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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-1"> ¤ Pour la présidente de l’ONG One, Gayle E. Smith, une éducation de qualité permet de réduire l’extrême pauvreté et favorise la paix et la sécurité.
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Point de vue

« Investissons dans l’éducation, cela rapportera »

Pour la présidente de l’ONG One, Gayle E. Smith, une éducation de qualité permet de réduire l’extrême pauvreté et favorise la paix et la sécurité.


LE MONDE
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        Le 01.02.2018 à 17h24

     •
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        Mis à jour le 01.02.2018 à 17h28






    
Une classe de l’école pilote Partenariat mondial pour l’éducation à Tivavouane, près de Dakar, le 31 janvier 2018. Le Sénégal héberge, à partir du 2 février, la troisième conférence de reconstitution du Partenariat mondial pour l’éducation (PME).
Crédits : SEYLLOU / AFP


Tribune. Choisir de ne pas investir dans une éducation de qualité pour toutes les filles et tous les garçons du monde serait en réalité une économie très coûteuse. Une récente étude menée par l’organisation que je dirige, l’ONG One, montre que, chaque jour, dans les pays en développement, on pourrait éviter le décès de 2 800 personnes si on améliorait l’accès à une éducation de qualité. De plus, offrir le même niveau d’éducation aux filles et aux garçons pourrait rapporter plus de 308 millions de dollars par jour aux pays les plus pauvres. C’est pourquoi nous ne devons pas prendre à la légère les investissements à réaliser pour faire respecter le droit de chaque enfant à apprendre à lire, écrire, compter et avoir accès aux informations essentielles sur la santé ou la nutrition, ou pour comprendre et façonner le monde et la société dans laquelle nous vivons tous.

        Lire notre série consacrée à l’éducation
         

          La classe africaine



Offrir une éducation de qualité à tous les enfants de la planète est indéniablement l’un des plus grands défis de notre époque. Mais c’est un combat que nous pouvons et devons mener de front.
Réduire l’extrême pauvreté
Investir dans une éducation primaire et secondaire de qualité peut être extrêmement fructueux sur le long terme, au-delà des bénéfices que cela apporte à chaque enfant individuellement. L’éducation permet de réduire l’extrême pauvreté, est vecteur de prospérité économique, aide à l’émancipation des femmes et des filles, améliore la santé et soutient la paix et la sécurité.

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                L’Ethiopie mise sur la formation d’une main-d’œuvre qualifiée pour s’industrialiser



Pourtant, trop nombreux sont les chefs d’Etat qui traînent des pieds et tardent à répondre à cette crise mondiale de l’éducation. Mais ce vendredi 2 février, à Dakar, ils auront l’occasion de changer la donne lorsqu’ils assisteront à la conférence de reconstitution du Partenariat mondial pour l’éducation (PME). Il est temps que nos dirigeants comprennent que chaque année qu’un enfant passe sans aller à l’école n’est pas seulement une opportunité gâchée pour cet enfant, mais aussi une grande perte pour le monde entier.
La bonne nouvelle, c’est que nous savons comment relever ce défi historique et mettre fin à cette situation d’urgence.
Les chefs d’Etats africains que j’ai rencontrés au sommet de l’Union africaine à Addis-Abeba en Ethiopie il y a quelques jours ont bien compris la gravité de la situation. Ils agissent en conséquence et déploient les efforts budgétaires pour atteindre l’objectif défini par le PME d’allouer 20 % de leurs ressources domestiques à l’éducation, et apportent les changements nécessaires à leurs politiques éducatives. Ils sont parfaitement conscients des opportunités à saisir pour relever les défis qui les attendent : la population africaine va doubler d’ici à 2050, et la jeunesse du continent sera dix fois plus nombreuse que la jeunesse européenne.

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                Alpha Condé : « Les crises africaines seront de plus en plus résolues par les Africains »



Réduire les inégalités de genre
Prenons pour exemple le Sénégal, qui a récemment augmenté ses investissements dans l’éducation, en particulier pour les filles, et a amélioré le suivi de ces dépenses. Ce pays est aussi le co-organisateur de la conférence de reconstitution du PME, avec la France, ce qui en fait un événement véritablement historique, puisque c’est la première fois qu’une conférence de reconstitution des financements d’une organisation internationale aura lieu sur le continent africain. Celui-ci pourrait véritablement changer la donne. S’il est financé à hauteur des besoins, le Partenariat mondial pour l’éducation pourrait permettre à 26 millions d’enfants supplémentaires de finir leur scolarité, à 1,7 million de nouveaux professeurs d’être formés, et à 23 000 salles de classes de voir le jour d’ici à 2020.

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                A l’université panafricaine de Yaoundé, on rêve de changer le continent



Mais ce n’est pas tout. Si nous faisons ce qu’il faut pour faire face à cette crise de l’éducation, nous en profiterons tous. Si toutes les filles terminaient l’école primaire en Afrique subsaharienne, la mortalité infantile pourrait chuter de 70 %. Au niveau mondial, réduire les inégalités de genre à l’école pourrait rapporter entre 112 et 152 milliards de dollars aux pays en développement.
C’est très simple : si nous investissons, cela rapportera. Nous y gagnerons un monde en meilleure santé, un monde plus sûr, un monde plus riche, bref, un monde meilleur. Au contraire, si nous n’investissons pas, cela nous coûtera cher. Nous avons tout cela à y perdre, mais nous y perdrons également tous ces avenirs brillants qui pourraient éclairer le monde.

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Pourtant, malgré tous ces bénéfices que nous connaissons, les investissements dans le secteur de l’éducation ont reculé au cours des dix dernières années. La question qui se posera le 2 février à Dakar sera donc de savoir si les dirigeants du monde sont prêts à faire le bon choix et à investir massivement pour une éducation de qualité dans les pays les plus pauvres. Parce qu’ils ont tout à perdre s’ils ne le font pas.
Gayle E. Smith, Présidente et Directrice internationale de l’ONG One, a précédemment occupé le rôle d’adjointe spéciale auprès de Barack Obama et de Bill Clinton, de directrice principale pour le développement et la démocratie au Conseil national de sécurité, où elle a aussi été directrice des affaires africaines. Gayle E. Smith a également fondé le programme de sécurité durable au Center for American Progress, et a co-fondé le projet ENOUGH ainsi que le Modernising Foreign Assistance Network.


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-2"> ¤ En fonction de différents facteurs sociaux, les relations entre femmes et hommes prennent des formes diverses.
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Les pratiques amoureuses d’aujourd’hui

En fonction de différents facteurs sociaux, les relations entre femmes et hommes prennent des formes diverses.



