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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-1"> ¤ Dans une tribune au « Monde », le ministre de la cohésion des territoires rappelle que « les personnes en situation de grande précarité ne doivent pas être les otages de rapports de force politiques ».
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Jacques Mézard : « La mise à l’abri des plus précaires est un combat de tous les jours »

Dans une tribune au « Monde », le ministre de la cohésion des territoires rappelle que « les personnes en situation de grande précarité ne doivent pas être les otages de rapports de force politiques ».



Le Monde
 |    15.02.2018 à 15h00
    |

Jacques Mézard (Ministre de la cohésion des territoires)







                        



                                


                            
Tribune. Cela fait désormais dix jours que le plan Grand froid a été activé dans trente-sept départements pour mettre à l’abri les personnes sans domicile fixe (SDF) dans cette période particulièrement difficile pour elles. L’attention politique et médiatique est logiquement à son comble. La progression du nombre de personnes sans domicile fixe est pourtant une réalité depuis des années, réalité crue, complexe, à laquelle nous devons faire face sans dogmatisme et en rejetant toute instrumentalisation.
nul n’a à s’ériger en donneur de leçons ni en détenteur du monopole de l’altruisme et de la générosité
La pauvreté, la marginalisation, la solitude de femmes et d’hommes dans notre pays est une réalité, comme elle l’est aussi dans la quasi-totalité des pays développés. Evolutions sociétales (augmentation des divorces et des familles monoparentales, recul du sentiment de solidarité), persistance de la crise économique, amplification des flux migratoires, tout cela multiplie le nombre de laissés-pour-compte. Face à ce triste constat, nous devons collectivement avoir l’objectif de ne plus avoir personne « à la rue ». Est-ce le cas aujourd’hui ? Non. Devant cette réalité, le gouvernement ne se résignera pas et continuera le combat contre la misère qui tue.
En tant que ministre de la cohésion des territoires, j’exerce avec gravité et humilité la responsabilité qui est la mienne. Je n’ignore rien de la précarité d’une partie des Français. En la matière, nul besoin de se quereller à coups de chiffres qui disent si peu des drames humains du quotidien qui sont vécus par les plus vulnérables de nos concitoyens. Toute polémique sur les chiffres ne saurait être à la hauteur des enjeux. Je salue tant le travail quotidien des services de l’Etat autour des préfets – et en premier lieu du préfet d’Ile-de-France – que le travail des associations. Mais nul n’a à s’ériger en donneur de leçons ni en détenteur du monopole de l’altruisme et de la générosité.
Travail...



                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-2"> ¤ Dans sa chronique mensuelle, l’économiste Pierre-Cyrille Hautcœur estime que le développement de l’apprentissage ne pourra se faire que si, comme en Allemagne et en Angleterre, toutes les carrières techniques, jusqu’aux postes d’ingénieurs de rang élevé, deviennent réellement accessibles aux apprentis.
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« Faute de rendre l’apprentissage plus attrayant, celui-ci restera considéré comme une solution par défaut »

Dans sa chronique mensuelle, l’économiste Pierre-Cyrille Hautcœur estime que le développement de l’apprentissage ne pourra se faire que si, comme en Allemagne et en Angleterre, toutes les carrières techniques, jusqu’aux postes d’ingénieurs de rang élevé, deviennent réellement accessibles aux apprentis.



Le Monde
 |    15.02.2018 à 14h00
 • Mis à jour le
15.02.2018 à 15h57
    |

Pierre-Cyrille Hautcœur (Directeur d'études à l’EHESS)







                        



                                


                            
Histoire. L’inspiration allemande du projet de loi sur l’apprentissage, qui sera bientôt présenté au Parlement, ne fait guère de doute. Outre-Rhin, près des deux tiers des jeunes commencent un apprentissage, et les trois quarts d’entre eux l’achèvent. Dans beaucoup de professions, trouver du travail sans en avoir suivi un est impossible. Cela serait la clé de l’articulation entre industrie puissante et faible chômage, qui font le succès de l’économie allemande. Ce système peut-il être importé en France, où l’apprentissage est, comme en Grande-Bretagne ou aux Etats-Unis, moins développé malgré de nombreux efforts pour le réhabiliter ?

Les systèmes d’apprentissage étaient ancrés dans les corporations dans quasiment toute l’Europe au Moyen Age. Ils furent l’objet de nombreux débats. Les libéraux considéraient dès le XVIIIe siècle que l’apprentissage corporatiste était moins un outil de formation que de légitimation sociale de la transmission de père en fils des emplois de maîtres artisans, et conduisait par conséquent à une barrière monopolistique qui freinait la croissance économique, l’innovation et la promotion sociale par le mérite.
De plus, les apprentis autres que l’héritier n’étaient pas toujours bien traités, leurs droits étaient limités, et la durée durant laquelle ils travaillaient « gratuitement » pour leur maître en échange de leur formation était souvent très longue (sept ans dans le Statute of Artificers – « artisans » – anglais de 1563, qui resta en application plus de deux siècles). Certains s’enfuyaient, ou ne parvenaient pas au statut de maître, malgré leurs années d’efforts.
Ces accusations conduisirent à la remise en cause des corporations par les libéraux, notamment par Turgot, en France, et Adam Smith, en Angleterre. Si Turgot ne parvint pas à les faire supprimer en 1776, le statut plus ouvert que leur donna alors Necker (avec l’accès des femmes à la maîtrise, par exemple) ne suffit pas à...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-3"> ¤ Dans sa chronique mensuelle, Marie de Vergès, journaliste au « Monde », rappelle combien, en économie comme en matière militaire, l’équation nord-coréenne demeure d’une rare complexité.
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« L’économie nord-coréenne désarçonne et trompe son monde »

Dans sa chronique mensuelle, Marie de Vergès, journaliste au « Monde », rappelle combien, en économie comme en matière militaire, l’équation nord-coréenne demeure d’une rare complexité.



