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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-1"> ¤ La Cinémathèque française, à Paris, consacre une rétrospective au réalisateur de « Freaks », jusqu’au 4 mars.
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Les outre-mondes du cinéaste Tod Browning

La Cinémathèque française, à Paris, consacre une rétrospective au réalisateur de « Freaks », jusqu’au 4 mars.



Le Monde
 |    14.02.2018 à 07h39
    |

                            Mathieu Macheret








                        



                                


                            

Il fut, pour l’écran, l’un des plus grands peintres du bizarre et de l’étrange, familier des limbes et des marécages, de ces marges brumeuses où les contours de l’humain se confondent avec les déformations hideuses de l’inhumain. Il fut l’auteur de Freaks, la monstrueuse parade (1932), film maudit à la postérité considérable et sans doute l’une des charges les plus virulentes jamais portées contre la normativité physique et morale du spectacle hollywoodien. L’indispensable Tod Browning (1880-1962), figure fascinante et insaisissable du cinéma américain, revient planter son chapiteau macabre et inquiétant, peuplé de masques grotesques et de violentes passions, dans les salles de la Cinémathèque française, qui lui consacre une rétrospective, jusqu’au 4 mars.
Né à Louisville, dans le Kentucky, Tod Browning est tombé très tôt dans l’orbite d’un outre-monde mystérieux et nomade : celui du cirque qui passait régulièrement dans sa ville et pour lequel, à 18 ans, il quitte sa famille et devient saltimbanque. Il officie alors autant à l’extérieur qu’à l’intérieur du chapiteau, servant de bateleur pour des exhibitions en tous genres, puis montant sur scène pour exécuter des numéros de magie, de contorsionnisme, de music-hall.
C’est sur une scène de Broadway, en 1913, que Browning est repéré par le monde du cinéma
L’univers bigarré du cirque, son désordre et sa promiscuité, ses artifices et sa monstruosité, nourriront durablement l’imaginaire de ses films les plus célèbres, dont Le Club des trois (1925), L’Inconnu (1927) et Freaks.
C’est sur une scène de Broadway, en 1913, que Browning est repéré par le monde du cinéma. Il fait ses débuts dans l’équipe de David W. Griffith, fondateur du langage classique, en tant qu’acteur burlesque, puis comme réalisateur. Browning enchaîne les films courts, avant d’accompagner la transition générale du cinéma vers la durée du long-métrage. Ses premiers succès publics (La...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-2"> ¤ Interprètes principaux du film d’Annemarie Jacir, « Wajib », les deux hommes militent pour la cause des Palestiniens en Israël.
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Les Bakri, acteurs et résistants palestiniens de père en fils

Interprètes principaux du film d’Annemarie Jacir, « Wajib », les deux hommes militent pour la cause des Palestiniens en Israël.



Le Monde
 |    14.02.2018 à 07h36
 • Mis à jour le
14.02.2018 à 09h48
    |

            Piotr Smolar (Jérusalem, correspondant)








                        



                                


                            

Saleh Bakri a posé des sacs-poubelle pleins sur la banquette arrière de sa voiture. En ce moment, il déménage. Du coup, il a moins de temps pour lire, apprendre des langues ou jouer aux échecs, une passion qu’il enseigne aux enfants. Parfois, il s’entraîne sur Internet ou bien devant trois ou quatre échiquiers en même temps. C’est Mohammad, son père, qui lui a communiqué ce goût du jeu. Des jeux. Ce dernier est un acteur et un réalisateur majeur de la scène palestinienne depuis plusieurs décennies. Parmi ses cinq fils, trois ont suivi sa voie. Cette convergence atteint un niveau supérieur, entre Saleh et Mohammad, dans Wajib, le nouveau film d’Annemarie Jacir.

Mohammad Bakri y incarne un père, Abu Shadi ; son fils y joue le rôle de son fils, Shadi. Le résumé le plus sec est le suivant : à Nazareth, les deux hommes distribuent, comme le veut la coutume, des invitations pour le mariage de la fille du patriarche. Abu Shadi est resté vivre à Nazareth, il croit dans la préservation des traditions et dans une forme de proximité avec les juifs israéliens. Son fils, lui, est architecte en Italie, préférant l’exil aux compromis. Au gré de leurs déplacements s’esquisse un tableau impressionniste de la société palestinienne, en tout cas de la minorité arabe – musulmane et chrétienne – dans cette ville israélienne très diverse.
Refus des projets israéliens
Un café dans une jolie ruelle de Haïfa, sur la côte. Les cheveux bouclés en bataille, la barbe indisciplinée, Saleh Bakri cache ses calots bleus derrière des lunettes de soleil. Il a des gestes langoureux, une voix volontairement traînante qui lui permet de mieux choisir ses mots en anglais. Il tire du tabac d’une pochette en cuir et roule une cigarette. Lorsque le sujet abordé devient sensible, il ralentit encore pour se concentrer. On lui parle de cette ville douce, où Arabes et Juifs se mélangent sans heurts. « Cliché ! » Il s’éveille.
« Il n’y a pas de coexistence...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-3"> ¤ La réalisatrice Annemarie Jacir poursuit l’exploration filmique du destin palestinien.
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« Wajib » : retrouvailles familiales dans une Nazareth sous tension

La réalisatrice Annemarie Jacir poursuit l’exploration filmique du destin palestinien.



Le Monde
 |    14.02.2018 à 07h35
 • Mis à jour le
14.02.2018 à 07h38
    |

            Jacques Mandelbaum








                        



   


L’avis du « Monde » – à voir
Abu Shadi, professeur divorcé à Nazareth, proche de la retraite, marie sa fille. Son ex-femme, exilée de longue date aux Etats-Unis, subordonne sa venue à l’état de santé de son mari. Rentré pour l’occasion de Rome où il est architecte, son fils, Shadi, le revoit après une longue absence. Ensemble, ils rendent visite aux invités de la cérémonie pour leur remettre en main propre, comme le veut la coutume du « wajib », le faire-part. Situation idéale pour sceller des retrouvailles aimantes et orageuses à la fois, prendre une température politique glaciale (Nazareth, en Galilée, est la plus grande ville arabe d’Israël) par le biais chaleureux de la fable, documenter la fiction en choisissant à la ville un tandem d’acteurs consistant, comme à la scène, en un père et un fils, en l’occurrence Mohammad et Saleh Bakri, les plus célèbres acteurs palestiniens d’Israël.

        Lire les portraits :
         

          Les Bakri, acteurs résistants de père en fils



L’intelligence du dispositif est naturellement à mettre au crédit de la réalisatrice, la Palestinienne Annemarie Jacir. Née en 1974 à Bethléem, elle a grandi en Arabie saoudite, a été formée au cinéma à New York, et est installée à Amman, en Jordanie, faute d’être autorisée à vivre chez elle. Après Le Sel de la mer, en 2008, et When I Saw You, en 2012, Wajib poursuit l’exploration filmique du destin palestinien en un mantra artistique tenaillé par la question de l’exil et de l’impossible retour. Après la colère et la révolte contenues dans les deux premiers titres, une tonalité nouvelle, qui les assourdit sans les annuler, enrobe ce troisième long-métrage : la douceur et l’humour.
Joute filiale
Le théâtre des opérations oscille entre la vieille Volvo familiale, les gens visités, et les rues qui relient l’une aux autres. Au premier de ces chapitres, outre les dissensions ordinaires qui peuvent aigrir les rapports entre un père et un fils, s’ajoute ici l’ordinaire d’une situation extraordinaire. La dignité bafouée. Le rapport à l’Histoire et à la tradition. Le choix d’une fiancée. La considération pour l’action de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP). L’attitude à adopter face aux Israéliens, hostiles, et plus encore amicaux. Autant de questions qui hérissent les deux hommes, le vieux briscard de père étant plus porté à relativiser les idéaux et arrondir les angles que son rejeton, plus tempétueux et d’autant moins disposé au compromis qu’il ne vit plus ici.
Le conflit entre le père et le fils recouvre l’oscillation douloureuse, kafkaïenne, de l’identité des Palestiniens d’Israël
Les gens et la ville forment tout au plus un décor à cette joute filiale, pas assez creusés pour entrer de plain-pied dans la dramaturgie, mais suffisamment esquissés pour qu’on y devine l’arrière-plan du duel affectueux qui tient la vedette. Une ville belle et abandonnée à la fois, jonchée de poubelles et de bâches défigurant des maisons et des paysages à la beauté orientale, des gens sous tension permanente qui s’efforcent de maintenir une tenue entre le stoïcisme de la fidélité à la terre et la mort à soi-même. Le conflit entre le père et le fils recouvre ainsi l’oscillation douloureuse, kafkaïenne, dirait-on, de l’identité des Palestiniens d’Israël, qui ont fait le choix de rester dans un pays dont ils sont devenus citoyens mais qui leur demeure étranger.
L’humour de Wajib, comme politesse du désespoir, place à cet égard le film dans le sillage de l’œuvre d’Elia Suleiman, cet incomparable artiste à qui il revient d’avoir inscrit en lettres de feu le destin palestinien au cinéma, en trois longs-métrages : Chronique d’une disparition (1996), Intervention divine (2002), Le temps qu’il reste (2009). Manifestement inspiré par le premier d’entre eux, Wajib en reprend l’un des motifs de prédilection : l’épuisement moral. Car voilà bien ce qui menace, face au mur d’indifférence qui les environne, l’aspiration comme l’inspiration palestiniennes, ainsi que semble en témoigner l’attristant retrait d’Elia Suleiman. Mais tant qu’il se trouvera un film pour avoir la force de le montrer, l’idée d’épuiser l’épuisement lui-même restera vivante.

