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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-1"> ¤ A la recherche de nouveaux artistes, il profite du salon parisien pour enrichir sa collection photographique. Le photographe Vassili Féodoroff l’a suivi le premier jour de la foire.
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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-2"> ¤ Le chanteur veut retrouver l’endroit où il a découvert « l’intensité qui entourait [sa] musique » et où il a « mangé, parlé et ri toute la nuit » avec le propriétaire.
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Ben Harper recherche le vendeur de falafels rennais qui a changé sa façon de voir le monde

Le chanteur veut retrouver l’endroit où il a découvert « l’intensité qui entourait [sa] musique » et où il a « mangé, parlé et ri toute la nuit » avec le propriétaire.



LE MONDE
 |    08.11.2018 à 16h21
 • Mis à jour le
08.11.2018 à 16h30
   





                        



   


A l’occasion des presque 40 ans des Transmusicales, Le Mensuel de Rennes interroge des artistes à propos du festival. Souvenirs, petits événements ou grands moments. Odeurs, hasards ou déambulations. Pourvu que leur mémoire en soit toujours imprégnée, leur vie marquée. Le numéro du vendredi 9 novembre publie une interview du musicien Ben Harper, qui profite de l’occasion pour lancer un avis de recherche : il souhaite retrouver le vendeur de falafels qui a changé sa vie, en 1993. Celui qui fait dire à Ben Harper que Rennes, fut, pour lui, « une renaissance ». Le Télégramme a relayé l’appel. Le hashtag #BenàRennes est lancé sur Twitter.

VIDEO. Ben Harper lance un avis de recherche dans le Mensuel de #Rennes.  La star californienne aimerait beaucoup retrouver un vendeur de  falafels qui a marqué son 1er concert aux Trans Musicales en 93. Festivaliers des Trans, ça vous dit quelque chose ? #BenàRennes #Solidarité pic.twitter.com/26SuC8llFq— Le Mensuel de Rennes (@MensueldeRennes) 7 novembre 2018


Non, vingt-cinq ans plus tard, Ben Harper n’a rien oublié. Rien de rien. C’était en 1993. Ce jour-là, c’était la nuit, et elle n’était pas calme. A 24 ans, il venait de donner son premier concert aux Transmusicales de Rennes. Enivré par la foule, galvanisé par l’énergie que celle-ci lui avait renvoyée. « De la pure adrénaline ! ». Ben Harper, ému, n’avait pas réussi à dormir.
Alors, comme un anonyme qu’il s’apprêtait à ne plus jamais être, il a fait résonner ses pas dans les rues de Rennes, qui se donnaient à lui. Et c’est alors qu’en dérivant, sans but, et on l’imagine planant, tâtonnant, qu’il fait une rencontre dont il se souvient encore aujourd’hui.
« Je me suis arrêté à un stand de falafels. Le propriétaire faisait tourner mon EP “Like a King” sur sa stéréo. Il adorait visiblement mes chansons. Cette intensité qui entourait la musique que j’avais écrite était totalement nouvelle pour moi. Fort heureusement, il parlait anglais. Nous avons mangé, parlé et ri toute la nuit. »
Mais c’était où ? Pas de souvenir. Ce dont il est sûr et qu’il avoue au Mensuel de Rennes, c’est que cette rencontre avec le vendeur de falafels rennais, « a changé sa façon de voir le monde ».
« J’espère que, par un hasard incroyable, il lira ceci. Je voudrais lui dire à quel point cette nuit a compté pour moi. »
Si vous (avez la chance d’être) êtes ce vendeur de falafels, vous pouvez contacter le magazine local au 02-99-79-04-65 ou rennes@lemensuel.com, qui se lance dans cette quête sous forme de véritable avis de recherche : « On se fera un plaisir de le mettre en contact avec la star californienne ! »



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-3"> ¤ Le plasticien, sa société et le Centre Georges-Pompidou devront verser 135 000 euros au concepteur du visuel « Fait d’hiver ».
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Jeff Koons condamné pour le plagiat d’une publicité Naf-Naf

Le plasticien, sa société et le Centre Georges-Pompidou devront verser 135 000 euros au concepteur du visuel « Fait d’hiver ».



Le Monde.fr avec AFP
 |    08.11.2018 à 16h18
 • Mis à jour le
08.11.2018 à 16h23
   





                        


Le tribunal de grande instance de Paris a condamné jeudi 8 novembre le plasticien américain Jeff Koons pour avoir contrefait une publicité pour les vêtements Naf-Naf représentant le fameux petit cochon de la marque, dans une œuvre brièvement exposée à Paris en 2014.
L’artiste controversé, sa société Jeff Koons LLC et le Centre Georges-Pompidou, qui a exposé lors d’une rétrospective la sculpture en porcelaine du plasticien, ont notamment été condamnés à verser solidairement 135 000 euros de dommages et intérêts au publicitaire Franck Davidovici, concepteur du visuel « Fait d’hiver » pour Naf-Naf.

KOONS ACCUSATO DI PLAGIO: LA SCULTURA “FAIT D’HIVER” RICORDA UNA PUBBLICITÀ FRANCESE DEL 1985 http://t.co/fUpbihzQ2n http://t.co/eBfHAeEVlo— _DAGOSPIA_ (@Dagospia)


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Présentée une première fois en 1988 dans une galerie new-yorkaise, la sculpture de Jeff Koons avait circulé dans le monde avant d’être exposée à la fin de 2014 au Centre Pompidou, à Paris, dans le cadre d’une rétrospective consacrée à l’artiste américain.
Franck Davidovici, publicitaire indépendant, avait découvert l’existence de cette œuvre dans un livre juste avant cette rétrospective et demandé en justice la saisie de l’exemplaire exposé, vendu environ 3 millions d’euros en 2007 chez Christie’s à New York, et faisant partie de la collection Prada. L’œuvre avait finalement été retirée de l’exposition à la demande du prêteur.
Démarche « d’appropriation »
Alain Seban, alors président du Centre Pompidou, avait expliqué que l’artiste menait une démarche « d’appropriation ». Il avait également rappelé que la question s’était posée pour d’autres œuvres de Jeff Koons, et notamment celles de la série Banality, dont fait partie « Fait d’hiver », « dont le principe même est de fonctionner à partir d’objets achetés dans le commerce ou d’images qui viennent de la publicité ou de magazines ».
Ce n’est en effet pas la première fois que l’artiste est condamné pour plagiat. Le tribunal de grande instance de Paris avait notamment jugé en mars 2017 qu’une œuvre de la série Banality, une sculpture en porcelaine intitulée Naked (« nus »), était bien la contrefaçon d’un cliché du photographe français Jean-François Bauret. Il avait condamné Jeff Koons LLC et le Centre Pompidou à verser des dommages et intérêts aux ayants droit de l’auteur de la photographie.

