s’ennuie. Un chat du voisinage la conduit à l’orée de la forêt, sur la piste d’une fleur mystérieuse, la « Vol de nuit », qui lui donne le pouvoir de s’envoler sur son balai. Elle découvre alors, au milieu des nuages, le palais d’Endor, qui renferme une école de magie et abrite, dans le secret de ses murs, de curieuses expériences.
Une fantasmagorie grippée
Après une ouverture époustouflante d’allant romanesque et de dynamisme pictural (l’échappée d’une sorcière hors de l’enceinte d’Endor), la suite retombe sur un territoire plus balisé, coincé quelque part entre l’héritage du Studio Ghibli (le souvenir de Kiki la petite sorcière, en 1989 ; la tradition entretenue des décors peints à la main) et une destination plus ouvertement commerciale, liée notamment à l’univers de l’académie de magie, qui fait inévita­blement penser à la saga Harry ­Potter, d’après les ouvrages de J. K. Rowling. Et si le film peut évidemment se voir comme l’une de ces belles fables initiatiques, sur les rapports réciproques de l’enfance et de l’imaginaire, celle-ci débouche sur une fantasmagorie grippée, dont l’aspect bancal n’est pas seulement imputable à son budget réduit et à ses courts délais de fabrication.
En effet, l’académie d’Endor, royaume de l’imaginaire, contient son lot de créatures et de chimères fantastiques, qui n’ont pourtant rien à voir avec l’animisme bien connu d’un Miyazaki (le bestiaire du Voyage de Chihiro).
Fruits d’expériences et de manipulations, ces figures accablent l’exercice de la magie comme une volonté de toute-puissance qui éloigne les hommes de la nature. Ici, l’imaginaire est clairement disqualifié au profit du réel environnant, déjà prodigue en formes infinies et en distractions renouvelées, si tant est qu’on veuille bien l’habiter pleinement. Film étrange et pourtant passionnant que celui-ci, qui en passe par les détours trompeurs de la fantasmagorie pour inviter enfants et parents, simplement, à poser un regard sur le monde alentour.

Film d’animation japonais d’Hiromasa Yonebayashi (1 h 42). Sur le Web : diaphana.fr/film/mary-et-la-fleur-de-la-sorciere



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-6"> ¤ Craig Gillespie a choisi le registre de la comédie pour ce drame du sport.
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« Moi, Tonya » : la patineuse Tonya Harding zigzague entre documentaire et farce

Craig Gillespie a choisi le registre de la comédie pour ce drame du sport.



Le Monde
 |    21.02.2018 à 07h49
 • Mis à jour le
21.02.2018 à 08h18
    |

                            Thomas Sotinel








                        



   


L’avis du « Monde » – pourquoi pas
L’histoire de Tonya Harding, maintenue aux marges du patinage artistique en raison de ses origines avant de passer pour une criminelle aux yeux du monde, ressemble à celle du Vilain Petit Canard. A ceci près que la fin du Vilain Petit Canard est l’une des seules heureuses des contes d’Andersen. La morale de l’histoire de Tonya Harding est, elle, d’un pessimisme qui aurait effrayé le plus dépressif des Danois : le monde est ainsi fait qu’on n’échappe pas à la place qu’assigne la naissance.
Athlète d’exception, certes, mais d’abord white trash, soit « rebut blanc de la société », Tonya Harding n’a jamais accédé à l’élite sportive internationale, lestée dans son envol par ses origines, son entourage, avant de devenir une réprouvée à la suite d’un crime dont la bêtise dépasse la grande violence. Il y a là le matériau d’une tragédie réaliste, d’un mélodrame, d’une critique sociale. Le réalisateur Craig Gillespie et le scénariste Steven Rogers ont préféré la comédie, le second degré, zigzaguant entre faux documentaire et farce, ne trouvant un semblant d’humanité que par la grâce de l’interprète du rôle-titre, Margot Robbie.
Un bref rappel des faits, pour les plus jeunes et ceux qui partent au soleil le temps des Jeux olympiques d’hiver : le 6 janvier 1994, dans les vestiaires d’une patinoire de Detroit, un homme tenta d’un coup de matraque de briser la jambe de Nancy Kerrigan, membre de l’équipe olympique américaine de patinage artistique. On était à quelques semaines des Jeux d’hiver de Lillehammer (Norvège). Nancy Kerrigan se remit assez vite pour remporter une médaille d’argent. Et le FBI fut assez diligent pour que l’on apprenne, avant la cérémonie d’ouverture, que le forfait avait été perpétré à l’instigation du mari d’une autre patineuse de l’équipe, Tonya Harding. Autorisée à participer à la compétition, celle-ci fut ensuite interdite à vie de patinage.
Divisions entre classes sociales
Moi, Tonya tente de remonter à la source de cette débâcle qui permit aux chaînes d’information américaines d’expérimenter le traitement frénétique d’un fait divers, six mois avant le début d’une vraie tragédie, l’affaire O.J. Simpson. Celle-ci allait mettre en mouvement les failles raciales qui divisent les Etats-Unis, le cas Tonya Harding mettait en évidence les divisions entre classes sociales. Et c’est sur ce terrain que le film de Craig Gillespie échoue.
L’image qu’il donne de l’enfance malheureuse d’une petite fille contrainte par sa mère de tout sacrifier au patinage est construite pour échapper aux clichés misérabilistes. La trajectoire qu’ont choisie réalisateur et scénariste passe par la dérision, et celle-ci s’exerce aux dépens de tous les personnages, à l’exception notable de l’héroïne. LaVona Harding (Allison Janney) est une femme d’un inépuisable égoïsme : si elle exige tous les sacrifices, c’est moins pour faire de sa fille une championne que pour devenir la mère d’une championne. On comprend bien que, pour lui échapper, la très jeune Tonya se jette dans les bras du premier venu, Jeff Gillooly (Sebastian Stan), même si celui-ci est aussi violent (mais moins malin) que la méchante femme qu’elle a quittée. Malgré ses prouesses sportives, Tonya Harding, victime de ses goûts vestimentaires et musicaux (elle est mal vêtue, faute de moyens, et patine au son du hard rock) ne parvient pas à devenir membre à part entière de l’élite de sa discipline.
Margot Robbie parvient à faire affleurer les blessures intérieures de cette femme d’une force physique hors du commun
Pour dessiner ces personnages qui vivent à la périphérie de Portland (Oregon) et au seuil de la pauvreté, le film recourt à de faux entretiens, qui donnent des versions contradictoires des faits. L’effet comique est assuré, surtout lorsque l’époux et son comparse, un garçon obèse nommé Shawn Eckhardt (interprété par Paul Walter Hauser), étalent leur bêtise. Quelle qu’ait été l’intention du metteur en scène et du scénariste, ce dispositif impose un lien organique entre la misère intellectuelle des agresseurs ou la cruauté de la mère (qu’Allison Janney incarne avec un indéniable panache) et leur misère matérielle.
Seul le personnage de Tonya Harding échappe à cette condescendance. D’abord parce que Margot Robbie parvient à faire affleurer les blessures intérieures de cette femme d’une force physique hors du commun. Ensuite parce que les séquences de patinage sont filmées avec une attention à l’investissement physique qui exprime, mieux que la chronique du fait divers, les efforts des patineurs en général et de Tonya Harding en particulier pour échapper aux forces qui les empêchent de quitter le sol.

Film américain de Craig Gillespie. Avec Margot Robbie, Sebastian Stan, Allison Janney (2 heures). Sur le Web : www.marsfilms.com/film/moi-tonya et www.facebook.com/MoiTonya.lefilm



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-7"> ¤ Le cinéaste Vahid Jalilvand filme deux classes sociales que tout sépare, mais qu’un drame fait entrer en collision.
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« Cas de conscience » : la société iranienne auscultée

Le cinéaste Vahid Jalilvand filme deux classes sociales que tout sépare, mais qu’un drame fait entrer en collision.



Le Monde
 |    21.02.2018 à 07h46
    |

                            Murielle Joudet








                        



   


L’avis du « Monde » – à voir
Un soir au volant de sa voiture, le docteur Nariman renverse une famille en scooter alors qu’il tentait d’éviter un chauffard. Un enfant est blessé et le docteur insiste pour l’emmener à l’hôpital. Quelques jours plus tard, se rendant à l’institut médico-légal où il travaille, l’homme découvre que le jeune garçon vient de mourir. La raison officielle : une intoxication alimentaire. Mais le doute s’empare du docteur, peu à peu persuadé que l’enfant est décédé des suites de l’accident, il tentera de remonter jusqu’à la véritable cause de la mort.
A travers ce drame dont les conséquences rejaillissent sur une poignée de personnages, Vahid Jalilvand ausculte la société iranienne : l’hypocrisie de la classe dominante, la survie et l’oppression de la classe dominée, filmée ici comme une catégorie damnée, habituée et condamnée au malheur. Deux mondes imperméables l’un à l’autre, mais entrant subitement en collision à la faveur d’un drame que le cinéaste filme jusque dans ses plus infimes conséquences avec un regard d’entomologiste.
Virtuosité du scénario
Cas de conscience a cependant les défauts de ses qualités : la virtuosité du scénario se referme comme un piège sur les spectateurs. Quant à la mise en scène, aride et dépouillée, à l’image de la vision pessimiste et tragique du cinéaste, elle semble condamner d’avance les personnages. Pour autant, le film parvient lentement à ses fins : par une forme d’intransigeance et d’âpreté qui ne laissent pas indemne.

