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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-1"> ¤ Au Cinéma des cinéastes, le réalisateur a présenté « Drum », qui ne sortira pas en salle dans son pays.
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L’Iranien Keywan Karimi, en liberté conditionnelle, dévoile son dernier film à Paris

Au Cinéma des cinéastes, le réalisateur a présenté « Drum », qui ne sortira pas en salle dans son pays.



Le Monde
 |    20.02.2018 à 15h49
 • Mis à jour le
20.02.2018 à 15h57
    |

            Clarisse Fabre








                        



   


On ne l’empêchera pas de tourner. Depuis le début des années 2010, le cinéaste Keywan Karimi, né dans le Kurdistan iranien, a des ennuis avec la justice de son pays pour avoir tourné un documentaire sur les graffitis, Writing on the City (bande-annonce visible sur Vimeo), racontant l’histoire politique de Téhéran depuis la révolution de 1979. Le jeune réalisateur a été arrêté, questionné, puis condamné en octobre 2015 à six ans de prison et à 223 coups de fouet pour « insulte envers les valeurs du sacré » et « propagande » contre le régime iranien – une peine ramenée à un an de prison en 2016, en plus des coups de fouet. Son histoire a fait le tour du monde, comme celle des autres cinéastes iraniens condamnés ces dernières années, tels Jafar Panahi et Mohammad Rasoulof.

        Lire le récit :
         

          L’« histoire kafkaïenne » d’un cinéaste iranien condamné à six ans de prison et à 223 coups de fouet




        Lire aussi le compte-rendu :
         

          Un an de prison pour le cinéaste iranien Keywan Karimi



Avant de purger sa peine, Keywan Karimi voulait à tout prix tourner son premier long-métrage de fiction, Drum, adapté du roman éponyme d’Ali-Morad Fadaei-Nia, sur le thème de la peur. Il l’a tourné et monté en l’espace de trois mois au printemps 2016, grâce à l’aide de son producteur François d’Artemare, avec lequel il travaillait à distance. Le film a ensuite été sélectionné au Festival de Venise en septembre 2016.



A l’occasion de la projection de Drum, film expressionniste en noir et blanc, au Cinéma des cinéastes, à Paris, lundi 19 février, Keywan Karimi nous raconte sa vie de réalisateur qui ne sait jamais quand le couperet va tomber. Juste avant que la salle ne plonge dans l’obscurité, il a demandé aux spectateurs de se lever et d’applaudir en hommage aux « combattants kurdes qui se sont battus contre l’Etat islamique et ont été victimes de bombardements ».
« Prêt à aller en prison »
« Je fais mes films, j’assume et je suis prêt à aller en prison. Je ne veux pas m’exiler », déclare-t-il au Monde. Le tournage de Drum s’est fait sans autorisation gouvernementale. « Quand un policier venait nous contrôler, un de mes amis montrait son titre de tournage pour un autre film », sourit-il. A l’issue du tournage, alors que le film venait d’être sélectionné à la Mostra de Venise, il a été convoqué par les autorités iraniennes. « Les juges n’ont pas voulu me mettre en prison pendant le festival, car ça aurait fait trop de publicité au film », grince-t-il.
Finalement il a été incarcéré à Erevan en novembre 2016, jusqu’au printemps 2017. « Je suis tombé malade en prison, une sorte de pneumonie. Les autorités iraniennes ne voulaient pas que je meure. J’ai pu sortir en liberté conditionnelle en avril 2017. Mais on m’a prévenu : si je commets un crime dans l’exercice de mon métier de cinéaste, je serai à nouveau condamné, et on me rajoutera les cinq ans que l’on m’avait enlevés en appel. »
Keywan Karimi : « Les gens veulent le changement. Ils veulent une République, mais pas islamique »
Qu’est-ce qu’un crime dans l’exercice de son métier ? Le réalisateur, âgé de 33 ans, sourit : il ne le sait pas. A propos des manifestations qui ont eu lieu dans son pays, en janvier, il tient à faire cette précision : « On a beaucoup lu dans les journaux européens que les Iraniens descendaient dans la rue pour des raisons économiques, mais ce mouvement est aussi profondément politique. Les gens veulent le changement. Ils veulent une République, mais pas islamique ».
Il y a deux mois, Keywan Karimi a demandé aux autorités iraniennes l’autorisation de sortir en salle son film Drum. Il vient tout juste de recevoir une réponse négative. « On m’a annoncé qu’il n’y aurait pas de sortie en salle, au motif que la qualité du film n’est pas bonne. Depuis sept ans, aucun de mes films n’a été projeté dans mon pays ». Le cinéaste va séjourner en France six ou sept mois, afin de préparer son prochain film. « Puis je rentrerai à Téhéran en décembre pour le tourner, avec les mêmes acteurs non professionnels de Drum. Ils m’attendent. »

        Lire aussi le compte-rendu :
         

          Mobilisation en France pour le cinéaste iranien Keywan Karimi






                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-2"> ¤ Des internautes ont tenté de faire croire que des spectateurs avaient été agressés lors de séances de projection du film. Depuis, les parodies se multiplient.
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« Black Panther » : des tweets racistes deviennent la risée des réseaux sociaux

Des internautes ont tenté de faire croire que des spectateurs avaient été agressés lors de séances de projection du film. Depuis, les parodies se multiplient.



Le Monde
 |    20.02.2018 à 13h16
 • Mis à jour le
20.02.2018 à 13h55
   





                        


La sortie mercredi 14 février du film Black Panther, qui met en scène le premier super-héros noir de la culture comics, continue à faire des remous sur Internet. Déjà victime de plusieurs actions coordonnées malveillantes en ligne, le film a fait l’objet, ces derniers jours, de plusieurs tweets véhiculant de fausses informations.
Ces messages faisaient croire, photos sanglantes à l’appui, que des spectateurs blancs de Black Panther avaient été agressés par des personnes noires. « Un groupe de jeunes Noirs a dit que ce film n’était pas pour moi. Je suis blanc. Ils m’ont ensuite agressé. Je vais aux urgences », pouvait-on lire dans un message. Dans un autre, « je suis allé voir Black Panther avec ma petite amie, et un adolescent noir a crié “vous n’êtes pas dans le bon cinéma” et a écrasé une bouteille sur son visage ».

Fake posts are being created to make black people look bad and the sad part of it is some people will believe them… https://t.co/WnhyinOrrw— trapafasa (@Trapa Fasa)


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Ces impostures ont rapidement été démasquées : une simple recherche sur Google images permettait en quelques secondes de constater que les photos reproduites dans ces tweets n’étaient pas nouvelles, et n’avaient rien à voir avec Black Panther.
Des dizaines de parodies
Cette réaction rapide a endigué la propagation de ces tweets, et ouvert la voie, à la place, à un flot de parodies. « C’est une photo de mon père. Hier soir, nous sommes allés voir Black Panther, et il a été agressé par un groupe d’ados noirs sur un parking. Ils s’en sont pris à lui avec un lance-flammes », peut-on par exemple lire dans un tweet partagé près de 50 000 fois, accompagné d’une photo du personnage Double-Face dans le film The Dark Knight.

“This is a picture of my dad. Last night we went to see #BlackPanther and got jumped by a group of black teens in t… https://t.co/sanVMuDAqo— RUSKlN (@goomba)


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« Hier soir, je suis allé voir Black Panther quand un enfant noir qui avait l’air d’avoir 4 ans m’a dit que ce film n’était pas pour moi et m’a violemment agressé avec une bombe atomique de 18 mégatonnes. »

last night i was attending black panther when a black child who looked to be around four years old told me "this mo… https://t.co/fWb1n97tkm— AkinasEightSix (@Hachimals)


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Des dizaines de tweets ont ainsi pris le contre-pied des messages racistes initialement publiés sur le réseau social. Une partie de ceux-ci ont été supprimés par Twitter, mais quelques-uns, peu partagés, sont toujours en ligne.
La pop culture visée par l’extrême droite
Ce n’est pas la première fois que Black Panther est la cible d’internautes mal intentionnés. Avant la sortie du film, un groupe Facebook, mené par des utilisateurs liés à la mouvance nationaliste et suprémaciste, avait annoncé son intention de faire baisser la note de Black Panther sur Rotten Tomatoes, un site américain de référence sur le cinéma, en l’inondant de commentaires négatifs. Rotten Tomatoes avait répondu au Hollywood Reporter qu’il ne tolérerait pas ce type d’agissements. De son côté, Facebook avait désactivé le groupe en question.
En France, quelques jours avant sa sortie, plusieurs actes de vandalisme en ligne ont été constatés. Un internaute a, par exemple, modifié la page Wikipedia française du film pour transformer le titre québécois en Les Dix Petits Nègres – une modification révoquée une vingtaine de minutes plus tard par un autre utilisateur de l’encyclopédie en ligne. Un utilisateur du site Sens critique, qui permet aux internautes de partager leur avis sur des œuvres, a également modifié le titre original du film, pour le remplacer, là aussi, par Les Dix Petits Nègres.

