<FILE-date="2018/11/08/19">

<article-nb="2018/11/08/19-1">
<filnamedate="20181108"><AAMM="201811"><AAMMJJ="20181108"><AAMMJJHH="2018110819">
<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-1"> ¤ Le Furet du Nord négocie l’achat de Decitre. Cette transaction est l’illustration de « l’exception française » et de la vitalité du livre, explique dans sa chronique, Denis Cosnard, journaliste au « Monde ».
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-1"> ¤                     
                                                   
édition abonné


« En France, le libraire fait de la résistance »

Le Furet du Nord négocie l’achat de Decitre. Cette transaction est l’illustration de « l’exception française » et de la vitalité du livre, explique dans sa chronique, Denis Cosnard, journaliste au « Monde ».



LE MONDE ECONOMIE
 |    08.11.2018 à 12h53
    |

            Denis Cosnard








                        



                                


                            

Chronique Pertes & profits. La coïncidence est cocasse. Mardi 7 novembre se déroulait au restaurant Drouant un de ces rites qui font le sel de la vie littéraire française : devant une forêt de micros et de caméras menaçant de l’asphyxier, Nicolas Mathieu recevait le prestigieux prix Goncourt pour Leurs enfants après eux (Actes Sud). Au même moment, l’un des plus vieux réseaux de librairies, Decitre, annonçait être en négociations exclusives pour se vendre à son concurrent Le Furet du Nord. En 1907, Henri Decitre avait ­repris une petite librairie lyonnaise. Son fils Pierre avait développé l’affaire. Aujourd’hui, Guillaume Decitre, le fils de Pierre, vend la maison, qui compte onze magasins, dont neuf en Rhône-Alpes. Leurs enfants après eux, vraiment ?

Comme les meilleurs livres, ce rapprochement peut se lire de plusieurs façons. Certains pleureront la fin d’une entreprise familiale, l’absorption de la plus belle enseigne lyonnaise par un petit groupe aux mains d’un fonds d’investissement, Vauban Partenaires. Mais, tout comme l’excitation persistante autour des prix littéraires, cette transaction prouve aussi qu’en France, le livre est bien vivant. Le libraire fait de la résistance, des financiers sont prêts à miser sur son succès. Une nouvelle illustration de la fameuse « exception culturelle française ».
La BD en forte croissance
Depuis l’arrivée de Vauban à son capital, en 2008, Le Furet du Nord s’est lancé dans une expansion dans sa région d’origine, mais aussi en Picardie, en Ile-de-France, en Belgique. En huit ans, il a doublé le nombre de ses points de vente, sans être rassasié. En 2017, les librairies Sauramps de Montpellier, en faillite, lui ont échappé. A présent, Decitre permet au ­Furet du Nord d’arriver enfin dans le Sud. Le groupe va presque doubler de taille, pour frôler 150 millions d’euros de chiffre d’affaires. Au passage, Le Furet va bénéficier du site de vente en ligne de Decitre,...




                        

                        


<article-nb="2018/11/08/19-2">
<filnamedate="20181108"><AAMM="201811"><AAMMJJ="20181108"><AAMMJJHH="2018110819">
<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-2"> ¤ Il succède à « Dossier M. », de Grégoire Bouillier (Flammarion), qui avait reçu la récompense peu de temps après la mort de Pierre Bergé, mécène du Décembre.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-2"> ¤                     
                                                

Le prix Décembre récompense « François, portrait d’un absent », de Michaël Ferrier

Il succède à « Dossier M. », de Grégoire Bouillier (Flammarion), qui avait reçu la récompense peu de temps après la mort de Pierre Bergé, mécène du Décembre.



LE MONDE
 |    08.11.2018 à 12h45
 • Mis à jour le
08.11.2018 à 13h42
    |

                            Nils C. Ahl (Collaborateur du « Monde des livres »)








                        


Le prix Décembre a été attribué, jeudi 8 novembre, à Portrait d’un absent, du romancier et essayiste Michaël Ferrier (Gallimard, « L’Infini », 256 p., 20 €.) Il succède à Dossier M., de Grégoire Bouillier (Flammarion), qui avait reçu la récompense peu de temps après la mort de Pierre Bergé, mécène du Décembre – la distinction ne s’était pas accompagnée en 2017 des 30 000 euros qui en font le mieux doté des prix de fin d’année. En 2018, la fondation Pierre-Bergé offre 20 000 euros au récipiendaire du prix.
Chronique d’une amitié
C’est un très beau livre de deuil qui se trouve ainsi récompensé. Il s’ouvre à la fin 2013 quand, au milieu de la nuit tokyoïte, Michaël Ferrier apprend la mort accidentelle de François Christophe. Ce texte admirablement aérien et fragile fait la chronique d’une amitié trop tôt interrompue. Cette amitié, Ferrier la dit, de l’internat du lycée Lakanal (où ils se sont rencontrés) au Japon, sans en faire un traité ni l’éloge.
L’amitié ne s’écrit pas, elle se raconte, semble finalement démontrer François, portrait d’un absent au gré des saynètes et des digressions – surtout elle se raconte à deux, ce que ce livre donne miraculeusement l’impression de faire jusqu’à son titre (qui est un emprunt au titre d’un film documentaire de François Christophe, justement).
Et c’est en s’estompant, parfois presque en s’absentant, que l’ami qui reste fait une place à l’ami qui est parti, qu’il l’accompagne, qu’il lutte contre l’oubli, « cette seconde mort », « le vrai tombeau », dont la littérature pourrait être l’antidote
Lire la critique complète de « François, portrait d’un absent » (édition abonnés) 



                            


                        

                        


<article-nb="2018/11/08/19-3">
<filnamedate="20181108"><AAMM="201811"><AAMMJJ="20181108"><AAMMJJHH="2018110819">
<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-3"> ¤ Journal, récits, essais, roman, anthologie… Les brèves critiques du « Monde des livres » du 8-9 novembre 2018.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-3"> ¤                     
                                                   
édition abonné


Livres en bref

Journal, récits, essais, roman, anthologie… Les brèves critiques du « Monde des livres » du 8-9 novembre 2018.



LE MONDE DES LIVRES
 |    08.11.2018 à 11h14
 • Mis à jour le
08.11.2018 à 11h41
    |

                            Zoé Courtois (Collaboratrice du « Monde des livres »), 
                            Maylis Besserie (Collaboratrice du « Monde des livres »), 
Nicolas Weill, 
                                Florence Noiville et 
Raphaëlle Leyris








                        



                                


                            Récit. Adieu à la jeunesse
Rue de Beaune, de Michel Braudeau, Stock, 146 p., 16,50 €.
D’une rive de la Seine l’autre, d’une décennie l’autre. Après les années 1970 retracées dans Place des Vosges (Seuil, 2017), Michel Braudeau se souvient des eighties passées Rue de Beaune, dans un appartement acheté dans l’espoir fou qu’il facilite une idylle avec l’actrice Nastassja Kinski. Les noms de stars du cinéma ou de la littérature de l’époque (que Michel Braudeau rencontre pour L’Express, où il travaille, avant de rejoindre le Monde) défilent, comme les femmes dans la vie d’un auteur qui n’aspire qu’à écrire, faire l’amour et voyager. Enlevé, mélancolique, Rue de Beaune est à la fois le récit d’une époque et une réflexion sur le temps, « cette matière sans épaisseur, (…) cet espace sans étendue, (…) cette durée qui ne passe pas et revient parfois sur elle-même ». Cet adieu à la jeunesse s’achève en 1989. Braudeau (qui a déménagé mais reste sur la rive gauche) a été nommé feuilletoniste du « Monde des livres » – il le restera jusqu’en 1994. R. L.
Essai. La technique de l’ombre
Le Modernisme réactionnaire (Reactionary Modernism), de Jeffrey Herf, traduit de l’anglais et de l’allemand par Frédéric Joly, L’Echappée, « Versus », 432 p., 22 €.
Dans ce classique de l’histoire des idées, publié en 1984, mais traduit seulement aujourd’hui en français, l’historien américain Jeffrey Herf, professeur émérite à l’université du Maryland, s’attache à résoudre une équation toujours pantelante dans la modernité : la cohabitation paradoxale de la technique et d’un rejet radical des Lumières. Celle-ci s’est formée dans le creuset d’une constellation intellectuelle allemande, dont émergent les noms de l’économiste Werner Sombart, du philosophe Oswald Spengler et de l’écrivain Ernst Jünger, mais aussi plus tard dans le « romantisme...




