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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-1"> ¤ Notre choix du soir. Jeff Nichols bouleverse en retraçant la résistance d’un couple mixte à une loi raciste de l’Etat de Virginie (sur Canal à 21 heures).
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TV – « Loving » : l’amour et la peur, à même la peau

Notre choix du soir. Jeff Nichols bouleverse en retraçant la résistance d’un couple mixte à une loi raciste de l’Etat de Virginie (sur Canal à 21 heures).



Le Monde
 |    20.02.2018 à 17h45
 • Mis à jour le
20.02.2018 à 18h03
    |

            Isabelle Regnier








                        


Film sur Canal+ à 21 heures

En 1958, dans le sud des Etats-Unis, les mariages « interraciaux » étaient interdits. Richard et Mildred Loving s’en moquaient, ils s’aimaient. Il était blanc, elle était noire, ils sont partis pour Washington, sont revenus mariés. Au milieu de la nuit, la police a débarqué chez eux, les a tirés du lit et jetés en prison. Jugés coupables d’infraction à la loi sur l’intégrité des races, Richard et Mildred Loving furent condamnés à un an de prison avec sursis, assorti de vingt-cinq ans d’exil hors du territoire de Virginie. Neuf ans plus tard, dans un arrêt intitulé « Loving contre l’Etat de Virginie », la Cour suprême des Etats-Unis rendait inconstitutionnelles toutes les lois interdisant les unions mixtes.
Révélé avec Shotgun Stories, néowestern tourné dans les plaines de l’Arkansas, Jeff Nichols n’a cessé, depuis, de revisiter l’imaginaire du sud des Etats-Unis à la lumière des grands genres du cinéma, en en diluant les codes dans le spectre hanté de sa vision du monde. Avec l’histoire de « Loving contre l’Etat de Virginie », il s’essaie au biopic, en s’inscrivant dans la grande tradition classique du mélodrame.
Pas de violons, pas de commentaire édifiant. La mise en scène cultive l’ellipse, une belle sobriété qui n’empêche pas l’émotion dès le premier plan. Car Jeff Nichols ne se contente pas de filmer ses acteurs. Sa caméra les enveloppe d’un tel amour qu’elle les rend immédiatement vivants, révélant la force de leur présence au monde, et leur fragilité face à la violence aveugle qui s’abat sur eux.

   


Imbriquant les registres de l’intime et de la grande histoire, la mise en scène tresse dans un même tissu organique les mouvements de l’amour, de la vie sociale, du combat contre l’Etat… Tout passe par la peau, par les gestes, par le timbre des voix, par la manière qu’ont Joel Edgerton et Ruth Negga, dans les rôles de Richard et Mildred, de toujours se tenir droits et d’apparaître ainsi, y compris dans la douleur et l’humiliation, comme l’incarnation fière de l’histoire en marche.
Tension de thriller
Alors qu’elle repasse son linge dans sa petite maison de Washington, Mildred, déjà mère de trois enfants, voit Martin Luther King prendre la parole à la télévision, le jour de la grande marche pour les droits civiques. A une amie venue la voir, elle confie, dans un soupir accablé, se sentir à des années-lumière de ce qui se passe dans la rue. Mais celle-ci la reprend : « Il est temps que tu te procures quelques droits civiques, ma chérie ! » L’idée fait son chemin, et Mildred prend la plume pour écrire à Bobby Kennedy, connu pour son engagement en faveur des droits civiques. Plus rien, dès lors, n’entamera sa calme détermination.
C’est elle, la femme noire, qui porte dans sa chair l’histoire de l’esclavage, qui prend conscience de l’enjeu historique de leur combat, de la responsabilité politique qu’il leur confère. Richard, qui ne demande rien d’autre qu’à vivre en paix et en sécurité avec sa famille, ne voit pas si loin.
A Washington, le tumulte de la ville menace. Jeff Nichols, qui n’a pas peur des mélanges, injecte dans son biopic une tension de thriller psychologique. En recourant aux puissances du faux, il exprime au plus juste la violence démente, inimaginable aujourd’hui (malgré les traces qui en subsistent), d’une société où les Noirs finissaient pendus au bout d’une corde. Et la terreur qu’elle produisait dans les cœurs.
Loving, de et avec Jeff Nichols, Joel Edgerton et Ruth Negga (EU, 2016, 123 min).



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-2"> ¤ A voir aussi ce soir. La série documentaire d’Agnès Buthion retrace l’histoire d’un homme condamné à la peine capitale après un procès bâclé (sur 13e Rue à 22 h 50).
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TV – « Vingt ans dans le couloir de la mort : Keith Doolin contre l’Etat de Californie »

A voir aussi ce soir. La série documentaire d’Agnès Buthion retrace l’histoire d’un homme condamné à la peine capitale après un procès bâclé (sur 13e Rue à 22 h 50).



Le Monde
 |    20.02.2018 à 17h30
 • Mis à jour le
20.02.2018 à 17h46
    |

                            Camille Langlade








                        


Documentaire sur 13e Rue à 22 h 50

« C’est le genre d’affaire où on se demande : mais comment ça va se finir ? » Cette question, posée dans le film par David Ibarra, journaliste, résume bien le cas Keith Doolin. Ce routier au chômage est arrêté en octobre 1995 par la police, alors qu’il accompagne sa mère chez le médecin, à Fresno, en Californie. Il est soupçonné d’avoir tué deux prostituées et d’en avoir agressé quatre autres. Au terme d’un procès bâclé, Keith Doolin est condamné à mort. Vingt ans plus tard, sa date d’exécution n’est toujours pas fixée, et l’homme clame son innocence, victime, selon ses proches et ses avocats, de la machine judiciaire américaine.
Agnès Buthion s’était déjà penchée, en 2016, sur les erreurs judiciaires dans Projet Innocence, une série documentaire retraçant le parcours de plusieurs Français et Américains condamnés, à tort. Cette fois-ci, c’est à Fresno qu’Agnès Buthion retrouve Donna Larsen, la mère de Keith Doolin, qui se bat pour faire sortir son fils de la prison de San Quentin, le « plus long » couloir de la mort des Etats-Unis, avec 750 détenus condamnés à la peine capitale.
Pistes inexplorées
Témoignages et documents juridico-policiers à l’appui, la réalisatrice reconstitue les étapes du procès, sans omettre d’en relever les failles, les pistes inexplorées à l’époque par l’avocat de Keith Doolin, qui auraient pu permettre, à défaut d’innocenter le jeune homme, de semer le doute auprès des jurés. « Il faudrait un nouveau procès, un point c’est tout », déclare aujourd’hui son nouvel avocat, Me Robert Bryan.

   


Le documentaire d’Agnès Buthion pourrait être un lointain cousin de Soupçons (2004), l’excellent feuilleton judiciaire de Jean-Xavier de Lestrade, qui retrace sur près de seize ans l’affaire Michael Peterson, écrivain accusé d’avoir tué sa femme. Mais quand l’intrigue de Soupçons démarrait dès le début des faits, Vingt ans dans les couloirs de la mort reprend l’affaire deux décennies plus tard, avec les difficultés que cela implique.
Les reconstitutions restent parfois laborieuses et les plans redondants. Si les premiers épisodes ont tendance à piétiner, le troisième volet parvient, lui, à insuffler une nouvelle dynamique dramatique à l’enquête et à nous garder captivés, jusqu’au dénouement.
Vingt ans dans le couloir de la mort : Keith Doolin contre l’Etat de Californie, d’Agnès Buthion (1 et 2/4, Fr., 2018, 2 × 55 min).



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-3"> ¤ Un collectif d’éditeurs défend la « bibliodiversité » de l’espace francophone et dénonce la mainmise des Français, notamment, sur le marché du livre scolaire en Afrique.
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Point de vue

« Nous, éditeurs indépendants, vivons et faisons vivre la francophonie »

Un collectif d’éditeurs défend la « bibliodiversité » de l’espace francophone et dénonce la mainmise des Français, notamment, sur le marché du livre scolaire en Afrique.

Par                Collectif



LE MONDE
              datetime="2018-02-20T16:54:44+01:00"

        Le 20.02.2018 à 16h54






    
Séance de dédicaces lors du 26e Salon du livre, dédié à la francophonie, à Paris, le 19 mars 2006.
Crédits : PIERRE ANDRIEU/AFP


Tribune. Souvent, lorsque nous entendons les instances politiques donner leur vision de la francophonie, nous nous demandons si nous devons réagir : rappeler un certain nombre de faits, valoriser les actions de terrain qui agissent pour des échanges équitables, expliquer comment ces actions se mettent en œuvre, faire parler les acteurs et donner à voir ce qui se vit… La question s’est posée à nouveau quand nous avons appris qu’une consultation publique se tenait sur la promotion de la langue française et du plurilinguisme dans le monde.

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Nous avons lu les tribunes d’Alain Mabanckou, de Véronique Tadjo, de Pierre Astier, de Françoise Vergès, d’Abdourahman A. Waberi, et nous nous reconnaissons dans leurs propos. Nous prenons le parti, dans le prolongement de leurs mots et dans ce contexte où les médias et les pouvoirs publics abordent les enjeux de la francophonie, de dire ce qu’est pour nous, collectif réunissant 550 éditeurs indépendants dans 52 pays dans le monde, un tel espace.
Faire vivre la bibliodiversité
L’appel à l’« innovation » dans la francophonie, formulé dans le cadre des objectifs de la consultation, pourrait laisser entendre que rien n’a été fait, que rien n’existe et que des avancées ne peuvent venir que par impulsion de la France. Il serait pourtant dommage de ne pas prendre en compte toutes les dynamiques à l’œuvre, depuis des décennies, dans tous les espaces francophones.
Dans l’enquête qu’elle a publiée dans Le Monde Afrique, Kidi Bebey montre le dynamisme et la pugnacité de maisons d’édition africaines, qui, pour certaines, sont nées il y a plus de vingt-cinq ans. Ces structures défrichent, osent, tentent, découvrent… avec souvent des moyens minimes. Elles permettent à des réseaux humains de s’organiser, de collaborer, d’échanger, de vivre ensemble, un peu mieux. Elles font vivre la bibliodiversité à travers de nouveaux croisements, de nouveaux regards, en tentant de nouvelles approches.

