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Article sélectionné dans La Matinale du 03/02/2018
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L’actrice Uma Thurman témoigne avoir été agressée par Harvey Weinstein

L’héroïne des films « Kill Bill » s’est confiée dans une interview donnée au « New York Times ».



Le Monde
 |    03.02.2018 à 19h47
 • Mis à jour le
04.02.2018 à 07h27
   





                        



   


L’actrice américaine Uma Thurman, égérie du réalisateur Quentin Tarantino et proche de son producteur Harvey Weinstein, accuse le magnat déchu d’Hollywood d’agression et de pressions à son encontre dans une interview publiée par le New York Times samedi 3 février.
Après un premier rendez-vous de travail à Paris, qui avait pris une tournure équivoque quand Harvey Weinstein l’avait invitée dans sa chambre d’hôtel, Uma Thurman a raconté avoir été victime d’une agression dans un hôtel de Londres, lors d’un rendez-vous avec son producteur.
« Il m’a poussée et a essayé de se jeter sur moi et de se déshabiller. Il a fait plein de choses désagréables », raconte-t-elle, avec pudeur. Elle a par la suite mis en garde Harvey Weinstein :
« Si tu fais ce que tu m’as fait à d’autres personnes, tu vas ruiner ta carrière, ta réputation et perdre ta famille, je te le garantis. »

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                Et la parole des femmes se libéra



Selon son amie Ilona Herman, qui l’avait accompagnée ce jour-là, Uma Thurman était bouillante de colère quand elle a quitté Harvey Weinstein à l’issue de leur discussion. Le producteur avait menacé de compromettre sa carrière. L’agression s’est déroulée après la sortie de Pulp Fiction (1994) et avant le tournage de Kill Bill : Vol. 1 (2003), deux films réalisés par Quentin Tarantino et produits par M. Weinstein.
« Une relation de travail amusante »
« M. Weinstein reconnaît avoir fait des avances à Mme Thurman après avoir mal interprété son attitude à Paris. Il s’est immédiatement excusé », a réagi dans un communiqué un porte-parole de l’ancien producteur, qui suit actuellement une thérapie en Arizona. Le porte-parole décrit la relation entre les deux comme « une relation de travail amusante et mêlée de séduction ».
Dans l’interview, Uma Thurman explique avoir raconté la scène à Quentin Tarantino, sans qu’il ne la prenne au sérieux. « Il a dû mettre ça de côté en se disant “Oh pauvre Harvey, il essaie d’avoir des filles trop bien pour lui” ».
Ce n’est qu’en 2001, lorsqu’elle a insisté, dérangée par la présence de Weinstein lors du Festival de Cannes, que le cinéaste a réalisé la gravité des faits reprochés à son producteur. « Il a compris, il a parlé à Harvey ». Le fondateur de Miramax lui a alors présenté ses excuses. « Son regard a changé, l’agressivité s’est transformée en honte », raconte Uma Thurman.
Quentin Tarantino a expliqué en octobre avoir été au courant depuis de longues années des agissements d’Harvey Weinstein, maintenant accusé de harcèlement sexuel, agressions ou de viols par une centaine de femmes.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-2"> ¤ Le 21 août 2015, trois Américains neutralisent un terroriste djihadiste dans le Thalys. Ils incarnent leur propre rôle devant la caméra de Clint Eastwood.
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Rencontre avec les « héros du Thalys », portés à l’écran par Clint Eastwood 
                  
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Le Monde
 |
                  02.02.2018 à 14h51
 • Mis à jour le
04.02.2018 à 17h32


Le 21 août 2015, trois Américains neutralisent un terroriste djihadiste dans le Thalys. Ils incarnent leur propre rôle devant la caméra de Clint Eastwood.

Par             Samuel Blumenfeld





                     

En découvrant la version finale de Le 15 h 17 pour Paris, les trois hommes se sont retrouvés pour la première fois dans la position de spectateurs. L’histoire du film de Clint Eastwood, en salle le 7 février, est inscrite dans leur corps. Ils en ont été deux fois les acteurs. En vrai, d’abord, pendant quelques minutes de vie en accéléré. Puis en tant qu’apprentis comédiens, devant la caméra de Clint Eastwood. Le trajet du Thalys 9364 du 21 août 2015, ils le connaissent par cœur.
En arrivant en gare de Bruxelles, ce TGV avait accueilli ses derniers passagers, dont un certain Ayoub El-Khazzani, monté avec une valise à roulettes et un sac à dos. Dans ses bagages : un cutter, une bouteille d’essence de 50 cl, un pistolet automatique Luger, un fusil d’assaut AKM, et neuf chargeurs de 30 cartouches.
Spencer Stone, 23 ans, ambulancier dans l’US Air Force en poste aux Açores, Alek Skarlatos, 22 ans, membre de la Garde nationale de l’Oregon, et Anthony Sadler, 23 ans, étudiant à l’université d’Etat de Sacramento, trois amis d’enfance, originaires de la banlieue de Sacramento, dans le nord de la Californie, ont neutralisé à mains nues ce terroriste djihadiste marocain de 26 ans, ayant grandi à Molenbeek, et qui s’apprêtait à massacrer les passagers.
Ils en ont fait un livre, The 15 : 17 to Paris : The True Story of a Terrorist, a Train and Three American Heroes, sorti en janvier 2017 et rédigé avec le journaliste et auteur Jeffrey E. Stern, dans lequel ils racontent l’avant, le pendant et l’après. « Il se peut que vos souvenirs vous paraissent aussi précis qu’une découpe au laser, écrivent-ils. Il vous suffit de fermer les yeux pour les visualiser dans les moindres détails. Vous en mettriez la main au feu, et pourtant tout est faux. »
Ressusciter l’événement pour comprendre
Mais revivre cet épisode devant une caméra, c’était encore différent. Alex Skarlatos, Spencer Stone et Anthony Sadler ont...





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Rencontre avec les « héros du Thalys », portés à l’écran par Clint Eastwood
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Jonas Mekas : « Il faut voler les films qu’on aime ! »

Agé de 95 ans, le cinéaste et poète, figure de l’underground new-yorkais, publie ses souvenirs.



Le Monde
 |    02.02.2018 à 08h49
 • Mis à jour le
02.02.2018 à 16h11
    |

            Isabelle Regnier








                        



                                


                            

Le poète et cinéaste Jonas Mekas était à Paris à la fin janvier, invité par la Cinémathèque française dans le cadre de la programmation consacrée au centième anni­versaire de l’indépendance de la Lituanie. Il a profité de son séjour parisien pour promouvoir son nouveau livre, A Dance With Fred Astaire (Anthology Editions, 2017). Recueil de souvenirs illustré par une brassée d’archives personnelles, ce beau pavé se présente comme un voyage intimiste, tout en malice et en légèreté, au cœur de la scène artistique new-yorkaise des années 1960 et 1970 dont il fut, au côté de son ami Andy Warhol, le gourou discret. Du haut de ses 95 ans, ce vieux sage évoque le passé, tout en devisant sur le présent, dans lequel il reste solidement ancré.
Avec la Cinémathèque ­française, vous avez une longue histoire. Vous avez créé à New York la Film Makers’Cinematheque, qui allait devenir l’Anthology Film Archives. Dans votre livre, vous racontez comment Henri Langlois, le fondateur de la Cinémathèque française, vous a appris qu’il fallait voler les films que vous aimiez…
Oui ! Il nous avait envoyé tous les films de Jean Epstein pour une rétrospective que nous étions en train d’organiser. A la fin de celle-ci, nous lui avons renvoyé les copies, et, peu de temps après, j’ai voulu lui en emprunter deux à nouveau. Ma demande l’a mis dans une colère noire ! Il a accepté, mais non sans nous traiter au passage d’imbéciles : nous aurions dû profiter de son premier prêt pour copier les films ! Il faut voler les films qu’on aime : c’est une leçon très profonde. Le nombre de films qui doivent leur survie à des amoureux du cinéma qui ont fait des copies sans demander l’autorisation est considérable.
Vous-même vous êtes initié à l’art en pirate. Quand vous êtes arrivé à New York à la fin des années 1940, après des ­années passées dans des camps de déplacés en Europe, vous vous êtes débrouillé pour suivre des cours à l’université,...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-4"> ¤ Le film « Les Aventures de Jack Burton dans les griffes du mandarin » (1986) revient en salle.
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Reprise : quand John Carpenter explorait le cinéma chinois

Le film « Les Aventures de Jack Burton dans les griffes du mandarin » (1986) revient en salle.



