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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-1"> ¤ Dans le cadre du Forum philo « Le Monde » Le Mans, suivez en direct l’intervention de Cynthia Fleury et Elsa Dorlin, sur le thème « Philosopher, une vocation universelle ? ».
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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-2"> ¤ Pour la sortie mondiale de son livre « Becoming », le 13 novembre, l’ex-première dame prévoit une tournée spectaculaire aux Etats-Unis et à Londres, animée par plusieurs autres femmes célèbres.
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Le grand show de Michelle Obama


                      Pour la sortie mondiale de son livre « Becoming », le 13 novembre, l’ex-première dame prévoit une tournée spectaculaire aux Etats-Unis et à Londres, animée par plusieurs autres femmes célèbres.



M le magazine du Monde
 |    09.11.2018 à 13h57
    |

                            Clémentine Goldszal








                              

                        

Dès sa première apparition sur la scène politique, en 2008, lors de la première campagne présidentielle de son mari, Michelle Obama gagnait le cœur des Américains. Plus qu’une First Lady, elle est devenue, en huit années à la Maison Blanche, une icône, une idole, une star. Un statut qui n’a manifestement pas souffert de l’extinction des projecteurs en 2016. L’année suivante, Michelle et Barack Obama signaient à deux un contrat de 65 millions de dollars (selon le Financial Times) avec l’éditeur Penguin Random House pour la publication de deux livres de Mémoires (un chacun). Le couple a également créé, en mai, la société Higher Ground Productions, afin de produire documentaires et séries pour la plateforme de streaming Netflix. Depuis la rentrée, alors que son mari a battu la campagne aux côtés des candidats démocrates pour les élections de mi-mandat, l’ex-First Lady prépare la sortie mondiale, le 13 novembre, de Becoming. Traduit en vingt-quatre langues, l’ouvrage paraît en France sous le titre Devenir, chez Fayard. L’offensive de communication, elle, est entièrement orchestrée depuis les Etats-Unis et a suivi un calendrier à la précision militaire.
« J’ai fini mon livre, et je suis impatiente de le partager. (…) J’ai un peu peur, parce que ce livre est tellement honnête, sans filtre et sincère. »
Fin février, le titre, la couverture et la date de parution sont révélés par un communiqué de l’éditeur et quelques Tweet et posts Facebook et Instagram de l’auteure. Côté presse, aucun grand entretien n’est prévu, mis à part la couverture du numéro de décembre du Elle américain, élément-clé d’un accord global de promotion conclu entre l’éditeur américain, Crown (filiale de Penguin), et le géant des médias Hearst Corporation – une pratique d’ordinaire réservée aux stars de la musique ou du cinéma. Le 12 septembre, c’est par un post Instagram filmé façon selfie que l’ancienne première dame annonce le lancement d’un spectaculaire...




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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-3"> ¤ Deux livres analysent les mécanismes étatiques à l’œuvre au front comme à l’arrière, pendant le conflit de 1914-1918.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-3"> ¤                     
                                                   
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1914-1918. Derrière la mobilisation

Deux livres analysent les mécanismes étatiques à l’œuvre au front comme à l’arrière, pendant le conflit de 1914-1918.



LE MONDE DES LIVRES
 |    09.11.2018 à 10h01
 • Mis à jour le
09.11.2018 à 10h29
    |

                            Antoine Flandrin








                        



                                


                            
Les Mises en guerre de l’Etat. 1914-1918 en perspective, sous la direction de Sylvain Bertschy et Philippe Salson, ENS Editions, 362 p., 29 €. Les Fronts intérieurs européens. L’arrière en guerre (1914-1920), sous la direction de Laurent Dornel et Stéphane Le Bras, PUR, « Histoire », 372 p., 28 €.

Plus la première guerre mondiale s’éloigne, plus ce temps d’exception pendant lequel les Etats ont réussi à mobiliser les sociétés européennes, au front et à l’arrière, nous taraude. Cette idée a guidé deux colloques qui se sont tenus dans le cadre des commémorations du centenaire.
Champ de forces
Le premier, organisé par le CRID 14-18 à Paris, Laon et Craonne (Aisne), en octobre et novembre 2014, a donné à son comité scientifique l’idée de publier Les Mises en guerre de l’Etat, ouvrage envisagé non comme une simple retranscription de communications, mais comme une entreprise collective de réécriture visant à les faire entrer en résonance les unes avec les autres. Le second a eu lieu à l’université de Pau, en novembre 2015 ; il débouche aujourd’hui, plus classiquement, sur la parution de ses actes, Les Fronts intérieurs européens.

Jugeant le terme « mobilisation » imprécis – tant il est vrai que celle-ci peut être militaire, mais aussi industrielle, économique, idéologique et culturelle –, les membres du CRID 14-18 lui préfèrent la notion de « mise en guerre » pour mieux appréhender le caractère chronologiquement différencié des engagements guerriers, des investissements financiers et des modes de participation, militaire ou civil, au conflit.
L’approche sociohistorique et sociopolitique qui est la leur permet de préciser ce que l’on entend par Etat, à savoir non pas un bloc imposant son autorité à tous les corps sociaux, mais plutôt un champ de forces dans lequel les acteurs politiques, militaires, administratifs et financiers luttent...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-4"> ¤ Cent ans après, la Grande Guerre inspire toujours. Depuis plus de vingt ans, deux camps d’historiens français s’opposent notamment sur les ressorts de la mobilisation des appelés et la contrainte étatique.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-4"> ¤                     
                                                   
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1914-1918. Frédéric Rousseau, historien : « Il faut clarifier ce que l’on entend par consentement »

Cent ans après, la Grande Guerre inspire toujours. Depuis plus de vingt ans, deux camps d’historiens français s’opposent notamment sur les ressorts de la mobilisation des appelés et la contrainte étatique.



LE MONDE DES LIVRES
 |    09.11.2018 à 09h57
 • Mis à jour le
09.11.2018 à 10h26
    |

                            Florent Georgesco








                        



                                


                            
14-18, penser le patriotisme, de Frédéric Rousseau, « Folio histoire », inédit, 482 p., 8,30 €.