Le Monde
 |    15.02.2018 à 14h00
    |

            Marie de Vergès








                        



                                


                            
Emergences. République populaire démocratique de Corée, automne 1974. L’ambassadeur de France en Chine, Etienne Manac’h, est en visite au nord du 38e parallèle. Qu’y découvre-t-il ? Un peuple d’un grand « dynamisme ». Vêtu de « façon beaucoup plus cossue qu’en Chine » et dont les hommes pourraient facilement « être pris pour des Japonais aisés ». Une capitale, Pyongyang, hérissée d’« immeubles modernes d’assez belle apparence ». Des campagnes où « la mécanisation [est] assez poussée ». Surtout, un régime attentif « à l’amélioration constante des conditions matérielles d’existence de la population »…
La Corée du Nord figure parmi les économies les plus pauvres d’Asie
Ce télégramme est à découvrir dans un ouvrage récent consacré à cinquante ans d’archives diplomatiques (Dans les archives secrètes du Quai d’Orsay, éd. L’Iconoclaste, 2017). Un récit savoureux et pour le moins déconcertant, plus de quatre décennies plus tard, alors que les projecteurs sont à nouveau braqués sur le régime de Pyongyang. Celui-ci peut bien jouer l’unité sportive avec son frère du Sud, hôte des Jeux olympiques de Pyeongchang, jusqu’à lui voler la ­vedette, mais rien ne dissimule le gouffre béant qui ­sépare les deux Corées.
Pays de Samsung et de Hyundai, l’une est la onzième nation la plus riche du monde. Un « dragon » émergent devenu industrialisé, ultratechnologique et inséré dans la mondialisation. Pour l’autre, force est de constater que les promesses de développement esquissées sous la plume de l’ambassadeur Manac’h ne se sont pas réalisées. Elle figure parmi les économies les plus pauvres d’Asie. Ses produits phares sont le charbon, les crustacés, le ginseng et le vinalon, fibre synthétique inventée par le chimiste Ri Sung-gi, aussi incontournable en Corée du Nord que méconnue à l’étranger.
Boom de la construction
D’autres Etats communistes, comme la Chine ou le Vietnam,...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-4"> ¤ Dans une tribune au « Monde », le professeur de gestion Stéphane Garelli estime que la masse des liquidités sur le marché représente plus qu’un risque financier ; elle pourrait conduire à une redistribution spectaculaire de l’actionnariat des grandes entreprises mondiales.
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« La restructuration de la propriété des entreprises va affecter notre environnement économique »

Dans une tribune au « Monde », le professeur de gestion Stéphane Garelli estime que la masse des liquidités sur le marché représente plus qu’un risque financier ; elle pourrait conduire à une redistribution spectaculaire de l’actionnariat des grandes entreprises mondiales.



Le Monde
 |    15.02.2018 à 14h00
 • Mis à jour le
15.02.2018 à 16h01
    |

Stéphane Garelli (Professeur à l’International Institute  for Management Development (IMD)  de Lausanne  et fondateur  du IMD World Competitiveness...







                        



                                


                            
Tribune. Les prévisions économiques se concentrent trop souvent sur l’aspect financier des affaires. Les Bourses sont-elles surévaluées et vont-elles s’effondrer ? L’inflation va-t-elle reprendre ? Les banques centrales vont-elles relever les taux d’intérêt ? Toutes ces questions sont légitimes, mais elles obscurcissent parfois l’essentiel. La vague de fond qui va affecter 2018 pourrait bien être une restructuration considérable de l’économie mondiale et de ses acteurs principaux, les grandes entreprises.
Cinq compagnies technologiques américaines ont plus de 500 milliards de dollars de liquidités à disposition
Les entreprises ont en général une vie courte. Dans les années 1970, elle était de quarante ans. Aujourd’hui, elle est tombée à moins de dix-huit ans. Le cabinet de conseil en stratégie McKinsey estime qu’en 2027 les trois quarts des entreprises cotées au S&P 500 auront disparu. Pour comprendre ce phénomène de destruction massive, il faut se tourner vers plusieurs événements majeurs qui vont déterminer notre environnement économique et d’affaires en 2018.
Il n’y a jamais eu autant d’argent liquide sur les marchés. Le bilan combiné des neuf plus grandes banques centrales dépasse les 18 000 milliards de dollars (environ 15 400 milliards d’euros). Les dix plus grands fonds souverains du monde gèrent plus de 10 000 milliards de dollars. Cinq compagnies technologiques américaines ont plus de 500 milliards de dollars de liquidités à disposition. Finalement, les grandes entreprises américaines et européennes bénéficient ensemble de plus de 3 000 milliards de liquidités à leur bilan.
L’objectif de la réforme fiscale américaine
De plus, les grandes sociétés américaines continuent de conserver une partie considérable de ces liquidités en dehors des Etats-Unis. L’administration Trump estime à plus de 1 400 milliards de dollars les profits accumulés de ces entreprises qui n’ont pas été rapatriés. Apple aurait ainsi plus de 260 milliards...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-5"> ¤ La loi visant l’interdiction de l’expression « camps de concentration polonais » résulte en grande partie d’un faux pas politique. Mais elle confirme la volonté de Varsovie de vouloir réécrire l’histoire juge la philosophe Anna Zielinska.
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Pologne : « Plusieurs démons du passé se sont réveillés »

La loi visant l’interdiction de l’expression « camps de concentration polonais » résulte en grande partie d’un faux pas politique. Mais elle confirme la volonté de Varsovie de vouloir réécrire l’histoire juge la philosophe Anna Zielinska.



Le Monde
 |    15.02.2018 à 13h47
 • Mis à jour le
15.02.2018 à 18h36
    |

Anna Zielinska (Philosophe, université de Lorraine)







                        



                                


                            
Tribune. Comment une loi en apparence liberticide, interprétée comme interdisant de suggérer l’implication des Polonais dans la Shoah, a pu être votée par l’Assemblée nationale polonaise la veille de la célébration du 73e anniversaire de la libération du camp de la mort d’Auschwitz ? Cette situation ubuesque mérite quelques éclaircissements sur la Pologne, un pays aussi déchiré entre deux conceptions du patriotisme et de son histoire que les Etats-Unis.
De fait, depuis des années, les médias internationaux emploient parfois l’expression : « les camps de la mort/de concentration polonais » (« Polish death camps »). Si nous savons tous que plusieurs camps de la mort situés en Pologne y ont été construits par les Allemands pour anéantir le peuple juif d’Europe, il faut justement s’arrêter sur la formule « peuple juif », ou encore « peuple polonais », alors qu’on ne dit jamais, ou presque, « peuple anglais » ou « peuple français ».

« Peuple », Narod, est une notion qui s’est développée dans le monde slave et dans les Balkans, des régions où l’identité d’un groupe culturel ne coïncidait qu’en partie avec l’identité étatique. Les frontières de l’Europe centrale et orientale ont toujours été en constant mouvement, comme en témoigne en particulier la construction curieuse de l’Empire austro-hongrois.
L’appartenance nationale
Ce terme de Narod ne désigne pas les représentants distincts d’un peuple, mais son esprit et sa continuité historique, quelque chose d’élevé qui dépasse les individualités. Une notion qui semble donc avoir plus de sens pour des conservateurs que pour des libéraux. Notons que le polonais connaît deux termes relatifs à l’appartenance nationale : obywatelstwo (nationalité au sens de citoyenneté) et narodowosc (nationalité au sens de l’appartenance à une communauté, qui, lors de recensements de la population, sert à distinguer...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-6"> ¤ Des soignants isolés, mis en concurrence, dans l’incapacité de bien faire leur travail : appliquées sans discernement depuis le début des années 2000, les méthodes de gestion issues du privé sont une catastrophe pour les institutions sanitaires et sociales. Etat des lieux.
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Hôpitaux, Ehpad : le soin saccagé

Des soignants isolés, mis en concurrence, dans l’incapacité de bien faire leur travail : appliquées sans discernement depuis le début des années 2000, les méthodes de gestion issues du privé sont une catastrophe pour les institutions sanitaires et sociales. Etat des lieux.