                        

                        


<article-nb="2018/11/08/19-4">
<filnamedate="20181108"><AAMM="201811"><AAMMJJ="20181108"><AAMMJJHH="2018110819">
<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-4"> ¤ La chronique de la philosophe Catherine Malabou, à propos d’« Iconologie. Image, texte, idéologie », de W.J.T. Mitchell.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-4"> ¤                     
                                                   
édition abonné


Mutations. Donner à voir

La chronique de la philosophe Catherine Malabou, à propos d’« Iconologie. Image, texte, idéologie », de W.J.T. Mitchell.



LE MONDE DES LIVRES
 |    08.11.2018 à 09h31
 • Mis à jour le
08.11.2018 à 10h13
    |

                            Catherine Malabou (Philosophe)








                        



                                


                            
Iconologie. Image, texte, idéologie (Iconology : Image, Text, Ideology), de W.J.T. Mitchell, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Maxime Boidy et Stéphane Roth, Les Prairies ordinaires, 320 p., 24 €.
Le théoricien américain W.J.T. Mitchell, professeur de littérature et d’histoire de l’art à l’université de Chicago et directeur de la célèbre revue Critical Inquiry, est l’un des représentants les plus éminents d’une discipline encore mal connue en France : les visual studies. Ces « études visuelles » ont pour mission d’analyser la confrontation entre le dire et le voir, et de mettre au jour les présupposés inhérents à la notion de représentation, présupposés dont la « théorie » elle-même est empreinte.
« L’histoire de la culture est en partie l’histoire d’une longue lutte pour la domination entre les signes picturaux et linguistiques », écrit W.J.T. Mitchell
« La notion même de théorie des images, écrit Mitchell, suggère la tentative de maîtriser le champ de la représentation visuelle à l’aide du discours. Mais supposons un instant que nous renversions les relations de pouvoir inhérentes au “discours” et au “champ” et essayions d’imager la théorie ? » Imager la théorie, exhiber toutes les ressources de la visibilité contenue dans le discours n’est pas un geste neutre ; il est toujours politique. En effet, « l’histoire de la culture est en partie l’histoire d’une longue lutte pour la domination entre les signes picturaux et linguistiques ».
C’est ainsi que Mitchell forge le terme d’« iconologie » pour décrire la traduction des textes en images (visualisation de la théorie par la gravure du frontispice dans le Léviathan de Hobbes, par exemple) et des images en textes (image de la camera obscura inscrite dans le concept d’idéologie chez Marx).
Entre iconophilie et iconophobie
On se félicite qu’Iconologie paraisse aujourd’hui en...




                        

                        


<article-nb="2018/11/08/19-5">
<filnamedate="20181108"><AAMM="201811"><AAMMJJ="20181108"><AAMMJJHH="2018110819">
<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-5"> ¤ En 1833, le chef indien décrit l’expropriation des Sauk de leurs terres ancestrales et les massacres qui s’ensuivirent.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-5"> ¤                     
                                                   
édition abonné


La spoliation du haut Mississippi racontée par Black Hawk

En 1833, le chef indien décrit l’expropriation des Sauk de leurs terres ancestrales et les massacres qui s’ensuivirent.



LE MONDE DES LIVRES
 |    08.11.2018 à 09h16
 • Mis à jour le
08.11.2018 à 10h10
    |

                            Marie-Hélène Fraïssé (Collaboratrice du « Monde des livres »)








                        



                                


                            
Chef de guerre. Autobiographie, de Black Hawk, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Paulin Dardel, introduction et notes de Thomas Grillot, Anacharsis, 192 p., 18 €.

« J’ai songé à l’ingratitude des Blancs en voyant leurs belles maisons, leurs riches moissons… Je me suis rappelé que toute cette terre avait été la nôtre. Ni moi ni mon peuple n’avons reçu le moindre dollar en échange… » Black Hawk (1767-1838), chef des Sauk, défait au terme de plusieurs décennies de luttes diplomatique et armée, lance ce cri du cœur au moment où, captif, il est en route vers Washington. Le président Andrew Jackson, promoteur de la loi sur l’expulsion des Indiens (1830), l’y attend, pour lui accorder quelques mots de réconfort et d’estime de pure forme. Black Hawk a tout loisir de constater l’éclatante richesse de la côte Est. Il pointe le non-respect par ses vainqueurs des préceptes de leur propre religion, laquelle ordonne de « faire aux autres ce qu’on aimerait qu’ils nous fassent ». On retrouve cette nuance d’ironie au fil du poignant récit de vie que le vieux chef confie en 1833 à un obscur éditeur, dont ce sera l’unique best-seller, et qui est enfin publié en France.
Le peuple sauk a ses territoires ancestraux dans la fertile vallée du haut Mississippi. Après la jeunesse heureuse de Black Hawk, l’avenir s’obscurcit. Scénario connu : les colons ont besoin de terres et l’Amérique défend les colons…
Manipulations cyniques
A l’heure de l’histoire connectée, qui vise à multiplier les points de vue sur la mondialisation coloniale, le récit de Black Hawk est précieux. C’est celui d’un combattant hors pair doublé d’un fin politique. Avouant son impuissance finale, il défend son courage et sa dignité en montrant par quelles manipulations cyniques l’Angleterre et les Etats-Unis se sont employés à instrumentaliser les groupes autochtones et les dresser les uns contre les autres.
Avec...




                        

                        


<article-nb="2018/11/08/19-6">
<filnamedate="20181108"><AAMM="201811"><AAMMJJ="20181108"><AAMMJJHH="2018110819">
<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-6"> ¤ Ancien reporter de guerre, l’écrivain voyageur triestin a exploré les confins de la Galicie, sur les traces de son grand-père, engagé en 1914 sous le drapeau austro-hongrois.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-6"> ¤                     
                                                   
édition abonné


Paolo Rumiz, « fils de la frontière »

Ancien reporter de guerre, l’écrivain voyageur triestin a exploré les confins de la Galicie, sur les traces de son grand-père, engagé en 1914 sous le drapeau austro-hongrois



LE MONDE DES LIVRES
 |    08.11.2018 à 08h57
 • Mis à jour le
08.11.2018 à 08h58
    |

                            Florence Noiville








                        



                                


                            

Certains sont Balance ou Gémeaux. Lui est né sous le signe de la frontière. « Fils de la frontière, voilà ce que je suis », annonce fièrement Paolo Rumiz tandis que nous longeons le port de sa Trieste natale, sa « petite Vienne posée sur l’eau ». On lui fait remarquer que, dans ce vestige de la Mitteleuropa, à la charnière des mondes latin, germanique et slave, il n’est sûrement pas le seul. Mais ce n’est pas ce qu’il veut dire. Bien sûr qu’ici, les démarcations n’ont pas cessé d’être tracées, déplacées, retracées. « Je raconte toujours que ma grand-mère, qui n’a jamais quitté Trieste, a vécu sous six drapeaux différents : la monarchie habsbourgeoise, le royaume d’Italie, l’Allemagne, la Yougoslavie, le gouvernement militaire allié et la République italienne. Mais quand je dis “fils de la frontière”, c’est au sens propre. La ligne séparant l’Italie et la Yougoslavie a été plantée ici, avec des pitons, dans la nuit du 20 décembre 1947, au moment même où j’étais en train de naître. »
Carnets de voyages
Bornes, bordures, limites. Il fallait leur « faire la nique ». Les passer et les dépasser. Jouer avec elles et s’en jouer. Très vite, le jeune ­Paolo a eu « des fourmis dans les pantalons » (« formiche nei pantaloni »). A 9 ans, son instituteur lui a donné les carnets de voyages de Christophe Colomb, et l’envie d’ailleurs ne l’a plus quitté. « J’ai fait le journaliste pour avoir l’excuse de voyager », dit-il.
Il a d’abord été reporter à La Repubblica où il a couvert les guerres de Bosnie et d’Afghanistan. Puis a bourlingué en Europe, en train, à vélo, à pied, en canot, en bateau. Nourri des œuvres de Nicolas Bouvier et de Ryszard Kapuscinski, il a descendu 700 kilomètres du Pô (Pô, le roman d’un fleuve, Hoëbeke, 2014), erré, à vingt-deux siècles de distance, dans L’Ombre d’Hannibal ­ (Hoëbeke, 2012), parcouru les ­Alpes et les Appenins (La Légende des montagnes...




