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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-1"> ¤ Pour que les dirigeants prennent mieux en compte les risques sociaux et environnementaux, les professeurs de gestion Xavier Hollandts et Bertrand Valiorgue préconisent dans une tribune au « Monde » la nomination d’administrateurs chargés de répondre aux questions des acteurs extérieurs à l’entreprise.
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Pour un « comité des parties prenantes spécifiques » au sein des conseils d’administration

Pour que les dirigeants prennent mieux en compte les risques sociaux et environnementaux, les professeurs de gestion Xavier Hollandts et Bertrand Valiorgue préconisent dans une tribune au « Monde » la nomination d’administrateurs chargés de répondre aux questions des acteurs extérieurs à l’entreprise.



Le Monde
 |    02.02.2018 à 16h30
    |

                            Bertrand Valiorgue (Université d’Auvergne,  Chaire Alter-Gouvernance) et 
                            Xavier Hollandts (KEDGE Business School, Chaire Alter-Gouvernance)








                        



                                


                            

Tribune. Un débat majeur vient de s’ouvrir en France sur la nature et la finalité de l’entreprise. Il oppose deux visions qui semblent irréconciliables.
D’un côté, les partisans d’une refonte de l’entreprise et de sa gouvernance qui appellent à une réécriture de l’article 1833 du code civil afin de pousser les entreprises à mieux prendre en considération les conséquences négatives de leur activité sur l’environnement et les parties prenantes.
Une nuance
De l’autre, les partisans d’un statu quo qui soulignent le risque important de déstabiliser les entreprises françaises en changeant le contenu de cet article.
Ces positions tranchées et les controverses qu’elles génèrent amènent à revenir sur le rôle du conseil d’administration et la notion même de gouvernance. Que font les administrateurs et quels intérêts doivent-ils servir ?
La mission principale des administrateurs est d’assurer le bon fonctionnement de la société qui constitue le support juridique de l’entreprise. Cela passe par un respect des règles du droit des sociétés, essentiellement contenu dans le code civil et le code du commerce. C’est également le conseil d’administration qui nomme et révoque les dirigeants et fixe leurs rémunérations.
Les administrateurs organisent le fonctionnement du conseil et s’investissent dans des comités spécialisés (comité des rémunérations, comité d’éthique, comité d’audit…). Il revient enfin aux administrateurs le soin d’organiser la communication d’informations fiables et sincères aux actionnaires et aux marchés financiers. En droit, la mission principale du conseil d’administration est de gouverner la société.
Face à ces principes juridiques clairs, les différents codes de gouvernance aussi bien français qu’étrangers ont introduit une nuance dont on mesure aujourd’hui les conséquences. Ces codes de gouvernance amènent le conseil d’administration à se prononcer sur les orientations stratégiques de...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-2"> ¤ Pour le responsable des programmes Afrique de l’ACAT-France, Clément Boursin, le porte-parole de l’opposition tchadienne mort en 2008 est un symbole des victimes oubliées de l’histoire politique du Tchad.
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Point de vue

« Dix ans sans Ibni Oumar Mahamat Saleh, victime d’un crime d’Etat tombé dans l’oubli »

Pour le responsable des programmes Afrique de l’ACAT-France, Clément Boursin, le porte-parole de l’opposition tchadienne mort en 2008 est un symbole des victimes oubliées de l’histoire politique du Tchad.

Par                                            Clément Boursin




LE MONDE
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        Le 02.02.2018 à 15h37

     •
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        Mis à jour le 02.02.2018 à 15h50






    
La veuve d’Ibni Oumar Mahamat Saleh, Sadia Brahim et son cousin Moussa Mahamat Saleh, posant, le 15 mai 2008, avec le portrait de l’opposant tchadien disparu.
Crédits : PATRICK FORT / AFP


Tribune. Il y a dix ans, le 3 février 2008, l’opposant tchadien et porte-parole de l’opposition Ibni Oumar Mahamat Saleh – président du Parti pour les libertés et le développement (PLD) – était enlevé à son domicile de N’Djamena, devant sa femme et son plus jeune fils, par des militaires de la garde présidentielle. Le même jour, deux autres opposants, Ngarledji Yorongar et Lol Mahamat Choua, étaient également enlevés par les soldats fidèles au président Idriss Déby Itno. Le régime venait de mettre un terme à la tentative de prise de pouvoir par les armes de forces rebelles tchadiennes venues du Soudan voisin et profitait du contexte pour essayer de briser l’opposition pacifique. Après une forte mobilisation internationale, les deux opposants ont recouvré la liberté. Ibni Oumar Mahamat Saleh, lui, n’est jamais réapparu. Il est vraisemblablement mort en détention, dans des circonstances qui restent indéterminées.
La promesse de Nicolas Sarkozy oubliée
Jusqu’en 2013, les autorités tchadiennes, mises ponctuellement sous pression par la communauté internationale, ont mené un simulacre d’enquête, évitant soigneusement que la vérité soit établie et connue. D’année en année, la pression de la communauté internationale a diminué jusqu’à ce que le sujet ne soit plus abordé. La justice tchadienne a prononcé un non-lieu en juillet 2013.

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                Le disparu de N’Djamena



La France a oublié la promesse faite par le président Nicolas Sarkozy à N’Djamena le 27 février 2008 : « La France veut la vérité et je ne céderai pas sur ce point ». L’Assemblée nationale a pourtant tenté de remobiliser les autorités françaises avec sa résolution du 25 mars 2010, demandant au gouvernement de faire pression sur N’Djamena afin que toute la lumière soit faite sur la disparition d’Ibni Oumar Mahamat Saleh. Mais le sujet était trop délicat, avec une implication possible du président tchadien dans cette affaire et peut être celle de conseillers militaires français présents auprès de Déby au moment des faits. Dans son rapport, la commission d’enquête sur les événements de février 2008, à laquelle la société civile tchadienne a participé, avait écrit en septembre 2008 : « Dans un régime avec une très forte centralisation du pouvoir, un militaire, même de haut rang, pouvait-il, sans l’assentiment du président de la République, organiser la disparition des opposants politiques ? »

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Les autorités tchadiennes ont longtemps pensé que l’affaire Ibni allait être oubliée et enterrée comme bien d’autres disparitions forcées survenues précédemment au Tchad. Or l’absence de vérité et de justice a, au contraire, poussé la famille d’Ibni – installée en France – à se mobiliser encore plus fortement au niveau international, avec l’aide de parlementaires socialistes français et d’associations de défense des droits de l’homme, dont l’ACAT-France, mobilisée dès février 2008.
Le soutien du Parti socialiste s’est dissipé
La famille d’Ibni a déposé une plainte devant le tribunal de grande instance de Paris en février 2012 pour enlèvement, séquestration, torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants. Bien que le parquet de Paris et le Ministère public aient émis un avis contraire, quatre mois plus tard, la Chambre d’instruction de la Cour d’appel de Paris décidait d’ouvrir une information judiciaire pour faits d’enlèvement et de séquestration accompagnés de tortures et d’actes de barbarie commis sur la personne de l’opposant disparu. Une première victoire, pensait-on.

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Pour appuyer la justice française dans sa quête de vérité, des sénateurs courageux proposaient, en mars 2014, la création d’une « Commission d’enquête sur l’action conduite par les représentants de la France, qu’ils appartiennent à l’armée, la police ou la diplomatie, lors des journées des 30 janvier, 1er, 2, 3 et 4 février 2008 à N’Djamena ». Mais le vent avait déjà tourné en France, notamment au sein de l’appareil politique du Parti socialiste, alors au pouvoir avec François Hollande. Avec l’appui militaire tchadien à l’intervention française au Mali, le président Idriss Déby Itno avait, dès 2013, retrouvé son fauteuil d’allié stratégique de Paris. Le soutien au « camarade » de l’Internationale socialiste porté disparu s’est dissipé. La résolution n’a donc pas été adoptée.

