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<filname="SURF-0,2-3214,1-0,0-1"> ¤ La Turquie plaide pour la relance de son processus d’adhésion, commencé en 2004 et totalement arrêté, plusieurs pays s’étant prononcés contre.
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UE-Turquie : un mini-sommet sous la pression d’Ankara

La Turquie plaide pour la relance de son processus d’adhésion, commencé en 2004 et totalement arrêté, plusieurs pays s’étant prononcés contre.



Le Monde
 |    07.02.2018 à 17h24
 • Mis à jour le
07.02.2018 à 18h41
    |

            Cécile Ducourtieux (Strasbourg, Envoyée spéciale) et 
Jean-Pierre Stroobants (Bruxelles, bureau européen)








                        



                                


                            

Donald Tusk, le président du Conseil européen, a confirmé, mardi 6 février, la tenue d’un prochain sommet réunissant les responsables des institutions européennes et le président turc Recep Tayyip Erdogan. La rencontre aura lieu le 26 mars à Varna, en Bulgarie, en présence de Boïko Borissov, premier ministre de ce pays qui exerce actuellement la présidence tournante de l’Union.
Cette réunion, jugée impossible il y a quelques semaines encore, ne fait pas l’unanimité au sein des Etats membres. Elle était toutefois devenue inévitable compte tenu des pressions exercées par la diplomatie turque à Bruxelles. Faruk Kaymakci, le représentant permanent de la Turquie auprès de l’UE, plaidait ainsi récemment, devant des journalistes, pour la relance du processus d’adhésion de son pays, commencé en 2005 – et totalement arrêté à ce jour -, même si la dérive du pouvoir à Ankara le rend plus impossible que jamais, et même si la chancelière allemande Angela Merkel et une série de pays (l’Autriche, le Danemark, les Pays-Bas, mais aussi la France) s’y opposent. « L’adhésion n’est pas envisageable, nous devons interrompre le processus d’élargissement. Ce pays s’écarte de nos valeurs européennes, il est sur la mauvaise voie, même s’il y a eu des signaux contradictoires ces dernières semaines », explique Manfred Weber, le président du principal groupe politique à Strasbourg, le PPE.
« Pleine adhésion »
« Nous désirons une pleine adhésion à l’Europe », a répliqué récemment M. Erdogan dans une interview à La Stampa. Au passage, il rejetait le « partenariat » que lui a proposé récemment Emmanuel Macron. « L’UE bloque l’accès à la négociation et laisse entendre que l’absence de progrès dépend de nous. C’est injuste. Tout comme le fait que certains pays de l’UE avancent pour nous d’autres options que l’adhésion », expliquait M. Erdogan.
À Bruxelles, M. Kaymakci enchaîne : « La Turquie est un pays...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3214,1-0,0-2"> ¤ RÉSONANCE. Alors que certaines écoles publiques catalanes ont proscrit les livres en castillan, l’historienne Valérie Théis rappelle que c’est grâce à ses riches bibliothèques que la région a rayonné au Moyen-Age.
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C’est ainsi que la Catalogne fut grande

RÉSONANCE. Alors que certaines écoles publiques catalanes ont proscrit les livres en castillan, l’historienne Valérie Théis rappelle que c’est grâce à ses riches bibliothèques que la région a rayonné au Moyen-Age.



Le Monde
 |    07.02.2018 à 16h53
 • Mis à jour le
07.02.2018 à 16h57
   





                        



                                


                            
Par Valérie Theis, historienne
Ne pas avoir vécu au Moyen Age est plutôt une chance. Pourtant, le quotidien nous donne régulièrement l’occasion d’observer des ­comportements relevant d’une fermeture d’esprit qui aurait été impensable à cette époque. Dans un article du Monde daté du 24 octobre 2017, on apprenait ainsi que certaines écoles publiques catalanes ne proposaient plus aucun livre en castillan dans les rayons de leurs ­bibliothèques. A cette lecture, je ne pus m’empêcher de penser à la bibliothèque de l’abbaye catalane de Ripoll qui, au Xe siècle, avait attiré Gerbert, moine de l’abbaye Saint-Géraud d’Aurillac.
Repéré par son abbé comme l’un de ses plus brillants ­élèves dans le domaine des lettres, Gerbert souhaitait poursuivre son apprentissage dans celui des sciences, mais la bibliothèque de son abbaye ne le permettait pas. Profitant du pèlerinage du comte de Barcelone, Borrell, à Aurillac, en 967, l’abbé Adralde demanda à ce dernier d’emmener le jeune moine avec lui en Catalogne : ­il existait en effet, à Ripoll, une bibliothèque à même de répondre à ses besoins.
Ce n’était pas la taille de cette bibliothèque – elle ne ­comptait alors qu’une centaine d’ouvrages – qui la ­distinguait des autres, mais la richesse de son fonds. Elle était à la fois un conservatoire de la culture classique et le lieu où l’on pouvait accéder à des ouvrages scienti­fiques ­venus ­d’Al-Andalus, ainsi qu’à leur traduction ­en latin pour ceux qui, comme Gerbert, ne savaient pas l’arabe. Quelques ­années plus tard, en 971, Gerbert fut invité à sa cour par l’empereur Otton Ier pour y ­enseigner les mathématiques et l’astronomie, dont il était devenu un des meilleurs ­connaisseurs de son temps. En 999, ce brillant scienti­fique devint pape sous le nom de Sylvestre II, à l’initiative du roi Otton III, dont il avait été le maître.
Nouveaux manuscrits
L’histoire de Gerbert rappelle ainsi qu’il fut un temps où la...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3214,1-0,0-3"> ¤ Le social-démocrate Olaf Scholz devrait récupérer le portefeuille des finances, tandis que les conservateurs ont obtenu une inflexion de la politique migratoire.
<filname="PROF-0,2-3214,1-0,0-3"> ¤                     
                                                

Allemagne : les principaux points de l’accord de coalition

Le social-démocrate Olaf Scholz devrait récupérer le portefeuille des finances, tandis que les conservateurs ont obtenu une inflexion de la politique migratoire.



Le Monde
 |    07.02.2018 à 16h44
    |

            Thomas Wieder (Berlin, correspondant)








                        



   


Quatre mois après les élections législatives du 24 septembre 2017, les conservateurs (CDU-CSU) et les sociaux-démocrates (SDP) allemands ont conclu, mercredi 7 février, un « contrat de coalition ». Intitulé « Un nouvel élan pour l’Europe. Une nouvelle dynamique pour l’Allemagne. Une nouvelle cohésion pour notre pays », ce document de 177 pages servira de feuille de route au prochain gouvernement d’Angela Merkel.
Avant que celui-ci ne soit formé, une condition reste toutefois à remplir : que les 463 723 adhérents du SPD donnent leur feu vert dans le cadre de la consultation interne que le parti va organiser et dont les résultats seront connus début mars.
Voici les principaux points de l’accord :
Répartition des portefeuilles ministériels : le SPD obtient les finances
Par rapport à la « grande coalition » sortante (2013-2017), le poids de la CDU dans le futur gouvernement va reculer. Certes, le parti de Mme Merkel récupère le portefeuille de l’économie, jusqu’alors détenu par le SPD. Mais il lui cède celui des finances, beaucoup plus important, et qui sera confié à Olaf Scholz, le maire social-démocrate de Hambourg. Autre portefeuille-clé que perd la CDU : l’intérieur, dont hérite Horst Seehofer, le président de la CSU bavaroise, dont le périmètre est élargi au secteur de la construction et auquel est associé le terme de « Heimat » (« patrie, terre natale »).
Pour le reste, la répartition des portefeuilles évolue peu. Ainsi, le SPD conserve le travail et les affaires sociales, de même que la justice, la famille, l’environnement et les affaires étrangères, où Martin Schulz va succéder à Sigmar Gabriel. De son côté, la CDU garde la défense, qui reste entre les mains d’Ursula von der Leyen, ainsi que la santé, l’éducation et la recherche. Quant à la CSU, elle conserve notamment les transports et le développement.
L’Europe à l’honneur
C’est par un chapitre intitulé « Un nouvel élan pour l’Europe » que commence le contrat de coalition. Les partenaires s’engagent à « renforcer financièrement l’Union européenne pour qu’elle puisse mieux assurer ses missions ». Ils assurent également vouloir « renforcer durablement » et « réformer » la zone euro.
En écho aux propositions du président français, Emmanuel Macron, le document ouvre la voie à la création d’un budget d’investissement de la zone euro, même si la formulation est prudente et que celui-ci n’est envisagé que comme un point d’aboutissement, la priorité étant mise sur la « stabilisation » et les « réformes structurelles de la zone euro ».
Si le document évoque la mise en place d’un Fonds monétaire européen, il n’est en revanche pas fait mention du ministre des finances de la zone euro que souhaite instituer M. Macron.
Immigration : avantage aux conservateurs
Depuis la crise de 2015, année pendant laquelle 890 000 réfugiés sont arrivés outre-Rhin, la CSU bavaroise n’a cessé de réclamer l’instauration d’un « plafond » (Obergrenze) fixant à 200 000 le nombre maximal de demandeurs d’asile susceptibles d’être accueillis chaque année en Allemagne. Le SPD ne voulait pas en entendre parler, et il a fallu attendre le lendemain des législatives du 24 septembre 2017 pour que Mme Merkel, qui avait jusque-là rejeté l’idée, finisse par l’accepter.
De ce point de vue, même si le terme de « plafond », qui a crispé le débat politique allemand depuis 2015, ne figure pas dans le contrat de coalition, et même si ses rédacteurs ont préféré établir une fourchette comprise entre 180 000 et 220 000 plutôt qu’un nombre fixe, le texte est directement inspiré des revendications de la CSU bavaroise.
Concernant le regroupement familial pour les réfugiés bénéficiant d’un statut temporaire, sujet très présent dans les médias allemands ces dernières semaines, chacun des deux camps se prévaut d’avoir obtenu gain de cause. Alors que les conservateurs souhaitaient pérenniser une loi qui l’interdit et doit arriver à expiration en mars, le SPD a obtenu que ce type de regroupement familial soit réautorisé à partir d’août. Mais le nombre reste symbolique, et les conservateurs sont parvenus à ce que cela ne concerne que 1 000 personnes par mois.
Economie et social : l’art des compromis
Même si le portefeuille des finances passe des mains de la CDU à celles du SPD, l’objectif d’avoir un budget à l’équilibre, ce fameux principe du « zéro noir » (schwarze Null) cher à Wolfgang Schäuble, qui fut le détenteur du poste de 2009 à 2017, doit demeurer.
Les 45 milliards d’euros dont sont remplies les caisses de l’Etat seront répartis entre investissements et baisses d’impôts. Contrairement à ce que réclamait le SPD, le taux d’imposition maximal sur les revenus les plus aisés ne sera pas relevé de 42 à 45 %. En revanche, l’impôt de solidarité (le « Soli »), payé par les Allemands de l’Ouest pour soutenir ceux de l’ancienne RDA – sera progressivement supprimé. Cela correspond à un allégement d’impôt de 10 milliards d’euros d’ici à 2021.
En matière de droit du travail, le SPD a obtenu un plus strict encadrement des contrats à durée déterminée (CDD), afin de rendre plus difficile leur reconduction, parfois systématique, par les employeurs. Dans le secteur de la santé, ils ont également obtenu un rapprochement des tarifs payés aux médecins par les caisses d’assurance-maladie publiques et privées. Afin de mettre fin à la « médecine à deux vitesses » que M. Schulz n’a cessé de dénoncer pendant sa campagne électorale, les sociaux-démocrates souhaitaient également instaurer une « assurance citoyenne » financée par tous les contribuables pour réduire les inégalités en matière de remboursements des soins médicaux. Sur ce point, ils n’ont pas eu gain de cause.
Retraites, climat… : le temps des commissions
Si le niveau des pensions et des cotisations est garanti jusqu’en 2025, leur avenir à plus long terme reste ouvert. Pour cela, sociaux-démocrates et conservateurs se sont mis d’accord pour que soit nommée une commission cette année, dont les travaux devront être rendus en 2020.
Les questions environnementales, enfin, qui avaient été au cœur des discussions engagées au lendemain des élections législatives entre les conservateurs, les libéraux-démocrates et les écologistes, avant d’échouer en novembre 2017, ont occupé une place marginale dans les négociations entre la CDU-CSU et le SPD.
Sans surprise, le « contrat de coalition » confirme que l’Allemagne ne remplira pas ses objectifs prévus pour 2020 de diminution des émissions de gaz à effet de serre. Sur la question économiquement épineuse et politiquement sensible de l’avenir des centrales à charbon, les partenaires ont décidé de s’en remettre à une commission.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3214,1-0,0-4"> ¤ L’« expédition punitive » contre des Africains, qui a fait six blessés samedi à Macerata, dans le centre de l’Italie, révèle les divisions du pays.
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<filname="SURF-0,2-3214,1-0,0-5"> ¤ Le Parlement européen est opposé à des listes mélangeant des candidats de plusieurs nationalités européennes.
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Le Parlement européen rejette le principe des listes transnationales pour les européennes

