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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-1"> ¤ Pour montrer des caravanes de migrants qui tentent d’entrer aux Etats-Unis, des médias américains ont privilégié la figure de l’enfance. Un procédé qui, depuis les années 1970, est utilisé dans le cadre d’un usage humanitaire de la photographie. Est-ce le symptôme du nouveau rôle qu’endosse le journalisme ?
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-1"> ¤                     
                                                   
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Quand l’enfant illustre la politique migratoire

Pour montrer des caravanes de migrants qui tentent d’entrer aux Etats-Unis, des médias américains ont privilégié la figure de l’enfance. Un procédé qui, depuis les années 1970, est utilisé dans le cadre d’un usage humanitaire de la photographie. Est-ce le symptôme du nouveau rôle qu’endosse le journalisme ?



LE MONDE IDEES
 |    10.11.2018 à 12h00
    |

                            Marion Dupont








                        



                                


                            

Le sourire juvénile d’Isaac Reyes Enamorado rythme les pages du Washington Post, ce mercredi 31 octobre 2018. Un article raconte l’histoire de ce jeune Hondurien de 12 ans qui a quitté sa mère en pleine nuit, deux semaines plus tôt à Peña Blanca, pour rejoindre une caravane de migrants se dirigeant vers les Etats-Unis.
Pour raconter visuellement le voyage, la détermination ou la fatigue de ces ­migrants, les agences de presse internationales et certains titres américains ont particulièrement mis l’accent sur le sort des enfants (notamment sur les réseaux sociaux). Une insistance, qui, si elle tient en partie à la présence bien réelle des ­enfants dans cette vague migratoire, n’en reste pas moins significative. De quoi ces enfants sont-ils le visage dans le débat public américain ?
Portraits serrés
L’importance médiatique de ces caravanes tient semble-t-il à leur instrumentalisation par Donald Trump. Dans le ­contexte des élections de mi-mandat, au fil des meetings, le président a brossé l’image d’une véritable « invasion » qui poserait un « grave danger pour la sécurité des Etats-Unis ». Ces caravanes seraient composées de « personnes non identifiées en provenance du Moyen-Orient », de ­criminels endurcis et de « combattants entraînés ». En usant de procédés oratoires comme la dépersonnalisation, la ­généralisation ou l’hyperbole, Donald Trump a ainsi créé une image mentale au service de ses intérêts électoraux.

La focalisation d’une partie de la presse américaine et internationale sur les ­enfants pourrait être vue comme une ­réponse indirecte à ces déclarations. Prenant le contrepied, les professionnels de l’information auraient construit l’image d’une caravane en grande partie composée d’enfants – donc d’innocents –, privilégiant pour cela la singularisation et la personnalisation des migrants : portraits serrés et accompagnés de légendes détaillées, accent mis sur l’expressivité,...




                        

                        


<article-nb="2018/11/10/19-2">
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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-2"> ¤ Pourquoi la France ne favoriserait-elle pas la création de sociétés de médias à but non lucratif, favorisant ainsi les apports des donateurs, lecteurs et journalistes eux-mêmes, demande l’économiste dans sa chronique au « Monde ».
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Thomas Piketty : « Le Monde » et les milliardaires

Pourquoi la France ne favoriserait-elle pas la création de sociétés de médias à but non lucratif, favorisant ainsi les apports des donateurs, lecteurs et journalistes eux-mêmes, demande l’économiste dans sa chronique au « Monde ».



LE MONDE
 |    10.11.2018 à 11h00
    |

                            Thomas Piketty (Directeur d’études à l’Ecole des hautes études en sciences sociales, Ecole d’économie de Paris)








                        



                                


                            
Chronique. Ainsi donc l’actionnariat du journal Le Monde va changer. Un banquier d’affaires français va vendre ses parts à un milliardaire tchèque, qui a lui-même fait fortune dans les mines à charbon et a souvent eu recours aux paradis fiscaux. Doit-on s’accommoder de cette situation, ou bien n’est-il pas temps de réfléchir à un régime légal et fiscal permettant de repenser le modèle des médias ? Soyons bien clair : il ne s’agit en aucune façon de mettre en cause ici les journalistes ou la direction des journaux, qui se battent avec courage et intégrité pour obtenir des actionnaires toutes les garanties d’indépendance qu’il est possible d’obtenir, au Monde comme dans les autres quotidiens. Il reste qu’il n’est pas interdit de réfléchir aux lois qu’il faudrait changer pour éviter à l’avenir ce type de situations.
Précisons qu’il existe en France comme ailleurs des règles limitant la concentration de la propriété des médias. Mais outre qu’elles sont insuffisantes et peu appliquées, et qu’elles n’ont pas été mises à jour et adaptées à l’âge numérique, ces lois n’ont jamais cherché à redéfinir la forme juridique des organes de presse. On continue de partir du principe que la société par actions constitue l’organisation normale des médias, avec à son fondement le principe « un euro, une voix » : celui qui apporte 1 milliard aura toujours 1 milliard de fois plus de voix que celui qui apporte 1 euro.
Pourtant, de nombreux secteurs d’activités sont organisés tout à fait différemment. On pense par exemple à l’éducation, la culture et la santé, qui au total regroupent incomparablement plus d’emplois que les médias ou l’industrie automobile. Dans ces secteurs, quand ils prennent la forme d’établissements privés, les acteurs ont généralement recours à des formes associatives ou à des fondations, comme nombre de grandes universités étatsuniennes et internationales. Les lois en vigueur interdisent généralement l’utilisation de sociétés...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-3"> ¤ Dans sa chronique, Stéphane Foucart, journaliste au « Monde », relate la grave crise que traverse l’organisation qui évalue les médicaments, laquelle fait face aux vives critiques de certains de ses membres, sur fond de soupçons de conflit d’intérêts.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-3"> ¤                     
                                                   
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« L’avenir compromis de Cochrane, phare de la médecine basée sur la preuve »

Dans sa chronique, Stéphane Foucart, journaliste au « Monde », relate la grave crise que traverse l’organisation qui évalue les médicaments, laquelle fait face aux vives critiques de certains de ses membres, sur fond de soupçons de conflit d’intérêts.



