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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-1"> ¤ Notre choix du soir. Raed Andoni a fait rejouer leur détention à d’anciens détenus des geôles israéliennes, en inversant parfois les rôles (sur Arte à 23 h 25).
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TV – « La Chasse aux fantômes »

Notre choix du soir. Raed Andoni a fait rejouer leur détention à d’anciens détenus des geôles israéliennes, en inversant parfois les rôles (sur Arte à 23 h 25).



Le Monde
 |    21.02.2018 à 17h45
    |

            Christophe Ayad








                        


Documentaire sur Arte à 23 h 25



A la Moskobiya, les interrogatoires se tiennent sous le regard sévère et triste de Theodor Herzl (1860-1904). Le père du sionisme, l’homme qui rêvait de donner un refuge aux juifs persécutés d’Europe, pouvait-il se douter que son portrait ornerait la salle d’interrogatoire du principal centre de détention de Jérusalem ?
Plus de quatre hommes palestiniens sur dix des territoires occupés ont fait l’expérience des interrogatoires et de la détention par Israël. Pour raconter cette réalité invisible et pourtant omniprésente de la société palestinienne, qu’il a lui-même vécue, le réalisateur palestinien Raed Andoni a reconstitué une partie de la Moskobiya, ses salles d’interrogatoire, ses cellules d’isolement, ses règlements déshumanisants, son arbitraire.
Pour figurer détenus et geôliers, il a recruté sur casting une dizaine de Palestiniens, artisan, géomètre, forgeron, architecte, comédien, etc., qui ont partagé pour la plupart cette expérience à la fois intime et collective. Après avoir construit de toutes pièces un décor ressemblant à ce qu’ils ont pu voir de leur lieu de détention – quand ils n’avaient pas les yeux bandés ou la tête recouverte d’un sac –, les « acteurs » de La Chasse aux fantômes rejouent leur détention.
Cure cathartique
Qu’est-ce que cela fait à l’ancien prisonnier de se retrouver dans la peau du geôlier, de l’interrogateur, de celui qui avait quasiment droit de vie et de mort sur lui ? Le passage d’un statut à l’autre est toujours aussi fascinant, comme une peau que l’on enfile. C’est une belle métaphore du métier d’acteur et du pouvoir du cinéma que fait ici Raed Andoni, au passage, en plus d’une cure cathartique pour ses personnages, obligés de revivre des moments douloureux et de les exprimer, souvent pour la première fois.
La transformation passe d’abord par le corps, son maintien – passif et crispé pour le prisonnier, sûr de sa place dans l’espace et relâché pour le gardien –, par les détails des vêtements, le regard, qui fuit ou qui plonge dans les yeux de l’autre, qui évite ou qui rebute.

   


Les scènes d’interrogatoire, doublées de coups pas toujours maîtrisés, tiennent quasiment lieu d’expérimentation in vivo. Elles confirment une chose que l’on savait intuitivement des bourreaux et des victimes : c’est le rôle qui fait la conduite, pas l’homme. Encore plus vertigineuse est la révélation quand un comédien palestinien joue le prisonnier qu’il fut lui-même. Le réalisateur, avec un brin de sadisme, lui donne ce rôle alors que le comédien avait confié sa préférence pour celui de gardien. Puis, dans un second temps, le comédien prisonnier devient bourreau ; il doit justement interroger le réalisateur, et l’on se prend à observer si ses gestes brusques trahissent un soupçon de vengeance.
Cette cruauté ne serait pas supportable si tous ces hommes n’avaient en partage cette expérience de la détention, qui, sans les avoir brisés, les a marqués à jamais. Monika Borgmann et Lokman Slim avaient mené il y a peu une expérience similaire dans Tadmor (2016), du nom de la tristement célèbre prison syrienne de Palmyre, avec huit anciens détenus libanais. Et, plus loin encore, Rithy Panh avait usé du même procédé dans S21, la machine de mort khmère rouge (2003). A chaque fois, l’on ne peut s’empêcher de penser à Si c’est un homme, de Primo Levi.
La Chasse aux fantômes, de Raed Andoni (Fr.-Pal.-Sui.-Qat., 2017, 95 min).



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-2"> ¤ A voir aussi ce soir. Au début des années 2000, dans le cadre de la réforme agraire, des milliers d’agriculteurs blancs étaient expulsés. Retour sur un fiasco (sur France Ô à 20 h 55).
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TV – « Zimbabwe, sur la route des derniers Blancs »

A voir aussi ce soir. Au début des années 2000, dans le cadre de la réforme agraire, des milliers d’agriculteurs blancs étaient expulsés. Retour sur un fiasco (sur France Ô à 20 h 55).



Le Monde
 |    21.02.2018 à 17h30
    |

            Pierre Lepidi








                        


Documentaire sur France Ô à 20 h 55



« On nous a tout pris, on n’a plus d’argent… Complètement ruinés, nous rentrons en Angleterre. » Comme près de 900 fermiers blancs, Daphne Seymour et son mari Colin ont abandonné le Zimbabwe et rejoint le Royaume-Uni à la suite de la réforme agraire imposée au début des années 2000 par Robert Mugabe, qui a démissionné de la présidence en novembre 2017 après trente-sept années au pouvoir.
Tourné en 2013, le documentaire de Jaouhar Nadi et Thomas Risch ignore tout de la fin de ce libérateur devenu dictateur, contraint d’abandonner son trône alors qu’une procédure de destitution était lancée à son encontre. L’enquête donne la parole à ceux qui ont été les principales victimes de cet épisode violent qui a secoué l’ancienne Rhodésie. Sur ordre du gouvernement, ils sont des milliers d’agriculteurs blancs, installés pour certains depuis les années 1950, à avoir été expulsés du jour au lendemain au profit de fermiers noirs.
« Nous sommes maintenant les envahisseurs de ceux qui nous ont envahis », clamait Robert Mugabe pour justifier cette reconquête des terres cultivables – dont 66 % appartenaient aux Blancs – qui a charrié son lot de violences.
Effondrement brutal
Sur le plan économique, la réforme agraire a tourné au fiasco. Distribuées aux proches du régime et à des fermiers sans équipement ni formation, les surfaces agricoles ont rarement été exploitées. Il en a résulté un effondrement brutal de la production, un chômage qui a frappé 90 % de la population et une inflation qui a atteint des records stratosphériques. En janvier 2009, des billets de 100 000 milliards de dollars zimbabwéens ont été émis, à peine de quoi s’offrir quelques œufs sur un marché…
L’enquête montre la grande précarité dans laquelle survivent les Blancs, mais aussi les Noirs. A cause de l’inflation galopante, les retraités n’ont quasiment plus de ressources et, sans un système d’entraide, ils mourraient de faim. « Après trente-cinq ans de cotisations, je peux juste m’offrir deux Coca par mois », assure l’un d’entre eux.
Pour les anciens fermiers blancs qui sont restés dans ce pays « parce qu’ils l’ont dans le sang », l’avenir s’annonce sombre. Emmerson Mnangagwa, actuel chef de l’Etat, a annoncé le 10 février que les terres confisquées ne seraient pas rendues. « La réforme agraire est irréversible », a déclaré le successeur de Robert Mugabe.
Zimbabwe, sur la route des derniers Blancs, de Jaouhar Nadi et Thomas Risch (Fr., 2013, 60 min).



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-3"> ¤ Rencontre avec le grand philosophe allemand chez lui, à Starnberg, alors que Gallimard publie deux recueils et une biographie.
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édition abonné


En compagnie de Jürgen Habermas

Rencontre avec le grand philosophe allemand chez lui, à Starnberg, alors que Gallimard publie deux recueils et une biographie.



Le Monde
 |    21.02.2018 à 16h00
 • Mis à jour le
21.02.2018 à 16h01
    |

            Nicolas Weill








                        



                                


                            
Parcours I (1971-1989). Sociologie et théorie du langage. Pensée postmétaphysique, de Jürgen Habermas, traduit de l’allemand par Christian Bouchindhomme, Frédéric Joly et Valéry Pratt, édité par Christian Bouchindhomme, Gallimard, « NRF Essais », 576 p., 24 €. 
Parcours II (1990-2017). Théorie de la rationalité. Théorie du langage, de Jürgen Habermas, traduit de l’allemand par Christian Bouchindhomme, Frédéric Joly et Valéry Pratt, édité par Christian Bouchindhomme, Gallimard, « NRF Essais », 656 p., 26 €. 