Il y a ceux de Péronne, et ceux de Craonne ; les tenants de la thèse du « consentement patriotique », facteur dominant, selon eux, de la mobilisation des Français entre 1914 et 1918, et ses contestataires : l’histoire de la première guerre mondiale fait l’objet, depuis plus de vingt ans, d’une querelle entre deux camps d’historiens français, qui ne s’apaise pas. Les premiers, réunis autour de l’Historial de la Grande Guerre de Péronne (Somme), fondé en 1992 et qui rassemble dans son comité directeur Jean-Jacques Becker, Stéphane Audoin-Rouzeau, Annette Becker ou Bruno Cabanes, estiment lutter contre une idéologie dominante qui, négligeant la vivacité, chez les Français d’alors, du désir de défendre la patrie, transformerait les combattants en victimes de la contrainte étatique.
Mais les seconds, eux aussi, pensent lutter contre une thèse dominante, qu’ils jugent, quant à elle, oublieuse de la complexité des réalités sociales. Ils se regroupent dans le Collectif de recherche internationale et de débat sur la guerre de 1914-1918 (CRID 14-18) de Craonne (Aisne), créé en 2006, autour d’un comité scientifique réunissant Rémy Cazals, Nicolas Offenstadt ou François Bouloc. Frédéric Rousseau, professeur d’histoire contemporaine à l’université Paul-Valéry-Montpellier-III, en est le directeur. A quelques jours du centenaire de l’armistice du 11 novembre 1918, il publie 14-18, penser le patriotisme, occasion de faire le point sur la querelle en effet inépuisable du sens et de la valeur d’un des événements décisifs de l’histoire européenne.
Pourquoi était-il nécessaire de revenir aujourd’hui sur ces débats ?
Je dois d’abord rappeler qu’aucune discipline scientifique ne peut faire l’économie de controverses. C’est dans l’hypothèse où il n’y en aurait pas...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-5"> ¤ Dans le cadre du Forum philo « Le Monde » Le Mans, suivez en direct la leçon inaugurale de Roger-Pol Droit, sur le thème « Tous philosophes ? ».
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-5"> ¤ 
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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-6"> ¤ Incontournable de la littérature francophone, le Franco-Congolais Alain Mabanckou critique aussi bien la tentation communautaire en Afrique que la complaisance de la France envers les régimes autocratiques du continent. Tout en portant une voix joyeuse et engagée.
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Alain Mabanckou, l’écrivain intercontinental 
                  
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M le magazine du Monde
 |
                  09.11.2018 à 02h15
 • Mis à jour le
09.11.2018 à 06h46


Incontournable de la littérature francophone, le Franco-Congolais Alain Mabanckou critique aussi bien la tentation communautaire en Afrique que la complaisance de la France envers les régimes autocratiques du continent. Tout en portant une voix joyeuse et engagée.

Par                             Dominique Perrin





                     

Il a choisi des toucans. Un symbole, forcément. Toucan comme boucan. Toucan comme cet oiseau tropical qui aime se faire entendre. Pas du tout, dément l’écrivain Alain Mabanckou, dont les propos tranchés résonnent pourtant de plus en plus fort. Il aurait pu aussi bien choisir des papillons, des oiseaux ou des fleurs. Des chemises, il en possède cent, peut-être cent cinquante, il les achète par dizaine, c’est son petit plaisir.
Ce matin de septembre, il en a pris une, comme ça, sur la pile. Un motif joyeux, assorti à son éternelle gaieté et à l’endroit où il reçoit à Paris. Un jardin entouré de murs, hors du tempo de la ville, avec terrasse ensoleillée et chaises multicolores.
A cheval entre les Etats-Unis et la France, l’écrivain franco-congolais réside pour six mois aux Récollets, un ancien couvent transformé en résidence d’artistes, près de la gare de l’Est. Il en aime l’atmosphère, « cette impression d’entrer dans un autre petit pays », et aussi le bar intérieur, qui fait boîte de nuit.

Mais attention, Alain Mabanckou n’est pas là (que) pour se la couler douce. Il assure la promotion de son douzième roman, Les cigognes sont immortelles (Seuil). Un livre plus politique que jamais, où la petite histoire familiale se frotte à la grande histoire. Il a raté de peu le Grand prix du roman de l’Académie française et, en cette semaine de prix littéraires, ne figurait sur aucune liste. Cela n’empêche pas son livre d’occuper la dixième position des romans les plus vendus de la rentrée, selon les estimations du cabinet GFK au 31 octobre.
L’écrivain rédige aussi un ouvrage sur la francophonie avec l’un des plus brillants intellectuels africains, le Camerounais Achille Mbembe, qui enseigne l’histoire et la science politique à Johannesburg (Afrique du Sud). Un pamphlet prévu pour 2019, qui devrait faire du bruit. Car l’homme aux toucans a appris à se mettre en colère.
Non à Macron
Alain Mabanckou, c’est un peu...





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Alain Mabanckou, l’écrivain intercontinental
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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-7"> ¤ Le Furet du Nord négocie l’achat de Decitre. Cette transaction est l’illustration de « l’exception française » et de la vitalité du livre, explique dans sa chronique, Denis Cosnard, journaliste au « Monde ».
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« En France, le libraire fait de la résistance »

Le Furet du Nord négocie l’achat de Decitre. Cette transaction est l’illustration de « l’exception française » et de la vitalité du livre, explique dans sa chronique, Denis Cosnard, journaliste au « Monde ».