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                Idriss Déby, le choix de Paris



Après avoir longtemps résisté aux sirènes du régime, une partie de la famille de l’opposant disparu s’est rapprochée du pouvoir tchadien, obtenant des postes importants et rémunérateurs dans des entreprises et banques publiques en 2016 et 2017. Comme on pouvait malheureusement s’y attendre, ce ralliement a rendu la famille d’Ibni moins active pour faire progresser la justice dans cette affaire. Il a fortement déstabilisé ses soutiens en France, particulièrement au sein de la diaspora tchadienne, du monde politique et de la société civile.
Aujourd’hui, dix ans après l’enlèvement de l’opposant tchadien par la garde présidentielle tchadienne, force est de constater que ce crime d’Etat est tombé dans l’oubli. La procédure judiciaire en France, dernier espoir dans cette affaire, avance très lentement depuis six ans donnant un sentiment de stagnation. Ibni Oumar Mahamat Saleh reste aujourd’hui un symbole des victimes oubliées de l’histoire politique mouvementée du Tchad.
Clément Boursin est responsable des programmes Afrique de l’ACAT-France (Action des chrétiens pour l’abolition de la torture)


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-3"> ¤ Dès ses débuts, la théorie économique a réfléchi aux conditions et aux limites de l’exploitation des ressources naturelles. Des enseignements aujourd’hui très précieux pour penser la question climatique, estime Antoine Missemer, du CNRS, dans une tribune au « Monde ».
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« La recherche économique a tout à gagner à explorer le passé »

Dès ses débuts, la théorie économique a réfléchi aux conditions et aux limites de l’exploitation des ressources naturelles. Des enseignements aujourd’hui très précieux pour penser la question climatique, estime Antoine Missemer, du CNRS, dans une tribune au « Monde ».



Le Monde
 |    02.02.2018 à 15h17
 • Mis à jour le
02.02.2018 à 15h49
    |

Antoine Missemer (Economiste au CNRS)







                        



                                


                            

Tribune. Que la science économique ne soit pas une science exacte, beaucoup en conviennent. Qu’elle ait besoin de s’ouvrir aux autres disciplines, en particulier aux autres sciences sociales, de plus en plus l’admettent et œuvrent en ce sens. Que l’histoire ait toute sa place dans ce dialogue interdisciplinaire, c’est là un défi important. Certes, le temps long nourrit des travaux majeurs, comme ceux de Thomas Piketty sur les inégalités.
Mais beaucoup restent enclins à considérer que les expériences passées sont d’un intérêt heuristique modeste : d’une part, les théories contemporaines tiendraient compte des erreurs du passé ; d’autre part, les expériences d’hier ne nous diraient pas grand-chose sur les problèmes inédits d’aujourd’hui.
Le premier argument suppose un savoir économique cumulatif, ce qui est contestable lorsque l’on connaît les aléas tumultueux de l’histoire de la discipline. Sur le deuxième argument, beaucoup de défis contemporains, comme l’essor des nouvelles technologies ou le changement climatique, ont les traits d’enjeux nouveaux. L’histoire ne mérite pourtant pas d’être mise au ban, même sur ces sujets a priori sans précédent.
Pic charbonnier
L’exemple du développement durable est significatif. Les historiens de l’environnement ont montré combien les questions de pollution et de transition énergétique ont été importantes par le passé. Les discours économiques sur ces sujets sont eux-mêmes anciens et méritent une attention renouvelée dans le ­contexte contemporain.
Lorsque l’économiste britannique William Stanley Jevons (1835-1882) s’est intéressé au risque de pic charbonnier, il a contribué à autonomiser le discours des économistes vis-à-vis de l’expertise des ingénieurs et des géo­logues. Cette émancipation continue aujourd’hui de produire des malentendus. Les uns, les économistes, confient toujours au signal prix le rôle d’indicateur de rareté ; les autres, issus des sciences de la Terre, soulignent...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-4"> ¤ Dans une tribune au « Monde », l’économiste Xavier Ragot, président de l’OFCE, explique que la crise a renouvelé la recherche économique – plus attentive à l’histoire, à la dialectique du court et du long terme et à l’environnement – traçant ainsi un nouveau cadre pour les politiques publiques.
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« La crise de 2007-2008 a dessilé le regard des économistes »

Dans une tribune au « Monde », l’économiste Xavier Ragot, président de l’OFCE, explique que la crise a renouvelé la recherche économique – plus attentive à l’histoire, à la dialectique du court et du long terme et à l’environnement – traçant ainsi un nouveau cadre pour les politiques publiques.



Le Monde
 |    02.02.2018 à 14h00
 • Mis à jour le
02.02.2018 à 15h19
    |

Xavier Ragot (Directeur de recherche au CNRS et président de l’Observatoire français des conjonctures économiques)







                        



                                


                            
Tribune. La crise économique, la montée des inégalités et la question environnementale ont changé la façon de voir des économistes. Les réorientations intellectuelles d’une discipline sont souvent peu perceptibles avant qu’un vaste ensemble de travaux dessine un nouveau paysage. C’est celui que s’efforce d’esquisser le dernier numéro de la Revue de l’OFCE, qui présente les questions inédites abordées par vingt-sept chercheurs de premier plan et les résultats récents de leurs travaux (n° 153, décembre 2017).
La première tendance qui se dégage est le retour de l’histoire économique, en premier lieu autour du débat sur la croissance. Alors que les technologies numériques sont partout, celle-ci semble s’essouffler. Trois explications s’opposent. La première soutient que l’on mesure mal la croissance et que les principaux changements sont à venir.
La deuxième avance l’idée que la faiblesse des taux d’intérêt facilite le financement d’entreprises peu productives et contribue à une moins bonne allocation du capital : des entreprises zombies, improductives et survivant grâce à un crédit peu coûteux, cacheraient la transformation souterraine de nos économies.
Une troisième insiste sur la mauvaise gestion de la crise depuis dix ans, d’où une trop faible inflation et un déficit de demande qui, malgré la politique monétaire non conventionnelle, empêchent de profiter d’un nouveau potentiel productif.
La question environnementale
Les politiques économiques pertinentes dépendent de la réponse à ces questions : faut-il inciter à mieux allouer l’épargne des ménages, ou faut-il augmenter l’inflation par des politiques fiscales et salariales accommodantes ? Heureusement, ces choix ne sont pas exclusifs : la plupart des pays s’engagent dans ces deux directions.
L’incapacité d’une grande partie des économistes à prévoir ou même à comprendre la crise de 2007-2008 a jeté un discrédit sur la profession
De même, la question environnementale...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-5"> ¤ Dans sa chronique, la journaliste du « Monde » Annie Kahn pointe que les faiblesses humaines en matière de prise de décision sont confirmées par les neurosciences. Les algorithmes pourraient y remédier, à la condition d’être contrôlés... et humanisés.
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L’art et la manière de décider en connaissance de cause

Dans sa chronique, la journaliste du « Monde » Annie Kahn pointe que les faiblesses humaines en matière de prise de décision sont confirmées par les neurosciences. Les algorithmes pourraient y remédier, à la condition d’être contrôlés... et humanisés.