En Allemagne, l’usage universitaire réserve l’appellation de « philosophe » à une dizaine d’auteurs éprouvés et, de préférence, disparus (Platon, Kant, Hegel, etc.). Mais comment la disputer à Jürgen Habermas tant celui-ci, à 88 ans, synthétise à lui seul toute une tradition philosophique allemande qui, en dépit de l’histoire, maintient résolument un ancrage, certes critique, dans la capacité des Lumières et de la raison à guider notre vie ?
Les deux volumes d’écrits qui paraissent aujourd’hui montrent l’extrême diversité des thèmes abordés par l’intellectuel, mais aussi la cohérence de son itinéraire
Les salles plus que combles qui accueillent chacune de ses apparitions publiques ; l’écho international de ses tribunes, parfois sarcastiques mais toujours incroyablement documentées, qu’il distille dans la presse depuis les années 1950, tout en se défendant de jouer le rôle de maître-penseur ou de praeceptor Germaniae (« précepteur de l’Allemagne ») qu’on lui prête parfois ; ses adoubements discrets aux hommes politiques qui prétendent se réclamer de lui, pourvu qu’ils se manifestent comme pro-européens ; la dureté de ses adversaires, prompts à dénier toute originalité à sa pensée et à trouver rébarbative sa rude écriture (qualifiée de « lyrisme froid » par Marcel Gauchet) ou enclins à tenir sa philosophie du consensus...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-4"> ¤ Pour « Le Monde des livres », le philosophe résume ses réflexions sur quelques-uns des enjeux centraux de son œuvre.
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Habermas sur 4 points de sa pensée

Pour « Le Monde des livres », le philosophe résume ses réflexions sur quelques-uns des enjeux centraux de son œuvre.



Le Monde
 |    21.02.2018 à 16h00
 • Mis à jour le
21.02.2018 à 16h01
    |

            Nicolas Weill








                        



                                


                            


Intellectuel
Jürgen Habermas a assumé, à côté de son travail philosophique, une position publique qui rappelle le modèle français de l’intellectuel engagé.
« Dans la figure spirituelle d’un Heinrich Heine (1797-1856), poète allemand exilé à Paris, se reflète la culture politique caractéristique de la France comme de l’Allemagne. En partant de ce personnage, on peut déduire trois qualités que j’ai définies comme formant l’idéal type de l’intellectuel : le don de la pertinence (le sens de ce qui manque et de ce qui devrait être autrement), le talent d’imaginer des alternatives et, enfin, le courage de protester. Le concept moderne d’intellectuel s’est principalement cristallisé autour du Zola de l’affaire Dreyfus. Mais, rétrospectivement, on peut l’appliquer à cette catégorie d’écrivains engagés dont l’entrée en scène inopinée accompagne la révolution de juillet 1830 en France. C’était la scène qui s’édifiait conjointement avec l’émergence de la presse et de son public ; l’intellectuel devenait dépendant de la chambre d’écho constituée par l’opinion publique dans un Etat-nation encore jeune.
Cette figure, que Sartre incarnait encore, est vouée à la disparition avec le passage de l’imprimé à Internet – et cela signifie la fin de l’espace public classique. L’invention de l’imprimerie avait certes transformé tout un chacun en lecteur potentiel. Mais il a fallu attendre plusieurs siècles et l’instauration de l’école obligatoire avant que la lecture des journaux devienne accessible à tous les citoyens. Aujourd’hui, les nouveaux médias ont métamorphosé tout un chacun en auteur potentiel. Combien de temps nous faudra-t-il pour surmonter le nouvel analphabétisme, avec tous ses torrents d’excréments (shitstorms), bulles et “fake news” ? Le modèle suranné du bon vieil espace public et de ses intellectuels bénéficierait-il d’un sursis ? »
Europe
Thème récurrent de ses interventions, l’unification du...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-5"> ¤ Le film « Moi, Tonya » porte sur grand écran le destin brisé d’une des plus grandes patineuses de l’histoire, devenue paria du pays après l’agression de sa rivale.
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Le duel Tonya Harding et Nancy Kerrigan, fantasme d’une Amérique avide de mélodrames

Le film « Moi, Tonya » porte sur grand écran le destin brisé d’une des plus grandes patineuses de l’histoire, devenue paria du pays après l’agression de sa rivale.



Le Monde
 |    21.02.2018 à 15h26
 • Mis à jour le
21.02.2018 à 15h44
    |

            Charlotte Chabas








                        



Les volants de son justaucorps vert amande rehaussé de strass ont à peine le temps de tournoyer. Après trois tours et demi à plus d’un mètre vingt de hauteur, Tonya Harding, 21 ans, retombe sur la glace du Target Center de Minneapolis, dans le Minnesota.
Ses cuisses musculeuses n’ont pas tremblé. La jeune femme, queue-de-cheval tirée et frange bombée, ne peut réprimer un cri de joie. Ses mains se serrent brièvement en poings, avant de reprendre leur chorégraphie. La patineuse de Portland (Oregon) le sait : elle est entrée dans l’histoire de sa discipline.
En plein championnat des Etats-Unis 1991, Tonya Harding devient la première Américaine à réaliser un triple axel, et remporte la compétition. Mais le sacre sera de courte durée. Et le reste de la vie de Tonya Harding une longue et douloureuse chute.
Car Tonya Harding n’est pas Nancy Kerrigan, son éternelle rivale. Aussi brune qu’elle est blonde. Aussi grande et élancée qu’elle est petite et toute en puissance. Aussi féminine qu’elle est « garçon manqué » – « j’ai toujours détesté le mot féminité, qui me rappelle les tampons ou les serviettes hygiéniques », explique Tonya Harding.
C’est la « princesse de la glace » contre « le petit barracuda », comme les surnommait l’ancien entraîneur de Tonya Harding, Dody Teachman. Un duel fratricide remis en lumière par la sortie, mercredi 21 février, du long-métrage Moi, Tonya de Craig Gillespie.

        Lire :
         

          « Moi, Tonya » : la patineuse Tonya Harding zigzague entre documentaire et farce



« Why, why, why ? »
Dans les mémoires, l’affrontement Harding-Kerrigan, c’est surtout un cri. Celui d’une jeune femme habillée d’un body de dentelle blanche, effondrée dans un couloir de la Cobo Arena de Detroit (Michigan). D’une voix lancinante, Nancy Kerrigan, s’époumone : « Why, why, why ? » (« Pourquoi, pourquoi, pourquoi ?).

Le 6 janvier 1994, six semaines avant les Jeux olympiques d’hiver de Lillehammer, en Norvège, la jeune espoir du patinage artistique américain – médaille de bronze aux JO de 1992, championne des Etats-Unis 1993 – vient d’être agressée, juste après son échauffement. Quelques centimètres au-dessus de son genou droit, un homme l’a frappée avec une matraque télescopique avant de prendre la fuite.
L’enquête progresse vite. La police retrouve l’homme qui a tenté de briser le destin de celle qui était programmée pour briller. Pour 6 500 dollars, Shane Stant, 22 ans et un physique nourri aux barils de protéines et UV, a accepté d’« éliminer une patineuse ».
Le talon d’Achille refusé
C’est un coup de fil qui lui a permis de décrocher le contrat. Le lendemain de Noël 1993, Shane Stant conduit vingt-deux heures d’Arizona vers Portland pour rencontrer les commanditaires de l’attaque : Shawn Eckhardt, l’ancien garde du corps de Tonya Harding, et Jeff Gillooly, son ex-mari.
Après avoir d’abord envisagé de sectionner le tendon d’Achille de Nancy Kerrigan – une demande que Stant refuse –, les trois hommes s’accordent pour viser la jambe droite de la sportive. Celle sur laquelle elle se réceptionne lors des sauts. Celle sans laquelle elle ne pourra pas faire partie de l’équipe olympique américaine. Celle qui, hors d’état de concourir, garantit surtout un peu plus à Tonya Harding son ticket pour les Jeux.
Le scandale éclate. C’est « le mariage ultime du pouvoir des grands événements et du pouvoir du voyeurisme », résume Dick Ebersol, alors patron de NBC Sports.
La blessure de Nancy Kerrigan n’est pourtant pas si grave. La patineuse est finalement du voyage olympique, tout comme Tonya Harding – le comité olympique américain envisage un temps une exclusion, mais se rétracte sous la menace d’un procès du clan Harding. Sur la glace norvégienne, les deux sportives partagent un entraînement, mais pas un regard. Nancy Kerrigan porte pourtant la même tenue que le jour de son agression – difficile de ne pas y voir un geste de défi.

