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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-1"> ¤ Pourquoi la librairie se porte bien de l’autre côté des Alpes.
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La cure de jouvence du livre italien

Pourquoi la librairie se porte bien de l’autre côté des Alpes.



Le Monde
 |    15.02.2018 à 07h45
    |

                            Florence Noiville








                        



   


Achille Mauri est l’une des personnalités les plus hautes en couleur de l’édition italienne. En 2017, il signait un roman plein d’humour et de finesse racontant ses pérégrinations dans l’au-delà (Anime e acciughe, « Ames et anchois », hélas non encore traduit). Cette année, il vient d’appeler à la création du PIL, le Parti italien des lecteurs. C’était le 26 janvier, lors de la clôture de la Scuola per Librai – cette magnifique « école des libraires », sans équivalent en France –, qu’il préside. Une boutade, à quelques jours des élections législatives (4 mars).
Mais aussi une manière de souligner que les lecteurs sont là de nouveau. Contrairement à la France, où l’année a été catastrophique, l’Italie a vu en effet ses ventes de livres progresser de 5 % en 2017. Le marché se porte bien. Il a même retrouvé son niveau record de 2007.
Electeurs-lecteurs
L’une des raisons de cette belle santé s’appelle « 18 App », une initiative publique allouant à tout jeune de 18 ans une somme de 500 euros à dépenser dans l’année en ouvrages de toute nature. « En 2017, 130 millions ont ainsi bénéficié au marché du livre, dont 90 à travers l’e-commerce et 40 à travers la librairie traditionnelle », explique-t-on à la Scuola per Librai, où l’on se félicite que le ministre de la culture, Dario Franceschini, ait décidé de reconduire l’opération pour 2018 et peut-être 2019. « 18 ans, c’est l’âge du droit de vote, certes, mais un électeur-lecteur vaut toujours mieux qu’un électeur tout court. »
Surtout que, alors que beaucoup pensaient que cette opération serait cosmétique et sans impact, c’est le contraire qui s’est produit. Les jeunes achètent des ouvrages qu’ils pirataient ou photocopiaient jusqu’alors, retrouvant du même coup le chemin oublié de la librairie. En 2019, une opération comparable pourrait être lancée en direction des enseignants italiens.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-2"> ¤ A la BNF, au Centre Pompidou, en banlieue parisienne : ces rencontres se multiplient.
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Masterclasses : ces écrivains qui parlent de leur métier en public

A la BNF, au Centre Pompidou, en banlieue parisienne : ces rencontres se multiplient.



Le Monde
 |    15.02.2018 à 07h45
 • Mis à jour le
15.02.2018 à 10h17
    |

                            Hélène Delye








                        



                                


                            

En se précipitant dans l’ascenseur qui descend dans le cœur du site François-Mitterrand de la Bibliothèque nationale de France (BNF), à Paris, elle a lancé d’une voix essoufflée et enthousiaste : « Vous aussi, vous venez pour la masterclasse de Kamel Daoud ? Moi, je suis fan ! » D’un pas vif, l’ancienne professeure de lettres a suivi une petite foule se dirigeant vers l’auditorium déjà presque comble.
Ils étaient plus de deux cents à s’être déplacés, mardi 6 février, pour écouter et « voir en vrai » l’écrivain et journaliste algérien, auteur de Meursault, contre-enquête et Zabor ou Les Psaumes (Actes Sud, 2014 et 2017). D’abord interrogé par la journaliste de France Culture Manou ­Farine, puis par quelques personnes du public, Kamel Daoud s’est prêté pendant une heure et quart à l’exercice de la masterclasse.
De quoi s’agit-il exactement ? D’un entretien au long court, engageant l’auteur à répondre à des questions sur la genèse de sa pratique littéraire, ses sources d’inspiration, ses rituels d’écriture, ou le rapport qu’il entretient avec l’idée de sa postérité. Plutôt que de s’attacher à faire la promotion de son dernier livre, l’enjeu pour l’auteur est ici de donner à entendre sa conception, son expérience intime de littérature. Et, in fine, de répondre à trois grandes interrogations : Qu’est-ce qu’être écrivain ? Comment viennent les livres ? Comment se construit une œuvre ?
« Des choses que l’on n’a jamais entendues »
« Face à ces questions à la fois simples et fondamentales, même des bêtes de scène comme Amélie Nothomb ou Joann Sfar livrent des choses que l’on n’a jamais entendues, et qui font entrer le public dans ce qu’il y a, au fond, de plus intime pour eux », analyse Sandrine Treiner, directrice de France Culture. Avec Laurence Engel, présidente de la BNF, et Vincent Monadé, président du Centre national du livre, elle a créé en 2016 le cycle de masterclasses littéraires mensuelles...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-3"> ¤ Dominique Avon est historien, spécialiste de l’islam. « Le Monde des livres » lui a demandé quel crédit accorder à l’œuvre de Bat Ye’or.
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« Le statut des dhimmis ne peut être jugé à l’aune des droits de l’homme ! »

Dominique Avon est historien, spécialiste de l’islam. « Le Monde des livres » lui a demandé quel crédit accorder à l’œuvre de Bat Ye’or.



Le Monde
 |    15.02.2018 à 07h45
 • Mis à jour le
15.02.2018 à 09h40
    |

            Jean Birnbaum








                        



                                


                            
Directeur d’études à l’Ecole pratique des hautes études, à Paris, l’historien Dominique Avon travaille notamment sur le destin comparé des idées et des doctrines de l’islam et du christianisme dans les sociétés contemporaines. Parmi ses publications, il faut citer Le Hezbollah. De la doctrine à l’action, une histoire du « Parti de Dieu » (avec Anaïs-Trissa Khatchadourian, Seuil, 2010). Plus récemment, il a dirigé un ouvrage collectif intitulé Faire autorité. Les religions dans le temps long et face à la modernité (PUR, 2017).
En tant qu’historien qui étudie le temps long des religions tout en gardant toujours un œil sur l’actualité, que pensez-vous des textes de Bat Ye’or ?
Depuis Eurabia, Bat Ye’or verse dans un registre outrancier en présentant le schéma d’une incompatibilité de nature entre islam et monde judéo-chrétien, au lieu d’historiciser la montée en puissance d’un courant intégral au sein des milieux musulmans depuis les années 1960. Au Moyen Age, aucun régime politico-religieux ne traitait de manière égalitaire les « minorités » juridiques, pas plus au sud qu’au nord de la Méditerranée.

Envisager le passé à la lumière des droits élaborés entre le XVIIIe et le XIXe siècle, c’est un non-sens : le statut des dhimmis ne peut être jugé à l’aune des droits de l’homme ! En revanche, constater que des savants musulmans œuvrent depuis deux générations à l’intégration de principes religieux qui ont un millénaire, c’est une vraie question : la loi qu’ils attribuent à Dieu est censée avoir fixé l’idéal d’une relation de tolérance fondée sur la protection-domination.
Cette attitude fait le succès de l’interpellation de Bat Ye’or dans certains milieux, puisqu’elle dit en substance : « Voilà le vrai visage de l’islam. » Elle ignore les débats internes aux milieux musulmans.
Pour prendre un exemple, vous avez notamment travaillé, récemment,...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-4"> ¤ Claro trouve juste les revendications au droit de ne rien faire au travail de Julien Bouissoux.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-4"> ¤                     
                                                   
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Le feuilleton. Une impasse nommée désir

Claro trouve juste les revendications au droit de ne rien faire au travail de Julien Bouissoux.



