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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-1"> ¤ Notre choix du soir. La saison 2 de la série créée par Erik Skjoldbjærg ausculte les réactions des personnages face à l’effritement de la démocratie (sur Arte à 20 h 55).
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TV – « Occupied », la Norvège sous contrôle des Russes

Notre choix du soir. La saison 2 de la série créée par Erik Skjoldbjærg ausculte les réactions des personnages face à l’effritement de la démocratie (sur Arte à 20 h 55).



Le Monde
 |    15.02.2018 à 17h45
    |

                            Martine Delahaye








                        


Série sur Arte à 20 h 55

Devenu premier ministre de Norvège, l’ancien militant de Greenpeace Jesper Berg met son programme à exécution sans louvoyer. Pour lutter contre le changement climatique, il décide d’arrêter toute exploitation des sources gazières et pétrolifères du pays, et coupe ainsi court à l’approvisionnement de ses voisins européens et russe, qui vont alors s’allier pour mettre fin à une telle vue de l’esprit, une telle lubie d’idéologue.
C’est ainsi que, sous l’œil approbateur des Etats-Unis et de l’Union européenne, la Russie envahit la Norvège. « En douceur ». Installant ses unités militaires dans les îles et ses forces de sécurité dans la capitale aussi discrètement que tombe la neige. Laissant chaque citoyen à même de vivre comme toujours, dans la tranquille opulence d’une Norvège riche de son or noir. La saison 1 s’achève sur la menace d’un conflit.
Lorsque le romancier norvégien Jo Nesbø, un des maîtres du polar nordique, propose cette idée de série à la télévision norvégienne – pour en laisser l’écriture à des scénaristes –, le ressort dramatique de l’invasion de la Norvège par la Russie apparaît un peu osé aux yeux des instances décisionnaires. Mais le romancier souhaitant nous amener à nous interroger sur ce qu’il ferait face à la mise en péril de la paix – quelle que soit l’identité des auteurs d’une telle forfaiture –, la série est mise en écriture. Elle commence même à être tournée lorsque la Russie annexe la Crimée, en mars 2014. Ce qui, au-delà des grandes qualités d’écriture de la première saison de la série Occupied, lui apporte un lustre d’actualité inattendu.

   


Lorsque débute la deuxième saison, qu’Arte diffuse à partir de ce jeudi 15 février, de nombreux mois ont passé depuis la saison 1 : remplacé par un fantoche, l’ancien premier ministre écologiste s’est exilé en Europe (rien à voir avec un certain Puigdemont), car en sous-main, les véritables maîtres du jeu politique norvégien se trouvent au Kremlin, représenté par l’ambassadrice de Russie à Oslo.
Une guerre éclair a bien eu lieu entre les deux pays, mais elle s’est déroulée dans l’intervalle entre les deux saisons et ne donne lieu à aucune image, comme l’a indiqué le showrunner d’Occupied, Erik Skjoldbjærg : « Après les attentats de Paris, nous avons estimé qu’il y avait des limites à la violence que l’on pouvait ou devait montrer, des limites à ce que l’on peut accepter sur écran, ce qui explique que la saison 2 commence alors que les Russes sont déjà passés maîtres du territoire. »
Que la mainmise d’un pays sur un autre soit le fait de la Russie ou d’une autre entité fictive importe peu ici, en réalité. Seul compte, pour l’inspirateur de la série, Jo Nesbø, le redoutable et inévitable questionnement auquel il soumet les personnages de la série autant que ses spectateurs : quel choix faire face au totalitarisme ? Pour sa part, depuis la fin de la première saison, l’ancien premier ministre Jesper Berg est clairement passé de l’idéalisme au pragmatisme, d’aspirations écologistes à la résistance politique. Avec un enjeu géopolitique : seule sa capacité d’unir une grande partie de l’Union européenne contre la Russie lui permettra d’inverser la donne.

Usant des jeux vidéo pour communiquer de manière cryptée avec son pays, voyageant de pays en pays pour engager les Européens à ses côtés, il continue d’être un personnage éminemment intéressant parce que l’on n’est jamais certain de ce qui, au final, le motive : lutter pour la libération de son pays, ou récupérer le pouvoir à titre personnel ? La série n’en faisant jamais un personnage suffisamment sympathique pour que l’on ne doute pas de lui, se pose constamment la question : en quoi la résistance se différencie-t-elle du terrorisme ?
Faute de ressort dramatique aussi intense qu’en saison 1, maintenant que l’envahisseur est installé, cette saison-ci s’intéresse avant tout à la subtilité du sens que les personnages accordent à la liberté d’un côté, à la sécurité d’un autre. « On a plus ou moins tous le sentiment, en Europe, que la démocratie est bien installée et ne peut être renversée. On voulait explorer comment elle peut s’effriter, par tout petits changements », a expliqué le showrunner d’Occupied.
De fait, la force de cette saison réside bien moins dans son aspect géopolitique – en réalité peu intéressant – que dans les drames humains qui traversent les personnages. Chacun, politique ou simple citoyen, étant constamment amené à se poser cette question : en qui puis-je avoir confiance ?
Occupied, saison 2, par Erik Skjoldbjærg, sur une idée originale de Jo Nesbø.Avec Janne Heltberg, Henrik Mestad, Eldar Skar, Ingeborga Dapkunaite (Scand.-Fr., 2017, 8 × 45 min). Disponible trente jours en replay.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-2"> ¤ A voir aussi ce soir. Dans la saison 3, la série se recentre sur ses deux personnages emblématiques et quitte la périphérie pour le cœur de Naples (sur Canal+ à 21 heures).
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TV – « Gomorra », retour aux clans

A voir aussi ce soir. Dans la saison 3, la série se recentre sur ses deux personnages emblématiques et quitte la périphérie pour le cœur de Naples (sur Canal+ à 21 heures).



Le Monde
 |    15.02.2018 à 17h30
    |

            Daniel Psenny








                        


Série sur Canal+ à 21 heures

Vendredi 17 novembre 2017, alors que l’Italie apprenait la mort en prison, à 87 ans, de Toto Riina, « le parrain des parrains » qui a fait régner la terreur pendant près de vingt ans en Sicile, les journaux de la Péninsule annonçaient la diffusion, le soir même sur la chaîne Sky Atlantic, de la troisième saison de Gomorra, la série ultraréaliste sur la guerre des clans dans la mafia napolitaine qui passionne les Italiens depuis sept ans. Un coup de pouce inespéré qui, ce soir-là, a permis à Gomorra de pulvériser un record d’audience avec un million de téléspectateurs.
Fort de ce succès, Gomorra revient sur Canal+ avec deux épisodes par soirée. Pour ce troisième chapitre, les scénaristes – dont Roberto Saviano, l’auteur du roman dont est inspirée la série – ont concentré l’intrigue sur les deux personnages emblématiques de Gomorra : « l’immortel » Ciro (Marco d’Amore) et Genny Savastano (Salvatore Esposito), deux jeunes acteurs (36 et 31 ans) devenus des stars en Italie.