                        

                        


<article-nb="2018/11/08/19-7">
<filnamedate="20181108"><AAMM="201811"><AAMMJJ="20181108"><AAMMJJHH="2018110819">
<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-7"> ¤ La chronique hebdomadaire de Roger-Pol Droit, à propos du « Dictionnaire amoureux de la philosophie », que publie l’ancien ministre de l’éducation.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-7"> ¤                     
                                                   
édition abonné


Figures libres. Luc Ferry pédagogue

La chronique hebdomadaire de Roger-Pol Droit, à propos du « Dictionnaire amoureux de la philosophie », que publie l’ancien ministre de l’éducation.



LE MONDE DES LIVRES
 |    08.11.2018 à 08h37
 • Mis à jour le
08.11.2018 à 17h28
    |

                            Roger-Pol Droit








                        



                                


                            
Dictionnaire amoureux de la philosophie, de Luc Ferry, Plon, 1 500 p., 30 €.

Philosophe, il y a cent manières de l’être. Par exemple : construire un système englobant tout, une cathédrale de concepts, façon Hegel. Ou bien se promener parmi les idées, passer de l’une à l’autre, le nez au vent, façon Diderot. Ou encore casser illusions, idoles et faux-semblants, façon Nietzsche, à coups de marteau. Certains creusent sur place, toujours au même endroit, de plus en plus profond. D’autres gambadent, nomadisent, courent à perdre haleine. Un épais jargon sert de bunker à quelques-uns, tandis que pédagogie et clarté dominent chez d’autres.
Sciences et techniques
Luc Ferry appartient à cette dernière catégorie. L’ancien ministre de l’éducation, conférencier et chroniqueur, est un penseur sans ténèbres. Il n’est pas besoin de partager toutes ses options pour louer sa manière de s’adresser à tous dans une langue accessible. Ce que confirme, s’il en était besoin, le très volumineux Dictionnaire amoureux de la philosophie qu’il fait paraître aujourd’hui.
Mille cinq cents pages, plusieurs centaines d’entrées. L’ouvrage, au premier abord, semble démesuré. Comme l’amour, sans doute. Comme la philosophie, peut-être. En fait, c’est plutôt sur le mode d’une conversation – facile en apparence, dense quant au fond – qu’il convient de l’aborder. De « A » comme « absolu », prévisible, à « V » comme « vin », inattendu, on déambulera sans effort parmi les thèmes favoris de l’auteur. A peine se demandera-t-on pourquoi l’alphabet est incomplet. Des entrées comme « Web », « Xénophobie », « Yoga », « Zut » auraient pu s’imaginer.
Quoi qu’il en soit, on retrouve les critiques aiguës de Luc Ferry envers « la pensée 68 », son ardent refus des théories du déclin, des lamentations sur les ravages de la modernité. Il souligne au contraire les bienfaits que sciences et techniques nous prodiguent et notre...




                        

                        


<article-nb="2018/11/08/19-8">
<filnamedate="20181108"><AAMM="201811"><AAMMJJ="20181108"><AAMMJJHH="2018110819">
<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-8"> ¤ Un narrateur tente de prendre ses distances avec les mots. De son échec, l’auteur en tire un texte gigogne, très réussi, sur la littérature.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-8"> ¤                     
                                                   
édition abonné


Pierre Patrolin raconte le sevrage impossible de l’écriture

Un narrateur tente de prendre ses distances avec les mots. De son échec, l’auteur en tire un texte gigogne, très réussi, sur la littérature.



LE MONDE DES LIVRES
 |    08.11.2018 à 08h00
    |

                            Avril Ventura (Collaboratrice du « Monde des livres »)








                        



                                


                            
J’ai décidé d’arrêter d’écrire, de Pierre Patrolin, P.O.L, 176 p., 17 €.

L’écriture ne va pas sans tourments. Pierre Patrolin le rappelle dès l’ouverture de son nouveau roman : écrire, c’est sans cesse reprendre et corriger, douter de l’intérêt que quiconque pourrait éprouver à vous lire, « être tour à tour insatisfait, comblé, désolé ». Alors le narrateur de J’ai décidé d’arrêter d’écrire fait un jour le choix de ne plus s’inquiéter, et de laisser filer l’existence sans besoin de la retranscrire. En d’autres mots : de ne plus écrire, ou plutôt d’essayer d’arrêter.
Car l’entreprise se révèle complexe et douloureuse. L’homme se met à faire des insomnies et à prendre du poids, peine à renoncer à sa première phrase du matin, celle que l’on rédige une tasse de café à la main et qui fait tourner la tête. Pour mener son projet à bien, il a donc recours à plusieurs techniques : rester seul, faire disparaître crayons et papiers, rédiger quelques phrases sur son ordinateur mais ne pas sauvegarder le document. Seulement, la tentation est grande ­d’arrêter d’arrêter d’écrire, tant l’envie est forte de « voir apparaître quelque chose ». Et le narrateur de se retrouver à tracer quelques mots à l’aide d’une plume à défaut de stylo, ou encore de s’enregistrer sur son téléphone portable.
Formidable guetteur
Ainsi quelque chose commence à se dessiner : un homme marche seul dans la forêt, le pas sûr, malgré la pluie qui s’annonce. L’auteur est au début d’une aventure dont il ne sait rien, sinon qu’il « décidera de tout ». A le voir ainsi se débattre avec ce qui s’apparente plus à une addiction qu’à un désir, on est pourtant en droit de s’interroger : qui dirige qui ? De l’écrivain ou de ses personnages, de l’écrivain ou des mots ? Chez Pierre Patrolin, il semble que ce soient ces derniers qui viennent en réalité chercher l’auteur et frapper à sa porte, à l’instar de...




                        

                        


<article-nb="2018/11/08/19-9">
<filnamedate="20181108"><AAMM="201811"><AAMMJJ="20181108"><AAMMJJHH="2018110819">
<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-9"> ¤ Le chef-d’œuvre d’Erasme ressort dans une édition bilingue enrichie des commentaires inédits de contemporains de l’humaniste, et des siens. Eblouissant.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-9"> ¤                     
                                                   
édition abonné


L’« Eloge de la folie » magnifiquement réédité

Le chef-d’œuvre d’Erasme ressort dans une édition bilingue enrichie des commentaires inédits de contemporains de l’humaniste, et des siens. Eblouissant.



