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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-1"> ¤ Notre choix du soir. Petits jobs, argent, trafics, grogne des surveillants sont quelques-uns des sujets abordés dans le magazine « Complément d’enquête » (sur France 2 à 22 h 40).
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TV – « La vraie vie en prison »

Notre choix du soir. Petits jobs, argent, trafics, grogne des surveillants sont quelques-uns des sujets abordés dans le magazine « Complément d’enquête » (sur France 2 à 22 h 40).



Le Monde
 |    08.02.2018 à 17h45
 • Mis à jour le
08.02.2018 à 17h59
    |

            Christine Rousseau








                        


Magazine sur France 2 à 22 h 40



Après l’agression de trois surveillants de prison par un détenu djihadiste dans la ­prison de Vendin-le-Vieil (Pas-de-Calais), le 10 janvier, l’institution ­pénitentiaire a connu un mouvement social tel qu’elle n’en avait pas connu depuis vingt-cinq ans. Après quinze jours de conflit, qui vit 72 établissements touchés par des débrayages, un accord était conclu entre les syndicats et la ­ministre de la justice, Nicole ­Belloubet, portant sur la sécurité des surveillants de prison, une augmentation des primes, une prise en charge renforcée des ­détenus radicalisés, ou encore la création de 1 100 postes supplémentaires d’ici quatre ans.
Mais ces mesures sont loin de résoudre les problèmes endémiques qui touchent les prisons françaises, épinglées par les ONG et les instances européennes pour leur surpopulation (le taux d’occupation y est de 118 %), le nombre de suicides (deux fois ­supérieur à la moyenne européenne), sans parler de la vétusté et l’état de délabrement de ­certains établissements. Telle la prison de la Santé à Paris, qui aura attendu de longues ­années avant que ne soit lancée une vaste opération de réno­vation, et dans laquelle Thomas Sotto a choisi d’installer les fauteuils rouges de « Complément d’enquête ».
Sans être exhaustifs sur les maux – et les remèdes proposés par la garde des sceaux, invitée du magazine –, quatre reportages tentent de saisir au plus près « la vraie vie en prison » des détenus et des surveillants, dont la grogne fait l’objet d’un des sujets que nous n’avons pas pu visionner.

   


Pour autant, on peut aisément imaginer certains motifs de leur blues, à travers le reportage assez sidérant sur la perméabilité de la plupart des établissements, dans lesquels circulent alcool, drogue et téléphones portables. En 2017, selon Baptiste des Monstiers,qui a mené l’enquête, près de 31 000 auraient été saisis. « Les prisons sont des passoires où tout peut entrer », explique Tadila Douki, surveillante et déléguée syndicale au centre pénitentiaire de Nancy-Maxéville qui, faisant visiter les abords, montre la facilité avec ­laquelle peuvent être coupés les grillages et projetées diverses marchandises. Parfois des plus improbables, comme une piscine gonflable… L’affaire pourrait presque prêter à sourire si ne se posait la question de la sécurité. Une question qui, faute de moyens adéquats et efficaces – comme à Lille, où les systèmes brouilleurs n’empêchent guère de se connecter à la 4G –, semble passer au ­second plan. « Le haschisch et le téléphone, ça achète la paix sociale dans les prisons », explique un détenu sous couvert d’anonymat qui, chaque soir, après la ronde des gardiens, appelle son fils de 8 ans pour l’aider à faire ses devoirs.
Au-delà de l’aspect passoire des prisons françaises, ce reportage met en évidence toute la complexité tant dans la dimension sociale et humaine que sé­curitaire de la situation des prisons, au sein desquelles la crise couve toujours.
Complément d’enquête, magazine présenté par Thomas Sotto (Fr, 2017, 81 min.)



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-2"> ¤ A voir aussi ce soir. Sur fond de seconde guerre mondiale, intrigues et romances se nouent dans un palace londonien (sur France 3 à 20 h 55).
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TV – « The Halcyon, un palace dans la tourmente »

A voir aussi ce soir. Sur fond de seconde guerre mondiale, intrigues et romances se nouent dans un palace londonien (sur France 3 à 20 h 55).



Le Monde
 |    08.02.2018 à 17h30
 • Mis à jour le
08.02.2018 à 17h52
    |

            Véronique Cauhapé








                        


Série sur France 3 à 20 h 55



A l’Halcyon, palace cinq étoiles de Londres, tout est mis en œuvre pour assurer confort, luxe et discrétion aux clients. Pour satisfaire à cette exigence, le personnel ne compte pas ses heures. Le palace est dirigé par Richard Garland (Steven Mackintosh), homme de confiance du propriétaire de l’éta­blissement, Lord Hamilton, dont les activités se résument à quelques rencontres diplomatiques secrètes concernant la stratégie à adopter vis-à-vis d’Hitler, et de nombreuses parties de jambes en l’air avec des prostituées.
Nous sommes en mai 1940. La guerre envoie les hommes au front, et les avions allemands dans le ciel londonien précipitent les habitants aux abris. A l’Halcyon, l’orchestre jazz de Sonny Sullivan fait danser les clients, les cuisiniers rusent avec les restrictions ; les femmes de chambre nettoient, lavent, rangent, voient tout et ne disent rien. Car, en ses murs, dans les couloirs et les chambres, du sous-sol aux mansardes, naissent des histoires d’amour, se tissent des intrigues et se préparent des drames qui n’épargneront personne. Pas plus les aristocrates que les gens ordinaires.
Souffle romanesque
Présentée comme une sorte de successeure à Downton Abbey, cette nouvelle série britannique créée par Charlotte Jones a réuni une moyenne de six millions de téléspectateurs lors de sa diffusion sur ITV, au Royaume-Uni, début 2017. Un score honorable mais probablement jugé insuf­fisant par la chaîne, qui a décidé de ne pas reconduire The Halcyon, un palace dans la tourmente pour une saison 2.
Certes, n’est pas Downton Abbey – ni son créateur Julian Fellowes – qui veut. Et la maîtrise du mélange des genres (drame et comédie, romance et suspense, récit historique et narration psychologique) n’est pas aisée, comme nous le prouve The Halcyon qui, en la matière, se prend un peu les pieds dans le tapis, à trop vouloir en faire. Du coup, tout manque un peu de finesse, de nuance (dans le caractère des personnages notamment) et de complexité dans le partage du bien et du mal.

   


Reconnaissons cependant à la série une distribution à qualité égale pour les premiers et les seconds rôles – notamment les deux grands acteurs Steven Mackintosh et Olivia Williams –, ainsi qu’un savoir-faire indéniable sur la reconstitution des décors (le soin apporté aux détails) et sur la réalisation (tourbillonnante). De quoi créer un souffle romanesque suffisant pour nous emporter le temps d’une saison.
The Halcyon, un palace dans la tourmente, saison 1, série créée par Charlotte Jones. Avec Steven Mackintosh, Olivia Williams, Annabelle Apsion, Jamie Blackley (GB, 2017, 8×40 min.).