   


« Quand j’ai commencé à travailler sur la série, mon obsession était de donner une vision fidèle du réel », explique Roberto Saviano. « Rien n’arrive par hasard dans Gomorra, car toutes les situations ont une correspondance directe avec la réalité. Pour cette troisième saison, nous sommes passés de la périphérie au centre en quittant, en partie, Scampia pour les palais anciens de Naples et en allant dans un quartier ghetto près de Sofia, en Bulgarie. Cet endroit montre que les périphéries urbaines se ressemblent toutes, que leurs cœurs criminels battent à l’unisson du sang et de l’argent et qu’il n’y a pas de place pour le bien et le mal. »
Cette troisième saison raconte comment, après l’assassinat du boss Pietro Savastano par Ciro avec l’accord de son fils Genny, les alliances et les clans se reforment pour prendre le pouvoir et en tirer profit. « Gomorra est aussi le moyen de raconter les mécanismes et la grammaire du pouvoir », souligne Roberto Saviano. Dans cet univers shakespearien, les personnages sont toujours dans l’urgence.
Ciro, en voulant devenir le boss de Scampia, doit surtout survivre à lui-même après avoir tué sa fille et sacrifié sa femme. « Ces morts ont évidemment une grande influence sur le personnage, qui est à un point de non-retour. Il a perdu de son arrogance et de sa violence », explique Marco d’Amore. Quant à Genny, devenu chef de clan, il continue sa descente aux enfers. « Père lui-même, il a choisi de devenir le boss, mais il sait qu’il va se faire de nombreux ennemis et ne pourra plus compter sur personne », analyse Salvatore Esposito.

Toujours filmée dans une lumière verte de néon qui rend les scènes encore plus glauques, la troisième saison de Gomorra est valorisée par une minutieuse mise en scène de Claudio Cupellini et Francesca Comencini. Ils ont voulu « raconter la zone d’ombre des personnages principaux et le crépuscule d’une époque », disent-ils. « L’architecture filmique est faite de continuité et de renouvellement, de rites anciens et de nouveaux défis. »
D’ores et déjà, le producteur Riccardo Tozzi a annoncé une quatrième saison de Gomorra et l’adaptation, pour une nouvelle série, de ZeroZeroZero (Extra pure, voyage dans l’économie de la cocaïne, Gallimard, 2014), un autre livre de Roberto Saviano sur le trafic international de la drogue.
Gomorra, saison 3, série créée par Roberto Saviano. Avec Marco d’Amore et Salvatore Esposito, Cristina Donadio, Cristiana Dell’Anna (Italie, 2017, 12×50 min).



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-3"> ¤ Le duo de chanteurs allemands, invités à la Philharmonie de Paris, a défendu avec art l’« Italianisches Liederbuch ».
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Jonas Kaufmann et Diana Damrau sur les hauteurs escarpées d’Hugo Wolf

Le duo de chanteurs allemands, invités à la Philharmonie de Paris, a défendu avec art l’« Italianisches Liederbuch ».



Le Monde
 |    15.02.2018 à 15h33
    |

                            Marie-Aude Roux








                        



   


Exigeant récital que celui donné le 11 février à la Philharmonie de Paris dans le cadre de la série « Les Grandes Voix » par la fine-fleur du chant allemand. Le ténor star Jonas Kaufmann et la soprano Diana Damrau ont en effet programmé en duo le rare Italianisches Liederbuch (Livre des chants italiens) d’Hugo Wolf, l’un des maîtres du lied avec piano (ici tenu par l’excellent Helmut Deutsch), après Beethoven, Schubert, Schumann et Brahms. Soit un total de 350 lieder dont une centaine longtemps demeurée inédite.

        Lire aussi la critique de ce spectacle avec la soprano allemande Diana Damrau :
         

          Kirill Petrenko laisse le public  du Théâtre des Champs-Elysées sonné




        Lire aussi la critique :
         

          Jonas Kaufmann, amoureux de l’opéra français



Wolf (1860-1903) sentait monter en lui « les signes avant-coureurs de la composition ». « L’explosion peut se produire à tout moment », ajoutait-il, mais elle peut aussi prendre des pauses comme pour cet imposant recueil de 46 lieder sur des textes populaires puisé dans une anthologie de rispetti toscans et de villote vénitiennes anonymes, dont l’écriture s’étale de septembre 1890 à fin 1896. Le compositeur subit alors les premières atteintes sérieuses d’une syphilis qui aura raison de ses facultés créatrices et causera sa mort le 22 février 1903, après quatre ans d’internement dans un asile d’aliénés.
Une donjuanesque liste de conquêtes amoureuses
Les jeux de l’amour sont évidemment au cœur du recueil, du simple effleurement à l’aspiration charnelle, de la déclaration sublimée à l’extase spirituelle. Ils sont aussi volontiers sur le sentier de la guerre, reproches, trahison, jalousie, mais aussi menace de séparation et de mort. Ils termineront par un florilège câlin, badin et taquin, telle que choisi par les interprètes pouvant à leur guise agencer les 46 poèmes, sachant que 17 d’entre eux supposent un personnage masculin, 19 une narratrice, les dix autres appartenant, si l’on veut, au genre neutre.
C’est ainsi que les deux protagonistes, élaborant une sorte de dramaturgie opératique en quatre « actes » entrecoupée de pauses qui vaudront quatre changements de châle pour la belle (vert, rose pâle, rose vif et noir), départageront 24 lieder pour Jonas Kaufmann, Diana Damrau se réservant 22 pièces, dont deux ouvrent et ferment la marche, de la fine évocation des choses simples qui rendent heureux jusqu’à l’explosion mutine d’une donjuanesque liste de conquêtes amoureuses. Entre les deux, l’amant aura bombé le torse et déployé les armes massives de la séduction, de l’emphase à la prière, tandis que la femme tendre et sincère avant que de se découvrir trompée, passera de la colère à l’ironie pour gagner la bataille amoureuse par la multiplication affichée ou fantasmée d’une batterie d’amants.
Une musique qui s’apparente à un récitatif mâtiné de brefs ariosos, sans mélodies aisément repérables, où le piano œuvre en maître du temps et de l’espace
Avec ses faux airs de Meryl Streep en robe romantique semée de roses sur fond noir, la soprano allemande se révèle plus qu’une artiste fine mouche. Son chant généreux, parfaitement maîtrisé sur toute la tessiture, déploie une prosodie millimétrée qu’elle prend, hélas, trop de peine à surjouer, comme s’il fallait aider la musique. Il est vrai que l’Italianisches Liederbuch n’a pas la séduction immédiate du Voyage d’hiver de Schubert, de L’amour et la vie d’une femme de Schumann ou même de La belle Maguelone de Brahms. C’est une musique qui s’apparente à un récitatif mâtiné de brefs ariosos, sans mélodies aisément repérables, où le piano œuvre en maître du temps et de l’espace au gré d’une subtile écriture harmonique puisées aux sources wagnériennes, sans que la prosodie le veuille laisser paraître.
L’art poétique du clair-obscur
En sombre habit de soirée et plastron blanc, Jonas Kaufmann, heureusement moins minaudeur que sa comparse, a donné scéniquement la réplique tout en atteignant à la quintessence du Liedersänger, qui consiste à faire entendre le sens des mots dans le son de la voix. Entre pierre et chair, coups et caresses, il passe avec naturel d’une juvénilité passionnée à la forme de rouerie plus ou moins goujate de l’homme arrivé à ses fins, tout en osant la transcendance. Si le medium grave semble toujours en proie à quelques ténus problèmes d’émission, son art poétique du clair-obscur s’exalte dans un « Sterb’ ich, so hüllt in Blumen meine Glieder » sur le fil (Si je meurs, qu’on m’entoure de fleurs), dans l’aura inoubliable de son Werther agonisant, un rôle qu’il a tué jusqu’à nouvel ordre.
L’impavide Helmut Deutsche est un magicien qui distille les atmosphères, maître d’âmes, dont il éprouve les atermoiements. C’est avec une suprême élégance qu’il ramène à l’entendement la complexité de l’accompagnement pianistique, main tendue et bras offert, guidant les chanteurs sur les hauteurs escarpées de l’inspiration d’Hugo Wolf.
Prochain récital : « Les Grandes voix/Les Grands solistes » avec Daniel Lozakovitch (violon). Salle Gaveau, 45-47 rue La Boétie, Paris-8e. Le 15 mars à 20 h 30 Tél. : 01-48-24-16-97. De 22 € à 55 €. sallegaveau.fr



