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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-1"> ¤ Notre choix du soir. Le cinéaste iranien, Jafar Panah, brave les censeurs avec un film d’une habileté cinématographique et d’une acuité politique rares (sur Arte à 20 h 55).
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TV – « Taxi Téhéran », une course pour la liberté

Notre choix du soir. Le cinéaste iranien, Jafar Panah, brave les censeurs avec un film d’une habileté cinématographique et d’une acuité politique rares (sur Arte à 20 h 55).



Le Monde
 |    14.02.2018 à 17h45
    |

                            Thomas Sotinel








                        


Film sur Arte à 20 h 55

A ceux qui l’ont condamné à ne plus exercer son métier – réalisateur de cinéma –, ­Jafar Panahi fait mine d’offrir le cadeau de leurs rêves : le spectacle d’un cinéaste qui gagne sa vie comme chauffeur de taxi. C’est exactement ce que voulaient les autorités de Téhéran quand, en 2010, elles lui ont interdit ­jusqu’à nouvel ordre de réaliser des films ou d’écrire des scénarios : le dépouiller de son statut d’artiste.
Bien sûr, Taxi Téhéran, qui montre Jafar Panahi conduisant dans les rues de la capitale iranienne, est très exactement le contraire d’un acte de reddition. C’est une bordée de quolibets à l’endroit des censeurs, mais aussi un film d’une habileté cinématographique et d’une acuité politique hors du commun.
Fixant trois caméras discrètes mais visibles dans l’habitacle d’un taxi, le réalisateur a transformé une voiture de tourisme en studio mobile. Se succèdent sur sa banquette des personnages qui semblent, au premier abord, constituer un échantillon représentatif d’une société : les pauvres et les riches, le secteur formel et l’informel, les conservateurs et les contestataires, les hommes et les femmes.

   


Chaque passager se voit proposer sa dramaturgie, comique ou ­tragique. Par exemple : deux femmes d’un âge certain veulent à tout prix rapporter un poisson rouge jusqu’à la source où elles l’avaient pêché cinq ans plus tôt, convaincues qu’elles gagneront ainsi quelques années de vie supplémentaires. Ou bien une autre femme qui arrête le taxi de ­Panahi afin que celui-ci emmène son mari, blessé dans un accident du travail, jusqu’à l’hôpital. ­Pendant le trajet, l’homme, sentant sa fin prochaine, emprunte le téléphone portable du chauffeur cinéaste pour enregistrer en vidéo un testament en faveur de son épouse, afin que celle-ci ne soit pas lésée par sa belle-famille, qui la déteste.
On peut ainsi, à chaque ­séquence, cocher une petite croix en face des sujets de société : persistance de la superstition dans une société monothéiste ­rigoriste, problèmes liés à la minorité juridique de la femme dans le droit iranien… Ce ne serait déjà pas mal, puisque chacune de ces vignettes est mise en scène avec une fluidité étonnante et jouée avec un allant qui tend à remettre en question le statut d’amateur qui est, le cinéaste l’a juré, celui des interprètes.

C’est, dans la chronologie du film, le premier indice de son ­propos central. Les images, leur pouvoir de représentation et de dissimulation, sont le carburant qui meut le Taxi de Panahi. La preuve de son bon droit que l’épouse éplorée réclamera au chauffeur, les DVD pirates que commercialise un vendeur à la sauvette et, surtout, le petit film que la nièce de Jafar Panahi doit réaliser dans le cadre de ses ­études sont les éléments d’une mosaïque.
A cette occasion s’engage un dialogue entre le cinéaste déchu et l’élève préadolescente. Le premier tente d’éclairer la seconde sur la toxicité mais aussi l’impuissance de la censure, pendant que l’autre se demande comment mettre en œuvre les commandements contradictoires du cinéma orthodoxe – qui doit représenter la réalité sans en montrer les ­côtés sombres.
Jafar Panahi est parvenu à se moquer des interdictions et à ­envoyer son film à Berlin, où il a reçu en 2015 l’Ours d’or. Montrant ainsi aux détenteurs du pouvoir de Téhéran comment les images se forment, s’assemblent et se propagent sans que jamais aucun fonctionnaire puisse s’en rendre tout à fait maître. Les seuls qui peuvent prétendre à ce pouvoir sont les artistes.
Taxi Téhéran, de et avec Jafar Panahi (Iran, 2015, 82 min).



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-2"> ¤ A voir aussi ce soir. Le documentaire d’Elsa Fayner retrace, à travers plusieurs témoignages, les différentes étapes de l’épuisement professionnel (sur France 5 à 20 h 55).
<filname="PROF-0,2-3246,1-0,0-2"> ¤                     
                                                

TV – « La Mécanique du burn-out »

A voir aussi ce soir. Le documentaire d’Elsa Fayner retrace, à travers plusieurs témoignages, les différentes étapes de l’épuisement professionnel (sur France 5 à 20 h 55).



Le Monde
 |    14.02.2018 à 17h30
    |

                            Mathieu Ait Lachkar








                        


Documentaire sur France 5 à 20 h 55



La question de la reconnaissance du burn-out comme maladie professionnelle refait régulièrement surface. Le documentaire d’Elsa Fayner, ­plutôt que d’alimenter directement le débat, s’attache à comprendre les ressorts de cette affection qui ne fait encore l’objet d’aucun diagnostic officiel. Et, pour y parvenir, la réalisatrice a choisi de donner la parole à cinq personnes aux activités radicalement différentes – cuisinier, ­assistante sociale, responsable associatif, berger, cadre bancaire –, dont le point commun est d’avoir tous été « tués à petit feu » par le travail qu’ils aimaient.
Elsa Fayner a recueilli le témoignage de Brigitte, cadre de banque d’une quarantaine d’années, qui se souvient des douleurs ­physiques ressenties avant que son corps ne cède définitivement, mettant fin à un rythme de vie effréné. « Je travaillais tous les week-ends. Pendant sa ­finalisation, j’ai dormi trois heures en trois jours, et environ vingt heures sur les dix derniers jours », se souvient la jeune femme. A l’époque, elle travaillait sur un projet, le plus beau de sa vie selon elle, mais destructeur.

   


Les autres témoignages évoquent tous cette dimension ­affective au travail qui tend à faire oublier tout le reste. Jacques, chef cuisinier, explique avoir toujours voulu gérer sa cuisine comme son propre foyer. Or, c’est précisément ce manque de discernement entre vies professionnelle et privée qui serait, à en croire le psychologue du travail Samuel Michalon, l’une des causes du « burn-out », un terme ­né dans les années 1970 et dont l’utilisation n’a cessé de se répandre en même temps que le mal qu’il désigne.
Selon une étude du cabinet Technologia publiée en 2014, un peu plus de trois millions de Français seraient exposés à un risque élevé de burn-out. Les propos tenus dans ce documentaire vont dans ce sens, tous contribuant à dresser un état des lieux du monde du travail alarmant (culte de la performance, méthodes brutales de management, ­dégradation des conditions professionnelles…) et à nous faire prendre conscience de la nécessité qu’il y aurait à reconnaître cette maladie, qui recevait encore en mai dernier un avis défavorable de la haute autorité de santé.
La Mécanique du burn-out, d’Elsa Fayner (Fr., 2017, 65 min).



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-3"> ¤ Le domaine de Chantilly révèle au public une vingtaine de gravures de l’artiste hollandais et de son entourage.
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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-4"> ¤ « Un jardin de sable », roman autobiographique, raconte une enfance chaotique dans le Midwest des années 1930, entre misère, érotisme et grâce. Son auteur, mort en 1978, était ignoré en France jusqu’à aujourd’hui. Une découverte.
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édition abonné


La Grande Dépression enchantée d’Earl Thompson

« Un jardin de sable », roman autobiographique, raconte une enfance chaotique dans le Midwest des années 1930, entre misère, érotisme et grâce. Son auteur, mort en 1978, était ignoré en France jusqu’à aujourd’hui. Une découverte.



Le Monde
 |    14.02.2018 à 16h00
    |

                            François Angelier (Collaborateur du « Monde des livres »)








                        



                                


                            
Un jardin de sable (A Garden of Sand), d’Earl Thompson, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Jean-Charles Khalifa, préface de Donald Ray Pollock, Monsieur Toussaint Louverture, 830 p., 24,50 €.