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-3"> ¤ Journaliste, éditrice et écrivaine, elle fut une militante infatigable de la littérature de jeunesse comme genre à part entière.
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Henriette Bichonnier, auteure du livre jeunesse « Le Monstre poilu », est morte

Journaliste, éditrice et écrivaine, elle fut une militante infatigable de la littérature de jeunesse comme genre à part entière.



Le Monde
 |    08.02.2018 à 14h55
 • Mis à jour le
08.02.2018 à 16h07
    |

                            Philippe-Jean Catinchi








                        



                                


                            
Journaliste, éditrice et surtout auteure jeunesse au succès phénoménal, Henriette Bichonnier est morte le 20 janvier à l’âge de 74 ans.
Née à Clermont-Ferrand le 27 juin 1943, Henriette Bichonnier grandit au grand air, dans les campagnes des alentours lyonnais, plaine du Forez et Beaujolais. Un cadre qui s’avérera décisif pour l’inspiration des histoires et des contes qu’elle devait composer. Etudiante, elle entreprend des études de langue et de lettres modernes à Lyon, enseigne un temps à Saint-Etienne mais se consacre bientôt à l’écriture pour les jeunes, convaincue que la maîtrise et le goût de la lecture sont les clés de leur réussite.
L’essor de la presse jeunesse lui permet de faire ses premières armes dans le groupe Bayard, collaborant dès 1971 à Pomme d’Api, magazine pour les 3-7 ans, créé en 1966, et à l’hebdomadaire Lisette, destiné aux filles de 7 à 15 ans (éd. de Montsouris), où elle s’essaie au scénario de la BD en 1972, offrant ses premières planches à François Bourgeon, bien avant Les Passagers du vent, saga qu’il entreprend seul dès 1979. Le duo participe ainsi au lancement chez Fleurus de Djin, en octobre 1974, hebdomadaire adressé également aux lectrices en herbe.
Un engagement de terrain
Mais l’action d’Henriette Bichonnier est déjà avant tout un engagement de terrain. A La Ricamarie, dans la Loire, zone défavorisée qu’elle connaît bien, plus tard dans le Nord-Pas-de-Calais, miné par sa brutale désindustrialisation, elle agit en bénévole contre l’illettrisme, associant adultes et enfants, bibliothécaires et enseignants, pour ancrer plus sûrement une acquisition du langage qui reste sa priorité. Interventions, débats, forums, tout est bon pour diffuser son credo – elle contribuera encore en Sorbonne en 1990 aux entretiens Nathan, rendez-vous de chercheurs concernés par les pratiques pédagogiques et praticiens désireux d’en analyser les stratégies.
Dans l’intervalle, Henriette Bichonnier...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-4"> ¤ Le collectif Rimini Protokoll et le metteur en scène Stefan Kaegi présentent « Cargo Congo-Lausanne » au Théâtre Vidy.
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A Lausanne, périple théâtral à bord d’un camion de fret

Le collectif Rimini Protokoll et le metteur en scène Stefan Kaegi présentent « Cargo Congo-Lausanne » au Théâtre Vidy.



Le Monde
 |    08.02.2018 à 13h57
    |

                            Fabienne Darge (Lausanne (Suisse), envoyée spéciale)








                        



                                


                            

Attachez vos ceintures. Vous allez faire un trajet de six mille kilomètres, de Goma, au Congo, à Lausanne, en Suisse, en à peine deux heures. Le moyen de transport utilisé pour cet exploit est un peu particulier, puisqu’il s’agit… du théâtre. C’est encore un coup du collectif Rimini Protokoll et du metteur en scène suisse Stefan Kaegi, qui, depuis une quinzaine d’années, inventent une nouvelle forme de théâtre documentaire, ludique et immersif.
Ce grand jeune homme dégingandé de 44 ans a notamment créé un dispositif totalement nouveau : le théâtre en camion, qui embarque une cinquantaine de spectateurs pour d’étranges voyages mêlant la réalité et la fiction. On l’avait découvert au Festival d’Avignon en 2006, avec Cargo Sofia-Avignon, où Kaegi emmenait sur les traces de deux chauffeurs routiers bulgares et d’une cité des papes bien éloignée de celle des festivaliers.
Depuis, le camion, un semi-remorque blanc qui, dans une autre vie, servait au transport de viande, a taillé la route dans le monde entier, jusqu’au Japon. Le principe est toujours le même : embarquer les spectateurs pour un double voyage, l’un réel et bien concret, en général dans la périphérie de la ville où la « représentation » a lieu, et l’autre, fictif, qui serait celui effectué par les deux – vrais – chauffeurs routiers qui, à chaque fois, sont les personnages de ces Cargos.
Une étonnante cartographie
Les histoires sont donc singulières, d’une ville à l’autre où le camion de Stefan Kaegi part en exploration, mais elles dessinent, avec les années, une étonnante cartographie de notre monde mondialisé, sous le prisme extrêmement révélateur du transport des hommes et des marchandises. A Lausanne, où le camion va vadrouiller jusqu’à fin mars, Stefan Kaegi a choisi de la faire tourner autour des figures de deux chauffeurs aux parcours bien différents : Roger Sisonga, la trentaine, d’origine congolaise, employé par une société de fret, et Denis Ischer, la...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-5"> ¤ Cette série où un ado descendant de ninjas combat des démons ravira les amateurs indéfectibles du manga d’aventure initiatique.
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« Black Torch » : un manga peu original mais loin d’être fumeux

Cette série où un ado descendant de ninjas combat des démons ravira les amateurs indéfectibles du manga d’aventure initiatique.



Le Monde
 |    08.02.2018 à 12h10
 • Mis à jour le
08.02.2018 à 14h03
    |

            Pauline Croquet








                        



   


Est-il possible de reprendre un même patron de scénario et d’en coudre un récit original ? Difficile de répondre à l’issue d’un seul tome, mais Black Torch, paru jeudi 8 février, devra relever un défi majeur : faire aussi bien que le blockbuster Bleach, que ce nouveau manga rappelle étrangement en narrant le parcours d’un adolescent surpuissant et loyal qui combat des entités maléfiques.
Première série du mangaka trentenaire Tsuyoshi Takaki, Black Torch commença d’ailleurs à paraître au Japon en 2016 dans la même écurie, la maison d’édition Shueisha, au moment où Bleach écumait ses derniers chapitres et dont le final « bâclé » après quinze ans de bons et loyaux services avait provoqué la colère de nombreux fans.

   


Pas de surprise, donc à la lecture des premières pages. Le lecteur fait connaissance avec Jiro, un jeune descendant de ninjas un peu paumé qui touche sa bille en arts martiaux. L’adolescent qui a bon fond possède aussi la faculté de communiquer avec les animaux. C’est en portant secours à des bêtes du quartier qu’il va se retrouver dans les pattes de mononokes, des démons anthropophages. Pour le défendre, Rago, un mononoke repenti sous les traits d’un chat noir, va fusionner avec Jiro. Pris en étau entre le clan des démons, auquel il appartient désormais, et celui des humains exorcistes, le héros devra trouver une issue impossible.