Le Monde
 |    02.02.2018 à 08h02
    |

                            Thomas Sotinel








                        



   


La mode reste l’un des obstacles les plus infranchissables lorsque l’on envisage le voyage dans le temps. Comment accepter de revenir au temps des épaulettes, des édifices capillaires montés à l’aide de tonnes de gel ? Comment accepter de revenir aux années 1980 ? On se pose la question le temps des premières séquences des Aventures de Jack Burton dans les griffes du mandarin, de John Carpenter, en découvrant la mise des actrices (Kim Cattrall, Kate Burton, Suzee Pai), sans parler de la chanson du film, très MTV (signée Carpenter). Et puis, elle s’évapore, parce que la magie millénaire (il est question d’un fantôme surgi de l’Antiquité chinoise) du film opère. Avec son héros qui n’en est pas un, et l’entrain magnifique que met l’au­teur de The Thing à s’immerger dans un genre – le film de sabre et de fantômes chinois – alors méconnu aux Etats-Unis, Les Aventures de Jack Burton… déploie les saveurs d’un cocktail de burlesque, de fantastique et d’action.
Aux Etats-Unis, le film est sorti, en 1986, sous le titre de Big Trouble in Little China (« de gros ennuis dans la petite Chine »). C’est que Jack Burton n’en est pas vraiment le héros. Le rôle est revenu à Kurt Russell, que Carpenter avait dirigé dans New York 1997 et The Thing. Mais son personnage de routier esseulé (pas solitaire), qui assomme ses collègues de platitudes, ne prend jamais d’autre place que celle d’« un acolyte qui s’ignore », selon son interprète.
Jack Burton, qui livre des camions de cochons vivants aux restaurants du Chinatown de San Francisco, croit d’abord être plongé dans une affaire de pros­titution lorsque Miao Yin (Suzee Pai), la fiancée de son ami Wang Chi (Dennis Dun), est enlevée. Les deux hommes reçoivent le renfort d’une journaliste atteinte de logorrhée (Kim Cattrall) et d’Egg Shen (Victor Wong), vieillard versé dans les sciences occultes qui conduit un bus dans Chinatown. Ce dernier apprend à Burton que la disparue est la proie de David Lo Pan, mort-vivant doué de pouvoirs surnaturels.
Triades et guerriers monstrueux
Le film bascule alors dans le règne des esprits. Alors que le camion de Burton est coincé dans une ruelle par un affrontement entre triades, le combat est interrompu par l’irruption de guerriers surnaturels. Burton n’est plus alors qu’un ballot hébété par les croyances et les phénomènes d’un monde plus ancien et plus compliqué que le sien. La présence de Kurt Russell et de Kim Cattrall ne sert que de contrepoint comique à la progression des héros sino-américains qui doivent défaire monstres belliqueux et guerriers monstrueux.
L’esthétique clinquante des premières séquences laisse la place à une chorégraphie rigoureuse et vigoureuse, inspirée du cinéma de Hongkong. On jouit d’autant plus du spectacle que le film est antérieur à l’avènement des effets spéciaux numériques. L’œil baladeur de Lo Pan, amas orga­nique et indiscret, est animé par des mécanismes de précision. Quant aux combats, ils sont le ­résultat d’entraînements intensifs, les interprètes, pour la plupart originaires de la communauté sino-américaine de San Francisco, n’ayant guère d’expérience des arts martiaux.
Cette synthèse du burlesque américain et de l’action chinoise annonçait les aventures de Quentin Tarantino ou des Wachowski au pays des sabres et des poings d’acier. Hélas pour Carpenter, il était arrivé trop tôt. Avec un budget confortable – pour l’époque – de 25 millions de dollars, le réalisateur espérait rééditer le succès de New York 1997. Mais Les Aventures de Jack Burton… ne rapportèrent que 11 millions de dollars de recettes. Comble d’injustice, des organisations communautaires reprochèrent au film de mettre en avant des acteurs blancs dans une histoire ­essentiellement chinoise. La critique valait sans doute pour la campagne de marketing de la Fox, mais le film lui-même aurait dû en être exempté.

Film américain de John Carpenter (1986). Avec Kurt Russell, Kim Cattrall, Dennis Dun, Victor Wong (1 h 40). Sur le Web : www.splendor-films.com/items/item/522



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-5"> ¤ TVA, part des exploitants, rémunération des acteurs… « Dessine moi l’éco » décortique les différents éléments qui entrent en compte dans la définition du prix d’un ticket de cinéma.
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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-6"> ¤ Ce troisième volet de la saga consacrée à cette famille zinzin constitue une surprise revigorante.
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Article sélectionné dans La Matinale du 01/02/2018
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« Les Tuche 3 » : un vent de folie douce souffle à l’Elysée

Ce troisième volet de la saga consacrée à cette famille zinzin constitue une surprise revigorante.



Le Monde
 |    01.02.2018 à 18h04
 • Mis à jour le
02.02.2018 à 16h49
    |

            Isabelle Regnier








                        



   


L’avis du « Monde » – à voir
On croyait la comédie populaire française résolument ancrée à droite. Condamnée soit à célébrer les vertus d’une France éternelle fantasmée via des adaptations plus ou moins fossilisée de classiques de la BD ou de la littérature jeunesse, soit à flatter les penchants conservateurs des spectateurs (quand ce n’est pas leur inconscient raciste), soit à diluer les conflits de classe dans le grand bain de la culture entrepreunariale. Soit encore à dépeindre une société arrivée au stade terminal du consumérisme dont les personnages les plus positifs semblent sortis d’une émission de télé poubelle. Et puis sont arrivés Les Tuche.
Faute d’avoir vu les deux premiers volets de la saga, nous ne nous risquerons pas à évaluer le troisième à leur aune. Mais entre sa tonalité antiraciste et tendanciellement anticapitaliste, l’amour contagieux qu’il dispense à ses personnages populo-déglingo et son ancrage délibérément absurde, il constitue une surprise des plus revigorantes.
Sous-titré « Liberté, Egalité, FraterniTuche », Les Tuche 3 renoue avec la famille Tuche à son retour des Amériques (Les Tuche 2 se passait en partie à Los Angeles) alors que Jeff, le père, ex-chômeur volontaire devenu millionnaire après avoir gagné au loto, reconnaissable entre mille à sa vigoureuse coiffure moussue et glorieusement interprété par Jean-Paul Rouve, est devenu maire de sa commune natale de Bouzolles.
Propulsé malgré lui au second tour
La comédie s’installe doucement autour d’une affaire de TGV dont le village, tout excité à l’idée qu’il allait enfin passer à Bouzolles, rangé en ordre de bataille sur le quai de la gare pour l’accueillir en fanfare, découvre dépité qu’il ne fait que passer. Outré de s’être fait ainsi rouler dans la farine, Jeff Tuche appelle l’Elysée pour demander des comptes au président de la République, mais ne parvient pas à passer le barrage du standard. Lui vient alors l’idée de se lancer dans la campagne présidentielle, meilleur moyen selon lui pour faire entendre sa voix et s’expliquer d’homme à homme avec le chef de l’Etat.
Alors que ses principaux concurrents, rattrapés par des scandales en tout genre (il est notamment question d’une affaire d’emploi fictif d’attachée parlementaire dont aurait bénéficié la femme du candidat de la droite la plus dure, par ailleurs accusé de trafic d’armes et de drogue), tombent comme des mouches, Jeff Tuche se voit propulsé bien malgré lui, et malgré son absence radicale de programme, au second tour. Sans bien comprendre ce qui lui arrive, il atterrit sur le plateau du grand débat télévisé de l’entre-deux tours face au président sortant. C’est là que le film décolle vraiment.
Le brave Jeff Tuche n’a aucune envie de devenir président et ne s’en cache pas. Mais il aimerait que son interlocuteur lui explique pourquoi il ne prend pas le temps de répondre à des citoyens comme lui lorsqu’ils ont une réclamation à faire, lequel interlocuteur ne daigne lui opposer, en guise de réponse, que sa morgue de puissant, ce qui lui coûtera sa place et aura pour effet d’installer la famille Tuche à l’Elysee. Ce n’est pas le moindre mérite de cette comédie bien loufoque que de satiriser le gouffre qui sépare le peuple des élites (qu’elles soient politiques ou culturelles, l’excellent Nicolas Maury officiant ici dans le rôle d’un écrivain cynique et opportuniste).
Joie anarchiste et bon enfant
Mais ce ne serait là qu’une bonne idée si elle n’était relayée, comme c’est le cas ici, comme c’est si rare dans la comédie populaire française, par une mécanique comique déliée où le jeu des acteurs, le scénario, les dialogues et la mise en scène semblent procéder d’un même mouvement organique (ce n’est pas un hasard si à la fois Olivier Baroux et Jean-Paul Rouve sont crédités comme coscénaristes) : au vent de folie douce que fait souffler cette famille de zinzins dans les couloirs de l’Elysée en y imposant ses habitudes de fainéants, sa recette de frites, et ses grandes idées pour la France (de la refondation du groupe Abba au cours de grattage de billets de loterie obligatoires à l’école primaire en passant par la taxation des entreprises du « couac 40 ») répond une dramaturgie pour le moins déglingue.
On est loin de l’écriture calibrée symptomatique du tout-venant de la comédie française contemporaine, de ses gags appuyés qui donnent envie de regarder ailleurs pour tuer l’ennui. Ce qui fait rire ici à plutôt à voir avec le rythme, le contre-pied, la joie anarchiste et bon enfant avec laquelle les acteurs s’abandonnent à la folie de leur univers et vous invitent joyeusement à leur emboîter le pas.
Par la manière qu’il a d’embrasser son époque jusque dans son style visuel (des chaînes de télé en continu aux zakouski de Snapchat), le film d’Olivier Baroux fait curieusement penser à ces comédies de Louis de Funès qui ont si bien capturé l’esprit de la France de Giscard. En postulant que l’idiotie des Tuche vaudra toujours mieux que la nullité de leur classe politique, il donne de notre monde un reflet tout juste anamorphosé d’une t(o)uche de générosité toc-toc.

        Lire la critique d’« Entre amis », un autre film d’Olivier Baroux :
         

          Trois couples sur un bateau




Film français d’Olivier Baroux. Avec Jean-Paul Rouve, Isabelle Nanty, Claire Nadeau (1 h 35). Sur le Web : pathefilms.com/film/lestuche3 et facebook.com/LesTuche



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-7"> ¤ Au Festival de Rotterdam, le réalisateur thaïlandais Apichatpong Weerasethakul a proposé un concept poétique d’hôtel-cinéma.
<filname="PROF-0,2-3476,1-0,0-7"> ¤                     
                                                   
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Un rêve de cinéma

Au Festival de Rotterdam, le réalisateur thaïlandais Apichatpong Weerasethakul a proposé un concept poétique d’hôtel-cinéma.



