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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-1"> ¤ Inspiré de l’histoire de l’ex-PDG Christian Streiff, le film d’Hervé Mimran raconte avec lourdeur le combat d’un grand patron après un accident vasculaire cérébral.
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« Un homme pressé » : un numéro de Fabrice Luchini qui tourne à vide

Inspiré de l’histoire de l’ex-PDG Christian Streiff, le film d’Hervé Mimran raconte avec lourdeur le combat d’un grand patron après un accident vasculaire cérébral.



LE MONDE
 |    07.11.2018 à 17h41
    |

            Véronique Cauhapé








                        



   


L’avis du « Monde » – on peut éviter
Voilà plus de trente ans que Fabrice Luchini remplit les salles de théâtre avec ses lectures de grands textes littéraires dont il parvient, au terme d’un long travail, à mettre à nu les mots et les faire entendre comme jamais. Aujourd’hui sur grand écran, dans Un homme pressé, il s’offre cette fois le malin plaisir de les tordre et de les mettre sens dessus dessous, inversant les syllabes et prenant un terme pour un autre. Il y a fort à parier que, pour cet exercice de déconstruction, il attirera encore en grand nombre le public dans les salles de cinéma.
Inspirée de l’histoire de Christian Streiff, ex-PDG d’Airbus et de PSA Peugeot Citroën, et de son livre J’étais un homme pressé (Le Cherche Midi), le nouveau film d’Hervé Mimran raconte donc le parcours d’un grand patron du secteur automobile, Alain (Fabrice Luchini), après un accident vasculaire cérébral qui a entraîné de graves troubles de la parole et de la mémoire.

        Lire l’entretien a vec Christian Streiff :
         

          « Ce PDG méprisant qu’incarne Luchini, ce n’était pas moi »



Surmené, autoritaire, grand orateur, respecté autant que craint, cet homme-là doit réapprendre à s’exprimer correctement. Ce à quoi s’attelle une jeune orthophoniste (Leïla Bekhti) dont la ténacité va se heurter au déni et à l’absence de modestie dont se pare (avec de moins en moins de conviction) son patient. Rien de grave cependant, puisqu’il s’agit de nous mener vers une comédie. Laquelle a pour unique ressort le jeu des mots et du langage désarticulé. A ce numéro, Fabrice Luchini se prête avec une fluidité et une gourmandise qui forcent le respect mais qui échouent à tenir tout le film.
Une course en chaise roulante
Car il est évident que cet accident va changer notre méchant patron égocentriste en homme plus respectueux des autres, ce père qui n’a jamais prêté attention à sa fille en papa plus investi, cet homme pressé en individu réduit à l’oisiveté. Le propos, outre les invraisemblances qu’il accumule au fil de son déroulé, pèse d’un poids que rien ne vient alléger.
Ni le comique de situation auquel s’essaie le film – une course en chaise roulante dans le couloir de l’hôpital, comme un piètre clin d’œil aux Intouchables, d’Eric Toledano et Olivier Nakache –, ni les petites intrigues autour des personnages secondaires (l’orthophoniste en quête de sa mère biologique). Et encore moins l’échappée finale sur le chemin de Compostelle aux allures de clip touristique.
Hervé Mimran signe une mise en scène aussi atone que les neurones dans la tête de son personnage principal
Pour couronner le tout, Hervé Mimran, dont c’est le troisième film mais le premier en solo – les deux précédents, Tout ce qui brille et Nous York, étaient coréalisés avec Géraldine Nakache – signe une mise en scène aussi atone que le sont les neurones dans la tête de son personnage principal. Si bien qu’au terminus de cette aventure, et avant un générique de fin qui continue la blague des mots revisités, on se dit qu’elle fut bien longue la route vers cette rédemption à l’issue de laquelle un sale type aura appris à dire « merci » à ceux qu’il ignorait auparavant.

Film français d’Hervé Mimran. Avec Fabrice Luchini, Leïla Bekhti, Rebecca Marder, Igor Gotesman (1 h 40). Sur le Web : www.gaumont.fr/fr/film/Un-homme-presse.html



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-2"> ¤ Le cofondateur du studio hongkongais Golden Harvest, qui popularisa les films d’arts martiaux de la star et lança aussi la carrière de Jackie Chan, s’est éteint à l’âge de 91 ans.
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Mort de Raymond Chow, le producteur de Bruce Lee

Le cofondateur du studio hongkongais Golden Harvest, qui popularisa les films d’arts martiaux de la star et lança aussi la carrière de Jackie Chan, s’est éteint à l’âge de 91 ans.



LE MONDE
 |    07.11.2018 à 14h45
 • Mis à jour le
07.11.2018 à 14h48
    |

            Florence de Changy (Hongkong, correspondance)








                        



                                


                            

Raymond Chow, le producteur hongkongais qui lança Bruce Lee et Jacky Chan, et fit connaître le cinéma hongkongais au reste du monde, est mort vendredi 2 novembre, à Hongkong, à l’âge de 91 ans. Il avait fondé le studio Golden Harvest dont la gloire débuta dans les années 1970 et connut son apogée dans les années 1980.
Né à Hongkong le 8 octobre 1927, Raymond Chow fut envoyé à Shanghaï pour ses études supérieures, notamment dans la très prestigieuse université St. John’s (alors considérée comme le Harvard d’Asie, mais fermée par le régime communiste en 1952). Diplôme de journalisme en poche, il rentre à Hongkong et fait ses premières armes au tout nouveau Hongkong Tiger Standard dont l’allégeance allait au Kuomintang, ennemi du Parti communiste. « A un moment, j’avais sept petits boulots à la fois », raconte-t-il en 2013 dans une interview au South China Morning Post. Il fut ensuite embauché par Voice of America.
C’est, dit-il, grâce à son expérience de journaliste qu’il entra en 1958 aux célèbres studios des Shaw Brothers, qui allaient devenir les studios les plus prolifiques de toute l’Asie. Il se lassa vite du rôle de chef de la publicité pour lequel il avait été embauché. Le légendaire patron des studios, Run Run Shaw (1907-2014), lui confia de plus en plus de responsabilités, jusqu’à la direction de toute la production. Malgré le succès retentissant des studios Shaw, y compris sur la scène internationale, Raymond Chow eut envie de faire les choses à sa manière.
Trilogie des « Tortues Ninja »
Avec Leonard Ho, il lança Golden Harvest en 1970, sur un concept d’alliance plus libre avec les réalisateurs ou les producteurs indépendants, et un nouveau mode de financement des films. Il débaucha nombre de talents des studios Shaw, notamment en les payant mieux. Mais son véritable coup de génie fut de repérer Bruce Lee dans une émission de la chaîne américaine ABC, « The Green Hornet », et de le recruter, en 1971,...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-3"> ¤ Assigné à résidence depuis plus d’un an, Kirill Serebrennikov est accusé de détournement de fonds. Son procès s’est ouvert mercredi.
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Russie : le réalisateur Serebrennikov clame son innocence

Assigné à résidence depuis plus d’un an, Kirill Serebrennikov est accusé de détournement de fonds. Son procès s’est ouvert mercredi.



Le Monde.fr avec AFP
 |    07.11.2018 à 10h34
 • Mis à jour le
07.11.2018 à 11h36
   





                        



   


« Je n’ai jamais rien volé » : le metteur en scène Kirill Serebrennikov a clamé son innocence, mercredi 7 novembre, à l’ouverture de son procès à Moscou. Assigné à résidence depuis plus d’un an, il est poursuivi pour une affaire de détournement de fonds, qu’il juge « absurde ».
Vêtu de noir, chaussé de baskets violettes, l’homme de cinéma et de théâtre était accompagné au tribunal de nombreuses personnalités du monde de la culture. Ses partisans dénoncent une nouvelle attaque des milieux conservateurs russes envers la création artistique.
Le procureur l’a accusé mercredi d’avoir « coordonné un groupe criminel » à des fins d’enrichissement personnel. M. Serebrennikov aurait, selon lui, détourné environ 130 millions de roubles (1,7 million d’euros) de subventions publiques destinées à son théâtre moscovite grâce à un système de factures et de devis gonflés, entre 2011 et 2014.

        Lire sur son audition :
         

          Kirill Serebrennikov : « Je n’ai commis aucun crime »



Des œuvres controversées
Le metteur en scène avait été arrêté dans la nuit du 21 au 22 août 2017, alors qu’il se trouvait en plein tournage d’un film à Saint-Pétersbourg. Quatre mois plus tard, la justice russe ordonnait la saisie des biens et actifs du metteur en scène, notamment son appartement et sa voiture. Plusieurs de ses collaborateurs sont également poursuivis dans cette affaire.

        Lire notre compte rendu :
         

          Le metteur en scène russe Kirill Serebrennikov est assigné à résidence



Pour ses défenseurs, Kirill Serebrennikov paie la montée en puissance des valeurs conservatrices en Russie, où les artistes sont confrontés à une pression croissante. Ses œuvres abordant la religion ou la sexualité ont été critiquées par les autorités ou par des représentants religieux.
A cause de son assignation à résidence, le réalisateur n’a pas pu participer en mai à la montée des marches à Cannes avec l’équipe de son film Leto (L’Eté), présenté en compétition, et dont il avait terminé le montage chez lui.

        Lire notre portrait :
         

          Cannes 2018 : l’hiver forcé du réalisateur russe assigné à résidence Kirill Serebrennikov



Soutien des milieux culturels
Egalement directeur du Centre Gogol, théâtre contemporain à Moscou, il avait aussi manqué en décembre 2017 la première de son ballet Noureev – consacré au danseur étoile soviétique passé à l’ouest en 1961 –, monté au Bolchoï de Moscou. Le spectacle lui-même avait fait l’objet d’une controverse, retardant la première de six mois.
Depuis son arrestation, de nombreux appels à la levée des charges pesant sur lui ont été lancés par des figures russes du monde des arts comme par des personnalités culturelles internationales, de l’actrice australienne Cate Blanchett, présidente du jury du Festival de Cannes en 2018, à l’ancienne ministre française de la culture Françoise Nyssen.

        Lire aussi :
         

                Mobilisation des artistes français pour le metteur en scène Kirill Serebrennikov






                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-4"> ¤ Le créateur de la société Pyramide, ancien directeur de Warner Bros. France, a été l’un des piliers du cinéma indépendant français.
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Le producteur de cinéma Francis Boespflug est mort

Le créateur de la société Pyramide, ancien directeur de Warner Bros. France, a été l’un des piliers du cinéma indépendant français.