Film palestinien d’Annemarie Jacir. Avec Mohammad Bakri, Saleh Bakri, Maria Zreik, Rana Alamuddin (1 h 36). Sur le Web : distrib.pyramidefilms.com/pyramide-distribution-catalogue/wajib-l-invitation-au-mariage.html



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-4"> ¤ Le jeune réalisateur Ryan Coogler parvient à mêler fantaisie et réflexion politique dans cette reprise de l’histoire de ce roi africain imaginé par Marvel à la fin des années 1960.
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« Black Panther » : l’Afrique a enfin son super-héros sur grand écran

Le jeune réalisateur Ryan Coogler parvient à mêler fantaisie et réflexion politique dans cette reprise de l’histoire de ce roi africain imaginé par Marvel à la fin des années 1960.



Le Monde
 |    14.02.2018 à 07h35
 • Mis à jour le
14.02.2018 à 13h51
    |

                            Thomas Sotinel








                        



   


L’avis du « Monde » – à ne pas manquer
Il n’est pas besoin d’apprécier l’univers Marvel, cet entrelacs de personnages et de marques déposées, pour aimer Black Panther. Né en 1967 (quelques semaines avant la fondation du mouvement des Black Panthers) de l’imagination de deux auteurs de comics blancs, Stan Lee et Jack Kirby, ce super-héros africain apparaît, dans le beau film de Ryan Coogler, comme un être de légende et de tragédie, plutôt que comme un produit de confection. Ce qui ne veut pas dire que les millions d’amateurs d’Avengers ou de Spider-Man se sentiront floués. Avec Creed, deuxième long-métrage du jeune metteur en scène (il est né en 1986), Ryan Coogler s’était approprié la légende de Rocky Balboa sans la dénaturer. Cette fois, il respecte les rites inhérents au culte du super-héros tout en les propulsant dans une autre dimension, poétique et politique.

        Lire le décryptage :
         

          « Black Panther » ou comment le premier superhéros noir reprend du pouvoir dans la pop culture américaine



Aux yeux du monde, le Wakanda, contrée d’Afrique équatoriale, est un petit pays enclavé, sans ressources. Pour ses habitants, c’est le summum du développement. Les Wakandais vivent sur un gigantesque gisement de vibranium, métal aux propriétés merveilleuses qui leur a permis de développer une technologie dépassant de loin celles des pays les plus développés. Depuis des temps immémoriaux, le roi du Wakanda reçoit, en même temps qu’il monte sur le trône, des pouvoirs surhumains qui font de lui, quand le besoin s’en fait sentir, un guerrier quasiment invincible, Black Panther. T’Challa (Chadwick Boseman, qui fut récemment à l’écran un autre super-héros, James Brown) vient de succéder à son père assassiné par un terroriste international, épisode relaté dans Captain America : Civil War.
Quand la caméra s’aventure dans les rues, on découvre un joli mélange de grouillement équatorial et de high-tech
Le jeune roi affrontera plus d’épreuves qu’Hamlet et Winston Churchill réunis. Surgi du ghetto d’Oakland, un cousin de T’Challa veut le renverser. Ce personnage, incarné par l’acteur d’élection de Ryan Coogler, Michael B. Jordan, est un méchant ordinaire et l’expression de la violence afro-américaine. Michael B. Jordan oppose sa fluidité, son ironie à la gravité de Chadwick Boseman, et Ryan Coogler traite leur affrontement avec un souci de la nuance qu’on avait rarement rencontré dans les productions Marvel.
Ce souci d’humaniser une imagerie qui relève ailleurs du domaine du fantasme irrigue tout le film. La capitale de Wakanda ressemble à n’importe quel décor de science-fiction. Quand la caméra s’aventure dans les rues, on découvre un joli mélange de grouillement équatorial et de high-tech.
De même la prépondérance des femmes dans les rangs des personnages secondaires, qui pourrait passer à première vue pour une décision cosmétique, prend une autre résonance avec l’éclosion de personnages fascinants, qu’il s’agisse de la fiancée de T’Challa, Nakia (Lupita Nyong’o), justicière, espionne, militante, de sa sœur Shuri (Letitia Wright), scientifique, adolescente prolongée, de sa majestueuse mère (Angela Bassett) ou de la commandante de sa garde personnelle, Okoye (Danai Gurira). L’idée de l’escorte féminine, empruntée au comics de Lee et Kirby, échappe à sa version patriarcale pour contribuer à peindre une utopie égalitaire (quoique monarchique – malgré ses bonnes idées, Black Panther n’est pas un traité de politique).
Rhinocéros de combat
Il ne faut pas chercher l’Afrique subsaharienne dans cette représentation qui fait communiquer les plateaux d’Afrique australe et la jungle équatoriale, qui invente des montagnes aux sommets blanchis à un continent qui voit fondre les neiges du seul Kilimandjaro. Le Wakanda est l’éden auquel ont été arrachés les esclaves déportés vers l’Amérique et un reflet ironique des Etats-Unis d’aujourd’hui. L’affrontement entre T’Challa l’internationaliste et W’Kabi (Daniel Kaluuya) l’isolationniste ressemble plus à un débat au Congrès des Etats-Unis qu’à une discussion au sein de l’Union africaine.
La réussite de Ryan Coogler est de développer ces interrogations sans sacrifier le rythme de son film (ce que George Lucas n’était pas parvenu à faire dans La Menace fantôme). Les différends se règlent dans des affrontements au corps-à-corps. Au lieu de la cavalerie, ce sont des rhinocéros de combat qui surgissent pour faire la différence. Sans tourner à l’ironie, cette fantaisie soulève Black Panther, qui remporte dès sa première apparition le titre mondial des super-héros, catégorie lourd-léger.

Film américain de Ryan Coogler. Avec Chadwick Boseman, Lupita Nyong’o, Michael B. Jordan, Daniel Kaluuya, Forest Whitaker, Martin Freeman (2 h 14). Sur le Web : marvel.com/blackpanther#, www.facebook.com/BlackPantherMovie et www.corporate.disney.fr/actualite/qui-est-black-panther



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-5"> ¤ Tran Phuong Thao et Swann Dubus consacrent leur documentaire à la décision d’un jeune Vietnamien de réinventer son identité.
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« Finding Phong » : face aux troubles du changement de sexe

Tran Phuong Thao et Swann Dubus consacrent leur documentaire à la décision d’un jeune Vietnamien de réinventer son identité.



Le Monde
 |    14.02.2018 à 07h31
    |

            Jacques Mandelbaum








                        



   


L’avis du « Monde » – à voir
Phong, jeune Vietnamien devenu étranger à son corps d’homme, entreprend de devenir une femme, réalité plus accordée à l’image qu’il se fait de lui-même, à son désir profond. Tran Phuong Thao et Swann Dubus, tandem franco-vietnamien de réalisateurs, installés et travaillant au Vietnam, saisissent la balle au bond et entreprennent de documenter ce processus, délicat s’il en est. Le film, outre qu’il remplit sa fonction d’ouverture pédagogique aux phénomènes les plus divers du vaste monde, porte témoignage d’une approche sensible et pénétrante, très éloignée du sensationnalisme ou de la complaisance qu’un tel sujet pourrait occasionner.
La belle idée des réalisateurs aura consisté à prêter, en un premier temps, une caméra à Phong, pour lui permettre d’exprimer sans intermédiaire son malaise et son désir, et aussi, sans doute, pour mieux le connaître. A la suite de quoi les réalisateurs l’ont eux-mêmes filmé. Finding Phong commence donc à la manière d’un journal intime, puis se poursuit à la manière d’un documentaire plus classique.
En prêtant une caméra à Phong, les réalisateurs lui ont permis d’exprimer sans intermédiaire son malaise et son désir
Le film monté a conservé la trace de cette méthode, qui se révèle riche de sens. La première partie ressemble à un mélodrame. Phong, jeune homme exubérant et torturé, possible personnage d’un film imaginaire dont il serait la douloureuse victime, y filme d’une manière presque gênante son mal-être.
Toujours en gros plan, il pleure abondamment face à la caméra, expose avec force mouvements de déploration sa souffrance, s’adresse continûment à sa mère, interlocutrice de prédilection de son marasme mental. Ce faisant, Phong réinvestit sans doute une forme d’expression populaire (le cinéma, le mélo) qui lui permet de rendre concevable et possible, ne serait-ce que vis-à-vis de lui-même, le passage à l’acte radical – tout à la fois déni de filiation et réinvention de l’identité – qu’il s’apprête à commettre.
Excentricité douloureuse
Son voyage en Thaïlande pour étudier les modalités d’une opération considérée dans ce pays comme techniquement et moralement usuelle sert de pivot dans la narration et le registre du récit. Comme si, plus l’intervention devenait concevable, plus Phong se rapprochait dans la réalité de l’image intérieure qu’il se faisait de lui-même, plus le film pouvait s’éloigner du point de vue subjectif et de l’excentricité douloureuse par laquelle il se manifestait, plus le spectateur enfin était confronté au trouble du changement à vue (prise d’hormones, maquillage…) que le film se met dès lors à enregistrer. La caméra changeant de main, le champ, dès lors, s’élargit et s’apaise, dialectise une problématique qui ne cesse pour autant d’être complexe, mais face à laquelle la famille, et plus largement la société, serait enfin conviée à figurer dans le cadre.
A cet égard, les échanges filmés avec les proches, la manière dont les membres de ladite famille se positionnent à l’égard du désir de Phong et l’accompagnent dans sa démarche (angoisse de la mère, zénitude absolue du père, vieux soldat passé par tous les maux de la vie, trouble profond du frère, empathie de la sœur) sont non seulement passionnants, mais témoignent, puisque aussi bien chacun y perdra un fils et un frère, d’une bienveillance aussi désarmante qu’émouvante.