Le Monde
 |    15.02.2018 à 07h30
 • Mis à jour le
15.02.2018 à 16h10
    |

                            Claro (Ecrivain et traducteur)








                        



                                


                            
Janvier, de Julien Bouissoux, L’Olivier, 176 p., 16,50 €.

Flaubert rêvait d’un livre sur rien, Bartleby préférait ne pas et Robinson Crusoé se contentait de quatre jeudis par semaine. Il est vrai que c’est toute une affaire d’inviter le rien à venir jouer les divas dans un livre. Ça demande un sacré dispositif. On ne « désœuvre » pas une œuvre comme on gobe un œuf ou vide un placard. On devrait d’ailleurs écrire une histoire en creux de la littérature, répertorier les artistes du néant qui la peuplent, relever les noms des petits et grands fainéants, les Galal et Rafik de Cossery, l’Oblomov de Gontcharov, ça serait sûrement instructif. On en apprendrait un rayon sur les raisons de boycotter la ruche. Sur le monde du travail, aussi.
Parce que, et c’est là la question qui nous agite, ne rien faire c’est tout un art. En général, le fainéant – ce gréviste de l’agir déguisé en hédoniste – prend les choses en main. Sa décision de se retirer du tourbillon de la vie relève peu ou prou de la révolte. Rien à voir avec les sacrifiés du capital, tous ceux que l’entreprise fout sur le carreau. D’un côté, le bohème existentiel ; de l’autre, le damné de la terre. Le premier – qui nous intéresse ici – tutoie parfois l’ennui ou la dépression, flirte avec le suicide, ou bien se prélasse dans le dénuement, regarde les mouches voler comme d’autres le compteur tourner. Mais une fourmi qui se réveille cigale sans l’avoir décidé ? Un « horrible travailleur » contraint de se tourner les pouces bien que rémunéré ? Tel est le personnage inventé par Julien Bouissoux dans un roman portant le nom de ce cas d’école (buissonnière) : Janvier.
« Janvier aurait pu rester au lit chaque matin, flâner en ville, prendre un abonnement au cinéma. Personne ne s’en serait aperçu. Pourtant il retournait chaque jour au bureau, jamais en avance et rarement en retard. » Oui, car Janvier, s’il n’a plus...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-5"> ¤ La chronique de Céline Minard, à propos du « Charmeur de rats », de Marina Tsvetaeva.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-5"> ¤                     
                                                   
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Poésie réactive. Vengeance de la poésie

La chronique de Céline Minard, à propos du « Charmeur de rats », de Marina Tsvetaeva.



Le Monde
 |    15.02.2018 à 07h30
 • Mis à jour le
15.02.2018 à 08h51
    |

                            Céline Minard (Ecrivain)








                        



                                


                            
Le Charmeur de rats. Satire lyrique (Krysolov), de Marina Tsvetaeva, traduit du russe et édité par Eveline Amoursky, édition bilingue, La Barque, 176 p., 24 €.

Il faut suivre à la lettre le conseil que donne Marina Tsvetaeva (1892-1932) à Boris Pasternak dans une lettre du 25 mai 1926 : « Le Charmeur de rats, lis-le si possible à voix haute, à mi-voix, en bougeant les lèvres. En particulier Le Ravissement. Non, tout, tout. Comme Le Gars, il est écrit à la voix. » Réécrite à la voix et pour la voix, la vieille légende allemande prend une tournure plutôt violente dans la langue de Tsvetaeva. Une tournure et un rythme, plusieurs, une vitesse absolue qui laisse pantois, le dos collé au siège.
C’est une satire, tout le monde y passe. Les bonnes gens de Hamelin, la petite ville prospère dont les greniers pleins attirent les rats. « Ville-Eden, ville-sage comme image, chacun sa part au partage/ Ville-gain, Ville-entasse-tout-d’avance », où personne ne rêve à rien, c’est-à-dire à rien de déplacé : « Une livre de saucisse/ Voit le charcutier (plus du lard),/ Le tribunal – la balance/ Et aussi l’apothicaire – la balance,/ Le précepteur, la baguette,/ Le fruit de ses faufilures –/ Le tailleur. Pour le chien – vous pensez l’os ?/ Grave erreur : le collier ! »
Quant au bourgmestre, pantouflard, rondouillard, en rêve, qu’est-ce qu’il voit ? « Rien-de-rien » : « Rien (comme d’un morceau de gras/ Ça suinte !, autrement dit : des bourgeois ! » Mais les rats aussi en prennent pour leur grade, les rats de l’Armée rouge, qui déboulent en masse, affamés, reniflent les papiers, dévorent les boutons, les pains de sucre et les marchands. Ils compissent les chroniques, mordent la Bible, menacent de bouffer le monde et imposent le nouvel ordre : « Tu trimes pas – fusillé,/ Tu rechignes – fusillé,/ Tu lambines – fusillé ! »
Tour de passe-passe
C’est...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-6"> ¤ La chronique de Roger-Pol Droit, à propos de « La Langue géniale. 9 raisons d’aimer le grec », d’Andrea Marcolongo.
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Figures libres. « Philô » veut dire « j’aime »

La chronique de Roger-Pol Droit, à propos de « La Langue géniale. 9 raisons d’aimer le grec », d’Andrea Marcolongo.



Le Monde
 |    15.02.2018 à 07h30
 • Mis à jour le
15.02.2018 à 09h48
    |

                            Roger-Pol Droit








                        



                                


                            
La Langue géniale. 9 raisons d’aimer le grec (La lingua geniale. 9 ragioni per amare il greco), d’Andrea Marcolongo, traduit de l’italien par Béatrice Robert-Boissier, Les Belles Lettres, 198 p., 16,90 €.

Une langue n’est pas entièrement responsable des œuvres qui s’inscrivent en elle. Mais elle ne leur est pas étrangère. Sans être la cause directe de ce qui se dit dans sa syntaxe, son vocabulaire ou ses formes singulières, elle configure un apport au monde, espace de pensée et de sensibilité.
Pas de doute : le grec ancien, de ce point de vue, est une rareté. La langue qui a hébergé et nourri Homère, Sophocle, Pindare, Aristophane, Platon, Hérodote et des centaines d’autres – de Parménide à Damascius, de Démocrite à Proclus – ne peut pas être tout à fait comme les autres. Affirmer, comme Heidegger, qu’on ne peut philosopher qu’en grec et en allemand est pure ineptie. Mais il serait bien naïf de croire que le grec n’est pour rien dans l’éclosion de ces kyrielles de génies.