LE MONDE DES LIVRES
 |    08.11.2018 à 08h00
 • Mis à jour le
08.11.2018 à 17h24
    |

            Nicolas Weill








                        



                                


                            
Eloge de la folie (Moriae encomium), d’Erasme de Rotterdam, accompagné des notes d’Erasme, de Listrius et de Myconius, Les Belles Lettres, « Le miroir des humanistes », 226 p., 75 €. « »

Indépassable manifeste de l’humanisme, écrit quand l’Europe des débuts de la Renaissance entamait ses retrouvailles avec ses sources grecques et hébraïques, Eloge de la folie (1511) d’Erasme de Rotterdam (1467-1536) remporte d’emblée un succès foudroyant. Dans les quatre années qui suivent sa publication, ce texte où se concentre l’essence même de la rupture avec le Moyen Age connaît en effet pas moins de onze éditions (la première traduction française date de 1520).
Les Belles Lettres donnent ici à lire, en regard du texte, un commentaire de l’Eloge paru en 1532, inédit en français. Il est signé par un ami de l’auteur, le jeune médecin Listrius (Gerd Lijster), mais en grande partie écrit par un Erasme malicieux jouant à l’exégète de lui-même ou au « modérateur » prenant des distances vis-à-vis de sa propre audace. Cette réédition bilingue a été enrichie par les gloses d’un autre contemporain, ­Myconius (le Suisse Oswald Geissbühler), et par les illustrations d’Hans et Ambroise Holbein.
Le commentaire de Listrius déplie toutes les allusions et les références grecques, latines et hébraïques de l’Eloge, à une époque où les humanistes étaient pionniers dans l’usage des références antiques. Comme le note mélancoliquement le traducteur Jean-Christophe Saladin, il est plus utile que jamais dans le crépuscule contemporain des lettres classiques, qui rend les anciens à nouveau indéchiffrables.
Bonnet à grelots
Génial exercice de rhétorique, dont le mélange de savoir et de truculence annonce Rabelais, l’Eloge pousse à son extrémité la figure de l’antiphrase, puisque l’apologie de la raison, de la sagesse et de la vertu prend la forme d’une défense de leurs contraires, menée par...




                        

                        


<article-nb="2018/11/08/19-10">
<filnamedate="20181108"><AAMM="201811"><AAMMJJ="20181108"><AAMMJJHH="2018110819">
<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-10"> ¤ Mort en 2017, l’auteur n’a cessé d’écrire sur le monde des Afrikaners. Publié en 1995, « L’Heure de l’ange » paraît enfin en France.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-10"> ¤                     
                                                   
édition abonné


Quête biblique dans le veld polyphonique de Karel Schoeman

Mort en 2017, l’auteur n’a cessé d’écrire sur le monde des Afrikaners. Publié en 1995, « L’Heure de l’ange » paraît enfin en France.



LE MONDE DES LIVRES
 |    08.11.2018 à 08h00
    |

                            Gladys Marivat (Collaboratrice du « Monde des livres »)








                        



                                


                            
L’Heure de l’ange (Die uur van die engel), de Karel Schoeman, traduit de l’afrikaans par Pierre-Marie Finkelstein, Phébus, 512 p., 24 €.

L’horizon est immense ; le paysage, une désolation. L’hiver, c’est « un pays de pierres, d’arbustes et d’herbe brûlée par le gel » ; l’été, « un paysage de poussière et de sable, une végétation calcinée sous un ciel vide et blanc ; dans le veld les moutons crevaient ». On entre dans L’Heure de l’ange saisi par une extrême solitude, ébloui par la lumière. Tout paraît inerte. Rude. Et pourtant, « le pays mort vit ».
Entreprise obsédante
Karel Schoeman, disparu le 2 mai 2017, est l’une des plus grandes plumes de la littérature sud-africaine en langue afrikaans. Né en 1939 dans l’ancien Etat libre d’Orange, il n’a cessé d’écrire sur ce monde dans lequel il a grandi, cette terre des Boers à laquelle il s’est toujours senti étranger. Dans L’Heure de l’ange, publié en 1995 et qui paraît aujourd’hui en France, Schoeman fait résonner les voix de ces descendants des colons européens, qu’on nommera plus tard les Afrikaners.
On suit un journaliste de Johannesburg, de retour à Strydfontein, la petite ville isolée de son enfance, sur les traces de Danie Steenkamp, berger du XIXe siècle, premier poète de langue afrikaans. Ce qu’il cherche en réalité, il l’ignore, mais Danie-le-Poète le fascine. Il pénètre dans un musée. L’employée lui montre des objets, raconte le quotidien des notables d’autrefois, imprégnés par la lecture de la Bible et organisés autour de la paroisse. « Je ne comprends pas, je ne comprends plus ces gens », déplore-t-il. Et pourtant, il s’acharne.
Lire aussi : « Cette vie », de Schoeman : mémoire afrikaner
Entreprise obsédante que de tenter de saisir ceux qui nous ont précédés et ce qui les agissait. Vouée à l’échec, cette quête forme la colonne vertébrale de...




                        

                        


<article-nb="2018/11/08/19-11">
<filnamedate="20181108"><AAMM="201811"><AAMMJJ="20181108"><AAMMJJHH="2018110819">
<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-11"> ¤ Jia Pingwa dresse une fresque subtile autour des petites gens de la Chine profonde, où il est né.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-11"> ¤                     
                                                   
édition abonné


« Portée-la-Lumière », portrait des heureux oubliés du Shaanxi

Jia Pingwa dresse une fresque subtile autour des petites gens de la Chine profonde, où il est né.



LE MONDE DES LIVRES
 |    08.11.2018 à 08h00
    |

            Frédéric Lemaître (Pékin correspondant)








                        



                                


                            
Portée-la-Lumière (Dai Deng), de Jia Pingwa, traduit du chinois par Geneviève Imbot-Bichet, Stock, 628 p., 27 €.

Elle est belle. Très belle même. Et très intelligente. Fonctionnaire du Bourg-des-Cerisiers, ­Portée-la-Lumière est promise à une belle carrière. Le maire a d’ailleurs tenu à lui confier la direction du nouveau « service d’aménagement global dédié aux problèmes sociaux », un rouage essentiel pour que sa commune, située au fin fond de la province du Shaanxi, au centre de la Chine, puisse, à son niveau, mettre en œuvre les objectifs assignés par Pékin en ce début du XXIe siècle : la recherche de la croissance économique, mais aussi le maintien de la stabilité sociale.
Suivant le travail et les pérégrinations de cet « élément d’avant-garde » de l’administration locale, Jia Pingwa dresse une fresque à la fois tendre, ironique et subtile de cette Chine profonde où lui-même est né en 1952. Dans ce cinquième roman traduit en français, Bourg-des-Cerisiers est le symbole de cette Chine rurale dont la principale richesse reste « la grande mine » voisine qui rend pourtant malades ceux qui y travaillent. Un bourg qui, après s’être opposé avec succès au passage d’une autoroute, est bien content de voir s’installer une usine de recyclage de batteries dont personne ne voulait dans la région. Un bourg dont les habitants ne tournent pas davantage leurs regards vers Pékin que la capitale ne se penche sur leur sort, mais qui se contentent, pour les grandes occasions, de se rendre au chef-lieu de la province.
Au frais du contribuable
Quand ils le font, c’est souvent pour porter plainte. Les descriptions, touchantes et savoureuses, des plaignants, qu’ils soient victimes d’une réelle injustice ou éternels râleurs, constituent l’une des entrées les plus intéressantes de ce roman pour un lecteur occidental. Si les administrés craignent – à juste titre – l’arbitraire de leurs dirigeants,...




                        

                        


<article-nb="2018/11/08/19-12">
<filnamedate="20181108"><AAMM="201811"><AAMMJJ="20181108"><AAMMJJHH="2018110819">
<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-12"> ¤ Claro s’ensauvage volontiers avec Marcel Moreau et son « A dos de Dieu, ou l’Ordure lyrique ».
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-12"> ¤                     
                                                   
édition abonné


Le feuilleton. Le démon de la propulsion

Claro s’ensauvage volontiers avec Marcel Moreau et son « A dos de Dieu, ou l’Ordure lyrique ».