   


Récit classique de destinée de combattants, Black Torch se différencie toutefois par sa vision contemporaine des ninjas et de l’exorcisme. Pas de sabres ni de tenues traditionnelles, un code d’honneur sans leçon de morale, le premier tome ne tergiverse pas et offre des combats urbains nerveux. Les personnages sont bien esquissés et ont du caractère sous le crayon de Tsuyoshi Takaki, qui soigne aussi l’apparence des monstres secondaires. Très plaisant à parcourir, Black Torch laissera toutefois peut-être de marbre les lecteurs las des scénarios d’action classique.

   


Black Torch, de Tsuyoshi Takaki, traduction de Sébastien Ludmann, tome I le 8 février 2018, éditions Ki-oon, 192 pages, 6,90 euros.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-6"> ¤ La photographe indienne Dayanita Singh a imaginé le Museum Bhavan, neuf petits carnets de ses clichés à déplier et à exposer, comme autant de musées personnels.
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L’Inde dans un musée de poche


                      La photographe indienne Dayanita Singh a imaginé le Museum Bhavan, neuf petits carnets de ses clichés à déplier et à exposer, comme autant de musées personnels.



Le Monde
 |    08.02.2018 à 11h03
    |

            Claire Guillot







Contrairement aux apparences, les photographies de Dayanita Singh ne sont pas vraiment faites pour les pages d’un magazine. En effet, depuis les années 1980, la photographe indienne n’a cessé de réfléchir et d’expérimenter, autour de la forme idéale pour présenter ses images. Elle n’aimait ni les tirages isolés, ni les expositions lourdes et figées, ni les gros livres d’images qu’on oublie sur une étagère.

   


Dans les salles des musées, elle a donc inventé des installations modulables, où les images peuvent changer de place. Et même une exposition-valise, enfermée dans une grosse malle capable de voyager partout avec elle et de se transformer en minivitrine d’exposition. Elle a aussi fabriqué d’étonnants livres-objets, dont le dernier, Museum Bhavan, permet aux lecteurs de devenir eux-mêmes des commissaires d’exposition, et d’« exposer leur propre Musée Bhavan chez eux », écrit-elle dans le texte qui l’accompagne.
Cabinet de curiosités
Cet ouvrage, publié aux éditions Steidl, vainqueur du prix du livre de l’année à la foire Paris Photo en 2017, est comme un minicabinet de curiosités. Dans une petite boîte, on découvre dix petits volumes : un recueil de textes, mais surtout neuf petits « musées », minilivres dont les pages se déplient sous la forme d’un accordéon et que chacun peut exposer chez lui.
Et si le livre est tiré à 3 000 exemplaires, il s’agit pourtant, pour la photographe qui aime tant brouiller les genres, d’un « multiple unique » ou d’un « livre d’art de masse ». La couverture est faite en achada, un tissu utilisé en Inde comme buvard pour l’impression traditionnelle au tampon. Considéré d’habitude comme un rebut, ce tissu couvert de taches d’encre aléatoires est ici ce qui rend chaque livre unique.

   


Les images de ces neuf minimusées sont piochées dans les vastes archives de la photographe, qui a commencé sa carrière en suivant le grand joueur de tabla Zakir Hussain. Le sens de chaque volume est volontairement flottant et mystérieux : ni date, ni lieu, ni nom, ni chronologie. Des personnages apparaissent parfois enfants, puis adultes, certains sont morts.
Quelques livres ont des thématiques, comme Museum of Men ou Little Ladies Museum, qui rassemblent des portraits d’amis ou de proches. D’autres sont consacrés à des objets : Museum of Furniture s’attarde sur des lits à baldaquin, des coiffeuses ou des fauteuils, baignés d’une douce pénombre, qui racontent en creux la vie de leur propriétaire.

Godrej Museum est un hommage à l’armoire Godrej, ce meuble métallique qu’on retrouve partout en Inde. Ici, il est photographié entre des tonnes de dossiers et de papiers, témoins d’une bureaucratie indienne en passe de succomber à l’ère numérique.
Passé et présent se mêlent
Mais chacun des livres porte surtout en lui le passage du temps. Les photographies en noir et blanc (Dayanita Singh ne travaille qu’en argentique) montrent souvent des objets du passé : de vieilles machines dans Museum of Machines ou d’antiques presses d’imprimerie comme dans Printing Press Museum. Passé et présent se mêlent : dans ce dernier volume, l’artiste rassemble aussi bien le bureau de son éditeur Gerard Steidl que la vieille machine qui servit à imprimer les premiers numéros du quotidien du sud de l’Inde Malayala Manorama à la fin du XIXe siècle.
Le Museum of Vitrines est peut-être celui qui résume le mieux la démarche de Dayanita Singh : teinté de mélancolie, passant en revue des vitrines chez des particuliers ou dans des musées, il se penche sur l’obsession humaine de sauvegarder, conserver, garder en mémoire. Difficile de ne pas faire le lien avec le travail d’une photographe qui capture l’image de ce qui s’enfuit et qui fait revivre ce qui n’existe plus.
Certains musées de Dayanita Singh portent d’ailleurs deux titres : le Museum of Photography, qui montre des personnes tenant des portraits, s’appelle aussi « Musée des défunts ». Preuve que l’image est, sinon une lutte contre la mort, du moins une consolation face à l’absence.
Museum Bhavan, Dayanita Singh, Éd. Steidl, 75 €. www.steidl.de



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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-7"> ¤ L’ancien directeur du Châtelet quitte La Seine musicale et se voit confier les clefs de cette salle actuellement en travaux.
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Jean-Luc Choplin, maître à bord du Théâtre Marigny

L’ancien directeur du Châtelet quitte La Seine musicale et se voit confier les clefs de cette salle actuellement en travaux.



