<FILE-date="2018/11/07/19">

<article-nb="2018/11/07/19-1">
<filnamedate="20181107"><AAMM="201811"><AAMMJJ="20181107"><AAMMJJHH="2018110719">
<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-1"> ¤ Alors que la foire internationale Paris Photo ouvre ses portes au Grand Palais, la photo contemporaine bénéficie de l’engouement pour l’art contemporain, à condition d’être sélectif.
<filname="PROF-0,2-3246,1-0,0-1"> ¤                     
                                                

Le marché de la photographie contemporaine est en plein boom

Alors que la foire internationale Paris Photo ouvre ses portes au Grand Palais, la photo contemporaine bénéficie de l’engouement pour l’art contemporain, à condition d’être sélectif.



LE MONDE
 |    07.11.2018 à 17h45
    |

                            Roxana Azimi








                        



   


Selon la base de données Artprice, la France ne détient que 12,5 % de part dans le marché mondial de la photo. Pourtant c’est à Paris que se trouve la plus importante foire dédiée à ce médium, Paris Photo, qui ouvre ses portes le 8 novembre au Grand Palais. Avec un parterre de 199 exposants, ce salon offre un bon panorama des tendances d’un marché à géométries variables.
La photo moderne et contemporaine se taille la part du lion. En revanche, la place de la photo du XIXe siècle – à peine 15 % du salon – se réduit comme une peau de chagrin. On constate une segmentation similaire aux enchères. D’après Artprice, la photo ancienne ne représente que 9 % de ce marché, contre 25 % pour la photo moderne et 66 % pour l’après-guerre et le contemporain.
« La photo ancienne exige une connaissance spécifique et donc du temps pour apprendre et comprendre, remarque Elodie Morel, spécialiste chez Christie’s. Aujourd’hui nous sommes dans l’immédiateté, la demande doit être satisfaite rapidement. »
Il n’en fut pas toujours ainsi. Voilà encore vingt ans, les ventes de photo étaient principalement composées de photos dites primitives. Sotheby’s avait ainsi fait sensation en 1999 en adjugeant pour 460 000 livres sterling la Grande Vague de Gustave Le Gray au Sheikh Saoud Al Thani du Qatar. A regarder les courbes d’Artprice, ce segment du marché est toutefois particulièrement instable. En novembre 2017, trois tirages de Le Gray se sont vendus chez Sotheby’s entre 40 000 et 100 000 euros, loin des pics de 1999.

        Lire aussi :
         

                Quelle cote pour les montres de collection?



« Le public peine à se renouveler », admet Jonas Tebib, spécialiste chez Sotheby’s, qui disperse le 9 novembre un ensemble de daguerréotypes de Girault de Prangey, estimés entre 3 000 et 10 000 euros. Sur ce créneau, encore plus que sur d’autres, le mot d’ordre est à la sélectivité. Les œuvres vraiment importantes n’apparaissent que par éclipse et que les taux d’invendus se révèlent importants, de l’ordre de 53 % en France ces cinq dernières années.
Quelques grands collectionneurs
Même si, en théorie, il serait intéressant d’accrocher un Seascape de l’artiste japonais actuel Hiroshi Sugimoto aux côtés d’une marine de Gustave le Gray (1820-1884), les différents segments de la photo n’attirent pas les mêmes acheteurs. Sauf dans le cas des chefs-d’œuvre qui, selon Elodie Morel, « restent l’apanage de quelques grands collectionneurs qui ne sont pas limités par une période précise ». La célèbre photo Noire et Blanche de Man Ray, datée de 1926, a attiré des enchérisseurs qui n’étaient pas versés dans la photographie. Et, résultat des courses, ce tirage s’est vendu au prix record de 2,6 millions d’euros chez Christie’s en 2017.

        Lire aussi :
         

                Quand les banques vous conseillent en art



« Il s’agit d’un trophée, d’une icône. Ce n’est pas tant Man Ray qui s’est bien vendu que cette image-là », observe David Fleiss, codirecteur de la Galerie 1900-2000, spécialisée dans le surréalisme. Et de préciser : « Le marché de certaines photos de Man Ray est à rapprocher de celui de l’art contemporain ». Les poids lourds de l’art actuel l’ont d’ailleurs bien compris. La galerie Gagosian présente désormais Richard Avedon, Hauser & Wirth montre Diane Arbus et Thaddaeus Ropac compte Irving Penn dans sa liste.
Poignée de noms
Le boom de la photo contemporaine est lui indissociable de celui de l’art contemporain. « Le marché tend vers l’art contemporain car l’offre y est plus importante », remarque Jonas Tebib. L’emballement se cristallise actuellement autour d’une poignée de noms comme Wolfgang Tillmans, Cindy Sherman, Marina Abramovic et Hiroshi Sugimoto. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si Christie’s a choisi d’organiser le 8 novembre une vente spécifique autour de cet artiste nippon, exposé en parallèle au Château de Versailles.
Paris Photo permet heureusement de sortir des sentiers battus
Christophe Gaillard propose ainsi un solo show de Michel Journiac, un artiste français adepte de la performance, décédé en 1995. Voilà encore deux ans, la galerie peinait à céder ses œuvres : trop sulfureuses, ironiques, politiques, trop érotiques et « queer » aussi. « Le regard a beaucoup changé en deux ans, constate Christophe Gaillard. Journiac est en résonance parfaite avec les problématiques du monde actuel, le questionnement sur l’identité jusqu’à son travail sur le sang et le Sida. Il aura fallu vingt ans pour qu’il soit considéré à sa juste mesure. »
Lors du solo show de l’artiste à la FIAC en octobre dernier, la galerie a fait un carton dès le vernissage du salon. L’IVAM, musée d’art moderne de Valence (Espagne), s’est ainsi porté acquéreur d’un ensemble de photos. Pierre Molinier, un autre artiste sulfureux et transformiste, connaît une même ascension posthume, avec une progression de ses prix de l’ordre de 30 à 40 % en dix ans. Sur la foire Frieze Masters (à Londres) en octobre, Christophe Gaillard et la Galerie 1900-2000 ont fait sensation avec les photos aussi ambiguës que fétichistes.
Nouvelles niches
Aujourd’hui, le spectre des possibilités dans la photo contemporaine tend à s’élargir. La photo désormais déborde du cadre, sort de ses gongs, devient même parfois sculpture. Les jeunes artistes, à l’instar du Marocain Mustapha Azeroual, renouent avec les techniques anciennes comme le cyanotype ou le daguerréotype.

        Lire aussi :
         

                Jouir d’une œuvre d’art sans la posséder



De nouvelles niches sont aussi apparues, comme les tirages documentant les performances et happenings, mais aussi la photo vernaculaire. La valeur des photos anonymes, qu’on peut trouver à partir de 1 000 euros à la galerie Lumière des roses, tient à leur caractère unique. « Même si le champ d’exploration est immense, ces images sont rares et très difficiles à trouver », souligne Philippe Jacquier, directeur de la galerie. Et d’ajouter : « Ce qui fait à mes yeux le prix d’une photo anonyme, c’est son pouvoir de suggestion, le mystère qu’elle dégage. » Sans repères aussi bien de noms que de prix, le collectionneur ne peut se fier qu’à son propre jugement, choisir avec ses yeux et non ses oreilles. Exercice difficile. Mais ô combien gratifiant.
Paris Photo, du 8 au 11 novembre, au Grand Palais, à Paris, www.parisphoto.com



                            


                        

                        


<article-nb="2018/11/07/19-2">
<filnamedate="20181107"><AAMM="201811"><AAMMJJ="20181107"><AAMMJJHH="2018110719">
<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-2"> ¤ Au Théâtre des Champs-Elysées, le ténor et sa femme ont chanté les titres qu’ils viennent de graver sur disque chez Sony Classical.
<filname="PROF-0,2-3246,1-0,0-2"> ¤                     
                                                   
édition abonné


Opéra : Alagna-Kurzak, amoureux duo puccinien

Au Théâtre des Champs-Elysées, le ténor et sa femme ont chanté les titres qu’ils viennent de graver sur disque chez Sony Classical.



LE MONDE
 |    07.11.2018 à 17h42
    |

                            Marie-Aude Roux








                        



                                


                            

« Mario ! Maario ! », a roucoulé fiévreusement la voix sensuelle d’Aleksandra Kurzak en coulisse. A quoi a répondu le vibrant « Son qui » (Je suis là), de Roberto Alagna, apparu en queue de pie sur le plateau du Théâtre des Champs-Elysées, mardi 6 novembre, tandis que la soprano polonaise rutilait dans une robe en lamé noir et argent. Tous deux ont joué avec complicité l’une des plus jolies scènes de jalousie et d’amour de l’opéra, celle que la cantatrice Floria Tosca fait à son amant, le peintre Mario Caravadossi, à l’acte II de La Tosca, après avoir remarqué que la Marie-Madeleine qu’il est en train de peindre dans la chapelle de l’église Sant’Andrea a les yeux bleus d’une autre femme.
A 55 ans, le ténor français est dans une forme éblouissante. Difficile de croire qu’il a chanté au Metropolitan Opera de New York, du 24 septembre au 20 octobre, le rôle-titre harassant du Samson et Dalila, de Saint-Saëns, puis endossé à Paris quelques jours plus tard à l’Opéra Bastille le costume verdien d’Alfredo, partageant pour la dernière du 26 octobre le triomphe qu’Aleksandra Kurzak, sa femme à la ville et partenaire à la scène (de quatorze ans sa cadette), recueillait depuis le 29 septembre dans le rôle de Violetta.

Le récital parisien qui les a réunis ce 6 novembre s’inspire cette fois du beau programme vériste de leur dernier album récemment paru chez Sony, Puccini in Love, lequel propose, pour la première fois, souligne le ténor, un florilège de duos d’amour (Tosca, La Bohème, Manon Lescaut, Il Tabarro, La Rondine, Madama Butterfly, La Fanciulla del West).
Charisme solaire
De Tosca, le couple interprètera séparément, pour elle, le fameux « Vissi d’arte », pour lui, le non moins fameux « Recondita armonia ». Silhouette de jeune homme et visage à peine griffé par le temps, Roberto Alagna reste un cas à part : son...