LE MONDE
 |    07.11.2018 à 09h06
    |

                            Thomas Sotinel








                        



                                


                            

Producteur d’Aki Kaurismäki ou d’Anne Fontaine, créateur d’une des principales sociétés indépendantes du cinéma français, Pyramide, avant d’être nommé aux commandes de Warner Bros. France, Francis Boespflug est mort des suites d’un cancer mardi 6 novembre à Paris. Il avait 70 ans.
Francis Boespflug naît à Strasbourg le 1er décembre 1948. Il suit des études de droit dans la capitale alsacienne, contracte un attachement indéfectible à l’égard du Racing Club de Strasbourg, avant d’animer et de programmer, en compagnie de Fabienne Vonier, dont il deviendra l’époux, un cinéma indépendant local, Le Club, qui appartient au réalisateur Louis Malle.
Logo signé par Youssef Chahine
Après un détour par les ministères de l’éducation et de la culture, Francis Boespflug apprend le métier de distributeur chez UGC puis auprès de Marin Karmitz, chez MK2, qu’il a rejoint en compagnie de Fabienne Vonier. En 1989, le couple fonde, avec les frères Louis et Vincent Malle, la société Pyramide, qui distribue, vend sur le marché international et produit des films.
Le logo de Pyramide est signé par le cinéaste égyptien Youssef Chahine, l’un des premiers auteurs de la maison avec Louis Malle, qui n’a le temps que de lui confier son dernier film, Milou en mai, avant sa mort. Au fil des ans, ils seront rejoints par Alain Resnais (Smoking No Smoking), Denys Arcand (Les Invasions barbares), Alejandro Gonzalez Iñarritu (Amours chiennes), Nuri Bilge Ceylan (Uzak, Trois Singes…) ou Catherine Corsini (Partir).
 de Claude Miller, que « La Vérité si je mens 2 », de Thomas Gilou
En 1992, Fabienne Vonier prend les rênes de Pyramide et Francis Boespflug rejoint la Gaumont pour en programmer les salles. Cinq ans plus tard, il est nommé à la tête de la filiale française de Warner Bros. Sous sa direction,...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-5"> ¤ La réalisatrice italienne reçoit chez elle, en Ombrie, où elle a tourné « Heureux comme Lazzaro ».
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Cinéma : Alice Rohrwacher en son pays des merveilles

La réalisatrice italienne reçoit chez elle, en Ombrie, où elle a tourné « Heureux comme Lazzaro ».



LE MONDE
 |    07.11.2018 à 07h45
 • Mis à jour le
07.11.2018 à 13h52
    |

            Aureliano Tonet (Castel Giorgio (Italie), envoyé spécial)








                        



                                


                            

Des ombres planent sur ce coin d’Ombrie, limitrophe à la Toscane et au Latium. Depuis la Toussaint, les orages font des ravages, ici, à Castel Giorgio, comme ailleurs en Italie. Alice Rohrwacher pare au plus urgent. Des infiltrations d’eau sont apparues dans la maison qu’elle occupe avec sa fille de 12 ans, Anita, et son compagnon. Le piano a changé de pièce, le parquet a été refait à neuf, les fuites se sont enfuies : délogé le déluge ! Et tant pis pour les olives, qu’elle aurait dû cueillir ces jours-ci s’il n’avait tant plu. Leur récolte attendra le retour de la cinéaste, qui s’apprête à partir pour la France présenter son troisième long-métrage, Heureux comme Lazzaro, en salle depuis le 7 novembre.

Le voyage lui fera manquer une réunion importante. Une affaire qui mobilise une partie du voisinage, en lutte contre des multinationales suisses et piémontaises. Ces ombres-là, convient-elle, sont bien plus difficiles à combattre que celles qui obscurcissent les cieux. « Depuis trois ou quatre ans, des géants de l’agroalimentaire rachètent des terres, pour cultiver des noisettes. Je n’ai rien contre les noisettes, tout le monde adore ça… C’est d’ailleurs bien le problème. Les animaux veulent les manger, alors on disperse des répulsifs, qui menacent la diversité… Quant aux humains, ils en raffolent, car c’est un antidépresseur fantastique. Alors les plantations s’étendent aussi vite que croît la consommation mondiale. Notre ennemi, ce ne sont pas les noisettes, c’est la monoculture. »
« Purgatoire »
Alice sait de quoi elle parle. Voyez son père, Reinhardt, vieux hippie et jeune apiculteur. Voyez son compagnon, Jacopo, cultivateur émérite de vin naturel, rétif à tout additif. Soit l’exact opposé de la majorité des vignes alentour, autrement industrielles : celles, par exemple, qui font vivre la famille de l’acteur principal d’Heureux comme Lazzaro, le jeune Adriano Tardiolo. « Ils sont ouvriers agricoles...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-6"> ¤ Le troisième long-métrage d’Alice Rohrwacher est un conte mystique empreint de réalisme.
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« Heureux comme Lazzaro » : un idiot sur la voie de la sainteté

Le troisième long-métrage d’Alice Rohrwacher est un conte mystique empreint de réalisme.



LE MONDE
 |    07.11.2018 à 07h43
 • Mis à jour le
07.11.2018 à 16h16
    |

                            Mathieu Macheret








                        



L’avis du « Monde » – à voir
Sous ses airs quelque peu désuets de pastorale chrétienne, le troisième long-métrage de la Toscane Alice Rohrwacher (Corpo celeste en 2011, Les Merveilles en 2014), récompensé au Festival de Cannes par un Prix du scénario, surprend par les détours et rebonds de son récit, sa capacité à se renouveler, mais surtout par l’ambivalence de son écriture, à la fois terre à terre et en quête d’élévation.

        Lire le reportage :
         

          Alice Rohrwacher en son pays des merveilles



Dans la lignée des films d’Ermanno Olmi (L’Arbre aux sabots, 1978), disparu en mai 2018, Heureux comme Lazzaro peut se voir comme un conte mystique, entretenant un commerce habile et ensorcelant entre deux aspirations d’apparence contraire : d’une part son réalisme à vocation do­cumentaire, proche de la nature et de ses cycles, de l’autre sa fiction libre et parfois irrationnelle, capable de décoller du monde tangible, de déroger à ses lois. A tel point que matière et miracle en viennent à dialoguer secrètement, dans une mise en scène évitant les pièges d’un spiritualisme en toc ou d’une piété béate.

        Lire la critique parue lors du Festival de Cannes :
         

          « Heureux comme Lazzaro », le conte merveilleux d’Alice Rohrwacher



Dans une ferme à tabac qu’un vieux pont écroulé isole du reste du monde, Lazzaro (Adriano Tardiolo), adolescent simplet à la parenté incertaine, exécute les tâches les plus viles sans jamais s’en plaindre. Les paysans, une trentaine d’âmes craintives et superstitieuses, vivent là comme en des temps féodaux, persuadés d’appartenir corps et biens à la propriétaire des lieux, la marquise de Luna. Lazzaro se lie d’amitié avec Tancredi, le fils indiscipliné de cette dernière, qui fugue et se réfugie sur les collines environnantes. Mais les autorités ne tardent pas à débusquer ce hameau hors du temps et à mettre fin à ce servage éhonté. Dans la débâcle, Lazzaro chute du haut d’une falaise et ne se réveille que bien des années plus tard, quand le domaine n’est plus qu’une ruine ouverte au pillage.

        Lire l’enquête :
         

          A Cannes, une renaissance italienne



Il prend alors la route pour les faubourgs industrieux de la grande ville voisine, où il retrouve certains de ses anciens compagnons (dont l’une est jouée par Alba Rohrwacher, sœur de la réalisatrice), tous vieillis, usés par le vagabondage et la mendicité, alors que lui est resté inchangé, tel qu’en sa prime jeunesse.

        Lire le portrait croisé :
         

          Alice et Alba Rohrwacher, sœurs lumière



 Heureux comme Lazzaro frappe d’abord par sa datation indécidable, flottant entre deux époques qui s’avèrent peu à peu contemporaines, mais renvoyant sans cesse à d’autres empreintes historiques : celles du Moyen-Age, de la paysannerie séculaire, du début des années 2000… Cette indécision est la première force du film, qui adopte vis-à-vis de l’histoire moderne une drôle de position, moins extérieure que tangentielle, peu référencée.

   


Un pur regard
Il fallait bien cette temporalité incertaine pour renouer ainsi avec un personnage de « saint », Lazzaro, dont le prénom fait évidemment référence au mythe de Lazare, revenu d’entre les morts. Lazzaro, par sa simplicité, son innocence et sa bonté, chemine en effet sur la voie d’une sainteté qui finira par éclairer ses compagnons.
L’hagiographie est toujours problématique en ce qu’elle postule un protagoniste irréprochable
L’hagiographie est toujours problématique en ce qu’elle postule un protagoniste irréprochable. Néanmoins, elle gagne ici en équivoque par le fait que la bonté de Lazzaro peut aussi se comprendre comme une forme d’idiotie. Bien que thaumaturge, le bienheureux se montre incapable de reconnaître l’exploitation qu’il subit ni de rien changer à la condition de ses semblables, qu’ils soient serfs ou mendiants. Avec ses cheveux bouclés, son visage naïf et ses grands yeux écarquillés, Lazzaro n’est peut-être pas autre chose qu’un pur regard, transcendant et sans âge, posé sur la condition même des sous-prolétaires.

        Lire la rencontre avec Adriano Tardiolo (à Cannes) :
         

          Heureux qui, comme Lazzaro, a vu un bel orage



Ceux-ci ont beau passer de la campagne au bidonville, de la ­culture agricole aux dernières loges de la société de consommation, leur exploitation et leur misère restent toujours les mêmes. Avec sa jeunesse inchangée et sa constance apathique, Lazzaro ressemble à cet « Ange de l’histoire » que Walter Benjamin reconnaissait dans le tableau Angelus novus, de Paul Klee : il veille, insondable, sur les vaincus et les damnés de la terre sans pouvoir soulager un tant soit peu leur fardeau.

