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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-1"> ¤ Chaque semaine, « L’Epoque » paie son coup. L’irrésistible assistante de « Dix pour cent », un Molière dans la poche, se confie sans ambages.
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Laure Calamy : « Je ris trop fort non ? »


                      Chaque semaine, « L’Epoque » paie son coup. L’irrésistible assistante de « Dix pour cent », un Molière dans la poche, se confie sans ambages.



LE MONDE
 |    09.11.2018 à 13h57
 • Mis à jour le
09.11.2018 à 16h23
    |

                            Maroussia Dubreuil








                              

                        

Une brunette au nez en trompette déboule au Cannibale Café, à deux pas de la butte de Belleville, à Paris. En ôtant sa veste zippée motif perroquets, elle dévoile un chemisier rouge cintré dont elle a ouvert les boutons du haut. « Je sors tout juste d’un casting », frémit Laure Calamy, en rejoignant illico notre photographe dans une arrière-salle vide, parée de ­larges miroirs. La jeune femme plonge une main dans son petit sac plein à craquer, d’où dépasse un Charlie Hebdo, et en sort un miroir de poche.
Nerveusement, l’actrice se fait monter le rose aux joues. Elle craint les photos. « Rester immobile, c’est difficile, non ? » Elle commande une bière blanche puis une bouteille d’eau pétillante. « Sinon l’alcool va me faire rougir », s’affole-t-elle. Devant l’objectif, Laure Calamy se raccroche à tout ce qu’elle a sous la main. Presse une rondelle de citron, se lèche les doigts et fixe quelques photographies. Entre les clichés, elle prend finalement de petites gorgées de bière pour se donner du courage.
Intarrissable sur le féminisme
A 18 h 55 surgit le bruit du foot. Ce mercredi 3 octobre, le match PSG-Etoile rouge de Belgrade est diffusé de l’autre côté du bar. Le photographe plie bagage et Laure Calamy ­rapatrie son quart de bière et sa bouteille d’eau sur une table à l’écart des supporteurs. « Un muscadet, ça peut être bien, non ? » Encore fébrile, elle revient sur le casting qu’elle a passé dans l’après-midi. « Avec un Américain ! Vu mon niveau ­d’anglais, ça m’étonnerait que je sois prise ! » En deux mois, c’est sa deuxième audition en anglais. Sans doute parce que la série Dix pour cent – la saison 3 est diffusée sur France 2 à partir du 14 novembre –, dans laquelle elle incarne l’assistante hyperémotive d’un agent artistique dont elle est folle amoureuse, est diffusée dans près d’une soixantaine de pays, sur Netflix, sous le titre Call My Agent. On trinque....




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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-2"> ¤ Entretien avec Nikolaus Wostry, directeur général des Archives du film autrichien, pour une rétrospective présentée au Festival international du film de Vienne.
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Cinéma : « Il y a eu un apport considérable des juifs à la culture autrichienne »

Entretien avec Nikolaus Wostry, directeur général des Archives du film autrichien, pour une rétrospective présentée au Festival international du film de Vienne.



LE MONDE
 |    09.11.2018 à 10h18
    |

            Jacques Mandelbaum








                        



                                


                            

Directeur général des Archives du film autrichien, Nikolaus Wostry a conçu la rétrospective « Mondes juifs dans le cinéma muet germanophone », composée de douze films des années 1920, présentée au Festival international du film de Vienne (Viennale), qui s’est tenu du 25 octobre au 8 novembre.

Vous avez coprogrammé la rétrospective présentée à la Viennale. Quelle était votre intention ?
Cette programmation s’inscrit dans le cadre de la célébration des quatre-vingts ans de l’Anschluss, et des cent ans de la République d’Autriche. Nous l’avons conçue, dans le cadre de la Viennale, comme une extension de l’exposition qui se tient depuis mars aux Archives, « La Ville sans (juifs, musulmans, réfugiés, étrangers) ». Ce titre s’inspire d’un film de 1924, La Ville sans juifs, de Hans Karl Breslauer, récemment restauré, que nous montrons dans cette rétrospective. C’était une façon pour nous d’établir un lien entre le passé et le présent. Il y a depuis l’établissement de la République dans ce pays une instrumentalisation politique de l’antisémitisme et du rejet de l’étranger comme jamais il n’y en avait eu au temps de la monarchie. La culture viennoise est pourtant intimement liée au cosmopolitisme et plus particulièrement à la présence et à la créativité juives. C’est de cette richesse dont témoignent précisément les films que nous montrons, dont certains ont d’ailleurs connu un grand succès.
Ce que montrent aussi la plupart de ces films, c’est souvent l’ambiguïté, voire la haine, qui s’exercent vis-à-vis de cette présence juive…
C’est tout le paradoxe. Il y a eu un apport considérable des juifs à la culture nationale et, en même temps, on ne leur a jamais vraiment donné la possibilité de s’intégrer. Au lendemain de la seconde guerre mondiale, l’Autriche s’est revendiquée de ce cosmopolitisme pour mieux se démarquer de l’Allemagne nazie et se présenter comme victime. C’était oublier...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-3"> ¤ A la Viennale, en Autriche, un programme de douze films muets des années 1920 ne laisse pas indemne.
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Article sélectionné dans La Matinale du 08/11/2018
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Festival : les fantômes juifs du cinéma germanophone

A la Viennale, en Autriche, un programme de douze films muets des années 1920 ne laisse pas indemne.



LE MONDE
 |    09.11.2018 à 06h39
 • Mis à jour le
09.11.2018 à 10h19
    |

            Jacques Mandelbaum (Vienne (Autriche)








                        



                                


                            

Cela se passe en Europe. Montée du populisme et du nationalisme. Disqualification des élites. Haine de l’immigré. Flambées ­antisémites. Ombre du fascisme qui gagne le continent. On ne parle pas, à Dieu ne plaise, de l’Europe de 2018, mais de celle des années 1920. C’est au cœur de cette décennie que le Festival international du film de Vienne (qui s’est tenu du 25 octobre au 8 novembre), dirigé, depuis cette année, par Eva Sangiorgi, a extrait les douze films d’un programme proposé par les Archives du film autrichien, intitulé « Mondes juifs dans le cinéma muet germanophone ». Tandis que les pogroms, la révolution bolchevique et la première guerre mondiale provoquent un fort courant d’émigration des juifs de l’Est vers le monde occidental, le « juif » devient à cette époque la figure de l’altérité par excellence.

L’Autriche et l’Allemagne sont, de par leur position géographique, aux premières loges. La manière dont leur cinéma (la production et le marché germaniques sont poreux) représente ces nouveaux venus, si familiers par leur langue (le yiddish), si lointains par leur culture, est donc une question politiquement passionnante. On ne trouvera pas ici de performance esthétique ­majeure – sinon dans l’expressionnisme onirique de Paul Wegener (Le Golem, 1920) ou dans l’extraordinaire modernité de jeu et l’art de la composition plastique de Carl Theodor Dreyer (Aimez-vous les uns les autres, 1922).

Le corpus témoigne en revanche d’une réelle diversité de ­genres. Biopic politique (Theodor Herzl, étendard du peuple juif, d’Otto Kreisler, 1921), drame historique orientalisant à grand spectacle (Nathan le sage, de Manfred Noa, 1922), mélodrame d’entre-deux mondes (Das alte Gesetz, « La Vieille Loi », d’Ewald André Dupont, 1923), ­fiction dystopique (La Ville sans juifs, de Hans Karl Breslauer, 1924), comédie viennoise ­contem­poraine (Réunion familiale chez les Prellstein,...




                        

                        


<article-nb="2018/11/09/19-4">
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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-4"> ¤ Dans une lettre ouverte, un collectif demande aux leaders des démocraties d’intervenir pour la libération du cinéaste, qui a mené une grève de la faim pendant cinq mois pour attirer l’attention sur le sort des Ukrainiens indûment détenus en Russie. Face au silence du Kremlin, il est temps que les dirigeants européens se mobilisent, estiment-ils.
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Article sélectionné dans La Matinale du 08/11/2018
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« Les chefs d’Etat des démocraties doivent obtenir de Poutine qu’il s’engage à libérer le cinéaste ukrainien Oleg Sentsov »

Dans une lettre ouverte, un collectif demande aux leaders des démocraties d’intervenir pour la libération du cinéaste, qui a mené une grève de la faim pendant cinq mois pour attirer l’attention sur le sort des Ukrainiens indûment détenus en Russie. Face au silence du Kremlin, il est temps que les dirigeants européens se mobilisent, estiment-ils.