Le Monde
 |    08.02.2018 à 09h34
 • Mis à jour le
08.02.2018 à 16h55
    |

            Laurent Carpentier








                        



                                


                            

« Je ne me considère pas comme un loueur de parkings… » Dans le portrait que nous lui avions consacré en janvier 2017 lors de son départ du Théâtre du Châtelet pour La Seine musicale – le complexe culturel ouvert il y a un an sur l’île Seguin à Boulogne-Billancourt –, Jean-Luc Choplin avait prévenu : faire de la location de salles pour des opérateurs culturels ne le satisferait pas. Lui, ce qu’il veut, c’est créer. Un an plus tard, l’homme a abandonné sa « mission de conseil artistique » auprès de la société TF1-Sodexho qui gère le lieu dans un partenariat public-privé avec le département des Hauts-de-Seine pour reprendre, depuis ce mardi 6 février, la direction du Théâtre Marigny, dont les travaux s’achèvent sur les Champs-Elysées. Ouverture prévue entre septembre et janvier. « Dans mon timing de vie, dit le sexagénaire, la question qui s’est posée à moi c’est : est-ce que je peux encore faire des choses intéressantes ? Parce que je ne peux plus perdre de temps. »

A La Seine musicale, explique-t-il, la programmation et les spectacles invités étaient mêlés : « C’est un beau lieu, encore faut-il lui donner une âme. Et cette question ne peut être secondaire par rapport à la nécessité économique. » Or, dans la grande salle (de 4 000 à 6 000 places), les trois quarts des spectacles sont de la location contre un quart produits par la maison. « Quand vous n’avez pas la main, tout devient difficile. L’argent, je l’avais, ce que je n’avais pas, c’est la maîtrise du calendrier. Si vous montez une production comme une comédie musicale, vous avez besoin de la salle du 10 novembre au 10 janvier. Or, ce n’était pas possible parce que c’est justement le moment où elle pouvait être le mieux louée. »

Courant décembre, alors que le bruit se répandait de son envie de partir, Aurélien Binder, le bras droit de Marc Ladreit de Lacharrière a décroché son téléphone pour l’appeler....




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-8"> ¤ Claro embauche l’auteure de « Poétique de l’emploi », Noémi Lefebvre, sur le champ.
<filname="PROF-0,2-3246,1-0,0-8"> ¤                     
                                                   
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Le feuilleton. Dire, détruit-elle

Claro embauche l’auteure de « Poétique de l’emploi », Noémi Lefebvre, sur le champ.



Le Monde
 |    08.02.2018 à 07h45
 • Mis à jour le
08.02.2018 à 09h44
    |

                            Claro (Ecrivain et traducteur)








                        



                                


                            
Poétique de l’emploi, de Noémi Lefebvre, Verticales, 112 p., 12 €.

L’air du temps est-il ­soluble dans la prose ? Pour certains écrivains, c’est une évidence, il suffit de transformer le livre en poste de radio ou en photocopieuse, de retransmettre ou de reproduire, bref, de ménager un espace aux informations qui, paraît-il, font le réel. Ce qui se passe dehors n’a qu’à passer sur la page, y déposer au mieux son ombre, quelques plis suffiront pour donner l’impression que tout n’est pas lisse alors même qu’on décalque. D’où, souvent, à la lecture des romans épris de contemporain, une impression de pénible transfusion, le sentiment d’un compromis bâclé et malhabile entre toile de fond et coup de crayon. On ressent un malaise dans l’écriture là où on espérait une écriture du malaise.
L’air du temps ? Dira-t-on qu’il est toxique, névrotique, fasciste ? Qui le dira ? Un personnage ? Une voix soigneusement tendue entre deux guillemets ? Fabrice del Dongo ou Bardamu ? Plutôt que de trancher tout de suite, faisons comme Noémi Lefebvre dans Poétique de l’emploi et partons gaiement de la constatation suivante : « Il règne en ce moment quelque durcissement qui influe sur tout le monde. » C’est une phrase écrite par le philologue Victor Klemperer (1881-1960), extraite de son livre LTI, la langue du IIIe Reich (Albin Michel, 1996). Mais c’est désormais une phrase de Poétique de l’emploi, un énoncé qui refuse de se dissoudre, une indispensable arête coincée dans la gorge du livre. Qui n’empêche ni de rire ni de penser, loin de là. Bon, il est temps d’aller à Lyon, où un dialogue entre père et fille nous attend.
« Il n’y a pas beaucoup de poésie en ce moment, j’ai dit à mon père. » C’est le deuxième constat, mais c’est sans doute le même que faisait Klemperer. Et ce qu’essaie de dire la narratrice à son père. Il n’y a pas beaucoup d’emploi non plus. En...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-9"> ¤ Vincent Bernard explique comment l’officier quelconque est devenu généralissime des armées de l’Union pendant la guerre de Sécession puis président des Etats-Unis.
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Biographie. La ­fulgurante ascension d’Ulysses S. Grant

Vincent Bernard explique comment l’officier quelconque est devenu généralissime des armées de l’Union pendant la guerre de Sécession puis président des Etats-Unis.



Le Monde
 |    08.02.2018 à 07h30
 • Mis à jour le
08.02.2018 à 07h41
    |

                            André Loez (Historien et collaborateur du « Monde des livres »)








                        


Ulysses S. Grant. L’étoile du Nord, de Vincent Bernard, Perrin, 336 p., 23 €.

   


Même dans un univers aussi fluide que la société américaine du XIXe siècle, peu de trajectoires furent plus imprévisibles que celle d’Ulysses S. Grant (1822-1885). Officier quelconque aux vues étroites et aux origines modestes, il fait une campagne sans éclat durant la guerre du Mexique (1846-1848), avant de quitter l’armée entouré de rumeurs sur son alcoolisme supposé. En 1861, à l’orée de la guerre civile, il vit modestement dans l’Illinois, gérant la tannerie familiale, à peine soucieux des bruits de sécession, dans le Sud, qui font suite à l’élection d’Abraham Lincoln – il n’a d’ailleurs pas voté pour lui.
Généralissime
Quatre ans plus tard, le voilà devenu généralissime des armées de l’Union. Chef victorieux, héros national, il reçoit la reddition du sudiste Robert E. Lee à Appomattox. Trois ans après, il est élu président des Etats-Unis. Une ascension fulgurante que viennent ternir les échecs politiques de ses deux mandats (1869-1876) durant la période de la « Reconstruction », marqués par la corruption et par l’incapacité des autorités à concrétiser les promesses d’égalité pour les anciens esclaves noirs émancipés.
Documentée mais d’une écriture convenue (les aperçus psychologiques et l’histoire militaire traditionnelle y ont la part belle), la biographie de Vincent Bernard donne des pistes pour expliquer cet itinéraire hors du commun. Il montre en particulier la rencontre entre les qualités individuelles de Grant, sa détermination, son calme sous le feu, et l’ère des médias de masse qui débute alors. En février 1862, lorsqu’il prend Fort Donelson après avoir exigé la « reddition inconditionnelle » de ses défenseurs, il devient « Unconditional Surrender Grant » par un jeu de mots sur ses initiales qui fait l’enthousiasme des journalistes. Gloire paradoxale pour un homme qui, de son propre aveu, n’aimait pas la guerre.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-10"> ¤ Sophie de Wittelsbach (1805-1872), mère du futur empereur François-Joseph, mérite bien la réhabilitation que fait d’elle Jean-Paul Bled.
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Biographie. L’archiduchesse Sophie vaut bien Sissi

Sophie de Wittelsbach (1805-1872), mère du futur empereur François-Joseph, mérite bien la réhabilitation que fait d’elle Jean-Paul Bled.



Le Monde
 |    08.02.2018 à 07h30
 • Mis à jour le
08.02.2018 à 09h36
    |

                            Philippe-Jean Catinchi








                        


Sophie de Habsbourg. L’impératrice de l’ombre, de Jean-Paul Bled, Perrin, 312 p., 23 €.