Le Monde
 |    01.02.2018 à 14h25
 • Mis à jour le
01.02.2018 à 15h59
    |

            Anne Chemin








                        



                                


                            

Peut-on déceler, dans les pratiques amoureuses d’aujourd’hui, une « exception française », pour ­reprendre le mot de la philosophe Elisabeth ­Badinter ? Sylvie Chaperon, qui a codirigé, avec Christine Bard, le Dictionnaire des féministes (PUF, 2017), en doute. « La double norme morale entre hommes et femmes, qui est la marque même du sexisme, est encore très prononcée. Si l’on observe la sexualité hors mariage ou le nombre de partenaires masculins, les écarts hommes-femmes sont plus accusés en France que dans les pays du nord de l’Europe. »
Age au premier rapport, différence d’âge entre les partenaires, nombre de compagnons : dans une enquête publiée en 1997 dans la revue Population (« Initiation sexuelle et genre : comparaison des évolutions de douze pays européens »), les sociologues Michel Bozon et Osmo Kontula constatent que l’Europe du Sud est marquée par un « double modèle de comportement fondé sur le genre » alors que les pays du Nord – Scandinavie, Belgique, Pays-Bas, Allemagne – sont nettement plus ­« égalitaires » grâce à une « émancipation féminine assez avancée ». La France, elle, « rappelle, sous un mode atténué » les pays du Sud.
Pratiques amoureuses et représentations sociales
Pour Isabelle Clair, chargée de recherches au CNRS, « les discours sur “l’exception” française, qui présentent la “civilité” des relations entre hommes et femmes comme une caractéristique nationale, font comme s’il existait un “style” français en la matière. Mais c’est un mythe : en fonction des milieux sociaux, des niveaux de diplômes, des âges, des générations et des contextes – au travail, en famille, dans la rue –, les relations entre hommes et femmes prennent des formes diverses. »
La sociologue insiste en outre sur les liens entre les pratiques amoureuses et les représentations sociales. « Plus on accorde de l’importance à la différenciation entre les sexes,...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-3"> ¤ Dans sa chronique, le chercheur au CNRS Thibault Gajdos estime qu’en matière d’immigration le gouvernement gagnerait à faire preuve de pédagogie et de courage plutôt que de reprendre à son compte un discours anxiogène et mensonger.
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Pourquoi choisir le discours de la peur contre les réfugiés ?

Dans sa chronique, le chercheur au CNRS Thibault Gajdos estime qu’en matière d’immigration le gouvernement gagnerait à faire preuve de pédagogie et de courage plutôt que de reprendre à son compte un discours anxiogène et mensonger.



Le Monde
 |    01.02.2018 à 14h10
    |

                            Thibault Gajdos (Chercheur au CNRS)








                        



                                


                            

Politiques publiques. Selon le gouvernement, la France ferait face à une pression migratoire insoutenable. Elle ne saurait donc accueillir les réfugiés menacés dans leur pays qu’à condition d’être « intraitable » – pour reprendre les termes d’Emmanuel Macron – envers ceux qui ne relèveraient pas du droit d’asile. C’est par conséquent au nom même de l’exigence d’hospitalité que la France devrait conduire une politique migratoire d’une brutalité sans précédent depuis la seconde guerre mondiale.
Prétendre que la France est menacée par une vague migratoire à laquelle elle n’aurait pas les moyens économiques de faire face relève du pur mensonge
Ce discours ne résiste cependant pas un instant à l’analyse. Selon le ministre de l’intérieur, Gérard Collomb, « il y a 95 000 demandes d’asile par an, c’est-à-dire une grande ville chaque année. Si nous accueillions tout le monde, nous ne pourrions pas le faire dans de bonnes conditions ». Pour bien comprendre de quoi l’on parle, notons que la France comptait 4 réfugiés pour 1 000 habitants en 2015, contre 8 en Suisse, 15 en Suède, 24 en Turquie et 209 au Liban. Et, selon Gérard Collomb, elle serait incapable d’accueillir décemment 1,5 réfugié par an pour 1 000 habitants, soit l’équivalent du public à un concert au Stade de France ?
Prétendre que la France est menacée par une vague migratoire à laquelle elle n’aurait pas les moyens économiques de faire face relève du pur mensonge. Quant à la distinction entre les « bons » migrants (qui relèvent du droit d’asile) et les autres (qu’il faut refouler implacablement), elle n’est pas, et de loin, aussi évidente que le gouvernement le prétend.
Car la convention de Genève sur les réfugiés laisse une part d’appréciation notable aux pays d’accueil. Ainsi, l’Allemagne a accordé en 2015 le droit d’asile à toutes les personnes venant de Syrie, tandis que la France ne l’a accordé qu’à 60 % d’entre elles, les autres n’ayant...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-4"> ¤ Dans sa chronique mensuelle, le journaliste au « Monde » Antoine Reverchon revient, après le Forum de Davos, sur le débat qui agite économistes, patrons et politiques autour de l’« objet social de l’entreprise ».
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Les entreprises au secours du « bien commun »

Dans sa chronique mensuelle, le journaliste au « Monde » Antoine Reverchon revient, après le Forum de Davos, sur le débat qui agite économistes, patrons et politiques autour de l’« objet social de l’entreprise ».



Le Monde
 |    01.02.2018 à 14h00
 • Mis à jour le
01.02.2018 à 14h07
    |

            Antoine Reverchon








                        



                                


                            
Matière grise. Réunis du 23 au 26 janvier, à Davos, pour le Forum économique mondial, les dirigeants des grandes entreprises ont exprimé leurs préoccupations face à la montée des catastrophes naturelles et des inégalités sociales. Emmanuel Macron les a appelés à participer au « bien commun » en luttant contre le réchauffement climatique… ou en payant leurs impôts.
Le 12 janvier, Larry Fink, patron de BlackRock, l’un des plus gros fonds d’investissement mondiaux, a demandé aux dirigeants des entreprises où il investit de poursuivre des objectifs sociaux, environnementaux et de « bonne gouvernance », au-delà de ceux de rentabilité financière. En France, le gouvernement souhaiterait inscrire dans le statut juridique des sociétés des missions environnementales et sociales.
Ce retour en force du thème de la responsabilité sociale des entreprises s’accompagne d’un discours non plus défensif, mais offensif
Les plus sceptiques seront tentés de ne voir dans tout cela qu’un hypocrite rideau de fumée pour faire oublier des pratiques aussi peu avouables que, pour en rester aux révélations récentes, l’évasion fiscale (« Paradise Papers »), le financement du terrorisme (affaire Lafarge), le camouflage des émissions polluantes (« dieselgate »), etc. Mais la nouveauté est que ce retour en force du thème de la responsabilité sociale des entreprises s’accompagne d’un discours non plus défensif, mais offensif, affirmant que l’entreprise est la mieux placée pour œuvrer en faveur du bien commun.
« Une nouvelle répartition des missions se profile. Les Etats, qui voient leurs ressources financières se raréfier, continuent à réguler mais ils modifient leur mode d’intervention. Pour faire avancer les grandes causes environnementales ou sociales, ils nouent des partenariats avec les entreprises désireuses de s’impliquer davantage dans les domaines de la responsabilité », écrivent sans fausse modestie dans une tribune au Monde les dirigeants...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-5"> ¤ Dans une tribune au « Monde », Félix Blanc, de l’ONG Internet sans frontières, estime que le gigantesque réseau véhiculant sous la mer, dans la plus grande opacité, la presque totalité du trafic intercontinental de données doit être placé au service de l’intérêt général.
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Internet : « Les câbles sous-marins doivent devenir un outil démocratique au service du plus grand nombre »

Dans une tribune au « Monde », Félix Blanc, de l’ONG Internet sans frontières, estime que le gigantesque réseau véhiculant sous la mer, dans la plus grande opacité, la presque totalité du trafic intercontinental de données doit être placé au service de l’intérêt général.