                        

                        


<article-nb="2018/11/07/19-3">
<filnamedate="20181107"><AAMM="201811"><AAMMJJ="20181107"><AAMMJJHH="2018110719">
<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-3"> ¤ Inspiré de l’histoire de l’ex-PDG Christian Streiff, le film d’Hervé Mimran raconte avec lourdeur le combat d’un grand patron après un accident vasculaire cérébral.
<filname="PROF-0,2-3246,1-0,0-3"> ¤                     
                                                

« Un homme pressé » : un numéro de Fabrice Luchini qui tourne à vide

Inspiré de l’histoire de l’ex-PDG Christian Streiff, le film d’Hervé Mimran raconte avec lourdeur le combat d’un grand patron après un accident vasculaire cérébral.



LE MONDE
 |    07.11.2018 à 17h41
    |

            Véronique Cauhapé








                        



   


L’avis du « Monde » – on peut éviter
Voilà plus de trente ans que Fabrice Luchini remplit les salles de théâtre avec ses lectures de grands textes littéraires dont il parvient, au terme d’un long travail, à mettre à nu les mots et les faire entendre comme jamais. Aujourd’hui sur grand écran, dans Un homme pressé, il s’offre cette fois le malin plaisir de les tordre et de les mettre sens dessus dessous, inversant les syllabes et prenant un terme pour un autre. Il y a fort à parier que, pour cet exercice de déconstruction, il attirera encore en grand nombre le public dans les salles de cinéma.
Inspirée de l’histoire de Christian Streiff, ex-PDG d’Airbus et de PSA Peugeot Citroën, et de son livre J’étais un homme pressé (Le Cherche Midi), le nouveau film d’Hervé Mimran raconte donc le parcours d’un grand patron du secteur automobile, Alain (Fabrice Luchini), après un accident vasculaire cérébral qui a entraîné de graves troubles de la parole et de la mémoire.

        Lire l’entretien a vec Christian Streiff :
         

          « Ce PDG méprisant qu’incarne Luchini, ce n’était pas moi »



Surmené, autoritaire, grand orateur, respecté autant que craint, cet homme-là doit réapprendre à s’exprimer correctement. Ce à quoi s’attelle une jeune orthophoniste (Leïla Bekhti) dont la ténacité va se heurter au déni et à l’absence de modestie dont se pare (avec de moins en moins de conviction) son patient. Rien de grave cependant, puisqu’il s’agit de nous mener vers une comédie. Laquelle a pour unique ressort le jeu des mots et du langage désarticulé. A ce numéro, Fabrice Luchini se prête avec une fluidité et une gourmandise qui forcent le respect mais qui échouent à tenir tout le film.
Une course en chaise roulante
Car il est évident que cet accident va changer notre méchant patron égocentriste en homme plus respectueux des autres, ce père qui n’a jamais prêté attention à sa fille en papa plus investi, cet homme pressé en individu réduit à l’oisiveté. Le propos, outre les invraisemblances qu’il accumule au fil de son déroulé, pèse d’un poids que rien ne vient alléger.
Ni le comique de situation auquel s’essaie le film – une course en chaise roulante dans le couloir de l’hôpital, comme un piètre clin d’œil aux Intouchables, d’Eric Toledano et Olivier Nakache –, ni les petites intrigues autour des personnages secondaires (l’orthophoniste en quête de sa mère biologique). Et encore moins l’échappée finale sur le chemin de Compostelle aux allures de clip touristique.
Hervé Mimran signe une mise en scène aussi atone que les neurones dans la tête de son personnage principal
Pour couronner le tout, Hervé Mimran, dont c’est le troisième film mais le premier en solo – les deux précédents, Tout ce qui brille et Nous York, étaient coréalisés avec Géraldine Nakache – signe une mise en scène aussi atone que le sont les neurones dans la tête de son personnage principal. Si bien qu’au terminus de cette aventure, et avant un générique de fin qui continue la blague des mots revisités, on se dit qu’elle fut bien longue la route vers cette rédemption à l’issue de laquelle un sale type aura appris à dire « merci » à ceux qu’il ignorait auparavant.

Film français d’Hervé Mimran. Avec Fabrice Luchini, Leïla Bekhti, Rebecca Marder, Igor Gotesman (1 h 40). Sur le Web : www.gaumont.fr/fr/film/Un-homme-presse.html



                            


                        

                        


<article-nb="2018/11/07/19-4">
<filnamedate="20181107"><AAMM="201811"><AAMMJJ="20181107"><AAMMJJHH="2018110719">
<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-4"> ¤ En quête d’œuvres originales, le groupe veut encourager ses salariés à lancer de nouvelles réalisations.
<filname="PROF-0,2-3246,1-0,0-4"> ¤                     
                                                   
édition abonné


A Radio France, un laboratoire pour stimuler la création de podcasts

En quête d’œuvres originales, le groupe veut encourager ses salariés à lancer de nouvelles réalisations.



LE MONDE
 |    07.11.2018 à 17h16
    |

                            Alexandre Berteau








                        



                                


                            

Dans un marché du podcast en pleine ébullition, Radio France peut se targuer d’avoir misé très tôt sur ces programmes sonores diffusés uniquement en ligne. Et le groupe public entend profiter encore longtemps du succès de ce format. Pour preuve, le « bar à podcasts », annoncé cet été par Sibyle Veil, la présidente de Radio France, a été inauguré mardi 6 novembre à la Maison de la radio.
Chaque mois, dans cet atelier, des journalistes des différentes chaînes du groupe (France Inter, France Culture, France Bleu, Franceinfo, FIP…) y proposeront des podcasts qu’ils souhaitent créer. Et ce, sous l’œil avisé d’un acteur du secteur qui les aidera à parfaire leur projet. Pour cette première, l’invité était de taille : Ira Glass, pionnier de ce format outre-Atlantique, dont l’émission de radio « This American Life » a connu un succès planétaire avec son podcast « Serial ». Depuis son lancement en 2014, le feuilleton judiciaire a été téléchargé plus de 340 millions de fois, un record.
« Dans chaque radio du groupe, des salariés ont des idées à proposer, observe Sonia Kronlund, présentatrice de l’émission « Les Pieds sur terre » sur France Culture et responsable de l’initiative. Ce laboratoire leur permettra de les améliorer et de donner à leur projet une chance de voir le jour. »
Concurrence de nouveaux acteurs
Malgré le nom léger donné à ces ateliers, l’enjeu n’est pas anodin pour Radio France. Certes, les podcasts produits par ses antennes revendiquent chaque mois 60 millions de téléchargements – dont 22 millions pour France Culture – contre 49 millions il y a un an. Mais cette audience est encore largement tirée par les réécoutes de programmes. « Il faut que l’on produise davantage de créations originales », souligne Matthieu Beauval, directeur adjoint du numérique du groupe, tout en souhaitant que cette initiative permette à de nouvelles voix d’émerger au sein de la « maison ronde ».
Radio France entend ainsi...




                        

                        


<article-nb="2018/11/07/19-5">
<filnamedate="20181107"><AAMM="201811"><AAMMJJ="20181107"><AAMMJJHH="2018110719">
<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-5"> ¤ En 1914, ils se sont aimés follement, violemment. Ce que décrivent magnifiquement les lettres effrénées de cette muse savante à Guillaume, mort il y a cent ans.
<filname="PROF-0,2-3246,1-0,0-5"> ¤                     
                                                   
édition abonné


Lou et Apollinaire, la chair et la guerre

En 1914, ils se sont aimés follement, violemment. Ce que décrivent magnifiquement les lettres effrénées de cette muse savante à Guillaume, mort il y a cent ans.



LE MONDE DES LIVRES
 |    07.11.2018 à 16h00
 • Mis à jour le
07.11.2018 à 16h40
    |

                            Pierre Michon








                        



                                


                            
Lettres à Guillaume Apollinaire, de Louise de Coligny-Châtillon, Gallimard, édition établie, présentée et annotée par Pierre Caizergues, 128 p., 12 €.

Ce petit livre est un trésor. Les lettres de Lou. Celles d’Apollinaire à Lou sont connues depuis longtemps (1969). Pas celles de Lou. Geneviève Marguerite Marie-Louise de Pillot de Coligny-Châtillon. Descendante en ligne directe de l’amiral de Coligny, massacré aux premiers instants de la Saint-Barthélemy. Comme enveloppée du sang de l’amiral. Elle est très belle, l’œil de feu, le sourire entier. Elle a 33 ans, l’âge de l’amour et de l’usage efficace du corps.
Et Guillaume ? L’homme le plus aimable du monde. Grand, fort, lourd, vif, donnant et se donnant à tous, avide de donner et de prendre. « J’ai l’air de Mars quand il attend Vénus », dit-il de lui en uniforme.
Il trouve Vénus. L’aventure est brève. En décembre 1914, ils se voient à Nîmes, où Guillaume est élève artilleur au 38e régiment d’artillerie de campagne et se prépare à monter au front ; c’est un ogre, un soldat, et un poète. Elle, sans ressources comme souvent, est hébergée par des amis titrés ; c’est une splendeur, une élégante, une lettrée. La liaison est immédiate, fulgurante, le désir et le plaisir en phase totale, les fantasmes emboîtés, l’assouvissement inouï – dans des hôtels, à Menton, à Grasse, à Nîmes, le Midi, le soleil, le souvenir des légions de Rome. Le 28 mars 1915, dans une de ces chambres, quelque chose se passe entre eux que nous ne connaissons pas ; peut-être une défaillance sexuelle d’Apollinaire. Il faut dire aussi que celui-ci avait dès janvier rencontré une certaine Madeleine, qu’il serrait de près. Lou aussi a des aventures. Leur amour est fini, mais dans leurs lettres, toute l’année 1915, ils font comme s’il ne l’était pas. Puis ils se taisent.
Lire aussi : Appolinaire, le guerrier amoureux
Lou, à nos...




