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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-1"> ¤ Un beau documentaire retrace l’affection mutuelle que se portaient l’homme politique et le peintre.
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« Clemenceau dans le jardin de Monet » : une amitié indéfectible

Un beau documentaire retrace l’affection mutuelle que se portaient l’homme politique et le peintre.



LE MONDE
 |    11.11.2018 à 14h00
    |

                            Antoine Flandrin








                        



   


Arte, dimanche 11 novembre à 16 h 15, documentaire
L’année 2018, décrétée Année Clemenceau par le président de la République, aura été l’occasion de (re) découvrir l’épistolier hors pair que fut le « Tigre », ainsi que son amour pour les arts. « Le briseur de grèves », moins dur qu’il ne le laissait paraître, se plaisait à témoigner son affection et son admiration à ses amis journalistes, politiques ou artistes. Les lettres qu’il envoyait à son meilleur ami, Claude Monet, se terminaient par un tendre « Je vous embrasse de tout mon cœur ».
Sa correspondance avec le peintre est au cœur du film de François Prodromidès. Le réalisateur retrace l’histoire de leur amitié. Leur rencontre a lieu à Paris sous le Second Empire : né en 1841, Georges Clemenceau, étudiant en médecine se destinant à la politique, et Claude Monet, jeune artiste, d’un an son aîné, fraternisent dans un même combat contre les académismes et l’empire.

        Lire le récit :
         

          Centenaire du 11-Novembre 1918 : les larmes du « Tigre »



Les deux républicains se perdent de vue pendant vingt ans. Clemenceau voyage aux Etats-Unis où il rencontre sa future épouse Mary Plummer ; Claude Monet s’exile à Londres, puis en Hollande. Lorsqu’ils se retrouvent au mitan des années 1890, Clemenceau sort d’une traversée du désert : après avoir été mis en cause dans l’affaire de Panama et avoir perdu son siège de député en 1893, il se distingue par ses écrits incisifs publiés notamment dans La Justice et L’Aurore. Monet, chef de file des impressionnistes, s’est installé à Giverny, dans l’Eure.
Un écrin pour « Les Nymphéas »
Le réalisateur filme avec sensibilité le jardin du peintre. Accompagnés par une narration paisible, les plans tournés à travers les fenêtres entrouvertes des chambres de sa maison donnent à voir un jardin baigné de fleurs, dont les contours pas tout à fait nets rappellent les toiles de l’impressionniste. La caméra les met en miroir avec des toiles du peintre, mais aussi des croquis et des photos d’archives. La série des « Cathédrales de Rouen » est ainsi montrée sous différentes formes – cartes postales, tableaux au mur – et sous différents angles de vue, rapproché ou en plongée.
Au fil des témoignages d’affection et des visites qu’ils se rendent, le film livre une subtile réflexion sur ce qui fit leur amitié
Les articles que Clemenceau écrit, en 1895, au sujet de la série sont plus qu’élogieux – il y voit une « révolution sans coup de fusil ». Ce qui ne l’empêche pas dans ses lettres de donner des conseils d’accrochage au peintre qui expose alors à la galerie Durand-Ruel à Paris. Pour le remercier, Monet lui offre une toile, Le Bloc, en référence à un des discours prononcés par le « Tigre » – « la Révolution est un bloc », avait-il affirmé devant la Chambre des députés en 1891.
Au fil des témoignages d’affection et des visites qu’ils se rendent – à Giverny, mais aussi chez Clemenceau en Vendée –, le film livre une subtile réflexion sur ce qui fit leur amitié. Entier, solide, exigeant, sourcilleux parfois, leur compagnonnage se renforce au gré des épreuves qui marquent l’histoire de la IIIe République : lors de l’affaire Dreyfus, Monet rejoint Clemenceau dans son combat pour la justice ; à l’issue de la Grande Guerre, le peintre s’engage à offrir une œuvre à la République victorieuse.

        Lire la critique d’une exposition de Monet à l’Orangerie :
         

          Claude Monet, pionnier incompris de l’abstraction



Il faudra toute la détermination du « Père la Victoire » pour convaincre le vieux peintre, souffrant de cataracte, d’achever Les Nymphéas. Le président du Conseil fera installer ces panneaux monumentaux dans un écrin conçu pour eux, le Musée de l’Orangerie. Les larmes aux yeux, c’est lui qui l’inaugurera en 1927, sans son ami, disparu quelques mois plus tôt. Au-delà de ce chef-d’œuvre de l’art moderne qu’ils ont légué ensemble au public, leurs quêtes respectives, artistique et politique, auront marqué le siècle précédent.
Clemenceau dans le jardin de Monet, de François Prodromidès (France, 2018, 52 min). www.arte.tv/fr/videos



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-2"> ¤ Consacrée lors de la dernière Biennale d’architecture de Venise, la Belgique abrite depuis quelques années un vivier d’architectes audacieux et novateurs qui multiplient les projets dans leur pays et en dehors.
<filname="PROF-0,2-3246,1-0,0-2"> ¤                
                                    

L’émergence de l’architecture belge


                      Consacrée lors de la dernière Biennale d’architecture de Venise, la Belgique abrite depuis quelques années un vivier d’architectes audacieux et novateurs qui multiplient les projets dans leur pays et en dehors.



M le magazine du Monde
 |    11.11.2018 à 11h45
    |

                            Anne-Lise Carlo








   


Une villa en forme d’anneau, sans aucun mur intérieur, et immergée dans une forêt espagnole, non loin de Barcelone. Cette architecture tout en finesse, défiant la géométrie, est le projet le plus marquant de David van Severen et Kersten Geers, architectes belges à la tête du duo Office. « Inaugurée en 2017, leur Solo House fera date, à l’instar de la maison Lemoine de l’architecte néerlandais Rem Koolhaas à Bordeaux », estime le promoteur français Christian Bourdais, à l’origine de ce parc immobilier de résidences secondaires. Depuis trois ans, l’emploi du temps de ces deux quadras au physique d’acteurs américains n’affiche plus une seule case libre. Ils ont déjà construit en Corée, à Los Angeles et au Bahreïn, enseignent à la prestigieuse Harvard Graduate School of Design et enchaînent les conférences de Londres à Montréal. « S’ils ne font pas d’erreur dans leur parcours, ils sont promis à terme au prix Pritzker, le Nobel de la discipline », poursuit le promoteur. En à peine quelques années, le duo d’Office est ainsi devenu le porte-drapeaux d’une nouvelle génération de l’architecture belge, longtemps discrète et méconnue, qui explose enfin au grand jour.
Le Lion d’argent pour le cabinet DVVT
La Biennale d’architecture de Venise, qui s’achèvera le 25 novembre, n’a fait que confirmer cette émergence. Le pavillon national belge, Eurotopie, a intrigué les visiteurs en présentant non pas de l’architecture, mais une réflexion politique sur l’Europe et son ancrage spatial, à travers le quartier européen de Bruxelles. Le Lion d’argent a aussi été remis à un cabinet flamand très en vue, DVVT – Jan De Vylder, Inge Vinck, Jo Taillieu, surnommés les « Magritte de l’architecture ». La récompense distingue leur réhabilitation d’une clinique psychiatrique, dont une partie tombait en ruine. Ils ont imaginé un espace ouvert aux quatre vents, enchevêtrant murs en brique et grandes serres en verre. Agé d’une cinquantaine d’années, l’architecte Jan De Vylder s’amuse de ce prix, censé encourager les jeunes talents : « Chez DVVT, nous sommes très heureux de nous savoir encore si verts ! » C’est que la profession pose sur eux, comme sur les autres architectes venus de Belgique, un regard neuf. Un juste retour des choses pour ce pays, qui compte le plus grand nombre d’architectes par habitant, et où l’on aime répéter que « chaque Belge naît avec une brique dans le ventre », prêt à construire sa propre maison.