Le Parlement européen est opposé à des listes mélangeant des candidats de plusieurs nationalités européennes.



Le Monde
 |    07.02.2018 à 15h21
 • Mis à jour le
07.02.2018 à 18h24
    |

            Cécile Ducourtieux (Bruxelles, bureau européen)








                        


Jusqu’à présent, tout ou presque souriait à Emmanuel Macron à Bruxelles et à Strasbourg. Le président français vient cependant de subir un premier revers symbolique sur la scène européenne, avec, mercredi 7 février, le rejet par le Parlement européen de son idée de créer des listes transnationales aux prochaines élections européennes, en mai 2019.
Le vote n’est que consultatif, car c’est au Conseil (les Etats membres) de se prononcer. Mais comme cette vieille proposition des fédéralistes européens n’enthousiasme pas non plus les dirigeants de l’Union, il paraît désormais improbable que le président français réussira à les convaincre, d’autant que leur unanimité est requise pour ces questions d’ordre constitutionnel.
Les eurodéputés ont rejeté à 368 voix contre 274 le principe de réserver une trentaine de sièges dans le prochain hémicycle strasbourgeois (pris sur les 73 que vont libérer les Britanniques à la suite du Brexit), à des candidats issus de toute l’Union, choisis indépendamment de leur nationalité par les différents partis politiques européens.
« Les gens ne sont pas prêts »
Le président français s’était pourtant fait l’avocat de ces listes, notamment lors de son discours de la Sorbonne sur l’Europe en septembre 2017, disant y voir une avancée démocratique. Sa ministre des affaires européennes, Nathalie Loiseau, n’avait pas ménagé sa peine pour promouvoir l’idée auprès des dirigeants européens ces dernières semaines.
« J’ai reçu un SMS de la ministre, vendredi dernier », révèle Franck Proust, chef de file des LR à Strasbourg, qui, comme une bonne partie de sa famille politique, se délecte du « revers » du président français. L’élu du Sud-Ouest récuse toutefois l’idée que le vote aurait visé davantage à sanctionner le président français que le nouveau mode de scrutin : « Les gens ne sont pas prêts aujourd’hui à cette innovation, on a déjà du mal, nous élus, à créer du lien sur le terrain avec les citoyens. »
« Nous prenons acte de ce vote négatif, mais le débat va se poursuivre au Conseil », souligne Pieyre-Alexandre Anglade, député LRM chargé par son parti de préparer l’atterrissage politique d’Emmanuel Macron à Bruxelles et à Strasbourg (le dirigeant français n’a toujours pas choisi de « chapelle » partisane européenne).
« Spitzenkandidat »
Autre signal négatif pour le président Macron : les eurodéputés se sont aussi prononcés, mercredi, pour des « Spitzenkandidat » (ou « chefs de file », en allemand) aux prochaines européennes. Imposé pour la première fois aux forceps par le Parlement européen au Conseil en 2014, il s’agit d’un mode de désignation du président de la Commission, qui force les dirigeants européens à choisir pour ce poste le chef de file du parti arrivé en tête aux élections européenne. C’est ainsi que Jean-Claude Juncker avait été imposé, y compris à Angela Merkel, par les dirigeants du Parti conservateur européen (PPE).
Ce mode de scrutin donne une prime évidente au PPE, qui a remporté toutes les élections européennes depuis 1999. L’entourage du président Macron n’a pas fait mystère de son peu d’appétence pour les « Spitzenkandidat » ces dernières semaines.
Mais sur ce sujet, le président est moins isolé que sur les listes transnationales. Ses pairs, dirigeants de l’Union, sont aussi très partagés. « J’ai l’impression qu’il y a presque une majorité contre », a prévenu M. Juncker depuis Strasbourg. Les dirigeants redoutent que le Parlement ne tente de leur tordre le bras alors que, d’après les traités, la désignation du président de la Commission continue de leur revenir. Même si, depuis celui de Lisbonne, ils sont censés « tenir compte » du résultat des européennes.
Bataille partisane
« Ce qui se joue, c’est de savoir si aux prochaines élections, ce seront les leaders qui nommeront à huis clos les grands dirigeants de l’Union, ou si ce pouvoir sera donné aux citoyens », souligne l’eurodéputé juppéiste Alain Lamassoure, très en faveur du Spitzenkandidat, et, accessoirement, d’une candidature du Français Michel Barnier pour le poste. « Nous ne dénonçons pas a priori le Spitzenkandidat, nous estimons juste que ce système aurait eu plus de sens avec les listes transnationales », note M. Anglade.

        Lire aussi :
         

                Comment seront élus les eurodéputés en 2019 ?



Au-delà de ces grands débats sur la démocratie, et comment la faire progresser à l’occasion du scrutin de 2019, c’est à une sourde bataille partisane que se livrent dirigeants et élus européens. Que les eurodéputés socialistes français résument assez bien, dans un communiqué publié mercredi : « Une vaste majorité de la droite européenne, en contradiction avec les conditions de construction d’une véritable démocratie européenne, a décidé de rejeter les listes transnationales. Et le président Macron rejette le Spitzenkandidat parce que La République en marche n’est pas organisée à l’échelle européenne et qu’elle sait que ce mode de désignation ne la mettra pas au centre du dispositif. »

        Lire la tribune :
         

          Pour « la création de listes transnationales » aux élections européennes



Le désaveu sur les listes transnationales rend encore plus indispensable l’ancrage politique du président français à Bruxelles et à Strasbourg. Ralliement à l’Alliance des démocrates et des libéraux pour l’Europe (ALDE, centre) ? Lancement d’un En Marche européen ? Le président français n’a pas encore abattu ses cartes, mais pourrait bien parier sur les fortes divisions internes au sein des grandes écuries européennes. « Ce n’est pas le vote [sur les listes transnationales] de ce mercredi qui empêchera une recomposition politique au niveau européen en 2019 », prévient Pieyre-Alexandre Anglade.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3214,1-0,0-6"> ¤ Ankara regrette de voir les Européens préciser la perspective d’intégration de la Serbie ou du Monténégro, alors que son adhésion s’éloigne.
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Elargissement : l’UE envoie un signal aux Balkans, la Turquie s’agace

Ankara regrette de voir les Européens préciser la perspective d’intégration de la Serbie ou du Monténégro, alors que son adhésion s’éloigne.