Le Monde
 |    01.02.2018 à 09h44
 • Mis à jour le
01.02.2018 à 18h24
    |

            Isabelle Regnier








                        



                                


                            

En 2000, le Festival de Rotterdam mettait au programme Mys­­terious Object at Noon, étrange premier long-métrage d’un jeune ­réalisateur thaïlandais formé à l’architecture et au cinéma expérimental. Dix-sept ans plus tard, Apichatpong Weerasethakul est devenu grand. A la croisée du cinéma, de l’art contemporain, de la performance, du théâtre, il a créé un territoire hybride, propice à l’expression d’une vision du monde holiste, panthéiste, poétique, qu’il façonne de manière artisanale, en magicien des technologies numériques. Ses œuvres ont beau transcender les disciplines, elles lui valent les plus grands honneurs à l’intérieur de chacune, de la Palme d’or cannoise attribuée à Oncle Boonmee. Celui qui se souvient de ses vies antérieures (2010) aux commandes des plus prestigieuses institutions d’art.

Ce qui ne l’empêche pas de préserver un lien privilégié avec ­Rotterdam. Lauréat de la bourse Frameworks, née d’un partenariat entre le festival, l’Eye Film Institute de Rotterdamet le Netherlands Institute for Sound and ­Vision, il en était cette année une des vedettes. Cette bourse vise à produire pour le festival une œuvre entre les arts visuels et le cinéma. Pour notre Thaïlandais planant, elle fut l’occasion de réaliser une idée qui lui trottait dans la tête, prolongement organique de l’invitation qu’il a toujours faite à ses spectateurs de s’endormir devant ses films, de fondre leurs rêves avec ses images. « J’ai très longtemps eu envie d’installer un hôtel dans une salle de cinéma. L’idée a pris différentes formes ; j’aurais aimé pouvoir faire un hôtel à ciel ouvert. Mais à Rotterdam, en hiver, c’était difficile. »
Mémoire du cinéma néerlandais
Le Sleepcinemahotel a finalement trouvé sa place au troisième étage du World Trade Center de Rotterdam, qui fend le centre-ville de son profil d’ogive. Cinq jours durant, pour 75 euros, on pouvait y passer la nuit, prendre une douche, déguster un petit-déjeuner thaïlandais,...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-8"> ¤ La 43e cérémonie des Césars, qui sera animée par l’acteur Manu Payet, se déroulera le vendredi 2 mars Salle Pleyel.
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Césars 2018 : « 120 battements par minute » et « Au revoir là-haut » en tête des nominations

La 43e cérémonie des Césars, qui sera animée par l’acteur Manu Payet, se déroulera le vendredi 2 mars Salle Pleyel.



Le Monde
 |    31.01.2018 à 12h33
 • Mis à jour le
31.01.2018 à 16h33
    |

            Jacques Mandelbaum








                        



   


C’est à dix heures pétantes, mercredi 31 janvier, en direct du Fouquet’s que le producteur Alain Terzian, président de l’Académie des arts et techniques du cinéma, accompagné de l’acteur Manu Payet, maître de cérémonie, ont annoncé, au cours d’une lecture dont la sobriété fut le maître mot, la liste officielle des nominations de la 43e cérémonie des Césars, qui aura lieu le vendredi 2 mars depuis la Salle Pleyel, et sera retransmise en clair et en direct sur Canal+.
Litanie hâtive, clairement dominée, sans décompte précis et à l’oreille, par quelques titres-phares : le drame sociétal et romanesque sur les années sida, 120 battements par minute, de Robin Campillo ; la farce anarcho-historique sur fond de boucherie de la Grande Guerre, Au revoir là-haut, d’Albert Dupontel ; enfin la comédie melting-pot, Le Sens de la fête, d’Olivier Nakache et Eric Toledano. De fait, treize nominations distinguent les deux premiers titres, dix le second.

   


Sept films se disputeront donc la compression suprême (celle du « Meilleur film »). Outre les trois déjà cités, il s’agit de Barbara, de Mathieu Amalric ; Le Brio, d’Yvan Attal ; Patients, de Grand Corps Malade (Fabien Marsaud) et Mehdi Idir ; Petit paysan, d’Hubert Charuel. Une combinaison à peu près semblable concernera le César de la meilleure réalisation, Julia Ducournau (pour son fort remarqué premier long-métrage d’horreur Grave) et Michel Hazanavicius (pour sa parodie godardienne Le Redoutable) se glissant dans la liste au détriment de Grand Corps Malade et d’Yvan Attal. On retrouve logiquement la jeune Julia Ducournau (34 ans) parmi les postulants au César du premier film, aux côtés notamment de Jeune femme, une comédie fantasque de sa collègue Léonor Serraille (32 ans), déjà récipiendaire de la prestigieuse Caméra d’or au Festival de Cannes en mai 2017.
La jeune génération à l’honneur
Parmi cette jeune génération, c’est toutefois Hubert Charuel (32 ans), fils d’agriculteurs diplômé de la Femis, qui a le plus impressionné les votants, son thriller rural Petit paysan, huit fois nommé, se classant notamment, fait rare pour un débutant, dans les catégories « Premier film », « Meilleure réalisation » et « Meilleur film ».

   


Du côté des actrices et des acteurs, citons parmi elles Jeanne Balibar, qui excelle de fait dans la troublante réincarnation de Barbara dans le film de Mathieu Amalric, et Juliette Binoche dans un de ses plus beaux rôles pour Un beau soleil intérieur, de Claire Denis, subtile comédie dépressive qu’on regrette de ne pas voir plus mise en valeur, ce qui n’aurait pas fait de mal aux deux catégories reines (« Meilleur film » et « Meilleure réalisation ») où treize nommés sur quatorze sont plus que grammaticalement masculins. En lice pour la sculpture du meilleur acteur, signalons un match à peu près égal entre ancienne et nouvelle générations, avec ici, Daniel Auteuil (Le Brio) et Jean-Pierre Bacri (Le Sens de la fête), là, Louis Garrel (Le Redoutable) et Swann Arlaud (Petit paysan).
Bonne tenue de la sélection documentaire
On mettra également l’accent sur la très bonne tenue de la sélection documentaire, qui verra notamment s’affronter, à couteaux tirés, 12 jours, de Raymond Depardon ; I Am Not Your Negro, de Raoul Peck ; A voix haute, de Stéphane de Freitas et Ladj Ly ; Carré 35, d’Eric Caravaca ; Visages Villages, d’Agnès Varda et JR. Quant aux films étrangers, outre la Palme d’or controversée, The Square, du Suédois Ruben Östlund, on y retrouve Dunkerque, de Christopher Nolan en dépit du mauvais sort dévolu à l’armée française, le charmant et musical La La Land, de Damien Chazelle, et le glaçant Faute d’amour, d’un des plus grands réalisateurs russe, en délicatesse dans son propre pays, Andreï Zviaguintsev. L’effet comique joué par l’acteur Manu Payet sur la difficulté de son nom (et partant de sa renommée) sonnait d’autant plus incongru dans un rituel qui célèbre censément l’amour du cinéma.

        Lire le compte-rendu  :
         

          Les films français à nouveau en progression en 2017



Enfin, l’annonce d’un nouveau prix, le César du public, qui récompensera le film français ayant réalisé le plus d’entrées au cours de l’année 2017, ne devrait pas nous empêcher de regretter l’absence totale de quelques-uns des plus beaux films de cette même année, qu’ils se nomment La Villa, de Robert Guédiguian, L’Amant d’un jour, de Philippe Garrel, ou Félicité, d’Alain Gomis.

   Liste des nominations aux Césars 2018 by Le Monde on Scribd

Sur le Web : www.academie-cinema.org



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-9"> ¤ Nolan Bushnell, accusé de management sexiste et toxique, devait recevoir le Pioneer Award à la prochaine conférence des développeurs de jeu. Les organisateurs ont réexaminé leur choix.
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#metoo : après des protestations, le fondateur d’Atari privé d’un prix

Nolan Bushnell, accusé de management sexiste et toxique, devait recevoir le Pioneer Award à la prochaine conférence des développeurs de jeu. Les organisateurs ont réexaminé leur choix.



Le Monde
 |    31.01.2018 à 11h51
 • Mis à jour le
31.01.2018 à 17h48
    |

            William Audureau








                        



   


Le « père du jeu vidéo », comme il se présentait lui-même dans les années 1970, ne recevra pas le Pioneer Award, prix renommé récompensant un apport décisif à l’histoire de cette industrie.
UBM, la société organisatrice de la Game Developers Conference (GDC), le plus prestigieux rassemblement annuel de l’industrie, a annoncé sur Twitter, mercredi 31 janvier, renoncer à remettre le prix du pionnier cette année. Le choix de Nolan Bushnell, fondateur d’Atari et producteur de Pong (1972), qui devait le recevoir en mars, a en effet provoqué de nombreuses réactions.
Depuis l’annonce la veille de sa nomination, de très nombreuses voix dans l’industrie, notamment aux Etats-Unis, se sont élevées pour protester contre ce choix, après que plusieurs anecdotes illustrant son management à caractère sexiste ont refait surface. « On peut dire que la culture toxique de la Silicon Valley a débuté chez Atari sous Bushnell », a notamment tweeté Brianna Wu, ingénieure logicielle féministe, aujourd’hui en lice pour l’investiture démocrate à la Chambre des représentants.