   


DVVT, Office, noAarchitecten, 51N4E, V + ou Baukunst sont désormais les noms qui font bruisser la scène européenne. Leur style, décomplexé, brut – ils sont aussi habitués aux maigres budgets –, séduit. Avec la Solo House des Office, le MAD (Maison de la mode et du design) des V + à Bruxelles et le centre sportif La Fraineuse à Spa (Baukunst), ils ont attiré la presse sans tomber dans la surenchère. « Les austères sites Internet des Office, des DVVT ou de Baukunst montrent qu’ils sont aussi dépouillés et “brutalistes” dans la gestion de leur image que dans leurs lignes architecturales », ajoute Audrey Contesse, architecte et critique.
« Le maître architecte a permis à de jeunes cabinets, peu connus alors, d’entrer dans la course des grands concours publics et donc de construire très vite. » Amaryllis Jacobs, galerie Maniera
Une architecture « silencieuse », modeste qui les éloigne d’emblée des archistars. Européens (ils sont autant pétris de culture française que hollandaise), mais belges avant tout. Dans un pays scindé en deux, entre la Flandre et la Wallonie, c’est une singularité. « Kersten et moi-même sommes d’origine flamande, mais nous nous sommes toujours sentis belges. Nous nous sommes posés il y a douze ans à Bruxelles avec le sentiment que seule cette ville internationale nous permettrait de ne pas être coupés en deux morceaux », raconte David van Severen, du duo Office, qui démarrera fin 2019 la construction du nouveau site de la RTS, la Radio Télévision Suisse, sur le campus de Lausanne.
Avec ces nouveaux architectes, qui revendiquent le fait d’y être installés, Bruxelles tient sa revanche. Abîmée par la spéculation immobilière, la capitale a longtemps traîné une mauvaise réputation. En 2009, elle crée la fonction de bouwmeester, qui existe aussi en Flandre : un maître architecte, autonome vis-à-vis du politique, œuvre à la « qualité architecturale » de la ville au sein des compétitions publiques. Titulaire du poste depuis 2015, Kristiaan Borret a cassé les anciens réseaux installés qui étouffaient la capitale. « Le maître architecte a permis à de jeunes cabinets, peu connus alors, d’entrer dans la course des grands concours publics et donc de construire très vite », souligne Amaryllis Jacobs, cofondatrice de la galerie Maniera, spécialisée dans l’architecture.
Bruxelles, lieu d’« expérimentations architecturales »
Un appel d’air grâce auquel certains ont remporté de beaux projets. Le plus convoité : la prochaine reconversion de l’ancien garage Citroën en un pôle culturel Kanal – Centre Pompidou, qui réunira un musée d’art contemporain et un centre d’architecture, décroché par les noAarchitecten. Dans quelques mois, c’est le cabinet Baukunst d’Adrien Verschuere qui, avec les Parisiens Bruther, mènera le chantier de la future maison des médias de Bruxelles prévue pour 2021. « Il y a cette envie générale en Belgique de faire confiance aux jeunes », renchérissent les architectes de Traumnovelle, à peine trentenaires et déjà créateurs du pavillon national à la Biennale.

   


D’autres ambassadeurs ont aussi porté cette nouvelle visibilité. C’est le cas du lieu culturel bruxellois Bozar, à l’initiative de plusieurs expositions monographiques. « En 2019, nous intensifions notre programmation : sur la même saison, nous présenterons le travail des architectes Dierendonckblancke puis celui de Baukunst », explique Iwan Strauven, responsable du département architecture à Bozar, qui se démène pour faire voyager ces expositions. Autre allié de poids, l’agence Wallonie-Bruxelles Architectures, qui a pour mission de promouvoir ses architectes à l’international. Actuellement à Montréal, son exposition « Entrer : en interférence », passée par Paris, Genève et Londres, met en scène cinq réalisations de la région. Quelle meilleure carte de visite pour décrocher ensuite des projets à l’étranger ?
D’ailleurs, malgré un marché local surchargé, « ce renouveau bruxellois fonctionne aussi auprès des bureaux étrangers », ajoute Pablo Lhoas, architecte et doyen de la faculté La Cambre Horta, à Bruxelles. C’est le cas des Anglais de Sergison Bates, qui ont remporté la compétition du Kanal-Centre Pompidou aux côtés des noAarchitecten et des Suisses d’EM2N. « Le système belge est d’une grande qualité et nous avons dix projets en cours dans le pays », confie Stephen Bates, qui trouve à la capitale belge le bon goût d’avoir encore des lieux permettant des « expérimentations architecturales ».



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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-3"> ¤ Dans le cadre du Forum philo « Le Monde » Le Mans, suivez en direct les interventions de la troisième journée.
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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-4"> ¤ Je ne serais pas arrivée là si... « Le Monde » interroge une personnalité en partant d’un moment décisif de son existence. Cette semaine, l’auteure-interpète confie toutes les remarques et humiliations qu’un nez jugé trop prononcé lui attira. Mais aussi toute la force que ces critiques lui donnèrent.
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Anne Sylvestre : « “Là où j’ai peur, j’irai !”, cette devise m’a guidée »

Je ne serais pas arrivée là si... « Le Monde » interroge une personnalité en partant d’un moment décisif de son existence. Cette semaine, l’auteure-interpète confie toutes les remarques et humiliations qu’un nez jugé trop prononcé lui attira. Mais aussi toute la force que ces critiques lui donnèrent.



LE MONDE
 |    11.11.2018 à 06h32
    |

            Annick Cojean








                        



                                


                            

Ses Fabulettes ont marqué des générations d’enfants. Mais la chanteuse, auteure et compositrice Anne Sylvestre, qui a fêté en 2017 ses 60 ans de scène et écrit, pour les grands, plus de 400 chansons poétiques et subtiles, est assurément l’une des figures les plus marquantes de la chanson française. Elle continue d’écrire et de chanter les préoccupations de notre époque.
Je ne serais pas arrivée là si…
Si je n’avais pas eu ce nez !
Ce nez ? Je ne l’avais pas remarqué. Qu’a-t-il de particulier ?
Il n’est pas petit, comme la mode l’exigeait à l’époque où j’ai commencé à chanter, il y a soixante ans. Il était alors interdit d’avoir un grand nez et vous n’avez pas idée du nombre de fois où l’on m’a conseillé de le faire refaire, sans même penser que cela aurait pu altérer ma voix en modifiant les résonateurs. « Vous seriez tellement plus mignonne ! Pour faire des photos, ce serait tellement mieux ! » Ah lala ! ce que j’ai pu entendre ! Je débarquais dans ce milieu sans rien savoir. Juste l’envie de chanter avec ma guitare. Et c’est ce nez qui, de façon inouïe, devenait un obstacle.
Et vous vous êtes cabrée !
Bien sûr ! J’ai réagi. Arrêtez de me parler de mon nez ! Ça suffit ! Qu’est-ce qu’il a ? Je ne vais pas le changer ! Pas question de me modeler ! Alors on a dit que j’avais un sale caractère. Que j’étais insolente. Simplement parce que je savais ce que je voulais… et ne voulais pas. Je me souviens de deux attachés de presse dans ma première maison de disque qui ne savaient que faire de cette grande fille à cheveux longs, nez fort et jupe plissée. J’aurais préféré chanter en pantalon, mais on m’avait dit que cela ferait mauvais genre. Ils ont fait passer l’idée aux journalistes que j’avais décidément très mauvais caractère. Quand on ne rentre pas dans le cadre…
Vous l’avez ressenti comme une humiliation ?
Sur le moment,...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-5"> ¤ Une exposition s’est ouverte à Moscou sur le grand écrivain dissident de l’époque soviétique, à l’occasion du centième anniversaire de sa naissance.
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Une journée dans la vie d’Alexandre Soljenitsyne

Une exposition s’est ouverte à Moscou sur le grand écrivain dissident de l’époque soviétique, à l’occasion du centième anniversaire de sa naissance.



LE MONDE
 |    10.11.2018 à 22h30
    |

            Isabelle Mandraud (Moscou, correspondante)








                        



                                


                            

Ce fut sans doute une journée particulière dans la vie de l’écrivain, lorsque le 18 novembre 1962, la revue Novy Mir (Nouveau Monde) publia en Russie le premier roman d’Alexandre Soljenitsyne (1918-2008), Une journée d’Ivan Denissovitch. « Venez vite à la rédaction, vos dépenses seront remboursées », l’exhortait par télégramme, depuis quelques mois déjà, le rédacteur en chef de ce magazine littéraire soviétique, Alexandr Tvardovski. Ce dernier, saisi d’admiration pour ce court récit de 75 pages sur le quotidien d’un prisonnier au Goulag – témoignage alors inédit en URSS –, mettra onze mois à convaincre les autorités de donner leur feu vert à sa publication.
A peine quelques semaines avant la sortie du roman, Tvardovski s’adressait encore directement à Nikita Khrouchtchev, alors premier secrétaire du Parti communiste d’URSS, dans une lettre datant de septembre 1962. « [Soljenitsyne] est inconnu, mais demain, il peut devenir un nom dans notre littérature », écrivait-il. A l’époque, l’écrivain n’était en effet connu que des services de la police politique. Arrêté en 1945 pour avoir critiqué Staline dans une correspondance privée, condamné à huit ans de camp pour « activité contre-révolutionnaire », il avait été libéré en 1953, quelques jours avant la mort du dirigeant soviétique. Ces années lui inspirèrent son premier roman qui connut, bien avant L’Archipel du Goulag (1973), un énorme retentissement en Russie.

On l’appelait alors « Riazanski » – un sobriquet qu’il ne conservera pas – parce qu’il s’était installé dans la ville de Riazan, à 200 km au sud de Moscou. « Je viens de lire Riazanski, plaidait lui aussi le poète et dramaturge Samouil Marchak, qui traduisit en Russe les œuvres de William Shakespeare, Rudyard Kipling ou Jane Austen. C’est un petit mais très important récit. Aucune phrase ne m’a laissé indifférent et tout ce qui est écrit dedans, on le voit...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-6"> ¤ Le documentaire-fiction de Fabrice Hourlier propose une immersion au cœur des combats aériens.
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« La Guerre des as » : le conflit 1914-1918 vu du ciel

Le documentaire-fiction de Fabrice Hourlier propose une immersion au cœur des combats aériens.