LE MONDE
 |    09.11.2018 à 06h00
 • Mis à jour le
09.11.2018 à 09h31
    |

                            Collectif








                        



                                


                            

Lettre ouverte - Aux chefs d’Etat et de gouvernement des démocraties
En 1980, Andreï Sakharov est exilé dans la ville fermée de Gorki pour avoir alerté le monde du danger que représentait l’Union soviétique (URSS). Assigné à résidence et surveillé en permanence par le KGB, il est coupé du monde durant plusieurs années, pendant lesquelles il effectuera deux grèves de la faim et sera torturé, intubé et nourri de force. Il faudra la Perestroïka (restructuration) et la Glasnost (transparence) en 1986, pour que Mikhaïl Gorbatchev mette fin à son exil et à son calvaire.
Cela n’empêche pas un autre dissident russe, Anatoli Martchenko, de mourir dans sa cellule la même année, le 8 décembre 1986, après onze ans d’emprisonnement et une grève de la faim de 117 jours. Son crime était d’avoir révélé dans un livre la réalité des camps de travail soviétiques. Il disait notamment : « La seule possibilité de lutter contre le mal et l’illégalité consiste à mon avis à connaître la vérité. »
Cette vérité a fissuré puis fait tomber les murs. L’URSS a laissé place à la Russie, l’Ukraine, la Géorgie, les Républiques baltes… Pourtant, c’est toujours pour les mêmes raisons que le cinéaste ukrainien Oleg Sentsov a entamé une grève de la faim illimitée le 14 mai [qu’il a interrompue le 5 octobre pour éviter d’être nourri de force] : faire connaître la vérité, alerter le monde « libre ».
Disparu le 10 mai 2014
La vérité, c’est qu’au XXIe siècle, Oleg Sentsov, ce jeune cinéaste auteur d’un premier film repéré par les grands festivals européens de cinéma, père de deux enfants, a disparu le 10 mai 2014 alors qu’il sortait de chez lui, enlevé par les services secrets dans sa Crimée natale, ce morceau d’Ukraine que les Russes venaient brutalement d’annexer.
La vérité, c’est qu’il a été battu et torturé, emprisonné en Russie et condamné un an plus tard à vingt ans de prison, à la suite d’un procès dénoncé comme...




                        

                        


<article-nb="2018/11/09/19-5">
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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-5"> ¤ Le film de Jon M. Chu, « Crazy Rich Asians », en salle en France depuis le 7 novembre, connaît un gros succès outre-Atlantique, notamment dans la communauté asiatique.
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Cinéma : « Crazy mania » aux Etats-Unis

Le film de Jon M. Chu, « Crazy Rich Asians », en salle en France depuis le 7 novembre, connaît un gros succès outre-Atlantique, notamment dans la communauté asiatique.



LE MONDE
 |    08.11.2018 à 11h28
    |

            Corine Lesnes (San Francisco, correspondante)








                        



                                


                            

Salles louées d’avance, couvertures des magazines : dès sa sortie, mi-août, Crazy Rich Asians a pris la dimension d’un phénomène de société aux Etats-Unis. Pour la communauté asiatique, le film a représenté l’équivalent de ce qu’avait été, six mois plus tôt, le Black Panther, de Ryan Coogler, pour les Afro-américains : une source de fierté, la reconnaissance d’une place à part entière dans le monde culturel mainstream, avec une distribution entièrement « ethnique ».

Depuis la sortie, le film a engrangé 234 millions de dollars de recettes (205 millions d’euros). On est loin du record de Black Panther –1,4 milliard de dollars dans le monde, dont 700 millions aux Etats-Unis, ce qui en fait le neuvième succès de tous les temps. Mais la « Crazy mania » a incité Hollywood à reconsidérer le dogme selon lequel seules les stars « blanches »  sont susceptibles d’attirer les producteurs et le public (au point de faire jouer des acteurs blancs dans des rôles de minorités, comme Scarlett Johansson en 2017, dans Ghost in the Shell, basé sur un manga japonais).
Universalité du scénario
Premier grand film dirigé par un metteur en scène asiatique – le sino-américain Jon M. Chu – depuis vingt-cinq ans, Crazy Rich Asians a enthousiasmé la diaspora, avec son côté agile, branché, son décor singapourien extravagant et ses personnages qui passent sans transition du mandarin à l’anglais ou au cantonais, à l’image de nombre « d’ABC » new-yorkais (« Americans Born Chinese », dans le jargon des millenials).

La communauté asiatique (6 % de la population des Etats-Unis avec une augmentation de 70 % en dix ans) y a vu un signe supplémentaire de son affirmation politique et culturelle, dans un pays où elle a longtemps préféré ne pas s’afficher. Et, pour une fois, elle apparaît dans une représentation qui n’emprunte pas au kung fu ou au cliché de « nerds » (premier de la classe) attaché aux...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-6"> ¤ Le réalisateur présente une dizaine de ses films à la Bibliothèque publique d’information du Centre Pompidou, à Paris.
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Cinéma : Luc Moullet, le burlesque de la Nouvelle Vague

Le réalisateur présente une dizaine de ses films à la Bibliothèque publique d’information du Centre Pompidou, à Paris.



LE MONDE
 |    08.11.2018 à 09h29
 • Mis à jour le
08.11.2018 à 09h34
    |

            Clarisse Fabre








                        



                                


                            

C’était en 1945. Luc Moullet avait 8 ans. Dans L’Ecran français, la revue hebdomadaire de cinéma (1943-1952) à laquelle collabora André Bazin, il découvrit un article sur « les 50 ans du cinéma » – l’acte de naissance de ce dernier étant associé à l’invention d’une caméra projecteur (Cinématographe) par les frères Lumière, en 1895. « Ce document m’a incité à aller voir des films. A l’adolescence, j’avais le désir de faire du cinéma. Mais il était difficile de devenir réalisateur. J’ai commencé par être critique aux Cahiers du cinéma en 1956 », raconte le cinéaste aujourd’hui âgé de 81 ans, regard bleu lucide, dans l’appartement parisien qu’il partage avec sa compagne, Antonietta Pizzorno.
Actrice, scénariste, celle-ci a coréalisé avec Moullet le film culte Anatomie d’un rapport (1975), où le cinéaste se met en scène – et à nu – pour explorer la crise de son couple et de sa relation sexuelle alors que le Mouvement de libération des femmes (MLF) bouscule l’ordre patriarcal.
Soixante-deux ans après ses débuts aux Cahiers et une quarantaine de films plus tard (courts, longs et moyens), Luc Moullet est l’un des cinéastes les plus singuliers de la Nouvelle Vague. Acteur performeur dans la veine de Buster Keaton et de Nanni Moretti, il est un grand observateur de l’absurde. Nombre de ses films ont exploré la folie et les inégalités engendrées par la société capitaliste et post-coloniale.
Nombre de ses films ont exploré la folie et les inégalités engendrées par la société capitaliste et post-coloniale
Après la rétrospective de ses films organisée par le Centre Pompidou, à Paris, en 2009, Beaubourg rend à nouveau hommage à celui que Jean-Marie Straub, autre pilier de la Nouvelle Vague, désigne comme « le seul héritier à la fois de Buñuel et de Tati » : du 9 au 11 novembre, la Bibliothèque publique d’information (BPI) projettera une dizaine de ses films dans le cadre d’un focus sur la...




                        

                        


<article-nb="2018/11/09/19-7">
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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-7"> ¤ L’acteur Bryan Cranston, qui incarnait Walter White, a annoncé qu’il serait « absolument » partant pour reprendre ce rôle si on le lui demandait.
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La série culte « Breaking Bad » va être adaptée au cinéma

L’acteur Bryan Cranston, qui incarnait Walter White, a annoncé qu’il serait « absolument » partant pour reprendre ce rôle si on le lui demandait.



Le Monde.fr avec AFP
 |    08.11.2018 à 03h12
 • Mis à jour le
08.11.2018 à 08h45
   





                        



   


La série culte Breaking Bad va être déclinée en un long-métrage. C’est ce qu’a annoncé, mercredi 7 novembre, l’acteur Bryan Cranston, qui incarnait son héros, Walter White. Diffusée de 2008 à 2013 sur la chaîne câblée AMC, Breaking Bad est considérée comme l’une des meilleures séries de l’histoire de la télévision américaine. En cinq saisons, elle a remporté seize Emmy Awards, ainsi que deux Golden Globes.
« Honnêtement, je n’ai pas lu le script », a expliqué Bryan Cranston, 62 ans, lors d’un passage dans l’émission de radio The Dan Patrick Show. « Donc la question se pose de savoir si Walter White sera ou non dans ce film. »
Mais il a ajouté qu’il serait « absolument » partant pour reprendre le rôle du professeur de chimie devenu fabricant de drogue si le créateur de la série et réalisateur du film, Vince Gilligan, le lui proposait.
« Ça a été la plus grande période de ma vie professionnelle. Et je suis impatient de revoir ces gens, même si ce n’est que pour une visite. »

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                Bryan Cranston, l’acteur invisible



« Aller au bout de certaines histoires »
Bryan Cranston, nommé aux Oscars pour son rôle dans Trumbo (2015), a précisé que le futur film s’intéresserait de plus près à « au moins deux personnages qui n’avaient pas achevé leur parcours » dans la série. « Il y a beaucoup de gens qui voulaient aller au bout de certaines histoires en suspens » au terme des 62 épisodes.
Selon plusieurs médias américains, le titre provisoire du long-métrage est Greenbrier. Interrogé, l’office du film de l’Etat du Nouveau-Mexique a confirmé que le tournage d’une œuvre intitulée ainsi et produite par le studio Sony, devait démarrer mi-novembre et s’achever en février. La série Breaking Bad avait été tournée au Nouveau-Mexique, principalement à Albuquerque et dans ses environs.

