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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-1"> ¤ Le projet de loi interdisant d’attribuer « à l’Etat ou à la nation polonaise » des crimes nazis est, pour le chercheur Jan Tomasz Gross, une étape supplémentaire dans un combat pour museler les historiens.
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La Pologne est-elle malade de son histoire ?

Le projet de loi interdisant d’attribuer « à l’Etat ou à la nation polonaise » des crimes nazis est, pour le chercheur Jan Tomasz Gross, une étape supplémentaire dans un combat pour museler les historiens.



Le Monde
 |    08.02.2018 à 16h00
 • Mis à jour le
08.02.2018 à 18h25
    |

                            Antoine Flandrin








                        



                                


                            
Sociologue et historien polonais et américain, Jan Tomasz Gross est spécialiste de la seconde guerre mondiale et de la Shoah. Il est notamment l’auteur de Moisson d’or. Le pillage des biens juifs (coédition Mémorial de la Shoah/Calmann-Lévy, 2014).
Pourquoi le Sénat polonais a-t-il voté une loi punissant par des amendes ou des peines de prison ceux qui attribuent « à la nation ou à l’Etat » des crimes commis par les nazis en Pologne occupée ?
Cette loi, portée par le parti nationaliste Droit et justice, majoritaire à la Diète et au Sénat, part, selon moi, d’une pulsion antisémite. Le fait que des dirigeants politiques israéliens aient formulé des protestations, lorsque la Diète a voté dans un premier temps la loi, a encouragé la majorité des sénateurs polonais à approuver ce texte pour montrer à l’opinion polonaise qu’ils ne céderaient pas devant la demande des juifs.
Pour Droit et justice, il est impératif que la Pologne, trop longtemps à genoux, se lève et se tienne debout face aux puissances étrangères, à l’Allemagne, à l’Union européenne et « aux juifs ». Ce discours nationaliste radical est exclusif. Il s’agit de clamer haut et fort : « La Pologne d’abord. » Naturellement, le fait que beaucoup de chercheurs polonais aient fait des découvertes majeures, au cours des vingt dernières années, sur la complicité de nombreux Polonais dans la persécution des juifs durant la seconde guerre mondiale est tout à fait insupportable pour ce parti.

Celui-ci ne veut pas entendre parler de ces travaux qui s’attaquent au mythe d’une Pologne éternelle victime, meurtrie par les conflits depuis le XIXe siècle et trahie par les Alliés pendant la seconde guerre mondiale. Les fondateurs de Droit et justice, les frères Jaroslaw Kaczynski et Lech Kaczynski, militants anticommunistes engagés aux côtés de Solidarnosc, veulent se présenter comme les seuls héros de l’histoire polonaise.
Depuis sa création...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-2"> ¤ L’ambition de ce recueil n’est pas de commenter les nouvelles règles du jeu introduites par la loi El Khomri puis par les ordonnances Macron, mais de reprendre les débats qui accompagnent les transformations du marché du travail en cours.
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« Trois heures de travail par jour suffiront », disait-il

L’ambition de ce recueil n’est pas de commenter les nouvelles règles du jeu introduites par la loi El Khomri puis par les ordonnances Macron, mais de reprendre les débats qui accompagnent les transformations du marché du travail en cours.



Le Monde
 |    08.02.2018 à 15h44
    |

            Anne Rodier








                        



                                


                            

Le livre. « Trois heures de travail par jour suffiront encore amplement à satisfaire en nous le vieil Adam », écrivait John Maynard Keynes en 1931. En 2014, l’économiste Jeremy Rifkin estimait quant à lui que « l’idéal serait de travailler cinq à six heures par jours ». Pourquoi travaillons-nous ? A quoi ressemblera le travail de demain ? En quoi le chômage est-il un problème ? Vastes questions abordées par le dernier volume des 1ndispensables publié le 11 janvier.
Depuis deux ans la collection « les 1ndispensables » de l’éditeur Philippe Rey se penche sur les thèmes qui font l’actualité, de Daech au rôle du président de la République en passant par l’éducation nationale. En écho à la réforme du code du travail, c’est le sujet « travail » qui s’est imposé en ce début d’année 2018, sous un titre emprunté aux sociologues Dominique Méda et Patricia Vendramin : « Réinventer le travail ».
L’ambition de ce recueil, réalisé sous la direction d’Eric Fottorino, « n’est pas de commenter les nouvelles règles du jeu » introduites par la loi El Khomri puis par les ordonnances Macron, précise dans son introduction l’ancien directeur du Monde et fondateur de l’hebdomadaire Le 1. Les changements finalement adoptés le 22 septembre 2017 par les ordonnances Macron relatives à la réforme du code du travail sont d’ailleurs absents de l’ouvrage.
Se méfier des idées reçues
Mais en une vingtaine de textes, « les 1ndispensables » reprennent les débats qui accompagnent les transformations du marché du travail en cours : la fragmentation du travail, l’avenir du salariat, la fin du CDI, l’envolée des recrutements en contrats courts, l’essor du coworking, la simplification du code du travail, le temps de travail.

Se replonger dans les propos tenus en 2016 par les économistes Eloi Laurent et Daniel Cohen rappelle ainsi quelques fondamentaux sur le chômage : « Comprendre...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-3"> ¤ Question de droit social. La Cour de cassation exige une durée et un périmètre raisonnables aux clauses de cet « après-contrat » qui pouvaient provoquer pour l’ancien salarié une longue période de chômage.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-3"> ¤                     
                                                   
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Les aléas de la clause de non-concurrence

Question de droit social. La Cour de cassation exige une durée et un périmètre raisonnables aux clauses de cet « après-contrat » qui pouvaient provoquer pour l’ancien salarié une longue période de chômage.



Le Monde
 |    08.02.2018 à 15h00
    |

                            Jean-Emmanuel Ray (Professeur à l'école de droit de Paris-I-Panthéon-Sorbonne)








                        



                                