Cette photo de deux enfants nus a-t-elle été plagiée par Jeff Koons ? https://t.co/iZ02OuWwJJ https://t.co/sz7i2ciSuG— Telerama (@Télérama)


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Avant cela, Jeff Koons avait déjà été poursuivi à trois reprises pour plagiat et condamné deux fois.

        Lire aussi :
         

                Le « Bouquet of Tulips » de Jeff Koons sera installé près du Petit Palais






                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-4"> ¤ Le plus grand marché aux timbres annuel organisé dans l’Hexagone est ouvert jusqu’au 11 novembre. Les spéculateurs auront l’embarras du choix pour faire leurs emplettes.
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Le Salon philatélique d’automne fête l’armistice à l’Espace Champerret, à Paris

Le plus grand marché aux timbres annuel organisé dans l’Hexagone est ouvert jusqu’au 11 novembre. Les spéculateurs auront l’embarras du choix pour faire leurs emplettes.



LE MONDE
 |    08.11.2018 à 13h24
 • Mis à jour le
08.11.2018 à 17h41
    |

            Pierre Jullien








                        



   


Foire aux bonnes affaires, avalanche d’émissions de nouveaux timbres, séances de dédicaces des artistes créateurs, exposition de collections : le 72e Salon philatélique d’automne organisé par la Chambre syndicale des négociants et experts en philatélie (CNEP), qui se déroule du 8 au 11 novembre à Paris, à l’Espace Champerret, s’apprête à solliciter comme rarement vu le portefeuille des collectionneurs !
De nombreux événements animeront ce salon qui réunit une cinquantaine de négociants spécialisés français et étrangers ainsi que huit postes « exotiques » (parmi lesquelles la Nouvelle-Calédonie, la Polynésie française, Saint-Pierre-et-Miquelon, les Terres australes et antarctiques françaises, l’Espagne, le Kirghizistan, etc.) et celle des Nations unies. La Poste française clôturera les commémorations philatéliques de la guerre de 1914-1918 avec un bloc-feuillet de deux timbres à 2,60 euros sur le centenaire de l’armistice dessiné par l’auteur de bande dessinée Damien Cuvillier, les deux timbres étant repris dans un souvenir philatélique au tirage limité à 30 000 exemplaires contre 370 000 pour la version « classique ».

   


Grande Guerre toujours avec un timbre de poste aérienne à 3,80 euros, dessiné par Maël, gravé par André Lavergne, dédié aux as de l’aviation Michel Coiffard (1892-1918) et Maurice Boyau (1888-1918), ce dernier également international de rugby.
La CNEP pour sa part éditera un bloc timbré représentant la clairière de Rethondes, où fut signé l’armistice, dessiné par Christian Broutin.
Les quatre jours du salon verront s’enchaîner en outre des ventes en avant-première de timbres de vœux (carnet à 9,60 euros), de timbres sur les chapeaux (un feuillet de six timbres, à 5,70 euros et un souvenir à 8 euros), sur Ivan Tourgueniev (1,30 euro), un bloc-souvenir sur la valse (4 euros) et deux timbres sur des vases de Gallé et d’Antonija Krasnik dans le cadre d’une émission conjointe avec la Croatie (deux vignettes à 0,95 et 1,20 euro).
Mais surtout, La Poste mettra en vente toute une déclinaison de produits à l’effigie de la nouvelle « Marianne », dite « L’Engagée », signée Yseult YZ Digan : le premier carnet autocollant à présenter la version imprimée en héliogravure (et non en taille-douce traditionnelle) des deux timbres, vert et rouge, avec un « maxi-timbre » en noir à 3,20 euros, est vendu 13,70 euros, avec un petit tirage de 60 000 exemplaires. Autre carnet, gommé, associant cette fois-ci à douze timbres rouges et verts deux versions agrandies au tarif 100 grammes de la lettre verte (1,60 euro) et de la lettre prioritaire (1,90 euro). Tirage pour ce carnet vendu 14 euros : 70 000 exemplaires.

   


Et ce n’est pas fini ! Les amateurs ne manqueront pas de se procurer les neuf feuilles non dentelées des neuf valeurs de la nouvelle « Marianne » (1 c., 5 c., 10 c., 1 euro, écopli, lettre, lettre verte, lettre prioritaire, Europe et Monde) auxquelles on ajoutera un feuillet avec une « Marianne » grand format imprimée avec une encre noire pailletée affichant une valeur faciale de 15 euros, le tout étant numéroté, tiré à 8 000 exemplaires, présenté dans une enveloppe au prix de 95 euros ! De quoi faire râler le négoce philatélique qui accuse La Poste d’assécher le marché !
Deux timbres de distributeurs (libre-service affranchissement) seront mis en service durant les seuls quatre jours de la manifestation : la première consacrée à la nouvelle « Marianne », la seconde présentant un paysage de la Croatie, pays invité du salon.

        Lire aussi :
         

                Philatélie : s’initier à l’œuvre de Sophie Calle pour 1,90 euro



Parmi les autres animations, de nombreuses collections concernant la guerre de 14-18 seront présentées aux visiteurs, dont deux proposées par l’Académie de philatélie et une de Michel Toulet sur des cartes postales d’époque… plus d’autres sur des « Mariannes » du passé.
Des séances de dédicaces avec les artistes créateurs de timbres – dont Yseult Digan ou Christian Broutin, le vendredi 9 novembre après-midi ; Félix Sikora le 9 matin et le 11 après-midi ; Louis Boursier le samedi 10, etc. - se dérouleront durant les quatre jours sur le stand de l’association Art du timbre gravé.

   


Oïjha (Ann-Isabelle Guyomard) sera pour sa part sur le stand des Terres australes et antarctiques françaises pour signer une création philatélique originale, à partir d’une œuvre que le territoire avait utilisé pour ses vœux 2017.