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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-8"> ¤ En 1970, Francis Lai avait par ailleurs remporté l’Oscar de la meilleure musique de film pour la bande originale du film de Arthur Hiller, « Love Story ».
<filname="PROF-0,2-3476,1-0,0-8"> ¤                     
                                                

Francis Lai, compositeur de la musique d’« Un homme et une femme », est mort

En 1970, Francis Lai avait par ailleurs remporté l’Oscar de la meilleure musique de film pour la bande originale du film de Arthur Hiller, « Love Story ».



LE MONDE
 |    07.11.2018 à 21h28
 • Mis à jour le
07.11.2018 à 23h56
   





                        



   


Qui n’a pas fredonné le « chabadabada » le plus célèbre du cinéma français ? Le compositeur et musicien Francis Lai, à l’origine de ce titre phare du film de Claude Lelouch, Un homme et une femme, est mort à 86 ans, a annoncé la mairie de Nice, mercredi 7 novembre.
Né à Nice, cet amateur d’accordéon et de piano fait ses premiers pas auprès du poète et chanteur Bernard Dimey, avec qui il écrit des chansons pour le gratin de l’époque. Il signe quelques-uns des plus grands succès de la chanson française, composant autant pour Edith Piaf (L’Homme de Berlin), Dalida ou Juliette Gréco, que pour Philippe Léotard, Yves Montant (La Bicyclette) et Nicole Martin (Bonsoir Tristesse)
Oscar de la meilleure musique de film
Mais c’est surtout sa collaboration avec le réalisateur Claude Lelouch qui l’a fait entrer dans la légende. D’abord avec le succès de Un homme et une femme, couronné d’une Palme d’or en 1966. Le mythique thème du film, chanté par Nicole Croisille, a été repris plus de 200 fois. La collaboration entre les deux hommes se poursuit. En 1970, Francis Lai remporte l’Oscar de la meilleure musique de film pour son travail sur Love Story de Arthur Hiller. Le thème Where Do I Begin interprété par Andy Williams est aussitôt repris par Mireille Mathieu (Une histoire d’amour).
Fidèle, le compositeur a continué à travaillé avec Claude Lelouch toute sa carrière, planchait d’ailleurs sur la bande originale de son dernier film prévu en salles en 2019, Les Plus Belles Années – la suite du film culte Un Homme et une Femme. Edith et Marcel (1982, avec Je n’attendais que toi par Charles Aznavour), Un Homme et Une Femme : Vingt Ans Déjà (1986), Itinéraire d’Un Enfant Gâté (1988) qui lui vaut son premier César, et Il Y A Des Jours...Et Des Lunes (1990).
Francis Lai écrira en tout la musique de plus de 100 films et signera plus de 600 chansons. Il a également travaillé à plusieurs reprises avec Claude Zidi, dont la série des Ripoux (1984), Ripoux Contre Ripoux (1989) et Ripoux 3 (2003).
Moins connu mais tout aussi populaire, Francis Lai a aussi travaillé sur l’habillage sonore de la chaîne FR3, à l’époque de l’ORTF. Il avait notamment composé le générique de l’émission « Les Etoiles du cinéma ».
« Ses mélodies avaient un charme fou »
« C’est avec une immense peine que j’apprends le décès de Francis Lai, ce grand compositeur niçois », écrit Christian Estrosi, précisant que la ville de Nice allait lui rendre hommage : « Je proposerai prochainement à sa famille de donner son nom à un lieu emblématique de notre cité. »
Sur Twitter, l’ancien président du Festival de Cannes Gilles Jacob l’a salué :
« Bonjour tristesse : c’est le cas de le dire. Il n’écrira plus de partitions. Ses mélodies avaient un charme fou ; et lui donc ! »




                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-9"> ¤ Le groupe audiovisuel a paraphé, mardi, le texte qui le liera au 7e art jusqu’en 2022 et qui prévoit un fort investissement dans le secteur.
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Canal+ a finalement renouvelé ses accords avec le cinéma français

Le groupe audiovisuel a paraphé, mardi, le texte qui le liera au 7e art jusqu’en 2022 et qui prévoit un fort investissement dans le secteur.



LE MONDE ECONOMIE
 |    07.11.2018 à 19h24
 • Mis à jour le
08.11.2018 à 09h19
    |

            Nicole Vulser








                        



   


Après le coup de torchon, l’heure de la réconciliation. Canal+, qui avait rompu le 19 octobre les négociations avec les vingt-trois organisations du cinéma français, a, finalement, paraphé, mardi 6 novembre, les accords qui le lieront jusqu’à la fin 2022 au 7e art. Franck Riester, ministre de la culture et de la communication, a simplement mis tous les protagonistes dans une grande salle, rue de Valois. Avec la mission d’arriver, enfin, à s’entendre.
« Il a fallu vingt minutes pour que chacun trouve une place et en deux heures de négociations, l’affaire était bouclée », précise l’un des participants à cette réunion organisée au ministère de la culture. Mercredi, cet accord devait encore être signé par chacune des organisations syndicales du cinéma (les producteurs, les exploitants, les distributeurs, etc.). L’objectif était d’arriver à ratifier le texte, jeudi, pour les rencontres cinématographiques de Dijon, où est attendu M. Riester. « C’est un grand jour pour la création et pour le cinéma français », s’est-il réjoui.
Très proche de la dernière version proposée par Maxime Saada, le président du directoire de Canal+, le protocole prévoit que le groupe de télévision payante continue d’investir fortement dans le cinéma. Soit en consacrant 12,5 % de son chiffre d’affaires à des acquisitions de droit de films européens, soit en investissant 3,61 euros par mois et par abonné dans des longs-métrages. Alors que Canal+ espérait raboter de 40 % ce tarif pour ses abonnés qui paient l’offre la moins chère, un accord a été conclu sur une décote moindre, de 34 %, soit 2,38 euros. La solution la plus avantageuse – du chiffre d’affaires ou des abonnés – sera retenue.
StudioCanal pourra produire quatre films par an
Les autres points de l’accord, dévoilé mercredi par le magazine Satellifax, n’ont pas posé de problème majeur : comme il le souhaitait, StudioCanal pourra produire quatre films par an, et les investissements de Canal+ dans le cinéma français et européen seront plafonnés à 180 millions d’euros par an. Le Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) jouera un rôle de tiers de confiance pour la mise en œuvre des obligations de la filiale de Vivendi dans le cinéma. Enfin, Canal+ s’engage à demander une autorisation de renouvellement de sa diffusion sur la TNT – une condition nécessaire pour que ces accords s’appliquent.
« Négocier avec vingt-trois organisations est sans doute la chose la plus compliquée, chacun avançant une requête différente qui s’ajoute aux autres », explique-t-on chez Canal+. Un e-mail entre les protagonistes du cinéma envoyé par erreur chez Canal+, au moment où ce dernier a fait capoter les négociations, a montré à quel point une large majorité souhaitait signer. Chez Canal+, on désigne ouvertement l’Union française des producteurs, ainsi que les plus gros exploitants comme les plus récalcitrants.
Le cinéma français conserve donc son plus fidèle banquier
Le cinéma français conserve donc son plus fidèle banquier, même si Canal+ est très fragilisé dans le football par la perte de la Ligue des champions et de la Ligue 1.

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                Football : Canal + reprend les droits du championnat anglais à RMC Sport



Nouvelle chronologie des médias
Dès que cet accord sera ratifié, Maxime Saada signera dans la foulée la réforme tant attendue de la chronologie des médias qui définit, depuis 2009, l’ordre selon lequel les films sont exploités – d’abord en salles, puis dans les télévisions payantes, en vidéo… Le nouveau texte, qui entrerait en vigueur au 1er janvier 2019, n’attend plus que les signatures de Canal+ et du bouquet OCS (Orange). Son principe vise à permettre au spectateur d’avoir accès plus tôt aux films après leur sortie en salles.
La diffusion en DVD sera avancée à trois mois au lieu de quatre pour les films qui ont réalisé moins de 100 000 entrées lors de leurs quatre premières semaines en salles. Canal+ y gagne et pourra programmer des longs-métrages entre six et huit mois après leur sortie contre dix à douze mois aujourd’hui. Netflix ou Amazon Prime, qui doivent patienter trois ans, diffuseront des films quinze à dix-sept mois après leur premier jour en salles, à condition de s’engager à investir dans la production. Sans quoi, ces sociétés garderont le même régime.

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                Chronologie des médias  : bientôt des films plus récents sur tous les écrans ?






                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-10"> ¤ Inspiré de l’histoire de l’ex-PDG Christian Streiff, le film d’Hervé Mimran raconte avec lourdeur le combat d’un grand patron après un accident vasculaire cérébral.
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« Un homme pressé » : un numéro de Fabrice Luchini qui tourne à vide

Inspiré de l’histoire de l’ex-PDG Christian Streiff, le film d’Hervé Mimran raconte avec lourdeur le combat d’un grand patron après un accident vasculaire cérébral.