Film italien d’Alice Rohrwacher. Avec Adriano Tardiolo, Tommaso Ragno, Agnese Graziani (2 h 06). Sur le Web : www.advitamdistribution.com/films/heureux-comme-lazzaro

Les sorties cinéma de la semaine (mercredi 7 novembre)
High Life, film français de Claire Denis (chef-d’œuvre)Un amour impossible, film français de Catherine Corsini (à ne pas manquer)Crazy Rich Asians, film américain et chinois de Jon M. Chu (à voir)Heureux comme Lazzaro, film français et italien d’Alice Rohrwacher (à voir)Samouni Road, documentaire français et italien de Stefano Savona (à voir)The Spy Gone North, film coréen de Yoon Jong-bin (à voir)Sale temps à l’hôtel El Royale, film américain de Drew Goddard (pourquoi pas)Family Film, film allemand, français, tchèque et slovène d’Olmo Omerzu (on peut éviter)Un homme pressé, film français d’Hervé Mimran (on peut éviter)
A l’affiche également : 
Kursk, film belge et luxembourgeois de Thomas VinterbergNous, Tikopia, documentaire français de Corto FajalRumble: The Indians who Rocked the World, documentaire canadien de Catherine Bainbridge et Alfonso MaioranaLes Yatzkan, documentaire français d’Anna-Célia Kendall Yatzkan





                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-7"> ¤ La cinéaste adapte avec subtilité l’autofiction de la romancière.
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« Un amour impossible » : Catherine Corsini au plus près des maux d’Angot

La cinéaste adapte avec subtilité l’autofiction de la romancière.



LE MONDE
 |    07.11.2018 à 07h15
 • Mis à jour le
07.11.2018 à 17h23
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                            Thomas Sotinel








                        



   


L’avis du « Monde » – à ne pas manquer
Comment extraire un film d’un texte aussi dense et compact que Un amour impossible (Flammarion, 2015) ? Christine Angot laisse si peu de place entre la mémoire et la fiction, ses mots adhèrent si fortement à la réalité, qu’un ou une cinéaste aurait pu être tenté par une extrême stylisation. Catherine Corsini a préféré faire confiance aux outils traditionnels du cinéma : les visages connus et reconnus, les artifices des costumes et du maquillage. Ce choix, qui – ainsi énoncé – pourrait passer pour un renoncement, se révèle à l’écran comme une audace esthétique, payante, qui plus est. Un amour impossible, le film, trouve à la fois un chemin qui lui est propre – celui d’une émotion directe, sans retenue, qui passe par le travail impressionnant des interprètes – tout en suivant celui qu’avait tracé l’écrivaine, l’inscription d’une histoire individuelle dans le paysage inquiétant d’un système de domination hypocrite et omnipotent.
Comme le roman, le film de Catherine Corsini s’écoule tumultueusement sur plus d’un demi-siècle, de la rencontre entre Rachel (Virginie Efira) et Philippe (Niels Schneider), la mère et le père de la narratrice, jusqu’à l’ultime confrontation entre les deux femmes, l’enfant violée et la mère aveuglée. Entre les deux, il y aura une histoire d’amour, la chronique d’une libération inachevée, la commission et la révélation d’un crime.

        Lire le portrait :
         

          Niels Schneider, jeune homme pressé



En écrivant le scénario, Catherine Corsini et Laurette Polmanss ont retiré aux protagonistes les patronymes et prénoms de la réalité qu’avait conservés Christine Angot. Christine est devenue Chantal ; Pierre, Philippe. Seule Rachel est restée Rachel. Comment priver cette figure de ce nom, seul héritage d’un père juif absent ? Lorsque le film commence, scandé par la voix off d’une jeune fille qui parle de sa mère, secrétaire à Châteauroux, célibataire qui vient de « coiffer la sainte Catherine » comme c’était encore l’usage en ces premières années de la Ve République pour les femmes qui n’étaient pas encore mariées à 25 ans, il prend un moment le rythme d’une chronique nuancée de nostalgie.
Virginie Efira, force radieuse
Jusqu’à ce que l’amoureux de la mère, Philippe, intellectuel momentanément échoué dans les environs de la base américaine, prononce, à propos de Rachel, le mot « hébraïque ». C’est peut-être là que le combat s’engage entre le jeune homme issu de la bourgeoisie parisienne et l’employée provinciale. En ce moment où – sous le couvert de l’érudition – l’homme laisse poindre l’antisémitisme de sa classe, où la femme amoureuse choisit de ne pas entendre l’intonation discrètement haineuse qu’il donne à l’adjectif.
On sait alors que l’arrangement qu’a trouvé Catherine Corsini entre sa propre mémoire de femme, son scénario, ses acteurs, sa manière de cinéaste, portera Un amour impossible jusqu’à sa destination. Même si l’on a lu le livre, si l’on sait la tragédie qui en forme le noyau, le récit de la liaison entre Philippe et Chantal donne un moment l’illusion d’un thriller. Virginie Efira donne une force radieuse à son personnage, mais aussi un aveuglement fragile qui lui fait ignorer la toxicité qui se dissimule sous le charme de son amant. Niels Schneider distille ce poison implacablement.
Dans le même mouvement, presque incidemment, le paysage change, la vieille maison entre ville et campagne est abandonnée pour un HLM ; après 1968, Rachel travaille un temps dans un hôpital psychiatrique qui tourne le dos aux vieilles thérapies.
Le texte de Christine Angot se termine par un dialogue qui est aussi un manifeste : la dénonciation d’un crime privé, intime, comme manifestation d’un système
Si ce n’était qu’une histoire, on pourrait espérer que l’héroïne va échapper au prédateur, que les mutations du monde vont la porter jusqu’à la libération, à l’autonomie. Il s’agit d’autre chose ici. Adolescente, Chantal (désormais interprétée par Estelle Lescure, porteuse de toute la violence de cet âge) renoue avec son père, et cette proximité – dont la nature n’est pas immédiatement nommée – ouvre une faille entre les deux femmes, jusqu’à ce que la révélation du crime déclenche un cataclysme aux retombées sans fin.
Cette dernière partie du film s’étend sur des décennies. Elle place sur le chemin de la cinéaste des obstacles colossaux, qui tiennent à la difficulté de faire croire au passage du temps sur les visages et les corps, de faire sentir la douleur des disparitions et des épreuves lorsqu’on les évoque en un plan. Le texte de Christine Angot se termine par un dialogue qui est aussi un manifeste : la dénonciation d’un crime privé, intime, comme manifestation d’un système. Il incombe à Virginie Efira, qui, à ce moment, est censée jouer une octogénaire, et à Jehnny Beth, alter ego de l’écrivaine, qui a à peine eu le temps d’installer son personnage, de porter cette conclusion. Et cette conclusion exprime parfaitement l’autre dimension de ce film que ses affiches et sa bande-annonce veulent faire passer pour un simple mélodrame : celle de la colère, de la lucidité et de l’intelligence.

Film français de Catherine Corsini. Avec Virginie Efira, Niels Schneider, Estelle Lescure, Jehnny Beth (2 h 15). Sur le Web : www.le-pacte.com/france/prochainement/detail/un-amour-impossible

Les sorties cinéma de la semaine (mercredi 7 novembre)
High Life, film français de Claire Denis (chef-d’œuvre)Un amour impossible, film français de Catherine Corsini (à ne pas manquer)Crazy Rich Asians, film américain et chinois de Jon M. Chu (à voir)Heureux comme Lazzaro, film français et italien d’Alice Rohrwacher (à voir)Samouni Road, documentaire français et italien de Stefano Savona (à voir)The Spy Gone North, film coréen de Yoon Jong-bin (à voir)Sale temps à l’hôtel El Royale, film américain de Drew Goddard (pourquoi pas)Family Film, film allemand, français, tchèque et slovène d’Olmo Omerzu (on peut éviter)Un homme pressé, film français d’Hervé Mimran (on peut éviter)
A l’affiche également : 
Kursk, film belge et luxembourgeois de Thomas VinterbergNous, Tikopia, documentaire français de Corto FajalRumble: The Indians who Rocked the World, documentaire canadien de Catherine Bainbridge et Alfonso MaioranaLes Yatzkan, documentaire français d’Anna-Célia Kendall Yatzkan





                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-8"> ¤ L’acteur est heureux d’avoir eu enfin à jouer un salaud, amant et père mani­pulateur dans « Un amour impossible », de Catherine Corsini, d’après Christine Angot.
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Cinéma : Niels Schneider, jeune homme pressé

L’acteur est heureux d’avoir eu enfin à jouer un salaud, amant et père mani­pulateur dans « Un amour impossible », de Catherine Corsini, d’après Christine Angot.



LE MONDE
 |    07.11.2018 à 07h14
 • Mis à jour le
07.11.2018 à 07h18
    |

            Véronique Cauhapé








                        



                                


                            

En premier, il y a le sourire, immense et désarmant. Tout com­me les yeux, qui lui mangent le reste du visage. Niels Schneider, c’est d’abord ce visage qui trouble. Ouvert, mystérieux, d’une ambiguïté que révèle déjà sa filmographie de jeune acteur de 31 ans. Objet de désir aux boucles blondes d’angelot dans Les Amours imaginaires, de Xavier Dolan, vengeur déterminé dans Diamant noir, d’Arthur Harari (récompensé du César du meilleur espoir masculin en 2017), amant et père mani­pulateur dans Un amour impossible, le dernier film de Catherine Corsini, d’après le roman éponyme de Christine Angot (Flammarion, 2015).

Il est heureux d’avoir eu enfin à jouer un salaud. A ses débuts, ils ont été quelques-uns à le comparer à Björn Andresen, le Tadzio de Mort à Venise, de Visconti. Il avait alors craint de n’inspirer des rôles qu’à travers cette douce gueule d’éphèbe à laquelle lui-même ne prêtait pas attention. Sa curiosité pour la matière humaine, ses goûts pour le cinéma d’auteur, ses inquiétudes qui le poussent à foncer plutôt qu’à se laisser porter, ont corrigé le tir. En dirigeant la curiosité des cinéastes vers une profondeur que la beauté aurait sans doute rendue insoupçonnable. Du moins durant un temps.

Or, Niels Schneider est un jeune homme pressé. Ainsi que semble le montrer la manière qu’il a de répondre avec urgence, projetant ses phrases comme on déboule dans une pièce. Il sait la précarité de l’existence. A 16 ans, il a perdu son frère Vadim, de seize mois son aîné, lui aussi acteur, mort au Canada dans un accident de voiture alors qu’il se rendait sur un tournage. « J’ai tout fait pour combler le vide que mon frère avait laissé. J’ai porté ses vêtements, son parfum et j’ai commencé le théâtre, comme pour prendre la relève. A la maison, c’était devenu trop noir, trop sombre. Sur scène, j’ai retrouvé la lumière, un endroit de liberté, et j’ai éprouvé la sensation de revivre. »
Figures...



                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-9"> ¤ Le documentariste Stefano Savona évoque le drame vécu par le clan Samouni en 2009.
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« Samouni Road » : quand la guerre s’abat sur une famille de Gaza

Le documentariste Stefano Savona évoque le drame vécu par le clan Samouni en 2009.