Film iranien de Vahid Jalilvand. Avec Navid Mohammadzadeh, Amir Aghaei, Zakieh Behbahani (1 h 44). Sur le Web : www.damneddistribution.com/cas-de-conscience et www.facebook.com/damnedfilmsfrance



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-8"> ¤ La réalisatrice Raja Amari tente d’arracher son personnage principal à son seul statut de migrante clandestine.
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« Corps étranger » : de la fuite au désir

La réalisatrice Raja Amari tente d’arracher son personnage principal à son seul statut de migrante clandestine.



Le Monde
 |    21.02.2018 à 07h45
    |

                            Thomas Sotinel








                        



   


L’avis du « Monde » – pourquoi pas
Ce corps, celui d’une jeune femme, on le découvre d’abord en péril, sombrant au fond de la mer. En ouvrant son film sur ces images subaquatiques, celles qui viennent après ces naufrages de bateaux surchargés, filmés si souvent par des réalisateurs de fictions et des documentaristes, sur ces images qu’on ne peut qu’imaginer, Raja Amari assigne une identité à son personnage principal. Samia (Sarra Hannachi) est une migrante. Le projet de la cinéaste tunisienne est de l’arracher à cette définition pour en faire un personnage complexe, animé de désirs et de haines. Samia deviendra ainsi l’un des sommets d’un triangle pas tout à fait amoureux, qu’elle forme avec une veuve française, immigrée et bourgeoise, et un garçon tunisien qui a longtemps gravité aux marges des milieux islamistes.
Une fois cette figure constituée, Corps étranger se perd dans dans un bouillonnement de désirs et de retournements, d’où surgissent des références à l’histoire récente de la Tunisie, des observations – souvent pertinentes – sur la place que fait la France à ceux qui la choisissent, sans que ces éléments se fondent en un récit convaincant.
Relation ambiguë
Samia est donc arrivée à Lyon. Elle y retrouve Imed (Salim Kechiouche), joli garçon, clandestin lui aussi, qui fut l’ami du frère de la jeune fille, dont on apprend qu’il est incarcéré en Tunisie pour appartenance à la mouvance djihadiste. Elle parvient à se faire embaucher par Madame Bertaud (Hiam Abbass), qui lui demande de l’aider à vider son grand appartement des affaires de son mari, récemment disparu.
Entre la grande bourgeoise et la jeune migrante, Raja Amari et ses actrices esquissent une relation ambiguë, faite d’envie pour la cadette, de regrets pour l’aînée. L’irruption d’Imed, qui désire l’une pour sa jeunesse, l’autre pour son statut et son argent, devrait porter la situation à incandescence. C’est pourtant à ce moment que Corps étranger se fait théorique, se désincarne, sans que les acteurs ne déméritent.

Film tunisien et français de Raja Amari. Avec Sarra Hannachi, Hiam Abbass, Salim Kechiouche (1 h 32). Sur le Web : www.paname-distribution.com et www.facebook.com/happinessdistributionpointcom



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-9"> ¤ Chaque mercredi, dans « La Matinale du Monde », les critiques du « Monde » présentent les meilleurs films à découvrir sur grand écran.
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Article sélectionné dans La Matinale du 20/02/2018
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Féerie transgenre et fantaisie à gogo : notre sélection cinéma

Chaque mercredi, dans « La Matinale du Monde », les critiques du « Monde » présentent les meilleurs films à découvrir sur grand écran.



Le Monde
 |    21.02.2018 à 06h40
 • Mis à jour le
21.02.2018 à 08h06
   





                        


LES CHOIX DE LA MATINALE
Cette semaine, gros plan sur La Forme de l’eau, une fable signée Guillermo del Toro sur l’Amérique des années 1960, Winter Brothers du réalisateur islandais Hlynur Palmason, porté par Elliott Crosset Hove, son interprète principal, et Mary et la fleur de la sorcière, le premier long-métrage d’animation du studio Ponoc.
CONTE DE FÉES TRANSGENRE : « La Forme de l’eau », de Guillermo del Toro

Génie contemporain du cinéma fantastique, grand raconteur d’histoires et inventeur de formes, le Mexicain Guillermo del Toro, 53 ans, nous arrive aujourd’hui bardé de treize nominations aux Oscars pour La Forme de l’eau. Nonobstant la frénésie de communication que l’académie a su imposer à l’échelle planétaire, ce n’est pas une raison suffisante pour rendre son auteur estimable. En cela semblable à la créature merveilleuse qui hante son film, del Toro mériterait plutôt notre admiration par la manière souple et déliée dont il parvient, depuis vingt ans, à nager dans les courants hollywoodiens, sans y perdre son intégrité. Soit, ici, une fable d’époque. L’Amérique clinquante du début des années 1960, détachée sur le fond obscurément paranoïaque de la guerre froide. Un laboratoire de l’armée ultrasecret, où une créature pêchée en Amérique latine, dotée de pouvoirs extraordinaires, devient l’objet d’étude de l’armée américaine.
Mi-homme, mi-poisson, le monstre turquoise aux reflets ambrés, effroyable en même temps qu’aimable si cela se peut, suscite l’intérêt contradictoire de plusieurs personnages. En premier lieu son principal geôlier, l’inquiétant colonel Richard Strickland (Michael Shannon), incarnation brutale et putride de ce que les Etats-Unis comptent de plus réactionnaire. Femme de ménage muette d’origine latina qui travaille au laboratoire, méprisée à l’égal de ses collègues noires, Elisa Esposito (Sally Hawkins) lui voue, elle, un sentiment de fraternité manifeste, avant d’en tomber amoureuse et d’avoir l’ivresse de rencontrer, spirituellement et charnellement, la réciprocité. Entre le colonel et Elisa, on pourrait croire le combat inégal.
Mais il n’en est rien quand le cinéma prend, comme ici, le parti du rêve. Et partant de la révolte. Tout est donc délibérément renversé par rapport au canon historique (le film fantastique anticommuniste) dont s’inspire The Shape of Water. Plus encore, del Toro s’amuse à exalter les minoritaires et les persécutés, à liguer contre une administration puritaine, blanche et raciste, tout un peuple qu’elle exècre : un amphibien sud-américain, une Latina handicapée, une femme de ménage noire, un homosexuel sans emploi. La parabole politique n’annule en rien l’art de divertir. La Forme de l’eau est l’enchantement miroitant d’une forme en perpétuel mouvement. Un conte de fées baigné dans une diaprure bleu-vert, une comédie musicale dansée sur les ailes irisées du temps, une impossible histoire d’amour transgenre sous nos yeux scandaleusement consommée, un chant d’amour à l’égarement incongru, à la fantaisie salvatrice. Jacques Mandelbaum
Film américain de Guillermo del Toro. Avec Sally Hawkins, Michael Shannon, Richard Jenkins, Octavia Spencer (2 h 03).
LE BURLESQUE QUI VENAIT DU FROID : « Winter Brothers », d’Hlynur Palmason

Ouvrier dans une mine de calcaire, Emil se distingue par un comportement légèrement asocial, une manière de transgresser la loi par son comportement et ses actions, une façon de se détacher d’autrui. Profitant des heures de fermeture, il s’introduit en effet dans les réserves du lieu pour y subtiliser des produits chimiques dont il se sert pour fabriquer un alcool, que l’on devine plutôt frelaté, qu’il revend à ses compagnons de travail. Amoureux sans espoir d’une jeune fille lui préférant son frère Johan, qui travaille également dans la carrière, le personnage passe son temps à absorber ses propres décoctions tout en trouvant, dans une cassette vidéo d’instruction militaire détaillant les différentes manières d’utiliser un fusil semi-automatique, une manière d’occuper son temps, et peut-être de lui trouver un sens.
La singulière beauté du film réside précisément dans une manière toute personnelle de dénaturaliser ce qui pourrait se réduire à un simple drame social, de traquer un ordre abstrait derrière les prescriptions du monde social. Tout se passe comme si Hlynur Palmason entendait proposer un scénario conduisant vers une catastrophe attendue sans jamais remplir ce programme. S’y entremêle plutôt le temps répétitif du travail humain avec des moments d’une bizarrerie pourtant jamais artificielle. Mais sans doute le film ne serait pas si remarquable s’il n’inventait pas une étonnante figure humaine. Elliott Crosset Hove, qui incarne Emil, est une sorte de personnage burlesque, aux yeux perpétuellement écarquillés. C’est à lui sans doute que l’on doit le plus évidemment ce sentiment d’étrangeté angoissante qui nimbe un film qui n’oublie pas pourtant de s’inscrire dans une réalité sociale particulièrement rugueuse. Jean-François Rauger
Film islando-danois d’Hlynur Palmason. Avec Elliott Crosset Hove, Lars Mikelsen, Peter Plaugborg (1 h 34).
LA PETITE SŒUR JAPONAISE D’HARRY POTTER : « Mary et la fleur de la sorcière », d’Hiromasa Yonebayashi