   


Dans ses Mémoires (1929), la comtesse Helene Erdödy rapporte ces propos désenchantés de Sophie de Wittelsbach (1805-1872), duchesse de Bavière puis archiduchesse d’Autriche, mère du futur empereur François-Joseph, qui consacra sa vie à l’ascension de son fils et lui inculqua les valeurs dont ce prince Habsbourg ne se départit jamais : « Malheureusement l’histoire ne sera pas faite par ceux qui me connaissent. C’est un sentiment bien amer de penser que les calomnies sur mon compte continueront même au-delà de ma tombe. »
Morte minée par la faillite de l’idéal conservateur qu’elle incarnait, qui ne parvint pas à endiguer les mouvements libéraux et nationalistes menaçant les monarchies autoritaires, comme par la fin tragique de son fils Maximilien, chimérique empereur du Mexique, Sophie, dont le fils épousa Elisabeth de Bavière, plus connue sous le surnom de « Sissi », ne croyait pas si bien dire, tant la « sissimania » lui conféra dans l’esprit de chacun, tout au long du XXe siècle, le rôle ingrat de la « méchante » belle-mère persécutant la princesse rebelle.
Habsbourg d’esprit sinon de sang
Il était temps de réviser cette image. Fin connaisseur de la dynastie des Habsbourg, Jean-Paul Bled s’y attelle avec sérieux. Fort de l’étude de la correspondance de la dame, qui prit longtemps sa mère, la reine Caroline, comme confidente, puis du journal qu’elle tint après la mort de celle-ci, il dégage la figure d’une femme qui sut patienter, implacablement attachée à ses convictions comme au bonheur de ses enfants et qui, jamais impératrice en titre, le fut dans les esprits. Elle se montra assez « Habsbourg » pour qu’on excuse le biographe, qui lui donne, dans le titre de son livre, un nom qui ne fut jamais le sien, d’inscrire cette Wittelsbach, fille du roi de Bavière, dans la prestigieuse lignée qui l’adopta.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-11"> ¤ Dans « “Je”. Une traversée des identités », la philosophe et psychanalyste plaide pour le moi comme secret et comme liberté.
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Clotilde Leguil défend le « je » à l’ère du narcissisme de masse

Dans « “Je”. Une traversée des identités », la philosophe et psychanalyste plaide pour le moi comme secret et comme liberté.



Le Monde
 |    08.02.2018 à 07h30
    |

                            Florent Georgesco








                        



                                


                            
« Je ». Une traversée des identités, de Clotilde Leguil, PUF, 240 p., 17 €.

J’existe, c’est une chose entendue. Mais qui suis-je ? Ou plutôt : quel est ce « je » que je suis ? Ou encore : suffit-il d’exister pour être « je » ? Les ennuis viennent vite quand on se mêle d’en savoir un peu plus sur soi-même. Surtout « en ce moment singulier, qui est celui d’un changement de monde » où, comme l’avance la philosophe et psychanalyste Clotilde Leguil dans « Je ». Une traversée des identités, stimulante tentative de mise au point, le goût de soi-même, l’acceptation et le développement de ce qui rend ce « je » unique, ­deviennent des valeurs fantômes, dont on ne comprend même plus ce qu’elles recouvraient au juste.
Son livre est une enquête sur cette disparition. Il répond aux questions classiques dans ce type d’affaires : où, quand, comment ? Mais une autre s’ajoute, plus inhabituelle : le disparu n’est-il pas, en fait, toujours parmi nous ? Il semble même se multiplier, s’infiltrer partout, se revendiquer en permanence, « je » tonitruant des réseaux sociaux, des selfies, des demandes de reconnaissance. C’est le point où Clotilde Leguil apporte la preuve la plus manifeste de l’intérêt de sa démarche, qui consiste à mêler polémique et analyse en se servant de l’un pour approfondir l’autre à chaque étape.

Elle montre ainsi que les formes saillantes de l’expression contemporaine du moi et du « narcissisme de masse » piègent chacun dans le « mirage » du « moi comme image de soi », où il s’agit de se soumettre à une norme transmise de proche en proche et de faire valoir son appartenance au groupe, de construire son identité en fonction de sa capacité à s’emboîter dans l’identité des autres. Ce faisant, elle propose, dans un style vigoureux qui rend la lecture de son essai particulièrement vivante, une forme de théorie par opposition dont ressort...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-12"> ¤ L’éditeur qui a transformé Fayard après être passé par le Seuil, mort en 2015, fascine. François Chaubet explique pourquoi.
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Biographie. Claude ­Durand, « oblat du livre »

L’éditeur qui a transformé Fayard après être passé par le Seuil, mort en 2015, fascine. François Chaubet explique pourquoi.



Le Monde
 |    08.02.2018 à 07h30
 • Mis à jour le
08.02.2018 à 09h47
    |

            Alain Beuve-Méry








                        


Claude Durand, de François Chaubet, Cerf, 468 p., 29 €.

   


Moins de trois ans après sa disparition, l’éditeur Claude Durand (1938-2015) fait l’objet d’une biographie bien documentée, même si la porte des archives de Fayard est restée close. « L’empereur Claude » avait fait son royaume de cette marque du groupe Hachette. Il y a régné pendant vingt-huit ans et l’a transformée de fond en comble, la modelant à son image : celle d’un éditeur exigeant, tempétueux, d’une grande sensibilité aux injustices du monde, ardent à vouloir changer la société. Il se vivait en redresseur de torts.
Ses années de formation et son premier métier d’instituteur attestent cette ambition. Lecteur, puis éditeur au Seuil de 1958 à 1978, il a trouvé dans cette maison toute la nourriture intellectuelle qu’il recherchait. Il l’a aussi alimentée, avec la célèbre collection « Combats », incarnation de « la diagonale des contestations » qui agitaient alors le monde. Exclu du paradis en 1978, Claude Durand n’aura de cesse qu’il n’ait fait de Fayard un « super-Seuil ».
Un solitaire
Reste une question : pourquoi Claude Durand fascine-t-il autant ? A commencer par son biographe, qui ne cache pas l’empathie que lui inspire son sujet. Selon François Chaubet, un grand éditeur a trois caractéristiques : il accouche de projets ambitieux, est capable de devancer l’actualité, enfin c’est un chef de troupe. De ces trois qualités, « l’oblat du livre » remplit les deux premières.
Quant à la dernière… Claude Durand était un solitaire, très pessimiste sur la nature humaine, même s’il entretenait des relations extrêmement fortes avec une quarantaine d’auteurs et s’il a marqué de sa personnalité une dizaine d’éditeurs : Eric Vigne, Odile Jacob, Olivier Cohen, Henri Trubert, Laurent Beccaria, Olivier Bétourné, Jean-Marc Roberts, Jean-François Colosimo. Tous ont dû s’écarter de lui. Rien ne pousse à l’ombre d’un grand homme.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-13"> ¤ Maurizio Serra pourfend les clichés qui nous ferment l’accès à l’œuvre de l’écrivain italien (1863-1938), dont le mélange de sublime et de morbide se révèle déjà pasolinien.
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Biographie. Gabriele D’Annunzio, procès en appel

Maurizio Serra pourfend les clichés qui nous ferment l’accès à l’œuvre de l’écrivain italien (1863-1938), dont le mélange de sublime et de morbide se révèle déjà pasolinien.