   


126,6 millions d’Américains devant la télé
Pour l’épreuve du programme court, 126,6 millions d’Américains sont devant leur petit écran – la quatrième plus forte audience de l’histoire de la télé américaine de l’époque, selon L’Equipe. Rebelote pour le programme libre.
Nancy Kerrigan, l’ange brun, patine comme jamais, mais doit se contenter de l’argent. Une caméra de CBS oubliée dans un couloir de la patinoire olympique filme la blonde Tonya Harding, paniquée par un lacet cassé qu’il faut remplacer au pied levé. Echevelée, la jeune femme fait son entrée en retard, s’élance avant de fondre en larmes devant le jury en se tenant le pied. Elle échoue à la huitième place.
Quelques semaines plus tard, en mars, Jeff Gillooly et Eckhardt plaident coupables de racket. Tout en niant avoir participé au complot, Tonya Harding, pour éviter tout procès, plaide coupable d’entrave à la justice. Elle affirme avoir appris après coup l’attaque, et reconnaît seulement n’avoir pas prévenu immédiatement la police. Elle est condamnée à trois ans de probation, 500 heures de travaux d’intérêt général, et 160 000 dollars d’amende (soit environ 130 000 euros). L’association de patinage artistique américaine la bannit définitivement.
« J’ai toujours été la méchante de l’histoire »
Sa vie, dès lors, n’est qu’une suite de justifications inaudibles. Personne ne veut croire en l’innocence de celle dont le nom devient synonyme de trahison – « Je ne ferais pas une “Tonya Harding” », promet d’ailleurs Barack Obama durant sa campagne pour la primaire démocrate en 2007.
Qui pourrait croire, après tout, cette enfant de l’Amérique « white-trash » qui s’est déshonorée ? « J’ai toujours été la méchante de l’histoire », analyse-t-elle, lucide. Car Tonya Harding est issue d’un milieu social défavorisé. « Enfant, elle patine sur du ZZ Top quand les autres glissent sur du Mozart », écrit le New York Times dans un long portrait consacré à la sportive à l’occasion de la sortie du film.
Surtout, Tonya Harding vient d’une famille de violence. Dans la presse, la patineuse raconte comment ses parents lui ont tiré dessus, un jour de colère. Comment sa mère, alcoolique, cousait ses costumes « en les truffant de sequins pour que ses cuisses en soient coupées ». « On me disait que j’étais grosse. Que j’étais moche. Que je ne ferais jamais rien de ma vie », raconte-t-elle au NYT.
Une violence dont elle n’échappera que pour échouer dans les bras d’un mari qui la frappe tout autant. Il vendra d’ailleurs en septembre 1994 la vidéo de leurs ébats sexuels pendant leur nuit de noces pour 200 000 dollars à Penthouse. 
« C’était une princesse »
De son côté, Nancy Kerrigan n’est pas née non plus avec une cuillère en argent dans la bouche. Son père, soudeur, passait la surfaceuse dans la patinoire de Woburn (Massachusetts) pour financer les heures d’entraînement de sa fille. Sa mère, presque aveugle, grévait le budget familial pour lui acheter des costumes griffés de la styliste new-yorkaise Vera Wang.
Mais avec son physique de jeune première et son port altier, Nancy attire l’œil. Elle décroche vite des contrats publicitaires avec les soupes Campbell, Ray-Ban, Reebok, devient égérie de Disney… « C’était une princesse, et moi un tas de merde », résumera en 2014 Tonya Harding. 

   


Boxeuse professionnelle
Déchue, Tonya Harding ne reprendra jamais le chemin des patinoires, et tente de vivoter sur son nom. C’est d’abord une incursion à Hollywood, dans un nanar d’action. Arrêtée pour conduite en état d’ivresse, elle s’illustre en 1994 dans un gala de catch, puis dans l’émission américaine Celebrity Boxing, où elle met KO Paula Jones, cette femme qui avait accusé Bill Clinton de harcèlement sexuel. L’ancienne patineuse tente de devenir boxeuse professionnelle en 2003, mais abandonne − la faute à son asthme, officiellement −, sans avoir réussi à se départir de son image de paria.
Plusieurs fois, elle tente pourtant de se justifier dans des émissions télévisées. Mais elle se contredit, s’échine à convaincre ceux qui ne veulent pas être convaincus. « J’ai déçu tout un pays, comment est-ce même possible ? », se demande-t-elle face à Oprah Winfrey, la star de la télévision américaine.
Pour les vingt ans de « l’affaire », deux documentaires sur la déchéance de l’ancienne virtuose des patins sont diffusés. Le réalisateur Steven Rogers en rachète les droits cinématographiques pour 1 500 dollars. Dans Moi, Tonya, la patineuse est incarnée par l’actrice australienne Margot Robbie, qui s’attelle à redorer le blason entaché de l’ancien « vilain petit canard » des patinoires. Ce n’est qu’en janvier, pour la promotion du film, que Tonya Harding avouera finalement avoir « entendu des choses, des gens parler » avant l’agression de Nancy Kerrigan.
« Pour une fille comme moi, la jouer gentille et en fonction des règles ne m’aurait jamais permis d’aller nulle part, résume Tonya Harding au New York Times. Si j’avais réussi, on aurait dit que j’étais l’incarnation du rêve américain. Maintenant, je suis juste l’incarnation de l’Américain tout court. » 



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-6"> ¤ Frère de l’éditeur Christian Bourgois, il avait mené carrière dans les maisons d’éditions scientifiques et scolaires, dirigeant également Magnard et Vuibert.
<filname="PROF-0,2-3246,1-0,0-6"> ¤                     
                                                   
édition abonné


Jean-Manuel Bourgois, ancien PDG de Bordas, est mort

Frère de l’éditeur Christian Bourgois, il avait mené carrière dans les maisons d’éditions scientifiques et scolaires, dirigeant également Magnard et Vuibert.



Le Monde
 |    21.02.2018 à 15h04
 • Mis à jour le
21.02.2018 à 15h11
    |

            Alain Beuve-Méry








                        



                                


                            
Jean-Manuel Bourgois est mort, lundi 19 février, à Paris, à l’âge de 78 ans, des suites d’une longue maladie. Il était de six ans le cadet de l’éditeur Christian Bourgois, fondateur de la maison du même nom. Dans l’édition, Christian Bourgois avait choisi les lettres, plus particulièrement la littérature étrangère, tandis que son frère Jean-Manuel Bourgois avait une prédilection pour les savoirs scientifiques et les chiffres.
Né le 25 mars 1939 à Antibes, diplômé de l’université Columbia de New York, d’un double master Arts and Sciences, il avait fondé en 1967, à son retour en France, Ediscience, maison spécialisée dans l’édition universitaire et scientifique, qui fut rachetée par McGraw-Hill en 1970. Il en reste PDG jusqu’en 1974, date à laquelle il partit diriger l’éditeur scolaire Bordas, dont il s’occupa pendant dix-huit ans.
Autant manageur qu’éditeur
Au moins autant manageur qu’éditeur, Jean-Manuel Bourgois avait acquis une fine connaissance des mécanismes du secteur. Il étudiait de près les comptes d’exploitation, les bilans, ce qui l’a conduit à présider le Syndicat national de l’édition de 1982 à 1985.
Pendant trois ans, à partir de 1988, il a travaillé avec son frère Christian à la tête du Groupe de la Cité, alors deuxième éditeur français. Jean-Manuel Bourgois en était le directeur général, tandis que son aîné supervisait l’ensemble des marques littéraires : Plon, Perrin, Bourgois, Julliard et 10/18. Cette mainmise familiale n’était pas du goût de tous, suscitant de l’animosité en interne et des jalousies en externe. Jean-Manuel Bourgois démissionne en décembre 1991, quelques mois après l’éviction d’Hachette Livre de Jean-Claude Lattès (qui est mort le 27 janvier). Les deux groupes d’édition ont connu, au même moment, un trou d’air économique.
Action en faveur de l’éducation
Il renoue par la suite avec son engagement pour l’édition scientifique et scolaire. De l’éditeur juridique Dalloz, en 1991, il passe au groupe Masson (1992-1995),...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-7"> ¤ L’exposition du Centre Pompidou met en lumière l’œuvre du photographe sud-africain, âgé de 87 ans, qui a éclairé de façon subtile la société de son pays.
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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-8"> ¤ La sœur de la femme de lettres était peintre, le Musée Würth, près de Strasbourg, lui consacre une rétrospective.
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Arts : la palette d’Hélène, l’autre Beauvoir

La sœur de la femme de lettres était peintre, le Musée Würth, près de Strasbourg, lui consacre une rétrospective.



Le Monde
 |    21.02.2018 à 09h54
    |

            Emmanuelle Jardonnet (Erstein (Alsace)








                        



                                


                            

C’est une curiosité. Le Musée Würth, près de Strasbourg, ­consacre une rétrospective à Hélène de Beauvoir (1910-2001), peintre oubliée et sœur cadette de la célèbre femme de lettres. « En lançant cette ­exposition, nous n’avions pas pensé aux débats féministes ­actuels, ni même aux 50 ans de Mai 68, nous avons été guidés par l’ancrage local d’Hélène de ­Beauvoir, qui a vécu quarante ans en Alsace, et y a peint une grande partie de son œuvre », confie ­Marie-France Bertrand, la directrice de ce musée privé, qui a ­rassemblé une centaine de toiles et de gravures de l’artiste.
L’exposition a ouvert au beau milieu d’une complexe bataille de mémoire relancée par la vente à l’université américaine Yale par Claude Lanzmann de 112 lettres que lui a adressées Simone de Beauvoir. Et que Sylvie Le Bon, la fille adoptive de l’écrivaine, a toujours refusé de publier (Le Monde du 19 janvier). Or, ­l’origine de ce blocage ne serait pas sans lien avec Hélène de Beauvoir. Le réalisateur s’était en effet opposé à la publication ­posthume par sa légataire, en 1990, des échanges épistolaires de l’écrivaine avec Jean-Paul Sartre, ­arguant que des intimes encore vivants y étaient défavorablement évoqués.