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Cette vitalité est ainsi le fait de l’engagement citoyen des professionnels du livre et des lecteurs, qui ensemble construisent des outils et des échanges solidaires, y compris face au manque d’accompagnement des pouvoirs publics. Il suffit pour cela de s’arrêter quelques instants sur la diversité des initiatives de nombreuses structures : Africultures, découvreur de talents et ressource culturelle unique aujourd’hui menacée ; le collectif Afrilivres, réunissant plus de trente maisons d’édition en Afrique francophone ; Esprit Panaf, point de rencontres des éditeurs et auteurs d’Afrique francophone au Salon du livre d’Alger ; l’Espace de la diversité pour les littératures de la diversité au Québec et ailleurs ; l’Oiseau indigo, diffusant des ouvrages dans l’espace francophone ; l’Association internationale des libraires francophones et sa Caravane du livre ; les nombreux salons en Afrique, à l’initiative d’éditeurs, de libraires et d’auteurs comme la Rentrée littéraire du Mali, Togo BD, le Salon du livre béninois et de la presse jeunesse de Cotonou ; le Salon du livre jeunesse de Conakry…
Hégémonie culturelle
Nous, éditeurs indépendants, dans la francophonie comme ailleurs, prenons des risques pour porter des idées, sommes inventifs dans le développement de nos activités, créatifs dans nos modes d’action. Nous expérimentons au sein de l’Alliance des modèles de coopération qui ont fait leur preuve, en particulier les coéditions solidaires, pour favoriser la circulation des textes en Afrique francophone (mais aussi en Amérique latine, dans le monde anglophone…). Nous animons également l’Observatoire de la bibliodiversité qui nous permet d’interpeller chaque fois que nécessaire les pouvoirs publics. Nous dénonçons ainsi la mainmise des groupes d’édition français, notamment, sur les marchés du livre scolaire en Afrique, qui menace gravement l’édition locale et participe d’une hégémonie culturelle. Nous alertons régulièrement sur la pratique préoccupante du don de livres, bien souvent délétère pour la vitalité des écosystèmes du livre locaux. Nous confirmons aussi que les relations éditoriales entre les pays d’Afrique francophone et la France ne pourront exister sans un rééquilibrage des flux économiques, culturels, sans une volonté politique de part et d’autre… et avant tout sans un changement de prismes.

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                « La francophonie est un grand désert éditorial »



Notre francophonie est riche d’une diversité de langues, de cultures, de réalités. Nous ne voulons pas la vivre comme un espace clos et uniforme, comme un carcan. Nous la considérons au regard des autres espaces du monde : nous sommes des éditeurs d’Afrique francophone, d’Europe, d’Amérique latine, d’Inde, d’Australie, d’Afrique du Sud, de Turquie… animés par l’esprit de la Convention de l’Unesco de 2005. La francophonie doit pouvoir s’inscrire dans la bibliodiversité, nous y travaillons tous les jours.
C’est cette vision de la francophonie que nous défendons. Nous pensons qu’elle rend plus curieux, plus tolérants, plus ouverts. C’est sans doute une évidence, mais il semblait utile, aujourd’hui, de le rappeler.
PARMI LES NOMBREUX SIGNATAIRES FIGURENT Serge Dontchueng Kouam, Presses universitaires d’Afrique, Cameroun, coordinateur du réseau francophone de l’Alliance internationale des éditeurs indépendants ; Elisabeth Daldoul, Editions Elyzad, Tunisie, vice-coordinatrice du réseau francophone de l’Alliance internationale des éditeurs indépendants ; Isabelle Pivert, Editions du Sextant, France, vice-coordinatrice du réseau francophone de l’Alliance internationale des éditeurs indépendants ; Hélène Kloeckner, présidente de l’Alliance internationale des éditeurs indépendants ; Laurence Hugues, directrice de l’Alliance internationale des éditeurs indépendants.


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-4"> ¤ Auréolé d’une Victoire de la musique, le pianiste joue au plus près des intentions des compositeurs.
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Adam Laloum triomphe des périls de Chopin

Auréolé d’une Victoire de la musique, le pianiste joue au plus près des intentions des compositeurs.



Le Monde
 |    20.02.2018 à 16h15
 • Mis à jour le
20.02.2018 à 16h45
   





                        



   


Les spectateurs sont venus en nombre écouter Adam Laloum, dimanche 18 février, au Théâtre des Champs-Elysées, à Paris. Auréolé d’une Victoire de la musique dans la catégorie « soliste instrumental » en 2017, ce trentenaire compte parmi les pianistes français les plus talentueux. Admis à 15 ans au Conservatoire de Paris dans la classe de Michel Béroff, le Toulousain a remporté en 2009 le Premier Grand Prix et celui du public au Concours international Clara-Haskil. Depuis, il s’illustre en solo, musique de chambre et avec orchestre dans un répertoire essentiellement romantique. Un excellent album des Concertos de Brahms paraît le 23 février chez Sony Classical.
Beethoven, Liszt et Chopin étaient annoncés dans la brochure de saison des « Concerts du dimanche matin » que propose Jeanine Roze depuis quatre décennies. Des œuvres initialement prévues, seule demeure la Sonate n°3, de Chopin. S’étant prêté au questionnaire de Proust revisité à l’occasion du concert, Adam Laloum avait répondu à la question « Quel est votre plus grand défaut ? » : « L’indécision ». Le public était donc prévenu, et si notre curiosité de l’entendre dans le legs beethovenien n’a pas été satisfaite, le programme pour lequel a finalement opté le pianiste est tout aussi alléchant : Mozart, Schubert et Chopin, avec un choix d’œuvres qui s’est avéré d’une cohérence remarquable.
Jeu droit, pédale légère
Logique chronologique oblige, c’est par la Fantaisie en do mineur K.475, de Mozart, que s’ouvre le récital alors que la salle est plongée dans une inhabituelle obscurité pour les concerts matinaux. L’œuvre, aux multiples tonalités et tempi, sans cesse accidentée, laisse le champ libre à l’imagination. Adam Laloum plaque les premiers accords à l’unisson sans forcer le trait. Dans l’« Adagio » introductif, point de théâtralité excessive. Le jeu est droit, la pédale légère. Le musicien travaille ensuite la matière, met du liant dans les transitions et questionne sans chercher à résoudre.
Il ouvre le sens, plaçant l’auditeur dans une disponibilité d’écoute qui fera mouche dès l’« Allegro » de la Sonate pour piano D.958, de Schubert, en do mineur également, empoignée avec franchise et vigueur. Des basses puissantes et expressives soutiennent des lignes mélodiques au phrasé naturel, parfaitement articulées. Dans le deuxième mouvement, le pianiste nous cueille avec des « subito piano » qu’il semble découvrir en les adressant. Puis le « Menuetto », tout en suspensions, où il laisse le son s’épanouir, avant l’« Allegro » final : une tarentelle légèrement fébrile, mais qu’importe, tant la justesse du propos l’emporte.
Douloureuse « Polonaise »
Laloum, de toute évidence, ne cherche pas à briller, mais à être au plus près des intentions des compositeurs, si périlleuses soient-elles. Et si c’est presque en s’excusant qu’il se présente en scène, silhouette dégingandée, sa bravoure se confirme au clavier dans la seconde partie consacrée à Chopin. La Polonaise-Fantaisie en la bémol majeur op.61, dans laquelle résonne la douleur de la rupture avec George Sand, semble couler de source sous ses doigts. Toute la charge émotionnelle est là et la sensibilité s’exprime aussi bien par la densité de certaines phrases que par la délicatesse des pianissimos.
Autant de couleurs qui se déploient dans les quatre mouvements de la Sonate n°3 en si mineur op.58, grande forme tout en contrastes, explorée avec souffle et hauteur de vue. L’aisance avec laquelle Laloum traverse ses multiples climats – le « Largo », joué au fond du clavier, est splendide – contraste avec des saluts modestes, mains jointes et doigts enchevêtrés, timide sourire esquissé face aux chaleureux applaudissements dont la salle le gratifie après l’exigence d’un tel programme.
Anna Sigalevitch

« Concertos pour piano de Brahms ». Adam Laloum (piano), Orchestre symphonique de la Radio de Berlin, Kazuki Yamada (direction), 1 CD Sony Classical.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-5"> ¤ Au Cinéma des cinéastes, le réalisateur a présenté « Drum », qui ne sortira pas en salle dans son pays.
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L’Iranien Keywan Karimi, en liberté conditionnelle, dévoile son dernier film à Paris

Au Cinéma des cinéastes, le réalisateur a présenté « Drum », qui ne sortira pas en salle dans son pays.