                        

                        


<article-nb="2018/11/07/19-6">
<filnamedate="20181107"><AAMM="201811"><AAMMJJ="20181107"><AAMMJJHH="2018110719">
<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-6"> ¤ Le cofondateur du studio hongkongais Golden Harvest, qui popularisa les films d’arts martiaux de la star et lança aussi la carrière de Jackie Chan, s’est éteint à l’âge de 91 ans.
<filname="PROF-0,2-3246,1-0,0-6"> ¤                     
                                                   
édition abonné


Mort de Raymond Chow, le producteur de Bruce Lee

Le cofondateur du studio hongkongais Golden Harvest, qui popularisa les films d’arts martiaux de la star et lança aussi la carrière de Jackie Chan, s’est éteint à l’âge de 91 ans.



LE MONDE
 |    07.11.2018 à 14h45
 • Mis à jour le
07.11.2018 à 14h48
    |

            Florence de Changy (Hongkong, correspondance)








                        



                                


                            

Raymond Chow, le producteur hongkongais qui lança Bruce Lee et Jacky Chan, et fit connaître le cinéma hongkongais au reste du monde, est mort vendredi 2 novembre, à Hongkong, à l’âge de 91 ans. Il avait fondé le studio Golden Harvest dont la gloire débuta dans les années 1970 et connut son apogée dans les années 1980.
Né à Hongkong le 8 octobre 1927, Raymond Chow fut envoyé à Shanghaï pour ses études supérieures, notamment dans la très prestigieuse université St. John’s (alors considérée comme le Harvard d’Asie, mais fermée par le régime communiste en 1952). Diplôme de journalisme en poche, il rentre à Hongkong et fait ses premières armes au tout nouveau Hongkong Tiger Standard dont l’allégeance allait au Kuomintang, ennemi du Parti communiste. « A un moment, j’avais sept petits boulots à la fois », raconte-t-il en 2013 dans une interview au South China Morning Post. Il fut ensuite embauché par Voice of America.
C’est, dit-il, grâce à son expérience de journaliste qu’il entra en 1958 aux célèbres studios des Shaw Brothers, qui allaient devenir les studios les plus prolifiques de toute l’Asie. Il se lassa vite du rôle de chef de la publicité pour lequel il avait été embauché. Le légendaire patron des studios, Run Run Shaw (1907-2014), lui confia de plus en plus de responsabilités, jusqu’à la direction de toute la production. Malgré le succès retentissant des studios Shaw, y compris sur la scène internationale, Raymond Chow eut envie de faire les choses à sa manière.
Trilogie des « Tortues Ninja »
Avec Leonard Ho, il lança Golden Harvest en 1970, sur un concept d’alliance plus libre avec les réalisateurs ou les producteurs indépendants, et un nouveau mode de financement des films. Il débaucha nombre de talents des studios Shaw, notamment en les payant mieux. Mais son véritable coup de génie fut de repérer Bruce Lee dans une émission de la chaîne américaine ABC, « The Green Hornet », et de le recruter, en 1971,...




                        

                        


<article-nb="2018/11/07/19-7">
<filnamedate="20181107"><AAMM="201811"><AAMMJJ="20181107"><AAMMJJHH="2018110719">
<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-7"> ¤ A Paris et en tournée dans toute la France, le quartette jazz de Geoffrey Secco propose un spectacle insolite.
<filname="PROF-0,2-3246,1-0,0-7"> ¤                     
                                                

Le « concert sous hypnose », « un voyage dont vous allez être le héros »

A Paris et en tournée dans toute la France, le quartette jazz de Geoffrey Secco propose un spectacle insolite.



LE MONDE
 |    07.11.2018 à 14h39
 • Mis à jour le
07.11.2018 à 16h35
    |

            Laurent Carpentier








                        



   


Bon, ben, pour moi, ce n’est pas gagné, la méditation. Je dois être réfractaire. Pourtant, ça s’annonçait bien ce « concert sous hypnose » au Flow, une barge amarrée au pied du pont Alexandre III à Paris. Sur scène, en chemise à motif plume de paon, accompagné de son quartette jazz, Geoffrey Secco, 38 ans, saxophoniste de line-up, ayant autrefois bourlingué sa bosse avec Pascal Obispo, Charles Aznavour ou Patricia Kaas, et aujourd’hui hypnothérapeute diplômé. Du coup, ça débute différemment d’un concert. Pour une fois, on ne nous sert pas du « Saluuuut Pariiiis ! » mais on embraye tout de suite sur « les états modifiés de conscience et la connaissance de soi ».
« Je vous propose un voyage dont vous allez être le héros. Tout ce que vous allez ressentir sera des émanations de votre subconscient. A aucun moment, vous ne perdrez conscience… [Aïe, zut, j’en sens, dans la rangée derrière moi, qui attendaient Gérard Majax… Déçues]… Je pratique l’hypnose ericksonienne qu’on utilise en cabinet pour coacher des artistes, des sportifs, des chefs d’entreprises qui veulent aller plus loin… [Tout moi, ça, aller plus loin]… Vous allez faire un voyage très intense. Laissez libre vos émotions. Vous êtes dans un cocon, une bulle, veuillez ne pas déranger la bulle des autres… » Avec à la clef, la promesse de sortir de là détendu, relaxé, bien, cool, etc.
Claviers jazz tendance nature et découverte
Musique maestro ! Basse enveloppante, claviers jazz tendance nature et découverte, effet « réverbe » sur la batterie du « plus chamane des batteurs », et des nappes d’un sax virtuose. C’est parti. « Maintenant, vous allez fermer les yeux… » Voici la salle plongée dans un long récit musical d’une heure et demie où il sera question, sous les injonctions douces du maître de cérémonie saxophoniste, de mur à dépasser, de forêt profonde, de prairie accueillante, d’un lac souterrain où attraper un rayon…
J’avoue qu’à un moment, je me suis perdu. Je n’arrivais pas à penser à autre chose qu’à ces concerts de Keith Jarrett à la Maison de la radio où mes parents me traînaient quand j’avais 10 ou 12 ans, et où je m’endormais en baillant. Là, l’injonction est inverse : lâcher prise est non seulement autorisé mais fortement recommandé, et je n’ai jamais été aussi réveillé. À travers une demi-paupière, j’épie mes 250 voisins en plein trip. Je finis par comater léger, quand Geoffrey Secco annonce : « … Et là, voici votre animal totem qui s’approche, laissez-le s’approcher, voyez quel est votre animal… » Baloo ! Oui forcément, l’ours Baloo, qui ronfle comme un sonneur au 7e rang sur l’allée de gauche, heureux homme en plein voyage dans Le Livre de la jungle. Salaud !
Un sommeil engourdi
C’est au Pérou, à Tarapoto, porte d’entrée dans la jungle amazonienne, que Geoffrey Secco est allé ressourcer ses compositions nées au départ lors d’un road trip en Australie. Il y a suivi l’enseignement amical d’un psychiatre et chamane français, Jacques Mabit, qui y soigne des toxicomanes en ayant recours, entre autres, à l’ayahuasca, une drogue hallucinogène, et aux états modifiés de conscience.
Le jeune Savoyard d’Aix-les-Bains, nourri de bouddhisme et de taoïsme, fan de Coltrane et de Joshua Redman, avait créé ses morceaux en lien avec les éléments de la nature. Voyant que le public y réagissait, il a décidé d’aller plus loin. Il y a trois ans, le Geoffrey Secco quartette est devenu le « concert sous hypnose ». « Au début, j’ai fait appel à des hypnothérapeutes professionnels pour animer les représentations, confie-t-il. Et puis, je me suis formé. Il y a exactement un an que j’officie moi-même. »
Que ressent-on depuis la scène face à ces spectateurs aux yeux fermés, pris dans un sommeil engourdi ? Il sourit : « Il y a de grands moments de solitude. Certains sont pris dans le rythme de la musique, d’autres totalement inertes. Ce soir, ce n’était pas facile, parce que, devant, il y avait un couple qui parlait et regardait leurs portables. Dans ces moments-là, il faut garder la foi. » Ma voisine raconte un beau soleil intérieur. Le Baloo qui ronflait est parti en chantant : « Il en faut peuu pouur être heureueueux… »
Prochain concert sous hypnose, le 11 décembre au Flow, 4, port des Invalides, Paris 7e. www.geoffreysecco.com/dates



                            


                        

                        


<article-nb="2018/11/07/19-8">
<filnamedate="20181107"><AAMM="201811"><AAMMJJ="20181107"><AAMMJJHH="2018110719">
<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-8"> ¤ Alors que le deuxième livre de Valérie Manteau ne figurait plus sur la liste, ce très beau récit à Istanbul sur les traces du journaliste Hrant Dink, assassiné en 2007, a pourtant été primé.
<filname="PROF-0,2-3246,1-0,0-8"> ¤                     
                                                

Un prix Renaudot surprise au « Sillon » de Valérie Manteau

Alors que le deuxième livre de Valérie Manteau ne figurait plus sur la liste, ce très beau récit à Istanbul sur les traces du journaliste Hrant Dink, assassiné en 2007, a pourtant été primé.



LE MONDE
 |    07.11.2018 à 14h17
 • Mis à jour le
07.11.2018 à 16h46
    |

            Raphaëlle Leyris








                        


Alors qu’il figurait sur la première liste des ouvrages en lice pour le Renaudot, mais pas sur la dernière, Le Sillon, de Valérie Manteau (Le Tripode) a reçu la distinction, annoncée mercredi 7 novembre, en même temps que le Goncourt, depuis le restaurant Drouant.
Ont également été distingués par les jurés : Avec toutes mes sympathies, d’Olivia de Lamberterie (Stock) pour le Renaudot essai, et Dieu, Allah, moi et les autres, de Salim Bachi (Folio) pour le Renaudot poche. Un prix spécial a été attribué au Lambeau de Philippe Lançon, récipiendaire, lundi 5 novembre, du Femina.
Si le choix du Renaudot est surprenant, il faut dire que Valérie Manteau est une écrivaine qui a le don d’avancer masquée. Après avoir, par pudeur, fait en sorte de ne pas présenter Calme et Tranquille, son premier livre, comme un texte sur ou autour de Charlie Hebdo (journal pour lequel elle avait été chroniqueuse entre 2008 et 2013) – la quatrième de couverture dit simplement qu’il décrit « l’irruption brutale de la violence dans la vie d’une jeune femme » –, elle offre avec Le Sillon un roman lui aussi légèrement déguisé.