LE MONDE
 |    10.11.2018 à 10h53
    |

            Stéphane Foucart








                        



                                


                            
Chronique. En 1993, quatre-vingts chercheurs et médecins indépendants réunis autour de Iain Chalmers fondaient une collaboration scientifique internationale – la Collaboration Cochrane, aujourd’hui simplement dénommée « Cochrane ». Leur objectif était de réaliser des revues systématiques de la littérature biomédicale et d’établir ainsi, avec les meilleurs éléments de preuves disponibles, les traitements médicamenteux et les interventions thérapeutiques les plus efficaces pour telle ou telle pathologie. Un quart de siècle plus tard, Cochrane est devenu un phare de la « médecine basée sur la preuve » (ou « médecine factuelle ») et influe considérablement sur la pratique de nombreux médecins et les recommandations des autorités sanitaires. Disons les choses plus simplement : sans que vous le sachiez, sans que connaissiez son existence même, Cochrane vous a peut-être déjà sauvé la vie. Et si ce n’est pas le cas, peut-être vous la sauvera-t-elle dans l’avenir.

Mais l’avenir de l’institution, précisément, est compromis. Ce fait – puisque nous sommes tous des malades en attente de leur maladie – devrait inquiéter chacun d’entre nous. Car Cochrane traverse une crise sans précédent qui pourrait être fatale, sinon à l’organisation elle-même, au moins à l’esprit de transparence, d’intégrité et d’indépendance, dans laquelle elle opère depuis sa création.
L’éviction du Danois Peter Gotzsche
La crise couvait depuis plusieurs mois. Elle éclate le 13 septembre, avec l’exclusion de Peter Gotzsche, l’un des fondateurs de la Cochrane et membre de son conseil de direction. Professeur de médecine et chercheur danois, Peter Gotzsche, 67 ans, n’est pas le premier venu. Icône de la médecine factuelle, il est l’auteur de plus d’un demi-millier d’articles dans la littérature biomédicale et a, en dépit des controverses, acquis une autorité considérable dans sa communauté.

Il est connu pour ses critiques acerbes de l’industrie pharmaceutique,...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-4"> ¤ Editorial. L’Allemagne est tétanisée par la réaction qu’une taxe européenne des géants du Web provoquerait aux Etats-Unis. Elle prive ainsi l’UE d’une réforme populaire.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-4"> ¤                     
                                                

Taxe sur les GAFA : le blocage allemand

Editorial. L’Allemagne est tétanisée par la réaction qu’une taxe européenne des géants du Web provoquerait aux Etats-Unis. Elle prive ainsi l’UE d’une réforme populaire.



LE MONDE
 |    10.11.2018 à 10h26
 • Mis à jour le
10.11.2018 à 11h04
   





                        


Editorial du « Monde ». La croisade de Bruno Le Maire pour décrocher un accord sur une taxe GAFA européenne prend des accents désespérés. L’absence de soutien de l’Allemagne au projet de taxation des géants du numérique lors de la prochaine réunion des ministres européens des finances, le 4 décembre, constituerait « une rupture de confiance entre la France et l’Allemagne », a averti le ministre français des finances, le 9 novembre, sur le site des Echos.
Une quasi-menace, qui ne risque pas d’aider au redémarrage du moteur franco-allemand. M. Le Maire voit s’évanouir peu à peu son espoir d’un accord avant la fin de l’année pour ce projet phare de l’Elysée : il ne reste plus que trois semaines pour décrocher l’accord, indispensable, de son homologue allemand, Olaf Scholz.

        Lire aussi :
         

                Taxe GAFA : la France tente à nouveau de convaincre les Européens



Or ce dernier persiste dans son ambiguïté : en public, il répète qu’une taxe GAFA est une priorité, qu’il y a urgence, mais qu’un accord international est indispensable. Une manière polie mais un peu hypocrite, en convoquant les Etats-Unis à la table des négociations, de renvoyer la taxe à plus tard.
Son collègue français a pourtant multiplié les concessions : le nouvel impôt, censé porter sur 3 % du chiffre d’affaires des entreprises du numérique, serait transitoire, le temps de trouver un accord international sur la taxation de leurs profits. Il pourrait même n’être appliqué qu’à la fin 2020, pas avant deux ans.
Mais la réalité est têtue. Olaf Scholz, le social-démocrate, n’arrive pas à imposer l’idée dans sa coalition. Les dirigeants allemands sont tétanisés par l’hypothétique réaction qu’une telle taxe provoquerait à Washington. Car non seulement l’administration Trump se livre à un lobbying actif, individuel et direct, auprès des ministres des finances des Vingt-Huit pour les dissuader d’approuver la taxe sur les GAFA, mais elle exerce une pression particulière sur Berlin en agitant la menace de tarifs douaniers sur les importations de voitures allemandes aux Etats-Unis.
Mettre fin à près de quinze ans d’impuissance
Certes, le gouvernement français aurait pu s’y prendre avec davantage de finesse pour « vendre » ce nouvel impôt à Bruxelles. Avancer par petites touches, avec un discours moins donneur de leçons, et tenter de bâtir une coalition afin de ne pas laisser s’installer l’idée que le projet vise surtout à offrir à Emmanuel Macron un trophée à brandir avant les élections européennes aurait sans doute été plus efficace.