« Chaque langue présuppose une façon particulière de voir la réalité », affirme Andrea Marcolongo, qui s’est demandé comment comprendre, et faire comprendre, ce qui rend cette langue « géniale ». Chemin faisant, la jeune et talentueuse helléniste italienne a inventé un genre littéraire inédit : le journal intime érudit.
La Langue géniale est en effet un livre très austère dans le fond, et très charmant dans la forme. C’est une longue lettre d’amour à la grammaire, témoignant d’une passion obstinée et fiévreuse, intelligente et communicative, pour les tournures linguistiques des Grecs antiques. Il y est donc question de formes verbales, de déclinaisons, de genres, de modes, considérations copieusement ennuyeuses dans le monde « normal ».
Mais ces données se trouvent, ici, entrelacées à tant d’enthousiasme, de digressions étranges, de confessions personnelles et intelligentes que...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-7"> ¤ Deux parutions rappellent les fastes, grandioses ou débridés, de la monarchie française finissante, et les vives critiques dont ils faisaient l’objet bien avant la Révolution.
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Ancien Régime : que la fête s’achève !

Deux parutions rappellent les fastes, grandioses ou débridés, de la monarchie française finissante, et les vives critiques dont ils faisaient l’objet bien avant la Révolution.



Le Monde
 |    15.02.2018 à 07h15
   





                        



                                


                            
Fêtes et folies en France à la fin de l’Ancien Régime, de Didier Masseau, CNRS Editions, 304 p., 24 €.
Etienne de Silhouette (1709-1767). Le ministre banni de l’histoire de France, de Thierry Maugenest, La Découverte, « Cahiers libres », 224 p., 18 €.

Est-il politique de faire la fête ? Cette question prend tout son sens dans les dernières années de l’Ancien Régime, comme le soulignent à leur manière deux ouvrages récents, Fêtes et folies en France à la fin de l’Ancien ­Régime, de Didier Masseau, et la biographie d’Etienne de Silhouette (1709-1767) par Thierry Maugenest.
La maîtrise de la fête nocturne était jusque-là une marque de la monarchie. Seul le roi avait le pouvoir d’associer la nuit et la joie. D’abord, en l’éclairant grâce aux lanternes qu’il faisait disposer ; ensuite, en dispensant ses bienfaits, deux à trois fois l’an, à l’occasion des naissances, mariages, victoires, conquêtes, visites princières, traités et anniversaires. Le peuple faisait la fête et les « vive le Roi ! » saluaient les « théâtres de vin » distribuant boisson, pain, cervelas et longes de veau, les bals et les feux d’artifice, principal divertissement festif du moment. Tous pouvaient alors célébrer la nation, identifiée au monarque.
Mais le roi perd peu à peu le monopole de la fête. La nuit est captée par d’autres puissances : les cercles des élites aristocratiques des salons, cafés et bals, les entrepreneurs de divertissements, les amateurs d’amusements et de cabarets, les jeunes fêtards du Palais-Royal, qui créent de nouveaux usages de la fête. Cette privatisation favorise les attractions et les distractions, les jeux mondains et leurs transgressions : folie et libertinage, comme le souligne bien Didier Masseau, prolifèrent, bouleversant les codes sociaux et sexuels. La fête, par exemple dans les vauxhalls – le Colisée, qui...




                        

                        


<article-nb="2018/02/16/19-8">
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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-8"> ¤ Le philosophe allemand Friedrich Kittler, mort en 2011, avait anticipé notre vie numérique dès 1986 dans un essai fondateur, « Gramophone, Film, Typewriter », enfin traduit.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-8"> ¤                     
                                                   
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Penser l’ère du tout-enregistré

Le philosophe allemand Friedrich Kittler, mort en 2011, avait anticipé notre vie numérique dès 1986 dans un essai fondateur, « Gramophone, Film, Typewriter », enfin traduit.



Le Monde
 |    15.02.2018 à 07h15
 • Mis à jour le
15.02.2018 à 10h20
    |

                            David Zerbib








                        



                                


                            
Gramophone, Film, Typewriter (Grammophon, Film, Typewriter), de Friedrich Kittler, traduit de l’allemand par Frédérique Vargoz, préface d’Emmanuel Alloa, postface d’Emmanuel Guez, Les Presses du réel, « Médias/Théories », 480 p., 32 €.

Voici enfin traduit le livre majeur d’un des plus originaux théoriciens des médias contemporains. Gramophone, film, typewriter, étude fondatrice parue en 1986, s’intéresse à la révolution des « médias techniques » qui, à la fin du XIXe siècle, consacra en quelques années l’invention de la machine à écrire (1865), du phonographe (1877) et du cinématographe (1895). L’ouvrage, qui a contribué à créer la science des médias allemande, a conféré à Friedrich Kittler (1944-2011) une renommée internationale dont les échos, cependant, avaient peu filtré de ce côté-ci du Rhin.
Un tel délai de réception n’est pas étranger aux provocations philosophiques de l’auteur concernant notre rapport aux machines. « Rien n’existe des individus, sinon ce que les médias enregistrent ou transmettent », lance-t-il sans déploration. Par ce type de formules, Kittler s’éloigne tout autant des apôtres prométhéens du progrès technologique que des contempteurs d’une tekhnè (origine grecque du mot « technique ») qui aurait pris le contrôle sur notre logos (notre logique et notre raison).
Il explique simplement, en utilisant au besoin l’exemple des photos spirites qui firent un temps les délices des amateurs de communication avec les morts, que l’esprit humain ne peut être saisi qu’à travers le « medium » où il s’inscrit et qui le façonne en partie.
« Französische Theorie »
On voit comment le penseur allemand a lu Derrida et sa « grammatologie » : aucune présence pure et authentique ni vérité spirituelle n’est à chercher hors des traces que nous inscrivons et laissons. A cet égard, lire Gramophone, film, typewriter, c’est découvrir...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-9"> ¤ Avec « La Horde », la romancière se fait démon pour conter la possession irrémédiable la jeune Laure par Ganaël, novice en la matière. Saisissant.
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Sibylle Grimbert suscite l’épouvante

Avec « La Horde », la romancière se fait démon pour conter la possession irrémédiable la jeune Laure par Ganaël, novice en la matière. Saisissant.



Le Monde
 |    15.02.2018 à 07h00
    |

                            Florence Bouchy (Collaboratrice du « Monde des livres »)








                        



                                


                            
La Horde, de Sibylle Grimbert, Anne Carrière, 200 p., 17 €.