Documentaire vietnamien de Tran Phuong Thao et Swann Dubus (1 h 30). Sur le Web : jhrfilms.com/finding-phong



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-6"> ¤ Le cinéaste continue de creuser la question de la croyance et de sa représentation à l’écran.
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« L’Apparition » : Xavier Giannoli à la poursuite de la foi

Le cinéaste continue de creuser la question de la croyance et de sa représentation à l’écran.



Le Monde
 |    14.02.2018 à 07h30
    |

            Jacques Mandelbaum








                        



   


L’avis du « Monde » – pourquoi pas
Un crooner passé de mode qui se prend à faire revivre la flamme (Quand j’étais chanteur, 2006). Un escroc déguisé en chef de chantier qui relève le défi du bien commun (A l’origine, 2008). Un inconnu qui devient célèbre du jour au lendemain (Superstar, 2012). Une grande bourgeoise, spécialiste des couacs, qui se rêve en cantatrice (Marguerite, 2015). Les admirateurs du cinéma de Xavier Giannoli, grand distillateur de fables consacrées au pacte fictionnel, ne seront pas surpris : à force de creuser, de film en film, la question de la croyance (et de ses satellites, depuis l’imposture jusqu’à la grâce), le cinéaste devait un jour relever frontalement le défi de la foi. C’est chose faite avec L’Apparition, à ceci près que ce film à « twist », impossible à étreindre, adopte une conduite plus sinueuse que rectiligne.
Ce film à « twist », impossible à étreindre, adopte une conduite plus sinueuse que rectiligne
Blessé lors d’un reportage dans une zone de guerre, où Dieu a encore son mot à dire, Jacques (Vincent Lindon), grand reporter, est rapatrié d’urgence à Paris où, par une singulière ironie du sort sur cette terre sainte de la laïcité, Dieu l’attend de nouveau, en vertu, suppose-t-on, de son ubiquité.
Il prend cette fois la forme d’un coup de téléphone en provenance du Vatican. On lui demande d’exercer sa profession au sein d’une commission d’enquête destinée à prouver la véracité ou l’imposture du récit d’une jeune fille du Sud-Ouest de la France, Anna, à laquelle la Sainte Vierge serait apparue à plusieurs reprises. S’inquiétant de la dimension que prend l’événement – pèlerins par centaines, prêtre tenté par l’insoumission, missionnaire américain adepte du Barnum apparitionnaire –, le Saint-Siège prend ses précautions.
Investigation journalistique
Eloigné de la religion de son enfance et de la foi sans leur être hostile, Jacques relève le défi de l’enquête qui lui est confiée. Au sein d’une commission très diversement constituée (du prêtre au psychiatre) lui revient la tâche la plus ingrate, celle d’enquêter selon les règles de l’investigation journalistique sur un phénomène, la vision, qui s’y soustrait par nature. Cette aporie devient, hélas, celle à laquelle se heurte le film lui-même. Requis par sa mission mais troublé par la jeune fille, le personnage interprété par Vincent Lindon – ici réduit à un personnage de taiseux qui le rend visiblement malheureux – se tient continûment au milieu du gué.
La solution imaginée par Xavier Giannoli afin de l’en tirer (une piste policière menant, tel le Saint-Esprit, à une troisième personne) fait l’effet d’un deus ex machina destiné à concilier tant l’hypothèse de la vérité que celle du mensonge. En un mot à prôner, en cinéaste qui se respecte, les vertus de l’illusion. Si subtile soit-elle, cette dialectique semble inopérante s’agissant d’un sujet aussi brûlant que la représentation de la foi au cinéma. Ici, il sera toujours préférable de trancher entre deux voies extrêmes : celle de Dreyer (Ordet) et de Rossellini (Voyage en Italie), ou celle de Bergman (Le Septième Sceau) et de Mocky (Le Miraculé).

Film français de Xavier Giannoli. Avec Vincent Lindon, Galatea Bellugi, Patrick d’Assumçao (2 h 17). Sur le Web : distribution.memento-films.com/film/infos/85



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-7"> ¤ Le duo formé par Jean Dujardin et Mélanie Laurent ne résiste pas à la pauvreté des dialogues.
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« Le Retour du héros » : un gars, une fille, version Empire

Le duo formé par Jean Dujardin et Mélanie Laurent ne résiste pas à la pauvreté des dialogues.



Le Monde
 |    14.02.2018 à 07h29
    |

                            Thomas Sotinel








                        



   


L’avis du « Monde » – on peut éviter
L’étrange rictus qui déforme la bouche de Jean Dujardin lorsque celui-ci veut exprimer un étonnement mêlé de crainte n’est pas pour rien dans sa renommée. Ceux qui firent la connaissance de cette grimace au temps d’Un gars, une fille ou de Brice de Nice la retrouveront dans Le Retour du héros, juchée cette fois au-dessus d’un uniforme d’opérette, censé évoquer les gloires militaires du Premier Empire.
L’opération, ici, n’est pas tant de faire revenir une gloire militaire qu’un rigolo
L’opération, ici, n’est pas tant de faire revenir une gloire militaire qu’un rigolo. Depuis le succès de The Artist, le chemin de Jean Dujardin s’est fait indéchiffrable, entre les tentations américaines (Le Loup de Wall Street), les tentatives dramatiques ou romantiques (La French, Un plus une…) et le retour à la comédie (Un homme à la hauteur, Brice 3), ces derniers titres n’ayant pas permis au titulaire de l’Oscar de retrouver sa suprématie.
Le Retour du héros ne remédiera pas à cette incertitude. On est d’abord intrigué par l’emballage historique du film. L’intrigue met aux prises un officier de cavalerie (Dujardin) et une jeune femme de bonne famille (Mélanie Laurent) qui tente de préserver sa jeune sœur (Noémie Merlant) de l’immoralité du hussard. Mais cet Empire est dépourvu de sens, contrairement à la chouannerie de Rappeneau dans Les Mariés de l’an II.
Dissonances historiques
Les péripéties de cet affrontement sont empruntées au western. Un duel entre l’officier et un notable est traité comme s’il était organisé sur la grande rue de Tombstone ; dans le rôle des Indiens, on a requis des cosaques, que le scénario a mobilisés en Bourgogne en l’an 1812 alors que les historiens les situent plus à l’est... Ces dissonances historiques pourraient être drôles si elles ne donnaient l’impression de procéder d’une grande désinvolture plutôt que de l’amour du nonsense.
Pourtant, les affrontements verbaux entre Jean Dujardin et Mélanie Laurent sont parfois drôles, le duo trouve un rythme qui lui est propre, il suffirait que des dialogues brillants l’alimentent. Il est souvent brisé par un gag appuyé, quand ce n’est pas par une grossièreté affligeante. En 2018, il est impossible de faire passer pour un trait d’humour une gifle assénée à une femme pour la faire taire – la victime étant ici la jeune sœur, bavarde et diagnostiquée par les scénaristes comme nymphomane.

Film français de Laurent Tirard. Avec Jean Dujardin, Mélanie Laurent, Noémie Merlant (1 h 30). Sur le Web : salles.studiocanal.fr



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-8"> ¤ Ce programme de quatre courts-métrages est le fruit de la première session d’une résidence d’écriture lancée par So Film et Capricci.
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« 4 histoires fantastiques » : pour un renouveau du cinéma de genre à la française

Ce programme de quatre courts-métrages est le fruit de la première session d’une résidence d’écriture lancée par So Film et Capricci.



Le Monde
 |    14.02.2018 à 07h28
    |

            Isabelle Regnier








                        



   


L’avis du « Monde » – pourquoi pas
Faire éclore un cinéma de genre à la française, l’idée n’est pas nouvelle. Beaucoup s’y sont cassé les dents. Soutenues par Canal+, qui en fut, il y a une dizaine d’années, l’initiatrice, et qui s’apprête aujourd’hui à lancer une chaîne spécialisée dans le cinéma d’horreur, les sociétés So Film et Capricci ont lancé une résidence d’écriture de scénarios ad hoc. Le programme de courts-métrages qui sort aujourd’hui en salle sous le titre-bannière 4 histoires fantastiques est le fruit de la première session. Il a le mérite de pointer deux vérités essentielles.
Première vérité : pour être réussi, un film fantastique doit imposer une atmosphère, un climat. Il doit harponner le spectateur et ne plus le lâcher, suspendre son incrédulité pour ne jamais la laisser retomber. Cela n’exige pas nécessairement de gros moyens, mais demande une bonne dose de talent, dont ne manque pas Just Philippot, le réalisateur d’Acide.
Niveau de panique très haut
Meilleur film du programme, de loin, ce survival tendu comme un arc suit un couple et son enfant lancés dans une course folle à travers la campagne tandis qu’une menace invisible les rattrape, et fait grimper très haut le niveau de panique. La rigueur de la mise en scène impressionne autant que l’intensité des acteurs (Maud Wyler, Sofian Khammes, Antonin Chaussoy), et la beauté de la photographie, le travail du son.
C’est là la deuxième vérité que recèle ce programme : dans le cinéma en général, mais peut-être plus encore dans le cinéma fantastique, le scénario ne peut ignorer l’économie dans laquelle il s’inscrit, sous peine de rater ses effets. Pour ne pas avoir respecté cette règle d’or, les trois autres films du programme ont des allures de galop d’essai.

Chose mentale, film français de William Laboury. Avec Sophie Breyer, Constantin Vidal, Malival Yakou (21 minutes). Aurore, film français de Mael Le Mée. Avec Manon Valentin, Lorenzo Lefebvre, Fiorella Campanella (18 minutes). Acide, film français de Just Philippot. Avec Maud Wyler, Sofian Khammes, Antonin Chaussoy (18 minutes). Livraison, film français de Steeve Calvo. Avec Didier Bourguignon, Anne Canovas, Antonin Congiu (23 minutes). Sur le Web : www.capricci.fr/4-histoires-fantastiques-2017-433.html



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-9"> ¤ Ce roi africain imaginé par Marvel à la fin des années 1960 revêt une symbolique importante dans la lutte pour la représentation des minorités dans la culture populaire.
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« Black Panther » : le premier superhéros noir reprend du pouvoir dans la pop culture américaine

Ce roi africain imaginé par Marvel à la fin des années 1960 revêt une symbolique importante dans la lutte pour la représentation des minorités dans la culture populaire.