Le Monde
 |    20.02.2018 à 15h49
 • Mis à jour le
20.02.2018 à 15h57
    |

            Clarisse Fabre








                        



   


On ne l’empêchera pas de tourner. Depuis le début des années 2010, le cinéaste Keywan Karimi, né dans le Kurdistan iranien, a des ennuis avec la justice de son pays pour avoir tourné un documentaire sur les graffitis, Writing on the City (bande-annonce visible sur Vimeo), racontant l’histoire politique de Téhéran depuis la révolution de 1979. Le jeune réalisateur a été arrêté, questionné, puis condamné en octobre 2015 à six ans de prison et à 223 coups de fouet pour « insulte envers les valeurs du sacré » et « propagande » contre le régime iranien – une peine ramenée à un an de prison en 2016, en plus des coups de fouet. Son histoire a fait le tour du monde, comme celle des autres cinéastes iraniens condamnés ces dernières années, tels Jafar Panahi et Mohammad Rasoulof.

        Lire le récit :
         

          L’« histoire kafkaïenne » d’un cinéaste iranien condamné à six ans de prison et à 223 coups de fouet




        Lire aussi le compte-rendu :
         

          Un an de prison pour le cinéaste iranien Keywan Karimi



Avant de purger sa peine, Keywan Karimi voulait à tout prix tourner son premier long-métrage de fiction, Drum, adapté du roman éponyme d’Ali-Morad Fadaei-Nia, sur le thème de la peur. Il l’a tourné et monté en l’espace de trois mois au printemps 2016, grâce à l’aide de son producteur François d’Artemare, avec lequel il travaillait à distance. Le film a ensuite été sélectionné au Festival de Venise en septembre 2016.



A l’occasion de la projection de Drum, film expressionniste en noir et blanc, au Cinéma des cinéastes, à Paris, lundi 19 février, Keywan Karimi nous raconte sa vie de réalisateur qui ne sait jamais quand le couperet va tomber. Juste avant que la salle ne plonge dans l’obscurité, il a demandé aux spectateurs de se lever et d’applaudir en hommage aux « combattants kurdes qui se sont battus contre l’Etat islamique et ont été victimes de bombardements ».
« Prêt à aller en prison »
« Je fais mes films, j’assume et je suis prêt à aller en prison. Je ne veux pas m’exiler », déclare-t-il au Monde. Le tournage de Drum s’est fait sans autorisation gouvernementale. « Quand un policier venait nous contrôler, un de mes amis montrait son titre de tournage pour un autre film », sourit-il. A l’issue du tournage, alors que le film venait d’être sélectionné à la Mostra de Venise, il a été convoqué par les autorités iraniennes. « Les juges n’ont pas voulu me mettre en prison pendant le festival, car ça aurait fait trop de publicité au film », grince-t-il.
Finalement il a été incarcéré à Erevan en novembre 2016, jusqu’au printemps 2017. « Je suis tombé malade en prison, une sorte de pneumonie. Les autorités iraniennes ne voulaient pas que je meure. J’ai pu sortir en liberté conditionnelle en avril 2017. Mais on m’a prévenu : si je commets un crime dans l’exercice de mon métier de cinéaste, je serai à nouveau condamné, et on me rajoutera les cinq ans que l’on m’avait enlevés en appel. »
Keywan Karimi : « Les gens veulent le changement. Ils veulent une République, mais pas islamique »
Qu’est-ce qu’un crime dans l’exercice de son métier ? Le réalisateur, âgé de 33 ans, sourit : il ne le sait pas. A propos des manifestations qui ont eu lieu dans son pays, en janvier, il tient à faire cette précision : « On a beaucoup lu dans les journaux européens que les Iraniens descendaient dans la rue pour des raisons économiques, mais ce mouvement est aussi profondément politique. Les gens veulent le changement. Ils veulent une République, mais pas islamique ».
Il y a deux mois, Keywan Karimi a demandé aux autorités iraniennes l’autorisation de sortir en salle son film Drum. Il vient tout juste de recevoir une réponse négative. « On m’a annoncé qu’il n’y aurait pas de sortie en salle, au motif que la qualité du film n’est pas bonne. Depuis sept ans, aucun de mes films n’a été projeté dans mon pays ». Le cinéaste va séjourner en France six ou sept mois, afin de préparer son prochain film. « Puis je rentrerai à Téhéran en décembre pour le tourner, avec les mêmes acteurs non professionnels de Drum. Ils m’attendent. »

        Lire aussi le compte-rendu :
         

          Mobilisation en France pour le cinéaste iranien Keywan Karimi






                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-6"> ¤ Des internautes ont tenté de faire croire que des spectateurs avaient été agressés lors de séances de projection du film. Depuis, les parodies se multiplient.
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« Black Panther » : des tweets racistes deviennent la risée des réseaux sociaux

Des internautes ont tenté de faire croire que des spectateurs avaient été agressés lors de séances de projection du film. Depuis, les parodies se multiplient.



Le Monde
 |    20.02.2018 à 13h16
 • Mis à jour le
20.02.2018 à 13h55
   





                        


La sortie mercredi 14 février du film Black Panther, qui met en scène le premier super-héros noir de la culture comics, continue à faire des remous sur Internet. Déjà victime de plusieurs actions coordonnées malveillantes en ligne, le film a fait l’objet, ces derniers jours, de plusieurs tweets véhiculant de fausses informations.
Ces messages faisaient croire, photos sanglantes à l’appui, que des spectateurs blancs de Black Panther avaient été agressés par des personnes noires. « Un groupe de jeunes Noirs a dit que ce film n’était pas pour moi. Je suis blanc. Ils m’ont ensuite agressé. Je vais aux urgences », pouvait-on lire dans un message. Dans un autre, « je suis allé voir Black Panther avec ma petite amie, et un adolescent noir a crié “vous n’êtes pas dans le bon cinéma” et a écrasé une bouteille sur son visage ».

Fake posts are being created to make black people look bad and the sad part of it is some people will believe them… https://t.co/WnhyinOrrw— trapafasa (@Trapa Fasa)


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Ces impostures ont rapidement été démasquées : une simple recherche sur Google images permettait en quelques secondes de constater que les photos reproduites dans ces tweets n’étaient pas nouvelles, et n’avaient rien à voir avec Black Panther.
Des dizaines de parodies
Cette réaction rapide a endigué la propagation de ces tweets, et ouvert la voie, à la place, à un flot de parodies. « C’est une photo de mon père. Hier soir, nous sommes allés voir Black Panther, et il a été agressé par un groupe d’ados noirs sur un parking. Ils s’en sont pris à lui avec un lance-flammes », peut-on par exemple lire dans un tweet partagé près de 50 000 fois, accompagné d’une photo du personnage Double-Face dans le film The Dark Knight.

“This is a picture of my dad. Last night we went to see #BlackPanther and got jumped by a group of black teens in t… https://t.co/sanVMuDAqo— RUSKlN (@goomba)


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« Hier soir, je suis allé voir Black Panther quand un enfant noir qui avait l’air d’avoir 4 ans m’a dit que ce film n’était pas pour moi et m’a violemment agressé avec une bombe atomique de 18 mégatonnes. »

last night i was attending black panther when a black child who looked to be around four years old told me "this mo… https://t.co/fWb1n97tkm— AkinasEightSix (@Hachimals)


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Des dizaines de tweets ont ainsi pris le contre-pied des messages racistes initialement publiés sur le réseau social. Une partie de ceux-ci ont été supprimés par Twitter, mais quelques-uns, peu partagés, sont toujours en ligne.
La pop culture visée par l’extrême droite
Ce n’est pas la première fois que Black Panther est la cible d’internautes mal intentionnés. Avant la sortie du film, un groupe Facebook, mené par des utilisateurs liés à la mouvance nationaliste et suprémaciste, avait annoncé son intention de faire baisser la note de Black Panther sur Rotten Tomatoes, un site américain de référence sur le cinéma, en l’inondant de commentaires négatifs. Rotten Tomatoes avait répondu au Hollywood Reporter qu’il ne tolérerait pas ce type d’agissements. De son côté, Facebook avait désactivé le groupe en question.
En France, quelques jours avant sa sortie, plusieurs actes de vandalisme en ligne ont été constatés. Un internaute a, par exemple, modifié la page Wikipedia française du film pour transformer le titre québécois en Les Dix Petits Nègres – une modification révoquée une vingtaine de minutes plus tard par un autre utilisateur de l’encyclopédie en ligne. Un utilisateur du site Sens critique, qui permet aux internautes de partager leur avis sur des œuvres, a également modifié le titre original du film, pour le remplacer, là aussi, par Les Dix Petits Nègres.

        Lire aussi :
         

                « Black Panther » : le premier super-héros noir reprend du pouvoir dans la pop culture américaine



Par ailleurs, le week-end précédant la sortie du film, le titre s’affichant sous l’affiche Black Panther, dans la version française de Google, est devenu La Planète des singes : suprématie. Ce qui, selon Google France, relevait d’une erreur technique, et non d’un acte malveillant – d’autres titres, d’autres films, avaient aussi été mélangés.
Films et séries grand public sont régulièrement la cible de groupes d’internautes d’extrême droite, qui reprochent à la pop culture ses tentatives de diversification. A la fin de 2016, le film Rogue One, issu de l’univers Star Wars, avait par exemple fait l’objet d’un appel au boycott, de la part d’internautes estimant qu’il s’agissait d’un film « anti-Blancs » et de « propagande féministe ». Ce qui ne l’a pas empêché de devenir le plus grand succès au box-office américain cette année-là. Black Panther semble prendre le même chemin : le film, salué par la critique, a fait un démarrage spectaculaire, engrangeant 192 millions de dollars lors de son premier week-end, dépassant déjà d’une vingtaine de millions les attentes, déjà élevées, des pronostiqueurs.