« J’ai le sentiment que nous ne sommes plus au Kansas », confiait Judy Garland, l’année 1939, au chien Toto, dans Le Magicien d’Oz. Une impression dont nous préserve largement la lecture d’Un jardin de sable, de l’Américain Earl Thompson (1931-1978). Parue en 1970, cette peinture au couteau, fresque « hénaurme », saignant pavé tout poisseux de violence nue, de sexe à tout-va et de naturalisme goudronneux, nous assène sur plus de 800 pages une vision épique et célinienne du Midwest des années 1930, ses ploucs, ses pauvres, sa misère sordide et sans issue. Amateurs de sérénité coite et de zénitude rectiligne s’abstenir. On est en effet propulsé, au fil de ce road-book zigzagant et chaotique, dans une picaresque fuite en avant où ceux qui sont las de « creuser à mains nues au fond d’une tranchée écœurante de désespoir » tentent de survivre à grand renfort de colères stériles, de petites combines et de ruses dérisoires. Expérience qu’Earl Thompson vécut pleinement.
Enchaînement de frasques
Né dans une famille paysanne d’origine suédoise des parages de Wichita (Kansas), confié à ses grands-parents par un père et une mère réduits au chômage et à la pauvreté, Earl Thompson entre dans la marine en 1945, activité qui en fera le fugace témoin de la révolution chinoise. De retour à terre, et las d’une absurde enfilade de petits boulots, il rejoint l’armée qui lui fait découvrir, cette fois, la Corée, sa guerre et ses morts. Période durant laquelle il lit d’abondance avant d’entamer, après sa démobilisation, entre 1954 et 1960, dans le Missouri et à Columbia, des études de journalisme. En 1970, il abandonne la presse pour ouvrir une imprimerie à New York.
C’est...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-5"> ¤ Thomas Schauder, professeur de philosophie, s’interroge sur le recours des musées aux chefs-d’œuvre, après que Françoise Nyssen a évoqué de déplacer « La Joconde » ou la tapisserie de Bayeux.
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Dans les musées, faut-il se résigner aux chefs-d’œuvre ?

Thomas Schauder, professeur de philosophie, s’interroge sur le recours des musées aux chefs-d’œuvre, après que Françoise Nyssen a évoqué de déplacer « La Joconde » ou la tapisserie de Bayeux.



Le Monde
 |    14.02.2018 à 14h36
 • Mis à jour le
14.02.2018 à 15h14
   





                        



   


Chronique Phil d’actu. Le monde des arts est en ébullition depuis les vœux de la ministre de la culture, Françoise Nyssen, le 23 janvier, et cette déclaration au directeur du musée du Louvre : « Pourquoi s’interdire, cher Jean-Luc Martinez, c’est un exemple, de déplacer La Joconde ou la tapisserie de Bayeux ! »
Cette référence à la volonté de l’Elysée de prêter la fameuse tapisserie (qui est, en réalité, une broderie) au Royaume-Uni était-elle une boutade ? Toujours est-il qu’elle a déclenché l’ire de nombreux spécialistes (« déclaration insensée » écrit Guy Boyer dans Connaissance des arts ; « amateurisme satisfait », selon Didier Rykner de La Tribune de l’art), mais aussi l’espoir du maire de Lens (Pas-de-Calais) et de ses administrés (y compris les supporteurs du RC Lens) de voir le tableau le plus célèbre du Louvre rejoindre son antenne dans le Nord.  D’un côté, donc, ceux qui pensent conservation, risque pour l’œuvre, coût de transport et d’assurances ; de l’autre, ceux qui pensent symbole, attractivité, retombées économiques. Deux types de légitimité qu’il sera difficile de concilier. Rappelons, cependant, que la tapisserie de Bayeux, célébrant la victoire de Guillaume le Conquérant, à Hastings, en 1066, est une broderie de 70 mètres de long, extrêmement fragile, qu’on ne peut pas déplacer aisément, et que le dernier prêt de La Joconde, en 1974, s’était fait contre l’avis des conservateurs.
Au-delà des problèmes purement matériels se posent des questions de fond : comment mesurer la réussite d’un musée ? Quel public doit-il viser ? Et surtout le recours aux chefs-d’œuvre n’est-il pas une solution de facilité ?
 Le problème des « bilans »
En fin d’année, le Louvre-Lens a fêté ses cinq ans. L’occasion de dresser toute une série de bilans (dont un très détaillé dans La Voix du Nord). Le problème avec les chiffres, je ne cesse de le répéter, c’est qu’on peut leur faire dire ce qu’on veut. Ainsi de la fréquentation : 2,8 millions de visiteurs, dont 336 541 scolaires en cinq ans. Une broutille comparée aux 7,4 millions de visiteurs du Louvre à Paris… pour la seule année 2016 ! Sauf que ce chiffre ne mesure qu’une quantité, pas une qualité. Il ne tient pas compte de la provenance des visiteurs, ni du fait qu’ils viennent (ou non) plusieurs fois par an. Or, à Paris, les visiteurs sont en majorité des touristes étrangers (environ 68 %), alors qu’à Lens ils viennent à 65 % des Hauts-de-France.
Ne peut-on pas y voir, comme Jean-Luc Martinez, une réussite ? « Les gens viennent et reviennent, (…) des gens de Lens, de l’agglomération, de ce bassin minier, viennent cinq fois, six fois par an, et ça, c’est le pari réussi » (RTL, 29 novembre 2017). Cette volonté de fidéliser un public populaire et « de proximité » — reconnu comme l’un des plus difficiles à mobiliser — est aujourd’hui partagée par la plupart des acteurs du secteur.
Cela ne signifie pas que les touristes ne sont pas les bienvenus, mais que les musées ont l’ambition d’être des lieux à la fois de « démocratisation culturelle » et de recherche, pas seulement de passage. Qui se rend régulièrement au Louvre à Paris peut constater qu’une grande partie des visiteurs sont des groupes qui passent à toute allure dans le musée : clic La Joconde, clic la Vénus de Milo, clic la Victoire de Samothrace, et au revoir. Sans parler du fait qu’il est très désagréable de visiter des salles aussi bondées qu’une rame de métro aux heures de pointe.
 Les chefs-d’œuvre contre les projets ambitieux
Le problème du chef-d’œuvre, dans une société de consommation de masse, c’est qu’il relève d’un imaginaire préfabriqué qui ne laisse aucune place ni au jugement de goût personnel ni au raisonnement. La question de savoir si La Joconde est belle ou non ne se pose absolument pas, pas plus que de savoir si elle nous plaît ou non. Elle est reconnue comme belle, puisqu’elle est célèbre. L’histoire de l’œuvre, son importance dans la carrière d’un artiste ou dans l’histoire de l’art, les interprétations qui en ont été données et celles que chacun peut formuler, tout cela ne compte pas. Elle est réduite à un objet de jouissance immédiate, qui paraît aller de soi, que l’on consomme au lieu de contempler.
C’est ce que révèle cette extraordinaire pratique du selfie devant les tableaux, ou encore le fait de filmer sa propre visite sur Periscope. Le rapport aux œuvres est ainsi médiatisé par l’écran, l’œuvre est réduite à une simple image, faite pour être montrée : « J’y étais, je l’ai vue. » Or les chefs-d’œuvre ne sont pas des créations ex nihilo, elles sont le fruit du travail de l’artiste et/ou de son atelier, d’une rencontre avec la matière, d’une réception qui a pu différer selon les époques. C’est l’ensemble de ces dimensions que les conservateurs et les équipes des musées cherchent à mettre en lumière et à rendre accessibles à un large public.
De plus, par son caractère incontournable, le chef-d’œuvre a tendance à occulter tout ce qui l’entoure. Au Louvre, il est amusant de voir les visiteurs s’amasser devant « les œuvres qu’il faut avoir vues » et laisser complètement vides des pans entiers du musée. Scrutant avidement leur plan, ils vont, sans regarder autour d’eux et sans prendre le temps de s’attarder devant ce qui leur plaît.
 Un déplacement à haut risque
L’hypothèse de la venue de La Joconde à Lens risque de peser lourdement et pour des années sur la mise en place de projets ambitieux de contextualisation et d’explication pour se contenter d’une vision de l’art aussi poussiéreuse que consumériste. S’en tenir à la solution de prestige, la plus confortable, peut empêcher l’investissement dans la médiation, la muséographie, l’accueil des publics scolaires, handicapés ou « éloignés » (comme on dit poliment dans le jargon). Dans un monde idéal, dans lequel le budget de la culture serait plus important, on ferait les deux, mais en l’état cela semble peu probable.
Car le succès d’un musée ne se mesure pas seulement avec le sacrosaint « taux de fréquentation », même si, en l’occurrence, celui-ci augmenterait à coup sûr. Le spectateur a besoin de temps et de tranquillité pour se renseigner, pour recevoir une explication, pour contempler les détails de l’œuvre d’art. Ainsi, si je comprends le désir des Lensois d’accueillir un tableau d’une telle valeur (comme La Liberté guidant le peuple, d’Eugène Delacroix, prêtée pour l’inauguration du musée), la portée symbolique du geste et la perspective de retombées économiques pour leur ville, je crains que le seul bénéfice de « la marque Louvre » sera de leur apporter des flopées de touristes inattentifs.
Cependant, c’est aussi un musée « qui innove en matière d’animations », et peut-être que sortir La Joconde de son « train-train », avec les moyens appropriés bien sûr, serait une excellente manière de la démythifier et de proposer une toute nouvelle approche de ce qui reste, et restera, malgré tout, un véritable chef-d’œuvre.
Thomas Schauder
Pour aller plus loin : 