Le Monde
 |    07.02.2018 à 12h33
    |

            Cécile Ducourtieux (Strasbourg, Envoyée spéciale) et 
Jean-Pierre Stroobants (Bruxelles, bureau européen)








                        



   


Des perspectives, mais surtout pas de promesses. La Commission de Bruxelles a rendu publique, mardi 6 février, une proposition – dite « stratégie » – pour relancer le processus d’élargissement de l’Union européenne (UE) aux six pays des Balkans occidentaux (Serbie, Kosovo, Albanie, Monténégro, Bosnie-Herzégovine, Macédoine). Ce processus, censé favoriser l’entrée de certains de ces pays en 2025 au plus tôt, avait été solennellement lancé lors d’un sommet à Thessalonique en Grèce en 2003, mais il est paralysé à ce stade, faute de volonté politique côté européen, et surtout, faute de réformes dans des pays encore gangrenés par la corruption et, parfois, la violence.
La Commission européenne veut avancer dans les négociations d’adhésion, d’ores et déjà ouvertes, en 2012, avec le Monténégro (650 000 habitants) et surtout, depuis 2014, avec la Serbie (7 millions d’habitants). L’Albanie et la Macédoine sont officiellement candidates. La Bosnie-Herzégovine et le Kosovo n’ont pas encore atteint ce stade des discussions avec Bruxelles.
La date de 2025 ne concerne en fait que la Serbie et le Monténégro en vue d’une éventuelle adhésion. Une date « indicative », a souligné le président de la Commission, Jean-Claude Juncker, devant le Parlement de Strasbourg, mardi 6 février. Il a souligné que cet horizon temporel est surtout « une perspective pour motiver les pays à poursuivre les réformes ».
« Fatigue liée à l’élargissement »
Car son institution marche sur des œufs : en « off », à Bruxelles, personne ne croit au réalisme de cette proposition. Qui peut imaginer que le Kosovo va entrer rapidement dans un processus d’adhésion, alors que cinq pays de l’UE, dont l’Espagne, ne reconnaissent toujours pas son existence ? Idem pour la Macédoine, qui ne parvient toujours pas à résoudre le conflit sur son nom avec la Grèce…

        Lire aussi :
         

                Mobilisation massive à Athènes pour que la Macédoine change de nom



Les Etats membres n’ont en réalité pas envie d’évoquer l’élargissement de l’Union, alors que la France, pour ne parler que d’elle, déplore déjà qu’une Europe à 28 (27 bientôt avec le Brexit) soit difficilement gouvernable. Et surtout, alors que la Pologne et la Hongrie, pourtant membres de club, prennent des libertés avec l’Etat de droit, voire le violent.
De nombreux diplomates estiment aussi que le processus d’adhésion de la Bulgarie et de la Roumanie, entrées en 2007, a été beaucoup trop rapide. La Bulgarie souffre encore d’une corruption endémique, et, en Roumanie, le Parti socialiste au pouvoir tente de réformer le parquet anticorruption national, au mépris de l’Etat de droit. Les deux Etats n’ont toujours pas été intégrés dans l’espace sans passeports Schengen. Johannes Hahn, le commissaire à l’intégration, a lui-même reconnu la situation, mardi, parlant de « fatigue liée à l’élargissement » dans l’UE.
Après avoir passablement négligé les Balkans occidentaux, la Commission fait face à un défi géopolitique, avec six pays encore très instables à ses portes. Bruxelles espère les soustraire aux influences grandissantes de la Russie, mais aussi de la Chine, de l’Arabie saoudite ou de la Turquie.
« Exporter de la stabilité »
Moscou diffuse dans la zone sa propagande antieuropéenne et soutient les mouvements nationalistes. Les pays du Golfe ou Riyad inquiètent le Service d’action extérieure que dirige Federica Mogherini, la haute représentante de l’UE, parce qu’ils tentent d’instiller une vision radicale de l’islam dans les sociétés balkaniques, d’où sont d’ailleurs partis de nombreux djihadistes vers les zones de combat irakiennes et syriennes.
« Je ne voudrais pas que, dans cinq, dix ou vingt ans, on nous dise que nous avons trahi une région qui voulait vraiment entrer dans l’UE », a souligné, mardi, Mme Mogherini. Le premier ministre albanais, Edi Rama, indiquait, il y a quelques semaines, que, « si la perspective [d’une adhésion] s’éteint ou devient une illusion, les choses pourraient tourner mal » dans la région.
La « perspective » plutôt vague de Bruxelles et les moyens modestes alloués à sa nouvelle politique – 500 millions d’euros du budget de l’UE seront réorientés vers des projets spécifiques, notamment la baisse des coûts du roaming (« itinérance ») téléphonique dans la région –, suffiront-ils à tirer les Balkans vers le haut ?
D’ici là, le retour de l’élargissement risque de s’inviter rapidement dans la campagne pour les élections européennes de 2019. Surtout si la Turquie en profite pour réclamer que le processus lié à sa propre adhésion soit relancé, alors qu’il est complètement gelé depuis des mois, à la suite des multiples dérives autoritaires du président Recep Tayyip Erdogan. Et que plus personne parmi les pays membres ne soutient ce processus. « L’UE parle de la relance de l’élargissement dans les Balkans occidentaux, mais la Turquie est également un sujet », argue Faruk Kaymakci, le représentant permanent de la Turquie auprès de l’UE.
« Nous désirons une pleine adhésion à l’Europe. D’autres options ne nous satisfont pas », a assuré le président Erdogan dans le journal italien La Stampa, dimanche 4 février, balayant la proposition du président Macron, qui a récemment suggéré qu’il fallait repenser la relation avec Ankara, « non pas dans le cadre du processus d’intégration, mais d’une coopération, d’un partenariat ».
Mardi soir, le Conseil européen a confirmé la tenue, le 26 mars, d’une rencontre avec son président, Donald Tusk, M. Juncker, le président Erdogan et le premier ministre bulgare, Boïko Borissov. L’occasion pour Ankara de jouer à nouveau cette carte de l’adhésion pour avancer sur d’autres sujets lui tenant à cœur : la libéralisation des visas vers l’UE ou la modernisation d’un accord d’union douanière vieux de plus de 15 ans.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3214,1-0,0-7"> ¤ Bruxelles a revu à la hausse ses prévisions de progression du PIB. Pour 2017, l’institution prévoit une croissance du PIB record, de 2,4 % pour la zone euro et l’UE, la plus forte jamais enregistrée depuis dix ans.
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En 2018, la croissance atteindrait 2,3 % dans l’Union européenne et dans la zone euro

Bruxelles a revu à la hausse ses prévisions de progression du PIB. Pour 2017, l’institution prévoit une croissance du PIB record, de 2,4 % pour la zone euro et l’UE, la plus forte jamais enregistrée depuis dix ans.



Le Monde
 |    07.02.2018 à 12h30
 • Mis à jour le
07.02.2018 à 12h47
    |

            Cécile Ducourtieux (Bruxelles, bureau européen)








                        



   


L’optimisme s’installe dans la zone euro, du moins sur le front économique. La Commission continue, comme depuis plusieurs trimestres, à revoir ses prévisions à la hausse. C’est le cas pour son exercice « d’hiver », publié mercredi 7 février, à Bruxelles. Pour 2017, l’institution prévoit une croissance du produit intérieur brut (PIB) record, de 2,4 % pour la zone euro et l’Union européenne (UE), la plus forte jamais enregistrée depuis dix ans.
En 2018, la hausse du PIB de la zone euro devrait atteindre 2,3 %, contre 2,1 % anticipés en novembre 2017, lors des prévisions d’automne de Bruxelles. Pour 2019, la croissance devrait se maintenir à 2 % en zone euro, contre 1,9 % anticipés fin 2017. Et, sur l’ensemble de l’UE, la Commission tombe exactement sur les mêmes chiffres : une progression du PIB de 2,3 % en 2018 et de 2 % en 2019.

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Grâce à une consommation intérieure dynamique, et à la reprise de l’activité et du commerce mondiaux, le niveau de chômage a continué de baisser dans la zone euro et dans l’Union. Même si l’euro a gagné environ 7 % par rapport au dollar depuis novembre 2017, aucun ralentissement n’a encore été décelé. Et la persistance des taux bas a soutenu l’investissement.
La hausse du PIB français prévue à 2 % en 2018 et à 1,8 % en 2019
Dans certains pays, les niveaux de croissance battent des records : +  5,6 % pour le PIB de Malte en 2018, + 4,4 % pour l’Irlande, + 4,2 % pour la Slovénie ou + 4 % pour la Slovaquie… La crise de 2008 semble déjà très loin. A tel point que Bruxelles a décidé de ne plus publier que deux fois l’an – au printemps et à l’automne – les prévisions exhaustives, incluant les niveaux de déficit et de dette publique.

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Et, de fait : seules l’Espagne et la France restaient classées dans la catégorie des pays à déficits publics excessifs fin 2017, avec bon espoir, pour les deux, d’en sortir définitivement en 2018 (il faut pour cela afficher deux années d’affilée de déficit dans le respect du pacte de stabilité et de croissance). Pour rappel : en novembre 2017, la Commission anticipait que le déficit moyen rapporté au PIB dans la zone euro chuterait à 0,9 % en 2018.
La progression du PIB français est attendue à 2 % en 2018 et à 1,8 % en 2019, un ralentissement de la croissance lié à la saturation des moyens de production, relève Bruxelles. En mars, la Commission évaluera les réformes structurelles mises en place dans les pays, dans le cadre de sa procédure de déséquilibres macroéconomiques. Ce sera une première occasion pour Bruxelles d’évaluer l’incidence du volontarisme réformateur du président Emmanuel Macron.