   


Les plus-values seront à rechercher parmi les tirages les plus restreints que les collectionneurs pourront faire dédicacer parc les artistes, pourquoi pas du côté des collectivités territoriales présentes au salon, comme la Nouvelle-Calédonie par exemple, dont l’hommage timbré à Michel Rocard – peu flatté –, pour le XXXe anniversaire des accords de Matignon (1 100 FCFP, soit 8,38 euros tout de même) est imprimé à 18 000 exemplaires seulement ou la Polynésie française qui édite un bloc pour le centenaire de la fin de la première guerre mondiale tiré à 15 000…
Salon philatélique d’automne, du 8 au 11 novembre, de 10 heures à 18 heures, sauf le 11 novembre jusqu’à 16 heures, Espace Champerret, hall A, rue Jean-Ostreicher, Paris XVIIe arrondissement. Entrée gratuite. Métro : Porte de Champerret.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-5"> ¤ Pour répondre à l’énorme succès populaire d’une chanson égratignant le pouvoir en place, le premier ministre en a aussi mis un en ligne. Avec beaucoup moins de succès.
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En Thaïlande, bataille de raps

Pour répondre à l’énorme succès populaire d’une chanson égratignant le pouvoir en place, le premier ministre en a aussi mis un en ligne. Avec beaucoup moins de succès.



LE MONDE
 |    08.11.2018 à 12h53
 • Mis à jour le
08.11.2018 à 13h46
    |

            Bruno Philip (Bangkok, correspondant en Asie du Sud-Est)








                        



                                


                            

Après quatre ans de dictature, une bande de rappeurs vient de bousculer le régime des généraux thaïlandais : en un peu plus d’une semaine, la chanson « Prathet ku mi… » (Et voici ce que fait mon foutu pays…), qui égrène dans un langage cru les tares du régime et de la société, a été vue plus de 26 millions de fois. Ce qui, dans une nation de 69 millions d’habitants, est un record national.
« Ce que mon pays fait, c’est de prétendre donner des libertés mais ne te laisse pas le droit de choisir », scandent dix rappeurs, filmés en noir et blanc, certains cagoulés et masqués, d’autres à visages découverts. « Ce pays où on tue facilement avec de l’argent », « ce pays où l’on mange de la panthère en sashimi », chantent, un par un, en gesticulant, les chanteurs, faisant des allusions directes à la corruption et aux scandales qui émaillent la politique thaïe. Notamment celui qui a vu, en février, le tycoon de l’immobilier Premchai Karnasuta être arrêté pour avoir abattu des félins d’une espèce menacée dans la jungle.

Regarder n’est pas forcément approuver mais le plus d’un million de « like » sur Facebook indique bien qu’une partie substantielle des jeunes et des rappeurs de tout poil en ont ras la casquette du régime du général Prayuth Chan-ocha. Celui-ci et sa clique de galonnés s’étaient emparés du pouvoir en mai 2014 pour « ramener l’ordre » dans un pays divisé et meurtri par de multiples et sanglantes crises depuis une décennie.
Impatience populaire
Même si le régime des généraux est une sorte de « dictature molle », qui ne peut être comparée dans son niveau de répression avec ses consœurs sud-américaines des années de plomb, ou même avec d’autres régimes militaires du passé dans le royaume thaï, le succès de la chanson est tout de même une indication d’un degré d’impopularité certaine du pouvoir en place.
En dépit du fait que les élites, les classes aisées et une grande partie des...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-6"> ¤ Le Furet du Nord négocie l’achat de Decitre. Cette transaction est l’illustration de « l’exception française » et de la vitalité du livre, explique dans sa chronique, Denis Cosnard, journaliste au « Monde ».
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« En France, le libraire fait de la résistance »

Le Furet du Nord négocie l’achat de Decitre. Cette transaction est l’illustration de « l’exception française » et de la vitalité du livre, explique dans sa chronique, Denis Cosnard, journaliste au « Monde ».



LE MONDE ECONOMIE
 |    08.11.2018 à 12h53
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            Denis Cosnard








                        



                                


                            

Chronique Pertes & profits. La coïncidence est cocasse. Mardi 7 novembre se déroulait au restaurant Drouant un de ces rites qui font le sel de la vie littéraire française : devant une forêt de micros et de caméras menaçant de l’asphyxier, Nicolas Mathieu recevait le prestigieux prix Goncourt pour Leurs enfants après eux (Actes Sud). Au même moment, l’un des plus vieux réseaux de librairies, Decitre, annonçait être en négociations exclusives pour se vendre à son concurrent Le Furet du Nord. En 1907, Henri Decitre avait ­repris une petite librairie lyonnaise. Son fils Pierre avait développé l’affaire. Aujourd’hui, Guillaume Decitre, le fils de Pierre, vend la maison, qui compte onze magasins, dont neuf en Rhône-Alpes. Leurs enfants après eux, vraiment ?

Comme les meilleurs livres, ce rapprochement peut se lire de plusieurs façons. Certains pleureront la fin d’une entreprise familiale, l’absorption de la plus belle enseigne lyonnaise par un petit groupe aux mains d’un fonds d’investissement, Vauban Partenaires. Mais, tout comme l’excitation persistante autour des prix littéraires, cette transaction prouve aussi qu’en France, le livre est bien vivant. Le libraire fait de la résistance, des financiers sont prêts à miser sur son succès. Une nouvelle illustration de la fameuse « exception culturelle française ».
La BD en forte croissance
Depuis l’arrivée de Vauban à son capital, en 2008, Le Furet du Nord s’est lancé dans une expansion dans sa région d’origine, mais aussi en Picardie, en Ile-de-France, en Belgique. En huit ans, il a doublé le nombre de ses points de vente, sans être rassasié. En 2017, les librairies Sauramps de Montpellier, en faillite, lui ont échappé. A présent, Decitre permet au ­Furet du Nord d’arriver enfin dans le Sud. Le groupe va presque doubler de taille, pour frôler 150 millions d’euros de chiffre d’affaires. Au passage, Le Furet va bénéficier du site de vente en ligne de Decitre,...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-7"> ¤ Il succède à « Dossier M. », de Grégoire Bouillier (Flammarion), qui avait reçu la récompense peu de temps après la mort de Pierre Bergé, mécène du Décembre.
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Le prix Décembre récompense « François, portrait d’un absent », de Michaël Ferrier

Il succède à « Dossier M. », de Grégoire Bouillier (Flammarion), qui avait reçu la récompense peu de temps après la mort de Pierre Bergé, mécène du Décembre.