Le Monde
 |    15.02.2018 à 12h29
 • Mis à jour le
15.02.2018 à 16h55
    |

            Catherine Vincent








                        



                                


                            
Ce n’est plus un bouillonnement, c’est une explosion. Le 8 janvier, le ministère de la santé publie un rapport accablant sur le fonctionnement du centre hospitalier universitaire (CHU) de Grenoble, où un neurochirurgien de 36 ans s’est donné la mort, en novembre 2017, dans un bloc opératoire. Le 26 janvier, la ministre des solidarités et de la santé, Agnès Buzyn, présente un plan de douze mesures d’urgence en faveur des hôpitaux psychiatriques, en réponse aux mouvements de grève qui ont émergé ces derniers mois dans ces établissements. Le 30 janvier, à l’appel de sept syndicats, les personnels des établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad) sont en grève pour protester contre leurs conditions de travail. Le 19 février, dans le cadre du plan d’accompagnement des Ehpad, une commission sera installée par le ministère de la santé afin de proposer « une stratégie nationale de lutte contre la maltraitance »… Jamais la situation des personnels soignants dans les hôpitaux et les maisons de retraite n’a paru si dégradée, avec pour conséquence directe le mauvais traitement des personnes vulnérables dont ils ont la charge.
« Pressions managériales »
Comment en est-on arrivé là ? Outre le manque de moyens et d’effectifs, le constat des observateurs est quasiment unanime : appliquées sans discernement, les méthodes modernes de gestion et de management issues du privé sont une catastrophe pour les institutions sanitaires et sociales. L’organisation Action praticiens hôpital (APH), qui regroupe une dizaine de syndicats et a lancé fin 2017 un observatoire de la souffrance au travail, fait état de « pressions managériales » de plus en plus fortes de « l’hôpital-entreprise ». « Dans certains établissements, on n’est plus loin de ce qui se passe chez Lidl ou Amazon », affirme Nicole Smolski, présidente d’honneur d’APH. Les techniques managériales modernes seraient-elles incompatibles avec la philosophie et...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-7"> ¤ Depuis quatre ans, ce psychiatre reçoit en consultation des « grappes » de médecins, souvent chefs de service, dans des états psychiques préoccupants.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-7"> ¤                     
                                                   
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Christophe Dejours, psychiatre : « Les soignants sont contraints d’apporter leur concours à des actes qu’ils réprouvent »

Depuis quatre ans, ce psychiatre reçoit en consultation des « grappes » de médecins, souvent chefs de service, dans des états psychiques préoccupants.



Le Monde
 |    15.02.2018 à 12h18
 • Mis à jour le
15.02.2018 à 12h29
    |

            Catherine Vincent








                        



                                


                            
Psychiatre, psychanalyste, professeur au Conservatoire national des arts et métiers (CNAM), Christophe Dejours est spécialiste en psychodynamique du travail. Il a récemment publié Le Choix. Souffrir au travail n’est pas une fatalité (Bayard, 2015) et Situations du travail (PUF, 2016).
Depuis quelques années, vous recevez dans votre cabinet des psychiatres des hôpitaux en grande souffrance. Que se passe-t-il ?
Il s’agit souvent de chefs de service, qui sont dans des états psychiques préoccupants – états de confusion mentale, problèmes somatiques gravissimes. J’ai commencé à les voir arriver par grappes il y a environ quatre ans. Or, si de nouvelles formes de pathologie liées au travail apparaissent, c’est que quelque chose a changé dans son organisation. En l’occurrence, la généralisation des méthodes du New Public Management [« nouvelle gestion publique », NPM] aux services de soins.
En quoi ces techniques de gestion rendent-elles malades les psychiatres hospitaliers ?
Tous me font une description similaire de leur situation. Ce sont toujours des cliniciens fortement engagés, depuis de longues années, dans la pratique en institution. La décompensation psychopathologique survient quelques mois ou quelques années après l’arrivée d’un nouveau directeur, le plus souvent un jeune gestionnaire. Après un audit, celui-ci met en place des outils d’évaluation et des protocoles de soins. Avec deux priorités : des objectifs quantitatifs et des performances mesurables. Entre les deux, le gestionnaire ne veut rien savoir. Résultat : des conditions de travail ingérables pour les chefs de service. Ils doivent d’un côté diriger des équipes qui n’arrivent plus à fonctionner, de l’autre affronter une administration qui ne cesse de les harceler avec une série d’exigences n’ayant rien à voir avec leur métier. Cela provoque chez nombre d’entre eux des décompensations brutales qu’on ne voyait...




                        

                        


<article-nb="2018/02/15/19-8">
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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-8"> ¤ Plusieurs ministres ont échoué à transformer l’examen mais le ministre de l’éducation, Jean-Michel Blanquer, semble bénéficier d’une opinion publique favorable.
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Une réforme du baccalauréat… oui, mais après ?

Plusieurs ministres ont échoué à transformer l’examen mais le ministre de l’éducation, Jean-Michel Blanquer, semble bénéficier d’une opinion publique favorable.



Le Monde
 |    15.02.2018 à 11h51
 • Mis à jour le
15.02.2018 à 15h29
    |

                            Mattea Battaglia








                        



                                


                            
Faut-il rebaptiser l’année de terminale, et si oui, comment ? La question, soumise aux syndicats qui ont défilé devant le ministère de l’éducation nationale avant l’annonce, mercredi 14 février, de la réforme du baccalauréat, peut paraître secondaire. Elle ne l’est pas.
En remettant en jeu le nom de cette dernière année de lycée, pensée comme un aboutissement du temps du lycée Napoléonien, mais qui n’a presque plus rien de « terminale » dès lors que 90 % des bacheliers, et même plus, poursuivent des études supérieures, le ministère a résumé l’ambition : graver dans le système – et dans les esprits – le « continuum du bac – 3, bac + 3 », comme on dit dans le jargon de l’école. Un parcours au sein duquel l’examen bicentenaire et son année de préparation n’ont plus vocation de verrou mais bien celle de passerelle.