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Mettre à profit cette période faste pour réformer
Mais ce n’est que fin mai qu’elle statuera sur le déficit public hexagonal 2017. L’objectif de Paris et de Bruxelles se situait initialement à 2,9 % du PIB, mais pourrait n’atteindre que 2,7 %, en raison des révisions à la hausse de la croissance. Reste l’inconnue Eurostat : l’institut européen de statistiques doit rendre, fin avril, un avis sur la manière de comptabiliser les 10 milliards d’euros de la taxe sur les dividendes des entreprises, une disposition de 2012 que le Conseil constitutionnel a invalidée à l’automne 2017. Si l’institut impute l’intégralité de l’annulation de cette taxe aux comptes de la Nation pour 2017, cela alourdira son déficit de 0,5 % du PIB, et maintiendra la France au-dessus du plafond des 3 …

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Se félicitant des bons chiffres européens, les commissaires à l’euro, Valdis Dombrovskis, et aux affaires économiques et financières, fiscalité et douanes, Pierre Moscovici, devraient de nouveau rappeler, mercredi 7 février, qu’il faut mettre à profit cette période faste pour réformer la zone euro. « Cette fenêtre d’opportunité ne restera pas ouverte éternellement », a souligné M. Moscovici.

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Les difficultés, en Allemagne, à mettre une grande coalition sur les rails ont fait perdre au moins deux mois à la discussion d’un programme de réformes commun entre Paris et Berlin. Désormais, Bercy ne parle pas d’une « position franco-allemande » sur un éventuel budget de la zone euro et/ou un fonds monétaire européen avant « entre mars et juin ».



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3214,1-0,0-8"> ¤ Le redressement de l’île, frappée par le naufrage de ses banques en 2013, est spectaculaire. Le gouvernement a créé un dispositif pour retenir les plus riches investisseurs étrangers en leur offrant soit un droit de résidence, soit la nationalité.
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Chypre offre des « passeports en or » aux investisseurs étrangers

Le redressement de l’île, frappée par le naufrage de ses banques en 2013, est spectaculaire. Le gouvernement a créé un dispositif pour retenir les plus riches investisseurs étrangers en leur offrant soit un droit de résidence, soit la nationalité.



Le Monde
 |    07.02.2018 à 12h00
 • Mis à jour le
07.02.2018 à 12h04
    |

            Philippe Ricard (Nicosie, envoyé spécial)








                        



                                


                            

L’annonce parue dans un quotidien chypriote offre une vue plongeante sur les arcanes du redressement de l’île. « Idéal pour ceux qui cherchent la nationalité chypriote », est-il indiqué, afin de vanter les charmes de ce terrain à bâtir, proche de la mer et éligible au dispositif mis en place pour attirer les investisseurs russes, chinois ou autres en contrepartie d’un précieux sésame : le passeport de la République de Chypre, porte d’entrée dans l’Union européenne.

Cinq ans après son naufrage économique, ce pays méditerranéen a bel et bien amorcé une reprise spectaculaire, qui a permis à son président, le conservateur Nicos Anastasiades, d’être réélu avec plus de 55 % des voix, dimanche 4 février, face à Stavros Malas, soutenu par le Parti communiste. La croissance devrait atteindre 4 % cette année. L’île, dont la Turquie occupe la partie Nord, s’est passée, dès 2016, de la tutelle de ses créanciers de la zone euro.

Son redressement est plus tangible que celui de la Grèce, à l’origine d’une grande partie de ses déboires. Le chômage baisse, même s’il touche encore plus de 10 % de la population active, dont de nombreux jeunes. La deuxième ville du pays, Limassol, où résident près de 30 000 Russes, connaît même un boom immobilier.
Boom immobilier et touristique
En arrivant au pouvoir, en 2013, Nicos Anastasiades avait pourtant été contraint de négocier un plan d’aide auprès de la zone euro et du Fonds monétaire international, en échange d’une restructuration draconienne d’un secteur bancaire alors aux abois. L’un des enjeux du programme négocié au forceps à l’époque : assainir les banques, gorgées des dépôts d’épargnants russes soucieux de faire fructifier leur patrimoine à l’abri des revers de fortune de leur pays d’origine.
« Les Russes ne sont pas les seuls à être présents. Des Américains, des Européens ou des Chinois sont là aussi et participent à la progression des investissements étrangers. » Harris Georgiades,...



                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3214,1-0,0-9"> ¤ Les ONG constatent que les fonds européens profitent aux Syriens mais s’inquiètent du renforcement des contrôles par Ankara.
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A Gaziantep, l’accord controversé entre UE et Turquie améliore le sort des réfugiés

Les ONG constatent que les fonds européens profitent aux Syriens mais s’inquiètent du renforcement des contrôles par Ankara.



Le Monde
 |    07.02.2018 à 11h33
    |

            Jean-Baptiste Chastand (Gaziantep (Turquie)








                        



                                


                            

Vues du modeste appartement de Nahla, trois pièces mal chauffées en sous-sol d’un immeuble situé dans un quartier populaire de Gaziantep, les arrière-pensées politiques de l’accord Union européenne (UE)-Turquie sur les migrants semblent bien loin. « Mon loyer est de 400 livres turques [85 euros] par mois et les charges de 200 », explique cette veuve syrienne, qui, avec ses neuf enfants, a fui Alep, dans le nord de la Syrie, pour la Turquie en 2013.
Pour payer ces frais et « nourrir ses enfants », elle ne pouvait compter, jusqu’au début de 2017, que sur le salaire au noir de son fils aîné comme plâtrier, les quelques dizaines de livres que lui verse une usine locale pour assembler des pièces de pantoufle depuis son salon et les heures de travail de son fils de 12 ans dans un supermarché après l’école… Tout cela complété par les dons de voisins.

Très contesté, l’accord signé entre Bruxelles et Ankara en mars 2016 a conduit à un renforcement drastique des contrôles en Turquie et autorisé le renvoi de tout Syrien arrivant sur les côtes grecques. Mais en échange de chaque renvoi, l’UE s’est engagée à relocaliser un Syrien sur son territoire – un point qui a finalement été à peine appliqué faute de renvois effectifs – et a débloqué 3 milliards d’euros (dont 300 millions par la France) pour soutenir les réfugiés en Turquie. Un tiers de cette somme sert à financer le plus grand programme humanitaire de l’histoire de l’UE : la distribution massive d’argent à près de 1,2 million de réfugiés. Ce qui a changé la vie de Nahla.
Depuis mars 2017, elle et ses enfants ont ainsi droit à 720 livres par mois. Auxquels s’ajoutent des versements chaque trimestre et des bonus si ses enfants vont bien à l’école. « Je n’ai plus à me préoccuper du loyer, se réjouit-elle. Je veux rentrer en Syrie dès que la situation sera plus sûre, Gaziantep est très proche de la frontière et ressemble en plus beaucoup...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3214,1-0,0-10"> ¤ Le certificat de détachement remis au travailleur détaché par le pays d’envoi pourra être écarté par le pays d’accueil en cas de fraude, a décidé mardi la Cour de justice de l’Union européenne.
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Travail détaché : la Cour de justice de l’Union européenne fait « tomber un dogme »

Le certificat de détachement remis au travailleur détaché par le pays d’envoi pourra être écarté par le pays d’accueil en cas de fraude, a décidé mardi la Cour de justice de l’Union européenne.



Le Monde
 |    07.02.2018 à 11h29
 • Mis à jour le
07.02.2018 à 11h40
    |

            Bertrand Bissuel








                        



   


C’est une décision qui écorne la thèse selon laquelle Europe rime nécessairement avec moins-disant social. Mardi 6 février, la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE) a estimé que le certificat remis à un travailleur détaché pouvait être écarté, en cas de fraude, par une juridiction du pays accueillant ce même salarié.

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Il s’agit d’une première, dont se félicite le ministère du travail français. Elle peut avoir un impact, en matière de lutte contre le travail illégal et de recouvrement de cotisations sociales, mais sa portée reste, à ce stade, malaisée à cerner.
Au cœur de l’arrêt rendu mardi, il y a donc le certificat de détachement : le salarié envoyé pour une mission à l’étranger se voit octroyer ce document par les autorités du pays où est implantée son entreprise ; le formulaire prouve qu’il est affilié à la Sécurité sociale de son Etat d’origine et que c’est à elle qu’il paiera ses cotisations, et non pas à celle du pays d’accueil.
« Une vraie inflexion »
La décision de la CJUE résulte d’une procédure pénale contre une entreprise de construction belge qui avait fait appel à des salariés détachés par des sociétés bulgares. Une enquête, conduite par un juge d’instruction belge, avait démontré que celles-ci n’exerçaient aucune activité significative en Bulgarie ; dès lors, elles n’avaient pas le droit de détacher de la main-d’œuvre dans un pays tiers. Elles avaient néanmoins obtenu des autorités bulgares que soit délivré à leurs personnels un certificat de détachement, ce qui permettait de les faire travailler en Belgique tout en les affiliant à la Sécurité sociale bulgare. L’inspection sociale belge avait demandé à la Bulgarie de retirer ces certificats. Requête infructueuse.
Parallèlement, les dirigeants de l’entreprise de construction, poursuivis par la justice pénale belge, avaient été condamnés en appel : les magistrats avaient considéré que les certificats de détachement ne s’appliquaient pas car ils avaient été obtenus frauduleusement.
Saisie de l’affaire, la Cour de cassation du royaume avait, avant de se prononcer, préféré demander l’avis de la CJUE, en lui posant la « question préjudicielle » suivante : un juge du pays d’accueil peut-il « écarter » le certificat si celui-ci a été remis frauduleusement ?
La réponse n’était pas évidente car les règles de l’Union européenne prévoient que ce document est présumé régulier et qu’il s’impose, par conséquent, aux autorités de l’Etat d’accueil. Si celles-ci veulent le remettre en question, elles doivent engager un dialogue avec le pays d’envoi, lui seul pouvant décider le retrait du formulaire incriminé.