Le Monde
 |    14.02.2018 à 07h00
 • Mis à jour le
15.02.2018 à 06h37
    |

            Pauline Croquet






   


L’excitation autour de la sortie, mercredi 14 février, de Black Panther, de Ryan Coogler, le nouveau film de superhéros Marvel, est palpable. Et pour cause : les premières critiques sont enthousiastes certes, mais cela fait surtout vingt ans, depuis le grand succès de Blade, de Stephen Norrington, que l’on n’avait pas vu de superhéros noir de comic book prendre la tête d’affiche au cinéma.

        Lire la critique de « Black Panther » :
         

          L’Afrique a enfin son superhéros



A bien des égards, la Panthère noire est importante : pour l’évolution de la stratégie éditoriale de Marvel qu’elle représente, mais aussi parce que Black Panther est le premier personnage non seulement noir, mais africain, à apparaître dans le Panthéon des superhéros populaires.

Né pendant la lutte pour les droits civiques
T’Challa, de son vrai nom, est le roi du Wakanda, un royaume fictionnel et caché d’Afrique. Ce pays qui n’a pas souffert de la colonisation est parmi les plus prospères et avancés scientifiquement du monde grâce à une ressource naturelle : le vibranium. A la fois stratège politique, scientifique brillant et combattant redoutable, Black Panther se hisse parmi les héros les plus forts de la galerie Marvel. Il est capable de battre Captain America et rejoint les équipes de superhéros les plus prestigieuses, des X-Men aux Avengers. Au fil de ses aventures, il devra retrouver l’assassin de son père, protéger son pays des invasions extérieures qui convoitent le vibranium, mais aussi faire face à des rébellions nationales.
En dessin, la Panthère prend vie en juillet 1966, en plein cœur de la lutte pour les droits civiques, la même année que la consécration du terme black power dans le discours de Stokely Carmichael. Ses créateurs, les poids lourds du comics Stan Lee et Jack Kirby, le font apparaître dans la série ultra-populaire des Quatre fantastiques. Son succès est immédiat : il aura donc droit quelques années plus tard à sa propre série.

   


Il est toutefois hasardeux de prêter des intentions politiques aux deux auteurs dans la création de Black Panther. « A l’époque, Marvel ne fait pas de BD engagée et, par prudence, ne fait pas de commentaire social dans ses strips, souligne Nicolas Labarre, maître de conférence en civilisation américaine à l’université Bordeaux-Montaigne. Même si, par exemple, a posteriori, la création des X-Men en 1963 a été décrite comme une métaphore des droits civiques. »
Dans sa ligne éditoriale de l’époque, le « Bullpen » – surnom donné à la rédaction de Marvel – cherche à conquérir plus de lecteurs, sans froisser son noyau de fidèles, composé en partie de conservateurs, en se montrant progressiste sans être radical. « J’en suis venu à la Panthère noire parce que je me suis rendu compte que je n’avais pas de Noirs dans mes planches. Je n’avais jamais dessiné un Noir [alors que] j’avais soudainement découvert que j’avais beaucoup de lecteurs noirs », expliquera dans des interviews le dessinateur Jack Kirby.
En plaçant l’intrigue de Black Panther dans un pays africain utopique et lointain, les auteurs s’épargnent tout commentaire politique de leur société et de la communauté noire de New York, ville des principales intrigues de Marvel. Ce n’est qu’à partir de 1969 que débarqueront ensuite des superhéros afro-américains, comme le Faucon, Tornade ou Luke Cage.
Toujours par souci de consensualité, la Panthère noire est rebaptisée temporairement, quelques mois après sa naissance, Léopard noir… Pour éviter d’être associée au tout jeune mouvement révolutionnaire du Black Panther Party, dont le nom n’est pas lié à celui du superhéros.
« Black Panther permet de se forger une estime »
L’impact de ce personnage est depuis considérable. « Black Panther montre qu’un Noir peut-être un superhéros, sauver des vies, évoluer dans un monde imaginaire, mais aussi peut être acteur du changement. L’univers de ce héros permet à des gens qui sont sous-représentés dans la culture de s’identifier, de se forger une estime », détaille Anna Tjé, cofondatrice de la revue en ligne littéraire et artistique Atayé et, par ailleurs, membre de l’association Diveka, qui œuvre pour plus de diversité et représentations positives dans le monde de la jeunesse. 
Pour Jonathan Gayles, docteur en études afro-américaines et auteur du documentaire White Scripts and Black Supermen : Black Masculinities in Comic Books (Scénarios blancs et superhéros noirs : les masculinités noires dans les comics), « le travail fait actuellement [dans les comics] avec la Panthère noire est excellent », là où il a pu être offensant avec la représentation d’autres superhéros Marvel, par exemple Luke Cage. « C’est un voyou de rue. Ses pouvoirs ne proviennent pas d’une intervention surnaturelle, mais d’une expérience en prison. C’est un héros qui loue ses services. Sa principale juridiction est Harlem — un Harlem qui n’est représenté que négativement », explique le professeur au Huffington Post.

   


Dans les années 1990, après une période d’expansion démesurée, le marché du comics s’effondre. Pour redresser la barre, Marvel fait appel à certains auteurs pour qu’ils retravaillent certains superhéros de manière plus adulte, plus ancrée dans le XXIe siècle qui s’annonce. C’est ainsi qu’en 1998 la maison d’édition confie Black Panther à Christopher Priest.
Cet enfant du Queens est l’un des premiers auteurs afro-américains à travailler à temps plein sur des franchises populaires de superhéros à partir des années 1980. Avec d’autres, comme le scénariste Dwayne McDuffie, ils vont contribuer à « l’Age noir du comics », nom donné aux initiatives au sein de l’édition de bande dessinée, visant à mettre en avant le travail d’artistes noirs dans cet univers majoritairement blanc. Une période-clé, selon Anna Tjé :
« Les années 1990 sont, de façon générale, une période charnière pour la représentation des afrodescendants dans la culture américaine, avec des œuvres piliers de cette culture. C’est à cette époque, par exemple, qu’il y a le plus de séries télévisées qui représentent des familles afro-américaines, qui revalorisent l’image qu’on se faisait d’elles. »
Un nouvel écho avec le mouvement Black Lives Matter
Bien que le nom de Christopher Priest soit souvent relégué, son apport à la série Black Panther est conséquent et influence, en partie, la réalisation du film. Le scénariste apporte de la profondeur à T’Challa, le pare des habits et tourments du roi, lui donne une importance qui va au-delà du simple vengeur costumé. C’est également lui qui introduit les Dora Milaje, la garde rapprochée du souverain composée de guerrières et stratèges, des héroïnes de premier plan dans la série.

   


Dans l’Amérique du mouvement Black Lives Matter (né pour dénoncer les violences policières contre les Noirs) et post-Obama, à l’heure où les questions de whitewashing et d’appropriation culturelle aux Etats-Unis retentissent de plus en plus sur les réseaux sociaux, certaines industries rompues à ces pratiques discriminatoires anticipent désormais pour désamorcer toute critique éventuelle. Et fournissent de fait plus d’efforts en termes de représentation des minorités ; quitte à faire appel à des représentants conscientisés et politisés de ces communautés.
C’est ainsi que Marvel-Disney a confié la réalisation et l’interprétation du blockbuster Black Panther à une équipe majoritairement afrodescendante. Ce qui se voit à l’écran, avance Anna Tjé :
« De ce qu’on a pu en voir avant la sortie du film, “Black Panther” valorise la diversité des cultures africaines. Il y a des références à différents pays mais aussi différents looks africains, différents héritages, si bien que j’ai la sensation que différentes personnes, par exemple caribéennes, africaines ou françaises pourraient s’y identifier. »
De même, quelques mois avant la sortie du film, la rédaction de nouvelles histoires de la Panthère a été confiée à l’écrivain Ta-Nehisi Coates, auteur du best-seller Une colère noire, lettre à mon fils (Autrement, 2016), mais aussi à la romancière de science-fiction Nnedi Okorafor.
Des opérations couronnées de succès : le premier numéro des aventures de Black Panther par Ta-Nehisi Coates s’est écoulé à 330 000 exemplaires, un chiffre exceptionnel sur le marché du comics. Le film semble prendre la voie du même succès, si l’on en croit les estimations des préventes aux Etats-Unis. Et Anna Tjé d’espérer :
« A titre personnel, un film comme Black Panther arrive tard pour moi, mais il n’est finalement jamais trop tard. Il va être précurseur et ouvrir la voie à d’autres. »




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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-10"> ¤ Chaque mercredi, dans « La Matinale », les critiques du « Monde » présentent les meilleurs films à découvrir sur grand écran.
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Article sélectionné dans La Matinale du 13/02/2018
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« Phantom Thread », « Wajib» et « Black Panther » : notre sélection cinéma

Chaque mercredi, dans « La Matinale », les critiques du « Monde » présentent les meilleurs films à découvrir sur grand écran.