        Lire :
         

          Omerta, sexisme  et « porcs sans vergogne » dans le jeu vidéo



Celle-ci rappelle que, selon plusieurs livres d’histoire du jeu vidéo, citant des anecdotes souvent rapportées par Nolan Bushnell lui-même, le fondateur d’Atari tenait ses réunions dans des Jacuzzi, dans lesquels les dirigeants invitaient les employées avec lesquelles ils souhaitaient coucher, en leur demandant de se déshabiller devant les autres hommes présents. Les noms de code donnés aux jeux en interne étaient des prénoms d’employées jugées les plus désirables, à l’image de la console Home Pong, surnommée « Darlene ».
L’un des premiers jeux originaux de l’entreprise, Gotcha, une sorte de jeu du chat et de la souris, est présenté dans les affiches promotionnelles comme un homme poursuivant une femme (« gotcha ! » signifie « je t’ai attrapée ! »). Sur le meuble contenant l’écran et l’interface pour jouer, le joystick a été remplacé par de faux seins, que le joueur doit prendre dans sa main et incliner pour manier son personnage.

   


Un prix pour les pionnières oubliées proposé
Sous le mot-dièse #NotNolan, la game designeuse Jen Allaway s’interroge : « UBM, pouvez-vous m’expliquer pourquoi, l’année de #metoo, vous voudriez donner le prix du pionnier à Nolan Bushnell ? »
Gillian Smith, professeure assistante au Worcester Polytechnic Institute, s’appuie également sur plusieurs extraits de livres et d’entretiens publiés. Dans l’un d’eux, l’entrepreneur raconte l’âge d’or d’Atari entre 1976 et 1983.
« Nous traitions nos programmeurs comme de mini-dieux. Nous leur avons donné les meilleurs bureaux isolés. On a installé un Jacuzzi dans l’immeuble des ingénieurs. Nous avons embauché les plus belles secrétaires pour ce département. »

        Lire aussi :
         

                Comment les femmes ont déserté le secteur informatique



Dans un autre passage, celui qui invite la presse dans une maison avec matelas à eau et bibliothèque érotique s’interroge :
« Certaines femmes se sentent à l’aise avec moi, et d’autres non. Je trouve que l’aura du pouvoir et de l’argent est très intimidant pour un nombre effrayant de femmes. » 
Nolan Bushnell ne s’est pas exprimé depuis la polémique. Dans l’un de ses derniers tweets, daté de novembre dernier, l’entrepreneur vantait la méritocratie : « L’audace et la persévérance triomphent de l’intelligence, des classes sociales, du sexe et de la couleur de peau. C’est ce qui nous place tous à égalité. Le succès est pour ceux qui n’abandonnent jamais ni ne rejettent la faute sur personne. »
En réaction au choix initial des organisateurs de la GDC, plusieurs observatrices ont proposé un prix collectif pour les pionnières méconnues et longtemps occultées de l’industrie, comme Dona Bailey (Centipede), Roberta Williams (la série King’s Quest), ou encore Jane Jensen (Gabriel Knight).

Here @ubm I fixed the #GDC @Official_gdc Pioneer Award for you. Any of these pioneers deserve it but #notnolan. Apo… https://t.co/9bvM2zErOD— drgamermom (@Karen Schrier)


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        Lire aussi :
         

                Joyce Weisbecker, pionnière méconnue de la programmation de jeux vidéo



Nolan Bushnell a longtemps été considéré comme le père et l’inventeur des jeux vidéo, en raison du succès commercial de Pong. Il avait eu l’idée de ce jeu de tennis lors de la présentation aux professionnels, quelque mois plus tôt, d’un programme similaire pour la Magnavox Odyssey, la première console de l’histoire.



                            


                        

                        


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« Centaure » : un western au cœur du Kirghizistan

Le cinéaste Aktan Arym Kubat utilise la dimension symbolique pour dépeindre une société dans laquelle la tradition est menacée.



Le Monde
 |    31.01.2018 à 07h26
    |

                            Jean-François Rauger








                        



   


L’avis du « Monde » – à voir
Il est surnommé « Centaure ». C’est un ancien projectionniste de cinéma. Il est marié à une femme sourde et muette et père d’un gamin de 5 ans. Son plus grand plaisir est de s’emparer, la nuit venue, de chevaux de course qu’entraînent les hommes riches du coin, pour galoper dans la steppe avant de les relâcher dans la nature. Il est découvert, capturé et livré, un soir, aux autorités.
Son sort est suspendu à la décision du conseil des anciens et l’indulgence des habitants du village. Après une tentative avortée de conversion à l’islam (un moment non dénué d’humour), « Centaure » ne pourra qu’affirmer son désir irréductible d’une liberté et d’une individualité que lui refuse un monde en train de se transformer.
Centaure est une sorte de western kirghiz où les événements prennent rapidement une dimension symbolique et abstraite. S’y produit une sorte de précipité chimique où le présent se lirait à la lumière d’un passé désormais enfoui. On sent que le cinéaste Aktan Arym Kubat, peintre de formation et déjà auteur des excellents Voleur de lumière (2010) et Le Singe (2001), en interprétant ici le rôle prin­cipal du film, exprime une volonté de tenir un discours qui s’identifierait à celui de son ­héros. Le propos semble dépeindre, à travers le récit d’un parcours individuel, une situation en porte-à-faux avec une tradition menacée.
Une nation conquérante
Le protagoniste principal, qui conte à son fils, dont on ne sait pas s’il l’entend, les récits héroïques de l’histoire du Kirghizistan, tente, de façon peut-être dérisoire, de perpétuer le souvenir d’une nation conquérante et fière désormais soumise, on le devine, à diverses menaces de dissolution. Il y a celle que représente la loi de l’argent, celle de ces potentats locaux propriétaires d’étalons de course qui ont la loi entre leurs mains. Il y a aussi les prosélytes d’un islam politique conquérant et en même temps insidieux, bouleversant les relations entre les individus. Le souffle épique d’une mise en scène caractérisée par un usage à la fois exaltant et distanciateur de l’écran large s’allie à une manière de manier une dialectique nourrie par la justesse parfois émouvante des portraits des différents protagonistes.
Sans doute pourrait-on reprocher au film d’Aktan Arym Kubat un usage de l’allégorie parfois un peu attendu, dans ces plans de chevaux au ralenti par exemple, parfois plus habile comme cet ancien cinéma transformé en mosquée. Car loin d’être insignifiant, l’ancien métier du héros est aussi le signe de la disparition de ce monde symbolique et imaginaire qu’incarnait le cinéma lui-même, symbole perceptible à travers ces affiches oubliées de films soviétiques témoignant d’une vision idéologique désormais lointaine.

Film kirghiz, français, allemand et néerlandais d’Aktan Arym Kubat. Avec Aktan Arym Kubat, Nuraly Tursunkojoev, Zarema Asanalieva (1 h 29). Sur le Web : www.epicentrefilms.com/Centaure-Aktan-Arym-Kubat



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-11"> ¤ Dans la peau d’un boxeur, filmé par Samuel Jouy, l’acteur insuffle force et grandeur tragique.
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« Sparring » : Mathieu Kassovitz, jusqu’au dernier round

Dans la peau d’un boxeur, filmé par Samuel Jouy, l’acteur insuffle force et grandeur tragique.



Le Monde
 |    31.01.2018 à 07h24
    |

                            Thomas Sotinel








                        



   


L’avis du « Monde » – à voir
Parmi les adjectifs qui peuvent venir à l’esprit en voyant Sparring : modeste, petit, familier. Ce qui suffit à garantir un film ­confortable. Il faut y ajouter : fort, ce qui élève le premier long-métrage de Samuel Jouy au-dessus du tout-venant de la production française. Cette force, Sparring la doit en grande partie à Mathieu Kassovitz. Le réalisateur de L’Ordre et la Morale et interprète de la série Le Bureau des légendes (Canal+) insuffle au personnage de Steve Landry, boxeur semi-professionnel, une part de grandeur tragique qui lui permet de prendre place aux côtés d’autres pugilistes malheureux à l’écran, le Bill Thompson de Robert Ryan dans Nous avons gagné ce soir, de Robert Wise, ou le Ernie de Jeff Bridges dans La Dernière Chance, de John Huston.
On ne pouvait imaginer plus ordinaire que la famille Landry, du Havre. Papa Steve (Mathieu Kassovitz) travaille dans la restauration collective, maman Marion (Olivia Merilahti) est coiffeuse, Aurore (Billie Blain), l’aînée, prend des cours de piano, Oscar, le cadet, n’a pas encore de soucis. Steve est aussi boxeur et – la quarantaine passée – approche de son cinquantième combat (trente-trois défaites, treize victoires, un nul). Les promoteurs ne veulent plus de lui sur le ring. Quand se présente l’occasion de devenir le sparring-partner de Tarek M’Bare (Souleymane M’Baye, acteur débutant, champion WBA super-légers), Steve Landry y voit l’occasion de gagner assez d’argent pour acheter un piano à sa fille et trouver une place dans le monde de la boxe, qui rendrait justice à son expérience.
Une ascèse inconsciente
On trouvera dans le déroulement du scénario de Samuel Jouy quelques-uns des clichés inhérents au genre, des facilités sentimentales. On les verra à peine, tant on est fasciné par le personnage prin­cipal. Mathieu Kassovitz façonne la dévotion de Steve à son sport comme une ascèse inconsciente. Le boxeur est incapable de formuler ce qui le pousse à remonter sur un ring (une séquence assez drôle le montre essayant en vain de suivre les élucubrations d’un de ses collègues en sparring qui lui expose une théorie pugilistique), malgré les échecs répétés. Arrivé au terme de sa carrière, le tourment de l’échec est insupportable, d’autant que sa fille est arrivée à l’âge où le regard des enfants sur les parents se dessille.
Les allers-retours de Steve entre le paysage urbain brut du Havre et les ors du casino de Deauville, dans le théâtre duquel Tarek M’Bare s’entraîne, rythment l’oscillation du personnage qui voudrait être père et rester athlète, la première option impliquant l’acceptation du passage du temps, la seconde, le risque de la blessure et de la maladie. A l’hollywoodienne, Samuel Jouy trouve un compromis entre les deux options. Mathieu Kassovitz a installé une telle familiarité entre les gens dans la salle et ce type blessé et courageux à l’écran que l’on accueille avec soulagement cette ruse de scénario.
Et s’il fallait encore une raison d’aller voir Sparring, on la trouvera dans l’apparition brève, mais indélébile, d’Yves Afonso dans le rôle d’un vieil entraîneur. Dans le regard clair et un peu brouillé de l’acteur mort le 21 janvier, on voit le reflet du destin d’éternel second rôle que Mathieu Kassovitz a endossé le temps d’un film et de quelques rounds.

