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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-1"> ¤ Au sud du Sahara, des éditeurs du continent se démènent pour toucher le lectorat local et faire contrepoids à l’offre de livres en provenance d’Europe.
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Enquête

La littérature africaine s’édite (aussi) en Afrique

Au sud du Sahara, des éditeurs du continent se démènent pour toucher le lectorat local et faire contrepoids à l’offre de livres en provenance d’Europe.

Par                Kidi Bebey (contributrice Le Monde Afrique)



LE MONDE
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        Le 09.02.2018 à 15h51

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        Mis à jour le 09.02.2018 à 18h28






    
A Conakry, en Guinée, le 23 avril 2017. Cette année-là, la ville a été désignée capitale mondiale du livre par l’Unesco.
Crédits : CELLOU BINANI/AFP


L’Afrique, terre d’oralité ? Pas seulement ! Si l’on prend l’exemple du Mali, la littérature y remonte au Moyen-Age. Les manuscrits anciens, préservés des guerres et des invasions, sauvés des velléités djihadistes, sont là pour en attester. « Nous sommes aussi un pays d’écriture, rappelle Ibrahima Aya, le dynamique directeur des éditions Tombouctou. Tout commence par le texte, oralisé certes mais aussi écrit. » C’est pour prolonger ce témoignage historique qu’il a fondé La Rentrée littéraire du Mali, un festival réunissant du 17 au 24 février, à Bamako, auteurs, éditeurs et amoureux du livre à l’occasion de sa dixième édition.
Vu d’Europe, ce qu’on appelle aujourd’hui « littérature africaine » est généralement constitué de textes d’auteurs originaires d’Afrique subsaharienne et publiés chez des éditeurs européens. Une diffraction qui, à force, peut donner le sentiment que là où l’on ne regarde pas, il ne se passe pas grand-chose, ou alors rien de bien intéressant. La Rentrée littéraire du Mali, dont les acteurs sont pour la plupart inconnus de la sphère parisienne, permet de modifier cette vision. Car les littératures produites sur le continent africain existent bel et bien, ainsi que des acteurs du livre allant des auteurs aux libraires, en passant par les éditeurs, qui, pour certains, affichent des ambitions très fortes malgré d’importantes difficultés.

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Pour eux, en réalité, « se faire reconnaître par le Nord n’est pas du tout le premier enjeu ». C’est ce que souligne Sulaiman Adebowale, fondateur en 2008 des éditions Amalion au Sénégal :
« Si on réfléchit en ces termes, même l’édition française, malgré son importance, demeure à l’ombre d’une édition anglophone bien plus importante encore dans le monde. Certes, New York, Londres ou Paris sont devenus des pôles tels que toute l’industrie du livre a les yeux rivés sur eux, mais cela ne signifie pas que les autres n’existent pas. Il y a pléthore de maisons qui ne se focalisent pas sur leur visibilité à Paris et que cela n’intéresse même pas ! Pour nous, éditeurs africains, l’enjeu est avant tout de produire des livres de qualité émanant d’une chaîne du livre professionnelle et de faire en sorte que nos livres atteignent nos marchés afin que nous en tirions des bénéfices. »
Piraterie éditoriale
Produire, toucher son public et faire vivre sa maison d’édition. Trois points clés que précède, pour tous, une autre problématique d’importance : celle des moyens. Une grande disparité marque à ce titre la mosaïque éditoriale d’Afrique francophone, entre des maisons reconnues, installées dans la durée, et des structures beaucoup plus fragiles se risquant à des parutions épisodiques. « Nous avons besoin de faire front, c’est pourquoi nous nous sommes regroupés, avec une quarantaine d’éditeurs, au sein de l’OMEL, l’Organisation malienne des éditeurs du livre », explique Hamidou Konaté, son président :
« C’est à la fois un lieu d’échange professionnel et un levier d’action. Grâce à cela, nous avons pu dialoguer avec le gouvernement et obtenir de produire nous-mêmes, depuis le milieu des années 1990, les manuels scolaires qui étaient jusqu’alors historiquement réalisés par des éditeurs européens. »
En Côte d’Ivoire, la manne du livre scolaire contribue également à l’assise financière de quelques éditeurs (Les Classiques ivoiriens, Eburnie…) et leur permet d’ouvrir d’autres pistes de production. Mais ce n’est pas le cas partout.

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Au Cameroun, au contraire, les éditeurs locaux sont confrontés à la fois à la concurrence du livre européen – dans les manuels, littérature générale, jeunesse – et à la piraterie éditoriale, qui propose des contrefaçons de livres à moindre coût. Ils doivent aussi trouver des alternatives à la diffusion en librairies, dont le nombre est restreint. Et tout cela sans soutien réel de l’Etat. François Nkémé, patron des éditions Proximité, constate amèrement :
« Comme d’autres pays, le Cameroun n’a pas encore de politique du livre claire et efficace. On sait pourtant que le développement de nos pays passe aussi par le livre… Mais on a l’impression que les choses ne bougent pas. »
Ouvrir de nouveaux marchés est donc vital pour François Nkémé :
« Tous les acheteurs m’intéressent, qu’ils soient au Cameroun, en Inde ou en Chine ! Mais la plupart du temps, les livres du Nord arrivent très facilement ici, alors que notre production a toutes les difficultés du monde à remonter du Sud. »
De son côté, Dramane Boaré, le directeur général des Classiques ivoiriens, travaille activement à opposer des contrepoids à cette offre éditoriale européenne si envahissante. Il s’est organisé pour exporter ses livres dans l’ensemble de l’espace francophone, France y compris, en s’associant avec L’Oiseau indigo et Bookwitty. Le partenariat avec cette double structure de diffusion a déjà permis « un premier accroissement de nos ventes dans les pays du Nord », se réjouit-il : 
« Et l’objectif, dans les mois et années qui viennent, est de diffuser nos livres vers les publics des pays africains, dans un sens Sud-Sud. »
Il est en effet difficile de trouver un livre camerounais à Dakar ou un livre malien à Lomé. Un éditeur comme Amalion mise pour cette raison sur la publication en français ou en anglais, selon le potentiel de diffusion de chaque ouvrage.
Un dynamisme flagrant
A ces questions techniques s’ajoutent, ces dernières années, les caisses de résonance du livre que sont les festivals, foires mais aussi distinctions attribuées à travers le continent. Les prix littéraires africains fleurissent et gagnent en visibilité. Ainsi le prix Ivoire, décerné en 2017 à l’écrivain malgache Johary Ravaloson, le prix Ahmed-Baba, créé au Mali pour consacrer une œuvre de fiction éditée en Afrique, ou encore le tout récent prix Williams-Sassine en Guinée, parmi bien d’autres, s’efforcent d’encourager l’écriture, la littérature et l’édition africaine et, autant que possible, d’en doper les ventes.
L’édition africaine réussira-t-elle ainsi à se développer et à se faire valoir ? Du moins ses difficultés chroniques ne sont-elles pas parvenues, jusqu’à présent, à anéantir la volonté des auteurs d’écrire et de raconter l’Afrique aussi bien que le monde. Le dynamisme est flagrant dans un pays comme la Côte d’Ivoire, où, sur 45 maisons d’édition officielles, une bonne douzaine ont le vent en poupe, portées notamment par la demande du public pour des livres adaptés à l’environnement et aux réalités locales.