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La CJUE a jugé, mardi, qu’il pouvait en aller différemment, dès l’instant où il y a fraude et où le pays d’envoi n’en tient pas compte alors même que le pays d’accueil lui a signalé les manœuvres irrégulières.
Pour Jean-Philippe Lhernould, professeur de droit à l’université de Poitiers, cette décision « correspond à une vraie inflexion de la jurisprudence de la CJUE car elle fait tomber un dogme ». « Jusqu’à présent, poursuit-il, le juge du pays d’accueil n’avait pas la possibilité d’écarter un certificat de détachement. »
« Coopération loyale entre Etats membres »
« Cet arrêt est d’une importance considérable car il vient utilement préciser le sens de la jurisprudence européenne au sujet du caractère opposable des certificats de détachement, enchaîne Me Jean-Victor Borel, un avocat qui avait représenté l’Urssaf dans un dossier ayant valu à la compagnie irlandaise Ryanair d’être condamnée à 8,1 millions d’euros de dommages et intérêts. La Cour réaffirme ici le principe général selon lequel un ressortissant d’un Etat membre ne saurait frauduleusement se prévaloir du droit de l’Union, dans la lignée de sa jurisprudence antérieure. Elle confirme que le principe de coopération loyale entre Etats membres de l’UE oblige les autorités compétentes de l’Etat d’accueil à tenter d’obtenir le retrait ou l’invalidation de certificats de détachement obtenus frauduleusement auprès de l’Etat d’envoi. Mais elle dit aussi que ce même principe de coopération loyale ne saurait empêcher l’autorité judiciaire de l’Etat d’accueil de sanctionner une telle fraude si le pays d’envoi s’abstient de procéder au retrait ou à l’invalidation de ces certificats de détachement. »

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L’arrêt rendu mardi « ouvre des perspectives très favorables à l’aboutissement de [certaines] procédures engagées pour travail dissimulé », réagit-on dans l’entourage de la ministre du travail, Muriel Pénicaud.
« La décision de la CJUE apporte des précisions importantes pour des dossiers, portés devant des juridictions françaises, dans lesquels sont mises en cause des compagnies aériennes low cost, qui ont rattaché leurs personnels navigants au système de Sécurité sociale des pays d’envoi, abonde Etienne Pataut, professeur à l’Ecole de droit de la Sorbonne. L’arrêt de mardi donne aussi une marche à suivre pour les services des Urssaf qui veulent recouvrer des cotisations non payées. »
« Des incidences pratiques difficiles à évaluer »
M. Lhernould, lui, se montre prudent sur « les incidences pratiques » de la décision de la CJUE : elles « sont difficiles à évaluer car plusieurs conditions doivent être remplies pour que la justice du pays d’accueil ne s’estime pas liée par le certificat ». « Il faut notamment établir des éléments de fraude, ce qui implique de mettre en évidence des éléments objectifs mais aussi subjectifs – c’est-à-dire l’intention de se soustraire au paiement de cotisations sociales du pays de détachement », souligne-t-il.
« Avec cet arrêt, difficile de soutenir que l’on veut construire une Europe sociale et lutter contre la fraude transnationale », confie Hervé Guichaoua, un « vieux routier » du ministère du travail qui connaît très bien la problématique. A ses yeux, la CJUE procède à « une analyse purement administrative, voire technocratique, des textes » qui bride le pouvoir de contrôle et de sanction du juge français.
Pour que les certificats puissent être écartés, « l’institution de Sécurité sociale de l’Etat d’envoi doit être saisie par son homologue de l’Etat d’accueil et il faut, de surcroît, que cette même institution de l’Etat d’envoi n’ait pas répondu dans un délai raisonnable ou n’ait pas tenu compte des éléments d’information transmis par le pays d’accueil », rappelle-t-il. En d’autres termes, toutes ces conditions ne sont guère favorables à la lutte contre la fraude au détachement.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3214,1-0,0-11"> ¤ Dans la ville où un militant de la Ligue du Nord a tiré samedi sur des migrants, le traumatisme reflète les divisions du pays.
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En Italie, la petite ville de Macerata frappée de sidération après l’attentat

Dans la ville où un militant de la Ligue du Nord a tiré samedi sur des migrants, le traumatisme reflète les divisions du pays.



Le Monde
 |    07.02.2018 à 11h13
 • Mis à jour le
07.02.2018 à 12h40
    |

            Jérôme Gautheret (Macerata (Marches) envoyé spécial)








                        



                                


                            

Tout a commencé comme un mauvais rêve, dont personne, à Macerata, n’est encore sorti. Samedi 3 février, quelques minutes avant midi, tous les téléphones de la ville se sont mis à sonner. Dans un message vocal prononcé d’une voix blanche, le maire de la ville, Romano Carancini (Parti démocrate [PD], centre-gauche), demandait à ses administrés de ne sortir de chez eux sous aucun prétexte : « Il y a actuellement en ville un homme armé qui circule, et il tire. » 
Quatre jours plus tard, le maire semble encore sonné par ces instants dramatiques. « J’étais à une réunion quand j’ai reçu un appel des carabiniers me demandant de faire tout de suite une annonce, en utilisant la chaîne de diffusion que nous avions mise en place lors des tremblements de terre de 2016, se souvient-il. Je suis sorti en courant, j’ai croisé un groupe de jeunes qui se rendaient au théâtre, je leur ai demandé de se barricader… et j’ai attendu. »
Pendant plus d’une heure, la confusion règne. Les pires rumeurs circulent : il y aurait plusieurs tireurs, des morts… Puis en début d’après-midi, Luca Traini s’est arrêté devant le gigantesque monument aux morts de Macerata, un mastodonte de pierre typique de l’époque mussolinienne, qui écrase de sa présence le centre de la ville. Il a revêtu un drapeau italien, a tendu le bras pour faire un salut fasciste, a crié « Viva Italia ! » et s’est laissé interpeller par les forces de l’ordre.
Aux environs de 14 heures, l’alerte était levée et ce qui venait de se passer prenait soudain tout son sens : réagissant à la mort horrible d’une jeune toxicomane de 18 ans, Pamela Mastropietro, dont le corps démembré avait été retrouvé trois jours plus tôt dans deux valises abandonnées, dans la zone industrielle voisine de Pollenza, et pour laquelle un sans-papiers nigérian avait été interpellé, ce militant de la Ligue du Nord avait décidé de faire justice lui-même, tirant, au hasard, sur des migrants africains qui avaient...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3214,1-0,0-12"> ¤ Les fédérations patronales de l’industrie allemande, qui redoutent une perte de compétitivité, pressent la future coalition gouvernementale d’investir davantage.
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En Allemagne, la fierté des excédents record a fait place au doute

Les fédérations patronales de l’industrie allemande, qui redoutent une perte de compétitivité, pressent la future coalition gouvernementale d’investir davantage.



Le Monde
 |    07.02.2018 à 11h01
    |

                            Cécile Boutelet (Berlin, correspondance)








                        



   


Donald Trump et le Brexit n’y ont rien changé : grâce à la vigueur de ses exportations, l’Allemagne devrait rester, en 2017, la championne mondiale des excédents, devant la Chine. En attendant le chiffre officiel du commerce extérieur, qui sera publié le 8 février par l’institut de statistiques Destatis, l’institut économique de Munich Ifo a calculé, début janvier, que l’Allemagne a dégagé l’an dernier un excédent de la balance courante de 257 milliards d’euros, soit 7,8 % du PIB. Celle-ci prend essentiellement en compte le solde de la balance commerciale (exportations et importations), ainsi que celui des revenus et transferts courants.

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Les Allemands pavoiseront-ils, jeudi matin, à l’annonce des chiffres officiels ? Depuis quelques mois, la fierté liée au succès du made in Germany a laissé la place au doute : et si ces excédents cachaient une perte de compétitivité à long terme, liée au manque d’investissements ?
Effets pervers
Le débat sur les effets pervers des excédents allemands n’est pas nouveau. Jusqu’ici, il était essentiellement porté par le gouvernement américain, le Fonds monétaire international (FMI) ou encore le président de la Banque centrale européenne (BCE), Mario Draghi, qui adressaient à l’Allemagne le reproche suivant : les excédents courants persistants créent des déséquilibres macroéconomiques internationaux. Et Berlin, jugent-ils, fait trop peu pour essayer de les compenser, alors qu’il pourrait développer les investissements publics, encourager les investissements privés ou la hausse des salaires, ce qui stimulerait la consommation et les importations.

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Les économistes du ministère des finances rétorquent en général que l’Etat ne peut pas grand-chose pour réduire les excédents. La compétitivité des produits made in Germany, encouragée par la faiblesse actuelle de l’euro, des taux d’intérêt et du prix du pétrole, explique la vigueur des exportations. Et les salaires sont laissés à la négociation entre partenaires sociaux. Les excédents s’expliquent aussi par l’épargne accumulée par les particuliers vieillissants. A elle seule, l’augmentation des investissements publics ne suffirait pas à rétablir l’équilibre de la balance courante.