        Lire aussi :
         

                « Black Panther » : le premier super-héros noir reprend du pouvoir dans la pop culture américaine



Par ailleurs, le week-end précédant la sortie du film, le titre s’affichant sous l’affiche Black Panther, dans la version française de Google, est devenu La Planète des singes : suprématie. Ce qui, selon Google France, relevait d’une erreur technique, et non d’un acte malveillant – d’autres titres, d’autres films, avaient aussi été mélangés.
Films et séries grand public sont régulièrement la cible de groupes d’internautes d’extrême droite, qui reprochent à la pop culture ses tentatives de diversification. A la fin de 2016, le film Rogue One, issu de l’univers Star Wars, avait par exemple fait l’objet d’un appel au boycott, de la part d’internautes estimant qu’il s’agissait d’un film « anti-Blancs » et de « propagande féministe ». Ce qui ne l’a pas empêché de devenir le plus grand succès au box-office américain cette année-là. Black Panther semble prendre le même chemin : le film, salué par la critique, a fait un démarrage spectaculaire, engrangeant 192 millions de dollars lors de son premier week-end, dépassant déjà d’une vingtaine de millions les attentes, déjà élevées, des pronostiqueurs.

        Lire la critique du « Monde » :
         

          « Black Panther » : l’Afrique a enfin son super-héros sur grand écran






                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-3"> ¤ Les documentaires de Ruth Beckermann et Dieudo Hamadi rendent tous deux compte des élections au Congo et en Autriche.
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Cinéma : à la Berlinale, la démocratie trébuche

Les documentaires de Ruth Beckermann et Dieudo Hamadi rendent tous deux compte des élections au Congo et en Autriche.



Le Monde
 |    20.02.2018 à 10h05
 • Mis à jour le
20.02.2018 à 17h11
    |

                            Thomas Sotinel (Berlin, envoyé spécial)








                        



                                


                            

Deux élections présidentielles, l’une a eu lieu en 1986, l’autre aurait dû se tenir en 2016. La première en Autriche, la seconde en République démocratique du Congo. En rendent compte deux films, deux documentaires, Waldheims Walzer (« la valse de Waldheim »), de Ruth Beckermann, et Kinshasa Makambo (« le casse-tête de Kinshasa »), de Dieudo Hamadi, projetés l’un à la suite de l’autre le 18 février dans la section Forum de la 68e Berlinale.
Les deux films sont distants de trois décennies et de 10 000 km, ils ont en commun d’avoir été réalisés par des cinéastes engagés dans le processus qu’ils décrivent – la campagne pour obtenir le retrait de Kurt Waldheim du processus électoral à la suite de la révélation de ses activités militaires pendant la seconde guerre mondiale et le mouvement pour empêcher Joseph Kabila de modifier la Constitution afin de se maintenir au pouvoir. L’implication de Ruth Beckermann, née en 1952 à Vienne, et de Dieudo Hamadi, né en 1984 à ­Kisangani, donne à leurs films la même urgence ; l’échec des mouvements qu’ils filment (Kurt Waldheim fut élu, Joseph Kabila se représentera lors d’un scrutin dont la date n’est pas fixée) les conduit à la même lucidité.
L’échec des mouvements qu’ils filment conduit les deux réalisateurs à la même lucidité
En 1986, armée de l’une des toutes premières caméras vidéo, Ruth Beckermann filme dans les rues de Vienne les échanges entre partisans de Kurt Waldheim, l’ex-secrétaire général des Nations unies (1972-1981) qui se présente sous les couleurs de l’ÖVP (chrétiens-démocrates), et les opposants à sa candidature, qui font valoir que ses états de service de lieutenant de la Wehrmacht, qu’il a longtemps cachés, font de lui le complice de crimes contre l’humanité.
Pour donner son rythme à sa Valse de Waldheim, la réalisatrice alterne matériau personnel (fondatrice du petit groupe qui fut à l’origine de la campagne d’opposition, elle en a filmé les réunions)...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-4"> ¤ Le festival de cinéma a vu le lancement de la structure en ligne « SpeakUp » pour soutenir les victimes d’harcèlement et d’agression.
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Lutte contre le harcèlement, débat sur la parité : la Berlinale se met à l’heure #metoo

Le festival de cinéma a vu le lancement de la structure en ligne « SpeakUp » pour soutenir les victimes d’harcèlement et d’agression.



Le Monde
 |    20.02.2018 à 09h27
 • Mis à jour le
20.02.2018 à 10h07
    |

                            Thomas Sotinel (Berlin, envoyé spécial)








                        



   


Depuis son ouverture, jeudi 15 février, la Berlinale s’est efforcée de faire toute sa place aux débats nés ou ravivés dans le sillage de l’affaire Weinstein. Cette volonté s’est manifestée par l’inclusion de deux rencontres consacrées l’une à la parité, l’autre au harcèlement et aux agressions sexuelles, dans le programme officiel du festival. Ce qui n’a pas empêché le directeur de la Berlinale, Dieter Kosslick, d’être interpellé au sujet de la présence au programme de la section Panorama de Human, Space, Time and Human, film du réalisateur coréen Kim Ki-duk qui a été condamné à une amende par la justice de son pays pour avoir giflé une actrice sur son plateau. Les mêmes magistrats ont classé sans suite la plainte pour agression sexuelle de la même actrice.

        Lire le compte-rendu :
         

          Menu pantagruélique à la Berlinale



Ces débats, ces polémiques mettent en lumière les divisions de l’industrie cinématographique, particulièrement en Europe. Samedi 17 février, plus d’une centaine de professionnels se sont retrouvés pour débattre des moyens pour parvenir à l’égalité des genres dans la répartition des aides publiques. Neuf participants sur dix étaient des participantes, et l’Europe du Nord était surreprésentée. Parmi les intervenantes, la directrice de l’Institut suédois du film, Anna Serner, a proposé le modèle en vigueur dans son pays : l’argent distribué par son institution doit se répartir également entre réalisateurs et réalisatrices. A cette exigence, une autre s’ajoutera à partir de mars : les sociétés qui solliciteront des aides publiques devront, pour les obtenir, faire suivre à leurs dirigeants et à leurs employés une formation d’un jour sur le harcèlement, offerte par l’Institut suédois du film. Anna Serner n’a pas caché que cette dernière mesure avait suscité un tollé dans son pays, où elle a été accusée de faire entrer le « politiquement correct » dans le champ de la création.
De la Berlinale au Festival de Cannes
Dans le reste de l’Europe, ces mesures inspirent l’envie (des participantes à la rencontre) ou la dérision. Un distributeur français présent à Berlin estimait, au détour d’une conversation, la parité des aides inapplicable, faute de réalisatrices. En Suède, a expliqué Mme Serner, « les producteurs ont trouvé des femmes pour obtenir leur argent ». Quant à la France, aucune mesure concrète n’a suivi la signature par les organisations professionnelles de la « charte pour l’égalité entre les hommes et les femmes dans le secteur du cinéma » en 2013, comme le faisait remarquer Bérénice Vincent, responsable des ventes internationales des Films du Losange, l’une des seules Françaises présentes à la rencontre du 17 février. Avec les membres de l’association Le Deuxième Regard, dont elle est l’une des fondatrices, elle prépare une initiative pour donner un contenu effectif à la charte, qui devrait être dévoilée dans les prochaines semaines.
La rencontre du 17 février s’est conclue par le lancement de SpeakUp, une structure en ligne destinée à soutenir les victimes d’harcèlement et d’agression pendant les festivals de cinéma en leur proposant informations et écoute. A l’origine de cette initiative, la directrice de la société de ventes internationales Doc & Film, Daniela Eltsner, qui est l’une des seules professionnelles travaillant en France (elle est de nationalité allemande) à raconter publiquement, dans la publication professionnelle Screen International, avoir été agressée par une figure connue de l’industrie cinématographique française, dont elle n’a pas donné le nom. « En France, ces histoires ressortent derrière des portes fermées », observe-t-elle. Forts du soutien de la Berlinale, les initiateurs de SpeakUp (outre Daniela Eltsner, le dirigeant de société de ventes internationales Jean-Christophe Simon et la réalisatrice polonaise Małgorzata Szumowska) comptent maintenant se tourner vers le Festival de Cannes.
Pour Dieter Kosslick, la décision de mettre en valeur ces débats allait de soi : en janvier, l’industrie allemande a été secouée par les révélations d’agressions sexuelles commises par l’un des producteurs de télévision les plus puissants du pays, Dieter Wedel, « le Weinstein allemand », estime le directeur de la Berlinale. Il a fallu ensuite traiter le cas Kim Ki-duk, en se procurant les attendus du jugement, et en les faisant traduire. « Je ne voulais pas me retrouver dans la position du censeur en retirant le film de la programmation », explique Dieter Kosslick pour expliquer que Human, Space, Time and Human n’ait pas été déprogrammé, avant de conclure : « Il nous faut trouver l’équilibre entre le débat et le spectacle ». Une exigence avec laquelle d’autres directeurs de festivals de cinéma devront composer.

        Lire aussi la critique :
         

          A la Berlinale, la démocratie trébuche






                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-5"> ¤ Guillermo del Toro signe un conte de fées, traversé de sous-entendus politiques.
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« La Forme de l’eau » : un monstre dans l’eau trouble américaine

Guillermo del Toro signe un conte de fées, traversé de sous-entendus politiques.



