<FILE-date="2018/02/13/19">

<article-nb="2018/02/13/19-1">
<filnamedate="20180213"><AAMM="201802"><AAMMJJ="20180213"><AAMMJJHH="2018021319">
<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-1"> ¤ L’auteure s’était fait connaître en révélant la contamination au mercure de la mer de Shiranui, au Japon. Elle est décédée le 10 février, à l’âge de 90 ans.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-1"> ¤                     
                                                   
édition abonné


Michiko Ishimure, écrivaine japonaise, est morte

L’auteure s’était fait connaître en révélant la contamination au mercure de la mer de Shiranui, au Japon. Elle est décédée le 10 février, à l’âge de 90 ans.



Le Monde
 |    13.02.2018 à 16h40
 • Mis à jour le
13.02.2018 à 18h15
    |

            Philippe Pons (Tokyo, correspondant)








                        



                                


                            
Une grande dame s’est éteinte : Michiko Ishimure, écrivaine qui révéla aux Japonais les souffrances des victimes de la maladie de Minamata (intoxication par le mercure) est morte le 10 février à Kumamoto. Elle avait 90 ans. Mêlant romanesque, poésie, journal intime, témoignages et histoire, elle fut la voix des 10 000 personnes qui ont été officiellement atteintes de cette maladie affectant le système nerveux central.
Née le 11 mars 1927 dans le village de Kawaura sur l’île Amakusa, elle avait grandi à Minamata (département de Kumamoto, dans le Kyushu) sur la rive opposée de la mer de Shiranui. Institutrice, elle avait découvert en se rendant à l’hôpital, où avait été hospitalisé son fils, les premiers malades souffrant de cette maladie mystérieuse qui n’épargnait pas les enfants, dont beaucoup naissaient avec des infirmités motrices et cérébrales lourdes. Un faisceau de symptômes (poissons morts, chats pris de spasmes convulsifs…) allait permettre de conclure à un empoisonnement de la mer. La maladie fut reconnue en 1956 mais, jusqu’en 1968, l’usine chimique Chisso qui déversait du méthyle-mercure dans la mer et l’Etat nièrent toute responsabilité.
A l’écoute des victimes
Michiko Ishimure rompit cette conspiration du silence qui contribua à contaminer la mer pendant des décennies. Elle ne fut certes pas seule à militer pour que la lumière soit faite et que les victimes soient dédommagées mais, par son empathie pour celles-ci, la trilogie qu’elle publia en 1959, Mer de souffrance, terre de lumière (Paradise in the Sea of Sorrow : Our Minamata Disease, University of Michigan, 2003) eut un retentissement particulier, s’inscrivant dans ce que l’on appellerait aujourd’hui la « narration littéraire documentaire ».
Michiko Ishimure a écouté les victimes provenant pour la plupart de communautés de pêcheurs des petites îles de la mer de Shiranui. A partir du récit de ces drames individuels (découverte d’une maladie sournoise...




                        

                        


<article-nb="2018/02/13/19-2">
<filnamedate="20180213"><AAMM="201802"><AAMMJJ="20180213"><AAMMJJHH="2018021319">
<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-2"> ¤ Tous les lundis, « La Matinale du Monde » publie un strip de la dessinatrice Nine Antico.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-2"> ¤                     


Article sélectionné dans La Matinale du 11/02/2018
Découvrir l’application


                        

« Maléfiques », par Nine Antico (épisode 19)

Tous les lundis, « La Matinale du Monde » publie un strip de la dessinatrice Nine Antico.



Le Monde
 |    12.02.2018 à 06h40
 • Mis à jour le
12.02.2018 à 07h13
   





                        



   





                            


                        

                        


<article-nb="2018/02/13/19-3">
<filnamedate="20180213"><AAMM="201802"><AAMMJJ="20180213"><AAMMJJHH="2018021319">
<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-3"> ¤ Le 5 février, rue Scribe, à Paris, avait lieu le déjeuner des auteurs les plus lus de l’année. Guillemette Faure, la chroniqueuse de « M », y était. Sylvain Tesson s’est excusé, parti « pour observer la panthère des neiges près des sources du Mékong ».
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-3"> ¤                
                                    

Vous prendrez bien une part de millefeuille ?


                      Le 5 février, rue Scribe, à Paris, avait lieu le déjeuner des auteurs les plus lus de l’année. Guillemette Faure, la chroniqueuse de « M », y était. Sylvain Tesson s’est excusé, parti « pour observer la panthère des neiges près des sources du Mékong ».



Le Monde
 |    11.02.2018 à 12h15
 • Mis à jour le
12.02.2018 à 11h34
    |

                            Guillemette Faure








   


« Je ne pourrai pas être des vôtres car je pars, la veille, pour le Tibet. Je pars pour observer la panthère des neiges près des sources du Mékong. » En termes d’excuse, Sylvain Tesson se pose là quand il décline une invitation au déjeuner L’Express - RTL des auteurs des livres les plus lus de l’année. Même Leïla Slimani, en déplacement avec Emmanuel Macron, n’a pas de panthère des neiges pour justifier son absence sous la verrière du Grand Hôtel InterContinental.
Le journaliste Jérôme Dupuis porte dans sa poche arrière une enveloppe qu’il n’a pas ouverte. C’est Héloïse d’Ormesson qui la lui a remise. La lettre qu’elle contient est peut-être liée à la critique qu’il a publiée dans L’Express du dernier livre de son père, celle dans laquelle il se demandait si on devait « obligatoirement dire du bien de Et moi, je vis toujours ? ». C’est peu dire qu’il s’est affranchi de cette obligation.
« Il m’attendait depuis 1950, qui d’autre que moi pourrait porter ça ? » Amélie Nothomb
Cette année, donc, c’est un des premiers déjeuners des best-sellers sans Jean d’Ormesson, comme l’a regretté Guillaume Dubois, le patron de L’Express, en accueillant les auteurs et en annonçant, comme en 2017, une nouvelle formule de l’hebdomadaire.
A la place de Jean d’Ormesson, c’est donc Michel Serres qui prend le bras d’Amélie Nothomb. « Elle vend combien ? », demande un auteur de best-sellers médicaux. La légende dit qu’elle ne boit du champagne qu’un jour sur deux. C’est vrai, dit-elle, et ça tombe bien, c’est aujourd’hui. Elle porte un drôle de chapeau violet rebondi en deux parties, un peu comme un arrière-train. Elle trouve que c’est un mélange entre un Pierre Cardin et celui d’Alice au pays des merveilles. « Il m’attendait depuis 1950, qui d’autre que moi pourrait porter ça ? »

        Lire aussi :
         

                S’il fallait n’avoir lu que cinq livres de Jean d’Ormesson



Qui d’autre aussi que Fabrice Midal, l’éditeur de livres de méditation, auteur de Foutez-vous la paix !, pour venir à ce déjeuner tout de jaune vêtu, couleur de l’éveil chez les bouddhistes ? Pourtant, on le voit à peine sur la photo, caché comme les autres auteurs derrière le chapeau d’Amélie Nothomb.