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Mais ce discours d’impuissance est de plus en plus controversé. Certains économistes allemands, comme le directeur de l’institut pour la recherche économique de Berlin DIW, Marcel Fratzscher, critiquent depuis longtemps la faiblesse des investissements publics. Le principe du « frein à la dette », ancré dans la Constitution depuis 2009, a conduit l’Etat et les collectivités à réduire leurs dépenses pour respecter les contraintes budgétaires.
Encourager la dépense publique
Conséquence, les investissements ont été limités et les équipements ont vieilli : dans les régions les moins favorisées, certaines autoroutes, écoles ou gares tombent en ruine. Et les infrastructures Internet sont loin de correspondre aux besoins actuels d’une industrie en pleine transformation numérique.
Le manque d’investissements est désormais régulièrement cité comme problème prioritaire. Les fédérations patronales industrielles, qui redoutent une perte de compétitivité de l’industrie allemande, appellent le futur gouvernement à encourager la dépense publique. La feuille de route de la future coalition, si elle est adoptée, prévoit « un droit au haut débit » d’ici à 2025. « Insuffisant », estime une majorité d’économistes de renom, interrogés par l’institut Ifo dans un sondage paru le 5 février. Le risque, selon eux, est de voir les entreprises investir à l’étranger plutôt qu’en Allemagne.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3214,1-0,0-13"> ¤ Les sociaux-démocrates devraient obtenir le portefeuille des finances, clé pour la réforme de la zone euro. Les adhérents du SPD doivent encore l’approuver.
<filname="PROF-0,2-3214,1-0,0-13"> ¤                     
                                                

Un accord de coalition enfin trouvé en Allemagne

Les sociaux-démocrates devraient obtenir le portefeuille des finances, clé pour la réforme de la zone euro. Les adhérents du SPD doivent encore l’approuver.



Le Monde
 |    07.02.2018 à 10h35
 • Mis à jour le
07.02.2018 à 11h05
    |

            Thomas Wieder (Berlin, correspondant)








                        



   


Une étape décisive a été franchie dans le processus qui doit déboucher sur la formation d’un nouveau gouvernement en Allemagne. Plus de quatre mois après les élections législatives du 24 septembre 2017, les conservateurs (CDU-CSU) et les sociaux-démocrates (SPD) ont mis un point final, mercredi 7 février, au « contrat de coalition » qui détaille la politique qu’ils entendent mener ensemble dans les quatre prochaines années. Ils se sont aussi mis d’accord sur la répartition des portefeuilles ministériels. Selon plusieurs médias, le SPD, partenaire dit « junior » de la future coalition (il a obtenu 20,5 % des voix aux législatives, contre 33 % pour la CDU-CSU) aurait ainsi fini par obtenir trois ministères-clés, mercredi matin, après plus de 20 heures de discussions ininterrompues : les finances, les affaires étrangères ainsi que le travail et les affaires sociales.
Si c’est confirmé, ce serait une victoire pour Martin Schulz, le chef de file des sociaux-démocrates : dans la « grande coalition » sortante, les finances étaient aux mains de Wolfgang Schäuble (CDU), dont l’ancien président du Parlement européen avait fait sa bête noire pendant sa campagne électorale, il y a quelques mois.
Pour que ce contrat de coalition débouche sur la nomination d’un gouvernement, une condition reste à remplir : que les adhérents du SPD donnent leur feu vert. Telle est en effet la question qui va tenir l’Allemagne en haleine dans les prochaines semaines : que va décider la base du parti ? Participer, pour la troisième fois depuis 2005, à une « grande coalition » emmenée par la chancelière conservatrice Angela Merkel ? Ou faire, au contraire, le choix de l’opposition, mais au risque de provoquer de nouvelles élections ? Nul ne le sait.
La première raison tient à ce qui s’est passé le 21 janvier. Ce jour-là, les 600 délégués du SPD, réunis en congrès à Bonn (Rhénanie-du-Nord-Westphalie), n’ont été que 56 % à estimer que le pré-accord qui venait d’être scellé avec les conservateurs était suffisamment acceptable pour que les négociations se poursuivent. Par ailleurs, il n’a échappé à personne que le plaidoyer de M. Schulz en faveur d’une grande coalition avait été beaucoup moins applaudi que la philippique de Kevin Kühnert, le leader des « Jusos » (jeunes socialistes), contre une telle alliance.
« Adhérez et dites non ! »
La seconde raison qui rend les pronostics hasardeux tient au corps électoral. Afin de pouvoir voter pour ou contre la participation au gouvernement, il fallait avoir adhéré au SPD avant mardi 5 février à 18 heures. Peu après l’échéance, la direction du parti a annoncé que celui-ci comptait désormais 463 723 membres. Or, parmi eux, 24 339 ont pris leur carte après le 1er janvier. Dans la mesure où les Jusos font campagne depuis quelques semaines sur le thème « Adhérez et dites non ! », les partisans d’une « grande coalition » craignent que ces nouveaux membres, qui représentent tout de même 5 % du total des adhérents, fassent pencher la balance du côté de leurs détracteurs.

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En Allemagne, c’est donc une nouvelle campagne qui commence. Une campagne interne au SPD, certes, mais dont l’issue sera décisive pour l’avenir du pays et celui de l’Europe. Pour la conduire, les avocats d’une « grande coalition » n’ont pas la partie facile. M. Schulz le premier. Au soir des législatives, il avait fermé la porte à une nouvelle alliance avec les conservateurs. Deux mois plus tard, après que ces derniers eurent échoué à former un gouvernement avec les libéraux-démocrates et les écologistes, il a changé d’avis. Pour faire oublier cette volte-face, qui a sérieusement écorné son autorité en interne, il doit maintenant convaincre sa base que l’accord qu’il a négocié avec la CDU-CSU est honorable.
« La fin du diktat de l’austérité »
Il s’y est essayé, dès lundi, en se félicitant par exemple que le compromis trouvé sur l’Europe signe « la fin du diktat de l’austérité ». Une expression qui semblait viser Mme Merkel, mais que celle-ci s’est bien gardée de reprendre à son compte et qui ne figure d’ailleurs pas dans le « contrat de coalition ». S’il commence en effet par un chapitre intitulé « Un sursaut pour l’Europe », où est notamment envisagé un « budget d’investissement pour la zone euro », ce qu’il prévoit ne marque pas une réelle rupture avec la politique du gouvernement sortant, ce qui est au fond assez logique dans la mesure où le SPD en faisait déjà partie.
Pour obtenir les faveurs de sa base, M. Schulz s’était également engagé, face aux délégués de son parti réunis à Bonn le 21 janvier, à ce que le document final fasse davantage de place aux revendications des sociaux-démocrates que le pré-accord négocié ces derniers jours avec les conservateurs. Certes, nul ne contestera qu’il s’y est évertué, ce dont témoigne le fait que le contrat de coalition, qui devait au départ être scellé dimanche soir, ne l’a été que mercredi.
Ces efforts seront-ils suffisants ? Le fait – s’il est confirmé – d’avoir arraché aux conservateurs le ministère des finances ainsi que les quelques avancées obtenues sur l’éducation, le logement ou la santé permettra-t-il à M. Schulz de faire oublier son renoncement à la grande réforme du système de santé qu’il souhaitait mettre en œuvre, après avoir mis en place l’introduction du salaire minimum lors de la précédente « grande coalition » ? La réponse est entre les mains des 463 723 adhérents du SPD qui devraient avoir jusqu’à fin février-début mars pour se prononcer, ce qui, en cas de vote positif, devrait permettre à l’Allemagne d’avoir un nouveau gouvernement avant Pâques.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3214,1-0,0-14"> ¤ Ces dernières semaines, en Roumanie, plusieurs événements ont été l’occasion de rendre hommage à l’ancien dictateur communiste, pourtant considéré comme un des dirigeants les plus durs qu’ait connus l’Europe de l’Est.
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<filname="SURF-0,2-3214,1-0,0-15"> ¤ Washington a exprimé sa « déception » après la décision d’Andrzej Duda, qui risque d’aggraver la crise diplomatique avec Israël.
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Pologne : le président Duda approuve la loi controversée sur la Shoah

Washington a exprimé sa « déception » après la décision d’Andrzej Duda, qui risque d’aggraver la crise diplomatique avec Israël.



Le Monde
 |    06.02.2018 à 14h12
 • Mis à jour le
07.02.2018 à 11h13
    |

                            Intérim (Varsovie, correspondance)








                        



   


Sourd à l’inquiétude internationale, le président polonais, Andrzej Duda, a annoncé mardi 6 février, qu’il promulguait la loi mémorielle controversée qui pénalise l’« attribution à la nation ou à l’Etat polonais, en dépit des faits, de crimes contre l’humanité ». Pour Washington, Tel-Aviv mais aussi des historiens du monde entier, cette disposition menace la liberté d’expression et la recherche scientifique en confiant aux procureurs et aux juges le pouvoir d’édicter la vérité historique.