Satirique, épique, mélancolique ou onirique, l’écriture de Sibylle Grimbert explore avec brio les genres et les tonalités. Réussissant, de livre en livre, à piquer la curiosité du lecteur en arpentant des territoires où il ne se serait sans doute pas aventuré sans elle, l’écrivaine surprend encore avec La Horde, son dixième roman. Inscrit d’emblée dans le registre fantastique, le récit séduit en jouant avec les codes du film d’horreur, qu’il met à l’occasion très ironiquement en abyme, pour rendre plus sensible l’épouvante qu’il suscite.
Les esprits et les démons, chez l’auteure d’Il n’y a pas de secret (Stock, 2004), ne ressemblent pas, en effet, aux représentations que les hommes s’en sont faites. Ils sont bien plus effrayants. Ganaël est l’un d’entre eux. Un novice, longtemps resté en attente de sa première proie, qu’il est heureux d’avoir enfin trouvé en la personne de Laure, une petite fille de 10 ans. Vive et joueuse comme tous les enfants de son âge, née dans une famille aimante, ouverte d’esprit et libre de toute croyance ou religion susceptible d’entraver sa possession, Laure ne risque pas d’être conduite avant longtemps chez l’exorciste : ses parents, à n’en pas douter, épuiseront tous les médecins et pédopsychiatres avant d’envisager l’hypothèse démoniaque.
Tout en douceur
Racontée par Ganaël, la prise de possession de l’enfant est d’autant plus angoissante qu’elle s’effectue tout en douceur, présentée comme une histoire d’amour entre deux âmes sœurs qui non seulement se seraient reconnues, mais encore croîtraient ensemble et se fortifieraient l’une l’autre. « Le lieu où je me suis installé quand je suis entré dans Laure, explique l’esprit maléfique, mesurait à vue de nez quelques millimètres juste au-dessus de sa hanche droite. » L’essentiel de ses efforts consiste de ce fait à avoir « la...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-10"> ¤ L’écrivain a traversé à pied la plus grande des îles Kerguelen, cette lointaine terre française. Vivifiant.
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François Garde marche là où la faune ne craint pas l’homme

L’écrivain a traversé à pied la plus grande des îles Kerguelen, cette lointaine terre française. Vivifiant.



Le Monde
 |    15.02.2018 à 07h00
 • Mis à jour le
15.02.2018 à 14h36
    |

                            Marie-Hélène Fraïssé (Collaboratrice du « Monde des livres »)








                        



                                


                            
Marcher à Kerguelen, de François Garde, Gallimard, 240 p., 19,50 €.

Pour la dernière fois, François Garde va aux TAAF… ces Terres australes et antarctiques fran­çaises, cailloux battus des vents, au nombre desquels figure l’archipel des Kerguelen. Les îles de la Désolation (l’autre nom de l’archipel) sont familières de longue date à ce romancier. Elles lui ont inspiré notamment une magni­fique robinsonnade, Ce qu’il advint du ­sauvage blanc (Gallimard, Goncourt du premier roman 2012). François Garde fut entre 2000 et 2004 administrateur supérieur des TAAF… Autrement dit « vice-roi des albatros », « connétable des brumes », ironise-t-il.
Ce bout du monde n’a cessé de travailler la mémoire de l’écrivain, ancré de nouveau dans l’hémisphère Nord… Il lui fallait en découdre une bonne fois avec les Kerguelen, prendre à bras-le-corps la « grande île » qu’il n’avait fait qu’effleurer. Traverser de part en part ses hauts plateaux basaltiques et ses bourrasques. Franchir les torrents, boire aux cascades. Une épreuve initiatique auto-imposée, au cœur de l’ombrageuse nature où toute intrusion humaine se doit d’être discrète.
Pernicieuse humidité des Quarantièmes dits « rugissants »
Le projet a pris forme grâce à la complicité de trois amis, capables eux aussi de porter un sac de 30 kg sur le dos pendant des journées entières et d’endurer pire que le froid : la pernicieuse humidité des Quarantièmes dits « rugissants », qui s’infiltre à travers bonnets et chaussettes jusqu’à corroder l’âme la plus aguerrie…
Là où tant de relations d’aventure roulent des mécaniques, François Garde reste modeste. Son récit ne comporte pas de sommet « vaincu », de grande première. Juste une traversée nord-sud de vingt-cinq jours, sur une distance de quelque 200 km. Un trek pour bons marcheurs, en terrain accidenté. La quête d’un succès discret, fondé sur la capacité à monter...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-11"> ¤ Dans « Donne-moi encore cinq minutes », son premier roman, l’Israélien aborde le sujet des implantations juives de Cisjordanie avec audace et empathie.
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Yonatan Berg démantèle la colonie

Dans « Donne-moi encore cinq minutes », son premier roman, l’Israélien aborde le sujet des implantations juives de Cisjordanie avec audace et empathie.



Le Monde
 |    15.02.2018 à 07h00
    |

                            Eglal Errera (Collaboratrice du « Monde des livres »)








                        



                                


                            
Donne-moi encore cinq minutes (Od Hamesh dakkot), de Yonatan Berg, traduit de l’hébreu par Laurence Sendrovicz, L’Antilope, 506 p., 23,50 €.

Quatre jours dans l’existence de Bnaya et Yoav, deux amis d’enfance que la vie a jetés sur des chemins différents, apparemment opposés. Tous deux ont grandi dans la plus stricte orthodoxie religieuse, au sein d’une colonie juive de Cisjordanie. Jeune rabbin, Bnaya y a fondé sa famille. Yoav, lui, a abandonné toute pratique religieuse et mène une existence laïque à Tel-Aviv. Des choix de vie, des choix politiques aussi, avec, en toile de fond, une des pierres d’achoppement du conflit israélo-palestinien : l’implantation de populations juives en territoire palestinien.
Adolescents, à l’âge des grandes interrogations, Bnaya et Yoav avaient vécu une belle proximité et en avaient gardé une semblable prédisposition aux remises en question. Etrangement, pour l’un comme pour l’autre, ces quatre jours vont être placés sous le signe de la plus extrême tension et susciter un virage inattendu.
En Cisjordanie, le démantèlement de la colonie est imminent et déchaîne une flambée de violence entre les irréductibles partisans du Grand Israël et ceux qui acceptent de partir. Bnaya est de ces derniers, malgré son attachement aux lieux de son enfance et au paysage qui l’a porté. « Le shabbath s’approche mollement. Au loin, le soleil effleure les montagnes d’Edom. La mer Morte offre ses derniers scintillements. La vallée devient de plus en plus floue, on allume des feux dans le village, au fond du wadi. » Ce village, quelques mètres à peine en contrebas dans le vallon, est palestinien, peuplant un horizon familier et menaçant.
Souci d’équité
A Tel-Aviv, Yoav, sous l’effet de drogues prises dans une fête, revit un bouleversant épisode du temps de son service militaire. Lors d’une expédition punitive dans un village palestinien, où un jeune suspect avait été tué...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-12"> ¤ L’écrivaine allemande, Prix Nobel 2009, évoque sa vie et son art dans un livre d’entretiens envoûtant, « Tous les chats sautent à leur façon ».
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Herta Müller pour elle-même et contre elle-même

L’écrivaine allemande, Prix Nobel 2009, évoque sa vie et son art dans un livre d’entretiens envoûtant, « Tous les chats sautent à leur façon ».



Le Monde
 |    15.02.2018 à 07h00
    |

                            Florence Noiville








                        



                                


                            
Tous les chats sautent à leur façon. Entretien avec Angelika Klammer (Mein Vaterland war ein Apfelkern), d’Herta Müller, traduit de l’allemand par Claire de Oliveira, Gallimard, 240 p., 22 €.