        Lire aussi :
         

                Amélie Nothomb : « Je suis le fruit d’une enfance heureuse et d’une adolescence saccagée »



« Il paraît que tu es avec une violoniste ? », demande David Foenkinos à un journaliste. « Elle joue très bien ou elle est très jolie ? » Plusieurs personnes disent du bien du Traité de savoir-rire à l’usage des embryons, d’Anne Akrich, devant Olivier Nora, le patron de Grasset. Qu’il soit le père de l’enfant à venir auquel s’adresse le livre dans lequel il est présenté comme ayant « du pouvoir et de l’élégance » n’est peut-être qu’une coïncidence. « J’espère être plus drôle dans le livre qu’en vrai », dit-il.
« Faut être sorti de Polytechnique pour repasser le code, j’ai abandonné… » Mazarine Pingeot
Anna Gavalda doit partir parce qu’elle a un train. Philippe Besson doit partir parce qu’il a une excuse que son éditrice se débrouillera pour inventer. Et avec tout cela, Jérôme Dupuis a toujours dans sa poche arrière la lettre de la fille de Jean d’Ormesson qu’il faudra bien qu’il finisse par lire.
A défaut de pouvoir la lire à sa place, on parle des réactions aux critiques. Il paraît que Jean Teulé a jubilé en apprenant qu’un journal avait assassiné son propre livre. Les blessures des écrivains ne se produisent jamais où on les attend. Mazarine Pingeot se plaint du permis de conduire qu’elle doit repasser. « Faut être sorti de Polytechnique pour repasser le code, j’ai abandonné… », constate la normalienne.
Joyeux anniversaire
On débat aussi du Salon du livre de Paris. Les filiales d’Hachette Livre Grasset et Stock n’ont pas envie de s’y rendre cette année ; elles ne veulent plus déplacer leurs auteurs pour des lecteurs qui préfèrent faire des selfies qu’acheter des livres. A la table voisine, l’auteur de polar et spécialiste de la géographie électorale Michel Bussi loue a contrario les joies des rassemblements en province, Brive, Nancy ou Quais du Polar, à Lyon. Il vit à Rouen. Est-ce parce qu’il respire loin de Paris qu’il sourit tout le temps en parlant, et ne dit pas de mal de ses contemporains ?
A la poire, servie en dessert, débarque une jeune femme qui vient s’asseoir entre Jean-Christophe Rufin et Antoine Gallimard. C’est la fille du romancier diplomate. Elle fête ses 23 ans ; son père, sans doute culpabilisé, l’a attirée là pour lui glisser un morceau de gâteau pendant que les serveurs de l’InterContinental lui chantent « Joyeux anniversaire » sous les regards médusés des organisateurs du déjeuner.
Dans son courriel s’excusant de ne pas pouvoir être là, Sylvain Tesson prévenait son hôte. « Et comme je grelotterai à 5 000 mètres d’altitude dans une grotte d’affût, je penserai bien à vous en me disant : “J’aurais mieux fait d’aller rue Scribe.” »



<article-nb="2018/02/13/19-4">
<filnamedate="20180213"><AAMM="201802"><AAMMJJ="20180213"><AAMMJJHH="2018021319">
<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-4"> ¤ L’écrivain, journaliste à « L’Obs » et au « Masque et la Plume », poursuit sa quête de soi et du temps effacé, commencée il y a vingt ans. Ses aïeux, dont deux médecins, sont au cœur du « Syndrome de Garcin ».
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-4"> ¤                     
                                                   
édition abonné


Jérôme Garcin : « Faire revenir ceux qui ne sont plus »

L’écrivain, journaliste à « L’Obs » et au « Masque et la Plume », poursuit sa quête de soi et du temps effacé, commencée il y a vingt ans. Ses aïeux, dont deux médecins, sont au cœur du « Syndrome de Garcin ».



Le Monde
 |    11.02.2018 à 09h00
 • Mis à jour le
12.02.2018 à 09h18
    |

                            Xavier Houssin (Collaborateur du « Monde des livres »)








                        



                                


                            
Le Syndrome de Garcin, de Jérôme Garcin, Gallimard, 160 p., 14,50 €.

La photographie est posée en évidence dans le salon. Le portrait, de tête, d’un cheval à la robe claire, balançant au vent, d’un mouvement d’encolure, un long toupet, une abondante crinière. Et on le reconnaît. N’est-ce pas Danseur, le lusitanien ­d’Anne-Marie, son épouse ? Jérôme Garcin sourit. Du coup, on cherche des yeux, près de clichés de famille, celle d’Eaubac, son trotteur français. Juste parce que revient en mémoire cette phrase de Théâtre intime (Gallimard, 2003) : « Désormais, dans nos vies, dans notre vie, il y aurait, pour donner de l’allégresse, de l’altitude et du défi, Danseur et Eaubac, le gris et le bai, (…) deux presque contemporains, deux voisins de box – huit jambes pour la grande aventure. Le prolongement d’un couple, une manière, peut-être, de consécration. »
Théâtre intime pourrait d’ailleurs être un titre générique à l’œuvre de Garcin, tant il y fait confidence de ses sentiments, de ses questionnements, de ses longs chagrins et de ses joies soudaines. Du passé difficile, de la fragilité du présent. Cela affleure dans tous ses livres (une trentaine), romans, essais, dialogues, correspondance. Cela s’énonce dans son journal (Cavalier seul, Gallimard, 2006), et fait la trame et le fil de ses récits. Il vient d’en publier un nouveau, Le Syndrome de Garcin, histoire de filiation et d’origines où, héritier de toute une dynastie de médecins qui l’ont précédé, à commencer par ses deux grands-pères, il s’interroge sur la transmission, les ruptures, la disparition. Et l’oubli. Là, davantage encore, le théâtre intime devient théâtre d’ombres. « L’important, dit-il, est de faire revenir, exister à nouveau, ceux qui ne sont plus. »
Pratique équestre
Depuis La Chute de cheval (Gallimard, 1998), Jérôme Garcin n’a cessé de poursuivre...




                        

                        


<article-nb="2018/02/13/19-5">
<filnamedate="20180213"><AAMM="201802"><AAMMJJ="20180213"><AAMMJJHH="2018021319">
<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-5"> ¤ Pour « La Matinale du Monde », l’écrivain, Goncourt en 2013, explique qu’il n’a plus douté après la rencontre avec sa seconde femme, Pascaline.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-5"> ¤                     


Article sélectionné dans La Matinale du 10/02/2018
Découvrir l’application


                           
édition abonné


Pierre Lemaitre : « Je suis né à 50 ans »

Pour « La Matinale du Monde », l’écrivain, Goncourt en 2013, explique qu’il n’a plus douté après la rencontre avec sa seconde femme, Pascaline.



Le Monde
 |    11.02.2018 à 06h37
 • Mis à jour le
11.02.2018 à 15h46
    |

            Sandrine Blanchard








                        



                                


                            

En 2013, Pierre Lemaitre recevait le prix Goncourt pour Au revoir là-haut (Albin Michel). Le premier volet d’une trilogie dont il vient de publier la suite. Avec Couleurs de l’incendie, l’écrivain poursuit son exploration de l’entre-deux-guerres.
Je ne serais pas arrivé là si…
Si je n’avais pas rencontré Pascaline, en 2000. Grâce à elle, je suis né à 50 ans. J’ai l’impression d’avoir pris un retard à la naissance et toute ma vie d’avoir couru après. Cette femme a changé ma vie. Tous mes romans lui sont dédiés.
Est-ce la première personne qui ait cru en vous en tant que romancier ?
Oui. Il y a une phrase de Barbey d’Aurevilly (1808-1889), qui dit citer Mahomet, que j’aime beaucoup : « J’ai aimé des femmes plus jeunes et plus belles mais personne comme elle car elle croyait en moi alors que personne n’y croyait. » Je ne pourrais pas le dire mieux.
Comment l’avez-vous rencontrée ?
J’enseignais la littérature à des bibliothécaires. Elle participait à l’un de mes séminaires. A cette époque, j’étais marié avec une femme que j’aimais. Mais Pascaline a créé un raz de marée dans ma vie. Deux ou trois ans plus tard, j’ai divorcé et nous nous sommes mariés.
Et elle a découvert un de vos manuscrits…
Non. Elle savait que j’écrivais, je lui en parlais, mais je refusais de lui donner à lire parce que j’étais un homme très facilement envahi par le doute. Grande lectrice et experte en tant que bibliothécaire, je craignais que son jugement soit sans appel. Et puis, in fine, en 2005, je lui donne un texte. Elle le lit et dit sans forfanterie : « Il faut le terminer parce que ce livre va être publié. » C’était mon polar intitulé Travail soigné. Je me croyais malchanceux, elle m’a dit que j’étais talentueux. Ça change tout !
Quelle a été votre réaction lorsque Pascaline vous a prédit que...