        Lire aussi notre critique :
         

          Valérie Manteau à Istanbul avec Hrant Dink en tête



Les déambulations de la narratrice à Istanbul
Il commence comme le récit d’une liaison vacillante avec un Turc pour se transformer en précis de décomposition d’un pays. Sans jamais cesser de s’afficher comme la description des déambulations de la narratrice à travers Istanbul, sur les traces du journaliste d’origine arménienne Hrant Dink, assassiné en 2007.
Installée sur la rive asiatique de la ville, où bouillonne une société civile attachée aux droits des minorités, elle marche, s’assoit pour fumer une cigarette, discute, s’implique dans la vie de la cité, militant en faveur des journalistes et écrivains poursuivis après la tentative de coup d’Etat de juillet 2016…
L’écriture de Valérie Manteau possède une grâce et une légèreté qui lui permettent d’entremêler l’évocation de ce qui se passe dans la tête de la jeune Française avec la description de ce qui advient dans les rues et dans le pays, tout en retraçant l’histoire de Hrant Dink. Elle se tisse dans les scènes vues autant que dans les textes qu’elle lit, qu’ils soient de Dink, de la romancière Asli Erdogan ou de la dramaturge britannique Sarah Kane (1971-1999, déjà très présente dans Calme et Tranquille). Et elle n’a pas à rougir à leurs côtés.

        Lire aussi :
         

                Le prix Goncourt attribué à Nicolas Mathieu pour « Leurs enfants après eux »






                            


                        

                        


<article-nb="2018/11/07/19-9">
<filnamedate="20181107"><AAMM="201811"><AAMMJJ="20181107"><AAMMJJHH="2018110719">
<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-9"> ¤ L’auteur est récompensé pour son deuxième roman, situé dans une vallée de Lorraine, d’où ses héros adolescents rêvent de « foutre le camp ».
<filname="PROF-0,2-3246,1-0,0-9"> ¤                     
                                                

Le prix Goncourt attribué à Nicolas Mathieu pour « Leurs enfants après eux »

L’auteur est récompensé pour son deuxième roman, situé dans une vallée de Lorraine, d’où ses héros adolescents rêvent de « foutre le camp ».



LE MONDE
 |    07.11.2018 à 12h52
 • Mis à jour le
07.11.2018 à 14h36
    |

                            Macha Séry








                        



   


Le prix Goncourt a été attribué à Nicolas Mathieu pour Leurs enfants après eux (Actes Sud, 432 p., 21,80 euros) Etaient également en lice : Frère d’âme, de David Diop (Seuil), Maîtres et esclaves, de Paul Greveillac (Gallimard), et L’Hiver du mécontentement, de Thomas B. Reverdy (Flammarion). C’est, comme chaque année, depuis le restaurant parisien Drouant, où se réunissent les jurés, que la nouvelle a été proclamée, mercredi 7 novembre.
Annoncé dans la foulée, et dans le même établissement, le prix Renaudot est décerné à Valérie Manteau pour « Le sillon ».
Leurs enfants après eux est le deuxième livre de Nicolas Mathieu, après le roman noir Aux animaux la guerre (Actes Sud, 2014, adapté en série pour France 3). L’écrivain ne faisait guère figure de favori pour le Goncourt, non en raison des qualités de son livre (frappantes), mais parce que sa maison d’édition avait publié le précédent livre récompensé par le prix, L’Ordre du jour, d’Eric Vuillard.
Une chronique en quatre étés
Né à Epinal (Vosges, en 1978), Nicolas Mathieu décrit ici le monde de son adolescence dans les années 1990. Entre 1992 et 1998, on suit des personnages qui poussent dans une vallée perdue de Lorraine. Les hauts-fourneaux se sont tus. Les jeunes tuent l’ennui en éclusant des bières et en matant les filles. Ils écoutent Nirvana. Ils boudent et se bagarrent. Ils s’habituent à la fumette. Ils rêvent de « foutre le camp »…
La splendide chronique de Leurs enfants après eux se décompose en quatre étés. Soit des variations autour de l’impossibilité à prendre son envol, qui a fourni tant de trames aux romans noirs. Cependant, le récit de formation proposé par Nicolas Mathieu n’exsude ni misérabilisme ni nostalgie. C’est un écrivain qui excelle à décrire les peaux qui se rapprochent et les ambitions qui s’éloignent qu’ont récompensé les jurés Goncourt.

        Lire (en abonnés) la critique de « Leurs enfants après eux » :
         

          Nicolas Mathieu écrit les vies désœuvrées






                            


                        

                        


<article-nb="2018/11/07/19-10">
<filnamedate="20181107"><AAMM="201811"><AAMMJJ="20181107"><AAMMJJHH="2018110719">
<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-10"> ¤ Assigné à résidence depuis plus d’un an, Kirill Serebrennikov est accusé de détournement de fonds. Son procès s’est ouvert mercredi.
<filname="PROF-0,2-3246,1-0,0-10"> ¤                     
                                                

Russie : le réalisateur Serebrennikov clame son innocence

Assigné à résidence depuis plus d’un an, Kirill Serebrennikov est accusé de détournement de fonds. Son procès s’est ouvert mercredi.



Le Monde.fr avec AFP
 |    07.11.2018 à 10h34
 • Mis à jour le
07.11.2018 à 11h36
   





                        



   


« Je n’ai jamais rien volé » : le metteur en scène Kirill Serebrennikov a clamé son innocence, mercredi 7 novembre, à l’ouverture de son procès à Moscou. Assigné à résidence depuis plus d’un an, il est poursuivi pour une affaire de détournement de fonds, qu’il juge « absurde ».
Vêtu de noir, chaussé de baskets violettes, l’homme de cinéma et de théâtre était accompagné au tribunal de nombreuses personnalités du monde de la culture. Ses partisans dénoncent une nouvelle attaque des milieux conservateurs russes envers la création artistique.
Le procureur l’a accusé mercredi d’avoir « coordonné un groupe criminel » à des fins d’enrichissement personnel. M. Serebrennikov aurait, selon lui, détourné environ 130 millions de roubles (1,7 million d’euros) de subventions publiques destinées à son théâtre moscovite grâce à un système de factures et de devis gonflés, entre 2011 et 2014.

        Lire sur son audition :
         

          Kirill Serebrennikov : « Je n’ai commis aucun crime »



Des œuvres controversées
Le metteur en scène avait été arrêté dans la nuit du 21 au 22 août 2017, alors qu’il se trouvait en plein tournage d’un film à Saint-Pétersbourg. Quatre mois plus tard, la justice russe ordonnait la saisie des biens et actifs du metteur en scène, notamment son appartement et sa voiture. Plusieurs de ses collaborateurs sont également poursuivis dans cette affaire.

        Lire notre compte rendu :
         

          Le metteur en scène russe Kirill Serebrennikov est assigné à résidence



Pour ses défenseurs, Kirill Serebrennikov paie la montée en puissance des valeurs conservatrices en Russie, où les artistes sont confrontés à une pression croissante. Ses œuvres abordant la religion ou la sexualité ont été critiquées par les autorités ou par des représentants religieux.
A cause de son assignation à résidence, le réalisateur n’a pas pu participer en mai à la montée des marches à Cannes avec l’équipe de son film Leto (L’Eté), présenté en compétition, et dont il avait terminé le montage chez lui.

        Lire notre portrait :
         

          Cannes 2018 : l’hiver forcé du réalisateur russe assigné à résidence Kirill Serebrennikov



Soutien des milieux culturels
Egalement directeur du Centre Gogol, théâtre contemporain à Moscou, il avait aussi manqué en décembre 2017 la première de son ballet Noureev – consacré au danseur étoile soviétique passé à l’ouest en 1961 –, monté au Bolchoï de Moscou. Le spectacle lui-même avait fait l’objet d’une controverse, retardant la première de six mois.
Depuis son arrestation, de nombreux appels à la levée des charges pesant sur lui ont été lancés par des figures russes du monde des arts comme par des personnalités culturelles internationales, de l’actrice australienne Cate Blanchett, présidente du jury du Festival de Cannes en 2018, à l’ancienne ministre française de la culture Françoise Nyssen.

        Lire aussi :
         

                Mobilisation des artistes français pour le metteur en scène Kirill Serebrennikov






                            


                        

                        


<article-nb="2018/11/07/19-11">
<filnamedate="20181107"><AAMM="201811"><AAMMJJ="20181107"><AAMMJJHH="2018110719">
<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-11"> ¤ Soixante-quinze ans après sa création, le concours Long-Thibaud va décerner ses six prix de violon.
<filname="PROF-0,2-3246,1-0,0-11"> ¤                     
                                                   
édition abonné


Musique : la belle jeunesse d’un concours septuagénaire

Soixante-quinze ans après sa création, le concours Long-Thibaud va décerner ses six prix de violon.



LE MONDE
 |    07.11.2018 à 10h17
 • Mis à jour le
07.11.2018 à 16h50
    |

                            Marie-Aude Roux








                        



                                


                            

Ils sont quelques dizaines d’auditeurs matinaux à faire la queue dès 9 h 30 devant les portes de la Salle Cortot, rue Cardinet, dans le 17e arrondissement de Paris. Ce 2 novembre, à 10 heures tapantes, commencent les éliminatoires du Concours Long-Thibaud-Crespin 2018, dévolu cette année au violon.
Les épreuves sont supervisées par le violoniste Renaud Capuçon, nouveau président du jury d’un concours dûment « remastérisé ». Elles accueillent 37 violonistes de 18 à 30 ans, une dizaine de défections ayant réduit ceux restés en lice après une sélection de 130 musiciens venus de 26 pays différents, dont les auditions ont eu lieu à Londres, Amsterdam, Berlin, Vienne, Moscou, Pékin, Séoul, Tokyo et New York, entre le 3 mai et le 6 juin.
Il n’en restera que six pour les finales des vendredi 9 et samedi 10 novembre, qui se dérouleront cette fois à l’Auditorium de la Maison de la radio, accompagnées par l’Orchestre des Pays de la Loire sous la direction de Pascal Rophé. Parmi les candidats, quatorze Japonais, huit Français, trois Russes (dont un Russo-Canadien), trois Américains, deux Chinois, le reste se partageant unitairement entre Allemagne, Arménie, Répu­blique Tchèque, Grande-Bretagne, Ukraine, Corée du Sud et Taïwan.
Deux violons aux antipodes
La lettre G a été tirée au sort : c’est au Français Grégoire Girard, 21 ans, d’ouvrir le bal avec deux extraits de la Sonate pour violon n°2 de Bach, suivis du premier mouvement du Concerto pour violon n°1 de Mozart et de deux morceaux de la Sonate n°2 pour violon seul « Jacques Thibaud », d’Eugène Ysaÿe (1858-1931). Un programme exigeant destiné à débusquer moins les bêtes à concours que les vraies personnalités. Une autre Française lui succédera : Anna Göckel, 26 ans, membre de l’excellent Trio Karénine depuis 2009. Deux violons aux antipodes.
A la fin de la journée, l’écoute aura confirmé un niveau élevé, qui devrait rendre plus serrées les délibérations...