Le Monde
 |    02.02.2018 à 14h00
 • Mis à jour le
02.02.2018 à 15h00
    |

            Annie Kahn








                        



                                


                            
Ma vie en boîte. « Plus l’entreprise est grande, moins les manageurs savent décider », se désolent les auteurs du premier baromètre Décision de l’IFOP, réalisé pour MPI Executive, un cabinet de management de transition, et publié le 22 janvier (lien vers PDF). Le constat a tout l’air d’un truisme. Car plus une entreprise est grande, plus elle est complexe ; plus elle compte de niveaux hiérarchiques et de dirigeants dont il faut, en cascade, attendre l’approbation pour agir. Ne serait-ce que pour se couvrir en cas d’échec. Certes, il n’en serait pas ainsi s’il était davantage admis que l’erreur est humaine, voire formatrice. Mais rares sont ceux qui appliquent la formule.
Gare à l’excès de confiance, que l’accumulation de données ne fait que renforcer
Conséquence : chacun ouvre le parapluie. D’autant que les progrès des neurosciences, avec leur cortège de biais décisionnaires identifiés et expliqués, ne sont guère rassurants pour qui est aux manettes. Chris Bradley, associé du bureau australien de McKinsey, en fait une liste très instructive dans un billet de blog (en anglais) de ce cabinet de conseil en stratégie en date du 18 janvier. Gare à l’excès de confiance, que l’accumulation de données ne fait que renforcer. Car on ne retient souvent que les informations qui confirment son intuition initiale. Ou celles qui consistent à refaire ce que l’on a déjà fait dans le passé. Par habitude.
C’est le biais de confirmation qui nous porte, en réunion, à écouter d’une oreille très attentive l’orateur qui pense comme nous, et à rester sourd aux propos divergents. Sauf ceux émanant d’une personne faisant autorité. Quant au biais de sélection, il survient lorsqu’on décide sur la base de données mal calibrées. En étudiant les avis de clients par exemple, mais pas ceux d’acheteurs potentiels qui ont préféré un concurrent. Enfin, le biais d’attribution conduit à se tromper sur les raisons d’un échec, à incriminer la météo ou la conjoncture...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-6"> ¤ Trois questions à Valérie Icard, sociologue.
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Prisons : les relations surveillants-détenus se résument-elles au maintien de l’ordre ?

Trois questions à Valérie Icard, sociologue.



Le Monde
 |    02.02.2018 à 13h00
    |

            Catherine Vincent








                        



                                


                            
Le système pénitentiaire vient de connaître un conflit ­social sévère. Au-delà de leurs revendications syndicales, de quoi souffrent les surveillants des prisons françaises ?
De ne pas trouverune identité professionnelle valorisante, ni de sens dans leur travail. La sociologie de la prison le montre : ce métier cristallise la tension entre les missions de sécurité et de réinsertion de l’administration pénitentiaire, qui sont deux missions a priori contradictoires. Or, dans leur pratique quotidienne, les agents de surveillance sont le plus souvent cantonnés à un rôle de garde. Les raisons de ce déséquilibre sont ­nombreuses. Manque de temps, qui découle lui-même de la surpopulation carcérale. Manque de formation adaptée au rôle social d’accompagnement – rôle que les surveillants sont ­pourtant d’autant plus désireux de jouer qu’ils sont de plus en plus diplômés, ce qui augmente le décalage entre leurs attentes et la réalité de leur métier. Absence de valorisation, enfin, de ce rôle de réinsertion dans les discours publics, très ancrés sur les questions sécuritaires.
Pour améliorer le « vivre-ensemble » entre détenus et ­surveillants, le Conseil de l’Europe comme l’Observatoire international des prisons prônent depuis plusieurs années le modèle dit de la « sécurité dynamique ». De quoi s’agit-il ?
Ce modèle s’oppose à la sécurité « passive », basée sur la coercition, la dissuasion, l’isolement, et insiste au contraire sur ­l’approche préventive des conflits et du maintien de l’ordre. L’objectif de la sécurité dynamique est notamment d’instaurer des relations positives entre surveillants et détenus par le dialogue, l’écoute, des formations communes (par exemple sur la prévention du suicide), des médiations en cas de conflit, etc. L’absence d’une bonne communication entre personnel et ­détenus favorise en effet l’animosité réciproque, et donc les risques de conflits. La sécurité ne résout pas tout : dans les ­établissements...




                        

                        


<article-nb="2018/02/02/19-7">
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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-7"> ¤ Clôtures, barrières, murs… les Etats renforcent leurs frontières et leur souveraineté face au terrorisme et aux migrations. Dans un monde écartelé entre mondialisation en expansion et repli identitaire, ces remparts  se multiplient comme autant de solutions sécuritaires.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-7"> ¤                     
                                                   
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Les murs dans le monde, en réponse aux nouvelles peurs

Clôtures, barrières, murs… les Etats renforcent leurs frontières et leur souveraineté face au terrorisme et aux migrations. Dans un monde écartelé entre mondialisation en expansion et repli identitaire, ces remparts  se multiplient comme autant de solutions sécuritaires.



Le Monde
 |    02.02.2018 à 12h20
 • Mis à jour le
02.02.2018 à 14h42
    |

            Rémy Ourdan








                        



                                


                            
Si l’idée d’ériger un mur ou une clôture entre des pays est aussi ancienne que les concepts de nation et de frontière, l’Europe et le monde occidental ont un peu vite cru que la fin de la guerre froide et l’effondrement du mur de Berlin, en 1989, allaient signifier la disparition des séparations entre les peuples. Près de trente ans plus tard, le nombre de murs et de clôtures a explosé un peu partout sur la planète, et Donald Trump, président de la première puissance mondiale, fait de la prolongation du « mur de Bush », qui sépare les Etats-Unis et le Mexique, un enjeu politique majeur de sa présidence.
Le phénomène concerne, selon les définitions des uns et des autres, la séparation physique pouvant aller d’une clôture grillagée à un véritable mur : il concerne entre 6 % et 18 % des 250 000 kilomètres de frontières terrestres dans le monde. « On compte aujourd’hui soixante-dix à soixante-quinze murs construits ou annoncés dans le monde, les murs existants s’étalant sur environ 40 000 kilomètres », soit autant que la circonférence de la Terre, affirme Elisabeth Vallet, une politologue canadienne de l’université du Québec à Montréal (UQAM). C’est cette estimation haute qui a frappé les esprits ces dernières années.

« Formule politique et médiatique »
Ce chiffre est toutefois contesté par des spécialistes des frontières, notamment par le géographe français Michel Foucher. « Je suis très méfiant à l’égard de la frénésie sur les murs. Le “mur” est une formule politique et médiatique, mais rarement une réalité. La plupart du temps, ce sont des clôtures. Des frontières non pas fermées mais filtrées. » Le géographe conteste d’ailleurs la vision du président américain. « Parler d’un mur, comme Trump le fait, ne correspond pas à la réalité. Cette frontière n’est pas un mur, cela n’a aucun sens. La frontière américano-mexicaine est l’une des plus ouvertes du monde, avec quarante-huit points de passage, des villes jumelles et 1,5 milliard...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-8"> ¤ Editorial. Après l’intervention militaire de Riyad, le pays est plus divisé que jamais et doit faire face à la « pire crise humanitaire de la planète », selon l’ONU.
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Guerre au Yémen : le fiasco de l’intervention saoudienne

Editorial. Après l’intervention militaire de Riyad, le pays est plus divisé que jamais et doit faire face à la « pire crise humanitaire de la planète », selon l’ONU.