                        

                        


<article-nb="2018/02/13/19-6">
<filnamedate="20180213"><AAMM="201802"><AAMMJJ="20180213"><AAMMJJHH="2018021319">
<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-6"> ¤ « La Matinale du Monde » publie tous les dimanches le strip « Leumonde.fr » d’Antoine Marchalot.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-6"> ¤                     


Article sélectionné dans La Matinale du 10/02/2018
Découvrir l’application


                        

Leumonde.fr, par Antoine Marchalot (épisode 88)

« La Matinale du Monde » publie tous les dimanches le strip « Leumonde.fr » d’Antoine Marchalot.



Le Monde
 |    11.02.2018 à 06h34
 • Mis à jour le
11.02.2018 à 07h02
   





                        



   





                            


                        

                        


<article-nb="2018/02/13/19-7">
<filnamedate="20180213"><AAMM="201802"><AAMMJJ="20180213"><AAMMJJHH="2018021319">
<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-7"> ¤ L’écrivain racontait, dans « Le Dossier M, livre 1 » (prix Décembre 2017), une histoire d’amour qui tournait court. Le « Livre 2 » évoque la difficile décennie qui s’en est suivie. Retour sur une aventure littéraire hors du commun.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-7"> ¤                     
                                                   
édition abonné


Grégoire Bouillier  : « “Le Dossier M” est animé par un sentiment de liberté »

L’écrivain racontait, dans « Le Dossier M, livre 1 » (prix Décembre 2017), une histoire d’amour qui tournait court. Le « Livre 2 » évoque la difficile décennie qui s’en est suivie. Retour sur une aventure littéraire hors du commun.



Le Monde
 |    10.02.2018 à 09h00
 • Mis à jour le
11.02.2018 à 07h42
    |

                            Florence Bouchy (Collaboratrice du « Monde des livres »)








                        



                                


                            
Le Dossier M, livre 2, de Grégoire Bouillier, Flammarion, 870 p., 24,50 €.

Publié en août 2017 (et récompensé par le prix Décembre), Le Dossier M, livre 1 pouvait laisser au lecteur un sentiment d’achèvement : de la rencontre à la séparation, l’histoire de son amour (impossible) pour M, analysée durant près de 900 pages par Grégoire Bouillier (né en 1960), semblait avoir été menée jusqu’à son terme. Le livre ouvrait néanmoins une perspective peu réjouissante : Grégoire Bouillier entendait une voix le condamner à « dix ans de malheur. Une peine de dix ans. Un chagrin décennal ». Le Livre 2, qui vient de paraître, fait de ce long tunnel expiatoire la matière de son écriture. Lorsqu’on retrouve l’écrivain dans un café de Montparnasse, il lit Le Monde du 31 janvier 2018 et s’enthousiasme pour l’article consacré au livre du médecin américain Robert Lustig : The Hacking of The American Mind (Penguin, 2017, non traduit).
Vous avez l’impression que cet article scientifique entre en écho avec « Le Dossier M » ?
Oui, c’est vraiment génial ! On savait depuis longtemps que, dans le circuit neuronal de la récompense, il y a celui lié à la sérotonine, qui correspond à un état de bien-être et de bonheur, continu, et celui lié à la dopamine, lié au plaisir plus immédiat, discontinu. Mais ce que je découvre dans cet article, c’est qu’en fait il y a antagonisme. L’activation d’un circuit empêche celle de l’autre. Je réalise que le Livre 1 du Dossier M est sous sérotonine, et le Livre 2 sous dopamine. Dans le Livre 1, le narrateur est amoureux, il nage dans un état de bonheur, même si l’issue déçoit ses attentes. Dans le Livre 2, le bonheur lui a été retiré, et il cherche l’intensité dans les conduites addictives, le sexe aussi bien que le poker, l’alcool aussi bien que le visionnage intensif de séries....




                        

                        


<article-nb="2018/02/13/19-8">
<filnamedate="20180213"><AAMM="201802"><AAMMJJ="20180213"><AAMMJJHH="2018021319">
<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-8"> ¤ Chaque samedi, « La Matinale du Monde » publie un strip de la dessinatrice Nancy Pena.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-8"> ¤                     


Article sélectionné dans La Matinale du 09/02/2018
Découvrir l’application


                        

« Le chat Madame, grand reporter », par Nancy Pena (épisode 33)

Chaque samedi, « La Matinale du Monde » publie un strip de la dessinatrice Nancy Pena.



Le Monde
 |    10.02.2018 à 06h35
 • Mis à jour le
11.02.2018 à 07h32
   





                        



   





                            


                        

                        


<article-nb="2018/02/13/19-9">
<filnamedate="20180213"><AAMM="201802"><AAMMJJ="20180213"><AAMMJJHH="2018021319">
<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-9"> ¤ Au sud du Sahara, des éditeurs du continent se démènent pour toucher le lectorat local et faire contrepoids à l’offre de livres en provenance d’Europe.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-9"> ¤         

Enquête

La littérature africaine s’édite (aussi) en Afrique

Au sud du Sahara, des éditeurs du continent se démènent pour toucher le lectorat local et faire contrepoids à l’offre de livres en provenance d’Europe.

Par                Kidi Bebey (contributrice Le Monde Afrique)



LE MONDE
              datetime="2018-02-09T15:51:17+01:00"

        Le 09.02.2018 à 15h51

     •
              itemprop="dateModified"
          datetime="2018-02-09T18:28:02+01:00"

        Mis à jour le 09.02.2018 à 18h28






    
A Conakry, en Guinée, le 23 avril 2017. Cette année-là, la ville a été désignée capitale mondiale du livre par l’Unesco.
Crédits : CELLOU BINANI/AFP


L’Afrique, terre d’oralité ? Pas seulement ! Si l’on prend l’exemple du Mali, la littérature y remonte au Moyen-Age. Les manuscrits anciens, préservés des guerres et des invasions, sauvés des velléités djihadistes, sont là pour en attester. « Nous sommes aussi un pays d’écriture, rappelle Ibrahima Aya, le dynamique directeur des éditions Tombouctou. Tout commence par le texte, oralisé certes mais aussi écrit. » C’est pour prolonger ce témoignage historique qu’il a fondé La Rentrée littéraire du Mali, un festival réunissant du 17 au 24 février, à Bamako, auteurs, éditeurs et amoureux du livre à l’occasion de sa dixième édition.
Vu d’Europe, ce qu’on appelle aujourd’hui « littérature africaine » est généralement constitué de textes d’auteurs originaires d’Afrique subsaharienne et publiés chez des éditeurs européens. Une diffraction qui, à force, peut donner le sentiment que là où l’on ne regarde pas, il ne se passe pas grand-chose, ou alors rien de bien intéressant. La Rentrée littéraire du Mali, dont les acteurs sont pour la plupart inconnus de la sphère parisienne, permet de modifier cette vision. Car les littératures produites sur le continent africain existent bel et bien, ainsi que des acteurs du livre allant des auteurs aux libraires, en passant par les éditeurs, qui, pour certains, affichent des ambitions très fortes malgré d’importantes difficultés.

