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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-1"> ¤ Dans sa chronique, l’historienne Claire Judde de Larivière montre que l’accent ou son absence sont des masques, qui, en même temps qu’ils définissent l’appartenance ou l’altérité, génèrent de façon plus ou moins explicite des caractères sociaux.
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Non, l’accent régional n’est pas une farce

Dans sa chronique, l’historienne Claire Judde de Larivière montre que l’accent ou son absence sont des masques, qui, en même temps qu’ils définissent l’appartenance ou l’altérité, génèrent de façon plus ou moins explicite des caractères sociaux.



LE MONDE IDEES
 |    11.11.2018 à 12h00
 • Mis à jour le
11.11.2018 à 14h46
    |

                            Claire Judde de Larivière (Historienne et collaboratrice du «Monde des livres»)








                        



                                


                            
Il y a quelques semaines, dans les couloirs de l’Assemblée nationale, Jean-Luc Mélenchon s’agaçait d’une question apparemment embarrassante que lui posait une journaliste sur les enquêtes relatives à ses comptes de campagne. Le député s’esquivait en imitant la prononciation méridionale de son ­interlocutrice. L’opportunité était trop belle, et beaucoup s’en sont emparés, de ses adversaires politiques aux ­journalistes, pour dénoncer le caractère vexatoire d’une telle raillerie et la discrimination linguistique qu’elle ­impliquait. L’offense était d’autant plus scandaleuse qu’elle était portée par le président du groupe La France insoumise, dont la vocation est de dénoncer les formes de la domination sociale et politique.
C’est là l’ambiguïté de la prise en dérision des accents ­régionaux, qui, tout en constituant un ressort comique classique, du cinéma à la télévision ou dans les plaisanteries quotidiennes, reste considérée aussi illégitime ­qu’oppressive. La tradition est ancienne, en particulier dans le théâtre, où elle devient même un genre en soi dans l’Italie de la Renaissance. Dans toutes les villes de la Péninsule, lieux de passage et d’immigration, la moquerie de la langue et de l’accent des étrangers – à cette ­époque, l’Italie n’est pas unifiée, et l’étranger est celui qui vient d’au-delà de la région – ouvre un répertoire burlesque largement exploité.
Commedia dell’arte
Dans la Venise cosmopolite du XVIe siècle, par exemple, de nombreuses pièces s’amusent de la prononciation des Allemands, des Grecs ou des Bergamasques, en intégrant des répliques en langue étrangère et en transcrivant les accents par l’emploi d’un vocabulaire déformé et incorrect. Les langues se mêlent dans cette Babel méditerranéenne, et les auteurs de théâtre raillent ces sonorités ­bizarres et ces sabirs incompréhensibles, produisant ainsi une source exceptionnelle pour étudier les voix et les accents, matière éphémère par excellence, et donc difficilement accessible...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-2"> ¤ Dans le cadre du Forum philo « Le Monde » Le Mans, suivez en direct les interventions de la troisième journée.
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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-3"> ¤ Les formations en économie doivent-elles être tenues pour responsables des crises ou sont-elles prêtes pour les défis du XXIe siècle ? L’universitaire et ex-directeur d’ESCP Europe Edouard Husson les appelle à se réinventer, avec les étudiants pour moteurs.
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« La business school de la troisième révolution industrielle n’a pas encore été inventée »

Les formations en économie doivent-elles être tenues pour responsables des crises ou sont-elles prêtes pour les défis du XXIe siècle ? L’universitaire et ex-directeur d’ESCP Europe Edouard Husson les appelle à se réinventer, avec les étudiants pour moteurs.



LE MONDE
 |    11.11.2018 à 07h15
    |

Edouard Husson (universitaire, ancien directeur d’ESCP Europe)







                        



   


Il y a dix ans, lorsque la crise a éclaté, beaucoup ont pointé du doigt les business schools. N’étaient-elles pas les endroits où avaient été formés ceux qui étaient directement responsables de l’une des plus terribles crises ­financières de l’histoire ? N’avaient-elles pas formé par milliers ces financiers et ces consultants qui avaient prêché partout l’évangile de la mondialisation heureuse, de l’enrichissement individuel et de la « comptabilité créative » ?
Plus la responsabilité est collective et partagée, plus l’on recherche des boucs émissaires. Certains ont incriminé plutôt les mathématiciens entrés dans la finance pour repousser toujours plus loin les limites de la spéculation ; mais ils étaient moins nombreux et plus difficilement identifiables que les diplômés des ­business schools.
La crise coïncidait avec le centième anniversaire de la création de la Harvard Business School, la plus célèbre école de management au monde. Et c’est d’Harvard que partirent le mea culpa et la promesse de mettre de l’éthique dans les enseignements, de former désormais des ­cadres responsables, préoccupés du long terme.

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                Enseignement de la finance : l’aggiornamento se fait attendre



A vrai dire, ce sont les étudiants qui ont révolutionné silencieusement les business schools depuis lors : l’audit et la finance font moins ­rêver qu’auparavant ; les grandes entreprises doivent lutter pour attirer et ensuite retenir de jeunes diplômés qui rêvent de créer leur entreprise ou de mettre leurs compétences en management au service du développement durable et du « non for profit » (à but non lucratif).
Une menace implicite rôde, celle de l’obsolescence ; et nulle part elle n’est plus observable que dans la difficulté à ­gagner de l’argent en formation continue – longtemps pourvoyeuse de ressources.
Dix ans après la crise, les écoles de management ont surmonté les critiques adressées par les contempteurs des analyses SWOT (pour « Strengths, Weaknesses, Opportunities, Threats », c’est-à-dire « atouts, faiblesses, ­opportunités, menaces ») et des PowerPoint ­interactifs. Et pourtant, elles n’ont jamais été plus fragiles, contrairement aux apparences. Non pas parce qu’on parle ici et là d’une nouvelle crise, qui pourrait être aussi violente que celle de 2008, mais parce que la troisième ­révolution industrielle bouleverse l’emploi et requiert des compétences que les écoles de commerce n’offrent qu’à la marge.
Les boards et les directeurs des écoles sentent qu’il faut répondre à une demande nouvelle. Partout, on observe une tendance à l’internationalisation à tout prix pour croiser profils et ­expériences. On voit, par exemple, se multiplier les doubles cursus manageur-ingénieur. On se rappelle aussi que les écoles de commerce ont été, au XIXe siècle, des écoles d’entrepreneuriat. Mais cela ne suffit pas. Une menace implicite rôde, celle de l’obsolescence ; et nulle part elle n’est plus observable que dans la difficulté à ­gagner de l’argent en formation continue – longtemps pourvoyeuse de ressources.

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                Harvard Business School a-t-elle une âme ?