Mary et la fleur de la sorcière est le premier long-métrage d’animation à sortir des ateliers du tout jeune studio Ponoc, constitué en majeure partie de transfuges du studio Ghibli, réduits au chômage technique après l’annonce, en 2014, de l’arrêt de la production. Et sans doute fallait-il en passer par cette nouvelle structure pour que de jeunes auteurs sortent enfin de l’ornière intimidante des deux grands maîtres, Hayao Miyazaki et Isao Takahata, cofondateurs de Ghibli, qui ont régné économiquement et symboliquement sur l’animation japonaise pendant plus de trente ans. Pour son réalisateur, le talentueux Hiromasa Yonebayashi, âgé de 44 ans, disciple de Miyazaki depuis Le Voyage de Chihiro (2001), l’enjeu est donc de taille : non seulement lancer le studio, mais surtout conjurer l’échec commercial de son précédent film, Souvenirs de Marnie (2014), belle œuvre tortueuse et sous-estimée, qui restera au regard de l’histoire comme la toute dernière production Ghibli.
Adapté comme son prédécesseur d’un roman pour enfants britannique (The Little Broomstick, de l’Ecossaise Mary Stewart, Hodder Children’s Books, 2006, non traduit), Mary et la fleur de la sorcière se présente ainsi sous le double signe du renouveau et de la continuité. Mary, une petite fille rousse coiffée de couettes, passe l’été dans la maison de campagne de sa grand-mère, où elle s’ennuie. Un chat du voisinage la conduit à l’orée de la forêt, sur la piste d’une fleur mystérieuse, la « Vol de nuit », qui lui donne le pouvoir magique de s’envoler sur son balai. Elle découvre alors, au milieu des nuages, le palais d’Endor, qui renferme une école de magie et abrite, dans le secret de ses murs, de curieuses expériences.
Après une ouverture époustouflante d’allant romanesque et de dynamisme pictural, la suite retombe sur un territoire plus balisé, coincé quelque part entre l’héritage du studio Ghibli et une destination plus ouvertement commerciale, liée notamment à l’univers de l’académie de magie, qui fait inévitablement penser à la saga Harry Potter. Et si ce film étrange peut se voir comme l’une de ces belles fables initiatiques, sur les rapports réciproques de l’enfance et de l’imaginaire, celle-ci débouche sur une fantasmagorie grippée. Pour la manière qu’il a de passer par les détours trompeurs de la fantasmagorie pour inviter enfants et parents, simplement, à poser un regard sur le monde alentour, il n’en est pas moins passionnant. Mathieu Macheret
Film d’animation japonais d’Hiromasa Yonebayashi (1 h 42).

Les sorties cinéma de la semaine (mercredi 21 février)
La Forme de l’eau, film américain de Guillermo del Toro (à ne pas manquer)Cas de conscience, film iranien de Vahid Jalilvand (à voir)Winter Brothers, film islandais et danois d’Hlynur Palmason (à voir)Corps étranger, film tunisien et français de Raja Amari (pourquoi pas)Criminal Squad, film américain de Christian Gudegast (pourquoi pas)L’Insoumis, documentaire français de Gilles Perret (pourquoi pas)Les Aventures de Spirou et Fantasio, film français d’Alexandre Coffre (pourquoi pas)Mary et la fleur de la sorcière, film d’animation japonais d’Hiromasa Yonebayashi (pourquoi pas)Moi, Tonya, film américain de Craig Gillespie (pourquoi pas)
Nous n’avons pas pu voir :
Contes sur moi, programme de cinq courts-métrages d’animation iranien, russe, mexicain et américain de Mohammad Ali Soleymanzadeh, Negareh Halimi, Anastasiya Sokolova, Homero Ramirez et Tyler J. KupfererL’Ame du tigre, film belge et suisse de François Yang





                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-10"> ¤ Au Cinéma des cinéastes, le réalisateur a présenté « Drum », qui ne sortira pas en salle dans son pays.
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L’Iranien Keywan Karimi, en liberté conditionnelle, dévoile son dernier film à Paris

Au Cinéma des cinéastes, le réalisateur a présenté « Drum », qui ne sortira pas en salle dans son pays.



Le Monde
 |    20.02.2018 à 15h49
 • Mis à jour le
20.02.2018 à 15h57
    |

            Clarisse Fabre








                        



   


On ne l’empêchera pas de tourner. Depuis le début des années 2010, le cinéaste Keywan Karimi, né dans le Kurdistan iranien, a des ennuis avec la justice de son pays pour avoir tourné un documentaire sur les graffitis, Writing on the City (bande-annonce visible sur Vimeo), racontant l’histoire politique de Téhéran depuis la révolution de 1979. Le jeune réalisateur a été arrêté, questionné, puis condamné en octobre 2015 à six ans de prison et à 223 coups de fouet pour « insulte envers les valeurs du sacré » et « propagande » contre le régime iranien – une peine ramenée à un an de prison en 2016, en plus des coups de fouet. Son histoire a fait le tour du monde, comme celle des autres cinéastes iraniens condamnés ces dernières années, tels Jafar Panahi et Mohammad Rasoulof.

        Lire le récit :
         

          L’« histoire kafkaïenne » d’un cinéaste iranien condamné à six ans de prison et à 223 coups de fouet




        Lire aussi le compte-rendu :
         

          Un an de prison pour le cinéaste iranien Keywan Karimi



Avant de purger sa peine, Keywan Karimi voulait à tout prix tourner son premier long-métrage de fiction, Drum, adapté du roman éponyme d’Ali-Morad Fadaei-Nia, sur le thème de la peur. Il l’a tourné et monté en l’espace de trois mois au printemps 2016, grâce à l’aide de son producteur François d’Artemare, avec lequel il travaillait à distance. Le film a ensuite été sélectionné au Festival de Venise en septembre 2016.



A l’occasion de la projection de Drum, film expressionniste en noir et blanc, au Cinéma des cinéastes, à Paris, lundi 19 février, Keywan Karimi nous raconte sa vie de réalisateur qui ne sait jamais quand le couperet va tomber. Juste avant que la salle ne plonge dans l’obscurité, il a demandé aux spectateurs de se lever et d’applaudir en hommage aux « combattants kurdes qui se sont battus contre l’Etat islamique et ont été victimes de bombardements ».
« Prêt à aller en prison »
« Je fais mes films, j’assume et je suis prêt à aller en prison. Je ne veux pas m’exiler », déclare-t-il au Monde. Le tournage de Drum s’est fait sans autorisation gouvernementale. « Quand un policier venait nous contrôler, un de mes amis montrait son titre de tournage pour un autre film », sourit-il. A l’issue du tournage, alors que le film venait d’être sélectionné à la Mostra de Venise, il a été convoqué par les autorités iraniennes. « Les juges n’ont pas voulu me mettre en prison pendant le festival, car ça aurait fait trop de publicité au film », grince-t-il.
Finalement il a été incarcéré à Erevan en novembre 2016, jusqu’au printemps 2017. « Je suis tombé malade en prison, une sorte de pneumonie. Les autorités iraniennes ne voulaient pas que je meure. J’ai pu sortir en liberté conditionnelle en avril 2017. Mais on m’a prévenu : si je commets un crime dans l’exercice de mon métier de cinéaste, je serai à nouveau condamné, et on me rajoutera les cinq ans que l’on m’avait enlevés en appel. »
Keywan Karimi : « Les gens veulent le changement. Ils veulent une République, mais pas islamique »
Qu’est-ce qu’un crime dans l’exercice de son métier ? Le réalisateur, âgé de 33 ans, sourit : il ne le sait pas. A propos des manifestations qui ont eu lieu dans son pays, en janvier, il tient à faire cette précision : « On a beaucoup lu dans les journaux européens que les Iraniens descendaient dans la rue pour des raisons économiques, mais ce mouvement est aussi profondément politique. Les gens veulent le changement. Ils veulent une République, mais pas islamique ».
Il y a deux mois, Keywan Karimi a demandé aux autorités iraniennes l’autorisation de sortir en salle son film Drum. Il vient tout juste de recevoir une réponse négative. « On m’a annoncé qu’il n’y aurait pas de sortie en salle, au motif que la qualité du film n’est pas bonne. Depuis sept ans, aucun de mes films n’a été projeté dans mon pays ». Le cinéaste va séjourner en France six ou sept mois, afin de préparer son prochain film. « Puis je rentrerai à Téhéran en décembre pour le tourner, avec les mêmes acteurs non professionnels de Drum. Ils m’attendent. »

        Lire aussi le compte-rendu :
         

          Mobilisation en France pour le cinéaste iranien Keywan Karimi






                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-11"> ¤ Des internautes ont tenté de faire croire que des spectateurs avaient été agressés lors de séances de projection du film. Depuis, les parodies se multiplient.
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« Black Panther » : des tweets racistes deviennent la risée des réseaux sociaux

Des internautes ont tenté de faire croire que des spectateurs avaient été agressés lors de séances de projection du film. Depuis, les parodies se multiplient.