Dans ces lettres, Simone de Beauvoir n’hésitait pas à déplorer le manque de « talent » de sa sœur
Ainsi, dans ces lettres, Simone de Beauvoir n’hésitait pas à déplorer le manque de « talent » de sa sœur. La révélation de ces mots assassins a effectivement meurtri Hélène, alors âgée de 80 ans, comme le raconte Claudine ­Monteil, auteure des Sœurs ­Beauvoir (Editions n° 1-Calmann-Lévy). « Simone et Sartre étaient très sarcastiques ensemble, ils ­critiquaient tout le monde ! », nuance la biographe et militante féministe, qui fut une intime des deux sœurs. Elle souligne que, malgré la tendresse et le soutien mutuels tout au long de leur vie, la compétition n’était pas absente de leurs relations.

Bien...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-9"> ¤ Le complice du metteur en scène Philippe Quesne joue deux pièces phares au Théâtre de Nanterre-Amandiers.
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Gaëtan Vourc’h, comédien sur le fil du rêve

Le complice du metteur en scène Philippe Quesne joue deux pièces phares au Théâtre de Nanterre-Amandiers.



Le Monde
 |    21.02.2018 à 09h53
    |

                            Rosita Boisseau








                        



                                


                            

Un théâtre « sans conflit, doux et bienveillant, plein d’attention pour ses personnages ». Mais de quoi s’agit-il ? De l’œuvre de Philippe Quesne, metteur en scène et directeur de Nanterre-Amandiers, racontée par son héros, le comédien Gaëtan Vourc’h. « Rien d’épique chez Philippe, mais une façon de faire du théâtre sur un sentiment, une émotion. » Stop ou encore ? Encore ! « La fin du monde avec Philippe, ce ne serait pas une explosion mais une asphyxie lente et imperceptible comme l’air que vous respirez tous les jours. »
Ecouter Gaëtan Vourc’h parler de son travail avec Philippe Quesne vous embarque sur un long fleuve (apparemment) tranquille comme peut l’être parfois la routine quotidienne. Trois exemples sur les huit spectacles créés au coude-à-coude. La Démangeaison des ailes (2003) zoome sur quatre potes qui rêvent de voler en dégommant les canettes de bière. La Mélancolie des dragons (2008) piège des amis dans une voiture en panne sous la neige. Quant à L’Effet de Serge (2007), il déplie comme un papier de soie la soirée du dimanche d’un gars qui joue au ping-pong avec lui-même.
Le théâtre selon Philippe Quesne entrelace le réel et le rêve
Entre le peu qui remplit tout, le presque rien qui malheureusement ne fait pas tout, le théâtre selon Philippe Quesne entrelace le réel et le rêve en pariant sur l’animation comme divertissement existentiel. Avec un amour particulier pour les effets spéciaux.
Depuis sa création, Gaëtan Vourc’h joue L’Effet de Serge dans le monde entier. Avec plus de deux cents représentations dans trente pays, cette auberge espagnole est l’un des succès de Philippe Quesne, qui a reçu un Obie Award à New York pour cette production en 2010. Comment habiter sa vie ? Serge répond en invitant des amis le dimanche soir pour leur dévoiler des surprises de sa fabrication autour d’un verre de rouge. Que ce soit à Cuba, au Mexique, au Brésil ou en Corée du...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-10"> ¤ Si le festival de San Remo a renvoyé une image binaire de la scène musicale transalpine, d’autres voix, de Cosmo à Liberato, sont à écouter.
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En Italie, un remède à la cacophonie

Si le festival de San Remo a renvoyé une image binaire de la scène musicale transalpine, d’autres voix, de Cosmo à Liberato, sont à écouter.



Le Monde
 |    21.02.2018 à 09h52
 • Mis à jour le
21.02.2018 à 15h09
    |

            Aureliano Tonet








                        



                                


                            

D’aucuns ont tôt fait d’enterrer la télé, supposément supplantée par le Web. Il n’empêche, les messes cathodiques restent de puissants catalyseurs des passions nationales. L’« affaire Mennel Ibtissem » en témoigne, qui tire son nom d’une participante au télécrochet The Voice, contrainte de quitter l’émission le 9 février après l’exhumation de tweets complotistes. Il a suffi d’un turban et d’un vieux fond de Toile montés en épingle pour déchirer la France. Les uns agitant le chiffon rouge de la laïcité, les autres se rattachant aux promesses métissées du joli tissu de voix de la Bisontine : avant que la messe ne fût dite, Mennel avait chanté l’Hallelujah de Leonard Cohen en français et en arabe. Ainsi fût-il : foi contre foi, amen.
Mais rendons à la RAI ce qu’a inventé la RAI : pour qui se pique de polémiques en prime time, rien n’égalera le pays du Pape et de la pop all’arrabbiata. De l’Italie, le 68e Festival de San Remo, qui a battu des records d’audience du 6 au 10 février, a renvoyé une image pareillement duale : jurés et téléspectateurs se sont scindés en deux – plus précisément entre deux scies.

D’un côté, Non mi avete fatto niente (« Vous ne m’avez rien fait »), de Fabrizio Moro et Ermal Meta : une litanie d’attentats et d’atrocités que le duo italo-albanais a récitée sur un mode aussi épouvanté qu’épouvantable, démentant l’aplomb du titre. De l’autre, Una vita in vacanza (« Une vie en vacances »), de Lo Stato Sociale : issu de l’undergound estudiantin de Bologne, le groupe a fait monter sur scène Paddy Jones, une ballerine anglaise de 83 balais – à peine deux de plus que Silvio Berlusconi.
Les premiers ont fini premiers, les seconds, seconds. Giries terrorisées contre ironie gérontophile : si l’on se fie à son festival phare, telles sont les marottes qui trottent dans les têtes de la Botte, qui vote le 4 mars aux élections générales.
Deux camps, les « co » et les...



                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-11"> ¤ Nekfeu, Georgio et Dinos Punchlinovic ont répondu à l’appel de Fu-Jo, qui organise des actions culturelles en prison.
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Des rappeurs à Pleyel en soutien à une association pour détenus

Nekfeu, Georgio et Dinos Punchlinovic ont répondu à l’appel de Fu-Jo, qui organise des actions culturelles en prison.



Le Monde
 |    21.02.2018 à 09h28
    |

                            Stéphanie Binet








                        



   


Sur scène, Nekfeu, leadeur du groupe S-Crew, déclare : « Ce concert, ce soir, c’est pour mes mauvaises graines. » Champion toutes catégories du rap français en 2016 et 2017, il est revenu expressément du Japon, où il vit désormais, pour participer au Hip-Hop Convict, le mardi 20 février, à la salle Pleyel de ­Paris, après avoir donné un concert à la prison de Nice, le 15 février. En sa compagnie, le rappeur du 18e arrondissement Georgio a repris du service alors que sa tournée s’était arrêtée en décembre 2017. Enfin, l’autre espoir du rap français, Dinos Punchlinovic, a également répondu présent à l’appel de l’association Fu-Jo, qui organise depuis dix ans des concerts dans les ­prisons parisiennes et du sud de la France.

Depuis 2014, l’association, créée par l’ancien détenu Mouloud Mansouri, finançait sa trentaine d’actions culturelles annuelles en prison grâce à des subventions des pouvoirs publics – à hauteur de 60 000 euros. Mais l’annulation récente de l’aide de la région PACA, son principal soutien, ne lui permet plus de pérenniser ses actions : « Même si les ­artistes viennent jouer gratuitement, ­explique en coulisses ­Mouloud Mansouri, un concert en prison coûte entre 5 000 et 8 000 euros, plus environ 4 000 euros pour la tenue d’un atelier de musique ou d’écriture. Il faut payer les techniciens, louer le matériel et prendre en charge les déplacements et les hôtels des intervenants. Avec trente actions par an, le calcul est vite fait. »

   


Stand-up et bande dessinée
En 2008, Fu-Jo a commencé à organiser des concerts de rap en prison, une nouveauté à l’époque, pour répondre aux attentes des détenus. Puis elle a élargi son action à la pop avec Cali, Grand Corps Malade ou L.E.J. En 2013, à la maison d’arrêt de Luynes, proche d’Aix-en-Provence, Mouloud Mansouri avait même réussi à monter un groupe de rap avec des détenus et leur faire enregistrer un disque. Ce dernier, Shtar Academy, avait remporté un succès critique.­Depuis 2016, Fu-Jo fait aussi venir des humoristes à l’occasion d’ateliers stand-up à la maison d’arrêt de Nanterre (Hauts-de-Seine), et organise des actions autour de la bande dessinée.