LE MONDE
 |    07.11.2018 à 07h12
 • Mis à jour le
07.11.2018 à 08h27
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                            Thomas Sotinel








                        



   


L’avis du « Monde » – à voir
En janvier 2009, les survivants de la famille Samouni ont connu une notoriété planétaire. Au début du mois, 29 membres de leur clan avaient été tués par les tirs et les bombardements de l’armée israélienne, entrée dans la bande de Gaza dans le cadre de l’opération « Plomb durci ». Les Samouni ont été interviewés, ­filmés, puis oubliés.

        Lire la critique parue lors du Festival de Cannes :
         

          « Samouni Road », une famille de Gaza entre documentaire et animation



Documentariste italien, Stefano Savona s’attache à déployer leur histoire au long de ce film complexe, fait d’images tournées à Gaza un an après l’offensive militaire, de séquences d’animation supervisées par le graphiste Simone Massi et de reconstitutions numériques de l’épisode militaire. Stefano Savona, qui avait gagné Gaza en janvier 2009 pour y tourner sous les bombardements, ne prétend pas à la neutralité. Mais la richesse des moyens qu’il s’est octroyés pour raconter l’histoire des Samouni lui permet de mettre en scène une histoire riche, contradictoire, marquée par la tragédie sans s’y réduire tout à fait.

        Lire l’enquête :
         

          A Cannes, une renaissance italienne



Gravures oniriques en noir et blanc
D’abord parce que cette famille palestinienne a longtemps joui du privilège – si chèrement payé en 2009 – de vivre sur sa terre. Les Samouni sont depuis des générations des paysans, établis à Gaza avant la partition, avant que le territoire n’accueille des centaines de milliers de réfugiés. Ils y avaient des oliveraies, des vergers. Les ­séquences animées de Simone Massi, gravures oniriques en noir et blanc, évoquent ce lignage paysan, le mélange inextricable des travaux des champs et des rites ­religieux. Ces images idéales sont à la fois des souvenirs et comme une uchronie agreste imaginant ce qu’aurait été la vie si…
La politique, l’histoire et la géographie ne sont pas ici enseignées. Elles surgissent au fil des souvenirs glanés pendant le tournage de 2010
Les séquences réalisées en 2010 ramènent à la réalité d’une terre ravagée, où la reconstruction se heurte aussi bien à l’embargo qui pèse sur la bande de Gaza qu’aux rivalités bureaucratiques entre les instances palestiniennes. La politique, l’histoire et la géographie ne sont pas ici enseignées. Elles surgissent au fil des souvenirs glanés pendant le tournage de 2010. Particulièrement édifiants sont les efforts des différentes factions pour s’approprier la mémoire des victimes, devenues « martyrs » par la grâce de la ­propagande, et les efforts désordonnés des survivants pour tenter d’y échapper.
Peu à peu se forme une image du clan Samouni. On devine les liens qui s’étaient tissés avec Israël avant la fermeture des frontières de Gaza (un des hommes du clan a tenté d’appeler son ancien patron pour persuader les soldats qu’il n’était pas membre du Hamas), les différends qui divisaient les fratries, on voit la patience d’un couple de fiancés qui arrivent jusqu’au mariage malgré la mort des chefs de leurs deux familles. La figure la plus marquante reste celle de la jeune Amal, laissée pour morte pendant plusieurs heures après un bombardement, blessée à la tête, qui a attendu des heures que les secours parviennent jusqu’à elle. C’est peut-être elle qui fait le mieux le lien, avec la candeur et la colère d’une enfant, entre ce qui a été et le présent.
Caméras thermiques embarquées
Stefano Savona n’a pas voulu évoquer les événements de janvier 2009 par le seul truchement des témoignages. L’attaque israélienne sur le quartier où vivaient les Samouni est montrée à travers des images qui ont l’aspect des vues prises par les caméras thermiques embarquées sur des drones en usage chez les militaires.
Ces silhouettes blanches sur fond gris qui s’évanouissent dans une déflagration évoquent l’Irak, l’Afghanistan. Elles sont devenues les emblèmes des conflits high-tech. Mais, ici, elles ne sont que fiction, images numériques qui ressemblent à celles qu’auraient pu prendre des opérateurs israéliens, comme d’innombrables réalisateurs hollywoodiens se sont amusés à le faire. Même s’il s’appuie sur les témoignages des survivants, sur les rapports des organisations humanitaires, le procédé met en danger le film qui, de toute façon, n’avait pas besoin de cette démonstration.



Documentaire italien et français de Stefano Savona (2 h 08). Sur le Web : www.jour2fete.com/distribution/samouni-road et www.picofilms.com/samouni-road



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-10"> ¤ Tiré de faits réels, le film de Yoon Jong-bin met en scène un agent sous couverture.
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« The Spy Gone North » : à Pyongyang, l’espion qui venait du Sud

Tiré de faits réels, le film de Yoon Jong-bin met en scène un agent sous couverture.



LE MONDE
 |    07.11.2018 à 07h10
 • Mis à jour le
07.11.2018 à 08h29
    |

                            Jean-François Rauger








                        



   


L’avis du « Monde » – à voir
Présenté hors compétition lors du dernier Festival de Cannes, The Spy Gone North témoigne de diverses qualités, celle notamment qui consiste à savoir penser avec une certaine intelligence et une relative complexité les conventions cinématographiques attachées à un genre donné. Tiré de faits réels, le film raconte les péripéties d’un ancien officier de l’armée sud-coréenne, Park Suk-young, chargé par les services secrets de son pays, au début des années 1990, de ­recueillir des informations sur le programme nucléaire de la Corée du Nord. L’homme se rapproche, sous le couvert d’affaires commerciales à réaliser, des dirigeants du pays voisin. Avec son identité de businessman inoffensif, Park Suk-young, dont le nom de code était « Black Venus », réussira si bien son coup qu’il rencontrera Kim Jong-il, le leader mégalomane de la Corée du Nord.
Film d’espionnage, ou plutôt film sur l’espionnage, « The Spy Gone North » doit peu aux exploits d’un James Bond
Film d’espionnage, ou plutôt film sur l’espionnage, The Spy Gone North doit peu aux exploits d’un James Bond. On pense, en effet, ­davantage aux romans d’un John le Carré, dans lesquels le récit d’espionnage (que la situation entre les deux Corées semble avoir figé dans le temps d’une guerre froide) dévoile un monde de personnages gris et de tractations mystérieuses, de réunions d’hommes ordinaires buvant des whiskys dans des bars aux enseignes de néon ou des chambres d’hôtel aux papiers peints hideux. Un des premiers mérites du film réside, en effet, dans sa façon de plonger la dimension extraordinaire d’un suspense lourd d’enjeux historico-politiques dans la neutralité d’une apparence banale et terne, d’un réalisme presque atone.
Tourné en grande partie à Taïwan, The Spy Gone North ­devient ainsi une fable sur l’art de la conjuration, le récit d’un complot où les secrets d’Etat se cachent placidement derrière les rencontres les plus familières. Ce que Balzac appelait « l’envers de l’histoire contemporaine » est sans doute le principal sujet du film de Yoon Jong-bin, qui nous plonge dans un monde de pouvoirs occultes et de d’agissements secrets.
Inversion habile du suspense
L’intrigue et le suspense du film mettent de surcroît au jour un scandale : l’existence d’une alliance faussement contre nature peut-être entre l’Etat stalinien de la Corée du Nord et une poignée de politiciens de la droite sud-coréenne, décidés à gagner les élections au prix de la trahison en pariant sur un réchauffement des tensions entre les deux pays.
Yoon Jong-bin nourrit son suspense d’une paradoxale histoire d’amitié entre l’espion et le fonctionnaire nord-coréen qu’il a dupé pendant de nombreux mois. Cas de conscience et inversion habile du suspense et de l’identification du spectateur, où « l’ennemi » se trouve mis, malgré lui, en danger par sa crédulité même. « Dans le but d’obtenir des informations, l’espion se met graduellement à voir avec les yeux de l’autre », a déclaré le réalisateur. The Spy Gone North se transforme ainsi en une fiction politique habile, une méditation sur le pouvoir où la morale se ­retrouve confrontée à une zone floue d’enjeux politiques et de parcours individuels.
The Spy Gone North témoigne avec talent de la qualité d’un ­cinéma populaire intelligent et à succès. Il rassembla, le premier week-end de sa sortie, plus de 2 millions de spectateurs en Corée, et confirme les qualités d’un cinéaste découvert, en 2005, avec The Unforgiven, âpre récit sur la violence dans l’armée sud-coréenne.

Film coréen de Yoon Jong-bin. Avec Hwang Jung (Jeong)-min, Lee Sung-min, Ju Ji-hoon (2 h 21). Sur le Web : www.metrofilms.com/films/spy-gone-north et www.cj-entertainment.com/movie/spy-gone-north



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-11"> ¤ Accumulant les numéros d’acteurs divertissants dans l’espoir de tirer le portrait des Etats-Unis sous Richard Nixon, le film noir de Drew Goddard vacille sous son poids.
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« Sale temps à l’hôtel El Royale » : crime service dans toutes les chambres

Accumulant les numéros d’acteurs divertissants dans l’espoir de tirer le portrait des Etats-Unis sous Richard Nixon, le film noir de Drew Goddard vacille sous son poids.