Le Monde
 |    01.02.2018 à 14h00
 • Mis à jour le
01.02.2018 à 14h40
    |

Félix Blanc (Responsable du bureau   « politiques publiques » de l’ONG Internet sans frontières)







                        



                                


                            
Tribune. Le succès d’Internet n’aurait pas été possible sans le vaste réseau de câbles sous-marins qui étendent leur empire au fond des océans, sur plus d’un million de kilomètres, y véhiculant 99 % du trafic intercontinental de données et près de 10 000 milliards de dollars (8 000 milliards d’euros) de transactions quotidiennes. Dans la plus grande opacité, quelques entreprises de télécommunication et de géants du Web en contrôlent la concep­tion, le déploiement et l’exploitation, profitant de leur position dominante.
Les conséquences de cette hyperconcentration technologique sont économiquement dévastatrices et politiquement liberticides. L’inégalité d’accès à la bande passante internationale, sensible dans les régions les plus éloignées des centres d’interconnexion, se double d’un sentiment de suspicion généralisée, les données transitant par ces voies étant étroitement surveillées.
Il faudrait y ajouter les atteintes à la neutralité du Net, attisées par la rivalité pour le contrôle du trafic, ou encore les coupures d’Internet, partielles ou totales, qui adviennent régulièrement au point d’atterrage des câbles sous-marins. Provoquées par des Etats autoritaires, le plus souvent avec le concours des opérateurs, ces coupures sont régulièrement dénoncées par la campagne internationale #keepiton, dont l’ONG Internet sans frontières est partie prenante.
Bien commun mondial
Les infrastructures de la conversation mondiale doivent donc être élevées au rang de bien commun mondial et leurs règles de gestion discutées publiquement, d’autant plus que les normes internationales assurant la protection des câbles sous-marins ne sont plus à la hauteur des nombreuses menaces qui pèsent sur eux, notamment en temps de guerre. Dans cette perspective, deux initiatives méritent une attention particulière.
Le nouveau câble sous-marin (EllaLink) qui connectera directement l’Amérique latine à l’Europe est représentatif des défis que doit relever...



                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-6"> ¤ L’avocat Emmanuel Daoud et l’élève-avocate Clara Auffret expliquent, dans une tribune au « Monde », combien les interventions de deux ministres de la République dans deux affaires judiciaires en cours portent atteinte à l’indépendance de la justice.
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« L’immixtion de membres du gouvernement dans une procédure pénale ne peut qu’être fermement condamnée »

L’avocat Emmanuel Daoud et l’élève-avocate Clara Auffret expliquent, dans une tribune au « Monde », combien les interventions de deux ministres de la République dans deux affaires judiciaires en cours portent atteinte à l’indépendance de la justice.



Le Monde
 |    01.02.2018 à 13h27
    |

Emmanuel Daoud (avocat au Barreau de Paris) et Clara Auffret (élève-avocate)







                        



                                


                            
Tribune. L’actualité de deux affaires très médiatisées nous conduit à rappeler les principes essentiels au bon fonctionnement de notre justice dans une société démocratique que sont la séparation des pouvoirs et la présomption d’innocence. En effet, deux ministres de la République les ont violés à l’occasion des dossiers de Jawad Bendaoud et Jonathann Daval, et dans une simultanéité de temps qui ne laisse pas d’interroger.
Tout d’abord, Nicole Belloubet, garde des sceaux, intervient sur RTL, le 30 janvier, pour disqualifier l’attitude de Jawad Bendaoud, en affirmant : « Son attitude, qui est inqualifiable lors du procès, n’a aucune conséquence sur la sanction qui lui est appliquée. »
Le lendemain matin, Marlène Schiappa, secrétaire d’Etat chargée de l’égalité entre les femmes et les hommes, s’exprime pour condamner les propos tenus par l’un des avocats de Jonathann Daval : « Nous dire, elle a une personnalité écrasante et c’est pour cela qu’elle a été assassinée, je trouve ça proprement scandaleux. » « En disant cela, on légitime les féminicides, on légitime le fait que tous les trois jours une femme soit tuée sous les coups de son conjoint. »
Principe fondamental
Le principe de la séparation des pouvoirs, dont Locke et Montesquieu ont été les promoteurs, est consacré à l’article 16 de la Déclaration des droits de l’Homme et du Citoyen de 1789. La volonté du président de la République – exprimée au cours de la rentrée solennelle 2018 de la Cour de cassation – d’assurer l’effectivité du principe de la séparation des pouvoirs, a été mise à mal par l’intervention de ses deux ministres.

Ainsi, Mmes Nicole Belloubet et Marlène Schiappa, en leur qualité de ministres et d’autorités publiques, ont porté indéniablement atteinte à l’indépendance de la justice, en commentant des procédures pénales en cours. La présomption d’innocence est consacrée à l’article 6§2 de la Convention européenne...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-7"> ¤ La chercheuse revient sur une définition qu’elle avait donné en 2011 sur une certaine façon, en France, de vivre la séduction.
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Le « féminisme à la française », selon la sociologue Irène Théry

La chercheuse revient sur une définition qu’elle avait donné en 2011 sur une certaine façon, en France, de vivre la séduction.



Le Monde
 |    01.02.2018 à 13h00
 • Mis à jour le
01.02.2018 à 13h37
    |

            Anne Chemin








                        



                                


                            

La sociologue Irène Théry a écrit en 2011 que le « féminisme à la française » était « fait d’une ­certaine façon de vivre et pas seulement de ­penser, qui refuse les ­impasses du politiquement correct, veut les droits égaux des sexes et les ­plaisirs asymétriques de la séduction, le respect absolu du consentement et la surprise délicieuse des baisers volés ». Nous lui avons demandé si, aujourd’hui, elle reprendrait cette définition. Voici sa réponse.
« Oui, je la reprendrais, à la virgule près. Vous savez, il arrive que des sociologues polissent leurs phrases et c’était le cas de celle-ci, dont j’ai choyé chaque mot. Féminisme “à la ­française” et pas féminisme “français”. Car je pensais à un seul parmi les nombreux courants parfois opposés qui coexistent en France : le ­féminisme universaliste, qui avait signalé ­quelque temps auparavant son scepticisme par rapport à la parité, un mal nécessaire certes très efficace, mais dont le risque est toujours d’essentialiser la différence entre hommes et femmes (y compris en la voyant comme le ­produit d’un conditionnement non pas naturel mais culturel) et d’enfermer chaque sexe dans une moitié d’humanité.
Un style
Or ce féminisme universaliste n’est pas ­seulement une théorie, c’est aussi autre chose, de plus impalpable : un style. J’admire depuis toujours le chic de Mona Ozouf, si élégante comme personne, si attentive à l’écriture de ses livres et au verbe de ses conférences, témoins de la considération qu’elle porte à ses lecteurs et ­auditeurs. Un style tout de sobriété et d’une grande probité morale.
Sur le fond de la pensée, ce style consiste à ne jamais se contenter des diktats du moment, fussent-ils ­féministes, mais à rechercher toujours la justesse et la simplicité d’expression. Seule une lucidité exceptionnelle, comme celle de Latifa Ibn Ziaten, transformant sa douleur en engagement après l’assassinat de son fils par Mohammed Merah, ou un long travail ­réflexif sur l’histoire...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-8"> ¤ L’aimable courtoisie  des salons des Lumières  a-t-elle nourri  un « féminisme à  la française »  plus sensible  au « doux commerce »  entre les sexes  que le féminisme  anglo-saxon ?  Enquête auprès  d’historiennes,  de sociologues  et de philosophes  aux analyses  contradictoires.
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La galanterie, un mythe national ?