LE MONDE
 |    08.11.2018 à 12h45
 • Mis à jour le
08.11.2018 à 13h42
    |

                            Nils C. Ahl (Collaborateur du « Monde des livres »)








                        


Le prix Décembre a été attribué, jeudi 8 novembre, à Portrait d’un absent, du romancier et essayiste Michaël Ferrier (Gallimard, « L’Infini », 256 p., 20 €.) Il succède à Dossier M., de Grégoire Bouillier (Flammarion), qui avait reçu la récompense peu de temps après la mort de Pierre Bergé, mécène du Décembre – la distinction ne s’était pas accompagnée en 2017 des 30 000 euros qui en font le mieux doté des prix de fin d’année. En 2018, la fondation Pierre-Bergé offre 20 000 euros au récipiendaire du prix.
Chronique d’une amitié
C’est un très beau livre de deuil qui se trouve ainsi récompensé. Il s’ouvre à la fin 2013 quand, au milieu de la nuit tokyoïte, Michaël Ferrier apprend la mort accidentelle de François Christophe. Ce texte admirablement aérien et fragile fait la chronique d’une amitié trop tôt interrompue. Cette amitié, Ferrier la dit, de l’internat du lycée Lakanal (où ils se sont rencontrés) au Japon, sans en faire un traité ni l’éloge.
L’amitié ne s’écrit pas, elle se raconte, semble finalement démontrer François, portrait d’un absent au gré des saynètes et des digressions – surtout elle se raconte à deux, ce que ce livre donne miraculeusement l’impression de faire jusqu’à son titre (qui est un emprunt au titre d’un film documentaire de François Christophe, justement).
Et c’est en s’estompant, parfois presque en s’absentant, que l’ami qui reste fait une place à l’ami qui est parti, qu’il l’accompagne, qu’il lutte contre l’oubli, « cette seconde mort », « le vrai tombeau », dont la littérature pourrait être l’antidote
Lire la critique complète de « François, portrait d’un absent » (édition abonnés) 



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-8"> ¤ Le film de Jon M. Chu, « Crazy Rich Asians », en salle en France depuis le 7 novembre, connaît un gros succès outre-Atlantique, notamment dans la communauté asiatique.
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Cinéma : « Crazy mania » aux Etats-Unis

Le film de Jon M. Chu, « Crazy Rich Asians », en salle en France depuis le 7 novembre, connaît un gros succès outre-Atlantique, notamment dans la communauté asiatique.



LE MONDE
 |    08.11.2018 à 11h28
    |

            Corine Lesnes (San Francisco, correspondante)








                        



                                


                            

Salles louées d’avance, couvertures des magazines : dès sa sortie, mi-août, Crazy Rich Asians a pris la dimension d’un phénomène de société aux Etats-Unis. Pour la communauté asiatique, le film a représenté l’équivalent de ce qu’avait été, six mois plus tôt, le Black Panther, de Ryan Coogler, pour les Afro-américains : une source de fierté, la reconnaissance d’une place à part entière dans le monde culturel mainstream, avec une distribution entièrement « ethnique ».

Depuis la sortie, le film a engrangé 234 millions de dollars de recettes (205 millions d’euros). On est loin du record de Black Panther –1,4 milliard de dollars dans le monde, dont 700 millions aux Etats-Unis, ce qui en fait le neuvième succès de tous les temps. Mais la « Crazy mania » a incité Hollywood à reconsidérer le dogme selon lequel seules les stars « blanches »  sont susceptibles d’attirer les producteurs et le public (au point de faire jouer des acteurs blancs dans des rôles de minorités, comme Scarlett Johansson en 2017, dans Ghost in the Shell, basé sur un manga japonais).
Universalité du scénario
Premier grand film dirigé par un metteur en scène asiatique – le sino-américain Jon M. Chu – depuis vingt-cinq ans, Crazy Rich Asians a enthousiasmé la diaspora, avec son côté agile, branché, son décor singapourien extravagant et ses personnages qui passent sans transition du mandarin à l’anglais ou au cantonais, à l’image de nombre « d’ABC » new-yorkais (« Americans Born Chinese », dans le jargon des millenials).

La communauté asiatique (6 % de la population des Etats-Unis avec une augmentation de 70 % en dix ans) y a vu un signe supplémentaire de son affirmation politique et culturelle, dans un pays où elle a longtemps préféré ne pas s’afficher. Et, pour une fois, elle apparaît dans une représentation qui n’emprunte pas au kung fu ou au cliché de « nerds » (premier de la classe) attaché aux...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-9"> ¤ Journal, récits, essais, roman, anthologie… Les brèves critiques du « Monde des livres » du 8-9 novembre 2018.
<filname="PROF-0,2-3246,1-0,0-9"> ¤                     
                                                   
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Livres en bref

Journal, récits, essais, roman, anthologie… Les brèves critiques du « Monde des livres » du 8-9 novembre 2018.



LE MONDE DES LIVRES
 |    08.11.2018 à 11h14
 • Mis à jour le
08.11.2018 à 11h41
    |

                            Zoé Courtois (Collaboratrice du « Monde des livres »), 
                            Maylis Besserie (Collaboratrice du « Monde des livres »), 
Nicolas Weill, 
                                Florence Noiville et 
Raphaëlle Leyris








                        



                                


                            Récit. Adieu à la jeunesse
Rue de Beaune, de Michel Braudeau, Stock, 146 p., 16,50 €.
D’une rive de la Seine l’autre, d’une décennie l’autre. Après les années 1970 retracées dans Place des Vosges (Seuil, 2017), Michel Braudeau se souvient des eighties passées Rue de Beaune, dans un appartement acheté dans l’espoir fou qu’il facilite une idylle avec l’actrice Nastassja Kinski. Les noms de stars du cinéma ou de la littérature de l’époque (que Michel Braudeau rencontre pour L’Express, où il travaille, avant de rejoindre le Monde) défilent, comme les femmes dans la vie d’un auteur qui n’aspire qu’à écrire, faire l’amour et voyager. Enlevé, mélancolique, Rue de Beaune est à la fois le récit d’une époque et une réflexion sur le temps, « cette matière sans épaisseur, (…) cet espace sans étendue, (…) cette durée qui ne passe pas et revient parfois sur elle-même ». Cet adieu à la jeunesse s’achève en 1989. Braudeau (qui a déménagé mais reste sur la rive gauche) a été nommé feuilletoniste du « Monde des livres » – il le restera jusqu’en 1994. R. L.
Essai. La technique de l’ombre
Le Modernisme réactionnaire (Reactionary Modernism), de Jeffrey Herf, traduit de l’anglais et de l’allemand par Frédéric Joly, L’Echappée, « Versus », 432 p., 22 €.
Dans ce classique de l’histoire des idées, publié en 1984, mais traduit seulement aujourd’hui en français, l’historien américain Jeffrey Herf, professeur émérite à l’université du Maryland, s’attache à résoudre une équation toujours pantelante dans la modernité : la cohabitation paradoxale de la technique et d’un rejet radical des Lumières. Celle-ci s’est formée dans le creuset d’une constellation intellectuelle allemande, dont émergent les noms de l’économiste Werner Sombart, du philosophe Oswald Spengler et de l’écrivain Ernst Jünger, mais aussi plus tard dans le « romantisme...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-10"> ¤ Déambulation avec Artur Walther à travers les allées du Grand Palais, la veille de l’ouverture de la foire d’art.
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A Paris Photo, le marathon d’un collectionneur

Déambulation avec Artur Walther à travers les allées du Grand Palais, la veille de l’ouverture de la foire d’art.