        Lire aussi :
         

                La tech européenne proteste contre le projet de taxe numérique visant les GAFA



Il est vrai aussi que, en l’état, la taxe GAFA européenne relèverait surtout du symbole : elle ne rapporterait qu’environ 5 milliards d’euros au niveau européen. Et, d’un strict point de vue fiscal, elle est un peu bancale : cela fait plus d’un siècle que l’impôt sur les sociétés porte sur le profit, pas sur les revenus, pour ne pas pénaliser les entreprises non profitables.
En attendant, le blocage allemand prive l’Europe d’une réforme populaire, allant dans le sens d’une plus grande justice fiscale, qui mettrait fin à près de quinze ans d’impuissance face à des GAFA passés maîtres dans l’art de contourner l’impôt. Symbolique, certes, mais envoyant un signal volontaire, qui contredirait l’image d’une Europe « impuissante » et « passive ».
Preuve que cette taxe GAFA n’est pas une idée complètement stupide : la France est loin d’être la seule à la défendre. La Commission européenne de Jean-Claude Juncker s’y est ralliée, de même qu’une vingtaine de pays de l’Union. Même le gouvernement britannique conservateur libéral est en passe d’imposer la sienne au niveau national. C’est dire !



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-5"> ¤ Emmanuel Debruyne retrace le sort douloureux des Françaises et des Belges jugées trop proches des Allemands pendant la Grande Guerre.
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« Femmes à Boches » : les stigmates du corps féminin à la loupe

Emmanuel Debruyne retrace le sort douloureux des Françaises et des Belges jugées trop proches des Allemands pendant la Grande Guerre.



LE MONDE DES LIVRES
 |    10.11.2018 à 10h00
 • Mis à jour le
10.11.2018 à 15h44
    |

                            André Loez (Historien et collaborateur du « Monde des livres »)








                        



                                


                            
« Femmes à Boches ». Occupation du corps féminin, dans la France et la Belgique de la Grande Guerre, d’Emmanuel Debruyne, Les Belles Lettres, 464 p., 25,90 €.
« Femmes à Boches » : sous ce titre qui claque comme une injure, Emmanuel Debruyne, professeur à l’université de Louvain, retrace le sort douloureux des Françaises et des Belges jugées trop proches des militaires allemands durant la Grande Guerre, ou victimes de leurs violences sexuelles. L’invasion de la Belgique et du nord-est de la France à l’été 1914 fut en effet accompagnée de nombreux viols, avant que l’installation dans la durée des troupes occupantes n’entraîne d’autres brutalités, comme ces humiliantes inspections gynécologiques imposées à beaucoup de femmes au nom de la maîtrise des maladies vénériennes et de la bonne santé des troupes.
Angoisses et stéréotypes
Car l’occupation devenue routinière eut pour corollaire l’essor de la prostitution, modalité inévitable du commerce des corps entre 2 millions de soldats éloignés de leurs foyers et certaines femmes elles aussi isolées, et appauvries, par la guerre. Plus rares, et plus stigmatisées encore, furent celles qui nouèrent des relations intimes avec les Allemands : « Elles sont à pendre, ces femmes-là », écrit dans son journal une habitante de Roubaix que ces rapprochements scandalisent.

L’intérêt du livre tient à la quantité de documents qu’il brasse pour dessiner un tableau complet et réfléchi du trouble alors semé dans les rapports de sexe et de genre. Dense, presque exhaustive, l’enquête interroge les réalités de la natalité et de l’avortement en guerre, et surtout les angoisses et les stéréotypes qui en découlent parmi les contemporains. Le propos aurait gagné à être resserré, mais cet amas de sources n’en rend que plus poignante l’absence de témoignages venant directement des femmes liées aux soldats occupants, protagonistes silencieuses, et pour longtemps...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-6"> ¤ Le Forum philo « Le Monde » Le Mans, ce sont trois jours d’échanges entre des intellectuels et des écrivains sur le thème : « Tous philosophes ? ».
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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-7"> ¤ Le dramaturge, qui a fêté ses 100 ans le 22 octobre, a abordé les thèmes de la vieillesse et de la mort il y a une bonne soixantaine d’années, avec l’humour et la fantaisie qui le caractérisent. Aujourd’hui, l’auteur du « Centenaire » et du « Défunt » jubile encore.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-7"> ¤                     
                                                   
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René de Obaldia, un centenaire plein de vie

Le dramaturge, qui a fêté ses 100 ans le 22 octobre, a abordé les thèmes de la vieillesse et de la mort il y a une bonne soixantaine d’années, avec l’humour et la fantaisie qui le caractérisent. Aujourd’hui, l’auteur du « Centenaire » et du « Défunt » jubile encore.



LE MONDE IDEES
 |    10.11.2018 à 09h00
    |

                            Philippe-Jean Catinchi








                        



                                


                            

A 98 ans, René de Obaldia donnait de ses nouvelles en compilant pensées et citations glanées au long de son existence et au fil de ses lectures, constituant consciemment un « legs » fécond et salvateur. Ces Perles de vie, il en fit un recueil qu’il qualifiait de « Précis de sagesse portative » (Grasset, 2017), le seul bagage nécessaire sans doute pour l’ultime départ. Puis il annonçait sans fard : « Je vais bientôt me quitter. » Mais le ­dramaturge facétieux semble avoir bénéficié de rappels et, depuis le 22 octobre, le voici ­rentré dans le cercle très restreint – seul Claude Lévi-Strauss l’y a précédé – des immortels centenaires.
Même bousculé par les sollicitations qui ­accompagnent son anniversaire – un déjeuner à l’Académie avant la désignation du Grand Prix du roman, c’est beaucoup pour cet homme dont la parfaite urbanité ne fait pas un mondain –, le jeune centenaire s’enquiert de ses visiteurs avec une délicatesse et une bienveillance qui frappent d’autant plus qu’on voudrait le ménager. Mais malgré un corps qui paraît frêle, l’homme est solide, son verbe net et sa pensée claire.
Gourmandise
Elu sous la Coupole déjà octogénaire, René de Obaldia n’avait sans doute pas idée d’atteindre ce seuil. Mais sa propre fantaisie l’y préparait puisque, parmi ses « perles de vie », l’une de celles qu’il préfère offrir lui vient de Pablo Picasso : « Il faut beaucoup de temps pour ­devenir jeune. » Une autre, d’un improbable proverbe russe dont il pourrait bien être l’auteur : « Pour devenir centenaire, il faut commencer jeune. » La fin ne l’effraie pas, ­secondé par la sagesse du poète portugais Fernando Pessoa : « Aujourd’hui, je me sens aussi lucide que si je n’existais pas. » Est-ce cette quête de lucidité, dès ses premiers écrits, qui l’a conduit à interroger le statut de la vieillesse, segment de l’existence tabou dans la société occidentale, dans un texte ­intitulé Le Centenaire (Grasset,...