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Dramane Boaré, des Classiques ivoiriens :
« En jeunesse, on arrive à produire des ouvrages de bien meilleure qualité que par le passé, avec des prix ajustés et accessibles. Et surtout des produits attendus par le marché. Les parents sont prêts aujourd’hui à mettre les moyens nécessaires pour que leurs enfants aient des livres qui leur correspondent et les aident réellement à grandir. Nous avons remplacé Blanche-Neige par des contes africains, les albums et romans français par des histoires du quotidien qui se passent en Côte d’Ivoire et qui ressemblent à ce qu’un enfant malien ou sénégalais peut vivre… »
L’imagination des éditeurs africains est leur atout majeur. Ainsi Koffivi Assem, au Togo, adosse-t-il Ago, sa maison d’édition, sur les revenus de son agence Ago Média. « A nous de trouver la forme d’édition qui correspondra à notre public », dit l’éditeur, qui s’apprête à lancer une série de superhéros africains en bandes dessinées.
En créant sa maison en 2005 à Yaoundé, François Nkémé avait quant à lui l’intention de faire émerger de nouveaux talents, tout en éditant lui aussi des livres de jeunesse car, dit-il, « je crois tout simplement que c’est l’avenir : si on ne forme pas des lecteurs dès le plus jeune âge, on ne les retrouvera pas ensuite à l’âge adulte ».
« Complaisance et médiocrité »
Miser sur la jeunesse ? Sur le livre numérique ? Sur la BD ? Sur la diversité des langues ? Pour l’auteur togolais Sami Tchak, l’urgence ne se situe pas dans ces perspectives de développement, mais bien dans la qualité à accorder aux productions. A ses yeux, se satisfaire de l’augmentation du nombre d’éditeurs et de publications « revient à omettre la réalité des contenus, qui est alarmante » : 
« Que l’on soit un écrivain ou simplement un lecteur exigeant, on sait que certaines structures ne sont pas des maisons dignes de ce nom mais fonctionnent à partir de subventions et/ou de participations financières des auteurs. Le fait qu’il n’y ait pas de véritable critique littéraire ni de sanction du public conduit à la complaisance et à la médiocrité. Or un contexte d’émulation à tous les niveaux de la chaîne du livre serait important. Les éditeurs d’Afrique du Nord le prouvent bien, qui nous fournissent des auteurs et des productions de qualité, comme celles de la maison Elyzad à Tunis. Débarrassées de la pollution éditoriale qui les discrédite, les maisons africaines pourraient arriver aux mêmes résultats ! »

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Attaché à une vision transversale de la situation, Sulaiman Adebowale demeure optimiste : 
« Depuis 2008, je publie chez Amalion de la littérature et des essais scientifiques. Je peux vous dire que les Africains ont encore des milliers de pages à écrire et bien qu’il se crée fréquemment de nouvelles maisons d’édition, elles ne suffisent même pas à absorber ce potentiel. »
Gageons que parmi ces pages se glisseront bientôt les écrits d’auteurs à succès de la diaspora, désireux de contribuer à cette édition africaine continentale.


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-2"> ¤ Albert Camus et Maria Casarès, Simone de Beauvoir et Nelson ­Algren, Paul Valéry et Jeanne Loviton ont tous vu leurs échanges amoureux édités. Comment expliquer l’emballement des ventes de ces livres ?
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Lettres à l’aimé(e), succès d’édition


                      Albert Camus et Maria Casarès, Simone de Beauvoir et Nelson ­Algren, Paul Valéry et Jeanne Loviton ont tous vu leurs échanges amoureux édités. Comment expliquer l’emballement des ventes de ces livres ?



Le Monde
 |    09.02.2018 à 15h21
 • Mis à jour le
09.02.2018 à 16h33
    |

                            Florence Bouchy (Collaboratrice du « Monde des livres »)








                              

                        

Croisée au Festival de la biographie de Nîmes, où elle dédicaçait fin janvier Barbara, notre plus belle histoire d’amour (Tallandier, 2017), la romancière Kéthévane Davrichewy partageait spontanément son dernier enthousiasme littéraire. Ainsi que plus de 43 000 lecteurs, elle se délectait de la volumineuse correspondance amoureuse qu’ont entretenue Albert Camus et la comédienne Maria Casarès, publiée en octobre 2017 par les éditions Gallimard. Comme pour les Lettres à Anne (1962-1995) (Gallimard, 2016), rassemblant en un épais volume les missives de François Mitterrand à Anne Pingeot, et vendu à 80 000 exemplaires, un record au regard des chiffres de vente habituels des correspondances littéraires, dont les éditeurs se disent généralement satisfaits s’ils atteignent les 3 000 exemplaires.
Il faut remonter à la publication des lettres de Simone de Beauvoir à Nelson Algren (Lettres à Nelson Algren, Un amour transatlantique (1947-1964), Gallimard, 1997) pour observer un phénomène du même ordre : les lettres de la compagne de Sartre à son amant américain s’étaient écoulées à 25 000 exemplaires en grand format, avant de connaître un nouveau succès en édition de poche.
« Du romanesque très haut de gamme »
La qualité littéraire de ces correspondances justifie pleinement l’emballement autour de ces recueils. Pour Kéthévane Davrichewy, « c’est du romanesque très haut de gamme ». La fascination qu’exercent ces longs et volumineux échanges tient aussi, sans doute, au fait qu’ils donnent « accès à des paroles amoureuses qu’on n’a plus l’habitude d’entendre et encore moins de formuler aujourd’hui, quand on ne communique plus avec son conjoint ou son amant que par SMS. Il y a des choses qu’on ne dit plus sur le sentiment amoureux, qu’on ne peut plus, de fait, se dire ». Mais la beauté de la plume des amants n’explique pas tout. Les lettres de Nabokov à sa femme (Lettres à Véra, Fayard, 2017), publiées en...




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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-3"> ¤ Journaliste, éditrice et écrivaine, elle fut une militante infatigable de la littérature de jeunesse comme genre à part entière.
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Henriette Bichonnier, auteure du livre jeunesse « Le Monstre poilu », est morte

Journaliste, éditrice et écrivaine, elle fut une militante infatigable de la littérature de jeunesse comme genre à part entière.



Le Monde
 |    08.02.2018 à 14h55
 • Mis à jour le
08.02.2018 à 16h07
    |

                            Philippe-Jean Catinchi








                        



                                