        Lire aussi :
         

                Véronique Tadjo : « Il est grand temps d’inscrire la littérature du Sud dans l’imaginaire francophone occidental »



Pour eux, en réalité, « se faire reconnaître par le Nord n’est pas du tout le premier enjeu ». C’est ce que souligne Sulaiman Adebowale, fondateur en 2008 des éditions Amalion au Sénégal :
« Si on réfléchit en ces termes, même l’édition française, malgré son importance, demeure à l’ombre d’une édition anglophone bien plus importante encore dans le monde. Certes, New York, Londres ou Paris sont devenus des pôles tels que toute l’industrie du livre a les yeux rivés sur eux, mais cela ne signifie pas que les autres n’existent pas. Il y a pléthore de maisons qui ne se focalisent pas sur leur visibilité à Paris et que cela n’intéresse même pas ! Pour nous, éditeurs africains, l’enjeu est avant tout de produire des livres de qualité émanant d’une chaîne du livre professionnelle et de faire en sorte que nos livres atteignent nos marchés afin que nous en tirions des bénéfices. »
Piraterie éditoriale
Produire, toucher son public et faire vivre sa maison d’édition. Trois points clés que précède, pour tous, une autre problématique d’importance : celle des moyens. Une grande disparité marque à ce titre la mosaïque éditoriale d’Afrique francophone, entre des maisons reconnues, installées dans la durée, et des structures beaucoup plus fragiles se risquant à des parutions épisodiques. « Nous avons besoin de faire front, c’est pourquoi nous nous sommes regroupés, avec une quarantaine d’éditeurs, au sein de l’OMEL, l’Organisation malienne des éditeurs du livre », explique Hamidou Konaté, son président :
« C’est à la fois un lieu d’échange professionnel et un levier d’action. Grâce à cela, nous avons pu dialoguer avec le gouvernement et obtenir de produire nous-mêmes, depuis le milieu des années 1990, les manuels scolaires qui étaient jusqu’alors historiquement réalisés par des éditeurs européens. »
En Côte d’Ivoire, la manne du livre scolaire contribue également à l’assise financière de quelques éditeurs (Les Classiques ivoiriens, Eburnie…) et leur permet d’ouvrir d’autres pistes de production. Mais ce n’est pas le cas partout.

        Lire aussi :
         

                En Algérie, Barzakh est une bulle d’air littéraire



Au Cameroun, au contraire, les éditeurs locaux sont confrontés à la fois à la concurrence du livre européen – dans les manuels, littérature générale, jeunesse – et à la piraterie éditoriale, qui propose des contrefaçons de livres à moindre coût. Ils doivent aussi trouver des alternatives à la diffusion en librairies, dont le nombre est restreint. Et tout cela sans soutien réel de l’Etat. François Nkémé, patron des éditions Proximité, constate amèrement :
« Comme d’autres pays, le Cameroun n’a pas encore de politique du livre claire et efficace. On sait pourtant que le développement de nos pays passe aussi par le livre… Mais on a l’impression que les choses ne bougent pas. »
Ouvrir de nouveaux marchés est donc vital pour François Nkémé :
« Tous les acheteurs m’intéressent, qu’ils soient au Cameroun, en Inde ou en Chine ! Mais la plupart du temps, les livres du Nord arrivent très facilement ici, alors que notre production a toutes les difficultés du monde à remonter du Sud. »
De son côté, Dramane Boaré, le directeur général des Classiques ivoiriens, travaille activement à opposer des contrepoids à cette offre éditoriale européenne si envahissante. Il s’est organisé pour exporter ses livres dans l’ensemble de l’espace francophone, France y compris, en s’associant avec L’Oiseau indigo et Bookwitty. Le partenariat avec cette double structure de diffusion a déjà permis « un premier accroissement de nos ventes dans les pays du Nord », se réjouit-il : 
« Et l’objectif, dans les mois et années qui viennent, est de diffuser nos livres vers les publics des pays africains, dans un sens Sud-Sud. »
Il est en effet difficile de trouver un livre camerounais à Dakar ou un livre malien à Lomé. Un éditeur comme Amalion mise pour cette raison sur la publication en français ou en anglais, selon le potentiel de diffusion de chaque ouvrage.
Un dynamisme flagrant
A ces questions techniques s’ajoutent, ces dernières années, les caisses de résonance du livre que sont les festivals, foires mais aussi distinctions attribuées à travers le continent. Les prix littéraires africains fleurissent et gagnent en visibilité. Ainsi le prix Ivoire, décerné en 2017 à l’écrivain malgache Johary Ravaloson, le prix Ahmed-Baba, créé au Mali pour consacrer une œuvre de fiction éditée en Afrique, ou encore le tout récent prix Williams-Sassine en Guinée, parmi bien d’autres, s’efforcent d’encourager l’écriture, la littérature et l’édition africaine et, autant que possible, d’en doper les ventes.
L’édition africaine réussira-t-elle ainsi à se développer et à se faire valoir ? Du moins ses difficultés chroniques ne sont-elles pas parvenues, jusqu’à présent, à anéantir la volonté des auteurs d’écrire et de raconter l’Afrique aussi bien que le monde. Le dynamisme est flagrant dans un pays comme la Côte d’Ivoire, où, sur 45 maisons d’édition officielles, une bonne douzaine ont le vent en poupe, portées notamment par la demande du public pour des livres adaptés à l’environnement et aux réalités locales.

        Lire aussi :
         

                « La littérature africaine s’ouvre au monde, parle au monde, tout en étant ancrée dans le continent »



Dramane Boaré, des Classiques ivoiriens :
« En jeunesse, on arrive à produire des ouvrages de bien meilleure qualité que par le passé, avec des prix ajustés et accessibles. Et surtout des produits attendus par le marché. Les parents sont prêts aujourd’hui à mettre les moyens nécessaires pour que leurs enfants aient des livres qui leur correspondent et les aident réellement à grandir. Nous avons remplacé Blanche-Neige par des contes africains, les albums et romans français par des histoires du quotidien qui se passent en Côte d’Ivoire et qui ressemblent à ce qu’un enfant malien ou sénégalais peut vivre… »
L’imagination des éditeurs africains est leur atout majeur. Ainsi Koffivi Assem, au Togo, adosse-t-il Ago, sa maison d’édition, sur les revenus de son agence Ago Média. « A nous de trouver la forme d’édition qui correspondra à notre public », dit l’éditeur, qui s’apprête à lancer une série de superhéros africains en bandes dessinées.
En créant sa maison en 2005 à Yaoundé, François Nkémé avait quant à lui l’intention de faire émerger de nouveaux talents, tout en éditant lui aussi des livres de jeunesse car, dit-il, « je crois tout simplement que c’est l’avenir : si on ne forme pas des lecteurs dès le plus jeune âge, on ne les retrouvera pas ensuite à l’âge adulte ».
« Complaisance et médiocrité »
Miser sur la jeunesse ? Sur le livre numérique ? Sur la BD ? Sur la diversité des langues ? Pour l’auteur togolais Sami Tchak, l’urgence ne se situe pas dans ces perspectives de développement, mais bien dans la qualité à accorder aux productions. A ses yeux, se satisfaire de l’augmentation du nombre d’éditeurs et de publications « revient à omettre la réalité des contenus, qui est alarmante » : 
« Que l’on soit un écrivain ou simplement un lecteur exigeant, on sait que certaines structures ne sont pas des maisons dignes de ce nom mais fonctionnent à partir de subventions et/ou de participations financières des auteurs. Le fait qu’il n’y ait pas de véritable critique littéraire ni de sanction du public conduit à la complaisance et à la médiocrité. Or un contexte d’émulation à tous les niveaux de la chaîne du livre serait important. Les éditeurs d’Afrique du Nord le prouvent bien, qui nous fournissent des auteurs et des productions de qualité, comme celles de la maison Elyzad à Tunis. Débarrassées de la pollution éditoriale qui les discrédite, les maisons africaines pourraient arriver aux mêmes résultats ! »

        Lire aussi :
         

                Serie Negra, l’aventure sur papier des contes casamançais



Attaché à une vision transversale de la situation, Sulaiman Adebowale demeure optimiste : 
« Depuis 2008, je publie chez Amalion de la littérature et des essais scientifiques. Je peux vous dire que les Africains ont encore des milliers de pages à écrire et bien qu’il se crée fréquemment de nouvelles maisons d’édition, elles ne suffisent même pas à absorber ce potentiel. »
Gageons que parmi ces pages se glisseront bientôt les écrits d’auteurs à succès de la diaspora, désireux de contribuer à cette édition africaine continentale.