        Lire la critique du « Monde » :
         

          « Black Panther » : l’Afrique a enfin son super-héros sur grand écran






                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-7"> ¤ La jeune Lucie Picandet expose ses aquarelles, broderies et sculptures organiques à la galerie Georges-Philippe & Nathalie Vallois, à Paris.
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Lucie Picandet, une artiste haute en coulures


                      La jeune Lucie Picandet expose ses aquarelles, broderies et sculptures organiques à la galerie Georges-Philippe & Nathalie Vallois, à Paris.



Le Monde
 |    20.02.2018 à 11h47
    |

                            Roxana Azimi








   


La parole n’est pas le fort de Lucie Picandet, 35 ans, lauréate du prix Révélations Emerige 2015, qui expose des aquarelles, broderies et sculptures à la galerie Georges-Philippe & Nathalie Vallois, à Paris. L’artiste serait plus du genre à écouter.
Les voix de la foi tout d’abord, qui l’ont menée vers des études de théologie. « Je voulais savoir si la croyance était une matière », dit-elle, sibylline. Une autre musique intérieure l’entraînera vers l’art.
Après une prépa stylisme, Lucie Picandet rejoint les Beaux-Arts de Paris. Le peintre Jean-Michel Alberola qui y enseigne la prend sous son aile. Comme lui, la jeune étudiante aime tisser des liens entre l’art, le cinéma et, surtout, la littérature.
Lucie Picandet a toujours en tête des fictions, qui servent de matrice à ses œuvres. Mais ces histoires ne sont jamais révélées aux spectateurs. Affaire intime. Affaire sérieuse aussi. « C’est là où je me sens vivante, dit-elle. Les écrits, c’est la seule chose dont la valeur est sûre. Les images, ça reste du maquillage. » 
Le mariage de la chair et de l’esprit
Mais, parfois, le point de départ de ses œuvres n’est pas un texte. Pour son exposition à la galerie Vallois, Lucie Picandet est partie d’une carte postale dénichée en 2004 aux Puces, représentant la façade d’un manoir avec un jardin. Une image mal cadrée, au pittoresque cheap, dont elle s’est inspirée pour dessiner trois planches de story-boards.
Ses dessins célèbrent le mariage de la chair et de l’esprit. Pendant six ans, elle a recopié des planches d’anatomie en écoutant les enregistrements des cours du philosophe Gilles Deleuze. De cet exercice lui est venu le goût des formes organiques dessinées puis brodées.
Aujourd’hui, la couture a fait place à la coulure. « J’ai tout le temps envie d’en faire alors que je détestais ça aux Beaux-Arts, confie-t-elle. J’aime l’idée de laisser travailler des pigments sans les contrôler. » Mais, ajoute-t-elle, soudain inquiète : « Ce n’est pas honnête. C’est un effet de spectacle. » Un gros mot pour une femme en quête de sens.

   


« Lucie Picandet Au jour d’Hui », galerie Georges-Philippe & Nathalie Vallois, 36, rue de Seine, Paris 6e. Jusqu’au 3 mars. galerie-vallois.com



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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-8"> ¤ Emmanuel Macron a reçu le rapport de l’académicien Erik Orsenna, qui préconise notamment une extension des horaires d’ouverture des bibliothèques publiques.
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Culture : vers l’ouverture des bibliothèques le dimanche

Emmanuel Macron a reçu le rapport de l’académicien Erik Orsenna, qui préconise notamment une extension des horaires d’ouverture des bibliothèques publiques.



Le Monde
 |    20.02.2018 à 10h40
 • Mis à jour le
20.02.2018 à 11h04
    |

            Sandrine Blanchard








                        


Emmanuel Macron ne quitte plus Françoise Nyssen. Surtout lorsqu’une personnalité connue de la société civile est associée à l’une de ses promesses culturelles de campagne. Mardi 13 février, le président de la République organisait, à l’Elysée, la signature de la convention sur le futur « loto du patrimoine » en présence de sa ministre de la culture et de l’animateur Stéphane Bern.
Mardi 20 février, à la médiathèque des Mureaux (Yvelines), le chef de l’Etat a accompagné la locataire de la rue de Valois pour la remise officielle du rapport sur les bibliothèques, rédigé par leur ami commun, l’académicien Erik Orsenna, avec le concours de Noël Corbin, inspecteur général des affaires culturelles. L’occasion de présenter les premières mesures en faveur d’un « plan bibliothèques ».
Désigné par Françoise Nyssen « ambassadeur de la lecture » en juin 2017, l’écrivain a mené pendant trois mois un « tour de France » des lieux de lecture publique. Cette mission bénévole se voulait un préalable à la mise en œuvre de l’engagement présidentiel d’étendre les horaires des bibliothèques en soirée et le week-end afin de renforcer « la culture de proximité » et de lutter contre « la ségrégation culturelle », thème cher à la ministre de la culture.
« Maison de service public culturel »
La lecture publique, c’est d’abord des chiffres impressionnants : 16 500 lieux (7 700 bibliothèques, 8 800 points d’accès aux livres), 38 000 agents et 82 000 bénévoles, 1,7 milliard de dépenses pour les collectivités territoriales, 6,5 millions de mètres carrés soit « l’équivalent de cent musées du Louvre ». 
En 2016, 40 % des Français de 15 ans et plus se sont rendus dans une bibliothèque et seuls 12 % y empruntent des livres. Si le rapport prône une ouverture plus large, en adéquation avec les rythmes de vie, il formule aussi une série de propositions pour les transformer en véritable « maison de service public culturel ». Car de leur « voyage au cœur de la France des bibliothèques », Erik Orsenna et Noël Corbin ont acquis une conviction : « Les bibliothèques d’aujourd’hui ne sont plus celles que vous croyez ! » 
Extension des horaires d’ouverture 
« Il faut changer de rythme et d’échelle, ouvrir mieux et plus », recommande le rapport. Actuellement, en semaine, l’immense majorité des bibliothèques ferment entre 12 et 14 heures et tôt le soir ce qui pénalise les actifs, les scolaires et les étudiants. Et seules 130 établissements sont ouverts régulièrement le dimanche. Pour rattraper le retard, il est proposé qu’« un objectif ambitieux soit fixé ». S’appuyant sur les comparaisons internationales, le document retient comme « référentiel » une ouverture moyenne de 45 heures hebdomadaires pour les villes de plus de 20 000 habitants et de 50 heures pour celles de plus de 100 000 habitants. « A tout le moins, au moins une bibliothèque devrait être ouverte le dimanche dans toutes les villes de plus de 100 000 habitants. » 

   


Si le « tour de France » d’Erik Orsenna a concerné les bibliothèques municipales, le rôle des bibliothèques universitaires (BU) n’est pas oublié : « L’Etat ne peut pas demander aux collectivités locales de faire un effort sans être irréprochable pour ce qui relève de sa responsabilité. » Or, « moins de quinze BU sont ouvertes le dimanche pour 2,5 millions d’étudiants », indique le rapport. Et la situation est particulièrement « critique » à Paris. Il est donc proposé d’ouvrir deux BU le dimanche dans la capitale dès 2018 et d’envisager « des espaces de coworking dans des locaux publics habituellement fermés le dimanche ».
Aide financière aux collectivités
« Pour faire plus, les élus locaux ont besoin de l’aide de l’Etat », insiste le document. L’augmentation de 8 millions d’euros de la dotation générale de décentralisation en faveur des bibliothèques – votée dans la loi de finances 2018 – pour les cinq années à venir, devrait permettre de soutenir « 200 projets d’extension d’horaires », calcule le rapport. Si l’impulsion est réelle, elle est loin d’être suffisante pour financer l’ensemble des coûts (salaires et fonctionnement) induits par une plus large amplitude horaire. Soulignant que les contrats aidés sont « un chaînon indispensable entre les professionnels et les bénévoles », les auteurs du document plaident pour que ces emplois soient maintenus au sein des bibliothèques et suggèrent aussi de faire davantage appel à des étudiants. En outre, ils proposent d’encourager, dans les petites villes, « la mutualisation de locaux et de personnels d’accueil » entre les bibliothèques et les agences postales.
Des missions élargies 
De plus en plus de bibliothèques ne sont plus seulement des lieux où l’on emprunte des livres mais des lieux de vie et d’échanges. Considérant qu’elles sont « des outils inestimables pour lutter contre les fractures de notre société », le rapport préconise de renforcer leur rôle dans l’accès aux pratiques culturelles, la lutte contre l’exclusion numérique, l’aide à l’insertion (en y développant des permanences de Pôle emploi), l’éducation à la lecture (en multipliant les partenariats avec les collèges et lycées). Le ministère de la culture souhaite aussi qu’au moins une bibliothèque par département soit référente pour l’apprentissage du français, notamment à destination des migrants, et qu’au moins trois bibliothèques par département proposent un module de sensibilisation aux « fake news ».



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-9"> ¤ Les documentaires de Ruth Beckermann et Dieudo Hamadi rendent tous deux compte des élections au Congo et en Autriche.
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Cinéma : à la Berlinale, la démocratie trébuche

Les documentaires de Ruth Beckermann et Dieudo Hamadi rendent tous deux compte des élections au Congo et en Autriche.