                            
Journaliste, éditrice et surtout auteure jeunesse au succès phénoménal, Henriette Bichonnier est morte le 20 janvier à l’âge de 74 ans.
Née à Clermont-Ferrand le 27 juin 1943, Henriette Bichonnier grandit au grand air, dans les campagnes des alentours lyonnais, plaine du Forez et Beaujolais. Un cadre qui s’avérera décisif pour l’inspiration des histoires et des contes qu’elle devait composer. Etudiante, elle entreprend des études de langue et de lettres modernes à Lyon, enseigne un temps à Saint-Etienne mais se consacre bientôt à l’écriture pour les jeunes, convaincue que la maîtrise et le goût de la lecture sont les clés de leur réussite.
L’essor de la presse jeunesse lui permet de faire ses premières armes dans le groupe Bayard, collaborant dès 1971 à Pomme d’Api, magazine pour les 3-7 ans, créé en 1966, et à l’hebdomadaire Lisette, destiné aux filles de 7 à 15 ans (éd. de Montsouris), où elle s’essaie au scénario de la BD en 1972, offrant ses premières planches à François Bourgeon, bien avant Les Passagers du vent, saga qu’il entreprend seul dès 1979. Le duo participe ainsi au lancement chez Fleurus de Djin, en octobre 1974, hebdomadaire adressé également aux lectrices en herbe.
Un engagement de terrain
Mais l’action d’Henriette Bichonnier est déjà avant tout un engagement de terrain. A La Ricamarie, dans la Loire, zone défavorisée qu’elle connaît bien, plus tard dans le Nord-Pas-de-Calais, miné par sa brutale désindustrialisation, elle agit en bénévole contre l’illettrisme, associant adultes et enfants, bibliothécaires et enseignants, pour ancrer plus sûrement une acquisition du langage qui reste sa priorité. Interventions, débats, forums, tout est bon pour diffuser son credo – elle contribuera encore en Sorbonne en 1990 aux entretiens Nathan, rendez-vous de chercheurs concernés par les pratiques pédagogiques et praticiens désireux d’en analyser les stratégies.
Dans l’intervalle, Henriette Bichonnier...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-4"> ¤ Cette série où un ado descendant de ninjas combat des démons ravira les amateurs indéfectibles du manga d’aventure initiatique.
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« Black Torch » : un manga peu original mais loin d’être fumeux

Cette série où un ado descendant de ninjas combat des démons ravira les amateurs indéfectibles du manga d’aventure initiatique.



Le Monde
 |    08.02.2018 à 12h10
 • Mis à jour le
08.02.2018 à 14h03
    |

            Pauline Croquet








                        



   


Est-il possible de reprendre un même patron de scénario et d’en coudre un récit original ? Difficile de répondre à l’issue d’un seul tome, mais Black Torch, paru jeudi 8 février, devra relever un défi majeur : faire aussi bien que le blockbuster Bleach, que ce nouveau manga rappelle étrangement en narrant le parcours d’un adolescent surpuissant et loyal qui combat des entités maléfiques.
Première série du mangaka trentenaire Tsuyoshi Takaki, Black Torch commença d’ailleurs à paraître au Japon en 2016 dans la même écurie, la maison d’édition Shueisha, au moment où Bleach écumait ses derniers chapitres et dont le final « bâclé » après quinze ans de bons et loyaux services avait provoqué la colère de nombreux fans.

   


Pas de surprise, donc à la lecture des premières pages. Le lecteur fait connaissance avec Jiro, un jeune descendant de ninjas un peu paumé qui touche sa bille en arts martiaux. L’adolescent qui a bon fond possède aussi la faculté de communiquer avec les animaux. C’est en portant secours à des bêtes du quartier qu’il va se retrouver dans les pattes de mononokes, des démons anthropophages. Pour le défendre, Rago, un mononoke repenti sous les traits d’un chat noir, va fusionner avec Jiro. Pris en étau entre le clan des démons, auquel il appartient désormais, et celui des humains exorcistes, le héros devra trouver une issue impossible.

   


Récit classique de destinée de combattants, Black Torch se différencie toutefois par sa vision contemporaine des ninjas et de l’exorcisme. Pas de sabres ni de tenues traditionnelles, un code d’honneur sans leçon de morale, le premier tome ne tergiverse pas et offre des combats urbains nerveux. Les personnages sont bien esquissés et ont du caractère sous le crayon de Tsuyoshi Takaki, qui soigne aussi l’apparence des monstres secondaires. Très plaisant à parcourir, Black Torch laissera toutefois peut-être de marbre les lecteurs las des scénarios d’action classique.

   


Black Torch, de Tsuyoshi Takaki, traduction de Sébastien Ludmann, tome I le 8 février 2018, éditions Ki-oon, 192 pages, 6,90 euros.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-5"> ¤ Claro embauche l’auteure de « Poétique de l’emploi », Noémi Lefebvre, sur le champ.
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Le feuilleton. Dire, détruit-elle

Claro embauche l’auteure de « Poétique de l’emploi », Noémi Lefebvre, sur le champ.



Le Monde
 |    08.02.2018 à 07h45
 • Mis à jour le
08.02.2018 à 09h44
    |

                            Claro (Ecrivain et traducteur)








                        



                                


                            
Poétique de l’emploi, de Noémi Lefebvre, Verticales, 112 p., 12 €.

L’air du temps est-il ­soluble dans la prose ? Pour certains écrivains, c’est une évidence, il suffit de transformer le livre en poste de radio ou en photocopieuse, de retransmettre ou de reproduire, bref, de ménager un espace aux informations qui, paraît-il, font le réel. Ce qui se passe dehors n’a qu’à passer sur la page, y déposer au mieux son ombre, quelques plis suffiront pour donner l’impression que tout n’est pas lisse alors même qu’on décalque. D’où, souvent, à la lecture des romans épris de contemporain, une impression de pénible transfusion, le sentiment d’un compromis bâclé et malhabile entre toile de fond et coup de crayon. On ressent un malaise dans l’écriture là où on espérait une écriture du malaise.
L’air du temps ? Dira-t-on qu’il est toxique, névrotique, fasciste ? Qui le dira ? Un personnage ? Une voix soigneusement tendue entre deux guillemets ? Fabrice del Dongo ou Bardamu ? Plutôt que de trancher tout de suite, faisons comme Noémi Lefebvre dans Poétique de l’emploi et partons gaiement de la constatation suivante : « Il règne en ce moment quelque durcissement qui influe sur tout le monde. » C’est une phrase écrite par le philologue Victor Klemperer (1881-1960), extraite de son livre LTI, la langue du IIIe Reich (Albin Michel, 1996). Mais c’est désormais une phrase de Poétique de l’emploi, un énoncé qui refuse de se dissoudre, une indispensable arête coincée dans la gorge du livre. Qui n’empêche ni de rire ni de penser, loin de là. Bon, il est temps d’aller à Lyon, où un dialogue entre père et fille nous attend.
« Il n’y a pas beaucoup de poésie en ce moment, j’ai dit à mon père. » C’est le deuxième constat, mais c’est sans doute le même que faisait Klemperer. Et ce qu’essaie de dire la narratrice à son père. Il n’y a pas beaucoup d’emploi non plus. En...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-6"> ¤ La chronique de Leïla Slimani, à propos de « Débâcle », de Lize Spit.
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Premier roman. Jeux interdits

La chronique de Leïla Slimani, à propos de « Débâcle », de Lize Spit.