Le Monde
 |    02.02.2018 à 11h23
 • Mis à jour le
02.02.2018 à 13h39
   





                        


Editorial du « Monde ». Les dirigeants des pays du Golfe se sont assez lamentés sur l’incompétence de Washington et le désastre engendré par l’invasion de l’Irak en 2003 pour qu’ils ne fassent pas preuve d’un minimum de lucidité sur leur propre fiasco au Yémen.
Dernier épisode en date de la longue descente aux enfers de l’ancienne « Arabie heureuse » : la prise du port d’Aden par des milices locales apparentées au mouvement séparatiste sudiste. Il y avait déjà deux ­Yémens. Celui contrôlé par les rebelles houthistes, qui tiennent la capitale Sanaa et la plus grande partie des hauts plateaux du Nord. Et celui sous contrôle du gouvernement légitime, qui s’étire le long du littoral sud et ouest, ainsi que dans le désert oriental et quelques poches au nord. Un troisième Yémen émerge désormais, à Aden, mais aussi à Moukalla, à l’extrémité orientale du pays, où les séparatistes sudistes étendent leur emprise. Sans compter les « zones grises » où Al-Qaida prospère.
Ironie de l’affaire, la dislocation du pays, et en particulier l’émergence du mouvement sudiste – qui a des racines profondes dans l’histoire yéménite –, est le fruit des divergences d’approche entre l’Arabie saoudite et les Emirats arabes unis, les deux principaux membres de la coalition arabe intervenue en mars 2015 au Yémen pour refouler la menace présentée par les houthistes, soutenus par l’Iran chiite, le grand rival régional des pétromonarchies sunnites. Abou Dhabi, qui n’a pas confiance dans le président en exil Abd Rabbo Mansour Hadi, hébergé et protégé par Riyad en raison de ses liens avec les Frères musulmans, n’a de cesse de saper son autorité, déjà branlante. L’Arabie saoudite laisse faire, par un mélange de nonchalance et d’incompétence.
Plus de 10 000 morts
Cette guerre, l’Arabie saoudite l’a décidée sans concertation avec ses alliés, à commencer par les Etats-Unis. En mars 2015, Barack Obama était encore à la Maison Blanche et ses relations avec Riyad étaient au plus bas. La monarchie saoudienne, prise en mains par les « faucons » entourant Mohammed Ben Salman, le jeune prince héritier et fils du nouveau roi Salman, soupçonnait le président américain de vouloir sacrifier la sécurité de ses alliés traditionnels dans le Golfe à un accord sur le programme nucléaire iranien, alors en cours de négociations. Pour ne pas les compromettre, Obama aurait fermé les yeux sur les menées de Téhéran aux portes du royaume saoudien.

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                Au Yémen, les séparatistes prennent le contrôle d’Aden, la capitale provisoire du pays



Avec leur campagne au Yémen, les dirigeants saoudiens voulaient prouver qu’ils étaient capables de mener seuls leur propre politique dans leur pré carré. Le résultat est un fiasco. Les infrastructures du Yémen, le plus pauvre des pays arabes, ont été détruites méthodiquement par les bombardements aériens de la coalition arabe. Le bilan des pertes civiles dépasse les 10 000 morts, le chiffre officiel donné par l’ONU depuis un an et demi. Le blocus du pays par les puissances arabes a provoqué la « pire crise humanitaire de la planète », selon les Nations unies : 7 millions de personnes, soit un quart de la population, sont au bord de la famine ; 1 million ont été touchées par le choléra. Les fronts piétinent et le gouvernement de M. Hadi, toujours en exil à Riyad, où son entourage s’enrichit de juteux trafics, n’a quasiment aucun contrôle sur le pays.

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                Hadi, président fantoche d’un Yémen divisé


Il est temps de rappeler à l’Arabie saoudite – et aux Emirats arabes unis – que la guerre au Yémen implique sa reconstruction. Et que Riyad portera, pendant les décennies à venir, le fardeau d’un voisin détruit et de millions de miséreux à sa frontière.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-9"> ¤ Inventons une nouvelle catégorie, propose le politologue Denis lacorne dans une tribune du « Monde », en écho à l’affaire Maurras afin de pouvoir évoquer les pages sombres de notre histoire, sans censure.
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Denis Lacorne : « Célébrer et commémorer sont synonymes ! »

Inventons une nouvelle catégorie, propose le politologue Denis lacorne dans une tribune du « Monde », en écho à l’affaire Maurras afin de pouvoir évoquer les pages sombres de notre histoire, sans censure.



Le Monde
 |    02.02.2018 à 10h24
 • Mis à jour le
02.02.2018 à 12h17
    |

Denis Lacorne (Directeur de recherche au Centre de recherches internationales de Sciences Po)







                        



                                


                            

Tribune. Disons le crûment, fallait-il décélébrer ­Céline en 2011, et décommémorer ­Maurras en 2018, tout en « commémorant » encore la correspondance de Jacques ­Chardonne et de Paul Morand, deux homophobes et deux antisémites notoires ?
Mais alors, pourquoi maintenir dans la liste des commémorations « susceptibles d’être célébrées au nom de la nation » (je souligne) celle de Simon IV de Montfort, simple « figure de la croisade contre les ­albigeois », selon le communiqué de presse des auteurs du Livre des commémorations nationales 2018 (Editions du patrimoine, 336 pages, 10 euros) ? Simon de Montfort, le bourreau de l’Occitanie, qui participa au sac et aux massacres de Béziers (20 000 morts dont 7 000 brûlés dans l’église de la Madeleine, selon le légat du pape Innocent III, Arnaud Amalric, l’abbé de Cîteaux).
On prétendit alors que Monfort s’écria : « Qu’on les tue tous, Dieu reconnaîtra les siens ! » Montfort, encore, qui brûla nombre d’albigeois à Carcassonne, à Muret, à Bram, à Lavaur, dont une certaine dame Guiraude, châtelaine de Lavaur, qui recueillit et protégea des cathares et fut torturée, violée, puis jetée dans un puits avant d’être lapidée. Montfort, enfin, qui mena le siège de Toulouse et mourut inopinément d’une pierre reçue sur la tête ?
Manifestement, le Haut Comité aux commémorations nationales a perdu le sens des réalités et des proportions : ce sont les victimes de Montfort, les cathares, qu’il faudrait commémorer.

Célébrer, il est vrai, n’est pas commémorer ! Mais remplacer le premier terme par le second ne règle pas le problème, contrairement à ce que laissent entendre ­Jean-Noël Jeanneney et Pascal Ory dans une ­récente tribune du Monde (daté 30 janvier). Un ­rapide coup d’œil au Littré et au Grand Robert indique bien que ces mots sont synonymes et recoupent le même signifié : rappeler, raviver un événement important qu’il soit...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-10"> ¤ L’historienne de l’art contemporain considère que le « Bouquet de tulipes », offert à la Ville de Paris par le plasticien américain de Jeff Koons, est un « don compassionnel » lié à une géopolitique douteuse.
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Béatrice Joyeux-Prunel : « L’art de Koons, c’est la philosophie du jus de carotte »

L’historienne de l’art contemporain considère que le « Bouquet de tulipes », offert à la Ville de Paris par le plasticien américain de Jeff Koons, est un « don compassionnel » lié à une géopolitique douteuse.



Le Monde
 |    02.02.2018 à 08h00
 • Mis à jour le
02.02.2018 à 09h53
    |

Béatrice ­ Joyeux-Prunel (Historienne de l’art)







                        



                                


                            

Non au “cadeau” de Jeff Koons », signé ce 21 janvier dans Libération, a relancé la polémique contre le Bouquet of Tulips offert par l’artiste new-yorkais à la Ville de Paris. Touché par les attentats terroristes de 2015, le plasticien, inspiré par l’ancienne ambassadrice des Etats-Unis à Paris, Mme Jane D. Hartley, veut offrir son monument « au peuple de France et à la Ville de Paris ». Les vingt-cinq personnalités de la culture signataires déploient des arguments convaincants. On peut ajouter que le cadeau de Jeff Koons, avec ­l’innocence qu’on prête à la création artistique, est aussi l’exploitation de l’innocence des victimes des attentats de Paris au profit d’une géopolitique états-unienne qui a structuré la création culturelle depuis les années 1960.
Ce bouquet de tulipes/ballons aux couleurs acidulées ­devrait être installé sur le parvis du Palais de Tokyo. La main qui le tient rappelle la statue de la Liberté, donc l’amitié franco-américaine. L’ambassadrice des Etats-Unis déclarait avoir envisagé un cadeau dans un esprit de communion. ­11-Septembre, 13-Novembre : voici donc la France aux côtés des Etats-Unis dans le camp des victimes éprises de liberté, de culture et de démocratie contre la barbarie. Mais l’opération transmute ce qui est un acte économique, voire vénal, lié à une géopolitique douteuse, en don compassionnel.