                        

                        


<article-nb="2018/11/10/19-8">
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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-8"> ¤ D’inquiétantes similitudes existent bien avec la situation de l’entre-deux-guerres, mais rien ne permet aujourd’hui de dire que l’Europe est entrée dans le même engrenage mortifère, estime l’historien Serge Bernstein dans une tribune au « Monde ».
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-8"> ¤                     
                                                   
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« La thèse d’un retour aux années 1930 est insoutenable »

D’inquiétantes similitudes existent bien avec la situation de l’entre-deux-guerres, mais rien ne permet aujourd’hui de dire que l’Europe est entrée dans le même engrenage mortifère, estime l’historien Serge Bernstein dans une tribune au « Monde ».



LE MONDE
 |    10.11.2018 à 07h15
    |

Serge Berstein (historien)







                        



                                


                            

Tribune. La déclaration du président de la République sur la crainte qu’il éprouve d’un retour à l’Europe des années 1930, au moment où se profile la commémoration du centenaire de l’armistice du 11 novembre 1918, ne doit évidemment rien au hasard. Elle rappelle utilement que le grand soulagement éprouvé par les opinions publiques à la fin d’un conflit sanglant qui serait la « der des ders » – accompagné de l’espoir d’une ère nouvelle marquée par une paix perpétuelle, garantie par la Société des nations [créée en 1920] et par la constitution d’une Europe composée de nations gouvernées selon le système de la démocratie libérale (puisqu’il était entendu que les démocraties ne se font pas la guerre) – n’a pas tardé à être déçu.

Une fois l’enthousiasme des premiers mois de paix retombé, les peuples commencent à évaluer le coût du conflit en termes de saignée démographique, de déficit financier, de dépréciation monétaire, et constatent l’effondrement des valeurs morales qui constituaient l’armature des sociétés. Il apparaît en outre très vite que la tentative de greffe de la démocratie libérale sur des Etats aux traditions autoritaires, aux sociétés très hiérarchisées et souvent à dominante rurale, condamne ces régimes, dépourvus d’une classe moyenne qui aurait pu en constituer l’assise, à apparaître comme des corps étrangers imposés par les grandes puissances victorieuses.
Les années 1920 et 1930 sont donc celles d’un effondrement de ces éphémères démocraties libérales dans toute l’Europe centrale (à l’exception de la Tchécoslovaquie), balkanique, méditerranéenne, orientale. Et cela au profit de régimes nationalistes, autoritaires ou totalitaires, volontiers agressifs envers leurs voisins et prêts à conquérir par la force les frontières de leur rêve. Le processus est enclenché qui conduira, la crise économique des années trente aidant, à un nouveau conflit mondial en 1940.
« L’histoire n’est pas une science exacte...



                        

                        


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<filnamedate="20181110"><AAMM="201811"><AAMMJJ="20181110"><AAMMJJHH="2018111019">
<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-9"> ¤ L’écrivaine franco-marocaine revient, dans une tribune au « Monde », sur l’échange entre un ancien combattant et le président, symptomatique du rejet ordinaire des étrangers en France, selon elle.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-9"> ¤                     


Article sélectionné dans La Matinale du 09/11/2018
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Leïla Slimani : « Emmanuel Macron aurait pu défendre les immigrés avec plus de vigueur »

L’écrivaine franco-marocaine revient, dans une tribune au « Monde », sur l’échange entre un ancien combattant et le président, symptomatique du rejet ordinaire des étrangers en France, selon elle.



LE MONDE
 |    10.11.2018 à 06h41
 • Mis à jour le
10.11.2018 à 09h42
    |

Leïla Slimani (Journaliste et écrivaine)







                        



                                


                            

Tribune. Le 6 novembre, à Verdun, un vétéran s’est adressé au président Emmanuel Macron en demandant : « Quand mettrez-vous les sans-papiers hors de chez nous ? » On notera l’élégance et la subtilité de la formulation. Ce vétéran, je le connais. Ou plutôt, je le reconnais. Cette voix amère, ce ton aigre, cette façon hautaine de cracher les syllabes lorsqu’il dit « sans-papiers ». Tous les métèques de France vous le diront, tous les Arabes, les Noirs, les sans ou avec papiers vous le confirmeront : ces propos sont de plus en plus courants.
Ils sont de plus en plus nombreux, ceux qui marmonnent sur notre passage. Ceux qui, dans le bus, trouvent qu’il y a trop de gens de couleur, qui se plaisent à répéter que leur France a changé. Ceux qui humilient, qui bousculent, qui insultent, qui refusent de vous servir, qui éructent contre l’islam. Qui se plaignent du « grand remplacement », du « cheval de Troie ». Qui nous invitent à « rentrer chez nous » quand chez nous, c’est ici.
A cette question, le président a répondu que ceux qui ont droit à l’asile seraient accueillis mais que « ceux qui peuvent vivre librement dans leur pays doivent être reconduits ». « J’aime votre réponse », a plastronné notre généreux vétéran. Pourtant, il me semble qu’Emmanuel Macron aurait pu défendre avec plus de vigueur et de froideur ceux que cet homme rêve de mettre dehors. Il aurait pu lui répondre sèchement qu’on ne parle pas ainsi des gens en les résumant au vocable « sans-papiers ». Il aurait pu lui dire, puisqu’il faut défendre la « pensée complexe », que l’immigration est une question ô combien complexe parce qu’elle est humaine, douloureuse, existentielle.
Il aurait pu lui rappeler que lesdits « sans-papiers » ne sont pas sans visage. Ils ne sont pas des figures abstraites sur qui on peut allègrement se défouler. Ils sont étudiants, nounous, chefs cuisiniers, chercheurs en sciences sociales, écrivains, gardes-malades,...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-10"> ¤ L’analogie entre les années 1930 et les années 2010 établie récemment par Emmanuel Macron n’est pas infondée, estime l’historien, qui propose, dans une tribune au « Monde », une grille d’analyse commune aux deux périodes.
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Article sélectionné dans La Matinale du 09/11/2018
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Pascal Ory : « Au fascisme des années 1930 répond aujourd’hui le populisme »

L’analogie entre les années 1930 et les années 2010 établie récemment par Emmanuel Macron n’est pas infondée, estime l’historien, qui propose, dans une tribune au « Monde », une grille d’analyse commune aux deux périodes.