Jusqu’en 2009, les lecteurs français connaissaient mal Herta Müller. Son prix Nobel de littérature leur aura permis d’entrer dans cette œuvre unique qui saisit l’imagination au collet et l’entraîne vers des territoires imprévisibles. Il leur aura fait découvrir aussi cette langue acérée, décalée, joueuse, traversée par la poésie comme par le parler populaire. En lisant L’Homme est un grand faisan sur terre (Maren Sell, 1988), Animal du cœur (Gallimard, 2012) ou Dépressions (Gallimard, 2015), on aura appris à cerner les obsessions de cette Allemande d’origine roumaine : l’enfer du quotidien sous la « dictature pétrifiée » de Ceausescu (1918-1989), l’amnésie, la lâcheté, la peur surtout. « La peur chaque matin de ne plus exister le soir. »
Mais son histoire à elle, Herta Müller ? Qu’en savait-on vraiment jusqu’à aujourd’hui ? La voici relatée, par l’auteure elle-même, dans Tous les chats sautent à leur façon, passionnants entretiens conduits à Berlin entre 2009 et 2014 par l’éditrice autrichienne Angelika Klammer. Avec une totale sincérité, Müller y développe tout ce qui l’a marquée depuis sa naissance, en 1953, dans la région du Banat où elle gardait les vaches « sans savoir quoi faire de ses dix doigts ». Elle évoque « la détresse des travaux des champs », le corps qui « n’est pas fait pour ça » et « ne tient pas le coup face à la nature », son envie d’être un arbre ou une fleur – « Je me suis toujours dit que les plantes étaient en paix avec elles-mêmes et avec le monde ». Elle revient sur les « secrets » de sa famille, le père enrôlé dans la Waffen SS, la mère libérée d’un camp de travail soviétique. Et elle, la...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-13"> ¤ Romans, récits, histoire… Les brèves critiques du « Monde des livres » du 16 février 2018.
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Livres en bref

Romans, récits, histoire… Les brèves critiques du « Monde des livres » du 16 février 2018.



Le Monde
 |    15.02.2018 à 07h00
    |

                            Florent Georgesco, 
                            Eglal Errera (Collaboratrice du « Monde des livres »), 
                            Monique Petillon (Collaboratrice du « Monde des livres »), 
                            Xavier Houssin (Collaborateur du « Monde des livres »), 
                            Gladys Marivat (Collaboratrice du « Monde des livres »), 
Denis Cosnard, 
Raphaëlle Leyris, 
                                Pierre Deshusses (Collaborateur du « Monde des livres ») et 
                            Elena Balzamo (Collaboratrice du « Monde des livres »)








                        



                                


                            Roman. Un amour de jeunesse
Appelle-moi par ton nom (Call Me by Your Name), d’André Aciman, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Jean-Pierre Aoustin, Grasset, 336 p., 20,90 €.
Avons-nous vraiment vécu les grandes passions amoureuses que certains êtres nous ont inspirées ou bien les avons-nous rêvées ? Si prégnant et vivace que soit le souvenir que nous en gardons, le temps ne nous abuse-t-il pas ? Telle est la question que ressasse Elio, le narrateur d’Appelle-moi par ton nom, quinze ans après l’été de ses 17 ans, où il découvrit l’amour auprès d’Olivier, invité de sa famille sur la Riviera italienne. Né à Alexandrie en 1951 et établi à New York, où il enseigne la théorie littéraire et l’œuvre de Proust, André Aciman est l’auteur d’essais et de nouvelles dont l’exil et l’oubli forment le motif lancinant. Grasset réédite la traduction française de cette frémissante méditation proustienne, publiée par L’Olivier en 2008. Adapté à l’écran par Luca Guadagnino, dans un scénario de James Ivory, Appelle-moi par ton nom (sur les écrans le 28 février) est favori pour l’Oscar 2018 de la meilleure adaptation. E. E.
Roman. Une obsession
Hagard, de Lukas Bärfuss, traduit de l’allemand (Suisse) par Lionel Felchlin, Zoé, 160 p., 18 €.
« J’essaie de comprendre l’histoire de Philip. » Ainsi commence ce roman intrigant, déroutant parfois, de Lukas Bärfuss, né en Suisse en 1971, et qui s’était fait remarquer en 2014 avec Koala (Zoé). Philip est un homme d’une quarantaine d’années qui décide un jour de suivre une femme dans la rue, simplement parce qu’elle porte des ballerines d’un bleu particulier. Son intention n’est pas de l’importuner. Il est simplement attiré par ce détail. Mais ce qui, au début, apparaît comme un jeu, devient vite une obsession. Il en oublie ses rendez-vous, son travail, son enfant. Il suit jusque chez elle cette femme dont il veut absolument...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-14"> ¤ La redécouverte de l’écrivain des noirceurs ordinaires (1930-1982) se poursuit avec la réédition du « Grand Mal », roman de 1959.
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Jean Forton, une bonne fréquentation

La redécouverte de l’écrivain des noirceurs ordinaires (1930-1982) se poursuit avec la réédition du « Grand Mal », roman de 1959.



Le Monde
 |    15.02.2018 à 07h00
    |

                            Xavier Houssin (Collaborateur du « Monde des livres »)








                        


                                                        
Le Grand Mal, de Jean Forton, L’Eveilleur, 256 p., 18 €.
Il n’y a pas eu de prix Goncourt en 1960. Du moins, il a été attribué mais pas décerné. Le lauréat, l’écrivain roumain Vintila Horia (1915-1992), auteur de Dieu est né en exil (Fayard), dut y renoncer à la suite de la révélation de sa condamnation à la prison à vie dans son pays pour ses sympathies fascistes, d’avant et pendant la guerre. Il n’était d’ailleurs pas le favori. On attendait plutôt de voir couronner un romancier de 30 ans, publié chez Gallimard depuis 1954. Jean Forton venait de faire paraître son septième livre, L’Epingle du jeu. Il y brossait le ­tableau acide, grinçant, violent, d’une pension religieuse pendant l’Occupation. Son texte fut attaqué, et mis à bas, par tout un parti de dévots menés par André Billy (1882-1971), ancien élève des jésuites de Saint-Dizier. Cette cabale, cet échec, allaient l’affecter profondément. Il attendrait six ans avant la parution, toujours chez Gallimard, des Sables mouvants, dernier roman publié de son vivant.
Les éditions L’Eveilleur viennent de rééditer Le Grand Mal, paru la première fois en 1959. Un texte troublant sur l’enfance et l’adolescence. Sur la perte de l’innocence, la salissure des sentiments. Jean Forton est l’écrivain des noirceurs ordinaires, des monstruosités banales, des riens et des à-peine qui font basculer la mauvaise plaisanterie en drame, l’indifférence en méchanceté. Il a le cynisme angélique, la brutalité ingénue. Ainsi, dans La Cendre aux yeux (déjà en lice pour le Goncourt en 1957), tenait-il le journal d’un homme mûr, sans scrupules, qui s’emploie à séduire une jeune fille de 16 ans pour mieux l’abandonner. Son premier roman, La Fuite (1954), mettait en scène, dans une feria, un jeune homme qui, à peine marié, ne cherchait qu’à s’évader, à s’arracher au lien conjugal.
Enthousiasme et ténacité
Né à Bordeaux...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-15"> ¤ Citée par Michel Houellebecq dans « Soumission », cette figure controversée, à l’influence mondiale, signe son autobiographie politique.
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Article sélectionné dans La Matinale du 14/02/2018
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Bat Ye’or, l’égérie des nouveaux croisés

Citée par Michel Houellebecq dans « Soumission », cette figure controversée, à l’influence mondiale, signe son autobiographie politique.