                        

                        


<article-nb="2018/11/07/19-12">
<filnamedate="20181107"><AAMM="201811"><AAMMJJ="20181107"><AAMMJJHH="2018110719">
<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-12"> ¤ Le créateur de la société Pyramide, ancien directeur de Warner Bros. France, a été l’un des piliers du cinéma indépendant français.
<filname="PROF-0,2-3246,1-0,0-12"> ¤                     
                                                   
édition abonné


Le producteur de cinéma Francis Boespflug est mort

Le créateur de la société Pyramide, ancien directeur de Warner Bros. France, a été l’un des piliers du cinéma indépendant français.



LE MONDE
 |    07.11.2018 à 09h06
    |

                            Thomas Sotinel








                        



                                


                            

Producteur d’Aki Kaurismäki ou d’Anne Fontaine, créateur d’une des principales sociétés indépendantes du cinéma français, Pyramide, avant d’être nommé aux commandes de Warner Bros. France, Francis Boespflug est mort des suites d’un cancer mardi 6 novembre à Paris. Il avait 70 ans.
Francis Boespflug naît à Strasbourg le 1er décembre 1948. Il suit des études de droit dans la capitale alsacienne, contracte un attachement indéfectible à l’égard du Racing Club de Strasbourg, avant d’animer et de programmer, en compagnie de Fabienne Vonier, dont il deviendra l’époux, un cinéma indépendant local, Le Club, qui appartient au réalisateur Louis Malle.
Logo signé par Youssef Chahine
Après un détour par les ministères de l’éducation et de la culture, Francis Boespflug apprend le métier de distributeur chez UGC puis auprès de Marin Karmitz, chez MK2, qu’il a rejoint en compagnie de Fabienne Vonier. En 1989, le couple fonde, avec les frères Louis et Vincent Malle, la société Pyramide, qui distribue, vend sur le marché international et produit des films.
Le logo de Pyramide est signé par le cinéaste égyptien Youssef Chahine, l’un des premiers auteurs de la maison avec Louis Malle, qui n’a le temps que de lui confier son dernier film, Milou en mai, avant sa mort. Au fil des ans, ils seront rejoints par Alain Resnais (Smoking No Smoking), Denys Arcand (Les Invasions barbares), Alejandro Gonzalez Iñarritu (Amours chiennes), Nuri Bilge Ceylan (Uzak, Trois Singes…) ou Catherine Corsini (Partir).
 de Claude Miller, que « La Vérité si je mens 2 », de Thomas Gilou
En 1992, Fabienne Vonier prend les rênes de Pyramide et Francis Boespflug rejoint la Gaumont pour en programmer les salles. Cinq ans plus tard, il est nommé à la tête de la filiale française de Warner Bros. Sous sa direction,...




                        

                        


<article-nb="2018/11/07/19-13">
<filnamedate="20181107"><AAMM="201811"><AAMMJJ="20181107"><AAMMJJHH="2018110719">
<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-13"> ¤ La réalisatrice italienne reçoit chez elle, en Ombrie, où elle a tourné « Heureux comme Lazzaro ».
<filname="PROF-0,2-3246,1-0,0-13"> ¤                     
                                                   
édition abonné


Cinéma : Alice Rohrwacher en son pays des merveilles

La réalisatrice italienne reçoit chez elle, en Ombrie, où elle a tourné « Heureux comme Lazzaro ».



LE MONDE
 |    07.11.2018 à 07h45
 • Mis à jour le
07.11.2018 à 13h52
    |

            Aureliano Tonet (Castel Giorgio (Italie), envoyé spécial)








                        



                                


                            

Des ombres planent sur ce coin d’Ombrie, limitrophe à la Toscane et au Latium. Depuis la Toussaint, les orages font des ravages, ici, à Castel Giorgio, comme ailleurs en Italie. Alice Rohrwacher pare au plus urgent. Des infiltrations d’eau sont apparues dans la maison qu’elle occupe avec sa fille de 12 ans, Anita, et son compagnon. Le piano a changé de pièce, le parquet a été refait à neuf, les fuites se sont enfuies : délogé le déluge ! Et tant pis pour les olives, qu’elle aurait dû cueillir ces jours-ci s’il n’avait tant plu. Leur récolte attendra le retour de la cinéaste, qui s’apprête à partir pour la France présenter son troisième long-métrage, Heureux comme Lazzaro, en salle depuis le 7 novembre.

Le voyage lui fera manquer une réunion importante. Une affaire qui mobilise une partie du voisinage, en lutte contre des multinationales suisses et piémontaises. Ces ombres-là, convient-elle, sont bien plus difficiles à combattre que celles qui obscurcissent les cieux. « Depuis trois ou quatre ans, des géants de l’agroalimentaire rachètent des terres, pour cultiver des noisettes. Je n’ai rien contre les noisettes, tout le monde adore ça… C’est d’ailleurs bien le problème. Les animaux veulent les manger, alors on disperse des répulsifs, qui menacent la diversité… Quant aux humains, ils en raffolent, car c’est un antidépresseur fantastique. Alors les plantations s’étendent aussi vite que croît la consommation mondiale. Notre ennemi, ce ne sont pas les noisettes, c’est la monoculture. »
« Purgatoire »
Alice sait de quoi elle parle. Voyez son père, Reinhardt, vieux hippie et jeune apiculteur. Voyez son compagnon, Jacopo, cultivateur émérite de vin naturel, rétif à tout additif. Soit l’exact opposé de la majorité des vignes alentour, autrement industrielles : celles, par exemple, qui font vivre la famille de l’acteur principal d’Heureux comme Lazzaro, le jeune Adriano Tardiolo. « Ils sont ouvriers agricoles...




                        

                        


<article-nb="2018/11/07/19-14">
<filnamedate="20181107"><AAMM="201811"><AAMMJJ="20181107"><AAMMJJHH="2018110719">
<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-14"> ¤ Le troisième long-métrage d’Alice Rohrwacher est un conte mystique empreint de réalisme.
<filname="PROF-0,2-3246,1-0,0-14"> ¤                     
                                                

« Heureux comme Lazzaro » : un idiot sur la voie de la sainteté

Le troisième long-métrage d’Alice Rohrwacher est un conte mystique empreint de réalisme.



LE MONDE
 |    07.11.2018 à 07h43
 • Mis à jour le
07.11.2018 à 16h16
    |

                            Mathieu Macheret








                        



L’avis du « Monde » – à voir
Sous ses airs quelque peu désuets de pastorale chrétienne, le troisième long-métrage de la Toscane Alice Rohrwacher (Corpo celeste en 2011, Les Merveilles en 2014), récompensé au Festival de Cannes par un Prix du scénario, surprend par les détours et rebonds de son récit, sa capacité à se renouveler, mais surtout par l’ambivalence de son écriture, à la fois terre à terre et en quête d’élévation.

        Lire le reportage :
         

          Alice Rohrwacher en son pays des merveilles



Dans la lignée des films d’Ermanno Olmi (L’Arbre aux sabots, 1978), disparu en mai 2018, Heureux comme Lazzaro peut se voir comme un conte mystique, entretenant un commerce habile et ensorcelant entre deux aspirations d’apparence contraire : d’une part son réalisme à vocation do­cumentaire, proche de la nature et de ses cycles, de l’autre sa fiction libre et parfois irrationnelle, capable de décoller du monde tangible, de déroger à ses lois. A tel point que matière et miracle en viennent à dialoguer secrètement, dans une mise en scène évitant les pièges d’un spiritualisme en toc ou d’une piété béate.

        Lire la critique parue lors du Festival de Cannes :
         

          « Heureux comme Lazzaro », le conte merveilleux d’Alice Rohrwacher



Dans une ferme à tabac qu’un vieux pont écroulé isole du reste du monde, Lazzaro (Adriano Tardiolo), adolescent simplet à la parenté incertaine, exécute les tâches les plus viles sans jamais s’en plaindre. Les paysans, une trentaine d’âmes craintives et superstitieuses, vivent là comme en des temps féodaux, persuadés d’appartenir corps et biens à la propriétaire des lieux, la marquise de Luna. Lazzaro se lie d’amitié avec Tancredi, le fils indiscipliné de cette dernière, qui fugue et se réfugie sur les collines environnantes. Mais les autorités ne tardent pas à débusquer ce hameau hors du temps et à mettre fin à ce servage éhonté. Dans la débâcle, Lazzaro chute du haut d’une falaise et ne se réveille que bien des années plus tard, quand le domaine n’est plus qu’une ruine ouverte au pillage.

        Lire l’enquête :
         

          A Cannes, une renaissance italienne



Il prend alors la route pour les faubourgs industrieux de la grande ville voisine, où il retrouve certains de ses anciens compagnons (dont l’une est jouée par Alba Rohrwacher, sœur de la réalisatrice), tous vieillis, usés par le vagabondage et la mendicité, alors que lui est resté inchangé, tel qu’en sa prime jeunesse.

