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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-1"> ¤ Tous les lundis, « La Matinale du Monde » publie un strip de la dessinatrice Nine Antico.
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Article sélectionné dans La Matinale du 18/02/2018
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« Maléfiques », par Nine Antico (épisode 20)

Tous les lundis, « La Matinale du Monde » publie un strip de la dessinatrice Nine Antico.



Le Monde
 |    19.02.2018 à 06h39
 • Mis à jour le
19.02.2018 à 07h28
   





                        



   





                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-2"> ¤ L’écrivain, qui a vécu en Algérie de 1949 à 1962, n’y était jamais revenu, bien que ce pays soit au centre de son œuvre. « Je voulais leur dire mon amour » est le beau livre d’un retour déçu.
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Jean-Noël Pancrazi : « Je me sens proche de cet imaginaire algérien »

L’écrivain, qui a vécu en Algérie de 1949 à 1962, n’y était jamais revenu, bien que ce pays soit au centre de son œuvre. « Je voulais leur dire mon amour » est le beau livre d’un retour déçu.



Le Monde
 |    18.02.2018 à 09h00
    |

            Christine Rousseau








                        



                                


                            

Je voulais leur dire mon amour, de Jean-Noël Pancrazi, Gallimard, 128 p., 12,50 €.
Il aura fallu un demi-siècle pour que Jean-Noël Pancrazi revienne en Algérie, où il est né, à Sétif, en 1949, avant d’être contraint de quitter le pays avec les siens, en 1962. A défaut de le revoir – ce à quoi il s’était toujours refusé avec une « fermeté étrange qui n’était que l’exorcisme du regret », écrit-il –, il en a longtemps fait l’un de ses territoires d’écriture. Un lieu d’exploration, de réconciliation et d’hommages d’où ont surgi ses plus beaux livres – les plus poignants. Parmi eux : Le Passage des princes (Ramsay, 1988), Madame Arnoul (Gallimard, 1995 – comme tous ses livres depuis 1990), Long Séjour (1998) ; Renée Camps (2001), La Montagne (2012)… Il faut désormais ajouter Je voulais leur dire mon amour, dans lequel l’écrivain relate son retour inachevé sur sa terre natale.
D’une voix grave et douce, rendue légèrement rocailleuse par les fines cigarettes qu’il consomme avec parcimonie, l’écrivain confie : « Plus j’avance dans la vie, plus je me sens proche de cet imaginaire algérien. C’est là où les choses me viennent le plus naturellement. Là où, dans l’écriture, je me sens le plus vrai. » Même si, concède-t-il, le poids des souvenirs, d’un passé marqué par la guerre, les attentats, les deuils, l’arrachement à son pays, l’ont conduit à s’échapper et à prendre le large. Loin de lui-même. En Afrique subsaharienne, au Moyen-Orient, puis en République dominicaine où, pendant près de dix ans, il s’est rendu afin de disparaître et de connaître « une forme de bonheur » dans l’effacement de soi.
Des Caraïbes en Algérie
« Creuser sa mémoire et s’oublier participent du même mouvement », dit-il, pour tenter d’expliquer comment, par une étrange ironie de la vie, les Caraïbes,...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-3"> ¤ « La Matinale du Monde » publie tous les dimanches le strip « Leumonde.fr » d’Antoine Marchalot.
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Article sélectionné dans La Matinale du 17/02/2018
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Leumonde.fr, par Antoine Marchalot (épisode 89)

« La Matinale du Monde » publie tous les dimanches le strip « Leumonde.fr » d’Antoine Marchalot.



Le Monde
 |    18.02.2018 à 06h34
 • Mis à jour le
18.02.2018 à 16h17
   





                        



   





                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-4"> ¤ Pour « La Matinale du Monde », le dessinateur du « Petit Nicolas » revient sur sa passion pour Duke Ellington, le jazz et les musiciens qu’il aime tant croquer.
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Article sélectionné dans La Matinale du 17/02/2018
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Sempé : « Je dessine ce que j’aurais voulu être »

Pour « La Matinale du Monde », le dessinateur du « Petit Nicolas » revient sur sa passion pour Duke Ellington, le jazz et les musiciens qu’il aime tant croquer.



Le Monde
 |    18.02.2018 à 06h32
 • Mis à jour le
19.02.2018 à 12h19
    |

            Pascale Krémer








                        



                                


                            

Père, avec René Goscinny, des célèbres Aventures du Petit Nicolas, Jean-Jacques Sempé est aussi l’auteur de trente-cinq albums de dessins humoristiques. Le dernier paru, Musiques, fait l’objet d’une exposition à Paris.
Je ne serais pas arrivé là si…
Si je n’avais pas entendu Duke Ellington un jour à la radio. C’est un type que j’adorais, que j’adore encore. Grâce à lui, j’ai compris beaucoup de musiques. Grâce à lui, j’ai été ébloui par le talent des autres. Il m’a apporté la joie dont j’avais besoin.
Parce que votre enfance bordelaise n’a pas été très gaie ?
Pas très drôle, non. Je ne sais rien de mon père. C’était le patron de ma maman, qui était secrétaire. Un homme charmant, paraît-il. Il avait séduit ma mère, qui n’était pas mal du tout. Je suis arrivé, ça n’a pas dû être drôle pour tout le monde. Après, il y a eu Monsieur Sempé, mon beau-père. Je me suis appelé Sempé comme lui, ça s’est fait comme ça, il m’a reconnu, je suppose. J’ai été mis en nourrice, j’ai failli mourir parce que j’étais maltraité, ma mère m’a récupéré. Elle et mon beau-père, les pauvres gens, ont fait ce qu’ils ont pu. Ils étaient malheureux, vous savez, alors bien sûr ils se disputaient sans arrêt.
Monsieur Sempé était représentant de commerce…
Il tentait de vendre des boîtes de conserve mais ça ne marchait pas fort. Evidemment, quand il avait vendu quelques boîtes, il fêtait ça et rentrait un peu bizarre à la maison. Ma mère lui faisait des reproches. A la fin, il ne pouvait pas s’empêcher de lui envoyer une bonne paire de baffes. Un jour, ma mère a hurlé « Jeannot ! » – Jeannot, c’était moi – « Jeannot, viens vite, il veut m’étrangler ! » J’ai envoyé un marron à la figure du beau-père, ça l’a mis en colère, il m’a renvoyé un énorme coup de poing qui a fracassé la cloison. Je m’étais baissé, sans ça, le pauvre vieux, il me tuait.
A moi,...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-5"> ¤ L’écrivain, fin connaisseur des cultures de l’âge de la pierre, a usé de sa liberté littéraire pour livrer de sensibles interprétations de l’art pariétal.
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Jean Rouaud, poète des cavernes