Au-delà d’une concurrence exacerbée, l’offre n’est plus adaptée. Les entreprises ont moins besoin de l’énième formation dans l’une des disciplines du management que d’un croisement des compétences, du recours au spectre le plus large possible de disciplines, des arts et des sciences humaines aux sciences dures.
La troisième révolution industrielle bouleverse les modèles d’affaires. La phase de conception d’un produit devient extrêmement coûteuse. Elle requiert que les sciences de gestion s’allient non seulement à l’ingénierie et à l’informatique, mais aussi aux sciences dures, aux sciences sociales, à l’art : la révolution digitale et son information hyperabondante et complexe réclament toujours plus de transdisciplinarité.
A l’autre bout de la chaîne, la même révolution numérique rend possible la personnalisation des produits, demandant, là aussi, une ­intensification des compétences traditionnelles en marketing, croisées aux sciences sociales et au big data. Chaque révolution industrielle a secrété ses écoles. En 1819, Jean-Baptiste Say avait créé une école de la première ­révolution industrielle, celle des entrepreneurs (aujourd’hui ESCP Europe). Au XXe siècle, les écoles américaines ont inventé le MBA (Master of Business Administration), diplôme par excellence de la deuxième révolution industrielle, celle de « l’ère du management ».

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                « Dans la crise de 2008, on ne peut passer sous silence le rôle de l’enseignement de la finance »



A quoi ressemblera l’école de la troisième révolution industrielle ? Peut-être naîtra-t-elle dans une « vallée des start-up », de la rencontre entre data scientists, spécialistes des sciences dures, créateurs d’intelligence artificielle et entrepreneurs de la Deep Tech. Si elle naît en milieu académique, ce sera peu probablement dans les écoles de management telles qu’elles existent aujourd’hui. Ce sera peut-être autour de la plate-forme de formation tout au long de la vie d’une des grandes universités du monde.
Ce n’est pas pour dire que les business schools sont vouées à disparaître. Elles ont fait preuve depuis deux siècles d’une remarquable capacité de survie. Elles ont régulièrement révélé les failles du capitalisme mais ont su aussi s’adapter à ses mutations. Celles qui s’adapteront à la troisième révolution industrielle auront intérêt à se trouver au cœur d’universités de recherche et d’écosystèmes d’innovation intensifs.

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                Grandeur et décadence de Lehman Brothers




Participez au salon des grandes écoles du « Monde », samedi 10 et dimanche 11 novembre
La 13e édition du Salon des grandes écoles (SaGE) a lieu samedi 10 et dimanche 11 novembre à Paris, aux Docks, Cité de la mode et du design (13e arrondissement), de 10 heures à 18 heures.
Plus de cent cinquante écoles de commerce et d’ingénieurs, IAE, IEP, écoles spécialisées, prépas seront représentés lors du salon, permettant d’échanger sur les différents programmes et leur accessibilité (post-bac, post-prépa ou après un bac +2, +3 ou +4). Lycéens, étudiants et parents pourront assister à des conférences thématiques animées par des journalistes du Monde Campus. Une équipe de vingt « coachs » sera à leur disposition pour les conseiller, les aider à définir leur projet d’orientation, préparer les concours, rédiger leur CV...
L’entrée du SaGE est gratuite, la préinscription en ligne est conseillée pour accéder plus rapidement au Salon. Liste des exposants et informations pratiques sont à retrouver sur le site Internet du SaGE.
Ce salon a été précédé de la publication de nos suppléments dédiés aux écoles d’ingénieurs (dans Le Monde daté du mercredi 7 novembre et en ligne en suivant ce lien ) et aux écoles de commerce (dans Le Monde daté du jeudi 8 novembre et sur Le Monde.fr Campus ici).





                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-4"> ¤ A l’occasion du centenaire du 11 novembre 1918, nous avons demandé à un historien de tenter un exercice d’histoire contrefactuelle : et si, après la première guerre mondiale, l’Empire ottoman n’avait pas disparu ? Pour Marc Aymes, c’est simple : il est toujours là.
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Istanbul, c’est toujours Constantinople

A l’occasion du centenaire du 11 novembre 1918, nous avons demandé à un historien de tenter un exercice d’histoire contrefactuelle : et si, après la première guerre mondiale, l’Empire ottoman n’avait pas disparu ? Pour Marc Aymes, c’est simple : il est toujours là.



LE MONDE IDEES
 |    11.11.2018 à 07h00
    |

Marc Aymes (historien, membre du Centre d’études turques, ottomanes, balkaniques et centrasiatiques, CNRS - Collège de France - EHESS)







                        



                                


                            

L’Empire ottoman n’a pas disparu en 1918. Vu d’Istanbul, l’armistice signé dans le port de Moudros, sur l’île de Lemnos, le 30 octobre, entre les belligérants du front d’Orient, n’est que le dernier en date d’une longue série. Dans les Balkans ou le Croissant fertile, la fin de la guerre parachève un ­démembrement territorial commencé un long siècle plus tôt ; elle y entérine la fin de l’empire – ou son remplacement par un autre, colonial celui-là. Il n’est pas jusqu’à ­Istanbul, la capitale, qui ne soit occupée par les alliés. Mais enfin, il y a toujours un gouvernement ottoman pour rendre les armes, et pour signer, deux ans plus tard à Sèvres, le traité consacrant les sacrifices du vaincu.
Les dirigeants de la République de Turquie proclamée en 1923, à commencer par celui qui se fit déclarer « père des Turcs » et géniteur de la Turquie moderne, Mustafa Kemal, s’attachèrent à nier par tous les moyens l’histoire de cette avilissante reddition. Ils abolirent l’empire pour conjurer le spectre de la défaite. Leur carrière fut le triomphe d’une histoire farouchement contrefactuelle : ce qui avait eu lieu devait ne pas avoir eu lieu. Moudros, Sèvres, tout cela fut déclaré nul et non avenu. Du génocide, qui, en 1915-1916, avait réduit à néant les Arméniens d’Anatolie, plus question. Tout ce déni perdure. Il ­signifie la non-reconnaissance de la chute des Ottomans. Comme si rien ni personne n’avait été retranché à l’histoire.
L’Empire ottoman est toujours là : non pas comme éternel retour, mais comme futur passé
Négationnisme ? Assurément. Et qui, inculqué en masse, continue à tuer. En 2011, le jeune conscrit Sevag Balikçi, issu d’une ­famille arménienne d’Istanbul, est abattu par un camarade de caserne, un 24 avril, jour de commémoration du génocide de 1915. Outil de pédagogie politique, le négationnisme ne s’est jamais contenté d’être déni : aujourd’hui peut-être plus ouvertement qu’hier, il se targue de donner un sens à l’histoire. Contrairement...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-5"> ¤ Le patron du groupe britannique de construction Persimmon a été forcé à la démission, après avoir empoché un bonus gigantesque.
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L’injustifiable bonus à 100 millions d’euros de Jeff Fairburn

Le patron du groupe britannique de construction Persimmon a été forcé à la démission, après avoir empoché un bonus gigantesque.