LE MONDE DES LIVRES
 |    08.11.2018 à 08h00
    |

                            Claro (Ecrivain et traducteur)








                        



                                


                            
A dos de Dieu, ou l’Ordure lyrique, de Marcel Moreau, Quidam, « Les indociles », 140 p., 16 €.

Si la docilité était une qualité littéraire, nous n’aurions plus qu’à nous pendre haut et court, encore qu’il serait plus amusant de pendre – par les oreilles, soyons clément – les écrivains engagés dans la voie docile, tout juste bons à se faire primer. Certes, nous sommes encore policés, nous aimons les textes aux architectures complexes, les grandes fresques syntaxiques, les ­apnées contrôlées et les sommets conquis à coups de piolet précis. Mais que ferions-nous sans le mouvement qui déforme les lignes, sans les ruades lyriques, sans les élans dévastateurs ?
La littérature regorge d’enragés, mais leur rage n’est bien souvent qu’une petite colère, transmise par un chien en porcelaine, et leur bave ressemble à de la dentelle. Elle dénote non un corps désaxé mais un esprit chafouin. Disons-le : les vrais sauvages ne sont pas légion, et peut-être même sont-ils en voie d’extinction, peut-être l’époque préfère-t-elle les villas obscures et les boutiques tristes, les particules aménagées et les territoires élémentaires – bref, les expériences d’ennui imminent. Heureusement il y a Marcel ­Moreau, et l’on ferait bien de se jeter cul nu dans son A dos de Dieu, ou l’Ordure lyrique (Luneau-Ascot, 1980) que viennent de rééditer les éditions Quidam dans une collection intitulée, il n’y a pas de hasard, « Les indociles ».
Les bibliographies sont d’excellents indicateurs sismiques : Mille voix rauques, Le Bord de mort, Les Arts viscéraux, Monstre, Opéra gouffre, Bal dans la tête… L’œuvre de Marcel Moreau, riche et forte d’une soixantaine d’ouvrages, semble célébrer les noces de l’ogre et de la camarde. A la fois rabelaisienne et rimbaldienne, elle est également secouée par des pulsions et des scansions qui rappellent les « suppliciations » d’Artaud. Stimulée par l’excès, elle nous rappelle combien...




                        

                        


<article-nb="2018/11/08/19-13">
<filnamedate="20181108"><AAMM="201811"><AAMMJJ="20181108"><AAMMJJHH="2018110819">
<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-13"> ¤ Mégalomane, féministe, cette Américaine connut un succès fou en 1902 avec « Que le diable m’emporte ». Redécouvert en 2013, il est enfin traduit.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-13"> ¤                     
                                                   
édition abonné


Histoire du journal de Mary MacLane, auteure charnelle visionnaire

Mégalomane, féministe, cette Américaine connut un succès fou en 1902 avec « Que le diable m’emporte ». Redécouvert en 2013, il est enfin traduit.



LE MONDE DES LIVRES
 |    08.11.2018 à 08h00
    |

                            Ariane Singer (Collaboratrice du « Monde des livres »)








                        



                                


                            
Que le diable m’emporte (The Story of Mary MacLane), de Mary Maclane, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Hélène Frappat, Le Sous-Sol, 160 p., 16 €.

A Butte, petite ville minière du sud-ouest du Montana, Mary Mac­Lane se désespère. « C’est dur – si dur ! – d’être une femme, jeune, totalement isolée, et pleine de désirs… Quel lourd fardeau ! Oh, soyez maudits ! Maudits ! Maudits ! Que chaque créature vivante soit maudite, que le monde entier – que l’Univers soit maudit ! » Nous sommes en 1901 et, étrangère à l’amour des grands espaces que chantera bientôt toute une lignée de romanciers, la jeune femme de 19 ans ne rêve que de fuir. Explorer le monde. Laisser libre cours à ses envies et ses passions. Et surtout, faire reconnaître ce qu’elle nomme son « génie ». Car, elle en est persuadée, elle est unique, géniale, l’un des plus grands esprits jamais créés. « Je porte en moi les germes d’une vie intense. (…) J’ai la personnalité, la nature d’un Napoléon, mais dans sa version féminine », écrit très sérieusement l’auteure de Que le diable m’emporte, née à Winnipeg (Canada) en 1881.
Soif de liberté
Cet autoportrait d’une parfaite inconnue mégalomane aurait pu rester dans un tiroir, ou passer inaperçu. Mais ce récit écrit en trois mois sous forme de journal intime par cette jeune fille issue de la bourgeoisie devient, dès sa publication en 1902, un best-seller : près de cent mille exemplaires s’écoulent en un mois aux Etats-Unis.
Alors que les premières « féministes » américaines se battent pour faire entendre leurs voix et obtenir le droit de vote, les lecteurs s’enflamment pour ce livre impétueux qui parle d’une insatiable soif de liberté, comme de désir charnel – bisexuel. Un récit fougueux qui s’insurge contre la condition des femmes, promises au carcan de la vie conjugale, et qui revendique le droit, pour l’une d’elles, toute jeune, à une ambition...




                        

                        


<article-nb="2018/11/08/19-14">
<filnamedate="20181108"><AAMM="201811"><AAMMJJ="20181108"><AAMMJJHH="2018110819">
<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-14"> ¤ Jean-Baptiste Naudet sonde la folie de sa mère, rattrapée par le deuil d’un amour tué pendant la guerre d’Algérie. Déchirant.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-14"> ¤                     
                                                   
édition abonné


« La Blessure » de la perte d’un fiancé en Algérie

Jean-Baptiste Naudet sonde la folie de sa mère, rattrapée par le deuil d’un amour tué pendant la guerre d’Algérie. Déchirant.



LE MONDE DES LIVRES
 |    08.11.2018 à 08h00
    |

                            Xavier Houssin (Collaborateur du « Monde des livres »)








                        



                                


                            
La Blessure, de Jean-Baptiste Naudet, L’Iconoclaste, 304 p., 17 €.

Avant de se quitter, avant qu’il ne s’embarque pour l’Algérie, ils s’étaient choisi une étoile dans le ciel. En champ libre. Plantée un peu à l’écart des grandes constellations. Une étoile où accrocher leurs pensées, les instants qui ne peuvent pas attendre. Pour que, malgré la distance, d’un regard, s’éclaire la certitude profonde d’aimer et d’être aimé en retour.
Horreur quotidienne
Nous sommes en 1960. Robert Sipière, appelé du contingent, est sergent au 7e bataillon de chasseurs alpins, une unité engagée dans les opérations de pacification de la Grande Kabylie. Il a 20 ans. C’est un montagnard de Val-d’Isère et, pour un peu, les pentes enneigées du djebel Djurdjura lui rappelleraient celles des sommets de sa Tarentaise. Sauf qu’il y fait la guerre et que chaque accident du terrain, chaque bouquet d’arbres peut cacher une embuscade. Les accrochages avec les rebelles sont fréquents et meurtriers. Il s’est endurci, trop d’ailleurs, craint-il. Mais comment faire autrement quand la peur se mêle à la férocité, quand l’horreur est quotidienne ? Alors, il songe à ses hommes, à sa mission. Et à Danielle qui l’attend à Fontainebleau. « Ecoute-moi bien, lui écrit-il. Ne t’inquiète pas et reste au chaud tout contre moi. C’est que je commence à sentir, à comprendre la dureté de ma vie ici. Je ne la lâcherai pour rien au monde avant son terme. » Robert Sipière était libérable à l’été. Lui et Danielle devaient se marier à la fin du mois d’octobre. Le 9 juin, une décharge de chevrotines, tirée par un jeune fellagha, l’atteint au ventre. Il va mourir dans l’hélicoptère sanitaire qui l’évacue de la zone de combat.
Jean-Baptiste Naudet, grand reporter – à L’Obs, après l’avoir été au Monde – qui « couvrit » les conflits en Afghanistan, en Bosnie, au Kosovo, en Tchétchénie, en Irak, au Rwanda…, a...