LE MONDE
 |    08.11.2018 à 09h55
 • Mis à jour le
08.11.2018 à 17h51
    |

            Claire Guillot








                        



                                


                            

Il n’y a qu’à Paris Photo qu’on peut se retrouver coincé dans un espace de deux mètres carrés en compagnie de l’ambassadeur du Japon, à admirer des planches contacts du photographe japonais Nobuyoshi Araki, l’auteur de Sentimental Journey. Dans sa petite réserve, le galeriste Jean-Kenta Gauthier, muni de gants blancs, sort ses trésors pour quelques initiés. Parmi eux, Artur Walther, allure sévère et veste sombre, le visage égayé par des lunettes cerclées de rose.
Depuis vingt ans, il construit sa collection de photographies pour sa fondation, hébergée dans deux lieux d’exposition, à Ulm (Allemagne) et à New York, et qu’il diffuse sous forme de livres, de prêts aux institutions et d’expositions – comme en 2015 à la Maison Rouge à Paris. Cette année, nous parcourons la foire sur ses pas. De petits pas : dans chaque allée, il se fait héler – par un photographe, un conservateur, un curateur. « Tout le monde est ici, s’excuse-t-il. C’est la première foire du monde pour la photo, c’est autant un événement social qu’un lieu où on achète. »

On est le matin du mercredi 7 novembre, la foire n’ouvre au public que le lendemain, mais tous les professionnels se pressent déjà sous la coupole du Grand Palais. Chez Thomas Zander, pointure du marché, Artur Walther tombe sur le photographe américain Mitch Epstein, qui rigole : « Artur, c’est mon parrain ! » Il y a quelques années, le collectionneur lui a acheté une quinzaine d’images de sa série American Power, de très grands formats couleur sur la relation complexe des Etats-Unis aux ressources naturelles. « Il y a des collectionneurs qui spéculent, ou qui consomment des photos comme des vêtements, note l’artiste. Artur est un passionné, et il partage avec le public, par des livres et des expositions. C’est précieux : les artistes ne font pas des œuvres pour qu’elles dorment dans des réserves. »
« Dialogue avec les artistes »
Sur le...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-11"> ¤ La chronique de la philosophe Catherine Malabou, à propos d’« Iconologie. Image, texte, idéologie », de W.J.T. Mitchell.
<filname="PROF-0,2-3246,1-0,0-11"> ¤                     
                                                   
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Mutations. Donner à voir

La chronique de la philosophe Catherine Malabou, à propos d’« Iconologie. Image, texte, idéologie », de W.J.T. Mitchell.



LE MONDE DES LIVRES
 |    08.11.2018 à 09h31
 • Mis à jour le
08.11.2018 à 10h13
    |

                            Catherine Malabou (Philosophe)








                        



                                


                            
Iconologie. Image, texte, idéologie (Iconology : Image, Text, Ideology), de W.J.T. Mitchell, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Maxime Boidy et Stéphane Roth, Les Prairies ordinaires, 320 p., 24 €.
Le théoricien américain W.J.T. Mitchell, professeur de littérature et d’histoire de l’art à l’université de Chicago et directeur de la célèbre revue Critical Inquiry, est l’un des représentants les plus éminents d’une discipline encore mal connue en France : les visual studies. Ces « études visuelles » ont pour mission d’analyser la confrontation entre le dire et le voir, et de mettre au jour les présupposés inhérents à la notion de représentation, présupposés dont la « théorie » elle-même est empreinte.
« L’histoire de la culture est en partie l’histoire d’une longue lutte pour la domination entre les signes picturaux et linguistiques », écrit W.J.T. Mitchell
« La notion même de théorie des images, écrit Mitchell, suggère la tentative de maîtriser le champ de la représentation visuelle à l’aide du discours. Mais supposons un instant que nous renversions les relations de pouvoir inhérentes au “discours” et au “champ” et essayions d’imager la théorie ? » Imager la théorie, exhiber toutes les ressources de la visibilité contenue dans le discours n’est pas un geste neutre ; il est toujours politique. En effet, « l’histoire de la culture est en partie l’histoire d’une longue lutte pour la domination entre les signes picturaux et linguistiques ».
C’est ainsi que Mitchell forge le terme d’« iconologie » pour décrire la traduction des textes en images (visualisation de la théorie par la gravure du frontispice dans le Léviathan de Hobbes, par exemple) et des images en textes (image de la camera obscura inscrite dans le concept d’idéologie chez Marx).
Entre iconophilie et iconophobie
On se félicite qu’Iconologie paraisse aujourd’hui en...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-12"> ¤ Le réalisateur présente une dizaine de ses films à la Bibliothèque publique d’information du Centre Pompidou, à Paris.
<filname="PROF-0,2-3246,1-0,0-12"> ¤                     
                                                   
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Cinéma : Luc Moullet, le burlesque de la Nouvelle Vague

Le réalisateur présente une dizaine de ses films à la Bibliothèque publique d’information du Centre Pompidou, à Paris.



LE MONDE
 |    08.11.2018 à 09h29
 • Mis à jour le
08.11.2018 à 09h34
    |

            Clarisse Fabre








                        



                                


                            