LE MONDE ECONOMIE
 |    08.11.2018 à 12h53
 • Mis à jour le
09.11.2018 à 07h58
    |

            Denis Cosnard (service économie du « Monde »)








                        



                                


                            

Chronique Pertes & profits. La coïncidence est cocasse. Mardi 7 novembre se déroulait au restaurant Drouant un de ces rites qui font le sel de la vie littéraire française : devant une forêt de micros et de caméras menaçant de l’asphyxier, Nicolas Mathieu recevait le prestigieux prix Goncourt pour Leurs enfants après eux (Actes Sud). Au même moment, l’un des plus vieux réseaux de librairies, Decitre, annonçait être en négociations exclusives pour se vendre à son concurrent Le Furet du Nord. En 1907, Henri Decitre avait ­repris une petite librairie lyonnaise. Son fils Pierre avait développé l’affaire. Aujourd’hui, Guillaume Decitre, le fils de Pierre, vend la maison, qui compte onze magasins, dont neuf en Rhône-Alpes. Leurs enfants après eux, vraiment ?

Comme les meilleurs livres, ce rapprochement peut se lire de plusieurs façons. Certains pleureront la fin d’une entreprise familiale, l’absorption de la plus belle enseigne lyonnaise par un petit groupe aux mains d’un fonds d’investissement, Vauban Partenaires. Mais, tout comme l’excitation persistante autour des prix littéraires, cette transaction prouve aussi qu’en France, le livre est bien vivant. Le libraire fait de la résistance, des financiers sont prêts à miser sur son succès. Une nouvelle illustration de la fameuse « exception culturelle française ».
La BD en forte croissance
Depuis l’arrivée de Vauban à son capital, en 2008, Le Furet du Nord s’est lancé dans une expansion dans sa région d’origine, mais aussi en Picardie, en Ile-de-France, en Belgique. En huit ans, il a doublé le nombre de ses points de vente, sans être rassasié. En 2017, les librairies Sauramps de Montpellier, en faillite, lui ont échappé. A présent, Decitre permet au ­Furet du Nord d’arriver enfin dans le Sud. Le groupe va presque doubler de taille, pour frôler 150 millions d’euros de chiffre d’affaires. Au passage, Le Furet va bénéficier du site de vente en ligne de Decitre,...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-8"> ¤ Il succède à « Dossier M. », de Grégoire Bouillier (Flammarion), qui avait reçu la récompense peu de temps après la mort de Pierre Bergé, mécène du Décembre.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-8"> ¤                     
                                                

Le prix Décembre récompense « François, portrait d’un absent », de Michaël Ferrier

Il succède à « Dossier M. », de Grégoire Bouillier (Flammarion), qui avait reçu la récompense peu de temps après la mort de Pierre Bergé, mécène du Décembre.



LE MONDE
 |    08.11.2018 à 12h45
 • Mis à jour le
08.11.2018 à 13h42
    |

                            Nils C. Ahl (Collaborateur du « Monde des livres »)








                        


Le prix Décembre a été attribué, jeudi 8 novembre, à Portrait d’un absent, du romancier et essayiste Michaël Ferrier (Gallimard, « L’Infini », 256 p., 20 €.) Il succède à Dossier M., de Grégoire Bouillier (Flammarion), qui avait reçu la récompense peu de temps après la mort de Pierre Bergé, mécène du Décembre – la distinction ne s’était pas accompagnée en 2017 des 30 000 euros qui en font le mieux doté des prix de fin d’année. En 2018, la fondation Pierre-Bergé offre 20 000 euros au récipiendaire du prix.
Chronique d’une amitié
C’est un très beau livre de deuil qui se trouve ainsi récompensé. Il s’ouvre à la fin 2013 quand, au milieu de la nuit tokyoïte, Michaël Ferrier apprend la mort accidentelle de François Christophe. Ce texte admirablement aérien et fragile fait la chronique d’une amitié trop tôt interrompue. Cette amitié, Ferrier la dit, de l’internat du lycée Lakanal (où ils se sont rencontrés) au Japon, sans en faire un traité ni l’éloge.
L’amitié ne s’écrit pas, elle se raconte, semble finalement démontrer François, portrait d’un absent au gré des saynètes et des digressions – surtout elle se raconte à deux, ce que ce livre donne miraculeusement l’impression de faire jusqu’à son titre (qui est un emprunt au titre d’un film documentaire de François Christophe, justement).
Et c’est en s’estompant, parfois presque en s’absentant, que l’ami qui reste fait une place à l’ami qui est parti, qu’il l’accompagne, qu’il lutte contre l’oubli, « cette seconde mort », « le vrai tombeau », dont la littérature pourrait être l’antidote
Lire la critique complète de « François, portrait d’un absent » (édition abonnés) 



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-9"> ¤ Journal, récits, essais, roman, anthologie… Les brèves critiques du « Monde des livres » du 8-9 novembre 2018.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-9"> ¤                     
                                                   
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Livres en bref

Journal, récits, essais, roman, anthologie… Les brèves critiques du « Monde des livres » du 8-9 novembre 2018.



LE MONDE DES LIVRES
 |    08.11.2018 à 11h14
 • Mis à jour le
08.11.2018 à 11h41
    |

                            Zoé Courtois (Collaboratrice du « Monde des livres »), 
                            Maylis Besserie (Collaboratrice du « Monde des livres »), 
Nicolas Weill, 
                                Florence Noiville et 
Raphaëlle Leyris








                        



                                