LE MONDE
 |    07.11.2018 à 07h09
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                            Thomas Sotinel








                        



   


L’avis du « Monde » – pourquoi pas
Bâti sur la frontière qui sépare la Californie du Nevada, l’hôtel El Royale, tel que l’a dessiné le scénariste (Buffy contre les vampires, Seul sur Mars…) et réalisateur (La Cabane dans les bois, 2012) Drew ­Goddard, est une espèce de trou noir qui attire et concentre tous les vices de ces deux Etats : dépravation, corruption, lucre… il suffit de demander à la réception.
Dans ce bouge au décor désuet (le film se passe quelques mois après l’élection de Richard Nixon, l’hôtel a été construit sous ­Eisenhower), une poignée de voyageurs viennent tenter leur chance. Comme on s’en doute dès le prologue – court-métrage éducatif sur la meilleure manière de cacher un butin dans une chambre close –, les protagonistes, à une ou deux exceptions près, ne sont pas animés des meilleures intentions.
L’ambition de Drew Goddard est d’entrecroiser ces convoitises, ces pulsions meurtrières, pour tisser l’image d’un pays en pleine décomposition
L’ambition de Drew Goddard est d’entrecroiser ces convoitises, ces pulsions meurtrières, pour tisser une tapisserie historique, l’image d’un pays en pleine décomposition. Le cinéaste avait déjà tenté ce genre de tour de passe-passe dans La ­Cabane dans les bois, en introduisant une bonne dose de vertige métaphysique dans un pastiche de film d’horreur.
Le résultat est ici excitant et frustrant, les fulgurances – souvent servies par des acteurs de premier ordre – sont voilées par la durée excessive du film, par la confusion entre ambition et présomption.
De terribles secrets
En ce jour pluvieux se présentent à la réception un prêtre catholique (Jeff Bridges) qui, de toute évidence, n’a jamais été ordonné, une chanteuse de rhythm’n’blues (Cynthia Erivo), venue courir le cachet à Reno, dont l’hôtel n’est pas éloigné, un représentant en électroménager (John Hamm) qui en fait des tonnes, même pour un VRP, et une hippie dissimulée derrière de grosses lunettes noires (Dakota Johnson). A la réception, un jeune et sympathique héroïnomane (Lewis Pullman) les oriente vers des chambres qui, elles aussi, dissimulent de terribles secrets. Piège pour politicien érotomane, coffre-fort improvisé, studio de répétition, l’El Royale n’est pas avare en options.
D’une manière si traditionnelle qu’elle en devient attendrissante, Drew Goddard établit une hiérarchie morale entre ses personnages. Au sommet se trouve ­Darlene, la chanteuse afro-américaine à qui une industrie musicale (incarnée ici, en un saisissant flash-back, par Xavier Dolan) blanche et patriarcale a volé sa carrière. Vient ensuite le père Flynn, faux prélat, vrai truand, mu par un code d’honneur désuet. Dire ce qui meut les autres personnages serait priver les éventuels occupants de l’El Royale de maintes surprises, sanglantes, pour la plupart.
Galerie de monstres
Face à cette galerie de monstres pris dans les convulsions de l’histoire (Drew Goddard n’en oublie aucune, du mouvement pour les droits civiques à l’effondrement de la contre-culture, en passant par le Vietnam et l’emprise du FBI sur la vie publique américaine), le film oppose le duo que finissent par former Cynthia Erivo et Jeff Bridges. L’actrice britannique (que l’on verra bientôt dans Les Veuves, de Steve McQueen) chante autant qu’elle joue, c’est une bonne chose pour le film qui trouve, grâce à ce personnage, l’occasion de dissiper les miasmes qui le menacent.
Après avoir joué des hommes vieillissants, au bord de la retraite, Jeff Bridges entre ici de plain-pied dans la vieillesse
Après avoir joué des hommes vieillissants, au bord de la retraite (Crazy Heart, Comancheria), Jeff Bridges entre ici de plain-pied dans la vieillesse. Il donne une fragilité inattendue à son personnage de truand qui perd peu à peu la mémoire.
Ce duo conforte la patience des spectateurs. Celle-ci est néanmoins mise à rude épreuve par l’ultime demi-heure du film. L’apparition de Chris Hemsworth, version culturiste de Charles Manson, l’ultime flash-back, ne font pas monter les enjeux, comme l’espérait l’auteur. Sous cette accumulation, le vieil hôtel menace plutôt de s’effondrer.

Film américain de Drew Goddard.Avec Jeff Bridges, Cynthia Erivo, John Hamm (2 h 24). Sur le Web : www.foxfrance.com/sale-temps-a-lhotel-el-royale et www.foxmovies.com/movies/bad-times-at-the-el-royale



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-12"> ¤ Le réalisateur Olmo Omerzu signe un deuxième long-métrage un peu démodé évoquant lointainement le cinéma d’un Michael Haneke.
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« Family Film » : une fable cynique sur fond de culpabilité

Le réalisateur Olmo Omerzu signe un deuxième long-métrage un peu démodé évoquant lointainement le cinéma d’un Michael Haneke.



LE MONDE
 |    07.11.2018 à 07h08
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                            Jean-François Rauger








                        



   


L’avis du « Monde » – on peut éviter
Un couple aisé part en mer, à bord d’un bateau de plaisance, en laissant ses deux enfants adolescents seuls. Ceux-ci profitent de leur relative liberté avant de perdre tout contact avec leurs géniteurs peut-être disparus en mer. L’absence de ceux-ci, le soutien de l’oncle des deux enfants, la maladie du jeune garçon, le retour des parents enfin, après un naufrage dont ils sont sortis indemnes, déclenchent une série de révélations démasquant le mensonge sur lequel était bâtie l’illusion de l’architecture familiale.
Fiction un peu déplaisante
S’ensuit une série de règlements de compte qui font du deuxième long-métrage d’Olmo Omerzu une sorte de fable cynique construite sur le sentiment d’une culpabilité généralisée. Cette fiction sardonique et un peu déplaisante envisage les relations entre ses personnages comme un écheveau de culpabilités diverses, qui appellent une punition tout aussi pénible qu’artificielle. On pensait ce genre de films évoquant, furtivement et lointainement, le cinéma d’un Michael Haneke, un peu démodé.



Film allemand, français, tchèque et slovène d’Olmo Omerzu. Avec Karel Roden, Vanda Hibnerova, Daniel Kadlec (1 h 34). Sur le Web : www.rouge-distribution.com/2017/08/31/family-film.html



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-13"> ¤ Chaque mardi, « La Matinale du Monde » propose ses coups de cœur à voir sur grand écran.
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Science-fiction ou espions ? Quatre films à voir cette semaine

Chaque mardi, « La Matinale du Monde » propose ses coups de cœur à voir sur grand écran.



LE MONDE
 |    07.11.2018 à 06h37
 • Mis à jour le
07.11.2018 à 07h59
   





                        


LES CHOIX DE LA MATINALE
Quatre longs-métrages sont à découvrir cette semaine au cinéma. Ne manquez pas High Life, la première incursion de Claire Denis dans la science-fiction, ni la belle adaptation du roman de Christine Angot, Un amour impossible, par Catherine Corsini. Les curieux découvriront Heureux comme Lazzaro, le troisième film d’Alice Rohrwacher, tandis que les fans de suspense mangeront du pop-corn devant The Spy Gone North, de Yoon Jong-bin.
« High Life » : un sommet de science-fiction

Allons d’emblée aux deux raisons qui font de ce film une œuvre à sérieusement considérer, pour ne pas dire à passionnément aimer. La première est d’ordre cinéphilique. Incursion inaugurale de la cinéaste Claire Denis dans la science-fiction et dialogue en anglais, High Life est à classer parmi les sommets du genre. Soit ces films rares qui ne s’adressent pas seulement aux fans de la catégorie mais à l’humanité tout entière. Ces œuvres qui, préférant l’envoûtement contemplatif à l’action pure, hypnotisent l’esprit et les sens du spectateur, tels 2001 : l’Odyssée de l’espace (1968), de Stanley Kubrick, ou Solaris (1972), d’Andreï Tarkovski. L’autre raison est qu’aucun film récent ne donne l’impression d’aller, au point où le fait celui-ci, à l’os de notre époque. Au diapason du grand bouleversement qui s’y annonce, de la grande peur écologique qui se lève.
Ici, un homme (Monte, interprété par Robert Pattinson) partage un engin spatial visiblement délabré avec sa fillette de quelques mois, dénommée Willow. Le navire est en réalité une prison, où l’on a rassemblé des condamnés à mort qui ont accepté, en échange de la commutation de leur peine, de se prêter à un programme d’expérimentation spatiale. Il s’agit à la fois de s’approcher d’un trou noir pour en étudier les sources d’énergie bientôt taries sur Terre, et de se prêter aux expériences de procréation menées par le docteur Dibs, une médecin au dossier criminel chargé. Juliette Binoche, crinière noire descendant jusqu’aux reins, flammèches dans les yeux, incarne une sorte de prêtresse illuminée de la reproduction, figure de la fécondité immémoriale, collectrice de sperme, sorcière de la résurrection. C’est, ici, Le Sacrifice, d’Andreï Tarkovski (1986) qui revient en mémoire. Jacques Mandelbaum
« High Life », film franco-allemand-britannique de Claire Denis avec Robert Pattinson, Juliette Binoche, André Benjamin (1 h 51).
« Un amour impossible » : le roman d’Angot adapté au cinéma 

Comment extraire un film d’un texte aussi dense et compact que Un amour impossible (Flammarion, 2015) ? Christine Angot laisse si peu de place entre la mémoire et la fiction, ses mots adhèrent si fortement à la réalité, qu’un ou une cinéaste aurait pu être tenté par une extrême stylisation. Catherine Corsini a préféré faire confiance aux outils traditionnels du cinéma : les visages connus et reconnus, les artifices des costumes et du maquillage. Ce choix, qui – ainsi énoncé – pourrait passer pour un renoncement, se révèle à l’écran comme une audace esthétique, payante qui plus est. Un amour impossible, le film, trouve à la fois un chemin qui lui est propre – celui d’une émotion directe, sans retenue, qui passe par le travail impressionnant des interprètes – tout en suivant celui qu’avait tracé l’écrivaine, l’inscription d’une histoire individuelle dans le paysage inquiétant d’un système de domination hypocrite et omnipotent.
Comme le roman, le film de Catherine Corsini s’écoule tumultueusement sur plus d’un demi-siècle, de la rencontre entre Rachel (Virginie Efira) et Philippe (Niels Schneider), la mère et le père de la narratrice, jusqu’à l’ultime confrontation entre les deux femmes, l’enfant violée et la mère aveuglée. Entre les deux, il y aura une histoire d’amour, la chronique d’une libération inachevée, la commission et la révélation d’un crime. Thomas Sotinel
« Un amour impossible », film français de Catherine Corsini avec Virginie Efira, Niels Schneider, Camille Berthomier (2 h 15).
« Heureux comme Lazzaro » : conte mystique