Le Monde
 |    08.02.2018 à 07h45
    |

                            Leïla Slimani (Ecrivaine)








                        


                                                        
Débâcle (Het Smelt), de Lize Spit, traduit du néerlandais (Belgique) par Emmanuelle Tardif, Actes Sud, 432 p., 23 €.
Lors de sa parution, Débâcle, de Lize Spit, a été un véritable coup de tonnerre dans le paysage littéraire belge et néerlandais. La jeune et jolie romancière flamande est en quelque sorte une anti-Elena Ferrante. Elle livre ici une fable d’une incroyable cruauté sur l’amitié et l’adolescence. On ressort de ce livre bousculé, un peu nauséeux, presque honteux d’avoir assisté, impuissant, à des scènes d’une telle violence.
Tout commence par une lettre que reçoit Eva, la narratrice installée à Bruxelles. L’enveloppe, « affranchie à l’excès », contient une étrange invitation : « C’est ce mois-ci que Jan aurait fêté son trentième anniversaire mais aussi que nous inaugurons notre site de production laitière. » Il n’en faut pas plus pour convaincre la jeune femme d’emprunter l’autoroute vers son village d’enfance où, treize ans plus tôt, un drame a eu lieu. Le roman est construit sur ce rythme de balancier entre le présent, qui défile d’heure en heure, et l’été 2002, où tout a basculé. Ce qui pourrait n’être qu’un procédé monotone devient un habile moyen de faire monter la tension et d’accélérer le suspense jusqu’à une fin d’une noirceur magistrale.
Fragilité physique et morale
Eva est née en 1988, comme Laurens et Pim. Cette année-là, il n’y a eu que trois naissances au village, ce qui a obligé Mlle Béatrice, la directrice de l’école, à créer une classe annexe pour les inséparables. Pendant toute leur petite enfance, ils seront assis côte à côte, au fond de la classe. Mais l’adolescence survient et avec elle, le désir, la solitude, le besoin d’être vu. Lize Spit décrit avec un réalisme extraordinaire cette période de la vie où le corps et ses transformations deviennent obsessionnels.
La vie des adolescents est rythmée par les jeux interdits de plus...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-7"> ¤ Vincent Bernard explique comment l’officier quelconque est devenu généralissime des armées de l’Union pendant la guerre de Sécession puis président des Etats-Unis.
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Biographie. La ­fulgurante ascension d’Ulysses S. Grant

Vincent Bernard explique comment l’officier quelconque est devenu généralissime des armées de l’Union pendant la guerre de Sécession puis président des Etats-Unis.



Le Monde
 |    08.02.2018 à 07h30
 • Mis à jour le
08.02.2018 à 07h41
    |

                            André Loez (Historien et collaborateur du « Monde des livres »)








                        


Ulysses S. Grant. L’étoile du Nord, de Vincent Bernard, Perrin, 336 p., 23 €.

   


Même dans un univers aussi fluide que la société américaine du XIXe siècle, peu de trajectoires furent plus imprévisibles que celle d’Ulysses S. Grant (1822-1885). Officier quelconque aux vues étroites et aux origines modestes, il fait une campagne sans éclat durant la guerre du Mexique (1846-1848), avant de quitter l’armée entouré de rumeurs sur son alcoolisme supposé. En 1861, à l’orée de la guerre civile, il vit modestement dans l’Illinois, gérant la tannerie familiale, à peine soucieux des bruits de sécession, dans le Sud, qui font suite à l’élection d’Abraham Lincoln – il n’a d’ailleurs pas voté pour lui.
Généralissime
Quatre ans plus tard, le voilà devenu généralissime des armées de l’Union. Chef victorieux, héros national, il reçoit la reddition du sudiste Robert E. Lee à Appomattox. Trois ans après, il est élu président des Etats-Unis. Une ascension fulgurante que viennent ternir les échecs politiques de ses deux mandats (1869-1876) durant la période de la « Reconstruction », marqués par la corruption et par l’incapacité des autorités à concrétiser les promesses d’égalité pour les anciens esclaves noirs émancipés.
Documentée mais d’une écriture convenue (les aperçus psychologiques et l’histoire militaire traditionnelle y ont la part belle), la biographie de Vincent Bernard donne des pistes pour expliquer cet itinéraire hors du commun. Il montre en particulier la rencontre entre les qualités individuelles de Grant, sa détermination, son calme sous le feu, et l’ère des médias de masse qui débute alors. En février 1862, lorsqu’il prend Fort Donelson après avoir exigé la « reddition inconditionnelle » de ses défenseurs, il devient « Unconditional Surrender Grant » par un jeu de mots sur ses initiales qui fait l’enthousiasme des journalistes. Gloire paradoxale pour un homme qui, de son propre aveu, n’aimait pas la guerre.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-8"> ¤ Sophie de Wittelsbach (1805-1872), mère du futur empereur François-Joseph, mérite bien la réhabilitation que fait d’elle Jean-Paul Bled.
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Biographie. L’archiduchesse Sophie vaut bien Sissi

Sophie de Wittelsbach (1805-1872), mère du futur empereur François-Joseph, mérite bien la réhabilitation que fait d’elle Jean-Paul Bled.



Le Monde
 |    08.02.2018 à 07h30
 • Mis à jour le
08.02.2018 à 09h36
    |

                            Philippe-Jean Catinchi








                        


Sophie de Habsbourg. L’impératrice de l’ombre, de Jean-Paul Bled, Perrin, 312 p., 23 €.

   


Dans ses Mémoires (1929), la comtesse Helene Erdödy rapporte ces propos désenchantés de Sophie de Wittelsbach (1805-1872), duchesse de Bavière puis archiduchesse d’Autriche, mère du futur empereur François-Joseph, qui consacra sa vie à l’ascension de son fils et lui inculqua les valeurs dont ce prince Habsbourg ne se départit jamais : « Malheureusement l’histoire ne sera pas faite par ceux qui me connaissent. C’est un sentiment bien amer de penser que les calomnies sur mon compte continueront même au-delà de ma tombe. »
Morte minée par la faillite de l’idéal conservateur qu’elle incarnait, qui ne parvint pas à endiguer les mouvements libéraux et nationalistes menaçant les monarchies autoritaires, comme par la fin tragique de son fils Maximilien, chimérique empereur du Mexique, Sophie, dont le fils épousa Elisabeth de Bavière, plus connue sous le surnom de « Sissi », ne croyait pas si bien dire, tant la « sissimania » lui conféra dans l’esprit de chacun, tout au long du XXe siècle, le rôle ingrat de la « méchante » belle-mère persécutant la princesse rebelle.
Habsbourg d’esprit sinon de sang
Il était temps de réviser cette image. Fin connaisseur de la dynastie des Habsbourg, Jean-Paul Bled s’y attelle avec sérieux. Fort de l’étude de la correspondance de la dame, qui prit longtemps sa mère, la reine Caroline, comme confidente, puis du journal qu’elle tint après la mort de celle-ci, il dégage la figure d’une femme qui sut patienter, implacablement attachée à ses convictions comme au bonheur de ses enfants et qui, jamais impératrice en titre, le fut dans les esprits. Elle se montra assez « Habsbourg » pour qu’on excuse le biographe, qui lui donne, dans le titre de son livre, un nom qui ne fut jamais le sien, d’inscrire cette Wittelsbach, fille du roi de Bavière, dans la prestigieuse lignée qui l’adopta.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-9"> ¤ Dans « “Je”. Une traversée des identités », la philosophe et psychanalyste plaide pour le moi comme secret et comme liberté.
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Clotilde Leguil défend le « je » à l’ère du narcissisme de masse

Dans « “Je”. Une traversée des identités », la philosophe et psychanalyste plaide pour le moi comme secret et comme liberté.



Le Monde
 |    08.02.2018 à 07h30
    |

                            Florent Georgesco








                        



                                


                            
« Je ». Une traversée des identités, de Clotilde Leguil, PUF, 240 p., 17 €.