                            
Pour fidéliser les meilleurs collaborateurs en leur fermant le marché sur lequel ils ont le plus de chances de se reclasser à un meilleur prix, certains contrats de travail contiennent une clause de non-concurrence à l’exceptionnelle particularité : elle n’est pratiquement effective qu’à la mort du contrat qui l’a fait naître. Elle ne vise donc que l’après-contrat, alors qu’au nom de la loyauté contractuelle, une obligation de non-concurrence s’impose naturellement au salarié pendant toute l’exécution de celui-ci : sous peine de licenciement pour faute, on ne peut être à la fois collaborateur et concurrent. La simple création à l’insu de son employeur d’une entreprise directement concurrente, même en l’absence d’actes de concurrence déloyale ou de détournement de clientèle, constitue même une faute grave (Cass. Soc. 30 novembre 2017).
Choquée par certaines de ces clauses de non-concurrence (par exemple, quatre ans pour un laveur de vitres) qui provoquent parfois une longue période de chômage, la Cour de cassation a reviré le 10 juillet 2002. Au visa du « principe fondamental de libre exercice d’une activité professionnelle » (pas seulement salariale), elle exige une durée et un périmètre raisonnables, et, sous peine de nullité, l’obligation pour l’employeur de verser au salarié une contrepartie financière pendant toute la durée de l’interdiction, ce qui a réduit de façon drastique le nombre de ces clauses.
« Clause de respect de la clientèle »
Des entreprises ont alors cherché à contourner l’obstacle en leur donnant une autre dénomination : « clause de respect de la clientèle », interdisant à une assistante juridique, par exemple, d’« exercer directement ou indirectement une activité d’assistance juridique pendant trente-six mois suivant la cessation de ses fonctions » dans l’arrêt du 18 janvier 2018. La dénomination a été requalifiée en clause de non-concurrence, avec versement de la contrepartie financière prévue par la convention...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-4"> ¤ Un collectif de femmes dénonce, dans une tribune au « Monde », le manque de moyens concrets prévus par le gouvernement pour répondre aux attentes et besoins révélés par le mouvement #Metoo.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-4"> ¤                     
                                                   
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« Montrer une véritable détermination politique à éradiquer les violences faites aux femmes »

Un collectif de femmes dénonce, dans une tribune au « Monde », le manque de moyens concrets prévus par le gouvernement pour répondre aux attentes et besoins révélés par le mouvement #Metoo.



Le Monde
 |    08.02.2018 à 15h00
    |

Collectif







                        



                                


                            
Tribune. Le travail des associations féministes qui reçoivent les femmes victimes de violence, les écoutent, les hébergent, les accompagnent, expriment des revendications, participent à l’élaboration de propositions de loi et en rédigent même, luttent et manifestent, rejointes par des élus, trouve enfin un large écho.
Ces missions de service public, faute d’être prises en charge par l’Etat, sont ainsi assumées par des associations, sans moyens suffisants, sans réelle reconnaissance, et dont l’existence est parfois menacée.
La révolte #MeToo révèle l’ampleur du phénomène. La parole des victimes parvient enfin à être entendue. Nous ne voulons plus que les femmes victimes vivent bâillonnées avec la maladie et la mort au bout du silence. Une vague de fond déferle malgré les tentatives des thuriféraires de l’ordre ancien. Les historiens nous disent que l’accusation de puritanisme, d’entrave à la libre sexualité, de victimisation des femmes est un classique de l’antiféminisme depuis le XIXe siècle !

Le potentiel émancipateur est là, cinquante ans après mai-68. Une grande révolte politique, au sens noble du terme, peut permettre une accélération considérable dans la conquête des droits des femmes.
Instaurer une norme symbolique référentielle
Il est urgent d’apporter une réponse adaptée en matière de politiques publiques, au niveau national comme dans les collectivités, par l’application des lois existantes et par la rédaction de nouvelles lois, en y mettant les moyens nécessaires.
Comme dans bien d’autres domaines légiférer permet d’instaurer une norme symbolique référentielle qui contribuera à faire changer les mentalités.
Quel bilan tirons-nous aujourd’hui ?
L’application des lois est-elle défaillante ? Oui, puisque nombre de plaintes pour violences conjugales sont encore transformées en main courante. Oui, puisque le crime de viol est encore très souvent jugé comme un délit en correctionnelle...




                        

                        


<article-nb="2018/02/08/19-5">
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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-5"> ¤ Dans sa chronique, l’économiste Pierre-Yves Gomez revient sur l’étape versaillaise proposée, sur le chemin de Davos, par Emmanuel Macron à ces cent quarante patrons du monde entier, décideurs qui comptent vraiment.
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A Versailles, l’hommage aux « décideurs qui comptent vraiment » de l’économie mondiale

Dans sa chronique, l’économiste Pierre-Yves Gomez revient sur l’étape versaillaise proposée, sur le chemin de Davos, par Emmanuel Macron à ces cent quarante patrons du monde entier, décideurs qui comptent vraiment.



Le Monde
 |    08.02.2018 à 14h00
 • Mis à jour le
08.02.2018 à 15h26
    |

                            Pierre-Yves Gomez (Professeur à l'EM Lyon)








                        



                                


                            
Entreprises. Dans son grand essai sur le processus de civilisation, L’Essor de l’Occident (1969), le sociologue allemand Norbert Elias (1897-1990) a montré que l’accumulation et la concentration monopolistique des ressources sont une loi constante des sociétés. Elle élimine la concurrence entre détenteurs de pouvoir locaux jusqu’à l’apparition de grands féodaux, eux-mêmes dépassés finalement par un des leurs qui établit un pouvoir dominant et bureaucratique en centralisant les ressources et les budgets.
A cette loi de concentration fait pendant une loi de désagrégation sociale, au terme de laquelle le pouvoir central décline et se dissout en d’innombrables pouvoirs locaux en concurrence les uns avec les autres, jusqu’à ce qu’émergent de nouvelles concentrations, des féodalités et finalement un nouveau cycle de concentration.
Norbert Elias examine en particulier la dynamique historique qui a fait naître la féodalité française à partir du XIe siècle et la compétition guerrière entre nobles instaurant le pouvoir des grands féodaux qui se partageaient la puissance et les ressources jusqu’à ce que l’un d’eux, le roi de France, par la force et par l’habileté, prenne l’ascendant et fonde l’Etat national.
« La société de cour »
C’est Louis XIV qui acheva cette concentration, Roi-Soleil autour duquel tous les « grands » devaient désormais graviter dans ce qu’Elias appelle « la société de cour ». En 1682, son centre physique fut établi au château de Versailles, ­destiné à mettre en scène la puissance organisée autour d’un roi qui pouvait dire : « L’Etat, c’est moi », et aux grands seigneurs : « Vos sujets sont mes sujets. »

Lorsque, trois siècles plus tard, le 22 janvier 2018, Emmanuel Macron ­invite à Versailles cent quarante patrons du monde entier pour un déjeuner avec son gouvernement, le rapport de force s’est inversé. Ces nouveaux « grands » dirigent les entreprises les...




                        

                        


<article-nb="2018/02/08/19-6">
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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-6"> ¤ Dans sa chronique mensuelle, Corine Lesnes, correspondante du « Monde » à San Francisco, explique qu’un vent nouveau souffle sur ce haut lieu de la technologie californienne où l’époque est à l’autocritique.
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« Le temps presque “retrouvé” de la Silicon Valley »

Dans sa chronique mensuelle, Corine Lesnes, correspondante du « Monde » à San Francisco, explique qu’un vent nouveau souffle sur ce haut lieu de la technologie californienne où l’époque est à l’autocritique.