LE MONDE
 |    07.11.2018 à 17h41
    |

            Véronique Cauhapé








                        



   


L’avis du « Monde » – on peut éviter
Voilà plus de trente ans que Fabrice Luchini remplit les salles de théâtre avec ses lectures de grands textes littéraires dont il parvient, au terme d’un long travail, à mettre à nu les mots et les faire entendre comme jamais. Aujourd’hui sur grand écran, dans Un homme pressé, il s’offre cette fois le malin plaisir de les tordre et de les mettre sens dessus dessous, inversant les syllabes et prenant un terme pour un autre. Il y a fort à parier que, pour cet exercice de déconstruction, il attirera encore en grand nombre le public dans les salles de cinéma.
Inspirée de l’histoire de Christian Streiff, ex-PDG d’Airbus et de PSA Peugeot Citroën, et de son livre J’étais un homme pressé (Le Cherche Midi), le nouveau film d’Hervé Mimran raconte donc le parcours d’un grand patron du secteur automobile, Alain (Fabrice Luchini), après un accident vasculaire cérébral qui a entraîné de graves troubles de la parole et de la mémoire.

        Lire l’entretien a vec Christian Streiff :
         

          « Ce PDG méprisant qu’incarne Luchini, ce n’était pas moi »



Surmené, autoritaire, grand orateur, respecté autant que craint, cet homme-là doit réapprendre à s’exprimer correctement. Ce à quoi s’attelle une jeune orthophoniste (Leïla Bekhti) dont la ténacité va se heurter au déni et à l’absence de modestie dont se pare (avec de moins en moins de conviction) son patient. Rien de grave cependant, puisqu’il s’agit de nous mener vers une comédie. Laquelle a pour unique ressort le jeu des mots et du langage désarticulé. A ce numéro, Fabrice Luchini se prête avec une fluidité et une gourmandise qui forcent le respect mais qui échouent à tenir tout le film.
Une course en chaise roulante
Car il est évident que cet accident va changer notre méchant patron égocentriste en homme plus respectueux des autres, ce père qui n’a jamais prêté attention à sa fille en papa plus investi, cet homme pressé en individu réduit à l’oisiveté. Le propos, outre les invraisemblances qu’il accumule au fil de son déroulé, pèse d’un poids que rien ne vient alléger.
Ni le comique de situation auquel s’essaie le film – une course en chaise roulante dans le couloir de l’hôpital, comme un piètre clin d’œil aux Intouchables, d’Eric Toledano et Olivier Nakache –, ni les petites intrigues autour des personnages secondaires (l’orthophoniste en quête de sa mère biologique). Et encore moins l’échappée finale sur le chemin de Compostelle aux allures de clip touristique.
Hervé Mimran signe une mise en scène aussi atone que les neurones dans la tête de son personnage principal
Pour couronner le tout, Hervé Mimran, dont c’est le troisième film mais le premier en solo – les deux précédents, Tout ce qui brille et Nous York, étaient coréalisés avec Géraldine Nakache – signe une mise en scène aussi atone que le sont les neurones dans la tête de son personnage principal. Si bien qu’au terminus de cette aventure, et avant un générique de fin qui continue la blague des mots revisités, on se dit qu’elle fut bien longue la route vers cette rédemption à l’issue de laquelle un sale type aura appris à dire « merci » à ceux qu’il ignorait auparavant.

Film français d’Hervé Mimran. Avec Fabrice Luchini, Leïla Bekhti, Rebecca Marder, Igor Gotesman (1 h 40). Sur le Web : www.gaumont.fr/fr/film/Un-homme-presse.html



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-11"> ¤ Le cofondateur du studio hongkongais Golden Harvest, qui popularisa les films d’arts martiaux de la star et lança aussi la carrière de Jackie Chan, s’est éteint à l’âge de 91 ans.
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Mort de Raymond Chow, le producteur de Bruce Lee

Le cofondateur du studio hongkongais Golden Harvest, qui popularisa les films d’arts martiaux de la star et lança aussi la carrière de Jackie Chan, s’est éteint à l’âge de 91 ans.



LE MONDE
 |    07.11.2018 à 14h45
 • Mis à jour le
07.11.2018 à 14h48
    |

            Florence de Changy (Hongkong, correspondance)








                        



                                


                            

Raymond Chow, le producteur hongkongais qui lança Bruce Lee et Jacky Chan, et fit connaître le cinéma hongkongais au reste du monde, est mort vendredi 2 novembre, à Hongkong, à l’âge de 91 ans. Il avait fondé le studio Golden Harvest dont la gloire débuta dans les années 1970 et connut son apogée dans les années 1980.
Né à Hongkong le 8 octobre 1927, Raymond Chow fut envoyé à Shanghaï pour ses études supérieures, notamment dans la très prestigieuse université St. John’s (alors considérée comme le Harvard d’Asie, mais fermée par le régime communiste en 1952). Diplôme de journalisme en poche, il rentre à Hongkong et fait ses premières armes au tout nouveau Hongkong Tiger Standard dont l’allégeance allait au Kuomintang, ennemi du Parti communiste. « A un moment, j’avais sept petits boulots à la fois », raconte-t-il en 2013 dans une interview au South China Morning Post. Il fut ensuite embauché par Voice of America.
C’est, dit-il, grâce à son expérience de journaliste qu’il entra en 1958 aux célèbres studios des Shaw Brothers, qui allaient devenir les studios les plus prolifiques de toute l’Asie. Il se lassa vite du rôle de chef de la publicité pour lequel il avait été embauché. Le légendaire patron des studios, Run Run Shaw (1907-2014), lui confia de plus en plus de responsabilités, jusqu’à la direction de toute la production. Malgré le succès retentissant des studios Shaw, y compris sur la scène internationale, Raymond Chow eut envie de faire les choses à sa manière.
Trilogie des « Tortues Ninja »
Avec Leonard Ho, il lança Golden Harvest en 1970, sur un concept d’alliance plus libre avec les réalisateurs ou les producteurs indépendants, et un nouveau mode de financement des films. Il débaucha nombre de talents des studios Shaw, notamment en les payant mieux. Mais son véritable coup de génie fut de repérer Bruce Lee dans une émission de la chaîne américaine ABC, « The Green Hornet », et de le recruter, en 1971,...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-12"> ¤ Assigné à résidence depuis plus d’un an, Kirill Serebrennikov est accusé de détournement de fonds. Son procès s’est ouvert mercredi.
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Russie : le réalisateur Serebrennikov clame son innocence

Assigné à résidence depuis plus d’un an, Kirill Serebrennikov est accusé de détournement de fonds. Son procès s’est ouvert mercredi.



Le Monde.fr avec AFP
 |    07.11.2018 à 10h34
 • Mis à jour le
07.11.2018 à 11h36
   





                        



   


« Je n’ai jamais rien volé » : le metteur en scène Kirill Serebrennikov a clamé son innocence, mercredi 7 novembre, à l’ouverture de son procès à Moscou. Assigné à résidence depuis plus d’un an, il est poursuivi pour une affaire de détournement de fonds, qu’il juge « absurde ».
Vêtu de noir, chaussé de baskets violettes, l’homme de cinéma et de théâtre était accompagné au tribunal de nombreuses personnalités du monde de la culture. Ses partisans dénoncent une nouvelle attaque des milieux conservateurs russes envers la création artistique.
Le procureur l’a accusé mercredi d’avoir « coordonné un groupe criminel » à des fins d’enrichissement personnel. M. Serebrennikov aurait, selon lui, détourné environ 130 millions de roubles (1,7 million d’euros) de subventions publiques destinées à son théâtre moscovite grâce à un système de factures et de devis gonflés, entre 2011 et 2014.

        Lire sur son audition :
         

          Kirill Serebrennikov : « Je n’ai commis aucun crime »



Des œuvres controversées
Le metteur en scène avait été arrêté dans la nuit du 21 au 22 août 2017, alors qu’il se trouvait en plein tournage d’un film à Saint-Pétersbourg. Quatre mois plus tard, la justice russe ordonnait la saisie des biens et actifs du metteur en scène, notamment son appartement et sa voiture. Plusieurs de ses collaborateurs sont également poursuivis dans cette affaire.

        Lire notre compte rendu :
         

          Le metteur en scène russe Kirill Serebrennikov est assigné à résidence



Pour ses défenseurs, Kirill Serebrennikov paie la montée en puissance des valeurs conservatrices en Russie, où les artistes sont confrontés à une pression croissante. Ses œuvres abordant la religion ou la sexualité ont été critiquées par les autorités ou par des représentants religieux.
A cause de son assignation à résidence, le réalisateur n’a pas pu participer en mai à la montée des marches à Cannes avec l’équipe de son film Leto (L’Eté), présenté en compétition, et dont il avait terminé le montage chez lui.