<article-nb="2018/02/13/19-10">
<filnamedate="20180213"><AAMM="201802"><AAMMJJ="20180213"><AAMMJJHH="2018021319">
<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-10"> ¤ Albert Camus et Maria Casarès, Simone de Beauvoir et Nelson ­Algren, Paul Valéry et Jeanne Loviton ont tous vu leurs échanges amoureux édités. Comment expliquer l’emballement des ventes de ces livres ?
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-10"> ¤                
                                       
édition abonné


Lettres à l’aimé(e), succès d’édition


                      Albert Camus et Maria Casarès, Simone de Beauvoir et Nelson ­Algren, Paul Valéry et Jeanne Loviton ont tous vu leurs échanges amoureux édités. Comment expliquer l’emballement des ventes de ces livres ?



Le Monde
 |    09.02.2018 à 15h21
 • Mis à jour le
09.02.2018 à 16h33
    |

                            Florence Bouchy (Collaboratrice du « Monde des livres »)








                              

                        

Croisée au Festival de la biographie de Nîmes, où elle dédicaçait fin janvier Barbara, notre plus belle histoire d’amour (Tallandier, 2017), la romancière Kéthévane Davrichewy partageait spontanément son dernier enthousiasme littéraire. Ainsi que plus de 43 000 lecteurs, elle se délectait de la volumineuse correspondance amoureuse qu’ont entretenue Albert Camus et la comédienne Maria Casarès, publiée en octobre 2017 par les éditions Gallimard. Comme pour les Lettres à Anne (1962-1995) (Gallimard, 2016), rassemblant en un épais volume les missives de François Mitterrand à Anne Pingeot, et vendu à 80 000 exemplaires, un record au regard des chiffres de vente habituels des correspondances littéraires, dont les éditeurs se disent généralement satisfaits s’ils atteignent les 3 000 exemplaires.
Il faut remonter à la publication des lettres de Simone de Beauvoir à Nelson Algren (Lettres à Nelson Algren, Un amour transatlantique (1947-1964), Gallimard, 1997) pour observer un phénomène du même ordre : les lettres de la compagne de Sartre à son amant américain s’étaient écoulées à 25 000 exemplaires en grand format, avant de connaître un nouveau succès en édition de poche.
« Du romanesque très haut de gamme »
La qualité littéraire de ces correspondances justifie pleinement l’emballement autour de ces recueils. Pour Kéthévane Davrichewy, « c’est du romanesque très haut de gamme ». La fascination qu’exercent ces longs et volumineux échanges tient aussi, sans doute, au fait qu’ils donnent « accès à des paroles amoureuses qu’on n’a plus l’habitude d’entendre et encore moins de formuler aujourd’hui, quand on ne communique plus avec son conjoint ou son amant que par SMS. Il y a des choses qu’on ne dit plus sur le sentiment amoureux, qu’on ne peut plus, de fait, se dire ». Mais la beauté de la plume des amants n’explique pas tout. Les lettres de Nabokov à sa femme (Lettres à Véra, Fayard, 2017), publiées en...




<article-nb="2018/02/13/19-11">
<filnamedate="20180213"><AAMM="201802"><AAMMJJ="20180213"><AAMMJJHH="2018021319">
<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-11"> ¤ Journaliste, éditrice et écrivaine, elle fut une militante infatigable de la littérature de jeunesse comme genre à part entière.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-11"> ¤                     
                                                   
édition abonné


Henriette Bichonnier, auteure du livre jeunesse « Le Monstre poilu », est morte

Journaliste, éditrice et écrivaine, elle fut une militante infatigable de la littérature de jeunesse comme genre à part entière.



Le Monde
 |    08.02.2018 à 14h55
 • Mis à jour le
08.02.2018 à 16h07
    |

                            Philippe-Jean Catinchi








                        



                                


                            
Journaliste, éditrice et surtout auteure jeunesse au succès phénoménal, Henriette Bichonnier est morte le 20 janvier à l’âge de 74 ans.
Née à Clermont-Ferrand le 27 juin 1943, Henriette Bichonnier grandit au grand air, dans les campagnes des alentours lyonnais, plaine du Forez et Beaujolais. Un cadre qui s’avérera décisif pour l’inspiration des histoires et des contes qu’elle devait composer. Etudiante, elle entreprend des études de langue et de lettres modernes à Lyon, enseigne un temps à Saint-Etienne mais se consacre bientôt à l’écriture pour les jeunes, convaincue que la maîtrise et le goût de la lecture sont les clés de leur réussite.
L’essor de la presse jeunesse lui permet de faire ses premières armes dans le groupe Bayard, collaborant dès 1971 à Pomme d’Api, magazine pour les 3-7 ans, créé en 1966, et à l’hebdomadaire Lisette, destiné aux filles de 7 à 15 ans (éd. de Montsouris), où elle s’essaie au scénario de la BD en 1972, offrant ses premières planches à François Bourgeon, bien avant Les Passagers du vent, saga qu’il entreprend seul dès 1979. Le duo participe ainsi au lancement chez Fleurus de Djin, en octobre 1974, hebdomadaire adressé également aux lectrices en herbe.
Un engagement de terrain
Mais l’action d’Henriette Bichonnier est déjà avant tout un engagement de terrain. A La Ricamarie, dans la Loire, zone défavorisée qu’elle connaît bien, plus tard dans le Nord-Pas-de-Calais, miné par sa brutale désindustrialisation, elle agit en bénévole contre l’illettrisme, associant adultes et enfants, bibliothécaires et enseignants, pour ancrer plus sûrement une acquisition du langage qui reste sa priorité. Interventions, débats, forums, tout est bon pour diffuser son credo – elle contribuera encore en Sorbonne en 1990 aux entretiens Nathan, rendez-vous de chercheurs concernés par les pratiques pédagogiques et praticiens désireux d’en analyser les stratégies.
Dans l’intervalle, Henriette Bichonnier...




                        

                        


<article-nb="2018/02/13/19-12">
<filnamedate="20180213"><AAMM="201802"><AAMMJJ="20180213"><AAMMJJHH="2018021319">
<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-12"> ¤ Cette série où un ado descendant de ninjas combat des démons ravira les amateurs indéfectibles du manga d’aventure initiatique.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-12"> ¤                     
                                                

« Black Torch » : un manga peu original mais loin d’être fumeux

Cette série où un ado descendant de ninjas combat des démons ravira les amateurs indéfectibles du manga d’aventure initiatique.



Le Monde
 |    08.02.2018 à 12h10
 • Mis à jour le
08.02.2018 à 14h03
    |

            Pauline Croquet








                        



   


Est-il possible de reprendre un même patron de scénario et d’en coudre un récit original ? Difficile de répondre à l’issue d’un seul tome, mais Black Torch, paru jeudi 8 février, devra relever un défi majeur : faire aussi bien que le blockbuster Bleach, que ce nouveau manga rappelle étrangement en narrant le parcours d’un adolescent surpuissant et loyal qui combat des entités maléfiques.
Première série du mangaka trentenaire Tsuyoshi Takaki, Black Torch commença d’ailleurs à paraître au Japon en 2016 dans la même écurie, la maison d’édition Shueisha, au moment où Bleach écumait ses derniers chapitres et dont le final « bâclé » après quinze ans de bons et loyaux services avait provoqué la colère de nombreux fans.