Le Monde
 |    08.02.2018 à 14h00
    |

            Corine Lesnes (San Francisco, correspondante)








                        



                                


                            
Transformations. Même les experts de Silicon Valley Speak qui analysent le jargon des « techies » ne l’ont pas vu venir. Tout va tellement vite dans l’univers des technologies… Le langage lui-même est bousculé. Il n’est qu’à écouter certains des magiciens du logiciel. Ils parlent si vite que leurs (bons) mots entrent dans le ­dictionnaire à vitesse accélérée. Selon Merriam-Webster, la bible de l’anglais américain, il a fallu trente ans pour ­intégrer le mot « télévision ». Pour « blog », apparu en 1999, cinq ont suffi.
Silicon Valley Speak est le nom d’un site créé par Rochelle Kopp, spécialiste du Japon, et son mari, Steven Ganz, ­informaticien. En 2016, le couple a ­publié un livre (Valley Speak, Genetius Publishing) à l’attention des nouveaux venus dans la baie de San Francisco. Il y décrypte les néologismes qui vont de pair avec la philosophie locale de destruction créative, la « disruption », mot qui a fait le tour du monde depuis son apparition dans un article en 1995.
Pour propager la bonne parole, certaines start-up ont même un « évangéliste en chef »
La Silicon Valley aime tout ce qui est nouveau, expliquent les auteurs. Elle aime aussi à inventer de nouveaux termes. Pour les nouvelles idées, bien sûr, mais aussi pour les anciennes, qu’elle reconditionne dans « un nouvel emballage ». Le jargon est un mélange d’agrégations : « Ten-eks », par exemple, ou « 10 X », pour décrire un ­employé qui fait le travail de dix programmeurs. Et d’habillage marketing. L’échec (failure) est une bénédiction (fail fast, « échouer rapidement », ­encore mieux). L’entreprise est un univers harmonieux où le directeur ou la directrice des ressources humaines (l’ex-chef du personnel) est rebaptisé chief happiness officer, « cadre chargé du bonheur ». Pour propager la bonne parole, certaines start-up ont même un « évangéliste en chef ».
Evolution des mentalités
Le jargon est parfois irritant....




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-7"> ¤ Dans une tribune au « Monde », trois chercheurs estiment que faute de corriger le rapport de force au sein de la chaîne de distribution, la réforme du SRP profitera principalement aux industriels et aux distributeurs.
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« Relever le seuil de revente à perte est une fausse bonne idée »

Dans une tribune au « Monde », trois chercheurs estiment que faute de corriger le rapport de force au sein de la chaîne de distribution, la réforme du SRP profitera principalement aux industriels et aux distributeurs.



Le Monde
 |    08.02.2018 à 14h00
 • Mis à jour le
08.02.2018 à 15h19
    |

                            Collectif








                        



                                


                            
Tribune. Relever le seuil de revente à perte (SRP) des distributeurs de 10 %, comme le propose le nouveau projet de loi à la suite des Etats généraux de l’alimentation, ne permettra pas d’atteindre l’objectif affiché d’améliorer le revenu des agriculteurs. En revanche, on peut en attendre une hausse des prix de détail qui nuira aux consommateurs et profitera aux distributeurs et industriels les plus puissants. Cette réforme est une fausse bonne idée dont on comprend d’autant mieux l’attrait politique qu’elle a le don d’accorder industriels et distributeurs sur le dos des consommateurs.
Les torts causés par les mauvaises définitions du SRP adoptées par le passé ont été largement analysés et évalués
Concrètement, relever le SRP de 10 %, c’est imposer aux distributeurs de fixer le prix de détail de chaque produit au moins 10 % au-dessus de son prix d’achat effectif au fournisseur. Cette mesure les place face au choix suivant : soit, ils augmentent le prix de détail, quitte à mécontenter les consommateurs et à voir la demande pour le produit concerné diminuer, soit ils cherchent à faire baisser leur prix d’achat pour limiter l’augmentation des prix de détail. La seconde option renforce la pression exercée sur les fournisseurs les moins puissants de la filière, c’est-à-dire les agriculteurs, que cette mesure n’empêchera en rien de vendre leur production à perte.
Les torts causés par les mauvaises définitions du SRP adoptées par le passé ont été largement analysés et évalués. En 1996, la loi Galland a fixé le SRP d’un produit au prix unitaire d’achat sur facture, à l’exclusion des rabais fixes accordés par les producteurs aux distributeurs (les « marges arrière »). Pendant une dizaine d’années, cette définition a engendré une mécanique de prix très inflationniste. Ce seuil artificiellement élevé était d’autant plus dangereux qu’il devait être non différencié : chaque distributeur était alors assuré que ses rivaux auraient le même...




                        

                        


<article-nb="2018/02/08/19-8">
<filnamedate="20180208"><AAMM="201802"><AAMMJJ="20180208"><AAMMJJHH="2018020819">
<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-8"> ¤ Le rapport ­sur la réforme de cet ­examen est présenté le 14 février en ­conseil des ministres. Va-t-il corriger les failles de ce rite républicain ? Entretien avec la sociologue Annabelle Allouch sur la construction de ce « monument national », ses mythes et ses limites
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-8"> ¤                     
                                                   
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« Le bac est un rite institutionnel et politique »

Le rapport ­sur la réforme de cet ­examen est présenté le 14 février en ­conseil des ministres. Va-t-il corriger les failles de ce rite républicain ? Entretien avec la sociologue Annabelle Allouch sur la construction de ce « monument national », ses mythes et ses limites



Le Monde
 |    08.02.2018 à 12h00
 • Mis à jour le
08.02.2018 à 16h45
    |

            Anne Chemin








                        



                                