A propos de l’auteur de la chronique
Thomas Schauder est professeur de philosophie. Il a enseigné en classe de terminale en Alsace et en Haute-Normandie. Il travaille actuellement à l’Institut universitaire européen Rachi, à Troyes (Aube). Il est aussi chroniqueur pour le blog Pythagore et Aristoxène sont sur un bateau. Il a regroupé, sur une page de son site, l’intégralité de ses chroniques Phil d’actu, publiées chaque mercredi sur Le Monde.fr/campus.

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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-6"> ¤ Cette série emblématique du genre « shojo » des années 2000 est rééditée en France.
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Saga culte du manga romantique, « Fruits Basket » veut séduire à nouveau

Cette série emblématique du genre « shojo » des années 2000 est rééditée en France.



Le Monde
 |    14.02.2018 à 11h57
 • Mis à jour le
14.02.2018 à 12h15
    |

            Pauline Croquet








                        



   


Dans l’histoire du manga, Fruits Basket occupe une place importante. Dès sa sortie en France à l’été 2002, la série est devenue un véritable phénomène. C’est elle aussi qui, avec une autre série plus mature, Nana, a lancé dans l’Hexagone l’engouement pour le shojo manga, un registre romantique à destination des jeunes filles. Souvent décrié à tort, y compris par les lecteurs de manga, ce genre se centre sur les histoires sentimentales d’adolescentes et de jeunes adultes. Avec plus ou moins de réalisme, et plus ou moins de mièvrerie.
Dans sa trame, Fruits Basket a tout d’un shojo classique. L’héroïne, Tohru Honda, une orpheline de 16 ans, rencontre deux cousins dans son lycée et très opposés dans leur caractère : Kyo et Yuki Soma. L’intrigue se noue au cœur de ce triangle. Les 23 volumes que compte la série initiale tricotent la relation que Tohru entretient avec chacun des deux garçons, avec en question centrale : qui va-t-elle choisir ? Cette jeune fille terriblement seule, qui passe son temps à s’excuser d’exister, va surtout se voir adoptée par un véritable clan : la famille Soma, forte de son lot de cousines mystérieuses et de grands frères atypiques.

   


Mais ce qui a véritablement fait de cette série un succès rarement égalé par d’autres shojos – elle s’est vendue à plus de 2 millions d’exemplaires en France – c’est la malédiction qu’a jetée la mangaka Natsuki Takaya sur le clan Soma. Yuki, Kyo et onze de leurs cousines et cousins se transforment en effet en animaux du zodiaque chinois à chaque fois qu’ils sont touchés par le sexe opposé. Une astuce qui permet à la fois de complexifier les relations sentimentales, de créer des situations comiques et dramatiques plus intenses et de ficeler les caractères des personnages en empruntant un peu au bœuf, au rat, au serpent, etc.

A l’image de ce qu’avait échafaudé la célèbre Rumiko Takahashi dans Ranma 1/2, cette galerie étoffée donne goût au lecteur de poursuivre le récit, au-delà de la romance, pour aller à la rencontre de tous ces personnages et de percer le secret de la malédiction des Soma. Par son énergie, la série a su largement séduire, enthousiasmant des lecteurs plutôt allergiques au manga à l’eau de rose.
Presque dix ans après la fin de Fruits Basket (1998-2006 au Japon), Natsuki Takaya, qui a également connu le succès avec une autre série, Liselotte et la forêt des sorcières, a décidé de mettre un point final à la saga des Soma, en dessinant trois tomes de conclusion : Fruits Basket Another évoque ce que sont devenus les héros au travers de leur descendance aujourd’hui adolescente. A sa publication en 2015 au Japon, les fans étaient un peu déroutés, pour ne pas dire déçus. Ce « spin-off » ressemblait étrangement à la série de base, avec des personnages clonés.

   


Mais dès l’annonce de la parution, l’auteure précisait que, s’ils pouvaient être mentionnés dans cette deuxième histoire, les personnages principaux ne feraient pas d’apparitions. « L’auteure a dessiné Fruits Basket Another pour satisfaire le désir des lecteurs, qui voulaient savoir ce qu’étaient devenus les héros. C’est un peu comme le film qui a été fait après la série télé américaine Veronica Mars », défend Delcourt-Tonkam, l’éditeur français de Fruits Basket.
Lors de sa parution au Japon, Fruits Basket Another a été accompagné par une réédition de grande qualité de la saga initiale. Les premiers tomes de chacune des deux séries sont publiés par Delcourt-Tonkam à partir de ce mercredi 14 février. De quoi (re) tomber amoureux de cette histoire particulière.

   


Fruits Basket, « perfect édition », tomes 1 et 2 (400 pages, 12,50 euros), et Fruits Basket Another tome 1 (192 pages, 7,99 euros), de Natsuki Takaya, traduction de Julia Brun, éditions Delcourt-Tonkam, sortie le 14 février.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-7"> ¤ Les conseils de Claire Lasne-Darcueil, directrice du Conservatoire national supérieur d’art dramatique (CNSAD) pour réussir les très sélectifs concours pour devenir comédien.
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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-8"> ¤ Auteure d’une vingtaine de romans et d’essais, Françoise Xenakis est morte lundi 12 février, à 87 ans.
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Mort de la romancière et journaliste Françoise Xenakis

Auteure d’une vingtaine de romans et d’essais, Françoise Xenakis est morte lundi 12 février, à 87 ans.



Le Monde
 |    14.02.2018 à 10h35
 • Mis à jour le
14.02.2018 à 12h02
    |

            Raphaëlle Leyris








                        



                                


                            

Dans la notice qu’elle avait rédigée pour le Dictionnaire des écrivains contemporains de langue française par eux-mêmes (dirigé par Jérôme Garcin, Mille et une nuits, 1988 et 2004), Françoise Xenakis écrivait : « Dans chacun de ses romans, F. X. raconte une femme, ou plutôt des instants de femme, qui la mènent immanquablement à la mort. Histoire d’avoir, elle, à chaque fin un sursis ? (Il va de soi qu’elle n’a perçu cette explication, peut-être totalement fausse qu’il y a très peu de temps). » La malice et la drôlerie de la romancière et journaliste sont tout entières dans cette auto-analyse.
Critique littéraire, connue du grand public pour sa bienveillance joyeuse autant que pour ses lunettes rouges, qu’elle promena du plateau de l’émission « L’Académie des neuf » à celui de « Télématin », où « Tatie Françoise » dispensa ses conseils de lecture pendant plus de vingt ans, Françoise Xenakis est morte le lundi 12 février à Courbevoie, a annoncé sa famille. La veuve du musicien et architecte Iannis Xenakis avait 87 ans.
Un « texte-cri »
Née Françoise Gargouil à Blois, le 27 septembre 1930, elle tombe en lecture dès l’enfance, percevant que « pour elle, la seule manière de survivre à la vie était de lire, puis d’écrire », affirmait-elle dans le Dictionnaire… En 1953, elle épouse Iannis Xenakis (1922-2001), réfugié politique grec en France, ingénieur chez Le Corbusier, qui mène des recherches sur les liens entre la musique, les mathématiques et l’architecture.
En 1963, elle publie Le Petit Caillou (Robert Laffont), premier roman qu’elle porte depuis l’enfance et définit comme « un texte-cri classique », évocation d’une relation d’amour-haine entre une fille et sa mère. Suivent plusieurs romans : Des dimanches et des dimanches (Robert Laffon, 1965), Aux lèvres pour que j’aie moins soif (Tchou, 1968), Ecoute (Gallimard, 1972), Le Temps usé (Balland, 1976)...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-9"> ¤ Le chanteur de Gamero, près de Carthagène en Colombie, a reçu le prix de la meilleure pochette au Grammy Awards à Los Angeles pour son album « El Orisha de la Rosa ». Une histoire étonnante.
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Magin Diaz, au chant d’honneur


                      Le chanteur de Gamero, près de Carthagène en Colombie, a reçu le prix de la meilleure pochette au Grammy Awards à Los Angeles pour son album « El Orisha de la Rosa ». Une histoire étonnante.