Le Monde
 |    20.02.2018 à 13h16
 • Mis à jour le
20.02.2018 à 13h55
   





                        


La sortie mercredi 14 février du film Black Panther, qui met en scène le premier super-héros noir de la culture comics, continue à faire des remous sur Internet. Déjà victime de plusieurs actions coordonnées malveillantes en ligne, le film a fait l’objet, ces derniers jours, de plusieurs tweets véhiculant de fausses informations.
Ces messages faisaient croire, photos sanglantes à l’appui, que des spectateurs blancs de Black Panther avaient été agressés par des personnes noires. « Un groupe de jeunes Noirs a dit que ce film n’était pas pour moi. Je suis blanc. Ils m’ont ensuite agressé. Je vais aux urgences », pouvait-on lire dans un message. Dans un autre, « je suis allé voir Black Panther avec ma petite amie, et un adolescent noir a crié “vous n’êtes pas dans le bon cinéma” et a écrasé une bouteille sur son visage ».

Fake posts are being created to make black people look bad and the sad part of it is some people will believe them… https://t.co/WnhyinOrrw— trapafasa (@Trapa Fasa)


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Ces impostures ont rapidement été démasquées : une simple recherche sur Google images permettait en quelques secondes de constater que les photos reproduites dans ces tweets n’étaient pas nouvelles, et n’avaient rien à voir avec Black Panther.
Des dizaines de parodies
Cette réaction rapide a endigué la propagation de ces tweets, et ouvert la voie, à la place, à un flot de parodies. « C’est une photo de mon père. Hier soir, nous sommes allés voir Black Panther, et il a été agressé par un groupe d’ados noirs sur un parking. Ils s’en sont pris à lui avec un lance-flammes », peut-on par exemple lire dans un tweet partagé près de 50 000 fois, accompagné d’une photo du personnage Double-Face dans le film The Dark Knight.

“This is a picture of my dad. Last night we went to see #BlackPanther and got jumped by a group of black teens in t… https://t.co/sanVMuDAqo— RUSKlN (@goomba)


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« Hier soir, je suis allé voir Black Panther quand un enfant noir qui avait l’air d’avoir 4 ans m’a dit que ce film n’était pas pour moi et m’a violemment agressé avec une bombe atomique de 18 mégatonnes. »

last night i was attending black panther when a black child who looked to be around four years old told me "this mo… https://t.co/fWb1n97tkm— AkinasEightSix (@Hachimals)


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Des dizaines de tweets ont ainsi pris le contre-pied des messages racistes initialement publiés sur le réseau social. Une partie de ceux-ci ont été supprimés par Twitter, mais quelques-uns, peu partagés, sont toujours en ligne.
La pop culture visée par l’extrême droite
Ce n’est pas la première fois que Black Panther est la cible d’internautes mal intentionnés. Avant la sortie du film, un groupe Facebook, mené par des utilisateurs liés à la mouvance nationaliste et suprémaciste, avait annoncé son intention de faire baisser la note de Black Panther sur Rotten Tomatoes, un site américain de référence sur le cinéma, en l’inondant de commentaires négatifs. Rotten Tomatoes avait répondu au Hollywood Reporter qu’il ne tolérerait pas ce type d’agissements. De son côté, Facebook avait désactivé le groupe en question.
En France, quelques jours avant sa sortie, plusieurs actes de vandalisme en ligne ont été constatés. Un internaute a, par exemple, modifié la page Wikipedia française du film pour transformer le titre québécois en Les Dix Petits Nègres – une modification révoquée une vingtaine de minutes plus tard par un autre utilisateur de l’encyclopédie en ligne. Un utilisateur du site Sens critique, qui permet aux internautes de partager leur avis sur des œuvres, a également modifié le titre original du film, pour le remplacer, là aussi, par Les Dix Petits Nègres.

        Lire aussi :
         

                « Black Panther » : le premier super-héros noir reprend du pouvoir dans la pop culture américaine



Par ailleurs, le week-end précédant la sortie du film, le titre s’affichant sous l’affiche Black Panther, dans la version française de Google, est devenu La Planète des singes : suprématie. Ce qui, selon Google France, relevait d’une erreur technique, et non d’un acte malveillant – d’autres titres, d’autres films, avaient aussi été mélangés.
Films et séries grand public sont régulièrement la cible de groupes d’internautes d’extrême droite, qui reprochent à la pop culture ses tentatives de diversification. A la fin de 2016, le film Rogue One, issu de l’univers Star Wars, avait par exemple fait l’objet d’un appel au boycott, de la part d’internautes estimant qu’il s’agissait d’un film « anti-Blancs » et de « propagande féministe ». Ce qui ne l’a pas empêché de devenir le plus grand succès au box-office américain cette année-là. Black Panther semble prendre le même chemin : le film, salué par la critique, a fait un démarrage spectaculaire, engrangeant 192 millions de dollars lors de son premier week-end, dépassant déjà d’une vingtaine de millions les attentes, déjà élevées, des pronostiqueurs.

        Lire la critique du « Monde » :
         

          « Black Panther » : l’Afrique a enfin son super-héros sur grand écran






                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-12"> ¤ Les documentaires de Ruth Beckermann et Dieudo Hamadi rendent tous deux compte des élections au Congo et en Autriche.
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édition abonné


Cinéma : à la Berlinale, la démocratie trébuche

Les documentaires de Ruth Beckermann et Dieudo Hamadi rendent tous deux compte des élections au Congo et en Autriche.



Le Monde
 |    20.02.2018 à 10h05
 • Mis à jour le
20.02.2018 à 17h11
    |

                            Thomas Sotinel (Berlin, envoyé spécial)








                        



                                


                            

Deux élections présidentielles, l’une a eu lieu en 1986, l’autre aurait dû se tenir en 2016. La première en Autriche, la seconde en République démocratique du Congo. En rendent compte deux films, deux documentaires, Waldheims Walzer (« la valse de Waldheim »), de Ruth Beckermann, et Kinshasa Makambo (« le casse-tête de Kinshasa »), de Dieudo Hamadi, projetés l’un à la suite de l’autre le 18 février dans la section Forum de la 68e Berlinale.
Les deux films sont distants de trois décennies et de 10 000 km, ils ont en commun d’avoir été réalisés par des cinéastes engagés dans le processus qu’ils décrivent – la campagne pour obtenir le retrait de Kurt Waldheim du processus électoral à la suite de la révélation de ses activités militaires pendant la seconde guerre mondiale et le mouvement pour empêcher Joseph Kabila de modifier la Constitution afin de se maintenir au pouvoir. L’implication de Ruth Beckermann, née en 1952 à Vienne, et de Dieudo Hamadi, né en 1984 à ­Kisangani, donne à leurs films la même urgence ; l’échec des mouvements qu’ils filment (Kurt Waldheim fut élu, Joseph Kabila se représentera lors d’un scrutin dont la date n’est pas fixée) les conduit à la même lucidité.
L’échec des mouvements qu’ils filment conduit les deux réalisateurs à la même lucidité
En 1986, armée de l’une des toutes premières caméras vidéo, Ruth Beckermann filme dans les rues de Vienne les échanges entre partisans de Kurt Waldheim, l’ex-secrétaire général des Nations unies (1972-1981) qui se présente sous les couleurs de l’ÖVP (chrétiens-démocrates), et les opposants à sa candidature, qui font valoir que ses états de service de lieutenant de la Wehrmacht, qu’il a longtemps cachés, font de lui le complice de crimes contre l’humanité.
Pour donner son rythme à sa Valse de Waldheim, la réalisatrice alterne matériau personnel (fondatrice du petit groupe qui fut à l’origine de la campagne d’opposition, elle en a filmé les réunions)...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-13"> ¤ Le festival de cinéma a vu le lancement de la structure en ligne « SpeakUp » pour soutenir les victimes d’harcèlement et d’agression.
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Lutte contre le harcèlement, débat sur la parité : la Berlinale se met à l’heure #metoo

Le festival de cinéma a vu le lancement de la structure en ligne « SpeakUp » pour soutenir les victimes d’harcèlement et d’agression.