Mise en danger par la baisse de ses subventions, l’association a fait appel à ses premiers soutiens : les artistes. « J’ai envoyé des mails à tout le monde, résume Mouloud Mansouri, Nekfeu a été le premier à répondre. Les chanteuses L.E.J, elles, se sont même proposées pour aider à organiser un deuxième concert dans le sud de la France. Ce n’est pas toujours ceux qu’on attend qui répondent les premiers. Ces artistes ne viennent pas chercher de la “street credibility” en jouant en prison, mais une expérience nouvelle. »
Depuis 2012, Mouloud Mansouri estime que les conditions pour organiser ses concerts se sont durcies : « Avant, l’administration pénitentiaire se contentait de vérifier les casiers judiciaires des artistes, aujourd’hui elle exige de lire les textes. Seulement, un rap ne peut pas être que lu, il faut prendre en compte la technique du rappeur… » Mardi soir, à Pleyel, Nekfeu et son S-Crew n’en ont pas manqué, pas plus que de cœur.
Hip-Hop Convict, le 4 mai, ­à Six-Fours-les-Plages (83), avec Disiz, Nemir et L.E.J. fr-fr.facebook.com/HipHopConvictSupport



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-12"> ¤ Dernier coup d’éclat de l’Américain, habitué des provocations : il veut traîner cinq musées devant les tribunaux, dont le Guggenheim et le MoMA, au motif qu’ils n’ont jamais exposé aucune de ses œuvres.
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Robert Cenedella, l’artiste qui attaque en justice les plus grands musées new-yorkais


                      Dernier coup d’éclat de l’Américain, habitué des provocations : il veut traîner cinq musées devant les tribunaux, dont le Guggenheim et le MoMA, au motif qu’ils n’ont jamais exposé aucune de ses œuvres.



Le Monde
 |    21.02.2018 à 08h32
 • Mis à jour le
21.02.2018 à 08h48
    |

                            Roxana Azimi








   


L’artiste de 77 ans aime à cultiver le goût de l’excès et de la caricature. Il crie au complot des musées contre lui.
Procédurier
L’artiste satirique américain Robert Cenedella vient d’intenter une action en justice inédite contre ce qu’il qualifie de « cartel de l’art ». Dans son viseur, le Metropolitan Museum of Art, le Whitney Museum, le Guggenheim, le New Museum et le MoMA, cinq musées prescripteurs de New York, qui ne lui ont jamais acheté d’œuvres. Il leur réclame pas moins de 100 millions de dollars de dommages et intérêts, pour ce qu’il estime être son manque à gagner.
Provocateur
Né en 1940 à Milford, dans le Massachusetts, Robert Cenedella possède depuis toujours le sens de la provocation. Jeune homme, il est expulsé d’une école d’art de Manhattan pour s’être moqué des essais nucléaires. Il rejoint alors l’Art Students League, toujours à New York, où il a pour enseignant un certain George Grosz, célèbre artiste dada qui avait fui l’Allemagne nazie. De son mentor, il a hérité le goût des excès, du grotesque et de la caricature.
Bande annonce de « Art Bastard », documentaire de Victor Kanefsky sur Robert Cenedella (2016) 

Franc-tireur
En 1965, Cenedella fait sensation avec l’exposition « Yes Art ! show », où il tourne le pop art en ridicule. Il vend pour moins de 10 dollars des peintures recouvertes de spaghettis et offre, à chaque achat, une boîte de soupe Heinz, clin d’œil ironique aux soupes Campbell de Warhol. Cenedella défie autant les autorités artistiques que politiques. À la veille de la dernière élection présidentielle américaine, il représente Donald Trump en diable armé d’un trident dans un immense tableau au titre éloquent, La Fin du monde.
Scandaleux
En 1988, l’agence de publicité Saatchi & Saatchi décide d’exposer certaines de ses œuvres dans le lobby de son siège new-yorkais à l’occasion de Noël. Mais l’un des tableaux, représentant un Père Noël crucifié, est aussitôt retiré, jugé trop scandaleux. Dix ans plus tard, la même toile, exposée à l’Arts Students League, est vertement condamnée par une association catholique. Ce tableau connaît un nouveau moment de gloire en 2017, quand l’artiste l’installe, le temps d’un happening, à la sortie de la cathédrale Saint-Patrick de New York.



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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-13"> ¤ Grâce à son personnage principal, le film d’Hlynur Palmason baigne dans une étrangeté angoissante.
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« Winter Brothers » : au fond de la mine, la routine et le drame

Grâce à son personnage principal, le film d’Hlynur Palmason baigne dans une étrangeté angoissante.



Le Monde
 |    21.02.2018 à 07h55
 • Mis à jour le
21.02.2018 à 08h18
    |

                            Jean-François Rauger








                        



   


L’avis du « Monde » – à voir
Tout commence dans un noir d’encre, traversé parfois de taches lumineuses produites par ce que l’on devine être des lampes de mineur. Des hommes s’invectivent dans l’obscurité et creusent la pierre. Puis l’espace s’ouvre, la caméra revenue en plein air, sur un décor impressionnant des installations d’une carrière de calcaire, lieu à la fois authentique et théâtral où va se situer l’essentiel du récit. Il y aura là déjà de quoi s’interroger, après avoir vu ce premier long-métrage du cinéaste islandais Hlynur Palmason, sur la nature même du décor de cinéma, qu’il soit artificiel ou réel. Celui-ci peut tout autant fournir des gages à un réel qui définirait les protagonistes que favoriser une forme d’abstraction, produite par sa bizarrerie même, une bizarrerie appartenant pourtant au monde.

        Lire l’entretien avec Hlynur Palmason :
         

          « J’aime explorer des zones inconnues »



Ouvrier dans une mine de calcaire, Emil se distingue par un comportement légèrement asocial, une manière de transgresser la loi par son comportement et ses actions, une façon de se détacher d’autrui. Profitant des heures de fermeture, il s’introduit dans les réserves du lieu pour y subtiliser des produits chimiques dont il se sert pour fabriquer un alcool, que l’on devine plutôt frelaté, qu’il revend à ses compagnons de travail.
Traquer un ordre abstrait
Amoureux sans espoir d’une jeune fille lui préférant son frère Johan, qui travaille aussi dans la carrière, le personnage passe son temps à absorber ses propres décoctions tout en trouvant, dans une cassette vidéo d’instruction militaire détaillant l’utilisation d’un fusil semi-automatique, une manière d’occuper son temps, et peut-être de lui trouver un sens.
La singulière beauté du film réside précisément dans une manière toute personnelle de dénaturaliser ce qui pourrait se réduire à un simple drame social, de traquer un ordre abstrait derrière les prescriptions du monde social. Le trafic d’Emil est mis au jour en même temps que celui-ci apprend que ses breuvages ont provoqué la mort d’un de ses camarades. Il découvre aussi la liaison qu’entretient son frère, qui a semblé représenter pour lui l’incarnation d’un principe de réalité et de la sagesse.
Le temps répétitif du travail humain s’entremêle avec des moments d’une bizarrerie jamais artificielle
Les deux événements pourraient ainsi faire figure d’adjuvants au drame qui couve. Mais si le drame couve, il ne survient pas véritablement. Tout se passe comme si le film d’Hlynur Palmason entendait proposer un scénario conduisant vers une catastrophe attendue sans jamais remplir ce programme. S’y entremêle plutôt le temps répétitif du travail humain avec des moments d’une bizarrerie pourtant jamais artificielle, tel ce passage où le film soudain semble s’ouvrir sur une performance chorégraphique contemporaine, un corps-à-corps des deux frères, nus, après qu’Emil a découvert la relation de Johan avec la jeune femme dont il semblait faire le siège.
Intenses ou insignifiantes, les situations semblent quasiment prélevées au hasard, dans une quête qui s’attache à scruter la matière d’un réel dont on sait que le cinéma ne pourra que s’approcher un peu. C’est une combinaison de cadrages et de montages, mise au service de la captation de moments arrachés au fil de la vie, avec le souci de ne pas perdre de vue l’unité des sentiments en jeu.
Personnage burlesque
L’architecture de l’usine, avec ses turbines géantes dont la rotation inscrit le tragique du temps et l’âpreté d’un travail inhumain, est restituée dans toute sa beauté, dans une sorte de puissant souffle constructiviste. La couche de poussière grise qui semble éternellement recouvrir hommes et choses contribue à donner une dimension fantastique aux événements qui se succèdent sous les vrombissements d’une musique signée Toke Brorson Odin.
Mais nul doute que le film ne serait pas si remarquable s’il n’inventait pas une étonnante figure humaine. Elliott Crosset Hove, qui incarne Emil, est une sorte de personnage burlesque, aux yeux perpétuellement écarquillés. C’est à lui sans doute que l’on doit le plus évidemment ce sentiment d’étrangeté angoissante qui nimbe un film qui n’oublie pas pourtant de s’inscrire dans une réalité sociale particulièrement rugueuse.