Le Monde
 |    20.02.2018 à 10h05
 • Mis à jour le
20.02.2018 à 17h11
    |

                            Thomas Sotinel (Berlin, envoyé spécial)








                        



                                


                            

Deux élections présidentielles, l’une a eu lieu en 1986, l’autre aurait dû se tenir en 2016. La première en Autriche, la seconde en République démocratique du Congo. En rendent compte deux films, deux documentaires, Waldheims Walzer (« la valse de Waldheim »), de Ruth Beckermann, et Kinshasa Makambo (« le casse-tête de Kinshasa »), de Dieudo Hamadi, projetés l’un à la suite de l’autre le 18 février dans la section Forum de la 68e Berlinale.
Les deux films sont distants de trois décennies et de 10 000 km, ils ont en commun d’avoir été réalisés par des cinéastes engagés dans le processus qu’ils décrivent – la campagne pour obtenir le retrait de Kurt Waldheim du processus électoral à la suite de la révélation de ses activités militaires pendant la seconde guerre mondiale et le mouvement pour empêcher Joseph Kabila de modifier la Constitution afin de se maintenir au pouvoir. L’implication de Ruth Beckermann, née en 1952 à Vienne, et de Dieudo Hamadi, né en 1984 à ­Kisangani, donne à leurs films la même urgence ; l’échec des mouvements qu’ils filment (Kurt Waldheim fut élu, Joseph Kabila se représentera lors d’un scrutin dont la date n’est pas fixée) les conduit à la même lucidité.
L’échec des mouvements qu’ils filment conduit les deux réalisateurs à la même lucidité
En 1986, armée de l’une des toutes premières caméras vidéo, Ruth Beckermann filme dans les rues de Vienne les échanges entre partisans de Kurt Waldheim, l’ex-secrétaire général des Nations unies (1972-1981) qui se présente sous les couleurs de l’ÖVP (chrétiens-démocrates), et les opposants à sa candidature, qui font valoir que ses états de service de lieutenant de la Wehrmacht, qu’il a longtemps cachés, font de lui le complice de crimes contre l’humanité.
Pour donner son rythme à sa Valse de Waldheim, la réalisatrice alterne matériau personnel (fondatrice du petit groupe qui fut à l’origine de la campagne d’opposition, elle en a filmé les réunions)...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-10"> ¤ Le festival de cinéma a vu le lancement de la structure en ligne « SpeakUp » pour soutenir les victimes d’harcèlement et d’agression.
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Lutte contre le harcèlement, débat sur la parité : la Berlinale se met à l’heure #metoo

Le festival de cinéma a vu le lancement de la structure en ligne « SpeakUp » pour soutenir les victimes d’harcèlement et d’agression.



Le Monde
 |    20.02.2018 à 09h27
 • Mis à jour le
20.02.2018 à 10h07
    |

                            Thomas Sotinel (Berlin, envoyé spécial)








                        



   


Depuis son ouverture, jeudi 15 février, la Berlinale s’est efforcée de faire toute sa place aux débats nés ou ravivés dans le sillage de l’affaire Weinstein. Cette volonté s’est manifestée par l’inclusion de deux rencontres consacrées l’une à la parité, l’autre au harcèlement et aux agressions sexuelles, dans le programme officiel du festival. Ce qui n’a pas empêché le directeur de la Berlinale, Dieter Kosslick, d’être interpellé au sujet de la présence au programme de la section Panorama de Human, Space, Time and Human, film du réalisateur coréen Kim Ki-duk qui a été condamné à une amende par la justice de son pays pour avoir giflé une actrice sur son plateau. Les mêmes magistrats ont classé sans suite la plainte pour agression sexuelle de la même actrice.

        Lire le compte-rendu :
         

          Menu pantagruélique à la Berlinale



Ces débats, ces polémiques mettent en lumière les divisions de l’industrie cinématographique, particulièrement en Europe. Samedi 17 février, plus d’une centaine de professionnels se sont retrouvés pour débattre des moyens pour parvenir à l’égalité des genres dans la répartition des aides publiques. Neuf participants sur dix étaient des participantes, et l’Europe du Nord était surreprésentée. Parmi les intervenantes, la directrice de l’Institut suédois du film, Anna Serner, a proposé le modèle en vigueur dans son pays : l’argent distribué par son institution doit se répartir également entre réalisateurs et réalisatrices. A cette exigence, une autre s’ajoutera à partir de mars : les sociétés qui solliciteront des aides publiques devront, pour les obtenir, faire suivre à leurs dirigeants et à leurs employés une formation d’un jour sur le harcèlement, offerte par l’Institut suédois du film. Anna Serner n’a pas caché que cette dernière mesure avait suscité un tollé dans son pays, où elle a été accusée de faire entrer le « politiquement correct » dans le champ de la création.
De la Berlinale au Festival de Cannes
Dans le reste de l’Europe, ces mesures inspirent l’envie (des participantes à la rencontre) ou la dérision. Un distributeur français présent à Berlin estimait, au détour d’une conversation, la parité des aides inapplicable, faute de réalisatrices. En Suède, a expliqué Mme Serner, « les producteurs ont trouvé des femmes pour obtenir leur argent ». Quant à la France, aucune mesure concrète n’a suivi la signature par les organisations professionnelles de la « charte pour l’égalité entre les hommes et les femmes dans le secteur du cinéma » en 2013, comme le faisait remarquer Bérénice Vincent, responsable des ventes internationales des Films du Losange, l’une des seules Françaises présentes à la rencontre du 17 février. Avec les membres de l’association Le Deuxième Regard, dont elle est l’une des fondatrices, elle prépare une initiative pour donner un contenu effectif à la charte, qui devrait être dévoilée dans les prochaines semaines.
La rencontre du 17 février s’est conclue par le lancement de SpeakUp, une structure en ligne destinée à soutenir les victimes d’harcèlement et d’agression pendant les festivals de cinéma en leur proposant informations et écoute. A l’origine de cette initiative, la directrice de la société de ventes internationales Doc & Film, Daniela Eltsner, qui est l’une des seules professionnelles travaillant en France (elle est de nationalité allemande) à raconter publiquement, dans la publication professionnelle Screen International, avoir été agressée par une figure connue de l’industrie cinématographique française, dont elle n’a pas donné le nom. « En France, ces histoires ressortent derrière des portes fermées », observe-t-elle. Forts du soutien de la Berlinale, les initiateurs de SpeakUp (outre Daniela Eltsner, le dirigeant de société de ventes internationales Jean-Christophe Simon et la réalisatrice polonaise Małgorzata Szumowska) comptent maintenant se tourner vers le Festival de Cannes.
Pour Dieter Kosslick, la décision de mettre en valeur ces débats allait de soi : en janvier, l’industrie allemande a été secouée par les révélations d’agressions sexuelles commises par l’un des producteurs de télévision les plus puissants du pays, Dieter Wedel, « le Weinstein allemand », estime le directeur de la Berlinale. Il a fallu ensuite traiter le cas Kim Ki-duk, en se procurant les attendus du jugement, et en les faisant traduire. « Je ne voulais pas me retrouver dans la position du censeur en retirant le film de la programmation », explique Dieter Kosslick pour expliquer que Human, Space, Time and Human n’ait pas été déprogrammé, avant de conclure : « Il nous faut trouver l’équilibre entre le débat et le spectacle ». Une exigence avec laquelle d’autres directeurs de festivals de cinéma devront composer.

        Lire aussi la critique :
         

          A la Berlinale, la démocratie trébuche






                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-11"> ¤ Guillermo del Toro signe un conte de fées, traversé de sous-entendus politiques.
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« La Forme de l’eau » : un monstre dans l’eau trouble américaine

Guillermo del Toro signe un conte de fées, traversé de sous-entendus politiques.



Le Monde
 |    20.02.2018 à 07h56
 • Mis à jour le
20.02.2018 à 10h19
    |

            Jacques Mandelbaum








                        



                                


                            

L’avis du « Monde » – à ne pas manquer
Génie contemporain du cinéma fantastique, grand raconteur d’histoires et inventeur de formes, le Mexicain Guillermo del Toro, 53 ans, nous arrive aujourd’hui bardé de treize nominations aux Oscars pour La Forme de l’eau. Nonobstant la frénésie de communication que l’académie a su imposer à l’échelle planétaire, à commencer chez les journalistes, ce n’est évidemment pas une raison suffisante pour rendre son auteur estimable. En cela semblable à la créature merveilleuse qui hante son film, del Toro mériterait plutôt notre admiration par la manière souple et déliée avec laquelle il parvient, depuis vingt ans, à nager dans les courants hollywoodiens – même contraires –, sans y perdre son intégrité.

Soit, ici, une fable d’époque. L’Amérique clinquante du début des années 1960, détachée sur le fond obscurément paranoïaque de la guerre froide. Un laboratoire de l’armée ultrasecret, où une créature pêchée en Amérique latine, dotée de pouvoirs extraordinaires, devient l’objet d’étude de l’armée américaine. Mi-homme, mi-poisson, le monstre turquoise aux reflets ambrés, puissant et délicat à la fois, effroyable en même temps qu’aimable si cela se peut, suscite l’intérêt contradictoire de plusieurs personnages en particulier. En premier lieu son principal geôlier, l’inquiétant colonel Richard Strickland (Michael Shannon), incarnation brutale et putride (mordu par le monstre, il pourrit lentement par les doigts) de ce que les Etats-Unis comptent de plus réactionnaire, armé en permanence de son gourdin électrique, torturant la créature du matin au soir, inspirant la terreur à ses subordonnés, répandant la frigidité dans son foyer.

Le docteur Robert Hoffstetler (Michael Stuhlbarg), médecin de l’armée attaché à l’expérience, homme de compassion, s’y intéresse de très près aussi, pour des raisons que le film dévoilera insensiblement. Enfin, Elisa Esposito (Sally Hawkins), femme de ménage muette d’origine...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-12"> ¤ Le cinéaste mexicain explique comment il a réussi à tourner « La Forme de l’eau » avec un budget réduit.
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Guillermo del Toro : « En vieillissant, on est prêt à se servir des accidents pour créer »

Le cinéaste mexicain explique comment il a réussi à tourner « La Forme de l’eau » avec un budget réduit.