L’écrivain, fin connaisseur des cultures de l’âge de la pierre, a usé de sa liberté littéraire pour livrer de sensibles interprétations de l’art pariétal.



Le Monde
 |    17.02.2018 à 09h00
    |

                            Philippe Dagen








                        



                                


                            
La Splendeur escamotée de frère Cheval ou Le Secret des grottes ornées, de Jean Rouaud, Grasset, 288 p., 19 €.

Jean Rouaud est né en Loire-Atlantique. Il n’est donc pas tombé en préhistoire comme beaucoup de ceux qui l’ont découverte enfants du côté de la Dordogne ou des Pyrénées. Dans les premières pages de La Splendeur escamotée de frère Cheval, il n’en tire pas moins un fil entre art pariétal et enfance ; un fil qui est le mot « caverne ». Ainsi les médecins décrivaient-ils les trous que la tuberculose creusait dans les poumons, ce que subit Rouaud à 7 ans et dont il guérit.
L’auteur a pu pénétrer dans la grotte Chauvet
Les cavernes à dessins, gravures et peintures, il les découvrit plus tard, « en touriste », aux Eyzies-de-Tayac : Font-de-Gaume, Rouffignac, les Combarelles. Quelques années après que son premier roman, Les Champs d’honneur (Minuit, 1990), eut reçu le prix Goncourt, l’éditeur Flohic sollicitait l’écrivain : « Il lançait une collection de livres associant un peintre à un écrivain. J’ai répondu que je souhaitais écrire sur La Jeune Fille à la perle, de Vermeer [1665]. Mais un auteur avait eu l’idée avant moi. Il m’en fallait une autre. J’ai cherché dans ma mémoire ce qui m’avait procuré une émotion aussi forte. La seule réponse était : les grottes. » Ainsi écrit-il Le Paléo Circus, paru en 1996 (repris dans Préhistoires, Folio, 2007). Et signe aujourd’hui La Splendeur escamotée… Il n’est plus jamais vraiment ressorti des cavernes.
Non seulement il a visité celles qui sont accessibles mais, grâce aux liens noués avec des préhistoriens, il a pu pénétrer dans la grotte Chauvet et dans celle de Cussac, où un grand panneau dessiné au doigt dans l’argile réunit le bestiaire de la période ­nommée gravettien (− 31 000 à – 22 000 ans) : bison, cheval, mammouth. Il y a aussi à Cussac des sépultures...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-6"> ¤ Chaque samedi, « La Matinale du Monde » publie un strip de la dessinatrice Nancy Pena.
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Article sélectionné dans La Matinale du 16/02/2018
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« Le chat Madame, grand reporter », par Nancy Pena (épisode 34)

Chaque samedi, « La Matinale du Monde » publie un strip de la dessinatrice Nancy Pena.



Le Monde
 |    17.02.2018 à 06h39
 • Mis à jour le
18.02.2018 à 16h16
   





                        



   





                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-7"> ¤ « Album » met en scène plus de soixante ans de spectacles créés et interprétés par ce couple d’artistes.
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Sélection livre : les Dupuy, retour sur une vie de danse

« Album » met en scène plus de soixante ans de spectacles créés et interprétés par ce couple d’artistes.



Le Monde
 |    16.02.2018 à 18h30
 • Mis à jour le
16.02.2018 à 18h42
    |

                            Rosita Boisseau








                        



   