LE MONDE ECONOMIE
 |    11.11.2018 à 06h00
    |

            Eric Albert (Londres, correspondance)








                        



                                


                            

Chronique Marchés. La controverse a finalement eu raison de son emploi. Mercredi 7 novembre, Jeff Fairburn a été obligé de démissionner de son poste de directeur général de Persimmon, un important groupe britannique de construction. Il aura de quoi assurer ses arrières : il part après avoir empoché un extraordinaire bonus de 75 millions de livres (85 millions d’euros) sur cinq ans. Initialement, celui-ci devait atteindre 110 millions de livres. En février, M. Fairburn avait tenté d’éteindre l’incendie en acceptant de le réduire d’un quart, mais cela n’aura pas suffi.
L’attitude du patron de Persimmon et de quelques autres cadres de l’entreprise autour de lui est tout simplement injustifiable. L’homme n’était pas un entrepreneur qui a pris des risques financiers qui mériteraient une juste compensation. Il n’a pas non plus été particulièrement génial en tant que directeur général de l’entreprise qu’il dirigeait depuis 2013.
De très généreux dividendes aux actionnaires
Certes, Persimmon est en bonne santé financière, avec un bénéfice avant impôts d’environ un milliard de livres en 2017. Mais c’est la conséquence logique de l’envolée des prix immobiliers au Royaume-Uni, qui dope automatiquement les marges du groupe. Pire encore : M. Fairburn a largement profité des aides de l’Etat à certains primo-accédants. En 2017, près de la moitié des 14 000 logements vendus par Persimmon a bénéficié de ce coup de pouce gouvernemental. Dans ce contexte, même le plus mauvais des patrons aurait vu les bénéfices de son entreprise progresser.
Logiquement, le cours de Bourse de Persimmon a doublé depuis que M. Fairburn est aux commandes. Sur la même période, l’entreprise a versé de très généreux dividendes aux actionnaires, pour un total de 8 milliards de livres (9,2 milliards d’euros).
Or, en 2012, l’entreprise avait mis en place un système de rémunération lié justement… au cours de Bourse et aux dividendes. Celui-ci ne comportait pas...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-6"> ¤ Pour montrer des caravanes de migrants qui tentent d’entrer aux Etats-Unis, des médias américains ont privilégié la figure de l’enfance. Un procédé qui, depuis les années 1970, est utilisé dans le cadre d’un usage humanitaire de la photographie. Est-ce le symptôme du nouveau rôle qu’endosse le journalisme ?
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Quand l’enfant illustre la politique migratoire

Pour montrer des caravanes de migrants qui tentent d’entrer aux Etats-Unis, des médias américains ont privilégié la figure de l’enfance. Un procédé qui, depuis les années 1970, est utilisé dans le cadre d’un usage humanitaire de la photographie. Est-ce le symptôme du nouveau rôle qu’endosse le journalisme ?



LE MONDE IDEES
 |    10.11.2018 à 12h00
    |

                            Marion Dupont








                        



                                


                            

Le sourire juvénile d’Isaac Reyes Enamorado rythme les pages du Washington Post, ce mercredi 31 octobre 2018. Un article raconte l’histoire de ce jeune Hondurien de 12 ans qui a quitté sa mère en pleine nuit, deux semaines plus tôt à Peña Blanca, pour rejoindre une caravane de migrants se dirigeant vers les Etats-Unis.
Pour raconter visuellement le voyage, la détermination ou la fatigue de ces ­migrants, les agences de presse internationales et certains titres américains ont particulièrement mis l’accent sur le sort des enfants (notamment sur les réseaux sociaux). Une insistance, qui, si elle tient en partie à la présence bien réelle des ­enfants dans cette vague migratoire, n’en reste pas moins significative. De quoi ces enfants sont-ils le visage dans le débat public américain ?
Portraits serrés
L’importance médiatique de ces caravanes tient semble-t-il à leur instrumentalisation par Donald Trump. Dans le ­contexte des élections de mi-mandat, au fil des meetings, le président a brossé l’image d’une véritable « invasion » qui poserait un « grave danger pour la sécurité des Etats-Unis ». Ces caravanes seraient composées de « personnes non identifiées en provenance du Moyen-Orient », de ­criminels endurcis et de « combattants entraînés ». En usant de procédés oratoires comme la dépersonnalisation, la ­généralisation ou l’hyperbole, Donald Trump a ainsi créé une image mentale au service de ses intérêts électoraux.

La focalisation d’une partie de la presse américaine et internationale sur les ­enfants pourrait être vue comme une ­réponse indirecte à ces déclarations. Prenant le contrepied, les professionnels de l’information auraient construit l’image d’une caravane en grande partie composée d’enfants – donc d’innocents –, privilégiant pour cela la singularisation et la personnalisation des migrants : portraits serrés et accompagnés de légendes détaillées, accent mis sur l’expressivité,...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-7"> ¤ Pourquoi la France ne favoriserait-elle pas la création de sociétés de médias à but non lucratif, favorisant ainsi les apports des donateurs, lecteurs et journalistes eux-mêmes, demande l’économiste dans sa chronique au « Monde ».
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Article sélectionné dans La Matinale du 10/11/2018
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Thomas Piketty : « Le Monde » et les milliardaires

Pourquoi la France ne favoriserait-elle pas la création de sociétés de médias à but non lucratif, favorisant ainsi les apports des donateurs, lecteurs et journalistes eux-mêmes, demande l’économiste dans sa chronique au « Monde ».



LE MONDE
 |    10.11.2018 à 11h00
 • Mis à jour le
11.11.2018 à 07h06
    |

                            Thomas Piketty (Directeur d’études à l’Ecole des hautes études en sciences sociales, Ecole d’économie de Paris)








                        



                                


                            