LE MONDE
 |    10.11.2018 à 06h37
 • Mis à jour le
10.11.2018 à 07h05
    |

Pascal Ory (historien)







                        



                                


                            

Tribune. C’est une affaire entendue : l’historien patenté répète après Héraclite qu’on ne se baigne jamais deux fois dans le même fleuve. Reste que la métaphore suppose quand même qu’il y a un fleuve. Les lignes qui suivent ont été écrites avant qu’un chef de l’Etat, nourri de culture historique, ne rouvre la boîte du « retour aux années 1930 ». Cette intervention, mécaniquement politisée par le statut de celui qui prenait la parole, a suscité le débat, voire la polémique. Mais la question avait déjà été posée, depuis quelque temps, sur la place publique. Le contraire eût été étonnant, si grande est présentement, à travers le monde, l’anxiété politique, toutes familles confondues.

Objection de principe
On voit bien ce qui empêche de croire à une histoire fondée sur la répétition : une objection de principe et un constat empirique. L’objection de principe se méfie de la philosophie de l’histoire, sourit à l’hypothèse qu’il y aurait des « lois » historiques, rappelle le poids de la contingence dans la cinétique des sociétés. Le constat empirique aligne les changements intervenus depuis trois quarts de siècle : l’industrialisation accélérée des uns, la post-industrialisation des autres, l’urbanisation universelle, l’explosion des encadrements anciens, l’émancipation des peuples colonisés, la généralisation d’une communication mondialisée et immédiatisée et, dominant le tout, les progrès saisissants de l’individualisme. Voilà qui semble clair. Trop clair, pour peu qu’on s’essaye à penser l’histoire et « sa grande hache ».
La critique de l’objection de principe est assez facile à faire : dès lors que l’historien ne se contente pas d’aligner des événements, on ne voit pas comment il ne ferait pas intervenir divers modes de construction – et de déconstruction – de ses objets. Or, parmi ces modes figure celui de la comparaison, dans l’espace et dans le temps, qui suppose qu’on raisonne avec des catégories stables permettant d’atteindre,...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-11"> ¤ Dans sa chronique au « Monde », l’historien Pierre-Cyrille Hautcœur, tout en rappelant que l’approvisionnement en matières premières fait partie des causes de la Grande Guerre, estime que ces tensions vont perdurer si personne n’agit contre le réchauffement climatique.
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Réchauffement climatique : « Les conflits entre les pays puissants pour les ressources sont à craindre »

Dans sa chronique au « Monde », l’historien Pierre-Cyrille Hautcœur, tout en rappelant que l’approvisionnement en matières premières fait partie des causes de la Grande Guerre, estime que ces tensions vont perdurer si personne n’agit contre le réchauffement climatique.



LE MONDE ECONOMIE
 |    09.11.2018 à 17h00
    |

                            Pierre-Cyrille Hautcoeur (Directeur d'études à l'EHESS)








                        



                                


                            
« Recherches ». Les rodomontades des présidents américain Donald Trump et brésilien Jair Bolsonaro sur le climat sont inquiétantes si l’on considère le rôle que leurs deux grands pays devrait jouer dans une solution négociée au réchauffement climatique. Si des acteurs aussi importants tentaient d’échapper à l’accord de Paris, on peut craindre une ruée vers les territoires susceptibles d’être protégés ou même de bénéficier du changement climatique. Une perspective qui rappelle les tensions internationales apparues au début du XXe siècle autour du contrôle de l’approvisionnement en matières premières, tensions que certains historiens, depuis Avner Offer (The First World War, an Agrarian Interpretation, Oxford, 1991, non traduit), considèrent comme l’origine profonde de la première guerre mondiale.
Durant les décennies qui précèdent la Grande Guerre, les grandes puissances se sont engagées dans une course au contrôle des territoires « vides »
Durant les décennies qui précèdent la Grande Guerre, les grandes puissances se sont en effet engagées dans une course au contrôle des territoires qu’elles considèrent comme vides, de l’ouest américain à la Sibérie en passant par de grandes parties de l’Afrique. Si les raisons de cet expansionnisme sont multiples, une question prend une importance stratégique au début du XXe siècle : la sécurité des approvisionnements en ressources naturelles.
En effet, les industries européennes sont devenues plus dépendantes que jamais de matières premières importées, du coton au pétrole en passant par le cuivre ou le caoutchouc. Du fait de l’accroissement de la population, même l’alimentation du continent requiert de plus en plus d’importations depuis l’étranger (blé américain et russe, viande argentine ou australienne, café ou sucre brésiliens). La Grande-Bretagne est alors « l’atelier du monde » : elle n’importe presque que des produits primaires et n’exporte que des produits manufacturiers...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-12"> ¤ Le chauffage, premier poste de dépenses, suscite de nombreux litiges, détaille la journaliste du « Monde » Rafaële Rivais dans sa chronique bimensuelle.
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Copropriétés : avec le froid, ça va chauffer

Le chauffage, premier poste de dépenses, suscite de nombreux litiges, détaille la journaliste du « Monde » Rafaële Rivais dans sa chronique bimensuelle.