C’est un livre insolite. Il s’intitule Album et est signé par les danseurs et chorégraphes Françoise et Dominique Dupuy. Il est composé de photos en noir et blanc dont le grain même transporte dans le temps. Il met en scène plus de soixante ans de spectacles créés et interprétés par ce couple d’artistes parmi les plus singuliers de la scène chorégraphique. Il draine des émerveillements et des mystères, il captive par son dynamisme et fait rêver autour de ces deux vies dévouées à la danse. Des pages blanches rythment le livre. Elles sont des trous de mémoire, marquent le temps comme des nuages qui passent mais elles sertissent aussi les images, les encadrent.
Deux textes courts, l’un des artistes Norbert et Nicole Corsino, l’autre d’Eugenia Casini Ropa, surgissent à la fin du livre. L’un d’eux s’intitule Jamais à la mode mais toujours modernes, ce qui colle bien au parcours de Françoise (née en 1925) et Dominique (né en 1930) Dupuy. Leur trajet depuis la fin des années 1940 a permis l’éclosion de quelques pièces étapes de la danse moderne et contemporaine dont ils ont aussi aidé à la structuration. Qu’ils soient sous les feux de la rampe ou dans les bureaux des institutions – entre 1989 et 1991, Dominique Dupuy est inspecteur de la danse au ministère de la culture –, ils ont une haute idée de la chaîne de l’histoire.
« L’étincelle des œuvres »
En 2005, au Théâtre national de Chaillot, ils présentaient une soirée de pièces intitulée WMD qui rassemblait des spectacles de deux de leurs complices de création : Jean Weidt (1904-1992) et Deryk Mendel (1920-2013). Vieilles gens, vieux fers, chorégraphié par Weidt en 1929, repris par les Dupuy en 1948, étire une guirlande intemporelle de gens cabossés dont les masques croquent l’humain en quelques rictus.
Rien ne fait peur aux Dupuy. En 2010, les voilà face à face dans Solo-Solo. Quatre ans plus tard, Dominique rapplique en scène avec l’acrobate Tsirihaka Harrivel dans Acte sans paroles 1, de Samuel Beckett. En 2016, toujours soutenu par Chaillot, Dominique Dupuy lançait l’opération Silence(s), qui sera déclinée dans différents endroits et théâtres jusqu’en décembre 2017. De cet Album, Dominique Dupuy dit : « Même en images, on est loin d’un récit de vie. Des dates, oui, mais en ordre dispersé. Un parcours, oui, mais en éclats l’étincelle des œuvres provoquant l’entrechoc des ans… Images et mots qui semblent tout simplement dire : vous dansiez, j’en suis fort aise, eh bien dansons maintenant. »
Album, de Françoise et Dominique Dupuy. Editions Analogues, 2017.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-8"> ¤ Pourquoi la librairie se porte bien de l’autre côté des Alpes.
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La cure de jouvence du livre italien

Pourquoi la librairie se porte bien de l’autre côté des Alpes.



Le Monde
 |    15.02.2018 à 07h45
    |

                            Florence Noiville








                        



   


Achille Mauri est l’une des personnalités les plus hautes en couleur de l’édition italienne. En 2017, il signait un roman plein d’humour et de finesse racontant ses pérégrinations dans l’au-delà (Anime e acciughe, « Ames et anchois », hélas non encore traduit). Cette année, il vient d’appeler à la création du PIL, le Parti italien des lecteurs. C’était le 26 janvier, lors de la clôture de la Scuola per Librai – cette magnifique « école des libraires », sans équivalent en France –, qu’il préside. Une boutade, à quelques jours des élections législatives (4 mars).
Mais aussi une manière de souligner que les lecteurs sont là de nouveau. Contrairement à la France, où l’année a été catastrophique, l’Italie a vu en effet ses ventes de livres progresser de 5 % en 2017. Le marché se porte bien. Il a même retrouvé son niveau record de 2007.
Electeurs-lecteurs
L’une des raisons de cette belle santé s’appelle « 18 App », une initiative publique allouant à tout jeune de 18 ans une somme de 500 euros à dépenser dans l’année en ouvrages de toute nature. « En 2017, 130 millions ont ainsi bénéficié au marché du livre, dont 90 à travers l’e-commerce et 40 à travers la librairie traditionnelle », explique-t-on à la Scuola per Librai, où l’on se félicite que le ministre de la culture, Dario Franceschini, ait décidé de reconduire l’opération pour 2018 et peut-être 2019. « 18 ans, c’est l’âge du droit de vote, certes, mais un électeur-lecteur vaut toujours mieux qu’un électeur tout court. »
Surtout que, alors que beaucoup pensaient que cette opération serait cosmétique et sans impact, c’est le contraire qui s’est produit. Les jeunes achètent des ouvrages qu’ils pirataient ou photocopiaient jusqu’alors, retrouvant du même coup le chemin oublié de la librairie. En 2019, une opération comparable pourrait être lancée en direction des enseignants italiens.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-9"> ¤ A la BNF, au Centre Pompidou, en banlieue parisienne : ces rencontres se multiplient.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-9"> ¤                     
                                                   
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Masterclasses : ces écrivains qui parlent de leur métier en public

A la BNF, au Centre Pompidou, en banlieue parisienne : ces rencontres se multiplient.



Le Monde
 |    15.02.2018 à 07h45
 • Mis à jour le
15.02.2018 à 10h17
    |

                            Hélène Delye








                        



                                


                            

En se précipitant dans l’ascenseur qui descend dans le cœur du site François-Mitterrand de la Bibliothèque nationale de France (BNF), à Paris, elle a lancé d’une voix essoufflée et enthousiaste : « Vous aussi, vous venez pour la masterclasse de Kamel Daoud ? Moi, je suis fan ! » D’un pas vif, l’ancienne professeure de lettres a suivi une petite foule se dirigeant vers l’auditorium déjà presque comble.
Ils étaient plus de deux cents à s’être déplacés, mardi 6 février, pour écouter et « voir en vrai » l’écrivain et journaliste algérien, auteur de Meursault, contre-enquête et Zabor ou Les Psaumes (Actes Sud, 2014 et 2017). D’abord interrogé par la journaliste de France Culture Manou ­Farine, puis par quelques personnes du public, Kamel Daoud s’est prêté pendant une heure et quart à l’exercice de la masterclasse.
De quoi s’agit-il exactement ? D’un entretien au long court, engageant l’auteur à répondre à des questions sur la genèse de sa pratique littéraire, ses sources d’inspiration, ses rituels d’écriture, ou le rapport qu’il entretient avec l’idée de sa postérité. Plutôt que de s’attacher à faire la promotion de son dernier livre, l’enjeu pour l’auteur est ici de donner à entendre sa conception, son expérience intime de littérature. Et, in fine, de répondre à trois grandes interrogations : Qu’est-ce qu’être écrivain ? Comment viennent les livres ? Comment se construit une œuvre ?
« Des choses que l’on n’a jamais entendues »
« Face à ces questions à la fois simples et fondamentales, même des bêtes de scène comme Amélie Nothomb ou Joann Sfar livrent des choses que l’on n’a jamais entendues, et qui font entrer le public dans ce qu’il y a, au fond, de plus intime pour eux », analyse Sandrine Treiner, directrice de France Culture. Avec Laurence Engel, présidente de la BNF, et Vincent Monadé, président du Centre national du livre, elle a créé en 2016 le cycle de masterclasses littéraires mensuelles...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-10"> ¤ Dominique Avon est historien, spécialiste de l’islam. « Le Monde des livres » lui a demandé quel crédit accorder à l’œuvre de Bat Ye’or.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-10"> ¤                     
                                                   
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« Le statut des dhimmis ne peut être jugé à l’aune des droits de l’homme ! »

Dominique Avon est historien, spécialiste de l’islam. « Le Monde des livres » lui a demandé quel crédit accorder à l’œuvre de Bat Ye’or.