Le Monde
 |    14.02.2018 à 06h42
 • Mis à jour le
14.02.2018 à 07h42
   





                        


LES CHOIX DE LA MATINALE
Porté par le duo d’acteurs Daniel Day Lewis-Vicky Krieps, Phantom Thread, le huitième film de Paul Thomas Anderson, est un pur chef-d’œuvre. Un film palestinien, un Marvel et un documentaire vietnamien figurent également au menu de notre liste hebdomadaire.
LIAISON OURLÉE : « Phantom Thread », de Paul Thomas Anderson

Le huitième long-métrage de Paul Thomas Anderson se situe quelques années après la fin du Blitz. Reynolds Woodcock, couturier réputé, vit et travaille dans une belle maison de l’Ouest londonien. Chaque matin, il prend son breakfast en compagnie de sa conquête du moment et de Cyril (Lesley Manville), sa sœur, qu’il appelle affectueusement « my old so and so » (« ma vieille machine »), pendant que les employées de la maison Woodcock gravissent l’escalier de service jusqu’à l’atelier.
Cyril, femme austère toujours vêtue de sombre, est à la fois l’intendante et la directrice des ressources humaines d’une entreprise dont la raison sociale serait : « l’existence d’un homme ». Celui-ci s’éprend, dans une auberge, d’une jeune serveuse à la beauté irrégulière, au léger accent germanique, Alma, et se lance dans une cour effrénée, à laquelle elle répond sans se laisser désarmer.
Il aurait été impossible de parvenir à ce degré de complexité, à cette infinité de nuances, sans le duo d’acteurs Daniel Day Lewis-Vicky Krieps. Reynolds Woodcock est une création éblouissante, un enfant blessé et un ogre, un créateur prodigue de son art et un amant avare de son désir. Vicky Krieps donne à la figure d’Alma l’audace d’un jeune général d’Empire, la fragilité d’une orpheline dickensienne. Thomas Sotinel
« Phantom Thread », film américain de Paul Thomas Anderson, avec Daniel Day-Lewis, Vicky Krieps, Lesley Manville (2 h 10).
SACRÉE FAMILLE À NAZARETH : « Wajib »,  d’Annemarie Jacir

Abu Shadi, professeur divorcé à Nazareth, proche de la retraite, marie sa fille. Son ex-femme, exilée de longue date aux Etats-Unis, subordonne sa venue à l’état de santé de son mari. Rentré pour l’occasion de Rome, où il est devenu architecte, son fils, Shadi, le revoit après une longue absence.
Ensemble, ils rendent visite aux nombreux invités de la cérémonie pour leur remettre en main propre, comme le veut la coutume du « wajib », le faire-part. Situation idéale pour sceller des retrouvailles aimantes et orageuses à la fois, prendre une température politique glaciale (Nazareth, en Galilée, est la plus grande ville arabe d’Israël) par le biais chaleureux de la fable, documenter la fiction en choisissant à la ville un tandem d’acteurs consistant, comme à la scène, en un père et un fils, en l’occurrence Mohammad et Saleh Bakri, les plus célèbres acteurs palestiniens d’Israël.
Après Le Sel de la mer en 2008 et When I Saw You en 2012, Wajib poursuit l’exploration filmique du destin palestinien, en un mantra artistique tenaillé par la question de l’exil et de l’impossible retour. Après la colère et la révolte contenues dans les deux premiers titres, une tonalité nouvelle, qui les assourdit sans les annuler, enrobe ce troisième long-métrage : la douceur et l’humour. Jacques Mandelbaum
« Wajib », film palestinien d’Annemarie Jacir. Avec Mohammad Bakri, Saleh Bakri, Maria Zreik, Rana Alamuddin (1 h 36).
SUPERHÉROS AFRICAIN : « Black Panther », de Ryan Coogler

Il n’est pas besoin d’apprécier l’univers Marvel, cet entrelacs de personnages et de marques déposées, pour aimer Black Panther. Né en 1967 (quelques semaines avant la fondation du mouvement des Black Panthers) de l’imagination de deux auteurs de comics blancs, Stan Lee et Jack Kirby, ce superhéros africain apparaît, dans le beau film de Ryan Coogler, comme un être de légende et de tragédie, plutôt que comme un produit de confection. Ce qui ne veut pas dire que les millions d’amateurs d’Avengers ou de Spider-Man se sentiront floués.
Avec Creed, deuxième long-métrage du jeune metteur en scène (il est né en 1986), Ryan Coogler s’était approprié la légende de Rocky Balboa sans la dénaturer. Cette fois, il respecte les rites inhérents au culte du superhéros tout en les propulsant dans une autre dimension, poétique et politique.
Depuis des temps immémoriaux, le roi du Wakanda reçoit, quand il monte sur le trône, des pouvoirs surhumains qui font de lui, quand le besoin s’en fait sentir, un guerrier quasiment invincible, Black Panther. T’Challa vient de succéder à son père assassiné par un terroriste international, épisode relaté dans Captain America : Civil War. En un peu plus de deux heures, le jeune roi affrontera plus d’épreuves qu’Hamlet et Winston Churchill réunis. T. S.
« Black Panther », film américain de Ryan Coogler, avec Chadwick Boseman, Lupita Nyong’o, Michael B. Harris, Daniel Kaluuya, Forest Whitaker, Martin Freeman (2 h 14).
JOURNAL INTIME : « Finding Phong », de Tran Phuong Thao et Swann Dubus

Phong, jeune Vietnamien devenu étranger à son corps d’homme, entreprend de devenir une femme, réalité plus accordée à l’image qu’il se fait de lui-même, à son désir profond.
Tran Phuong Thao et Swann Dubus, tandem franco-vietnamien de réalisateurs, installé et travaillant au Vietnam, saisit la balle au bond et entreprend, de son côté, de documenter ce processus, délicat s’il en est. Le film, outre qu’il remplit sa fonction d’ouverture pédagogique aux phénomènes les plus divers du vaste monde, porte témoignage d’une approche sensible et pénétrante, très éloignée du sensationnalisme ou de la complaisance qu’un tel sujet pourrait occasionner.
La belle idée des réalisateurs aura consisté à prêter, en un premier temps, une caméra à Phong, pour lui permettre d’exprimer sans intermédiaire son malaise et son désir, et aussi, sans doute, pour mieux le connaître. A la suite de quoi les réalisateurs l’ont eux-mêmes filmé.
Finding Phong commence donc à la manière d’un journal intime, puis se poursuit à la manière d’un documentaire plus classique. Le film monté a conservé la trace de cette méthode, qui se révèle riche de sens, faisant basculer le film, en même temps que le personnage, du désir contrarié et malheureux à l’éprouvante mais émouvante épreuve d’une réalité enfin accordée à ce désir. J. M.
« Finding Phong », documentaire vietnamien de Tran Phuong Thao et Swann Dubus (1 h 30).

Les sorties cinéma de la semaine (mercredi 14 février)
Phantom Thread, film américain de Paul Thomas Anderson (chef-d’œuvre)Black Panther, film américain de Ryan Coogler (à ne pas manquer)Finding Phong, documentaire vietnamien de Tran Phuong Thao et Swann Dubus (à voir)Un jour ça ira, documentaire français de Stan et Edouard Zambeaux (à voir)Wajib, l’invitation au mariage, film palestinien d’Annemarie Jacir (à voir)4 histoires fantastiques, programme de quatre courts-métrages français de William Laboury, Maël Le Mée, Just Philippot et Steeve Calvo (pourquoi pas)Belle et Sébastien 3, le dernier chapitre, film français de Clovis Cornillac (pourquoi pas)L’Apparition, film français de Xavier Giannoli (pourquoi pas)Le Retour du héros, film français de Laurent Tirard (on peut éviter)
Nous n’avons pas pu voir :
Bravo virtuose, film arménien, belge et français de Levon MinasianKrank, film français de Caroline ChuL’Etrange Forêt de Bert et Joséphine, film d’animation tchèque de Filip Posivac et Barbora ValeckaLa Princesse des glaces, film d’animation russe d’Aleksey TsitsilinLe Crime des anges, film français de Bania Medjbar





                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-11"> ¤ Le nombre de films produits en Europe a augmenté de 47 % pour passer de 1 444 en 2007 à 2 124 en 2016, selon l’Observatoire européen de l’audiovisuel, publié mardi.
<filname="PROF-0,2-3476,1-0,0-11"> ¤                     
                                                

Forte progression de la production cinématographique européenne depuis dix ans

Le nombre de films produits en Europe a augmenté de 47 % pour passer de 1 444 en 2007 à 2 124 en 2016, selon l’Observatoire européen de l’audiovisuel, publié mardi.



Le Monde
 |    13.02.2018 à 18h59
 • Mis à jour le
14.02.2018 à 07h13
    |

            Nicole Vulser








                        


Selon un rapport de l’Observatoire européen de l’audiovisuel, publié mardi 13 février, le nombre de films produits en Europe a augmenté de 47 % pour passer de 1 444 en 2007 à 2 124 en 2016.

   


Au total, plus de 18 000 films ont été produits au cours de cette période en Europe. Cette tendance à la hausse a été enregistrée tant pour les productions purement nationales que pour les coproductions. Les coproductions majoritaires ont représenté 20,4 % du volume de production total sur l’Europe pour cette période. Le volume de documentaires a quasiment doublé, atteignant 698 films en 2016, tandis que la production de films de fiction a également connu un essor important de 33 %.

   


Les pays européens ont coproduit avec 150 pays différents au cours de la période étudiée. Avec le Brexit, le nombre de films produits ou coproduits au Royaume-Uni pourrait diminuer.
Les dix premiers pays producteurs représentent 73 % du volume total des longs-métrages. La production cinématographique en Europe reste très concentrée puisque cinq pays (Royaume-Uni, France, Allemagne, Espagne et Italie) représentent plus de la moitié de la production totale des 36 pays couverts par cette étude.