LE MONDE ECONOMIE
 |    09.11.2018 à 17h00
    |

            Rafaële Rivais








                        



                                


                            
Chronique. L’arrivée du froid risque de susciter des frictions dans les copropriétés équipées d’un chauffage collectif : à quelle date faut-il le remettre en route ? Peut-on cesser de payer ses charges si l’on grelotte ? Le chauffage, premier poste de dépenses, suscite de nombreux litiges.
Certains d’entre eux sont liés au fait que le règlement impose aux copropriétaires non raccordés à une installation collective de payer quand même des charges. Ceux qui le contestent devant les tribunaux se voient appliquer la jurisprudence suivante, explique Me Jean-Robert Bouyeure, avocat honoraire et rédacteur en chef de la revue juridique Administrer : si le raccordement est aisé, ils doivent payer ; s’il nécessite des travaux importants, ils n’y sont pas tenus.
Répartition des charges
Prenons l’exemple suivant : M. X, devenu propriétaire en 2010 d’un petit appartement au 1er étage d’un immeuble haussmannien, refuse d’acquitter les charges du chauffage collectif, au motif qu’il n’y est pas raccordé, et que celui-ci ne présente aucune utilité pour son lot, équipé d’un chauffage individuel. Il invoque l’article 10 de la loi du 10 juillet 1965, aux termes duquel « les copropriétaires sont tenus de participer aux charges entraînées par les services collectifs et les éléments d’équipement commun en fonction de l’utilité que ces services et éléments présentent à l’égard de chaque lot ».
Le syndicat de copropriétaires l’assigne, et la cour d’appel de Paris ordonne une mesure d’expertise. L’expert, qui dépose son rapport le 3 mars 2014, explique qu’autrefois, un seul appartement occupait le premier étage. Il était affecté de 150 millièmes de la copropriété, et de seulement 100 millièmes de charges de chauffage, du fait que son arrière était chauffé de manière indépendante, par la propriétaire. Au cours des années 1980, il a été divisé en deux lots : « Le lot n°44, grand appartement côté avenue du Président-Wilson,...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-13"> ¤ Dans une tribune au « Monde », l’économiste Roger Guesnerie rappelle que les certitudes de la science économique ont, de tout temps, été bousculées par les mutations de l’histoire.
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« Les interactions entre la théorie économique et les faits sont à double sens »

Dans une tribune au « Monde », l’économiste Roger Guesnerie rappelle que les certitudes de la science économique ont, de tout temps, été bousculées par les mutations de l’histoire.



LE MONDE ECONOMIE
 |    09.11.2018 à 16h15
 • Mis à jour le
09.11.2018 à 16h19
    |

                            Roger Guesnerie (Professeur honoraire au Collège)








                        



                                


                            


Tribune. La réflexion des économistes prend appui sur des réalités mouvantes et s’inscrit dans le temps long. Dans la lignée des réflexions des physiocrates et d’Adam Smith, le débat du XIXe siècle sur le fonctionnement et les mérites du marché va nourrir le développement du savoir économique. Et ce débat est conflictuel. D’un côté, Marx se rallie à la vision catastrophiste de l’avenir du capitalisme. De l’autre, Marshall pense l’économie comme la juxtaposition de marchés efficients, et Walras met en exergue la complexité des interdépendances. Viendra, avec le XXe siècle et la crise de 1929, la critique de Keynes, dont le message s’affaiblira au fur et à mesure de la montée de l’influence de l’Ecole de Chicago, à partir de 1970.

Car les interactions entre la théorie et les faits sont à double sens. La pensée économique, qui s’appuie sur les leçons de l’histoire, influence les choix de politique économique, lesquels déterminent à leur tour pour partie ladite histoire. Ainsi, dans l’Angleterre du début du XIXe siècle, tentée par l’ouverture de ses frontières, l’argumentaire pro-libre-échange de David Ricardo pèsera dans le débat politique, ce qui aboutira à l’abrogation des tarifs protecteurs de l’agriculture britannique en 1846. Cette année marque le point de départ de ce que l’on désigne parfois par « la première mondialisation », qui perdurera jusqu’au début du XXe siècle. Il faudra attendre les années 1920 pour que, l’histoire ayant fortement égratigné l’optimisme ricardien, cette mondialisation soit réinterprétée de façon plus convaincante par deux économistes suédois, Heckscher et Ohlin.
Les choses n’ont guère changé. Aujourd’hui plus qu’hier, des économistes instruisent les choix de politiques – pensons à l’implication du Fonds monétaire international ou de la Banque mondiale. Mais aujourd’hui comme hier, les événements mettent à l’épreuve nombre d’explications...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-14"> ¤ Pour retrouver le soutien de ses citoyens, l’UE doit renforcer la coopération entre Etats et améliorer la protection contre les risques, estime l’économiste Agnès Bénassy-Quéré, dans une tribune au « Monde ».
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« L’Europe a cessé d’être invisible, c’est une évolution positive »

Pour retrouver le soutien de ses citoyens, l’UE doit renforcer la coopération entre Etats et améliorer la protection contre les risques, estime l’économiste Agnès Bénassy-Quéré, dans une tribune au « Monde ».



LE MONDE ECONOMIE
 |    09.11.2018 à 16h14
 • Mis à jour le
09.11.2018 à 16h19
    |

                            Agnès Bénassy-Quéré (Professeur à l'Ecole d'Economie de Paris, Université Paris 1-Panthéon-Sorbonne)








                        



                                


                            