Le baccalauréat vieillit mal. « Modernisons-le », plaidait Emmanuel Macron durant la campagne présidentielle 2017, en livrant le mode d’emploi : quatre épreuves finales, le reste en contrôle continu. « C’est même le seul point clair de son programme éducatif », réagissaient à l’époque les commentateurs politiques. « Musclons-le », a renchéri Jean-Michel Blanquer en posant ses cartons au ministère de l’éducation, lui qui défendait déjà, dans ses livres (L’Ecole de la vie en 2014, L’Ecole de demain en 2016), la nécessité de « dépoussiérer » l’examen et de « l’adapter à son temps ».
Autour de cet objectif, à tous les niveaux du pouvoir, on serre les rangs.
« Nous dépensons bien plus que les autres pays pour le lycée, notamment parce que notre système est rigide et conçu autour du baccalauréat, soulignait le premier ministre, Edouard Philippe, lors de son discours de politique générale, le 4 juillet 2017. Mais nous conduisons 60 % de bacheliers à l’échec en licence ! »
Le procès fait à l’examen...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-9"> ¤ Le dirigeant de la formation de Beppe Grillo adopte un discours modéré avant les législatives du 4 mars en Italie.
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Luigi Di Maio : « Le Mouvement 5 étoiles est pro-européen »

Le dirigeant de la formation de Beppe Grillo adopte un discours modéré avant les législatives du 4 mars en Italie.



Le Monde
 |    15.02.2018 à 11h42
 • Mis à jour le
15.02.2018 à 15h23
    |

            Jérôme Gautheret (Pomigliano d'Arco (Italie), envoyé spécial)








                        



                                


                            

Le Mouvement 5 étoiles (M5S) n’a pas modifié le cours de sa campagne pour les législatives italiennes du 4 mars, après l’attentat raciste de Macerata, qu’il n’a pas cherché à exploiter. Un militant de la Ligue du Nord, Luca Traini, avait ouvert le feu dans les rues de la ville, le 3 février, blessant six migrants africains, en représailles contre le meurtre d’une jeune femme de 18 ans, pour lequel trois Nigérians sont soupçonnés. Les 11 et 12 février, Luigi Di Maio, 31 ans, dirigeant du mouvement fondé par Beppe Grillo, était de retour dans sa région, en Campanie, pour une série de rencontres. C’est là qu’il a accordé un entretien au Monde, à Pomigliano d’Arco, dans la maison de ses parents.
Après l’attaque de Macerata, le Mouvement 5 étoiles a semblé vouloir rester à l’écart de la polémique. Pourquoi ?
Ce qui s’est passé est une tragédie, pour cette jeune fille qui a été tuée et pour ce qu’a commis ensuite Luca Traini. Bien sûr qu’il fallait condamner ces actes, et nous l’avons fait, mais ensuite, il y a eu tant de spéculations politiques… La gauche et la droite ont cherché à faire campagne sur cette affaire. Pourquoi ? Parce que ces coalitions, aujourd’hui, ne représentent plus ni la gauche ni la droite. La droite a massacré les entreprises quand elle gouvernait, et la gauche a massacré les ouvriers quand elle était aux affaires. Alors il ne leur reste que ce genre d’histoires pour rassembler. De notre côté, nous avons appelé à rejeter les instrumentalisations, et nous en sommes restés là.
Que pensez-vous des alarmes en Italie sur le risque d’un retour du fascisme ?
Ce que je vois, c’est surtout le risque qu’il puisse y avoir des initiatives personnelles tragiques. Ce qui s’est passé à Macerata ne peut pas être justifié. Mais nous devons tenir compte du fait que le tissu social italien se désagrège, parce que l’immigration, comme la criminalité disons « italienne » et tous les problèmes...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-10"> ¤ Editorial. La réforme de cet examen symbolique a été présentée le mercredi 14 février par Jean-Michel Blanquer, le ministre de l’éducation nationale. Courageux et périlleux, ce chantier est une nécessité.
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Baccalauréat : une modernisation nécessaire

Editorial. La réforme de cet examen symbolique a été présentée le mercredi 14 février par Jean-Michel Blanquer, le ministre de l’éducation nationale. Courageux et périlleux, ce chantier est une nécessité.



Le Monde
 |    15.02.2018 à 11h38
   





                        



   


Editorial du « Monde ». Le baccalauréat est un monument historique. Depuis sa création par Napoléon, il a traversé plus de deux siècles d’empires, de royautés et de Républiques. Mais l’édifice est en péril. Passeport de l’entrée à l’université, il fut longtemps la chasse gardée des enfants des élites sociales ou culturelles. L’on ne comptait encore que 60 000 bacheliers en 1960 ; ils ont été 640 000 l’an dernier, soit près de 80 % des jeunes Français.
Depuis trois décennies, tous les ministres de l’éducation nationale ont envisagé de moderniser l’examen. Ils avaient raison. Non seulement le bac est devenu un monstre d’organisation, coûteux et chronophage. Mais il apparaît comme un viatique inadapté aux études supérieures, si l’on en juge par les taux d’échecs massifs des bacheliers dans les premiers cycles universitaires.
Excellent connaisseur du système éducatif, fort des engagements pris par le chef de l’Etat durant sa campagne présidentielle, l’actuel ministre, Jean-Michel Blanquer, est bien décidé à réussir là où ses prédécesseurs ont échoué ou renoncé. La réforme qu’il a présentée, mercredi 14 février, est aussi sérieuse et courageuse que périlleuse.
Trois innovations
Sérieuse, car ce sont la conception et la finalité des baccalauréats généraux et technologiques qui sont repensées – les filières professionnelles (27 % des lauréats) faisant l’objet d’une réflexion complémentaire. Pour les bacs généraux, en particulier, trois innovations sont destinées, à partir de 2021, à simplifier l’examen et à mieux l’articuler avec les études supérieures.
Tout d’abord, les trois séries actuelles (littéraire, économique et social, scientifique) vont être supprimées. Outre un socle de culture commune (français, histoire-géographie, deux langues vivantes, « humanités scientifiques et numériques »…), les élèves devront choisir trois disciplines dominantes en classe de première, puis deux en classe de terminale dans un menu d’une dizaine de spécialités (des arts à la physique-chimie en passant par les sciences économiques et la philosophie).

        Lire aussi.
         