Le Monde
 |    14.02.2018 à 10h29
 • Mis à jour le
14.02.2018 à 12h00
   





   


Le 28 janvier, entre les statuettes attribuées à Kendrick Lamar et Bruno Mars, la cérémonie des soixantièmes Grammy Awards, à Los Angeles, a salué un album colombien, El Orisha de la Rosa, pour la distinction de la meilleure pochette. Une récompense secondaire mais révélatrice d’un succès à part dans l’industrie musicale. Car El Orisha de la Rosa, sorti en mai, est le premier album de Magin Diaz, musicien né en 1922. Mais c’est également son dernier, le chanteur étant mort le 28 novembre à Las Vegas, quelques jours seulement après y avoir assisté aux Latin Grammy Awards où son album avait également reçu une récompense.
A son décès, la presse colombienne a salué la mémoire du « ménestrel », de la « légende du folklore national » et du « maestro ». Mais aussi le « musicien noir qui a vaincu l’oubli ».
Le parcours de Magin Diaz est une anomalie, à rebours du rouleau compresseur de la pop colombienne, monopolisée par des stars telles que Shakira. Il a passé sa vie dans la confidentialité. Pourtant, sans le savoir, son pays et, au-delà, tout le continent sud-américain ont entonné des classiques signés par lui. Comme le morceau Rosa, popularisé par Carlos Vives.
Tradition orale
Le chant s’étant diffusé dans les milieux populaires, par la tradition orale, et l’industrie musicale étant radicalement différente d’aujourd’hui, Magin Diaz n’a jamais été crédité pour ses œuvres. D’autant que le musicien créait en improvisant et, analphabète, ne pouvait consigner ses morceaux.
« Ce cultivateur anonyme, vivant en marge, a réussi à sauvegarder un répertoire important. » Daniel Bustos, producteur improvisé
Originaire du village de Gamero, dans le département de Bolivar, à une heure et demie de l’ardente Carthagène, Diaz part vivre un temps au Venezuela, où il est ouvrier et chanteur. Puis, trop nostalgique, il retourne dans son village. Il abandonne vite l’espoir de vivre de sa musique. Et se contente de chanter et de jouer des maracas pour un groupe nommé Los Soneros de Gamero. Il fait le bonheur des villageois, mais sa renommée n’atteint jamais le cœur de la Colombie.
Jusqu’à l’apparition récente d’un producteur improvisé, Daniel Bustos. Cet étudiant en philosophie, ami d’un des fils de Diaz, prend conscience que ce « cultivateur anonyme, vivant en marge, a réussi à sauvegarder un répertoire important ». Il se rend à plusieurs reprises à Gamero, entre 2015 et 2016. Son but ? S’asseoir avec le chanteur de bullerengue, rythme rituel afro-colombien, et l’écouter entonner tout ce dont il se souvient. Avec des amis compositeurs, le jeune producteur réalise ce que Diaz n’a jamais pu faire : apposer des notes et des paroles sur du papier. Il réunit plus de 25 artistes pour composer un album constitué des souvenirs de Magin Diaz. Comme un récit de sa vie de nomade, où l’artiste aux neuf décennies laisse apparaître une voix envoûtante.

Si la notoriété personnelle de Magin Diaz n’a, jusqu’à ses derniers mois, jamais dépassé les frontières de sa région, ce n’est pas seulement à cause de son analphabétisme. La Colombie contemporaine tourne le dos à son histoire et à ses cultures traditionnelles. Et les villages perdus dans les immenses montagnes semblent très loin des grandes villes que sont Bogotá, Cali ou Medellín. D’où l’émotion qui traverse le village de Gamero depuis la mort du chanteur. « Après les funérailles de Magin Diaz, le peuple de Gamero se noie dans la solitude et l’abandon », a ainsi écrit le poète et auteur Gustavo Tatis Guerra. Mais si Magin Diaz est décédé à Las Vegas, bien loin de sa terre natale, il aura, enfin, laissé sa trace.
Par Ruben Curiel



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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-10"> ¤ Le metteur en scène David Bobée signe une version poétique et juste du chef-d’œuvre de l’auteur norvégien Henrik Ibsen.
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Théâtre : « Peer Gynt » dans la nuit foraine

Le metteur en scène David Bobée signe une version poétique et juste du chef-d’œuvre de l’auteur norvégien Henrik Ibsen.



Le Monde
 |    14.02.2018 à 09h36
 • Mis à jour le
14.02.2018 à 09h37
    |

                            Fabienne Darge








                        



                                


                            

Il court, il court, Peer Gynt. Il caracole sur ses montagnes et sur son bouc comme sur ses chimères, vagabond des nuages, homme aux semelles de vent, mais aussi bien homme ouvert à tous les vents, homme de trop-plein et de vide à la fois. Et les sommets qu’il chevauche sont ici ceux des montagnes russes d’une fête foraine abandonnée, dans le très beau Peer Gynt qu’offre David Bobée, à la fois poétique, contemporain et intelligemment politique.
Le metteur en scène et directeur du Centre dramatique national de Rouen/Normandie, qui va avoir 40 ans cette année, signe avec cette version du chef-d’œuvre d’Henrik Ibsen son meilleur spectacle à ce jour. Et offre en prime la découverte d’un jeune acteur qui fait figure de révélation : Radouan Leflahi, intensément lyrique, émouvant et crédible dans cette traversée unique qu’est celle de Peer Gynt – celle d’une vie ­humaine, rien de moins, dans tout ce qu’elle peut offrir.

Avec lui, ce Peer Gynt qui, après avoir été créé à Nantes et présenté à Sceaux, va voyager à travers la France pendant de longs mois, galope avec une énergie effrénée à travers toutes les dimensions de la pièce, à l’image de son héros. « Peer Gynt, c’est ce que j’ai écrit de plus fou », disait l’auteur norvégien, qui l’a signée en 1867, cette pièce qui tranche avec son théâtre psychologique et embrasse la vie de manière fabuleuse, dans ce qu’elle a de plus trivial et de plus métaphysique, de plus fantaisiste et de plus tragique.
L’ici et maintenant
Loin des fjords de Norvège, loin de tout folklore nordique, c’est dans l’ici et maintenant que David Bobée inscrit l’épopée ­d’Ibsen : celle d’un homme qui n’est ni un héros ni un anti-héros flamboyant à la Dostoïevski. L’histoire de Peer, ce fils sans père, l’histoire de son voyage qui le ­mènera de sa Norvège jusqu’au ­désert brûlant d’Arabie ou au Far West de l’Amérique capitaliste s’inscrivent dans ce décor à la beauté désolée, aux attractions foraines...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-11"> ¤ A même pas 28 ans, le comédien se voit offrir par David Bobée le rôle de Peer Gynt, un des plus énormes de tout le répertoire.
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Théâtre : Radouan Leflahi, de l’Atlas aux fjords

A même pas 28 ans, le comédien se voit offrir par David Bobée le rôle de Peer Gynt, un des plus énormes de tout le répertoire.