   


Pas de surprise, donc à la lecture des premières pages. Le lecteur fait connaissance avec Jiro, un jeune descendant de ninjas un peu paumé qui touche sa bille en arts martiaux. L’adolescent qui a bon fond possède aussi la faculté de communiquer avec les animaux. C’est en portant secours à des bêtes du quartier qu’il va se retrouver dans les pattes de mononokes, des démons anthropophages. Pour le défendre, Rago, un mononoke repenti sous les traits d’un chat noir, va fusionner avec Jiro. Pris en étau entre le clan des démons, auquel il appartient désormais, et celui des humains exorcistes, le héros devra trouver une issue impossible.

   


Récit classique de destinée de combattants, Black Torch se différencie toutefois par sa vision contemporaine des ninjas et de l’exorcisme. Pas de sabres ni de tenues traditionnelles, un code d’honneur sans leçon de morale, le premier tome ne tergiverse pas et offre des combats urbains nerveux. Les personnages sont bien esquissés et ont du caractère sous le crayon de Tsuyoshi Takaki, qui soigne aussi l’apparence des monstres secondaires. Très plaisant à parcourir, Black Torch laissera toutefois peut-être de marbre les lecteurs las des scénarios d’action classique.

   


Black Torch, de Tsuyoshi Takaki, traduction de Sébastien Ludmann, tome I le 8 février 2018, éditions Ki-oon, 192 pages, 6,90 euros.



                            


                        

                        


<article-nb="2018/02/13/19-13">
<filnamedate="20180213"><AAMM="201802"><AAMMJJ="20180213"><AAMMJJHH="2018021319">
<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-13"> ¤ Claro embauche l’auteure de « Poétique de l’emploi », Noémi Lefebvre, sur le champ.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-13"> ¤                     
                                                   
édition abonné


Le feuilleton. Dire, détruit-elle

Claro embauche l’auteure de « Poétique de l’emploi », Noémi Lefebvre, sur le champ.



Le Monde
 |    08.02.2018 à 07h45
 • Mis à jour le
08.02.2018 à 09h44
    |

                            Claro (Ecrivain et traducteur)








                        



                                


                            
Poétique de l’emploi, de Noémi Lefebvre, Verticales, 112 p., 12 €.

L’air du temps est-il ­soluble dans la prose ? Pour certains écrivains, c’est une évidence, il suffit de transformer le livre en poste de radio ou en photocopieuse, de retransmettre ou de reproduire, bref, de ménager un espace aux informations qui, paraît-il, font le réel. Ce qui se passe dehors n’a qu’à passer sur la page, y déposer au mieux son ombre, quelques plis suffiront pour donner l’impression que tout n’est pas lisse alors même qu’on décalque. D’où, souvent, à la lecture des romans épris de contemporain, une impression de pénible transfusion, le sentiment d’un compromis bâclé et malhabile entre toile de fond et coup de crayon. On ressent un malaise dans l’écriture là où on espérait une écriture du malaise.
L’air du temps ? Dira-t-on qu’il est toxique, névrotique, fasciste ? Qui le dira ? Un personnage ? Une voix soigneusement tendue entre deux guillemets ? Fabrice del Dongo ou Bardamu ? Plutôt que de trancher tout de suite, faisons comme Noémi Lefebvre dans Poétique de l’emploi et partons gaiement de la constatation suivante : « Il règne en ce moment quelque durcissement qui influe sur tout le monde. » C’est une phrase écrite par le philologue Victor Klemperer (1881-1960), extraite de son livre LTI, la langue du IIIe Reich (Albin Michel, 1996). Mais c’est désormais une phrase de Poétique de l’emploi, un énoncé qui refuse de se dissoudre, une indispensable arête coincée dans la gorge du livre. Qui n’empêche ni de rire ni de penser, loin de là. Bon, il est temps d’aller à Lyon, où un dialogue entre père et fille nous attend.
« Il n’y a pas beaucoup de poésie en ce moment, j’ai dit à mon père. » C’est le deuxième constat, mais c’est sans doute le même que faisait Klemperer. Et ce qu’essaie de dire la narratrice à son père. Il n’y a pas beaucoup d’emploi non plus. En...




                        

                        


<article-nb="2018/02/13/19-14">
<filnamedate="20180213"><AAMM="201802"><AAMMJJ="20180213"><AAMMJJHH="2018021319">
<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-14"> ¤ La chronique de Leïla Slimani, à propos de « Débâcle », de Lize Spit.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-14"> ¤                     
                                                   
édition abonné


Premier roman. Jeux interdits

La chronique de Leïla Slimani, à propos de « Débâcle », de Lize Spit.



Le Monde
 |    08.02.2018 à 07h45
    |

                            Leïla Slimani (Ecrivaine)








                        


                                                        
Débâcle (Het Smelt), de Lize Spit, traduit du néerlandais (Belgique) par Emmanuelle Tardif, Actes Sud, 432 p., 23 €.
Lors de sa parution, Débâcle, de Lize Spit, a été un véritable coup de tonnerre dans le paysage littéraire belge et néerlandais. La jeune et jolie romancière flamande est en quelque sorte une anti-Elena Ferrante. Elle livre ici une fable d’une incroyable cruauté sur l’amitié et l’adolescence. On ressort de ce livre bousculé, un peu nauséeux, presque honteux d’avoir assisté, impuissant, à des scènes d’une telle violence.
Tout commence par une lettre que reçoit Eva, la narratrice installée à Bruxelles. L’enveloppe, « affranchie à l’excès », contient une étrange invitation : « C’est ce mois-ci que Jan aurait fêté son trentième anniversaire mais aussi que nous inaugurons notre site de production laitière. » Il n’en faut pas plus pour convaincre la jeune femme d’emprunter l’autoroute vers son village d’enfance où, treize ans plus tôt, un drame a eu lieu. Le roman est construit sur ce rythme de balancier entre le présent, qui défile d’heure en heure, et l’été 2002, où tout a basculé. Ce qui pourrait n’être qu’un procédé monotone devient un habile moyen de faire monter la tension et d’accélérer le suspense jusqu’à une fin d’une noirceur magistrale.
Fragilité physique et morale
Eva est née en 1988, comme Laurens et Pim. Cette année-là, il n’y a eu que trois naissances au village, ce qui a obligé Mlle Béatrice, la directrice de l’école, à créer une classe annexe pour les inséparables. Pendant toute leur petite enfance, ils seront assis côte à côte, au fond de la classe. Mais l’adolescence survient et avec elle, le désir, la solitude, le besoin d’être vu. Lize Spit décrit avec un réalisme extraordinaire cette période de la vie où le corps et ses transformations deviennent obsessionnels.
La vie des adolescents est rythmée par les jeux interdits de plus...




                        

                        


<article-nb="2018/02/13/19-15">
<filnamedate="20180213"><AAMM="201802"><AAMMJJ="20180213"><AAMMJJHH="2018021319">
<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-15"> ¤ Vincent Bernard explique comment l’officier quelconque est devenu généralissime des armées de l’Union pendant la guerre de Sécession puis président des Etats-Unis.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-15"> ¤                     
                                                   
      

Biographie. La ­fulgurante ascension d’Ulysses S. Grant

Vincent Bernard explique comment l’officier quelconque est devenu généralissime des armées de l’Union pendant la guerre de Sécession puis président des Etats-Unis.



Le Monde
 |    08.02.2018 à 07h30
 • Mis à jour le
08.02.2018 à 07h41
    |

                            André Loez (Historien et collaborateur du « Monde des livres »)








                        


Ulysses S. Grant. L’étoile du Nord, de Vincent Bernard, Perrin, 336 p., 23 €.