LE MONDE
 |    10.11.2018 à 20h00
    |

            Alain Constant








                        



   


Arte, samedi 10 novembre à 20 h 50, docu-fiction
Fabrice Hourlier est un habitué des documentaires-fictions historiques de qualité. On se souvient notamment de deux programmes particulièrement réussis diffusés ces dernières années : l’un était consacré à la campagne d’Egypte de Bonaparte, l’autre à la retraite de Russie de Napoléon. Grâce à des procédés techniques comme la 3D, des scènes reconstituées plutôt bien jouées et une narration de qualité, le téléspectateur se voyait soudain plongé au cœur de l’action, que ce soit au pied des pyramides ou au bord de la Berezina. Côte à côte avec les mamelouks dans la chaleur égyptienne ou tremblant de froid avec les grognards de la vieille garde.
Cette immersion au cœur des combats aériens de la Grande Guerre vaut le détour
Cette fois, avec La Guerre des as, Hourlier propose un nouveau programme ambitieux dont le thème se prête parfaitement au spectacle télévisé. Cette immersion au cœur des combats aériens de la Grande Guerre vaut en effet le détour. Mais au-delà des spectaculaires scènes de chasse, de bombardement, de mitraillage ou de poursuite dans le ciel d’une France et d’une Belgique martyrisées, ce programme en deux parties vaut aussi pour les portraits plus intimes des personnages que le réalisateur a choisi de suivre tout au long de ce périple tumultueux.
Les as des as
Il faut dire que les as des as de l’époque, qu’ils soient français (Georges Guynemer, René Fonck), allemands (Manfred von Richthofen, Ernst Udet) ou anglais ­ (Edward Mannock), furent des personnalités vénérées. Et que, au-delà des victoires accumulées (80 pour Richthofen, le « Baron rouge », 75 pour Fonck, 73 pour Mannock, 62 pour Udet), ces hommes ont vécu, au ciel et parfois sur terre, des aventures sortant de l’ordinaire.
Guynemer, par exemple, qui forma un couple très glamour avec la jeune actrice Yvonne Printemps. Idole allemande, Richthofen sera abattu en avril 1918 à l’âge de 25 ans, quelques mois après le jeune Guynemer, lui aussi adulé par son ­peuple, mort au combat au-dessus de la Belgique en septembre 1917, à seulement 22 ans.
En 1914, on ne trouvait que 130 appareils en France. En 1918, l’armée française pourra compter sur 12 000 avions
Autre élément qui rend ce programme si intéressant : les précieux témoignages de quatre experts et historiens spécialisés dans l’histoire militaire aérienne. Entre deux scènes de combat reconstituées ou d’archives d’époque, Claude Thollon-Pommerol, Bernard Marck, Norman Franks et Jörg Mückler expliquent en détail les avancées techniques d’une arme qui, au début de la guerre, est considérée avec méfiance par les états-majors. En 1914, on ne trouvait que 130 appareils en France. En 1918, l’armée française pourra compter sur 12 000 avions !
Jalousie, orgueil, inconscience
Car l’efficacité de ces machines volantes, qu’il s’agisse de Fokker, de Morane-Saulnier ou d’autres modèles, va se faire de plus en plus ­évidente au fil du conflit. Pour terminer en apothéose en mars 1918 près de la Somme, lors de la première gigantesque attaque ­aérienne de l’histoire militaire, surnommée la « charge des aviateurs » et menée avec brio par René Fonck, l’un des rares aviateurs vedettes à survivre au conflit.

        Lire la critique de « La Guerre de tous les Français » :
         

          La victoire des sans-grade



Les historiens interrogés dans ce docu-fiction apportent également des informations concernant la personnalité de ces jeunes pilotes sortant de l’ordinaire. Jalousie, orgueil, inconscience, peur, cette plongée dans l’intime rend encore plus poignantes les aventures de ces as des as, venus de milieux sociaux très différents. De Guynemer le « Môme de fer » à Richthofen le « Baron rouge », cette saga aérienne se regarde avec intérêt et plaisir.

        Lire la critique de « Kalepo, un Kanak dans la Grande Guerre » :
         

          A la mémoire des poilus kanak



La Guerre des as, de Fabrice Hourlier (France 2017, 2 × 52 min). www.arte.tv



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-7"> ¤ Un documentaire attachant retrace la riche carrière du grand ténor espagnol, âgé de 77 ans.
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« Placido Domingo, l’homme aux mille vies » : la voix inoxydable

Un documentaire attachant retrace la riche carrière du grand ténor espagnol, âgé de 77 ans.



LE MONDE
 |    10.11.2018 à 19h30
    |

            Renaud Machart








                        



   


France 5, samedi 10 novembre à 22 h 30, documentaire
Alors qu’un avion survole le jardin où elle s’entretient avec les auteurs du documentaire Placido Domingo, l’homme aux mille vies, la mezzo-soprano espagnole Teresa Berganza dit de son collègue et compatriote : « Ça, c’est l’avion de Placido ! » A la toute fin, après le déroulé des crédits, entendant un autre avion, elle plaisante à nouveau : « Ça c’est encore Placido : il a chanté à Milan, maintenant il va à New York ! »
Il a beau plaisanter en disant volontiers : « Si je me repose, je m’ankylose », sa santé et sa longévité continuent de stupéfier
Mais Berganza ne plaisante qu’à moitié : le ténor passe sa vie dans les jets (où il reconnaît dormir très bien : c’est son arme secrète) qui le mènent partout dans le monde, pour des spectacles et des concerts publics, mais aussi pour des événements privés qui s’arrachent à prix d’or. Il est le seul en exercice des fameux « Trois Ténors » : Luciano Pavarotti n’est plus depuis 2007 et José Carreras a quitté la scène deux ans plus tard.
Domingo enterrera tous les autres. Il a beau plaisanter en disant volontiers : « Si je me repose, je m’ankylose » (une traduction assonante de sa formule en anglais « If I rest, I rust »), sa santé et sa longévité continuent de stupéfier.
Sur les lieux de son enfance
Car ce colosse de 77 ans, s’il ne chante plus les rôles de ténor les plus exposés, en apprend sans cesse de nouveaux et continue d’écumer les salles les plus prestigieuses. Aujourd’hui, il aborde aussi certains rôles de baryton, comme celui de Germont père, dans La Traviata, de Verdi. Et il se produit aussi comme chef ­d’orchestre (quitte, parfois, à diriger l’après-midi et à chanter le soir, comme on l’a vu le faire naguère au Metropolitan Opera de New York !).
Pour ce documentaire attachant, auquel concourent de nombreux témoins, Domingo revient sur les lieux de son enfance, à Madrid, et évoque son adolescence, au Mexique, où ses parents, tous deux chanteurs, s’exilèrent et fondèrent une troupe de zarzuela.
On le voit et l’entend aussi dans des documents filmés qui rappellent quelle force dramatique il a toujours su donner à ses rôles et quel don de soi il a sans cesse témoigné face à son fervent public. Domingo le dit à la fin : « Tant que le public m’aime et que je peux lui donner ce qu’il aime, je continuerai. »

Placido Domingo, l’homme aux mille vies, documentaire réalisé par Andy Sommer (Fr., 2015, 80 min). www.france.tv/documentaires



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-8"> ¤ Le 51e album du chanteur avait déjà battu un record de ventes en devenant disque de diamant, trois jours après sa sortie le 18 octobre dernier.
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L’album posthume de Johnny dépasse le million d’exemplaires

Le 51e album du chanteur avait déjà battu un record de ventes en devenant disque de diamant, trois jours après sa sortie le 18 octobre dernier.



Le Monde.fr avec AFP
 |    10.11.2018 à 17h47
   





                        



   


Trois semaines après sa sortie, l’album posthume de Johnny Hallyday « Mon pays c’est l’amour » a franchi la barre du million d’exemplaires vendus, a indiqué sa maison de disques Warner Music France samedi 10 novembre, confirmant une information de BFMTV.

        Lire notre critique  :
         

          « Mon pays c’est l’amour », un album posthume à la couleur rock affirmée



Record de ventes
Le 51e album du chanteur avait déjà battu un record de ventes en devenant disque de diamant (plus de 500 000 exemplaires vendus), trois jours après sa sortie le 18 octobre dernier. Au terme de sa première semaine de commercialisation, l’album avait déjà atteint la barre hors norme des 780 000 ventes physiques. « C’est le meilleur démarrage sur une semaine de ventes dans l’histoire de la musique en France, avait alors indiqué Thierry Chassagne, président de Warner Music France, le dernier record étant détenu par Johnny Hallyday lui-même en 2002 avec 305 634 albums vendus », sur la même période de A la vie, à la mort (Mercury/Universal Music).
Au regard de ces performances, le disque pourrait devenir le plus gros succès commercial de la rockstar, morte le 5 décembre 2017 à 74 ans des suites d’un cancer, et battre le record détenu par l’album Sang pour Sang, qu’il avait enregistré avec son fils David en 1999 et qui s’était vendu à plus de 2 millions d’exemplaires. A fortiori alors que s’ouvre la période précédant Noël, traditionnellement la plus faste de l’année pour le secteur (40 % du chiffre d’affaires).