Film français de Samuel Jouy. Avec Mathieu Kassovitz, Olivia Merilahti, Souleymane M’Baye, Billie Blain (1 h 34). Sur le Web : www.europacorp.com/fr/films/sparring et www.facebook.com/Sparring.LeFilm



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-12"> ¤ Le cinéaste Mahamat-Saleh Haroun peint avec pudeur les deuils et les espoirs d’un père migrant.
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« Une saison en France » : dix mois pour prendre racine

Le cinéaste Mahamat-Saleh Haroun peint avec pudeur les deuils et les espoirs d’un père migrant.



Le Monde
 |    31.01.2018 à 07h22
 • Mis à jour le
31.01.2018 à 07h38
    |

                            Mathieu Macheret








                        



   


L’avis du « Monde » – à voir
Le nouveau film du Tchadien Mahamat-Saleh Haroun (Un homme qui crie, 2010 ; Grigris, 2013), le premier tourné en France, où le cinéaste a élu domicile, est une œuvre fragile, sur le fil du rasoir, difficile à aborder autrement qu’à travers les fortes tensions qui la sous-tendent. D’abord peut-être parce qu’elle s’attaque à l’un des sujets cruciaux de notre époque, la situation des « migrants », avec le souci de contourner les clichés médiatiques et scénaristiques (misérabilisme, alarmisme, constat d’impuissance) qui ont fini par le recouvrir. Haroun ne se penche pas sur la traversée en elle-même, mais sur le moment d’après, le temps long de la demande d’asile, où l’enracinement sur le territoire est à la fois favorisé par la lenteur du processus administratif et empêché par l’incertitude de ses décisions.

        Lire l’entretien avec Sandrine Bonnaire :
         

          « Ma cité HLM, c’était comme un village »



Une saison en France se présente donc comme la chronique d’une famille prise dans ce moment particulier, entre rêves d’installation et délogements précipités. Ayant fui la guerre en Centrafrique, Abbas (Eriq Ebouaney) vit en France, aux portes de Paris, avec ses deux enfants. Si le souvenir de la traversée génère encore son lot de cauchemars (sa femme n’y a pas survécu), l’existence de cet ancien professeur de français semble reprendre son cours : ses enfants vont à l’école, lui travaille sur les marchés et noue une relation amoureuse avec Carole (Sandrine Bonnaire), une maraîchère aux origines polonaises. Mais en dépit de ses démarches auprès des services administratifs, sa régularisation se voit systématiquement retoquée. Abbas court les appartements de banlieue, atterrit entre les mains d’un marchand de sommeil et glisse peu à peu dans la clandestinité. L’exil se perpétue dans cette course interminable.
Le film regorge de ces instants magnifiques, dont la banalité n’est si bouleversante que parce qu’elle est disputée au malheur
Le film affiche ainsi un double objectif : montrer, d’une part, les attaches qui se créent presque « naturellement » entre les réfugiés et leur terreau d’accueil ; dénoncer, d’autre part, l’inanité d’un système administratif qui semble voué à fabriquer des drames humains (le désespoir d’Etienne, ami et compagnon de traversée d’Abbas, qui tente de se suicider). Deux projets dont la conjugaison définit l’équilibre précaire de l’ensemble. Haroun se doit, en effet, d’exposer les difficultés que rencontrent les réfugiés en terre étrangère et emprunte, pour cela, le schème nécessairement didactique (et donc un peu raide) de l’engrenage social.
Mais à cette pente appuyée, le cinéaste oppose une forme de résistance : la temporalité ouverte de la vie et de ses moments particuliers. A savoir la possibilité, pour les personnages, d’accéder à une forme de quotidienneté : border ses enfants, leur chanter une berceuse, déguster un bon repas, retrouver une femme aimée, passer la nuit dans ses bras… Le film regorge de ces instants magnifiques (la scène merveilleuse de l’anniversaire de Carole), dont la banalité n’est si bouleversante que parce qu’elle est conquise, disputée au malheur. Du temps libre, purement gratuit, que n’importe quelle démonstration sociale aurait cherché à gommer. Haroun les privilégie et prouve par là même sa qualité de grand cinéaste.
Un récit affectif
La mise en scène, pudique et patiente, contribue à ouvrir de telles brèches au cœur du récit, en laissant les plans respirer, en ouvrant le champ autour des comédiens – montrant aussi la périphérie rugueuse d’un Paris inaccessible. Rien n’est moins cadenassé, moins déterministe et plus ouvert que cette approche, soucieuse de ne pas contraindre les corps (souvent filmés « en pied »). Haroun n’en oublie pas pour autant les visages, auxquels il accorde des gros plans, rares et précieux, d’une douceur humaine infinie. Car derrière le drame des réfugiés se cache également un récit affectif : celui d’une famille qui parvient à se recomposer, même temporairement, par-delà les accidents du deuil et de la clandestinité.
Que cette histoire débouche, lors d’un final bouleversant, sur les dunes désolées de la « jungle » de Calais, alors démantelée, et le fil amoureux est soudain suspendu par la sidération devant l’étendue d’un désastre plus vaste, dont le vide vertigineux est peut-être le signe ultime de notre époque.

Film français et tchadien de Mahamat-Saleh Haroun. Avec Eriq Ebouaney, Sandrine Bonnaire, Aalayna Lys, Ibrahim Burama Darboe, Bibi Tanga (1 h 37). Sur le Web : www.advitamdistribution.com/films/une-saison-en-france



                            


                        

                        


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Au Liban, le film « L’Insulte » ouvre une brèche dans l’amnésie post-guerre civile

Le long-métrage de Ziad Doueiri traite du massacre de chrétiens à Damour.



Le Monde
 |    31.01.2018 à 07h19
 • Mis à jour le
31.01.2018 à 10h31
    |

            Benjamin Barthe (Beyrouth, correspondant)








                        



                                


                            

Au Liban, l’enseignement de l’Histoire s’arrête en 1946, date du départ des derniers soldats français. Les empoignades politiques des décennies 1950, 1960 et 1970, entre le camp pro-arabe et le camp pro-occidental, et les tueries de la guerre civile, entre 1975 et 1990, sont bannies des manuels scolaires. La loi d’amnistie, proclamée à la sortie de ce conflit fratricide, a instauré une omerta de fait, frappant les institutions et la société d’amnésie. Sous la pression des anciens chefs de milice, entrés en politique aussi vite qu’ils avaient mis Beyrouth en coupe réglée, toute enquête sur les crimes commis par les uns et les autres est devenue taboue. Hors champ.
D’où le choc causé par L’Insulte. En traitant de front la question ultrasensible du vieil antagonisme entre chrétiens libanais et Palestiniens réfugiés au Liban, considéré comme le catalyseur de la guerre, le film de Ziad Doueiri a créé l’événement. Il a attiré 121 000 spectateurs depuis sa sortie début septembre – un très bon résultat, dans un pays de 6 millions d’habitants –, et sera présent aux Oscars début mars dans la catégorie du meilleur film étranger.

Au box-office de 2017, L’Insulte se hisse à la 3e place, la première étant occupée par un blockbuster américain, la huitième déclinaison de Fast and Furious (182 000 entrées). « C’est un film majeur pour l’évolution des mentalités au Liban, juge Ziyad Makhoul, rédacteur en chef du quotidien L’Orient-Le Jour. Il y a une volonté chez certains artistes ­libanais de déblayer, de nettoyer nos écuries d’Augias. »
L’audace de L’Insulte consiste dans le fait qu’il aborde un épisode occulté de la guerre civile : le massacre de Damour, une localité chrétienne, au sud de Beyrouth, dont une partie des habitants ont été exécutés en janvier 1976 par des miliciens de l’OLP, emmenés par la Saïka, branche prosyrienne de la centrale palestinienne.
Sabra et...



                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-14"> ¤ Le cinéaste Ziad Doueiri tente de décomposer les tenants et les aboutissants de l’histoire du Liban depuis un demi-siècle.
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« L’Insulte » : guerre civile au prétoire

Le cinéaste Ziad Doueiri tente de décomposer les tenants et les aboutissants de l’histoire du Liban depuis un demi-siècle.