Du point de vue d’un historien, l’« affaire du bouquet » s’inscrit dans un récit canonique qui accorde aux Etats-Unis une position centrale dans la culture et le marché de l’art mondiaux depuis les années 1960. Cette lecture en termes de centre/périphéries a pris pour argent comptant le discours conquérant qui accompagnait le développement du pop art new-yorkais et son exportation vers l’Europe après 1964.
Oubliant que cette exportation s’appuyait déjà sur des moyens financiers et diplomatiques considérables, elle a contribué à lire l’histoire mondiale de l’art depuis...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-11"> ¤ Dans sa chronique, Michel Guerrin, rédacteur en chef au « Monde » relie la polémique sur Charles Maurras et celle sur le « cadeau » de Koons à Paris. Au cœur de ces deux conflits culturels, la subtile frontière entre commémoration et célébration.
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Article sélectionné dans La Matinale du 01/02/2018
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« Jeff Koons donne l’impression de vouloir célébrer son œuvre et sa personne »

Dans sa chronique, Michel Guerrin, rédacteur en chef au « Monde » relie la polémique sur Charles Maurras et celle sur le « cadeau » de Koons à Paris. Au cœur de ces deux conflits culturels, la subtile frontière entre commémoration et célébration.



Le Monde
 |    02.02.2018 à 06h40
 • Mis à jour le
02.02.2018 à 16h13
    |

            Michel Guerrin








                        



                                


                            
Chronique. Commémorer ou célébrer ? La nuance est ténue. Et délicate. Elle est au centre de deux ­conflits qui agitent la culture depuis quelques jours. Une œuvre de Jeff Koons et l’œuvre de Charles Maurras (1868-1952).
Commençons par l’artiste américain qui souhaite offrir à Paris, en hommage aux victimes des attentats de 2015, une sculpture de 12 mètres de haut et de 33 tonnes, nommée Bouquet of Tulips, avec le soutien de l’ambassade des Etats-Unis, de la maire socialiste Anne Hidalgo et de mécènes qui en paieront l’installation. Cette main tenant un bouquet de fleurs colorées serait installée entre le Musée d’art moderne de la Ville de Paris et le ­Palais de Tokyo, dans le 16e arrondissement de la capitale. Embarrassé, le ministère de la culture dira oui ou non.
Le problème, c’est que ce cadeau, beaucoup d’acteurs du monde de l’art et de la culture, et non des moindres, n’en veulent pas. Ils le disent et ils l’écrivent. Koons réalise ainsi un petit exploit dont il se serait sans doute passé. Car il fut un temps où l’art contemporain était défendu par une tribu qui faisait bloc. La moindre critique contre ses pratiques, ses acteurs, ses artistes, ses expositions, était vécue comme un procès mené par des hurluberlus réactionnaires ou ringards. Koons a fissuré ce monolithe. Et c’est inédit.
Les arguments contre lui sont multiples – esthétique, coût, etc. Ajoutons celui-ci : la famille de l’art se sent en danger avec cette affaire Koons. Car, si l’art contemporain a largement remporté sa bataille de légitimité, tant il a ­contaminé les expositions, la mode, la musique, l’entreprise, les revues branchées, la publicité, les festivals et les ventes aux enchères, il traîne aussi une sale réputation, à cause d’une poignée d’artistes mondialisés qui pourraient fragiliser l’édifice.
Un univers « sans foi ni loi »
Ces noms mondialisés sont au cœur du livre de Jean-Gabriel ­Fredet Requins, caniches et autres...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-12"> ¤ La présidente de l’ONG One, Gayle E. Smith, explique, dans une tribune au « Monde », qu’une éducation de qualité permet de réduire l’extrême pauvreté et favorise la paix et la sécurité.
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Point de vue

« Investissons dans l’éducation, cela rapportera »

La présidente de l’ONG One, Gayle E. Smith, explique, dans une tribune au « Monde », qu’une éducation de qualité permet de réduire l’extrême pauvreté et favorise la paix et la sécurité.

Par                Gayle E. Smith (Présidente et directrice internationale de l’ONG One)



LE MONDE
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        Le 01.02.2018 à 17h24

     •
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        Mis à jour le 02.02.2018 à 10h43






    
Une classe de l’école pilote Partenariat mondial pour l’éducation à Tivavouane, près de Dakar, le 31 janvier 2018. Le Sénégal héberge, à partir du 2 février, la troisième conférence de reconstitution du Partenariat mondial pour l’éducation (PME).
Crédits : SEYLLOU / AFP


Tribune. Choisir de ne pas investir dans une éducation de qualité pour toutes les filles et tous les garçons du monde serait en réalité une économie très coûteuse. Une récente étude menée par l’organisation que je dirige, l’ONG One, montre que, chaque jour, dans les pays en développement, on pourrait éviter le décès de 2 800 personnes si on améliorait l’accès à une éducation de qualité.
De plus, offrir le même niveau d’éducation aux filles et aux garçons pourrait rapporter plus de 308 millions de dollars par jour aux pays les plus pauvres. C’est pourquoi nous ne devons pas prendre à la légère les investissements à réaliser pour faire respecter le droit de chaque enfant à apprendre à lire, écrire, compter et avoir accès aux informations essentielles sur la santé ou la nutrition, ou pour comprendre et façonner le monde et la société dans laquelle nous vivons tous.

        Lire notre série consacrée à l’éducation
         

          La classe africaine



Offrir une éducation de qualité à tous les enfants de la planète est indéniablement l’un des plus grands défis de notre époque. Mais c’est un combat que nous pouvons et devons mener de front.
Réduire l’extrême pauvreté
Investir dans une éducation primaire et secondaire de qualité peut être extrêmement fructueux sur le long terme, au-delà des bénéfices que cela apporte à chaque enfant individuellement. L’éducation permet de réduire l’extrême pauvreté, est vecteur de prospérité économique, aide à l’émancipation des femmes et des filles, améliore la santé et soutient la paix et la sécurité.

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Pourtant, trop nombreux sont les chefs d’Etat qui traînent des pieds et tardent à répondre à cette crise mondiale de l’éducation. Mais ce vendredi 2 février, à Dakar, ils auront l’occasion de changer la donne lorsqu’ils assisteront à la conférence de reconstitution du Partenariat mondial pour l’éducation (PME). Il est temps que nos dirigeants comprennent que chaque année qu’un enfant passe sans aller à l’école n’est pas seulement une opportunité gâchée pour cet enfant, mais aussi une grande perte pour le monde entier.
La bonne nouvelle, c’est que nous savons comment relever ce défi historique et mettre fin à cette situation d’urgence.

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Les chefs d’Etats africains que j’ai rencontrés au sommet de l’Union africaine à Addis-Abeba en Ethiopie il y a quelques jours ont bien compris la gravité de la situation. Ils agissent en conséquence et déploient les efforts budgétaires pour atteindre l’objectif défini par le PME d’allouer 20 % de leurs ressources domestiques à l’éducation, et apportent les changements nécessaires à leurs politiques éducatives. Ils sont parfaitement conscients des opportunités à saisir pour relever les défis qui les attendent : la population africaine va doubler d’ici à 2050, et la jeunesse du continent sera dix fois plus nombreuse que la jeunesse européenne.
Réduire les inégalités de genre
Prenons pour exemple le Sénégal, qui a récemment augmenté ses investissements dans l’éducation, en particulier pour les filles, et a amélioré le suivi de ces dépenses. Ce pays est aussi le co-organisateur de la conférence de reconstitution du PME, avec la France, ce qui en fait un événement véritablement historique, puisque c’est la première fois qu’une conférence de reconstitution des financements d’une organisation internationale aura lieu sur le continent africain. Celui-ci pourrait véritablement changer la donne. S’il est financé à hauteur des besoins, le Partenariat mondial pour l’éducation pourrait permettre à 26 millions d’enfants supplémentaires de finir leur scolarité, à 1,7 million de nouveaux professeurs d’être formés, et à 23 000 salles de classes de voir le jour d’ici à 2020.