Le Monde
 |    20.02.2018 à 07h55
 • Mis à jour le
20.02.2018 à 07h56
    |

                            Thomas Sotinel








                        



                                


                            

Le réalisateur mexicain Guillermo del Toro, 53 ans, a recueilli treize nominations aux Oscars pour son film La Forme de l’eau. Nous l’avons rencontré en octobre 2017, au festival Lumière de Lyon, où l’on projetait Cronos (1993), l’histoire d’un bon grand-père changé en vampire.

Qu’est-ce qui a changé dans votre processus créatif depuis vos débuts ?
Quand on est jeune, on veut tout contrôler. En vieillissant, on est prêt à se servir des accidents. Si un acteur ne fait pas ce que vous attendez de lui, au lieu de le corriger, on se demande s’il n’a pas raison. On joue avec la réalité, plutôt que d’essayer de la domestiquer. Plus on croit avoir besoin de contrôler, plus on est vulnérable à l’échec.
Comment faites-vous pour laisser assez d’espace aux accidents dans un film aussi complexe que « La Forme de l’eau » ?
C’est comme un numéro de trapèze. L’accident, c’est de rater l’autre trapèze. Alors on prévoit tout, la forme de la barre, la longueur des cordes, la qualité du talc qu’on se met sur les mains. On fait le numéro, la plupart du temps il réussit. Et parfois on frôle l’accident, et le public fait « Ahh ». Une vraie œuvre d’art, c’est quand on arrive à ce que le public fasse « Ahh ».
« La Forme de l’eau » est aussi un film très politique, qui évoque des événements actuels.
Le film a été écrit bien avant l’élection de 2016. En tant qu’immigré, je vois le monde s’enfoncer dans les divisions, la haine, la peur. La peur infiltre tout, comme l’humidité. Cinquante-trois ans d’expérience m’ont conduit à croire que les Beatles, Jésus et Bouddha ont raison et qu’on n’a besoin que d’amour. C’est ce que disait le grand-père dans Cronos : « Je ne sais pas ce qui m’arrive, mais je crois qu’il vaut mieux que nous le vivions ensemble. »
Comment avez-vous choisi les images tirées de l’histoire du cinéma qui parsèment...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-13"> ¤ Alexandre Coffre signe une adaptation sage des aventures du duo franco-belge.
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Article sélectionné dans La Matinale du 19/02/2018
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« Les Aventures de Spirou et Fantasio » : bain de modernité pour deux héros de BD

Alexandre Coffre signe une adaptation sage des aventures du duo franco-belge.



Le Monde
 |    20.02.2018 à 06h30
 • Mis à jour le
20.02.2018 à 08h11
    |

            Isabelle Regnier








                        



                                


                            

L’avis du « Monde » – pourquoi pas
Après Astérix et Obélix, le Petit Nicolas, le Marsupilami, en attendant Gaston Lagaffe et Corto Maltese, voici venu le tour de Spirou et Fantasio. Pour son 80e anniversaire, le célèbre duo franco-belge se paye une cure de jouvence en sautant de la bande dessinée au grand écran. Le résultat est mitigé – à la fois sympathique et tristement dépourvu d’inspiration. Cette comédie, qui pourrait annoncer une longue série à venir, est à la fois un récit des origines et une aventure rocambolesque qui va entraîner les héros d’un grand hôtel de la Riviera jusqu’aux dunes du Sahara.
Dans l’établissement où il s’amuse, déguisé en groom, à dépouiller les clients de leurs richesses, Spirou le monte-en-l’air (Thomas Solivérès) fait une alliance de circonstance avec Fantasio, journaliste gentiment à côté de la plaque (Alex Lutz) qui en pince pour la futée Seccotine (Géraldine Nakache), une concurrente qui a toujours un coup d’avance sur lui. Avec la complicité du comte de Champignac (Christian Clavier), un vieux scientifique un peu toqué qui les prend sous son aile, ils se lancent à la poursuite de Zorglub (Ramzy Bedia), savant fou mégalomane qui cherche furieusement la recette qui lui permettrait de mettre l’humanité à sa botte.
Thomas Solivérès, véritable révélation
Puisant son inspiration dans la période Franquin de Spirou, mais aussi, beaucoup, chez Tintin, tout en parodiant gentiment James Bond, le film vaut pour son ton fantaisiste et bon enfant, totalement dépourvu d’esprit de sérieux. Et pour la manière dont il réussit à réactiver ce rapport candide à la science, à l’aventure, caractéristique de tout un pan de la bande dessinée du milieu du siècle dernier, sans pour autant verser dans la nostalgie.
Grâce aux acteurs, à leur présence moderne – on saluera en particulier, dans le rôle de Spirou, la performance piquante de Thomas Solivérès, véritable révélation –, il réussit, tout au contraire, à l’actualiser....




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-14"> ¤ Chaque mardi, « La Matinale du Monde » vous propose un choix de séries à (re)découvrir sur petit écran.
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De « Gomorra » à Sarah Jessica Parker : notre semaine en séries

Chaque mardi, « La Matinale du Monde » vous propose un choix de séries à (re)découvrir sur petit écran.



Le Monde
 |    20.02.2018 à 06h29
 • Mis à jour le
20.02.2018 à 07h23
   





                        


LES CHOIX DE LA MATINALE
La saison 3 de Gomorra, inspirée du livre de Roberto Saviano ; Here and Now, signée du créateur de la série mythique Six Feet Under, et le retour de Sarah Jessica Parker, l’héroïne de Sex and the City, dans une nouvelle série intitulée Divorce.
« Gomorra », se forger un clan à soi

Contrairement à nombre de séries, Gomorra, inspirée du récit de Roberto Saviano sur la mafia napolitaine, maintient au plus haut la tension de son récit et la qualité de sa mise en scène en saison 3. Après l’assassinat du parrain Pietro Savastano et le démantèlement de son clan, voici venu le temps des plus jeunes, c’est-à-dire de son fils, Gennaro, et de son bras droit, Ciro, dit « l’Immortel ». A eux de se faire une place dans l’implacable trafic de la drogue. A eux de se couler dans le grand marigot de la Camorra, à Naples, pour conquérir fortune, visibilité et respectabilité.
Or ces deux hommes ont passablement changé, depuis qu’on les a découverts, en 2014 : Gennaro a dorénavant un tout jeune fils et son beau-père pour pire ennemi ; Ciro, après avoir perdu sa femme et sa fille par sa faute, a plus la triste figure d’un lonesome cowboy que d’un trafiquant aux dents longues. Et la descente aux enfers n’est pas terminée. Martine Delahaye
Gomorra, saison 3, série créée par Roberto Saviano, Stefano Sollima, Claudio Cupellini et Francesca Comencini. Avec Marco D’Amore, Salvatore Esposito, Arturo Muselli (Italie, 2017, 12 × 50 min). Le jeudi sur Canal+ à 21 heures.
« Here and Now », une famille anti-Trump

S’il exista un pilote frappant, ce fut bien celui de Six Feet Under (2001-2005), formidable série d’Alan Ball sur une famille de croque-morts. On ne saurait en dire autant de celui de Here and Now, du même auteur : on y découvre la famille Bayer-Boatwright, installée à Portland, dans le nord-ouest du pays, sous la présidence Trump.
Anciens étudiants de Berkeley très Flower Power, les deux intellectuels que sont Audrey et Greg (Holly Hunter et Tim Robbins) ont adopté des enfants de la diversité, désormais adultes : Ramon, né en Colombie, Ashley, venue du Liberia, et Duc, d’origine vietnamienne. Puis, ils ont conçu Kristen, qui, avec la lucidité de ses 17 ans, se qualifie de « l’ennuyeuse gamine blanche de la famille ».
Alors que débute la série, le père, enseignant en philosophie, déprimé et infidèle sans enthousiasme, se voit infliger une grande fête pour ses 60 ans. Celle-ci est menée de main de maître par sa femme, dont le passé professionnel de thérapeute et les bons sentiments n’ont d’égal que son indécrottable psycho-rigidité.
Parallèlement à la présentation de cette famille, que l’on devine dysfonctionnelle, s’annonce un mystère, de nature surnaturelle ou hallucinatoire. Leur fils homosexuel Ramon a des visions : le chiffre onze s’affiche en double un peu partout. Maladie mentale ? Phénomène surnaturel ? Reste à espérer que l’aspect artificiel, voire caricatural et surjoué du pilote ne soit qu’un trompe-l’œil. M. De.
Here and Now, série créée par Alan Ball. Avec Holly Hunter, Tim Robbins (EU, 2018, 10 × 52 min). Sur OCS le lundi à 20 h 40 en US + 24.
« Divorce » : Sarah Jessica Parker, un retour moins piquant

Le retour de Sarah Jessica Parker en héroïne d’une série télévisée était particulièrement attendu par ceux qui avaient suivi les aventures de Carrie Bradshaw, dans Sex and the City (1998-2004), créée par Darren Star. On pourrait presque voir dans Frances Dufresne la version mariée, rangée et bientôt divorcée de Carrie, installée avec mari (Thomas Haden Church) et enfants dans une maison confortable d’une banlieue résidentielle de New York. Carrie s’ennuie, s’offre une infidélité conjugale qui met à terre son mariage. La suite brode sur les clichés bien connus de ce genre de situation : les bonnes copines plus ou moins secourables, le ressentiment des enfants, les relations tantôt conflictuelles, tantôt pacifiées entre les ex-époux, l’envie d’une nouvelle vie sans trouver le partenaire à la hauteur. C’est trop peu, probablement, pour retrouver l’esprit libertaire et frondeur de Sex and the City, mais assez pour suivre d’un œil un peu distant et souvent amusé les aventures de Frances, aussi agaçante et attachante que l’était Carrie. Renaud Machart
Divorce, saison 2, série créée par Sharon Horgan. Avec Sarah Jessica Parker, Thomas Haden Church (EU., 2018, 8 x 30 min). OCS Go à la demande.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-15"> ¤ A son domicile et à l’école de cinéma où le réalisateur burkinabé enseignait, proches et étudiants se souviennent « d’un homme génial et très généreux ».
<filname="PROF-0,2-3246,1-0,0-15"> ¤         

Reportage

Ouagadougou rend hommage au « maestro » Idrissa Ouedraogo

A son domicile et à l’école de cinéma où le réalisateur burkinabé enseignait, proches et étudiants se souviennent « d’un homme génial et très généreux ».