Le Monde
 |    31.01.2018 à 07h19
 • Mis à jour le
31.01.2018 à 07h23
    |

                            Thomas Sotinel








                        



   


L’avis du « Monde » – pourquoi pas
Il y a d’un côté un professionnel sérieux, conducteur de travaux, soucieux du bien-être des autres. De l’autre un type mal embouché, que l’on voit dès la première séquence perdre patience face à son épouse enceinte, alors que celle-ci lui demande tout bêtement s’il ne serait pas temps de quitter Beyrouth pour s’installer au calme. Dans la brève exposition des deux personnages, dont l’affrontement constitue la matière de L’Insulte, il y a quelque chose de simple et de rassurant, malgré le caractère hautement explosif de leur environnement, le Liban, qui n’en finit pas de ressasser les souvenirs de la dernière guerre civile tout en redoutant et fantasmant la prochaine.

        Lire l’enquête :
         

          Au Liban, « L’Insulte » ouvre une brèche dans l’amnésie post-guerre civile



Ziad Doueiri, scénariste de son film avec Joëlle Touma, veut, à travers le choc entre Yasser (Kamel El-Basha), le contremaître palestinien, et Tony (Adel Karam), le garagiste chrétien, décomposer les tenants et les aboutissants de l’histoire du Liban depuis un demi-siècle en une série d’éléments ­simples (historiques, sociologiques, psychologiques) qui rendraient le conflit entre les deux hommes – métaphore, bien sûr, d’une guerre plus générale – à la fois compréhensible et résoluble. Ce souci de simplification fait échouer le film, commencé, comme une comédie sardonique rythmée, dans un prétoire. Et plus le procès qui oppose Tony et Yasser dure, plus L’Insulte perd de son allant et de sa distance pour n’être plus que la déclamation d’une thèse sur les responsabilités d’un camp et de l’autre dans la catastrophe qui a englouti le Liban à partir de 1975.
Saisi par la colère
L’insulte, c’est celle que Yasser lâche à l’endroit de Tony après que celui-ci l’a arrosé depuis son balcon. Le Palestinien a remis aux normes l’écoulement des eaux de l’appartement du Libanais sans son autorisation. L’outragé exige des excuses. Lorsque Yasser se rend au garage de Tony, de mauvaise grâce, pour les lui présenter, il est accueilli par l’enregistrement d’un discours de feu Bachir Gemayel, dénonçant son peuple comme une plaie qui s’est abattue sur le Liban et, saisi à son tour par la colère, frappe son interlocuteur au lieu de s’excuser.
S’ensuit une série de procédures dont l’écho devient national. Yasser est défendu par une jeune avocate chrétienne (Diamand Bou Abboud, vue dans Une famille syrienne, de Philippe Van Leeuw) pendant que Tony a recours aux services de Me Wehbe (Camille Salameh), vieux routier de la politique, figure du camp chrétien. Au fil des révélations qui sont le lot des films judiciaires, Ziad Doueiri vide ses personnages de leur individualité (et pourtant les interprètes ne déméritent pas, notamment Adel Karam, impressionnant en tête de mule) pour en faire les symboles de ­situations historiques. On suppose que le cinéaste invoquera pour justifier sa conclusion la fameuse réplique de La Règle du jeu (Jean Renoir, 1939) : « Tout le monde a ses raisons. » Mais si cette excellente généralité reste indispensable pour construire des personnages complexes, elle n’est plus que platitude si l’on s’en sert pour analyser l’Histoire.

Film libanais et français de Ziad Doueiri. Avec Kamel El-Basha, Adel Karam, Diamand Bou Abboud, Rita Hayek, Camille Salameh (1 h 52). Sur le Web : diaphana.fr/film/linsulte



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-15"> ¤ Atsuko Hiranayagi filme le périple du Japon en Californie d’une vieille fille à la recherche de sa nièce.
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« Oh Lucy ! » : entre comédie dépressive et drame cocasse

Atsuko Hiranayagi filme le périple du Japon en Californie d’une vieille fille à la recherche de sa nièce.



Le Monde
 |    31.01.2018 à 07h17
    |

                            Jean-François Rauger








                        



   


L’avis du « Monde » – pourquoi pas
Setsuko, une employée de bureau tokyoïte, vieille fille, solitaire et introvertie, commence à suivre des cours d’anglais destinés à sa nièce. Le professeur, un jeune Américain excentrique, disparaît avec ladite nièce. Setsuko, accompagnée de sa sœur, mère de l’adolescente, part à la recherche du couple en Californie.
Le voyage sera tout à la fois l’occasion pour la protagoniste de solder quelques vieux comptes (sa sœur lui a piqué dans le passé son petit ami) en vivant une brève, comique et désespérée étreinte sexuelle.
Satire de la vie quotidienne
Oh Lucy ! est un film non dénué de ce charme qui surgit du caractère indécidable de la catégorie à laquelle appartiendrait un film. Si c’était une comédie, elle serait par moments particulièrement dépressive, si c’était un drame, il serait traversé de moments cocasses déplacés.
Satire de la vie quotidienne au Japon, portrait d’un personnage d’autant plus touchant qu’il est un peu opaque, Oh Lucy ! n’échappe pas à la vacuité de quelques dérisoires trouvailles poétiques, mais dégage une mélancolie qui en fait le prix relatif.



Film américain et japonais d’Atsuko Hiranayagi. Avec Shinobu Terajima, Josh Harnett, Kaho Minami (1 h 35). Sur le Web : www.nourfilms.com/oh-lucy



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-16"> ¤ Chaque mercredi, dans « La Matinale du Monde », les critiques du « Monde » présentent les meilleurs films à découvrir sur grand écran.
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Article sélectionné dans La Matinale du 30/01/2018
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La grande roue tourne pour Woody Allen, le zoo ouvre pour Félix Moati : notre sélection cinéma

Chaque mercredi, dans « La Matinale du Monde », les critiques du « Monde » présentent les meilleurs films à découvrir sur grand écran.



Le Monde
 |    31.01.2018 à 06h28
 • Mis à jour le
31.01.2018 à 07h30
    |

                            Thomas Sotinel








                        


LES CHOIX DE LA MATINALE
Doit-on effacer de sa mémoire toute la filmographie de Woody Allen ou y ajouter un autre long-métrage ? La sortie de Wonder Wheel relance le débat, d’autant que le film mériterait sans aucun doute d’être vu – s’il était possible de faire abstraction des accusations portées par la fille adoptive du cinéaste. C’est impossible, et le doute est là. Hors cas de conscience, on peut s’amuser au zoo avec Antony Cordier ou regarder autrement la situation des réfugiés avec Mahamat-Saleh Haroun. Pour ensuite monter sur le ring avec Mathieu Kassovitz et replonger dans les sous-sols de San Francisco et les années 1980 avec John Carpenter.
« Wonder Wheel » : la mélancolique fête foraine de Woody Allen

Wonder Wheel figure parmi les plus désenchantés des films de Woody Allen. La fable se déroule dans le Coney Island (Brooklyn, New York) des années 1950, décor populaire haut en couleur, où les personnages évoluent à l’ombre de la grande roue.
Ginny (Kate Winslet), actrice ratée devenue serveuse, mère d’un garçonnet délaissé et pyromane, consume ses rêves aux côtés d’Humpty (Jim Belushi), son mari, qui l’ennuie. Carolina (Juno Temple), la fille d’Humpty, blondinette écervelée s’est réfugiée chez son père pour fuir un mari mafieux. Mickey (Justin Timberlake), jeune bellâtre, étudiant en art dramatique et accessoirement maître-nageur bien fait de sa personne, va mettre le feu aux poudres de cette fusée brinquebalante.
Ginny, emmerdeuse lunatique et virago migraineuse, se jette à corps perdu dans une relation adultère avec Mickey, retrouvant au contact de l’aspirant acteur l’horizon glorieux dont elle rêve. Mais la Bovary du Nouveau Monde tombe donc de haut quand Mickey jette son dévolu sur sa belle-fille.
La vue sur la grande roue depuis l’appartement chaviré et clignotant du couple, l’action confinée dans le parc d’attractions figurent une allégorie multicolore et enlevée de la vie sentimentale qui se détache sur l’un des fonds les plus sombres du cinéma de Woody Allen, chacun se trouvant à la fin de la boucle plus abîmé qu’il ne l’était au départ. Le film s’accorde ainsi avec le regain de scandale qui entoure le cinéaste, lequel ne craint pas de souffler sur ses braises. Jacques Mandelbaum
« Wonder Wheel », film américain de Woody Allen. Avec Kate Winslet, James Belushi, Justin Timberlake, Juno Temple (1 h 41).
« Gaspard va au mariage » : scènes de ménagerie en Limousin

Il n’est de vrai paradis que perdu. De cette constatation mélancolique, Antony Cordier a fait un film d’une constante drôlerie, peuplé de personnages fantasques et d’animaux de chair et de sang, une comédie française, pleine de grâce et de fantasmes. Gaspard va au mariage est une espèce rare, et le seul moyen de la préserver est d’aller voir ce film en se souvenant du regard que, enfant, on posait sur les figurines en plastique d’un zoo miniature ou sur les bêtes prisonnières des vrais parcs zoologiques.
Une fois passée la porte de ce zoo (le film a été tourné dans un vrai parc du Limousin), les lois de la réalité semblent abolies. Plus que les retours en arrière, c’est la résurgence de rapports brutaux et passionnés – enfantins – entre frères et sœur qui dessine ce que fut cette enfance.
Pour lui donner chair et couleurs, Antony Cordier se sert avec un plaisir évident de l’environnement du parc, de l’irruption dans le champ d’animaux qui ne devraient pas vivre sous ces latitudes et du comportement exorbitant des personnages. Mise à part Marina Foïs qui doit incarner le principe de réalité, tous les acteurs (Félix Moati, Laetitia Dosch, Christa Théret, Guillaume Gouix et Johan Heldenbergh) se laissent aller sans réticence au plaisir de l’invraisemblance, naviguant entre gags fantasques et nostalgie incurable. Thomas Sotinel
« Gaspard va au mariage », film français d’Antony Cordier, avec Félix Moati, Laetitia Dosch, Christa Théret, Guillaume Gouix, Marina Foïs, Johan Heldenbergh (1 h 45).
« Une saison en France » : dix mois pour prendre racine