          Réforme du bac : de l’ambition et des questions



Deuxième innovation, le nombre d’épreuves sera sensiblement réduit : après celles inchangées de français en fin de première, les élèves passeront en terminale, au printemps, deux épreuves écrites sur leurs deux spécialités, puis, en juin, une de philosophie et un oral adossé à un projet préparé durant les deux dernières années. Enfin, une part de contrôle continu sur les autres disciplines est introduite et comptera pour 40 % dans la note finale, dont 10 % prenant en compte les bulletins scolaires de première et de terminale.
Réforme courageuse, ensuite. Car l’histoire des dernières décennies a démontré que l’on ne touche pas au baccalauréat sans être immédiatement soupçonné par les enseignants, les élèves et leurs familles d’en affaiblir le prestige. Le ministre le sait, qui a immédiatement allumé des contre-feux et vanté le caractère national, égalitaire et « remusclé » du bac rénové.
Il s’agit enfin d’un chantier périlleux. Sur le papier, ce baccalauréat new-look ressemble à un impeccable jardin à la française. Quand il s’agira de mettre en place cette nouvelle machinerie, d’organiser en première et en terminale des épreuves anonymisées pour le contrôle continu, de modifier les programmes en conséquence et d’accompagner les choix des élèves, ce sera une autre paire de manches.
Chacun reconnaît qu’il fallait moderniser l’examen fétiche des Français. Le gouvernement y est déterminé. On lui souhaite de réussir.

        Lire aussi. Tribune.
         

          François Dubet : « Une réforme du bac s’imposait »






                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-11"> ¤ Plus de 200 architectes, dont Roland Castro, Anne Lacaton, Jean Nouvel et Rudy Ricciotti, alertent le gouvernement dans une tribune au « Monde », sur la perte de qualité de l’habitat que le projet de loi logement, à la veille d’être présentée aux parlementaires, risque d’aggraver.
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« Le logement ne peut être assujetti aux seules logiques du profit »

Plus de 200 architectes, dont Roland Castro, Anne Lacaton, Jean Nouvel et Rudy Ricciotti, alertent le gouvernement dans une tribune au « Monde », sur la perte de qualité de l’habitat que le projet de loi logement, à la veille d’être présentée aux parlementaires, risque d’aggraver.



Le Monde
 |    15.02.2018 à 11h31
    |

                            Collectif








                        



                                


                            

Tribune. Dans quelques jours, le projet de loi Evolution du logement et aménagement numérique (Elan) entre en discussion au Parlement. Cette loi fixera durablement les conditions de la construction des logements et donc de la qualité de vie des Français. A ce stade, elle semble ne plus garantir la qualité architecturale et urbaine de l’habitat que sont en droit d’attendre nos compatriotes.
La situation s’aggrave d’année en année. Les inégalités spatiales et territoriales se creusent, dégradant le lien social et mettant à mal le vivre ensemble. Dans les métropoles, les classes moyennes quittent les centres-villes où se loger devient trop cher. L’augmentation des prix dans les quartiers attractifs repousse les habitants vers des quartiers éloignés où se concentrent les populations les plus modestes. Le pouvoir d’achat ne permet plus d’accéder à un logement adapté aux besoins de chacun. Selon la Fondation Abbé-Pierre, près de 15 millions de Français sont fragilisés, mal logés ou privés de domicile. L’accès au logement est devenu un vrai problème de société.
Ni éclairage direct ni ventilation naturelle
La qualité des logements neufs se détériore. Si la qualité des équipements techniques des logements a pu progresser, leur qualité spatiale et d’usage s’est dégradée. Sur les dix dernières années, un trois pièces a perdu de 15 % à 20 % de sa surface, soit l’équivalent d’une pièce. Les cuisines n’ont plus d’éclairage direct ni de ventilation naturelle ; elles sont intégrées à un « séjour » trop réduit. Les chambres sont si petites qu’il est difficile d’y installer un lit et un bureau. Les parties communes sont « aveugles » et inhospitalières. L’ensemble des matériaux sont trop souvent de médiocre qualité.

Les charges d’entretien explosent du fait d’une construction au rabais. Trop souvent, cinq à dix ans après leur construction, des malfaçons ou des vices cachés apparaissent dans les bâtiments. Cela entraîne des travaux...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-12"> ¤ Analyse. Le président de la République, dont l’ambition de relancer l’Union européenne et de réformer la zone euro se trouve contrariée par les réalités électorales allemandes et italiennes, ne doit pas confondre vitesse et précipitation pour arracher un compromis.
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Macron, Sisyphe de l’euro

Analyse. Le président de la République, dont l’ambition de relancer l’Union européenne et de réformer la zone euro se trouve contrariée par les réalités électorales allemandes et italiennes, ne doit pas confondre vitesse et précipitation pour arracher un compromis.



Le Monde
 |    15.02.2018 à 10h49
 • Mis à jour le
15.02.2018 à 10h53
    |

            Philippe Ricard








                        



                                


                            

Analyse. Emmanuel Macron en a fait sa priorité pour relancer l’Union européenne. « Il faut imaginer Sisyphe heureux », avait dit le président français lors de son discours de la Sorbonne, en septembre 2017, pour mieux inciter à la réforme de la zone euro. Cinq mois plus tard, la belle ambition s’avère difficile à concrétiser.
Le chef de l’Etat a dû s’armer de patience et se contenter de jouer, avec une efficacité certaine, les « agitateurs d’idées » : son forcing a certes incité les dirigeants allemands à préciser leur réponse dans l’accord de coalition présenté le 7 février. Un compromis entre les conservateurs et les sociaux-démocrates « qui ne ferme aucune porte », veut-on croire à l’Elysée. Mais rien n’est encore négocié et l’horizon s’est obscurci.
Les projets de M. Macron butent d’abord sur des réalités électorales. En moins d’un an, la fenêtre de tir s’est presque refermée, en raison des revers d’Angela Merkel. Le chef de l’Etat espérait pouvoir ouvrir les négociations sur le sujet à la fin de l’année 2017, en misant sur sa (réelle) complicité avec la chancelière mais il doit encore temporiser. Car Mme Merkel s’escrime, depuis sa victoire étriquée de septembre, à former une nouvelle coalition, dont le sort est désormais entre les mains des adhérents du Parti social-démocrate (SPD).
Dans un contexte riche en inconnues, l’idée est d’amorcer la « refonte » de la zone euro d’ici au mois de juin
Ce parti est, il est vrai, plus proche des positions françaises que ne le sont les libéraux du FDP – sans parler de la formation d’extrême droite AfD – mais il est profondément divisé sur l’opportunité de poursuivre son alliance au pouvoir avec l’Union chrétienne-démocrate (CDU). Au mieux, Mme Merkel sortira affaiblie de ce feuilleton au dénouement incertain. Au pire, elle sera contrainte de former un gouvernement minoritaire, voire de quitter le pouvoir, avant de nouvelles élections.
Dans...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-13"> ¤ Dans une tribune au « Monde », le président de l’association Anticor dénonce le risque de professionnalisation des candidats, dont les différentes « combines ne constituent pas le meilleur moyen d’obtenir les élus les plus vertueux ».
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Jean-Christophe Picard : « Il est urgent de réglementer plus sévèrement les campagnes électorales »

Dans une tribune au « Monde », le président de l’association Anticor dénonce le risque de professionnalisation des candidats, dont les différentes « combines ne constituent pas le meilleur moyen d’obtenir les élus les plus vertueux ».