        Lire aussi (en éditions abonnés) :
         

          Albums posthumes : le sillon des immortels







                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-9"> ¤ Des fraudeurs s’étaient fait passer pour des dirigeants de l’entreprise afin d’obtenir des versements d’argent de la part de sa filiale néerlandaise.
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Ciblé par un réseau d’escrocs, le groupe Pathé a perdu plus de 19 millions d’euros

Des fraudeurs s’étaient fait passer pour des dirigeants de l’entreprise afin d’obtenir des versements d’argent de la part de sa filiale néerlandaise.



Le Monde.fr avec AFP
 |    10.11.2018 à 15h57
 • Mis à jour le
10.11.2018 à 16h11
   





                        


Il aura suffi d’une fausse adresse électronique. En mars 2018, un groupe d’escrocs se faisant passer pour des dirigeants de Pathé a délesté le groupe français de cinéma de la somme considérable de 19,2 millions d’euros en persuadant sa filiale néerlandaise de transférer en plusieurs fois ce montant sur un compte extérieur. La raison présentée par les auteurs de cette escroquerie de haut vol pour justifier ces virements était une prétendue acquisition à Dubaï, suite à laquelle l’argent devait être remboursé. L’information a été rendue publique par un tribunal des Pays-Bas vendredi 9 novembre.
« Des signaux négligés »
Le réseau d’escrocs avait obtenu la confiance de la directrice de Pathé Pays-Bas, Dertje Meijer, et de son directeur financier, Edwin Slutter. C’est justement en rendant une décision dans le cadre d’une procédure ouverte par M. Slutter à l’encontre du groupe français que la justice néerlandaise a révélé le contenu de cette fraude. Ce dernier contestait en effet la régularité des conditions de son licenciement après la découverte de l’escroquerie dont il avait été la victime, le 28 mars, lorsqu’une partie du montant avait dû être empruntée à un fonds géré par le siège du groupe en France.
M. Slutter avait été remercié avec effet immédiat le 26 avril, quelques jours après Mme Meijer. Tous deux ont été accusés de « comportement reprochable » par les dirigeants et actionnaires du groupe pour avoir « négligé des signaux » qui auraient dû les alerter dans les échanges de courriels avec les fraudeurs, a indiqué le tribunal. Sollicité par l’Agence France-Presse, le groupe Pathé n’a pas encore communiqué sur l’affaire.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-10"> ¤ En vingt-cinq ans, la rue de Valois a connu douze locataires. Alors que Franck Riester vient de succéder à Françoise Nyssen, huit de leurs prédécesseurs témoignent de la difficulté de la fonction.
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La valse des regrets des ministres de la culture

En vingt-cinq ans, la rue de Valois a connu douze locataires. Alors que Franck Riester vient de succéder à Françoise Nyssen, huit de leurs prédécesseurs témoignent de la difficulté de la fonction.



LE MONDE
 |    10.11.2018 à 12h11
    |

            Sandrine Blanchard (avec Guillaume Fraissard)








                        



                                


                            

Après seulement dix-sept mois, Françoise Nyssen s’en est retournée, devenant l’une des ministres de la culture et de la communication les plus éphémères. L’éditrice arlésienne, emportée par le remaniement et remplacée par Franck Riester, est loin d’être la première à avoir fait un passage éclair rue de Valois. Ces vingt-cinq dernières années, ce ministère a vu défiler pas moins de douze locataires. Qu’ils soient issus du monde politique ou de la société civile, leur sort a été comparable. Difficile, avec une durée moyenne de deux ans en fonction, d’imprimer sa marque et de mener à bien des projets. Seuls André Malraux et Jack Lang ont occupé ce poste pendant dix ans chacun et en sont devenus les figures tutélaires.
Mais quelle « malédiction » touche ce ministère qui fêtera, en 2019, son soixantième anniversaire ? Pourquoi une telle fugacité de ses titulaires ? Alors que Franck Riester vient tout juste de composer – non sans peine – son cabinet, huit anciens ministres de la culture ont accepté de revenir sur leur expérience et de confier leurs souvenirs sur ce poste à la fois tant convoité et tant exposé. Sollicité par Le Monde, Jack Lang (en poste de mai 1981 à mars 1986 et de juin 1988 à mars 1993) n’a pas souhaité mêler sa parole à celle de ses successeurs. Davantage que l’amertume, ce sont les regrets qui l’emportent chez ceux qui ont connu ce « plus beau des ministères ».
Avoir (ou pas) la confiance du président 
De Gaulle-Malraux, Mitterrand-Lang, les anciens ministres portent tous un regard envieux à ces duos qui ont marqué l’histoire de la rue de Valois. Non seulement André Malraux et Jack Lang sont restés une décennie à leur poste mais ils ont aussi bénéficié d’un soutien fort et public de l’Elysée, et, pour le second, d’un doublement du budget du ministère. Depuis, « on assiste à une banalisation du débat culturel et de sa place dans le discours public », constate Jacques Toubon (en poste de...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-11"> ¤ A l’occasion du centenaire de la Grande Guerre, « Le Monde des livres » vous suggère cinq parutions récentes autour du conflit.
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1914-1918. Livres en bref

A l’occasion du centenaire de la Grande Guerre, « Le Monde des livres » vous suggère cinq parutions récentes autour du conflit.



LE MONDE DES LIVRES
 |    10.11.2018 à 10h00
 • Mis à jour le
10.11.2018 à 15h49
    |

                            Zoé Courtois (Collaboratrice du « Monde des livres »), 
                            Jean-Louis Jeannelle (Spécialiste des études littéraires et collaborateur du « Monde des livres »), 
                            André Loez (Historien et collaborateur du « Monde des livres ») et 
                            Florent Georgesco








                        



                                


                            Lignes d’horizons
De l’Indus à la Somme. Les Indiens en France pendant la Grande Guerre, de Claude Markovits, Maison des sciences de l’homme, 272 p., 22 €.
En 1914-1918, le front ouest fit se croiser des combattants de tous les horizons, Néo-Zélandais et Sénégalais, Canadiens et Kanak. Parmi ces troupes impériales figuraient environ 130 000 soldats de l’Inde britannique, que Claude Markovits étudie à travers les extraits de leurs lettres consignés dans des rapports de contrôle postal. Déjouant les aspérités d’une source régie par l’armée, l’historien, directeur de recherche émérite au CNRS, restitue la vision de la France et des Français qu’eurent ces soldats hindous, sikhs et musulmans. Des Françaises, devrait-on dire, tant la question des femmes est centrale pour les soldats indiens, qui racontent parfois leurs conquêtes, mais aussi leur surprise devant le niveau élevé, presque impensable à leurs yeux, de l’alphabétisation féminine. Un travail d’une grande finesse sur les rencontres singulières suscitées par le conflit. A. Lo.
Les destructions barbares
La Cathédrale incendiée. Reims, septembre 1914 (Die Brennende Kathedrale von Reims), de Thomas W. Gaehtgens, traduit de l’allemand par Danièle Cohn, Gallimard, « Bibliothèque illustrée des histoires », 325 p., 29 €.
Le désarroi ressenti dans nos sociétés face à la destruction du joyau historique et architectural de Palmyre en Syrie (2015-2017) aide à se représenter la manière dont, en 1914, fut vécu le bombardement de la cathédrale de Reims par l’armée allemande, et combien il contribua à accoler à celle-ci l’image de la « barbarie ». A ce dossier bien balisé dans l’historiographie, l’auteur apporte le regard d’un historien de l’art, replaçant les faits dans le temps plus long d’un débat franco-allemand sur les origines et le sens du style gothique de l’édifice, puis sur sa reconstruction, à l’aide d’une iconographie...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-12"> ¤ Emmanuel Debruyne retrace le sort douloureux des Françaises et des Belges jugées trop proches des Allemands pendant la Grande Guerre.
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« Femmes à Boches » : les stigmates du corps féminin à la loupe

Emmanuel Debruyne retrace le sort douloureux des Françaises et des Belges jugées trop proches des Allemands pendant la Grande Guerre.



LE MONDE DES LIVRES
 |    10.11.2018 à 10h00
 • Mis à jour le
10.11.2018 à 15h44
    |

                            André Loez (Historien et collaborateur du « Monde des livres »)








                        



                                


                            
« Femmes à Boches ». Occupation du corps féminin, dans la France et la Belgique de la Grande Guerre, d’Emmanuel Debruyne, Les Belles Lettres, 464 p., 25,90 €.
« Femmes à Boches » : sous ce titre qui claque comme une injure, Emmanuel Debruyne, professeur à l’université de Louvain, retrace le sort douloureux des Françaises et des Belges jugées trop proches des militaires allemands durant la Grande Guerre, ou victimes de leurs violences sexuelles. L’invasion de la Belgique et du nord-est de la France à l’été 1914 fut en effet accompagnée de nombreux viols, avant que l’installation dans la durée des troupes occupantes n’entraîne d’autres brutalités, comme ces humiliantes inspections gynécologiques imposées à beaucoup de femmes au nom de la maîtrise des maladies vénériennes et de la bonne santé des troupes.
Angoisses et stéréotypes
Car l’occupation devenue routinière eut pour corollaire l’essor de la prostitution, modalité inévitable du commerce des corps entre 2 millions de soldats éloignés de leurs foyers et certaines femmes elles aussi isolées, et appauvries, par la guerre. Plus rares, et plus stigmatisées encore, furent celles qui nouèrent des relations intimes avec les Allemands : « Elles sont à pendre, ces femmes-là », écrit dans son journal une habitante de Roubaix que ces rapprochements scandalisent.