Le Monde
 |    20.02.2018 à 09h27
 • Mis à jour le
20.02.2018 à 10h07
    |

                            Thomas Sotinel (Berlin, envoyé spécial)








                        



   


Depuis son ouverture, jeudi 15 février, la Berlinale s’est efforcée de faire toute sa place aux débats nés ou ravivés dans le sillage de l’affaire Weinstein. Cette volonté s’est manifestée par l’inclusion de deux rencontres consacrées l’une à la parité, l’autre au harcèlement et aux agressions sexuelles, dans le programme officiel du festival. Ce qui n’a pas empêché le directeur de la Berlinale, Dieter Kosslick, d’être interpellé au sujet de la présence au programme de la section Panorama de Human, Space, Time and Human, film du réalisateur coréen Kim Ki-duk qui a été condamné à une amende par la justice de son pays pour avoir giflé une actrice sur son plateau. Les mêmes magistrats ont classé sans suite la plainte pour agression sexuelle de la même actrice.

        Lire le compte-rendu :
         

          Menu pantagruélique à la Berlinale



Ces débats, ces polémiques mettent en lumière les divisions de l’industrie cinématographique, particulièrement en Europe. Samedi 17 février, plus d’une centaine de professionnels se sont retrouvés pour débattre des moyens pour parvenir à l’égalité des genres dans la répartition des aides publiques. Neuf participants sur dix étaient des participantes, et l’Europe du Nord était surreprésentée. Parmi les intervenantes, la directrice de l’Institut suédois du film, Anna Serner, a proposé le modèle en vigueur dans son pays : l’argent distribué par son institution doit se répartir également entre réalisateurs et réalisatrices. A cette exigence, une autre s’ajoutera à partir de mars : les sociétés qui solliciteront des aides publiques devront, pour les obtenir, faire suivre à leurs dirigeants et à leurs employés une formation d’un jour sur le harcèlement, offerte par l’Institut suédois du film. Anna Serner n’a pas caché que cette dernière mesure avait suscité un tollé dans son pays, où elle a été accusée de faire entrer le « politiquement correct » dans le champ de la création.
De la Berlinale au Festival de Cannes
Dans le reste de l’Europe, ces mesures inspirent l’envie (des participantes à la rencontre) ou la dérision. Un distributeur français présent à Berlin estimait, au détour d’une conversation, la parité des aides inapplicable, faute de réalisatrices. En Suède, a expliqué Mme Serner, « les producteurs ont trouvé des femmes pour obtenir leur argent ». Quant à la France, aucune mesure concrète n’a suivi la signature par les organisations professionnelles de la « charte pour l’égalité entre les hommes et les femmes dans le secteur du cinéma » en 2013, comme le faisait remarquer Bérénice Vincent, responsable des ventes internationales des Films du Losange, l’une des seules Françaises présentes à la rencontre du 17 février. Avec les membres de l’association Le Deuxième Regard, dont elle est l’une des fondatrices, elle prépare une initiative pour donner un contenu effectif à la charte, qui devrait être dévoilée dans les prochaines semaines.
La rencontre du 17 février s’est conclue par le lancement de SpeakUp, une structure en ligne destinée à soutenir les victimes d’harcèlement et d’agression pendant les festivals de cinéma en leur proposant informations et écoute. A l’origine de cette initiative, la directrice de la société de ventes internationales Doc & Film, Daniela Eltsner, qui est l’une des seules professionnelles travaillant en France (elle est de nationalité allemande) à raconter publiquement, dans la publication professionnelle Screen International, avoir été agressée par une figure connue de l’industrie cinématographique française, dont elle n’a pas donné le nom. « En France, ces histoires ressortent derrière des portes fermées », observe-t-elle. Forts du soutien de la Berlinale, les initiateurs de SpeakUp (outre Daniela Eltsner, le dirigeant de société de ventes internationales Jean-Christophe Simon et la réalisatrice polonaise Małgorzata Szumowska) comptent maintenant se tourner vers le Festival de Cannes.
Pour Dieter Kosslick, la décision de mettre en valeur ces débats allait de soi : en janvier, l’industrie allemande a été secouée par les révélations d’agressions sexuelles commises par l’un des producteurs de télévision les plus puissants du pays, Dieter Wedel, « le Weinstein allemand », estime le directeur de la Berlinale. Il a fallu ensuite traiter le cas Kim Ki-duk, en se procurant les attendus du jugement, et en les faisant traduire. « Je ne voulais pas me retrouver dans la position du censeur en retirant le film de la programmation », explique Dieter Kosslick pour expliquer que Human, Space, Time and Human n’ait pas été déprogrammé, avant de conclure : « Il nous faut trouver l’équilibre entre le débat et le spectacle ». Une exigence avec laquelle d’autres directeurs de festivals de cinéma devront composer.

        Lire aussi la critique :
         

          A la Berlinale, la démocratie trébuche






                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-14"> ¤ Guillermo del Toro signe un conte de fées, traversé de sous-entendus politiques.
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« La Forme de l’eau » : un monstre dans l’eau trouble américaine

Guillermo del Toro signe un conte de fées, traversé de sous-entendus politiques.



Le Monde
 |    20.02.2018 à 07h56
 • Mis à jour le
21.02.2018 à 08h09
    |

            Jacques Mandelbaum








                        



   


L’avis du « Monde » – à ne pas manquer
Génie contemporain du cinéma fantastique, grand raconteur d’histoires et inventeur de formes, le Mexicain Guillermo del Toro, 53 ans, nous arrive aujourd’hui bardé de treize nominations aux Oscars pour La Forme de l’eau. Nonobstant la frénésie de communication que l’académie a su imposer à l’échelle planétaire, à commencer chez les journalistes, ce n’est évidemment pas une raison suffisante pour rendre son auteur estimable. En cela semblable à la créature merveilleuse qui hante son film, del Toro mériterait plutôt notre admiration par la manière souple et déliée avec laquelle il parvient, depuis vingt ans, à nager dans les courants hollywoodiens – même contraires –, sans y perdre son intégrité.

        Lire l’entretien avec Guillermo del Toro :
         

          « En vieillissant, on est prêt à se servir des accidents pour créer »



Soit, ici, une fable d’époque. L’Amérique clinquante du début des années 1960, détachée sur le fond obscurément paranoïaque de la guerre froide. Un laboratoire de l’armée ultrasecret, où une créature pêchée en Amérique latine, dotée de pouvoirs extraordinaires, devient l’objet d’étude de l’armée américaine. Mi-homme, mi-poisson, le monstre turquoise aux reflets ambrés, puissant et délicat à la fois, effroyable en même temps qu’aimable si cela se peut, suscite l’intérêt contradictoire de plusieurs personnages en particulier. En premier lieu son principal geôlier, l’inquiétant colonel Richard Strickland (Michael Shannon), incarnation brutale et putride (mordu par le monstre, il pourrit lentement par les doigts) de ce que les Etats-Unis comptent de plus réactionnaire, armé en permanence de son gourdin électrique, torturant la créature du matin au soir, inspirant la terreur à ses subordonnés, répandant la frigidité dans son foyer.

        Lire le compte-rendu :
         