        Lire notre portrait :
         

          Cannes 2018 : l’hiver forcé du réalisateur russe assigné à résidence Kirill Serebrennikov



Soutien des milieux culturels
Egalement directeur du Centre Gogol, théâtre contemporain à Moscou, il avait aussi manqué en décembre 2017 la première de son ballet Noureev – consacré au danseur étoile soviétique passé à l’ouest en 1961 –, monté au Bolchoï de Moscou. Le spectacle lui-même avait fait l’objet d’une controverse, retardant la première de six mois.
Depuis son arrestation, de nombreux appels à la levée des charges pesant sur lui ont été lancés par des figures russes du monde des arts comme par des personnalités culturelles internationales, de l’actrice australienne Cate Blanchett, présidente du jury du Festival de Cannes en 2018, à l’ancienne ministre française de la culture Françoise Nyssen.

        Lire aussi :
         

                Mobilisation des artistes français pour le metteur en scène Kirill Serebrennikov






                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-13"> ¤ Le créateur de la société Pyramide, ancien directeur de Warner Bros. France, a été l’un des piliers du cinéma indépendant français.
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Le producteur de cinéma Francis Boespflug est mort

Le créateur de la société Pyramide, ancien directeur de Warner Bros. France, a été l’un des piliers du cinéma indépendant français.



LE MONDE
 |    07.11.2018 à 09h06
 • Mis à jour le
08.11.2018 à 15h56
    |

                            Thomas Sotinel








                        



                                


                            

Producteur d’Aki Kaurismäki ou d’Anne Fontaine, créateur d’une des principales sociétés indépendantes du cinéma français, Pyramide, avant d’être nommé aux commandes de Warner Bros. France, Francis Boespflug est mort des suites d’un cancer mardi 6 novembre à Paris. Il avait 70 ans.
Francis Boespflug naît à Strasbourg le 1er septembre 1948. Il suit des études de droit dans la capitale alsacienne, contracte un attachement indéfectible à l’égard du Racing Club de Strasbourg, avant d’animer et de programmer, en compagnie de Fabienne Vonier, dont il deviendra l’époux, un cinéma indépendant local, Le Club, qui appartient au réalisateur Louis Malle.
Logo signé par Youssef Chahine
Après un détour par les ministères de l’éducation et de la culture, Francis Boespflug apprend le métier de distributeur chez UGC puis auprès de Marin Karmitz, chez MK2, qu’il a rejoint en compagnie de Fabienne Vonier. En 1989, le couple fonde, avec les frères Louis et Vincent Malle, la société Pyramide, qui distribue, vend sur le marché international et produit des films.
Le logo de Pyramide est signé par le cinéaste égyptien Youssef Chahine, l’un des premiers auteurs de la maison avec Louis Malle, qui n’a le temps que de lui confier son dernier film, Milou en mai, avant sa mort. Au fil des ans, ils seront rejoints par Alain Resnais (Smoking No Smoking), Denys Arcand (Les Invasions barbares), Alejandro Gonzalez Iñarritu (Amours chiennes), Nuri Bilge Ceylan (Uzak, Trois Singes…) ou Catherine Corsini (Partir).
 de Claude Miller, que « La Vérité si je mens 2 », de Thomas Gilou
En 1992, Fabienne Vonier prend les rênes de Pyramide et Francis Boespflug rejoint la Gaumont pour en programmer les salles. Cinq ans plus tard, il est nommé à la tête de la filiale française de Warner Bros. Sous sa...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-14"> ¤ La réalisatrice italienne reçoit chez elle, en Ombrie, où elle a tourné « Heureux comme Lazzaro ».
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Cinéma : Alice Rohrwacher en son pays des merveilles

La réalisatrice italienne reçoit chez elle, en Ombrie, où elle a tourné « Heureux comme Lazzaro ».



LE MONDE
 |    07.11.2018 à 07h45
 • Mis à jour le
07.11.2018 à 13h52
    |

            Aureliano Tonet (Castel Giorgio (Italie), envoyé spécial)








                        



                                


                            

Des ombres planent sur ce coin d’Ombrie, limitrophe à la Toscane et au Latium. Depuis la Toussaint, les orages font des ravages, ici, à Castel Giorgio, comme ailleurs en Italie. Alice Rohrwacher pare au plus urgent. Des infiltrations d’eau sont apparues dans la maison qu’elle occupe avec sa fille de 12 ans, Anita, et son compagnon. Le piano a changé de pièce, le parquet a été refait à neuf, les fuites se sont enfuies : délogé le déluge ! Et tant pis pour les olives, qu’elle aurait dû cueillir ces jours-ci s’il n’avait tant plu. Leur récolte attendra le retour de la cinéaste, qui s’apprête à partir pour la France présenter son troisième long-métrage, Heureux comme Lazzaro, en salle depuis le 7 novembre.

Le voyage lui fera manquer une réunion importante. Une affaire qui mobilise une partie du voisinage, en lutte contre des multinationales suisses et piémontaises. Ces ombres-là, convient-elle, sont bien plus difficiles à combattre que celles qui obscurcissent les cieux. « Depuis trois ou quatre ans, des géants de l’agroalimentaire rachètent des terres, pour cultiver des noisettes. Je n’ai rien contre les noisettes, tout le monde adore ça… C’est d’ailleurs bien le problème. Les animaux veulent les manger, alors on disperse des répulsifs, qui menacent la diversité… Quant aux humains, ils en raffolent, car c’est un antidépresseur fantastique. Alors les plantations s’étendent aussi vite que croît la consommation mondiale. Notre ennemi, ce ne sont pas les noisettes, c’est la monoculture. »
« Purgatoire »
Alice sait de quoi elle parle. Voyez son père, Reinhardt, vieux hippie et jeune apiculteur. Voyez son compagnon, Jacopo, cultivateur émérite de vin naturel, rétif à tout additif. Soit l’exact opposé de la majorité des vignes alentour, autrement industrielles : celles, par exemple, qui font vivre la famille de l’acteur principal d’Heureux comme Lazzaro, le jeune Adriano Tardiolo. « Ils sont ouvriers agricoles...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-15"> ¤ Le troisième long-métrage d’Alice Rohrwacher est un conte mystique empreint de réalisme.
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« Heureux comme Lazzaro » : un idiot sur la voie de la sainteté

Le troisième long-métrage d’Alice Rohrwacher est un conte mystique empreint de réalisme.



LE MONDE
 |    07.11.2018 à 07h43
 • Mis à jour le
07.11.2018 à 16h16
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                            Mathieu Macheret








                        



L’avis du « Monde » – à voir
Sous ses airs quelque peu désuets de pastorale chrétienne, le troisième long-métrage de la Toscane Alice Rohrwacher (Corpo celeste en 2011, Les Merveilles en 2014), récompensé au Festival de Cannes par un Prix du scénario, surprend par les détours et rebonds de son récit, sa capacité à se renouveler, mais surtout par l’ambivalence de son écriture, à la fois terre à terre et en quête d’élévation.

        Lire le reportage :
         

          Alice Rohrwacher en son pays des merveilles



Dans la lignée des films d’Ermanno Olmi (L’Arbre aux sabots, 1978), disparu en mai 2018, Heureux comme Lazzaro peut se voir comme un conte mystique, entretenant un commerce habile et ensorcelant entre deux aspirations d’apparence contraire : d’une part son réalisme à vocation do­cumentaire, proche de la nature et de ses cycles, de l’autre sa fiction libre et parfois irrationnelle, capable de décoller du monde tangible, de déroger à ses lois. A tel point que matière et miracle en viennent à dialoguer secrètement, dans une mise en scène évitant les pièges d’un spiritualisme en toc ou d’une piété béate.

        Lire la critique parue lors du Festival de Cannes :
         

          « Heureux comme Lazzaro », le conte merveilleux d’Alice Rohrwacher



Dans une ferme à tabac qu’un vieux pont écroulé isole du reste du monde, Lazzaro (Adriano Tardiolo), adolescent simplet à la parenté incertaine, exécute les tâches les plus viles sans jamais s’en plaindre. Les paysans, une trentaine d’âmes craintives et superstitieuses, vivent là comme en des temps féodaux, persuadés d’appartenir corps et biens à la propriétaire des lieux, la marquise de Luna. Lazzaro se lie d’amitié avec Tancredi, le fils indiscipliné de cette dernière, qui fugue et se réfugie sur les collines environnantes. Mais les autorités ne tardent pas à débusquer ce hameau hors du temps et à mettre fin à ce servage éhonté. Dans la débâcle, Lazzaro chute du haut d’une falaise et ne se réveille que bien des années plus tard, quand le domaine n’est plus qu’une ruine ouverte au pillage.

        Lire l’enquête :
         

          A Cannes, une renaissance italienne



Il prend alors la route pour les faubourgs industrieux de la grande ville voisine, où il retrouve certains de ses anciens compagnons (dont l’une est jouée par Alba Rohrwacher, sœur de la réalisatrice), tous vieillis, usés par le vagabondage et la mendicité, alors que lui est resté inchangé, tel qu’en sa prime jeunesse.