L’aimable courtoisie  des salons des Lumières  a-t-elle nourri  un « féminisme à  la française »  plus sensible  au « doux commerce »  entre les sexes  que le féminisme  anglo-saxon ?  Enquête auprès  d’historiennes,  de sociologues  et de philosophes  aux analyses  contradictoires.



Le Monde
 |    01.02.2018 à 13h00
 • Mis à jour le
01.02.2018 à 15h59
    |

            Anne Chemin








                        



                                


                            

L’idée s’invite à demi-mot dans les controverses sur l’affaire Weinstein, affleure entre les lignes des tribunes sur le mouvement ­#metoo, nourrit les arrière-pensées des polémistes qui débattent du harcèlement sexuel : certains ont l’intuition, parfois même la certitude, que la France n’est pas tout à fait un pays comme les autres, que la galanterie des ­salons de l’Ancien Régime y a nourri un commerce harmonieux entre les sexes et que la subtilité du ­féminisme français vaut mieux que la radicalité du ­féminisme américain. Que l’Hexagone, en bref, est un îlot de civilité où les hommes et les femmes ont appris, au fil des siècles, à converser en paix.
Dans leur tribune sur la « liberté d’importuner », ­Catherine Deneuve et Catherine Millet ­célèbrent cette singularité française en défendant la galanterie – qui n’a rien d’une « agression machiste » – mais aussi les hommes hâtivement condamnés alors qu’ils ont simplement « touché un genou ou tenté de voler un baiser ». L’islamologue Olivier Roy moque au ­contraire cette « haute » culture en raillant les sites conservateurs qui « se gaussent discrètement de l’hystérie (si ! si !) des campagnes contre le harcèlement, qui noieraient la “séduction à la française” chère à nos films en noir et blanc sous la tyrannie du puritanisme américain d’Hollywood » (Le Monde du 10 janvier).

Il y a une vingtaine d’années, un ouvrage a donné à cette notion de « singularité » française ses lettres de noblesse intellectuelles : en 1995, dans Les Mots des femmes (Gallimard), l’historienne Mona Ozouf, ­spécialiste de la Révolution, estime que la France est la patrie d’un commerce « apaisé » entre les hommes et les femmes. « La revendication de l’égalité des êtres demeure fondamentale, mais peut se combiner avec la mise en valeur de différences toujours ­tenues pour subordonnées ; vécues du même coup sans ­anxiété et même utilisées avec bonheur,...




                        

                        


<article-nb="2018/02/01/19-9">
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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-9"> ¤ Selon une enquête publiée par le Crédit foncier, les sondés projettent de demeurer en moyenne vingt et un ans dans leur logement lors de leur installation.
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Les Français consacrent près de 40 % de leur budget au logement

Selon une enquête publiée par le Crédit foncier, les sondés projettent de demeurer en moyenne vingt et un ans dans leur logement lors de leur installation.



Le Monde
 |    01.02.2018 à 12h42
 • Mis à jour le
01.02.2018 à 13h18
    |

            Jérôme Porier








                        



   


La plupart des Français estiment vivre dans un logement qui correspond à leurs besoins. Ce constat ressort d’une étude réalisée, début 2018, par le cabinet Elabe pour le Crédit foncier, auprès de 2 400 personnes.
Lors de leur installation, les Français projettent de demeurer en moyenne vingt et un ans dans leur logement. Les statistiques officielles de l’Insee corroborent ce chiffre : ils estiment à dix-sept ans la durée moyenne d’occupation d’une habitation par un ménage donné.

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                Immobilier : les taux d’intérêt devraient rester attractifs en 2018



Pour autant, plus de la moitié des Français (52 %) affirment que trouver le logement correspondant à leurs besoins a été difficile. Et, sur ce point également, les prix de l’immobilier influent sur les différences d’appréciation. Alors que six habitants d’Ile-de-France sur dix ont eu des difficultés à trouver leur logement, la proportion est quasiment inverse parmi les résidents des villes de moins de 20 000 habitants, 56 % jugeant qu’il leur a été facile de se loger.
Des Français plutôt satisfaits de leur logement
Selon cette étude, les personnes interrogées déclarent, propriétaires et locataires confondus, consacrer près de 40 % (38,4 %) de leurs dépenses mensuelles au logement. Le poids de ce budget consacré au logement peut être diminué pour certains par des aides dont ils peuvent bénéficier.
Quatre personnes interrogées sur cinq répondent que le logement qu’elles occupent correspond totalement (9 %) ou en grande partie (70 %) à leurs besoins ; 85 % d’entre elles considèrent leur habitation comme un cocon et un lieu de vie pour recevoir. Seuls 14 % des Français décrivent un logement purement fonctionnel, « un lieu de passage, un toit sous lequel dormir ».

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                Un marché immobilier toujours aussi dynamique en janvier



Parmi les critères « qui comptent » pour choisir ce logement, arrivent aux premiers rangs son coût mensuel, le type d’habitation (maison ou appartement), l’état général, la surface totale, le nombre de pièces et l’exposition ou la luminosité. Concernant la localisation et l’environnement du logement, ils ajoutent la proximité aux lieux fréquentés (travail pour les actifs, établissements scolaires pour les parents) et le calme.
Les propriétaires sont plus satisfaits que les locataires
Les trois quarts des personnes interrogées au moins déclarent avoir réussi à trouver un logement répondant à leurs besoins. Le niveau de satisfaction est d’autant plus élevé dans les lieux où les prix de l’immobilier sont bas, c’est-à-dire dans les communes de moins de 20 000 habitants et en province. Autre constat : les propriétaires sont plus satisfaits que les locataires, et les occupants de maisons davantage que ceux d’appartements.
Enfin, les dispositifs publics d’aide au logement, qui constituent un des facteurs qui expliquent le dynamisme immobilier des dernières années, sont bien connus des Français : 77 % pour les aides au logement et 62 % pour le prêt à taux zéro.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-10"> ¤ Verbatim. Lors de l’audience solennelle de rentrée du tribunal de Bobigny, la procureure de la République, a lancé un appel au secours sur la capacité de la justice à répondre à la délinquance.
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Justice : l’appel au secours de la procureure de Bobigny

Verbatim. Lors de l’audience solennelle de rentrée du tribunal de Bobigny, la procureure de la République, a lancé un appel au secours sur la capacité de la justice à répondre à la délinquance.



Le Monde
 |    01.02.2018 à 11h45
 • Mis à jour le
01.02.2018 à 14h55
    |

Fabienne Klein-Donati (Procureure de Bobigny)







                        



                                


                            
« Le Monde » reproduit le texte lu par la procureure de la République de Bobigny, Fabienne Klein-Donati, lundi 29 janvier, lors de l’audience solennelle de rentrée du tribunal de grande instance de Bobigny. En 2017, 168 888 affaires ont été traitées avec les 56,6 postes de magistrats du parquet de Seine-Saint-Denis. Elle reconnaît que la « réponse pénale » de la justice se dégrade et dresse un bilan inquiétant de l’évolution de la délinquance dans ce département où la pauvreté et le chômage battent des records nationaux. Elle réclame des « mesures exceptionnelles pour un département exceptionnel ». Voici les principaux extraits de son intervention.