Le Monde
 |    14.02.2018 à 09h34
 • Mis à jour le
14.02.2018 à 09h38
    |

                            Fabienne Darge








                        



                                


                            

Heureux qui, comme Radouan, a fait un beau voyage. A même pas 28 ans, il se voit offrir par David Bobée le rôle de Peer Gynt, un des plus énormes de tout le répertoire. Lui, le jeune comédien inconnu mais que l’on avait remarqué, déjà, dans Roméo et Juliette et surtout dans Lucrèce Borgia, aux côtés de Béatrice Dalle, signés par le même metteur en scène.

Peer Gynt, c’est lui, Radouan ­Leflahi, dont le chemin pour en arriver là a été moins simple que pour d’autres. Comme le ­héros d’Ibsen, il est un fils sans père, élevé par sa mère, immigrée marocaine – « Berbère », précise­ra-t-il à plusieurs reprises –, et ses sœurs. Sa famille vient d’un ­village du Moyen-Atlas où il retourne souvent pour se « ressourcer », et en lui la poésie de ces montagnes-là s’unit à celle des fjords de Norvège.
Radouan Leflahi, comédien : « J’ai mis les bouchées doubles, notamment dans le travail sur la langue »
Il a voulu être acteur très tôt, dès l’âge de 6 ans. « Tout le monde s’est fichu de moi », constate-t-il. A remballé ses rêves. Le théâtre n’arrivait pas jusqu’au quartier de la périphérie de Rouen où il a grandi. Radouan Leflahi a passé un bac marketing et fait énor­mément de sport, lui qui était « comme une pile électrique ».
Pourtant, au lycée, une de ses profs lui souffle de ne pas laisser tomber. Le jeune homme s’inscrit au concours d’entrée du ­Conservatoire de Rouen. Dans le jury, Maurice Attias, le directeur du Conservatoire, et David Bobée décident de l’admettre à l’école. « Je ne connaissais rien, j’avais vu en tout et pour tout trois pièces de théâtre dans ma vie, mais j’ai été le plus heureux des hommes, malgré la violence sociale que m’a envoyée à la figure cette insertion dans un milieu très éloigné du mien, raconte-t-il. Et j’ai mis les bouchées doubles, notamment dans le travail sur la langue. Parce que je suis tombé amoureux de Racine, du Claudel de Partage...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-12"> ¤ Des « Minimes » aux grandes pièces, l’artiste expose ses exercices de style au Centre Pompidou, à Paris.
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Arts : Sheila Hicks, peintre sur un fil

Des « Minimes » aux grandes pièces, l’artiste expose ses exercices de style au Centre Pompidou, à Paris.



Le Monde
 |    14.02.2018 à 09h33
    |

                            Emmanuelle Lequeux








                        



                                


                            

Elle se rêvait peintre, vraiment. Et elle l’est, à sa manière : préférant le textile au pigment, ses mains aux pinceaux, l’écheveau plutôt que la palette. Sheila Hicks est peintre, mais sur un fil. Son parcours funambule l’a menée des rigoureux harmoniques de couleurs de Josef Albers, ancien du Bauhaus qui fut son professeur à l’université de Yale (Connecticut), à la tapisserie ancestrale des Indiens du Pérou, qu’elle étudia longuement, jusqu’à nous, aujourd’hui, en France : le Centre Pompidou consacre enfin une rétrospective à cette immense artiste américaine, née en 1934 et installée depuis 1964 à Paris.

Est-ce le souvenir des Nymphéas, de Monet, ou les lumières de sa concitoyenne Joan Mitchell, géante de l’expressionnisme abstrait, qui l’a conduite à cet exil ? Ce ne fut en tout cas pas le premier d’une longue vie. Partie, bourse de recherche en poche, explorer l’Amérique latine à la fin des années 1950, Sheila Hicks y passe toute sa jeunesse, entre Chili et Mexique. C’est là qu’elle perfectionne son art merveilleux de l’entrechoquement chromatique, aux côtés de l’architecte coloriste Luis Barragán. Là qu’elle abandonne définitivement le médium peinture : le tissage est un horizon exaltant, une terre à déchiffrer. Les techniques et mystiques développées par les Incas, notamment, à travers l’art du tapis, sont source d’enseignement essentiel pour l’artiste.
Une « grammaire générative »
On le saisit bien, au fil de l’exposition, en effleurant des yeux le long mur où s’alignent des dizaines de petits tissages. Des exercices de style, auxquels Sheila Hicks s’adonne chaque jour, comme on écrit un journal. Ce Diary dit ses humeurs,ses appétits, le temps du jour. Sheila Hicks y accroche tout ce qui fait son quotidien. Duvet brun enlacé à un point de riz azur, branches tressées dans une maille pourpre, coquillage prisonnier d’une grille jaune d’or, lac aigue-marine sur champ de blé, monochrome de neige lâche… Chez d’autres...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-13"> ¤ La chef Ariane Matiakh et la metteuse en scène Tatjana Gürbaca sont réunies à Strasbourg et Mulhouse, pour Massenet.
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Opéra : Charlotte vole la vedette à Werther

La chef Ariane Matiakh et la metteuse en scène Tatjana Gürbaca sont réunies à Strasbourg et Mulhouse, pour Massenet.



Le Monde
 |    14.02.2018 à 09h32
 • Mis à jour le
14.02.2018 à 16h36
    |

                            Marie-Aude Roux (Strasbourg (Bas-Rhin), envoyée spéciale)








                        



                                


                            

C’est à un duo féminin, la metteuse en scène allemande Tatjana Gürbaca et la chef d’orchestre française Ariane Matiakh, que la nouvelle directrice générale de l’Opéra du Rhin, Eva Kleinitz, a confié le Werther de Massenet présenté jusqu’au 17 février à Strasbourg, avant d’être repris à Mulhouse début mars. La première, 45 ans, émule de Ruth Berghaus et Peter Konwitschny après avoir fait ses classes à la Hochschule für Musik Hanns Eisler de Berlin, sa ville natale, a déjà une trentaine de mises en scène d’opéra à son actif en Allemagne (Munich, Berlin, Cologne), Autriche (Graz, Vienne) et en Suisse (Lucerne, Zurich). Mais elle fait avec cette production de Werther, créée en 2017 à l’Opernhaus de Zurich, de beaux débuts en France.
Point d’inspiration romantique : un imposant décor de bois blond placarde murs, sol et plafond (non sans un petit côté cuisines Schmidt). C’est un piège, une souricière, dont les portes secrètes et les tiroirs à double fond livrent passage à des personnages fantasmés, comme en cet étrange bal costumé qui voit la rencontre de Werther et Charlotte.
Un pragmatisme cru
Werther lui-même est un rat de laboratoire, d’emblée voué à sa condition de fantôme, orphelin de sa propre capacité à vivre, que la mort au rebord des étoiles fera Pierrot lunaire. Car l’âme torturée de Charlotte occupe tout l’espace scénique, le puissant dilemme de la femme sociale (la sage épouse d’Albert, la mère de substitution de ses frère et sœurs) et de la femme libre de son amour adultère pour Werther. Ses métamorphoses vestimentaires, de la pâle robe de bal rose kitsch, tiare dans les cheveux, à la nuisette passe-partout de la pécheresse, du sévère tailleur bourgeois au manteau bigarré années 1960, marqueront les étapes de ce calvaire de l’enfermement jusqu’au dénouement final, qui voit la défaite de la morale et du devoir.
Des détails d’un pragmatisme cru transpercent la douloureuse apnée de Werther, telle qu’introspectée...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-14"> ¤ D’un long séjour à Calais auprès des migrants, elle a rapporté la pièce « No Border ».
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Nadège Prugnard démonte la jungle avec des mots

D’un long séjour à Calais auprès des migrants, elle a rapporté la pièce « No Border ».