          A la Mostra, Del Toro fait surgir une étrange créature sur la Lagune



Le docteur Robert Hoffstetler (Michael Stuhlbarg), médecin de l’armée attaché à l’expérience, homme de compassion, s’y intéresse de très près aussi, pour des raisons que le film dévoilera insensiblement. Enfin, Elisa Esposito (Sally Hawkins), femme de ménage muette d’origine latina qui travaille au laboratoire, méprisée à l’égale de ses collègues noires, lui voue, de paria à paria, un sentiment de fraternité manifeste, avant d’en tomber amoureuse et d’avoir l’ivresse de rencontrer, spirituellement et charnellement, la réciprocité. Une lutte farouche s’ouvre entre le colonel et Elisa, incarnations respectives de la haine et de l’amour que suscite, à travers la créature, la vie dans ses différences. Le premier soutenu par l’armée des Etats-Unis, la seconde par un vieil affichiste homosexuel qui est en train de perdre son emploi.
On pourrait croire le combat inégal. Mais il n’en est rien quand le cinéma prend, comme ici, le parti du rêve. Et partant de la révolte. Tout est donc délibérément renversé par rapport au canon historique (le film fantastique anticommuniste) dont s’inspire La Forme de l’eau. Le nationalisme y est cloué au pilori, tandis que l’instrumentalisation délirante de l’anticommunisme est stigmatisée par l’humanisme d’un espion travaillant pour les Soviétiques.
Guillermo del Toro s’amuse à exalter les minoritaires et les persécutés contre une administration puritaine, blanche et raciste
Plus encore, del Toro s’amuse à exalter les minoritaires et les persécutés, à liguer contre une administration puritaine, blanche et raciste tout un peuple qu’elle ­exècre : un amphibien sud-américain, une Latina handicapée, une femme de ménage noire, un homosexuel sans emploi. Qui pourrait croire un seul instant, en voyant ce film réalisé sous l’ère Trump, qu’il s’agit ici seulement de l’Amérique du début des années 1960 ? La parabole politique n’annule en rien, pourtant, l’art de divertir.
La Forme de l’eau est l’enchantement miroitant d’une forme en perpétuel mouvement. Un conte de fées baigné dans une diaprure bleu-vert, une comédie musicale dansée sur les ailes irisées du temps, une impossible histoire d’amour transgenre sous nos yeux scandaleusement consommée, un chant d’amour à l’égarement incongru, à la fantaisie salvatrice. La liste est longue des ­titres que les cinéphiles se remémoreront à la vision de ce film. L’Etrange Créature du lac noir (1954), de Jack Arnold, par excellence, dans lequel le dangereux amphibien nouait une relation privilégiée avec l’une des femmes d’une expédition amazonienne, dansant avec la naïade nacrée un ballet subaquatique brûlant d’érotisme. Mais encore, et aussi bien, Freaks (1932), de Tod Browning, La Belle et la Bête (1946), de Jean Cocteau, Le Jour où la Terre s’arrêta (1951), de Robert Wise, et jusqu’au propre Hellboy (2004), de del Toro, dans lequel une première version de la créature, au demeurant inspirée de l’auteur de comics Mike Mignola, secondait le héros rouge.
L’ombre infamante du plagiat
Cette malléabilité de la création de del Toro, cinéaste érudit qui n’a jamais fait mystère de puiser dans l’histoire du genre fantastique pour mieux le réinventer, doit être rappelée avec force alors que trois accusations consécutives font planer sur lui l’ombre infamante du plagiat.
La première émane de David Zindel, fils du dramaturge Paul Zindel, qui argue de la pièce écrite en 1969 Let Me Hear You Whisper (1969). La deuxième, relevée par des internautes, mentionne l’existence du court-métrage néerlandais de Mark S. Nollkaemper, The Space Between Us, réalisé en 2015. La troisième provient du réalisateur Jean-Pierre Jeunet, qui indique que certaines scènes de La Forme de l’eau ressemblent à celles de Delicatessen (1991).
Mais la création n’est justement que réminiscence, transformation, réinvention. Les scènes communes sont légion, les motifs semblables pullulent. On ne disqualifie pas une œuvre parce qu’une scène y fait écho à une scène semblable dans une autre œuvre, ou parce qu’un motif y est recyclé. Le champ de l’art serait alors un procès sans fin. L’esprit y souffle où il veut, les inventions n’y appartiennent à personne. Contrairement au talent, qui reconnaîtra toujours les siens.

Film américain de Guillermo del Toro. Avec Sally Hawkins, Michael Shannon, Richard Jenkins (2 h 03). Sur le Web : www.foxsearchlight.com/theshapeofwater, www.facebook.com/theshapeofwater et fr-fr.facebook.com/FoxSearchlightFR

Les sorties cinéma de la semaine (mercredi 21 février)
La Forme de l’eau, film américain de Guillermo del Toro (à ne pas manquer)Cas de conscience, film iranien de Vahid Jalilvand (à voir)Winter Brothers, film islandais et danois d’Hlynur Palmason (à voir)Corps étranger, film tunisien et français de Raja Amari (pourquoi pas)Criminal Squad, film américain de Christian Gudegast (pourquoi pas)L’Insoumis, documentaire français de Gilles Perret (pourquoi pas)Les Aventures de Spirou et Fantasio, film français d’Alexandre Coffre (pourquoi pas)Mary et la fleur de la sorcière, film d’animation japonais d’Hiromasa Yonebayashi (pourquoi pas)Moi, Tonya, film américain de Craig Gillespie (pourquoi pas)
Nous n’avons pas pu voir :
Contes sur moi, programme de cinq courts-métrages d’animation iranien, russe, mexicain et américain de Mohammad Ali Soleymanzadeh, Negareh Halimi, Anastasiya Sokolova, Homero Ramirez et Tyler J. KupfererL’Ame du tigre, film belge et suisse de François Yang





                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-15"> ¤ Le cinéaste mexicain explique comment il a réussi à tourner « La Forme de l’eau » avec un budget réduit.
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édition abonné


Guillermo del Toro : « En vieillissant, on est prêt à se servir des accidents pour créer »

Le cinéaste mexicain explique comment il a réussi à tourner « La Forme de l’eau » avec un budget réduit.



Le Monde
 |    20.02.2018 à 07h55
 • Mis à jour le
20.02.2018 à 07h56
    |

                            Thomas Sotinel








                        



                                


                            

Le réalisateur mexicain Guillermo del Toro, 53 ans, a recueilli treize nominations aux Oscars pour son film La Forme de l’eau. Nous l’avons rencontré en octobre 2017, au festival Lumière de Lyon, où l’on projetait Cronos (1993), l’histoire d’un bon grand-père changé en vampire.

Qu’est-ce qui a changé dans votre processus créatif depuis vos débuts ?
Quand on est jeune, on veut tout contrôler. En vieillissant, on est prêt à se servir des accidents. Si un acteur ne fait pas ce que vous attendez de lui, au lieu de le corriger, on se demande s’il n’a pas raison. On joue avec la réalité, plutôt que d’essayer de la domestiquer. Plus on croit avoir besoin de contrôler, plus on est vulnérable à l’échec.
Comment faites-vous pour laisser assez d’espace aux accidents dans un film aussi complexe que « La Forme de l’eau » ?
C’est comme un numéro de trapèze. L’accident, c’est de rater l’autre trapèze. Alors on prévoit tout, la forme de la barre, la longueur des cordes, la qualité du talc qu’on se met sur les mains. On fait le numéro, la plupart du temps il réussit. Et parfois on frôle l’accident, et le public fait « Ahh ». Une vraie œuvre d’art, c’est quand on arrive à ce que le public fasse « Ahh ».
« La Forme de l’eau » est aussi un film très politique, qui évoque des événements actuels.
Le film a été écrit bien avant l’élection de 2016. En tant qu’immigré, je vois le monde s’enfoncer dans les divisions, la haine, la peur. La peur infiltre tout, comme l’humidité. Cinquante-trois ans d’expérience m’ont conduit à croire que les Beatles, Jésus et Bouddha ont raison et qu’on n’a besoin que d’amour. C’est ce que disait le grand-père dans Cronos : « Je ne sais pas ce qui m’arrive, mais je crois qu’il vaut mieux que nous le vivions ensemble. »
Comment avez-vous choisi les images tirées de l’histoire du cinéma qui parsèment...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-16"> ¤ Alexandre Coffre signe une adaptation sage des aventures du duo franco-belge.
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« Les Aventures de Spirou et Fantasio » : bain de modernité pour deux héros de BD

Alexandre Coffre signe une adaptation sage des aventures du duo franco-belge.



Le Monde
 |    20.02.2018 à 06h30
 • Mis à jour le
21.02.2018 à 08h10
    |

            Isabelle Regnier








                        



   


L’avis du « Monde » – pourquoi pas
Après Astérix et Obélix, le Petit Nicolas, le Marsupilami, en attendant Gaston Lagaffe et Corto Maltese, voici venu le tour de Spirou et Fantasio. Pour son 80e anniversaire, le célèbre duo franco-belge se paye une cure de jouvence en sautant de la bande dessinée au grand écran. Le résultat est mitigé – à la fois sympathique et tristement dépourvu d’inspiration. Cette comédie, qui pourrait annoncer une longue série à venir, est à la fois un récit des origines et une aventure rocambolesque qui va entraîner les héros d’un grand hôtel de la Riviera jusqu’aux dunes du Sahara.
Dans l’établissement où il s’amuse, déguisé en groom, à dépouiller les clients de leurs richesses, Spirou le monte-en-l’air (Thomas Solivérès) fait une alliance de circonstance avec Fantasio, journaliste gentiment à côté de la plaque (Alex Lutz) qui en pince pour la futée Seccotine (Géraldine Nakache), une concurrente qui a toujours un coup d’avance sur lui. Avec la complicité du comte de Champignac (Christian Clavier), un vieux scientifique un peu toqué qui les prend sous son aile, ils se lancent à la poursuite de Zorglub (Ramzy Bedia), savant fou mégalomane qui cherche furieusement la recette qui lui permettrait de mettre l’humanité à sa botte.
Thomas Solivérès, véritable révélation
Puisant son inspiration dans la période Franquin de Spirou, mais aussi, beaucoup, chez Tintin, tout en parodiant gentiment James Bond, le film vaut pour son ton fantaisiste et bon enfant, totalement dépourvu d’esprit de sérieux. Et pour la manière dont il réussit à réactiver ce rapport candide à la science, à l’aventure, caractéristique de tout un pan de la bande dessinée du milieu du siècle dernier, sans pour autant verser dans la nostalgie.
Grâce aux acteurs, à leur présence moderne – on saluera en particulier, dans le rôle de Spirou, la performance piquante de Thomas Solivérès, véritable révélation –, il réussit, tout au contraire, à l’actualiser. Ces qualités ne suffisent pas, toutefois, à emporter l’adhésion tant la mise en scène d’Alexandre Coffre manque de peps, d’audace, de liberté. Il faut attendre la toute fin du film pour voir Ramzy Bedia se lancer dans un numéro (d’improvisation ?) en roue libre et se dire que s’il avait suivi cette piste plutôt que de chercher coûte que coûte à fabriquer les images de son scénario, le film aurait pu être autrement plus savoureux.