Chronique. Ainsi donc l’actionnariat du journal Le Monde va changer. Un banquier d’affaires français va vendre ses parts à un milliardaire tchèque, qui a lui-même fait fortune dans les mines à charbon et a souvent eu recours aux paradis fiscaux. Doit-on s’accommoder de cette situation, ou bien n’est-il pas temps de réfléchir à un régime légal et fiscal permettant de repenser le modèle des médias ? Soyons bien clair : il ne s’agit en aucune façon de mettre en cause ici les journalistes ou la direction des journaux, qui se battent avec courage et intégrité pour obtenir des actionnaires toutes les garanties d’indépendance qu’il est possible d’obtenir, au Monde comme dans les autres quotidiens. Il reste qu’il n’est pas interdit de réfléchir aux lois qu’il faudrait changer pour éviter à l’avenir ce type de situations.
Précisons qu’il existe en France comme ailleurs des règles limitant la concentration de la propriété des médias. Mais outre qu’elles sont insuffisantes et peu appliquées, et qu’elles n’ont pas été mises à jour et adaptées à l’âge numérique, ces lois n’ont jamais cherché à redéfinir la forme juridique des organes de presse. On continue de partir du principe que la société par actions constitue l’organisation normale des médias, avec à son fondement le principe « un euro, une voix » : celui qui apporte 1 milliard aura toujours 1 milliard de fois plus de voix que celui qui apporte 1 euro.
Pourtant, de nombreux secteurs d’activités sont organisés tout à fait différemment. On pense par exemple à l’éducation, la culture et la santé, qui au total regroupent incomparablement plus d’emplois que les médias ou l’industrie automobile. Dans ces secteurs, quand ils prennent la forme d’établissements privés, les acteurs ont généralement recours à des formes associatives ou à des fondations, comme nombre de grandes universités étatsuniennes et internationales. Les lois en vigueur interdisent généralement l’utilisation...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-8"> ¤ Dans sa chronique, Stéphane Foucart, journaliste au « Monde », relate la grave crise que traverse l’organisation qui évalue les médicaments, laquelle fait face aux vives critiques de certains de ses membres, sur fond de soupçons de conflit d’intérêts.
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Par  Stéphane Foucart   Publié hier à 10h53, mis à jour hier à 10h53     Temps de Lecture 4 min.      Partager sur Facebook Partager sur Facebook   Partager sur Twitter Partager sur Twitter    Envoyer par e-mail Envoyer par e-mail        Article réservé aux abonnés       Chronique. En 1993, quatre-vingts chercheurs et médecins indépendants réunis autour de Iain Chalmers fondaient une collaboration scientifique internationale – la Collaboration Cochrane, aujourd’hui simplement dénommée « Cochrane ». Leur objectif était de réaliser des revues systématiques de la littérature biomédicale et d’établir ainsi, avec les meilleurs éléments de preuves disponibles, les traitements médicamenteux et les interventions thérapeutiques les plus efficaces pour telle ou telle pathologie. Un quart de siècle plus tard, Cochrane est devenu un phare de la « médecine basée sur la preuve » (ou « médecine factuelle ») et influe considérablement sur la pratique de nombreux médecins et les recommandations des autorités sanitaires. Disons les choses plus simplement : sans que vous le sachiez, sans que connaissiez son existence même, Cochrane vous a peut-être déjà sauvé la vie. Et si ce n’est pas le cas, peut-être vous la sauvera-t-elle dans l’avenir.                 Article réservé à nos abonnés  Lire aussi  Cochrane, une institution ébranlée              Mais l’avenir de l’institution, précisément, est compromis. Ce fait – puisque nous sommes tous des malades en attente de leur maladie – devrait inquiéter chacun d’entre nous. Car Cochrane traverse une crise sans précédent qui pourrait être fatale, sinon à l’organisation elle-même, au moins à l’esprit de transparence, d’intégrité et d’indépendance, dans laquelle elle opère depuis sa création.          L’éviction du Danois Peter Gotzsche          La crise couvait depuis plusieurs mois. Elle éclate le 13 septembre, avec l’exclusion de Peter Gotzsche, l’un des fondateurs de la Cochrane et membre de son conseil de direction. Professeur de médecine et chercheur danois, Peter Gotzsche, 67 ans, n’est pas le premier venu. Icône de la médecine factuelle, il est l’auteur de plus d’un demi-millier d’articles dans la littérature biomédicale et a, en dépit des controverses, acquis une autorité considérable dans sa communauté.                 Article réservé à nos abonnés  Lire aussi  Peter Gotzsche, celui par qui la controverse arrive              Il est connu pour ses critiques acerbes de l’industrie pharmaceutique, pour son combat contre les conflits d’intérêts et pour la transparence des données. Et aussi pour son franc-parler et son intransigeance. En 2010, au terme d’une guérilla épique de trois ans contre l’Agence européenne du médicament (EMA), il est parvenu à obtenir l’accès aux études cliniques fournies par l’industrie aux régulateurs, en vue de l’autorisation de leurs molécules. Cette victoire du chercheur danois a bouleversé la donne, sortant les agences et les industriels d’un confortable entre-soi et ouvrant à ses pairs de nouveaux champs de recherche.                                         La suite est réservée aux abonnés.  Déjà abonné ? Se connecter  S’abonner c'est...   Avoir accès à tous les contenus du Monde en illimité sur le site et les applications.     Soutenir le journalisme d’investigation et une rédaction indépendante de plus de 400 journalistes.    Participer à des événements artistiques et culturels toute l'année et partout en France.    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Taxe sur les GAFA : le blocage allemand

Editorial. L’Allemagne est tétanisée par la réaction qu’une taxe européenne des géants du Web provoquerait aux Etats-Unis. Elle prive ainsi l’UE d’une réforme populaire.



LE MONDE
 |    10.11.2018 à 10h26
 • Mis à jour le
10.11.2018 à 11h04
   





                        


Editorial du « Monde ». La croisade de Bruno Le Maire pour décrocher un accord sur une taxe GAFA européenne prend des accents désespérés. L’absence de soutien de l’Allemagne au projet de taxation des géants du numérique lors de la prochaine réunion des ministres européens des finances, le 4 décembre, constituerait « une rupture de confiance entre la France et l’Allemagne », a averti le ministre français des finances, le 9 novembre, sur le site des Echos.
Une quasi-menace, qui ne risque pas d’aider au redémarrage du moteur franco-allemand. M. Le Maire voit s’évanouir peu à peu son espoir d’un accord avant la fin de l’année pour ce projet phare de l’Elysée : il ne reste plus que trois semaines pour décrocher l’accord, indispensable, de son homologue allemand, Olaf Scholz.

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Or ce dernier persiste dans son ambiguïté : en public, il répète qu’une taxe GAFA est une priorité, qu’il y a urgence, mais qu’un accord international est indispensable. Une manière polie mais un peu hypocrite, en convoquant les Etats-Unis à la table des négociations, de renvoyer la taxe à plus tard.
Son collègue français a pourtant multiplié les concessions : le nouvel impôt, censé porter sur 3 % du chiffre d’affaires des entreprises du numérique, serait transitoire, le temps de trouver un accord international sur la taxation de leurs profits. Il pourrait même n’être appliqué qu’à la fin 2020, pas avant deux ans.
Mais la réalité est têtue. Olaf Scholz, le social-démocrate, n’arrive pas à imposer l’idée dans sa coalition. Les dirigeants allemands sont tétanisés par l’hypothétique réaction qu’une telle taxe provoquerait à Washington. Car non seulement l’administration Trump se livre à un lobbying actif, individuel et direct, auprès des ministres des finances des Vingt-Huit pour les dissuader d’approuver la taxe sur les GAFA, mais elle exerce une pression particulière sur Berlin en agitant la menace de tarifs douaniers sur les importations de voitures allemandes aux Etats-Unis.
Mettre fin à près de quinze ans d’impuissance
Certes, le gouvernement français aurait pu s’y prendre avec davantage de finesse pour « vendre » ce nouvel impôt à Bruxelles. Avancer par petites touches, avec un discours moins donneur de leçons, et tenter de bâtir une coalition afin de ne pas laisser s’installer l’idée que le projet vise surtout à offrir à Emmanuel Macron un trophée à brandir avant les élections européennes aurait sans doute été plus efficace.

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Il est vrai aussi que, en l’état, la taxe GAFA européenne relèverait surtout du symbole : elle ne rapporterait qu’environ 5 milliards d’euros au niveau européen. Et, d’un strict point de vue fiscal, elle est un peu bancale : cela fait plus d’un siècle que l’impôt sur les sociétés porte sur le profit, pas sur les revenus, pour ne pas pénaliser les entreprises non profitables.
En attendant, le blocage allemand prive l’Europe d’une réforme populaire, allant dans le sens d’une plus grande justice fiscale, qui mettrait fin à près de quinze ans d’impuissance face à des GAFA passés maîtres dans l’art de contourner l’impôt. Symbolique, certes, mais envoyant un signal volontaire, qui contredirait l’image d’une Europe « impuissante » et « passive ».
Preuve que cette taxe GAFA n’est pas une idée complètement stupide : la France est loin d’être la seule à la défendre. La Commission européenne de Jean-Claude Juncker s’y est ralliée, de même qu’une vingtaine de pays de l’Union. Même le gouvernement britannique conservateur libéral est en passe d’imposer la sienne au niveau national. C’est dire !