Le Monde
 |    14.02.2018 à 09h31
 • Mis à jour le
14.02.2018 à 16h37
    |

            Clarisse Fabre








                        



                                


                            

Nadège, c’est la copine. Elle entre dans un bar et en un instant connaît tout le monde. Du genre à taper une cigarette vite allumée sous la mèche blonde et le béret. Elle fait penser à l’héroïne de Bonnie and Clyde, sauf qu’elle ne fait pas les banques. C’est le capitalisme qu’elle veut dynamiter, avec les artistes qui l’accompagnent depuis une vingtaine d’années. L’ancienne étudiante en philosophie a choisi le théâtre « pour être au contact du monde ».
Elle a trouvé de la matière au Théâtre d’Aurillac, où elle était artiste associée de 2008 à 2014. « Le théâtre de rue brasse large, du punk à chiens à la bourgeoise ­lettrée », explique celle qui n’aime pas les frontières, quelles qu’elles soient. Elle a beaucoup écrit, et un recueil de ses textes vient de paraître chez Al Dante : M.A.M.A.E – pour Meurtre Artistique Munitions Action Explosion. Depuis quelque temps, elle a posé ses valises au Centre dramatique national de Montluçon (Allier), où elle va recréer, le 15 mai, pour les 50 ans de Mai 68, Women 68 même pas mort. En avril, elle sera en résidence à la Chartreuse ­d’Avignon pour une création sur le fado.
Un jour, Guy Alloucherie l’appelle. Le metteur en scène, fils de mineur, dirige dans le Pas-de-Calais la scène nationale Culture commune, implantée sur l’ancien carreau de mine de Loos-en-Gohelle. De fil en aiguille, une idée leur vient : Nadège va passer du temps à Calais auprès des migrants, puis ensemble ils créeront une pièce (elle sera présentée du 19 au 24 novembre à Culture Commune). Une résidence d’écriture dans la « jungle », en quelque sorte. Pendant plus de deux ans, Nadège Prugnard y fait des séjours avec des interruptions, avant que le camp ne soit démantelé à l’automne 2016.
« C’est très nietzschéen »
Avec l’Auberge des migrants, qui prépare les repas, elle entre en contact avec des Iraniens, Soudanais, Afghans. Quelques rencontres la hantent encore : « Pour ne pas se...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-15"> ¤ La Cinémathèque française, à Paris, consacre une rétrospective au réalisateur de « Freaks », jusqu’au 4 mars.
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Les outre-mondes du cinéaste Tod Browning

La Cinémathèque française, à Paris, consacre une rétrospective au réalisateur de « Freaks », jusqu’au 4 mars.



Le Monde
 |    14.02.2018 à 07h39
    |

                            Mathieu Macheret








                        



                                


                            

Il fut, pour l’écran, l’un des plus grands peintres du bizarre et de l’étrange, familier des limbes et des marécages, de ces marges brumeuses où les contours de l’humain se confondent avec les déformations hideuses de l’inhumain. Il fut l’auteur de Freaks, la monstrueuse parade (1932), film maudit à la postérité considérable et sans doute l’une des charges les plus virulentes jamais portées contre la normativité physique et morale du spectacle hollywoodien. L’indispensable Tod Browning (1880-1962), figure fascinante et insaisissable du cinéma américain, revient planter son chapiteau macabre et inquiétant, peuplé de masques grotesques et de violentes passions, dans les salles de la Cinémathèque française, qui lui consacre une rétrospective, jusqu’au 4 mars.
Né à Louisville, dans le Kentucky, Tod Browning est tombé très tôt dans l’orbite d’un outre-monde mystérieux et nomade : celui du cirque qui passait régulièrement dans sa ville et pour lequel, à 18 ans, il quitte sa famille et devient saltimbanque. Il officie alors autant à l’extérieur qu’à l’intérieur du chapiteau, servant de bateleur pour des exhibitions en tous genres, puis montant sur scène pour exécuter des numéros de magie, de contorsionnisme, de music-hall.
C’est sur une scène de Broadway, en 1913, que Browning est repéré par le monde du cinéma
L’univers bigarré du cirque, son désordre et sa promiscuité, ses artifices et sa monstruosité, nourriront durablement l’imaginaire de ses films les plus célèbres, dont Le Club des trois (1925), L’Inconnu (1927) et Freaks.
C’est sur une scène de Broadway, en 1913, que Browning est repéré par le monde du cinéma. Il fait ses débuts dans l’équipe de David W. Griffith, fondateur du langage classique, en tant qu’acteur burlesque, puis comme réalisateur. Browning enchaîne les films courts, avant d’accompagner la transition générale du cinéma vers la durée du long-métrage. Ses premiers succès publics (La...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-16"> ¤ Interprètes principaux du film d’Annemarie Jacir, « Wajib », les deux hommes militent pour la cause des Palestiniens en Israël.
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Les Bakri, acteurs et résistants palestiniens de père en fils

Interprètes principaux du film d’Annemarie Jacir, « Wajib », les deux hommes militent pour la cause des Palestiniens en Israël.



Le Monde
 |    14.02.2018 à 07h36
 • Mis à jour le
14.02.2018 à 09h48
    |

            Piotr Smolar (Jérusalem, correspondant)








                        



                                


                            

Saleh Bakri a posé des sacs-poubelle pleins sur la banquette arrière de sa voiture. En ce moment, il déménage. Du coup, il a moins de temps pour lire, apprendre des langues ou jouer aux échecs, une passion qu’il enseigne aux enfants. Parfois, il s’entraîne sur Internet ou bien devant trois ou quatre échiquiers en même temps. C’est Mohammad, son père, qui lui a communiqué ce goût du jeu. Des jeux. Ce dernier est un acteur et un réalisateur majeur de la scène palestinienne depuis plusieurs décennies. Parmi ses cinq fils, trois ont suivi sa voie. Cette convergence atteint un niveau supérieur, entre Saleh et Mohammad, dans Wajib, le nouveau film d’Annemarie Jacir.

Mohammad Bakri y incarne un père, Abu Shadi ; son fils y joue le rôle de son fils, Shadi. Le résumé le plus sec est le suivant : à Nazareth, les deux hommes distribuent, comme le veut la coutume, des invitations pour le mariage de la fille du patriarche. Abu Shadi est resté vivre à Nazareth, il croit dans la préservation des traditions et dans une forme de proximité avec les juifs israéliens. Son fils, lui, est architecte en Italie, préférant l’exil aux compromis. Au gré de leurs déplacements s’esquisse un tableau impressionniste de la société palestinienne, en tout cas de la minorité arabe – musulmane et chrétienne – dans cette ville israélienne très diverse.
Refus des projets israéliens
Un café dans une jolie ruelle de Haïfa, sur la côte. Les cheveux bouclés en bataille, la barbe indisciplinée, Saleh Bakri cache ses calots bleus derrière des lunettes de soleil. Il a des gestes langoureux, une voix volontairement traînante qui lui permet de mieux choisir ses mots en anglais. Il tire du tabac d’une pochette en cuir et roule une cigarette. Lorsque le sujet abordé devient sensible, il ralentit encore pour se concentrer. On lui parle de cette ville douce, où Arabes et Juifs se mélangent sans heurts. « Cliché ! » Il s’éveille.
« Il n’y a pas de coexistence...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-17"> ¤ La réalisatrice Annemarie Jacir poursuit l’exploration filmique du destin palestinien.
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« Wajib » : retrouvailles familiales dans une Nazareth sous tension

La réalisatrice Annemarie Jacir poursuit l’exploration filmique du destin palestinien.



Le Monde
 |    14.02.2018 à 07h35
 • Mis à jour le
14.02.2018 à 07h38
    |

            Jacques Mandelbaum








                        



   


L’avis du « Monde » – à voir
Abu Shadi, professeur divorcé à Nazareth, proche de la retraite, marie sa fille. Son ex-femme, exilée de longue date aux Etats-Unis, subordonne sa venue à l’état de santé de son mari. Rentré pour l’occasion de Rome où il est architecte, son fils, Shadi, le revoit après une longue absence. Ensemble, ils rendent visite aux invités de la cérémonie pour leur remettre en main propre, comme le veut la coutume du « wajib », le faire-part. Situation idéale pour sceller des retrouvailles aimantes et orageuses à la fois, prendre une température politique glaciale (Nazareth, en Galilée, est la plus grande ville arabe d’Israël) par le biais chaleureux de la fable, documenter la fiction en choisissant à la ville un tandem d’acteurs consistant, comme à la scène, en un père et un fils, en l’occurrence Mohammad et Saleh Bakri, les plus célèbres acteurs palestiniens d’Israël.