J’existe, c’est une chose entendue. Mais qui suis-je ? Ou plutôt : quel est ce « je » que je suis ? Ou encore : suffit-il d’exister pour être « je » ? Les ennuis viennent vite quand on se mêle d’en savoir un peu plus sur soi-même. Surtout « en ce moment singulier, qui est celui d’un changement de monde » où, comme l’avance la philosophe et psychanalyste Clotilde Leguil dans « Je ». Une traversée des identités, stimulante tentative de mise au point, le goût de soi-même, l’acceptation et le développement de ce qui rend ce « je » unique, ­deviennent des valeurs fantômes, dont on ne comprend même plus ce qu’elles recouvraient au juste.
Son livre est une enquête sur cette disparition. Il répond aux questions classiques dans ce type d’affaires : où, quand, comment ? Mais une autre s’ajoute, plus inhabituelle : le disparu n’est-il pas, en fait, toujours parmi nous ? Il semble même se multiplier, s’infiltrer partout, se revendiquer en permanence, « je » tonitruant des réseaux sociaux, des selfies, des demandes de reconnaissance. C’est le point où Clotilde Leguil apporte la preuve la plus manifeste de l’intérêt de sa démarche, qui consiste à mêler polémique et analyse en se servant de l’un pour approfondir l’autre à chaque étape.

Elle montre ainsi que les formes saillantes de l’expression contemporaine du moi et du « narcissisme de masse » piègent chacun dans le « mirage » du « moi comme image de soi », où il s’agit de se soumettre à une norme transmise de proche en proche et de faire valoir son appartenance au groupe, de construire son identité en fonction de sa capacité à s’emboîter dans l’identité des autres. Ce faisant, elle propose, dans un style vigoureux qui rend la lecture de son essai particulièrement vivante, une forme de théorie par opposition dont ressort...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-10"> ¤ L’éditeur qui a transformé Fayard après être passé par le Seuil, mort en 2015, fascine. François Chaubet explique pourquoi.
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Biographie. Claude ­Durand, « oblat du livre »

L’éditeur qui a transformé Fayard après être passé par le Seuil, mort en 2015, fascine. François Chaubet explique pourquoi.



Le Monde
 |    08.02.2018 à 07h30
 • Mis à jour le
08.02.2018 à 09h47
    |

            Alain Beuve-Méry








                        


Claude Durand, de François Chaubet, Cerf, 468 p., 29 €.

   


Moins de trois ans après sa disparition, l’éditeur Claude Durand (1938-2015) fait l’objet d’une biographie bien documentée, même si la porte des archives de Fayard est restée close. « L’empereur Claude » avait fait son royaume de cette marque du groupe Hachette. Il y a régné pendant vingt-huit ans et l’a transformée de fond en comble, la modelant à son image : celle d’un éditeur exigeant, tempétueux, d’une grande sensibilité aux injustices du monde, ardent à vouloir changer la société. Il se vivait en redresseur de torts.
Ses années de formation et son premier métier d’instituteur attestent cette ambition. Lecteur, puis éditeur au Seuil de 1958 à 1978, il a trouvé dans cette maison toute la nourriture intellectuelle qu’il recherchait. Il l’a aussi alimentée, avec la célèbre collection « Combats », incarnation de « la diagonale des contestations » qui agitaient alors le monde. Exclu du paradis en 1978, Claude Durand n’aura de cesse qu’il n’ait fait de Fayard un « super-Seuil ».
Un solitaire
Reste une question : pourquoi Claude Durand fascine-t-il autant ? A commencer par son biographe, qui ne cache pas l’empathie que lui inspire son sujet. Selon François Chaubet, un grand éditeur a trois caractéristiques : il accouche de projets ambitieux, est capable de devancer l’actualité, enfin c’est un chef de troupe. De ces trois qualités, « l’oblat du livre » remplit les deux premières.
Quant à la dernière… Claude Durand était un solitaire, très pessimiste sur la nature humaine, même s’il entretenait des relations extrêmement fortes avec une quarantaine d’auteurs et s’il a marqué de sa personnalité une dizaine d’éditeurs : Eric Vigne, Odile Jacob, Olivier Cohen, Henri Trubert, Laurent Beccaria, Olivier Bétourné, Jean-Marc Roberts, Jean-François Colosimo. Tous ont dû s’écarter de lui. Rien ne pousse à l’ombre d’un grand homme.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-11"> ¤ Maurizio Serra pourfend les clichés qui nous ferment l’accès à l’œuvre de l’écrivain italien (1863-1938), dont le mélange de sublime et de morbide se révèle déjà pasolinien.
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Biographie. Gabriele D’Annunzio, procès en appel

Maurizio Serra pourfend les clichés qui nous ferment l’accès à l’œuvre de l’écrivain italien (1863-1938), dont le mélange de sublime et de morbide se révèle déjà pasolinien.



Le Monde
 |    08.02.2018 à 07h30
 • Mis à jour le
08.02.2018 à 07h40
    |

            Nicolas Weill








                        



                                


                            
D’Annunzio le magnifique, de Maurizio Serra, Grasset, 704 p., 30 € (en librairie le 14 février).

A première vue, rien de plus kitsch que l’œuvre et la vie de l’écrivain italien ­Gabriele D’Annunzio (1863-1938). Si certaines de nos grands-mères et arrière-grands-mères se pâmaient en couchant dans leurs journaux intimes à couverture maroquinée les mots du poète-comandante (« Le regret est la vaine pâture des esprits oisifs », « J’ai ce que j’ai donné », etc.), on aurait plutôt tendance aujourd’hui à voir en lui un prédateur sexuel, précurseur du fascisme et graphomane mondain, narcissique à souhait, plagiaire à l’occasion, dont l’écriture incarne dans la littérature ce que le style nouille est à l’art. Maurizio Serra, lui, entend pourfendre ces clichés qui nous ferment l’accès à une œuvre majeure dont le mélange de sublime et de morbide se révèle déjà pasolinien. Y parvient-il ?
Le psychologisme de la biographie (« Pourquoi [D’Annunzio] doit-il se venger [des femmes] (…) ? Est-ce pour leur faire payer la résignation de sa mère, face à l’inconduite de Don Ciccilio [son père] ? »), les généralités (« tour à tour pâtre et maçon, pêcheur et chasseur, artisan et moine aux mains calleuses, [D’Annunzio] est également soldat »), voire les stéréotypes (« nature très féminine en cela, il ne sait pas choisir dans sa riche garde-robe ce qui pourra lui servir »), ne servent guère la démonstration. Mais son enthousiasme réussit à rendre cette figure de condottiere 1900 plus complexe et plus intéressante.
Questions de style
D’abord en soulignant la qualité littéraire d’un auteur dont bien des textes restent très lisibles. Tel est le cas de Nocturne (1921 ; Les Transbordeurs, 2008, pour la version française la plus récente), récit magnifique de la première guerre mondiale. Engagé volontaire à plus de 50 ans, D’Annunzio...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-12"> ¤ Avec « Au café existentialiste », l’essayiste britannique propose une histoire du courant philosophique cher à Sartre dans un récit riche et vivant.
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Les pépites d’existentialisme de Sarah Bakewell

Avec « Au café existentialiste », l’essayiste britannique propose une histoire du courant philosophique cher à Sartre dans un récit riche et vivant.



Le Monde
 |    08.02.2018 à 07h30
 • Mis à jour le
08.02.2018 à 12h48
    |

                            Céline Henne (Collaboratrice du « Monde des livres »)








                        



                                


                            
Au café existentialiste. La liberté, l’être et le cocktail à l’abricot (At the Existentialist Café. Freedom, Being and Apricot Cocktails), de Sarah Bakewell, traduit de l’anglais par Pierre-Emmanuel Dauzat et Aude de Saint-Loup, Albin Michel, 512 p., 24,90 €.