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-10"> ¤ Emmanuel Debruyne retrace le sort douloureux des Françaises et des Belges jugées trop proches des Allemands pendant la Grande Guerre.
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« Femmes à Boches » : les stigmates du corps féminin à la loupe

Emmanuel Debruyne retrace le sort douloureux des Françaises et des Belges jugées trop proches des Allemands pendant la Grande Guerre.



LE MONDE DES LIVRES
 |    10.11.2018 à 10h00
 • Mis à jour le
10.11.2018 à 15h44
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                            André Loez (Historien et collaborateur du « Monde des livres »)








                        



                                


                            
« Femmes à Boches ». Occupation du corps féminin, dans la France et la Belgique de la Grande Guerre, d’Emmanuel Debruyne, Les Belles Lettres, 464 p., 25,90 €.
« Femmes à Boches » : sous ce titre qui claque comme une injure, Emmanuel Debruyne, professeur à l’université de Louvain, retrace le sort douloureux des Françaises et des Belges jugées trop proches des militaires allemands durant la Grande Guerre, ou victimes de leurs violences sexuelles. L’invasion de la Belgique et du nord-est de la France à l’été 1914 fut en effet accompagnée de nombreux viols, avant que l’installation dans la durée des troupes occupantes n’entraîne d’autres brutalités, comme ces humiliantes inspections gynécologiques imposées à beaucoup de femmes au nom de la maîtrise des maladies vénériennes et de la bonne santé des troupes.
Angoisses et stéréotypes
Car l’occupation devenue routinière eut pour corollaire l’essor de la prostitution, modalité inévitable du commerce des corps entre 2 millions de soldats éloignés de leurs foyers et certaines femmes elles aussi isolées, et appauvries, par la guerre. Plus rares, et plus stigmatisées encore, furent celles qui nouèrent des relations intimes avec les Allemands : « Elles sont à pendre, ces femmes-là », écrit dans son journal une habitante de Roubaix que ces rapprochements scandalisent.

L’intérêt du livre tient à la quantité de documents qu’il brasse pour dessiner un tableau complet et réfléchi du trouble alors semé dans les rapports de sexe et de genre. Dense, presque exhaustive, l’enquête interroge les réalités de la natalité et de l’avortement en guerre, et surtout les angoisses et les stéréotypes qui en découlent parmi les contemporains. Le propos aurait gagné à être resserré, mais cet amas de sources n’en rend que plus poignante l’absence de témoignages venant directement des femmes liées aux soldats occupants, protagonistes silencieuses, et pour longtemps...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-12"> ¤ Le dramaturge, qui a fêté ses 100 ans le 22 octobre, a abordé les thèmes de la vieillesse et de la mort il y a une bonne soixantaine d’années, avec l’humour et la fantaisie qui le caractérisent. Aujourd’hui, l’auteur du « Centenaire » et du « Défunt » jubile encore.
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Aujourd’hui, l’auteur du « Centenaire » et du « Défunt » jubile encore.        Par  Philippe-Jean Catinchi   Publié hier à 09h00, mis à jour hier à 09h00     Temps de Lecture 6 min.      Partager sur Facebook Partager sur Facebook   Partager sur Twitter Partager sur Twitter    Envoyer par e-mail Envoyer par e-mail        Article réservé aux abonnés                   ERWAN FAGES             A 98 ans, René de Obaldia donnait de ses nouvelles en compilant pensées et citations glanées au long de son existence et au fil de ses lectures, constituant consciemment un « legs » fécond et salvateur. Ces Perles de vie, il en fit un recueil qu’il qualifiait de « Précis de sagesse portative » (Grasset, 2017), le seul bagage nécessaire sans doute pour l’ultime départ. Puis il annonçait sans fard : « Je vais bientôt me quitter. » Mais le ­dramaturge facétieux semble avoir bénéficié de rappels et, depuis le 22 octobre, le voici ­rentré dans le cercle très restreint – seul Claude Lévi-Strauss l’y a précédé – des immortels centenaires.          Même bousculé par les sollicitations qui ­accompagnent son anniversaire – un déjeuner à l’Académie avant la désignation du Grand Prix du roman, c’est beaucoup pour cet homme dont la parfaite urbanité ne fait pas un mondain –, le jeune centenaire s’enquiert de ses visiteurs avec une délicatesse et une bienveillance qui frappent d’autant plus qu’on voudrait le ménager. Mais malgré un corps qui paraît frêle, l’homme est solide, son verbe net et sa pensée claire.          Gourmandise          Elu sous la Coupole déjà octogénaire, René de Obaldia n’avait sans doute pas idée d’atteindre ce seuil. Mais sa propre fantaisie l’y préparait puisque, parmi ses « perles de vie », l’une de celles qu’il préfère offrir lui vient de Pablo Picasso : « Il faut beaucoup de temps pour ­devenir jeune. » Une autre, d’un improbable proverbe russe dont il pourrait bien être l’auteur : « Pour devenir centenaire, il faut commencer jeune. » La fin ne l’effraie pas, ­secondé par la sagesse du poète portugais Fernando Pessoa : « Aujourd’hui, je me sens aussi lucide que si je n’existais pas. » Est-ce cette quête de lucidité, dès ses premiers écrits, qui l’a conduit à interroger le statut de la vieillesse, segment de l’existence tabou dans la société occidentale, dans un texte ­intitulé Le Centenaire (Grasset, 1959) et écrit alors qu’il n’avait que la quarantaine ?          La mort, en comparaison, est une évidence et, dès ses débuts de dramaturge, René de Obaldia s’en est saisi. Le Défunt, impromptu composé pour une soirée à l’abbaye de Royaumont dans les années 1950, aborde avec vivacité ce sujet sombre. L’auteur y tient lui-même le rôle de la veuve, alors qu’il a recommandé dans les didascalies qu’elle soit « encore jeune et appétissante » mais aussi haut de gamme avec « robe noire à frou-frous, bas ajourés, chaussures à talons aiguilles, gants cramoisis montant jusqu’au coude, chapeau à large bord avec une ample voilette ». Soixante ans plus tard, Obaldia savoure le souvenir avec une gourmandise évidente, l’œil pétillant de ­malice qui trahit l’éternel potache à l’évocation de spectateurs découvrant, lorsque ­l’actrice se dévoile, un visage masculin crayeux aux yeux charbonneux et à la bouche ensanglantée… Le Grand Guignol comme on ne l’ose pas dans ce genre d’écrin !                                         La suite est réservée aux abonnés.  Déjà abonné ? Se connecter  S’abonner c'est...   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Les limites juridiques et politiques de ce dispositif introduit par l’UEFA en 2011 sont au cœur des récentes révélations, explique le journaliste du « Monde », Rémi Dupré. 4 min de lecture                    analyse     Jean-Pierre Stroobants    Article réservé à nos abonnés« Bye Bye, Belgium » : quand la réalité rejoint la fiction Les municipales du 14 octobre avaient valeur de test. Résultat : la partie francophone du pays glisse nettement à gauche tandis que la Flandre s’ancre un peu plus encore à droite. Si les électeurs belges reproduisaient ce résultat lors du scrutin législatif de mai 2019, c’est un remake de l’émission culte de la RTBF. 4 min de lecture                  En direct International Politique Société Économie Culture Sport Techno Sciences Opinions Recettes de cuisine   Planète M Campus Style L’époque Éducation Disparitions Santé Guides d’achat     Évènements abonnés Conjugaison Cours d’anglais Decodex Formation professionnelle Jeux La boutique du Monde Orthographe et grammaire Prix de l’immobilier Source Sûre     Courrier International La société des lecteurs du Monde Le Huffington Post Le Prix du Monde et de la recherche L’Obs Le Monde diplomatique Télérama Talents     Codes Promo Codes Promo Amazon Jardinage Paroles de chansons      lemondefr @lemondefr Facebook Fils RSS Applications mobiles   Newsletters du Monde   Recevoir les newsletters du Monde    Abonnement   Abonnez-vous dès 1€        Mentions légales Politique de confidentialité Conditions générales | Aide (FAQ)      
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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-13"> ¤ D’inquiétantes similitudes existent bien avec la situation de l’entre-deux-guerres, mais rien ne permet aujourd’hui de dire que l’Europe est entrée dans le même engrenage mortifère, estime l’historien Serge Bernstein dans une tribune au « Monde ».
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« La thèse d’un retour aux années 1930 est insoutenable »