Le Monde
 |    08.02.2018 à 07h30
 • Mis à jour le
08.02.2018 à 07h40
    |

            Nicolas Weill








                        



                                


                            
D’Annunzio le magnifique, de Maurizio Serra, Grasset, 704 p., 30 € (en librairie le 14 février).

A première vue, rien de plus kitsch que l’œuvre et la vie de l’écrivain italien ­Gabriele D’Annunzio (1863-1938). Si certaines de nos grands-mères et arrière-grands-mères se pâmaient en couchant dans leurs journaux intimes à couverture maroquinée les mots du poète-comandante (« Le regret est la vaine pâture des esprits oisifs », « J’ai ce que j’ai donné », etc.), on aurait plutôt tendance aujourd’hui à voir en lui un prédateur sexuel, précurseur du fascisme et graphomane mondain, narcissique à souhait, plagiaire à l’occasion, dont l’écriture incarne dans la littérature ce que le style nouille est à l’art. Maurizio Serra, lui, entend pourfendre ces clichés qui nous ferment l’accès à une œuvre majeure dont le mélange de sublime et de morbide se révèle déjà pasolinien. Y parvient-il ?
Le psychologisme de la biographie (« Pourquoi [D’Annunzio] doit-il se venger [des femmes] (…) ? Est-ce pour leur faire payer la résignation de sa mère, face à l’inconduite de Don Ciccilio [son père] ? »), les généralités (« tour à tour pâtre et maçon, pêcheur et chasseur, artisan et moine aux mains calleuses, [D’Annunzio] est également soldat »), voire les stéréotypes (« nature très féminine en cela, il ne sait pas choisir dans sa riche garde-robe ce qui pourra lui servir »), ne servent guère la démonstration. Mais son enthousiasme réussit à rendre cette figure de condottiere 1900 plus complexe et plus intéressante.
Questions de style
D’abord en soulignant la qualité littéraire d’un auteur dont bien des textes restent très lisibles. Tel est le cas de Nocturne (1921 ; Les Transbordeurs, 2008, pour la version française la plus récente), récit magnifique de la première guerre mondiale. Engagé volontaire à plus de 50 ans, D’Annunzio...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-14"> ¤ Avec « Au café existentialiste », l’essayiste britannique propose une histoire du courant philosophique cher à Sartre dans un récit riche et vivant.
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Les pépites d’existentialisme de Sarah Bakewell

Avec « Au café existentialiste », l’essayiste britannique propose une histoire du courant philosophique cher à Sartre dans un récit riche et vivant.



Le Monde
 |    08.02.2018 à 07h30
 • Mis à jour le
08.02.2018 à 12h48
    |

                            Céline Henne (Collaboratrice du « Monde des livres »)








                        



                                


                            
Au café existentialiste. La liberté, l’être et le cocktail à l’abricot (At the Existentialist Café. Freedom, Being and Apricot Cocktails), de Sarah Bakewell, traduit de l’anglais par Pierre-Emmanuel Dauzat et Aude de Saint-Loup, Albin Michel, 512 p., 24,90 €.

Il est commun d’aborder les plus grandes idées philosophiques comme des énoncés hors du temps, à vocation universelle. On préfère mettre à distance la trivialité du biographique, qui risque de venir entacher une noble pensée. Pour l’essayiste britannique Sarah ­Bakewell, au contraire, il est bien plus fructueux d’ancrer le discours philosophique dans le contexte d’une époque, et surtout dans celui d’une vie : « Les idées sont intéressantes, mais les gens le sont bien plus. »
Après le succès international de Comment vivre ? Une vie de Montaigne en une question et vingt tentatives de réponse (Albin Michel, 2013), elle s’attaque désormais aux existentialistes. Ces penseurs se prêtent d’autant mieux à ce type de projet qu’ils revendiquent une philosophie centrée sur le vécu – non pas le « je pense » abstrait de Descartes, mais l’expérience concrète et personnelle du monde, des autres et de soi-même : « Les existentialistes habitaient leur monde personnel et historique, comme ils habitaient leurs idées. »
Plutôt que d’écrire un énième manuel de philosophie, Sarah Bakewell préfère donc emmener ses lecteurs au « café existentialiste », pour y faire revivre les idées de ce courant telles qu’elles ont émergé et imprégné la vie de ses auteurs. Elle raconte l’histoire de l’existentialisme dans un récit vivant, pensé comme une « conversation plurilingue et à multiples facettes », dont les principaux protagonistes sont Jean-Paul Sartre et Simone de Beauvoir. Ces derniers sont accompagnés de ceux qui les ont inspirés – en premier lieu, les philosophes allemands ­Husserl et Heidegger – ainsi que de leurs compagnons de...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-15"> ¤ « Keila la Rouge », livre inédit du Prix Nobel 1978, est publié en France quarante ans après sa parution en feuilleton à New York… et après quelques tribulations.
<filname="PROF-0,2-3246,1-0,0-15"> ¤                     
                                                   
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Le roman fantôme d’Isaac Bashevis Singer

« Keila la Rouge », livre inédit du Prix Nobel 1978, est publié en France quarante ans après sa parution en feuilleton à New York… et après quelques tribulations.



Le Monde
 |    08.02.2018 à 07h15
    |

                            Eglal Errera (Collaboratrice du « Monde des livres »)








                        



                                


                            
Keila la Rouge (Yarmi un Keile. Yarme and Keyle), d’Isaac Bashevis Singer, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Marie-Pierre Bay et Nicolas Castelnau-Bay, Stock, « La cosmopolite », 426 p., 23 €.