C’était en 1945. Luc Moullet avait 8 ans. Dans L’Ecran français, la revue hebdomadaire de cinéma (1943-1952) à laquelle collabora André Bazin, il découvrit un article sur « les 50 ans du cinéma » – l’acte de naissance de ce dernier étant associé à l’invention d’une caméra projecteur (Cinématographe) par les frères Lumière, en 1895. « Ce document m’a incité à aller voir des films. A l’adolescence, j’avais le désir de faire du cinéma. Mais il était difficile de devenir réalisateur. J’ai commencé par être critique aux Cahiers du cinéma en 1956 », raconte le cinéaste aujourd’hui âgé de 81 ans, regard bleu lucide, dans l’appartement parisien qu’il partage avec sa compagne, Antonietta Pizzorno.
Actrice, scénariste, celle-ci a coréalisé avec Moullet le film culte Anatomie d’un rapport (1975), où le cinéaste se met en scène – et à nu – pour explorer la crise de son couple et de sa relation sexuelle alors que le Mouvement de libération des femmes (MLF) bouscule l’ordre patriarcal.
Soixante-deux ans après ses débuts aux Cahiers et une quarantaine de films plus tard (courts, longs et moyens), Luc Moullet est l’un des cinéastes les plus singuliers de la Nouvelle Vague. Acteur performeur dans la veine de Buster Keaton et de Nanni Moretti, il est un grand observateur de l’absurde. Nombre de ses films ont exploré la folie et les inégalités engendrées par la société capitaliste et post-coloniale.
Nombre de ses films ont exploré la folie et les inégalités engendrées par la société capitaliste et post-coloniale
Après la rétrospective de ses films organisée par le Centre Pompidou, à Paris, en 2009, Beaubourg rend à nouveau hommage à celui que Jean-Marie Straub, autre pilier de la Nouvelle Vague, désigne comme « le seul héritier à la fois de Buñuel et de Tati » : du 9 au 11 novembre, la Bibliothèque publique d’information (BPI) projettera une dizaine de ses films dans le cadre d’un focus sur la...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-13"> ¤ En 1833, le chef indien décrit l’expropriation des Sauk de leurs terres ancestrales et les massacres qui s’ensuivirent.
<filname="PROF-0,2-3246,1-0,0-13"> ¤                     
                                                   
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La spoliation du haut Mississippi racontée par Black Hawk

En 1833, le chef indien décrit l’expropriation des Sauk de leurs terres ancestrales et les massacres qui s’ensuivirent.



LE MONDE DES LIVRES
 |    08.11.2018 à 09h16
 • Mis à jour le
08.11.2018 à 10h10
    |

                            Marie-Hélène Fraïssé (Collaboratrice du « Monde des livres »)








                        



                                


                            
Chef de guerre. Autobiographie, de Black Hawk, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Paulin Dardel, introduction et notes de Thomas Grillot, Anacharsis, 192 p., 18 €.

« J’ai songé à l’ingratitude des Blancs en voyant leurs belles maisons, leurs riches moissons… Je me suis rappelé que toute cette terre avait été la nôtre. Ni moi ni mon peuple n’avons reçu le moindre dollar en échange… » Black Hawk (1767-1838), chef des Sauk, défait au terme de plusieurs décennies de luttes diplomatique et armée, lance ce cri du cœur au moment où, captif, il est en route vers Washington. Le président Andrew Jackson, promoteur de la loi sur l’expulsion des Indiens (1830), l’y attend, pour lui accorder quelques mots de réconfort et d’estime de pure forme. Black Hawk a tout loisir de constater l’éclatante richesse de la côte Est. Il pointe le non-respect par ses vainqueurs des préceptes de leur propre religion, laquelle ordonne de « faire aux autres ce qu’on aimerait qu’ils nous fassent ». On retrouve cette nuance d’ironie au fil du poignant récit de vie que le vieux chef confie en 1833 à un obscur éditeur, dont ce sera l’unique best-seller, et qui est enfin publié en France.
Le peuple sauk a ses territoires ancestraux dans la fertile vallée du haut Mississippi. Après la jeunesse heureuse de Black Hawk, l’avenir s’obscurcit. Scénario connu : les colons ont besoin de terres et l’Amérique défend les colons…
Manipulations cyniques
A l’heure de l’histoire connectée, qui vise à multiplier les points de vue sur la mondialisation coloniale, le récit de Black Hawk est précieux. C’est celui d’un combattant hors pair doublé d’un fin politique. Avouant son impuissance finale, il défend son courage et sa dignité en montrant par quelles manipulations cyniques l’Angleterre et les Etats-Unis se sont employés à instrumentaliser les groupes autochtones et les dresser les uns contre les autres.
Avec...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-14"> ¤ Comment conçoit-on un bâtiment destiné à accueillir un média ? Louis Dreyfus et Kjetil Thorsen en ont débattu, dimanche 7 octobre au Monde Festival.
<filname="PROF-0,2-3246,1-0,0-14"> ¤ 
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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-15"> ¤ Ancien reporter de guerre, l’écrivain voyageur triestin a exploré les confins de la Galicie, sur les traces de son grand-père, engagé en 1914 sous le drapeau austro-hongrois.
<filname="PROF-0,2-3246,1-0,0-15"> ¤                     
                                                   
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Paolo Rumiz, « fils de la frontière »

Ancien reporter de guerre, l’écrivain voyageur triestin a exploré les confins de la Galicie, sur les traces de son grand-père, engagé en 1914 sous le drapeau austro-hongrois



LE MONDE DES LIVRES
 |    08.11.2018 à 08h57
 • Mis à jour le
08.11.2018 à 08h58
    |

                            Florence Noiville








                        



                                


                            

Certains sont Balance ou Gémeaux. Lui est né sous le signe de la frontière. « Fils de la frontière, voilà ce que je suis », annonce fièrement Paolo Rumiz tandis que nous longeons le port de sa Trieste natale, sa « petite Vienne posée sur l’eau ». On lui fait remarquer que, dans ce vestige de la Mitteleuropa, à la charnière des mondes latin, germanique et slave, il n’est sûrement pas le seul. Mais ce n’est pas ce qu’il veut dire. Bien sûr qu’ici, les démarcations n’ont pas cessé d’être tracées, déplacées, retracées. « Je raconte toujours que ma grand-mère, qui n’a jamais quitté Trieste, a vécu sous six drapeaux différents : la monarchie habsbourgeoise, le royaume d’Italie, l’Allemagne, la Yougoslavie, le gouvernement militaire allié et la République italienne. Mais quand je dis “fils de la frontière”, c’est au sens propre. La ligne séparant l’Italie et la Yougoslavie a été plantée ici, avec des pitons, dans la nuit du 20 décembre 1947, au moment même où j’étais en train de naître. »
Carnets de voyages
Bornes, bordures, limites. Il fallait leur « faire la nique ». Les passer et les dépasser. Jouer avec elles et s’en jouer. Très vite, le jeune ­Paolo a eu « des fourmis dans les pantalons » (« formiche nei pantaloni »). A 9 ans, son instituteur lui a donné les carnets de voyages de Christophe Colomb, et l’envie d’ailleurs ne l’a plus quitté. « J’ai fait le journaliste pour avoir l’excuse de voyager », dit-il.
Il a d’abord été reporter à La Repubblica où il a couvert les guerres de Bosnie et d’Afghanistan. Puis a bourlingué en Europe, en train, à vélo, à pied, en canot, en bateau. Nourri des œuvres de Nicolas Bouvier et de Ryszard Kapuscinski, il a descendu 700 kilomètres du Pô (Pô, le roman d’un fleuve, Hoëbeke, 2014), erré, à vingt-deux siècles de distance, dans L’Ombre d’Hannibal ­ (Hoëbeke, 2012), parcouru les ­Alpes et les Appenins (La Légende des montagnes...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-16"> ¤ La chronique hebdomadaire de Roger-Pol Droit, à propos du « Dictionnaire amoureux de la philosophie », que publie l’ancien ministre de l’éducation.
<filname="PROF-0,2-3246,1-0,0-16"> ¤                     
                                                   
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Figures libres. Luc Ferry pédagogue

La chronique hebdomadaire de Roger-Pol Droit, à propos du « Dictionnaire amoureux de la philosophie », que publie l’ancien ministre de l’éducation.