D’inquiétantes similitudes existent bien avec la situation de l’entre-deux-guerres, mais rien ne permet aujourd’hui de dire que l’Europe est entrée dans le même engrenage mortifère, estime l’historien Serge Bernstein dans une tribune au « Monde ».



LE MONDE
 |    10.11.2018 à 07h15
    |

Serge Berstein (historien)







                        



                                


                            

Tribune. La déclaration du président de la République sur la crainte qu’il éprouve d’un retour à l’Europe des années 1930, au moment où se profile la commémoration du centenaire de l’armistice du 11 novembre 1918, ne doit évidemment rien au hasard. Elle rappelle utilement que le grand soulagement éprouvé par les opinions publiques à la fin d’un conflit sanglant qui serait la « der des ders » – accompagné de l’espoir d’une ère nouvelle marquée par une paix perpétuelle, garantie par la Société des nations [créée en 1920] et par la constitution d’une Europe composée de nations gouvernées selon le système de la démocratie libérale (puisqu’il était entendu que les démocraties ne se font pas la guerre) – n’a pas tardé à être déçu.

Une fois l’enthousiasme des premiers mois de paix retombé, les peuples commencent à évaluer le coût du conflit en termes de saignée démographique, de déficit financier, de dépréciation monétaire, et constatent l’effondrement des valeurs morales qui constituaient l’armature des sociétés. Il apparaît en outre très vite que la tentative de greffe de la démocratie libérale sur des Etats aux traditions autoritaires, aux sociétés très hiérarchisées et souvent à dominante rurale, condamne ces régimes, dépourvus d’une classe moyenne qui aurait pu en constituer l’assise, à apparaître comme des corps étrangers imposés par les grandes puissances victorieuses.
Les années 1920 et 1930 sont donc celles d’un effondrement de ces éphémères démocraties libérales dans toute l’Europe centrale (à l’exception de la Tchécoslovaquie), balkanique, méditerranéenne, orientale. Et cela au profit de régimes nationalistes, autoritaires ou totalitaires, volontiers agressifs envers leurs voisins et prêts à conquérir par la force les frontières de leur rêve. Le processus est enclenché qui conduira, la crise économique des années trente aidant, à un nouveau conflit mondial en 1940.
« L’histoire n’est pas une science exacte...



                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-14"> ¤ L’écrivaine franco-marocaine revient, dans une tribune au « Monde », sur l’échange entre un ancien combattant et le président, symptomatique du rejet ordinaire des étrangers en France, selon elle.
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Article sélectionné dans La Matinale du 09/11/2018
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Leïla Slimani : « Emmanuel Macron aurait pu défendre les immigrés avec plus de vigueur »

L’écrivaine franco-marocaine revient, dans une tribune au « Monde », sur l’échange entre un ancien combattant et le président, symptomatique du rejet ordinaire des étrangers en France, selon elle.



LE MONDE
 |    10.11.2018 à 06h41
 • Mis à jour le
10.11.2018 à 09h42
    |

Leïla Slimani (Journaliste et écrivaine)







                        



                                


                            

Tribune. Le 6 novembre, à Verdun, un vétéran s’est adressé au président Emmanuel Macron en demandant : « Quand mettrez-vous les sans-papiers hors de chez nous ? » On notera l’élégance et la subtilité de la formulation. Ce vétéran, je le connais. Ou plutôt, je le reconnais. Cette voix amère, ce ton aigre, cette façon hautaine de cracher les syllabes lorsqu’il dit « sans-papiers ». Tous les métèques de France vous le diront, tous les Arabes, les Noirs, les sans ou avec papiers vous le confirmeront : ces propos sont de plus en plus courants.
Ils sont de plus en plus nombreux, ceux qui marmonnent sur notre passage. Ceux qui, dans le bus, trouvent qu’il y a trop de gens de couleur, qui se plaisent à répéter que leur France a changé. Ceux qui humilient, qui bousculent, qui insultent, qui refusent de vous servir, qui éructent contre l’islam. Qui se plaignent du « grand remplacement », du « cheval de Troie ». Qui nous invitent à « rentrer chez nous » quand chez nous, c’est ici.
A cette question, le président a répondu que ceux qui ont droit à l’asile seraient accueillis mais que « ceux qui peuvent vivre librement dans leur pays doivent être reconduits ». « J’aime votre réponse », a plastronné notre généreux vétéran. Pourtant, il me semble qu’Emmanuel Macron aurait pu défendre avec plus de vigueur et de froideur ceux que cet homme rêve de mettre dehors. Il aurait pu lui répondre sèchement qu’on ne parle pas ainsi des gens en les résumant au vocable « sans-papiers ». Il aurait pu lui dire, puisqu’il faut défendre la « pensée complexe », que l’immigration est une question ô combien complexe parce qu’elle est humaine, douloureuse, existentielle.
Il aurait pu lui rappeler que lesdits « sans-papiers » ne sont pas sans visage. Ils ne sont pas des figures abstraites sur qui on peut allègrement se défouler. Ils sont étudiants, nounous, chefs cuisiniers, chercheurs en sciences sociales, écrivains, gardes-malades,...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-15"> ¤ L’analogie entre les années 1930 et les années 2010 établie récemment par Emmanuel Macron n’est pas infondée, estime l’historien, qui propose, dans une tribune au « Monde », une grille d’analyse commune aux deux périodes.
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Article sélectionné dans La Matinale du 09/11/2018
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Pascal Ory : « Au fascisme des années 1930 répond aujourd’hui le populisme »

L’analogie entre les années 1930 et les années 2010 établie récemment par Emmanuel Macron n’est pas infondée, estime l’historien, qui propose, dans une tribune au « Monde », une grille d’analyse commune aux deux périodes.