Le Monde
 |    15.02.2018 à 10h00
 • Mis à jour le
15.02.2018 à 15h38
    |

Jean-Christophe Picard (Président d'Anticor)







                        



                                


                            

Tribune. On a beaucoup, et à juste titre, déploré la professionnalisation des élus qui aboutit à avoir des représentants qui ne vivent pas comme ceux qu’ils sont censés représenter… Un autre phénomène tout aussi critiquable est en train de se développer : la professionnalisation des candidats.
Le code du travail prévoit que l’employeur doit accorder à un salarié qui est candidat dix ou vingt jours de congé (selon l’élection) qui, au choix du demandeur, soit ne lui sont pas payés, soit sont déduits de ses congés légaux. Bien évidemment, au-delà de ce congé de droit pour faire campagne, le candidat peut, avec l’accord de son employeur, poser des jours supplémentaires. Normalement, ce cadre devrait s’appliquer à tous car, dans une démocratie, l’égalité entre les candidats est un préalable élémentaire. Force est de constater que c’est loin d’être le cas…
Il y a, tout d’abord, les candidats qui détiennent déjà un ou plusieurs mandats. Ils sont incontestablement privilégiés. S’ils sont salariés, ils bénéficient d’un crédit d’heures (entre 7 et 140 heures, par trimestre, selon le mandat et les fonctions exercées). Surtout, leurs indemnités peuvent leur permettre de ne pas travailler et de se consacrer à temps plein à une campagne électorale (en délaissant au passage, et ce pendant plusieurs mois, les mandats qu’ils détiennent déjà).
Enfin, la tentation est grande pour les élus d’utiliser – ou plutôt de détourner – les moyens humains et matériels mis à leur disposition afin d’obtenir un nouveau mandat. Est-il normal qu’un directeur de campagne puisse être le directeur de cabinet de la collectivité locale dirigée par le candidat ? Est-il acceptable que les agents publics ou les attachés parlementaires puissent participer à la campagne de leur employeur ? Qui peut croire un seul instant que tous ces « volontaires » n’endossent leurs habits de militant qu’en dehors de leur temps de travail ?
Les récentes élections ont mis...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-14"> ¤ Pour décider que quelque chose est « normal », nous prendrions en compte ce qui nous semble être le plus fréquent et idéal. Cette perception variant aussi en fonction du caractère extrême de ce à quoi nous avons été exposés auparavant...
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La norme est-elle normale ?

Pour décider que quelque chose est « normal », nous prendrions en compte ce qui nous semble être le plus fréquent et idéal. Cette perception variant aussi en fonction du caractère extrême de ce à quoi nous avons été exposés auparavant...



Le Monde
 |    15.02.2018 à 10h00
 • Mis à jour le
15.02.2018 à 11h28
    |

                            Sylvie Chokron (Directrice de recherches au CNRS, Laboratoire de psychologie de la perception, université Paris-Descartes et Fondation ophtalmologique Rothschild)








                        



                                


                            
Carte blanche. Un président se veut « normal », alors que l’autre pense être un « génie stable ». Est-ce normal ? Comment répondre à cette question ? On pourrait penser que ce qui nous paraît normal correspond à ce que l’on observe le plus fréquemment. Dans ce cas, quel que soit le domaine, il nous suffirait de faire un rapide calcul ­statistique pour savoir ce qui est normal. Mais Adam Bear et ses collaborateurs de l’université de Yale ont récemment démontré dans une série d’expériences que le jugement de normalité va au-delà d’un simple jugement de familiarité. Pour décider que quelque chose est normal, nous prendrions en compte non seulement ce qui nous semble être le plus fréquent, mais également ce qui nous semble être idéal.
Pour arriver à cette conclusion, ces chercheurs ont demandé à des sujets de répondre à des questions renvoyant à des domaines très différents comme le nombre ­d’heures passées devant la télévision ou de boissons sucrées bues par semaine, le temps d’attente chez le médecin, le nombre d’amoureux au cours d’une vie ou encore la fréquence des appels téléphoniques à ses ­parents…
Pour chacune de ces questions, les participants devaient indiquer ce qui leur paraissait être la moyenne, ce qui devrait s’observer dans l’idéal et ce qui leur semblait normal. Les résultats montrent clairement que ce qui semble normal correspond à une moyenne entre ce qui est considéré comme « habituel » et ce qui semble être le plus « souhaitable ». Ce serait donc grâce à un ­apprentissage statistique mais également moral que nous serions en mesure de décider de ce qui est « normal ». Mais cette norme est-elle stable ou évolue-t-elle au cours de notre vie, en particulier du fait des situations, événements, comportements et discours auxquels nous sommes exposés en permanence ?
Effet des extrêmes
Récemment, Gabor Simonovits, de l’université de New York, s’est posé la question de ­savoir si des propositions politiques ou ­sociales...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-15"> ¤ Il faut apprendre aux enfants à avoir un usage raisonnable des écrans, estiment les spécialistes de l’addictologie Bruno Rocher et Jean-Pierre Couteron dans une tribune au « Monde ». En outre, les éditeurs doivent s’interroger sur leurs produits.
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« Il n’est pas question de diaboliser le jeu vidéo »

Il faut apprendre aux enfants à avoir un usage raisonnable des écrans, estiment les spécialistes de l’addictologie Bruno Rocher et Jean-Pierre Couteron dans une tribune au « Monde ». En outre, les éditeurs doivent s’interroger sur leurs produits.



Le Monde
 |    15.02.2018 à 09h52
    |

Bruno Rocher (psychiatre-addictologue CHU Nantes, Institut fédératif des addictions comportementales) et Jean-Pierre Couteron (président de la Fédé...







                        



                                


                            
Tribune. La culture numérique est bien installée. Ordinateurs, smartphones et Internet, supports des jeux vidéo, sont présents dans quasiment tous les foyers français. Une réflexion posée et mature peut aider à dépassionner le débat sur la place d’un objet désormais courant. Prenons le temps d’organiser nos idées, sans craindre de les partager, et d’accepter de les faire évoluer sur ce sujet mouvant.
Que penser de l’appétence des jeunes et moins jeunes pour ces objets qui sont des biens inclus dans un marché économique aux énormes enjeux financiers ? Jusqu’où peut-on essayer d’en penser la rencontre, et d’en organiser la relation ? Comment soutenir la capacité d’en faire un « bon usage », alors que l’on perçoit chez certains des usages excessifs ? Cette ambition de contribuer au « bon usage du monde » et de ses objets n’est pas nouvelle.