Film islandais et danois d’Hlynur Palmason. Avec Elliott Crosset Hove, Lars Mikkelsen, Peter Plaugborg (1 h 34). Sur le Web : www.arizonafilms.fr/wb_entretien.html



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-14"> ¤ Le réalisateur islandais de « Winter Brothers », aussi plasticien, se voit avant tout comme un artiste qui travaille avec le son, l’image et la matière.
<filname="PROF-0,2-3246,1-0,0-14"> ¤                     
                                                   
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Hlynur Palmason : « J’aime explorer des zones inconnues »

Le réalisateur islandais de « Winter Brothers », aussi plasticien, se voit avant tout comme un artiste qui travaille avec le son, l’image et la matière.



Le Monde
 |    21.02.2018 à 07h53
 • Mis à jour le
21.02.2018 à 07h55
    |

                            Murielle Joudet








                        



                                


                            

Venu des arts plastiques, l’Islandais Hlynur Palmason signe, avec Winter Brothers, un premier long-métrage très remarqué dans les festivals (Grand Prix d’Angers, Prix d’interprétation masculine à Locarno). Le film suit la trace d’un jeune ouvrier travaillant dans une carrière de calcaire et qui, à ses heures perdues, vend de l’alcool frelaté à ses collègues. Un œuvre âpre et sensuelle, plongée dans la matière blanche et vibrante de l’hiver, marquée par la présence burlesque et enfantine de son acteur principal, Elliott Crosset Hove.

Le personnage principal de votre film, Emil, et la manière dont Elliott Crosset Hove l’incarne évoquent la silhouette des grands acteurs burlesques, de Chaplin à Buster Keaton. Comme eux, c’est d’ailleurs un inadapté. Aviez-vous ces modèles en tête ?
J’avoue que si je devais choisir un modèle qui a influencé l’élaboration d’Emil, ce serait certainement Buster Keaton. C’est même la seule véritable référence à laquelle nous pensions pendant le film. J’ai dû voir Le Mécano de la générale [Buster Keaton, 1926] une cinquantaine de fois avec ma fille lorsqu’elle était bébé. Cela m’a bien évidemment marqué.
Comment vous est venue l’idée de ce personnage qui fabrique et vend de l’alcool frelaté ?
Pour Emil, fabriquer et vendre de l’alcool est sa manière à lui d’être quelqu’un et de faire partie d’un groupe. Par ailleurs, lorsque j’étais plus jeune, il était normal de faire son propre alcool. En Islande, il était interdit de consommer de la bière jusqu’en 1989… L’idée du film doit certainement venir en partie de là.
Tout le début du film se passe dans la carrière de calcaire où l’obscurité est quasiment totale, et l’on se dirige progressivement vers la lumière et l’hiver, saison qui jusqu’au titre, est centrale...
A travers ce paysage et ce monde ouvrier plongé dans l’hiver j’ai voulu que le spectateur fasse l’expérience...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-15"> ¤ Gilles Perret déçoit avec son nouveau documentaire, consacré au chef de La France insoumise.
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« L’Insoumis » : portrait d’un Mélenchon sans défauts

Gilles Perret déçoit avec son nouveau documentaire, consacré au chef de La France insoumise.



Le Monde
 |    21.02.2018 à 07h51
 • Mis à jour le
21.02.2018 à 08h03
    |

            Jacques Mandelbaum








                        



   


L’avis du « Monde » – pourquoi pas
Auteur d’une douzaine de documentaires de facture sinon militante du moins fortement engagée, Gilles Perret a su souvent, néanmoins, trouver le chemin des salles par la singularité de sa démarche, qui consiste à aborder des problèmes sociaux d’intérêt général à travers le prisme local de sa région natale, la Savoie. Un ancrage bénéfique à ses films, enracinant ses sujets (Ma mondialisation, 2006 ; Walter, retour en résistance, 2009 ; De mémoire d’ouvriers, 2012 ; La Sociale, 2016) dans une réalité triviale, concrète, effective, avec des personnages attachants, des moments forts, et le grand air des montagnes en bonus.

        Lire le récit :
         

          Sortie en salle sous haute tension pour « L’Insoumis », de Gilles Perret



On a suffisamment décrit, dans ces colonnes, la valeur de ces films pour dire de manière sereine – dans le contexte polémique qui entoure la sortie de son nouveau film de fait déprogrammé dans plusieurs salles – notre relative déception devant celui-ci. L’Insoumis est la chronique de la campagne présidentielle de Jean-Luc Mélenchon, dirigeant de La France insoumise.
Plus irénique que critique
Sans musique, sans commentaire, c’est un pur film d’immersion (visites de sites, réunions d’équipe, monologues réflexifs dans le train), qui présente, hélas, plus de défauts que de qualités liés au genre. Soit, en un mot, un portrait irénique de l’intéressé plutôt qu’un portrait critique (au bon sens de ce terme), qui laisserait supposer que le filmé a réussi à imposer au filmeur une image de lui-même qui ne donne pas de prise au réel.
Par-delà les convictions supposées du réalisateur ou avérées de son personnage, qui importent assez peu en l’occurrence, c’est le fait que le formidable pouvoir de révélation du médium cinématographique (creuser les apparences, ouvrir des perspectives inattendues, montrer l’ambiguïté du réel) semble ici annihilé. Rien ne bouge : les tenants auront ainsi toutes les raisons d’être emballés et les opposants d’être scandalisés.
Le Mélenchon que nous montre Gilles Perret est même mieux (car épuré de ses défauts) que celui que nous connaissons
Le Mélenchon que nous montre Gilles Perret, non seulement nous le connaissons dans ses grandes lignes, mais il est même mieux (car épuré de ses défauts) que celui que nous connaissons. D’où l’impression, embarrassante, même si le réalisateur n’en a pas eu la volonté délibérée, d’avoir affaire à un portrait hagiographique qui rejoue – mais en vertu de quel enjeu ? – un événement déjà connu du spectateur.
Un exemple concret, parmi d’autres : l’absence, ipso facto assourdissante, de toute allusion au discours du soir de la défaite au premier tour, le dimanche 23 avril 2017. Un discours amer, terrible et déconcertant, humainement comme politiquement, et pour cette raison si mémorable, si âprement discuté. Comment sérieusement consacrer un film à la campagne de Jean-Luc Mélenchon sans s’y confronter, d’une manière ou d’une autre ? Difficile de ne pas penser ici, évidemment, au fameux 1974, une partie de campagne (1974), de Raymond Depardon, qui, à partir de la même échéance électorale et sur les mêmes principes de tournage, parvenait, en filmant Valéry Giscard d’Estaing, à poser en pied l’animal politique, à montrer l’arrivée en force de la communication, à révéler aussi l’abyme au-dessus duquel l’homme de pouvoir ne cesse secrètement de se tenir.



Documentaire français de Gilles Perret (1 h 35). Sur le Web : www.jour2fete.com/distribution/linsoumis



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-16"> ¤ Hiromasa Yonebayashi signe le premier film d’animation du studio Ponoc.
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« Mary et la fleur de la sorcière » : une fillette japonaise à l’école des sorciers

Hiromasa Yonebayashi signe le premier film d’animation du studio Ponoc.



Le Monde
 |    21.02.2018 à 07h50
    |

                            Mathieu Macheret








                        



   


L’avis du « Monde » – pourquoi pas
Mary et la fleur de la sorcière est le premier long-métrage d’animation à sortir des ateliers du tout jeune studio Ponoc (d’après le serbo-croate ponoc signifiant « aube »), constitué en majeure partie de transfuges du studio Ghibli, réduits au chômage technique après l’annonce, en 2014, de l’arrêt de la production. Et sans doute fallait-il en passer par cette nouvelle structure pour que de jeunes auteurs sortent enfin de l’ornière intimidante des deux grands maîtres, Hayao Miyazaki et Isao Takahata, cofondateurs de Ghibli, qui ont régné économiquement et symboliquement sur l’animation japonaise pendant plus de trente ans.