                            
Annabelle Allouch est enseignante-chercheuse en sociologie à l’université de Picardie-Jules-Verne. Elle est l’auteure de La Société du concours. L’empire des classements scolaires (Seuil, 2017).
Le ministre de l’éducation nationale, Jean-Michel Blanquer, a annoncé une réforme du baccalauréat, diplôme auquel les Français sont très attachés. Peut-on dire qu’en France, le bac est une forme de « monument national » ?
En France, le baccalauréat est effectivement un rite de passage : à la fin de la terminale, le jeune est invité à réfléchir à sa vie professionnelle et à imaginer son avenir. C’est le moment où il passe symboliquement à l’âge adulte – parce qu’il obtient son bac, mais aussi parce qu’il accède à la majorité et qu’il obtient le droit de vote.
Mais le bac n’est pas seulement un rite individuel : c’est aussi un rite institutionnel et politique. En passant ses épreuves, l’élève rencontre la transcendance de l’Etat. Sa copie, anonyme, porte la mention « ministère de l’éducation nationale » : tout lui indique qu’il passe un examen national. Au baccalauréat, le candidat n’est pas jugé par un professeur, mais par l’Etat.
« L’anonymat de la copie est la promesse que tous les candidats seront jugés sur la même base – même si ce grand principe égalitaire et méritocratique ne se traduit pas dans la réalité »
Depuis le XIXe siècle, le baccalauréat est le symbole du monopole de la République sur la certification des diplômes : c’est lui qui impose les normes d’évaluation des savoirs. Sous la IIIe République, le certificat d’études incarnait déjà ce rapport aux institutions : avec ce diplôme national, l’Etat certifiait la valeur du citoyen. L’anonymat de la copie est la promesse que tous les candidats seront jugés sur la même base, sans considération pour leur origine sociale, leur sexe, leur ethnie ou leur lieu de résidence – même si ce grand principe égalitaire et méritocratique ne se traduit pas...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-9"> ¤ D’où vient l’appellation du diplôme qui sanctionne la fin des études secondaires ? Les réponses du linguiste Maurice Tournier.
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Petite étymologie du baccalauréat

D’où vient l’appellation du diplôme qui sanctionne la fin des études secondaires ? Les réponses du linguiste Maurice Tournier.



Le Monde
 |    08.02.2018 à 12h00
    |

            Anne Chemin








                        



                                


                            
Dans un texte publié en 1991 dans la revue Mots. Les langages du politique, le linguiste Maurice Tournier (1933-2013) s’amuse à traquer les origines du terme qu’il rebaptise malicieusement « bac à lauréats ». Et sa quête le conduit jusqu’à la ­Renaissance. « Officiellement, le baccalauréat est dû à François Ier, qui a institué sous ce nom un nouvel ordre de chevalerie, de type universitaire et non seigneurial, réservé aux hommes de lettres et de science méritants », écrit-il.
Maurice Tournier ne se satisfait cependant pas de cet héritage, qu’il juge sans doute trop récent : il remonte donc jusqu’à un mot de bas latin, baccalarius, qui ­signifie petit propriétaire foncier. Pendant le haut Moyen Age, son héritier, le bachelier de l’ancien français, désigne le possesseur de quelques arpents de terre, puis tout gentilhomme qui n’est pas suffisamment pourvu de biens pour être banneret (digne de bannière) ou qui n’a pas encore été armé chevalier.
Au XIIe et au XIIIe siècle, le terme se colore de nuances bienveillantes : dans La Chanson de Roland comme dans les œuvres du poète normand Wace, le bachelier est un jeune que l’on admire. « Le terme est universellement laudatif, constate Maurice Tournier. Son sème majeur semble bien être la jeunesse. Il a fini par désigner au Moyen Age tout homme jeune et libre – donc aussi non marié. C’est ce dernier sème qui se perpétue dans bachelor en anglais et dans bachelette en français, la fille à marier. »
Faut-il faire un lien entre le baccalauréat d’aujourd’hui et les cérémonies durant lesquelles les jésuites, à partir du XVIe siècle, ceignent le front des élèves méritants de baies de laurier, bacca laurea ou bacca lauri en ­latin ? Maurice Tournier s’y hasarde avec délice. « On imagine que le mot baccalarius, sous l’influence de ces couronnes,...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-10"> ¤ Livre. Dans leur essai sur la société digitale, les deux auteurs, fondateurs du laboratoire d’innovation et de prospective D-Sides, questionnent le travail à l’aune du numérique et dressent un état des pratiques en cours dans les grandes entreprises.
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Il faut dompter le numérique

Livre. Dans leur essai sur la société digitale, les deux auteurs, fondateurs du laboratoire d’innovation et de prospective D-Sides, questionnent le travail à l’aune du numérique et dressent un état des pratiques en cours dans les grandes entreprises.



Le Monde
 |    08.02.2018 à 11h59
 • Mis à jour le
08.02.2018 à 12h52
    |

                            Margherita Nasi








                        



                                


                            

Livre. La transformation numé­rique a changé d’image. Avant 2010, l’expression résonnait avec modernité, rapidité, agilité, ouverture sur le monde. Mais avec le grand virage des data, la société numé­rique se fait objet de méfiance. Une littérature critique se développe, nourrie par des scandales qui montrent à quel point le ­tracking semble s’être développé. Comment se saisir alors pleinement du numérique en joueurs libres et ­avertis ? se demandent Sandra Enlart et Olivier Charbonnier.
Certes, les tablettes, smartphones, ordinateurs, applications et logiciels, bien que répandus, n’ont pas « transfiguré notre environnement de façon ­directe et visible, comme ce fut le cas avec la révolution industrielle », estiment la directrice générale d’Entreprise et Personnel et le directeur général du groupe Interface. Mais si l’on appréhende le numérique à travers les usages qu’il offre, son impact est plus évident.
Assumer le risque
L’économie découvre de nou­velles sources de productivité en ­accélérant la robotisation et l’automatisation. Des marchés que l’on croyait saturés s’ouvrent, et Airbnb, Uber ou Amazon ne sont que les parties émergées d’un phénomène qui embrasse tous les secteurs d’activité. Le ­social aussi est bouleversé. Les humains se connectent les uns aux autres partout sur la planète en empruntant des chemins ­numériques qui remodèlent nos quotidiens amicaux, amoureux et professionnels, mais aussi notre position de consommateur, notre intimité et notre activité physique.
Le politique n’échappe pas à cette remise en cause. De face, il bute sur une mondialisation à tous crins qui semble réduire ses efforts à une peau de chagrin. De dos, il reçoit les coups d’une disruption permanente qui fra­gilise l’arsenal législatif et réglementaire érigé au fil des décennies précédentes.
Mais le plus important reste à venir, estiment les auteurs, qui questionnent le travail à l’aune du numérique et dressent un...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-11"> ¤ Editorial. Le chef de l’Etat a écarté, lors de son déplacement sur l’île, la plupart des changements exigés par les autonomistes et indépendantistes représentés par le tandem ­Simeoni-Talamoni.
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Macron et la Corse, le pari de la fermeté

Editorial. Le chef de l’Etat a écarté, lors de son déplacement sur l’île, la plupart des changements exigés par les autonomistes et indépendantistes représentés par le tandem ­Simeoni-Talamoni.