Le Monde
 |    15.02.2018 à 06h40
 • Mis à jour le
15.02.2018 à 16h33
    |

            Jean Birnbaum








                        



                                


                            

Ici, la politique commence par la fiction et elle y retourne. Quelques heures avant l’attentat djihadiste du 7 janvier 2015 contre Charlie Hebdo, l’hebdomadaire Valeurs actuelles annonçait sa « une » du lendemain : « Islam : et si Houellebecq avait raison ? » Cette couverture venait saluer la sortie de Soumission, roman publié le même jour chez Flammarion, dans lequel l’écrivain dépeint une France sous domination musulmane.
Or, à la page 157, l’un des personnages de Houellebecq conclut : « Dans un sens la vieille Bat Ye’or n’a pas tort, avec son fantasme de complot Eurabia. » Imposée par un sanglant télescopage entre l’actualité littéraire et l’événement terroriste, l’interrogation allait désormais courir, souterrainement, à travers une partie de la presse de droite et, au-delà, dans toute une blogosphère identitaire : si Houellebecq avait raison, serait-ce que Bat Ye’or n’a pas tort ?

Celle-ci était déjà très influente, objectera-t-on, bien avant les attentats de janvier 2015. Dès 2006, par exemple, le jeune historien Ivan Jablonka soulignait son aura internationale dans un riche dossier de La Vie des idées, revue fondée autour de Pierre Rosanvallon, professeur au Collège de France. Intitulé « La peur de l’islam. Bat Ye’or et le spectre de l’“Eurabie” », le dossier présentait l’itinéraire de cette auteure britannique, née au Caire en 1933, qui a travaillé sur le statut des dhimmis (minorités en terre d’islam) à l’époque médiévale, avant de signer en 2005 un pamphlet à l’écho sans frontières, Eurabia (Jean-Cyrille Godefroy, 2006), où elle accuse les élites européennes contemporaines de renoncer à leurs racines judéo-chrétiennes et de livrer leurs peuples à une nouvelle « dhimmitude ».
Obsessions pugnaces et angoisses virulentes
Au tournant des années 2000, ses textes ont reçu un accueil enthousiaste du côté de célèbres intellectuels néoconservateurs, comme...




                        

                        


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<filnamedate="20180216"><AAMM="201802"><AAMMJJ="20180216"><AAMMJJHH="2018021619">
<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-16"> ¤ Tous les jeudis, « La Matinale du Monde » publie en exclusivité un strip de la série « Pop corn » signée Eric Salch.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-16"> ¤                     


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« Pop corn », par Salch (épisode 22)

Tous les jeudis, « La Matinale du Monde » publie en exclusivité un strip de la série « Pop corn » signée Eric Salch.



Le Monde
 |    15.02.2018 à 06h39
 • Mis à jour le
15.02.2018 à 07h16
   





                        



   





                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-17"> ¤ Chaque jeudi, « Le Monde des livres » partage ses conseils de lecture avec les lecteurs de « La Matinale ».
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Article sélectionné dans La Matinale du 14/02/2018
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Rire, rage et désespoir : notre sélection littéraire

Chaque jeudi, « Le Monde des livres » partage ses conseils de lecture avec les lecteurs de « La Matinale ».



Le Monde
 |    15.02.2018 à 06h35
 • Mis à jour le
15.02.2018 à 07h19
   





                        


LES CHOIX DE LA MATINALE
Un récit d’initiation sexuelle, le roman d’une possession démoniaque, la splendeur de l’art préhistorique racontée par Jean Rouaud, un essai sur la fête sous l’Ancien Régime et un volume d’entretiens avec Herta Müller, prix Nobel de littérature. Voici notre sélection littéraire hebdomadaire.
ROMAN. « Un jardin de sable », d’Earl Thompson
Amateurs de sérénité coite et de zénitude rectiligne s’abstenir. Paru en 1970, enfin traduit en France, voici Un jardin de sable, premier roman de l’Américain Earl Thompson (1931-1978). Cette peinture au couteau, saignant pavé tout poisseux de violence nue, de sexe à tout-va et de naturalisme goudronneux, nous assène sur plus de 800 pages une vision épique et célinienne du Midwest des années 1930, ses ploucs, ses pauvres, sa misère sordide et sans issue – que l’auteur connut bien.
Sur les traces de Jacky Andersen, blondinet robuste, érotomane et teigneux, on est propulsé, au fil de ce road-book zigzagant et chaotique, dans une picaresque fuite en avant où ceux qui sont las de « creuser à mains nues au fond d’une tranchée écœurante de désespoir » tentent de survivre à grand renfort de colères stériles, de petites combines et de ruses dérisoires.
Roman d’apprentissage social et récit d’initiation sexuelle, travelling romanesque longeant l’Amérique pauvre de l’entre-deux-guerres, prodige de lyrisme cru, Un jardin de sable s’avère, plus qu’une lecture, une descente exaltante et brutale dans l’enfer carnavalesque de la détresse humaine. François Angelier

   


« Un jardin de sable » (A Garden of Sand), d’Earl Thompson, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Jean-Charles Khalifa, préface de Donald Ray Pollock, Monsieur Toussaint Louverture, 832 pages, 24,50 €.
ROMAN. « La Horde », de Sibylle Grimbert
Les esprits et les démons, chez Sibylle Grimbert, ne ressemblent pas aux représentations que les hommes s’en sont faites. Ils sont bien plus effrayants. Ganaël est l’un d’entre eux. Un novice, longtemps resté en attente de sa première proie, enfin trouvée en la personne de Laure, 10 ans. Vive et joueuse, née dans une famille aimante, ouverte d’esprit et libre de toute croyance ou religion susceptible d’entraver sa possession, Laure ne risque pas d’être conduite avant longtemps chez l’exorciste : ses parents, à n’en pas douter, épuiseront tous les médecins et pédopsychiatres avant d’envisager l’hypothèse démoniaque.
Racontée par Ganaël, la prise de possession de l’enfant est d’autant plus angoissante qu’elle s’effectue tout en douceur, présentée comme une histoire d’amour entre deux âmes sœurs. Sibylle Grimbert compose un récit à suspense d’une remarquable profondeur. De la maladresse de Ganaël, ignorant des comportements et sentiments humains, aux rares hésitations de l’enfant à s’engager sur la voie du mal, le roman joue avec humour d’un bel éventail de situations susceptibles de basculer dans le grotesque ou le sublime, le pathétique ou le tragique, le rire ou l’effroi. La Horde est l’œuvre d’une romancière en pleine possession de ses moyens. Florence Bouchy

   