        Lire les portraits :
         

          Les Bakri, acteurs résistants de père en fils



L’intelligence du dispositif est naturellement à mettre au crédit de la réalisatrice, la Palestinienne Annemarie Jacir. Née en 1974 à Bethléem, elle a grandi en Arabie saoudite, a été formée au cinéma à New York, et est installée à Amman, en Jordanie, faute d’être autorisée à vivre chez elle. Après Le Sel de la mer, en 2008, et When I Saw You, en 2012, Wajib poursuit l’exploration filmique du destin palestinien en un mantra artistique tenaillé par la question de l’exil et de l’impossible retour. Après la colère et la révolte contenues dans les deux premiers titres, une tonalité nouvelle, qui les assourdit sans les annuler, enrobe ce troisième long-métrage : la douceur et l’humour.
Joute filiale
Le théâtre des opérations oscille entre la vieille Volvo familiale, les gens visités, et les rues qui relient l’une aux autres. Au premier de ces chapitres, outre les dissensions ordinaires qui peuvent aigrir les rapports entre un père et un fils, s’ajoute ici l’ordinaire d’une situation extraordinaire. La dignité bafouée. Le rapport à l’Histoire et à la tradition. Le choix d’une fiancée. La considération pour l’action de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP). L’attitude à adopter face aux Israéliens, hostiles, et plus encore amicaux. Autant de questions qui hérissent les deux hommes, le vieux briscard de père étant plus porté à relativiser les idéaux et arrondir les angles que son rejeton, plus tempétueux et d’autant moins disposé au compromis qu’il ne vit plus ici.
Le conflit entre le père et le fils recouvre l’oscillation douloureuse, kafkaïenne, de l’identité des Palestiniens d’Israël
Les gens et la ville forment tout au plus un décor à cette joute filiale, pas assez creusés pour entrer de plain-pied dans la dramaturgie, mais suffisamment esquissés pour qu’on y devine l’arrière-plan du duel affectueux qui tient la vedette. Une ville belle et abandonnée à la fois, jonchée de poubelles et de bâches défigurant des maisons et des paysages à la beauté orientale, des gens sous tension permanente qui s’efforcent de maintenir une tenue entre le stoïcisme de la fidélité à la terre et la mort à soi-même. Le conflit entre le père et le fils recouvre ainsi l’oscillation douloureuse, kafkaïenne, dirait-on, de l’identité des Palestiniens d’Israël, qui ont fait le choix de rester dans un pays dont ils sont devenus citoyens mais qui leur demeure étranger.
L’humour de Wajib, comme politesse du désespoir, place à cet égard le film dans le sillage de l’œuvre d’Elia Suleiman, cet incomparable artiste à qui il revient d’avoir inscrit en lettres de feu le destin palestinien au cinéma, en trois longs-métrages : Chronique d’une disparition (1996), Intervention divine (2002), Le temps qu’il reste (2009). Manifestement inspiré par le premier d’entre eux, Wajib en reprend l’un des motifs de prédilection : l’épuisement moral. Car voilà bien ce qui menace, face au mur d’indifférence qui les environne, l’aspiration comme l’inspiration palestiniennes, ainsi que semble en témoigner l’attristant retrait d’Elia Suleiman. Mais tant qu’il se trouvera un film pour avoir la force de le montrer, l’idée d’épuiser l’épuisement lui-même restera vivante.

Film palestinien d’Annemarie Jacir. Avec Mohammad Bakri, Saleh Bakri, Maria Zreik, Rana Alamuddin (1 h 36). Sur le Web : distrib.pyramidefilms.com/pyramide-distribution-catalogue/wajib-l-invitation-au-mariage.html



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-18"> ¤ Le jeune réalisateur Ryan Coogler parvient à mêler fantaisie et réflexion politique dans cette reprise de l’histoire de ce roi africain imaginé par Marvel à la fin des années 1960.
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« Black Panther » : l’Afrique a enfin son super-héros sur grand écran

Le jeune réalisateur Ryan Coogler parvient à mêler fantaisie et réflexion politique dans cette reprise de l’histoire de ce roi africain imaginé par Marvel à la fin des années 1960.



Le Monde
 |    14.02.2018 à 07h35
 • Mis à jour le
14.02.2018 à 13h51
    |

                            Thomas Sotinel








                        



   


L’avis du « Monde » – à ne pas manquer
Il n’est pas besoin d’apprécier l’univers Marvel, cet entrelacs de personnages et de marques déposées, pour aimer Black Panther. Né en 1967 (quelques semaines avant la fondation du mouvement des Black Panthers) de l’imagination de deux auteurs de comics blancs, Stan Lee et Jack Kirby, ce super-héros africain apparaît, dans le beau film de Ryan Coogler, comme un être de légende et de tragédie, plutôt que comme un produit de confection. Ce qui ne veut pas dire que les millions d’amateurs d’Avengers ou de Spider-Man se sentiront floués. Avec Creed, deuxième long-métrage du jeune metteur en scène (il est né en 1986), Ryan Coogler s’était approprié la légende de Rocky Balboa sans la dénaturer. Cette fois, il respecte les rites inhérents au culte du super-héros tout en les propulsant dans une autre dimension, poétique et politique.

        Lire le décryptage :
         

          « Black Panther » ou comment le premier superhéros noir reprend du pouvoir dans la pop culture américaine



Aux yeux du monde, le Wakanda, contrée d’Afrique équatoriale, est un petit pays enclavé, sans ressources. Pour ses habitants, c’est le summum du développement. Les Wakandais vivent sur un gigantesque gisement de vibranium, métal aux propriétés merveilleuses qui leur a permis de développer une technologie dépassant de loin celles des pays les plus développés. Depuis des temps immémoriaux, le roi du Wakanda reçoit, en même temps qu’il monte sur le trône, des pouvoirs surhumains qui font de lui, quand le besoin s’en fait sentir, un guerrier quasiment invincible, Black Panther. T’Challa (Chadwick Boseman, qui fut récemment à l’écran un autre super-héros, James Brown) vient de succéder à son père assassiné par un terroriste international, épisode relaté dans Captain America : Civil War.
Quand la caméra s’aventure dans les rues, on découvre un joli mélange de grouillement équatorial et de high-tech
Le jeune roi affrontera plus d’épreuves qu’Hamlet et Winston Churchill réunis. Surgi du ghetto d’Oakland, un cousin de T’Challa veut le renverser. Ce personnage, incarné par l’acteur d’élection de Ryan Coogler, Michael B. Jordan, est un méchant ordinaire et l’expression de la violence afro-américaine. Michael B. Jordan oppose sa fluidité, son ironie à la gravité de Chadwick Boseman, et Ryan Coogler traite leur affrontement avec un souci de la nuance qu’on avait rarement rencontré dans les productions Marvel.
Ce souci d’humaniser une imagerie qui relève ailleurs du domaine du fantasme irrigue tout le film. La capitale de Wakanda ressemble à n’importe quel décor de science-fiction. Quand la caméra s’aventure dans les rues, on découvre un joli mélange de grouillement équatorial et de high-tech.
De même la prépondérance des femmes dans les rangs des personnages secondaires, qui pourrait passer à première vue pour une décision cosmétique, prend une autre résonance avec l’éclosion de personnages fascinants, qu’il s’agisse de la fiancée de T’Challa, Nakia (Lupita Nyong’o), justicière, espionne, militante, de sa sœur Shuri (Letitia Wright), scientifique, adolescente prolongée, de sa majestueuse mère (Angela Bassett) ou de la commandante de sa garde personnelle, Okoye (Danai Gurira). L’idée de l’escorte féminine, empruntée au comics de Lee et Kirby, échappe à sa version patriarcale pour contribuer à peindre une utopie égalitaire (quoique monarchique – malgré ses bonnes idées, Black Panther n’est pas un traité de politique).
Rhinocéros de combat
Il ne faut pas chercher l’Afrique subsaharienne dans cette représentation qui fait communiquer les plateaux d’Afrique australe et la jungle équatoriale, qui invente des montagnes aux sommets blanchis à un continent qui voit fondre les neiges du seul Kilimandjaro. Le Wakanda est l’éden auquel ont été arrachés les esclaves déportés vers l’Amérique et un reflet ironique des Etats-Unis d’aujourd’hui. L’affrontement entre T’Challa l’internationaliste et W’Kabi (Daniel Kaluuya) l’isolationniste ressemble plus à un débat au Congrès des Etats-Unis qu’à une discussion au sein de l’Union africaine.
La réussite de Ryan Coogler est de développer ces interrogations sans sacrifier le rythme de son film (ce que George Lucas n’était pas parvenu à faire dans La Menace fantôme). Les différends se règlent dans des affrontements au corps-à-corps. Au lieu de la cavalerie, ce sont des rhinocéros de combat qui surgissent pour faire la différence. Sans tourner à l’ironie, cette fantaisie soulève Black Panther, qui remporte dès sa première apparition le titre mondial des super-héros, catégorie lourd-léger.