Le Monde
 |    15.02.2018 à 07h45
 • Mis à jour le
15.02.2018 à 09h40
    |

            Jean Birnbaum








                        



                                


                            
Directeur d’études à l’Ecole pratique des hautes études, à Paris, l’historien Dominique Avon travaille notamment sur le destin comparé des idées et des doctrines de l’islam et du christianisme dans les sociétés contemporaines. Parmi ses publications, il faut citer Le Hezbollah. De la doctrine à l’action, une histoire du « Parti de Dieu » (avec Anaïs-Trissa Khatchadourian, Seuil, 2010). Plus récemment, il a dirigé un ouvrage collectif intitulé Faire autorité. Les religions dans le temps long et face à la modernité (PUR, 2017).
En tant qu’historien qui étudie le temps long des religions tout en gardant toujours un œil sur l’actualité, que pensez-vous des textes de Bat Ye’or ?
Depuis Eurabia, Bat Ye’or verse dans un registre outrancier en présentant le schéma d’une incompatibilité de nature entre islam et monde judéo-chrétien, au lieu d’historiciser la montée en puissance d’un courant intégral au sein des milieux musulmans depuis les années 1960. Au Moyen Age, aucun régime politico-religieux ne traitait de manière égalitaire les « minorités » juridiques, pas plus au sud qu’au nord de la Méditerranée.

Envisager le passé à la lumière des droits élaborés entre le XVIIIe et le XIXe siècle, c’est un non-sens : le statut des dhimmis ne peut être jugé à l’aune des droits de l’homme ! En revanche, constater que des savants musulmans œuvrent depuis deux générations à l’intégration de principes religieux qui ont un millénaire, c’est une vraie question : la loi qu’ils attribuent à Dieu est censée avoir fixé l’idéal d’une relation de tolérance fondée sur la protection-domination.
Cette attitude fait le succès de l’interpellation de Bat Ye’or dans certains milieux, puisqu’elle dit en substance : « Voilà le vrai visage de l’islam. » Elle ignore les débats internes aux milieux musulmans.
Pour prendre un exemple, vous avez notamment travaillé, récemment,...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-11"> ¤ Claro trouve juste les revendications au droit de ne rien faire au travail de Julien Bouissoux.
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Le feuilleton. Une impasse nommée désir

Claro trouve juste les revendications au droit de ne rien faire au travail de Julien Bouissoux.



Le Monde
 |    15.02.2018 à 07h30
 • Mis à jour le
15.02.2018 à 16h10
    |

                            Claro (Ecrivain et traducteur)








                        



                                


                            
Janvier, de Julien Bouissoux, L’Olivier, 176 p., 16,50 €.

Flaubert rêvait d’un livre sur rien, Bartleby préférait ne pas et Robinson Crusoé se contentait de quatre jeudis par semaine. Il est vrai que c’est toute une affaire d’inviter le rien à venir jouer les divas dans un livre. Ça demande un sacré dispositif. On ne « désœuvre » pas une œuvre comme on gobe un œuf ou vide un placard. On devrait d’ailleurs écrire une histoire en creux de la littérature, répertorier les artistes du néant qui la peuplent, relever les noms des petits et grands fainéants, les Galal et Rafik de Cossery, l’Oblomov de Gontcharov, ça serait sûrement instructif. On en apprendrait un rayon sur les raisons de boycotter la ruche. Sur le monde du travail, aussi.
Parce que, et c’est là la question qui nous agite, ne rien faire c’est tout un art. En général, le fainéant – ce gréviste de l’agir déguisé en hédoniste – prend les choses en main. Sa décision de se retirer du tourbillon de la vie relève peu ou prou de la révolte. Rien à voir avec les sacrifiés du capital, tous ceux que l’entreprise fout sur le carreau. D’un côté, le bohème existentiel ; de l’autre, le damné de la terre. Le premier – qui nous intéresse ici – tutoie parfois l’ennui ou la dépression, flirte avec le suicide, ou bien se prélasse dans le dénuement, regarde les mouches voler comme d’autres le compteur tourner. Mais une fourmi qui se réveille cigale sans l’avoir décidé ? Un « horrible travailleur » contraint de se tourner les pouces bien que rémunéré ? Tel est le personnage inventé par Julien Bouissoux dans un roman portant le nom de ce cas d’école (buissonnière) : Janvier.
« Janvier aurait pu rester au lit chaque matin, flâner en ville, prendre un abonnement au cinéma. Personne ne s’en serait aperçu. Pourtant il retournait chaque jour au bureau, jamais en avance et rarement en retard. » Oui, car Janvier, s’il n’a plus...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-12"> ¤ La chronique de Céline Minard, à propos du « Charmeur de rats », de Marina Tsvetaeva.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-12"> ¤                     
                                                   
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Poésie réactive. Vengeance de la poésie

La chronique de Céline Minard, à propos du « Charmeur de rats », de Marina Tsvetaeva.