Le Monde
 |    20.02.2018 à 07h56
 • Mis à jour le
20.02.2018 à 10h19
    |

            Jacques Mandelbaum








                        



                                


                            

L’avis du « Monde » – à ne pas manquer
Génie contemporain du cinéma fantastique, grand raconteur d’histoires et inventeur de formes, le Mexicain Guillermo del Toro, 53 ans, nous arrive aujourd’hui bardé de treize nominations aux Oscars pour La Forme de l’eau. Nonobstant la frénésie de communication que l’académie a su imposer à l’échelle planétaire, à commencer chez les journalistes, ce n’est évidemment pas une raison suffisante pour rendre son auteur estimable. En cela semblable à la créature merveilleuse qui hante son film, del Toro mériterait plutôt notre admiration par la manière souple et déliée avec laquelle il parvient, depuis vingt ans, à nager dans les courants hollywoodiens – même contraires –, sans y perdre son intégrité.

Soit, ici, une fable d’époque. L’Amérique clinquante du début des années 1960, détachée sur le fond obscurément paranoïaque de la guerre froide. Un laboratoire de l’armée ultrasecret, où une créature pêchée en Amérique latine, dotée de pouvoirs extraordinaires, devient l’objet d’étude de l’armée américaine. Mi-homme, mi-poisson, le monstre turquoise aux reflets ambrés, puissant et délicat à la fois, effroyable en même temps qu’aimable si cela se peut, suscite l’intérêt contradictoire de plusieurs personnages en particulier. En premier lieu son principal geôlier, l’inquiétant colonel Richard Strickland (Michael Shannon), incarnation brutale et putride (mordu par le monstre, il pourrit lentement par les doigts) de ce que les Etats-Unis comptent de plus réactionnaire, armé en permanence de son gourdin électrique, torturant la créature du matin au soir, inspirant la terreur à ses subordonnés, répandant la frigidité dans son foyer.

Le docteur Robert Hoffstetler (Michael Stuhlbarg), médecin de l’armée attaché à l’expérience, homme de compassion, s’y intéresse de très près aussi, pour des raisons que le film dévoilera insensiblement. Enfin, Elisa Esposito (Sally Hawkins), femme de ménage muette d’origine...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-6"> ¤ Le cinéaste mexicain explique comment il a réussi à tourner « La Forme de l’eau » avec un budget réduit.
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Guillermo del Toro : « En vieillissant, on est prêt à se servir des accidents pour créer »

Le cinéaste mexicain explique comment il a réussi à tourner « La Forme de l’eau » avec un budget réduit.



Le Monde
 |    20.02.2018 à 07h55
 • Mis à jour le
20.02.2018 à 07h56
    |

                            Thomas Sotinel








                        



                                


                            

Le réalisateur mexicain Guillermo del Toro, 53 ans, a recueilli treize nominations aux Oscars pour son film La Forme de l’eau. Nous l’avons rencontré en octobre 2017, au festival Lumière de Lyon, où l’on projetait Cronos (1993), l’histoire d’un bon grand-père changé en vampire.

Qu’est-ce qui a changé dans votre processus créatif depuis vos débuts ?
Quand on est jeune, on veut tout contrôler. En vieillissant, on est prêt à se servir des accidents. Si un acteur ne fait pas ce que vous attendez de lui, au lieu de le corriger, on se demande s’il n’a pas raison. On joue avec la réalité, plutôt que d’essayer de la domestiquer. Plus on croit avoir besoin de contrôler, plus on est vulnérable à l’échec.
Comment faites-vous pour laisser assez d’espace aux accidents dans un film aussi complexe que « La Forme de l’eau » ?
C’est comme un numéro de trapèze. L’accident, c’est de rater l’autre trapèze. Alors on prévoit tout, la forme de la barre, la longueur des cordes, la qualité du talc qu’on se met sur les mains. On fait le numéro, la plupart du temps il réussit. Et parfois on frôle l’accident, et le public fait « Ahh ». Une vraie œuvre d’art, c’est quand on arrive à ce que le public fasse « Ahh ».
« La Forme de l’eau » est aussi un film très politique, qui évoque des événements actuels.
Le film a été écrit bien avant l’élection de 2016. En tant qu’immigré, je vois le monde s’enfoncer dans les divisions, la haine, la peur. La peur infiltre tout, comme l’humidité. Cinquante-trois ans d’expérience m’ont conduit à croire que les Beatles, Jésus et Bouddha ont raison et qu’on n’a besoin que d’amour. C’est ce que disait le grand-père dans Cronos : « Je ne sais pas ce qui m’arrive, mais je crois qu’il vaut mieux que nous le vivions ensemble. »
Comment avez-vous choisi les images tirées de l’histoire du cinéma qui parsèment...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-7"> ¤ Alexandre Coffre signe une adaptation sage des aventures du duo franco-belge.
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« Les Aventures de Spirou et Fantasio » : bain de modernité pour deux héros de BD

Alexandre Coffre signe une adaptation sage des aventures du duo franco-belge.



Le Monde
 |    20.02.2018 à 06h30
 • Mis à jour le
20.02.2018 à 08h11
    |

            Isabelle Regnier








                        



                                


                            

L’avis du « Monde » – pourquoi pas
Après Astérix et Obélix, le Petit Nicolas, le Marsupilami, en attendant Gaston Lagaffe et Corto Maltese, voici venu le tour de Spirou et Fantasio. Pour son 80e anniversaire, le célèbre duo franco-belge se paye une cure de jouvence en sautant de la bande dessinée au grand écran. Le résultat est mitigé – à la fois sympathique et tristement dépourvu d’inspiration. Cette comédie, qui pourrait annoncer une longue série à venir, est à la fois un récit des origines et une aventure rocambolesque qui va entraîner les héros d’un grand hôtel de la Riviera jusqu’aux dunes du Sahara.
Dans l’établissement où il s’amuse, déguisé en groom, à dépouiller les clients de leurs richesses, Spirou le monte-en-l’air (Thomas Solivérès) fait une alliance de circonstance avec Fantasio, journaliste gentiment à côté de la plaque (Alex Lutz) qui en pince pour la futée Seccotine (Géraldine Nakache), une concurrente qui a toujours un coup d’avance sur lui. Avec la complicité du comte de Champignac (Christian Clavier), un vieux scientifique un peu toqué qui les prend sous son aile, ils se lancent à la poursuite de Zorglub (Ramzy Bedia), savant fou mégalomane qui cherche furieusement la recette qui lui permettrait de mettre l’humanité à sa botte.
Thomas Solivérès, véritable révélation
Puisant son inspiration dans la période Franquin de Spirou, mais aussi, beaucoup, chez Tintin, tout en parodiant gentiment James Bond, le film vaut pour son ton fantaisiste et bon enfant, totalement dépourvu d’esprit de sérieux. Et pour la manière dont il réussit à réactiver ce rapport candide à la science, à l’aventure, caractéristique de tout un pan de la bande dessinée du milieu du siècle dernier, sans pour autant verser dans la nostalgie.
Grâce aux acteurs, à leur présence moderne – on saluera en particulier, dans le rôle de Spirou, la performance piquante de Thomas Solivérès, véritable révélation –, il réussit, tout au contraire, à l’actualiser....




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-8"> ¤ A son domicile et à l’école de cinéma où le réalisateur burkinabé enseignait, proches et étudiants se souviennent « d’un homme génial et très généreux ».
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Reportage

Ouagadougou rend hommage au « maestro » Idrissa Ouedraogo

A son domicile et à l’école de cinéma où le réalisateur burkinabé enseignait, proches et étudiants se souviennent « d’un homme génial et très généreux ».

Par                                            Morgane Le Cam (Ouagadougou, correspondance)




LE MONDE
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        Le 19.02.2018 à 19h12

     •
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        Mis à jour le 20.02.2018 à 10h05






    
Le réalisateur burkinabé Idrissa Ouedraogo à la Cinémathèque française à Paris, en 2008.
Crédits : BERTRAND GUAY/AFP


On le surnommait le « maestro » du cinéma africain, mais ses plus anciens proches l’appelaient « Wilson Pickett », du nom du chanteur et compositeur américain de soul et de blues qu’il affectionnait tant. Idrissa Ouedraogo, célèbre réalisateur burkinabé, s’est éteint dimanche 18 février à l’âge de 64 ans. « Son décès m’a surpris. Je le revois encore ici la semaine dernière, en train de parler avec ses voisins. Il allait bien. Je savais qu’il avait des problèmes de tension mais je ne pensais pas que c’était à ce point-là », regrette Issa Saga, un ami réalisateur.
Lundi, la cour familiale du « maestro », à Ouagadougou, connaissait l’animation des jours de deuil. Dans un ballet incessant, proches et moins proches entrent et sortent, jetant un regard triste au portrait en noir et blanc d’Idrissa Ouedraogo, l’œil espiègle, fixant l’objectif. Le quartier entier est endeuillé. Car « Idrissa », comme l’appelaient affectueusement ses voisins, était évidemment connu de tous. « C’était un homme très généreux. Il nous assistait dès qu’il y avait un problème. Il était très entouré et partageait toujours ses repas et sa bière », se remémore Edmond Sawadogo, l’un de ses voisins.