Décembre 1978. Sous les ors de l’Académie suédoise, à Stockholm, résonnent – pour la première et unique fois, en un siècle de cérémonies de remise du prix Nobel de littérature – les accents du yiddish, « la langue mourante d’un peuple de fantômes ». C’est ainsi que la désigne le lauréat du jour, Isaac Bashevis Singer, né en Pologne en 1902, qui mourra aux Etats-Unis en 1991. S’il écrit en yiddish, c’est parce qu’il « aime les histoires de fantômes », explique-t-il. Mais c’est aussi parce qu’il croit en la résurrection. « Je suis sûr que le Messie va bientôt venir, que des milliers de cadavres parlant yiddish sortiront de leur tombe et que leur première question sera : “Y a-t-il de nouveaux livres en yiddish ?” » Tout Singer tient dans cette anecdote. La liberté irrévérencieuse du ton. Le sens du tragique et de la facétie. La mémoire des siens assassinés. L’hommage incessant que son écriture rend à leur culture. Et les deux langues dans lesquelles il a vécu : le yiddish et l’anglais.
En dehors du circuit habituel
C’est tout cela que l’on retrouve aussi dans l’histoire de Keila la Rouge– en yiddish Yarmy un Keile, « Yarmi et Keila » –, le roman inédit qui paraît aujourd’hui. Ce livre est lui-même un « fantôme » dans l’œuvre de Singer. Son existence était connue. On savait que ce manuscrit était conservé au Harry Ransom Center, au Texas, qui possède les archives de Singer. Un large extrait en avait même été publié en France, en 2012, dans le Cahier de l’Herne consacré à l’écrivain et publié sous la direction de Florence Noiville (journaliste au Monde et auteure de l’unique biographie en français consacrée à l’écrivain, Isaac B. Singer, Stock,...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-16"> ¤ « Microfilm », satire du monde du travail entre nostalgie et fantaisie, et deuxième roman de l’écrivain, séduit.
<filname="PROF-0,2-3246,1-0,0-16"> ¤                     
                                                   
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Le charme rétro de l’employé de bureau selon Emmanuel Villin

« Microfilm », satire du monde du travail entre nostalgie et fantaisie, et deuxième roman de l’écrivain, séduit.



Le Monde
 |    08.02.2018 à 07h00
 • Mis à jour le
08.02.2018 à 12h42
    |

                            Stéphanie Dupays (Collaboratrice du « Monde des livres »)








                        



                                


                            
Microfilm, d’Emmanuel Villin, Asphalte, 182 p., 16 €.

Avec son titre évoquant un roman d’espionnage, le deuxième roman d’Emmanuel Villin semble prendre le contre-pied du premier. Dans Sporting Club (Asphalte, 2016), une longue déambulation dans une ville imaginaire ressemblant fortement à Beyrouth, la méditation rêveuse l’emportait sur l’action. Si, au début du livre, le héros de Microfilm saisit « le combiné comme on empoigne une arme », c’est tout prosaïquement pour passer un coup de fil à Pôle emploi. Et il a beau s’habiller comme Delon dans Le Samouraï, de Melville (1967), il n’a rien d’un homme d’action.
« Physique quelconque, visage commun », ce figurant au chômage se voit proposer un étrange rôle. Les algorithmes de l’administration détectant chez lui une compétence en analyse de microfilms – il a collaboré à une revue du même nom (en fait une revue de cinéma) –, il candidate à la Fondation pour la paix continentale, un mystérieux organisme situé place Vendôme, à Paris.
Une sinécure
Recruté par la revêche et débordée Lydie Soucy, la directrice financière, notre héros découvre la vie de bureau, les horaires et les collègues. Il apprend à connaître Jean-Serge, le directeur général, « sosie approximatif de Philippe Noiret », fumeur de cigares qu’on ne voit jamais effectuer le moindre travail, Noémie, la secrétaire aux Tupperware, et John, le juriste aux airs de cow-boy déprimé. Parmi eux, l’ancien acteur désœuvré croit avoir trouvé une sinécure : « Très vite, il a tout loisir d’explorer les innombrables possibilités que la vie de bureau offre à un employé de procrastiner, buller, baguenauder, lambiner, glander. Bref, il n’en fout pas une rame. »
Quelques menus travaux lui sont confiés, rédiger une plaquette, transporter des documents à Lisbonne, mais leur finalité est tout aussi floue que l’intitulé de son poste....




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-17"> ¤ Une famille américaine un demi-siècle après l’offensive du Têt. L’écrivain, marqué par son passage au Vietnam entre 1969 à 1971, revient sur les conséquences profondes du conflit.
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Pour Robert Olen Butler, la guerre du Vietnam a toujours lieu

Une famille américaine un demi-siècle après l’offensive du Têt. L’écrivain, marqué par son passage au Vietnam entre 1969 à 1971, revient sur les conséquences profondes du conflit.



Le Monde
 |    08.02.2018 à 07h00
    |

                            Bertrand Leclair (Collaborateur du « Monde des livres »)








                        



                                


                            
L’Appel du fleuve (Perfume River), de Robert Olen Butler, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Jean-Luc Piningre, Actes Sud, 272 p., 22 €.

Revient-on jamais tout à fait d’un pays en guerre ? Une fois de plus, l’écrivain américain Robert Olen Butler (né en 1945) retrouve le Vietnam, près d’un demi-siècle après y avoir servi durant deux ans comme interprète, de 1969 à 1971. Ce n’est pas seulement la guerre qui l’a marqué durablement, mais le pays lui-même. Auteur d’une vingtaine de livres dont une dizaine traduits en français, l’auteur a célébré la beauté de la civilisation vietnamienne dans plusieurs romans et dans le plus célèbre de ses recueils de nouvelles, Un doux parfum d’exil (Rivages, 1994), qui lui a valu le prix Pulitzer en 1993.
Une semblable ambivalence hante le personnage principal de son nouveau roman, L’Appel du fleuve : professeur d’histoire qui vit en Floride un quotidien tranquille, Robert Quinlan associe secrètement le Vietnam au meilleur comme au pire de son existence. Il y a laissé quelque chose, mais quoi, au juste, et quel rapport avec son propre père ? Les images rejaillissent aux premières pages, lorsqu’il identifie instinctivement le rapport intime à la guerre du Vietnam que trimballe un SDF auquel il prête secours.
Lui reviennent tant l’éblouissement enfoui de son premier amour, à Hué, que cette nuit d’horreur qui l’a contraint à tirer dans la nuit et à tuer « un Viet-cong, sans doute », il n’en sait rien, en vérité. Ayant renoncé à son sursis d’étudiant, il avait pourtant pu choisir une affectation loin du front. Il pensait « se faufiler dans l’ombre, travailler et revenir chez lui comme huit hommes sur dix qui, à la guerre, ne participent jamais aux combats, n’actionnent jamais une arme ». C’était compter sans l’offensive surprise du Têt, en 1968, qui aura signé la fin tragique de son histoire d’amour et de son innocence en mettant...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-18"> ¤ « Ma très chère grande sœur », de la romancière Gong Ji-young, ravive une enfance à Séoul dans les années 1960. Mémorable.
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Voyage intérieur en Corée intime

« Ma très chère grande sœur », de la romancière Gong Ji-young, ravive une enfance à Séoul dans les années 1960. Mémorable.



Le Monde
 |    08.02.2018 à 07h00
    |

                            Florence Noiville








                        



                                


                            
Ma très chère grande sœur (Bonsuni Eunni), de Gong Ji-Young, traduit du coréen par Lim Yeong-hee et Stéphanie Follebouckt, Philippe Picquier, 208 p., 18,50 €.