        Lire le récit :
         

          Le studio Ghibli toujours en mode pause



Pour son réalisateur, le talentueux Hiromasa Yonebayashi (Arrietty. Le petit monde des chapardeurs, 2010), âgé de 44 ans, disciple de Miyazaki depuis Le Voyage de Chihiro (2001), l’enjeu est de taille : lancer le studio et conjurer l’échec commercial de son précédent film, Souvenirs de Marnie (2014), belle œuvre tortueuse et sous-estimée, qui restera comme la toute dernière production Ghibli, celle qui ne sera pas parvenue à remettre le studio sur les rails.
Adapté d’un roman pour enfants britannique, ce film se présente sous le double signe du renouveau et de la continuité
Adapté comme son prédécesseur d’un roman pour enfants britannique (The Little Broomstick, « le petit balai », de l’Ecossaise Mary Stewart, ­Hodder Children’s Books, 2006, non traduit), Mary et la fleur de la sorcière se présente ainsi sous le double signe du renouveau et de la continuité.
Mary, une petite fille rousse coiffée de couettes, passe l’été dans la maison de campagne de sa grand-mère, où elle s’ennuie. Un chat du voisinage la conduit à l’orée de la forêt, sur la piste d’une fleur mystérieuse, la « Vol de nuit », qui lui donne le pouvoir de s’envoler sur son balai. Elle découvre alors, au milieu des nuages, le palais d’Endor, qui renferme une école de magie et abrite, dans le secret de ses murs, de curieuses expériences.
Une fantasmagorie grippée
Après une ouverture époustouflante d’allant romanesque et de dynamisme pictural (l’échappée d’une sorcière hors de l’enceinte d’Endor), la suite retombe sur un territoire plus balisé, coincé quelque part entre l’héritage du Studio Ghibli (le souvenir de Kiki la petite sorcière, en 1989 ; la tradition entretenue des décors peints à la main) et une destination plus ouvertement commerciale, liée notamment à l’univers de l’académie de magie, qui fait inévita­blement penser à la saga Harry ­Potter, d’après les ouvrages de J. K. Rowling. Et si le film peut évidemment se voir comme l’une de ces belles fables initiatiques, sur les rapports réciproques de l’enfance et de l’imaginaire, celle-ci débouche sur une fantasmagorie grippée, dont l’aspect bancal n’est pas seulement imputable à son budget réduit et à ses courts délais de fabrication.
En effet, l’académie d’Endor, royaume de l’imaginaire, contient son lot de créatures et de chimères fantastiques, qui n’ont pourtant rien à voir avec l’animisme bien connu d’un Miyazaki (le bestiaire du Voyage de Chihiro).
Fruits d’expériences et de manipulations, ces figures accablent l’exercice de la magie comme une volonté de toute-puissance qui éloigne les hommes de la nature. Ici, l’imaginaire est clairement disqualifié au profit du réel environnant, déjà prodigue en formes infinies et en distractions renouvelées, si tant est qu’on veuille bien l’habiter pleinement. Film étrange et pourtant passionnant que celui-ci, qui en passe par les détours trompeurs de la fantasmagorie pour inviter enfants et parents, simplement, à poser un regard sur le monde alentour.

Film d’animation japonais d’Hiromasa Yonebayashi (1 h 42). Sur le Web : diaphana.fr/film/mary-et-la-fleur-de-la-sorciere



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-17"> ¤ Craig Gillespie a choisi le registre de la comédie pour ce drame du sport.
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« Moi, Tonya » : la patineuse Tonya Harding zigzague entre documentaire et farce

Craig Gillespie a choisi le registre de la comédie pour ce drame du sport.



Le Monde
 |    21.02.2018 à 07h49
 • Mis à jour le
21.02.2018 à 08h18
    |

                            Thomas Sotinel








                        



   


L’avis du « Monde » – pourquoi pas
L’histoire de Tonya Harding, maintenue aux marges du patinage artistique en raison de ses origines avant de passer pour une criminelle aux yeux du monde, ressemble à celle du Vilain Petit Canard. A ceci près que la fin du Vilain Petit Canard est l’une des seules heureuses des contes d’Andersen. La morale de l’histoire de Tonya Harding est, elle, d’un pessimisme qui aurait effrayé le plus dépressif des Danois : le monde est ainsi fait qu’on n’échappe pas à la place qu’assigne la naissance.
Athlète d’exception, certes, mais d’abord white trash, soit « rebut blanc de la société », Tonya Harding n’a jamais accédé à l’élite sportive internationale, lestée dans son envol par ses origines, son entourage, avant de devenir une réprouvée à la suite d’un crime dont la bêtise dépasse la grande violence. Il y a là le matériau d’une tragédie réaliste, d’un mélodrame, d’une critique sociale. Le réalisateur Craig Gillespie et le scénariste Steven Rogers ont préféré la comédie, le second degré, zigzaguant entre faux documentaire et farce, ne trouvant un semblant d’humanité que par la grâce de l’interprète du rôle-titre, Margot Robbie.
Un bref rappel des faits, pour les plus jeunes et ceux qui partent au soleil le temps des Jeux olympiques d’hiver : le 6 janvier 1994, dans les vestiaires d’une patinoire de Detroit, un homme tenta d’un coup de matraque de briser la jambe de Nancy Kerrigan, membre de l’équipe olympique américaine de patinage artistique. On était à quelques semaines des Jeux d’hiver de Lillehammer (Norvège). Nancy Kerrigan se remit assez vite pour remporter une médaille d’argent. Et le FBI fut assez diligent pour que l’on apprenne, avant la cérémonie d’ouverture, que le forfait avait été perpétré à l’instigation du mari d’une autre patineuse de l’équipe, Tonya Harding. Autorisée à participer à la compétition, celle-ci fut ensuite interdite à vie de patinage.
Divisions entre classes sociales
Moi, Tonya tente de remonter à la source de cette débâcle qui permit aux chaînes d’information américaines d’expérimenter le traitement frénétique d’un fait divers, six mois avant le début d’une vraie tragédie, l’affaire O.J. Simpson. Celle-ci allait mettre en mouvement les failles raciales qui divisent les Etats-Unis, le cas Tonya Harding mettait en évidence les divisions entre classes sociales. Et c’est sur ce terrain que le film de Craig Gillespie échoue.
L’image qu’il donne de l’enfance malheureuse d’une petite fille contrainte par sa mère de tout sacrifier au patinage est construite pour échapper aux clichés misérabilistes. La trajectoire qu’ont choisie réalisateur et scénariste passe par la dérision, et celle-ci s’exerce aux dépens de tous les personnages, à l’exception notable de l’héroïne. LaVona Harding (Allison Janney) est une femme d’un inépuisable égoïsme : si elle exige tous les sacrifices, c’est moins pour faire de sa fille une championne que pour devenir la mère d’une championne. On comprend bien que, pour lui échapper, la très jeune Tonya se jette dans les bras du premier venu, Jeff Gillooly (Sebastian Stan), même si celui-ci est aussi violent (mais moins malin) que la méchante femme qu’elle a quittée. Malgré ses prouesses sportives, Tonya Harding, victime de ses goûts vestimentaires et musicaux (elle est mal vêtue, faute de moyens, et patine au son du hard rock) ne parvient pas à devenir membre à part entière de l’élite de sa discipline.
Margot Robbie parvient à faire affleurer les blessures intérieures de cette femme d’une force physique hors du commun
Pour dessiner ces personnages qui vivent à la périphérie de Portland (Oregon) et au seuil de la pauvreté, le film recourt à de faux entretiens, qui donnent des versions contradictoires des faits. L’effet comique est assuré, surtout lorsque l’époux et son comparse, un garçon obèse nommé Shawn Eckhardt (interprété par Paul Walter Hauser), étalent leur bêtise. Quelle qu’ait été l’intention du metteur en scène et du scénariste, ce dispositif impose un lien organique entre la misère intellectuelle des agresseurs ou la cruauté de la mère (qu’Allison Janney incarne avec un indéniable panache) et leur misère matérielle.
Seul le personnage de Tonya Harding échappe à cette condescendance. D’abord parce que Margot Robbie parvient à faire affleurer les blessures intérieures de cette femme d’une force physique hors du commun. Ensuite parce que les séquences de patinage sont filmées avec une attention à l’investissement physique qui exprime, mieux que la chronique du fait divers, les efforts des patineurs en général et de Tonya Harding en particulier pour échapper aux forces qui les empêchent de quitter le sol.

Film américain de Craig Gillespie. Avec Margot Robbie, Sebastian Stan, Allison Janney (2 heures). Sur le Web : www.marsfilms.com/film/moi-tonya et www.facebook.com/MoiTonya.lefilm



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-18"> ¤ Marcel Storr fut un dessinateur méconnu de son vivant. Depuis sa mort en 1976, un couple d’amateurs s’échine à faire connaître son œuvre. Quatre de ses dessins sont proposés à un prix peut-être trop élevé.
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Quand la cote d’un dessinateur autodidacte s’envole

Marcel Storr fut un dessinateur méconnu de son vivant. Depuis sa mort en 1976, un couple d’amateurs s’échine à faire connaître son œuvre. Quatre de ses dessins sont proposés à un prix peut-être trop élevé.