Le Monde
 |    15.02.2018 à 07h30
 • Mis à jour le
15.02.2018 à 08h51
    |

                            Céline Minard (Ecrivain)








                        



                                


                            
Le Charmeur de rats. Satire lyrique (Krysolov), de Marina Tsvetaeva, traduit du russe et édité par Eveline Amoursky, édition bilingue, La Barque, 176 p., 24 €.

Il faut suivre à la lettre le conseil que donne Marina Tsvetaeva (1892-1932) à Boris Pasternak dans une lettre du 25 mai 1926 : « Le Charmeur de rats, lis-le si possible à voix haute, à mi-voix, en bougeant les lèvres. En particulier Le Ravissement. Non, tout, tout. Comme Le Gars, il est écrit à la voix. » Réécrite à la voix et pour la voix, la vieille légende allemande prend une tournure plutôt violente dans la langue de Tsvetaeva. Une tournure et un rythme, plusieurs, une vitesse absolue qui laisse pantois, le dos collé au siège.
C’est une satire, tout le monde y passe. Les bonnes gens de Hamelin, la petite ville prospère dont les greniers pleins attirent les rats. « Ville-Eden, ville-sage comme image, chacun sa part au partage/ Ville-gain, Ville-entasse-tout-d’avance », où personne ne rêve à rien, c’est-à-dire à rien de déplacé : « Une livre de saucisse/ Voit le charcutier (plus du lard),/ Le tribunal – la balance/ Et aussi l’apothicaire – la balance,/ Le précepteur, la baguette,/ Le fruit de ses faufilures –/ Le tailleur. Pour le chien – vous pensez l’os ?/ Grave erreur : le collier ! »
Quant au bourgmestre, pantouflard, rondouillard, en rêve, qu’est-ce qu’il voit ? « Rien-de-rien » : « Rien (comme d’un morceau de gras/ Ça suinte !, autrement dit : des bourgeois ! » Mais les rats aussi en prennent pour leur grade, les rats de l’Armée rouge, qui déboulent en masse, affamés, reniflent les papiers, dévorent les boutons, les pains de sucre et les marchands. Ils compissent les chroniques, mordent la Bible, menacent de bouffer le monde et imposent le nouvel ordre : « Tu trimes pas – fusillé,/ Tu rechignes – fusillé,/ Tu lambines – fusillé ! »
Tour de passe-passe
C’est...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-13"> ¤ La chronique de Roger-Pol Droit, à propos de « La Langue géniale. 9 raisons d’aimer le grec », d’Andrea Marcolongo.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-13"> ¤                     
                                                   
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Figures libres. « Philô » veut dire « j’aime »

La chronique de Roger-Pol Droit, à propos de « La Langue géniale. 9 raisons d’aimer le grec », d’Andrea Marcolongo.



Le Monde
 |    15.02.2018 à 07h30
 • Mis à jour le
15.02.2018 à 09h48
    |

                            Roger-Pol Droit








                        



                                


                            
La Langue géniale. 9 raisons d’aimer le grec (La lingua geniale. 9 ragioni per amare il greco), d’Andrea Marcolongo, traduit de l’italien par Béatrice Robert-Boissier, Les Belles Lettres, 198 p., 16,90 €.

Une langue n’est pas entièrement responsable des œuvres qui s’inscrivent en elle. Mais elle ne leur est pas étrangère. Sans être la cause directe de ce qui se dit dans sa syntaxe, son vocabulaire ou ses formes singulières, elle configure un apport au monde, espace de pensée et de sensibilité.
Pas de doute : le grec ancien, de ce point de vue, est une rareté. La langue qui a hébergé et nourri Homère, Sophocle, Pindare, Aristophane, Platon, Hérodote et des centaines d’autres – de Parménide à Damascius, de Démocrite à Proclus – ne peut pas être tout à fait comme les autres. Affirmer, comme Heidegger, qu’on ne peut philosopher qu’en grec et en allemand est pure ineptie. Mais il serait bien naïf de croire que le grec n’est pour rien dans l’éclosion de ces kyrielles de génies.

« Chaque langue présuppose une façon particulière de voir la réalité », affirme Andrea Marcolongo, qui s’est demandé comment comprendre, et faire comprendre, ce qui rend cette langue « géniale ». Chemin faisant, la jeune et talentueuse helléniste italienne a inventé un genre littéraire inédit : le journal intime érudit.
La Langue géniale est en effet un livre très austère dans le fond, et très charmant dans la forme. C’est une longue lettre d’amour à la grammaire, témoignant d’une passion obstinée et fiévreuse, intelligente et communicative, pour les tournures linguistiques des Grecs antiques. Il y est donc question de formes verbales, de déclinaisons, de genres, de modes, considérations copieusement ennuyeuses dans le monde « normal ».
Mais ces données se trouvent, ici, entrelacées à tant d’enthousiasme, de digressions étranges, de confessions personnelles et intelligentes que...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-14"> ¤ Deux parutions rappellent les fastes, grandioses ou débridés, de la monarchie française finissante, et les vives critiques dont ils faisaient l’objet bien avant la Révolution.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-14"> ¤                     
                                                   
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Ancien Régime : que la fête s’achève !

Deux parutions rappellent les fastes, grandioses ou débridés, de la monarchie française finissante, et les vives critiques dont ils faisaient l’objet bien avant la Révolution.



Le Monde
 |    15.02.2018 à 07h15
   





                        



                                


                            
Fêtes et folies en France à la fin de l’Ancien Régime, de Didier Masseau, CNRS Editions, 304 p., 24 €.
Etienne de Silhouette (1709-1767). Le ministre banni de l’histoire de France, de Thierry Maugenest, La Découverte, « Cahiers libres », 224 p., 18 €.