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Mais ce n’est pas tout. Si nous faisons ce qu’il faut pour faire face à cette crise de l’éducation, nous en profiterons tous. Si toutes les filles terminaient l’école primaire en Afrique subsaharienne, la mortalité infantile pourrait chuter de 70 %. Au niveau mondial, réduire les inégalités de genre à l’école pourrait rapporter entre 112 et 152 milliards de dollars aux pays en développement.
C’est très simple : si nous investissons, cela rapportera. Nous y gagnerons un monde en meilleure santé, un monde plus sûr, un monde plus riche, bref, un monde meilleur. Au contraire, si nous n’investissons pas, cela nous coûtera cher. Nous avons tout cela à y perdre, mais nous y perdrons également tous ces avenirs brillants qui pourraient éclairer le monde.

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Pourtant, malgré tous ces bénéfices que nous connaissons, les investissements dans le secteur de l’éducation ont reculé au cours des dix dernières années. La question qui se posera le 2 février à Dakar sera donc de savoir si les dirigeants du monde sont prêts à faire le bon choix et à investir massivement pour une éducation de qualité dans les pays les plus pauvres. Parce qu’ils ont tout à perdre s’ils ne le font pas.
Gayle E. Smith a précédemment occupé le rôle d’adjointe spéciale auprès de Barack Obama et de Bill Clinton, de directrice principale pour le développement et la démocratie au Conseil national de sécurité, où elle a aussi été directrice des affaires africaines. Gayle E. Smith a aussi fondé le programme de sécurité durable au Center for American Progress, et a co-fondé le projet ENOUGH ainsi que le Modernising Foreign Assistance Network.


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-13"> ¤ En fonction de différents facteurs sociaux, les relations entre femmes et hommes prennent des formes diverses.
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Les pratiques amoureuses d’aujourd’hui

En fonction de différents facteurs sociaux, les relations entre femmes et hommes prennent des formes diverses.



Le Monde
 |    01.02.2018 à 14h25
 • Mis à jour le
01.02.2018 à 15h59
    |

            Anne Chemin








                        



                                


                            

Peut-on déceler, dans les pratiques amoureuses d’aujourd’hui, une « exception française », pour ­reprendre le mot de la philosophe Elisabeth ­Badinter ? Sylvie Chaperon, qui a codirigé, avec Christine Bard, le Dictionnaire des féministes (PUF, 2017), en doute. « La double norme morale entre hommes et femmes, qui est la marque même du sexisme, est encore très prononcée. Si l’on observe la sexualité hors mariage ou le nombre de partenaires masculins, les écarts hommes-femmes sont plus accusés en France que dans les pays du nord de l’Europe. »
Age au premier rapport, différence d’âge entre les partenaires, nombre de compagnons : dans une enquête publiée en 1997 dans la revue Population (« Initiation sexuelle et genre : comparaison des évolutions de douze pays européens »), les sociologues Michel Bozon et Osmo Kontula constatent que l’Europe du Sud est marquée par un « double modèle de comportement fondé sur le genre » alors que les pays du Nord – Scandinavie, Belgique, Pays-Bas, Allemagne – sont nettement plus ­« égalitaires » grâce à une « émancipation féminine assez avancée ». La France, elle, « rappelle, sous un mode atténué » les pays du Sud.
Pratiques amoureuses et représentations sociales
Pour Isabelle Clair, chargée de recherches au CNRS, « les discours sur “l’exception” française, qui présentent la “civilité” des relations entre hommes et femmes comme une caractéristique nationale, font comme s’il existait un “style” français en la matière. Mais c’est un mythe : en fonction des milieux sociaux, des niveaux de diplômes, des âges, des générations et des contextes – au travail, en famille, dans la rue –, les relations entre hommes et femmes prennent des formes diverses. »
La sociologue insiste en outre sur les liens entre les pratiques amoureuses et les représentations sociales. « Plus on accorde de l’importance à la différenciation entre les sexes,...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-14"> ¤ Dans sa chronique, le chercheur au CNRS Thibault Gajdos estime qu’en matière d’immigration le gouvernement gagnerait à faire preuve de pédagogie et de courage plutôt que de reprendre à son compte un discours anxiogène et mensonger.
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Pourquoi choisir le discours de la peur contre les réfugiés ?

Dans sa chronique, le chercheur au CNRS Thibault Gajdos estime qu’en matière d’immigration le gouvernement gagnerait à faire preuve de pédagogie et de courage plutôt que de reprendre à son compte un discours anxiogène et mensonger.



Le Monde
 |    01.02.2018 à 14h10
    |

                            Thibault Gajdos (Chercheur au CNRS)








                        



                                


                            

Politiques publiques. Selon le gouvernement, la France ferait face à une pression migratoire insoutenable. Elle ne saurait donc accueillir les réfugiés menacés dans leur pays qu’à condition d’être « intraitable » – pour reprendre les termes d’Emmanuel Macron – envers ceux qui ne relèveraient pas du droit d’asile. C’est par conséquent au nom même de l’exigence d’hospitalité que la France devrait conduire une politique migratoire d’une brutalité sans précédent depuis la seconde guerre mondiale.
Prétendre que la France est menacée par une vague migratoire à laquelle elle n’aurait pas les moyens économiques de faire face relève du pur mensonge
Ce discours ne résiste cependant pas un instant à l’analyse. Selon le ministre de l’intérieur, Gérard Collomb, « il y a 95 000 demandes d’asile par an, c’est-à-dire une grande ville chaque année. Si nous accueillions tout le monde, nous ne pourrions pas le faire dans de bonnes conditions ». Pour bien comprendre de quoi l’on parle, notons que la France comptait 4 réfugiés pour 1 000 habitants en 2015, contre 8 en Suisse, 15 en Suède, 24 en Turquie et 209 au Liban. Et, selon Gérard Collomb, elle serait incapable d’accueillir décemment 1,5 réfugié par an pour 1 000 habitants, soit l’équivalent du public à un concert au Stade de France ?
Prétendre que la France est menacée par une vague migratoire à laquelle elle n’aurait pas les moyens économiques de faire face relève du pur mensonge. Quant à la distinction entre les « bons » migrants (qui relèvent du droit d’asile) et les autres (qu’il faut refouler implacablement), elle n’est pas, et de loin, aussi évidente que le gouvernement le prétend.
Car la convention de Genève sur les réfugiés laisse une part d’appréciation notable aux pays d’accueil. Ainsi, l’Allemagne a accordé en 2015 le droit d’asile à toutes les personnes venant de Syrie, tandis que la France ne l’a accordé qu’à 60 % d’entre elles, les autres n’ayant...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-15"> ¤ Dans sa chronique mensuelle, le journaliste au « Monde » Antoine Reverchon revient, après le Forum de Davos, sur le débat qui agite économistes, patrons et politiques autour de l’« objet social de l’entreprise ».
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Les entreprises au secours du « bien commun »

Dans sa chronique mensuelle, le journaliste au « Monde » Antoine Reverchon revient, après le Forum de Davos, sur le débat qui agite économistes, patrons et politiques autour de l’« objet social de l’entreprise ».