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-4"> ¤ En quatrième division il y a peu, l’ÖFK affronte l’Arsenal en Ligue Europa. Son secret ? Développer les performances de ses joueurs grâce au théâtre, la peinture et un club de lecture.
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En Suède, le club d’Östersund est passé en première division, grâce au théâtre


                      En quatrième division il y a peu, l’ÖFK affronte l’Arsenal en Ligue Europa. Son secret ? Développer les performances de ses joueurs grâce au théâtre, la peinture et un club de lecture.



Le Monde
 |    15.02.2018 à 13h50
 • Mis à jour le
15.02.2018 à 18h03
    |

                            Anne-Françoise Hivert (Malmö (Suède), correspondante régionale)








                              

                        
Une équipe de football, enchaînant jetés, chassés et pas de deux, dans une adaptation moderne du Lac des cygnes, de Tchaïkovski. L’image est irrésistible. Elle aurait pu rester une simple anecdote, un petit coup de com’sympathique pour briser la réputation d’une discipline gâtée par l’obsession du fric et de l’image.
Sauf qu’à Östersund, en Suède, on en est convaincu : c’est bien grâce à une approche différente, fondée sur la culture, et au talent de l’entraîneur britannique Graham Potter que l’ÖFK (Östersunds Fotbollsklubb) est parvenu à se hisser parmi l’élite du foot suédois. Embourbé en quatrième division, il y a huit ans, le club s’est même qualifié pour les seizièmes de finale de la Ligue Europa, la « petite » Coupe d’Europe.
Le 15 février, le club devait ainsi accueillir Arsenal et ses stars internationales sur la pelouse synthétique de sa Jämtkraft Arena, avant un match retour à Londres le 22. Une petite consécration, après avoir déjà battu Bilbao, Berlin et Galatasaray. Quelques jours plus tôt, des employés s’affairaient dans les gradins, pour y dégager la neige, en attendant ce grand moment.

Un froid glacial s’est abattu sur la ville de 50 000 habitants, recouverte d’un épais manteau blanc. Dans cette ancienne cité militaire, à 400 km à peine au sud du cercle polaire, le seul événement sportif notable de l’année était, jusqu’à l’envol de l’ÖFK, une étape annuelle de la Coupe du monde de biathlon.
L’histoire de l’ÖFK commence en 1996, quand un groupe d’enthousiastes décide de créer une équipe capable d’évoluer en Superettan, la deuxième division suédoise. L’apprentissage est rude : quatre ans plus tard, le club est relégué en quatrième division, et la direction démissionne.
Mais un homme, Daniel Kindberg, ex-militaire et « serial entrepreneur » local, arrive en deus ex machina. Et il décide de fixer une barre encore plus ambitieuse, qui semble alors un peu farfelue : la qualification en Ligue des champions,...




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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-5"> ¤ La croissance du marché français de la musique a été de 3,9 % en 2017, à 723 millions d’euros, selon Syndicat national de l’édition phonographique.
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Le marché français de la musique reprend mais en sourdine

La croissance du marché français de la musique a été de 3,9 % en 2017, à 723 millions d’euros, selon Syndicat national de l’édition phonographique.



Le Monde
 |    15.02.2018 à 12h43
 • Mis à jour le
15.02.2018 à 15h38
    |

            Nicole Vulser








                        



                                


                            

C’est mieux, mais pas encore le Pérou. Pour la deuxième année consécutive, le marché de la musique enregistrée affiche une hausse, selon le bilan 2017 du Syndicat national de l’édition phonographique (SNEP) diffusé jeudi 15 février. Grâce à l’essor du streaming, il augmente de 3,9 % pour atteindre 723 millions d’euros.
Pourtant, si l’on ne prend comme critère que le chiffre d’affaires des ventes physiques et numériques (hors droits voisins, par exemple ceux des artistes-interprètes, et les droits de synchronisation), ce total de 583 millions d’euros ne représente… que 40 % des ventes réalisées en 2002. Autant dire que l’âge d’or s’apparente toujours à un vieux souvenir.
Déclin des ventes physiques
La prudence reste de mise. Les ventes physiques continuent plus doucement leur déclin pendant que le streaming, seul moteur de cette croissance, poursuit sa progression (+23 %). Spécificité hexagonale, 3 800 points de vente commercialisent encore de la musique, et le micromarché du vinyle séduit toujours davantage de consommateurs.
Avec 4,4 millions d’aficionados, le nombre d’abonnés croît mollement dans l’Hexagone, à pas lents (+ 500 000 en un an). « Par rapport à bien des pays européens, le streaming accuse encore un certain retard en France dans la progression du nombre d’abonnés rapporté à la population », souligne Jérôme Roger, directeur général de l’Union des producteurs phonographiques français indépendants.
Thierry Chassagne, président de Warner Music France, apporte lui aussi un bémol. « Les progressions du marché de la musique aux Etats-Unis et en Grande-Bretagne seront meilleures », pronostique-t-il. « Les indicateurs vont dans la bonne direction, mais il faudrait plus de nervosité au marché pour être rassuré », estime quant à lui Stéphane Le Tavernier, président de Sony Music France et également président du SNEP.
Les créateurs pénalisés
Pour Thierry Chassagne, le fait que les Français écoutent...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-6"> ¤ Plongée dans le monde discret et feutré des conseillers artistiques des riches collectionneurs. Leur mission : dénicher les œuvres qui raviront leur donneur d’ordre.
<filname="PROF-0,2-3246,1-0,0-6"> ¤                     
                                                   
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Les truffiers de l’art contemporain

Plongée dans le monde discret et feutré des conseillers artistiques des riches collectionneurs. Leur mission : dénicher les œuvres qui raviront leur donneur d’ordre.