                            Récit. Adieu à la jeunesse
Rue de Beaune, de Michel Braudeau, Stock, 146 p., 16,50 €.
D’une rive de la Seine l’autre, d’une décennie l’autre. Après les années 1970 retracées dans Place des Vosges (Seuil, 2017), Michel Braudeau se souvient des eighties passées Rue de Beaune, dans un appartement acheté dans l’espoir fou qu’il facilite une idylle avec l’actrice Nastassja Kinski. Les noms de stars du cinéma ou de la littérature de l’époque (que Michel Braudeau rencontre pour L’Express, où il travaille, avant de rejoindre le Monde) défilent, comme les femmes dans la vie d’un auteur qui n’aspire qu’à écrire, faire l’amour et voyager. Enlevé, mélancolique, Rue de Beaune est à la fois le récit d’une époque et une réflexion sur le temps, « cette matière sans épaisseur, (…) cet espace sans étendue, (…) cette durée qui ne passe pas et revient parfois sur elle-même ». Cet adieu à la jeunesse s’achève en 1989. Braudeau (qui a déménagé mais reste sur la rive gauche) a été nommé feuilletoniste du « Monde des livres » – il le restera jusqu’en 1994. R. L.
Essai. La technique de l’ombre
Le Modernisme réactionnaire (Reactionary Modernism), de Jeffrey Herf, traduit de l’anglais et de l’allemand par Frédéric Joly, L’Echappée, « Versus », 432 p., 22 €.
Dans ce classique de l’histoire des idées, publié en 1984, mais traduit seulement aujourd’hui en français, l’historien américain Jeffrey Herf, professeur émérite à l’université du Maryland, s’attache à résoudre une équation toujours pantelante dans la modernité : la cohabitation paradoxale de la technique et d’un rejet radical des Lumières. Celle-ci s’est formée dans le creuset d’une constellation intellectuelle allemande, dont émergent les noms de l’économiste Werner Sombart, du philosophe Oswald Spengler et de l’écrivain Ernst Jünger, mais aussi plus tard dans le « romantisme...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-10"> ¤ La chronique de la philosophe Catherine Malabou, à propos d’« Iconologie. Image, texte, idéologie », de W.J.T. Mitchell, précurseur des « études visuelles » aux Etats-Unis.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-10"> ¤                     
                                                   
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Chronique « Mutations ». W.J.T. Mitchell donne à voir

La chronique de la philosophe Catherine Malabou, à propos d’« Iconologie. Image, texte, idéologie », de W.J.T. Mitchell, précurseur des « études visuelles » aux Etats-Unis.



LE MONDE DES LIVRES
 |    08.11.2018 à 09h31
 • Mis à jour le
09.11.2018 à 15h03
    |

                            Catherine Malabou (Philosophe)








                        



                                


                            
Iconologie. Image, texte, idéologie (Iconology : Image, Text, Ideology), de W.J.T. Mitchell, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Maxime Boidy et Stéphane Roth, Les Prairies ordinaires, 320 p., 24 €.
Le théoricien américain W.J.T. Mitchell, professeur de littérature et d’histoire de l’art à l’université de Chicago et directeur de la célèbre revue Critical Inquiry, est l’un des représentants les plus éminents d’une discipline encore mal connue en France : les visual studies. Ces « études visuelles » ont pour mission d’analyser la confrontation entre le dire et le voir, et de mettre au jour les présupposés inhérents à la notion de représentation, présupposés dont la « théorie » elle-même est empreinte.
« L’histoire de la culture est en partie l’histoire d’une longue lutte pour la domination entre les signes picturaux et linguistiques », écrit W.J.T. Mitchell
« La notion même de théorie des images, écrit Mitchell, suggère la tentative de maîtriser le champ de la représentation visuelle à l’aide du discours. Mais supposons un instant que nous renversions les relations de pouvoir inhérentes au “discours” et au “champ” et essayions d’imager la théorie ? » Imager la théorie, exhiber toutes les ressources de la visibilité contenue dans le discours n’est pas un geste neutre ; il est toujours politique. En effet, « l’histoire de la culture est en partie l’histoire d’une longue lutte pour la domination entre les signes picturaux et linguistiques ».
C’est ainsi que Mitchell forge le terme d’« iconologie » pour décrire la traduction des textes en images (visualisation de la théorie par la gravure du frontispice dans le Léviathan de Hobbes, par exemple) et des images en textes (image de la camera obscura inscrite dans le concept d’idéologie chez Marx).
Entre iconophilie et iconophobie
On se félicite qu’Iconologie paraisse aujourd’hui en...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-11"> ¤ En 1833, le chef indien décrit l’expropriation des Sauk de leurs terres ancestrales et les massacres qui s’ensuivirent.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-11"> ¤                     
                                                   
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La spoliation du haut Mississippi racontée par Black Hawk

En 1833, le chef indien décrit l’expropriation des Sauk de leurs terres ancestrales et les massacres qui s’ensuivirent.



LE MONDE DES LIVRES
 |    08.11.2018 à 09h16
 • Mis à jour le
08.11.2018 à 10h10
    |

                            Marie-Hélène Fraïssé (Collaboratrice du « Monde des livres »)








                        



                                


                            
Chef de guerre. Autobiographie, de Black Hawk, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Paulin Dardel, introduction et notes de Thomas Grillot, Anacharsis, 192 p., 18 €.

« J’ai songé à l’ingratitude des Blancs en voyant leurs belles maisons, leurs riches moissons… Je me suis rappelé que toute cette terre avait été la nôtre. Ni moi ni mon peuple n’avons reçu le moindre dollar en échange… » Black Hawk (1767-1838), chef des Sauk, défait au terme de plusieurs décennies de luttes diplomatique et armée, lance ce cri du cœur au moment où, captif, il est en route vers Washington. Le président Andrew Jackson, promoteur de la loi sur l’expulsion des Indiens (1830), l’y attend, pour lui accorder quelques mots de réconfort et d’estime de pure forme. Black Hawk a tout loisir de constater l’éclatante richesse de la côte Est. Il pointe le non-respect par ses vainqueurs des préceptes de leur propre religion, laquelle ordonne de « faire aux autres ce qu’on aimerait qu’ils nous fassent ». On retrouve cette nuance d’ironie au fil du poignant récit de vie que le vieux chef confie en 1833 à un obscur éditeur, dont ce sera l’unique best-seller, et qui est enfin publié en France.
Le peuple sauk a ses territoires ancestraux dans la fertile vallée du haut Mississippi. Après la jeunesse heureuse de Black Hawk, l’avenir s’obscurcit. Scénario connu : les colons ont besoin de terres et l’Amérique défend les colons…
Manipulations cyniques
A l’heure de l’histoire connectée, qui vise à multiplier les points de vue sur la mondialisation coloniale, le récit de Black Hawk est précieux. C’est celui d’un combattant hors pair doublé d’un fin politique. Avouant son impuissance finale, il défend son courage et sa dignité en montrant par quelles manipulations cyniques l’Angleterre et les Etats-Unis se sont employés à instrumentaliser les groupes autochtones et les dresser les uns contre les autres.
Avec...