Le Monde
 |    08.02.2018 à 11h45
 • Mis à jour le
08.02.2018 à 15h56
   





                        



   


Editorial du « Monde ». C’est un dialogue sans « faux-semblants », mais plus encore sans concession, que le président de la République a proposé aux responsables corses, au terme du déplacement qu’il a effectué, mardi 6 et mercredi 7 février, dans l’île de Beauté.
Depuis que, au terme d’une victoire électorale éclatante, autonomistes et nationalistes se sont installés en force, début janvier, à la tête de l’Assemblée de la nouvelle collectivité de Corse et de son exécutif, leurs deux leaders, Gilles Simeoni et Jean-Guy Talamoni, n’ont cessé de réclamer l’ouverture d’un « dialogue véritable » sur l’avenir de l’île.
L’occasion est enfin venue, ont-ils martelé, de reconnaître « le caractère politique de la question corse ». Et de répondre à leurs revendications : mention spécifique de la Corse dans la Constitution, statut de large autonomie (notamment fiscale, voire législative), co-officialité de la langue Corse, statut de résident pour juguler la spéculation immobilière, rapprochement puis amnistie des « prisonniers politiques ». Sans quoi l’île risquerait de connaître à nouveau les violentes crispations qui ont marqué son histoire récente.
Emmanuel Macron a démontré que, s’il était parfaitement disposé à accompagner la Corse dans son développement et dans son « émancipation », il n’entendait nullement céder à cette pression très insistante. Aussi clairement que fermement, le chef de l’Etat a écarté la plupart des changements exigés, ou peu s’en faut, par le tandem ­Simeoni-Talamoni.

        Lire aussi :
         

                Emmanuel Macron met les dirigeants corses au pied du mur



L’amnistie des prisonniers ? Pas question. La co-officialité de la langue corse ? Elle serait contraire à la Constitution, ce qui n’interdit pas, au contraire, le développement du « bilinguisme ». Le statut de résident ? Ce serait une « impasse juridique », a jugé le président, tout en notant que les Corses eux-mêmes sont les principaux bénéficiaires de la spéculation immobilière qu’ils dénoncent. Quant à une éventuelle réforme fiscale, il a averti qu’elle entraînerait nécessairement une réduction équivalente des importantes dotations de l’Etat attribuées à l’île.
« Face-à-face ruineux et stérile »
Seul le point symbolique de la reconnaissance de la Corse dans la Constitution, par un aménagement de son article 72 consacré aux collectivités territoriales, a fait l’objet d’une ouverture significative, sous réserve que le contenu concret de cette singularité soit rapidement discuté et précisé.
Mais Emmanuel Macron ne s’est pas arrêté là. Il a également donné aux responsables corses une leçon de bonne administration. Avant de revendiquer de nouvelles évolutions institutionnelles, commencez par exercer pleinement les responsabilités – déjà très larges – qui sont les vôtres, leur a-t-il recommandé sans ménagement. Et de souligner, notamment, le sous-emploi des dotations de l’Etat ou des aides européennes, ou encore les faiblesses de la politique du logement conduite par la collectivité insulaire.
Le message présidentiel a donc été on ne peut plus clair : la République est résolue à aider vigoureusement la Corse à construire son avenir, à condition que celle-ci ne s’enferme pas dans un « face-à-face ruineux et stérile » avec la République.

        Lire aussi :
         

                Après le discours de Macron, les nationalistes corses dénoncent « une occasion manquée »



« Occasion manquée », ont aussitôt regretté amèrement les responsables de l’île. Reste à savoir s’il s’agit des premices d’un dialogue rugueux mais nécessaire ou d’un nouvel épisode du dialogue de sourds engagé depuis trop longtemps entre la Corse et « Paris ». La réponse, à ce stade, est imprévisible.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-12"> ¤ L’évolution démographique du continent devrait avoir pour corollaire une forte poussée migratoire en direction du Vieux Continent, explique, dans sa chronique, Alain Frachon, éditorialiste au « Monde ».
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-12"> ¤                     
                                                   
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« Une partie essentielle du destin de l’Europe se joue avec l’Afrique, que nous le voulions ou non »

L’évolution démographique du continent devrait avoir pour corollaire une forte poussée migratoire en direction du Vieux Continent, explique, dans sa chronique, Alain Frachon, éditorialiste au « Monde ».



Le Monde
 |    08.02.2018 à 09h33
   





                        



                                


                            
Chronique. Paris, 1966. Jacques Dutronc chante « et moi, et moi, et moi ». Il est dans sa baignoire, dit la chanson. Il a une pensée émue pour les « 700 millions de Chinois » de l’époque. Ces hordes misérables, on les appelle alors « le péril jaune ». Aujourd’hui, elles fondent sur Paris sacs Vuitton lourdement chargés, cependant que les investisseurs de Shanghaï sillonnent l’Hexagone en quête d’investissements. Depuis la chanson du talentueux Dutronc, la Chine a doublé sa population. Elle est devenue la première ou la deuxième économie du monde.
Les Européens, qui sont souvent des inquiets, gambergent sur un autre « péril » : l’Afrique. Elle n’est pas lointaine comme la Chine. Elle est notre voisine. Elle va devenir un géant démographique. Plus d’un milliard d’habitants en 2017, plus de deux milliards d’ici à 2050. Le continent pourrait approcher les quatre milliards à la fin du siècle. Pour finir d’accabler l’Europe, on ajoutera que cette Afrique sera jeune, que la moitié de ses habitants en 2050 auront moins de 25 ans et que, dans le même temps, le Vieux Continent justifiera son nom comme jamais.
« En 1900, un quart de la population mondiale était européenne » ; en 2050, cette part sera ramenée à 7 % « dont près d’un tiers auront plus de 65 ans », écrit Stephen Smith, dans son dernier et stimulant essai : La Ruée vers l’Europe. La jeune Afrique en route pour le Vieux Continent (Grasset, 272 p., 19,50 €).
Poussée migratoire
Le « choc migratoire » est inévitable. La démographie n’est pas une science exacte, mais la plupart des experts, à l’ONU comme ailleurs, s’entendent grosso modo sur ces chiffres. « Que nous le voulions ou non, cette Afrique de 2 milliards d’habitants va être notre voisin, et nous sommes le sien », observe Jean-Michel Sévérino. L’ancien patron de l’Agence française de développement (AFD) a l’Afrique aux tripes et, comme Smith ou comme l’écrivain...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-13"> ¤ Analyse. Pour le correspondant du « Monde » à Berlin, la bataille sémantique qui oppose droite et gauche autour d’un mot devenu tabou après 1945 et récemment réapparu dans la sphère politique est révélatrice des obsessions qui hantent la société.
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En Allemagne, le retour de la « Heimat » fait polémique

Analyse. Pour le correspondant du « Monde » à Berlin, la bataille sémantique qui oppose droite et gauche autour d’un mot devenu tabou après 1945 et récemment réapparu dans la sphère politique est révélatrice des obsessions qui hantent la société.