LE MONDE
 |    10.11.2018 à 06h37
 • Mis à jour le
10.11.2018 à 07h05
    |

Pascal Ory (historien)







                        



                                


                            

Tribune. C’est une affaire entendue : l’historien patenté répète après Héraclite qu’on ne se baigne jamais deux fois dans le même fleuve. Reste que la métaphore suppose quand même qu’il y a un fleuve. Les lignes qui suivent ont été écrites avant qu’un chef de l’Etat, nourri de culture historique, ne rouvre la boîte du « retour aux années 1930 ». Cette intervention, mécaniquement politisée par le statut de celui qui prenait la parole, a suscité le débat, voire la polémique. Mais la question avait déjà été posée, depuis quelque temps, sur la place publique. Le contraire eût été étonnant, si grande est présentement, à travers le monde, l’anxiété politique, toutes familles confondues.

Objection de principe
On voit bien ce qui empêche de croire à une histoire fondée sur la répétition : une objection de principe et un constat empirique. L’objection de principe se méfie de la philosophie de l’histoire, sourit à l’hypothèse qu’il y aurait des « lois » historiques, rappelle le poids de la contingence dans la cinétique des sociétés. Le constat empirique aligne les changements intervenus depuis trois quarts de siècle : l’industrialisation accélérée des uns, la post-industrialisation des autres, l’urbanisation universelle, l’explosion des encadrements anciens, l’émancipation des peuples colonisés, la généralisation d’une communication mondialisée et immédiatisée et, dominant le tout, les progrès saisissants de l’individualisme. Voilà qui semble clair. Trop clair, pour peu qu’on s’essaye à penser l’histoire et « sa grande hache ».
La critique de l’objection de principe est assez facile à faire : dès lors que l’historien ne se contente pas d’aligner des événements, on ne voit pas comment il ne ferait pas intervenir divers modes de construction – et de déconstruction – de ses objets. Or, parmi ces modes figure celui de la comparaison, dans l’espace et dans le temps, qui suppose qu’on raisonne avec des catégories stables permettant d’atteindre,...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-16"> ¤ Dans sa chronique au « Monde », l’historien Pierre-Cyrille Hautcœur, tout en rappelant que l’approvisionnement en matières premières fait partie des causes de la Grande Guerre, estime que ces tensions vont perdurer si personne n’agit contre le réchauffement climatique.
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Réchauffement climatique : « Les conflits entre les pays puissants pour les ressources sont à craindre »

Dans sa chronique au « Monde », l’historien Pierre-Cyrille Hautcœur, tout en rappelant que l’approvisionnement en matières premières fait partie des causes de la Grande Guerre, estime que ces tensions vont perdurer si personne n’agit contre le réchauffement climatique.



LE MONDE ECONOMIE
 |    09.11.2018 à 17h00
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                            Pierre-Cyrille Hautcoeur (Directeur d'études à l'EHESS)








                        



                                


                            
« Recherches ». Les rodomontades des présidents américain Donald Trump et brésilien Jair Bolsonaro sur le climat sont inquiétantes si l’on considère le rôle que leurs deux grands pays devrait jouer dans une solution négociée au réchauffement climatique. Si des acteurs aussi importants tentaient d’échapper à l’accord de Paris, on peut craindre une ruée vers les territoires susceptibles d’être protégés ou même de bénéficier du changement climatique. Une perspective qui rappelle les tensions internationales apparues au début du XXe siècle autour du contrôle de l’approvisionnement en matières premières, tensions que certains historiens, depuis Avner Offer (The First World War, an Agrarian Interpretation, Oxford, 1991, non traduit), considèrent comme l’origine profonde de la première guerre mondiale.
Durant les décennies qui précèdent la Grande Guerre, les grandes puissances se sont engagées dans une course au contrôle des territoires « vides »
Durant les décennies qui précèdent la Grande Guerre, les grandes puissances se sont en effet engagées dans une course au contrôle des territoires qu’elles considèrent comme vides, de l’ouest américain à la Sibérie en passant par de grandes parties de l’Afrique. Si les raisons de cet expansionnisme sont multiples, une question prend une importance stratégique au début du XXe siècle : la sécurité des approvisionnements en ressources naturelles.
En effet, les industries européennes sont devenues plus dépendantes que jamais de matières premières importées, du coton au pétrole en passant par le cuivre ou le caoutchouc. Du fait de l’accroissement de la population, même l’alimentation du continent requiert de plus en plus d’importations depuis l’étranger (blé américain et russe, viande argentine ou australienne, café ou sucre brésiliens). La Grande-Bretagne est alors « l’atelier du monde » : elle n’importe presque que des produits primaires et n’exporte que des produits manufacturiers...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-17"> ¤ Le chauffage, premier poste de dépenses, suscite de nombreux litiges, détaille la journaliste du « Monde » Rafaële Rivais dans sa chronique bimensuelle.
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Copropriétés : avec le froid, ça va chauffer

Le chauffage, premier poste de dépenses, suscite de nombreux litiges, détaille la journaliste du « Monde » Rafaële Rivais dans sa chronique bimensuelle.



LE MONDE ECONOMIE
 |    09.11.2018 à 17h00
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            Rafaële Rivais








                        



                                


                            
Chronique. L’arrivée du froid risque de susciter des frictions dans les copropriétés équipées d’un chauffage collectif : à quelle date faut-il le remettre en route ? Peut-on cesser de payer ses charges si l’on grelotte ? Le chauffage, premier poste de dépenses, suscite de nombreux litiges.
Certains d’entre eux sont liés au fait que le règlement impose aux copropriétaires non raccordés à une installation collective de payer quand même des charges. Ceux qui le contestent devant les tribunaux se voient appliquer la jurisprudence suivante, explique Me Jean-Robert Bouyeure, avocat honoraire et rédacteur en chef de la revue juridique Administrer : si le raccordement est aisé, ils doivent payer ; s’il nécessite des travaux importants, ils n’y sont pas tenus.
Répartition des charges
Prenons l’exemple suivant : M. X, devenu propriétaire en 2010 d’un petit appartement au 1er étage d’un immeuble haussmannien, refuse d’acquitter les charges du chauffage collectif, au motif qu’il n’y est pas raccordé, et que celui-ci ne présente aucune utilité pour son lot, équipé d’un chauffage individuel. Il invoque l’article 10 de la loi du 10 juillet 1965, aux termes duquel « les copropriétaires sont tenus de participer aux charges entraînées par les services collectifs et les éléments d’équipement commun en fonction de l’utilité que ces services et éléments présentent à l’égard de chaque lot ».
Le syndicat de copropriétaires l’assigne, et la cour d’appel de Paris ordonne une mesure d’expertise. L’expert, qui dépose son rapport le 3 mars 2014, explique qu’autrefois, un seul appartement occupait le premier étage. Il était affecté de 150 millièmes de la copropriété, et de seulement 100 millièmes de charges de chauffage, du fait que son arrière était chauffé de manière indépendante, par la propriétaire. Au cours des années 1980, il a été divisé en deux lots : « Le lot n°44, grand appartement côté avenue du Président-Wilson,...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-18"> ¤ Dans une tribune au « Monde », l’économiste Roger Guesnerie rappelle que les certitudes de la science économique ont, de tout temps, été bousculées par les mutations de l’histoire.
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« Les interactions entre la théorie économique et les faits sont à double sens »

Dans une tribune au « Monde », l’économiste Roger Guesnerie rappelle que les certitudes de la science économique ont, de tout temps, été bousculées par les mutations de l’histoire.