« La Horde », de Sibylle Grimbert, Anne Carrière, 200 pages, 17 €.
ESSAI. « La splendeur escamotée du frère Cheval ou le secret des grottes ornées », de Jean Rouaud
Depuis sa découverte, l’art préhistorique suscite des tentatives d’explication. Il y a eu ceux qui le pensaient magique et ceux qui le tenaient pour réaliste. Il y a eu la tentative de l’ethnologue et historien André Leroi-Gourhan (1911-1986), lecture structurale de signes féminins ou masculins. Plus récemment, l’interprétation par le chamanisme en est revenue à la thèse magique chère à l’anthropologue Salomon Reinach (1858-1932).
Jean Rouaud fait intrusion dans cette querelle avec une liberté de pensée qui suffirait à faire de son livre un bienfait. Il s’efforce de regarder dessins et peintures sans certitudes a priori et sans non plus les détacher du quotidien de leurs auteurs – dont on ne saura sans doute jamais si c’étaient des femmes, des hommes ou les deux. Aussi Rouaud les désigne-t-il d’une périphrase, « les mains d’or ». Ce qu’étaient alors la nature, la température ou l’angoisse de la nuit, il le fait sentir avec force. Il tente de comprendre ce que pouvaient être les rapports avec les bêtes, toujours proches, tantôt menaces, tantôt ressources.
On dira que tenter de pénétrer dans le psychisme des humains d’il y a vingt ou trente millénaires est une entreprise risquée. Elle l’est, mais Rouaud découvre tant de relations entre les représentations des grottes et les thèmes de religions apparues plus tard qu’on le suit dans ses réflexions avec un intérêt qui devient de plus en plus passionné au fil de la lecture. Philippe Dagen

   


« La Splendeur escamotée de frère Cheval ou Le Secret des grottes ornées », de Jean Rouaud, Grasset, 288 pages, 19 €.
ENTRETIENS. « Tous les chats sautent à leur façon », d’Herta Müller
Jusqu’en 2009, les lecteurs français connaissaient mal Herta Müller. Son prix Nobel de littérature leur aura permis d’entrer dans cette œuvre unique. Il leur aura fait découvrir aussi la langue acérée, décalée et merveilleusement joueuse de cette écrivaine allemande d’origine roumaine, auteure de L’Homme est un grand faisan sur terre (Maren Sell, 1988).
Dans Tous les chats sautent à leur façon, un passionnant volume d’entretiens conduits entre 2009 et 2014 par l’éditrice Angelika Klammer, Müller développe tout ce qui l’a marquée depuis sa naissance, en 1953, dans la région du Banat où elle gardait les vaches « sans savoir quoi faire de ses dix doigts ». Elle revient sur les « secrets » de sa famille – le père enrôlé dans la Waffen SS, la mère libérée d’un camp de travail soviétique – et elle, la jeune Herta qui, au grand dam des deux, refusait de collaborer avec la Securitate, la police politique roumaine. Elle évoque l’enfer du quotidien sous la « dictature pétrifiée » de Ceausescu (1918-1989), la lâcheté, « la peur chaque matin de ne plus exister le soir ». 
Mais les passages les plus envoûtants sont ceux qui dissèquent le processus de création lui-même. « Suis-je moins atrocement à la merci du vécu parce qu’au bout du compte ces mots si difficiles à trouver me viennent en aide ? », s’interroge Herta Müller. A la fin du livre, ses collages – l’autre versant de son œuvre littéraire – lui suggèrent une réponse. Ces mots dont elle s’entoure, découpés dans les journaux, elle aime savoir qu’ils sont là. « Les laisser éparpillés partout, c’est pour moi l’expression d’une intimité, d’une décontraction, et même d’une liberté personnelle : posséder des mots en abondance est le contraire de la censure d’autrefois. » Florence Noiville

   


« Tous les chats sautent à leur façon. Entretien avec Angelika Klammer » (Mein Vaterland war ein Apfelkern), d’Herta Müller, traduit de l’allemand par Claire de Oliveira, Gallimard, 240 pages, 22 €.
ESSAI. « Fêtes et folies en France à la fin de l’Ancien Régime », de Didier Masseau
Est-il politique de faire la fête ? Cette question prend tout son sens dans les dernières années de l’Ancien Régime. La maîtrise de la fête nocturne était jusque-là une marque du pouvoir monarchique. Mais il perd peu à peu ce monopole. La nuit est captée par d’autres puissances, qui créent de nouveaux usages de la fête.
Cette privatisation favorise les attractions et les distractions, les jeux mondains et leurs transgressions : folie et libertinage, comme le souligne bien Didier Masseau, prolifèrent, bouleversant les codes sociaux et sexuels. La monarchie tente de reprendre la main et, à plusieurs reprises, condamne ces fêtes particulières pour leur « dépense » excessive.
C’est un des grands thèmes du moment : la critique du luxe, le combat contre le faste et l’opulence des privilégiés. A partir des années 1750, un foisonnement de publications sur le luxe envahit l’espace public, débat qui trouvera sa conclusion trente ans plus tard – une conclusion radicale : les révolutionnaires réfutent l’excès de la dépense et condamnent les fêtes nocturnes. A la fête-spectacle, la Révolution préfère les cérémonies diurnes de la simple présence du peuple, la fête dépouillée du festif. Antoine de Baecque

   


« Fêtes et folies en France à la fin de l’Ancien Régime », de Didier Masseau, CNRS Editions, 304 pages, 24 €.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-18"> ¤ « Un jardin de sable », roman autobiographique, raconte une enfance chaotique dans le Midwest des années 1930, entre misère, érotisme et grâce. Son auteur, mort en 1978, était ignoré en France jusqu’à aujourd’hui. Une découverte.
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La Grande Dépression enchantée d’Earl Thompson

« Un jardin de sable », roman autobiographique, raconte une enfance chaotique dans le Midwest des années 1930, entre misère, érotisme et grâce. Son auteur, mort en 1978, était ignoré en France jusqu’à aujourd’hui. Une découverte.



Le Monde
 |    14.02.2018 à 16h00
    |

                            François Angelier (Collaborateur du « Monde des livres »)








                        



                                


                            
Un jardin de sable (A Garden of Sand), d’Earl Thompson, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Jean-Charles Khalifa, préface de Donald Ray Pollock, Monsieur Toussaint Louverture, 830 p., 24,50 €.

« J’ai le sentiment que nous ne sommes plus au Kansas », confiait Judy Garland, l’année 1939, au chien Toto, dans Le Magicien d’Oz. Une impression dont nous préserve largement la lecture d’Un jardin de sable, de l’Américain Earl Thompson (1931-1978). Parue en 1970, cette peinture au couteau, fresque « hénaurme », saignant pavé tout poisseux de violence nue, de sexe à tout-va et de naturalisme goudronneux, nous assène sur plus de 800 pages une vision épique et célinienne du Midwest des années 1930, ses ploucs, ses pauvres, sa misère sordide et sans issue. Amateurs de sérénité coite et de zénitude rectiligne s’abstenir. On est en effet propulsé, au fil de ce road-book zigzagant et chaotique, dans une picaresque fuite en avant où ceux qui sont las de « creuser à mains nues au fond d’une tranchée écœurante de désespoir » tentent de survivre à grand renfort de colères stériles, de petites combines et de ruses dérisoires. Expérience qu’Earl Thompson vécut pleinement.
Enchaînement de frasques
Né dans une famille paysanne d’origine suédoise des parages de Wichita (Kansas), confié à ses grands-parents par un père et une mère réduits au chômage et à la pauvreté, Earl Thompson entre dans la marine en 1945, activité qui en fera le fugace témoin de la révolution chinoise. De retour à terre, et las d’une absurde enfilade de petits boulots, il rejoint l’armée qui lui fait découvrir, cette fois, la Corée, sa guerre et ses morts. Période durant laquelle il lit d’abondance avant d’entamer, après sa démobilisation, entre 1954 et 1960, dans le Missouri et à Columbia, des études de journalisme. En 1970, il abandonne la presse pour ouvrir une imprimerie à New York.
C’est...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-19"> ¤ Angliciste et linguiste, Antoine Culioli est mort le vendredi 9 février, à l’âge de 93 ans.
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Mort du linguiste Antoine Culioli

Angliciste et linguiste, Antoine Culioli est mort le vendredi 9 février, à l’âge de 93 ans.