        Lire le portrait croisé :
         

          Alice et Alba Rohrwacher, sœurs lumière



 Heureux comme Lazzaro frappe d’abord par sa datation indécidable, flottant entre deux époques qui s’avèrent peu à peu contemporaines, mais renvoyant sans cesse à d’autres empreintes historiques : celles du Moyen-Age, de la paysannerie séculaire, du début des années 2000… Cette indécision est la première force du film, qui adopte vis-à-vis de l’histoire moderne une drôle de position, moins extérieure que tangentielle, peu référencée.

   


Un pur regard
Il fallait bien cette temporalité incertaine pour renouer ainsi avec un personnage de « saint », Lazzaro, dont le prénom fait évidemment référence au mythe de Lazare, revenu d’entre les morts. Lazzaro, par sa simplicité, son innocence et sa bonté, chemine en effet sur la voie d’une sainteté qui finira par éclairer ses compagnons.
L’hagiographie est toujours problématique en ce qu’elle postule un protagoniste irréprochable
L’hagiographie est toujours problématique en ce qu’elle postule un protagoniste irréprochable. Néanmoins, elle gagne ici en équivoque par le fait que la bonté de Lazzaro peut aussi se comprendre comme une forme d’idiotie. Bien que thaumaturge, le bienheureux se montre incapable de reconnaître l’exploitation qu’il subit ni de rien changer à la condition de ses semblables, qu’ils soient serfs ou mendiants. Avec ses cheveux bouclés, son visage naïf et ses grands yeux écarquillés, Lazzaro n’est peut-être pas autre chose qu’un pur regard, transcendant et sans âge, posé sur la condition même des sous-prolétaires.

        Lire la rencontre avec Adriano Tardiolo (à Cannes) :
         

          Heureux qui, comme Lazzaro, a vu un bel orage



Ceux-ci ont beau passer de la campagne au bidonville, de la ­culture agricole aux dernières loges de la société de consommation, leur exploitation et leur misère restent toujours les mêmes. Avec sa jeunesse inchangée et sa constance apathique, Lazzaro ressemble à cet « Ange de l’histoire » que Walter Benjamin reconnaissait dans le tableau Angelus novus, de Paul Klee : il veille, insondable, sur les vaincus et les damnés de la terre sans pouvoir soulager un tant soit peu leur fardeau.

Film italien d’Alice Rohrwacher. Avec Adriano Tardiolo, Tommaso Ragno, Agnese Graziani (2 h 06). Sur le Web : www.advitamdistribution.com/films/heureux-comme-lazzaro

Les sorties cinéma de la semaine (mercredi 7 novembre)
High Life, film français de Claire Denis (chef-d’œuvre)Un amour impossible, film français de Catherine Corsini (à ne pas manquer)Crazy Rich Asians, film américain et chinois de Jon M. Chu (à voir)Heureux comme Lazzaro, film français et italien d’Alice Rohrwacher (à voir)Samouni Road, documentaire français et italien de Stefano Savona (à voir)The Spy Gone North, film coréen de Yoon Jong-bin (à voir)Sale temps à l’hôtel El Royale, film américain de Drew Goddard (pourquoi pas)Family Film, film allemand, français, tchèque et slovène d’Olmo Omerzu (on peut éviter)Un homme pressé, film français d’Hervé Mimran (on peut éviter)
A l’affiche également : 
Kursk, film belge et luxembourgeois de Thomas VinterbergNous, Tikopia, documentaire français de Corto FajalRumble: The Indians who Rocked the World, documentaire canadien de Catherine Bainbridge et Alfonso MaioranaLes Yatzkan, documentaire français d’Anna-Célia Kendall Yatzkan





                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-16"> ¤ La cinéaste adapte avec subtilité l’autofiction de la romancière.
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« Un amour impossible » : Catherine Corsini au plus près des maux d’Angot

La cinéaste adapte avec subtilité l’autofiction de la romancière.



LE MONDE
 |    07.11.2018 à 07h15
 • Mis à jour le
07.11.2018 à 17h23
    |

                            Thomas Sotinel








                        



   


L’avis du « Monde » – à ne pas manquer
Comment extraire un film d’un texte aussi dense et compact que Un amour impossible (Flammarion, 2015) ? Christine Angot laisse si peu de place entre la mémoire et la fiction, ses mots adhèrent si fortement à la réalité, qu’un ou une cinéaste aurait pu être tenté par une extrême stylisation. Catherine Corsini a préféré faire confiance aux outils traditionnels du cinéma : les visages connus et reconnus, les artifices des costumes et du maquillage. Ce choix, qui – ainsi énoncé – pourrait passer pour un renoncement, se révèle à l’écran comme une audace esthétique, payante, qui plus est. Un amour impossible, le film, trouve à la fois un chemin qui lui est propre – celui d’une émotion directe, sans retenue, qui passe par le travail impressionnant des interprètes – tout en suivant celui qu’avait tracé l’écrivaine, l’inscription d’une histoire individuelle dans le paysage inquiétant d’un système de domination hypocrite et omnipotent.
Comme le roman, le film de Catherine Corsini s’écoule tumultueusement sur plus d’un demi-siècle, de la rencontre entre Rachel (Virginie Efira) et Philippe (Niels Schneider), la mère et le père de la narratrice, jusqu’à l’ultime confrontation entre les deux femmes, l’enfant violée et la mère aveuglée. Entre les deux, il y aura une histoire d’amour, la chronique d’une libération inachevée, la commission et la révélation d’un crime.

        Lire le portrait :
         

          Niels Schneider, jeune homme pressé



En écrivant le scénario, Catherine Corsini et Laurette Polmanss ont retiré aux protagonistes les patronymes et prénoms de la réalité qu’avait conservés Christine Angot. Christine est devenue Chantal ; Pierre, Philippe. Seule Rachel est restée Rachel. Comment priver cette figure de ce nom, seul héritage d’un père juif absent ? Lorsque le film commence, scandé par la voix off d’une jeune fille qui parle de sa mère, secrétaire à Châteauroux, célibataire qui vient de « coiffer la sainte Catherine » comme c’était encore l’usage en ces premières années de la Ve République pour les femmes qui n’étaient pas encore mariées à 25 ans, il prend un moment le rythme d’une chronique nuancée de nostalgie.
Virginie Efira, force radieuse
Jusqu’à ce que l’amoureux de la mère, Philippe, intellectuel momentanément échoué dans les environs de la base américaine, prononce, à propos de Rachel, le mot « hébraïque ». C’est peut-être là que le combat s’engage entre le jeune homme issu de la bourgeoisie parisienne et l’employée provinciale. En ce moment où – sous le couvert de l’érudition – l’homme laisse poindre l’antisémitisme de sa classe, où la femme amoureuse choisit de ne pas entendre l’intonation discrètement haineuse qu’il donne à l’adjectif.
On sait alors que l’arrangement qu’a trouvé Catherine Corsini entre sa propre mémoire de femme, son scénario, ses acteurs, sa manière de cinéaste, portera Un amour impossible jusqu’à sa destination. Même si l’on a lu le livre, si l’on sait la tragédie qui en forme le noyau, le récit de la liaison entre Philippe et Chantal donne un moment l’illusion d’un thriller. Virginie Efira donne une force radieuse à son personnage, mais aussi un aveuglement fragile qui lui fait ignorer la toxicité qui se dissimule sous le charme de son amant. Niels Schneider distille ce poison implacablement.
Dans le même mouvement, presque incidemment, le paysage change, la vieille maison entre ville et campagne est abandonnée pour un HLM ; après 1968, Rachel travaille un temps dans un hôpital psychiatrique qui tourne le dos aux vieilles thérapies.
Le texte de Christine Angot se termine par un dialogue qui est aussi un manifeste : la dénonciation d’un crime privé, intime, comme manifestation d’un système
Si ce n’était qu’une histoire, on pourrait espérer que l’héroïne va échapper au prédateur, que les mutations du monde vont la porter jusqu’à la libération, à l’autonomie. Il s’agit d’autre chose ici. Adolescente, Chantal (désormais interprétée par Estelle Lescure, porteuse de toute la violence de cet âge) renoue avec son père, et cette proximité – dont la nature n’est pas immédiatement nommée – ouvre une faille entre les deux femmes, jusqu’à ce que la révélation du crime déclenche un cataclysme aux retombées sans fin.
Cette dernière partie du film s’étend sur des décennies. Elle place sur le chemin de la cinéaste des obstacles colossaux, qui tiennent à la difficulté de faire croire au passage du temps sur les visages et les corps, de faire sentir la douleur des disparitions et des épreuves lorsqu’on les évoque en un plan. Le texte de Christine Angot se termine par un dialogue qui est aussi un manifeste : la dénonciation d’un crime privé, intime, comme manifestation d’un système. Il incombe à Virginie Efira, qui, à ce moment, est censée jouer une octogénaire, et à Jehnny Beth, alter ego de l’écrivaine, qui a à peine eu le temps d’installer son personnage, de porter cette conclusion. Et cette conclusion exprime parfaitement l’autre dimension de ce film que ses affiches et sa bande-annonce veulent faire passer pour un simple mélodrame : celle de la colère, de la lucidité et de l’intelligence.