Est-il politique de faire la fête ? Cette question prend tout son sens dans les dernières années de l’Ancien Régime, comme le soulignent à leur manière deux ouvrages récents, Fêtes et folies en France à la fin de l’Ancien ­Régime, de Didier Masseau, et la biographie d’Etienne de Silhouette (1709-1767) par Thierry Maugenest.
La maîtrise de la fête nocturne était jusque-là une marque de la monarchie. Seul le roi avait le pouvoir d’associer la nuit et la joie. D’abord, en l’éclairant grâce aux lanternes qu’il faisait disposer ; ensuite, en dispensant ses bienfaits, deux à trois fois l’an, à l’occasion des naissances, mariages, victoires, conquêtes, visites princières, traités et anniversaires. Le peuple faisait la fête et les « vive le Roi ! » saluaient les « théâtres de vin » distribuant boisson, pain, cervelas et longes de veau, les bals et les feux d’artifice, principal divertissement festif du moment. Tous pouvaient alors célébrer la nation, identifiée au monarque.
Mais le roi perd peu à peu le monopole de la fête. La nuit est captée par d’autres puissances : les cercles des élites aristocratiques des salons, cafés et bals, les entrepreneurs de divertissements, les amateurs d’amusements et de cabarets, les jeunes fêtards du Palais-Royal, qui créent de nouveaux usages de la fête. Cette privatisation favorise les attractions et les distractions, les jeux mondains et leurs transgressions : folie et libertinage, comme le souligne bien Didier Masseau, prolifèrent, bouleversant les codes sociaux et sexuels. La fête, par exemple dans les vauxhalls – le Colisée, qui...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-15"> ¤ Le philosophe allemand Friedrich Kittler, mort en 2011, avait anticipé notre vie numérique dès 1986 dans un essai fondateur, « Gramophone, Film, Typewriter », enfin traduit.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-15"> ¤                     
                                                   
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Penser l’ère du tout-enregistré

Le philosophe allemand Friedrich Kittler, mort en 2011, avait anticipé notre vie numérique dès 1986 dans un essai fondateur, « Gramophone, Film, Typewriter », enfin traduit.



Le Monde
 |    15.02.2018 à 07h15
 • Mis à jour le
15.02.2018 à 10h20
    |

                            David Zerbib








                        



                                


                            
Gramophone, Film, Typewriter (Grammophon, Film, Typewriter), de Friedrich Kittler, traduit de l’allemand par Frédérique Vargoz, préface d’Emmanuel Alloa, postface d’Emmanuel Guez, Les Presses du réel, « Médias/Théories », 480 p., 32 €.

Voici enfin traduit le livre majeur d’un des plus originaux théoriciens des médias contemporains. Gramophone, film, typewriter, étude fondatrice parue en 1986, s’intéresse à la révolution des « médias techniques » qui, à la fin du XIXe siècle, consacra en quelques années l’invention de la machine à écrire (1865), du phonographe (1877) et du cinématographe (1895). L’ouvrage, qui a contribué à créer la science des médias allemande, a conféré à Friedrich Kittler (1944-2011) une renommée internationale dont les échos, cependant, avaient peu filtré de ce côté-ci du Rhin.
Un tel délai de réception n’est pas étranger aux provocations philosophiques de l’auteur concernant notre rapport aux machines. « Rien n’existe des individus, sinon ce que les médias enregistrent ou transmettent », lance-t-il sans déploration. Par ce type de formules, Kittler s’éloigne tout autant des apôtres prométhéens du progrès technologique que des contempteurs d’une tekhnè (origine grecque du mot « technique ») qui aurait pris le contrôle sur notre logos (notre logique et notre raison).
Il explique simplement, en utilisant au besoin l’exemple des photos spirites qui firent un temps les délices des amateurs de communication avec les morts, que l’esprit humain ne peut être saisi qu’à travers le « medium » où il s’inscrit et qui le façonne en partie.
« Französische Theorie »
On voit comment le penseur allemand a lu Derrida et sa « grammatologie » : aucune présence pure et authentique ni vérité spirituelle n’est à chercher hors des traces que nous inscrivons et laissons. A cet égard, lire Gramophone, film, typewriter, c’est découvrir...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-16"> ¤ Avec « La Horde », la romancière se fait démon pour conter la possession irrémédiable la jeune Laure par Ganaël, novice en la matière. Saisissant.
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Sibylle Grimbert suscite l’épouvante

Avec « La Horde », la romancière se fait démon pour conter la possession irrémédiable la jeune Laure par Ganaël, novice en la matière. Saisissant.



Le Monde
 |    15.02.2018 à 07h00
    |

                            Florence Bouchy (Collaboratrice du « Monde des livres »)








                        



                                


                            
La Horde, de Sibylle Grimbert, Anne Carrière, 200 p., 17 €.

Satirique, épique, mélancolique ou onirique, l’écriture de Sibylle Grimbert explore avec brio les genres et les tonalités. Réussissant, de livre en livre, à piquer la curiosité du lecteur en arpentant des territoires où il ne se serait sans doute pas aventuré sans elle, l’écrivaine surprend encore avec La Horde, son dixième roman. Inscrit d’emblée dans le registre fantastique, le récit séduit en jouant avec les codes du film d’horreur, qu’il met à l’occasion très ironiquement en abyme, pour rendre plus sensible l’épouvante qu’il suscite.
Les esprits et les démons, chez l’auteure d’Il n’y a pas de secret (Stock, 2004), ne ressemblent pas, en effet, aux représentations que les hommes s’en sont faites. Ils sont bien plus effrayants. Ganaël est l’un d’entre eux. Un novice, longtemps resté en attente de sa première proie, qu’il est heureux d’avoir enfin trouvé en la personne de Laure, une petite fille de 10 ans. Vive et joueuse comme tous les enfants de son âge, née dans une famille aimante, ouverte d’esprit et libre de toute croyance ou religion susceptible d’entraver sa possession, Laure ne risque pas d’être conduite avant longtemps chez l’exorciste : ses parents, à n’en pas douter, épuiseront tous les médecins et pédopsychiatres avant d’envisager l’hypothèse démoniaque.
Tout en douceur
Racontée par Ganaël, la prise de possession de l’enfant est d’autant plus angoissante qu’elle s’effectue tout en douceur, présentée comme une histoire d’amour entre deux âmes sœurs qui non seulement se seraient reconnues, mais encore croîtraient ensemble et se fortifieraient l’une l’autre. « Le lieu où je me suis installé quand je suis entré dans Laure, explique l’esprit maléfique, mesurait à vue de nez quelques millimètres juste au-dessus de sa hanche droite. » L’essentiel de ses efforts consiste de ce fait à avoir « la...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-17"> ¤ L’écrivain a traversé à pied la plus grande des îles Kerguelen, cette lointaine terre française. Vivifiant.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-17"> ¤                     
                                                   