Le Monde
 |    15.02.2018 à 11h31
    |

            Nicole Vulser








                        



                                


                            

Tout le monde peut s’improviser conseiller de collectionneurs, c’est un peu comme les comtesses de l’immobilier » qui ont émergé dans les années 1990, quand le marché flambait, s’amuse Hervé Mikaeloff, un conseiller reconnu. Aucun diplôme n’est requis. Un judicieux carnet d’adresses d’amateurs d’art fortunés et un œil aiguisé peuvent faire office de sésame. « On croise beaucoup d’étoiles filantes », constate son confrère Philippe Ségalot. Une poignée d’hyper-spécialistes à New York, Londres, Paris, Pékin, Genève, mais aussi une palanquée de parasites, prévient Jean-Gabriel Fredet, auteur de Requins, caniches et autres mystificateurs (Albin Michel, 2017). Ce métier méconnu consiste à aider – moyennant rétribution – des collectionneurs d’art à assouvir leur passion en ajoutant inlassablement de nouvelles œuvres à leur patrimoine.
L’explosion du marché de l’art contemporain, le fait qu’il constitue à la fois un marqueur social incontournable et un investissement non imposable, a favorisé l’essor de ce métier pas comme les autres. Dans les couloirs des foires d’art contemporain, à l’ARCO, qui démarre le 21 février à Madrid, ou à l’Armory Show, à New York, le 8 mars, déambulent désormais en duo – comme d’inséparables psittacidés – un coach artistique et son client. Le premier expliquant au second – s’il est néophyte – ce qu’il faut absolument acquérir.
« Je ne fais pas de babysitting, je fais les foires seul », tranche M. Ségalot. Les plus huppés de ces conseillers travaillent pour des esthètes qui n’ont plus besoin de petits cours. Le pape de cette profession s’appelle Marc Blondeau. Ancien patron de Sotheby’s en France, il peut se targuer d’avoir conseillé François Pinault très tôt, entre 1990 et 2000. « Le principe même de notre profession est de travailler de façon confidentielle. Quitte à être plus discret que nos clients », explique ce professionnel installé à Genève. Il y a trente ans, il pouvait...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-7"> ¤ L’artiste a fait don de 28 de ses œuvres au Centre Pompidou, où elles sont exposées jusqu’au 23 avril.
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Arts : dans l’atelier de Jim Dine, Parisien de cœur

L’artiste a fait don de 28 de ses œuvres au Centre Pompidou, où elles sont exposées jusqu’au 23 avril.



Le Monde
 |    15.02.2018 à 08h38
    |

            Harry Bellet








                        



                                


                            

Ah, ces Américains et leurs cadeaux ! Après celui dont on parle trop, un dont on parle peu, et c’est bien dommage : Jim Dine, natif de Cincinnati (Ohio), 82 ans aux prunes, fait don de 28 œuvres au Centre Pompidou, qui les expose jusqu’au 23 avril. Un ensemble couvrant presque toute sa carrière, de 1961 à aujourd’hui.
Jim qui ? Dine, vous dit-on. On croit le connaître, on se souvient de ses figures de Pinocchio, de ses cœurs – encore un ! – peints ou sculptés. Moins nombreux sont ceux qui le savent poète. Pourtant, c’est une part cruciale de son travail, il n’y a qu’à écouter les jeunes en parler : Jesse Osborne, étudiante en littérature à Bennington University et poète elle-même, a lu pour nous ses deux livres publiés avec une traduction française aux éditions Joca Seria, le recueil La Coupole et autres poèmes, et le long texte intitulé Nantes. Elle compare son style à celui de Frank O’Hara (1926-1966), une des plumes les plus importantes de ce qu’on a appelé l’« école de New York » et l’ami d’artistes comme Willem de Kooning, Joan Mitchell ou Larry Rivers, et salue dans les textes de Dine « une imagerie vive et sensuelle », « un univers à la fois du présent et du temps passé […] avec une nostalgie qui rend chaque ligne palpable et réelle ».

Pionnier de la performance
Cette capacité de faire bouger le temps, explique-t-elle, donne l’opportunité d’entrer dans le poème mais aussi de l’observer comme s’il était projeté sur un écran. Et de fait, au Centre Pompidou, les textes ont été pour certains écrits sur les murs, brutalement, au fusain, dans une salle qui accueille le visiteur, preuve s’il en était besoin de l’importance qu’y attache Jim Dine. Et qui parlent encore, à travers les générations, puisque Jesse Osborne n’a que 20 ans…
A cet âge-là, à la fin des années 1950, Dine est à New York, venu de son Ohio natal, et lit en public ses poèmes, devenant ainsi un des pionniers de la performance...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-8"> ¤ L’exposition inédite du Centre Pompidou rend compte de la carrière de cette figure marquante de l’art contemporain, à travers 28 œuvres majeures.
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<article-nb="2018/02/15/19-9">
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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-9"> ¤ Le photographe revient dans sa ville d’origine pour inaugurer la saison culturelle Marseille-Provence 2018.
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Antoine d’Agata invite à un voyage au bout de sa « Nuit épuisée »

Le photographe revient dans sa ville d’origine pour inaugurer la saison culturelle Marseille-Provence 2018.



Le Monde
 |    15.02.2018 à 08h06
 • Mis à jour le
15.02.2018 à 08h44
    |

                            Gilles Rof








                        



                                


                            

Parlez-lui d’amour, Antoine d’Agata répond « danger », « violence », « fragilité ». A 56 ans, le photographe, dont l’œuvre ne cesse de documenter ses propres errances nocturnes, son addiction aux drogues pour exprimer son rapport traumatique à la brutalité du monde, ne change pas. L’instabilité, l’excès, l’épuisement de tous les possibles restent les moteurs de sa création, de son existence même.
Samedi 17 février, la Friche la Belle-de-Mai (3e arrondissement) lui offre une carte blanche pour inaugurer la saison culturelle Marseille-Provence 2018. A première vue, l’univers du photographe et la thématique primesautière et conviviale de l’événement (« Quel amour ! »), inventée par la directrice du Théâtre de la Criée, Macha Makeïeff, ont quelque chose d’incompatible. Membre iconoclaste de l’agence Magnum, Antoine d’Agata a pourtant accepté la proposition. Parce que Marseille est sa ville d’origine, là où jusqu’en 1982, il a découvert à la fois le punk-rock, l’héroïne et la photographie ; parce qu’Alain Arnaudet, le directeur de la Friche, est un vieux compagnon ; et parce que d’Agata le solitaire assure « aimer créer de la communauté quand on [lui] en donne l’occasion ».
»
Le photographe goûte également la liberté totale laissée à une direction artistique qu’il a décidé de partager avec Léa Bismuth, curatrice et spécialiste de Georges Bataille. A deux, ils ont élaboré le concept d’une « traversée de la blancheur de la nuit, du sommeil et des insomnies ». Une « Nuit épuisée »qui débute au crépuscule pour se terminer à 5 heures du matin autour d’un brasero et de la performance de l’écrivain Mehdi Belhaj Kacem dans la cour hantée de cette ancienne manufacture des tabacs qu’est la Friche la Belle-de-Mai. « Cet épuisement, c’est l’état dans lequel je me débats aujourd’hui. L’expérience a toujours été la condition essentielle et absolue pour moi. Je n’ai...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-10"> ¤ Pourquoi la librairie se porte bien de l’autre côté des Alpes.
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La cure de jouvence du livre italien

Pourquoi la librairie se porte bien de l’autre côté des Alpes.