L’intérêt du livre tient à la quantité de documents qu’il brasse pour dessiner un tableau complet et réfléchi du trouble alors semé dans les rapports de sexe et de genre. Dense, presque exhaustive, l’enquête interroge les réalités de la natalité et de l’avortement en guerre, et surtout les angoisses et les stéréotypes qui en découlent parmi les contemporains. Le propos aurait gagné à être resserré, mais cet amas de sources n’en rend que plus poignante l’absence de témoignages venant directement des femmes liées aux soldats occupants, protagonistes silencieuses, et pour longtemps...




                        

                        


<article-nb="2018/11/11/19-13">
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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-13"> ¤ Le Forum philo « Le Monde » Le Mans, ce sont trois jours d’échanges entre des intellectuels et des écrivains sur le thème : « Tous philosophes ? ».
<filname="PROF-0,2-3246,1-0,0-13"> ¤ 
<article-nb="2018/11/11/19-14">
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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-14"> ¤ Le dramaturge, qui a fêté ses 100 ans le 22 octobre, a abordé les thèmes de la vieillesse et de la mort il y a une bonne soixantaine d’années, avec l’humour et la fantaisie qui le caractérisent. Aujourd’hui, l’auteur du « Centenaire » et du « Défunt » jubile encore.
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René de Obaldia, un centenaire plein de vie

Le dramaturge, qui a fêté ses 100 ans le 22 octobre, a abordé les thèmes de la vieillesse et de la mort il y a une bonne soixantaine d’années, avec l’humour et la fantaisie qui le caractérisent. Aujourd’hui, l’auteur du « Centenaire » et du « Défunt » jubile encore.



LE MONDE IDEES
 |    10.11.2018 à 09h00
    |

                            Philippe-Jean Catinchi








                        



                                


                            

A 98 ans, René de Obaldia donnait de ses nouvelles en compilant pensées et citations glanées au long de son existence et au fil de ses lectures, constituant consciemment un « legs » fécond et salvateur. Ces Perles de vie, il en fit un recueil qu’il qualifiait de « Précis de sagesse portative » (Grasset, 2017), le seul bagage nécessaire sans doute pour l’ultime départ. Puis il annonçait sans fard : « Je vais bientôt me quitter. » Mais le ­dramaturge facétieux semble avoir bénéficié de rappels et, depuis le 22 octobre, le voici ­rentré dans le cercle très restreint – seul Claude Lévi-Strauss l’y a précédé – des immortels centenaires.
Même bousculé par les sollicitations qui ­accompagnent son anniversaire – un déjeuner à l’Académie avant la désignation du Grand Prix du roman, c’est beaucoup pour cet homme dont la parfaite urbanité ne fait pas un mondain –, le jeune centenaire s’enquiert de ses visiteurs avec une délicatesse et une bienveillance qui frappent d’autant plus qu’on voudrait le ménager. Mais malgré un corps qui paraît frêle, l’homme est solide, son verbe net et sa pensée claire.
Gourmandise
Elu sous la Coupole déjà octogénaire, René de Obaldia n’avait sans doute pas idée d’atteindre ce seuil. Mais sa propre fantaisie l’y préparait puisque, parmi ses « perles de vie », l’une de celles qu’il préfère offrir lui vient de Pablo Picasso : « Il faut beaucoup de temps pour ­devenir jeune. » Une autre, d’un improbable proverbe russe dont il pourrait bien être l’auteur : « Pour devenir centenaire, il faut commencer jeune. » La fin ne l’effraie pas, ­secondé par la sagesse du poète portugais Fernando Pessoa : « Aujourd’hui, je me sens aussi lucide que si je n’existais pas. » Est-ce cette quête de lucidité, dès ses premiers écrits, qui l’a conduit à interroger le statut de la vieillesse, segment de l’existence tabou dans la société occidentale, dans un texte ­intitulé Le Centenaire (Grasset,...




                        

                        


<article-nb="2018/11/11/19-15">
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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-15"> ¤ A l’occasion du 100e anniversaire de l’Armistice de 1918, des « jardins de la paix » ont été aménagés par des paysagistes ressortissants des pays belligérants sur les lieux mêmes des combats.
<filname="PROF-0,2-3246,1-0,0-15"> ¤                     
                                                

Des « jardins de la paix », sur les lieux mêmes de la Grande Guerre

A l’occasion du 100e anniversaire de l’Armistice de 1918, des « jardins de la paix » ont été aménagés par des paysagistes ressortissants des pays belligérants sur les lieux mêmes des combats.



LE MONDE
 |    10.11.2018 à 08h13
    |

            Lucien Jedwab








                        


Pour marquer les célébrations du centenaire de la signature de l’armistice du 11 novembre 1918, le label Arts & jardins - Hauts-de-France (somme des régions historiques que sont la Picardie, l’Artois et la Flandre) a conçu un concours ouvert aux paysagistes des principaux pays belligérants. A charge pour les équipes sélectionnées par un jury de créer des « jardins de la paix », petits cailloux hautement symboliques en regard des affrontements meurtriers de cette « Grande Guerre » qui devait être la « Der des ders ». Mais aussi signal d’optimisme alors que les nuages s’amoncellent sur une partie de l’Europe, nos voisins anglais eux-mêmes étant sur-le-point de desserrer les amarres qui arrimaient leur pays au continent.
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        "Le Jardin du troisième train", M. Blume (Allemagne), G. Brusset (France), F. Liggieri (Italie)."
            data-slide-description="L’installation des trois créateurs européens (un jardinier, un artiste et une architecte) se découvre avant d’arriver dans la clairière historique de la forêt de Compiègne où a été signé l’Armistice, le 11 novembre 1918. Le sous-bois, avec son « banc » allongé  évoquant les tranchées, est propice à la méditation ou à la rêverie."
            data-slide-item-lie=""

        
        « Cultiver la mémoire », T. Folkerts (Allemagne)."
            data-slide-description="C’est à Craonne, dans l’Aisne, dont le nom est associé à l’offensive dramatique du Chemin des Dames et à une « chanson contre » dont les paroles évoquent une « guerre infâme », que le paysagiste allemand Thilo Folkerts a installé son œuvre. Ses trois cercles de métal qui épousent la topographie bouleversée du paysage verront fleurir au fil des ans des bulbes de perce-neige ou de crocus."
            data-slide-item-lie=""

        
        "592", L. Bartolazzi, L. Catalano, Cl. Clementini (Italie)."
            data-slide-description="Lors de la bataille qui a vu la destruction du vieux village de Craonne, 592 Italiens ont perdu la vie et ont été enterrés non loin de là. L’équipe de paysagistes italien(ne)s a voulu évoquer leur mémoire en plantant des piquets de bois qui seront accompagnés par la palette colorée des floraisons du printemps jusqu’à l’automne."
            data-slide-item-lie=""

        
        "Jardin des Hespérides",  K. El Achak (Maroc), B. Depoorter (Belgique)."
            data-slide-description="Evoquant le mythique jardin des Hespérides, la création des paysagistes belge et marocain s’inscrit, près de ce qui fut autrefois le village de Craonne, dans la tradition du jardin arabo-andalou. Elle rend ainsi hommage aux milliers de « chasseurs indigènes à pied » venus mourir  sur le sol de ce « jardin » – la France –, où, pour eux, tout était vert et bien cultivé..."
            data-slide-item-lie=""

        
        "A l'assaut du rempart", Th. Van Eeckhout, M. Allain (Belgique)."
            data-slide-description="Dans les douves de la citadelle du Quesnoy (dans le département du Nord), les paysagistes belges du Collectif Plan B ont reproduit à l’identique un pan de rempart, sur le sol en gazon. Ce sont ces 12 mètres, pris d’assaut en novembre 1918, devenus terrasse à l’horizontale, que les visiteurs sont appelés à investir – pacifiquement cette fois."
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        Vue des fossés de la citadelle du Quesnoy."
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        "Rangimarie", X. White, Ch. Bailie, Z. Carafice (Nouvelle-Zélande)."
            data-slide-description="La paysagiste néo-zelandaise Xanthe White a conçu, avec son équipe, un lieu dédié, selon la tradition maorie, aux âmes des combattants disparus. Espace calme, le « rangimarie » permet, à l’aube ou à la tombée de la nuit, de retrouver leur présence, le temps d’une paisible promenade."
            data-slide-item-lie=""

        
        La nécropole de Notre-Dame-de-Lorette, dans le Pas-de-Calais."
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        "Promenade en sous-bois, lumières et transparences", E. et M. Hennebicque (France)."
            data-slide-description="La promenade arborée conçue par les jeunes paysagistes français fait face à la nécropole de Notre-Dame-de-Lorette, impressionnante avec ses dizaines de milliers de tombes et l’architecture surranée de sa basilique. Quand la végétation aura pris toute sa dimension, le sous-bois et la prairie abriteront des puits de lumière où les visiteurs pourront se reposer et méditer."
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        Les tranchées reconstituées sur le site de Vimy, dans le Pas-de-Calais."
            data-slide-description="Le site de Vimy a été l’enjeu d’affrontements extrêmement meurtriers en avril 1917. Les milliers d’arbres et d’arbustes originaires du Canada qui y ont été plantés évoquent la mémoire des milliers de soldats canadiens qui  y ont perdu la vie."
            data-slide-item-lie=""