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                Idrissa Ouedraogo, le cinéaste burkinabé qui se battait contre la fatalité



Un mot revient dans la bouche de tous ses proches : « génie ». Idrissa Ouedraogo n’a pas mis longtemps à obtenir la reconnaissance de ses pairs. En 1981, sa première œuvre, Poko, est couronnée du prix du meilleur court-métrage au prestigieux Festival panafricain du cinéma et de la télévision de Ouagadougou (Fespaco). Dix ans plus tard, le réalisateur entre dans l’histoire du cinéma africain et fait la fierté de son pays en devenant le premier Burkinabé à remporter le prix suprême du Fespaco, l’Etalon d’or, avec son long-métrage Tilaï.
« Il n’était pas là pour s’amuser »
En plus de trente-cinq ans de carrière, Idrissa Ouedraogo a tourné une quarantaine de films. Insatiable, il voulait en faire encore davantage. « Il venait de terminer un scénario », affirme Ismaël Ouedraogo, un cinéaste qui fut à plusieurs reprises son assistant. Dans ce film en gestation intitulé Duel au soleil, le « maestro » voulait revenir sur le rôle joué par la chefferie traditionnelle burkinabée lors de la colonisation. Il n’aura pas eu le temps d’en faire le casting. « Nous voulons réaliser ce film. Nous allons chercher des financements pour qu’il voie le jour, pour lui rendre un dernier hommage », poursuit l’ancien assistant.



Ismaël Ouedraogo se souvient d’un « homme de caractère » qui « insistait beaucoup pour avoir de belles images et de beaux cadres ». « Il était aussi très porté sur le son », ajoute-t-il. Avec ses acteurs, Idrissa Ouedraogo n’était pas tendre. « Il était perfectionniste et n’était pas là pour s’amuser. Il nous criait souvent dessus, mais après, il venait nous expliquer qu’il le faisait pour notre bien, pour que le résultat soit excellent », raconte Roukiétou Barry, une actrice présente dans plusieurs de ses films, dont Yaaba, Tilaï ou encore Karim et Sala. « Il a lancé ma carrière et est devenu comme mon papa », poursuit la comédienne, qui retient avant tout la générosité du réalisateur.
Ce sens du partage, il l’avait aussi avec les étudiants de l’Institut supérieur de l’image et du son de Ouagadougou (ISIS). Lui qui venait quasi quotidiennement dans la cour de cette école de cinéma pour taquiner les étudiants et parler de mise en scène avait des habitudes bien à lui. « Il n’aimait pas le principe du cours. S’asseoir à un bureau et enseigner, ce n’était pas son truc », se souvient Toussaint Zongo, l’un de ses anciens étudiants. « Il venait, passait la tête par la porte et, quand un cours l’intéressait, il entrait et nous faisait profiter de son savoir », ajoute Rachida Maïga, étudiante en master 1 de fiction à l’ISIS.
Le sens de l’improvisation
Une improvisation que l’on retrouvait sur les plateaux de tournage, comme se remémore l’apprentie réalisatrice, qui a pu assister à quelques tournages d’Idrissa Ouedraogo : « Il ne respectait jamais ce qu’il avait écrit. Il avait le film dans sa tête, c’était impressionnant. Pendant qu’une scène se tournait, il prenait des notes sur sa main ou sur son paquet de cigarettes pour la suivante. On tournait souvent autre chose que ce qu’il y avait dans le scénario. Pour moi, c’était une des marques de son génie. »
« On ne peut pas faire l’économie de la formation professionnelle […] La formation et la maîtrise de l’outil cinématographique sont très importants. C’est ce qui permet au regard et aux oreilles d’accepter un film », avait confié Idrissa Ouedraogo dans une interview accordée au Monde Afrique en mars 2015. Selon ses proches, ces dernières années, il s’agaçait de voir le cinéma africain stagner, par manque de moyens et de talents. « Lui aura fait ce qu’il a pu », assure le réalisateur Issa Saga. « Grâce à lui, on ne peut plus raconter l’histoire du cinéma mondial sans parler de cinéma africain et de cinéma burkinabé », résume Toussaint Zongo.

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                Idrissa Ouedraogo : « Le cinéma low-cost ne veut rien dire »



Ce lundi soir, le gratin du septième art burkinabé devait se réunir au Centre national des arts du spectacle et de l’audiovisuel pour lui rendre un dernier hommage. L’inhumation du géant burkinabé aura lieu mardi au cimetière ouagalais de Gounghin.





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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-9"> ¤ L’auteur du film « Tilaï », Grand Prix du jury au Festival de Cannes en 1990, est mort le 18 février à Ouagadougou.
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Idrissa Ouedraogo, le cinéaste burkinabé qui se battait contre la fatalité

L’auteur du film « Tilaï », Grand Prix du jury au Festival de Cannes en 1990, est mort le 18 février à Ouagadougou.



Le Monde
 |    19.02.2018 à 11h25
 • Mis à jour le
19.02.2018 à 19h31
    |

            Jacques Mandelbaum








                        



                                


                            

Ils ne sont plus si nombreux, ces réalisateurs dont les images ont pu faire espérer aux cinéphiles de la planète que les cinémas d’Afrique noire se joindraient durablement à la grande démocratie du septième art. On sait aujourd’hui, hélas, qu’il n’en a pas été ainsi. Tout au plus compagnonne-t-on avec de grandes et belles voix solitaires – celles d’un Ousmane Sembène et d’un Djibril Diop Mambety (Sénégal), d’un Souleymane Cissé (Mali), d’un Hailé Guerima (Ethiopie), d’un Abderrahmane Sissako (Mauritanie), d’un Mahamat Saleh-Haroun (Tchad). Le Burkinabé Idrissa Ouedraogo, qui s’est éteint le dimanche 18 février à Ouagadougou, à l’âge de 64 ans, est de celles-ci.
Né le 21 février 1954 dans ce qui était encore une colonie française (la Haute-Volta, indépendante en 1960, rebaptisée Burkina Faso en 1984 par le président Thomas Sankara), il se forme à l’Institut africain d’études cinématographique de Ouagadougou, en sort major et crée dans la foulée une société de production pour financer son premier court-métrage, Poko, en 1981. Lapidaire, le film dessine le destin fatal d’une jeune villageoise enceinte qui aurait besoin d’être transportée en ville afin de soigner les complications de sa grossesse. Le village étant éloigné de tout, transportée à main d’hommes sur une charrette, elle meurt finalement simplement en route, et le groupe qui l’accompagne fait demi-tour. Fin de l’histoire. Et tout est dit. La fatalité, la misère, la résignation, le scandale. D’une simplicité biblique, quasiment dépourvu de dialogues, tourné avec les habitants du village, Poko annonce le cinéma documenté et stylisé tout à la fois d’Ouedraogo.
« Yabaa », récit de formation
Après quelques autres courts-métrages, il peaufine ensuite sa formation cinématographique tant en Union soviétique qu’en France. De retour au pays, il signe son premier long-métrage, Le Choix, en 1987, chronique d’une famille de paysans fuyant la sécheresse au Sahel, et retrouvant,...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-10"> ¤ Droits d’auteur, financement, diffusion : un collectif de cinéastes européens, dont les frères Dardenne, Cédric Klapisch et Ken Loach, listent dans une tribune au « Monde » leurs priorités.
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« Une vision et une ambition politique fortes pour le cinéma européen »

Droits d’auteur, financement, diffusion : un collectif de cinéastes européens, dont les frères Dardenne, Cédric Klapisch et Ken Loach, listent dans une tribune au « Monde » leurs priorités.



Le Monde
 |    19.02.2018 à 11h13
 • Mis à jour le
19.02.2018 à 20h41
    |

                            Collectif








                        



                                


                            

Tribune. La culture européenne est la mise en commun de toutes les singularités, façons d’être et de voir, traditions, langues et histoires propres à chaque pays. A l’heure du Brexit et des nationalismes montants, l’Europe doit comprendre que sa force demeure dans sa capacité de dialogue entre union et identités spécifiques. C’est notre force et non pas notre faiblesse : ne pas comprendre cette dualité nous mènera à notre perte.
Cinéastes, nous portons le projet d’une véritable Europe de la création, guidée par l’exception culturelle. Nous sommes convaincus que le numérique est une chance immense pour la création et la circulation des œuvres : la diversité peut ainsi être exposée dans chaque Etat membre, auprès de tous les spectateurs. Il n’y a pas de petit ou grand Etat européen de la création ; il y a une formidable richesse de regards.
L’ère du numérique, des nouvelles technologies et des nouveaux usages doit être l’occasion de proposer une vision et une ambition politique fortes ! Alors que des arbitrages politiques aux conséquences importantes vont être rendus cette année, nous, cinéastes européens, rappelons ce qui constitue pour nous des priorités.
Une juste rémunération des auteurs
La lutte contre le piratage est une priorité absolue, commune aux institutions européennes et aux Etats membres. Chaque œuvre et chaque travail consenti pour l’accomplissement de cette œuvre ont une valeur ! Une grande Europe de la création est possible si nous affirmons, au cœur de l’économie numérique, la défense de droits fondamentaux, et un partage de valeurs équilibré entre tous les acteurs de la chaîne.
Le projet de directive sur le droit d’auteur dans le marché unique numérique est une occasion unique d’assurer aux auteurs une rémunération juste, proportionnelle et inaliénable lorsque leurs films et œuvres audiovisuelles sont regardés sur des plates-formes numériques. Il est temps de mettre en place un mécanisme européen...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-11"> ¤ La soirée de récompenses du cinéma britannique a également été marquée par la mobilisation contre les abus sexuels.
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Article sélectionné dans La Matinale du 18/02/2018
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« 3 Billboards » triomphe à la cérémonie des Bafta

La soirée de récompenses du cinéma britannique a également été marquée par la mobilisation contre les abus sexuels.