                        

                        


<article-nb="2018/11/09/19-12">
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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-12"> ¤ Ancien reporter de guerre, l’écrivain voyageur triestin a exploré les confins de la Galicie, sur les traces de son grand-père, engagé en 1914 sous le drapeau austro-hongrois.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-12"> ¤                     
                                                   
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Paolo Rumiz, « fils de la frontière »

Ancien reporter de guerre, l’écrivain voyageur triestin a exploré les confins de la Galicie, sur les traces de son grand-père, engagé en 1914 sous le drapeau austro-hongrois



LE MONDE DES LIVRES
 |    08.11.2018 à 08h57
 • Mis à jour le
08.11.2018 à 08h58
    |

                            Florence Noiville








                        



                                


                            

Certains sont Balance ou Gémeaux. Lui est né sous le signe de la frontière. « Fils de la frontière, voilà ce que je suis », annonce fièrement Paolo Rumiz tandis que nous longeons le port de sa Trieste natale, sa « petite Vienne posée sur l’eau ». On lui fait remarquer que, dans ce vestige de la Mitteleuropa, à la charnière des mondes latin, germanique et slave, il n’est sûrement pas le seul. Mais ce n’est pas ce qu’il veut dire. Bien sûr qu’ici, les démarcations n’ont pas cessé d’être tracées, déplacées, retracées. « Je raconte toujours que ma grand-mère, qui n’a jamais quitté Trieste, a vécu sous six drapeaux différents : la monarchie habsbourgeoise, le royaume d’Italie, l’Allemagne, la Yougoslavie, le gouvernement militaire allié et la République italienne. Mais quand je dis “fils de la frontière”, c’est au sens propre. La ligne séparant l’Italie et la Yougoslavie a été plantée ici, avec des pitons, dans la nuit du 20 décembre 1947, au moment même où j’étais en train de naître. »
Carnets de voyages
Bornes, bordures, limites. Il fallait leur « faire la nique ». Les passer et les dépasser. Jouer avec elles et s’en jouer. Très vite, le jeune ­Paolo a eu « des fourmis dans les pantalons » (« formiche nei pantaloni »). A 9 ans, son instituteur lui a donné les carnets de voyages de Christophe Colomb, et l’envie d’ailleurs ne l’a plus quitté. « J’ai fait le journaliste pour avoir l’excuse de voyager », dit-il.
Il a d’abord été reporter à La Repubblica où il a couvert les guerres de Bosnie et d’Afghanistan. Puis a bourlingué en Europe, en train, à vélo, à pied, en canot, en bateau. Nourri des œuvres de Nicolas Bouvier et de Ryszard Kapuscinski, il a descendu 700 kilomètres du Pô (Pô, le roman d’un fleuve, Hoëbeke, 2014), erré, à vingt-deux siècles de distance, dans L’Ombre d’Hannibal ­ (Hoëbeke, 2012), parcouru les ­Alpes et les Appenins (La Légende des montagnes...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-13"> ¤ La chronique hebdomadaire de Roger-Pol Droit, à propos du « Dictionnaire amoureux de la philosophie », que publie l’ancien ministre de l’éducation.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-13"> ¤                     
                                                   
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Figures libres. Luc Ferry pédagogue

La chronique hebdomadaire de Roger-Pol Droit, à propos du « Dictionnaire amoureux de la philosophie », que publie l’ancien ministre de l’éducation.



LE MONDE DES LIVRES
 |    08.11.2018 à 08h37
 • Mis à jour le
08.11.2018 à 17h28
    |

                            Roger-Pol Droit








                        



                                


                            
Dictionnaire amoureux de la philosophie, de Luc Ferry, Plon, 1 500 p., 30 €.

Philosophe, il y a cent manières de l’être. Par exemple : construire un système englobant tout, une cathédrale de concepts, façon Hegel. Ou bien se promener parmi les idées, passer de l’une à l’autre, le nez au vent, façon Diderot. Ou encore casser illusions, idoles et faux-semblants, façon Nietzsche, à coups de marteau. Certains creusent sur place, toujours au même endroit, de plus en plus profond. D’autres gambadent, nomadisent, courent à perdre haleine. Un épais jargon sert de bunker à quelques-uns, tandis que pédagogie et clarté dominent chez d’autres.
Sciences et techniques
Luc Ferry appartient à cette dernière catégorie. L’ancien ministre de l’éducation, conférencier et chroniqueur, est un penseur sans ténèbres. Il n’est pas besoin de partager toutes ses options pour louer sa manière de s’adresser à tous dans une langue accessible. Ce que confirme, s’il en était besoin, le très volumineux Dictionnaire amoureux de la philosophie qu’il fait paraître aujourd’hui.
Mille cinq cents pages, plusieurs centaines d’entrées. L’ouvrage, au premier abord, semble démesuré. Comme l’amour, sans doute. Comme la philosophie, peut-être. En fait, c’est plutôt sur le mode d’une conversation – facile en apparence, dense quant au fond – qu’il convient de l’aborder. De « A » comme « absolu », prévisible, à « V » comme « vin », inattendu, on déambulera sans effort parmi les thèmes favoris de l’auteur. A peine se demandera-t-on pourquoi l’alphabet est incomplet. Des entrées comme « Web », « Xénophobie », « Yoga », « Zut » auraient pu s’imaginer.
Quoi qu’il en soit, on retrouve les critiques aiguës de Luc Ferry envers « la pensée 68 », son ardent refus des théories du déclin, des lamentations sur les ravages de la modernité. Il souligne au contraire les bienfaits que sciences et techniques nous prodiguent et notre...




                        

                        


<article-nb="2018/11/09/19-14">
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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-14"> ¤ Un narrateur tente de prendre ses distances avec les mots. De son échec, l’auteur en tire un texte gigogne, très réussi, sur la littérature.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-14"> ¤                     
                                                   
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Pierre Patrolin raconte le sevrage impossible de l’écriture

Un narrateur tente de prendre ses distances avec les mots. De son échec, l’auteur en tire un texte gigogne, très réussi, sur la littérature.