Par                                            Morgane Le Cam (Ouagadougou, correspondance)




LE MONDE
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        Le 19.02.2018 à 19h12

     •
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        Mis à jour le 20.02.2018 à 10h05






    
Le réalisateur burkinabé Idrissa Ouedraogo à la Cinémathèque française à Paris, en 2008.
Crédits : BERTRAND GUAY/AFP


On le surnommait le « maestro » du cinéma africain, mais ses plus anciens proches l’appelaient « Wilson Pickett », du nom du chanteur et compositeur américain de soul et de blues qu’il affectionnait tant. Idrissa Ouedraogo, célèbre réalisateur burkinabé, s’est éteint dimanche 18 février à l’âge de 64 ans. « Son décès m’a surpris. Je le revois encore ici la semaine dernière, en train de parler avec ses voisins. Il allait bien. Je savais qu’il avait des problèmes de tension mais je ne pensais pas que c’était à ce point-là », regrette Issa Saga, un ami réalisateur.
Lundi, la cour familiale du « maestro », à Ouagadougou, connaissait l’animation des jours de deuil. Dans un ballet incessant, proches et moins proches entrent et sortent, jetant un regard triste au portrait en noir et blanc d’Idrissa Ouedraogo, l’œil espiègle, fixant l’objectif. Le quartier entier est endeuillé. Car « Idrissa », comme l’appelaient affectueusement ses voisins, était évidemment connu de tous. « C’était un homme très généreux. Il nous assistait dès qu’il y avait un problème. Il était très entouré et partageait toujours ses repas et sa bière », se remémore Edmond Sawadogo, l’un de ses voisins.

        Lire aussi :
         

                Idrissa Ouedraogo, le cinéaste burkinabé qui se battait contre la fatalité



Un mot revient dans la bouche de tous ses proches : « génie ». Idrissa Ouedraogo n’a pas mis longtemps à obtenir la reconnaissance de ses pairs. En 1981, sa première œuvre, Poko, est couronnée du prix du meilleur court-métrage au prestigieux Festival panafricain du cinéma et de la télévision de Ouagadougou (Fespaco). Dix ans plus tard, le réalisateur entre dans l’histoire du cinéma africain et fait la fierté de son pays en devenant le premier Burkinabé à remporter le prix suprême du Fespaco, l’Etalon d’or, avec son long-métrage Tilaï.
« Il n’était pas là pour s’amuser »
En plus de trente-cinq ans de carrière, Idrissa Ouedraogo a tourné une quarantaine de films. Insatiable, il voulait en faire encore davantage. « Il venait de terminer un scénario », affirme Ismaël Ouedraogo, un cinéaste qui fut à plusieurs reprises son assistant. Dans ce film en gestation intitulé Duel au soleil, le « maestro » voulait revenir sur le rôle joué par la chefferie traditionnelle burkinabée lors de la colonisation. Il n’aura pas eu le temps d’en faire le casting. « Nous voulons réaliser ce film. Nous allons chercher des financements pour qu’il voie le jour, pour lui rendre un dernier hommage », poursuit l’ancien assistant.



Ismaël Ouedraogo se souvient d’un « homme de caractère » qui « insistait beaucoup pour avoir de belles images et de beaux cadres ». « Il était aussi très porté sur le son », ajoute-t-il. Avec ses acteurs, Idrissa Ouedraogo n’était pas tendre. « Il était perfectionniste et n’était pas là pour s’amuser. Il nous criait souvent dessus, mais après, il venait nous expliquer qu’il le faisait pour notre bien, pour que le résultat soit excellent », raconte Roukiétou Barry, une actrice présente dans plusieurs de ses films, dont Yaaba, Tilaï ou encore Karim et Sala. « Il a lancé ma carrière et est devenu comme mon papa », poursuit la comédienne, qui retient avant tout la générosité du réalisateur.
Ce sens du partage, il l’avait aussi avec les étudiants de l’Institut supérieur de l’image et du son de Ouagadougou (ISIS). Lui qui venait quasi quotidiennement dans la cour de cette école de cinéma pour taquiner les étudiants et parler de mise en scène avait des habitudes bien à lui. « Il n’aimait pas le principe du cours. S’asseoir à un bureau et enseigner, ce n’était pas son truc », se souvient Toussaint Zongo, l’un de ses anciens étudiants. « Il venait, passait la tête par la porte et, quand un cours l’intéressait, il entrait et nous faisait profiter de son savoir », ajoute Rachida Maïga, étudiante en master 1 de fiction à l’ISIS.
Le sens de l’improvisation
Une improvisation que l’on retrouvait sur les plateaux de tournage, comme se remémore l’apprentie réalisatrice, qui a pu assister à quelques tournages d’Idrissa Ouedraogo : « Il ne respectait jamais ce qu’il avait écrit. Il avait le film dans sa tête, c’était impressionnant. Pendant qu’une scène se tournait, il prenait des notes sur sa main ou sur son paquet de cigarettes pour la suivante. On tournait souvent autre chose que ce qu’il y avait dans le scénario. Pour moi, c’était une des marques de son génie. »
« On ne peut pas faire l’économie de la formation professionnelle […] La formation et la maîtrise de l’outil cinématographique sont très importants. C’est ce qui permet au regard et aux oreilles d’accepter un film », avait confié Idrissa Ouedraogo dans une interview accordée au Monde Afrique en mars 2015. Selon ses proches, ces dernières années, il s’agaçait de voir le cinéma africain stagner, par manque de moyens et de talents. « Lui aura fait ce qu’il a pu », assure le réalisateur Issa Saga. « Grâce à lui, on ne peut plus raconter l’histoire du cinéma mondial sans parler de cinéma africain et de cinéma burkinabé », résume Toussaint Zongo.

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                Idrissa Ouedraogo : « Le cinéma low-cost ne veut rien dire »



Ce lundi soir, le gratin du septième art burkinabé devait se réunir au Centre national des arts du spectacle et de l’audiovisuel pour lui rendre un dernier hommage. L’inhumation du géant burkinabé aura lieu mardi au cimetière ouagalais de Gounghin.





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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-16"> ¤ Notre choix du soir. Un documentaire intimiste est consacré au photographe et cinéaste, auteur du célèbre ouvrage « Les Américains » (sur Arte à 23 h 40).
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TV – « Robert Frank, l’Amérique dans le viseur »

Notre choix du soir. Un documentaire intimiste est consacré au photographe et cinéaste, auteur du célèbre ouvrage « Les Américains » (sur Arte à 23 h 40).



Le Monde
 |    19.02.2018 à 18h00
    |

            Alain Constant








                        


Documentaire sur Arte à 23 h 40



Ses photos sont un miroir tendu à l’Amérique. Des rues, des paysages, des visages de riches et de pauvres, de citadins et de ruraux, de Blancs et de Noirs saisis dans ­l’objectif comme autant de sentiments intérieurs. Cinéaste, auteur de nombreux films expérimentaux, Robert Frank a surtout laissé sa trace dans la photographie. Et un livre de référence, d’influence même, Les Americains, publié en 1958 en France par Robert Delpire puis l’année suivante aux Etats-Unis.
Dans le documentaire intimiste qui lui est consacré, à la fois foutraque, méticuleux et chaleureux, à son image en quelque sorte, le nonagénaire malicieux – il est né à Zurich en 1924 et a débarqué en Amérique après la seconde guerre mondiale – déroule le film de sa longue et très riche existence. Il revient, notamment, sur le processus ayant abouti aux Americains : neuf mois de travail, 16 000 kilomètres parcourus, 30 Etats traversés, 767 rouleaux de pellicule, 27 000 images. Parfois, des problèmes avec la police, qui, à l’époque, pense qu’un type venu de New York pour prendre des photos du côté de Detroit est forcément un communiste.
« Agir vite, au plus près »
Finalement, Frank sélectionnera 83 clichés, tous remarquables. Mais, à la sortie du livre, il s’attirera plutôt de féroces critiques : « Un poème triste pour pervers », « Flou absurde, livre sale », « L’Amérique vue par un type sans joie qui la déteste ! » En se rappelant cet accueil violent, Frank sourit : « Ce voyage m’a appris à aimer l’Amérique. Cela a mis au moins dix ans avant que le livre ait du succès. Pour faire une bonne photo, il faut agir vite, au plus près. Je prenais les gens avant qu’ils ne remarquent l’appareil. Souvent, la première photo est la meilleure… »
Son père était un bon photographe amateur. Et le tout premier cliché du très jeune Robert Frank aura pour modèle une église zurichoise. Mais c’est le grand Walker Evans (1903-1975) qui encouragera Robert Frank a en faire son métier. « Après-guerre, l’Amérique était un pays fantastique pour nous qui arrivions d’Europe. Tout était possible, il n’y avait qu’à essayer », lance-t-il, sourire en coin. Des premières piges dans le magazine féminin Harper’s Bazaar à la consécration artistique, sa vie sera faite de prises de risque, de panache, d’amitiés solides, de drames familiaux et d’envies toujours renouvelées de travailler l’image, fixe ou animée.