Le Monde
 |    01.02.2018 à 14h00
 • Mis à jour le
01.02.2018 à 14h07
    |

            Antoine Reverchon








                        



                                


                            
Matière grise. Réunis du 23 au 26 janvier, à Davos, pour le Forum économique mondial, les dirigeants des grandes entreprises ont exprimé leurs préoccupations face à la montée des catastrophes naturelles et des inégalités sociales. Emmanuel Macron les a appelés à participer au « bien commun » en luttant contre le réchauffement climatique… ou en payant leurs impôts.
Le 12 janvier, Larry Fink, patron de BlackRock, l’un des plus gros fonds d’investissement mondiaux, a demandé aux dirigeants des entreprises où il investit de poursuivre des objectifs sociaux, environnementaux et de « bonne gouvernance », au-delà de ceux de rentabilité financière. En France, le gouvernement souhaiterait inscrire dans le statut juridique des sociétés des missions environnementales et sociales.
Ce retour en force du thème de la responsabilité sociale des entreprises s’accompagne d’un discours non plus défensif, mais offensif
Les plus sceptiques seront tentés de ne voir dans tout cela qu’un hypocrite rideau de fumée pour faire oublier des pratiques aussi peu avouables que, pour en rester aux révélations récentes, l’évasion fiscale (« Paradise Papers »), le financement du terrorisme (affaire Lafarge), le camouflage des émissions polluantes (« dieselgate »), etc. Mais la nouveauté est que ce retour en force du thème de la responsabilité sociale des entreprises s’accompagne d’un discours non plus défensif, mais offensif, affirmant que l’entreprise est la mieux placée pour œuvrer en faveur du bien commun.
« Une nouvelle répartition des missions se profile. Les Etats, qui voient leurs ressources financières se raréfier, continuent à réguler mais ils modifient leur mode d’intervention. Pour faire avancer les grandes causes environnementales ou sociales, ils nouent des partenariats avec les entreprises désireuses de s’impliquer davantage dans les domaines de la responsabilité », écrivent sans fausse modestie dans une tribune au Monde les dirigeants...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-16"> ¤ Dans une tribune au « Monde », Félix Blanc, de l’ONG Internet sans frontières, estime que le gigantesque réseau véhiculant sous la mer, dans la plus grande opacité, la presque totalité du trafic intercontinental de données doit être placé au service de l’intérêt général.
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Internet : « Les câbles sous-marins doivent devenir un outil démocratique au service du plus grand nombre »

Dans une tribune au « Monde », Félix Blanc, de l’ONG Internet sans frontières, estime que le gigantesque réseau véhiculant sous la mer, dans la plus grande opacité, la presque totalité du trafic intercontinental de données doit être placé au service de l’intérêt général.



Le Monde
 |    01.02.2018 à 14h00
 • Mis à jour le
01.02.2018 à 14h40
    |

Félix Blanc (Responsable du bureau   « politiques publiques » de l’ONG Internet sans frontières)







                        



                                


                            
Tribune. Le succès d’Internet n’aurait pas été possible sans le vaste réseau de câbles sous-marins qui étendent leur empire au fond des océans, sur plus d’un million de kilomètres, y véhiculant 99 % du trafic intercontinental de données et près de 10 000 milliards de dollars (8 000 milliards d’euros) de transactions quotidiennes. Dans la plus grande opacité, quelques entreprises de télécommunication et de géants du Web en contrôlent la concep­tion, le déploiement et l’exploitation, profitant de leur position dominante.
Les conséquences de cette hyperconcentration technologique sont économiquement dévastatrices et politiquement liberticides. L’inégalité d’accès à la bande passante internationale, sensible dans les régions les plus éloignées des centres d’interconnexion, se double d’un sentiment de suspicion généralisée, les données transitant par ces voies étant étroitement surveillées.
Il faudrait y ajouter les atteintes à la neutralité du Net, attisées par la rivalité pour le contrôle du trafic, ou encore les coupures d’Internet, partielles ou totales, qui adviennent régulièrement au point d’atterrage des câbles sous-marins. Provoquées par des Etats autoritaires, le plus souvent avec le concours des opérateurs, ces coupures sont régulièrement dénoncées par la campagne internationale #keepiton, dont l’ONG Internet sans frontières est partie prenante.
Bien commun mondial
Les infrastructures de la conversation mondiale doivent donc être élevées au rang de bien commun mondial et leurs règles de gestion discutées publiquement, d’autant plus que les normes internationales assurant la protection des câbles sous-marins ne sont plus à la hauteur des nombreuses menaces qui pèsent sur eux, notamment en temps de guerre. Dans cette perspective, deux initiatives méritent une attention particulière.
Le nouveau câble sous-marin (EllaLink) qui connectera directement l’Amérique latine à l’Europe est représentatif des défis que doit relever...



                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-17"> ¤ L’avocat Emmanuel Daoud et l’élève-avocate Clara Auffret expliquent, dans une tribune au « Monde », combien les interventions de deux ministres de la République dans deux affaires judiciaires en cours portent atteinte à l’indépendance de la justice.
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« L’immixtion de membres du gouvernement dans une procédure pénale ne peut qu’être fermement condamnée »

L’avocat Emmanuel Daoud et l’élève-avocate Clara Auffret expliquent, dans une tribune au « Monde », combien les interventions de deux ministres de la République dans deux affaires judiciaires en cours portent atteinte à l’indépendance de la justice.



Le Monde
 |    01.02.2018 à 13h27
    |

Emmanuel Daoud (avocat au Barreau de Paris) et Clara Auffret (élève-avocate)







                        



                                


                            
Tribune. L’actualité de deux affaires très médiatisées nous conduit à rappeler les principes essentiels au bon fonctionnement de notre justice dans une société démocratique que sont la séparation des pouvoirs et la présomption d’innocence. En effet, deux ministres de la République les ont violés à l’occasion des dossiers de Jawad Bendaoud et Jonathann Daval, et dans une simultanéité de temps qui ne laisse pas d’interroger.
Tout d’abord, Nicole Belloubet, garde des sceaux, intervient sur RTL, le 30 janvier, pour disqualifier l’attitude de Jawad Bendaoud, en affirmant : « Son attitude, qui est inqualifiable lors du procès, n’a aucune conséquence sur la sanction qui lui est appliquée. »
Le lendemain matin, Marlène Schiappa, secrétaire d’Etat chargée de l’égalité entre les femmes et les hommes, s’exprime pour condamner les propos tenus par l’un des avocats de Jonathann Daval : « Nous dire, elle a une personnalité écrasante et c’est pour cela qu’elle a été assassinée, je trouve ça proprement scandaleux. » « En disant cela, on légitime les féminicides, on légitime le fait que tous les trois jours une femme soit tuée sous les coups de son conjoint. »
Principe fondamental
Le principe de la séparation des pouvoirs, dont Locke et Montesquieu ont été les promoteurs, est consacré à l’article 16 de la Déclaration des droits de l’Homme et du Citoyen de 1789. La volonté du président de la République – exprimée au cours de la rentrée solennelle 2018 de la Cour de cassation – d’assurer l’effectivité du principe de la séparation des pouvoirs, a été mise à mal par l’intervention de ses deux ministres.

Ainsi, Mmes Nicole Belloubet et Marlène Schiappa, en leur qualité de ministres et d’autorités publiques, ont porté indéniablement atteinte à l’indépendance de la justice, en commentant des procédures pénales en cours. La présomption d’innocence est consacrée à l’article 6§2 de la Convention européenne...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-18"> ¤ La chercheuse revient sur une définition qu’elle avait donné en 2011 sur une certaine façon, en France, de vivre la séduction.
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Le « féminisme à la française », selon la sociologue Irène Théry

La chercheuse revient sur une définition qu’elle avait donné en 2011 sur une certaine façon, en France, de vivre la séduction.