Le Monde
 |    18.02.2018 à 22h32
 • Mis à jour le
19.02.2018 à 07h27
   





                        


Cinq prix, dont « meilleur film », « meilleur scénario » et « meilleure actrice ». Le long-métrage de Martin McDonagh, 3 Billboards, Les panneaux de la vengeance, a triomphé, dimanche 18 février, lors de la cérémonie des Bafta, les récompenses du cinéma britannique. Une soirée marquée également par la mobilisation contre les abus sexuels, alors que l’industrie du cinéma a été secouée par plusieurs scandales au cours des derniers mois.

        Lire la critique de « 3 Billboards » :
         

          Une soif de vengeance désespérée



« Je suis solidaire de mes sœurs de lutte », a ainsi déclaré l’Américaine Frances McDormand, en référence aux campagnes #metoo et Time’s Up, lorsqu’elle a reçu le Bafta de la « meilleure actrice ». Comme un symbole, elle incarne dans 3 Billboards une mère qui se bat pour obtenir justice. « Ce film est à la fois plein d’espoir et de colère », a souligné, de son côté, le cinéaste britannique Martin McDonagh.
« Comme on l’a vu ces derniers temps, la colère est parfois le seul moyen de se faire entendre et d’obtenir un changement. »
Hommages
Le film fantastique La forme de l’eau, qui totalisait douze nominations, est reparti avec trois distinctions, dont celle de « meilleur réalisateur » pour le Mexicain Guillermo del Toro. Il a rendu hommage à la « culture anglaise », une « source d’inspiration », et en particulier à Charlie Chaplin et Stan Laurel, « qui savaient faire tellement avec tellement peu », ainsi qu’à l’auteure Mary Shelley, mentionnant son roman Frankenstein ou le Prométhée moderne.
Déjà primé aux Golden Globes de la presse étrangère à Hollywood, Gary Oldman reçu pour la première fois de sa carrière le Bafta du « meilleur acteur », pour son interprétation de Winston Churchill dans Les Heures sombres. Il a salué l’homme d’Etat britannique dans son discours de remerciement.
« En 1940, il a su maintenir les valeurs d’honneur, d’intégrité et de liberté pour cette nation et le monde. »
Le film a également remporté le prix du « meilleur maquillage » : la transformation physique opérée sur Gary Oldman nécessitait pas moins de quatre heures de travail quotidien.
Le réalisateur anglais Ridley Scott a, lui, reçu la plus haute distinction de l’académie britannique du cinéma, venant récompenser l’ensemble de sa carrière.
« Une année difficile »
La question du harcèlement sexuel a été abordée dès les premières minutes de la soirée. « Notre industrie a traversé une année difficile. De courageuses révélations de harcèlement et d’abus sexuels se sont succédé », a reconnu Jane Lush, la directrice de l’Académie, dans son discours d’ouverture. Elle a espéré que la mobilisation actuelle, et la publication récente d’une charte, serait un « catalyseur pour un changement durable ».
La maîtresse de cérémonie, l’actrice Joanna Lumley, a elle fait le rapprochement entre le combat mené par les Suffragettes il y a un siècle pour obtenir le droit de vote, et la campagne Time’s Up, y voyant la même « détermination pour éradiquer les abus dont sont victimes les femmes ». De nombreuses stars, dont Angelina Jolie, Salma Hayek ou Margot Robbie, s’étaient présentées vêtues de noir, répondant ainsi à l’appel lancé dans le cadre de ce mouvement contre les violences sexuelles.

        Lire aussi :
         

                « Time’s Up » à Hollywood, un fonds pour soutenir toutes les victimes de harcèlement sexuel



Dans la journée, près de 200 femmes, parmi lesquelles Keira Knightley, Naomie Harris ou Jodie Whittaker avaient publié une tribune et lancé un fonds visant à financer des campagnes d’information et soutenir des actions en justice contre les comportements de harcèlement.
« Dans un passé récent, nous vivions dans un monde où le harcèlement sexuel constituait (…) un aspect inévitable et pénible de la vie d’une femme », écrivent-elles. « On ne pouvait pas en parler. Mais en 2018, nous nous réveillons dans un monde prêt pour le changement. »

Le palmarès de la cérémonie des Bafta
Les récompenses remises dimanche 18 février lors des Bafta, la cérémonie des récompenses britanniques du cinéma.
Meilleur film : Three Billboards : les panneaux de la vengeance
Meilleur réalisateur : Guillermo del Toro (La forme de l’eau)
Meilleure actrice : Frances McDormand (Three Billboards : les panneaux de la veangeance)
Meilleur acteur : Gary Oldman (Les heures sombres)
Meilleur actrice dans un second rôle féminin : Allison Janney (Moi, Tonya)
Meilleur acteur dans un second rôle masculin : Sam Rockwell (Three Billboards : les panneaux de la vengeance)
Star montante : Daniel Kaluuya (Get Out)
Meilleur scénario original : Three Billboards : les panneaux de la vengeance, de Martin McDonagh
Meilleur scénario adapté : Call Me by Your Name, de Luca Guadagnino, écrit par James Ivory, d’après le roman d’André Aciman
Meilleur documentaire : I am not Your Negro, de Raoul Peck
Meilleur film d’animation : Coco, de Lee Unkrich
Meilleur film britannique : Three Billboards : les panneaux de la vengeance, de Martin McDonagh
Meilleur film en langue étrangère : Mademoiselle, de Park Chan-wook
Meilleur musique originale : La forme de l’eau, réalisé par Guillermo Del Toro, musique d’Alexandre Desplat





                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-12"> ¤ Auteur d’une quarantaine de films, le réalisateur et producteur avait notamment obtenu le prestigieux Grand Prix du jury à Cannes pour « Tilaï », en 1990.
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Le cinéaste burkinabé Idrissa Ouedraogo est mort

Auteur d’une quarantaine de films, le réalisateur et producteur avait notamment obtenu le prestigieux Grand Prix du jury à Cannes pour « Tilaï », en 1990.



Le Monde
 |    18.02.2018 à 13h47
 • Mis à jour le
20.02.2018 à 07h20
   





                        



   


Le réalisateur et producteur burkinabé Idrissa Ouedraogo est mort, dimanche 18 février, à l’âge de 64 ans, a annoncé l’Union nationale des cinéastes du Burkina. Il s’est éteint « des suites de maladie » dans une clinique de Ouagadougou, la capitale du Burkina Faso, précise le communiqué.
Figure emblématique du cinéma africain des années 1980-2000, Idrissa Ouedraogo est l’auteur d’une quarantaine de films. Le cinéaste a été récompensé dans les plus grands festivals, obtenant notamment le prestigieux Grand Prix du jury du Festival de Cannes pour Tilaï en 1990.

        Lire l’entretien avec Idrissa Ouedraogo :
         

          « Le cinéma low-cost ne veut rien dire »



« Yam daabo » et « Yaaba »
Idrissa Ouedraogo avait débuté sa carrière cinématographique en 1981 avec une fiction intitulée Poko, qui avait obtenu, la même année, le prix du meilleur court-métrage au Festival panafricain du cinéma et de la télévision de Ouagadougou (Fespaco). Après avoir complété sa formation à l’Institut des hautes études cinématographiques (Idhec) de Paris et à la Sorbonne, il réalise en 1986 son premier long-métrage Yam daabo (« Le Choix »), suivi deux ans plus tard de Yaaba (« Grand-mère »).
En 1990, il sort Tilaï, transposition d’une tragédie grecque dans l’Afrique contemporaine, qui triomphe au Festival de Cannes et au Fespaco, qui le récompense de l’Etalon de Yennenga. Il présidera le jury du Fespaco en 2003.
Idrissa Ouedraogo s’est également essayé au théâtre. En 1991, il avait mis en scène La Tragédie du roi Christophe, d’Aimé Césaire, à la prestigieuse Comédie-Française à Paris.
« Le Burkina Faso vient de perdre un réalisateur à l’immense talent », qui « aura beaucoup œuvré au rayonnement du cinéma burkinabé et africain hors de nos frontières », a réagi le président du Burkina Faso, Roch Marc Christian Kaboré, dans un communiqué dimanche.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-13"> ¤ L’héroïne de la saga « Harry Potter », Emma Watson, est l’une des personnalités à l’origine de ce plan, qui obligera la présence sur chaque tournage d’un homme et d’une femme chargés de l’égalité et du harcèlement.
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A Londres, l’industrie cinématographique s’engage contre le harcèlement sexuel

L’héroïne de la saga « Harry Potter », Emma Watson, est l’une des personnalités à l’origine de ce plan, qui obligera la présence sur chaque tournage d’un homme et d’une femme chargés de l’égalité et du harcèlement.



Le Monde
 |    18.02.2018 à 12h00
 • Mis à jour le
18.02.2018 à 17h29
   





                        



   


Après Hollywood, Londres entend bien à son tour s’engager contre le harcèlement sexuel dans le secteur du divertissement. Dans la lignée du fonds d’action « Time’s Up », créé aux Etats-Unis après le séisme déclenché par l’affaire Weinstein, les institutions audiovisuelles de Grande-Bretagne ont lancé à la mi-février une campagne de prévention contre le harcèlement sexuel dans le monde du cinéma, de la télévision et du jeu vidéo.
Les Bafta – l’équivalent des Césars dans le cinéma britannique –, le BFI (British Film Institute) et Equity (le syndicat des artistes), se sont engagés à davantage de vigilance pour traiter équitablement les femmes travaillant dans cette industrie, notamment en termes de salaire. Le plan d’action prévoit également la présence sur chaque tournage d’un homme et d’une femme chargés de l’égalité et du harcèlement. Une ligne d’écoute a par ailleurs été mise en place, spécialement pour celles et ceux qui travaillent dans ce milieu du divertissement.
Pour s’assurer que le secteur joue le jeu de ces nouvelles exigences, aucun film ne pourra prétendre à recevoir un Bafta ou être financé par le BFI sans avoir adhéré à ce plan.