Le Monde
 |    08.02.2018 à 09h30
 • Mis à jour le
08.02.2018 à 11h50
    |

            Thomas Wieder (Berlin, correspondant)








                        



                                


                            
Analyse. La place qu’occupent certains mots dans le débat public en dit parfois long sur les obsessions qui hantent une société. C’est le cas, en Allemagne, de Heimat. Difficile à traduire en français, ce terme utilisé pour désigner son pays natal, la terre de ses ancêtres ou la région où l’on a grandi, mais qui est également employé pour évoquer tout endroit où l’on se sent chez soi, fait une spectaculaire réapparition dans le ­vocabulaire politique outre-Rhin : dans le « contrat de coalition » présenté mercredi 7 février, il est ainsi prévu que le terme figure dans l’intitulé du ministère fédéral de l’intérieur dont doit hériter Horst Seehofer, le chef de file des conservateurs bavarois de la CSU.
Sur les réseaux sociaux, les réactions n’ont pas tardé. Cela n’est pas surprenant. Comme l’écrit Sigrid Schmid-Bortenschlager dans le Dictionnaire du monde germanique (Bayard, 2007),« l’usage de cette notion dans l’idéologie du Blut und Boden[“sang et sol”] des ­nazis a fait de “Heimat” un mot tabou après 1945 [date après laquelle] on le trouve seulement dans les discours de l’extrême droite des associations de Heimatvertriebene [réfugiés germanophones des pays de l’Est] ».

Si le mot a continué à être employé dans le champ culturel après la guerre, en particulier pour désigner des œuvres d’inspiration régionaliste (Heimatfilme, Heimatliteratur…), sa réapparition dans la sphère politique n’est qu’assez récente. Avec son slogan « Unser Land, unsere Heimat », le parti d’extrême droite Alternative pour l’Allemagne (AfD), créé en 2013, a contribué à réactiver l’imaginaire réactionnaire de la Heimat, en jouant sur la nostalgie de l’enracinement face au danger que représenterait l’immigration musulmane pour l’identité allemande.
Parallèlement, une partie des conservateurs a commencé à revendiquer le terme : en 2014, le ­ministère des finances de Bavière...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-14"> ¤ Dans une tribune au « Monde », un collectif, emmené par le journaliste et essayiste Aymeric Caron, annonce la fondation d’une nouvelle organisation politique, le Rassemblement des écologistes pour le vivant, particulièrement axé sur la défense des droits des animaux.
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Aymeric Caron : « Le Rassemblement des écologistes pour le vivant (REV) voit aujourd’hui le jour »

Dans une tribune au « Monde », un collectif, emmené par le journaliste et essayiste Aymeric Caron, annonce la fondation d’une nouvelle organisation politique, le Rassemblement des écologistes pour le vivant, particulièrement axé sur la défense des droits des animaux.



Le Monde
 |    08.02.2018 à 09h09
 • Mis à jour le
08.02.2018 à 11h37
    |

Benjamin Joyeux (Juriste en droit de l’environnement), Aymeric Caron (Journaliste et écrivain) et Malena Azzam (Ancienne porte-parole de l'associat...







                        



                                


                            

Tribune. L’écologie politique est dans l’impasse en France. Europe Ecologie-Les Verts (EELV) a perdu aujourd’hui la crédibilité nécessaire pour porter le projet d’une société réinventée autour du respect de la planète et de tous ses habitants, humains comme non humains. Les guerres d’ego et les calculs mercantiles n’expliquent pas à eux seuls ce fiasco.
Une des principales faiblesses d’EELV réside dans son mode de pensée dépassé : ce parti prône encore une écologie trop anthropocentrée, qui prétend que la nature est au service de l’homme. D’après cette conception, les animaux non humains, les mers et les forêts ne sont que des « ressources » qu’il faut prendre soin de ne pas épuiser trop vite.
De ce fait, EELV s’accommode du modèle économique néolibéral et se contente de lutter contre ses conséquences les plus néfastes pour la planète. On peut qualifier ce modèle d’« écologie molle ».
Résultat : la défense des droits des animaux n’avance pas d’un pouce, l’industrie continue de faire la loi sur notre agriculture, notre politique énergétique reste indéfectiblement liée au nucléaire, la destruction de la biodiversité s’accélère, en même temps que la pollution de l’eau, de l’air et des sols.
La pollution engendre chaque année la mort de plus de 12 millions de personnes dans le monde, les pesticides en tuent 200 000 et l’antibiorésistance 700 000
Il y a peu pourtant, plus de 15 000 scientifiques de 184 pays signaient un texte dans la revue BioScience [et publié dans Le Monde le 13 novembre 2017], pour alerter sur la gravité de la situation actuelle. Entre 1990 et 2015, la surface des forêts mondiales a diminué de 129 millions d’hectares, ce qui équivaut à la surface de l’Afrique du Sud. La disponibilité d’eau douce par habitant a diminué de moitié depuis le début des années 1960. Les trois dernières années ont été parmi les plus chaudes jamais enregistrées, et le réchauffement climatique risque d’atteindre...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-15"> ¤ Après avoir enquêté sur l’entrée dans la vie amoureuse et la sexualité, la sociologue Isabelle Clair a décortiqué le rôle des insultes – y compris sexistes – qui peuvent fuser entre filles à cet âge.
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L’art de l’insulte chez les jeunes filles

Après avoir enquêté sur l’entrée dans la vie amoureuse et la sexualité, la sociologue Isabelle Clair a décortiqué le rôle des insultes – y compris sexistes – qui peuvent fuser entre filles à cet âge.



Le Monde
 |    08.02.2018 à 09h00
 • Mis à jour le
08.02.2018 à 12h09
    |

                            Baptiste Coulmont (Sociologue, maître de conférences à l’université Paris-VIII et contributeur "Sciences")








                        



                                