Il est commun d’aborder les plus grandes idées philosophiques comme des énoncés hors du temps, à vocation universelle. On préfère mettre à distance la trivialité du biographique, qui risque de venir entacher une noble pensée. Pour l’essayiste britannique Sarah ­Bakewell, au contraire, il est bien plus fructueux d’ancrer le discours philosophique dans le contexte d’une époque, et surtout dans celui d’une vie : « Les idées sont intéressantes, mais les gens le sont bien plus. »
Après le succès international de Comment vivre ? Une vie de Montaigne en une question et vingt tentatives de réponse (Albin Michel, 2013), elle s’attaque désormais aux existentialistes. Ces penseurs se prêtent d’autant mieux à ce type de projet qu’ils revendiquent une philosophie centrée sur le vécu – non pas le « je pense » abstrait de Descartes, mais l’expérience concrète et personnelle du monde, des autres et de soi-même : « Les existentialistes habitaient leur monde personnel et historique, comme ils habitaient leurs idées. »
Plutôt que d’écrire un énième manuel de philosophie, Sarah Bakewell préfère donc emmener ses lecteurs au « café existentialiste », pour y faire revivre les idées de ce courant telles qu’elles ont émergé et imprégné la vie de ses auteurs. Elle raconte l’histoire de l’existentialisme dans un récit vivant, pensé comme une « conversation plurilingue et à multiples facettes », dont les principaux protagonistes sont Jean-Paul Sartre et Simone de Beauvoir. Ces derniers sont accompagnés de ceux qui les ont inspirés – en premier lieu, les philosophes allemands ­Husserl et Heidegger – ainsi que de leurs compagnons de...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-13"> ¤ La chronique de Roger-Pol Droit, à propos de « Biologie du pouvoir », de Jean-Didier Vincent.
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Figures libres. « Cerveau social » : solidaire et méchant

La chronique de Roger-Pol Droit, à propos de « Biologie du pouvoir », de Jean-Didier Vincent.



Le Monde
 |    08.02.2018 à 07h30
 • Mis à jour le
08.02.2018 à 12h20
    |

                            Roger-Pol Droit








                        



                                


                            

Dans la famille « scientifiques trublions », Jean-Didier Vincent occupe de longue date une place de choix. Côté science, ce biologiste a multiplié fonctions et distinctions : professeur de physiologie à la faculté de médecine de Bordeaux, chercheur en neurobiologie des comportements, titulaire d’une chaire de neuroendocrinologie à Paris-XI, directeur d’un institut du CNRS… Membre de l’Académie des sciences, lauréat de plusieurs prix, médaillé ici et ailleurs, il a eu tout ce qu’il faut pour imposer un profil respectable, un rien guindé.
Mais non. Il ne peut s’empêcher de jouer les perturbateurs, de prendre la plume, en moraliste autant qu’en neurologue, pour parler de nos travers et de nos pulsions, ou de créer, dans les médias, quelques remous. Il y prend un malin plaisir, et ses lecteurs y trouvent un plaisir malin.
Biologie des passions (Odile Jacob, 1986) a fait connaître ce savant énergumène, capable d’entrecroiser Roméo et dopamine, sérotonine et sérénité – sans jamais réduire pour autant l’amour, la colère ou la création artistique à de pures et simples mécaniques hormonales. Une trentaine d’années et une vingtaine de livres plus tard, le voilà qui récidive, chez le même éditeur, avec Biologie du pouvoir, libre essai qui tresse de multiples fils et aborde une foule de questions.
On y rencontre en effet, pêle-mêle, becs de poulet et Rousseau, chimpanzés et neurones-miroirs, ocytocine et Aztèques, GAFA et Hobbes… par exemple. Car Marie-Antoinette, Gunther Anders, Elisée Reclus, Michel Foucault et quantité d’autres sont aussi du voyage. Pareil inventaire suggère l’aspect baroque de ce joyeux périple. Il ne dit pas sa cohérence. La voici.
Besoin des autres
Pourquoi obéit-on ? Question centrale du pouvoir. Le biologiste a des éléments de réponse – son projet n’étant pas de ramener toutes les structures sociales aux processus cérébraux. Le réductionnisme n’est pas le style de Jean-Didier Vincent. Et il sait combien...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-14"> ¤ « Keila la Rouge », livre inédit du Prix Nobel 1978, est publié en France quarante ans après sa parution en feuilleton à New York… et après quelques tribulations.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-14"> ¤                     
                                                   
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Le roman fantôme d’Isaac Bashevis Singer

« Keila la Rouge », livre inédit du Prix Nobel 1978, est publié en France quarante ans après sa parution en feuilleton à New York… et après quelques tribulations.



Le Monde
 |    08.02.2018 à 07h15
    |

                            Eglal Errera (Collaboratrice du « Monde des livres »)








                        



                                


                            
Keila la Rouge (Yarmi un Keile. Yarme and Keyle), d’Isaac Bashevis Singer, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Marie-Pierre Bay et Nicolas Castelnau-Bay, Stock, « La cosmopolite », 426 p., 23 €.

Décembre 1978. Sous les ors de l’Académie suédoise, à Stockholm, résonnent – pour la première et unique fois, en un siècle de cérémonies de remise du prix Nobel de littérature – les accents du yiddish, « la langue mourante d’un peuple de fantômes ». C’est ainsi que la désigne le lauréat du jour, Isaac Bashevis Singer, né en Pologne en 1902, qui mourra aux Etats-Unis en 1991. S’il écrit en yiddish, c’est parce qu’il « aime les histoires de fantômes », explique-t-il. Mais c’est aussi parce qu’il croit en la résurrection. « Je suis sûr que le Messie va bientôt venir, que des milliers de cadavres parlant yiddish sortiront de leur tombe et que leur première question sera : “Y a-t-il de nouveaux livres en yiddish ?” » Tout Singer tient dans cette anecdote. La liberté irrévérencieuse du ton. Le sens du tragique et de la facétie. La mémoire des siens assassinés. L’hommage incessant que son écriture rend à leur culture. Et les deux langues dans lesquelles il a vécu : le yiddish et l’anglais.
En dehors du circuit habituel
C’est tout cela que l’on retrouve aussi dans l’histoire de Keila la Rouge– en yiddish Yarmy un Keile, « Yarmi et Keila » –, le roman inédit qui paraît aujourd’hui. Ce livre est lui-même un « fantôme » dans l’œuvre de Singer. Son existence était connue. On savait que ce manuscrit était conservé au Harry Ransom Center, au Texas, qui possède les archives de Singer. Un large extrait en avait même été publié en France, en 2012, dans le Cahier de l’Herne consacré à l’écrivain et publié sous la direction de Florence Noiville (journaliste au Monde et auteure de l’unique biographie en français consacrée à l’écrivain, Isaac B. Singer, Stock,...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-15"> ¤ « Microfilm », satire du monde du travail entre nostalgie et fantaisie, et deuxième roman de l’écrivain, séduit.
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Le charme rétro de l’employé de bureau selon Emmanuel Villin

« Microfilm », satire du monde du travail entre nostalgie et fantaisie, et deuxième roman de l’écrivain, séduit.



Le Monde
 |    08.02.2018 à 07h00
 • Mis à jour le
08.02.2018 à 12h42
    |

                            Stéphanie Dupays (Collaboratrice du « Monde des livres »)








                        



                                


                            
Microfilm, d’Emmanuel Villin, Asphalte, 182 p., 16 €.