   


Porté par une formidable bande-son (Tom Waits, Patti Smith, Lou Reed, John Cale, Charlie Mingus…), le documentaire propose notamment de nombreux extraits de films signés Robert Frank. Expérimentaux, étranges, mettant en scène William S. Burroughs ou Mick Jagger, des amis ou des inconnus, ils n’ont pas rencontré le même succès que ses photos.
Mais, durant un demi-siècle, entre 1959 et 2009, Frank n’a pas cessé de tourner. Evoquant pêle-mêle ses amitiés notamment avec Jack Kerouac, Allen Ginsberg et le mouvement beatnik, son ­travail, sa jeunesse en Suisse, ses deux enfants tragiquement disparus, sa famille, sa vision de l’Amérique et du monde, son bonheur de partager désormais sa vie entre New York et sa maison refuge de Mabou, en Nouvelle-Ecosse (Canada), Robert Frank n’oublie rien. Et garde presque tout. « Les gens qui vivent en marge de la société m’ont toujours intéressé », confie-t-il. Archives, interviews, extraits de films, le documentaire de Laura Israel tente, avec succès, de capter les émotions de l’artiste, qui, d’une phrase, résume une existence : « Je crois au travail. C’est comme cela que l’on fait face au destin. »
Robert Frank, l’Amérique dans le viseur, de Laura Israel (EU, 2015, 50 min).



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-17"> ¤ En 1993, sur le plateau de « La Marche du siècle », Didier Lockwood confiait son amour pour son violon et faisait la démonstration de son talent.
<filname="PROF-0,2-3246,1-0,0-17"> ¤ 
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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-18"> ¤ L’auteur du film « Tilaï », Grand Prix du jury au Festival de Cannes en 1990, est mort le 18 février à Ouagadougou.
<filname="PROF-0,2-3246,1-0,0-18"> ¤                     
                                                   
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Idrissa Ouedraogo, le cinéaste burkinabé qui se battait contre la fatalité

L’auteur du film « Tilaï », Grand Prix du jury au Festival de Cannes en 1990, est mort le 18 février à Ouagadougou.



Le Monde
 |    19.02.2018 à 11h25
 • Mis à jour le
19.02.2018 à 19h31
    |

            Jacques Mandelbaum








                        



                                


                            

Ils ne sont plus si nombreux, ces réalisateurs dont les images ont pu faire espérer aux cinéphiles de la planète que les cinémas d’Afrique noire se joindraient durablement à la grande démocratie du septième art. On sait aujourd’hui, hélas, qu’il n’en a pas été ainsi. Tout au plus compagnonne-t-on avec de grandes et belles voix solitaires – celles d’un Ousmane Sembène et d’un Djibril Diop Mambety (Sénégal), d’un Souleymane Cissé (Mali), d’un Hailé Guerima (Ethiopie), d’un Abderrahmane Sissako (Mauritanie), d’un Mahamat Saleh-Haroun (Tchad). Le Burkinabé Idrissa Ouedraogo, qui s’est éteint le dimanche 18 février à Ouagadougou, à l’âge de 64 ans, est de celles-ci.
Né le 21 février 1954 dans ce qui était encore une colonie française (la Haute-Volta, indépendante en 1960, rebaptisée Burkina Faso en 1984 par le président Thomas Sankara), il se forme à l’Institut africain d’études cinématographique de Ouagadougou, en sort major et crée dans la foulée une société de production pour financer son premier court-métrage, Poko, en 1981. Lapidaire, le film dessine le destin fatal d’une jeune villageoise enceinte qui aurait besoin d’être transportée en ville afin de soigner les complications de sa grossesse. Le village étant éloigné de tout, transportée à main d’hommes sur une charrette, elle meurt finalement simplement en route, et le groupe qui l’accompagne fait demi-tour. Fin de l’histoire. Et tout est dit. La fatalité, la misère, la résignation, le scandale. D’une simplicité biblique, quasiment dépourvu de dialogues, tourné avec les habitants du village, Poko annonce le cinéma documenté et stylisé tout à la fois d’Ouedraogo.
« Yabaa », récit de formation
Après quelques autres courts-métrages, il peaufine ensuite sa formation cinématographique tant en Union soviétique qu’en France. De retour au pays, il signe son premier long-métrage, Le Choix, en 1987, chronique d’une famille de paysans fuyant la sécheresse au Sahel, et retrouvant,...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-19"> ¤ Droits d’auteur, financement, diffusion : un collectif de cinéastes européens, dont les frères Dardenne, Cédric Klapisch et Ken Loach, listent dans une tribune au « Monde » leurs priorités.
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« Une vision et une ambition politique fortes pour le cinéma européen »

Droits d’auteur, financement, diffusion : un collectif de cinéastes européens, dont les frères Dardenne, Cédric Klapisch et Ken Loach, listent dans une tribune au « Monde » leurs priorités.



Le Monde
 |    19.02.2018 à 11h13
 • Mis à jour le
19.02.2018 à 20h41
    |

                            Collectif








                        



                                


                            

Tribune. La culture européenne est la mise en commun de toutes les singularités, façons d’être et de voir, traditions, langues et histoires propres à chaque pays. A l’heure du Brexit et des nationalismes montants, l’Europe doit comprendre que sa force demeure dans sa capacité de dialogue entre union et identités spécifiques. C’est notre force et non pas notre faiblesse : ne pas comprendre cette dualité nous mènera à notre perte.
Cinéastes, nous portons le projet d’une véritable Europe de la création, guidée par l’exception culturelle. Nous sommes convaincus que le numérique est une chance immense pour la création et la circulation des œuvres : la diversité peut ainsi être exposée dans chaque Etat membre, auprès de tous les spectateurs. Il n’y a pas de petit ou grand Etat européen de la création ; il y a une formidable richesse de regards.
L’ère du numérique, des nouvelles technologies et des nouveaux usages doit être l’occasion de proposer une vision et une ambition politique fortes ! Alors que des arbitrages politiques aux conséquences importantes vont être rendus cette année, nous, cinéastes européens, rappelons ce qui constitue pour nous des priorités.
Une juste rémunération des auteurs
La lutte contre le piratage est une priorité absolue, commune aux institutions européennes et aux Etats membres. Chaque œuvre et chaque travail consenti pour l’accomplissement de cette œuvre ont une valeur ! Une grande Europe de la création est possible si nous affirmons, au cœur de l’économie numérique, la défense de droits fondamentaux, et un partage de valeurs équilibré entre tous les acteurs de la chaîne.
Le projet de directive sur le droit d’auteur dans le marché unique numérique est une occasion unique d’assurer aux auteurs une rémunération juste, proportionnelle et inaliénable lorsque leurs films et œuvres audiovisuelles sont regardés sur des plates-formes numériques. Il est temps de mettre en place un mécanisme européen...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-20"> ¤ Le musicien aux 37 albums, jazzman éclectique, est mort à Paris, à l’âge de 62 ans.
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Didier Lockwood, le jazz en liberté

Le musicien aux 37 albums, jazzman éclectique, est mort à Paris, à l’âge de 62 ans.



Le Monde
 |    19.02.2018 à 10h18
 • Mis à jour le
19.02.2018 à 14h44
    |

                            Francis Marmande








                        



                                


                            

La nouvelle de la disparition du violoniste et compositeur Didier Lockwood, 62 ans, cet air si juvénile, cette fougue en scène, a pris tout un chacun de court, la mort même. Né à Calais le 11 février 1956, le musicien est mort d’une crise cardiaque le dimanche 18 février à Paris. Brusque traînée de poudre. Stupeur.
Sobre, souriant et mesuré, il réservait toutes ses capacités d’excès à l’archet et à la scène. Et ce n’était pas rien. D’où vient sans doute son succès « grand public », qui excédait en tous sens les cercles du « jazz » sans laisser de les impressionner : « Dans la vie, je suis un personnage pondéré, plutôt calme. Disons : normal. La scène, c’est pour moi, au meilleur sens du mot, le défouloir. J’y concentre tous mes fantasmes, toutes mes pulsions de jeu, toutes les folies. » Ainsi s’exprimait-il au mitan de sa vie, en 1986, dans un entretien que nous avions réalisé pour le magazine L’Autre Journal. D’abord influencé par Jean-Luc Ponty, son phrasé, son intelligence musicale, sa personnalité, puis par le violoniste polonais Zbigniew Seifert, ce n’est que plus tard qu’il rencontre, à la vie à la mort, Stéphane Grappelli (1908-1997).

Commençant avec son frère aîné Francis Lockwood dans un groupe de jazz-rock – l’album Surya (1976) en témoignera –, Didier est pendant trois ans le violoniste de Magma, la cohorte sidérante de Christian Vander. Grappelli ne viendra que bien après. Il aura fait, comme ça, pas mal de choses à l’envers. Vite repéré par Henri Texier, contrebassiste et découvreur, le violoncelliste Jean-Charles Capon, les batteurs Daniel Humair ou Aldo Romano (fameux quintette de Jasper Van’t Hof), le saxo François Jeanneau, Gordon Beck (en trio avec J.-F. Jenny-Clark), Tony Williams, le batteur de Miles, et de proche en proche, avec tous ceux qui comptent alors sur une scène en pleine mutation. En 1984, il se produit en trio avec les guitaristes Philip Catherine et Christian Escoudé....




                        

                        