   


En valeur absolue, la France arrive en tête de liste avec 566 coproductions comptabilisées entre 2007 et 2016.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-12"> ¤ Notre chroniqueur a encore frappé : après les vestiaires de David Guetta et de Jane Birkin, Marc Beaugé scrute celui de l’acteur qui est à l’affiche du « Retour du héros », un film costumé. Et ce n’est sans doute pas un hasard.
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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-13"> ¤ Le cinéaste américain insiste sur la dimension pragmatique de son nouveau long-métrage, qui aurait pu s’intituler « The Master ».
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Paul Thomas Anderson, réalisateur de « Phantom Thread » : « On peut tenir cette histoire entre ses mains »

Le cinéaste américain insiste sur la dimension pragmatique de son nouveau long-métrage, qui aurait pu s’intituler « The Master ».



Le Monde
 |    13.02.2018 à 07h53
 • Mis à jour le
13.02.2018 à 19h00
    |

            Aureliano Tonet








                        



                                


                            

En bon Américain, Paul Thomas Anderson est un cinéaste pragmatique, plus prompt à détailler la confection de son huitième long-métrage, Phantom Thread, qu’à broder des théories sur le rapport de force entre les sexes lors des prochains Oscars, où il a glané six nominations. Le quadra reçoit dans un palace parisien, peu après « un excellent déjeuner ».

Votre film est saturé de repas, qui affriandent ou enveniment les relations de couple, de famille, de travail. Pourquoi ?
Le New Yorker a écrit qu’il s’agissait du meilleur film culinaire depuis des lustres… Quand Daniel Day-Lewis et moi préparions There Will Be Blood (2007), Daniel se moquait chaque matin de l’ampleur et de la sophistication des commandes que je passais pour le petit déjeuner. Le tournage de Phantom Thread nous a permis de surenchérir sur cet amusant petit rituel.
Les personnages se défient par mets, vêtements ou voitures interposés. « Phantom Thread » est-il le pendant matérialiste de « The Master » (2012), où les rapports de force s’exprimaient sur un mode plus spirituel ?
L’histoire est très mince, on peut la tenir entre ses mains, comme un tissu. Le spectateur s’y plongera d’autant mieux. De tous les films en lice pour les Oscars que j’ai vus, celui qui m’a le plus troublé est Call Me by Your Name, de Luca Guadagnino. Même si le film a pour personnages principaux un groupe d’intellectuels, les sens importent davantage que les idées : son élégance minimale et pragmatique m’a bouleversé. J’ai également très hâte de découvrir Lady Bird, de Greta Gerwig.
Le décor est tapissé de motifs conçus par William Morris, un designer socialiste issu de l’aristocratie victorienne. « Phantom Thread » est-il marxiste ?
Cette idée me plaît beaucoup ! Comme nombre d’immigrés dans l’Angleterre des années 1950, le personnage d’Alma a fui l’Europe de...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-14"> ¤ Paul Thomas Anderson filme avec maestria un fervent corps-à-corps dans le Londres des années 1950.
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« Phantom Thread » : l’amour sous toutes les coutures

Paul Thomas Anderson filme avec maestria un fervent corps-à-corps dans le Londres des années 1950.



Le Monde
 |    13.02.2018 à 06h31
 • Mis à jour le
14.02.2018 à 07h44
    |

                            Thomas Sotinel








                        



   


L’avis du « Monde » – chef-d’œuvre
Parmi toutes les gemmes que l’on accumule deux heures durant, en suivant ce « fil fantôme » qui donne son titre au film, il y a cette réplique : « Voyez-vous, l’aimer, lui, fait que la vie n’est plus un grand mystère. » On aimera Phantom Thread comme Alma (Vicky Krieps), l’immigrée d’Europe centrale, aime Reynolds Woodcock (Daniel Day-Lewis), le couturier londonien. En s’abîmant dans le labyrinthe d’énigmes et d’illusions qui courent sous l’élégante surface du huitième long-métrage de Paul Thomas Anderson comme sous le maintien de gentleman du premier rôle masculin, au risque de réduire les autres films du moment à de simples évidences. Il est impossible d’évaluer le nombre de visions qu’il faudrait pour en épuiser les ressources.

        Lire l’entretien avec Paul Thomas Anderson :
         

          « On peut tenir cette histoire entre ses mains »



Pourtant, rien de plus simple en apparence. Quelques années après la fin du Blitz, Reynolds Woodcock vit et travaille dans une belle maison de l’Ouest londonien. Chaque matin, il prend son breakfast en compagnie de sa ­conquête du moment et de Cyril (Lesley Manville), sa sœur, qu’il appelle affectueusement « my old so and so » (« ma vieille machine »), pendant que les employées de la maison Woodcock gravissent l’escalier de service jusqu’à l’atelier.
Cyril, femme austère toujours vêtue de sombre, est l’intendante et la directrice des ressources humaines d’une entreprise dont la raison sociale serait : « l’existence d’un homme ». C’est elle qui fait tourner la maison de couture, elle qui congédie les compagnes lorsque celles-ci revendiquent une part déraisonnable de l’attention du grand homme, elle qui stabilise l’humeur instable de son frère en l’envoyant à la campagne lorsque le poids des attentes féminines (car Reynolds Woodcock ne commerce qu’avec les femmes : sœur, amantes, employées, clientes) se fait insupportable.

        Lire le portrait dans « M » :
         

          Daniel Day-Lewis, aux extrêmes de l’incarnation



Sur la route qui mène à son cottage, le couturier arrête sa voiture de sport devant une auberge de campagne, pour y commander un breakfast pantagruélique (dans Phantom Thread, l’appétit des personnages – et particulièrement de Woodcock – est le contrepoint de leur libido). Cet outrage à tous les principes de la diététique est servi par une jeune femme à la beauté irrégulière, au léger accent germanique. Avant de prendre la commande de l’arrivant, Alma trébuche, se rattrape et rougit. Ce changement de teint est l’un des événements les plus délicats jamais saisis sur pellicule. La rougeur passe comme un nuage, mais elle a capturé le regard, le nôtre, celui de Woodcock, qui se lance dans une cour effrénée, à laquelle Alma répond sans se laisser désarmer, lui offrant le sobriquet de « hungry boy » (« garçon affamé »).
Un duo magistral
Lorsque, le soir même, il emmène la jeune femme jusqu’au cottage, Woodcock, plutôt que de faire l’amour, lui fait essayer une robe, avec l’assistance de Cyril, surgie d’on ne sait où. Alma se retrouve alors dans une position que ­connurent avant elle Jane Eyre et la jeune Mme de Winter, dans Rebecca : amoureuse d’un homme plus âgé qu’elle, entouré de fantômes féminins (ici, la mère de Woodcock) dont la mémoire est gardée par un dragon.

   


Vicky, dont on ne saura presque rien (elle garde chez elle un portrait de sa mère, son accent revient lorsqu’elle se met en colère), se lance dans une campagne sans merci pour transformer l’engouement de Reynolds Woodcock en engagement. Paul Thomas Anderson trouve tous les fils qui cousent en une pièce cohérente les singularités du personnage (artiste, métrosexuel avant l’heure, fournisseur des cours royales mais travailleur manuel) et son appartenance à son genre. Woodcock reste un patriarche qui veut bien déléguer quelques parcelles de son pouvoir (à sa sœur, par exemple) mais jamais, au grand jamais le partager.
Il aurait été impossible de parvenir à ce degré de complexité, à cette infinité de nuances, sans le duo Day-Lewis - Krieps. L’acteur britannique a annoncé qu’il tenait là son dernier rôle à l’écran. En attendant de savoir s’il se met à la retraite comme Greta Garbo ou comme Sarah Bernhardt, Phantom Thread donne la mesure du vide que Daniel Day-Lewis laissera.
« Phantom Thread » explore la possibilité d’une inversion du rapport de force, d’une dissolution du ­pouvoir masculin
Reynolds Woodcock (personnage que l’acteur a puissamment contribué à élaborer, même si Paul Thomas Anderson est le seul scénariste à apparaître au générique) est une création éblouissante, un enfant blessé et un ogre, un créateur prodigue de son art et un amant avare de son désir. Vicky Krieps, qui n’est pas tout à fait une débutante (on ­l’a vue en Jenny von Westphalen dans Le Jeune Karl Marx, de Raoul Peck) courait néanmoins le risque d’être dévorée toute crue par le monstre sacré. Or Phantom Thread explore la possibilité d’une inversion du rapport de force, d’une dissolution du ­pouvoir masculin. La jeune actrice luxembourgeoise donne à la figure d’Alma l’audace d’un jeune général d’Empire, la fragilité d’une orpheline dickensienne. Entre les deux, Lesley Manville, que l’on a souvent vue chez Mike Leigh, négocie admirablement le passage du rôle de gouvernante maléfique à celui de témoin affligé.
La peinture minutieuse de l’aristocratie londonienne, de ses pièces rapportées (une princesse belge, une millionnaire texane…) et de ses rites, la délicate partition néoromantique de Jonny Green­wood (qui l’eût cru en écoutant Pablo Honey ?), la lumière chatoyante (Paul Thomas Anderson s’est passé de directeur de la photo), les robes du costumier Mark Bridges surgies dans leur amplitude irrationnelle d’un passé révolu, contiennent la violence du corps-à-corps amoureux, qui brille d’une sombre lueur dans cet écrin.