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Pris en étau entre son électorat nationaliste et la menace de « répercussions sur les intérêts stratégiques de la Pologne » dans ses relations avec Israël et les Etats-Unis, le président a demandé en parallèle à la Cour constitutionnelle de procéder à un examen ultérieur de la loi. Une manière d’essayer de temporiser en saisissant une juridiction qui est de toute façon contrôlée par le parti au pouvoir. La décision du président ne met pas fin à la sérieuse crise diplomatique avec Israël et les Etats-Unis. « Les Etats-Unis sont déçus par la signature de la loi par le président polonais », a fait savoir, mardi, le secrétaire d’Etat américain, Rex Tillerson, dans un communiqué. Le ministre des affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, a, lui, considéré cette loi comme « malvenue » : « Il ne faut pas réécrire l’Histoire », a-t-il déclaré mercredi matin.
« Vague de déclarations antisémites »
Mais au-delà de la loi controversée, c’est la montée de l’antisémitisme en Pologne qui suscite l’inquiétude. L’ambassade d’Israël à Varsovie a déploré dans un communiqué du 2 février la « vague de déclarations antisémites » qui « inondent l’Internet polonais, mais sont aussi devenues présents dans les médias mainstream, en particulier sur TVP Info [une chaîne d’information contrôlée par l’Etat] ».
Moins de deux semaines plus tôt, avant même le début de la crise avec Tel-Aviv, la Pologne avait été bouleversée par un reportage révélant l’existence de groupuscules néonazis polonais. Un phénomène inquiétant dans un pays qui a perdu sous l’occupation allemande près de six millions de ses citoyens, dont la moitié était des juifs polonais.
En dépit des tentatives du gouvernement de minimiser son ampleur, les statistiques du ministère de la justice et de l’association de lutte contre le racisme Plus jamais ça confirment la nette recrudescence depuis 2015 des délits à caractère raciste ou antisémite. Cette date coïncide avec le début de la vague d’attentats islamistes en Europe, la forte médiatisation de la crise des réfugiés et, en Pologne, le retour au pouvoir du parti ultraconservateur Droit et justice (PiS). En août 2017, le Congrès juif européen déplorait « l’absence de préoccupation étonnante du gouvernement de la Pologne envers la croissance et la normalisation de la rhétorique antisémite et xénophobe dans le pays ces derniers temps ».
Le PiS a une position très critique à l’égard des musulmans – son tout-puissant président, Jaroslaw Kaczynski, avait agité en 2015 la crainte de voir la charia s’appliquer en Pologne –, mais il condamne l’antisémitisme et Kaczynski est admiratif de la « grandeur de l’Etat d’Israël ». « Le gouvernement actuel est, dans l’histoire récente, celui qui a été le plus actif pour entretenir la mémoire des juifs morts sur le sol polonais », soutient Zbigniew Nosowski, coprésident du Conseil polonais des chrétiens et des juifs et membre du conseil d’administration de la Fondation Auschwitz-Birkenau.
Ces efforts portent non seulement sur les vestiges des camps nazis, mais aussi sur des épisodes mettant en cause des Polonais. Le président Andrzej Duda a ainsi été le premier à participer aux commémorations du pogrom de Kielce qui a eu lieu en juillet 1946, soit un an et demi après le départ des nazis.
« Démons nationalistes »
Toutefois, plutôt que de demander pardon, il avait alors affirmé que « ceux qui avaient perpétré ce crime se sont, par cet acte, exclus de notre société ». La formule tranche avec celle de son prédécesseur, Aleksander Kwasniewski (1995-2005). En 2001, à l’occasion du soixantième anniversaire du massacre de Jedwabne, en 1941, il avait déclaré « s’excuser en son nom propre et au nom des Polonais (…) qui pensent que l’on ne peut pas être fier de la grandeur de l’histoire polonaise sans ressentir en même temps de la douleur et de la honte en raison du mal que les Polonais ont fait à d’autres ».
Cette dialectique de la fierté et de la honte est au fondement de la politique historique du PiS qui vise, selon Zbigniew Nosowski, à « remplacer la “pédagogie de la honte” par la fierté nationale. La Pologne victime éternelle ne peut pas être dans le même temps coupable et il est donc défendu d’en dire du mal ».
Mais la rhétorique nationaliste du PiS lui attire des sympathisants qui ne font pas dans la nuance et accusent par exemple l’opposition de « gauche » de bénéficier du soutien de personnalités d’origine juive comme le milliardaire George Soros et l’intellectuel Adam Michnik, directeur du journal d’opposition Gazeta Wyborcza.

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« Le gouvernement est conscient du danger que représentent ces démons nationalistes, mais le PiS a organisé la scène politique polonaise pour ne laisser aucun espace à droite. Il doit donc tenir l’antisémitisme à l’écart sans perdre les groupes qui jouent sur ce sentiment », explique Zbigniew Nosowski. Au risque de se faire déborder.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3214,1-0,0-16"> ¤ Le laboratoire pharmaceutique suisse est à l’origine d’un scandale qui pourrait éclabousser une bonne partie de l’opposition grecque.
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Le laboratoire Novartis accusé d’avoir corrompu deux ex-premiers ministres grecs

Le laboratoire pharmaceutique suisse est à l’origine d’un scandale qui pourrait éclabousser une bonne partie de l’opposition grecque.



Le Monde
 |    06.02.2018 à 13h46
 • Mis à jour le
06.02.2018 à 15h02
   





                        



   


Le parquet anticorruption grec, qui enquête depuis 2016 sur le laboratoire pharmaceutique suisse Novartis, soupçonne une dizaine de dirigeants politiques grecs d’avoir accepté des pots-de-vin pour aider le laboratoire à commercialiser des médicaments aux vertus curatives discutables, et à gonfler ses prix. Ces hommes politiques ne pouvant être jugés par un tribunal ordinaire, leur dossier va être transféré, mardi 6 février, au Parlement, seul habilité à enquêter sur d’ex-membres du gouvernement.
Saisissante, la liste des politiciens possiblement impliqués inclut une partie du gotha politique grec. Y figurent deux ex-premiers ministres, dont le conservateur Antonis Samaras (Nouvelle Démocratie), huit ex-ministres, dont Adonis Georgiadis, numéro deux de Nouvelle Démocratie, chargé du portefeuille de la santé. L’actuel gouverneur de la Banque centrale, Yannis Stournaras, serait également impliqué, comme le commissaire européen aux migrations, Dimitris Avramopoulos. Le poids lourd socialiste Evangélos Vénizélos est également soupçonné.
Des accusations de « machination » politique
Une bonne partie des figures de l’opposition au gouvernement actuel pourraient être éclaboussées par cette affaire. M. Samaras a dénoncé une « nouvelle diffamation de M. Tsipras », qui lui a succédé au pouvoir il y a trois ans, assurant que ses accusateurs « devront en répondre devant la justice ».
Niant tout rapport avec la politique du médicament, M. Avramapoulos a démenti toute implication, tout comme M. Stournaras. Ce dernier a dénoncé une opération de harcèlement du gouvernement de gauche. La thèse d’une machination politique a aussi été avancée par M. Venizélos, allié de M. Samaras avant l’arrivée au pouvoir de Syriza, le parti de M. Tsipras. 
« L’enquête montrera s’il y a implication ou pas », a rétorqué l’actuel ministre de la justice, Stavros Kontonis, niant toute « intervention politique ». L’affaire « est d’une énorme ampleur », a-t-il ajouté. Il avait estimé en avril que Novartis avait probablement soudoyé « des milliers » de médecins et de fonctionnaires, une affaire d’autant plus sensible que la santé publique a été frappée de plein fouet en Grèce par neuf ans d’austérité. La branche grecque de Novartis a dit lundi « continuer à coopérer » avec les autorités, sans davantage de commentaires.
Novartis déjà épinglé dans d’autres pays
L’enquête semble bien avancée. Le parquet a fait procéder à des perquisitions dans les locaux de Novartis près d’Athènes. Plus d’une centaine de témoins ont été interrogés. Novartis fait face à des enquêtes pour corruption dans d’autres pays. En novembre 2016, le département de la justice américain a condamné le groupe Suisse à une amende de 390 millions de dollars (environ 314 millions de francs) pour avoir incité des chaînes de pharmacies à recommander ses médicaments plutôt que d’autres.

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                Le système politique grec miné par le clientélisme et la corruption



Le volet politique est désormais confié au Parlement. Le parquet anticorruption poursuivra son enquête dans le volet non politique de l’affaire. Des poursuites ont d’ailleurs été engagées contre l’un des dirigeants du parquet.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3214,1-0,0-17"> ¤ La comptabilité du deuxième groupe anglais de BTP et de services semble avoir été conçue pour masquer jusqu’au bout la réalité des dettes, explique le professeur en sciences de gestion Armand Hatchuel dans sa chronique mensuelle.
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Le britannique Carillion « mort par overdose de gestion actionnariale »

La comptabilité du deuxième groupe anglais de BTP et de services semble avoir été conçue pour masquer jusqu’au bout la réalité des dettes, explique le professeur en sciences de gestion Armand Hatchuel dans sa chronique mensuelle.



Le Monde
 |    06.02.2018 à 13h38
 • Mis à jour le
06.02.2018 à 15h48
    |

                            Armand Hatchuel (Professeur à MinesParistech/PSL Research University)








                        



                                


                            

L’éclairage. Il y a quelques semaines, Carillion, le deuxième groupe anglais de BTP et de services, a brutalement fait faillite. Cette chute a surpris, d’autant plus que les principaux clients de Carillion sont des services publics, et ses contrats des commandes d’Etat.
L’entreprise gérait les cuisines de centaines d’écoles, construisait des hôpitaux et des systèmes de transport, fournissait de nombreux services à l’armée anglaise. Le groupe n’est donc pas tombé sous les coups de clients versatiles, de la mondialisation ou de la numérisation de la concurrence.
Certes, les métiers du service et de la construction souffrent souvent de chantiers qui dérapent et de retards de paiement, mais ces problèmes sont connus des professionnels et la taille de Carillion aurait dû lui permettre d’absorber ces aléas. Alors, comment expliquer la mort si rapide d’une entreprise aussi importante et indispensable aux services publics britanniques ? Tout porte à croire que l’on se trouve face à un cas « chimiquement pur » de mort par overdose de gestion exclusivement actionnariale, avec toutes les dérives comptables qui accompagnent ce type de gouvernance.
Distribution imposée de dividendes
Carillion est un conglomérat qui s’est construit récemment avec la privatisation massive de nombreux services publics. Au moyen de nombreuses acquisitions, le groupe a connu une croissance rapide, qui l’a conduit à devenir un géant de 40 000 personnes avec, en 2016, 7 milliards de dollars de chiffre d’affaires et un bénéfice de 200 millions de dollars, dont la moitié affectée aux dividendes. Une consolidation qui s’enorgueillissait « d’avoir augmenté constamment ses dividendes depuis sa création ». En 2016, des analystes financiers soulignaient encore cette belle performance. Une activité qui croît et les dividendes qui suivent, quoi de plus satisfaisant ?