Sous ses airs quelque peu désuets de pastorale chrétienne, le troisième long-métrage de la Toscane Alice Rohrwacher (Corpo celeste en 2011, Les Merveilles en 2014), récompensé au Festival de Cannes par un prix du scénario, surprend par les détours et rebonds de son récit, sa capacité à se renouveler, mais surtout par l’ambivalence de son écriture, à la fois terre à terre et en quête d’élévation. Dans la lignée des films d’Ermanno Olmi (L’Arbre aux sabots, 1978), disparu en mai 2018, Heureux comme Lazzaro peut se voir comme un conte mystique, entretenant un commerce habile et ensorcelant entre deux aspirations d’apparence contraire : d’une part son réalisme à vocation do­cumentaire, proche de la nature et de ses cycles, de l’autre sa fiction libre et parfois irrationnelle, capable de décoller du monde tangible, de déroger à ses lois.
Dans une ferme à tabac qu’un vieux pont écroulé isole du reste du monde, Lazzaro (Adriano Tardiolo), adolescent simplet à la parenté incertaine, exécute les tâches les plus viles sans jamais s’en plaindre. Les paysans, une trentaine d’âmes craintives et superstitieuses, vivent là comme en des temps féodaux, persuadés d’appartenir corps et biens à la propriétaire des lieux, la marquise de Luna. Lazzaro se lie d’amitié avec Tancredi, le fils indiscipliné de cette dernière, qui fugue et se réfugie sur les collines environnantes. Mais les autorités ne tardent pas à débusquer ce hameau hors du temps et à mettre fin à ce servage éhonté. Dans la débâcle, Lazzaro chute du haut d’une falaise et ne se réveille que bien des années plus tard, quand le domaine n’est plus qu’une ruine ouverte au pillage. Avec ses cheveux bouclés, son visage naïf et ses grands yeux écarquillés, Lazzaro n’est peut-être pas autre chose qu’un pur regard, transcendant et sans âge, posé sur la condition même des sous-prolétaires. Mathieu Macheret
« Heureux comme Lazzaro », film italo-suisse-franco-allemand d’Alice Rohrwacher avec Adriano Tardiolo, Alba Rohrwacher, Agnese Graziani (2 h 07).
« The Spy Gone North » : loin de James Bond 

Présenté hors compétition lors du dernier Festival de Cannes, The Spy Gone North témoigne de diverses qualités, celle notamment qui consiste à savoir penser avec une certaine intelligence et une relative complexité les conventions cinématographiques attachées à un genre donné. Tiré de faits réels, le film raconte les péripéties d’un ancien officier de l’armée sud-coréenne, Park Suk-young, chargé par les services secrets de son pays, au début des années 1990, de ­recueillir des informations sur le programme nucléaire de la Corée du Nord. L’homme se rapproche, sous le couvert d’affaires commerciales à réaliser, des dirigeants du pays voisin. Avec son identité de businessman inoffensif, Park Suk-young, dont le nom de code était « Black Venus », réussira si bien son coup qu’il rencontrera Kim Jong-il, le leader mégalomane de la Corée du Nord.
Film d’espionnage, ou plutôt film sur l’espionnage, The Spy Gone North doit peu aux exploits d’un James Bond. On pense, en effet, ­davantage aux romans d’un John le Carré, dans lesquels le récit d’espionnage (que la situation entre les deux Corées semble avoir figé dans le temps d’une guerre froide) dévoile un monde de personnages gris et de tractations mystérieuses, de réunions d’hommes ordinaires buvant des whiskys dans des bars aux enseignes de néon ou des chambres d’hôtel aux papiers peints hideux. Jean-François Rauger
« The Spy Gone North », film sud-coréen de Yoon Jong-bin avec Jung-Min Hwang, Sung-min Lee, Ji-hoon Ju (2 h 21).

Les sorties cinéma de la semaine (mercredi 7 novembre)
High Life, film français de Claire Denis (chef-d’œuvre)Un amour impossible, film français de Catherine Corsini (à ne pas manquer)Crazy Rich Asians, film américain et chinois de Jon M. Chu (à voir)Heureux comme Lazzaro, film français et italien d’Alice Rohrwacher (à voir)Samouni Road, documentaire français et italien de Stefano Savona (à voir)The Spy Gone North, film coréen de Yoon Jong-bin (à voir)Sale temps à l’hôtel El Royale, film américain de Drew Goddard (pourquoi pas)Family Film, film allemand, français, tchèque et slovène d’Olmo Omerzu (on peut éviter)Un homme pressé, film français d’Hervé Mimran (on peut éviter)
A l’affiche également : 
Kursk, film belge et luxembourgeois de Thomas VinterbergNous, Tikopia, documentaire français de Corto FajalRumble: The Indians who Rocked the World, documentaire canadien de Catherine Bainbridge et Alfonso MaioranaLes Yatzkan, documentaire français d’Anna-Célia Kendall Yatzkan





                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-14"> ¤ L’acteur de la saga « Twilight » et la cinéaste Claire Denis racontent combien leur collaboration sur « High Life » les a rapprochés.
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Cinéma : avec Robert Pattinson dans « High Life », l’attraction des astres

L’acteur de la saga « Twilight » et la cinéaste Claire Denis racontent combien leur collaboration sur « High Life » les a rapprochés.



LE MONDE
 |    06.11.2018 à 07h53
 • Mis à jour le
07.11.2018 à 11h24
    |

            Aureliano Tonet (Londres)








                        



                                


                            

Les stars sont-elles aussi égocentriques qu’on le prétend ? Voyez Robert Pattinson, 32 ans, dont dix de célébrité intersidérale depuis que la saga Twilight a transpercé les cœurs adolescents. Pas le genre, pour autant, à croire que le monde tourne autour de lui. Jusqu’à ce qu’on le lui apprenne, l’acteur ignorait qu’un astronome russe avait donné son nom à un astéroïde. « Whaou ! Quelle idée bizarre… », s’écrie-t-il, en contemplant sur son téléphone cet alter ego galactique.
Un lundi soir sur la Terre, dans un hôtel penta-étoilé du centre de Londres : Pattinson commande une cinquième tasse de thé. Ça l’aide, assure-t-il, à ne pas s’emmêler les pinceaux, lui dont l’agenda jongle entre les fuseaux, les créneaux, les plateaux. Il débarque de ses pénates hollywoodiens, s’apprête à rejoindre un tournage au Maroc, avec Johnny Deep et Mark Rylance. A peine le temps d’organiser un dîner avec ses parents, restés dans la capitale anglaise, où il a grandi. Et de rencontrer quelques journalistes à la volée : pas question de ne pas accompagner la sortie de High Life, le film joliment perché de Claire Denis.

Car Robert Pattinson ne fait pas qu’y interpréter Monte, le premier rôle. En amont, il a joué les directeurs de casting, dépêchant à la dernière minute le bébé de son meilleur ami pour incarner la fille de son personnage : « Nous avions choisi deux jumelles, mais lors des essais, ça ne collait pas, se souvient Claire Denis. La veille du tournage, Robert a sorti sa carte bleue, et organisé la venue de ses amis et de leur nourrisson. Ça a sauvé le film ! » En aval, il a posé sa voix diaphane sur la bande originale, ravivant ainsi sa passion adolescente pour le rock, qu’il pratiquait jadis en bande, passablement éméché : « Rien ne me plaisait autant que de défier un public hostile, lors de concerts improvisés, confie-t-il. Cette adrénaline me manque un peu. »
Robert Pattinson...



                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-15"> ¤ La cinéaste fait une incursion dans la science-fiction avec son nouveau film porté par Robert Pattinson.
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Article sélectionné dans La Matinale du 05/11/2018
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« High Life » : Claire Denis sonde le désir en apesanteur

La cinéaste fait une incursion dans la science-fiction avec son nouveau film porté par Robert Pattinson.



LE MONDE
 |    06.11.2018 à 06h45
 • Mis à jour le
07.11.2018 à 08h36
    |

            Jacques Mandelbaum








                        



   


L’avis du « Monde » – chef d’œuvre
Allons d’emblée aux deux raisons qui font de ce film une œuvre à sérieusement considérer, pour ne pas dire à passionnément aimer. La première est d’ordre cinéphilique. Incursion inaugurale de la cinéaste Claire Denis dans la science-fiction et le dialogue en anglais, High Life est à classer parmi les sommets du genre. Soit ces films rares qui ne s’adressent pas en premier lieu aux fanatiques de la catégorie mais à l’humanité sensible tout entière. Ces œuvres qui, préférant l’envoûtement contemplatif à l’action pure, jettent une sorte de maraboutage hypnotique sur l’esprit et les sens du spectateur, tels 2001 : l’Odyssée de l’espace (1968), de Stanley Kubrick, ou Solaris (1972), d’Andreï Tarkovski.

        Lire la rencontre :
         

          Avec Robert Pattinson, l’attraction des astres



L’autre raison est qu’aucun film récent ne donne l’impression d’aller, au point où le fait celui-ci, à l’os de notre époque. Au diapason du grand bouleversement qui s’y annonce, de la grande peur écologique qui se lève. Peur non pas tant de ces épiphénomènes que sont l’iniquité et la barbarie en leur retour triomphant, mais, pour aller au principe, de l’épuisement convulsif d’une planète saccagée, de l’attraction avérée de l’humanité pour le néant. Peur, en un mot, de la fin dernière : de l’homme, du monde, de la vie tout ensemble. Un sentiment qui n’est sans doute pas pour rien dans la production récente de films spatiaux plus ou moins eschatologiques, dans lesquels l’espace se transforme en territoire de la dernière chance, en expérience concrète de la survie.
Aucun film récent ne donne l’impression d’aller, au point où le fait celui-ci, à l’os de notre époque
High Life rejoint à ce titre des films tels que Gravity (2013), d’Alfonso Cuaron, Seul sur Mars (2015), de Ridley Scott, ou même First Man (2018), de Damien Chazelle. Mais il se confronte plus directement à Interstellar (2014), de Christopher Nolan, dont il partage les motifs centraux (la terre agonisante, la recherche d’une planète favorable à la vie, l’importance du rapport père-fille). Ce qui n’empêche nullement High Life de se situer aux antipodes esthétiques d’Interstellar, à des années­-lumière de la pyrotechnie spectaculaire et des rebondissements romanesques qu’y déploie Christopher Nolan.
Est-il d’ailleurs assuré que l’inscription du film de Claire Denis dans une histoire raisonnée de la science-fiction cinématographique fasse vraiment sens ? On pourrait aussi bien assumer la position selon laquelle la cinéaste – qui aime à s’approprier tous les genres (le polar dans J’ai pas sommeil, 1994 ; le vampirisme dans Trouble Every Day, 2001 ; le film de guerre dans Beau travail, 1999 ; la comédie dans Un beau soleil intérieur, 2017…) – continue de faire dans l’espace ce qu’elle a toujours fait sur terre : sonder le mystère du désir, dans sa beauté stellaire comme dans ses trous noirs. Sans trucages. A même la chair. Au plus près de cet abyme mental qui confère à chaque être humain la fascinante opacité de l’univers.
Le pire est sans doute déjà arrivé
Ici, un homme (Monte, interprété par Robert Pattinson) partageant un engin spatial visiblement délabré avec sa fillette de quelques mois, dénommée Willow. Le long et caressant préambule qui les réunit suscite d’emblée une forte émotion, teintée d’angoisse. Les tendres rapports du père et de l’enfant, l’impuissance où ils semblent se trouver pour changer leur situation produisent dans cet environnement confiné, dénué de toute autre présence humaine, le sentiment que le pire est sans doute déjà arrivé. Un long retour en arrière livrera au spectateur une compréhension un peu plus nette de la situation.