Film français d’Alexandre Coffre. Avec Thomas Solivérès, Alex Lutz, Ramzy Bedia, Géraldine Nakache, Christian Clavier (1 h 29). Sur le Web : www.spirouetfantasio-lefilm.com



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-17"> ¤ A son domicile et à l’école de cinéma où le réalisateur burkinabé enseignait, proches et étudiants se souviennent « d’un homme génial et très généreux ».
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Reportage

Ouagadougou rend hommage au « maestro » Idrissa Ouedraogo

A son domicile et à l’école de cinéma où le réalisateur burkinabé enseignait, proches et étudiants se souviennent « d’un homme génial et très généreux ».

Par                                            Morgane Le Cam (Ouagadougou, correspondance)




LE MONDE
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        Le 19.02.2018 à 19h12

     •
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        Mis à jour le 20.02.2018 à 10h05






    
Le réalisateur burkinabé Idrissa Ouedraogo à la Cinémathèque française à Paris, en 2008.
Crédits : BERTRAND GUAY/AFP


On le surnommait le « maestro » du cinéma africain, mais ses plus anciens proches l’appelaient « Wilson Pickett », du nom du chanteur et compositeur américain de soul et de blues qu’il affectionnait tant. Idrissa Ouedraogo, célèbre réalisateur burkinabé, s’est éteint dimanche 18 février à l’âge de 64 ans. « Son décès m’a surpris. Je le revois encore ici la semaine dernière, en train de parler avec ses voisins. Il allait bien. Je savais qu’il avait des problèmes de tension mais je ne pensais pas que c’était à ce point-là », regrette Issa Saga, un ami réalisateur.
Lundi, la cour familiale du « maestro », à Ouagadougou, connaissait l’animation des jours de deuil. Dans un ballet incessant, proches et moins proches entrent et sortent, jetant un regard triste au portrait en noir et blanc d’Idrissa Ouedraogo, l’œil espiègle, fixant l’objectif. Le quartier entier est endeuillé. Car « Idrissa », comme l’appelaient affectueusement ses voisins, était évidemment connu de tous. « C’était un homme très généreux. Il nous assistait dès qu’il y avait un problème. Il était très entouré et partageait toujours ses repas et sa bière », se remémore Edmond Sawadogo, l’un de ses voisins.

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                Idrissa Ouedraogo, le cinéaste burkinabé qui se battait contre la fatalité



Un mot revient dans la bouche de tous ses proches : « génie ». Idrissa Ouedraogo n’a pas mis longtemps à obtenir la reconnaissance de ses pairs. En 1981, sa première œuvre, Poko, est couronnée du prix du meilleur court-métrage au prestigieux Festival panafricain du cinéma et de la télévision de Ouagadougou (Fespaco). Dix ans plus tard, le réalisateur entre dans l’histoire du cinéma africain et fait la fierté de son pays en devenant le premier Burkinabé à remporter le prix suprême du Fespaco, l’Etalon d’or, avec son long-métrage Tilaï.
« Il n’était pas là pour s’amuser »
En plus de trente-cinq ans de carrière, Idrissa Ouedraogo a tourné une quarantaine de films. Insatiable, il voulait en faire encore davantage. « Il venait de terminer un scénario », affirme Ismaël Ouedraogo, un cinéaste qui fut à plusieurs reprises son assistant. Dans ce film en gestation intitulé Duel au soleil, le « maestro » voulait revenir sur le rôle joué par la chefferie traditionnelle burkinabée lors de la colonisation. Il n’aura pas eu le temps d’en faire le casting. « Nous voulons réaliser ce film. Nous allons chercher des financements pour qu’il voie le jour, pour lui rendre un dernier hommage », poursuit l’ancien assistant.



Ismaël Ouedraogo se souvient d’un « homme de caractère » qui « insistait beaucoup pour avoir de belles images et de beaux cadres ». « Il était aussi très porté sur le son », ajoute-t-il. Avec ses acteurs, Idrissa Ouedraogo n’était pas tendre. « Il était perfectionniste et n’était pas là pour s’amuser. Il nous criait souvent dessus, mais après, il venait nous expliquer qu’il le faisait pour notre bien, pour que le résultat soit excellent », raconte Roukiétou Barry, une actrice présente dans plusieurs de ses films, dont Yaaba, Tilaï ou encore Karim et Sala. « Il a lancé ma carrière et est devenu comme mon papa », poursuit la comédienne, qui retient avant tout la générosité du réalisateur.
Ce sens du partage, il l’avait aussi avec les étudiants de l’Institut supérieur de l’image et du son de Ouagadougou (ISIS). Lui qui venait quasi quotidiennement dans la cour de cette école de cinéma pour taquiner les étudiants et parler de mise en scène avait des habitudes bien à lui. « Il n’aimait pas le principe du cours. S’asseoir à un bureau et enseigner, ce n’était pas son truc », se souvient Toussaint Zongo, l’un de ses anciens étudiants. « Il venait, passait la tête par la porte et, quand un cours l’intéressait, il entrait et nous faisait profiter de son savoir », ajoute Rachida Maïga, étudiante en master 1 de fiction à l’ISIS.
Le sens de l’improvisation
Une improvisation que l’on retrouvait sur les plateaux de tournage, comme se remémore l’apprentie réalisatrice, qui a pu assister à quelques tournages d’Idrissa Ouedraogo : « Il ne respectait jamais ce qu’il avait écrit. Il avait le film dans sa tête, c’était impressionnant. Pendant qu’une scène se tournait, il prenait des notes sur sa main ou sur son paquet de cigarettes pour la suivante. On tournait souvent autre chose que ce qu’il y avait dans le scénario. Pour moi, c’était une des marques de son génie. »
« On ne peut pas faire l’économie de la formation professionnelle […] La formation et la maîtrise de l’outil cinématographique sont très importants. C’est ce qui permet au regard et aux oreilles d’accepter un film », avait confié Idrissa Ouedraogo dans une interview accordée au Monde Afrique en mars 2015. Selon ses proches, ces dernières années, il s’agaçait de voir le cinéma africain stagner, par manque de moyens et de talents. « Lui aura fait ce qu’il a pu », assure le réalisateur Issa Saga. « Grâce à lui, on ne peut plus raconter l’histoire du cinéma mondial sans parler de cinéma africain et de cinéma burkinabé », résume Toussaint Zongo.

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                Idrissa Ouedraogo : « Le cinéma low-cost ne veut rien dire »



Ce lundi soir, le gratin du septième art burkinabé devait se réunir au Centre national des arts du spectacle et de l’audiovisuel pour lui rendre un dernier hommage. L’inhumation du géant burkinabé aura lieu mardi au cimetière ouagalais de Gounghin.





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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-18"> ¤ L’auteur du film « Tilaï », Grand Prix du jury au Festival de Cannes en 1990, est mort le 18 février à Ouagadougou.
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Idrissa Ouedraogo, le cinéaste burkinabé qui se battait contre la fatalité

L’auteur du film « Tilaï », Grand Prix du jury au Festival de Cannes en 1990, est mort le 18 février à Ouagadougou.



Le Monde
 |    19.02.2018 à 11h25
 • Mis à jour le
19.02.2018 à 19h31
    |

            Jacques Mandelbaum








                        



                                


                            

Ils ne sont plus si nombreux, ces réalisateurs dont les images ont pu faire espérer aux cinéphiles de la planète que les cinémas d’Afrique noire se joindraient durablement à la grande démocratie du septième art. On sait aujourd’hui, hélas, qu’il n’en a pas été ainsi. Tout au plus compagnonne-t-on avec de grandes et belles voix solitaires – celles d’un Ousmane Sembène et d’un Djibril Diop Mambety (Sénégal), d’un Souleymane Cissé (Mali), d’un Hailé Guerima (Ethiopie), d’un Abderrahmane Sissako (Mauritanie), d’un Mahamat Saleh-Haroun (Tchad). Le Burkinabé Idrissa Ouedraogo, qui s’est éteint le dimanche 18 février à Ouagadougou, à l’âge de 64 ans, est de celles-ci.
Né le 21 février 1954 dans ce qui était encore une colonie française (la Haute-Volta, indépendante en 1960, rebaptisée Burkina Faso en 1984 par le président Thomas Sankara), il se forme à l’Institut africain d’études cinématographique de Ouagadougou, en sort major et crée dans la foulée une société de production pour financer son premier court-métrage, Poko, en 1981. Lapidaire, le film dessine le destin fatal d’une jeune villageoise enceinte qui aurait besoin d’être transportée en ville afin de soigner les complications de sa grossesse. Le village étant éloigné de tout, transportée à main d’hommes sur une charrette, elle meurt finalement simplement en route, et le groupe qui l’accompagne fait demi-tour. Fin de l’histoire. Et tout est dit. La fatalité, la misère, la résignation, le scandale. D’une simplicité biblique, quasiment dépourvu de dialogues, tourné avec les habitants du village, Poko annonce le cinéma documenté et stylisé tout à la fois d’Ouedraogo.
« Yabaa », récit de formation
Après quelques autres courts-métrages, il peaufine ensuite sa formation cinématographique tant en Union soviétique qu’en France. De retour au pays, il signe son premier long-métrage, Le Choix, en 1987, chronique d’une famille de paysans fuyant la sécheresse au Sahel, et retrouvant,...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-19"> ¤ Droits d’auteur, financement, diffusion : un collectif de cinéastes européens, dont les frères Dardenne, Cédric Klapisch et Ken Loach, listent dans une tribune au « Monde » leurs priorités.
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« Une vision et une ambition politique fortes pour le cinéma européen »

Droits d’auteur, financement, diffusion : un collectif de cinéastes européens, dont les frères Dardenne, Cédric Klapisch et Ken Loach, listent dans une tribune au « Monde » leurs priorités.