« Il est remarquable qu’en dépit d’une délinquance quotidienne qui désespère, tant le sentiment est fort de vider un puits sans fond, les magistrats de ce parquet gardent chevillé en eux le sens de leur mission au service de leurs concitoyens. (…)
La situation demeure préoccupante et le demeurera tant que la juridiction ne sera pas renforcée en conséquence des besoins. 418 dossiers d’instruction stagnent dans les rayons, sans réelle perspective ni à court terme ni à moyen terme. (…)
Plus préoccupant encore : la dégradation de la réponse pénale. Faute de ces moyens, le parquet est contraint quotidiennement de dégrader la réponse ou de la différer. Quand le taux national de poursuites est de 50 % des affaires poursuivables, il est de 31 % ici. Quand le taux des mesures alternatives est de 43 % au niveau national, il frise 50 % ici. Notre taux de réponse pénale est voisin du taux national, mais la nature de la réponse renvoie un message peu audible aux victimes, peu audible aux enquêteurs qui ont mis leur énergie à élucider les affaires et interpeller les auteurs et par contre très audible des délinquants.
Cette juridiction devrait avoir deux audiences de comparutions immédiates par jour ; elle devrait pouvoir doubler le nombre quotidien de comparutions...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-11"> ¤ Editorial. En poussant le PDG de Radio France vers la sortie, le gouvernement ne se facilite pas la tâche pour mener une réforme en profondeur de l’audiovisuel public.
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Eviction de Mathieu Gallet : Radio France dans la tourmente

Editorial. En poussant le PDG de Radio France vers la sortie, le gouvernement ne se facilite pas la tâche pour mener une réforme en profondeur de l’audiovisuel public.



Le Monde
 |    01.02.2018 à 11h35
 • Mis à jour le
01.02.2018 à 11h57
   





                        


Editorial du « Monde ». Le Conseil supérieur de l’audiovisuel a donc tranché, mercredi 31 janvier. Quinze jours après la condamnation de Mathieu Gallet à un an de prison avec sursis et 20 000 euros d’amende pour « favoritisme » dans l’attribution de marchés publics lorsqu’il dirigeait l’Institut national de l’audiovisuel, le CSA a mis fin au mandat du PDG de Radio France.

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                Pourquoi le CSA a révoqué Mathieu Gallet de la présidence de Radio France



Inédite, cette décision était, à bien des égards, inévitable. S’il est garant de l’indépendance de l’audiovisuel public (Radio France et France Télévisions), le CSA l’est aussi du bon fonctionnement de ces entreprises, dont il nomme les présidents. Comme le Conseil l’a précisé, « pour assurer dans de bonnes conditions la gestion d’une société détenue à 100 % par l’Etat, il importe que les relations d’échange et de dialogue entre les représentants de l’Etat et le PDG de la société soient denses, confiantes et permanentes ». Surtout au moment où le gouvernement entend mener une vaste réforme de l’audiovisuel public. Or ce lien de confiance était clairement rompu : au lendemain de la condamnation de M. Gallet, la ministre de la culture avait jugé que cette situation, contraire à l’impératif d’« exemplarité », n’était « pas acceptable ». 
Un coup très dur
Au-delà du sort personnel de M. Gallet, cette révocation est un coup très dur pour Radio France. Sous sa présidence, après un début de mandat tendu, marqué par une longue grève des personnels, les radios publiques ont élaboré une stratégie, et retrouvé une cohésion et des audiences plus qu’encourageantes. Cette dynamique risque fort d’être stoppée net par la période d’apesanteur qui s’ouvre désormais. La procédure de nomination par le CSA, puis d’installation d’un nouveau patron de la Maison de la radio ne peut aboutir avant l’été, et le président intérimaire qui va être nommé ne pourra guère que gérer les affaires courantes.
La « maison ronde » n’est pas la seule victime de cette tempête. Le CSA en ressort évidemment affaibli. Certes, sa décision de mettre un terme prématuré au mandat de M. Gallet, qu’il avait nommé il y a quatre ans à la surprise générale, est logique. Elle n’en a pas moins été prise sous la pression explicite et publique du gouvernement. Cette situation est d’autant plus gênante que le président de la République a exprimé son intention, dans le cadre de la réforme à venir, de remettre en cause le pouvoir de nomination des patrons de France Télévisions et de Radio France par le CSA. Emmanuel Macron entend transférer cette responsabilité aux conseils d’administration de ces entreprises. L’imbroglio des mois à venir n’en est que plus complexe.

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                Qui est Jean-Luc Vergne, pressenti pour devenir président par intérim de Radio France ?



Quant au pouvoir exécutif, chef de l’Etat en tête, il peut se prévaloir d’avoir, sans hésiter, imposé aux entreprises publiques la discipline de la « République irréprochable » qu’il veut faire respecter. Mais il a pris le risque de déstabiliser l’audiovisuel public : après avoir annoncé – sans ménagement, mais sans précision – une réforme en profondeur de ce secteur, il a clairement poussé Mathieu Gallet vers la sortie.
Or cette réforme ne pourra s’élaborer qu’en partenariat avec des responsables capables de mobiliser leurs personnels. Voilà, pour de longs mois, le gouvernement privé d’un tel interlocuteur à Radio France. Il aurait tort de croire que cela lui laissera plus de liberté pour manœuvrer à sa guise. Car il n’échapperait pas, alors, au soupçon de chercher à reprendre en main les médias publics. Vieille et coupable tentation du pouvoir exécutif en France.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-12"> ¤ Le président américain a tweeté en janvier ce qu’aucun de ses prédécesseurs n’avait osé dire : la guerre d’Afghanistan ne prendra fin que lorsque les Pakistanais cesseront de l’entretenir, relève, dans sa chronique, Alain Frachon, éditorialiste au « Monde ».
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« Trump veut amener le Pakistan à cesser d’appuyer les talibans d’Afghanistan »

Le président américain a tweeté en janvier ce qu’aucun de ses prédécesseurs n’avait osé dire : la guerre d’Afghanistan ne prendra fin que lorsque les Pakistanais cesseront de l’entretenir, relève, dans sa chronique, Alain Frachon, éditorialiste au « Monde ».



Le Monde
 |    01.02.2018 à 10h26
    |

            Alain Frachon








                        



                                


                            
Chronique. Dans cette affaire, Donald Trump a raison. Le président américain a tweeté en janvier ce qu’aucun de ses prédécesseurs n’avait osé dire. La guerre d’Afghanistan ne prendra fin que lorsque les Pakistanais cesseront de l’entretenir. Le Pakistan est un « allié » de l’Amérique ? Tant pis. Trumpissime, Trump envoie promener les convenances diplomatiques.
Cette guerre dure depuis seize ans. Elle est la plus longue que les Etats-Unis aient jamais menée. Jésuites, les militaires américains disent : en Afghanistan, nous ne perdons pas, mais nous ne gagnons pas non plus. L’actualité est plus cruelle. A intervalles réguliers, elle renvoie le Pentagone à ce qu’il faut bien appeler un échec.