        Lire le portrait croisé :
         

          Alice et Alba Rohrwacher, sœurs lumière



 Heureux comme Lazzaro frappe d’abord par sa datation indécidable, flottant entre deux époques qui s’avèrent peu à peu contemporaines, mais renvoyant sans cesse à d’autres empreintes historiques : celles du Moyen-Age, de la paysannerie séculaire, du début des années 2000… Cette indécision est la première force du film, qui adopte vis-à-vis de l’histoire moderne une drôle de position, moins extérieure que tangentielle, peu référencée.

   


Un pur regard
Il fallait bien cette temporalité incertaine pour renouer ainsi avec un personnage de « saint », Lazzaro, dont le prénom fait évidemment référence au mythe de Lazare, revenu d’entre les morts. Lazzaro, par sa simplicité, son innocence et sa bonté, chemine en effet sur la voie d’une sainteté qui finira par éclairer ses compagnons.
L’hagiographie est toujours problématique en ce qu’elle postule un protagoniste irréprochable
L’hagiographie est toujours problématique en ce qu’elle postule un protagoniste irréprochable. Néanmoins, elle gagne ici en équivoque par le fait que la bonté de Lazzaro peut aussi se comprendre comme une forme d’idiotie. Bien que thaumaturge, le bienheureux se montre incapable de reconnaître l’exploitation qu’il subit ni de rien changer à la condition de ses semblables, qu’ils soient serfs ou mendiants. Avec ses cheveux bouclés, son visage naïf et ses grands yeux écarquillés, Lazzaro n’est peut-être pas autre chose qu’un pur regard, transcendant et sans âge, posé sur la condition même des sous-prolétaires.

        Lire la rencontre avec Adriano Tardiolo (à Cannes) :
         

          Heureux qui, comme Lazzaro, a vu un bel orage



Ceux-ci ont beau passer de la campagne au bidonville, de la ­culture agricole aux dernières loges de la société de consommation, leur exploitation et leur misère restent toujours les mêmes. Avec sa jeunesse inchangée et sa constance apathique, Lazzaro ressemble à cet « Ange de l’histoire » que Walter Benjamin reconnaissait dans le tableau Angelus novus, de Paul Klee : il veille, insondable, sur les vaincus et les damnés de la terre sans pouvoir soulager un tant soit peu leur fardeau.

Film italien d’Alice Rohrwacher. Avec Adriano Tardiolo, Tommaso Ragno, Agnese Graziani (2 h 06). Sur le Web : www.advitamdistribution.com/films/heureux-comme-lazzaro

Les sorties cinéma de la semaine (mercredi 7 novembre)
High Life, film français de Claire Denis (chef-d’œuvre)Un amour impossible, film français de Catherine Corsini (à ne pas manquer)Crazy Rich Asians, film américain et chinois de Jon M. Chu (à voir)Heureux comme Lazzaro, film français et italien d’Alice Rohrwacher (à voir)Samouni Road, documentaire français et italien de Stefano Savona (à voir)The Spy Gone North, film coréen de Yoon Jong-bin (à voir)Sale temps à l’hôtel El Royale, film américain de Drew Goddard (pourquoi pas)Family Film, film allemand, français, tchèque et slovène d’Olmo Omerzu (on peut éviter)Un homme pressé, film français d’Hervé Mimran (on peut éviter)
A l’affiche également : 
Kursk, film belge et luxembourgeois de Thomas VinterbergNous, Tikopia, documentaire français de Corto FajalRumble: The Indians who Rocked the World, documentaire canadien de Catherine Bainbridge et Alfonso MaioranaLes Yatzkan, documentaire français d’Anna-Célia Kendall Yatzkan





                            


                        

                        


<article-nb="2018/11/07/19-15">
<filnamedate="20181107"><AAMM="201811"><AAMMJJ="20181107"><AAMMJJHH="2018110719">
<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-15"> ¤ La cinéaste adapte avec subtilité l’autofiction de la romancière.
<filname="PROF-0,2-3246,1-0,0-15"> ¤                     
                                                

« Un amour impossible » : Catherine Corsini au plus près des maux d’Angot

La cinéaste adapte avec subtilité l’autofiction de la romancière.



LE MONDE
 |    07.11.2018 à 07h15
 • Mis à jour le
07.11.2018 à 17h23
    |

                            Thomas Sotinel








                        



   


L’avis du « Monde » – à ne pas manquer
Comment extraire un film d’un texte aussi dense et compact que Un amour impossible (Flammarion, 2015) ? Christine Angot laisse si peu de place entre la mémoire et la fiction, ses mots adhèrent si fortement à la réalité, qu’un ou une cinéaste aurait pu être tenté par une extrême stylisation. Catherine Corsini a préféré faire confiance aux outils traditionnels du cinéma : les visages connus et reconnus, les artifices des costumes et du maquillage. Ce choix, qui – ainsi énoncé – pourrait passer pour un renoncement, se révèle à l’écran comme une audace esthétique, payante, qui plus est. Un amour impossible, le film, trouve à la fois un chemin qui lui est propre – celui d’une émotion directe, sans retenue, qui passe par le travail impressionnant des interprètes – tout en suivant celui qu’avait tracé l’écrivaine, l’inscription d’une histoire individuelle dans le paysage inquiétant d’un système de domination hypocrite et omnipotent.
Comme le roman, le film de Catherine Corsini s’écoule tumultueusement sur plus d’un demi-siècle, de la rencontre entre Rachel (Virginie Efira) et Philippe (Niels Schneider), la mère et le père de la narratrice, jusqu’à l’ultime confrontation entre les deux femmes, l’enfant violée et la mère aveuglée. Entre les deux, il y aura une histoire d’amour, la chronique d’une libération inachevée, la commission et la révélation d’un crime.

        Lire le portrait :
         

          Niels Schneider, jeune homme pressé



En écrivant le scénario, Catherine Corsini et Laurette Polmanss ont retiré aux protagonistes les patronymes et prénoms de la réalité qu’avait conservés Christine Angot. Christine est devenue Chantal ; Pierre, Philippe. Seule Rachel est restée Rachel. Comment priver cette figure de ce nom, seul héritage d’un père juif absent ? Lorsque le film commence, scandé par la voix off d’une jeune fille qui parle de sa mère, secrétaire à Châteauroux, célibataire qui vient de « coiffer la sainte Catherine » comme c’était encore l’usage en ces premières années de la Ve République pour les femmes qui n’étaient pas encore mariées à 25 ans, il prend un moment le rythme d’une chronique nuancée de nostalgie.
Virginie Efira, force radieuse
Jusqu’à ce que l’amoureux de la mère, Philippe, intellectuel momentanément échoué dans les environs de la base américaine, prononce, à propos de Rachel, le mot « hébraïque ». C’est peut-être là que le combat s’engage entre le jeune homme issu de la bourgeoisie parisienne et l’employée provinciale. En ce moment où – sous le couvert de l’érudition – l’homme laisse poindre l’antisémitisme de sa classe, où la femme amoureuse choisit de ne pas entendre l’intonation discrètement haineuse qu’il donne à l’adjectif.
On sait alors que l’arrangement qu’a trouvé Catherine Corsini entre sa propre mémoire de femme, son scénario, ses acteurs, sa manière de cinéaste, portera Un amour impossible jusqu’à sa destination. Même si l’on a lu le livre, si l’on sait la tragédie qui en forme le noyau, le récit de la liaison entre Philippe et Chantal donne un moment l’illusion d’un thriller. Virginie Efira donne une force radieuse à son personnage, mais aussi un aveuglement fragile qui lui fait ignorer la toxicité qui se dissimule sous le charme de son amant. Niels Schneider distille ce poison implacablement.
Dans le même mouvement, presque incidemment, le paysage change, la vieille maison entre ville et campagne est abandonnée pour un HLM ; après 1968, Rachel travaille un temps dans un hôpital psychiatrique qui tourne le dos aux vieilles thérapies.
Le texte de Christine Angot se termine par un dialogue qui est aussi un manifeste : la dénonciation d’un crime privé, intime, comme manifestation d’un système
Si ce n’était qu’une histoire, on pourrait espérer que l’héroïne va échapper au prédateur, que les mutations du monde vont la porter jusqu’à la libération, à l’autonomie. Il s’agit d’autre chose ici. Adolescente, Chantal (désormais interprétée par Estelle Lescure, porteuse de toute la violence de cet âge) renoue avec son père, et cette proximité – dont la nature n’est pas immédiatement nommée – ouvre une faille entre les deux femmes, jusqu’à ce que la révélation du crime déclenche un cataclysme aux retombées sans fin.
Cette dernière partie du film s’étend sur des décennies. Elle place sur le chemin de la cinéaste des obstacles colossaux, qui tiennent à la difficulté de faire croire au passage du temps sur les visages et les corps, de faire sentir la douleur des disparitions et des épreuves lorsqu’on les évoque en un plan. Le texte de Christine Angot se termine par un dialogue qui est aussi un manifeste : la dénonciation d’un crime privé, intime, comme manifestation d’un système. Il incombe à Virginie Efira, qui, à ce moment, est censée jouer une octogénaire, et à Jehnny Beth, alter ego de l’écrivaine, qui a à peine eu le temps d’installer son personnage, de porter cette conclusion. Et cette conclusion exprime parfaitement l’autre dimension de ce film que ses affiches et sa bande-annonce veulent faire passer pour un simple mélodrame : celle de la colère, de la lucidité et de l’intelligence.