        
        "Drapeau", J. Parenteau, K. Saint-Pierre, P.-Y. Diehl (Canada)."
            data-slide-description="Intitulé « Flag » (« Drapeau »), le « jardin de la paix » de l’équipe canadienne revendique son propos : sa couleur est le blanc, et il en appelle à la raison et au dialogue apaisé. Evocation des paysages du Canada, il s’intègre dans celui, bouleversé et saisissant, du champ de bataille, que les visiteurs sont invités à contempler."
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        Devant le mur d'enceinte du cimetière britannique d'Arras."
            data-slide-description="L’offensive britannique d’Arras, en avril 1917, conjointe à la désastreuse « offensive Nivelle », qui devait terminer la guerre « en 48 heures », coûta la vie à des dizaines de milliers de soldats du Commonwealth et du Royaume-Uni."
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        "La Paix des sonneurs", A. Rhodes, M. Orr (Ecosse)."
            data-slide-description="Les deux paysagistes écossaises ont voulu rendre hommage aux 2 500 sonneurs qui, tout au long de la guerre, en première ligne, ont été chargés de galvaniser les fantassins au son de leur cornemuse. Inspirées par les plantes et les roches de la lande de leur pays, elles ont aussi recréé un « loch » à la végétation aquatique."
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        "Trwy goetir yn ysgafn" ("A travers la forêt à la légère"), D. Bowyer, A. Fisher Tomlin (pays de Galles)."
            data-slide-description="Le ruban de bois, fait de chêne du pays de Galles et de pierre de Portland, qui serpente dans la forêt à Thiepval, dans la Somme, est une incitation à se souvenir et à méditer. Un tapis de primevères devrait compléter, avec sa palette colorée, l’installation des deux paysagistes gallois."
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        "Pax Dryades", H. et J. Basson (Angleterre)."
            data-slide-description="Le jardin des paysagistes anglais, à Thiepval, a pris le nom de ces nymphes des arbres et des bois qu’invoquait Chateaubriand. Il a la forme d’un parcours délimité par des poteaux et des fils de fer protégeant les plantations amenées à grandir, mais évoquant les barbelés des tranchées. Les monticules de craie, eux, rappellent les blessures infligées au sol par les obus. La végétation spontanée, dans les années à venir, devrait les coloniser, redonnant ainsi dans ce lieu la primauté à la vie."
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        L'étang du Cam, sur le site de l'Historial de la Grande Guerre, à Péronne, dans la Somme."
            data-slide-description="En 2014, le paysagiste Gilles Clément a créé sur l’étang du Cam le « Jardin du 6e continent », une commande publique conçue, selon ses  propres termes, afin de « conjurer la douleur »."
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        "Le Jardin d'Eutychia", P. Donegan (Irlande), I. Price (Irlande du Nord)."
            data-slide-description="Dans les douves du château de Péronne, qui donne lui-même accès à l’Historial de la Grande Guerre, deux paysagistes irlandais (l’un d’Irlande, l’autre... d’Irlande du Nord) ont conçu un jardin pour le public. Les fruits de ses arbres sont à cueillir, les bancs de pierre sont là pour le repos des visiteurs. L’« aire de pique-nique » est une construction harmonieuse et conviviale."
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"Le Jardin du troisième train", M. Blume (Allemagne), G. Brusset (France), F. Liggieri (Italie).            
L’installation des trois créateurs européens (un jardinier, un artiste et une architecte) se découvre avant d’arriver dans la clairière historique de la forêt de Compiègne où a été signé l’Armistice, le 11 novembre 1918. Le sous-bois, avec son « banc » allongé  évoquant les tranchées, est propice à la méditation ou à la rêverie.

L. JEDWAB/« LE  MONDE »
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Gilbert Fillinger, ancien directeur de la Maison de la culture d’Amiens et lui-même à l’origine du festival Art, villes & paysage, qui se déroule chaque année dans les hortillonnages d’Amiens, anime le label Arts & jardins - Hauts-de-France. Il semble pouvoir compter sur le soutien du président de la région, Xavier Bertrand, qui ne manque pas une occasion de rappeler que les terres du nord de la France, brutalisées par les conflits du XXe siècle et la désindustrialisation, ont des ressources, à commencer par un riche patrimoine historique et culturel. La création de ces « jardins de la paix » vise ainsi à ponctuer par des haltes paysagères, qui incitent à la réflexion, le parcours dès très nombreux visiteurs, scolaires, français ou étrangers, parfois venus de très loin pour essayer de comprendre de visu ce qu’a été cette guerre.
De Compiègne, près de la clairière où a été signé l’armistice qui mit fin aux combats sur le front occidental (mais qui allaient continuer sur différents fronts à l’est pendant encore de longues années), à Péronne, où se situe l’Historial de la Grande Guerre, en passant par Craonne, Le Quesnoy, Vimy, Notre-Dame-de-Lorette, Arras et Thiepval, douze jardins ont été aménagés. Leurs concepteurs : des paysagistes et des artistes venus des principaux pays impliqués (France, Allemagne, Royaume-Uni, Italie), mais aussi du Commonwealth ou du Maroc, qui alors n’était pas encore totalement « pacifié ». Le symbole ne manque pas de force quand des paysagistes retenus pour Compiègne ou le site de l’ancien village de Craonne sont d’origine allemande.

   


Le caractère « inéluctable » de la première guerre mondiale, alimenté par l’exacerbation des nationalismes, a été combattu dès 1914 par une toute petite minorité de pacifistes ou d’internationalistes, qui le paieront souvent de leur vie – des deux côtés du Rhin, avant et après la guerre –, à commencer par les plus connus, Jean Jaurès et Rosa Luxemburg. Quand l’écrivain allemand Hermann Hesse trouvait, lui, l’apaisement et la rédemption dans le jardinage... en Suisse, avant d’écrire les superbes Brèves nouvelles de mon jardin. Signe que les temps ont changé, la manière de raconter la guerre a changé elle aussi, et les historiens – et les paysagistes – ont heureusement pris le pas sur les tribuns cocardiers ou revanchards.
Preuve en est la réintégration dans la mémoire nationale des fusillés pour l’exemple et des mutins de 1917, dont certains ont été réhabilités, ainsi que des fraternisations de Noël 1914 et de l’hiver 1915. Et aussi l’adoption consensuelle de la chanson de Craonne, dont la charge émotionnelle est toujours intacte, a fortiori quand elle est chantée sur les lieux mêmes des combats aussi tragiques qu’absurdes qu’elle dénonce. A cet égard, les trois « jardins de la paix » installés au-dessus des ruines de l’ancien village de Craonne revêtent une charge symbolique toute particulière. De même qu’à Vimy, dans le Pas-de-Calais, la beauté tragique du paysage « verdoyant », avec ses cratères d’obus enherbés et sa forêt de pins, impressionne-t-elle le visiteur qui se projette un siècle en arrière, assis sur le tronc taillé déposé dans leur jardin par de jeunes paysagistes canadiens.

   


Mais des douze jardins conçus à l’occasion de ce centenaire, et aussi afin de le prolonger, celui qui retient l’attention pour ses intentions a été réalisé par Helen et James Basson, un jeune couple de paysagistes anglais, à Thiepval, dans la Somme. Ses plantations, frêles, sont encore protégées par tout un réseau de poteaux qui rappellent délibérément les tranchées. De même le fil de fer ou le cordage qui relie les poteaux entre eux. Quant aux tas de craie disséminés sur le terrain, ils évoquent, inversés, des cratères d’obus. Une clairière de hêtres plantés constitue l’aboutissement des différents cheminements. Cette sécheresse apparente, saisissante, sera, au fil du temps, tempérée par la douceur de la végétation qui ne manquera pas, comme dans une friche, de coloniser le site. Un pari sur l’avenir, en quelque sorte, où la vie, qui « toujours invente », comme nous le rappelle le paysagiste Gilles Clément, l’emporterait sur le néant.

   


Renseignements sur les Jardins de la paix - Hauts-de-France : artetjardins-hdf.com/ Historial de la Grande Guerre, à Péronne : historial.fr



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-16"> ¤ Chaque samedi, « La Matinale du Monde » propose à ses lecteurs un choix d’émissions et de podcasts à découvrir en différé.
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Article sélectionné dans La Matinale du 09/11/2018
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« Parfum d’Irak », 14-18 et « New York Times » : trois replays pour ce week-end

Chaque samedi, « La Matinale du Monde » propose à ses lecteurs un choix d’émissions et de podcasts à découvrir en différé.