Avec son titre évoquant un roman d’espionnage, le deuxième roman d’Emmanuel Villin semble prendre le contre-pied du premier. Dans Sporting Club (Asphalte, 2016), une longue déambulation dans une ville imaginaire ressemblant fortement à Beyrouth, la méditation rêveuse l’emportait sur l’action. Si, au début du livre, le héros de Microfilm saisit « le combiné comme on empoigne une arme », c’est tout prosaïquement pour passer un coup de fil à Pôle emploi. Et il a beau s’habiller comme Delon dans Le Samouraï, de Melville (1967), il n’a rien d’un homme d’action.
« Physique quelconque, visage commun », ce figurant au chômage se voit proposer un étrange rôle. Les algorithmes de l’administration détectant chez lui une compétence en analyse de microfilms – il a collaboré à une revue du même nom (en fait une revue de cinéma) –, il candidate à la Fondation pour la paix continentale, un mystérieux organisme situé place Vendôme, à Paris.
Une sinécure
Recruté par la revêche et débordée Lydie Soucy, la directrice financière, notre héros découvre la vie de bureau, les horaires et les collègues. Il apprend à connaître Jean-Serge, le directeur général, « sosie approximatif de Philippe Noiret », fumeur de cigares qu’on ne voit jamais effectuer le moindre travail, Noémie, la secrétaire aux Tupperware, et John, le juriste aux airs de cow-boy déprimé. Parmi eux, l’ancien acteur désœuvré croit avoir trouvé une sinécure : « Très vite, il a tout loisir d’explorer les innombrables possibilités que la vie de bureau offre à un employé de procrastiner, buller, baguenauder, lambiner, glander. Bref, il n’en fout pas une rame. »
Quelques menus travaux lui sont confiés, rédiger une plaquette, transporter des documents à Lisbonne, mais leur finalité est tout aussi floue que l’intitulé de son poste....




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-16"> ¤ Une famille américaine un demi-siècle après l’offensive du Têt. L’écrivain, marqué par son passage au Vietnam entre 1969 à 1971, revient sur les conséquences profondes du conflit.
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Pour Robert Olen Butler, la guerre du Vietnam a toujours lieu

Une famille américaine un demi-siècle après l’offensive du Têt. L’écrivain, marqué par son passage au Vietnam entre 1969 à 1971, revient sur les conséquences profondes du conflit.



Le Monde
 |    08.02.2018 à 07h00
    |

                            Bertrand Leclair (Collaborateur du « Monde des livres »)








                        



                                


                            
L’Appel du fleuve (Perfume River), de Robert Olen Butler, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Jean-Luc Piningre, Actes Sud, 272 p., 22 €.

Revient-on jamais tout à fait d’un pays en guerre ? Une fois de plus, l’écrivain américain Robert Olen Butler (né en 1945) retrouve le Vietnam, près d’un demi-siècle après y avoir servi durant deux ans comme interprète, de 1969 à 1971. Ce n’est pas seulement la guerre qui l’a marqué durablement, mais le pays lui-même. Auteur d’une vingtaine de livres dont une dizaine traduits en français, l’auteur a célébré la beauté de la civilisation vietnamienne dans plusieurs romans et dans le plus célèbre de ses recueils de nouvelles, Un doux parfum d’exil (Rivages, 1994), qui lui a valu le prix Pulitzer en 1993.
Une semblable ambivalence hante le personnage principal de son nouveau roman, L’Appel du fleuve : professeur d’histoire qui vit en Floride un quotidien tranquille, Robert Quinlan associe secrètement le Vietnam au meilleur comme au pire de son existence. Il y a laissé quelque chose, mais quoi, au juste, et quel rapport avec son propre père ? Les images rejaillissent aux premières pages, lorsqu’il identifie instinctivement le rapport intime à la guerre du Vietnam que trimballe un SDF auquel il prête secours.
Lui reviennent tant l’éblouissement enfoui de son premier amour, à Hué, que cette nuit d’horreur qui l’a contraint à tirer dans la nuit et à tuer « un Viet-cong, sans doute », il n’en sait rien, en vérité. Ayant renoncé à son sursis d’étudiant, il avait pourtant pu choisir une affectation loin du front. Il pensait « se faufiler dans l’ombre, travailler et revenir chez lui comme huit hommes sur dix qui, à la guerre, ne participent jamais aux combats, n’actionnent jamais une arme ». C’était compter sans l’offensive surprise du Têt, en 1968, qui aura signé la fin tragique de son histoire d’amour et de son innocence en mettant...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-17"> ¤ « Ma très chère grande sœur », de la romancière Gong Ji-young, ravive une enfance à Séoul dans les années 1960. Mémorable.
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Voyage intérieur en Corée intime

« Ma très chère grande sœur », de la romancière Gong Ji-young, ravive une enfance à Séoul dans les années 1960. Mémorable.



Le Monde
 |    08.02.2018 à 07h00
    |

                            Florence Noiville








                        



                                


                            
Ma très chère grande sœur (Bonsuni Eunni), de Gong Ji-Young, traduit du coréen par Lim Yeong-hee et Stéphanie Follebouckt, Philippe Picquier, 208 p., 18,50 €.

En 2016, le Salon Livre Paris avait permis aux lecteurs français de mieux connaître la littérature de l’invitée d’honneur, la Corée du Sud. Pas seulement les grands noms du XXe siècle – Hwang Sok-yong, l’auteur de l’inoubliable Vieux Jardin (Zulma, 2005) ou Yom Sang-seop (1897-1963) dont les éditions Zoé ont publié cet automne Trois générations, un classique des années 1930. Mais aussi ceux d’auteurs plus jeunes, parmi lesquels la romancière Gong Ji-young, très appréciée en Corée, et dont les éditions Philippe Picquier ont déjà traduit deux romans, Nos jours heureux (2014) et L’Echelle de Jacob (2016). C’est cette plume aiguisée et subtile qui nous revient aujourd’hui avec Ma très chère grande sœur.
Embarquement pour Séoul donc. Mais pas pour l’exotisme – la narratrice, Jjang-a, s’est « débarrassée de son hanbok [le costume traditionnel] en taffetas » et accepte « non sans répugnance » de grignoter « un tout petit peu de sauterelle grillée ». C’est plutôt un voyage intérieur qui commence. Une descente méticuleuse dans le souvenir, une quête intime à laquelle Gong Ji-young nous invite sur les traces d’une femme mémorable nommée Bongsun.
Au début du roman, la mère de Jjang-a apprend à sa fille que Bongsun a disparu. A presque 50 ans. Et en laissant derrière elle quatre enfants ! Comment a-t-elle pu fuir ? Et pourquoi ? Afin de retrouver Bongsun, Jjang-a entreprend de raconter sa propre vie depuis le début. Comme s’il lui fallait récapituler son histoire à elle pour comprendre celle de cette « grande sœur » d’un genre particulier.
Un autre monde
Cela commence à la naissance, lorsque Jjang-a était un nourrisson « aussi rouge qu’une...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-18"> ¤ Backrooms de Mexico ou antichambres du Vatican, hommes ou femme, santé vacillante : rien ne saurait empêcher l’écrivain d’écrire. « Sexe », pain bénit.
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Christophe Donner urbi et orbi

Backrooms de Mexico ou antichambres du Vatican, hommes ou femme, santé vacillante : rien ne saurait empêcher l’écrivain d’écrire. « Sexe », pain bénit.



Le Monde
 |    08.02.2018 à 07h00
    |

            Raphaëlle Leyris








                        



                                


                            
Sexe, de Christophe Donner, Grasset, 272 p., 19 €.