                        

                        


<article-nb="2018/11/08/19-15">
<filnamedate="20181108"><AAMM="201811"><AAMMJJ="20181108"><AAMMJJHH="2018110819">
<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-15"> ¤ Dans le troisième tome de « L’Etre et l’Evénement », le philosophe approfondit sa métaphysique, sans lever ses contradictions politiques.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-15"> ¤                     
                                                   
édition abonné


« L’Etre et l’Evénement, 3 » : ce qu’Alain Badiou nomme vérité

Dans le troisième tome de « L’Etre et l’Evénement », le philosophe approfondit sa métaphysique, sans lever ses contradictions politiques.



LE MONDE DES LIVRES
 |    08.11.2018 à 08h00
    |

                            David Zerbib (Philosophe et collaborateur du « Monde des livres »)








                        



                                


                            
L’Immanence des vérités. L’Etre et l’Evénement, 3, d’Alain Badiou, Fayard, “Ouvertures”, 724 p., 30 €.

Allait-il devenir le philosophe de trois grands livres, comme Emmanuel Kant, son « ennemi personnel » ? C’est ainsi qu’Alain Badiou ironisait en 2012, lors du séminaire où fut annoncée la parution de L’Immanence des vérités, troisième tome de L’Etre et l’Evénement, son œuvre majeure, commencée en 1988 sous ce titre et prolongée en 2006 avec Logiques des mondes (l’un et l’autre au Seuil).
Outre l’immodestie revendiquée par l’un des principaux philosophes français vivants, ce décompte suggère une manière de le lire : en extrayant d’une bibliographie qui frôle la centaine de titres ce qui en constitue le cœur, à savoir un ambitieux système philosophique.
Celui-ci s’articule à toute la tradition spéculative occidentale mais vise l’inscription de ses questions dans les conditions d’une contemporanéité radicale. Qu’est-ce qu’une vie véritable ? Telle serait la première de ces questions, qui traverse le parcours du philosophe, né en 1937. En réponse, son nouveau livre affirme la nécessité de se situer, dans la vie, aux points où apparaît une vérité. Car c’est là que l’individu passif devient « sujet » d’une perspective infinie.
Point d’exception
Il ne faut pas entendre ici « vérité » au sens philosophique classique de correspondance entre la pensée et le réel. La vérité n’est pas non plus le reflet ici-bas d’un absolu existant dans un ciel d’Idées comme chez Platon, ou dans l’au-delà religieux. Badiou affronte en effet un problème fondamental : la vérité est-elle possible dans un monde sans transcendance ? Il refuse, contrairement à Kant, penseur de la limite, d’abandonner la quête philosophique de l’absolu lorsqu’il n’y a plus d’« arrière-monde », comme disait Nietzsche.
Le métaphysicien affronte un problème fondamental : la vérité est-elle...



                        

                        


<article-nb="2018/11/08/19-16">
<filnamedate="20181108"><AAMM="201811"><AAMMJJ="20181108"><AAMMJJHH="2018110819">
<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-16"> ¤ L’auteur est récompensé pour son deuxième roman, situé dans une vallée de Lorraine, d’où ses héros adolescents rêvent de « foutre le camp ».
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-16"> ¤                     


Article sélectionné dans La Matinale du 07/11/2018
Découvrir l’application


                           
édition abonné


Le prix Goncourt couronne Nicolas Mathieu, chroniqueur des « zones tues »

L’auteur est récompensé pour son deuxième roman, situé dans une vallée de Lorraine, d’où ses héros adolescents rêvent de « foutre le camp ».



LE MONDE
 |    08.11.2018 à 06h34
 • Mis à jour le
08.11.2018 à 07h37
    |

                            Macha Séry








                        



                                


                            

Après le Goncourt 2015 à Mathias Enard pour Boussole et celui de 2017 échu à Eric Vuillard pour L’Ordre du jour, il paraissait peu probable que l’académie récompense, si vite, un autre titre édité par Actes Sud, la maison de l’ancienne ministre de la culture Françoise Nyssen.
Il faut savoir gré au jury d’avoir passé outre ces considérations extralittéraires, mercredi 7 novembre, pour distinguer Leurs enfants après eux, le deuxième roman de Nicolas Mathieu, 40 ans. Il est vrai que rarement une fiction aura donné lieu à une telle unanimité critique et suscité un attachement si vif de la part de ses lecteurs.

Cette splendide chronique se décompose en quatre étés, de 1992 à 1998, qui voient grandir, s’épanouir et déjà se flétrir une poignée d’adolescents au cœur d’une vallée lorraine où les hauts-fourneaux se sont tus. Le styliste émérite qu’est Nicolas Mathieu fait ici du sur-mesure pour décrire du surplace. Soit des variations autour de l’impossibilité de prendre son envol dans un monde post-industriel qui a fourni tant de trames aux romans noirs.
Roman de formation autant que de désillusions
C’est d’ailleurs par un polar polyphonique, « un roman de la crise », dit-il, que Nicolas Mathieu est entré en littérature en 2014. Ayant pour point de départ la fermeture d’une usine ThyssenKrupp, en 2009, dans le Pas-de-Calais, Aux animaux la guerre (Actes Sud, « Actes noirs », Prix mystère de la critique 2014) se présentait comme un requiem de la classe ouvrière. Son adaptation en série télévisée sera diffusée sur France 3 à partir du 15 novembre.
Aux animaux la guerre est une plongée sociopolitique parmi les « oubliés » de la mondialisation, ceux qui finissent par voter Front national, parce que, croient-ils, tous leurs malheurs, notamment leur sentiment de déclassement, « c’est la faute des Arabes ». « Ils iraient stagner dans de piètres F2, mijotant aux zones périphériques....




                        

                        


<article-nb="2018/11/08/19-17">
<filnamedate="20181108"><AAMM="201811"><AAMMJJ="20181108"><AAMMJJHH="2018110819">
<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-17"> ¤ La surproduction éditoriale a entraîné un recul de 30 % des ventes moyennes par titre en dix ans.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-17"> ¤                     


Article sélectionné dans La Matinale du 07/11/2018
Découvrir l’application


                           
édition abonné


Des livres par-dessus le marché

La surproduction éditoriale a entraîné un recul de 30 % des ventes moyennes par titre en dix ans.



LE MONDE DES LIVRES
 |    08.11.2018 à 06h34
 • Mis à jour le
08.11.2018 à 08h02
    |

                            Macha Séry








                        



                                


                            
Insuffisamment de place dans les rayonnages des librairies et dans les colonnes de journaux. En vingt ans, la surproduction éditoriale, qu’Emile Zola déplorait déjà en 1880, a pris d’inquiétantes proportions. Car l’abondance de l’offre – une chance en soi – ne profite finalement ni aux auteurs ni aux lecteurs. Pis, elle entraîne une mévente de la majorité des œuvres publiées.
Dans un essai qui a fait date, La Longue Traîne. Comment Internet a bouleversé les lois du commerce, réédité en poche en mai (Flammarion, « Champs »), le journaliste et économiste américain Chris Anderson pronostiquait en 2006 que les marchés de niche étaient appelés à se développer et à réduire le niveau global de concentration des ventes.
Or il n’en est rien, comme en témoigne une synthèse portant sur l’« évolution de la diversité consommée sur le marché du livre, 2007-2016 », conduite par Olivier Donnat, chargé d’études au ministère de la culture.
« Accentuation de la best-sellerisation »
Certes, le nombre de titres ayant fait l’objet d’au moins une vente dans l’année a régulièrement progressé au cours de la décennie écoulée (+ 50 %, chiffre imputable notamment à l’autoédition, à la microédition et à la quantité croissante de réimpressions), de même que le nombre de nouveaux auteurs (+ 36 %), alors que l’ensemble du marché accusait un recul de 4 %.