Concernant les mésusages, les signes d’alerte évoqués sont la fatigue, l’absentéisme scolaire, le retrait social, l’enfermement, les passages à l’acte plus ou moins violents, des dépenses excessives, des conséquences sur le sommeil et l’alimentation. Mais l’épine dorsale de ces effets renvoie à une « captation de l’attention », aussi évocatrice à chacun que difficile à définir.
L’addiction est par nature complexe
Afin de dénouer ces liens complexes, ne redoutons pas d’aller dans le champ de l’addiction. Il ne se résume ni à la formule « l’addiction est une maladie du cerveau », ni à l’utilisation de drogues ou de substances psychoactives. Au contraire, l’addictologie est par nature complexe et s’intéresse aux interrelations singulières de l’individu, de son contexte et du comportement d’usage.
Chez l’adulte, les usages excessifs repérés permettent de remonter le fil d’un continuum allant de la simple utilisation à la dépendance. Une approche addictologique ouvre à la réduction des risques et à des stratégies de soins diversifiées. La proposition de l’Organisation...




                        

                        


<article-nb="2018/02/15/19-16">
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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-16"> ¤ A la BNF, au Centre Pompidou, en banlieue parisienne : ces rencontres se multiplient.
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Masterclasses : ces écrivains qui parlent de leur métier en public

A la BNF, au Centre Pompidou, en banlieue parisienne : ces rencontres se multiplient.



Le Monde
 |    15.02.2018 à 07h45
 • Mis à jour le
15.02.2018 à 10h17
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                            Hélène Delye








                        



                                


                            

En se précipitant dans l’ascenseur qui descend dans le cœur du site François-Mitterrand de la Bibliothèque nationale de France (BNF), à Paris, elle a lancé d’une voix essoufflée et enthousiaste : « Vous aussi, vous venez pour la masterclasse de Kamel Daoud ? Moi, je suis fan ! » D’un pas vif, l’ancienne professeure de lettres a suivi une petite foule se dirigeant vers l’auditorium déjà presque comble.
Ils étaient plus de deux cents à s’être déplacés, mardi 6 février, pour écouter et « voir en vrai » l’écrivain et journaliste algérien, auteur de Meursault, contre-enquête et Zabor ou Les Psaumes (Actes Sud, 2014 et 2017). D’abord interrogé par la journaliste de France Culture Manou ­Farine, puis par quelques personnes du public, Kamel Daoud s’est prêté pendant une heure et quart à l’exercice de la masterclasse.
De quoi s’agit-il exactement ? D’un entretien au long court, engageant l’auteur à répondre à des questions sur la genèse de sa pratique littéraire, ses sources d’inspiration, ses rituels d’écriture, ou le rapport qu’il entretient avec l’idée de sa postérité. Plutôt que de s’attacher à faire la promotion de son dernier livre, l’enjeu pour l’auteur est ici de donner à entendre sa conception, son expérience intime de littérature. Et, in fine, de répondre à trois grandes interrogations : Qu’est-ce qu’être écrivain ? Comment viennent les livres ? Comment se construit une œuvre ?
« Des choses que l’on n’a jamais entendues »
« Face à ces questions à la fois simples et fondamentales, même des bêtes de scène comme Amélie Nothomb ou Joann Sfar livrent des choses que l’on n’a jamais entendues, et qui font entrer le public dans ce qu’il y a, au fond, de plus intime pour eux », analyse Sandrine Treiner, directrice de France Culture. Avec Laurence Engel, présidente de la BNF, et Vincent Monadé, président du Centre national du livre, elle a créé en 2016 le cycle de masterclasses littéraires mensuelles...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-17"> ¤ Dominique Avon est historien, spécialiste de l’islam. « Le Monde des livres » lui a demandé quel crédit accorder à l’œuvre de Bat Ye’or.
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« Le statut des dhimmis ne peut être jugé à l’aune des droits de l’homme ! »

Dominique Avon est historien, spécialiste de l’islam. « Le Monde des livres » lui a demandé quel crédit accorder à l’œuvre de Bat Ye’or.



Le Monde
 |    15.02.2018 à 07h45
 • Mis à jour le
15.02.2018 à 09h40
    |

            Jean Birnbaum








                        



                                


                            
Directeur d’études à l’Ecole pratique des hautes études, à Paris, l’historien Dominique Avon travaille notamment sur le destin comparé des idées et des doctrines de l’islam et du christianisme dans les sociétés contemporaines. Parmi ses publications, il faut citer Le Hezbollah. De la doctrine à l’action, une histoire du « Parti de Dieu » (avec Anaïs-Trissa Khatchadourian, Seuil, 2010). Plus récemment, il a dirigé un ouvrage collectif intitulé Faire autorité. Les religions dans le temps long et face à la modernité (PUR, 2017).
En tant qu’historien qui étudie le temps long des religions tout en gardant toujours un œil sur l’actualité, que pensez-vous des textes de Bat Ye’or ?
Depuis Eurabia, Bat Ye’or verse dans un registre outrancier en présentant le schéma d’une incompatibilité de nature entre islam et monde judéo-chrétien, au lieu d’historiciser la montée en puissance d’un courant intégral au sein des milieux musulmans depuis les années 1960. Au Moyen Age, aucun régime politico-religieux ne traitait de manière égalitaire les « minorités » juridiques, pas plus au sud qu’au nord de la Méditerranée.

Envisager le passé à la lumière des droits élaborés entre le XVIIIe et le XIXe siècle, c’est un non-sens : le statut des dhimmis ne peut être jugé à l’aune des droits de l’homme ! En revanche, constater que des savants musulmans œuvrent depuis deux générations à l’intégration de principes religieux qui ont un millénaire, c’est une vraie question : la loi qu’ils attribuent à Dieu est censée avoir fixé l’idéal d’une relation de tolérance fondée sur la protection-domination.
Cette attitude fait le succès de l’interpellation de Bat Ye’or dans certains milieux, puisqu’elle dit en substance : « Voilà le vrai visage de l’islam. » Elle ignore les débats internes aux milieux musulmans.
Pour prendre un exemple, vous avez notamment travaillé, récemment,...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-18"> ¤ La chronique de Roger-Pol Droit, à propos de « La Langue géniale. 9 raisons d’aimer le grec », d’Andrea Marcolongo.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-18"> ¤                     
                                                   
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Figures libres. « Philô » veut dire « j’aime »

La chronique de Roger-Pol Droit, à propos de « La Langue géniale. 9 raisons d’aimer le grec », d’Andrea Marcolongo.



Le Monde
 |    15.02.2018 à 07h30
 • Mis à jour le
15.02.2018 à 09h48
    |

                            Roger-Pol Droit








                        



                                


                            
La Langue géniale. 9 raisons d’aimer le grec (La lingua geniale. 9 ragioni per amare il greco), d’Andrea Marcolongo, traduit de l’italien par Béatrice Robert-Boissier, Les Belles Lettres, 198 p., 16,90 €.