                            
Carte blanche. Les sociologues s’intéressent parfois à des pratiques habituelles apparemment sans grandes conséquences, à des conversations qu’on oublierait si elles n’étaient pas minutieusement prises en ­notes. C’est pourquoi il leur faut tenir un « journal de terrain », recueil analytique des observations quotidiennes. En mettant en série ses observations, il est possible d’arriver à comprendre la signification que revêtent ces comportements. Car l’anodin est ­rarement univoque.
Isabelle Clair (CNRS) le montre bien dans « S’insulter entre filles », un article paru il y a quelques semaines dans la revue Terrains & travaux (ENS Paris-Saclay, 2017). Entre 2008 et 2011, dans des villages du centre de la France, elle enquête sur l’entrée dans la vie amoureuse auprès d’adolescents et adolescentes de classes populaires qui ont autour de 17 ans. En ethnographe, elle passe du temps dans les lieux publics où se réunissent des petits groupes de filles. Et elle y ­entend des insultes sexistes : une telle est une « pute », telle autre une « pétasse ».
Il serait si simple de juger ces filles, ou d’écrire que ces adolescentes sont les victimes passives du sexisme ambiant, qu’elles réutilisent les insultes qu’elles ont pu entendre ici où là. Ce serait passer à côté des significations diverses de l’insulte sexiste.
Isabelle Clair montre ainsi qu’une part des insultes se comprend comme un discours de résistance. Parler salement, et parler salement de soi, c’est « dévaluer ce qui est hautement valorisé », par le lycée, par les professeurs, par les adultes, c’est « bousculer les ­ordres hiérarchiques ». Utiliser le langage obscène, c’est se faire grande. C’est aussi choquer la bourgeoise, et chercher à choquer la sociologue qui traîne avec elles, dans une forme de jubilation, car les éclats de rire ­accompagnent les invectives.
Le stigmate de la « pute »
L’insulte a d’autres usages : elle permet de parler, parfois...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-16"> ¤ Vincent Bernard explique comment l’officier quelconque est devenu généralissime des armées de l’Union pendant la guerre de Sécession puis président des Etats-Unis.
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Biographie. La ­fulgurante ascension d’Ulysses S. Grant

Vincent Bernard explique comment l’officier quelconque est devenu généralissime des armées de l’Union pendant la guerre de Sécession puis président des Etats-Unis.



Le Monde
 |    08.02.2018 à 07h30
 • Mis à jour le
08.02.2018 à 07h41
    |

                            André Loez (Historien et collaborateur du « Monde des livres »)








                        


Ulysses S. Grant. L’étoile du Nord, de Vincent Bernard, Perrin, 336 p., 23 €.

   


Même dans un univers aussi fluide que la société américaine du XIXe siècle, peu de trajectoires furent plus imprévisibles que celle d’Ulysses S. Grant (1822-1885). Officier quelconque aux vues étroites et aux origines modestes, il fait une campagne sans éclat durant la guerre du Mexique (1846-1848), avant de quitter l’armée entouré de rumeurs sur son alcoolisme supposé. En 1861, à l’orée de la guerre civile, il vit modestement dans l’Illinois, gérant la tannerie familiale, à peine soucieux des bruits de sécession, dans le Sud, qui font suite à l’élection d’Abraham Lincoln – il n’a d’ailleurs pas voté pour lui.
Généralissime
Quatre ans plus tard, le voilà devenu généralissime des armées de l’Union. Chef victorieux, héros national, il reçoit la reddition du sudiste Robert E. Lee à Appomattox. Trois ans après, il est élu président des Etats-Unis. Une ascension fulgurante que viennent ternir les échecs politiques de ses deux mandats (1869-1876) durant la période de la « Reconstruction », marqués par la corruption et par l’incapacité des autorités à concrétiser les promesses d’égalité pour les anciens esclaves noirs émancipés.
Documentée mais d’une écriture convenue (les aperçus psychologiques et l’histoire militaire traditionnelle y ont la part belle), la biographie de Vincent Bernard donne des pistes pour expliquer cet itinéraire hors du commun. Il montre en particulier la rencontre entre les qualités individuelles de Grant, sa détermination, son calme sous le feu, et l’ère des médias de masse qui débute alors. En février 1862, lorsqu’il prend Fort Donelson après avoir exigé la « reddition inconditionnelle » de ses défenseurs, il devient « Unconditional Surrender Grant » par un jeu de mots sur ses initiales qui fait l’enthousiasme des journalistes. Gloire paradoxale pour un homme qui, de son propre aveu, n’aimait pas la guerre.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-17"> ¤ Dans « “Je”. Une traversée des identités », la philosophe et psychanalyste plaide pour le moi comme secret et comme liberté.
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Clotilde Leguil défend le « je » à l’ère du narcissisme de masse

Dans « “Je”. Une traversée des identités », la philosophe et psychanalyste plaide pour le moi comme secret et comme liberté.



Le Monde
 |    08.02.2018 à 07h30
    |

                            Florent Georgesco








                        



                                


                            
« Je ». Une traversée des identités, de Clotilde Leguil, PUF, 240 p., 17 €.

J’existe, c’est une chose entendue. Mais qui suis-je ? Ou plutôt : quel est ce « je » que je suis ? Ou encore : suffit-il d’exister pour être « je » ? Les ennuis viennent vite quand on se mêle d’en savoir un peu plus sur soi-même. Surtout « en ce moment singulier, qui est celui d’un changement de monde » où, comme l’avance la philosophe et psychanalyste Clotilde Leguil dans « Je ». Une traversée des identités, stimulante tentative de mise au point, le goût de soi-même, l’acceptation et le développement de ce qui rend ce « je » unique, ­deviennent des valeurs fantômes, dont on ne comprend même plus ce qu’elles recouvraient au juste.
Son livre est une enquête sur cette disparition. Il répond aux questions classiques dans ce type d’affaires : où, quand, comment ? Mais une autre s’ajoute, plus inhabituelle : le disparu n’est-il pas, en fait, toujours parmi nous ? Il semble même se multiplier, s’infiltrer partout, se revendiquer en permanence, « je » tonitruant des réseaux sociaux, des selfies, des demandes de reconnaissance. C’est le point où Clotilde Leguil apporte la preuve la plus manifeste de l’intérêt de sa démarche, qui consiste à mêler polémique et analyse en se servant de l’un pour approfondir l’autre à chaque étape.

Elle montre ainsi que les formes saillantes de l’expression contemporaine du moi et du « narcissisme de masse » piègent chacun dans le « mirage » du « moi comme image de soi », où il s’agit de se soumettre à une norme transmise de proche en proche et de faire valoir son appartenance au groupe, de construire son identité en fonction de sa capacité à s’emboîter dans l’identité des autres. Ce faisant, elle propose, dans un style vigoureux qui rend la lecture de son essai particulièrement vivante, une forme de théorie par opposition dont ressort...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-18"> ¤ L’éditeur qui a transformé Fayard après être passé par le Seuil, mort en 2015, fascine. François Chaubet explique pourquoi.
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Biographie. Claude ­Durand, « oblat du livre »

L’éditeur qui a transformé Fayard après être passé par le Seuil, mort en 2015, fascine. François Chaubet explique pourquoi.



Le Monde
 |    08.02.2018 à 07h30
 • Mis à jour le
08.02.2018 à 09h47
    |

            Alain Beuve-Méry








                        


Claude Durand, de François Chaubet, Cerf, 468 p., 29 €.