Film français de Catherine Corsini. Avec Virginie Efira, Niels Schneider, Estelle Lescure, Jehnny Beth (2 h 15). Sur le Web : www.le-pacte.com/france/prochainement/detail/un-amour-impossible

Les sorties cinéma de la semaine (mercredi 7 novembre)
High Life, film français de Claire Denis (chef-d’œuvre)Un amour impossible, film français de Catherine Corsini (à ne pas manquer)Crazy Rich Asians, film américain et chinois de Jon M. Chu (à voir)Heureux comme Lazzaro, film français et italien d’Alice Rohrwacher (à voir)Samouni Road, documentaire français et italien de Stefano Savona (à voir)The Spy Gone North, film coréen de Yoon Jong-bin (à voir)Sale temps à l’hôtel El Royale, film américain de Drew Goddard (pourquoi pas)Family Film, film allemand, français, tchèque et slovène d’Olmo Omerzu (on peut éviter)Un homme pressé, film français d’Hervé Mimran (on peut éviter)
A l’affiche également : 
Kursk, film belge et luxembourgeois de Thomas VinterbergNous, Tikopia, documentaire français de Corto FajalRumble: The Indians who Rocked the World, documentaire canadien de Catherine Bainbridge et Alfonso MaioranaLes Yatzkan, documentaire français d’Anna-Célia Kendall Yatzkan





                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-17"> ¤ L’acteur est heureux d’avoir eu enfin à jouer un salaud, amant et père mani­pulateur dans « Un amour impossible », de Catherine Corsini, d’après Christine Angot.
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Cinéma : Niels Schneider, jeune homme pressé

L’acteur est heureux d’avoir eu enfin à jouer un salaud, amant et père mani­pulateur dans « Un amour impossible », de Catherine Corsini, d’après Christine Angot.



LE MONDE
 |    07.11.2018 à 07h14
 • Mis à jour le
07.11.2018 à 07h18
    |

            Véronique Cauhapé








                        



                                


                            

En premier, il y a le sourire, immense et désarmant. Tout com­me les yeux, qui lui mangent le reste du visage. Niels Schneider, c’est d’abord ce visage qui trouble. Ouvert, mystérieux, d’une ambiguïté que révèle déjà sa filmographie de jeune acteur de 31 ans. Objet de désir aux boucles blondes d’angelot dans Les Amours imaginaires, de Xavier Dolan, vengeur déterminé dans Diamant noir, d’Arthur Harari (récompensé du César du meilleur espoir masculin en 2017), amant et père mani­pulateur dans Un amour impossible, le dernier film de Catherine Corsini, d’après le roman éponyme de Christine Angot (Flammarion, 2015).

Il est heureux d’avoir eu enfin à jouer un salaud. A ses débuts, ils ont été quelques-uns à le comparer à Björn Andresen, le Tadzio de Mort à Venise, de Visconti. Il avait alors craint de n’inspirer des rôles qu’à travers cette douce gueule d’éphèbe à laquelle lui-même ne prêtait pas attention. Sa curiosité pour la matière humaine, ses goûts pour le cinéma d’auteur, ses inquiétudes qui le poussent à foncer plutôt qu’à se laisser porter, ont corrigé le tir. En dirigeant la curiosité des cinéastes vers une profondeur que la beauté aurait sans doute rendue insoupçonnable. Du moins durant un temps.

Or, Niels Schneider est un jeune homme pressé. Ainsi que semble le montrer la manière qu’il a de répondre avec urgence, projetant ses phrases comme on déboule dans une pièce. Il sait la précarité de l’existence. A 16 ans, il a perdu son frère Vadim, de seize mois son aîné, lui aussi acteur, mort au Canada dans un accident de voiture alors qu’il se rendait sur un tournage. « J’ai tout fait pour combler le vide que mon frère avait laissé. J’ai porté ses vêtements, son parfum et j’ai commencé le théâtre, comme pour prendre la relève. A la maison, c’était devenu trop noir, trop sombre. Sur scène, j’ai retrouvé la lumière, un endroit de liberté, et j’ai éprouvé la sensation de revivre. »
Figures...



                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-18"> ¤ Le documentariste Stefano Savona évoque le drame vécu par le clan Samouni en 2009.
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« Samouni Road » : quand la guerre s’abat sur une famille de Gaza

Le documentariste Stefano Savona évoque le drame vécu par le clan Samouni en 2009.



LE MONDE
 |    07.11.2018 à 07h12
 • Mis à jour le
07.11.2018 à 08h27
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                            Thomas Sotinel








                        



   


L’avis du « Monde » – à voir
En janvier 2009, les survivants de la famille Samouni ont connu une notoriété planétaire. Au début du mois, 29 membres de leur clan avaient été tués par les tirs et les bombardements de l’armée israélienne, entrée dans la bande de Gaza dans le cadre de l’opération « Plomb durci ». Les Samouni ont été interviewés, ­filmés, puis oubliés.

        Lire la critique parue lors du Festival de Cannes :
         

          « Samouni Road », une famille de Gaza entre documentaire et animation



Documentariste italien, Stefano Savona s’attache à déployer leur histoire au long de ce film complexe, fait d’images tournées à Gaza un an après l’offensive militaire, de séquences d’animation supervisées par le graphiste Simone Massi et de reconstitutions numériques de l’épisode militaire. Stefano Savona, qui avait gagné Gaza en janvier 2009 pour y tourner sous les bombardements, ne prétend pas à la neutralité. Mais la richesse des moyens qu’il s’est octroyés pour raconter l’histoire des Samouni lui permet de mettre en scène une histoire riche, contradictoire, marquée par la tragédie sans s’y réduire tout à fait.

        Lire l’enquête :
         

          A Cannes, une renaissance italienne



Gravures oniriques en noir et blanc
D’abord parce que cette famille palestinienne a longtemps joui du privilège – si chèrement payé en 2009 – de vivre sur sa terre. Les Samouni sont depuis des générations des paysans, établis à Gaza avant la partition, avant que le territoire n’accueille des centaines de milliers de réfugiés. Ils y avaient des oliveraies, des vergers. Les ­séquences animées de Simone Massi, gravures oniriques en noir et blanc, évoquent ce lignage paysan, le mélange inextricable des travaux des champs et des rites ­religieux. Ces images idéales sont à la fois des souvenirs et comme une uchronie agreste imaginant ce qu’aurait été la vie si…
La politique, l’histoire et la géographie ne sont pas ici enseignées. Elles surgissent au fil des souvenirs glanés pendant le tournage de 2010
Les séquences réalisées en 2010 ramènent à la réalité d’une terre ravagée, où la reconstruction se heurte aussi bien à l’embargo qui pèse sur la bande de Gaza qu’aux rivalités bureaucratiques entre les instances palestiniennes. La politique, l’histoire et la géographie ne sont pas ici enseignées. Elles surgissent au fil des souvenirs glanés pendant le tournage de 2010. Particulièrement édifiants sont les efforts des différentes factions pour s’approprier la mémoire des victimes, devenues « martyrs » par la grâce de la ­propagande, et les efforts désordonnés des survivants pour tenter d’y échapper.
Peu à peu se forme une image du clan Samouni. On devine les liens qui s’étaient tissés avec Israël avant la fermeture des frontières de Gaza (un des hommes du clan a tenté d’appeler son ancien patron pour persuader les soldats qu’il n’était pas membre du Hamas), les différends qui divisaient les fratries, on voit la patience d’un couple de fiancés qui arrivent jusqu’au mariage malgré la mort des chefs de leurs deux familles. La figure la plus marquante reste celle de la jeune Amal, laissée pour morte pendant plusieurs heures après un bombardement, blessée à la tête, qui a attendu des heures que les secours parviennent jusqu’à elle. C’est peut-être elle qui fait le mieux le lien, avec la candeur et la colère d’une enfant, entre ce qui a été et le présent.
Caméras thermiques embarquées
Stefano Savona n’a pas voulu évoquer les événements de janvier 2009 par le seul truchement des témoignages. L’attaque israélienne sur le quartier où vivaient les Samouni est montrée à travers des images qui ont l’aspect des vues prises par les caméras thermiques embarquées sur des drones en usage chez les militaires.
Ces silhouettes blanches sur fond gris qui s’évanouissent dans une déflagration évoquent l’Irak, l’Afghanistan. Elles sont devenues les emblèmes des conflits high-tech. Mais, ici, elles ne sont que fiction, images numériques qui ressemblent à celles qu’auraient pu prendre des opérateurs israéliens, comme d’innombrables réalisateurs hollywoodiens se sont amusés à le faire. Même s’il s’appuie sur les témoignages des survivants, sur les rapports des organisations humanitaires, le procédé met en danger le film qui, de toute façon, n’avait pas besoin de cette démonstration.



Documentaire italien et français de Stefano Savona (2 h 08). Sur le Web : www.jour2fete.com/distribution/samouni-road et www.picofilms.com/samouni-road



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-19"> ¤ Tiré de faits réels, le film de Yoon Jong-bin met en scène un agent sous couverture.
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« The Spy Gone North » : à Pyongyang, l’espion qui venait du Sud

Tiré de faits réels, le film de Yoon Jong-bin met en scène un agent sous couverture.