Du 20 au 29 janvier, quatre attaques des talibans – ces insurgés afghans qui mènent le combat contre le gouvernement de Kaboul – ont tué plus de 150 personnes et en ont blessé des centaines d’autres – pour la plupart des civils. Cette série d’attentats a semé la désolation au cœur même de la capitale. Pour les neuf premiers mois de 2017, l’ONU a recensé la mort de 2 640 civils afghans, dont 700 enfants, tous, ou presque, tués par les talibans.
Un renfort va-t-il changer les choses ?
« Pourquoi sommes-nous – toujours – en Afghanistan ? », demande la presse américaine. La réponse officielle ne varie pas : pour empêcher Al-Qaida d’y revenir ; pour consolider le gouvernement central ; pour être en position de force dans une éventuelle négociation avec les talibans. Résultat ? Les groupes djihadistes sont de retour, les talibans plus actifs que jamais, et le gouvernement afghan est miné par la corruption et les rivalités ethniques.
A contre-cœur, Trump n’en a pas moins renouvelé le mandat de l’armée américaine. En juin 2017, il a accepté la demande du secrétaire à la défense, James Mattis, d’ajouter quelque 4 000 soldats au contingent des 9 000 Américains restés en Afghanistan – essentiellement pour entraîner...




                        

                        


<article-nb="2018/02/01/19-13">
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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-13"> ¤ Analyse. Pour la journaliste Laurence Caramel, le président de la République, qui s’est engagé à augmenter très fortement l’effort de solidarité en direction des pays les plus démunis, doit maintenant donner un calendrier précis à « ces efforts ».
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-13"> ¤                     
                                                   
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Les trop belles promesses d’Emmanuel Macron à l’Afrique ?

Analyse. Pour la journaliste Laurence Caramel, le président de la République, qui s’est engagé à augmenter très fortement l’effort de solidarité en direction des pays les plus démunis, doit maintenant donner un calendrier précis à « ces efforts ».



Le Monde
 |    01.02.2018 à 09h49
 • Mis à jour le
01.02.2018 à 11h09
    |

            Laurence Caramel (Service International)








                        



                                


                            

Analyse. Prudent, François Hollande n’avait promis aucune augmentation de l’aide publique au développement (APD). Emmanuel Macron a fait l’inverse en s’engageant, dès le début de son mandat, à accroître très fortement l’effort de solidarité en faveur des pays les plus pauvres. « [Cela] supposera des efforts, nous les ferons. Parce que ces efforts, c’est la contribution française à la réussite de tout un continent », ­­a-t-il répété, fin novembre 2017, devant les étudiants de l’université de Ouagadougou.
Augmenter l’aide de quelque 6 milliards d’euros, pour atteindre 15 milliards en 2022, représenterait une hausse sans précédent même si, rapporté à la richesse nationale, cet effort ne permettrait à la France que de rattraper le terrain cédé en vingt ans. Le chef de l’Etat a fixé pour objectif de porter l’APD à 0,55 % du produit intérieur brut (PIB) en 2022 contre un peu moins de 0,4 % actuellement. Le Royaume-Uni a atteint la cible internationale de 0,7 % en 2013 et l’Allemagne en 2016.
« Il ne peut exister un tel décalage entre l’image que la France veut donner et la réalité de l’APD » Hubert Julien-Laferrière député LRM
Plus d’une fois échaudées par des annonces sans lendemain, les ONG de solidarité internationale regroupées dans Coordination SUD n’entendent pas laisser passer l’occasion du comité interministériel de la coopération internationale et du développement (Cicid) prévu le 5 février pour obtenir du chef de l’Etat un calendrier précis. « Qui décide ? », se sont-elles interrogées publiquement, le 26 janvier, en dénonçant « les blocages » auxquels se livrerait, selon elles, le Trésor pour faire échouer l’annonce d’une trajectoire chiffrée sur le quinquennat.
De leur côté, quelques députés de La République en marche, conduits par Hubert Julien-Laferrière, rapporteur du budget de l’APD au sein de la commission des affaires étrangères, ont rappelé « qu’ils sont et resteront mobilisés »...




                        

                        


<article-nb="2018/02/01/19-14">
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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-14"> ¤ L’hygiène n’est pas un ensemble de gestes rituels ou obsessionnels, mais une partie de la médecine qui nécessite de la connaissance et de la réflexion, explique dans une tribune au « Monde » le médecin infectiologue et hygiéniste.
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Stéphane Gayet: « Il faut retrouver le sens de l’hygiène »

L’hygiène n’est pas un ensemble de gestes rituels ou obsessionnels, mais une partie de la médecine qui nécessite de la connaissance et de la réflexion, explique dans une tribune au « Monde » le médecin infectiologue et hygiéniste.



Le Monde
 |    01.02.2018 à 09h00
 • Mis à jour le
01.02.2018 à 13h38
    |

Stéphane Gayet (Médecin infectiologue et hygiéniste, Hôpitaux universitaires de Strasbourg)







                        



                                


                            
Tribune. Le terme « hygiène » est aujourd’hui dévoyé, car mal compris. Son mésusage actuel est à l’origine d’un fourvoiement langagier et d’erreurs comportementales préjudiciables.
Le mot « hygiène » provient d’un terme grec signifiant « sain », « bien portant ». L’hygiène est la partie de la médecine qui vise à conserver et à améliorer la santé. Dans la mythologie gréco-romaine, Hygie est la déesse de la santé, fille d’Esculape, dieu de la médecine.
On peut affirmer que toute mesure que l’on appelle en langage courant « hygiène » et qui ne concourt pas à notre santé ne relève pas de l’hygiène, mais d’autre chose qu’il faut appeler par son nom. Il existe en réalité plusieurs hygiènes : alimentaire, sexuelle, mentale…
Eviter les infections
Quand le mot « hygiène » est employé sans adjectif, il signifie généralement hygiène microbienne. C’est un ensemble de mesures visant à éviter les infections. L’hygiène, ainsi, intervient principalement en faisant obstacle à la contamination microbienne – c’est-à-dire à l’apport de bactéries ou de virus – et a pour objectif d’en écarter le danger.
Prenons deux exemples. Lorsque nous nous trouvons face à une personne malade de la grippe et qui tousse, nous sommes en présence d’un danger. Une mesure d’hygiène utile consiste à s’écarter à plus d’un mètre cinquante. Une autre, concernant la personne malade, à porter un masque antiprojection ou à défaut à mettre sa main devant sa bouche en toussant.
En période d’épidémie de gastro-entérite virale, après avoir serré la main d’une personne, il faut avoir conscience que notre main peut être contaminée par le virus pathogène circulant. Une mesure d’hygiène efficace consiste à se laver ou à se désinfecter les mains avant de toucher notre bouche ou tout élément susceptible d’entrer en contact avec elle (c’est simple en théorie, mais, en pratique, cela demandeun effort).
Se laver les mains à longueur de journée n’est pas de l’hygiène ;...



                        

                        


<article-nb="2018/02/01/19-15">
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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-15"> ¤ En 1967, Hubert Beuve-Méry crée un supplément littéraire qui deviendra vite l’incontournable du jeudi.
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« Le Monde des livres » a 50 ans : retour sur un demi-siècle d’histoires

En 1967, Hubert Beuve-Méry crée un supplément littéraire qui deviendra vite l’incontournable du jeudi.