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« Un monde qui semble mûr pour le changement »
Cette campagne de prévention a été lancée à l’initiative de près de 200 actrices, réalisatrices, productrices ou monteuses britanniques. Dans une lettre publiée par le Guardian, elles expliquent souhaiter « célébrer cet incroyable moment de solidarité et d’unité qui traverse les frontières », et rappellent que « le mouvement est bien plus grand que ce qui change dans notre seule industrie ». 
« Dans un passé encore très récent, nous vivions dans un monde où le harcèlement sexuel était une blague inconfortable – une partie désagréable mais inévitable de la vie d’une femme. Ce n’était évidemment pas sujet de réflexion, donc évidemment pas quelque chose sur lequel la société souhaitait travailler. En 2018, nous nous réveillons dans un monde qui semble mûr pour le changement. »
Parmi les signataires, plusieurs personnalités de premier plan comme la star de « Doctor Who », Jodie Whittaker, les actrices Gemma Arterton, Carey Mulligan et Keira Knightley, ou encore l’héroïne de la saga « Harry Potter », Emma Watson. Cette dernière a d’ailleurs annoncé avoir donné 1 million de livres sterling pour cette campagne contre le harcèlement sexuel.
La thématique devrait être largement évoquée dimanche 18 février au soir, à l’occasion de la cérémonie des Bafta. Consigne a été donnée aux femmes qui souhaitaient marquer leur soutien à cette campagne de se vêtir entièrement de noir, à l’instar de ce qui avait été fait aux Golden Globes 2018.

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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-14"> ¤ Le « Boston Globe » a publié une enquête dans laquelle plusieurs femmes accusent le photographe français, ainsi que d’autres professionnels de la mode, de comportements déplacés.
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Le photographe Patrick Demarchelier accusé de harcèlement sexuel

Le « Boston Globe » a publié une enquête dans laquelle plusieurs femmes accusent le photographe français, ainsi que d’autres professionnels de la mode, de comportements déplacés.



Le Monde
 |    17.02.2018 à 02h20
 • Mis à jour le
18.02.2018 à 17h15
   





                        



   


Le photographe français de mode Patrick Demarchelier a été accusé de harcèlement sexuel par au moins sept femmes, dont les témoignages ont été recueillis par le Boston Globe et publiés vendredi 16 février.
Le quotidien laisse notamment la parole à une ancienne assistante de Patrick Demarchelier, qui affirme avoir cédé aux avances insistantes du photographe, de peur de compromettre son avenir professionnel si elle persistait à refuser. L’ex-employée du photographe dit en outre avoir demandé instamment à la directrice artistique du groupe Condé Nast, la très influente Anna Wintour, de ne plus laisser le photographe travailler avec de jeunes mannequins.
Le Boston Globe cite également le cas de six autres femmes qui accusent toutes le Français, âgé de 74 ans, de harcèlement sexuel. L’une d’elles raconte ainsi que le photographe lui a mis la main sur ses parties génitales, et une autre qu’il lui a agrippé la poitrine.
Sollicité par l’AFP, Patrick Demarchelier n’a pas donné suite dans l’immédiat.
Patrick Demarchelier fait partie des plus grands photographes de mode et du show-business. Certains de ses clichés de la princesse Diana, de Madonna ou d’Angelina Jolie ont fait le tour du monde. Le photographe né au Havre (Normandie), dont le travail a fait l’objet d’une exposition en 2008 au Petit-Palais à Paris, est aussi l’auteur de nombreuses couvertures d’albums, entre autres pour Elton John et Céline Dion.
Sa célébrité dans le milieu de la mode est telle que son nom est cité à plusieurs reprises dans le film Le diable s’habille en Prada, satire du monde de la mode où Meryl Streep campe un personnage inspiré d’Anna Wintour.
D’autres photographes accusés
La Globe Spotlight Team, qui a mené cette enquête, est une équipe de six reporters d’investigation, héritière de celle qui avait révélé, en 2002, comment la hiérarchie catholique locale avait couvert des abus sexuels commis par quelque 90 prêtres à Boston et dans les environs pendant plusieurs décennies. L’histoire a servi de base au film Spotlight, qui a reçu l’Oscar du meilleur film en 2016.
L’enquête sur le monde de la mode publiée vendredi par le journal met en cause d’autres photographes, notamment Seth Sabal, Greg Kadel ou Andre Passos, ainsi que le styliste Karl Templer. L’enquête du Boston Globe mentionne aussi le nom de David Bellemère, photographe français accusé de harcèlement sexuel par deux femmes.
Depuis l’éclatement de l’affaire Weinstein, plusieurs grands photographes de mode ont été accusés de harcèlement sexuel, principalement Bruce Weber, Terry Richardson et Mario Testino. Plusieurs de leurs clients, notamment le groupe Condé Nast, ont indiqué publiquement qu’ils ne souhaitaient plus travailler avec eux.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-15"> ¤ Quelque 400 films seront projetés lors de la 68e édition du festival de cinéma, qui se met à l’heure du mouvement #metoo.
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Menu pantagruélique à la Berlinale

Quelque 400 films seront projetés lors de la 68e édition du festival de cinéma, qui se met à l’heure du mouvement #metoo.



Le Monde
 |    16.02.2018 à 10h31
 • Mis à jour le
16.02.2018 à 10h41
    |

                            Thomas Sotinel (Berlin, envoyé spécial)








                        



   


Bill Murray, Greta Gerwig, Bryan Cranston et Wes Anderson, acteurs et réalisateur de L’Ile aux chiens, ont foulé le tapis rouge pour l’ouverture de la 68e Berlinale, jeudi 15 février. L’information, dépourvue d’intérêt dans la liturgie ordinaire des festivals, a retenu l’attention : une pétition lancée par l’actrice Claudia Eisinger (qui joue entre autres dans la série Tatort) exigeait que le tapis soit noir, en signe de solidarité avec le mouvement #metoo. Dieter Kosslick, le directeur de la Berlinale, a décliné, déclarant que le festival « ne s’engagerait pas dans une politique des symboles ».
Enorme manifestation publique (environ 400 films projetés, presque un demi-million de billets vendus en 2017) et professionnelle (l’European Film Market), la Berlinale est sensible aux mouvements de l’époque. D’ici au 25 février, elle aura accueilli deux rencontres, consacrées l’une à l’égalité entre genres dans l’octroi des aides publiques à la création, l’autre à la lutte contre le harcèlement sexuel dans l’industrie cinématographique. Prenant la parole pendant la cérémonie d’ouverture, Monika Grütters, la commissaire fédérale aux arts et aux médias, a rappelé que l’Allemagne avait rendu obligatoire la parité dans les commissions qui attribuent les aides aux productions cinématographiques.
Quatre films de réalisatrice
Si le jury, présidé par le réalisateur allemand Tom Tykwer (Cours, Lola, cours), compte dans ses rangs trois femmes (l’actrice belge Cécile de France, la productrice américaine Adele Romanski et la critique américaine Stephanie Zacharek) et trois hommes (outre Tykwer, le musicien japonais Ryuichi Sakamoto et l’ex-directeur de la Filmothèque espagnole Chema Prado), quatre films sur les dix-neuf qui concourent pour l’Ours d’or ont été réalisés par des femmes, parmi lesquelles Emily Atef. L’Allemande présente Trois jours à Quiberon, qui raconte comment Romy Schneider accorda, en 1981, son ultime entretien à un journal allemand.
On attend aussi Unsane, de Steven Soderbergh, thriller hospitalier tourné avec un téléphone portable, et La Saison du diable, du Philippin Lav Diaz, qui, cette année présente un film moitié moins long que sa Berceuse pour le mystère de la douleur, projeté pendant huit heures à la Berlinale 2016. La France est représentée par Benoît Jacquot, pour une nouvelle adaptation d’Eva, le roman de James Hadley Chase, et Cédric Kahn, avec La Prière, qui suit les efforts d’un jeune toxicomane pour s’arracher à l’addiction, au sein d’une communauté catholique.
Foisonnement des sections parallèles
Il faudra aussi chercher dans le foisonnement des sections parallèles, Panorama et Forum. On y repère quelques noms connus : Claire Simon, avec Premières Solitudes, les Suisses Ursula Meier et Lionel Baier, le documentariste congolais Dieudo Hamadi, avec Kinshasa Makambo, tourné pendant les affrontements qui suivirent la réforme constitutionnelle imposée par le président Kabila. Ce menu pantagruélique est complété par une rétrospective du cinéma de la République de Weimar mêlant noms connus (G.W. Pabst, Leni Riefenstahl) et redécouvertes.
Avant de se jeter dans ce grand bain, il était salutaire de se rafraîchir avec L’Ile aux chiens. Les vedettes présentes dans la grande salle de la Marlene-Dietrich-Platz n’étaient pas à l’écran, puisque Wes Anderson s’est contenté de leur demander de prêter leur voix. Ce film d’animation situé dans un Japon futuriste emprunte à toute l’histoire du cinéma nippon, de Kurosawa à Miyazaki, pour livrer un conte moral où les chiens doivent se révolter afin de regagner leur place de meilleur ami de l’homme. L’Ile aux chiens sortira en France le 11 avril.