Le Monde
 |    15.02.2018 à 07h45
    |

                            Florence Noiville








                        



   


Achille Mauri est l’une des personnalités les plus hautes en couleur de l’édition italienne. En 2017, il signait un roman plein d’humour et de finesse racontant ses pérégrinations dans l’au-delà (Anime e acciughe, « Ames et anchois », hélas non encore traduit). Cette année, il vient d’appeler à la création du PIL, le Parti italien des lecteurs. C’était le 26 janvier, lors de la clôture de la Scuola per Librai – cette magnifique « école des libraires », sans équivalent en France –, qu’il préside. Une boutade, à quelques jours des élections législatives (4 mars).
Mais aussi une manière de souligner que les lecteurs sont là de nouveau. Contrairement à la France, où l’année a été catastrophique, l’Italie a vu en effet ses ventes de livres progresser de 5 % en 2017. Le marché se porte bien. Il a même retrouvé son niveau record de 2007.
Electeurs-lecteurs
L’une des raisons de cette belle santé s’appelle « 18 App », une initiative publique allouant à tout jeune de 18 ans une somme de 500 euros à dépenser dans l’année en ouvrages de toute nature. « En 2017, 130 millions ont ainsi bénéficié au marché du livre, dont 90 à travers l’e-commerce et 40 à travers la librairie traditionnelle », explique-t-on à la Scuola per Librai, où l’on se félicite que le ministre de la culture, Dario Franceschini, ait décidé de reconduire l’opération pour 2018 et peut-être 2019. « 18 ans, c’est l’âge du droit de vote, certes, mais un électeur-lecteur vaut toujours mieux qu’un électeur tout court. »
Surtout que, alors que beaucoup pensaient que cette opération serait cosmétique et sans impact, c’est le contraire qui s’est produit. Les jeunes achètent des ouvrages qu’ils pirataient ou photocopiaient jusqu’alors, retrouvant du même coup le chemin oublié de la librairie. En 2019, une opération comparable pourrait être lancée en direction des enseignants italiens.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-11"> ¤ A la BNF, au Centre Pompidou, en banlieue parisienne : ces rencontres se multiplient.
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Masterclasses : ces écrivains qui parlent de leur métier en public

A la BNF, au Centre Pompidou, en banlieue parisienne : ces rencontres se multiplient.



Le Monde
 |    15.02.2018 à 07h45
 • Mis à jour le
15.02.2018 à 10h17
    |

                            Hélène Delye








                        



                                


                            

En se précipitant dans l’ascenseur qui descend dans le cœur du site François-Mitterrand de la Bibliothèque nationale de France (BNF), à Paris, elle a lancé d’une voix essoufflée et enthousiaste : « Vous aussi, vous venez pour la masterclasse de Kamel Daoud ? Moi, je suis fan ! » D’un pas vif, l’ancienne professeure de lettres a suivi une petite foule se dirigeant vers l’auditorium déjà presque comble.
Ils étaient plus de deux cents à s’être déplacés, mardi 6 février, pour écouter et « voir en vrai » l’écrivain et journaliste algérien, auteur de Meursault, contre-enquête et Zabor ou Les Psaumes (Actes Sud, 2014 et 2017). D’abord interrogé par la journaliste de France Culture Manou ­Farine, puis par quelques personnes du public, Kamel Daoud s’est prêté pendant une heure et quart à l’exercice de la masterclasse.
De quoi s’agit-il exactement ? D’un entretien au long court, engageant l’auteur à répondre à des questions sur la genèse de sa pratique littéraire, ses sources d’inspiration, ses rituels d’écriture, ou le rapport qu’il entretient avec l’idée de sa postérité. Plutôt que de s’attacher à faire la promotion de son dernier livre, l’enjeu pour l’auteur est ici de donner à entendre sa conception, son expérience intime de littérature. Et, in fine, de répondre à trois grandes interrogations : Qu’est-ce qu’être écrivain ? Comment viennent les livres ? Comment se construit une œuvre ?
« Des choses que l’on n’a jamais entendues »
« Face à ces questions à la fois simples et fondamentales, même des bêtes de scène comme Amélie Nothomb ou Joann Sfar livrent des choses que l’on n’a jamais entendues, et qui font entrer le public dans ce qu’il y a, au fond, de plus intime pour eux », analyse Sandrine Treiner, directrice de France Culture. Avec Laurence Engel, présidente de la BNF, et Vincent Monadé, président du Centre national du livre, elle a créé en 2016 le cycle de masterclasses littéraires mensuelles...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-12"> ¤ Dominique Avon est historien, spécialiste de l’islam. « Le Monde des livres » lui a demandé quel crédit accorder à l’œuvre de Bat Ye’or.
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« Le statut des dhimmis ne peut être jugé à l’aune des droits de l’homme ! »

Dominique Avon est historien, spécialiste de l’islam. « Le Monde des livres » lui a demandé quel crédit accorder à l’œuvre de Bat Ye’or.



Le Monde
 |    15.02.2018 à 07h45
 • Mis à jour le
15.02.2018 à 09h40
    |

            Jean Birnbaum








                        



                                


                            
Directeur d’études à l’Ecole pratique des hautes études, à Paris, l’historien Dominique Avon travaille notamment sur le destin comparé des idées et des doctrines de l’islam et du christianisme dans les sociétés contemporaines. Parmi ses publications, il faut citer Le Hezbollah. De la doctrine à l’action, une histoire du « Parti de Dieu » (avec Anaïs-Trissa Khatchadourian, Seuil, 2010). Plus récemment, il a dirigé un ouvrage collectif intitulé Faire autorité. Les religions dans le temps long et face à la modernité (PUR, 2017).
En tant qu’historien qui étudie le temps long des religions tout en gardant toujours un œil sur l’actualité, que pensez-vous des textes de Bat Ye’or ?
Depuis Eurabia, Bat Ye’or verse dans un registre outrancier en présentant le schéma d’une incompatibilité de nature entre islam et monde judéo-chrétien, au lieu d’historiciser la montée en puissance d’un courant intégral au sein des milieux musulmans depuis les années 1960. Au Moyen Age, aucun régime politico-religieux ne traitait de manière égalitaire les « minorités » juridiques, pas plus au sud qu’au nord de la Méditerranée.