Tribune. Selon l’Eurobaromètre du Parlement européen, le soutien des citoyens au projet européen a atteint un point bas en mai 2011. A cette époque, 47 % seulement des Européens pensaient que « de manière générale, l’appartenance de mon pays à l’Union européenne est une bonne chose », 18 % pensaient que c’était « une mauvaise chose », 31 % que ce n’était « ni bien ni mal », et 4 % étaient sans opinion. Depuis cette date, les opinions favorables se sont redressées continûment, pour atteindre 62 % en septembre 2018. A 61 %, la France se situe tout près de la moyenne, derrière l’Allemagne (81 %) mais devant l’Italie (42 %).
Le sondage annuel réalisé par Kantar Public pour les Journées économiques de Lyon (du 6 au 8 novembre) nous révèle cependant un paradoxe. Si les personnes interrogées sont favorables, en grande majorité, à davantage d’intégration européenne dans des domaines tels que l’immigration, la défense, les politiques sociales et fiscales, elles pensent que ce sont avant tout les gouvernements nationaux qui doivent relever les grands défis qu’ils identifient : inégalités, changement climatique, flux migratoires. La voie est donc étroite pour les politiques européennes et il est d’autant plus important de les énoncer clairement, peut-être autour de deux concepts-clés : la coopération entre Etats et la protection contre les risques.
Coopération entre Etats, d’abord. Si l’approfondissement du marché unique (notamment dans le domaine des services) recèle des gains de productivité, et donc de richesse, du même ordre de grandeur que ce qui a déjà été obtenu depuis les débuts de la construction européenne, promouvoir la concurrence ne constitue pas un programme européen. Un équilibre doit être trouvé entre, d’une part une concurrence accrue entre entreprises pour stimuler l’innovation et favoriser les gains de pouvoir d’achat des Européens, et d’autre part une concurrence moindre entre Etats, afin de...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-15"> ¤ L’économiste François Bourguignon analyse le décalage entre la réalité des inégalités en France et leur perception par l’opinion publique.
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« L’opinion publique a une conception de l’inégalité qui diffère des indicateurs les plus courants »

L’économiste François Bourguignon analyse le décalage entre la réalité des inégalités en France et leur perception par l’opinion publique.



LE MONDE ECONOMIE
 |    09.11.2018 à 16h14
 • Mis à jour le
09.11.2018 à 16h18
    |

François Bourguignon (professeur d'économie)







                        



                                


                            

Tribune. L’opinion publique semble percevoir l’inégalité comme en augmentation continuelle. Cette impression a même tendance à se renforcer. Selon le baromètre d’opinion du ministère des solidarités et de la santé (« En 2017, des Français moins inquiets et davantage demandeurs d’intervention publique », Drees, mars 2018), la proportion de Français qui pensent que l’inégalité s’est accrue au cours des cinq années précédentes a fortement crû au cours des années 2000 : ils sont aujourd’hui 77 % à partager cette opinion.
Qu’en est-il en réalité ? Qu’il s’agisse des niveaux de vie individuels ou de la part des 1 % ou 10 % les plus riches dans le revenu total des ménages avant impôts et transferts, l’inégalité a en réalité très peu varié en France au cours des quinze dernières années. Le coefficient de Gini des niveaux de vie, une mesure standard qui varie de 0 (parfaite égalité) à 1 (parfaite inégalité), était en moyenne de 0,284 durant les trois premières années du millénaire. Quinze ans plus tard, il était de 0,289 : l’augmentation est infime. De même, la part du 1 % des foyers les plus riches est passée de 12 % du revenu total des ménages en 2000 à un peu plus de 11 % aujourd’hui. Des fluctuations ont bien eu lieu entre deux, mais elles ont été de courte durée et de faible ampleur.
La réalité statistique est donc que la France est un pays où l’inégalité a été stable dans la période récente, à la différence d’autres pays, comme les Etats-Unis, où l’inégalité est sur une tendance ascendante depuis plus de trente ans, ou l’Allemagne.

Beaucoup de dimensions dans le concept d’inégalité
Comment expliquer ce divorce entre perception et réalité ? Une première possibilité est que, bien que couramment utilisées par les spécialistes, les statistiques citées plus haut ne reflètent que deux aspects particuliers des inégalités économiques. L’une résume l’inégalité dans l’ensemble de la distribution des niveaux de vie, et l’autre...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-16"> ¤ Dans une tribune au « Monde », l’économiste Alain Trannoy considère qu’augmenter les droits d’inscription dans l’enseignement supérieur ne serait pas un scandale, à condition de maintenir l’égalité sociale d’accès aux études.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-16"> ¤                     
                                                   
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« Faire accepter à la communauté universitaire un relèvement modéré des droits d’inscription »

Dans une tribune au « Monde », l’économiste Alain Trannoy considère qu’augmenter les droits d’inscription dans l’enseignement supérieur ne serait pas un scandale, à condition de maintenir l’égalité sociale d’accès aux études.



LE MONDE ECONOMIE
 |    09.11.2018 à 16h14
 • Mis à jour le
09.11.2018 à 16h19
    |

                            Alain Trannoy (directeur d’études à l’Ecole des hautes ­études en sciences sociales)








                        



                                


                            


Tribune. Le sous-financement de l’enseignement supérieur français est problématique à plus d’un titre. Il dément la volonté souvent affichée de placer la France au cœur de l’économie globalisée de la connaissance. Or cette place est conditionnée par la qualité de son enseignement supérieur et de sa recherche, et donc par les moyens qui lui sont consacrés. Par ailleurs, la faiblesse générale du financement masque de fortes disparités. A côté du système des classes préparatoires et des grandes écoles, « enfants choyés » de l’enseignement supérieur, des pans entiers de l’université font figure de « parents pauvres ». Les élèves des milieux défavorisés qui fréquentent en masse l’université se trouvent donc pénalisés, ce qui contribue à creuser les inégalités.
Pourtant, quelle que soit la couleur des gouvernements, le bond en avant budgétaire est toujours reporté à des jours meilleurs. Les priorités de la nation se portent sur d’autres urgences, même si l’enseignement supérieur ne fait jamais partie des secteurs sacrifiés.
Il est vrai que les solutions proposées suscitent des opinions divergentes. En particulier, la hausse des droits d’inscription est perçue comme un cheval de Troie pour faire dériver le modèle d’enseignement supérieur public vers un modèle de quasi-marché où les valeurs d’égalité profondément ancrées dans la communauté universitaire dans son ensemble seraient remises en cause.
Relèvement modéré
Cette appréhension se décline selon plusieurs dimensions. Dans une version où les universités disposeraient d’une certaine liberté pour fixer le montant des droits d’inscription, il est indéniable que les universités ne s’aligneraient pas toutes sur la même ligne de départ. Certaines pourraient aisément bénéficier de ressources accrues, alors que d’autres, en raison de la modestie de l’origine sociale des étudiants ou d’une spécialisation sur des sujets plus éloignés de l’entreprise, éprouveraient de la peine...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-17"> ¤ Elle échange sa voiture, neuve, contre le véhicule d’occasion que possède le jeune homme avec lequel elle entretient une relation éphémère. Elle affirme ensuite avoir été victime de manœuvres dolosives de la part de celui-ci, et demande la nullité du contrat
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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-18"> ¤ Dans le cadre du Forum philo « Le Monde » Le Mans, suivez en direct l’intervention de Cynthia Fleury et Elsa Dorlin, sur le thème « Philosopher, une vocation universelle ? ».
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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-19"> ¤ A l’occasion du centenaire de la fin de la première guerre mondiale, Alan Doss et Scott Weber considèrent, dans une tribune au « Monde », que la réconciliation entre belligérants passe par l’inclusion des populations dans le processus de paix.
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« Après la première guerre mondiale, la réconciliation a été considérée comme le seul besoin de panser les plaies du passé »