LE MONDE DES LIVRES
 |    08.11.2018 à 08h00
    |

                            Avril Ventura (Collaboratrice du « Monde des livres »)








                        



                                


                            
J’ai décidé d’arrêter d’écrire, de Pierre Patrolin, P.O.L, 176 p., 17 €.

L’écriture ne va pas sans tourments. Pierre Patrolin le rappelle dès l’ouverture de son nouveau roman : écrire, c’est sans cesse reprendre et corriger, douter de l’intérêt que quiconque pourrait éprouver à vous lire, « être tour à tour insatisfait, comblé, désolé ». Alors le narrateur de J’ai décidé d’arrêter d’écrire fait un jour le choix de ne plus s’inquiéter, et de laisser filer l’existence sans besoin de la retranscrire. En d’autres mots : de ne plus écrire, ou plutôt d’essayer d’arrêter.
Car l’entreprise se révèle complexe et douloureuse. L’homme se met à faire des insomnies et à prendre du poids, peine à renoncer à sa première phrase du matin, celle que l’on rédige une tasse de café à la main et qui fait tourner la tête. Pour mener son projet à bien, il a donc recours à plusieurs techniques : rester seul, faire disparaître crayons et papiers, rédiger quelques phrases sur son ordinateur mais ne pas sauvegarder le document. Seulement, la tentation est grande ­d’arrêter d’arrêter d’écrire, tant l’envie est forte de « voir apparaître quelque chose ». Et le narrateur de se retrouver à tracer quelques mots à l’aide d’une plume à défaut de stylo, ou encore de s’enregistrer sur son téléphone portable.
Formidable guetteur
Ainsi quelque chose commence à se dessiner : un homme marche seul dans la forêt, le pas sûr, malgré la pluie qui s’annonce. L’auteur est au début d’une aventure dont il ne sait rien, sinon qu’il « décidera de tout ». A le voir ainsi se débattre avec ce qui s’apparente plus à une addiction qu’à un désir, on est pourtant en droit de s’interroger : qui dirige qui ? De l’écrivain ou de ses personnages, de l’écrivain ou des mots ? Chez Pierre Patrolin, il semble que ce soient ces derniers qui viennent en réalité chercher l’auteur et frapper à sa porte, à l’instar de...




                        

                        


<article-nb="2018/11/09/19-15">
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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-15"> ¤ Le chef-d’œuvre d’Erasme ressort dans une édition bilingue enrichie des commentaires inédits de contemporains de l’humaniste, et des siens. Eblouissant.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-15"> ¤                     
                                                   
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L’« Eloge de la folie » magnifiquement réédité

Le chef-d’œuvre d’Erasme ressort dans une édition bilingue enrichie des commentaires inédits de contemporains de l’humaniste, et des siens. Eblouissant.



LE MONDE DES LIVRES
 |    08.11.2018 à 08h00
 • Mis à jour le
08.11.2018 à 17h24
    |

            Nicolas Weill








                        



                                


                            
Eloge de la folie (Moriae encomium), d’Erasme de Rotterdam, accompagné des notes d’Erasme, de Listrius et de Myconius, Les Belles Lettres, « Le miroir des humanistes », 226 p., 75 €. « »

Indépassable manifeste de l’humanisme, écrit quand l’Europe des débuts de la Renaissance entamait ses retrouvailles avec ses sources grecques et hébraïques, Eloge de la folie (1511) d’Erasme de Rotterdam (1467-1536) remporte d’emblée un succès foudroyant. Dans les quatre années qui suivent sa publication, ce texte où se concentre l’essence même de la rupture avec le Moyen Age connaît en effet pas moins de onze éditions (la première traduction française date de 1520).
Les Belles Lettres donnent ici à lire, en regard du texte, un commentaire de l’Eloge paru en 1532, inédit en français. Il est signé par un ami de l’auteur, le jeune médecin Listrius (Gerd Lijster), mais en grande partie écrit par un Erasme malicieux jouant à l’exégète de lui-même ou au « modérateur » prenant des distances vis-à-vis de sa propre audace. Cette réédition bilingue a été enrichie par les gloses d’un autre contemporain, ­Myconius (le Suisse Oswald Geissbühler), et par les illustrations d’Hans et Ambroise Holbein.
Le commentaire de Listrius déplie toutes les allusions et les références grecques, latines et hébraïques de l’Eloge, à une époque où les humanistes étaient pionniers dans l’usage des références antiques. Comme le note mélancoliquement le traducteur Jean-Christophe Saladin, il est plus utile que jamais dans le crépuscule contemporain des lettres classiques, qui rend les anciens à nouveau indéchiffrables.
Bonnet à grelots
Génial exercice de rhétorique, dont le mélange de savoir et de truculence annonce Rabelais, l’Eloge pousse à son extrémité la figure de l’antiphrase, puisque l’apologie de la raison, de la sagesse et de la vertu prend la forme d’une défense de leurs contraires, menée par...




                        

                        


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<filnamedate="20181109"><AAMM="201811"><AAMMJJ="20181109"><AAMMJJHH="2018110919">
<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-16"> ¤ Mort en 2017, l’auteur n’a cessé d’écrire sur le monde des Afrikaners. Publié en 1995, « L’Heure de l’ange » paraît enfin en France.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-16"> ¤                     
                                                   
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Quête biblique dans le veld polyphonique de Karel Schoeman

Mort en 2017, l’auteur n’a cessé d’écrire sur le monde des Afrikaners. Publié en 1995, « L’Heure de l’ange » paraît enfin en France.



LE MONDE DES LIVRES
 |    08.11.2018 à 08h00
    |

                            Gladys Marivat (Collaboratrice du « Monde des livres »)








                        



                                


                            
L’Heure de l’ange (Die uur van die engel), de Karel Schoeman, traduit de l’afrikaans par Pierre-Marie Finkelstein, Phébus, 512 p., 24 €.