Sur le Web : www.berlinale.de



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-16"> ¤ Alors qu’une école d’éducation à l’image va ouvrir en septembre, des incertitudes pèsent sur la programmation cinématographique.
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Le Forum des images, un trentenaire en plein doute

Alors qu’une école d’éducation à l’image va ouvrir en septembre, des incertitudes pèsent sur la programmation cinématographique.



Le Monde
 |    16.02.2018 à 10h09
 • Mis à jour le
16.02.2018 à 10h35
    |

            Clarisse Fabre








                        



                                


                            

Etrange anniversaire : le Fo­rum des images, créé en 1988 dans le quartier des Halles, à Paris, a trente ans. Mais, pour l’heure, l’équipe est occupée à gamberger sur son avenir. Ce lieu consacré aux images sous toutes ses formes n’a cessé d’évoluer avec les technologies. Initialement dévolu à la mémoire cinématographique de Paris, le « Forum » a développé une programmation foisonnante, avec des festivals grand public (Tout-petits cinéma, à partir de 18 mois) ou plus politiques (Un état du monde), auxquels s’ajoutent des master-class, des ateliers, drainant 300 000 spectateurs par an.
Le tournant qui s’annonce aujourd’hui est d’une autre teneur : la Ville de Paris a décidé d’implanter au Forum une école d’éducation à l’image, sur le modèle de l’école Tumo, située à Erevan, en Arménie. Elle s’adressera aux jeunes de 12 à 18 ans ainsi qu’aux adultes. De l’avis de spécialistes, cette institution serait performante pour aiguiser le regard des jeunes générations grâce à une pédagogie alternant cours théoriques et fabriques de films. « L’évolution ne nous fait pas peur, c’est notre ADN, mais l’incertitude et l’absence de réponses à nos questions nous font craindre le pire », résume un membre du Collectif de défense du Forum. Certains ont choisi de se mobiliser, d’autres préfèrent œuvrer au rapprochement avec la future école.
Malentendus avec la Ville de Paris
Les derniers mois écoulés ont été source de malentendus entre la Ville de Paris, principal financeur de l’établissement (avec une dotation annuelle de 6 millions d’euros) et les salariés. Le 4 juillet 2017, ceux-ci apprenaient dans la presse le départ de leur directrice, Laurence Herszberg, après quinze ans de mandat. Une autre nouvelle est tombée : Mme Herszberg a emmené dans ses bagages un festival « maison », SériesMania, devenu très populaire, qu’elle va désormais piloter à Lille – la première édition est prévue du 27 avril au 5 mai. Le Forum est amputé d’un événement phare.

Contactée...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-17"> ¤ La Cinémathèque française, à Paris, consacre une rétrospective au réalisateur de « Freaks », jusqu’au 4 mars.
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Les outre-mondes du cinéaste Tod Browning

La Cinémathèque française, à Paris, consacre une rétrospective au réalisateur de « Freaks », jusqu’au 4 mars.



Le Monde
 |    14.02.2018 à 07h39
    |

                            Mathieu Macheret








                        



                                


                            

Il fut, pour l’écran, l’un des plus grands peintres du bizarre et de l’étrange, familier des limbes et des marécages, de ces marges brumeuses où les contours de l’humain se confondent avec les déformations hideuses de l’inhumain. Il fut l’auteur de Freaks, la monstrueuse parade (1932), film maudit à la postérité considérable et sans doute l’une des charges les plus virulentes jamais portées contre la normativité physique et morale du spectacle hollywoodien. L’indispensable Tod Browning (1880-1962), figure fascinante et insaisissable du cinéma américain, revient planter son chapiteau macabre et inquiétant, peuplé de masques grotesques et de violentes passions, dans les salles de la Cinémathèque française, qui lui consacre une rétrospective, jusqu’au 4 mars.
Né à Louisville, dans le Kentucky, Tod Browning est tombé très tôt dans l’orbite d’un outre-monde mystérieux et nomade : celui du cirque qui passait régulièrement dans sa ville et pour lequel, à 18 ans, il quitte sa famille et devient saltimbanque. Il officie alors autant à l’extérieur qu’à l’intérieur du chapiteau, servant de bateleur pour des exhibitions en tous genres, puis montant sur scène pour exécuter des numéros de magie, de contorsionnisme, de music-hall.
C’est sur une scène de Broadway, en 1913, que Browning est repéré par le monde du cinéma
L’univers bigarré du cirque, son désordre et sa promiscuité, ses artifices et sa monstruosité, nourriront durablement l’imaginaire de ses films les plus célèbres, dont Le Club des trois (1925), L’Inconnu (1927) et Freaks.
C’est sur une scène de Broadway, en 1913, que Browning est repéré par le monde du cinéma. Il fait ses débuts dans l’équipe de David W. Griffith, fondateur du langage classique, en tant qu’acteur burlesque, puis comme réalisateur. Browning enchaîne les films courts, avant d’accompagner la transition générale du cinéma vers la durée du long-métrage. Ses premiers succès publics (La...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-18"> ¤ Interprètes principaux du film d’Annemarie Jacir, « Wajib », les deux hommes militent pour la cause des Palestiniens en Israël.
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Les Bakri, acteurs et résistants palestiniens de père en fils

Interprètes principaux du film d’Annemarie Jacir, « Wajib », les deux hommes militent pour la cause des Palestiniens en Israël.



Le Monde
 |    14.02.2018 à 07h36
 • Mis à jour le
14.02.2018 à 09h48
    |

            Piotr Smolar (Jérusalem, correspondant)








                        



                                


                            

Saleh Bakri a posé des sacs-poubelle pleins sur la banquette arrière de sa voiture. En ce moment, il déménage. Du coup, il a moins de temps pour lire, apprendre des langues ou jouer aux échecs, une passion qu’il enseigne aux enfants. Parfois, il s’entraîne sur Internet ou bien devant trois ou quatre échiquiers en même temps. C’est Mohammad, son père, qui lui a communiqué ce goût du jeu. Des jeux. Ce dernier est un acteur et un réalisateur majeur de la scène palestinienne depuis plusieurs décennies. Parmi ses cinq fils, trois ont suivi sa voie. Cette convergence atteint un niveau supérieur, entre Saleh et Mohammad, dans Wajib, le nouveau film d’Annemarie Jacir.

Mohammad Bakri y incarne un père, Abu Shadi ; son fils y joue le rôle de son fils, Shadi. Le résumé le plus sec est le suivant : à Nazareth, les deux hommes distribuent, comme le veut la coutume, des invitations pour le mariage de la fille du patriarche. Abu Shadi est resté vivre à Nazareth, il croit dans la préservation des traditions et dans une forme de proximité avec les juifs israéliens. Son fils, lui, est architecte en Italie, préférant l’exil aux compromis. Au gré de leurs déplacements s’esquisse un tableau impressionniste de la société palestinienne, en tout cas de la minorité arabe – musulmane et chrétienne – dans cette ville israélienne très diverse.
Refus des projets israéliens
Un café dans une jolie ruelle de Haïfa, sur la côte. Les cheveux bouclés en bataille, la barbe indisciplinée, Saleh Bakri cache ses calots bleus derrière des lunettes de soleil. Il a des gestes langoureux, une voix volontairement traînante qui lui permet de mieux choisir ses mots en anglais. Il tire du tabac d’une pochette en cuir et roule une cigarette. Lorsque le sujet abordé devient sensible, il ralentit encore pour se concentrer. On lui parle de cette ville douce, où Arabes et Juifs se mélangent sans heurts. « Cliché ! » Il s’éveille.
« Il n’y a pas de coexistence...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-19"> ¤ La réalisatrice Annemarie Jacir poursuit l’exploration filmique du destin palestinien.
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« Wajib » : retrouvailles familiales dans une Nazareth sous tension

La réalisatrice Annemarie Jacir poursuit l’exploration filmique du destin palestinien.



Le Monde
 |    14.02.2018 à 07h35
 • Mis à jour le
14.02.2018 à 07h38
    |

            Jacques Mandelbaum








                        



   


L’avis du « Monde » – à voir
Abu Shadi, professeur divorcé à Nazareth, proche de la retraite, marie sa fille. Son ex-femme, exilée de longue date aux Etats-Unis, subordonne sa venue à l’état de santé de son mari. Rentré pour l’occasion de Rome où il est architecte, son fils, Shadi, le revoit après une longue absence. Ensemble, ils rendent visite aux invités de la cérémonie pour leur remettre en main propre, comme le veut la coutume du « wajib », le faire-part. Situation idéale pour sceller des retrouvailles aimantes et orageuses à la fois, prendre une température politique glaciale (Nazareth, en Galilée, est la plus grande ville arabe d’Israël) par le biais chaleureux de la fable, documenter la fiction en choisissant à la ville un tandem d’acteurs consistant, comme à la scène, en un père et un fils, en l’occurrence Mohammad et Saleh Bakri, les plus célèbres acteurs palestiniens d’Israël.