Film américain de Paul Thomas Anderson. Avec Daniel Day-Lewis, Vicky Krieps, Lesley Manville (2 h 10). Sur le Web : www.facebook.com/PhantomThread et focusfeatures.com/phantom-thread

Les sorties cinéma de la semaine (mercredi 14 février)
Phantom Thread, film américain de Paul Thomas Anderson (chef-d’œuvre)Black Panther, film américain de Ryan Coogler (à ne pas manquer)Finding Phong, documentaire vietnamien de Tran Phuong Thao et Swann Dubus (à voir)Un jour ça ira, documentaire français de Stan et Edouard Zambeaux (à voir)Wajib, l’invitation au mariage, film palestinien d’Annemarie Jacir (à voir)4 histoires fantastiques, programme de quatre courts-métrages français de William Laboury, Maël Le Mée, Just Philippot et Steeve Calvo (pourquoi pas)Belle et Sébastien 3, le dernier chapitre, film français de Clovis Cornillac (pourquoi pas)L’Apparition, film français de Xavier Giannoli (pourquoi pas)Le Retour du héros, film français de Laurent Tirard (on peut éviter)
Nous n’avons pas pu voir :
Bravo virtuose, film arménien, belge et français de Levon MinasianKrank, film français de Caroline ChuL’Etrange Forêt de Bert et Joséphine, film d’animation tchèque de Filip Posivac et Barbora ValeckaLa Princesse des glaces, film d’animation russe d’Aleksey TsitsilinLe Crime des anges, film français de Bania Medjbar





                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-15"> ¤ Le documentaire, qui relate la campagne présidentielle de Jean-Luc Mélenchon, a été déprogrammé à Marseille.
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Sortie en salle sous haute tension pour « L’Insoumis », de Gilles Perret

Le documentaire, qui relate la campagne présidentielle de Jean-Luc Mélenchon, a été déprogrammé à Marseille.



Le Monde
 |    12.02.2018 à 16h36
 • Mis à jour le
13.02.2018 à 08h38
    |

            Clarisse Fabre








                        



                                


                            

L’Insoumis, le documentaire de Gilles Perret sur la campagne présidentielle de Jean-Luc Mélenchon, sortira le 21 février. Mais dans combien de salles, et dans quel climat ? La distribution du film est en soi un feuilleton. Dernier épisode en date, le 8 février, le distributeur Etienne Ollagnier (Jour2Fête) apprenait que L’Insoumis était déprogrammé au cinéma Les Variétés, à Marseille. Un lieu symbolique, puisque la salle se situe dans la circonscription du député de La France insoumise Jean-Luc Mélenchon (4e circonscription des Bouches-du-Rhône) : le documentaire devait être projeté « en exclusivité » aux Variétés, selon un accord signé avec les programmateurs le 24 octobre 2017.
Le directeur du cinéma, Jean Mizrahi, a décidé de déprogrammer le film après avoir visionné la bande-annonce, qualifiée de « propagande ». Il n’avait pas encore vu le film, mais c’est chose faite, dit-il. Lundi 12 février, dans un communiqué, Jean Mizrahi confirme que Les Variétés « ne programmeront pas » L’Insoumis, pour deux raisons : « Le documentaire n’est aucun cas un film de cinéma mais plutôt un document télévisuel, qui ne prend aucune distance vis à vis de son sujet. Le rôle des Variétés n’est pas de promouvoir, ou à l’inverse de dénigrer, tel ou tel personnage public jouant un rôle local. »
Gilles Perret, réalisateur : « Il y a une telle cristallisation contre Mélenchon que certains en viennent à se comporter comme des censeurs »
Le distributeur du film a trouvé un plan B : L’Insoumis sortira à Marseille le 21 février au Pathé- Madeleine et une avant-première y sera organisée le vendredi 16. Pour le réalisateur Gilles Perret, « il y a une telle cristallisation contre Mélenchon que certains en viennent à se comporter comme des censeurs ». Son film montre un Mélenchon plutôt calme et posé, loin de l’image colérique véhiculée dans les médias. On voit le candidat de La France insoumise...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-16"> ¤ Au terme de quatre mois d’enquête, le procureur de New York soupçonne l’entreprise de violations des droits de l’homme et du droit du travail.
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Agressions sexuelles : l’Etat de New York assigne le studio Weinstein en justice

Au terme de quatre mois d’enquête, le procureur de New York soupçonne l’entreprise de violations des droits de l’homme et du droit du travail.



Le Monde
 |    11.02.2018 à 22h58
 • Mis à jour le
12.02.2018 à 02h06
   





                        


Après l’homme, c’est au tour de l’entreprise d’être visée par la justice. Le procureur de l’Etat de New York, Eric Schneiderman, a annoncé, dimanche 11 février, avoir assigné en justice le studio fondé par Harvey Weinstein et son frère Robert, pour ne pas avoir protégé ses employés face au harcèlement sexuel et aux intimidations du tout puissant producteur hollywoodien de cinéma.

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                Cinéma : la chute d’Harvey Weinstein



Cette assignation de l’Etat de New York intervient quatre mois après le début de l’affaire Weinstein, qui a vu le célèbre producteur accusé par une centaine de femmes de harcèlement, d’agressions et de viols. Plusieurs l’ont déjà attaqué au civil, mais il ne fait jusqu’à présent l’objet d’aucune inculpation.
Un projet de rachat « imminent »
L’assignation qui vise The Weinstein Company (TWC) ainsi que Harvey et Robert Weinstein, porte des accusations de violations des droits de l’homme, des droits individuels, et du droit du travail. « TWC a violé à plusieurs reprises le droit new-yorkais en ne protégeant pas ses employés d’un harcèlement sexuel invasif, des intimidations et de la discrimination », a notamment déclaré Eric Schneiderman, cité dans un communiqué.
Cette assignation pourrait avoir pour effet immédiat de bloquer un projet de reprise du studio, que le procureur décrit comme « imminent ».

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                Affaire Weinstein : les grands studios ne veulent pas d’un code de bonne conduite



Eric Scheiderman a ainsi souligné avoir des « éléments substantiels » pour penser que le projet ne prévoyait pas une indemnisation « adéquate » des victimes et que certains responsables ayant « une responsabilité partagée » dans le comportement d’Harvey Weinstein pourraient à nouveau « avoir des postes de responsabilité dans la nouvelle entité ».
Le groupe d’investisseurs à l’origine du projet de rachat – d’un montant de 500 millions de dollars (408 millions d’euros) –, est emmené par une ancienne responsable de l’administration Obama, Maria Contreras-Sweet.
Quatre mois d’enquête
Cette action est le résultat de quatre mois d’enquête, au cours de laquelle des employés, des cadres et des victimes de Harvey Weinstein ont été interrogés, et les archives et les mails de la société ont été passés au peigne fin, a précisé le procureur.
Les investigations ont notamment montré qu’un groupe d’employées de TWC avait « pour tâche principale » d’accompagner Harvey Weinstein à des événements et de faciliter ses conquêtes. Une femme de l’entourage du magnat de Hollywood a aussi fait spécialement le déplacement de Londres à New York pour enseigner à ses assistantes « comment s’habiller et sentir bon » pour le producteur, selon le communiqué. Un autre groupe essentiellement féminin « était obligé de prendre diverses mesures pour aider à satisfaire son activité sexuelle », notamment en envoyant des textos et en gardant toujours libres quelques plages horaires dans son agenda.
Ses chauffeurs à New York et à Los Angeles devaient par ailleurs avoir toujours des préservatifs et des injections contre les problèmes d’érection à disposition dans leur véhicule, selon le bureau du procureur.
L’assignation cite plusieurs cas où des employées de TWC ont porté plainte, en vain, auprès du département des ressources humaines de la société, après qu’Harvey Weinstein les a obligées à subir des attouchements ou d’autres contacts sexuels.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-17"> ¤ Agé de 48 ans, le compositeur a été nommé deux fois aux Oscars, et notamment pour la bande originale de « Sicario », de Denis Villeneuve. Les causes de sa mort sont inconnues.
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Le compositeur islandais Johann Johannsson est mort

Agé de 48 ans, le compositeur a été nommé deux fois aux Oscars, et notamment pour la bande originale de « Sicario », de Denis Villeneuve. Les causes de sa mort sont inconnues.



Le Monde
 |    11.02.2018 à 05h57
 • Mis à jour le
11.02.2018 à 12h11
   





                        



   


Auteur de nombreuses musiques de film, le compositeur islandais Johann Johannsson est mort à l’âge de 48 ans, a annoncé samedi 10 février son manager. Il a été trouvé sans vie, vendredi, dans son appartement de Berlin. Une enquête est en cours afin de déterminer les causes de son décès, a déclaré son manager installé à Los Angeles, Tim Husom.
« Je suis profondément triste. Aujourd’hui, j’ai perdu mon ami. C’était un des plus talentueux musiciens et un des hommes les plus intelligents que je connaisse », a dit M. Husom dans un communiqué.

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                « Sicario » : le grand spectacle de la guerre contre la drogue



Johann Johannsson, connu pour ses musiques électroniques dépouillées, était très apprécié des réalisateurs. Il a été nommé deux fois aux Oscars, en 2016 pour la bande originale du thriller Sicario, de Denis Villeneuve, et en 2015 pour Une merveilleuse histoire du temps, de James Marsh, pour lequel il a reçu un Golden Globe.
Sa collaboration pour Premier Contact de Denis Villeneuve, sorti en 2016, lui avait valu des nominations aux Grammy, aux BAFTA et aux Golden Globes. Pour les besoins de ce film de science-fiction, qui raconte comment une linguiste tente de communiquer avec des extraterrestres, il a modifié les voix humaines pour créer des sons de l’au-delà afin de dramatiser l’histoire. Un des derniers films auxquels il a participé est Marie Madeleine, de Garth Davis, qui doit sortir dans les salles en mars.
A la recherche d’un équilibre entre musique et silence
Il considérait que beaucoup de films comportaient trop de musique, ne laissant pas suffisamment de place aux silences, qui étaient tout autant indispensables. « Je pense que ma musique est une façon de communiquer directement avec les gens et leurs émotions », avait-il expliqué au magazine The Talks en 2015.
Daniel Pemberton, qui a composé la musique du biopic Steve Jobs de Danny Boyle, a dit avoir été sidéré en entendant la musique de Johannsson pour Sicario. « Il a toujours repoussé les limites, créant des œuvres d’art si uniques et passionnantes qu’il devient difficile d’imaginer qu’elles n’existaient pas auparavant », a écrit Daniel Pemberton sur Twitter.