Mais l’émiettement s’est traduit par une diminution de l’ordre d’un tiers du nombre moyen d’exemplaires vendus par livre. Le nombre d’ouvrages qui s’écoulaient jusque-là entre 10 000 et 99 999 exemplaires et étaient donc susceptibles de faire vivre les écrivains de leur plume a diminué de 15 %. Dans le même temps, la concentration des ventes sur les 1 000 premiers titres est passée de 46 % à 50 %, et le cumul de celles enregistrées par les auteurs ayant le plus de succès a grimpé de 35 % à 38 %.
« Les ventes sur le marché de la littérature générale ont par conséquent évolué plutôt dans le sens...




                        

                        


<article-nb="2018/11/08/19-18">
<filnamedate="20181108"><AAMM="201811"><AAMMJJ="20181108"><AAMMJJHH="2018110819">
<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-18"> ¤ Chaque jeudi, dans « La Matinale », la rédaction du « Monde des livres » propose son choix d’ouvrages.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-18"> ¤                     


Article sélectionné dans La Matinale du 07/11/2018
Découvrir l’application


                        

Erasme, Grande Guerre, féminisme : notre sélection pour la semaine

Chaque jeudi, dans « La Matinale », la rédaction du « Monde des livres » propose son choix d’ouvrages.



LE MONDE
 |    08.11.2018 à 06h30
 • Mis à jour le
08.11.2018 à 07h30
   





                        


LES CHOIX DE LA MATINALE
En cette semaine de célébration de la Grande Guerre, l’écrivain triestin Paolo Rumiz nous emmène en Ukraine sur les traces de son grand-père, un des « malgré-nous » de l’Italie qui ont combattu pour l’empire austro-hongrois. Autre personnage à découvrir cette semaine : l’Américaine Mary MacLane, dont le récit autobiographique de 1901 à la modernité stupéfiante est un manifeste féministe visionnaire.
ROMAN. « J’ai décidé d’arrêter d’écrire », de Pierre Patrolin
L’écriture ne va pas sans tourments. Pierre Patrolin le rappelle dès l’ouverture de son nouveau roman : écrire, c’est sans cesse reprendre et corriger, douter de l’intérêt que quiconque pourrait éprouver à vous lire, « être tour à tour insatisfait, comblé, désolé ».
Alors, le narrateur de J’ai décidé d’arrêter d’écrire fait un jour le choix de ne plus s’inquiéter, et de laisser filer l’existence sans besoin de la retranscrire. En d’autres mots : de ne plus écrire, ou plutôt d’essayer d’arrêter.
Car l’entreprise se révèle complexe et douloureuse. L’homme se met à faire des insomnies et à prendre du poids, peine à renoncer à sa première phrase du matin, celle que l’on rédige une tasse de café à la main et qui fait tourner la tête. Pour mener son projet à bien, il a donc recours à plusieurs techniques : rester seul, faire disparaître crayons et papiers, rédiger quelques phrases sur son ordinateur mais ne pas sauvegarder le document.
Seulement, la tentation est grande d’arrêter d’arrêter d’écrire, tant l’envie est forte de « voir apparaître quelque chose ». Et le narrateur de se retrouver à tracer quelques mots à l’aide d’une plume à défaut de stylo, ou encore de s’enregistrer sur son téléphone portable. Racontant ces échecs répétés, il remonte l’origine du processus d’écriture au fil de ce texte qui devient un objet d’exploration littéraire aux multiples facettes. Avril Ventura
« J’ai décidé d’arrêter d’écrire », de Pierre Patrolin, P.O.L, 176 p., 17 €.

   


RÉCIT. « Comme des chevaux qui dorment debout », de Paolo Rumiz
Ancien reporter de guerre pour le journal romain La Repubblica, l’écrivain triestin Paolo Rumiz est aussi un insatiable écrivain-voyageur, nourri des œuvres de Nicolas Bouvier et de Ryszard Kapuscinski. Après avoir longé les confins orientaux de l’Europe, de Mourmansk à la mer Noire (Aux frontières de l’Europe, Hoëbeke, 2011) et parcouru 8 000 kilomètres en zigzag dans les Alpes et les Apennins (La Légende des montagnes qui naviguent, Arthaud, 2017), c’est vers l’Ukraine qu’il nous entraîne.
En Galicie, sur les traces de son grand-père, mort pendant la première guerre mondiale. Mort pour l’Italie ? Non, car en 1914, Trieste appartenait à l’Autriche-Hongrie, et cet homme, comme 120 000 autres, est parti combattre pour l’empire. « Parti et resté là-bas à “regarder la lune”, note Rumiz. Sur ce front terrible brûlé par le vent et la neige. »
Quand en 1918 Trieste est devenue italienne, l’histoire de ces malheureux qui s’étaient battus du mauvais côté – les « malgré-nous » de l’Italie – est restée taboue pendant des décennies. C’est pour combattre cette double mort (par le feu et par l’oubli) que Rumiz, un jour de Toussaint, s’est mis en route, sur les traces de son grand-père.
Impossible de résumer ce pèlerinage où l’on grelotte dans les tempêtes des Carpates, où les champs – de blé et de bataille – sont toujours en surimpression, où l’on passe de la joie à la mélancolie comme les violonistes tziganes du Danube. Rumiz écrit avec son cœur, ses veines, ses papilles. En pleines célébrations de la Grande Guerre, ce livre empli de pitié et d’empathie est le tombeau magnifique de tous les oubliés de l’Histoire. Florence Noiville
« Comme des chevaux qui dorment debout » (Come cavalli che dormono in piedi), de Paolo Rumiz, traduit de l’italien par Béatrice Vierne, Arthaud, 388 p., 21,50 €.

   


PHILOSOPHIE. « Eloge de la folie », d’Erasme
Les Belles Lettres donnent ici à lire, en regard du texte, un commentaire écrit en 1532, jusque-là inédit en français, de cet indépassable manifeste de l’humanisme qu’est Eloge de la folie (1511), d’Erasme de Rotterdam (1467-1536).
Il est signé par un ami de l’auteur, le jeune médecin Listrius (Gerd Lijster), mais en grande partie écrit par un Erasme malicieux jouant à l’exégète de lui-même ou au « modérateur » prenant des distances vis-à-vis de sa propre audace.
Génial exercice de rhétorique, dont le mélange de savoir et de truculence annonce Rabelais, l’Eloge pousse à son extrémité la figure de l’antiphrase, puisque l’apologie de la raison, de la sagesse et de la vertu prend la forme d’une défense de leurs contraires, menée par la Folie. Cette tactique qui consiste, pour faire éclater le vrai, à prêcher le faux aura une riche prospérité littéraire. On la retrouve dans Les Provinciales de Pascal et, qui sait ?, peut-être même chez Sade.
Dans le contexte du XVIe siècle, où l’opuscule fut écrit, on constate, à le relire, à quel point il contient en germe la Réforme luthérienne. Mais Erasme, lui, se refuse à sacrifier le libre arbitre et combat la théorie luthérienne de la grâce (seul Dieu décide qui est damné ou sauvé), de sorte que les voies de l’humanisme et de la « Réformation » divergent rapidement.
Avec sa violence verbale coutumière, Luther accusera Erasme dans ses Propos de table d’avoir engendré avec son Eloge « une fille telle que lui ». A la retrouver, un demi-millénaire plus tard, elle n’a pourtant guère pris de rides. Nicolas Weill
« Eloge de la folie » (Moriae encomium), d’Erasme de Rotterdam, accompagné des notes d’Erasme, de Listrius et de Myconius, traduit du latin par Jean-Christophe Saladin, Les Belles Lettres, « Le miroir des humanistes », 226 p., 75 €.