Film français de Catherine Corsini. Avec Virginie Efira, Niels Schneider, Estelle Lescure, Jehnny Beth (2 h 15). Sur le Web : www.le-pacte.com/france/prochainement/detail/un-amour-impossible

Les sorties cinéma de la semaine (mercredi 7 novembre)
High Life, film français de Claire Denis (chef-d’œuvre)Un amour impossible, film français de Catherine Corsini (à ne pas manquer)Crazy Rich Asians, film américain et chinois de Jon M. Chu (à voir)Heureux comme Lazzaro, film français et italien d’Alice Rohrwacher (à voir)Samouni Road, documentaire français et italien de Stefano Savona (à voir)The Spy Gone North, film coréen de Yoon Jong-bin (à voir)Sale temps à l’hôtel El Royale, film américain de Drew Goddard (pourquoi pas)Family Film, film allemand, français, tchèque et slovène d’Olmo Omerzu (on peut éviter)Un homme pressé, film français d’Hervé Mimran (on peut éviter)
A l’affiche également : 
Kursk, film belge et luxembourgeois de Thomas VinterbergNous, Tikopia, documentaire français de Corto FajalRumble: The Indians who Rocked the World, documentaire canadien de Catherine Bainbridge et Alfonso MaioranaLes Yatzkan, documentaire français d’Anna-Célia Kendall Yatzkan





                            


                        

                        


<article-nb="2018/11/07/19-16">
<filnamedate="20181107"><AAMM="201811"><AAMMJJ="20181107"><AAMMJJHH="2018110719">
<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-16"> ¤ L’acteur est heureux d’avoir eu enfin à jouer un salaud, amant et père mani­pulateur dans « Un amour impossible », de Catherine Corsini, d’après Christine Angot.
<filname="PROF-0,2-3246,1-0,0-16"> ¤                     
                                                   
édition abonné


Cinéma : Niels Schneider, jeune homme pressé

L’acteur est heureux d’avoir eu enfin à jouer un salaud, amant et père mani­pulateur dans « Un amour impossible », de Catherine Corsini, d’après Christine Angot.



LE MONDE
 |    07.11.2018 à 07h14
 • Mis à jour le
07.11.2018 à 07h18
    |

            Véronique Cauhapé








                        



                                


                            

En premier, il y a le sourire, immense et désarmant. Tout com­me les yeux, qui lui mangent le reste du visage. Niels Schneider, c’est d’abord ce visage qui trouble. Ouvert, mystérieux, d’une ambiguïté que révèle déjà sa filmographie de jeune acteur de 31 ans. Objet de désir aux boucles blondes d’angelot dans Les Amours imaginaires, de Xavier Dolan, vengeur déterminé dans Diamant noir, d’Arthur Harari (récompensé du César du meilleur espoir masculin en 2017), amant et père mani­pulateur dans Un amour impossible, le dernier film de Catherine Corsini, d’après le roman éponyme de Christine Angot (Flammarion, 2015).

Il est heureux d’avoir eu enfin à jouer un salaud. A ses débuts, ils ont été quelques-uns à le comparer à Björn Andresen, le Tadzio de Mort à Venise, de Visconti. Il avait alors craint de n’inspirer des rôles qu’à travers cette douce gueule d’éphèbe à laquelle lui-même ne prêtait pas attention. Sa curiosité pour la matière humaine, ses goûts pour le cinéma d’auteur, ses inquiétudes qui le poussent à foncer plutôt qu’à se laisser porter, ont corrigé le tir. En dirigeant la curiosité des cinéastes vers une profondeur que la beauté aurait sans doute rendue insoupçonnable. Du moins durant un temps.

Or, Niels Schneider est un jeune homme pressé. Ainsi que semble le montrer la manière qu’il a de répondre avec urgence, projetant ses phrases comme on déboule dans une pièce. Il sait la précarité de l’existence. A 16 ans, il a perdu son frère Vadim, de seize mois son aîné, lui aussi acteur, mort au Canada dans un accident de voiture alors qu’il se rendait sur un tournage. « J’ai tout fait pour combler le vide que mon frère avait laissé. J’ai porté ses vêtements, son parfum et j’ai commencé le théâtre, comme pour prendre la relève. A la maison, c’était devenu trop noir, trop sombre. Sur scène, j’ai retrouvé la lumière, un endroit de liberté, et j’ai éprouvé la sensation de revivre. »
Figures...



                        

                        


<article-nb="2018/11/07/19-17">
<filnamedate="20181107"><AAMM="201811"><AAMMJJ="20181107"><AAMMJJHH="2018110719">
<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-17"> ¤ Le documentariste Stefano Savona évoque le drame vécu par le clan Samouni en 2009.
<filname="PROF-0,2-3246,1-0,0-17"> ¤                     
                                                

« Samouni Road » : quand la guerre s’abat sur une famille de Gaza

Le documentariste Stefano Savona évoque le drame vécu par le clan Samouni en 2009.



LE MONDE
 |    07.11.2018 à 07h12
 • Mis à jour le
07.11.2018 à 08h27
    |

                            Thomas Sotinel








                        



   


L’avis du « Monde » – à voir
En janvier 2009, les survivants de la famille Samouni ont connu une notoriété planétaire. Au début du mois, 29 membres de leur clan avaient été tués par les tirs et les bombardements de l’armée israélienne, entrée dans la bande de Gaza dans le cadre de l’opération « Plomb durci ». Les Samouni ont été interviewés, ­filmés, puis oubliés.

        Lire la critique parue lors du Festival de Cannes :
         

          « Samouni Road », une famille de Gaza entre documentaire et animation



Documentariste italien, Stefano Savona s’attache à déployer leur histoire au long de ce film complexe, fait d’images tournées à Gaza un an après l’offensive militaire, de séquences d’animation supervisées par le graphiste Simone Massi et de reconstitutions numériques de l’épisode militaire. Stefano Savona, qui avait gagné Gaza en janvier 2009 pour y tourner sous les bombardements, ne prétend pas à la neutralité. Mais la richesse des moyens qu’il s’est octroyés pour raconter l’histoire des Samouni lui permet de mettre en scène une histoire riche, contradictoire, marquée par la tragédie sans s’y réduire tout à fait.

        Lire l’enquête :
         

          A Cannes, une renaissance italienne



Gravures oniriques en noir et blanc
D’abord parce que cette famille palestinienne a longtemps joui du privilège – si chèrement payé en 2009 – de vivre sur sa terre. Les Samouni sont depuis des générations des paysans, établis à Gaza avant la partition, avant que le territoire n’accueille des centaines de milliers de réfugiés. Ils y avaient des oliveraies, des vergers. Les ­séquences animées de Simone Massi, gravures oniriques en noir et blanc, évoquent ce lignage paysan, le mélange inextricable des travaux des champs et des rites ­religieux. Ces images idéales sont à la fois des souvenirs et comme une uchronie agreste imaginant ce qu’aurait été la vie si…
La politique, l’histoire et la géographie ne sont pas ici enseignées. Elles surgissent au fil des souvenirs glanés pendant le tournage de 2010
Les séquences réalisées en 2010 ramènent à la réalité d’une terre ravagée, où la reconstruction se heurte aussi bien à l’embargo qui pèse sur la bande de Gaza qu’aux rivalités bureaucratiques entre les instances palestiniennes. La politique, l’histoire et la géographie ne sont pas ici enseignées. Elles surgissent au fil des souvenirs glanés pendant le tournage de 2010. Particulièrement édifiants sont les efforts des différentes factions pour s’approprier la mémoire des victimes, devenues « martyrs » par la grâce de la ­propagande, et les efforts désordonnés des survivants pour tenter d’y échapper.
Peu à peu se forme une image du clan Samouni. On devine les liens qui s’étaient tissés avec Israël avant la fermeture des frontières de Gaza (un des hommes du clan a tenté d’appeler son ancien patron pour persuader les soldats qu’il n’était pas membre du Hamas), les différends qui divisaient les fratries, on voit la patience d’un couple de fiancés qui arrivent jusqu’au mariage malgré la mort des chefs de leurs deux familles. La figure la plus marquante reste celle de la jeune Amal, laissée pour morte pendant plusieurs heures après un bombardement, blessée à la tête, qui a attendu des heures que les secours parviennent jusqu’à elle. C’est peut-être elle qui fait le mieux le lien, avec la candeur et la colère d’une enfant, entre ce qui a été et le présent.
Caméras thermiques embarquées
Stefano Savona n’a pas voulu évoquer les événements de janvier 2009 par le seul truchement des témoignages. L’attaque israélienne sur le quartier où vivaient les Samouni est montrée à travers des images qui ont l’aspect des vues prises par les caméras thermiques embarquées sur des drones en usage chez les militaires.
Ces silhouettes blanches sur fond gris qui s’évanouissent dans une déflagration évoquent l’Irak, l’Afghanistan. Elles sont devenues les emblèmes des conflits high-tech. Mais, ici, elles ne sont que fiction, images numériques qui ressemblent à celles qu’auraient pu prendre des opérateurs israéliens, comme d’innombrables réalisateurs hollywoodiens se sont amusés à le faire. Même s’il s’appuie sur les témoignages des survivants, sur les rapports des organisations humanitaires, le procédé met en danger le film qui, de toute façon, n’avait pas besoin de cette démonstration.



Documentaire italien et français de Stefano Savona (2 h 08). Sur le Web : www.jour2fete.com/distribution/samouni-road et www.picofilms.com/samouni-road



                            


                        

                        


<article-nb="2018/11/07/19-18">
<filnamedate="20181107"><AAMM="201811"><AAMMJJ="20181107"><AAMMJJHH="2018110719">
<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-18"> ¤ Tiré de faits réels, le film de Yoon Jong-bin met en scène un agent sous couverture.
<filname="PROF-0,2-3246,1-0,0-18"> ¤                     
                                                

« The Spy Gone North » : à Pyongyang, l’espion qui venait du Sud

Tiré de faits réels, le film de Yoon Jong-bin met en scène un agent sous couverture.