   


Le navire est en réalité une prison, où l’on a rassemblé des condamnés à mort qui ont accepté, en échange de la commutation de leur peine, de se prêter à un programme d’expérimentation spatiale. Il s’agit à la fois de s’approcher d’un trou noir pour en étudier les sources d’énergie bientôt taries sur Terre, et de se prêter aux expériences de procréation menées par le docteur Dibs, une médecin au dossier criminel chargé. Juliette Binoche, crinière noire descendant jusqu’aux reins, flammèches dans les yeux, y incarne une sorte de prêtresse illuminée de la reproduction, figure de la fécondité immémoriale, collectrice de sperme, sorcière de la résurrection. C’est, ici, Le Sacrifice, d’Andreï Tarkovski (1986) qui revient en mémoire.
On reconnaît là tout le talent de Claire Denis pour suggérer le dénuement et la beauté de notre condition
Dibs est, avec Monte, dont elle vole la semence durant son sommeil dans une séquence proprement stupéfiante, le pouvoir de la vie qui se transmet dans un engin pourtant programmé pour aller à la mort. Toute la beauté du film tient en ce déchirant paradoxe tenu bientôt, en quelques ellipses élégantes, par le seul couple survivant du père et de sa fille. Imaginez, dans l’immensité glacée et indifférente du cosmos, le cri vital du bébé et le regard du père sur son enfant. Puis la grâce innocente de la jeune fille qu’elle est devenue, qui n’a jamais connu le monde, et qui questionne incestueusement son père sur leur avenir, entre la menace de leur commun anéantissement et la promesse de trouver un nouveau soleil. On reconnaît là tout le talent de Claire Denis pour suggérer le dénuement et la beauté de notre condition.
La sensation du huis clos, de la solitude, de la terminaison des temps est par ailleurs si prégnante qu’elle parvient à nous rendre bouleversantes les images raréfiées de la Terre, qui interfèrent dans le récit. Flash-back en bons gros grains seize millimètres de trains et de hobos cheveux au vent, forêts profondes, tapis de feuilles, humus qu’on croirait sentir. Ou encore, sur un écran de la capsule, ce rituel funéraire indien filmé à Vancouver par Edward S. Curtis dans In the Land of the Head Hunters (1914), poignant et fantomal vestige d’une civilisation agonisante. C’est, à travers ces simples images, le sentiment d’une perte irrémissible qui étreint le spectateur et le laisse inconsolable. Autant dire qu’il y aura quelque chose comme une indicible joie à malgré tout retrouver la pollution et la promiscuité de la ville au sortir de la salle. Contrairement à ce que certains pensent, seuls les artistes font œuvre utile.

Film français de Claire Denis. Avec Robert Pattinson, Juliette Binoche, André Benjamin (1 h 51). Sur le Web : highlife-lefilm.com

Les sorties cinéma de la semaine (mercredi 7 novembre)
High Life, film français de Claire Denis (chef-d’œuvre)Un amour impossible, film français de Catherine Corsini (à ne pas manquer)Crazy Rich Asians, film américain et chinois de Jon M. Chu (à voir)Heureux comme Lazzaro, film français et italien d’Alice Rohrwacher (à voir)Samouni Road, documentaire français et italien de Stefano Savona (à voir)The Spy Gone North, film coréen de Yoon Jong-bin (à voir)Sale temps à l’hôtel El Royale, film américain de Drew Goddard (pourquoi pas)Family Film, film allemand, français, tchèque et slovène d’Olmo Omerzu (on peut éviter)Un homme pressé, film français d’Hervé Mimran (on peut éviter)
A l’affiche également : 
Kursk, film belge et luxembourgeois de Thomas VinterbergNous, Tikopia, documentaire français de Corto FajalRumble: The Indians who Rocked the World, documentaire canadien de Catherine Bainbridge et Alfonso MaioranaLes Yatzkan, documentaire français d’Anna-Célia Kendall Yatzkan





                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-16"> ¤ Fille de Clara et André Malraux, elle avait travaillé auprès d’Alain Resnais et François Truffaut.
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Florence Malraux, assistante-réalisatrice, est morte

Fille de Clara et André Malraux, elle avait travaillé auprès d’Alain Resnais et François Truffaut.



LE MONDE
 |    05.11.2018 à 08h06
    |

                            Thomas Sotinel








                        



                                


                            

Fille de Clara et André Malraux, figure parisienne des années 1950, assistante-réalisatrice, entre autres, d’Alain Resnais dont elle fut l’épouse, membre de plusieurs institutions cinématographiques, Florence Malraux est morte mercredi 31 octobre à Paris. Elle avait 85 ans.
Elle naît le 28 mars 1933 à Paris. La même année, son père devient célèbre avec la publication de La Condition humaine. Lorsque ses parents se séparent, au début de la seconde guerre mondiale, la petite Florence accompagne sa mère dans le sud de la France, à Toulouse, puis à Montauban. Elle est le témoin de l’engagement de Clara Malraux dans la résistance. A cette époque, elle rencontre Edgar Morin, alors étudiant et bientôt lui aussi résistant, qui restera son ami.
A la Libération, elle revient à Paris, où elle se lie d’amitié avec Françoise Quoirez, qui n’est pas encore Sagan, et compte parmi les premiers lecteurs du manuscrit de Bonjour tristesse. Le nom de Florence Malraux revient, avec celui de Bernard Frank ou Claude Perdriel, dans la chronique des nuits parisiennes que traversait la jeune romancière.
« Faire rayonner l’œuvre de son père »
En 1961, la fille du désormais ministre de la culture du général de Gaulle signe le Manifeste des 121 qui soutient l’insoumission et la solidarité avec les insurgés en Algérie. C’est le début d’une longue brouille avec André Malraux. En même temps, elle se tourne vers le cinéma. Elle assiste François Truffaut sur le tournage de Jules et Jim (1962), sans que son nom soit mentionné au générique. L’année précédente, elle a occupé le même poste – seconde assistante – sur le plateau de L’Année dernière à Marienbad, d’Alain Resnais (l’autre second assistant du film a pour nom Volker Schlöndorff). C’est le début d’une collaboration, puis d’un mariage, qui dureront jusqu’à I Want to Go Home, en 1989, en passant par Muriel, Providence, Mon Oncle d’Amérique ou Mélo.
Florence...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-17"> ¤ Mehdi Derfoufi, chercheur-enseignant en études cinématographiques, revient sur le jeu vidéo, sa représentation de la conquête de l’Ouest et la place marginale accordée aux minorités.
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« On peut parler pour “Red Dead Redemption 2” de mélancolie masculine blanche »

Mehdi Derfoufi, chercheur-enseignant en études cinématographiques, revient sur le jeu vidéo, sa représentation de la conquête de l’Ouest et la place marginale accordée aux minorités.



LE MONDE
 |    04.11.2018 à 12h07
 • Mis à jour le
05.11.2018 à 09h11
    |

            William Audureau








                        



   


Mehdi Derfoufi, chercheur associé à l’université Sorbonne-Nouvelle (Paris-III), enseignant à l’université d’Illinois à Paris et spécialiste des questions post-coloniales au cinéma et dans les jeux vidéo, a répondu durant trois heures le mardi 30 octobre aux questions des lecteurs du Monde sur Red Dead Redemption 2 (RDR2), la superproduction de Rockstar Games sortie fin octobre.
Il livre son analyse basée sur le visionnage du chapitre IV de l’aventure, qui se déroule dans l’équivalent de la Louisiane en 1899. Mehdi Derfoufi évoque ainsi la représentation de la mythologie occidentale de la conquête de l’Ouest dans le jeu, ainsi que de la place marginale qu’elle laisse aux Noirs et aux Amérindiens.

        Compte rendu :
         

          premières impressions après cinq heures de jeu sur « RDR2 »



Dedrak : Pouvez-vous nous en dire un peu plus sur votre sujet de recherche ?
Mehdi Derfoufi : Vaste sujet que le champ des études post-coloniales ! C’est avant tout une manière d’approcher les productions culturelles actuelles qui positionne l’expérience coloniale comme centrale, comme matrice de l’époque actuelle. L’Orientalisme de Edward Saïd [Seuil, 1980] est un classique fondateur de cette approche.
von_yaourt : Le besoin de créer du jeu (dans son acception ludique) n’est-il pas une limite évidente à votre champ de recherche sur le jeu vidéo, au contraire du cinéma ? Même si la démarche est pertinente sur RDR2 qui n’est qu’un film ouvert mal déguisé dans un jeu sans gameplay…
C’est un peu exagéré de dire qu’il n’y a pas de gameplay dans RDR2, non ? Mais votre question n’est pas sans intérêt. Bien sûr, l’analyse des représentations est bien plus évidente sur des jeux très narratifs qui proposent une identification à des personnages, un imaginaire, etc.
Mais dans d’autres types de jeux, on peut aussi noter des fondements tels que l’accumulation, la progression, la linéarité, le principe d’apprentissage par échec et récompense. Tout cela correspond à des notions culturelles qui ne sont pas forcément évidentes pour toutes les sociétés à travers toutes les époques.
Dans Red Dead Redemption 2, on se promène par exemple parfois dans des paysages quasi-déserts. C’est vraiment un élément important : un des plaisirs du jeu repose sur l’exploration mais aussi l’appropriation progressive du territoire, une appropriation qui se matérialise sur la carte, à travers les marqueurs. Dans la conquête coloniale, la cartographie est à la fois un outil de conquête et de contrôle d’un territoire et une représentation visuelle et imaginaire de ce contrôle.

        Analyse :
         

          « Red Dead Redemption 2 » a-t-il été surnoté par la presse ?