Johann Johannsson... https://t.co/AIckkeAfd7— DANIELPEMBERTON (@Daniel Pemberton)


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-18"> ¤ L’acteur avait notamment été à l’affiche de « Psychose » d’Alfred Hitchcock avant de devenir ambassadeur des Etats-Unis au Mexique.
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Mort de John Gavin, ancien acteur et diplomate américain

L’acteur avait notamment été à l’affiche de « Psychose » d’Alfred Hitchcock avant de devenir ambassadeur des Etats-Unis au Mexique.



Le Monde
 |    10.02.2018 à 20h41
 • Mis à jour le
12.02.2018 à 12h00
    |

                            Jean-François Rauger








                        



   


Il apparut dans trois indiscutables chefs d’œuvre, en un temps où Hollywood entrait dans une crise dont le cinéma américain mettra du temps à se remettre. John Gavin (de son vrai nom Juan Vincent Apablasa) est mort à Beverly Hills, le 9 février.
Né à Los Angeles le 8 avril 1931 d’une famille d’origine mexicaine et chilienne, le jeune homme commence par des études de droit et d’économie à l’université de Stanford, puis il sert dans les services secrets de la Marine durant la Guerre de Corée. A son retour, le studio Universal lui fait faire une série de bouts d’essai et l’embauche : les publicitaires de la compagnie le lancent alors comme le « nouveau Rock Hudson », qui était la grande star du studio.
Après un film de prison, Behind the High Wall, d’Abner Biberman, une bluette, Quatre filles ravissantes, de Jack Sher, et deux westerns dont l’intéressant Quantez, signé Harry Keller, il se voit proposer le rôle principal de Le Temps d’aimer et le Temps de mourir, de Douglas Sirk, succédant ainsi à Rock Hudson dans les œuvres du grand maître du mélodrame hollywoodien.
Adapté d’un roman d’Erich Maria Remarque, le film décrit les derniers jours de permission d’un jeune soldat allemand de retour du front russe et son éphémère histoire d’amour avec une Berlinoise incarnée par Liselotte Pulver. Le film, bouleversant, fera écrire à Godard : « Je n’ai jamais cru autant à l’Allemagne en temps de guerre qu’en voyant ce film américain tourné en temps de paix. » Suivra le magnifique Mirage de la vie, de Douglas Sirk, où il incarne l’amant d’une comédienne plus âgée que lui et incarnée par Lana Turner, déclenchant la jalousie maladive de la fille de celle-ci (Sandra Dee).
Raideur de jeu volontaire
C’est Lew Wasserman, l’agent d’Alfred Hitchcock, alors à la tête de MCA désormais propriétaire des murs des studios d’Universal avant d’acquérir la compagnie entière, qui imposa ensuite John Gavin à l’auteur de La Mort aux trousses pour le rôle de Sam Loomis, l’amant de Marion Crane (Janet Leigh) dans Psychose. Hitchcock, qui aurait préféré Stuart Whitman, n’aura pas une grande opinion du comédien qu’il trouvera raide et maladroit. Il le surnommera « The Stiff » (le cadavre). La raideur du jeu de Gavin laisse entrevoir pourtant une ambiguïté profonde sur les motivations d’un personnage dont on ne sait pas vraiment s’il souhaite véritablement épouser la jeune femme ou si elle ne constitue pour lui qu’un passe-temps sexuel. Il y a, sans que cela soit frontalement souligné, un peu de veulerie dans le personnage de Sam Loomis. Stanley Kubrick lui offrira le rôle de Jules César dans son Spartacus.
L’évolution que prend la carrière de Gavin après Psychose est à l’image d’un système hollywoodien en pleine décadence, ne sachant pas toujours quoi faire des jeunes premiers un peu transparents apparus à la fin des années 1950 et qui ne connaitront, pour la plupart, qu’un éphémère moment de gloire. L’acteur tourne dans des thrillers un peu fatigués (Piège à minuit, de David Miller), des bluettes pour adolescentes (Les Lycéennes, d’Harry Keller avec Sandra Dee), une adaptation un peu dépassée de Back Street, de Fanny Hurst (Histoire d’un amour, de David Miller).
Il apparait dès le milieu des années 1960 dans de nombreux épisodes de série télévisées (Le Virginien, Mannix, Alfred Hitchcock Hour dans un épisode réalisé par William Friedkin et tourné sur les décors de Psychose) ainsi que dans quelques films d’horreur comme La Casa de las sombras en 1976 ou Horrible carnage en 1978. Il tiendra le rôle principal dans la mini-série Doctors’ Private Lives en 1979. Il aura manqué de succéder à Georges Lazenby dans le rôle de James Bond dans Les diamants sont éternels en 1971 avant que la production ne se décide à faire rempiler Sean Connery.
Gavin abandonne le cinéma lorsque, après son élection, Ronald Reagan lui propose le poste d’ambassadeur des Etats-Unis au Mexique en 1981. Gavin connaît en effet Reagan depuis longtemps. Tout comme lui, il a occupé le poste de président du syndicat des acteurs (Screen Actors Guild). L’acteur restera en poste jusqu’en 1986. Il mènera alors une carrière d’homme d’affaire et de lobbyiste, favorisant les échanges économiques entre les Etats-Unis et l’Amérique latine.

John Gavin en 5 dates
8 avril 1931 Naissance à Los Angeles
1958 « Le Temps d’aimer et le Temps de mourir »
1960 « Psychose »
1981 Nommé ambassadeur au Mexique
9 février 2018 Mort à Beverly Hills (Californie)





                            


                        

                        


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Suicide de l’ex-manager de Rose McGowan, « victime collatérale » de l’affaire Weinstein selon sa famille

La productrice Jill Messick, bipolaire et dépressive, a mis fin à ses jours jeudi à Los Angeles.



Le Monde
 |    10.02.2018 à 13h13
 • Mis à jour le
11.02.2018 à 07h47
   





                        



   


Jill Messick, productrice des films Frida et Baby Mama, et ancienne manager de l’actrice Rose McGowan, s’est suicidée, mercredi 7 février à Los Angeles (Etats-Unis), selon sa famille. Dans un communiqué, ses proches ont expliqué que cette femme de 50 ans, mère de deux enfants, qui souffrait depuis des années de troubles bipolaires et de dépression, avait été très affectée de voir son nom apparaître dans la presse à l’occasion de l’affaire Weistein. « Elle est devenue la victime collatérale d’une histoire déjà horrible », a estimé sa famille dans une déclaration rendue publique jeudi.
En octobre 2017, l’actrice Rose McGowan a accusé le producteur Harvey Weinstein de l’avoir violée lors du festival Sundance en 1997 et a regretté le manque de soutien de sa manager de l’époque, Jill Messick. Le 30 janvier dernier, l’avocat de M. Weinstein a utilisé un e-mail de Mme Messick, dans lequel la productrice semblait dire que Rose McGowan était consentante lorsqu’elle avait été agressée sexuellement par son client. La famille met en cause ce message et son exploitation médiatique :
« Jill a été la victime de cette nouvelle culture du partage illimité de l’information et de la volonté d’accepter toute déclaration comme des faits. La vitesse à laquelle l’information se répand a permis de véhiculer des contrevérités (...) qu’elle n’a pas eu la volonté de combattre. »



                            


                        

                        


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édition abonné


La sidération selon Steven Spielberg

La caméra se rapproche lentement d’un visage au regard figé : pourquoi  rencontre-t-on si fréquemment ce plan dans l’œuvre du réalisateur américain ?



Le Monde
 |    10.02.2018 à 12h00
 • Mis à jour le
11.02.2018 à 17h04
    |

            Gabriel Coutagne








                        



                                


                            

Il fait un peu froid en cette nuit d’automne et Elliott, lampe de poche à la main, s’est endormi dans un rocking-chair. Un bruit le réveille, venu de l’abri de jardin. Une petite silhouette étrange en sort doucement. La caméra se rapproche lentement vers le regard figé du petit garçon qui découvre, pour la première fois, ET.
En quelques secondes, Steven Spielberg fixe une expression si récurrente dans ses films que les fans lui ont donné un nom : la « Spielberg face ». Meryl Streep emprunte le même air, entre méditation et stupéfaction, lorsque le personnage qu’elle incarne, Katharine Graham, décide de publier les Pentagon Papers dans le film du même nom, sorti le 24 janvier. Une différence cependant : ses yeux sont dans le vide.


« Les yeux grands ouverts, sans voix et fixant quelque chose de fascinant, alors que le temps semble s’arrêter », décrit ­Kevin B. Lee, critique, vidéaste et auteur d’un clip de neuf minutes consacré au procédé cinématographique du cinéaste américain. Lee considère d’ailleurs que Rencontres du troisième type (1977), point de bascule dans la filmographie de Spielberg, marque l’apparition de cette séquence expressive : le regard de François Truffaut, qui incarne le professeur Lacombe, bouche entrouverte, se fige, comme pour signifier que ce qu’il voit est si étonnant qu’on ne peut pas (encore) le montrer.
Ce procédé n’est pas une invention du réalisateur américain : bien avant lui, on pourrait citer, selon le critique américain, des plans de Michael Curtiz dans Casablanca (1943) ou de John Ford dans La Chevauchée fantastique (1939).
« Le point commun des héros de Spielberg dans cet état, c’est la sidération », analyse Pascal Couté, professeur d’esthétique et cinéma à l’université de Caen-Normandie. Ou plutôt, « un mélange de sidération et d’accueil » dans les premiers films, précise ce spécialiste du réalisateur américain. Puis...




                        

                        