A l’occasion du centenaire de la fin de la première guerre mondiale, Alan Doss et Scott Weber considèrent, dans une tribune au « Monde », que la réconciliation entre belligérants passe par l’inclusion des populations dans le processus de paix.



LE MONDE
 |    09.11.2018 à 14h16
 • Mis à jour le
09.11.2018 à 14h38
    |

Alan Doss (Président de la Fondation Kofi Annan) et Scott Weber (Président d’Interpeace)







                        



                                


                            

Tribune. Des vaincus qui ne sont pas pris en compte, voire humiliés, des réparations de guerre considérables et des acteurs qui défendent des intérêts particuliers à court terme plutôt qu’une vision durable. Il y a cent ans, au terme de la première guerre mondiale – dont l’armistice est commémoré dimanche 11 novembre – les anciens belligérants ont montré par défaut l’importance de réussir une réconciliation après un conflit dévastateur. En alimentant les conditions qui mèneraient à une seconde conflagration planétaire moins d’une génération plus tard.
Parmi les négociateurs se retrouvaient seulement des hommes, âgés, voire très âgés pour certains d’entre eux. Une image qui ne reflétait pas la diversité des populations. Qu’a-t-on appris de cette sortie de quatre ans d’affrontements ? La question est-elle résolue aujourd’hui ? Tant s’en faut. Dans un environnement international marqué surtout par des guerres civiles contrairement à il y a cent ans, les processus sont plus inclusifs qu’à l’époque, mais beaucoup reste encore à accomplir. Preuve en est, pour la première fois depuis 1970, la décennie entamée en 2010 a vu davantage de conflits démarrer que s’éteindre.
1 % de l’aide au développement pour la réconciliation
Pire encore, près de 60 % des guerres civiles entre 1945 et 2009 se sont à nouveau embrasées après la fin des hostilités et 50 % dans la décennie qui a suivi. Or, l’intérêt à investir dans la réconciliation est sans conteste, mais il est sous-estimé. La violence dans le monde coûte des milliards d’euros. Par contraste, largement moins de 1 % de l’aide au développement alimente les efforts de réconciliation. Alors même que chaque euro injecté dans la consolidation de la paix évite d’en perdre 16 dans les conflits ou autres affrontements.
Près de 60 % des guerres civiles entre 1945 et 2009 se sont à nouveau embrasées après la fin des hostilités et 50 % dans la décennie qui a suivi
Pour convaincre davantage, y a-t-il...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-20"> ¤ Cette semaine, « Travail, genre et sociétés » montre que les choix électoraux, lors de l’élection présidentielle de 2017, s’ancrent dans des logiques sociales qui ne sont pas, loin s’en faut, aveugles au genre.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-20"> ¤                     
                                                   
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Dans les revues

Cette semaine, « Travail, genre et sociétés » montre que les choix électoraux, lors de l’élection présidentielle de 2017, s’ancrent dans des logiques sociales qui ne sont pas, loin s’en faut, aveugles au genre.



LE MONDE IDEES
 |    09.11.2018 à 14h00
    |

            Anne Chemin








                        



                                


                            
Née en 1999, la revue Travail, genre et sociétés analyse avec acuité, dans son numéro de novembre, la question du genre au prisme de l’élection présidentielle française de 2017. Publiée par les éditions La Découverte, cette revue, qui ­s’intéresse aux inégalités hommes-femmes dans le monde du travail, de l’école ou de la famille, tente de comprendre comment le genre a, lors de ce scrutin hors norme, ­façonné les orientations politiques.
Dans les démocraties occidentales, le « gender gap » politique, qui désigne la différence de comportement entre les hommes et les femmes, est en passe de disparaître : aujourd’hui, peu de chose sépare encore les votes des deux sexes. La question du genre n’a pas disparu pour autant : « Mind the gap ! » (« faites attention à l’écart »), avertissent malicieusement les chercheuses Catherine Achin et Sandrine Lévêque, qui estiment que le genre ne doit pas devenir le grand absent des analyses électorales.
S’appuyant sur les premiers résultats d’une étude approfondie ­menée dans sept circonscriptions, en 2016-2017, à l’aide d’entretiens, de questionnaires « sortie des ­urnes » et de dépouillement des ­listes d’émargement, la revue montre en effet dans un passionnant dossier que les choix électoraux de 2017 s’ancrent dans des logiques sociales qui ne sont pas, loin s’en faut, aveugles au genre.
Les chercheurs Lorenzo Barrault-Stella, Clémentine Berjaud et Safia Dahani analysent ainsi en détail le cheminement politique de trois femmes que tout devrait conduire à voter de la même manière – elles sont « racisées », peu diplômées et issues des quartiers populaires. Si l’une vote à gauche et les deux autres à droite, c’est en raison, montre l’article, de leurs trajectoires sociales et migratoires, qui sont largement déterminées par la question du genre.
Les chercheurs Martin Baloge et Marie-Ange Grégory montrent, de leur côté, que les choix électoraux se construisent en grande partie au sein...




                        

                        