Envisager le passé à la lumière des droits élaborés entre le XVIIIe et le XIXe siècle, c’est un non-sens : le statut des dhimmis ne peut être jugé à l’aune des droits de l’homme ! En revanche, constater que des savants musulmans œuvrent depuis deux générations à l’intégration de principes religieux qui ont un millénaire, c’est une vraie question : la loi qu’ils attribuent à Dieu est censée avoir fixé l’idéal d’une relation de tolérance fondée sur la protection-domination.
Cette attitude fait le succès de l’interpellation de Bat Ye’or dans certains milieux, puisqu’elle dit en substance : « Voilà le vrai visage de l’islam. » Elle ignore les débats internes aux milieux musulmans.
Pour prendre un exemple, vous avez notamment travaillé, récemment,...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-13"> ¤ Claro trouve juste les revendications au droit de ne rien faire au travail de Julien Bouissoux.
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Le feuilleton. Une impasse nommée désir

Claro trouve juste les revendications au droit de ne rien faire au travail de Julien Bouissoux.



Le Monde
 |    15.02.2018 à 07h30
 • Mis à jour le
15.02.2018 à 16h10
    |

                            Claro (Ecrivain et traducteur)








                        



                                


                            
Janvier, de Julien Bouissoux, L’Olivier, 176 p., 16,50 €.

Flaubert rêvait d’un livre sur rien, Bartleby préférait ne pas et Robinson Crusoé se contentait de quatre jeudis par semaine. Il est vrai que c’est toute une affaire d’inviter le rien à venir jouer les divas dans un livre. Ça demande un sacré dispositif. On ne « désœuvre » pas une œuvre comme on gobe un œuf ou vide un placard. On devrait d’ailleurs écrire une histoire en creux de la littérature, répertorier les artistes du néant qui la peuplent, relever les noms des petits et grands fainéants, les Galal et Rafik de Cossery, l’Oblomov de Gontcharov, ça serait sûrement instructif. On en apprendrait un rayon sur les raisons de boycotter la ruche. Sur le monde du travail, aussi.
Parce que, et c’est là la question qui nous agite, ne rien faire c’est tout un art. En général, le fainéant – ce gréviste de l’agir déguisé en hédoniste – prend les choses en main. Sa décision de se retirer du tourbillon de la vie relève peu ou prou de la révolte. Rien à voir avec les sacrifiés du capital, tous ceux que l’entreprise fout sur le carreau. D’un côté, le bohème existentiel ; de l’autre, le damné de la terre. Le premier – qui nous intéresse ici – tutoie parfois l’ennui ou la dépression, flirte avec le suicide, ou bien se prélasse dans le dénuement, regarde les mouches voler comme d’autres le compteur tourner. Mais une fourmi qui se réveille cigale sans l’avoir décidé ? Un « horrible travailleur » contraint de se tourner les pouces bien que rémunéré ? Tel est le personnage inventé par Julien Bouissoux dans un roman portant le nom de ce cas d’école (buissonnière) : Janvier.
« Janvier aurait pu rester au lit chaque matin, flâner en ville, prendre un abonnement au cinéma. Personne ne s’en serait aperçu. Pourtant il retournait chaque jour au bureau, jamais en avance et rarement en retard. » Oui, car Janvier, s’il n’a plus...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-14"> ¤ La chronique de Céline Minard, à propos du « Charmeur de rats », de Marina Tsvetaeva.
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Poésie réactive. Vengeance de la poésie

La chronique de Céline Minard, à propos du « Charmeur de rats », de Marina Tsvetaeva.



Le Monde
 |    15.02.2018 à 07h30
 • Mis à jour le
15.02.2018 à 08h51
    |

                            Céline Minard (Ecrivain)








                        



                                


                            
Le Charmeur de rats. Satire lyrique (Krysolov), de Marina Tsvetaeva, traduit du russe et édité par Eveline Amoursky, édition bilingue, La Barque, 176 p., 24 €.

Il faut suivre à la lettre le conseil que donne Marina Tsvetaeva (1892-1932) à Boris Pasternak dans une lettre du 25 mai 1926 : « Le Charmeur de rats, lis-le si possible à voix haute, à mi-voix, en bougeant les lèvres. En particulier Le Ravissement. Non, tout, tout. Comme Le Gars, il est écrit à la voix. » Réécrite à la voix et pour la voix, la vieille légende allemande prend une tournure plutôt violente dans la langue de Tsvetaeva. Une tournure et un rythme, plusieurs, une vitesse absolue qui laisse pantois, le dos collé au siège.
C’est une satire, tout le monde y passe. Les bonnes gens de Hamelin, la petite ville prospère dont les greniers pleins attirent les rats. « Ville-Eden, ville-sage comme image, chacun sa part au partage/ Ville-gain, Ville-entasse-tout-d’avance », où personne ne rêve à rien, c’est-à-dire à rien de déplacé : « Une livre de saucisse/ Voit le charcutier (plus du lard),/ Le tribunal – la balance/ Et aussi l’apothicaire – la balance,/ Le précepteur, la baguette,/ Le fruit de ses faufilures –/ Le tailleur. Pour le chien – vous pensez l’os ?/ Grave erreur : le collier ! »
Quant au bourgmestre, pantouflard, rondouillard, en rêve, qu’est-ce qu’il voit ? « Rien-de-rien » : « Rien (comme d’un morceau de gras/ Ça suinte !, autrement dit : des bourgeois ! » Mais les rats aussi en prennent pour leur grade, les rats de l’Armée rouge, qui déboulent en masse, affamés, reniflent les papiers, dévorent les boutons, les pains de sucre et les marchands. Ils compissent les chroniques, mordent la Bible, menacent de bouffer le monde et imposent le nouvel ordre : « Tu trimes pas – fusillé,/ Tu rechignes – fusillé,/ Tu lambines – fusillé ! »
Tour de passe-passe
C’est...




                        

                        


<article-nb="2018/02/15/19-15">
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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-15"> ¤ La chronique de Roger-Pol Droit, à propos de « La Langue géniale. 9 raisons d’aimer le grec », d’Andrea Marcolongo.
<filname="PROF-0,2-3246,1-0,0-15"> ¤                     
                                                   
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Figures libres. « Philô » veut dire « j’aime »

La chronique de Roger-Pol Droit, à propos de « La Langue géniale. 9 raisons d’aimer le grec », d’Andrea Marcolongo.



Le Monde
 |    15.02.2018 à 07h30
 • Mis à jour le
15.02.2018 à 09h48
    |

                            Roger-Pol Droit








                        



                                


                            
La Langue géniale. 9 raisons d’aimer le grec (La lingua geniale. 9 ragioni per amare il greco), d’Andrea Marcolongo, traduit de l’italien par Béatrice Robert-Boissier, Les Belles Lettres, 198 p., 16,90 €.