Le nouveau film du Tchadien Mahamat-Saleh Haroun (Un homme qui crie, 2010 ; Grigris, 2013), le premier tourné en France, où le cinéaste a élu domicile, est une œuvre fragile, sur le fil du rasoir. D’abord peut-être parce qu’elle s’attaque à l’un des sujets cruciaux de notre époque, la situation des migrants, avec le souci de contourner les clichés (misérabilisme, alarmisme, constat d’impuissance). Haroun ne se penche pas sur la traversée en elle-même, mais sur le moment d’après, le temps long de la demande d’asile.
Ayant fui la guerre en Centrafrique, Abbas (Eriq Ebouaney) vit depuis quelque temps en France, aux portes de Paris, avec ses deux enfants. Si le souvenir de la traversée génère encore son lot de cauchemars (sa femme n’y a pas survécu), l’existence de cet ancien professeur de français semble malgré tout reprendre son cours : ses enfants vont à l’école, lui travaille sur les marchés et noue une relation amoureuse avec Carole (Sandrine Bonnaire), une maraîchère aux origines polonaises. Mais en dépit de ses démarches, sa régularisation se voit systématiquement retoquée.
Le cinéaste se doit d’exposer les difficultés que rencontrent les réfugiés en terre étrangère et emprunte, pour cela, le schème nécessairement didactique (et donc un peu raide) de l’engrenage social. A cette pente appuyée, le cinéaste oppose une forme de résistance : la temporalité ouverte de la vie et de ses moments particuliers. A savoir la possibilité, pour les personnages, d’accéder à une forme de quotidienneté : border ses enfants, leur chanter une berceuse, déguster un bon repas, retrouver une femme aimée, passer la nuit dans ses bras… Le film regorge de ces instants magnifiques (la scène merveilleuse de l’anniversaire de Carole notamment), dont la banalité n’est si bouleversante que parce qu’elle est conquise, disputée au malheur. Mathieu Macheret
« Une saison en France », film français de Mahamat-Saleh Haroun. Avec Eriq Ebouaney, Sandrine Bonnaire, Aalayna Lys, Ibrahim Burama Darboe, Bibi Tanga (1 h 37).
« Sparring » : Mathieu Kassovitz, jusqu’au dernier round

Parmi les adjectifs qui peuvent venir à l’esprit en voyant Sparring : modeste, petit, familier. Ce qui suffit à garantir un film confortable. Il faut y ajouter : fort, ce qui élève le premier long-métrage de Samuel Jouy au-dessus du tout-venant de la production française.
Cette force, Sparring la doit en grande partie à Mathieu Kassovitz. Le réalisateur de L’Ordre et la Morale et interprète de la série Le Bureau des légendes (Canal+) insuffle au personnage de Steve Landry, boxeur semi-professionnel, une part de grandeur tragique qui lui permet de prendre place aux côtés d’autres pugilistes malheureux à l’écran, le Bill Thompson de Robert Ryan dans Nous avons gagné ce soir, de Robert Wise, ou l’Ernie de Jeff Bridges dans Fat City, de John Huston.
Employé dans la restauration collective, père de famille, Steve Landry est aussi boxeur, qui, la quarantaine passée, approche de son cinquantième combat (33 défaites, 13 victoires, un nul). Quand se présente l’occasion de devenir le sparring-partner de Tarek M’Barek (Souleymane M’Baye), il y voit l’occasion de gagner assez d’argent pour acheter un piano à sa fille et trouver une place dans le monde de la boxe qui rendrait justice à son expérience.
On trouvera dans le déroulement du scénario de Samuel Jouy quelques-uns des clichés inhérents au genre, des facilités sentimentales. Mais on les verra à peine, tant on est fasciné par le personnage principal. Kassovitz façonne la dévotion de Steve à son sport comme une ascèse inconsciente. Il voudrait être père et rester athlète, la première option impliquant l’acceptation du passage du temps, la seconde, le risque de la blessure et de la maladie.
A l’hollywodienne, Samuel Jouy trouve un compromis entre les deux options. Kassovitz a installé une telle familiarité entre les gens qui sont dans la salle et ce type blessé et courageux qui est à l’écran que l’on accueille avec soulagement cette ruse de scénario. T. S.
« Sparring », film français de Samuel Jouy avec Mathieu Kassovitz, Olivia Merilahti, Souleymane M’Baye, Billie Blain (1 h 34).
« Jack Burton... » : quand Carpenter explorait le cinéma chinois

   


La mode reste l’un des obstacles les plus infranchissables lorsque l’on envisage le voyage dans le temps. Comment accepter de revenir au temps des épaulettes obligatoires, des édifices capillaires patiemment montés à l’aide de tonnes de gel ? Comment accepter de revenir aux années 1980 ?
On se pose la question le temps des premières séquences des Aventures de Jack Burton dans les griffes du mandarin, de John Carpenter, en découvrant la mise des actrices (Kim Cattrall, Kate Burton, Suzee Pai), sans parler de la chanson du film, très MTV (signée Carpenter). Et puis, elle s’évapore, parce que la magie millénaire (il est question d’un fantôme surgi de l’Antiquité chinoise) du film de Carpenter opère.
Avec son héros qui n’en est pas un, et l’entrain magnifique que met l’auteur de The Thing à s’immerger dans un genre – le film de sabre et de fantômes chinois –, alors méconnu aux Etats-Unis, Les Aventures de Jack Burton… déploie les saveurs a priori contradictoires mais ici tout à fait harmonieuses d’un cocktail de burlesque, de fantastique et d’action.
Une fois plongé dans le dédale souterrain qui serpente sous le Chinatown de San Francisco, les acteurs « caucasiens » (Russell et Cattrall) deviennent de simples comparses de leurs collègues sino-américains qui acclimatent en Californie les traditions du cinéma de Hongkong, combats chorégraphiés et apparitions surnaturelles. C’était un geste prémonitoire de la part de Carpenter, qui ouvrait ainsi la voie à Tarantino et aux Wachowski. Geste prématuré aussi, puisque le film fut un échec commercial avant de faire l’objet d’une vénération constante à travers les décennies et les vidéoclubs des cinq continents. T. S.
« Les Aventures de Jack Burton dans les griffes du mandarin », film américain de John Carpenter (1986), avec Kurt Russell, Kim Cattrall, Dennis Dun, Victor Wong (1 h 40).

Les sorties cinéma de la semaine (mercredi 31 janvier)
Gaspard va au mariage, film français d’Antony Cordier (à ne pas manquer)Centaure, film kirghiz, français, allemand et néerlandais d’Aktan Arym Kubat (à voir)Les Tuche 3. Liberté, égalité, fraternituche, film français d’Olivier Baroux (à voir)Sparring, film français de Samuel Jouy (à voir)Une saison en France, film français et tchadien de Mahamat Saleh Haroun (à voir)Wonder Wheel, film américain de Woody Allen (à voir)Etre plutôt qu’avoir ? A l’école autrement…, documentaire français d’Agnès Fouilleux (pourquoi pas)L’Insulte, film libanais et français de Ziad Doueiri (pourquoi pas)Oh Lucy !, film américain et japonais d’Atsuko Hirayanagi (pourquoi pas)Voyoucratie, film français de FGKO (on peut éviter)
Nous n’avons pas pu voir :
Horse Soldiers, film américain de Nicolai FuglsigIndivisibili, film italien d’Edoardo De AngelisMémoires du 304, film français de Pascal LuneauNon, film français d’Enaut Castagnet et Ximun FuchsZéro Phyto, 100 % bio, documentaire français de Guillaume Bodin





                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-17"> ¤ Christa Théret, 26 ans, poursuit la trajectoire qu’elle s’est fixée, loin des rôles « faciles ». Dans « Gaspard va au mariage », elle incarne une jeune fille qui s’identifie à un ours.
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Christa Théret, actrice à l’aise en peau d’ours


                      Christa Théret, 26 ans, poursuit la trajectoire qu’elle s’est fixée, loin des rôles « faciles ». Dans « Gaspard va au mariage », elle incarne une jeune fille qui s’identifie à un ours.



Le Monde
 |    30.01.2018 à 16h23
 • Mis à jour le
30.01.2018 à 16h41
    |

                            Emilie Grangeray








   


« C’est une guerrière un peu céleste. » De sa voix légèrement rauque, voilà comment Christa Théret définit son rôle dans Gaspard va au mariage, nouveau film d’Antony Cordier. Dans cette comédie originale, elle joue, aux côtés de Félix Moati et Lætitia Dosch, un personnage de femme enfant qui se réfugie, littéralement, dans une peau d’ours jusqu’à se persuader qu’elle en est un. « Pour Coline, cette peau est une manière de se protéger », dit celle qui, bon petit soldat, a étudié les mouvements de l’animal pour mieux l’imiter.
Jouer, son « issue de secours »
Comme son personnage, l’actrice de 26 ans veut se protéger. Sans doute parce qu’elle a été jetée très tôt dans le « drôle de milieu » du cinéma. La première fois, elle a 11 ans. Repérée dans une cour d’école, « sauvagement castée » selon ses mots, on la voit ensuite dans Le Couperet (2005), de Costa-Gavras. Puis, quatre ans plus tard, elle est de nouveau choisie pour incarner Julie dans Et toi, t’es sur qui ?. Sélectionné dans la catégorie Un certain regard, le film de Lola Doillon la propulse au Festival de Cannes.