Film américain de Ryan Coogler. Avec Chadwick Boseman, Lupita Nyong’o, Michael B. Jordan, Daniel Kaluuya, Forest Whitaker, Martin Freeman (2 h 14). Sur le Web : marvel.com/blackpanther#, www.facebook.com/BlackPantherMovie et www.corporate.disney.fr/actualite/qui-est-black-panther



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-19"> ¤ Tran Phuong Thao et Swann Dubus consacrent leur documentaire à la décision d’un jeune Vietnamien de réinventer son identité.
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« Finding Phong » : face aux troubles du changement de sexe

Tran Phuong Thao et Swann Dubus consacrent leur documentaire à la décision d’un jeune Vietnamien de réinventer son identité.



Le Monde
 |    14.02.2018 à 07h31
    |

            Jacques Mandelbaum








                        



   


L’avis du « Monde » – à voir
Phong, jeune Vietnamien devenu étranger à son corps d’homme, entreprend de devenir une femme, réalité plus accordée à l’image qu’il se fait de lui-même, à son désir profond. Tran Phuong Thao et Swann Dubus, tandem franco-vietnamien de réalisateurs, installés et travaillant au Vietnam, saisissent la balle au bond et entreprennent de documenter ce processus, délicat s’il en est. Le film, outre qu’il remplit sa fonction d’ouverture pédagogique aux phénomènes les plus divers du vaste monde, porte témoignage d’une approche sensible et pénétrante, très éloignée du sensationnalisme ou de la complaisance qu’un tel sujet pourrait occasionner.
La belle idée des réalisateurs aura consisté à prêter, en un premier temps, une caméra à Phong, pour lui permettre d’exprimer sans intermédiaire son malaise et son désir, et aussi, sans doute, pour mieux le connaître. A la suite de quoi les réalisateurs l’ont eux-mêmes filmé. Finding Phong commence donc à la manière d’un journal intime, puis se poursuit à la manière d’un documentaire plus classique.
En prêtant une caméra à Phong, les réalisateurs lui ont permis d’exprimer sans intermédiaire son malaise et son désir
Le film monté a conservé la trace de cette méthode, qui se révèle riche de sens. La première partie ressemble à un mélodrame. Phong, jeune homme exubérant et torturé, possible personnage d’un film imaginaire dont il serait la douloureuse victime, y filme d’une manière presque gênante son mal-être.
Toujours en gros plan, il pleure abondamment face à la caméra, expose avec force mouvements de déploration sa souffrance, s’adresse continûment à sa mère, interlocutrice de prédilection de son marasme mental. Ce faisant, Phong réinvestit sans doute une forme d’expression populaire (le cinéma, le mélo) qui lui permet de rendre concevable et possible, ne serait-ce que vis-à-vis de lui-même, le passage à l’acte radical – tout à la fois déni de filiation et réinvention de l’identité – qu’il s’apprête à commettre.
Excentricité douloureuse
Son voyage en Thaïlande pour étudier les modalités d’une opération considérée dans ce pays comme techniquement et moralement usuelle sert de pivot dans la narration et le registre du récit. Comme si, plus l’intervention devenait concevable, plus Phong se rapprochait dans la réalité de l’image intérieure qu’il se faisait de lui-même, plus le film pouvait s’éloigner du point de vue subjectif et de l’excentricité douloureuse par laquelle il se manifestait, plus le spectateur enfin était confronté au trouble du changement à vue (prise d’hormones, maquillage…) que le film se met dès lors à enregistrer. La caméra changeant de main, le champ, dès lors, s’élargit et s’apaise, dialectise une problématique qui ne cesse pour autant d’être complexe, mais face à laquelle la famille, et plus largement la société, serait enfin conviée à figurer dans le cadre.
A cet égard, les échanges filmés avec les proches, la manière dont les membres de ladite famille se positionnent à l’égard du désir de Phong et l’accompagnent dans sa démarche (angoisse de la mère, zénitude absolue du père, vieux soldat passé par tous les maux de la vie, trouble profond du frère, empathie de la sœur) sont non seulement passionnants, mais témoignent, puisque aussi bien chacun y perdra un fils et un frère, d’une bienveillance aussi désarmante qu’émouvante.



Documentaire vietnamien de Tran Phuong Thao et Swann Dubus (1 h 30). Sur le Web : jhrfilms.com/finding-phong



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-20"> ¤ Le cinéaste continue de creuser la question de la croyance et de sa représentation à l’écran.
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« L’Apparition » : Xavier Giannoli à la poursuite de la foi

Le cinéaste continue de creuser la question de la croyance et de sa représentation à l’écran.



Le Monde
 |    14.02.2018 à 07h30
    |

            Jacques Mandelbaum








                        



   


L’avis du « Monde » – pourquoi pas
Un crooner passé de mode qui se prend à faire revivre la flamme (Quand j’étais chanteur, 2006). Un escroc déguisé en chef de chantier qui relève le défi du bien commun (A l’origine, 2008). Un inconnu qui devient célèbre du jour au lendemain (Superstar, 2012). Une grande bourgeoise, spécialiste des couacs, qui se rêve en cantatrice (Marguerite, 2015). Les admirateurs du cinéma de Xavier Giannoli, grand distillateur de fables consacrées au pacte fictionnel, ne seront pas surpris : à force de creuser, de film en film, la question de la croyance (et de ses satellites, depuis l’imposture jusqu’à la grâce), le cinéaste devait un jour relever frontalement le défi de la foi. C’est chose faite avec L’Apparition, à ceci près que ce film à « twist », impossible à étreindre, adopte une conduite plus sinueuse que rectiligne.
Ce film à « twist », impossible à étreindre, adopte une conduite plus sinueuse que rectiligne
Blessé lors d’un reportage dans une zone de guerre, où Dieu a encore son mot à dire, Jacques (Vincent Lindon), grand reporter, est rapatrié d’urgence à Paris où, par une singulière ironie du sort sur cette terre sainte de la laïcité, Dieu l’attend de nouveau, en vertu, suppose-t-on, de son ubiquité.
Il prend cette fois la forme d’un coup de téléphone en provenance du Vatican. On lui demande d’exercer sa profession au sein d’une commission d’enquête destinée à prouver la véracité ou l’imposture du récit d’une jeune fille du Sud-Ouest de la France, Anna, à laquelle la Sainte Vierge serait apparue à plusieurs reprises. S’inquiétant de la dimension que prend l’événement – pèlerins par centaines, prêtre tenté par l’insoumission, missionnaire américain adepte du Barnum apparitionnaire –, le Saint-Siège prend ses précautions.
Investigation journalistique
Eloigné de la religion de son enfance et de la foi sans leur être hostile, Jacques relève le défi de l’enquête qui lui est confiée. Au sein d’une commission très diversement constituée (du prêtre au psychiatre) lui revient la tâche la plus ingrate, celle d’enquêter selon les règles de l’investigation journalistique sur un phénomène, la vision, qui s’y soustrait par nature. Cette aporie devient, hélas, celle à laquelle se heurte le film lui-même. Requis par sa mission mais troublé par la jeune fille, le personnage interprété par Vincent Lindon – ici réduit à un personnage de taiseux qui le rend visiblement malheureux – se tient continûment au milieu du gué.
La solution imaginée par Xavier Giannoli afin de l’en tirer (une piste policière menant, tel le Saint-Esprit, à une troisième personne) fait l’effet d’un deus ex machina destiné à concilier tant l’hypothèse de la vérité que celle du mensonge. En un mot à prôner, en cinéaste qui se respecte, les vertus de l’illusion. Si subtile soit-elle, cette dialectique semble inopérante s’agissant d’un sujet aussi brûlant que la représentation de la foi au cinéma. Ici, il sera toujours préférable de trancher entre deux voies extrêmes : celle de Dreyer (Ordet) et de Rossellini (Voyage en Italie), ou celle de Bergman (Le Septième Sceau) et de Mocky (Le Miraculé).

Film français de Xavier Giannoli. Avec Vincent Lindon, Galatea Bellugi, Patrick d’Assumçao (2 h 17). Sur le Web : distribution.memento-films.com/film/infos/85



                            


                        

                        