Une langue n’est pas entièrement responsable des œuvres qui s’inscrivent en elle. Mais elle ne leur est pas étrangère. Sans être la cause directe de ce qui se dit dans sa syntaxe, son vocabulaire ou ses formes singulières, elle configure un apport au monde, espace de pensée et de sensibilité.
Pas de doute : le grec ancien, de ce point de vue, est une rareté. La langue qui a hébergé et nourri Homère, Sophocle, Pindare, Aristophane, Platon, Hérodote et des centaines d’autres – de Parménide à Damascius, de Démocrite à Proclus – ne peut pas être tout à fait comme les autres. Affirmer, comme Heidegger, qu’on ne peut philosopher qu’en grec et en allemand est pure ineptie. Mais il serait bien naïf de croire que le grec n’est pour rien dans l’éclosion de ces kyrielles de génies.

« Chaque langue présuppose une façon particulière de voir la réalité », affirme Andrea Marcolongo, qui s’est demandé comment comprendre, et faire comprendre, ce qui rend cette langue « géniale ». Chemin faisant, la jeune et talentueuse helléniste italienne a inventé un genre littéraire inédit : le journal intime érudit.
La Langue géniale est en effet un livre très austère dans le fond, et très charmant dans la forme. C’est une longue lettre d’amour à la grammaire, témoignant d’une passion obstinée et fiévreuse, intelligente et communicative, pour les tournures linguistiques des Grecs antiques. Il y est donc question de formes verbales, de déclinaisons, de genres, de modes, considérations copieusement ennuyeuses dans le monde « normal ».
Mais ces données se trouvent, ici, entrelacées à tant d’enthousiasme, de digressions étranges, de confessions personnelles et intelligentes que...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-16"> ¤ Deux parutions rappellent les fastes, grandioses ou débridés, de la monarchie française finissante, et les vives critiques dont ils faisaient l’objet bien avant la Révolution.
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Ancien Régime : que la fête s’achève !

Deux parutions rappellent les fastes, grandioses ou débridés, de la monarchie française finissante, et les vives critiques dont ils faisaient l’objet bien avant la Révolution.



Le Monde
 |    15.02.2018 à 07h15
   





                        



                                


                            
Fêtes et folies en France à la fin de l’Ancien Régime, de Didier Masseau, CNRS Editions, 304 p., 24 €.
Etienne de Silhouette (1709-1767). Le ministre banni de l’histoire de France, de Thierry Maugenest, La Découverte, « Cahiers libres », 224 p., 18 €.

Est-il politique de faire la fête ? Cette question prend tout son sens dans les dernières années de l’Ancien Régime, comme le soulignent à leur manière deux ouvrages récents, Fêtes et folies en France à la fin de l’Ancien ­Régime, de Didier Masseau, et la biographie d’Etienne de Silhouette (1709-1767) par Thierry Maugenest.
La maîtrise de la fête nocturne était jusque-là une marque de la monarchie. Seul le roi avait le pouvoir d’associer la nuit et la joie. D’abord, en l’éclairant grâce aux lanternes qu’il faisait disposer ; ensuite, en dispensant ses bienfaits, deux à trois fois l’an, à l’occasion des naissances, mariages, victoires, conquêtes, visites princières, traités et anniversaires. Le peuple faisait la fête et les « vive le Roi ! » saluaient les « théâtres de vin » distribuant boisson, pain, cervelas et longes de veau, les bals et les feux d’artifice, principal divertissement festif du moment. Tous pouvaient alors célébrer la nation, identifiée au monarque.
Mais le roi perd peu à peu le monopole de la fête. La nuit est captée par d’autres puissances : les cercles des élites aristocratiques des salons, cafés et bals, les entrepreneurs de divertissements, les amateurs d’amusements et de cabarets, les jeunes fêtards du Palais-Royal, qui créent de nouveaux usages de la fête. Cette privatisation favorise les attractions et les distractions, les jeux mondains et leurs transgressions : folie et libertinage, comme le souligne bien Didier Masseau, prolifèrent, bouleversant les codes sociaux et sexuels. La fête, par exemple dans les vauxhalls – le Colisée, qui...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-17"> ¤ Le philosophe allemand Friedrich Kittler, mort en 2011, avait anticipé notre vie numérique dès 1986 dans un essai fondateur, « Gramophone, Film, Typewriter », enfin traduit.
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Penser l’ère du tout-enregistré

Le philosophe allemand Friedrich Kittler, mort en 2011, avait anticipé notre vie numérique dès 1986 dans un essai fondateur, « Gramophone, Film, Typewriter », enfin traduit.



Le Monde
 |    15.02.2018 à 07h15
 • Mis à jour le
15.02.2018 à 10h20
    |

                            David Zerbib








                        



                                


                            
Gramophone, Film, Typewriter (Grammophon, Film, Typewriter), de Friedrich Kittler, traduit de l’allemand par Frédérique Vargoz, préface d’Emmanuel Alloa, postface d’Emmanuel Guez, Les Presses du réel, « Médias/Théories », 480 p., 32 €.

Voici enfin traduit le livre majeur d’un des plus originaux théoriciens des médias contemporains. Gramophone, film, typewriter, étude fondatrice parue en 1986, s’intéresse à la révolution des « médias techniques » qui, à la fin du XIXe siècle, consacra en quelques années l’invention de la machine à écrire (1865), du phonographe (1877) et du cinématographe (1895). L’ouvrage, qui a contribué à créer la science des médias allemande, a conféré à Friedrich Kittler (1944-2011) une renommée internationale dont les échos, cependant, avaient peu filtré de ce côté-ci du Rhin.
Un tel délai de réception n’est pas étranger aux provocations philosophiques de l’auteur concernant notre rapport aux machines. « Rien n’existe des individus, sinon ce que les médias enregistrent ou transmettent », lance-t-il sans déploration. Par ce type de formules, Kittler s’éloigne tout autant des apôtres prométhéens du progrès technologique que des contempteurs d’une tekhnè (origine grecque du mot « technique ») qui aurait pris le contrôle sur notre logos (notre logique et notre raison).
Il explique simplement, en utilisant au besoin l’exemple des photos spirites qui firent un temps les délices des amateurs de communication avec les morts, que l’esprit humain ne peut être saisi qu’à travers le « medium » où il s’inscrit et qui le façonne en partie.
« Französische Theorie »
On voit comment le penseur allemand a lu Derrida et sa « grammatologie » : aucune présence pure et authentique ni vérité spirituelle n’est à chercher hors des traces que nous inscrivons et laissons. A cet égard, lire Gramophone, film, typewriter, c’est découvrir...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-18"> ¤ Avec « La Horde », la romancière se fait démon pour conter la possession irrémédiable la jeune Laure par Ganaël, novice en la matière. Saisissant.
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Sibylle Grimbert suscite l’épouvante

Avec « La Horde », la romancière se fait démon pour conter la possession irrémédiable la jeune Laure par Ganaël, novice en la matière. Saisissant.



Le Monde
 |    15.02.2018 à 07h00
    |

                            Florence Bouchy (Collaboratrice du « Monde des livres »)








                        



                                


                            
La Horde, de Sibylle Grimbert, Anne Carrière, 200 p., 17 €.