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François Garde marche là où la faune ne craint pas l’homme

L’écrivain a traversé à pied la plus grande des îles Kerguelen, cette lointaine terre française. Vivifiant.



Le Monde
 |    15.02.2018 à 07h00
 • Mis à jour le
15.02.2018 à 14h36
    |

                            Marie-Hélène Fraïssé (Collaboratrice du « Monde des livres »)








                        



                                


                            
Marcher à Kerguelen, de François Garde, Gallimard, 240 p., 19,50 €.

Pour la dernière fois, François Garde va aux TAAF… ces Terres australes et antarctiques fran­çaises, cailloux battus des vents, au nombre desquels figure l’archipel des Kerguelen. Les îles de la Désolation (l’autre nom de l’archipel) sont familières de longue date à ce romancier. Elles lui ont inspiré notamment une magni­fique robinsonnade, Ce qu’il advint du ­sauvage blanc (Gallimard, Goncourt du premier roman 2012). François Garde fut entre 2000 et 2004 administrateur supérieur des TAAF… Autrement dit « vice-roi des albatros », « connétable des brumes », ironise-t-il.
Ce bout du monde n’a cessé de travailler la mémoire de l’écrivain, ancré de nouveau dans l’hémisphère Nord… Il lui fallait en découdre une bonne fois avec les Kerguelen, prendre à bras-le-corps la « grande île » qu’il n’avait fait qu’effleurer. Traverser de part en part ses hauts plateaux basaltiques et ses bourrasques. Franchir les torrents, boire aux cascades. Une épreuve initiatique auto-imposée, au cœur de l’ombrageuse nature où toute intrusion humaine se doit d’être discrète.
Pernicieuse humidité des Quarantièmes dits « rugissants »
Le projet a pris forme grâce à la complicité de trois amis, capables eux aussi de porter un sac de 30 kg sur le dos pendant des journées entières et d’endurer pire que le froid : la pernicieuse humidité des Quarantièmes dits « rugissants », qui s’infiltre à travers bonnets et chaussettes jusqu’à corroder l’âme la plus aguerrie…
Là où tant de relations d’aventure roulent des mécaniques, François Garde reste modeste. Son récit ne comporte pas de sommet « vaincu », de grande première. Juste une traversée nord-sud de vingt-cinq jours, sur une distance de quelque 200 km. Un trek pour bons marcheurs, en terrain accidenté. La quête d’un succès discret, fondé sur la capacité à monter...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-18"> ¤ Dans « Donne-moi encore cinq minutes », son premier roman, l’Israélien aborde le sujet des implantations juives de Cisjordanie avec audace et empathie.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-18"> ¤                     
                                                   
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Yonatan Berg démantèle la colonie

Dans « Donne-moi encore cinq minutes », son premier roman, l’Israélien aborde le sujet des implantations juives de Cisjordanie avec audace et empathie.



Le Monde
 |    15.02.2018 à 07h00
    |

                            Eglal Errera (Collaboratrice du « Monde des livres »)








                        



                                


                            
Donne-moi encore cinq minutes (Od Hamesh dakkot), de Yonatan Berg, traduit de l’hébreu par Laurence Sendrovicz, L’Antilope, 506 p., 23,50 €.

Quatre jours dans l’existence de Bnaya et Yoav, deux amis d’enfance que la vie a jetés sur des chemins différents, apparemment opposés. Tous deux ont grandi dans la plus stricte orthodoxie religieuse, au sein d’une colonie juive de Cisjordanie. Jeune rabbin, Bnaya y a fondé sa famille. Yoav, lui, a abandonné toute pratique religieuse et mène une existence laïque à Tel-Aviv. Des choix de vie, des choix politiques aussi, avec, en toile de fond, une des pierres d’achoppement du conflit israélo-palestinien : l’implantation de populations juives en territoire palestinien.
Adolescents, à l’âge des grandes interrogations, Bnaya et Yoav avaient vécu une belle proximité et en avaient gardé une semblable prédisposition aux remises en question. Etrangement, pour l’un comme pour l’autre, ces quatre jours vont être placés sous le signe de la plus extrême tension et susciter un virage inattendu.
En Cisjordanie, le démantèlement de la colonie est imminent et déchaîne une flambée de violence entre les irréductibles partisans du Grand Israël et ceux qui acceptent de partir. Bnaya est de ces derniers, malgré son attachement aux lieux de son enfance et au paysage qui l’a porté. « Le shabbath s’approche mollement. Au loin, le soleil effleure les montagnes d’Edom. La mer Morte offre ses derniers scintillements. La vallée devient de plus en plus floue, on allume des feux dans le village, au fond du wadi. » Ce village, quelques mètres à peine en contrebas dans le vallon, est palestinien, peuplant un horizon familier et menaçant.
Souci d’équité
A Tel-Aviv, Yoav, sous l’effet de drogues prises dans une fête, revit un bouleversant épisode du temps de son service militaire. Lors d’une expédition punitive dans un village palestinien, où un jeune suspect avait été tué...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-19"> ¤ L’écrivaine allemande, Prix Nobel 2009, évoque sa vie et son art dans un livre d’entretiens envoûtant, « Tous les chats sautent à leur façon ».
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Herta Müller pour elle-même et contre elle-même

L’écrivaine allemande, Prix Nobel 2009, évoque sa vie et son art dans un livre d’entretiens envoûtant, « Tous les chats sautent à leur façon ».