LE MONDE
 |    10.11.2018 à 06h36
 • Mis à jour le
10.11.2018 à 15h19
   





                        


LES CHOIX DE LA MATINALE
Au programme de ce week-end de célébration du centenaire de l’Armistice et de visite de Donald Trump à Paris, le documentaire La Guerre de tous les Français et une plongée dans les coulisses du New York Times depuis l’élection de l’actuel président américain.
Irak, cher pays de mon enfance

Il s’appelle Feurat Alani. Il est français et irakien ou irakien et français. Son « bled » à lui, c’est l’Irak, qu’il visite pour la première fois en 1989. Il a 9 ans lorsqu’il atterrit à Bagdad, il se rappelle porter une cravate bleue. Feurat fait connaissance avec ses oncles, tantes et autres cousins. La vie est belle, les jeunes flirtent dans les rues, les cafés sont bondés… Bref, Bagdad rayonne, même si le pays est sous le ­contrôle absolu de Saddam Hussein. Au fil des étés, Feurat tombe amoureux de l’Irak ; mais le pays de ses parents va sombrer et se perdre dans des guerres sans fin. L’invasion du Koweït (1990-1991), l’occupation américaine (2003-2011) et une décennie d’embargo ont fini par asphyxier sa seconde patrie.
Feurat voit la misère et le désespoir s’installer dans le pays. Plus grand, devenu journaliste, il décide de s’installer à Bagdad, chez sa tante. Agé de 24 ans, il couvre pour la presse française l’invasion américaine et le chaos qui arrive avec les djihadistes d’Al-Qaida et de l’organisation Etat islamique (EI). Feurat Alani a choisi de se livrer dans une sublime websérie. Mélancolique, poétique, chacun des vingt volets (de deux à trois minutes) raconte un souvenir précis illustré par une animation puissante et poétique. Le Parfum d’Irak dépeint majestueusement une vision oubliée du monde arabe, généreuse et riche, joyeuse et libre… Mustapha Kessous
« Le Parfum d’Irak », de Feurat Alani et Léonard Cohen (France, 2018, 20 × 2 à 3 min). Disponible sur arte.tv et en livre (Arte Editions/Editions Nova, 176 p., 19 €)
Drôle de « dames »

   


Le New York Times n’a jamais fait de cadeau à Donald Trump. Depuis l’ascension du magnat de l’immobilier dans les années 1970, le vénérable quotidien n’a cessé d’enquêter sur ses affaires, laissant toutefois le soin aux tabloïds new-yorkais et aux magazines people de faire leurs choux gras de ses frasques extraconjugales. Ses incursions en politique ayant toutes échoué, pas un journaliste de la « Dame grise », comme le quotidien était surnommé autrefois, ne s’attendait à ce qu’il remporte l’investiture du Parti républicain en juillet 2016, encore moins l’élection présidentielle, quatre mois plus tard.
Pas même Maggie Haberman, qui a suivi Donald Trump pendant vingt ans, d’abord au New York Post puis au New York Times. La journaliste avait promis à ses enfants qu’ils « retrouveraient » leur mère après l’élection. Depuis le 20 janvier 2017, jour de l’investiture du quarante-cinquième président des Etats-Unis, elle n’a, au contraire, pas eu une minute de repos.
Exigeant de ses troupes une couverture toujours plus agressive des moindres faits et gestes du président, Dean Baquet, le rédacteur en chef, ne se montre pas moins soucieux d’incarner un journalisme honnête, indépendant et transparent. C’est ainsi que la « Dame grise » a ouvert ses portes à la réalisatrice américaine Liz Garbus pendant la première année de la présidence Trump. Sa caméra montre l’envers du décor : le sourcilleux travail de recoupage des sources, les échanges tendus avec les fans de Trump, les entretiens privilégiés avec Steve Bannon, les bouclages fiévreux, mais aussi les rapports de force entre la direction de New York et le bureau de Washington au moment de titrer l’édition du lendemain. Ce documentaire en quatre épisodes de 55 minutes chacun, monté comme une série à couper le souffle, donne à voir un journal conquérant qui encaisse les coups. Antoine Flandrin
« Mission vérité - Le “New York Times” et Donald Trump » , de Liz Garbus (Etats-Unis, 2018, 4 × 55 min). Disponible sur arte.tv jusqu’au 5 décembre.
Les sans-grade victorieux

Dans le flot des programmes diffusés à l’occasion du centenaire de l’Armistice, ce documentaire sort du lot. A la fois par son thème (la guerre de 14-18 vécue à l’arrière par la population civile française) et par ses trouvailles techniques. Car si l’on a pris l’habitude de documentaires historiques colorisés et sonorisés, le réalisateur, Cédric Condon, s’appuyant sur le travail des scénaristes Jean-Yves Le Naour et Adila Bennedjaï-Zou, s’est emparé d’archives multiples (extraits de films, correspondances d’une adolescente, du député Abel Ferry, du maire de Mende Emile Joly, photos, scènes reconstituées) en les mêlant habilement.
C’est ainsi que des archives photographiques prennent vie grâce à des effets numériques et à l’incrustation d’un acteur parfaitement intégré. A l’arrivée, une cinquantaine de « photos fictions » donnent à ce documentaire rythme et émotions. Au-delà de la performance technique, c’est bien le thème qui donne à ce programme sa force. Les poilus laissent ici place à leurs épouses, parents, enfants. Car cette guerre totale, cette guerre d’usure, c’est aussi celle des ouvrières, des infirmières, des ingénieurs, des médecins, des ouvriers spécialisés rappelés du front pour faire tourner la machine de guerre. Dans les champs, les usines, les écoles, on vit aussi la guerre à sa façon.
Rien n’est éludé : problèmes de loyers impayés par des femmes dont les hommes sont au front, harcèlement des ouvrières dans les usines, rationnement, enrichissement des grands industriels, peur de l’adultère, délinquance juvénile en forte hausse, la France découvre qu’elle est une société de classes, bien cabossée. Alain Constant
« La Guerre de tous les Français », de Cédric Condon, Jean-Yves Le Naour et Adila Bennedjaï-Zou (Fr., 2018, 95 min). Disponible sur france.tv jusqu’au 14 novembre.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-17"> ¤ Douze jardins commémoratifs conçus par des paysagistes des pays belligérants célèbrent la paix, sur les lieux mêmes des affrontements de la « Der des ders »
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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-18"> ¤ Jugé devant le tribunal de Créteil vendredi, le trompettiste franco-libanais est jugé pour avoir embrassé en 2013 une stagiaire de 14 ans.
<filname="PROF-0,2-3246,1-0,0-18"> ¤                     
                                                

Agression sexuelle : six mois de prison avec sursis requis contre Ibrahim Maalouf

Jugé devant le tribunal de Créteil vendredi, le trompettiste franco-libanais est jugé pour avoir embrassé en 2013 une stagiaire de 14 ans.



Le Monde.fr avec AFP
 |    10.11.2018 à 00h29
 • Mis à jour le
10.11.2018 à 15h19
   





                        



   


Six mois de prison avec sursis : c’est ce que le parquet a requis, vendredi 9 novembre, contre le trompettiste franco-libanais Ibrahim Maalouf, jugé devant le tribunal de Créteil (Val-de-Marne) pour agression sexuelle sur une collégienne de 14 ans. Le jugement sera rendu le 23 novembre.
Selon la version de la jeune femme, aujourd’hui âgée de 18 ans, le musicien l’aurait embrassée une première fois un soir à la sortie d’un cinéma. Un « baiser avec la langue » selon elle, un « bisou », selon Ibrahim Maalouf, qui avait 33 ans en 2013. Pour lui, c’est la jeune fille qui en était à l’origine. « Je lui ai pris les poignets, je me suis éloigné d’elle, sans la brusquer. »

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                « Atteinte sexuelle sur mineure » : Ibrahim Maalouf dénonce un « lynchage injuste »



Deux jours plus tard et selon la version de la jeune fille, le musicien l’aurait à nouveau embrassée, dans son studio d’enregistrement cette fois, où elle faisait un stage. Il l’aurait « attrapée par le bassin », mimant un acte sexuel. « Je sentais son sexe derrière moi sur mes fesses », avait-elle déclaré aux enquêteurs.
Cette deuxième séquence n’a jamais existé, a pour sa part maintenu à la barre le trompettiste, lauréat de quatre Victoires de la musique et d’un César de la meilleure musique de film. « En aucun cas je n’ai eu d’attirance physique ou sexuelle » pour cette « adolescente », a-t-il assuré, se sentant cependant « coupable » de « ne pas avoir su mettre des limites ».
La jeune fille jugée « crédible » par le procureur
Les parents n’ont signalé les faits qu’un an plus tard, après qu’elle se fût confiée à un médecin. Elle avait commencé à se scarifier et à avoir des troubles alimentaires, et a depuis effectué plusieurs hospitalisations et thérapies. « Comment voulez-vous qu’une jeune fille dont l’état de santé s’est objectivement dégradé, mente, pour rien, juste parce qu’elle aurait été vexée d’avoir été éconduite ? », s’est énervé le procureur dans ses réquisitions. Et s’adressant à Ibrahim Maalouf : « Il faut plus que de l’aplomb pour imputer ça à une jeune fille de 14 ans. »
Aucun doute pour lui, la jeune fille, qui voulait être trompettiste et avait reconnu être « fascinée », « amoureuse » du musicien, est « crédible ». Il y a eu « surprise » et « contrainte », a-t-il estimé. Dans sa plaidoirie, l’avocate d’Ibrahim Maalouf, Maud Sobel, a elle parlé de « dépit amoureux » d’une jeune fille qui « aurait souhaité que cette transgression continue ». Elle a plaidé la relaxe, estimant qu’il n’y avait pas d’éléments pour étayer sa culpabilité.