        Lire la critique de « Gaspard va au mariage » :
         

          Scènes de ménagerie en Limousin



Drôle de trajectoire pour celle qui s’imaginait institutrice ou libraire. Une trajectoire bousculée à la même époque par la mort de son père, artiste peintre. Elle n’a que 15 ans. « Jouer a été mon issue de secours », confie-t-elle avec pudeur. Grâce à LOL, de Lisa Azuelos, Christa Théret est nommée pour le César du meilleur espoir féminin et devient un visage reconnu. Mais ce bonheur s’accompagne de la « peur de cette notoriété qui vous échappe ». Alors, la comédienne joue profil bas, refuse des rôles trop faciles, et se tourne vers des films qu’elle qualifie d’engagés, dans lesquels elle campe « des héroïnes marginalisées, des jeunes filles qui se cherchent ». À l’image de ses apparitions dans La Brindille, Voie rapide, Renoir, ou La Fille du patron… Pour expliquer cette jeune carrière, elle affirme être animée par l’idée de « donner la parole à ceux qui ne l’ont pas », être attirée par « la poésie de l’écriture, l’engagement du personnage ».
Bientôt à l’affiche du très attendu E-Book, film d’Olivier Assayas sur le milieu de l’édition, elle reste discrète sur ses prochains projets, explique vouloir choisir des premiers films, et rêve de défendre un rôle « féministe ». « Donner tout, et en même temps sortir quelque chose de soi », livre-t-elle avec un sourire de Joconde. Une autre manière de se protéger ?
« Gaspard va au mariage », d’Antony Cordier, avec Félix Moati, Lætitia Dosch, Christa Théret. En salle le 31 janvier.



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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-18"> ¤ Le succès d’un film se joue dès la première journée. Les équipes scrutent fébrilement le nombre d’entrées. Un bon départ permet de rester à l’affiche et d’être ainsi rentable.
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Article sélectionné dans La Matinale du 30/01/2018
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Les mercredis de l’angoisse du cinéma d’auteur

Le succès d’un film se joue dès la première journée. Les équipes scrutent fébrilement le nombre d’entrées. Un bon départ permet de rester à l’affiche et d’être ainsi rentable.



Le Monde
 |    30.01.2018 à 14h00
 • Mis à jour le
31.01.2018 à 07h12
    |

            Nicole Vulser








                        



                                


                            

Tenir le fortin. Ne pas perdre de position, tenter même de gagner du terrain. C’est, chaque semaine, le pari fordien des distributeurs de films. Tous les lundis matin, avec les chiffres de fréquentation du week-end, le couperet tombe. Les exploitants des salles décident des longs-métrages qu’ils vont garder et de ceux qu’ils vont éjecter pour faire de la place aux dix-huit nouveaux films attendus en moyenne chaque mercredi.
« Dans cette bataille de chiffres, La Douleur est jugé de la même façon que Les Tuche », constate Régine Vial, directrice de la distribution aux Films du Losange, qui défend le cinéma d’auteur. Elle a accepté de montrer au Monde les coulisses de la sortie de ce long-métrage d’Emmanuel Finkiel, adapté du roman de Marguerite Duras.

Lundi 29 janvier, à 13 heures, c’est le soulagement. Le film a totalisé 83 845 entrées entre mercredi 24 et dimanche 28 janvier, soit une moyenne de 621 entrées sur 135 écrans. Des bons résultats à Paris mais aussi à Tours, à Orléans ou à encore Saint-Malo (Ille-et-Vilaine). Si bien qu’il sera projeté sur 220 écrans pour sa deuxième semaine, cette fois-ci non seulement dans les cinémas d’art et essai et les multiplexes du centre des grandes villes, mais également dans des agglomérations plus petites. Une prouesse pour un film d’auteur exigeant et assez long (2 h 06).
Un ordonnancement réglé au millimètre
La sortie d’un film obéit à un ordonnancement méconnu et réglé au millimètre. Tous les mercredis matin à 9 heures, les distributeurs se réunissent autour d’un petit déjeuner à l’UGC Ciné-Cité Les Halles. Les nouveautés de la semaine y sont projetées tôt le matin, si bien que, depuis quinze ans, ces salles sont devenues « le » baromètre de la profession.
Dans son rôle de Monsieur Loyal, Antoine Cabot, directeur du multiplexe, annonce, à 9 h 30 tapantes, les entrées de chaque film. Mercredi 24 janvier, Pentagone Papers de Steven Spielberg...




                        

                        


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« Wonder Wheel » : Woody Allen, l’art de l’intimité transfigurée

Le cinéaste américain est de nouveau accusé d’abus sexuels par sa fille.



Le Monde
 |    30.01.2018 à 09h55
 • Mis à jour le
31.01.2018 à 14h02
    |

            Jacques Mandelbaum








                        



                                


                            

L’avis du « Monde » – à voir
Le temps est donc venu où la critique d’un film de Woody Allen ne peut à son tour être envisagée sans « appareillage » approprié. En d’autres termes, l’affaire Weinstein rattrape l’auteur de Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur le sexe sans jamais oser le demander (1972) à l’heure où son nouveau film, Wonder Wheel, sort sur les écrans. Sa fille adoptive, Dylan Farrow, vient de réitérer, dans un entretien accordé le 17 janvier à la chaîne américaine CBS, les accusations d’abus sexuel portées de longue date contre son père, qui n’a jamais cessé de les démentir.

Le recours à l’entretien télévisé associé au moment historique a suscité une vague de réactions. Critiques rompant avec le cinéaste, actrices promettant de boycotter le réalisateur, spectacle musical inspiré d’un de ses films annulé à Broadway, acteurs de son prochain opus, A Rainy Day in New York, versant leur salaire à l’association anti-harcèlement Time’s Up, quand Amazon, producteur dudit film, envisage d’en supprimer la sortie.

Divorce conflictuel
Après l’effacement de Kevin Spacey de Tout l’argent du monde, de Ridley Scott, ou l’élimination de l’acteur James Franco en « une » du dernier numéro de Vanity Fair consacré à Hollywood, cette radicalité des réactions, tant de la part des studios, de certains acteurs que d’une partie du public, pose question. Est-elle fondée sur le sens de la justice ou sur la nécessité d’un châtiment d’autant plus justifié qu’il s’applique à des personnalités réputées intouchables ?

Sans minorer la gravité de l’accusation (engageant le soupçon de pédophilie et d’inceste) et la douleur de la victime supposée, il y a pourtant loin du cas Weinstein, systémique et avéré, au cas Allen, qui s’enracine dans le divorce conflictuel du cinéaste d’avec Mia Farrow dans les années 1990, alors qu’il entamait une liaison avec Soon-Yi Previn, autre fille adoptive,...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-20"> ¤ Passion, jalousie, haine, solitude… rien n’a changé depuis les Grecs anciens, estime le réalisateur de « Wonder Wheel ».
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Woody Allen : « La grande roue est une métaphore de la vie »

Passion, jalousie, haine, solitude… rien n’a changé depuis les Grecs anciens, estime le réalisateur de « Wonder Wheel ».



Le Monde
 |    30.01.2018 à 09h54
 • Mis à jour le
30.01.2018 à 16h27
    |

            Laurent Carpentier








                        



                                


                            

A 82 ans, alors que Wonder Wheel sort en France, le réalisateur a déjà fini le tournage de A Rainy Day in New York, qui lui vaut une bronca outre-Atlantique. Après l’affaire Weinstein, dont son fils, Ronan Farrow, est à l’origine, Woody Allen, que celui-ci accuse depuis des années d’attouchements sur sa sœur adoptive Dylan Farrow, est de nouveau la cible de critiques violentes. Timothée Chalamet et Rebbecca Hall, deux des acteurs de A Rainy Day in New York, ont annoncé qu’ils donneraient les revenus de ce film à des organisations anti-harcèlement. Woody Allen, que nous avons rencontré à Paris en décembre, a de nouveau réfuté, par ses avocats, ces accusations.

Le désir, la trahison, les limites, c’est la matière de vos films. A la suite de l’affaire Weinstein, on s’offense outre-Atlantique de vous voir tourner « A Rainy Day in New York », un film qui met en relation un homme âgé et une adolescente de 15 ans…
Mais il n’y a rien de la sorte dans mon prochain film. On n’y trouve aucune relation de quelque nature qu’elle soit entre un homme d’un certain âge et une jeune fille. C’est quelque chose que la presse a fabriqué de toutes pièces…
Pourtant, vous n’avez pas peur en général de vous attaquer aux tabous des relations humaines.
C’est le matériau de base de tout auteur dramatique. La grande roue du titre, Wonder Wheel, est une métaphore de la vie. Aujourd’hui, on va sur la Lune et sur Mars, on a des ordinateurs et des robots, mais nous avons les mêmes problèmes émotionnels que les Grecs il y a cinq mille ans : la passion, la jalousie, la haine, la solitude, l’amour d’un autre et la frustration, rien de tout cela n’a changé, cela tourne en rond encore et encore, et dans cinq mille ans on aura fait d’autres progrès scientifiques miraculeux, mais les gens continueront à aimer, à être jaloux et à se sentir trahis. C’est Wonder Wheel, la même grande roue...




                        

                        