Le Monde
 |    01.02.2018 à 08h00
 • Mis à jour le
01.02.2018 à 16h42
    |

            Raphaëlle Bacqué








                        



                                


                            

Il faut du cran à Jacqueline Piatier pour énoncer, chaque semaine, dans le bureau du rédacteur en chef Jacques Fauvet, le « menu » du « Monde des livres ». Autour d’elle, l’aréopage des hiérarques du journal, costumes gris fleuris parfois d’une rosette de la Légion d’honneur à la boutonnière, ressemble toujours un peu à une réunion de tuteurs veillant sur une héritière. Elle n’a pas peur, pourtant. Petite silhouette blonde aux grands yeux bleus, « Jacqueline » n’a pas son pareil pour évoquer avec précision et enthousiasme un livre dont elle entend faire la « une ».
Les jours précédents, elle recevait encore chez elle, dans la jolie maison qu’elle loue avec son mari boulevard Saint-Germain, toute l’école du Nouveau Roman, qu’elle tient pour LE mouvement littéraire essentiel de son temps. Claude Simon, d’abord, l’écrivain admiré devenu son ami. Et puis aussi Nathalie Sarraute, Michel Butor, Alain Robbe-Grillet et Catherine, son épouse, dont ­Jacqueline a lu le petit récit sadomasochiste – L’Image – publié aux Editions de Minuit sous le pseudonyme de Jean de Berg et deux fois censuré. Qui le sait, autour de ce bureau sévère de l’immeuble de la rue des Italiens ?
« Cher maître et ami, comment se porte l’Académie ? », demande le rédacteur en chef à Pierre-Henri Simon, qui vient d’être reçu sous la Coupole et tient le feuilleton littéraire, le « must » du « Monde des livres ». Jacqueline sourit derrière la fumée de ces blondes sans filtre qu’elle paraît allumer à la chaîne. Hubert Beuve-Méry lui a confié la direction d’un supplément consacré aux livres en 1967, après avoir lu, dans son bureau d’angle qui impressionne toujours les visiteurs avec son horloge rococo, une des premières grandes études sur le lectorat du journal.

Sur la liste de leurs rubriques préférées, les fidèles du Monde, mais aussi ceux qui ne l’achètent qu’une ou deux fois par semaine comme pour y butiner, affirment apprécier d’abord la politique...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-16"> ¤ Christ, Antéchrist et souveraineté : Gian Luca Potesta exhume les fondements politiques des prophéties médiévales.
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Les ruses de l’Apocalypse

Christ, Antéchrist et souveraineté : Gian Luca Potesta exhume les fondements politiques des prophéties médiévales.



Le Monde
 |    01.02.2018 à 08h00
    |

                            Etienne Anheim (Historien et collaborateur du « Monde des livres »)








                        



                                


                            

Dans une célèbre épître, l’apôtre Paul mettait en garde les Thessaloniciens contre l’idée d’un retour imminent du Christ. Le Messie ne reviendrait que lorsque « le Fils de la perdition », pour l’heure « retenu », serait libéré, rendant l’Apocalypse inéluctable. Ces propos énigmatiques sont à l’origine d’une tradition prophétique médiévale que retrace Gian Luca Potesta, professeur d’histoire du christianisme à l’université catholique de Milan.
Paradoxes des manipulations
En reconstituant l’évolution des thèmes messianiques au cours des siècles, la transmission des manuscrits et la transformation des contextes intellectuels et politiques dans lesquels ces textes sont écrits puis lus, il offre une leçon de méthode. Le prophétisme médiéval, loin d’être purement imaginaire, marginal ou stéréotypé, peut être lu comme un révélateur de l’histoire des pouvoirs et de la souveraineté au Moyen Age. En effet, comme l’apôtre l’expliquait, si l’Apocalypse est retardée, c’est qu’il y a quelque chose ou plutôt quelqu’un « qui retient » (to katechon) l’Antéchrist, dont la venue suscitera celle du Fils de Dieu et la fin des temps.
A partir du XIVe siècle, les camps qui s’affrontent utilisent les images de l’Apocalypse pour fonder leur légitimité tant sur le lointain passé que sur le futur éloigné où elle se réalisera
Au VIIe siècle, dans le contexte de l’affrontement entre Byzance et le califat musulman en pleine expansion, se développe en Orient l’idée que ce rempart contre la fin des temps est un prince terrestre, dont la première incarnation proposée est l’empereur Héraclius, qui régna de 610 à 641. Cette croyance est transmise à l’Occident au VIIIe siècle avec l’Apocalypse du pseudo-Méthode, puis devient sous les Carolingiens une véritable ­ « légende impériale ». Le souverain de la fin des temps est désormais censé être un Franc, ce qui ouvre la voie à des actualisations politiques au service...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-17"> ¤ Dans « La Méchanceté en actes à l’ère numérique », François Jost passe au crible la foire d’empoigne permanente qui agite la sphère médiatique.
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Médias, réseaux sociaux: mais pourquoi sont-ils aussi méchants ?

Dans « La Méchanceté en actes à l’ère numérique », François Jost passe au crible la foire d’empoigne permanente qui agite la sphère médiatique.



Le Monde
 |    01.02.2018 à 08h00
 • Mis à jour le
01.02.2018 à 12h02
    |

                            Gilles Bastin (Sociologue et collaborateur du « Monde des livres »)








                        



                                


                            

Voilà un livre qui n’y va pas par quatre chemins. Du Hara Kiri anticlérical et pornographe des années 1960 aux rudes invectives dont les réseaux sociaux sont parfois le lieu, il dessine à grandes enjambées les contours d’un territoire médiatique en pleine expansion : celui du dégoût des autres et de la passion populiste pour la destruction de l’autorité. En un mot, de la méchanceté.
Stigmate social
François Jost a quelques arguments à faire valoir. Il est un de ces rares veilleurs qui scrutent depuis de longues années, plutôt que de la dénigrer en bloc, la télévision que certains qualifièrent de « compassionnelle » au début des années 1980. La psychologie envahissait les plateaux de ce qui allait devenir la « télé-réalité ». Pour le meilleur, comme on a pu le penser en mettant en avant la libération de la parole qui se produisait ainsi ? Ou pour le pire, comme le dit François Jost en observant la généralisation des programmes fondés sur l’évaluation permanente des candidats et la scénarisation perverse de leurs querelles ?

Le sémiologue voit juste quand il identifie les mécanismes psychologiques de cette foire d’empoigne. « La victime de la maltraitance médiatique a besoin de ses persécuteurs. Sinon, elle (…) perd ce sentiment d’exister qu’elle a tiré des flèches qu’on a décochées contre elle. » Ou lorsqu’il différencie avec Erving Goffman la plaisanterie que peut faire une personne sur son propre stigmate social (l’homosexualité par exemple) de celle qu’un animateur de télévision fera à ses dépens.
Pour autant, le rapprochement entre cette télévision et d’autres formes médiatiques comme les réseaux sociaux ou la presse politique convainc moins. A force de vouloir comparer l’incomparable – un verre d’eau qui vole à la figure d’un des invités d’« Un dîner presque parfait » sur W9 et un président de la République qui subit les moqueries de quelques éditorialistes –, François Jost prend le risque...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-18"> ¤ La chronique de Roger-Pol Droit, à propos des cours sur la théorie de la mémoire d’Henri Bergson au Collège de France
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Figures libres. Souviens-toi de la mémoire !