        Lire les portraits :
         

          Les Bakri, acteurs résistants de père en fils



L’intelligence du dispositif est naturellement à mettre au crédit de la réalisatrice, la Palestinienne Annemarie Jacir. Née en 1974 à Bethléem, elle a grandi en Arabie saoudite, a été formée au cinéma à New York, et est installée à Amman, en Jordanie, faute d’être autorisée à vivre chez elle. Après Le Sel de la mer, en 2008, et When I Saw You, en 2012, Wajib poursuit l’exploration filmique du destin palestinien en un mantra artistique tenaillé par la question de l’exil et de l’impossible retour. Après la colère et la révolte contenues dans les deux premiers titres, une tonalité nouvelle, qui les assourdit sans les annuler, enrobe ce troisième long-métrage : la douceur et l’humour.
Joute filiale
Le théâtre des opérations oscille entre la vieille Volvo familiale, les gens visités, et les rues qui relient l’une aux autres. Au premier de ces chapitres, outre les dissensions ordinaires qui peuvent aigrir les rapports entre un père et un fils, s’ajoute ici l’ordinaire d’une situation extraordinaire. La dignité bafouée. Le rapport à l’Histoire et à la tradition. Le choix d’une fiancée. La considération pour l’action de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP). L’attitude à adopter face aux Israéliens, hostiles, et plus encore amicaux. Autant de questions qui hérissent les deux hommes, le vieux briscard de père étant plus porté à relativiser les idéaux et arrondir les angles que son rejeton, plus tempétueux et d’autant moins disposé au compromis qu’il ne vit plus ici.
Le conflit entre le père et le fils recouvre l’oscillation douloureuse, kafkaïenne, de l’identité des Palestiniens d’Israël
Les gens et la ville forment tout au plus un décor à cette joute filiale, pas assez creusés pour entrer de plain-pied dans la dramaturgie, mais suffisamment esquissés pour qu’on y devine l’arrière-plan du duel affectueux qui tient la vedette. Une ville belle et abandonnée à la fois, jonchée de poubelles et de bâches défigurant des maisons et des paysages à la beauté orientale, des gens sous tension permanente qui s’efforcent de maintenir une tenue entre le stoïcisme de la fidélité à la terre et la mort à soi-même. Le conflit entre le père et le fils recouvre ainsi l’oscillation douloureuse, kafkaïenne, dirait-on, de l’identité des Palestiniens d’Israël, qui ont fait le choix de rester dans un pays dont ils sont devenus citoyens mais qui leur demeure étranger.
L’humour de Wajib, comme politesse du désespoir, place à cet égard le film dans le sillage de l’œuvre d’Elia Suleiman, cet incomparable artiste à qui il revient d’avoir inscrit en lettres de feu le destin palestinien au cinéma, en trois longs-métrages : Chronique d’une disparition (1996), Intervention divine (2002), Le temps qu’il reste (2009). Manifestement inspiré par le premier d’entre eux, Wajib en reprend l’un des motifs de prédilection : l’épuisement moral. Car voilà bien ce qui menace, face au mur d’indifférence qui les environne, l’aspiration comme l’inspiration palestiniennes, ainsi que semble en témoigner l’attristant retrait d’Elia Suleiman. Mais tant qu’il se trouvera un film pour avoir la force de le montrer, l’idée d’épuiser l’épuisement lui-même restera vivante.

Film palestinien d’Annemarie Jacir. Avec Mohammad Bakri, Saleh Bakri, Maria Zreik, Rana Alamuddin (1 h 36). Sur le Web : distrib.pyramidefilms.com/pyramide-distribution-catalogue/wajib-l-invitation-au-mariage.html



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-20"> ¤ Le jeune réalisateur Ryan Coogler parvient à mêler fantaisie et réflexion politique dans cette reprise de l’histoire de ce roi africain imaginé par Marvel à la fin des années 1960.
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« Black Panther » : l’Afrique a enfin son super-héros sur grand écran

Le jeune réalisateur Ryan Coogler parvient à mêler fantaisie et réflexion politique dans cette reprise de l’histoire de ce roi africain imaginé par Marvel à la fin des années 1960.



Le Monde
 |    14.02.2018 à 07h35
 • Mis à jour le
14.02.2018 à 13h51
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                            Thomas Sotinel








                        



   


L’avis du « Monde » – à ne pas manquer
Il n’est pas besoin d’apprécier l’univers Marvel, cet entrelacs de personnages et de marques déposées, pour aimer Black Panther. Né en 1967 (quelques semaines avant la fondation du mouvement des Black Panthers) de l’imagination de deux auteurs de comics blancs, Stan Lee et Jack Kirby, ce super-héros africain apparaît, dans le beau film de Ryan Coogler, comme un être de légende et de tragédie, plutôt que comme un produit de confection. Ce qui ne veut pas dire que les millions d’amateurs d’Avengers ou de Spider-Man se sentiront floués. Avec Creed, deuxième long-métrage du jeune metteur en scène (il est né en 1986), Ryan Coogler s’était approprié la légende de Rocky Balboa sans la dénaturer. Cette fois, il respecte les rites inhérents au culte du super-héros tout en les propulsant dans une autre dimension, poétique et politique.

        Lire le décryptage :
         

          « Black Panther » ou comment le premier superhéros noir reprend du pouvoir dans la pop culture américaine



Aux yeux du monde, le Wakanda, contrée d’Afrique équatoriale, est un petit pays enclavé, sans ressources. Pour ses habitants, c’est le summum du développement. Les Wakandais vivent sur un gigantesque gisement de vibranium, métal aux propriétés merveilleuses qui leur a permis de développer une technologie dépassant de loin celles des pays les plus développés. Depuis des temps immémoriaux, le roi du Wakanda reçoit, en même temps qu’il monte sur le trône, des pouvoirs surhumains qui font de lui, quand le besoin s’en fait sentir, un guerrier quasiment invincible, Black Panther. T’Challa (Chadwick Boseman, qui fut récemment à l’écran un autre super-héros, James Brown) vient de succéder à son père assassiné par un terroriste international, épisode relaté dans Captain America : Civil War.
Quand la caméra s’aventure dans les rues, on découvre un joli mélange de grouillement équatorial et de high-tech
Le jeune roi affrontera plus d’épreuves qu’Hamlet et Winston Churchill réunis. Surgi du ghetto d’Oakland, un cousin de T’Challa veut le renverser. Ce personnage, incarné par l’acteur d’élection de Ryan Coogler, Michael B. Jordan, est un méchant ordinaire et l’expression de la violence afro-américaine. Michael B. Jordan oppose sa fluidité, son ironie à la gravité de Chadwick Boseman, et Ryan Coogler traite leur affrontement avec un souci de la nuance qu’on avait rarement rencontré dans les productions Marvel.
Ce souci d’humaniser une imagerie qui relève ailleurs du domaine du fantasme irrigue tout le film. La capitale de Wakanda ressemble à n’importe quel décor de science-fiction. Quand la caméra s’aventure dans les rues, on découvre un joli mélange de grouillement équatorial et de high-tech.
De même la prépondérance des femmes dans les rangs des personnages secondaires, qui pourrait passer à première vue pour une décision cosmétique, prend une autre résonance avec l’éclosion de personnages fascinants, qu’il s’agisse de la fiancée de T’Challa, Nakia (Lupita Nyong’o), justicière, espionne, militante, de sa sœur Shuri (Letitia Wright), scientifique, adolescente prolongée, de sa majestueuse mère (Angela Bassett) ou de la commandante de sa garde personnelle, Okoye (Danai Gurira). L’idée de l’escorte féminine, empruntée au comics de Lee et Kirby, échappe à sa version patriarcale pour contribuer à peindre une utopie égalitaire (quoique monarchique – malgré ses bonnes idées, Black Panther n’est pas un traité de politique).
Rhinocéros de combat
Il ne faut pas chercher l’Afrique subsaharienne dans cette représentation qui fait communiquer les plateaux d’Afrique australe et la jungle équatoriale, qui invente des montagnes aux sommets blanchis à un continent qui voit fondre les neiges du seul Kilimandjaro. Le Wakanda est l’éden auquel ont été arrachés les esclaves déportés vers l’Amérique et un reflet ironique des Etats-Unis d’aujourd’hui. L’affrontement entre T’Challa l’internationaliste et W’Kabi (Daniel Kaluuya) l’isolationniste ressemble plus à un débat au Congrès des Etats-Unis qu’à une discussion au sein de l’Union africaine.
La réussite de Ryan Coogler est de développer ces interrogations sans sacrifier le rythme de son film (ce que George Lucas n’était pas parvenu à faire dans La Menace fantôme). Les différends se règlent dans des affrontements au corps-à-corps. Au lieu de la cavalerie, ce sont des rhinocéros de combat qui surgissent pour faire la différence. Sans tourner à l’ironie, cette fantaisie soulève Black Panther, qui remporte dès sa première apparition le titre mondial des super-héros, catégorie lourd-léger.

Film américain de Ryan Coogler. Avec Chadwick Boseman, Lupita Nyong’o, Michael B. Jordan, Daniel Kaluuya, Forest Whitaker, Martin Freeman (2 h 14). Sur le Web : marvel.com/blackpanther#, www.facebook.com/BlackPantherMovie et www.corporate.disney.fr/actualite/qui-est-black-panther



                            


                        

                        