Sauf que l’on sait aujourd’hui que cette distribution imposée de dividendes...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3214,1-0,0-18"> ¤ Le géant américain de l’e-commerce a scellé un accord à l’amiable avec le fisc français, qui lui réclamait de lourds arriérés d’impôt. Paris veut convaincre ses partenaires européens de mettre fin aux avantages dont bénéficient les entreprises du numérique.
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édition abonné


Fiscalité : Amazon passe à la caisse dans l’Hexagone

Le géant américain de l’e-commerce a scellé un accord à l’amiable avec le fisc français, qui lui réclamait de lourds arriérés d’impôt. Paris veut convaincre ses partenaires européens de mettre fin aux avantages dont bénéficient les entreprises du numérique.



Le Monde
 |    06.02.2018 à 11h03
    |

            Jean-Michel Bezat








                        



                                


                            

Chronique. Les géants américains d’Internet et leurs bataillons d’avocats fiscalistes ont la réputation d’être coriaces dans leurs négociations avec l’administration des pays où ils opèrent. Amazon, Google, eBay, Apple, Facebook, Microsoft, Airbnb… En Europe, tous ont eu droit à des procédures de redressement.
A mesure que la pression politique monte au niveau national ou européen, ils se montrent un peu plus souples, bien conscients des effets négatifs dans l’opinion de leur indécente politique d’optimisation fiscale.
Ainsi Amazon a-t-il annoncé, lundi 5 février, être parvenu à « un accord de règlement d’ensemble » avec le fisc français, qui lui avait notifié en 2012 un redressement de 200 millions d’euros. Bis repetita, puisqu’il a fait de même avec l’Italie, fin 2017.

La société d’e-commerce précise que « l’ensemble des chiffres d’affaires, charges, profits et taxes liés à l’activité de commerce de détail sont désormais comptabilisés en France » et ne transiteront plus par le Luxembourg. On ignore ce qu’il a déboursé – « secret fiscal » oblige, plaide-t-on à Bercy – mais il est certain qu’il a âprement défendu ses intérêts, puisqu’il a fallu cinq ans pour solder un contentieux portant sur la période 2006-2010.
Il y a toujours un petit parfum de chantage à l’emploi dans une guerre économique où les Etats manient l’arme du mieux-disant fiscal. « Nous avons investi plus de 2 milliards d’euros depuis 2010 et créé plus de 5 500 emplois en CDI » dans l’Hexagone, rappelle Amazon.
« Un enjeu essentiel de crédibilité »
Dans sa politique volontariste pour séduire les investisseurs étrangers, Emmanuel Macron ne l’ignore pas. Et les élus locaux n’hésitent pas à dérouler le tapis rouge à Jeff Bezos, le patron-fondateur d’Amazon devenu l’homme le plus riche du monde en 2017.
Fin de partie ? Non, Bercy a encore des litiges à solder. Comme avec Google, à qui le fisc réclamait...




                        

                        


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Thomas Wieser, l’Autrichien que les Grecs ont adoré détester

Le président des réunions préparatoires de l’Eurogroupe était la bête noire de l’ex-ministre des finances grec Yanis Varoufakis.



Le Monde
 |    06.02.2018 à 10h54
 • Mis à jour le
06.02.2018 à 10h58
    |

            Cécile Ducourtieux (Bruxelles, bureau européen)








                        



                                


                            

LETTRE DE BRUXELLES
Une effervescence inhabituelle gagne la salle de presse flambant neuve du nouveau bâtiment du Conseil (des Etats membres), en plein cœur du quartier européen de Bruxelles. Des journalistes agrémentent le pupitre de fanions, y posent des bouteilles d’alcool et fixent un ballon de baudruche en forme de « T » doré. Quelqu’un lance la bande-son de Zorba le Grec, juste au moment où Thomas Wieser franchit le seuil. On est mi-janvier, et il s’apprête à donner le dernier briefing off the record de sa carrière.
L’Autrichien de 64 ans a assuré pendant six ans, non-stop, durant toute la crise de l’euro, la présidence de l’Euroworking group (EWG). Il s’agit d’un groupe d’experts des pays membres de la zone euro (souvent, les directeurs du trésor), qui préparent en amont les réunions bruxelloises de leurs ministres. Bien moins exposé que le président de l’Eurogroupe, le président de l’EWG joue néanmoins un rôle clé dans la gouvernance de la zone euro.
Toujours impeccable, costume en tweed et cravate sobre, M. Wieser marque un temps d’arrêt, salue l’assistance, puis commence à dérouler son « briefing », comme si de rien n’était. Au menu du prochain Eurogroupe : de la Grèce, encore et toujours, une première discussion entre ministres sur les réformes attendues dans la zone euro (Union bancaire, Fonds monétaire européen, etc.), un point sur la situation macro-économique. Rien de passionnant, mais la salle ne pipe mot et prend scrupuleusement des notes.
Club opaque
Avec sa barbe blanche bien taillée, des yeux rieurs derrière ses lunettes en écaille, Thomas Wieser est une petite légende pour tous les journalistes qui, entre 2011 et 2015, ont relaté les soubresauts de la crise grecque. Un des rares à avoir levé un pan du voile de l’Eurogroupe, club aussi puissant qu’opaque. A condition de ne pas être cité nommément (c’est la règle dans les institutions de l’Union, devoir de réserve des fonctionnaires oblige), il distillait...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3214,1-0,0-20"> ¤ Editorial. En pleine campagne des législatives, l’attentat de Macerata a ressoudé la fragile coalition constituée autour de la droite berlusconienne, des postfascistes et de la Ligue du Nord.
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Italie : l’inquiétante surenchère de la droite

Editorial. En pleine campagne des législatives, l’attentat de Macerata a ressoudé la fragile coalition constituée autour de la droite berlusconienne, des postfascistes et de la Ligue du Nord.



Le Monde
 |    06.02.2018 à 10h09
 • Mis à jour le
06.02.2018 à 10h55
   





                        



   


Editorial du « Monde ». Il n’est jamais bon signe, lorsque des crimes ont été commis, de voir une partie de l’opinion s’acharner sur les victimes. Ce spectacle désolant, c’est celui que donne l’Italie depuis l’attentat commis, samedi 3 février, par un jeune homme, Luca Traini, qui a ouvert le feu sur des migrants africains au pied du monument aux morts de la petite ville de Macerata, dans le centre du pays, blessant six personnes.

S’il ne s’était agi que du coup de folie d’un simple désaxé, l’attaque aurait été sans doute condamnée sans tergiversation. Mais voilà, l’auteur des faits était militant de la Ligue du Nord, il avait même été présenté aux élections municipales sous les couleurs de ce parti, au printemps 2017. Et, en se ceignant d’une écharpe tricolore avant d’effectuer un salut fasciste en criant « Viva Italia ! », il a clairement cherché à donner à son geste de vengeance – quelques jours plus tôt, un migrant nigérian avait été interpellé pour le meurtre sordide d’une italienne de 18 ans – une dimension politique. De ce point de vue, à moins d’un mois des élections législatives du 4 mars, Luca Traini a réussi au-delà de toute espérance.
Appel à la haine
Depuis samedi, la droite italienne dans son ensemble s’est livrée à une inquiétante surenchère. Dans un bel unanimisme, après avoir dénoncé de façon expéditive le geste d’un « déséquilibré », ses chefs s’en sont pris au gouvernement de centre-gauche, l’accusant d’avoir favorisé ces dernières années une véritable invasion migratoire. Le dirigeant de la Ligue, Matteo Salvini, dont les appels à la haine n’ont rien fait pour apaiser le climat, a ainsi claironné son impatience d’entrer au gouvernement pour « ramener la sécurité, la justice sociale et la sérénité » en Italie, tandis que Silvio Berlusconi ­promettait d’expulser 600 000 migrants ­illégaux, tous « prêts », selon lui, à commettre des crimes.

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Ainsi donc, « grâce » à Luca Traini, la fragile coalition constituée autour de la droite berlusconienne, des postfascistes et de la Ligue du Nord, qui peinait depuis des mois à masquer ses dissensions sur la politique économique ou l’Europe, s’est soudain ressoudée, face à un bouc émissaire facile.
Devant cette dérive, les appels à la raison du premier ministre, Paolo Gentiloni, semblent inaudibles. Il faut dire que, ces derniers mois, les attaques du ministre de l’intérieur, Marco Minniti, contre les ONG humanitaires opérant en Méditerranée ont largement contribué à alourdir le climat en accentuant le rejet des candidats à l’asile.
L’Europe, de son côté, pourra difficilement éviter un examen de conscience, tant son incapacité à aider l’Italie, laissée seule face à l’urgence migratoire depuis plusieurs années, aura contribué à attiser une colère sur laquelle ont prospéré la Ligue du Nord et le Mouvement 5 étoiles.

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Quant à Silvio Berlusconi, qui a pris le parti de s’aligner sur les positions de Matteo Salvini, sans doute pour mieux garder le contrôler de cet allié encombrant, il pourrait bien avoir perdu dans l’opération les bénéfices de la campagne que ses partisans avaient entreprise ces derniers mois pour restaurer sa crédibilité auprès des instances européennes. Affaiblissant du même coup l’hypothèse de constituer au lendemain du vote une « grande coalition » allant de la gauche à la droite modérée, dernière planche de salut de ceux qui cherchent à éviter des secousses susceptibles, au lendemain du 4 mars, d’ébranler l’Europe entière.



                            


                        

                        