LE MONDE DES LIVRES
 |    08.11.2018 à 08h37
 • Mis à jour le
08.11.2018 à 17h28
    |

                            Roger-Pol Droit








                        



                                


                            
Dictionnaire amoureux de la philosophie, de Luc Ferry, Plon, 1 500 p., 30 €.

Philosophe, il y a cent manières de l’être. Par exemple : construire un système englobant tout, une cathédrale de concepts, façon Hegel. Ou bien se promener parmi les idées, passer de l’une à l’autre, le nez au vent, façon Diderot. Ou encore casser illusions, idoles et faux-semblants, façon Nietzsche, à coups de marteau. Certains creusent sur place, toujours au même endroit, de plus en plus profond. D’autres gambadent, nomadisent, courent à perdre haleine. Un épais jargon sert de bunker à quelques-uns, tandis que pédagogie et clarté dominent chez d’autres.
Sciences et techniques
Luc Ferry appartient à cette dernière catégorie. L’ancien ministre de l’éducation, conférencier et chroniqueur, est un penseur sans ténèbres. Il n’est pas besoin de partager toutes ses options pour louer sa manière de s’adresser à tous dans une langue accessible. Ce que confirme, s’il en était besoin, le très volumineux Dictionnaire amoureux de la philosophie qu’il fait paraître aujourd’hui.
Mille cinq cents pages, plusieurs centaines d’entrées. L’ouvrage, au premier abord, semble démesuré. Comme l’amour, sans doute. Comme la philosophie, peut-être. En fait, c’est plutôt sur le mode d’une conversation – facile en apparence, dense quant au fond – qu’il convient de l’aborder. De « A » comme « absolu », prévisible, à « V » comme « vin », inattendu, on déambulera sans effort parmi les thèmes favoris de l’auteur. A peine se demandera-t-on pourquoi l’alphabet est incomplet. Des entrées comme « Web », « Xénophobie », « Yoga », « Zut » auraient pu s’imaginer.
Quoi qu’il en soit, on retrouve les critiques aiguës de Luc Ferry envers « la pensée 68 », son ardent refus des théories du déclin, des lamentations sur les ravages de la modernité. Il souligne au contraire les bienfaits que sciences et techniques nous prodiguent et notre...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-17"> ¤ Un narrateur tente de prendre ses distances avec les mots. De son échec, l’auteur en tire un texte gigogne, très réussi, sur la littérature.
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Pierre Patrolin raconte le sevrage impossible de l’écriture

Un narrateur tente de prendre ses distances avec les mots. De son échec, l’auteur en tire un texte gigogne, très réussi, sur la littérature.



LE MONDE DES LIVRES
 |    08.11.2018 à 08h00
    |

                            Avril Ventura (Collaboratrice du « Monde des livres »)








                        



                                


                            
J’ai décidé d’arrêter d’écrire, de Pierre Patrolin, P.O.L, 176 p., 17 €.

L’écriture ne va pas sans tourments. Pierre Patrolin le rappelle dès l’ouverture de son nouveau roman : écrire, c’est sans cesse reprendre et corriger, douter de l’intérêt que quiconque pourrait éprouver à vous lire, « être tour à tour insatisfait, comblé, désolé ». Alors le narrateur de J’ai décidé d’arrêter d’écrire fait un jour le choix de ne plus s’inquiéter, et de laisser filer l’existence sans besoin de la retranscrire. En d’autres mots : de ne plus écrire, ou plutôt d’essayer d’arrêter.
Car l’entreprise se révèle complexe et douloureuse. L’homme se met à faire des insomnies et à prendre du poids, peine à renoncer à sa première phrase du matin, celle que l’on rédige une tasse de café à la main et qui fait tourner la tête. Pour mener son projet à bien, il a donc recours à plusieurs techniques : rester seul, faire disparaître crayons et papiers, rédiger quelques phrases sur son ordinateur mais ne pas sauvegarder le document. Seulement, la tentation est grande ­d’arrêter d’arrêter d’écrire, tant l’envie est forte de « voir apparaître quelque chose ». Et le narrateur de se retrouver à tracer quelques mots à l’aide d’une plume à défaut de stylo, ou encore de s’enregistrer sur son téléphone portable.
Formidable guetteur
Ainsi quelque chose commence à se dessiner : un homme marche seul dans la forêt, le pas sûr, malgré la pluie qui s’annonce. L’auteur est au début d’une aventure dont il ne sait rien, sinon qu’il « décidera de tout ». A le voir ainsi se débattre avec ce qui s’apparente plus à une addiction qu’à un désir, on est pourtant en droit de s’interroger : qui dirige qui ? De l’écrivain ou de ses personnages, de l’écrivain ou des mots ? Chez Pierre Patrolin, il semble que ce soient ces derniers qui viennent en réalité chercher l’auteur et frapper à sa porte, à l’instar de...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-18"> ¤ Le chef-d’œuvre d’Erasme ressort dans une édition bilingue enrichie des commentaires inédits de contemporains de l’humaniste, et des siens. Eblouissant.
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L’« Eloge de la folie » magnifiquement réédité

Le chef-d’œuvre d’Erasme ressort dans une édition bilingue enrichie des commentaires inédits de contemporains de l’humaniste, et des siens. Eblouissant.