L’horizon est immense ; le paysage, une désolation. L’hiver, c’est « un pays de pierres, d’arbustes et d’herbe brûlée par le gel » ; l’été, « un paysage de poussière et de sable, une végétation calcinée sous un ciel vide et blanc ; dans le veld les moutons crevaient ». On entre dans L’Heure de l’ange saisi par une extrême solitude, ébloui par la lumière. Tout paraît inerte. Rude. Et pourtant, « le pays mort vit ».
Entreprise obsédante
Karel Schoeman, disparu le 2 mai 2017, est l’une des plus grandes plumes de la littérature sud-africaine en langue afrikaans. Né en 1939 dans l’ancien Etat libre d’Orange, il n’a cessé d’écrire sur ce monde dans lequel il a grandi, cette terre des Boers à laquelle il s’est toujours senti étranger. Dans L’Heure de l’ange, publié en 1995 et qui paraît aujourd’hui en France, Schoeman fait résonner les voix de ces descendants des colons européens, qu’on nommera plus tard les Afrikaners.
On suit un journaliste de Johannesburg, de retour à Strydfontein, la petite ville isolée de son enfance, sur les traces de Danie Steenkamp, berger du XIXe siècle, premier poète de langue afrikaans. Ce qu’il cherche en réalité, il l’ignore, mais Danie-le-Poète le fascine. Il pénètre dans un musée. L’employée lui montre des objets, raconte le quotidien des notables d’autrefois, imprégnés par la lecture de la Bible et organisés autour de la paroisse. « Je ne comprends pas, je ne comprends plus ces gens », déplore-t-il. Et pourtant, il s’acharne.
Lire aussi : « Cette vie », de Schoeman : mémoire afrikaner
Entreprise obsédante que de tenter de saisir ceux qui nous ont précédés et ce qui les agissait. Vouée à l’échec, cette quête forme la colonne vertébrale de...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-17"> ¤ Jia Pingwa dresse une fresque subtile autour des petites gens de la Chine profonde, où il est né.
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« Portée-la-Lumière », portrait des heureux oubliés du Shaanxi

Jia Pingwa dresse une fresque subtile autour des petites gens de la Chine profonde, où il est né.



LE MONDE DES LIVRES
 |    08.11.2018 à 08h00
    |

            Frédéric Lemaître (Pékin correspondant)








                        



                                


                            
Portée-la-Lumière (Dai Deng), de Jia Pingwa, traduit du chinois par Geneviève Imbot-Bichet, Stock, 628 p., 27 €.

Elle est belle. Très belle même. Et très intelligente. Fonctionnaire du Bourg-des-Cerisiers, ­Portée-la-Lumière est promise à une belle carrière. Le maire a d’ailleurs tenu à lui confier la direction du nouveau « service d’aménagement global dédié aux problèmes sociaux », un rouage essentiel pour que sa commune, située au fin fond de la province du Shaanxi, au centre de la Chine, puisse, à son niveau, mettre en œuvre les objectifs assignés par Pékin en ce début du XXIe siècle : la recherche de la croissance économique, mais aussi le maintien de la stabilité sociale.
Suivant le travail et les pérégrinations de cet « élément d’avant-garde » de l’administration locale, Jia Pingwa dresse une fresque à la fois tendre, ironique et subtile de cette Chine profonde où lui-même est né en 1952. Dans ce cinquième roman traduit en français, Bourg-des-Cerisiers est le symbole de cette Chine rurale dont la principale richesse reste « la grande mine » voisine qui rend pourtant malades ceux qui y travaillent. Un bourg qui, après s’être opposé avec succès au passage d’une autoroute, est bien content de voir s’installer une usine de recyclage de batteries dont personne ne voulait dans la région. Un bourg dont les habitants ne tournent pas davantage leurs regards vers Pékin que la capitale ne se penche sur leur sort, mais qui se contentent, pour les grandes occasions, de se rendre au chef-lieu de la province.
Au frais du contribuable
Quand ils le font, c’est souvent pour porter plainte. Les descriptions, touchantes et savoureuses, des plaignants, qu’ils soient victimes d’une réelle injustice ou éternels râleurs, constituent l’une des entrées les plus intéressantes de ce roman pour un lecteur occidental. Si les administrés craignent – à juste titre – l’arbitraire de leurs dirigeants,...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-18"> ¤ Claro s’ensauvage volontiers avec Marcel Moreau et son « A dos de Dieu, ou l’Ordure lyrique ».
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Le feuilleton. Le démon de la propulsion

Claro s’ensauvage volontiers avec Marcel Moreau et son « A dos de Dieu, ou l’Ordure lyrique ».



LE MONDE DES LIVRES
 |    08.11.2018 à 08h00
    |

                            Claro (Ecrivain et traducteur)








                        



                                


                            
A dos de Dieu, ou l’Ordure lyrique, de Marcel Moreau, Quidam, « Les indociles », 140 p., 16 €.

Si la docilité était une qualité littéraire, nous n’aurions plus qu’à nous pendre haut et court, encore qu’il serait plus amusant de pendre – par les oreilles, soyons clément – les écrivains engagés dans la voie docile, tout juste bons à se faire primer. Certes, nous sommes encore policés, nous aimons les textes aux architectures complexes, les grandes fresques syntaxiques, les ­apnées contrôlées et les sommets conquis à coups de piolet précis. Mais que ferions-nous sans le mouvement qui déforme les lignes, sans les ruades lyriques, sans les élans dévastateurs ?
La littérature regorge d’enragés, mais leur rage n’est bien souvent qu’une petite colère, transmise par un chien en porcelaine, et leur bave ressemble à de la dentelle. Elle dénote non un corps désaxé mais un esprit chafouin. Disons-le : les vrais sauvages ne sont pas légion, et peut-être même sont-ils en voie d’extinction, peut-être l’époque préfère-t-elle les villas obscures et les boutiques tristes, les particules aménagées et les territoires élémentaires – bref, les expériences d’ennui imminent. Heureusement il y a Marcel ­Moreau, et l’on ferait bien de se jeter cul nu dans son A dos de Dieu, ou l’Ordure lyrique (Luneau-Ascot, 1980) que viennent de rééditer les éditions Quidam dans une collection intitulée, il n’y a pas de hasard, « Les indociles ».
Les bibliographies sont d’excellents indicateurs sismiques : Mille voix rauques, Le Bord de mort, Les Arts viscéraux, Monstre, Opéra gouffre, Bal dans la tête… L’œuvre de Marcel Moreau, riche et forte d’une soixantaine d’ouvrages, semble célébrer les noces de l’ogre et de la camarde. A la fois rabelaisienne et rimbaldienne, elle est également secouée par des pulsions et des scansions qui rappellent les « suppliciations » d’Artaud. Stimulée par l’excès, elle nous rappelle combien...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-19"> ¤ Mégalomane, féministe, cette Américaine connut un succès fou en 1902 avec « Que le diable m’emporte ». Redécouvert en 2013, il est enfin traduit.
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Histoire du journal de Mary MacLane, auteure charnelle visionnaire