Le Monde
 |    15.02.2018 à 07h00
    |

                            Florence Noiville








                        



                                


                            
Tous les chats sautent à leur façon. Entretien avec Angelika Klammer (Mein Vaterland war ein Apfelkern), d’Herta Müller, traduit de l’allemand par Claire de Oliveira, Gallimard, 240 p., 22 €.

Jusqu’en 2009, les lecteurs français connaissaient mal Herta Müller. Son prix Nobel de littérature leur aura permis d’entrer dans cette œuvre unique qui saisit l’imagination au collet et l’entraîne vers des territoires imprévisibles. Il leur aura fait découvrir aussi cette langue acérée, décalée, joueuse, traversée par la poésie comme par le parler populaire. En lisant L’Homme est un grand faisan sur terre (Maren Sell, 1988), Animal du cœur (Gallimard, 2012) ou Dépressions (Gallimard, 2015), on aura appris à cerner les obsessions de cette Allemande d’origine roumaine : l’enfer du quotidien sous la « dictature pétrifiée » de Ceausescu (1918-1989), l’amnésie, la lâcheté, la peur surtout. « La peur chaque matin de ne plus exister le soir. »
Mais son histoire à elle, Herta Müller ? Qu’en savait-on vraiment jusqu’à aujourd’hui ? La voici relatée, par l’auteure elle-même, dans Tous les chats sautent à leur façon, passionnants entretiens conduits à Berlin entre 2009 et 2014 par l’éditrice autrichienne Angelika Klammer. Avec une totale sincérité, Müller y développe tout ce qui l’a marquée depuis sa naissance, en 1953, dans la région du Banat où elle gardait les vaches « sans savoir quoi faire de ses dix doigts ». Elle évoque « la détresse des travaux des champs », le corps qui « n’est pas fait pour ça » et « ne tient pas le coup face à la nature », son envie d’être un arbre ou une fleur – « Je me suis toujours dit que les plantes étaient en paix avec elles-mêmes et avec le monde ». Elle revient sur les « secrets » de sa famille, le père enrôlé dans la Waffen SS, la mère libérée d’un camp de travail soviétique. Et elle, la...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-20"> ¤ Romans, récits, histoire… Les brèves critiques du « Monde des livres » du 16 février 2018.
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Livres en bref

Romans, récits, histoire… Les brèves critiques du « Monde des livres » du 16 février 2018.



Le Monde
 |    15.02.2018 à 07h00
    |

                            Florent Georgesco, 
                            Eglal Errera (Collaboratrice du « Monde des livres »), 
                            Monique Petillon (Collaboratrice du « Monde des livres »), 
                            Xavier Houssin (Collaborateur du « Monde des livres »), 
                            Gladys Marivat (Collaboratrice du « Monde des livres »), 
Denis Cosnard, 
Raphaëlle Leyris, 
                                Pierre Deshusses (Collaborateur du « Monde des livres ») et 
                            Elena Balzamo (Collaboratrice du « Monde des livres »)








                        



                                


                            Roman. Un amour de jeunesse
Appelle-moi par ton nom (Call Me by Your Name), d’André Aciman, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Jean-Pierre Aoustin, Grasset, 336 p., 20,90 €.
Avons-nous vraiment vécu les grandes passions amoureuses que certains êtres nous ont inspirées ou bien les avons-nous rêvées ? Si prégnant et vivace que soit le souvenir que nous en gardons, le temps ne nous abuse-t-il pas ? Telle est la question que ressasse Elio, le narrateur d’Appelle-moi par ton nom, quinze ans après l’été de ses 17 ans, où il découvrit l’amour auprès d’Olivier, invité de sa famille sur la Riviera italienne. Né à Alexandrie en 1951 et établi à New York, où il enseigne la théorie littéraire et l’œuvre de Proust, André Aciman est l’auteur d’essais et de nouvelles dont l’exil et l’oubli forment le motif lancinant. Grasset réédite la traduction française de cette frémissante méditation proustienne, publiée par L’Olivier en 2008. Adapté à l’écran par Luca Guadagnino, dans un scénario de James Ivory, Appelle-moi par ton nom (sur les écrans le 28 février) est favori pour l’Oscar 2018 de la meilleure adaptation. E. E.
Roman. Une obsession
Hagard, de Lukas Bärfuss, traduit de l’allemand (Suisse) par Lionel Felchlin, Zoé, 160 p., 18 €.
« J’essaie de comprendre l’histoire de Philip. » Ainsi commence ce roman intrigant, déroutant parfois, de Lukas Bärfuss, né en Suisse en 1971, et qui s’était fait remarquer en 2014 avec Koala (Zoé). Philip est un homme d’une quarantaine d’années qui décide un jour de suivre une femme dans la rue, simplement parce qu’elle porte des ballerines d’un bleu particulier. Son intention n’est pas de l’importuner. Il est simplement attiré par ce détail. Mais ce qui, au début, apparaît comme un jeu, devient vite une obsession. Il en oublie ses rendez-vous, son travail, son enfant. Il suit jusque chez elle cette femme dont il veut absolument...




                        

                        