Le Monde
 |    01.02.2018 à 13h00
 • Mis à jour le
01.02.2018 à 13h37
    |

            Anne Chemin








                        



                                


                            

La sociologue Irène Théry a écrit en 2011 que le « féminisme à la française » était « fait d’une ­certaine façon de vivre et pas seulement de ­penser, qui refuse les ­impasses du politiquement correct, veut les droits égaux des sexes et les ­plaisirs asymétriques de la séduction, le respect absolu du consentement et la surprise délicieuse des baisers volés ». Nous lui avons demandé si, aujourd’hui, elle reprendrait cette définition. Voici sa réponse.
« Oui, je la reprendrais, à la virgule près. Vous savez, il arrive que des sociologues polissent leurs phrases et c’était le cas de celle-ci, dont j’ai choyé chaque mot. Féminisme “à la ­française” et pas féminisme “français”. Car je pensais à un seul parmi les nombreux courants parfois opposés qui coexistent en France : le ­féminisme universaliste, qui avait signalé ­quelque temps auparavant son scepticisme par rapport à la parité, un mal nécessaire certes très efficace, mais dont le risque est toujours d’essentialiser la différence entre hommes et femmes (y compris en la voyant comme le ­produit d’un conditionnement non pas naturel mais culturel) et d’enfermer chaque sexe dans une moitié d’humanité.
Un style
Or ce féminisme universaliste n’est pas ­seulement une théorie, c’est aussi autre chose, de plus impalpable : un style. J’admire depuis toujours le chic de Mona Ozouf, si élégante comme personne, si attentive à l’écriture de ses livres et au verbe de ses conférences, témoins de la considération qu’elle porte à ses lecteurs et ­auditeurs. Un style tout de sobriété et d’une grande probité morale.
Sur le fond de la pensée, ce style consiste à ne jamais se contenter des diktats du moment, fussent-ils ­féministes, mais à rechercher toujours la justesse et la simplicité d’expression. Seule une lucidité exceptionnelle, comme celle de Latifa Ibn Ziaten, transformant sa douleur en engagement après l’assassinat de son fils par Mohammed Merah, ou un long travail ­réflexif sur l’histoire...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-19"> ¤ L’aimable courtoisie des salons des Lumières a-t-elle nourri un « féminisme à  la française » plus sensible au « doux commerce » entre les sexes que le féminisme anglo-saxon ? Enquête auprès d’historiennes, de sociologues et de philosophes aux analyses contradictoires.
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La galanterie, un mythe national ?

L’aimable courtoisie des salons des Lumières a-t-elle nourri un « féminisme à  la française » plus sensible au « doux commerce » entre les sexes que le féminisme anglo-saxon ? Enquête auprès d’historiennes, de sociologues et de philosophes aux analyses contradictoires.



Le Monde
 |    01.02.2018 à 13h00
 • Mis à jour le
02.02.2018 à 06h41
    |

            Anne Chemin








                        



                                


                            

L’idée s’invite à demi-mot dans les controverses sur l’affaire Weinstein, affleure entre les lignes des tribunes sur le mouvement ­#metoo, nourrit les arrière-pensées des polémistes qui débattent du harcèlement sexuel : certains ont l’intuition, parfois même la certitude, que la France n’est pas tout à fait un pays comme les autres, que la galanterie des ­salons de l’Ancien Régime y a nourri un commerce harmonieux entre les sexes et que la subtilité du ­féminisme français vaut mieux que la radicalité du ­féminisme américain. Que l’Hexagone, en bref, est un îlot de civilité où les hommes et les femmes ont appris, au fil des siècles, à converser en paix.
Dans leur tribune sur la « liberté d’importuner », ­Catherine Deneuve et Catherine Millet ­ célèbrent cette singularité française en défendant la galanterie – qui n’a rien d’une « agression machiste » – mais aussi les hommes hâtivement condamnés alors qu’ils ont simplement « touché un genou ou tenté de voler un baiser ».
L’islamologue Olivier Roy moque au ­contraire cette « haute » culture en raillant les sites conservateurs qui « se gaussent discrètement de l’hystérie (si ! si !) des campagnes contre le harcèlement, qui noieraient la “séduction à la française” chère à nos films en noir et blanc sous la tyrannie du puritanisme américain d’Hollywood » (Le Monde du 10 janvier).

Il y a une vingtaine d’années, un ouvrage a donné à cette notion de « singularité » française ses lettres de noblesse intellectuelles : en 1995, dans Les Mots des femmes (Gallimard), l’historienne Mona Ozouf, ­spécialiste de la Révolution, estime que la France est la patrie d’un commerce « apaisé » entre les hommes et les femmes. « La revendication de l’égalité des êtres demeure fondamentale, mais peut se combiner avec la mise en valeur de différences toujours ­tenues pour subordonnées ; vécues du même coup sans ­anxiété et même utilisées...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-20"> ¤ Selon une enquête publiée par le Crédit foncier, les sondés projettent de demeurer en moyenne vingt et un ans dans leur logement lors de leur installation.
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Les Français consacrent près de 40 % de leur budget au logement

Selon une enquête publiée par le Crédit foncier, les sondés projettent de demeurer en moyenne vingt et un ans dans leur logement lors de leur installation.



Le Monde
 |    01.02.2018 à 12h42
 • Mis à jour le
01.02.2018 à 13h18
    |

            Jérôme Porier








                        



   


La plupart des Français estiment vivre dans un logement qui correspond à leurs besoins. Ce constat ressort d’une étude réalisée, début 2018, par le cabinet Elabe pour le Crédit foncier, auprès de 2 400 personnes.
Lors de leur installation, les Français projettent de demeurer en moyenne vingt et un ans dans leur logement. Les statistiques officielles de l’Insee corroborent ce chiffre : ils estiment à dix-sept ans la durée moyenne d’occupation d’une habitation par un ménage donné.

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                Immobilier : les taux d’intérêt devraient rester attractifs en 2018



Pour autant, plus de la moitié des Français (52 %) affirment que trouver le logement correspondant à leurs besoins a été difficile. Et, sur ce point également, les prix de l’immobilier influent sur les différences d’appréciation. Alors que six habitants d’Ile-de-France sur dix ont eu des difficultés à trouver leur logement, la proportion est quasiment inverse parmi les résidents des villes de moins de 20 000 habitants, 56 % jugeant qu’il leur a été facile de se loger.
Des Français plutôt satisfaits de leur logement
Selon cette étude, les personnes interrogées déclarent, propriétaires et locataires confondus, consacrer près de 40 % (38,4 %) de leurs dépenses mensuelles au logement. Le poids de ce budget consacré au logement peut être diminué pour certains par des aides dont ils peuvent bénéficier.
Quatre personnes interrogées sur cinq répondent que le logement qu’elles occupent correspond totalement (9 %) ou en grande partie (70 %) à leurs besoins ; 85 % d’entre elles considèrent leur habitation comme un cocon et un lieu de vie pour recevoir. Seuls 14 % des Français décrivent un logement purement fonctionnel, « un lieu de passage, un toit sous lequel dormir ».

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                Un marché immobilier toujours aussi dynamique en janvier



Parmi les critères « qui comptent » pour choisir ce logement, arrivent aux premiers rangs son coût mensuel, le type d’habitation (maison ou appartement), l’état général, la surface totale, le nombre de pièces et l’exposition ou la luminosité. Concernant la localisation et l’environnement du logement, ils ajoutent la proximité aux lieux fréquentés (travail pour les actifs, établissements scolaires pour les parents) et le calme.
Les propriétaires sont plus satisfaits que les locataires
Les trois quarts des personnes interrogées au moins déclarent avoir réussi à trouver un logement répondant à leurs besoins. Le niveau de satisfaction est d’autant plus élevé dans les lieux où les prix de l’immobilier sont bas, c’est-à-dire dans les communes de moins de 20 000 habitants et en province. Autre constat : les propriétaires sont plus satisfaits que les locataires, et les occupants de maisons davantage que ceux d’appartements.
Enfin, les dispositifs publics d’aide au logement, qui constituent un des facteurs qui expliquent le dynamisme immobilier des dernières années, sont bien connus des Français : 77 % pour les aides au logement et 62 % pour le prêt à taux zéro.



                            


                        

                        