   


Même dans un univers aussi fluide que la société américaine du XIXe siècle, peu de trajectoires furent plus imprévisibles que celle d’Ulysses S. Grant (1822-1885). Officier quelconque aux vues étroites et aux origines modestes, il fait une campagne sans éclat durant la guerre du Mexique (1846-1848), avant de quitter l’armée entouré de rumeurs sur son alcoolisme supposé. En 1861, à l’orée de la guerre civile, il vit modestement dans l’Illinois, gérant la tannerie familiale, à peine soucieux des bruits de sécession, dans le Sud, qui font suite à l’élection d’Abraham Lincoln – il n’a d’ailleurs pas voté pour lui.
Généralissime
Quatre ans plus tard, le voilà devenu généralissime des armées de l’Union. Chef victorieux, héros national, il reçoit la reddition du sudiste Robert E. Lee à Appomattox. Trois ans après, il est élu président des Etats-Unis. Une ascension fulgurante que viennent ternir les échecs politiques de ses deux mandats (1869-1876) durant la période de la « Reconstruction », marqués par la corruption et par l’incapacité des autorités à concrétiser les promesses d’égalité pour les anciens esclaves noirs émancipés.
Documentée mais d’une écriture convenue (les aperçus psychologiques et l’histoire militaire traditionnelle y ont la part belle), la biographie de Vincent Bernard donne des pistes pour expliquer cet itinéraire hors du commun. Il montre en particulier la rencontre entre les qualités individuelles de Grant, sa détermination, son calme sous le feu, et l’ère des médias de masse qui débute alors. En février 1862, lorsqu’il prend Fort Donelson après avoir exigé la « reddition inconditionnelle » de ses défenseurs, il devient « Unconditional Surrender Grant » par un jeu de mots sur ses initiales qui fait l’enthousiasme des journalistes. Gloire paradoxale pour un homme qui, de son propre aveu, n’aimait pas la guerre.



                            


                        

                        


<article-nb="2018/02/13/19-16">
<filnamedate="20180213"><AAMM="201802"><AAMMJJ="20180213"><AAMMJJHH="2018021319">
<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-16"> ¤ Sophie de Wittelsbach (1805-1872), mère du futur empereur François-Joseph, mérite bien la réhabilitation que fait d’elle Jean-Paul Bled.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-16"> ¤                     
                                                   
      

Biographie. L’archiduchesse Sophie vaut bien Sissi

Sophie de Wittelsbach (1805-1872), mère du futur empereur François-Joseph, mérite bien la réhabilitation que fait d’elle Jean-Paul Bled.



Le Monde
 |    08.02.2018 à 07h30
 • Mis à jour le
08.02.2018 à 09h36
    |

                            Philippe-Jean Catinchi








                        


Sophie de Habsbourg. L’impératrice de l’ombre, de Jean-Paul Bled, Perrin, 312 p., 23 €.

   


Dans ses Mémoires (1929), la comtesse Helene Erdödy rapporte ces propos désenchantés de Sophie de Wittelsbach (1805-1872), duchesse de Bavière puis archiduchesse d’Autriche, mère du futur empereur François-Joseph, qui consacra sa vie à l’ascension de son fils et lui inculqua les valeurs dont ce prince Habsbourg ne se départit jamais : « Malheureusement l’histoire ne sera pas faite par ceux qui me connaissent. C’est un sentiment bien amer de penser que les calomnies sur mon compte continueront même au-delà de ma tombe. »
Morte minée par la faillite de l’idéal conservateur qu’elle incarnait, qui ne parvint pas à endiguer les mouvements libéraux et nationalistes menaçant les monarchies autoritaires, comme par la fin tragique de son fils Maximilien, chimérique empereur du Mexique, Sophie, dont le fils épousa Elisabeth de Bavière, plus connue sous le surnom de « Sissi », ne croyait pas si bien dire, tant la « sissimania » lui conféra dans l’esprit de chacun, tout au long du XXe siècle, le rôle ingrat de la « méchante » belle-mère persécutant la princesse rebelle.
Habsbourg d’esprit sinon de sang
Il était temps de réviser cette image. Fin connaisseur de la dynastie des Habsbourg, Jean-Paul Bled s’y attelle avec sérieux. Fort de l’étude de la correspondance de la dame, qui prit longtemps sa mère, la reine Caroline, comme confidente, puis du journal qu’elle tint après la mort de celle-ci, il dégage la figure d’une femme qui sut patienter, implacablement attachée à ses convictions comme au bonheur de ses enfants et qui, jamais impératrice en titre, le fut dans les esprits. Elle se montra assez « Habsbourg » pour qu’on excuse le biographe, qui lui donne, dans le titre de son livre, un nom qui ne fut jamais le sien, d’inscrire cette Wittelsbach, fille du roi de Bavière, dans la prestigieuse lignée qui l’adopta.



                            


                        

                        


<article-nb="2018/02/13/19-17">
<filnamedate="20180213"><AAMM="201802"><AAMMJJ="20180213"><AAMMJJHH="2018021319">
<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-17"> ¤ Dans « “Je”. Une traversée des identités », la philosophe et psychanalyste plaide pour le moi comme secret et comme liberté.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-17"> ¤                     
                                                   
édition abonné


Clotilde Leguil défend le « je » à l’ère du narcissisme de masse

Dans « “Je”. Une traversée des identités », la philosophe et psychanalyste plaide pour le moi comme secret et comme liberté.



Le Monde
 |    08.02.2018 à 07h30
    |

                            Florent Georgesco








                        



                                


                            
« Je ». Une traversée des identités, de Clotilde Leguil, PUF, 240 p., 17 €.

J’existe, c’est une chose entendue. Mais qui suis-je ? Ou plutôt : quel est ce « je » que je suis ? Ou encore : suffit-il d’exister pour être « je » ? Les ennuis viennent vite quand on se mêle d’en savoir un peu plus sur soi-même. Surtout « en ce moment singulier, qui est celui d’un changement de monde » où, comme l’avance la philosophe et psychanalyste Clotilde Leguil dans « Je ». Une traversée des identités, stimulante tentative de mise au point, le goût de soi-même, l’acceptation et le développement de ce qui rend ce « je » unique, ­deviennent des valeurs fantômes, dont on ne comprend même plus ce qu’elles recouvraient au juste.
Son livre est une enquête sur cette disparition. Il répond aux questions classiques dans ce type d’affaires : où, quand, comment ? Mais une autre s’ajoute, plus inhabituelle : le disparu n’est-il pas, en fait, toujours parmi nous ? Il semble même se multiplier, s’infiltrer partout, se revendiquer en permanence, « je » tonitruant des réseaux sociaux, des selfies, des demandes de reconnaissance. C’est le point où Clotilde Leguil apporte la preuve la plus manifeste de l’intérêt de sa démarche, qui consiste à mêler polémique et analyse en se servant de l’un pour approfondir l’autre à chaque étape.

Elle montre ainsi que les formes saillantes de l’expression contemporaine du moi et du « narcissisme de masse » piègent chacun dans le « mirage » du « moi comme image de soi », où il s’agit de se soumettre à une norme transmise de proche en proche et de faire valoir son appartenance au groupe, de construire son identité en fonction de sa capacité à s’emboîter dans l’identité des autres. Ce faisant, elle propose, dans un style vigoureux qui rend la lecture de son essai particulièrement vivante, une forme de théorie par opposition dont ressort...




                        

                        


<article-nb="2018/02/13/19-18">
<filnamedate="20180213"><AAMM="201802"><AAMMJJ="20180213"><AAMMJJHH="2018021319">
<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-18"> ¤ L’éditeur qui a transformé Fayard après être passé par le Seuil, mort en 2015, fascine. François Chaubet explique pourquoi.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-18"> ¤                     
                                                   
      

Biographie. Claude ­Durand, « oblat du livre »

L’éditeur qui a transformé Fayard après être passé par le Seuil, mort en 2015, fascine. François Chaubet explique pourquoi.