LE MONDE
 |    07.11.2018 à 07h10
 • Mis à jour le
07.11.2018 à 08h29
    |

                            Jean-François Rauger








                        



   


L’avis du « Monde » – à voir
Présenté hors compétition lors du dernier Festival de Cannes, The Spy Gone North témoigne de diverses qualités, celle notamment qui consiste à savoir penser avec une certaine intelligence et une relative complexité les conventions cinématographiques attachées à un genre donné. Tiré de faits réels, le film raconte les péripéties d’un ancien officier de l’armée sud-coréenne, Park Suk-young, chargé par les services secrets de son pays, au début des années 1990, de ­recueillir des informations sur le programme nucléaire de la Corée du Nord. L’homme se rapproche, sous le couvert d’affaires commerciales à réaliser, des dirigeants du pays voisin. Avec son identité de businessman inoffensif, Park Suk-young, dont le nom de code était « Black Venus », réussira si bien son coup qu’il rencontrera Kim Jong-il, le leader mégalomane de la Corée du Nord.
Film d’espionnage, ou plutôt film sur l’espionnage, « The Spy Gone North » doit peu aux exploits d’un James Bond
Film d’espionnage, ou plutôt film sur l’espionnage, The Spy Gone North doit peu aux exploits d’un James Bond. On pense, en effet, ­davantage aux romans d’un John le Carré, dans lesquels le récit d’espionnage (que la situation entre les deux Corées semble avoir figé dans le temps d’une guerre froide) dévoile un monde de personnages gris et de tractations mystérieuses, de réunions d’hommes ordinaires buvant des whiskys dans des bars aux enseignes de néon ou des chambres d’hôtel aux papiers peints hideux. Un des premiers mérites du film réside, en effet, dans sa façon de plonger la dimension extraordinaire d’un suspense lourd d’enjeux historico-politiques dans la neutralité d’une apparence banale et terne, d’un réalisme presque atone.
Tourné en grande partie à Taïwan, The Spy Gone North ­devient ainsi une fable sur l’art de la conjuration, le récit d’un complot où les secrets d’Etat se cachent placidement derrière les rencontres les plus familières. Ce que Balzac appelait « l’envers de l’histoire contemporaine » est sans doute le principal sujet du film de Yoon Jong-bin, qui nous plonge dans un monde de pouvoirs occultes et de d’agissements secrets.
Inversion habile du suspense
L’intrigue et le suspense du film mettent de surcroît au jour un scandale : l’existence d’une alliance faussement contre nature peut-être entre l’Etat stalinien de la Corée du Nord et une poignée de politiciens de la droite sud-coréenne, décidés à gagner les élections au prix de la trahison en pariant sur un réchauffement des tensions entre les deux pays.
Yoon Jong-bin nourrit son suspense d’une paradoxale histoire d’amitié entre l’espion et le fonctionnaire nord-coréen qu’il a dupé pendant de nombreux mois. Cas de conscience et inversion habile du suspense et de l’identification du spectateur, où « l’ennemi » se trouve mis, malgré lui, en danger par sa crédulité même. « Dans le but d’obtenir des informations, l’espion se met graduellement à voir avec les yeux de l’autre », a déclaré le réalisateur. The Spy Gone North se transforme ainsi en une fiction politique habile, une méditation sur le pouvoir où la morale se ­retrouve confrontée à une zone floue d’enjeux politiques et de parcours individuels.
The Spy Gone North témoigne avec talent de la qualité d’un ­cinéma populaire intelligent et à succès. Il rassembla, le premier week-end de sa sortie, plus de 2 millions de spectateurs en Corée, et confirme les qualités d’un cinéaste découvert, en 2005, avec The Unforgiven, âpre récit sur la violence dans l’armée sud-coréenne.

Film coréen de Yoon Jong-bin. Avec Hwang Jung (Jeong)-min, Lee Sung-min, Ju Ji-hoon (2 h 21). Sur le Web : www.metrofilms.com/films/spy-gone-north et www.cj-entertainment.com/movie/spy-gone-north



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-20"> ¤ Accumulant les numéros d’acteurs divertissants dans l’espoir de tirer le portrait des Etats-Unis sous Richard Nixon, le film noir de Drew Goddard vacille sous son poids.
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« Sale temps à l’hôtel El Royale » : crime service dans toutes les chambres

Accumulant les numéros d’acteurs divertissants dans l’espoir de tirer le portrait des Etats-Unis sous Richard Nixon, le film noir de Drew Goddard vacille sous son poids.



LE MONDE
 |    07.11.2018 à 07h09
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                            Thomas Sotinel








                        



   


L’avis du « Monde » – pourquoi pas
Bâti sur la frontière qui sépare la Californie du Nevada, l’hôtel El Royale, tel que l’a dessiné le scénariste (Buffy contre les vampires, Seul sur Mars…) et réalisateur (La Cabane dans les bois, 2012) Drew ­Goddard, est une espèce de trou noir qui attire et concentre tous les vices de ces deux Etats : dépravation, corruption, lucre… il suffit de demander à la réception.
Dans ce bouge au décor désuet (le film se passe quelques mois après l’élection de Richard Nixon, l’hôtel a été construit sous ­Eisenhower), une poignée de voyageurs viennent tenter leur chance. Comme on s’en doute dès le prologue – court-métrage éducatif sur la meilleure manière de cacher un butin dans une chambre close –, les protagonistes, à une ou deux exceptions près, ne sont pas animés des meilleures intentions.
L’ambition de Drew Goddard est d’entrecroiser ces convoitises, ces pulsions meurtrières, pour tisser l’image d’un pays en pleine décomposition
L’ambition de Drew Goddard est d’entrecroiser ces convoitises, ces pulsions meurtrières, pour tisser une tapisserie historique, l’image d’un pays en pleine décomposition. Le cinéaste avait déjà tenté ce genre de tour de passe-passe dans La ­Cabane dans les bois, en introduisant une bonne dose de vertige métaphysique dans un pastiche de film d’horreur.
Le résultat est ici excitant et frustrant, les fulgurances – souvent servies par des acteurs de premier ordre – sont voilées par la durée excessive du film, par la confusion entre ambition et présomption.
De terribles secrets
En ce jour pluvieux se présentent à la réception un prêtre catholique (Jeff Bridges) qui, de toute évidence, n’a jamais été ordonné, une chanteuse de rhythm’n’blues (Cynthia Erivo), venue courir le cachet à Reno, dont l’hôtel n’est pas éloigné, un représentant en électroménager (John Hamm) qui en fait des tonnes, même pour un VRP, et une hippie dissimulée derrière de grosses lunettes noires (Dakota Johnson). A la réception, un jeune et sympathique héroïnomane (Lewis Pullman) les oriente vers des chambres qui, elles aussi, dissimulent de terribles secrets. Piège pour politicien érotomane, coffre-fort improvisé, studio de répétition, l’El Royale n’est pas avare en options.
D’une manière si traditionnelle qu’elle en devient attendrissante, Drew Goddard établit une hiérarchie morale entre ses personnages. Au sommet se trouve ­Darlene, la chanteuse afro-américaine à qui une industrie musicale (incarnée ici, en un saisissant flash-back, par Xavier Dolan) blanche et patriarcale a volé sa carrière. Vient ensuite le père Flynn, faux prélat, vrai truand, mu par un code d’honneur désuet. Dire ce qui meut les autres personnages serait priver les éventuels occupants de l’El Royale de maintes surprises, sanglantes, pour la plupart.
Galerie de monstres
Face à cette galerie de monstres pris dans les convulsions de l’histoire (Drew Goddard n’en oublie aucune, du mouvement pour les droits civiques à l’effondrement de la contre-culture, en passant par le Vietnam et l’emprise du FBI sur la vie publique américaine), le film oppose le duo que finissent par former Cynthia Erivo et Jeff Bridges. L’actrice britannique (que l’on verra bientôt dans Les Veuves, de Steve McQueen) chante autant qu’elle joue, c’est une bonne chose pour le film qui trouve, grâce à ce personnage, l’occasion de dissiper les miasmes qui le menacent.
Après avoir joué des hommes vieillissants, au bord de la retraite, Jeff Bridges entre ici de plain-pied dans la vieillesse
Après avoir joué des hommes vieillissants, au bord de la retraite (Crazy Heart, Comancheria), Jeff Bridges entre ici de plain-pied dans la vieillesse. Il donne une fragilité inattendue à son personnage de truand qui perd peu à peu la mémoire.
Ce duo conforte la patience des spectateurs. Celle-ci est néanmoins mise à rude épreuve par l’ultime demi-heure du film. L’apparition de Chris Hemsworth, version culturiste de Charles Manson, l’ultime flash-back, ne font pas monter les enjeux, comme l’espérait l’auteur. Sous cette accumulation, le vieil hôtel menace plutôt de s’effondrer.

Film américain de Drew Goddard.Avec Jeff Bridges, Cynthia Erivo, John Hamm (2 h 24). Sur le Web : www.foxfrance.com/sale-temps-a-lhotel-el-royale et www.foxmovies.com/movies/bad-times-at-the-el-royale



                            


                        

                        