Le Monde
 |    21.02.2018 à 07h46
 • Mis à jour le
21.02.2018 à 08h22
    |

                            Roxana Azimi








                        



   


C’est le genre de belles histoires dont le marché habituellement raffole. Un artiste, qui jusqu’à il y a peu n’était pas considéré comme tel. Un couple qui le découvre par hasard et s’échine depuis trente ans à promouvoir son œuvre. L’artiste en question, c’est Marcel Storr, un fascinant dessinateur autodidacte qui se plaisait à rêver d’architectures imaginaires. Le couple, c’est Liliane et Bertrand Kempf, qui mettent en vente quatre dessins le 23 mars chez Ader, à Drouot. Seul bémol, des estimations exorbitantes.
Né en 1911, Marcel Storr fut accablé dès l’enfance : abandonné à l’âge de quatre ans à l’Assistance publique, placé dans des familles paysannes qui le maltraitent, il est employé comme valet de ferme, régulièrement rudoyé et affamé. Atteint de tuberculose il fait plusieurs séjours dans des sanatoriums et devient sourd.
A 22 ans, le voilà à Paris où il enchaîne les petits boulots, plongeur dans un lycée, vendeur aux Halles, avant d’être affecté à l’entretien du bois de Boulogne, côté Polo de Bagatelle. Il a alors pour compagne Marthe, concierge d’école qui décède en 1974. L’état psychique de Storr se détériore. Il sera brièvement interné à Ville-Evrard. Mais Marcel Storr n’est pas qu’un pauvre hère cabossé par la vie. Il a dessiné, avec une impressionnante minutie, des églises tout d’abord, puis des mégapoles dans des coloris chatoyants d’orange, ocre et rose.
« Il ne voulait pas du tout être connu, son ambition, c’était d’être balayeur dans le métro » Bertrand Kempf.
Ces fabuleux dessins, il les confie en 1971 à Liliane et Bertrand Kempf, dont les enfants allaient à l’école dont Marthe était la concierge. Pas question pour lui de les vendre, encore moins de les exposer. « Il ne voulait pas du tout être connu, son ambition c’était d’être balayeur dans le métro », raconte Bertrand Kempf. A sa mort en 1976, les Kempf s’efforcent de promouvoir ce travail d’architecture visionnaire jusqu’à l’exposition en 2011 au Carré Baudoin, à Paris.

        Lire aussi :
         

                Les mamies de l’art font de la résistance



L’histoire n’est pas sans rappeler celle de Henry Darger, outsider de Chicago dont le travail fut révélé au monde par ses logeurs, Nathan et Kiyoko Lerner, et qui depuis figure dans les grands musées, y compris au musée d’art moderne de la Ville de Paris. Dans la foulée de la donation Darger en 2012 au musée parisien, les Kempf avaient imaginé une donation similaire. Mais les valeurs d’assurance et les contreparties exigées par le couple ont paru trop exorbitantes.

   


Les estimations des quatre dessins mis en vente chez Ader, entre 40 000 et 90 000 euros, ne sont pas moins faramineuses. Certes, la Galerie Andrew Edlin à New York avait présenté une vingtaine de dessins à des tarifs corsés en 2014 puis sur la foire Art Basel Miami Beach en 2015 en parallèle avec des œuvres de Henry Darger. Mais n’est-ce pas mettre la barre trop haut pour un artiste encore très confidentiel ?
« A l’époque, les tarifs affichés étaient de 90 000 dollars pour une église et 175 000 dollars pour une grande mégapole », plaide Bertrand Kempf. « Les dessins de Storr sont bien sûr beaucoup plus petits que ceux de Darger, qui est une légende du monde de l’art depuis plus de quarante ans, admet Andrew Edlin. Mais Storr est un artiste spécial et rare, dont on ne connaît que 64 œuvres. » Verdict le 23 mars à l’hôtel Drouot, à Paris.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-19"> ¤ Le cinéaste Vahid Jalilvand filme deux classes sociales que tout sépare, mais qu’un drame fait entrer en collision.
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« Cas de conscience » : la société iranienne auscultée

Le cinéaste Vahid Jalilvand filme deux classes sociales que tout sépare, mais qu’un drame fait entrer en collision.



Le Monde
 |    21.02.2018 à 07h46
    |

                            Murielle Joudet








                        



   


L’avis du « Monde » – à voir
Un soir au volant de sa voiture, le docteur Nariman renverse une famille en scooter alors qu’il tentait d’éviter un chauffard. Un enfant est blessé et le docteur insiste pour l’emmener à l’hôpital. Quelques jours plus tard, se rendant à l’institut médico-légal où il travaille, l’homme découvre que le jeune garçon vient de mourir. La raison officielle : une intoxication alimentaire. Mais le doute s’empare du docteur, peu à peu persuadé que l’enfant est décédé des suites de l’accident, il tentera de remonter jusqu’à la véritable cause de la mort.
A travers ce drame dont les conséquences rejaillissent sur une poignée de personnages, Vahid Jalilvand ausculte la société iranienne : l’hypocrisie de la classe dominante, la survie et l’oppression de la classe dominée, filmée ici comme une catégorie damnée, habituée et condamnée au malheur. Deux mondes imperméables l’un à l’autre, mais entrant subitement en collision à la faveur d’un drame que le cinéaste filme jusque dans ses plus infimes conséquences avec un regard d’entomologiste.
Virtuosité du scénario
Cas de conscience a cependant les défauts de ses qualités : la virtuosité du scénario se referme comme un piège sur les spectateurs. Quant à la mise en scène, aride et dépouillée, à l’image de la vision pessimiste et tragique du cinéaste, elle semble condamner d’avance les personnages. Pour autant, le film parvient lentement à ses fins : par une forme d’intransigeance et d’âpreté qui ne laissent pas indemne.

Film iranien de Vahid Jalilvand. Avec Navid Mohammadzadeh, Amir Aghaei, Zakieh Behbahani (1 h 44). Sur le Web : www.damneddistribution.com/cas-de-conscience et www.facebook.com/damnedfilmsfrance



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-20"> ¤ La réalisatrice Raja Amari tente d’arracher son personnage principal à son seul statut de migrante clandestine.
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« Corps étranger » : de la fuite au désir

La réalisatrice Raja Amari tente d’arracher son personnage principal à son seul statut de migrante clandestine.



Le Monde
 |    21.02.2018 à 07h45
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                            Thomas Sotinel








                        



   


L’avis du « Monde » – pourquoi pas
Ce corps, celui d’une jeune femme, on le découvre d’abord en péril, sombrant au fond de la mer. En ouvrant son film sur ces images subaquatiques, celles qui viennent après ces naufrages de bateaux surchargés, filmés si souvent par des réalisateurs de fictions et des documentaristes, sur ces images qu’on ne peut qu’imaginer, Raja Amari assigne une identité à son personnage principal. Samia (Sarra Hannachi) est une migrante. Le projet de la cinéaste tunisienne est de l’arracher à cette définition pour en faire un personnage complexe, animé de désirs et de haines. Samia deviendra ainsi l’un des sommets d’un triangle pas tout à fait amoureux, qu’elle forme avec une veuve française, immigrée et bourgeoise, et un garçon tunisien qui a longtemps gravité aux marges des milieux islamistes.
Une fois cette figure constituée, Corps étranger se perd dans dans un bouillonnement de désirs et de retournements, d’où surgissent des références à l’histoire récente de la Tunisie, des observations – souvent pertinentes – sur la place que fait la France à ceux qui la choisissent, sans que ces éléments se fondent en un récit convaincant.
Relation ambiguë
Samia est donc arrivée à Lyon. Elle y retrouve Imed (Salim Kechiouche), joli garçon, clandestin lui aussi, qui fut l’ami du frère de la jeune fille, dont on apprend qu’il est incarcéré en Tunisie pour appartenance à la mouvance djihadiste. Elle parvient à se faire embaucher par Madame Bertaud (Hiam Abbass), qui lui demande de l’aider à vider son grand appartement des affaires de son mari, récemment disparu.
Entre la grande bourgeoise et la jeune migrante, Raja Amari et ses actrices esquissent une relation ambiguë, faite d’envie pour la cadette, de regrets pour l’aînée. L’irruption d’Imed, qui désire l’une pour sa jeunesse, l’autre pour son statut et son argent, devrait porter la situation à incandescence. C’est pourtant à ce moment que Corps étranger se fait théorique, se désincarne, sans que les acteurs ne déméritent.

Film tunisien et français de Raja Amari. Avec Sarra Hannachi, Hiam Abbass, Salim Kechiouche (1 h 32). Sur le Web : www.paname-distribution.com et www.facebook.com/happinessdistributionpointcom



                            


                        

                        