Le Monde
 |    08.02.2018 à 07h30
 • Mis à jour le
08.02.2018 à 09h47
    |

            Alain Beuve-Méry








                        


Claude Durand, de François Chaubet, Cerf, 468 p., 29 €.

   


Moins de trois ans après sa disparition, l’éditeur Claude Durand (1938-2015) fait l’objet d’une biographie bien documentée, même si la porte des archives de Fayard est restée close. « L’empereur Claude » avait fait son royaume de cette marque du groupe Hachette. Il y a régné pendant vingt-huit ans et l’a transformée de fond en comble, la modelant à son image : celle d’un éditeur exigeant, tempétueux, d’une grande sensibilité aux injustices du monde, ardent à vouloir changer la société. Il se vivait en redresseur de torts.
Ses années de formation et son premier métier d’instituteur attestent cette ambition. Lecteur, puis éditeur au Seuil de 1958 à 1978, il a trouvé dans cette maison toute la nourriture intellectuelle qu’il recherchait. Il l’a aussi alimentée, avec la célèbre collection « Combats », incarnation de « la diagonale des contestations » qui agitaient alors le monde. Exclu du paradis en 1978, Claude Durand n’aura de cesse qu’il n’ait fait de Fayard un « super-Seuil ».
Un solitaire
Reste une question : pourquoi Claude Durand fascine-t-il autant ? A commencer par son biographe, qui ne cache pas l’empathie que lui inspire son sujet. Selon François Chaubet, un grand éditeur a trois caractéristiques : il accouche de projets ambitieux, est capable de devancer l’actualité, enfin c’est un chef de troupe. De ces trois qualités, « l’oblat du livre » remplit les deux premières.
Quant à la dernière… Claude Durand était un solitaire, très pessimiste sur la nature humaine, même s’il entretenait des relations extrêmement fortes avec une quarantaine d’auteurs et s’il a marqué de sa personnalité une dizaine d’éditeurs : Eric Vigne, Odile Jacob, Olivier Cohen, Henri Trubert, Laurent Beccaria, Olivier Bétourné, Jean-Marc Roberts, Jean-François Colosimo. Tous ont dû s’écarter de lui. Rien ne pousse à l’ombre d’un grand homme.



                            


                        

                        


<article-nb="2018/02/13/19-19">
<filnamedate="20180213"><AAMM="201802"><AAMMJJ="20180213"><AAMMJJHH="2018021319">
<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-19"> ¤ Maurizio Serra pourfend les clichés qui nous ferment l’accès à l’œuvre de l’écrivain italien (1863-1938), dont le mélange de sublime et de morbide se révèle déjà pasolinien.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-19"> ¤                     
                                                   
édition abonné


Biographie. Gabriele D’Annunzio, procès en appel

Maurizio Serra pourfend les clichés qui nous ferment l’accès à l’œuvre de l’écrivain italien (1863-1938), dont le mélange de sublime et de morbide se révèle déjà pasolinien.



Le Monde
 |    08.02.2018 à 07h30
 • Mis à jour le
08.02.2018 à 07h40
    |

            Nicolas Weill








                        



                                


                            
D’Annunzio le magnifique, de Maurizio Serra, Grasset, 704 p., 30 € (en librairie le 14 février).

A première vue, rien de plus kitsch que l’œuvre et la vie de l’écrivain italien ­Gabriele D’Annunzio (1863-1938). Si certaines de nos grands-mères et arrière-grands-mères se pâmaient en couchant dans leurs journaux intimes à couverture maroquinée les mots du poète-comandante (« Le regret est la vaine pâture des esprits oisifs », « J’ai ce que j’ai donné », etc.), on aurait plutôt tendance aujourd’hui à voir en lui un prédateur sexuel, précurseur du fascisme et graphomane mondain, narcissique à souhait, plagiaire à l’occasion, dont l’écriture incarne dans la littérature ce que le style nouille est à l’art. Maurizio Serra, lui, entend pourfendre ces clichés qui nous ferment l’accès à une œuvre majeure dont le mélange de sublime et de morbide se révèle déjà pasolinien. Y parvient-il ?
Le psychologisme de la biographie (« Pourquoi [D’Annunzio] doit-il se venger [des femmes] (…) ? Est-ce pour leur faire payer la résignation de sa mère, face à l’inconduite de Don Ciccilio [son père] ? »), les généralités (« tour à tour pâtre et maçon, pêcheur et chasseur, artisan et moine aux mains calleuses, [D’Annunzio] est également soldat »), voire les stéréotypes (« nature très féminine en cela, il ne sait pas choisir dans sa riche garde-robe ce qui pourra lui servir »), ne servent guère la démonstration. Mais son enthousiasme réussit à rendre cette figure de condottiere 1900 plus complexe et plus intéressante.
Questions de style
D’abord en soulignant la qualité littéraire d’un auteur dont bien des textes restent très lisibles. Tel est le cas de Nocturne (1921 ; Les Transbordeurs, 2008, pour la version française la plus récente), récit magnifique de la première guerre mondiale. Engagé volontaire à plus de 50 ans, D’Annunzio...




                        

                        


<article-nb="2018/02/13/19-20">
<filnamedate="20180213"><AAMM="201802"><AAMMJJ="20180213"><AAMMJJHH="2018021319">
<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-20"> ¤ Avec « Au café existentialiste », l’essayiste britannique propose une histoire du courant philosophique cher à Sartre dans un récit riche et vivant.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-20"> ¤                     
                                                   
édition abonné


Les pépites d’existentialisme de Sarah Bakewell

Avec « Au café existentialiste », l’essayiste britannique propose une histoire du courant philosophique cher à Sartre dans un récit riche et vivant.



Le Monde
 |    08.02.2018 à 07h30
 • Mis à jour le
08.02.2018 à 12h48
    |

                            Céline Henne (Collaboratrice du « Monde des livres »)








                        



                                


                            
Au café existentialiste. La liberté, l’être et le cocktail à l’abricot (At the Existentialist Café. Freedom, Being and Apricot Cocktails), de Sarah Bakewell, traduit de l’anglais par Pierre-Emmanuel Dauzat et Aude de Saint-Loup, Albin Michel, 512 p., 24,90 €.

Il est commun d’aborder les plus grandes idées philosophiques comme des énoncés hors du temps, à vocation universelle. On préfère mettre à distance la trivialité du biographique, qui risque de venir entacher une noble pensée. Pour l’essayiste britannique Sarah ­Bakewell, au contraire, il est bien plus fructueux d’ancrer le discours philosophique dans le contexte d’une époque, et surtout dans celui d’une vie : « Les idées sont intéressantes, mais les gens le sont bien plus. »
Après le succès international de Comment vivre ? Une vie de Montaigne en une question et vingt tentatives de réponse (Albin Michel, 2013), elle s’attaque désormais aux existentialistes. Ces penseurs se prêtent d’autant mieux à ce type de projet qu’ils revendiquent une philosophie centrée sur le vécu – non pas le « je pense » abstrait de Descartes, mais l’expérience concrète et personnelle du monde, des autres et de soi-même : « Les existentialistes habitaient leur monde personnel et historique, comme ils habitaient leurs idées. »
Plutôt que d’écrire un énième manuel de philosophie, Sarah Bakewell préfère donc emmener ses lecteurs au « café existentialiste », pour y faire revivre les idées de ce courant telles qu’elles ont émergé et imprégné la vie de ses auteurs. Elle raconte l’histoire de l’existentialisme dans un récit vivant, pensé comme une « conversation plurilingue et à multiples facettes », dont les principaux protagonistes sont Jean-Paul Sartre et Simone de Beauvoir. Ces derniers sont accompagnés de ceux qui les ont inspirés – en premier lieu, les philosophes allemands ­Husserl et Heidegger – ainsi que de leurs compagnons de...




                        

                        