Le Monde
 |    14.02.2018 à 14h04
 • Mis à jour le
14.02.2018 à 14h56
    |

                            Philippe-Jean Catinchi








                        


                                                        
Si sa famille est originaire de Chera, hameau perché sur les hauteurs qui dominent Bonifacio, dans le sud de la Corse, Antoine Culioli naît à Marseille, le 4 septembre 1924, où sa mère comme son père sont instituteurs – ce dernier, plus tard, opte pour l’administration et devient inspecteur des Postes et Télécommunications.
Si l’enfant fait ses études secondaires dans la cité phocéenne, il intègre, à 20 ans, l’Ecole normale supérieure (ENS) de la rue d’Ulm, et rêve de se spécialiser dans les langues. Après deux années à l’étranger comme boursier à Dublin, puis à Londres (1945-47), l’ancien élève du philologue Fernand Mossé (1892-1956) obtient l’agrégation d’anglais en 1948 et, dès l’année suivante, un poste d’assistant à la Sorbonne (1949-1953), qu’il ne quitte que pour celui d’attaché de recherche au CNRS (1953-1955).
Cofondateur de l’université pluridisciplinaire Paris-VII
Enseignant à la faculté des lettres de Nancy dès 1955, il y peaufine ses thèses, sur la disparition du subjonctif (Contribution à l’étude du subjonctif et de la coordination en moyen-anglais) et sur le poète et dramaturge de l’ère Stuart John Dryden (1631-1700) et son travail de traducteur des antiques. Sitôt soutenues en 1960, les deux sommes lui valent, outre le grade de docteur d’Etat, un poste de professeur à la Sorbonne, enseignant la linguistique générale, poste qu’il occupe dix années tout en multipliant les initiatives singulières : en 1963, il crée le séminaire de linguistique formelle à l’ENS, puis, en 1964, il cofonde l’Association internationale de linguistique appliquée, qu’il préside de 1965 à 1975.
Mais le savant est aussi un redoutable bretteur et lors des soubresauts que connaît l’université à la fin des années 1960, figure phare de l’Institut d’anglais de la Sorbonne, Antoine Culioli n’hésite pas à refuser les réformes imposées par le pouvoir pour en prôner d’autres, initiées au sein même de l’université. Il organise à l’automne 1968 la grève des...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-20"> ¤ Cette série emblématique du genre « shojo » des années 2000 est rééditée en France.
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Saga culte du manga romantique, « Fruits Basket » veut séduire à nouveau

Cette série emblématique du genre « shojo » des années 2000 est rééditée en France.



Le Monde
 |    14.02.2018 à 11h57
 • Mis à jour le
14.02.2018 à 22h19
    |

            Pauline Croquet








                        



   


Dans l’histoire du manga, Fruits Basket occupe une place importante. Dès sa sortie en France à l’été 2002, la série est devenue un véritable phénomène. C’est elle aussi qui, avec une autre série plus mature, Nana, a lancé dans l’Hexagone l’engouement pour le shojo manga, un registre romantique à destination des jeunes filles. Souvent décrié à tort, y compris par les lecteurs de manga, ce genre se centre sur les histoires sentimentales d’adolescentes et de jeunes adultes. Avec plus ou moins de réalisme, et plus ou moins de mièvrerie.
Dans sa trame, Fruits Basket a tout d’un shojo classique. L’héroïne, Tohru Honda, une orpheline de 16 ans, rencontre deux cousins dans son lycée et très opposés dans leur caractère : Kyo et Yuki Soma. L’intrigue se noue au cœur de ce triangle. Les 23 volumes que compte la série initiale tricotent la relation que Tohru entretient avec chacun des deux garçons, avec en question centrale : qui va-t-elle choisir ? Cette jeune fille terriblement seule, qui passe son temps à s’excuser d’exister, va surtout se voir adoptée par un véritable clan : la famille Soma, forte de son lot de cousines mystérieuses et de grands frères atypiques.

   


Mais ce qui a véritablement fait de cette série un succès rarement égalé par d’autres shojos – elle s’est vendue à plus de 2 millions d’exemplaires en France – c’est la malédiction qu’a jetée la mangaka Natsuki Takaya sur le clan Soma. Yuki, Kyo et onze de leurs cousines et cousins se transforment en effet en animaux du zodiaque chinois à chaque fois qu’ils sont touchés par le sexe opposé. Une astuce qui permet à la fois de complexifier les relations sentimentales, de créer des situations comiques et dramatiques plus intenses et de ficeler les caractères des personnages en empruntant un peu au bœuf, au rat, au serpent, etc.
A l’image de ce qu’avait échafaudé la célèbre Rumiko Takahashi dans Ranma 1/2, cette galerie étoffée donne goût au lecteur de poursuivre le récit, au-delà de la romance, pour aller à la rencontre de tous ces personnages et de percer le secret de la malédiction des Soma. Par son énergie, la série a su largement séduire, enthousiasmant des lecteurs plutôt allergiques au manga à l’eau de rose.
Presque dix ans après la fin de Fruits Basket (1998-2006 au Japon), Natsuki Takaya, qui a également connu le succès avec une autre série, Liselotte et la forêt des sorcières, a décidé de mettre un point final à la saga des Soma, en dessinant trois tomes de conclusion : Fruits Basket Another évoque ce que sont devenus les héros au travers de leur descendance aujourd’hui adolescente. A sa publication en 2015 au Japon, les fans étaient un peu déroutés, pour ne pas dire déçus. Ce « spin-off » ressemblait étrangement à la série de base, avec des personnages clonés.

   


Mais dès l’annonce de la parution, l’auteure précisait que, s’ils pouvaient être mentionnés dans cette deuxième histoire, les personnages principaux ne feraient pas d’apparitions. « L’auteure a dessiné Fruits Basket Another pour satisfaire le désir des lecteurs, qui voulaient savoir ce qu’étaient devenus les héros. C’est un peu comme le film qui a été fait après la série télé américaine Veronica Mars », défend Delcourt-Tonkam, l’éditeur français de Fruits Basket.
Lors de sa parution au Japon, Fruits Basket Another a été accompagné par une réédition de grande qualité de la saga initiale. Les premiers tomes de chacune des deux séries sont publiés par Delcourt-Tonkam à partir de ce mercredi 14 février. De quoi (re) tomber amoureux de cette histoire particulière.

   


Fruits Basket, « perfect édition », tomes 1 et 2 (400 pages, 12,50 euros), et Fruits Basket Another tome 1 (192 pages, 7,99 euros), de Natsuki Takaya, traduction de Julia Brun, éditions Delcourt-Tonkam, sortie le 14 février.



                            


                        

                        