En 2016, le Salon Livre Paris avait permis aux lecteurs français de mieux connaître la littérature de l’invitée d’honneur, la Corée du Sud. Pas seulement les grands noms du XXe siècle – Hwang Sok-yong, l’auteur de l’inoubliable Vieux Jardin (Zulma, 2005) ou Yom Sang-seop (1897-1963) dont les éditions Zoé ont publié cet automne Trois générations, un classique des années 1930. Mais aussi ceux d’auteurs plus jeunes, parmi lesquels la romancière Gong Ji-young, très appréciée en Corée, et dont les éditions Philippe Picquier ont déjà traduit deux romans, Nos jours heureux (2014) et L’Echelle de Jacob (2016). C’est cette plume aiguisée et subtile qui nous revient aujourd’hui avec Ma très chère grande sœur.
Embarquement pour Séoul donc. Mais pas pour l’exotisme – la narratrice, Jjang-a, s’est « débarrassée de son hanbok [le costume traditionnel] en taffetas » et accepte « non sans répugnance » de grignoter « un tout petit peu de sauterelle grillée ». C’est plutôt un voyage intérieur qui commence. Une descente méticuleuse dans le souvenir, une quête intime à laquelle Gong Ji-young nous invite sur les traces d’une femme mémorable nommée Bongsun.
Au début du roman, la mère de Jjang-a apprend à sa fille que Bongsun a disparu. A presque 50 ans. Et en laissant derrière elle quatre enfants ! Comment a-t-elle pu fuir ? Et pourquoi ? Afin de retrouver Bongsun, Jjang-a entreprend de raconter sa propre vie depuis le début. Comme s’il lui fallait récapituler son histoire à elle pour comprendre celle de cette « grande sœur » d’un genre particulier.
Un autre monde
Cela commence à la naissance, lorsque Jjang-a était un nourrisson « aussi rouge qu’une...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-19"> ¤ Backrooms de Mexico ou antichambres du Vatican, hommes ou femme, santé vacillante : rien ne saurait empêcher l’écrivain d’écrire. « Sexe », pain bénit.
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Christophe Donner urbi et orbi

Backrooms de Mexico ou antichambres du Vatican, hommes ou femme, santé vacillante : rien ne saurait empêcher l’écrivain d’écrire. « Sexe », pain bénit.



Le Monde
 |    08.02.2018 à 07h00
    |

            Raphaëlle Leyris








                        



                                


                            
Sexe, de Christophe Donner, Grasset, 272 p., 19 €.

Il y avait toujours quelque chose pour empêcher Christophe Donner de terminer l’écriture de Sexe. Un Vélib’ qui le renverse ; des acouphènes qui l’assaillent ; un producteur qui l’appelle pour lui proposer un projet… Ce livre, l’écrivain, né en 1956, si doué et prolifique qu’on a du mal à concevoir qu’il puisse peiner sur un manuscrit, le porte depuis une vingtaine d’années. Bien décidé à raconter son histoire d’amour avec le jeune Moïse, rencontré au Mexique, et leur séparation à Paris, cinq ans et un pacs plus tard. Bien décidé, aussi, à coiffer son texte de ce titre, Sexe, qui n’a, étonnamment, jamais été utilisé, et à ne pas se dérober au cahier des charges érotique qu’il induit. Très tôt, l’auteur a su que ce roman comprendrait des passages tirés du carnet où il décrivait, à chaud, sa vie sexuelle au Mexique – il y a assidûment fréquenté les bordels – : « Dans mon esprit, écrit-il, ce carnet devait rester secret mais, comme cela se produit presque toujours avec les écrits intimes que les écrivains prétendent ou pensent sincèrement devoir garder secrets, en relisant ces textes, ça m’a chatouillé, j’ai eu envie de les sortir, un peu par défi, pour montrer que j’en étais capable, mais aussi parce que le récit de ma séparation d’avec Moïse tournait au roman à l’eau de rose, je sentais qu’il avait besoin d’être secoué, dynamité, par des scènes à caractère pornographique. »
Drague furtive, fellations et sperme
Voilà Sexe aujourd’hui enfin achevé et publié. Il ne ressemble sans doute pas beaucoup à ce que Christophe Donner imaginait au départ. Il y est certes question de Moïse et de la trahison qui le fit quitter l’auteur à Paris pour un homme plus âgé et plus riche que lui ; des extraits des carnets figurent bien, indiqués par des guillemets, emplis comme promis de drague furtive, de fellations et...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-20"> ¤ L’écrivain et noceur public vieillit. Il signe en conséquence « Une vie sans fin », 350 pages de « selfisme » et de « bullshit métaphysique ».
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Mortellement Beigbeder

L’écrivain et noceur public vieillit. Il signe en conséquence « Une vie sans fin », 350 pages de « selfisme » et de « bullshit métaphysique ».



Le Monde
 |    08.02.2018 à 07h00
 • Mis à jour le
08.02.2018 à 07h36
    |

                            Cécile Dutheil (Collaboratrice du « Monde des livres »)








                        



                                


                            
Une vie sans fin, de Frédéric Beigbeder, Grasset, 360 p., 22 €.

Rappelez-vous, il n’y a pas si longtemps, surtout si vous avez l’âge de Frédéric Beigbeder (52 ans) : nos professeurs de français évoquaient la fuite du temps. Lycéens, il fallait commenter cette réalité qui nous échappait. Mais étions-nous naïfs au point d’imaginer attendre l’âge de 50 ans pour endosser l’habit du sage et nous lancer dans une enquête sur le désir d’immortalité en exposant nos angoisses ? A tous les écrivains, il faut accorder le bénéfice du doute. Le nôtre est père de deux filles, fils de parents malades et octogénaires, légèrement las d’être noceur public depuis plus de trente ans. Voici qu’il tombe des nues et se découvre mortel.
Une vie sans fin alterne les séquences où Frédéric Beigbeder se fait journaliste scientifique et part interroger médecins et savants aux quatre coins du monde, et celles où il tâche de réfléchir en blaguant : c’est peut-être là que le bât blesse le plus crûment. Jeux de mots (« Tu peux éteindre la télé sans éteindre la réalité ») et mélanges de registres qui voudraient déconcerter : appliqués au sujet « mort », ils s’effondrent, il ne reste que des miettes d’humour. Pour s’attaquer à pareil thème, il faut un vrai sens du comique, qui cache celui du tragique, ou être un authentique bouffon – pas se pencher sur son nombril et avouer : « J’ai l’âge où l’on commence à boire du Coca Zero parce que son ventre pousse et qu’on a peur de ne plus voir sa bite. » Frédéric Beigbeder est trop attaché à son confort pour être bête et méchant. On rit peu en lisant cette Vie sans fin.
Quelque chose d’éculé
Publicitaire-né, Beigbeder use d’un français gorgé d’anglicismes, d’abréviations et de sigles : ce n’est ni nouveau ni subversif – il y a quelque chose d’éculé dans cette invasion du merchandising. Jérusalem, sous sa plume, devient une ville...




                        

                        