Jmye : Le principe de la conquête de l’Ouest n’était-il pas d’offrir à chacun un bout de terre où il pouvait construire le mode de vie ou la société qu’il désirait ? La liberté au gré du paysage infini ?
Disons que c’était un des éléments, mais il y a différents niveaux politiques à cette conquête – à commencer par des objectifs étatiques d’expansion territoriale et de contrôle des ressources. Le concept de « destinée manifeste » émerge au milieu du XIXe siècle pour justifier moralement l’annexion des territoires de l’Ouest. Il s’agit de défendre l’idée que les Etats-Unis avaient une sorte de « mission divine » dans leur rôle de conquête et d’aménagement des terres « sauvages ».
L’opposition entre civilisation et « sauvagerie » assimile à des espaces géographiques des identités raciales. Les « Peaux-Rouges » sont des « sauvages » qui font corps avec la nature, les « hommes blancs », les « pionniers », sont des êtres civilisés qui doivent faire l’apprentissage – pour survivre – des règles qui régissent cet espace sauvage, afin de le contrôler progressivement en vue de le domestiquer (littéralement en faire une maison, un lieu habitable, c’est-à-dire civilisé)

   


EnColt & Bretelles : Sur la géographie justement, n’y a-t-il pas deux espaces différents suivant que l’on se place du côté des minorités ou du mâle blanc colonisateur ? Que ce soit en termes de lieux fréquentés – je pense notamment à la dualité entre ville et campagne – ou de « périmètre » de vie…
Oui, tout à fait. RDR2 s’inscrit comme tout bon western dans un système d’oppositions binaires entre nature et culture, civilisation et espaces sauvages, ville et campagne, et évidemment il est assez facile de voir où se placent l’homme blanc et l’Amérindien dans ce schéma. Le récit du jeu s’inscrit dans ce schéma sans trop le perturber, dans la continuité du premier opus, qui travaillait toutefois davantage, il me semble, la question de la frontière avec le Mexique.
L’avantage est que ce type d’opposition parle à tout le monde et est assez utile en termes dramaturgiques. Mais on peut proposer de sortir de ce schéma et rappeler que « civilisation » n’égale pas nécessairement « ville » ou « sédentarité », ou que les Amérindiens n’étaient pas tous des nomades, etc.
Le mythe de la terre vierge, par exemple, sert à justifier la conquête, mais les espaces dits « sauvages » ne l’étaient pas vraiment… A propos de la « découverte » de l’Amérique et du mythe de l’Amazonie comme enfer vert, on peut lire les livres suivants : Amazonie, les 12 travaux des civilisations précolombiennes, par Stéphen Rostain [Belin, 2017], et 1493, comment la découverte de l’Amérique a transformé le reste du monde, par Charles C. Mann [Albin Michel, 2013].

        Compte rendu de tchat avec le chercheur en études cinématographiques Alexis Blanchet :
         

          « Rockstar restitue le cinéma hollywoodien sous une forme autant narrative que spatiale »



Lutin : Red Dead Redemption 2 recherche-t-il le réalisme de l’époque du Far West, ou reproduit-il les stéréotypes de l’époque ?
A mon avis, dans RDR2, on est davantage dans un réalisme d’époque, qui manque l’occasion de déconstruire des stéréotypes raciaux. Par exemple, on y trouve le terme « darky » en anglais, traduit par « nègre » en français, qui est un terme la plupart du temps banni dans le contexte anglo-saxon en raison de sa violence raciste. Par ailleurs, dans une mission avec deux forçats, le héros intervient en arbitre, mais le forçat évadé blanc n’est pas traité sur le même plan que le forçat noir, qui est tenu à l’écart.
Mais ça paraît cohérent avec le discours des créateurs qui, comme le disait récemment Dan Houser, essaient de « ressusciter un monde disparu ». Dans ce monde, ce qui les intéresse est clairement le point de vue de l’aventurier blanc, plutôt que celui des victimes de l’expansion étasunienne (les Amérindiens, les Noirs…). [Le jeu développe davantage le point de vue des Amérindiens dans le chapitre VI, dont M. Derfoufi n’avait pas connaissance lorsqu’a eu lieu cette session de questions & réponses]

        Analyse :
         

          Le jeu vidéo, voix naissante des peuples marginalisés



Supermeul : N’est-ce pas un peu comme la nostalgie actuelle aux Etats-Unis sur la période des années 1950-1960, où tout était bien mieux – sauf pour les femmes, les homosexuels et les minorités ?
Très juste, la nostalgie est d’ailleurs un ressort puissant de RDR2 comme du premier opus. On parle souvent à propos de lui de mélancolie, d’errance contemplative. L’identification au jeu fonctionne pas mal sur le sentiment de perte d’un monde disparu et de redécouverte et d’immersion dans ce monde. Je pense qu’on peut parler de mélancolie masculine blanche, qui est aussi une manière très contemporaine de gérer le sentiment de culpabilité des crimes coloniaux.
Kob : Existe-t-il des jeux vidéo dans lesquels est retransmis le vécu des minorités, non pas dans les objectifs du jeu, mais dans ses mécaniques ?
Les premiers jeux à ma connaissance à poser la question raciale en termes de gameplay et pas seulement de représentations doivent être Méwilo et Freedom de Muriel Tramis et Patrick Chamoiseau, en 1987 et 1988.




                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-18"> ¤ L’acteur franco-canadien s’était longtemps cantonné aux rôles de jeunes premiers. Dans « Un amour impossible », il interprète un séducteur pervers.
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Niels Schneider : « Des spectateurs m’ont dit qu’ils avaient envie de me frapper. J’étais très heureux »


                      L’acteur franco-canadien s’était longtemps cantonné aux rôles de jeunes premiers. Dans « Un amour impossible », il interprète un séducteur pervers.



M le magazine du Monde
 |    04.11.2018 à 09h00
 • Mis à jour le
06.11.2018 à 00h25
    |

                            Maroussia Dubreuil








                              

                        

Cette fois, Niels Schneider joue un méchant. « Un vrai salaud », renchérit le jeune acteur. Dans Un amour impossible, l’adaptation au cinéma du roman autobiographique de Christine Angot, paru en 2015, Philippe, fils de bonne famille, séduit une jeune secrétaire à Châteauroux, dans les années 1950. Beau, lâche et brillant, il ne lui passe aucune faute de français, refuse de l’épouser et finira par abuser de leur enfant, quelques années plus tard. « Pas une page du scénario ne venait rattraper cette raclure, souligne Niels Schneider. C’est la première fois que je me frottais à un personnage totalement condamnable. »
Jusque-là sa beauté angélique avait souvent été prise pour argent comptant : objet de désir dans J’ai tué ma mère (2009) et Les Amours imaginaires (2010), de Xavier Dolan, amant spectral dans Les Rencontres d’après minuit (2013), de Yann Gonzalez, et prince charmant percussionniste dans Belle dormant (2016), d’Adolfo Arrieta.
« Ça me paraît absurde de choisir ses rôles en fonction d’un capital sympathie. » Niels Schneider
Niels Schneider, 31 ans « a été courageux, reconnaît la réalisatrice Catherine Corsini. “C’est atroce le mal que je fais. Je n’en peux plus”, disait-il souvent. » Petit à petit, l’acteur sent Philippe le ronger. Le week-end, à Châteauroux, il décompresse sur les rives du lac de Belle-Isle où les amateurs de sports nautiques viennent chercher un peu de fraîcheur, en été. « Mais il n’y avait pas grand-chose à faire. Tout le monde me racontait sa petite anecdote avec Gérard Depardieu ou Michel Denisot, qui sont originaires du coin. C’était tout, décrit Niels Schneider. J’ai donc pu rester focalisé sur Philippe. Catherine Corsini m’incitait à voir des films avec Maurice Ronet, Ascenseur pour l’échafaud ou Le Feu follet. Mais Ronet m’émeut, il est le versant triste d’Alain Delon. »

Il...




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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-19"> ¤ Je ne serais pas arrivée là si... Cette semaine, l’actrice belge confie son « coup de foudre intellectuel et amical » pour la réalisatrice Justine Triet.
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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-20"> ¤ Pour la première fois, la plate-forme vidéo américaine va sortir trois de ses longs-métrages sur grand écran avant de les proposer à ses abonnés.
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Par  Jérôme Marin   Publié le 03 novembre 2018 à 10h58 - Mis à jour le 04 novembre 2018 à 06h44   Lecture 1 min.     Partager sur Facebook Partager sur Facebook   Partager sur Twitter Partager sur Twitter   Envoyer par e-mail Envoyer par e-mail                        Tim Blake Nelson dans une scène du film « The Ballad of Buster Scruggs » qui sera lancé en salles une semaine avant sa disponibilité sur Netflix. NETFLIX / AP             Pour amadouer l’Académie des Oscars, Netflix fait volte-face. Pour la première fois, la plate-forme vidéo américaine va sortir trois de ses films sur grand écran avant même de les proposer à ses quelque 140 millions d’abonnés. Une concession annoncée le 31 octobre qui, espère la société, pourrait lui permettre de décrocher ses premières statuettes en février 2019. Et aussi d’attirer des réalisateurs de renom, qui accordent une grande importance aux récompenses.             Article réservé à nos abonnés  Lire aussi  Netflix dynamite la télé et le septième art             Selon la presse spécialisée, Roma est un prétendant sérieux aux Oscars. Le dernier long-métrage du mexicain Alfonso Cuaron, déjà sacré meilleur réalisateur en 2014 avec Gravity, sera lancé en salles le 21 novembre, soit trois semaines avant sa disponibilité sur Netflix. Ce délai ne sera que d’une semaine pour les deux autres films : The Ballad of Buster Scruggs, des frères Ethan et Joel Coen, et Bird Box, avec Sandra Bullock en tête d’affiche.                     Le réalisateur Alfonso Cuaron sur le tournage de son film « Roma » qui sera lancé en salles trois semaines avant sa disponibilité sur Netflix. CARLOS SOMONTE / NETFLIX  /AP             Boycott du Festival de Cannes          Plusieurs films produits par Netflix ont déjà été projetés dans des cinémas indépendants américains. Mais jusqu’à présent, la société exigeait que leur sortie ait lieu le même jour que leur diffusion sur sa plate-forme.            Une condition inacceptable pour les grandes chaînes de salles de cinéma, qui réclament une fenêtre d’exclusivité de 90 jours. En outre, ces sorties en salles étaient très limitées, servant uniquement à rendre les longs-métrages éligibles aux Oscars.          La chronologie imposée par Netflix hérisse le monde du cinéma. En début d’année, l’entreprise avait boycotté le Festival de Cannes après un durcissement des règles excluant ses films de la sélection officielle. Le mois précédent, le réalisateur américain Steven Spielberg avait milité pour que les œuvres produites par la plate-forme vidéo ne soient pas admissibles aux Oscars.          En faisant un pas vers Hollywood, le groupe espère améliorer sa réputation auprès des membres de l’Académie. Aucun de ses longs-métrages n’a encore été nommé pour une statuette du meilleur film, réalisateur, actrice et acteur. Autant de récompenses prestigieuses qui légitimeraient encore plus ses ambitions dans le cinéma.             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