Il y avait toujours quelque chose pour empêcher Christophe Donner de terminer l’écriture de Sexe. Un Vélib’ qui le renverse ; des acouphènes qui l’assaillent ; un producteur qui l’appelle pour lui proposer un projet… Ce livre, l’écrivain, né en 1956, si doué et prolifique qu’on a du mal à concevoir qu’il puisse peiner sur un manuscrit, le porte depuis une vingtaine d’années. Bien décidé à raconter son histoire d’amour avec le jeune Moïse, rencontré au Mexique, et leur séparation à Paris, cinq ans et un pacs plus tard. Bien décidé, aussi, à coiffer son texte de ce titre, Sexe, qui n’a, étonnamment, jamais été utilisé, et à ne pas se dérober au cahier des charges érotique qu’il induit. Très tôt, l’auteur a su que ce roman comprendrait des passages tirés du carnet où il décrivait, à chaud, sa vie sexuelle au Mexique – il y a assidûment fréquenté les bordels – : « Dans mon esprit, écrit-il, ce carnet devait rester secret mais, comme cela se produit presque toujours avec les écrits intimes que les écrivains prétendent ou pensent sincèrement devoir garder secrets, en relisant ces textes, ça m’a chatouillé, j’ai eu envie de les sortir, un peu par défi, pour montrer que j’en étais capable, mais aussi parce que le récit de ma séparation d’avec Moïse tournait au roman à l’eau de rose, je sentais qu’il avait besoin d’être secoué, dynamité, par des scènes à caractère pornographique. »
Drague furtive, fellations et sperme
Voilà Sexe aujourd’hui enfin achevé et publié. Il ne ressemble sans doute pas beaucoup à ce que Christophe Donner imaginait au départ. Il y est certes question de Moïse et de la trahison qui le fit quitter l’auteur à Paris pour un homme plus âgé et plus riche que lui ; des extraits des carnets figurent bien, indiqués par des guillemets, emplis comme promis de drague furtive, de fellations et...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-19"> ¤ L’écrivain et noceur public vieillit. Il signe en conséquence « Une vie sans fin », 350 pages de « selfisme » et de « bullshit métaphysique ».
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Mortellement Beigbeder

L’écrivain et noceur public vieillit. Il signe en conséquence « Une vie sans fin », 350 pages de « selfisme » et de « bullshit métaphysique ».



Le Monde
 |    08.02.2018 à 07h00
 • Mis à jour le
08.02.2018 à 07h36
    |

                            Cécile Dutheil (Collaboratrice du « Monde des livres »)








                        



                                


                            
Une vie sans fin, de Frédéric Beigbeder, Grasset, 360 p., 22 €.

Rappelez-vous, il n’y a pas si longtemps, surtout si vous avez l’âge de Frédéric Beigbeder (52 ans) : nos professeurs de français évoquaient la fuite du temps. Lycéens, il fallait commenter cette réalité qui nous échappait. Mais étions-nous naïfs au point d’imaginer attendre l’âge de 50 ans pour endosser l’habit du sage et nous lancer dans une enquête sur le désir d’immortalité en exposant nos angoisses ? A tous les écrivains, il faut accorder le bénéfice du doute. Le nôtre est père de deux filles, fils de parents malades et octogénaires, légèrement las d’être noceur public depuis plus de trente ans. Voici qu’il tombe des nues et se découvre mortel.
Une vie sans fin alterne les séquences où Frédéric Beigbeder se fait journaliste scientifique et part interroger médecins et savants aux quatre coins du monde, et celles où il tâche de réfléchir en blaguant : c’est peut-être là que le bât blesse le plus crûment. Jeux de mots (« Tu peux éteindre la télé sans éteindre la réalité ») et mélanges de registres qui voudraient déconcerter : appliqués au sujet « mort », ils s’effondrent, il ne reste que des miettes d’humour. Pour s’attaquer à pareil thème, il faut un vrai sens du comique, qui cache celui du tragique, ou être un authentique bouffon – pas se pencher sur son nombril et avouer : « J’ai l’âge où l’on commence à boire du Coca Zero parce que son ventre pousse et qu’on a peur de ne plus voir sa bite. » Frédéric Beigbeder est trop attaché à son confort pour être bête et méchant. On rit peu en lisant cette Vie sans fin.
Quelque chose d’éculé
Publicitaire-né, Beigbeder use d’un français gorgé d’anglicismes, d’abréviations et de sigles : ce n’est ni nouveau ni subversif – il y a quelque chose d’éculé dans cette invasion du merchandising. Jérusalem, sous sa plume, devient une ville...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-20"> ¤ Romans, récit, nouvelles, essais… les brèves critiques du « Monde des livres » du 9 février 2018.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-20"> ¤                     
                                                   
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Livres en bref

Romans, récit, nouvelles, essais… les brèves critiques du « Monde des livres » du 9 février 2018.



Le Monde
 |    08.02.2018 à 07h00
 • Mis à jour le
08.02.2018 à 09h35
    |

            Amaury da Cunha, 
                                Florent Georgesco, 
                            Philippe-Jean Catinchi, 
                            Emilie Grangeray, 
                            Elena Balzamo (Collaboratrice du « Monde des livres »), 
                            Pierre Deshusses (Collaborateur du « Monde des livres »), 
                            Florence Noiville et 
                            Gladys Marivat (Collaboratrice du « Monde des livres »)








                        



                                


                            Essai. Images enchâssées
Naissances d’images. L’image dans l’image, des enluminures à la société des écrans, de Vincent Amiel, Klincksieck, « Collection d’esthétique », 116 p., 19 €.
Des images visibles dans d’autres images, des incrustations de cadres à l’intérieur d’un tableau… Autant d’exemples qui rendent compte de la profondeur parfois labyrinthique de la représentation visuelle. Comme si un monde se trouvait caché dans un autre. Dans ce brillant essai consacré à ces « images enchâssées », Vincent Amiel explore une iconographie dense – du Moyen Age à nos jours. Quelles relations entretiennent ces images avec les autres ? Un rapport de causalité ? Un lien narratif ? Sont-elles un brouillage pour duper le spectateur ? Loin de vouloir leur appliquer un principe commun, l’auteur insiste, au-delà du dispositif que représente le principe d’enchâssement, sur un point capital : le regard actif du spectateur. Après la lecture stimulante de ce livre, la tentation est grande d’aller au cinéma ou au musée pour revoir ou découvrir ces fascinantes « images secondes » qui sont des portes ouvertes à l’intérieur d’une œuvre. A. d. C.
Roman. La petite muette qui entendait tout
Bienvenue en Amérique (Valkommen till Amerika), de Linda Bostrom Knausgard, traduit du suédois par Terje Sinding, Grasset, 120 p., 16 €.
Que se passe-t-il dans la tête d’une enfant de 11 ans qui, à la mort de son père, s’enferme dans un mutisme total et refuse de parler, même à ses proches ? Désorientée, la fillette est tiraillée entre le sentiment de culpabilité – elle craignait cet homme violent et désirait sa mort – et le vide qui s’est subitement créé et qu’elle n’arrive pas à remplir. Pour son entourage, elle devient une sorte de boîte noire qui enregistre tout et dont rien ne sort ; la tension monte, toute la famille est menacée de désagrégation. Deuxième roman de Linda Bostrom Knausgard –...




                        

                        