Mégalomane, féministe, cette Américaine connut un succès fou en 1902 avec « Que le diable m’emporte ». Redécouvert en 2013, il est enfin traduit.



LE MONDE DES LIVRES
 |    08.11.2018 à 08h00
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                            Ariane Singer (Collaboratrice du « Monde des livres »)








                        



                                


                            
Que le diable m’emporte (The Story of Mary MacLane), de Mary Maclane, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Hélène Frappat, Le Sous-Sol, 160 p., 16 €.

A Butte, petite ville minière du sud-ouest du Montana, Mary Mac­Lane se désespère. « C’est dur – si dur ! – d’être une femme, jeune, totalement isolée, et pleine de désirs… Quel lourd fardeau ! Oh, soyez maudits ! Maudits ! Maudits ! Que chaque créature vivante soit maudite, que le monde entier – que l’Univers soit maudit ! » Nous sommes en 1901 et, étrangère à l’amour des grands espaces que chantera bientôt toute une lignée de romanciers, la jeune femme de 19 ans ne rêve que de fuir. Explorer le monde. Laisser libre cours à ses envies et ses passions. Et surtout, faire reconnaître ce qu’elle nomme son « génie ». Car, elle en est persuadée, elle est unique, géniale, l’un des plus grands esprits jamais créés. « Je porte en moi les germes d’une vie intense. (…) J’ai la personnalité, la nature d’un Napoléon, mais dans sa version féminine », écrit très sérieusement l’auteure de Que le diable m’emporte, née à Winnipeg (Canada) en 1881.
Soif de liberté
Cet autoportrait d’une parfaite inconnue mégalomane aurait pu rester dans un tiroir, ou passer inaperçu. Mais ce récit écrit en trois mois sous forme de journal intime par cette jeune fille issue de la bourgeoisie devient, dès sa publication en 1902, un best-seller : près de cent mille exemplaires s’écoulent en un mois aux Etats-Unis.
Alors que les premières « féministes » américaines se battent pour faire entendre leurs voix et obtenir le droit de vote, les lecteurs s’enflamment pour ce livre impétueux qui parle d’une insatiable soif de liberté, comme de désir charnel – bisexuel. Un récit fougueux qui s’insurge contre la condition des femmes, promises au carcan de la vie conjugale, et qui revendique le droit, pour l’une d’elles, toute jeune, à une ambition...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-20"> ¤ Jean-Baptiste Naudet sonde la folie de sa mère, rattrapée par le deuil d’un amour tué pendant la guerre d’Algérie. Déchirant.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-20"> ¤                     
                                                   
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« La Blessure » de la perte d’un fiancé en Algérie

Jean-Baptiste Naudet sonde la folie de sa mère, rattrapée par le deuil d’un amour tué pendant la guerre d’Algérie. Déchirant.



LE MONDE DES LIVRES
 |    08.11.2018 à 08h00
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                            Xavier Houssin (Collaborateur du « Monde des livres »)








                        



                                


                            
La Blessure, de Jean-Baptiste Naudet, L’Iconoclaste, 304 p., 17 €.

Avant de se quitter, avant qu’il ne s’embarque pour l’Algérie, ils s’étaient choisi une étoile dans le ciel. En champ libre. Plantée un peu à l’écart des grandes constellations. Une étoile où accrocher leurs pensées, les instants qui ne peuvent pas attendre. Pour que, malgré la distance, d’un regard, s’éclaire la certitude profonde d’aimer et d’être aimé en retour.
Horreur quotidienne
Nous sommes en 1960. Robert Sipière, appelé du contingent, est sergent au 7e bataillon de chasseurs alpins, une unité engagée dans les opérations de pacification de la Grande Kabylie. Il a 20 ans. C’est un montagnard de Val-d’Isère et, pour un peu, les pentes enneigées du djebel Djurdjura lui rappelleraient celles des sommets de sa Tarentaise. Sauf qu’il y fait la guerre et que chaque accident du terrain, chaque bouquet d’arbres peut cacher une embuscade. Les accrochages avec les rebelles sont fréquents et meurtriers. Il s’est endurci, trop d’ailleurs, craint-il. Mais comment faire autrement quand la peur se mêle à la férocité, quand l’horreur est quotidienne ? Alors, il songe à ses hommes, à sa mission. Et à Danielle qui l’attend à Fontainebleau. « Ecoute-moi bien, lui écrit-il. Ne t’inquiète pas et reste au chaud tout contre moi. C’est que je commence à sentir, à comprendre la dureté de ma vie ici. Je ne la lâcherai pour rien au monde avant son terme. » Robert Sipière était libérable à l’été. Lui et Danielle devaient se marier à la fin du mois d’octobre. Le 9 juin, une décharge de chevrotines, tirée par un jeune fellagha, l’atteint au ventre. Il va mourir dans l’hélicoptère sanitaire qui l’évacue de la zone de combat.
Jean-Baptiste Naudet, grand reporter – à L’Obs, après l’avoir été au Monde – qui « couvrit » les conflits en Afghanistan, en Bosnie, au Kosovo, en Tchétchénie, en Irak, au Rwanda…, a...




                        

                        