Une langue n’est pas entièrement responsable des œuvres qui s’inscrivent en elle. Mais elle ne leur est pas étrangère. Sans être la cause directe de ce qui se dit dans sa syntaxe, son vocabulaire ou ses formes singulières, elle configure un apport au monde, espace de pensée et de sensibilité.
Pas de doute : le grec ancien, de ce point de vue, est une rareté. La langue qui a hébergé et nourri Homère, Sophocle, Pindare, Aristophane, Platon, Hérodote et des centaines d’autres – de Parménide à Damascius, de Démocrite à Proclus – ne peut pas être tout à fait comme les autres. Affirmer, comme Heidegger, qu’on ne peut philosopher qu’en grec et en allemand est pure ineptie. Mais il serait bien naïf de croire que le grec n’est pour rien dans l’éclosion de ces kyrielles de génies.

« Chaque langue présuppose une façon particulière de voir la réalité », affirme Andrea Marcolongo, qui s’est demandé comment comprendre, et faire comprendre, ce qui rend cette langue « géniale ». Chemin faisant, la jeune et talentueuse helléniste italienne a inventé un genre littéraire inédit : le journal intime érudit.
La Langue géniale est en effet un livre très austère dans le fond, et très charmant dans la forme. C’est une longue lettre d’amour à la grammaire, témoignant d’une passion obstinée et fiévreuse, intelligente et communicative, pour les tournures linguistiques des Grecs antiques. Il y est donc question de formes verbales, de déclinaisons, de genres, de modes, considérations copieusement ennuyeuses dans le monde « normal ».
Mais ces données se trouvent, ici, entrelacées à tant d’enthousiasme, de digressions étranges, de confessions personnelles et intelligentes que...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-19"> ¤ Deux parutions rappellent les fastes, grandioses ou débridés, de la monarchie française finissante, et les vives critiques dont ils faisaient l’objet bien avant la Révolution.
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Ancien Régime : que la fête s’achève !

Deux parutions rappellent les fastes, grandioses ou débridés, de la monarchie française finissante, et les vives critiques dont ils faisaient l’objet bien avant la Révolution.



Le Monde
 |    15.02.2018 à 07h15
   





                        



                                


                            
Fêtes et folies en France à la fin de l’Ancien Régime, de Didier Masseau, CNRS Editions, 304 p., 24 €.
Etienne de Silhouette (1709-1767). Le ministre banni de l’histoire de France, de Thierry Maugenest, La Découverte, « Cahiers libres », 224 p., 18 €.

Est-il politique de faire la fête ? Cette question prend tout son sens dans les dernières années de l’Ancien Régime, comme le soulignent à leur manière deux ouvrages récents, Fêtes et folies en France à la fin de l’Ancien ­Régime, de Didier Masseau, et la biographie d’Etienne de Silhouette (1709-1767) par Thierry Maugenest.
La maîtrise de la fête nocturne était jusque-là une marque de la monarchie. Seul le roi avait le pouvoir d’associer la nuit et la joie. D’abord, en l’éclairant grâce aux lanternes qu’il faisait disposer ; ensuite, en dispensant ses bienfaits, deux à trois fois l’an, à l’occasion des naissances, mariages, victoires, conquêtes, visites princières, traités et anniversaires. Le peuple faisait la fête et les « vive le Roi ! » saluaient les « théâtres de vin » distribuant boisson, pain, cervelas et longes de veau, les bals et les feux d’artifice, principal divertissement festif du moment. Tous pouvaient alors célébrer la nation, identifiée au monarque.
Mais le roi perd peu à peu le monopole de la fête. La nuit est captée par d’autres puissances : les cercles des élites aristocratiques des salons, cafés et bals, les entrepreneurs de divertissements, les amateurs d’amusements et de cabarets, les jeunes fêtards du Palais-Royal, qui créent de nouveaux usages de la fête. Cette privatisation favorise les attractions et les distractions, les jeux mondains et leurs transgressions : folie et libertinage, comme le souligne bien Didier Masseau, prolifèrent, bouleversant les codes sociaux et sexuels. La fête, par exemple dans les vauxhalls – le Colisée, qui...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-20"> ¤ Le philosophe allemand Friedrich Kittler, mort en 2011, avait anticipé notre vie numérique dès 1986 dans un essai fondateur, « Gramophone, Film, Typewriter », enfin traduit.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-20"> ¤                     
                                                   
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Penser l’ère du tout-enregistré

Le philosophe allemand Friedrich Kittler, mort en 2011, avait anticipé notre vie numérique dès 1986 dans un essai fondateur, « Gramophone, Film, Typewriter », enfin traduit.



Le Monde
 |    15.02.2018 à 07h15
 • Mis à jour le
15.02.2018 à 10h20
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                            David Zerbib








                        



                                


                            
Gramophone, Film, Typewriter (Grammophon, Film, Typewriter), de Friedrich Kittler, traduit de l’allemand par Frédérique Vargoz, préface d’Emmanuel Alloa, postface d’Emmanuel Guez, Les Presses du réel, « Médias/Théories », 480 p., 32 €.

Voici enfin traduit le livre majeur d’un des plus originaux théoriciens des médias contemporains. Gramophone, film, typewriter, étude fondatrice parue en 1986, s’intéresse à la révolution des « médias techniques » qui, à la fin du XIXe siècle, consacra en quelques années l’invention de la machine à écrire (1865), du phonographe (1877) et du cinématographe (1895). L’ouvrage, qui a contribué à créer la science des médias allemande, a conféré à Friedrich Kittler (1944-2011) une renommée internationale dont les échos, cependant, avaient peu filtré de ce côté-ci du Rhin.
Un tel délai de réception n’est pas étranger aux provocations philosophiques de l’auteur concernant notre rapport aux machines. « Rien n’existe des individus, sinon ce que les médias enregistrent ou transmettent », lance-t-il sans déploration. Par ce type de formules, Kittler s’éloigne tout autant des apôtres prométhéens du progrès technologique que des contempteurs d’une tekhnè (origine grecque du mot « technique ») qui aurait pris le contrôle sur notre logos (notre logique et notre raison).
Il explique simplement, en utilisant au besoin l’exemple des photos spirites qui firent un temps les délices des amateurs de communication avec les morts, que l’esprit humain ne peut être saisi qu’à travers le « medium » où il s’inscrit et qui le façonne en partie.
« Französische Theorie »
On voit comment le penseur allemand a lu Derrida et sa « grammatologie » : aucune présence pure et authentique ni vérité spirituelle n’est à chercher hors des traces que nous inscrivons et laissons. A cet égard, lire Gramophone, film, typewriter, c’est découvrir...




                        

                        