LE MONDE ECONOMIE
 |    09.11.2018 à 16h15
 • Mis à jour le
09.11.2018 à 16h19
    |

                            Roger Guesnerie (Professeur honoraire au Collège)








                        



                                


                            


Tribune. La réflexion des économistes prend appui sur des réalités mouvantes et s’inscrit dans le temps long. Dans la lignée des réflexions des physiocrates et d’Adam Smith, le débat du XIXe siècle sur le fonctionnement et les mérites du marché va nourrir le développement du savoir économique. Et ce débat est conflictuel. D’un côté, Marx se rallie à la vision catastrophiste de l’avenir du capitalisme. De l’autre, Marshall pense l’économie comme la juxtaposition de marchés efficients, et Walras met en exergue la complexité des interdépendances. Viendra, avec le XXe siècle et la crise de 1929, la critique de Keynes, dont le message s’affaiblira au fur et à mesure de la montée de l’influence de l’Ecole de Chicago, à partir de 1970.

Car les interactions entre la théorie et les faits sont à double sens. La pensée économique, qui s’appuie sur les leçons de l’histoire, influence les choix de politique économique, lesquels déterminent à leur tour pour partie ladite histoire. Ainsi, dans l’Angleterre du début du XIXe siècle, tentée par l’ouverture de ses frontières, l’argumentaire pro-libre-échange de David Ricardo pèsera dans le débat politique, ce qui aboutira à l’abrogation des tarifs protecteurs de l’agriculture britannique en 1846. Cette année marque le point de départ de ce que l’on désigne parfois par « la première mondialisation », qui perdurera jusqu’au début du XXe siècle. Il faudra attendre les années 1920 pour que, l’histoire ayant fortement égratigné l’optimisme ricardien, cette mondialisation soit réinterprétée de façon plus convaincante par deux économistes suédois, Heckscher et Ohlin.
Les choses n’ont guère changé. Aujourd’hui plus qu’hier, des économistes instruisent les choix de politiques – pensons à l’implication du Fonds monétaire international ou de la Banque mondiale. Mais aujourd’hui comme hier, les événements mettent à l’épreuve nombre d’explications...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-19"> ¤ Pour retrouver le soutien de ses citoyens, l’UE doit renforcer la coopération entre Etats et améliorer la protection contre les risques, estime l’économiste Agnès Bénassy-Quéré, dans une tribune au « Monde ».
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« L’Europe a cessé d’être invisible, c’est une évolution positive »

Pour retrouver le soutien de ses citoyens, l’UE doit renforcer la coopération entre Etats et améliorer la protection contre les risques, estime l’économiste Agnès Bénassy-Quéré, dans une tribune au « Monde ».



LE MONDE ECONOMIE
 |    09.11.2018 à 16h14
 • Mis à jour le
09.11.2018 à 16h19
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                            Agnès Bénassy-Quéré (Professeur à l'Ecole d'Economie de Paris, Université Paris 1-Panthéon-Sorbonne)








                        



                                


                            

Tribune. Selon l’Eurobaromètre du Parlement européen, le soutien des citoyens au projet européen a atteint un point bas en mai 2011. A cette époque, 47 % seulement des Européens pensaient que « de manière générale, l’appartenance de mon pays à l’Union européenne est une bonne chose », 18 % pensaient que c’était « une mauvaise chose », 31 % que ce n’était « ni bien ni mal », et 4 % étaient sans opinion. Depuis cette date, les opinions favorables se sont redressées continûment, pour atteindre 62 % en septembre 2018. A 61 %, la France se situe tout près de la moyenne, derrière l’Allemagne (81 %) mais devant l’Italie (42 %).
Le sondage annuel réalisé par Kantar Public pour les Journées économiques de Lyon (du 6 au 8 novembre) nous révèle cependant un paradoxe. Si les personnes interrogées sont favorables, en grande majorité, à davantage d’intégration européenne dans des domaines tels que l’immigration, la défense, les politiques sociales et fiscales, elles pensent que ce sont avant tout les gouvernements nationaux qui doivent relever les grands défis qu’ils identifient : inégalités, changement climatique, flux migratoires. La voie est donc étroite pour les politiques européennes et il est d’autant plus important de les énoncer clairement, peut-être autour de deux concepts-clés : la coopération entre Etats et la protection contre les risques.
Coopération entre Etats, d’abord. Si l’approfondissement du marché unique (notamment dans le domaine des services) recèle des gains de productivité, et donc de richesse, du même ordre de grandeur que ce qui a déjà été obtenu depuis les débuts de la construction européenne, promouvoir la concurrence ne constitue pas un programme européen. Un équilibre doit être trouvé entre, d’une part une concurrence accrue entre entreprises pour stimuler l’innovation et favoriser les gains de pouvoir d’achat des Européens, et d’autre part une concurrence moindre entre Etats, afin de...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-20"> ¤ L’économiste François Bourguignon analyse le décalage entre la réalité des inégalités en France et leur perception par l’opinion publique.
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« L’opinion publique a une conception de l’inégalité qui diffère des indicateurs les plus courants »

L’économiste François Bourguignon analyse le décalage entre la réalité des inégalités en France et leur perception par l’opinion publique.



LE MONDE ECONOMIE
 |    09.11.2018 à 16h14
 • Mis à jour le
09.11.2018 à 16h18
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François Bourguignon (professeur d'économie)







                        



                                


                            

Tribune. L’opinion publique semble percevoir l’inégalité comme en augmentation continuelle. Cette impression a même tendance à se renforcer. Selon le baromètre d’opinion du ministère des solidarités et de la santé (« En 2017, des Français moins inquiets et davantage demandeurs d’intervention publique », Drees, mars 2018), la proportion de Français qui pensent que l’inégalité s’est accrue au cours des cinq années précédentes a fortement crû au cours des années 2000 : ils sont aujourd’hui 77 % à partager cette opinion.
Qu’en est-il en réalité ? Qu’il s’agisse des niveaux de vie individuels ou de la part des 1 % ou 10 % les plus riches dans le revenu total des ménages avant impôts et transferts, l’inégalité a en réalité très peu varié en France au cours des quinze dernières années. Le coefficient de Gini des niveaux de vie, une mesure standard qui varie de 0 (parfaite égalité) à 1 (parfaite inégalité), était en moyenne de 0,284 durant les trois premières années du millénaire. Quinze ans plus tard, il était de 0,289 : l’augmentation est infime. De même, la part du 1 % des foyers les plus riches est passée de 12 % du revenu total des ménages en 2000 à un peu plus de 11 % aujourd’hui. Des fluctuations ont bien eu lieu entre deux, mais elles ont été de courte durée et de faible ampleur.
La réalité statistique est donc que la France est un pays où l’inégalité a été stable dans la période récente, à la différence d’autres pays, comme les Etats-Unis, où l’inégalité est sur une tendance ascendante depuis plus de trente ans, ou l’Allemagne.

Beaucoup de dimensions dans le concept d’inégalité
Comment expliquer ce divorce entre perception et réalité ? Une première possibilité est que, bien que couramment utilisées par les spécialistes, les statistiques citées plus haut ne reflètent que deux aspects particuliers des inégalités économiques. L’une résume l’inégalité dans l’ensemble de la distribution des niveaux de vie, et l’autre...




                        

                        