Le Monde
 |    19.02.2018 à 11h13
 • Mis à jour le
19.02.2018 à 20h41
    |

                            Collectif








                        



                                


                            

Tribune. La culture européenne est la mise en commun de toutes les singularités, façons d’être et de voir, traditions, langues et histoires propres à chaque pays. A l’heure du Brexit et des nationalismes montants, l’Europe doit comprendre que sa force demeure dans sa capacité de dialogue entre union et identités spécifiques. C’est notre force et non pas notre faiblesse : ne pas comprendre cette dualité nous mènera à notre perte.
Cinéastes, nous portons le projet d’une véritable Europe de la création, guidée par l’exception culturelle. Nous sommes convaincus que le numérique est une chance immense pour la création et la circulation des œuvres : la diversité peut ainsi être exposée dans chaque Etat membre, auprès de tous les spectateurs. Il n’y a pas de petit ou grand Etat européen de la création ; il y a une formidable richesse de regards.
L’ère du numérique, des nouvelles technologies et des nouveaux usages doit être l’occasion de proposer une vision et une ambition politique fortes ! Alors que des arbitrages politiques aux conséquences importantes vont être rendus cette année, nous, cinéastes européens, rappelons ce qui constitue pour nous des priorités.
Une juste rémunération des auteurs
La lutte contre le piratage est une priorité absolue, commune aux institutions européennes et aux Etats membres. Chaque œuvre et chaque travail consenti pour l’accomplissement de cette œuvre ont une valeur ! Une grande Europe de la création est possible si nous affirmons, au cœur de l’économie numérique, la défense de droits fondamentaux, et un partage de valeurs équilibré entre tous les acteurs de la chaîne.
Le projet de directive sur le droit d’auteur dans le marché unique numérique est une occasion unique d’assurer aux auteurs une rémunération juste, proportionnelle et inaliénable lorsque leurs films et œuvres audiovisuelles sont regardés sur des plates-formes numériques. Il est temps de mettre en place un mécanisme européen...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-20"> ¤ La soirée de récompenses du cinéma britannique a également été marquée par la mobilisation contre les abus sexuels.
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Article sélectionné dans La Matinale du 18/02/2018
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« 3 Billboards » triomphe à la cérémonie des Bafta

La soirée de récompenses du cinéma britannique a également été marquée par la mobilisation contre les abus sexuels.



Le Monde
 |    18.02.2018 à 22h32
 • Mis à jour le
19.02.2018 à 07h27
   





                        


Cinq prix, dont « meilleur film », « meilleur scénario » et « meilleure actrice ». Le long-métrage de Martin McDonagh, 3 Billboards, Les panneaux de la vengeance, a triomphé, dimanche 18 février, lors de la cérémonie des Bafta, les récompenses du cinéma britannique. Une soirée marquée également par la mobilisation contre les abus sexuels, alors que l’industrie du cinéma a été secouée par plusieurs scandales au cours des derniers mois.

        Lire la critique de « 3 Billboards » :
         

          Une soif de vengeance désespérée



« Je suis solidaire de mes sœurs de lutte », a ainsi déclaré l’Américaine Frances McDormand, en référence aux campagnes #metoo et Time’s Up, lorsqu’elle a reçu le Bafta de la « meilleure actrice ». Comme un symbole, elle incarne dans 3 Billboards une mère qui se bat pour obtenir justice. « Ce film est à la fois plein d’espoir et de colère », a souligné, de son côté, le cinéaste britannique Martin McDonagh.
« Comme on l’a vu ces derniers temps, la colère est parfois le seul moyen de se faire entendre et d’obtenir un changement. »
Hommages
Le film fantastique La forme de l’eau, qui totalisait douze nominations, est reparti avec trois distinctions, dont celle de « meilleur réalisateur » pour le Mexicain Guillermo del Toro. Il a rendu hommage à la « culture anglaise », une « source d’inspiration », et en particulier à Charlie Chaplin et Stan Laurel, « qui savaient faire tellement avec tellement peu », ainsi qu’à l’auteure Mary Shelley, mentionnant son roman Frankenstein ou le Prométhée moderne.
Déjà primé aux Golden Globes de la presse étrangère à Hollywood, Gary Oldman reçu pour la première fois de sa carrière le Bafta du « meilleur acteur », pour son interprétation de Winston Churchill dans Les Heures sombres. Il a salué l’homme d’Etat britannique dans son discours de remerciement.
« En 1940, il a su maintenir les valeurs d’honneur, d’intégrité et de liberté pour cette nation et le monde. »
Le film a également remporté le prix du « meilleur maquillage » : la transformation physique opérée sur Gary Oldman nécessitait pas moins de quatre heures de travail quotidien.
Le réalisateur anglais Ridley Scott a, lui, reçu la plus haute distinction de l’académie britannique du cinéma, venant récompenser l’ensemble de sa carrière.
« Une année difficile »
La question du harcèlement sexuel a été abordée dès les premières minutes de la soirée. « Notre industrie a traversé une année difficile. De courageuses révélations de harcèlement et d’abus sexuels se sont succédé », a reconnu Jane Lush, la directrice de l’Académie, dans son discours d’ouverture. Elle a espéré que la mobilisation actuelle, et la publication récente d’une charte, serait un « catalyseur pour un changement durable ».
La maîtresse de cérémonie, l’actrice Joanna Lumley, a elle fait le rapprochement entre le combat mené par les Suffragettes il y a un siècle pour obtenir le droit de vote, et la campagne Time’s Up, y voyant la même « détermination pour éradiquer les abus dont sont victimes les femmes ». De nombreuses stars, dont Angelina Jolie, Salma Hayek ou Margot Robbie, s’étaient présentées vêtues de noir, répondant ainsi à l’appel lancé dans le cadre de ce mouvement contre les violences sexuelles.

        Lire aussi :
         

                « Time’s Up » à Hollywood, un fonds pour soutenir toutes les victimes de harcèlement sexuel



Dans la journée, près de 200 femmes, parmi lesquelles Keira Knightley, Naomie Harris ou Jodie Whittaker avaient publié une tribune et lancé un fonds visant à financer des campagnes d’information et soutenir des actions en justice contre les comportements de harcèlement.
« Dans un passé récent, nous vivions dans un monde où le harcèlement sexuel constituait (…) un aspect inévitable et pénible de la vie d’une femme », écrivent-elles. « On ne pouvait pas en parler. Mais en 2018, nous nous réveillons dans un monde prêt pour le changement. »

Le palmarès de la cérémonie des Bafta
Les récompenses remises dimanche 18 février lors des Bafta, la cérémonie des récompenses britanniques du cinéma.
Meilleur film : Three Billboards : les panneaux de la vengeance
Meilleur réalisateur : Guillermo del Toro (La forme de l’eau)
Meilleure actrice : Frances McDormand (Three Billboards : les panneaux de la veangeance)
Meilleur acteur : Gary Oldman (Les heures sombres)
Meilleur actrice dans un second rôle féminin : Allison Janney (Moi, Tonya)
Meilleur acteur dans un second rôle masculin : Sam Rockwell (Three Billboards : les panneaux de la vengeance)
Star montante : Daniel Kaluuya (Get Out)
Meilleur scénario original : Three Billboards : les panneaux de la vengeance, de Martin McDonagh
Meilleur scénario adapté : Call Me by Your Name, de Luca Guadagnino, écrit par James Ivory, d’après le roman d’André Aciman
Meilleur documentaire : I am not Your Negro, de Raoul Peck
Meilleur film d’animation : Coco, de Lee Unkrich
Meilleur film britannique : Three Billboards : les panneaux de la vengeance, de Martin McDonagh
Meilleur film en langue étrangère : Mademoiselle, de Park Chan-wook
Meilleur musique originale : La forme de l’eau, réalisé par Guillermo Del Toro, musique d’Alexandre Desplat





                            


                        

                        