La chronique de Roger-Pol Droit, à propos des cours sur la théorie de la mémoire d’Henri Bergson au Collège de France



Le Monde
 |    01.02.2018 à 08h00
 • Mis à jour le
01.02.2018 à 11h39
    |

                            Roger-Pol Droit








                        



                                


                            

Troisième de la série, ce volume des cours d’Henri Bergson (1859-1941) au Collège de France le confirme : il existe plusieurs façons de plonger dans ce genre d’archives. Les rêveurs y percevront le son d’une voix disparue – on a presque l’impression de l’entendre, tellement la respiration, les scansions des phrases restituent une parole vivante.
Les curieux y croiseront des perspectives insolites, comme ces pages étonnantes, uniques dans son œuvre, où Bergson, contre une scolastique scientifique devenant rigide, soutient que chaque savant se reconnaît à sa méthode personnelle, de même que chaque écrivain à son style. Galilée, Newton, Pasteur ou Claude Bernard posséderaient leur cheminement rationnel propre, comme Rousseau et Chateaubriand ont leurs tournures de phrases.
Kyrielles d’informations
Les spécialistes, pour leur part, y trouveront des indications précieuses. Dans ce cours de 1903-1904 sur l’Histoire des théories de la mémoire, le philosophe revient sur la thèse centrale développée dans Matière et mémoire, paru en 1896 : rien ne prouve que les souvenirs soient localisés dans le cerveau. Mais il ajoute des exemples, déplace ici ou là les axes d’analyse. Bref, Bergson s’autocommente, précisant ou nuançant sa pensée. Il esquisse aussi de nouveaux développements qui prendront bientôt place et sens dans L’Evolution créatrice (1907) – « confiture exquise » aux bons historiens… aurait pu dire Rimbaud.
Toutefois, ce sont les lecteurs avertis de l’actualité des neurosciences qui seront sans doute les plus intéressés. Voilà qui peut sembler paradoxal. Car pour nous, qui vivons entourés de bases de données, de kyrielles d’informations numérisées et externalisées, stockées dans des mémoires électroniques, les relations cerveau-mémoire n’ont pas le même sens ni la même portée qu’il y a un siècle. A fortiori, des théories dont certaines datent de l’Antiquité grecque paraissent ne nous être d’aucun secours....




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-19"> ¤ La chronique du philosophe Bruno Latour, sur « La Monnaie. L’argent comptant de l’a priori »
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Qui a la parole ? Kant dévoré par Marx

La chronique du philosophe Bruno Latour, sur « La Monnaie. L’argent comptant de l’a priori »



Le Monde
 |    01.02.2018 à 08h00
 • Mis à jour le
01.02.2018 à 11h54
    |

                            Bruno Latour (Philosophe)








                        



                                


                            

Nouvelle apparition du spectre de Marx ! ­Alfred Sohn-Rethel (1899-1990), ami de Benjamin et d’Adorno, s’était fait connaître des historiens des sciences d’inspiration matérialiste par un étrange livre paru en 1970, Geistige und körperliche Arbeit (« Travail intellectuel et travail manuel », recueilli dans La Pensée-marchandise, traduit de l’allemand par Gérard Briche et Luc Mercier, Le Croquant, 2010). De quoi ébranler un peu plus, à l’époque, l’épistémologie d’inspiration rationaliste.
En effet, Sohn-Rethel ne se contentait pas de lier l’histoire des sciences avec l’histoire de l’industrie, de la technologie et des formes d’organisation capitalistes. Il voulait aller jusqu’aux sources de la notion d’abstraction, et même des mathématiques, en liant histoire économique et histoire intellectuelle.
La Monnaie, publié en allemand en 1976, reprend sous une forme ramassée le même argument mais l’affine et le prolonge. Il s’agit, là encore, de trouver l’origine de ces fonctions intellectuelles qu’il est impossible de tirer de l’expérience. S’appuyant sur Alexandre Koyré aussi bien que sur l’histoire grecque et bien sûr Marx, l’auteur se met en quête de la nature éminemment sociale de la notion des catégories a priori. Nulle part dans l’expérience on ne trouve l’idée d’un déplacement sans transformation. Impossible, par conséquent, de fonder la physique – par exemple le principe d’inertie – sur un fondement empirique. Jusque-là, tout le monde est d’accord, les rationalistes comme les matérialistes.
De l’Antiquité à l’après-guerre
Mais c’est là que l’auteur fait un pas de côté : « Le capital de production et le “sujet de la connaissance” des sciences de la nature, l’un dans le champ économique, l’autre dans le champ de la pensée, sont des abstractions d’un type identique. » D’où ce type peut-il bien procéder ? Il n’y a que la monnaie, forme sociale par excellence, qui puisse créer dans l’esprit, à condition...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-20"> ¤ Plongée dans les archives, enquête sur le grand roman maison, souvenirs de feuilletonistes… Le supplément littéraire du « Monde » fête ses noces d’or avec les lettres.
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« Le Monde des livres » a 50 ans

Plongée dans les archives, enquête sur le grand roman maison, souvenirs de feuilletonistes… Le supplément littéraire du « Monde » fête ses noces d’or avec les lettres.



Le Monde
 |    01.02.2018 à 08h00
 • Mis à jour le
01.02.2018 à 11h20
    |

            Jean Birnbaum








                        



                                


                            

On s’était bien promis de garder la tête haute. De vivre la lecture comme une expérience rêveuse avec, à l’horizon, ces mots de Roland Barthes : « Ne vous est-il jamais arrivé, lisant un livre, de vous arrêter sans cesse dans votre lecture, non par désintérêt, mais au contraire par afflux d’idées, d’excitations, d’associations ? En un mot, ne vous est-il jamais arrivé de lire en levant la tête ? » Réponse : si, si, cela nous est même tellement arrivé qu’on est devenu un rien tête en l’air. Rendez-vous compte : on en aurait presque oublié de fêter notre anniversaire ! Pour marquer son demi-siècle, votre supplément littéraire aura attendu d’avoir 50 ans… et des poussières.

Car c’est le 1er février 1967 que « Le Monde des livres » a vu le jour. Au tout début, il paraissait le mercredi. Bien vite, cependant, il fut solidement arrimé au jeudi. Or, comme le remarquait la fondatrice du supplément, Jacqueline Piatier (1921-2001), « les jeudis reviennent vite ».
A parcourir les archives du journal, le constat s’impose : ce qui est revenu avec une inflexible régularité, chaque jeudi, depuis maintenant cinq décennies, ce sont peu ou prou les mêmes interrogations, les mêmes espérances, les mêmes doutes aussi.
Comment faire face à ces ouvrages qui arrivent chaque jour par dizaines, voire par centaines, avec un nombre limité d’armoires par personne ? Comment régler son compte à la mauvaise conscience de ne pas pouvoir tout lire, tout chroniquer ? Comment guider chaque lecteur jusqu’aux livres qui vont lui permettre de se tenir dans le monde, de donner forme à son existence ? Comment prendre parti sur la scène littéraire tout en préservant le pluralisme des sensibilités ? Et comment concilier l’art de la critique avec les exigences propres au journalisme ?

« Famille d’esprit »
Sous la houlette de Jacqueline Piatier, donc, puis de François Bott, Josyane ­Savigneau, Franck Nouchi et Robert Solé, les équipes...




                        

                        