Satirique, épique, mélancolique ou onirique, l’écriture de Sibylle Grimbert explore avec brio les genres et les tonalités. Réussissant, de livre en livre, à piquer la curiosité du lecteur en arpentant des territoires où il ne se serait sans doute pas aventuré sans elle, l’écrivaine surprend encore avec La Horde, son dixième roman. Inscrit d’emblée dans le registre fantastique, le récit séduit en jouant avec les codes du film d’horreur, qu’il met à l’occasion très ironiquement en abyme, pour rendre plus sensible l’épouvante qu’il suscite.
Les esprits et les démons, chez l’auteure d’Il n’y a pas de secret (Stock, 2004), ne ressemblent pas, en effet, aux représentations que les hommes s’en sont faites. Ils sont bien plus effrayants. Ganaël est l’un d’entre eux. Un novice, longtemps resté en attente de sa première proie, qu’il est heureux d’avoir enfin trouvé en la personne de Laure, une petite fille de 10 ans. Vive et joueuse comme tous les enfants de son âge, née dans une famille aimante, ouverte d’esprit et libre de toute croyance ou religion susceptible d’entraver sa possession, Laure ne risque pas d’être conduite avant longtemps chez l’exorciste : ses parents, à n’en pas douter, épuiseront tous les médecins et pédopsychiatres avant d’envisager l’hypothèse démoniaque.
Tout en douceur
Racontée par Ganaël, la prise de possession de l’enfant est d’autant plus angoissante qu’elle s’effectue tout en douceur, présentée comme une histoire d’amour entre deux âmes sœurs qui non seulement se seraient reconnues, mais encore croîtraient ensemble et se fortifieraient l’une l’autre. « Le lieu où je me suis installé quand je suis entré dans Laure, explique l’esprit maléfique, mesurait à vue de nez quelques millimètres juste au-dessus de sa hanche droite. » L’essentiel de ses efforts consiste de ce fait à avoir « la...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-19"> ¤ L’écrivain a traversé à pied la plus grande des îles Kerguelen, cette lointaine terre française. Vivifiant.
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François Garde marche là où la faune ne craint pas l’homme

L’écrivain a traversé à pied la plus grande des îles Kerguelen, cette lointaine terre française. Vivifiant.



Le Monde
 |    15.02.2018 à 07h00
 • Mis à jour le
15.02.2018 à 14h36
    |

                            Marie-Hélène Fraïssé (Collaboratrice du « Monde des livres »)








                        



                                


                            
Marcher à Kerguelen, de François Garde, Gallimard, 240 p., 19,50 €.

Pour la dernière fois, François Garde va aux TAAF… ces Terres australes et antarctiques fran­çaises, cailloux battus des vents, au nombre desquels figure l’archipel des Kerguelen. Les îles de la Désolation (l’autre nom de l’archipel) sont familières de longue date à ce romancier. Elles lui ont inspiré notamment une magni­fique robinsonnade, Ce qu’il advint du ­sauvage blanc (Gallimard, Goncourt du premier roman 2012). François Garde fut entre 2000 et 2004 administrateur supérieur des TAAF… Autrement dit « vice-roi des albatros », « connétable des brumes », ironise-t-il.
Ce bout du monde n’a cessé de travailler la mémoire de l’écrivain, ancré de nouveau dans l’hémisphère Nord… Il lui fallait en découdre une bonne fois avec les Kerguelen, prendre à bras-le-corps la « grande île » qu’il n’avait fait qu’effleurer. Traverser de part en part ses hauts plateaux basaltiques et ses bourrasques. Franchir les torrents, boire aux cascades. Une épreuve initiatique auto-imposée, au cœur de l’ombrageuse nature où toute intrusion humaine se doit d’être discrète.
Pernicieuse humidité des Quarantièmes dits « rugissants »
Le projet a pris forme grâce à la complicité de trois amis, capables eux aussi de porter un sac de 30 kg sur le dos pendant des journées entières et d’endurer pire que le froid : la pernicieuse humidité des Quarantièmes dits « rugissants », qui s’infiltre à travers bonnets et chaussettes jusqu’à corroder l’âme la plus aguerrie…
Là où tant de relations d’aventure roulent des mécaniques, François Garde reste modeste. Son récit ne comporte pas de sommet « vaincu », de grande première. Juste une traversée nord-sud de vingt-cinq jours, sur une distance de quelque 200 km. Un trek pour bons marcheurs, en terrain accidenté. La quête d’un succès discret, fondé sur la capacité à monter...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-20"> ¤ Dans « Donne-moi encore cinq minutes », son premier roman, l’Israélien aborde le sujet des implantations juives de Cisjordanie avec audace et empathie.
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Yonatan Berg démantèle la colonie

Dans « Donne-moi encore cinq minutes », son premier roman, l’Israélien aborde le sujet des implantations juives de Cisjordanie avec audace et empathie.



Le Monde
 |    15.02.2018 à 07h00
    |

                            Eglal Errera (Collaboratrice du « Monde des livres »)








                        



                                


                            
Donne-moi encore cinq minutes (Od Hamesh dakkot), de Yonatan Berg, traduit de l’hébreu par Laurence Sendrovicz, L’Antilope, 506 p., 23,50 €.

Quatre jours dans l’existence de Bnaya et Yoav, deux amis d’enfance que la vie a jetés sur des chemins différents, apparemment opposés. Tous deux ont grandi dans la plus stricte orthodoxie religieuse, au sein d’une colonie juive de Cisjordanie. Jeune rabbin, Bnaya y a fondé sa famille. Yoav, lui, a abandonné toute pratique religieuse et mène une existence laïque à Tel-Aviv. Des choix de vie, des choix politiques aussi, avec, en toile de fond, une des pierres d’achoppement du conflit israélo-palestinien : l’implantation de populations juives en territoire palestinien.
Adolescents, à l’âge des grandes interrogations, Bnaya et Yoav avaient vécu une belle proximité et en avaient gardé une semblable prédisposition aux remises en question. Etrangement, pour l’un comme pour l’autre, ces quatre jours vont être placés sous le signe de la plus extrême tension et susciter un virage inattendu.
En Cisjordanie, le démantèlement de la colonie est imminent et déchaîne une flambée de violence entre les irréductibles partisans du Grand Israël et ceux qui acceptent de partir. Bnaya est de ces derniers, malgré son attachement aux lieux de son enfance et au paysage qui l’a porté. « Le shabbath s’approche mollement. Au loin, le soleil effleure les montagnes d’Edom. La mer Morte offre ses derniers scintillements. La vallée devient de plus en plus floue, on allume des feux dans le village, au fond du wadi. » Ce village, quelques mètres à peine en contrebas dans le vallon, est palestinien, peuplant un horizon familier et menaçant.
Souci d’équité
A Tel-Aviv, Yoav, sous l’effet de drogues prises dans une fête, revit un bouleversant épisode du temps de son service militaire. Lors d’une expédition punitive dans un village palestinien, où un jeune suspect avait été tué...




                        

                        