   


Moins de trois ans après sa disparition, l’éditeur Claude Durand (1938-2015) fait l’objet d’une biographie bien documentée, même si la porte des archives de Fayard est restée close. « L’empereur Claude » avait fait son royaume de cette marque du groupe Hachette. Il y a régné pendant vingt-huit ans et l’a transformée de fond en comble, la modelant à son image : celle d’un éditeur exigeant, tempétueux, d’une grande sensibilité aux injustices du monde, ardent à vouloir changer la société. Il se vivait en redresseur de torts.
Ses années de formation et son premier métier d’instituteur attestent cette ambition. Lecteur, puis éditeur au Seuil de 1958 à 1978, il a trouvé dans cette maison toute la nourriture intellectuelle qu’il recherchait. Il l’a aussi alimentée, avec la célèbre collection « Combats », incarnation de « la diagonale des contestations » qui agitaient alors le monde. Exclu du paradis en 1978, Claude Durand n’aura de cesse qu’il n’ait fait de Fayard un « super-Seuil ».
Un solitaire
Reste une question : pourquoi Claude Durand fascine-t-il autant ? A commencer par son biographe, qui ne cache pas l’empathie que lui inspire son sujet. Selon François Chaubet, un grand éditeur a trois caractéristiques : il accouche de projets ambitieux, est capable de devancer l’actualité, enfin c’est un chef de troupe. De ces trois qualités, « l’oblat du livre » remplit les deux premières.
Quant à la dernière… Claude Durand était un solitaire, très pessimiste sur la nature humaine, même s’il entretenait des relations extrêmement fortes avec une quarantaine d’auteurs et s’il a marqué de sa personnalité une dizaine d’éditeurs : Eric Vigne, Odile Jacob, Olivier Cohen, Henri Trubert, Laurent Beccaria, Olivier Bétourné, Jean-Marc Roberts, Jean-François Colosimo. Tous ont dû s’écarter de lui. Rien ne pousse à l’ombre d’un grand homme.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-19"> ¤ Avec « Au café existentialiste », l’essayiste britannique propose une histoire du courant philosophique cher à Sartre dans un récit riche et vivant.
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Les pépites d’existentialisme de Sarah Bakewell

Avec « Au café existentialiste », l’essayiste britannique propose une histoire du courant philosophique cher à Sartre dans un récit riche et vivant.



Le Monde
 |    08.02.2018 à 07h30
 • Mis à jour le
08.02.2018 à 12h48
    |

                            Céline Henne (Collaboratrice du « Monde des livres »)








                        



                                


                            
Au café existentialiste. La liberté, l’être et le cocktail à l’abricot (At the Existentialist Café. Freedom, Being and Apricot Cocktails), de Sarah Bakewell, traduit de l’anglais par Pierre-Emmanuel Dauzat et Aude de Saint-Loup, Albin Michel, 512 p., 24,90 €.

Il est commun d’aborder les plus grandes idées philosophiques comme des énoncés hors du temps, à vocation universelle. On préfère mettre à distance la trivialité du biographique, qui risque de venir entacher une noble pensée. Pour l’essayiste britannique Sarah ­Bakewell, au contraire, il est bien plus fructueux d’ancrer le discours philosophique dans le contexte d’une époque, et surtout dans celui d’une vie : « Les idées sont intéressantes, mais les gens le sont bien plus. »
Après le succès international de Comment vivre ? Une vie de Montaigne en une question et vingt tentatives de réponse (Albin Michel, 2013), elle s’attaque désormais aux existentialistes. Ces penseurs se prêtent d’autant mieux à ce type de projet qu’ils revendiquent une philosophie centrée sur le vécu – non pas le « je pense » abstrait de Descartes, mais l’expérience concrète et personnelle du monde, des autres et de soi-même : « Les existentialistes habitaient leur monde personnel et historique, comme ils habitaient leurs idées. »
Plutôt que d’écrire un énième manuel de philosophie, Sarah Bakewell préfère donc emmener ses lecteurs au « café existentialiste », pour y faire revivre les idées de ce courant telles qu’elles ont émergé et imprégné la vie de ses auteurs. Elle raconte l’histoire de l’existentialisme dans un récit vivant, pensé comme une « conversation plurilingue et à multiples facettes », dont les principaux protagonistes sont Jean-Paul Sartre et Simone de Beauvoir. Ces derniers sont accompagnés de ceux qui les ont inspirés – en premier lieu, les philosophes allemands ­Husserl et Heidegger – ainsi que de leurs compagnons de...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-20"> ¤ La chronique de Roger-Pol Droit, à propos de « Biologie du pouvoir », de Jean-Didier Vincent.
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Figures libres. « Cerveau social » : solidaire et méchant

La chronique de Roger-Pol Droit, à propos de « Biologie du pouvoir », de Jean-Didier Vincent.



Le Monde
 |    08.02.2018 à 07h30
 • Mis à jour le
08.02.2018 à 12h20
    |

                            Roger-Pol Droit








                        



                                


                            

Dans la famille « scientifiques trublions », Jean-Didier Vincent occupe de longue date une place de choix. Côté science, ce biologiste a multiplié fonctions et distinctions : professeur de physiologie à la faculté de médecine de Bordeaux, chercheur en neurobiologie des comportements, titulaire d’une chaire de neuroendocrinologie à Paris-XI, directeur d’un institut du CNRS… Membre de l’Académie des sciences, lauréat de plusieurs prix, médaillé ici et ailleurs, il a eu tout ce qu’il faut pour imposer un profil respectable, un rien guindé.
Mais non. Il ne peut s’empêcher de jouer les perturbateurs, de prendre la plume, en moraliste autant qu’en neurologue, pour parler de nos travers et de nos pulsions, ou de créer, dans les médias, quelques remous. Il y prend un malin plaisir, et ses lecteurs y trouvent un plaisir malin.
Biologie des passions (Odile Jacob, 1986) a fait connaître ce savant énergumène, capable d’entrecroiser Roméo et dopamine, sérotonine et sérénité – sans jamais réduire pour autant l’amour, la colère ou la création artistique à de pures et simples mécaniques hormonales. Une trentaine d’années et une vingtaine de livres plus tard, le voilà qui récidive, chez le même éditeur, avec Biologie du pouvoir, libre essai qui tresse de multiples fils et aborde une foule de questions.
On y rencontre en effet, pêle-mêle, becs de poulet et Rousseau, chimpanzés et neurones-miroirs, ocytocine et Aztèques, GAFA et Hobbes… par exemple. Car Marie-Antoinette, Gunther Anders, Elisée Reclus, Michel Foucault et quantité d’autres sont aussi du voyage. Pareil inventaire suggère l’aspect baroque de ce joyeux périple. Il ne dit pas sa cohérence. La voici.
Besoin des autres
Pourquoi obéit-on ? Question centrale du pouvoir. Le biologiste a des éléments de réponse – son projet n’étant pas de ramener toutes les structures sociales aux processus cérébraux. Le réductionnisme n’est pas le style de Jean-Didier Vincent. Et il sait combien...




                        

                        