        Lire aussi :
         

                L’affaire Amin Maalouf déchire l’intelligentsia libanaise



« Je pensais que c’était quelque chose de génial qui m’arrivait », avait dit à la barre la jeune fille. « Je lui étais reconnaissante, j’avais l’impression qu’il m’accordait une importance démesurée, à mon âge, avec sa notoriété. J’ai mis du temps à réaliser que ce n’était pas normal ». « Je sais que je dis la vérité », avait ajouté cette étudiante en lettres d’une voix timide mais ferme.
Dans ses réquisitions, le procureur a souligné la « non-dangerosité » d’Ibrahim Maalouf, et noté qu’il ne souhaitait pas requérir que ce dernier, qui enseigne la musique aux jeunes, ne puisse plus travailler avec des mineurs. « Il y a des moments où ça peut arriver, à chacun d’entre nous, de commettre des infractions », a-t-il dit.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-19"> ¤ Dans un long documentaire, l’actrice revient avec honnêteté et émotion sur les contrastes et les paradoxes de sa vie de fille, d’épouse, de mère, et d’activiste.
<filname="PROF-0,2-3246,1-0,0-19"> ¤                     
                                                

« Jane Fonda in Five Acts » : l’icône fend l’armure

Dans un long documentaire, l’actrice revient avec honnêteté et émotion sur les contrastes et les paradoxes de sa vie de fille, d’épouse, de mère, et d’activiste.



LE MONDE
 |    09.11.2018 à 19h30
    |

            Renaud Machart








                        



   


OCS, à la demande, documentaire
Jane Fonda est-elle la créature nunuche de ses tout premiers longs-métrages, la bombe intergalactique du film Barbarella (1968), la militante qui se mit à dos les forces conservatrices de son pays en plein milieu de la guerre des Etats-Unis contre le Vietnam, la reine de l’aérobic dont elle vanta les bienfaits par milliers de cassettes vidéo, l’épouse d’un magnat de la télévision, ou l’octogénaire faisant le moins son âge de la planète ?
Elle est un peu tout cela, que passe méthodiquement en revue le long documentaire « Jane Fonda en cinq actes », de Susan Lacy : « Acte I : Henry » (son père, le légendaire acteur Henry Fonda) ; puis « Roger » (le cinéaste Roger Vadim, son premier mari), « Tom » (le sénateur démocrate et militant pour les droits civiques Tom Hayden, son deuxième), « Ted » (le milliardaire Ted Turner, son troisième), et finalement « Jane », elle-même, autoportrait en guise de conclusion.
Une biographie moins lisse qu’elle n’y paraît
Derrière l’image de l’actrice impeccablement mise, fardée et coiffée (les choucroutes permanentées des années 1980, la fameuse coupe « Klute »), il y a évidemment une biographie moins lisse.
Le documentaire, en dépit de quelques séquences un peu artificieuses (Jane se rendant enfin sur la tombe de sa mère), réussit à mettre à nu quelques vérités, à travers de nombreux témoignages, dont celui de l’actrice elle-même, qui va assez loin dans l’introspection intime.
Alors qu’elle cherchait l’approbation de son père Henry Fonfa, Jane, trop jeune, ne vit pas le désarroi de sa mère, qui se suicida
Homme peu aimant, son père méprisait et trompait son épouse, baladait sa famille d’ouest en est, selon qu’il tournait à Hollywood ou jouait à Broadway. Alors qu’elle cherchait l’approbation de ce « monument national », Jane, trop jeune, ne vit pas le désarroi de sa mère, qui se suicida.
On ne sera pas surpris que ses divers époux aient en quelque sorte servi de substitut paternel. Vadim remodèlera l’actrice en objet à fantasme dénudé dans Barbarella, chef-d’œuvre kitschissime. Tom Hayden fera d’elle une militante qui s’ignorait (« Deux ans plus tôt, je ne savais même pas où se trouvait le Vietnam… »).
Fringante comme jamais
La relation avec Ted Turner, le fondateur de la chaîne CNN, est plus ambiguë : il profitait de sa fortune dans son ranch, tandis qu’elle était à un moment critique de sa carrière, « concurrencée » par de plus jeunes actrices, mais paraissant encore trop jeune pour incarner les femmes mûres. Elle se retire des écrans, elle s’ennuie ; il la bride dans ses activités de féministe, elle le quitte après dix ans de vie commune.
Dans le documentaire, on voit Jane Fonda rendre visite à Ted Turner, quelle qualifie d’« ex-mari préféré », faire du cheval en la compagnie de celui qui, d’un an son cadet, ressemble désormais à un vieux monsieur, tandis que Jane est fringante comme jamais.
Grâce au sport, et aussi, elle l’avoue candidement, à la chirurgie esthétique : « J’aime le visage de Vanessa Redgrave, j’aimerais tant avoir le courage d’accepter de faire mon âge. Mais je ne l’ai pas. » Pourtant, avoue-t-elle paradoxalement, être « parfaite est une perte de temps, un chemin empoisonné »…

        Lire la critique de « Grace and Frankie » :
         

          Les divorcés de l’an III



Et elle retravaille : depuis Sa mère ou moi ! (2005), de Robert Luketic, Jane Fonda, qui rompait avec quinze ans d’absence au cinéma, a retrouvé le succès, grâce aussi à la télévision où, dans la série Grace et Frankie, sur Netflix, elle constitue un duo du tonnerre avec sa copine Lily Tomlin.
Jane Fonda in Five Acts, documentaire de Susan Lacy (EU, 2018, 133 min). www.ocs.fr



                            


                        

                        


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« Au revoir là-haut » : grande guerre et petit sadique

Le réalisateur Albert Dupontel signe un film sur les « gueules cassées » où la recherche de perfection étouffe quelque peu la vie.



LE MONDE
 |    09.11.2018 à 19h30
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            Jacques Mandelbaum








                        



   


Canal+, vendredi 9 novembre à 22 h 55, film
En 2014, on sortait avec la banane de Neuf mois ferme, comédie surréaliste d’Albert Dupontel, entre Georges ­Feydeau et Roger ­Vitrac, confrontant une juge évasive à un serial killer méticuleux. Il s’en faut de beaucoup qu’Au revoir là-haut ­suscite le même sentiment. Il n’est d’ailleurs pas fait pour ça. Adapté du roman de Pierre Lemaitre, Prix Goncourt 2013, le film est un exercice de style ambitieux dans le ­Paris des années 1920.
Deux amis, qui se sont sauvés mutuellement la vie dans les tranchées, sortent laminés de la boucherie de la première guerre mondiale. Albert (Albert Dupontel), outre ses illusions, a perdu son métier et sa femme. A Edouard (Nahuel Perez Biscayart), tempérament d’artiste qui se fabrique des masques magnifiques, il manque le bas du visage. Autant dire que ça ne va pas fort. Le premier végète en faisant l’homme-sandwich. Le second ne veut plus entendre parler de sa famille et songe à en finir. L’amitié va les sauver. Les deux hommes remontent la pen­te. Songeant, d’une part, à retrouver un jour le lieutenant Pradelle (Laurent Lafitte), sombre ­sadique qui les a envoyés au casse-pipe et, d’autre part, à ­tirer revanche de l’Etat-Moloch et des ploutocrates qui le servent.

        Lire le focus :
         

          « 120 battements par minute » et « Au revoir là-haut » grands gagnants des Césars



Ambition ­démiurgique
Le hasard faisant bien les choses, il se trouve que l’immonde Pradelle, qui trafique lui aussi les morts, a épousé la sœur d’Edouard pour son argent, tandis que son père entreprend de financer le mémorial du 8e arrondissement, pour lequel il sollicite des artistes. Les chemins de tous ces personnages vont donc se croiser selon le plan tracé au cordeau d’une farce macabre. Cette prédestination ­fabriquée, cette ambition ­démiurgique sont un des problèmes du film : la recherche de perfection étouffe la palpitation de la vie.
Les chemins des personnages vont se croiser selon le plan tracé au cordeau d’une farce macabre
L’autre problème, qui le recoupe en partie, tient à la « gloutonnerie » esthétique de son créateur, qui aurait gagné à lutter contre son tempérament. Film de tranchées, reconstitution historique à grands frais de la Belle Epoque, hommage au cinéma de Carné, parabole de la lutte des classes, récit de vengeance, fantaisie morbide, tragédie ­filiale : cela fait trop pour un seul film, et c’est justement ce en quoi consiste la différence entre ­cinéma et art romanesque.

        Lire l’entretien avec Albert Dupontel (en 2013) :
         

          « J’ai une phobie de l’erreur judiciaire »



Au revoir là-haut, d’Albert Dupontel. Avec Albert Dupontel, Laurent Lafitte, Niels Arestrup (France, 2017, 115 min). www.mycanal.fr



                            


                        

                        