LE MONDE DES LIVRES
 |    08.11.2018 à 08h00
 • Mis à jour le
08.11.2018 à 17h24
    |

            Nicolas Weill








                        



                                


                            
Eloge de la folie (Moriae encomium), d’Erasme de Rotterdam, accompagné des notes d’Erasme, de Listrius et de Myconius, Les Belles Lettres, « Le miroir des humanistes », 226 p., 75 €. « »

Indépassable manifeste de l’humanisme, écrit quand l’Europe des débuts de la Renaissance entamait ses retrouvailles avec ses sources grecques et hébraïques, Eloge de la folie (1511) d’Erasme de Rotterdam (1467-1536) remporte d’emblée un succès foudroyant. Dans les quatre années qui suivent sa publication, ce texte où se concentre l’essence même de la rupture avec le Moyen Age connaît en effet pas moins de onze éditions (la première traduction française date de 1520).
Les Belles Lettres donnent ici à lire, en regard du texte, un commentaire de l’Eloge paru en 1532, inédit en français. Il est signé par un ami de l’auteur, le jeune médecin Listrius (Gerd Lijster), mais en grande partie écrit par un Erasme malicieux jouant à l’exégète de lui-même ou au « modérateur » prenant des distances vis-à-vis de sa propre audace. Cette réédition bilingue a été enrichie par les gloses d’un autre contemporain, ­Myconius (le Suisse Oswald Geissbühler), et par les illustrations d’Hans et Ambroise Holbein.
Le commentaire de Listrius déplie toutes les allusions et les références grecques, latines et hébraïques de l’Eloge, à une époque où les humanistes étaient pionniers dans l’usage des références antiques. Comme le note mélancoliquement le traducteur Jean-Christophe Saladin, il est plus utile que jamais dans le crépuscule contemporain des lettres classiques, qui rend les anciens à nouveau indéchiffrables.
Bonnet à grelots
Génial exercice de rhétorique, dont le mélange de savoir et de truculence annonce Rabelais, l’Eloge pousse à son extrémité la figure de l’antiphrase, puisque l’apologie de la raison, de la sagesse et de la vertu prend la forme d’une défense de leurs contraires, menée par...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-19"> ¤ Mort en 2017, l’auteur n’a cessé d’écrire sur le monde des Afrikaners. Publié en 1995, « L’Heure de l’ange » paraît enfin en France.
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Quête biblique dans le veld polyphonique de Karel Schoeman

Mort en 2017, l’auteur n’a cessé d’écrire sur le monde des Afrikaners. Publié en 1995, « L’Heure de l’ange » paraît enfin en France.



LE MONDE DES LIVRES
 |    08.11.2018 à 08h00
    |

                            Gladys Marivat (Collaboratrice du « Monde des livres »)








                        



                                


                            
L’Heure de l’ange (Die uur van die engel), de Karel Schoeman, traduit de l’afrikaans par Pierre-Marie Finkelstein, Phébus, 512 p., 24 €.

L’horizon est immense ; le paysage, une désolation. L’hiver, c’est « un pays de pierres, d’arbustes et d’herbe brûlée par le gel » ; l’été, « un paysage de poussière et de sable, une végétation calcinée sous un ciel vide et blanc ; dans le veld les moutons crevaient ». On entre dans L’Heure de l’ange saisi par une extrême solitude, ébloui par la lumière. Tout paraît inerte. Rude. Et pourtant, « le pays mort vit ».
Entreprise obsédante
Karel Schoeman, disparu le 2 mai 2017, est l’une des plus grandes plumes de la littérature sud-africaine en langue afrikaans. Né en 1939 dans l’ancien Etat libre d’Orange, il n’a cessé d’écrire sur ce monde dans lequel il a grandi, cette terre des Boers à laquelle il s’est toujours senti étranger. Dans L’Heure de l’ange, publié en 1995 et qui paraît aujourd’hui en France, Schoeman fait résonner les voix de ces descendants des colons européens, qu’on nommera plus tard les Afrikaners.
On suit un journaliste de Johannesburg, de retour à Strydfontein, la petite ville isolée de son enfance, sur les traces de Danie Steenkamp, berger du XIXe siècle, premier poète de langue afrikaans. Ce qu’il cherche en réalité, il l’ignore, mais Danie-le-Poète le fascine. Il pénètre dans un musée. L’employée lui montre des objets, raconte le quotidien des notables d’autrefois, imprégnés par la lecture de la Bible et organisés autour de la paroisse. « Je ne comprends pas, je ne comprends plus ces gens », déplore-t-il. Et pourtant, il s’acharne.
Lire aussi : « Cette vie », de Schoeman : mémoire afrikaner
Entreprise obsédante que de tenter de saisir ceux qui nous ont précédés et ce qui les agissait. Vouée à l’échec, cette quête forme la colonne vertébrale de...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-20"> ¤ Jia Pingwa dresse une fresque subtile autour des petites gens de la Chine profonde, où il est né.
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« Portée-la-Lumière », portrait des heureux oubliés du Shaanxi

Jia Pingwa dresse une fresque subtile autour des petites gens de la Chine profonde, où il est né.



LE MONDE DES LIVRES
 |    08.11.2018 à 08h00
    |

            Frédéric Lemaître (Pékin correspondant)








                        



                                


                            
Portée-la-Lumière (Dai Deng), de Jia Pingwa, traduit du chinois par Geneviève Imbot-Bichet, Stock, 628 p., 27 €.

Elle est belle. Très belle même. Et très intelligente. Fonctionnaire du Bourg-des-Cerisiers, ­Portée-la-Lumière est promise à une belle carrière. Le maire a d’ailleurs tenu à lui confier la direction du nouveau « service d’aménagement global dédié aux problèmes sociaux », un rouage essentiel pour que sa commune, située au fin fond de la province du Shaanxi, au centre de la Chine, puisse, à son niveau, mettre en œuvre les objectifs assignés par Pékin en ce début du XXIe siècle : la recherche de la croissance économique, mais aussi le maintien de la stabilité sociale.
Suivant le travail et les pérégrinations de cet « élément d’avant-garde » de l’administration locale, Jia Pingwa dresse une fresque à la fois tendre, ironique et subtile de cette Chine profonde où lui-même est né en 1952. Dans ce cinquième roman traduit en français, Bourg-des-Cerisiers est le symbole de cette Chine rurale dont la principale richesse reste « la grande mine » voisine qui rend pourtant malades ceux qui y travaillent. Un bourg qui, après s’être opposé avec succès au passage d’une autoroute, est bien content de voir s’installer une usine de recyclage de batteries dont personne ne voulait dans la région. Un bourg dont les habitants ne tournent pas davantage leurs regards vers Pékin que la capitale ne se penche sur leur sort, mais qui se contentent, pour les grandes occasions, de se rendre au chef-lieu de la province.
Au frais du contribuable
Quand ils le font, c’est souvent pour porter plainte. Les descriptions, touchantes et savoureuses, des plaignants, qu’ils soient victimes d’une réelle injustice ou éternels râleurs, constituent l’une des entrées les plus intéressantes de ce roman pour un lecteur occidental. Si les administrés craignent – à juste titre – l’arbitraire de leurs dirigeants,...




                        

                        