   


JOURNAL. « Que le diable m’emporte », de Mary MacLane
Sa « vie en jachère », comme elle la nomme, la jeune Mary MacLane la veut grande. Incommensurable. Dans le récit autobiographique qu’elle compose en trois mois, en 1901, se lit, dans un souffle inaltéré, l’impatience de quitter l’univers étriqué de Butte, la ville de province où elle se morfond, et de marquer son époque par une œuvre littéraire.
S’inscrivant ouvertement dans la lignée du journal de Marie Bashkirtseff (1858-1884), cette diariste et artiste d’origine ukrainienne qui fut l’égérie du Paris des années 1880, ces carnets disent avec un sacré culot les rêves de gloire et de grandeur de son auteure.
Mais là où son aînée européenne s’en remettait à Dieu et à la Vierge pour réaliser ses ambitions, Mary MacLane passe un pacte avec le « Diable » : en l’occurrence une figure mystérieuse, objet d’une invocation constante, qui symbolise la liberté, le plaisir, voire la débauche. A travers elle et dans une langue incandescente, la jeune femme exprime son profond « égotisme » et le rêve d’un abandon à la sensualité.
Nourri de répétitions de motifs, qui lui confèrent sa force incantatoire, ce texte à la modernité stupéfiante livre un portrait sans apprêt et souvent attendrissant d’une jeune femme ivre d’audace. Un manifeste féministe visionnaire. Ariane Singer
« Que le diable m’emporte » (The Story of Mary MacLane), de Mary MacLane, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Hélène Frappat, Le Sous-sol, 160 p., 16 €.

   





                            


                        

                        


<article-nb="2018/11/08/19-19">
<filnamedate="20181108"><AAMM="201811"><AAMMJJ="20181108"><AAMMJJHH="2018110819">
<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-19"> ¤ En 1914, ils se sont aimés follement, violemment. Ce que décrivent magnifiquement les lettres effrénées de cette muse savante à Guillaume, mort il y a cent ans.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-19"> ¤                     
                                                   
édition abonné


Lou et Apollinaire, la chair et la guerre

En 1914, ils se sont aimés follement, violemment. Ce que décrivent magnifiquement les lettres effrénées de cette muse savante à Guillaume, mort il y a cent ans.



LE MONDE DES LIVRES
 |    07.11.2018 à 16h00
 • Mis à jour le
07.11.2018 à 16h40
    |

                            Pierre Michon








                        



                                


                            
Lettres à Guillaume Apollinaire, de Louise de Coligny-Châtillon, Gallimard, édition établie, présentée et annotée par Pierre Caizergues, 128 p., 12 €.

Ce petit livre est un trésor. Les lettres de Lou. Celles d’Apollinaire à Lou sont connues depuis longtemps (1969). Pas celles de Lou. Geneviève Marguerite Marie-Louise de Pillot de Coligny-Châtillon. Descendante en ligne directe de l’amiral de Coligny, massacré aux premiers instants de la Saint-Barthélemy. Comme enveloppée du sang de l’amiral. Elle est très belle, l’œil de feu, le sourire entier. Elle a 33 ans, l’âge de l’amour et de l’usage efficace du corps.
Et Guillaume ? L’homme le plus aimable du monde. Grand, fort, lourd, vif, donnant et se donnant à tous, avide de donner et de prendre. « J’ai l’air de Mars quand il attend Vénus », dit-il de lui en uniforme.
Il trouve Vénus. L’aventure est brève. En décembre 1914, ils se voient à Nîmes, où Guillaume est élève artilleur au 38e régiment d’artillerie de campagne et se prépare à monter au front ; c’est un ogre, un soldat, et un poète. Elle, sans ressources comme souvent, est hébergée par des amis titrés ; c’est une splendeur, une élégante, une lettrée. La liaison est immédiate, fulgurante, le désir et le plaisir en phase totale, les fantasmes emboîtés, l’assouvissement inouï – dans des hôtels, à Menton, à Grasse, à Nîmes, le Midi, le soleil, le souvenir des légions de Rome. Le 28 mars 1915, dans une de ces chambres, quelque chose se passe entre eux que nous ne connaissons pas ; peut-être une défaillance sexuelle d’Apollinaire. Il faut dire aussi que celui-ci avait dès janvier rencontré une certaine Madeleine, qu’il serrait de près. Lou aussi a des aventures. Leur amour est fini, mais dans leurs lettres, toute l’année 1915, ils font comme s’il ne l’était pas. Puis ils se taisent.
Lire aussi : Appolinaire, le guerrier amoureux
Lou, à nos...




                        

                        


<article-nb="2018/11/08/19-20">
<filnamedate="20181108"><AAMM="201811"><AAMMJJ="20181108"><AAMMJJHH="2018110819">
<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-20"> ¤ Alors que le deuxième livre de Valérie Manteau ne figurait plus sur la liste, ce très beau récit à Istanbul sur les traces du journaliste Hrant Dink, assassiné en 2007, a pourtant été primé.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-20"> ¤                     
                                                

Un prix Renaudot surprise au « Sillon » de Valérie Manteau

Alors que le deuxième livre de Valérie Manteau ne figurait plus sur la liste, ce très beau récit à Istanbul sur les traces du journaliste Hrant Dink, assassiné en 2007, a pourtant été primé.



LE MONDE
 |    07.11.2018 à 14h17
 • Mis à jour le
07.11.2018 à 16h46
    |

            Raphaëlle Leyris








                        


Alors qu’il figurait sur la première liste des ouvrages en lice pour le Renaudot, mais pas sur la dernière, Le Sillon, de Valérie Manteau (Le Tripode) a reçu la distinction, annoncée mercredi 7 novembre, en même temps que le Goncourt, depuis le restaurant Drouant.
Ont également été distingués par les jurés : Avec toutes mes sympathies, d’Olivia de Lamberterie (Stock) pour le Renaudot essai, et Dieu, Allah, moi et les autres, de Salim Bachi (Folio) pour le Renaudot poche. Un prix spécial a été attribué au Lambeau de Philippe Lançon, récipiendaire, lundi 5 novembre, du Femina.
Si le choix du Renaudot est surprenant, il faut dire que Valérie Manteau est une écrivaine qui a le don d’avancer masquée. Après avoir, par pudeur, fait en sorte de ne pas présenter Calme et Tranquille, son premier livre, comme un texte sur ou autour de Charlie Hebdo (journal pour lequel elle avait été chroniqueuse entre 2008 et 2013) – la quatrième de couverture dit simplement qu’il décrit « l’irruption brutale de la violence dans la vie d’une jeune femme » –, elle offre avec Le Sillon un roman lui aussi légèrement déguisé.

        Lire aussi notre critique :
         

          Valérie Manteau à Istanbul avec Hrant Dink en tête



Les déambulations de la narratrice à Istanbul
Il commence comme le récit d’une liaison vacillante avec un Turc pour se transformer en précis de décomposition d’un pays. Sans jamais cesser de s’afficher comme la description des déambulations de la narratrice à travers Istanbul, sur les traces du journaliste d’origine arménienne Hrant Dink, assassiné en 2007.
Installée sur la rive asiatique de la ville, où bouillonne une société civile attachée aux droits des minorités, elle marche, s’assoit pour fumer une cigarette, discute, s’implique dans la vie de la cité, militant en faveur des journalistes et écrivains poursuivis après la tentative de coup d’Etat de juillet 2016…
L’écriture de Valérie Manteau possède une grâce et une légèreté qui lui permettent d’entremêler l’évocation de ce qui se passe dans la tête de la jeune Française avec la description de ce qui advient dans les rues et dans le pays, tout en retraçant l’histoire de Hrant Dink. Elle se tisse dans les scènes vues autant que dans les textes qu’elle lit, qu’ils soient de Dink, de la romancière Asli Erdogan ou de la dramaturge britannique Sarah Kane (1971-1999, déjà très présente dans Calme et Tranquille). Et elle n’a pas à rougir à leurs côtés.

        Lire aussi :
         

                Le prix Goncourt attribué à Nicolas Mathieu pour « Leurs enfants après eux »






                            


                        

                        