LE MONDE
 |    07.11.2018 à 07h10
 • Mis à jour le
07.11.2018 à 08h29
    |

                            Jean-François Rauger








                        



   


L’avis du « Monde » – à voir
Présenté hors compétition lors du dernier Festival de Cannes, The Spy Gone North témoigne de diverses qualités, celle notamment qui consiste à savoir penser avec une certaine intelligence et une relative complexité les conventions cinématographiques attachées à un genre donné. Tiré de faits réels, le film raconte les péripéties d’un ancien officier de l’armée sud-coréenne, Park Suk-young, chargé par les services secrets de son pays, au début des années 1990, de ­recueillir des informations sur le programme nucléaire de la Corée du Nord. L’homme se rapproche, sous le couvert d’affaires commerciales à réaliser, des dirigeants du pays voisin. Avec son identité de businessman inoffensif, Park Suk-young, dont le nom de code était « Black Venus », réussira si bien son coup qu’il rencontrera Kim Jong-il, le leader mégalomane de la Corée du Nord.
Film d’espionnage, ou plutôt film sur l’espionnage, « The Spy Gone North » doit peu aux exploits d’un James Bond
Film d’espionnage, ou plutôt film sur l’espionnage, The Spy Gone North doit peu aux exploits d’un James Bond. On pense, en effet, ­davantage aux romans d’un John le Carré, dans lesquels le récit d’espionnage (que la situation entre les deux Corées semble avoir figé dans le temps d’une guerre froide) dévoile un monde de personnages gris et de tractations mystérieuses, de réunions d’hommes ordinaires buvant des whiskys dans des bars aux enseignes de néon ou des chambres d’hôtel aux papiers peints hideux. Un des premiers mérites du film réside, en effet, dans sa façon de plonger la dimension extraordinaire d’un suspense lourd d’enjeux historico-politiques dans la neutralité d’une apparence banale et terne, d’un réalisme presque atone.
Tourné en grande partie à Taïwan, The Spy Gone North ­devient ainsi une fable sur l’art de la conjuration, le récit d’un complot où les secrets d’Etat se cachent placidement derrière les rencontres les plus familières. Ce que Balzac appelait « l’envers de l’histoire contemporaine » est sans doute le principal sujet du film de Yoon Jong-bin, qui nous plonge dans un monde de pouvoirs occultes et de d’agissements secrets.
Inversion habile du suspense
L’intrigue et le suspense du film mettent de surcroît au jour un scandale : l’existence d’une alliance faussement contre nature peut-être entre l’Etat stalinien de la Corée du Nord et une poignée de politiciens de la droite sud-coréenne, décidés à gagner les élections au prix de la trahison en pariant sur un réchauffement des tensions entre les deux pays.
Yoon Jong-bin nourrit son suspense d’une paradoxale histoire d’amitié entre l’espion et le fonctionnaire nord-coréen qu’il a dupé pendant de nombreux mois. Cas de conscience et inversion habile du suspense et de l’identification du spectateur, où « l’ennemi » se trouve mis, malgré lui, en danger par sa crédulité même. « Dans le but d’obtenir des informations, l’espion se met graduellement à voir avec les yeux de l’autre », a déclaré le réalisateur. The Spy Gone North se transforme ainsi en une fiction politique habile, une méditation sur le pouvoir où la morale se ­retrouve confrontée à une zone floue d’enjeux politiques et de parcours individuels.
The Spy Gone North témoigne avec talent de la qualité d’un ­cinéma populaire intelligent et à succès. Il rassembla, le premier week-end de sa sortie, plus de 2 millions de spectateurs en Corée, et confirme les qualités d’un cinéaste découvert, en 2005, avec The Unforgiven, âpre récit sur la violence dans l’armée sud-coréenne.

Film coréen de Yoon Jong-bin. Avec Hwang Jung (Jeong)-min, Lee Sung-min, Ju Ji-hoon (2 h 21). Sur le Web : www.metrofilms.com/films/spy-gone-north et www.cj-entertainment.com/movie/spy-gone-north



                            


                        

                        


<article-nb="2018/11/07/19-19">
<filnamedate="20181107"><AAMM="201811"><AAMMJJ="20181107"><AAMMJJHH="2018110719">
<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-19"> ¤ Accumulant les numéros d’acteurs divertissants dans l’espoir de tirer le portrait des Etats-Unis sous Richard Nixon, le film noir de Drew Goddard vacille sous son poids.
<filname="PROF-0,2-3246,1-0,0-19"> ¤                     
                                                

« Sale temps à l’hôtel El Royale » : crime service dans toutes les chambres

Accumulant les numéros d’acteurs divertissants dans l’espoir de tirer le portrait des Etats-Unis sous Richard Nixon, le film noir de Drew Goddard vacille sous son poids.



LE MONDE
 |    07.11.2018 à 07h09
    |

                            Thomas Sotinel








                        



   


L’avis du « Monde » – pourquoi pas
Bâti sur la frontière qui sépare la Californie du Nevada, l’hôtel El Royale, tel que l’a dessiné le scénariste (Buffy contre les vampires, Seul sur Mars…) et réalisateur (La Cabane dans les bois, 2012) Drew ­Goddard, est une espèce de trou noir qui attire et concentre tous les vices de ces deux Etats : dépravation, corruption, lucre… il suffit de demander à la réception.
Dans ce bouge au décor désuet (le film se passe quelques mois après l’élection de Richard Nixon, l’hôtel a été construit sous ­Eisenhower), une poignée de voyageurs viennent tenter leur chance. Comme on s’en doute dès le prologue – court-métrage éducatif sur la meilleure manière de cacher un butin dans une chambre close –, les protagonistes, à une ou deux exceptions près, ne sont pas animés des meilleures intentions.
L’ambition de Drew Goddard est d’entrecroiser ces convoitises, ces pulsions meurtrières, pour tisser l’image d’un pays en pleine décomposition
L’ambition de Drew Goddard est d’entrecroiser ces convoitises, ces pulsions meurtrières, pour tisser une tapisserie historique, l’image d’un pays en pleine décomposition. Le cinéaste avait déjà tenté ce genre de tour de passe-passe dans La ­Cabane dans les bois, en introduisant une bonne dose de vertige métaphysique dans un pastiche de film d’horreur.
Le résultat est ici excitant et frustrant, les fulgurances – souvent servies par des acteurs de premier ordre – sont voilées par la durée excessive du film, par la confusion entre ambition et présomption.
De terribles secrets
En ce jour pluvieux se présentent à la réception un prêtre catholique (Jeff Bridges) qui, de toute évidence, n’a jamais été ordonné, une chanteuse de rhythm’n’blues (Cynthia Erivo), venue courir le cachet à Reno, dont l’hôtel n’est pas éloigné, un représentant en électroménager (John Hamm) qui en fait des tonnes, même pour un VRP, et une hippie dissimulée derrière de grosses lunettes noires (Dakota Johnson). A la réception, un jeune et sympathique héroïnomane (Lewis Pullman) les oriente vers des chambres qui, elles aussi, dissimulent de terribles secrets. Piège pour politicien érotomane, coffre-fort improvisé, studio de répétition, l’El Royale n’est pas avare en options.
D’une manière si traditionnelle qu’elle en devient attendrissante, Drew Goddard établit une hiérarchie morale entre ses personnages. Au sommet se trouve ­Darlene, la chanteuse afro-américaine à qui une industrie musicale (incarnée ici, en un saisissant flash-back, par Xavier Dolan) blanche et patriarcale a volé sa carrière. Vient ensuite le père Flynn, faux prélat, vrai truand, mu par un code d’honneur désuet. Dire ce qui meut les autres personnages serait priver les éventuels occupants de l’El Royale de maintes surprises, sanglantes, pour la plupart.
Galerie de monstres
Face à cette galerie de monstres pris dans les convulsions de l’histoire (Drew Goddard n’en oublie aucune, du mouvement pour les droits civiques à l’effondrement de la contre-culture, en passant par le Vietnam et l’emprise du FBI sur la vie publique américaine), le film oppose le duo que finissent par former Cynthia Erivo et Jeff Bridges. L’actrice britannique (que l’on verra bientôt dans Les Veuves, de Steve McQueen) chante autant qu’elle joue, c’est une bonne chose pour le film qui trouve, grâce à ce personnage, l’occasion de dissiper les miasmes qui le menacent.
Après avoir joué des hommes vieillissants, au bord de la retraite, Jeff Bridges entre ici de plain-pied dans la vieillesse
Après avoir joué des hommes vieillissants, au bord de la retraite (Crazy Heart, Comancheria), Jeff Bridges entre ici de plain-pied dans la vieillesse. Il donne une fragilité inattendue à son personnage de truand qui perd peu à peu la mémoire.
Ce duo conforte la patience des spectateurs. Celle-ci est néanmoins mise à rude épreuve par l’ultime demi-heure du film. L’apparition de Chris Hemsworth, version culturiste de Charles Manson, l’ultime flash-back, ne font pas monter les enjeux, comme l’espérait l’auteur. Sous cette accumulation, le vieil hôtel menace plutôt de s’effondrer.

Film américain de Drew Goddard.Avec Jeff Bridges, Cynthia Erivo, John Hamm (2 h 24). Sur le Web : www.foxfrance.com/sale-temps-a-lhotel-el-royale et www.foxmovies.com/movies/bad-times-at-the-el-royale



                            


                        

                        


<article-nb="2018/11/07/19-20">
<filnamedate="20181107"><AAMM="201811"><AAMMJJ="20181107"><AAMMJJHH="2018110719">
<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-20"> ¤ Le réalisateur Olmo Omerzu signe un deuxième long-métrage un peu démodé évoquant lointainement le cinéma d’un Michael Haneke.
<filname="PROF-0,2-3246,1-0,0-20"> ¤                     
                                                

« Family Film » : une fable cynique sur fond de culpabilité

Le réalisateur Olmo Omerzu signe un deuxième long-métrage un peu démodé évoquant lointainement le cinéma d’un Michael Haneke.



LE MONDE
 |    07.11.2018 à 07h08
    |

                            Jean-François Rauger








                        



   


L’avis du « Monde » – on peut éviter
Un couple aisé part en mer, à bord d’un bateau de plaisance, en laissant ses deux enfants adolescents seuls. Ceux-ci profitent de leur relative liberté avant de perdre tout contact avec leurs géniteurs peut-être disparus en mer. L’absence de ceux-ci, le soutien de l’oncle des deux enfants, la maladie du jeune garçon, le retour des parents enfin, après un naufrage dont ils sont sortis indemnes, déclenchent une série de révélations démasquant le mensonge sur lequel était bâtie l’illusion de l’architecture familiale.
Fiction un peu déplaisante
S’ensuit une série de règlements de compte qui font du deuxième long-métrage d’Olmo Omerzu une sorte de fable cynique construite sur le sentiment d’une culpabilité généralisée. Cette fiction sardonique et un peu déplaisante envisage les relations entre ses personnages comme un écheveau de culpabilités diverses, qui appellent une punition tout aussi pénible qu’artificielle. On pensait ce genre de films évoquant, furtivement et lointainement, le cinéma d’un Michael Haneke, un peu démodé.



Film allemand, français, tchèque et slovène d’Olmo Omerzu. Avec Karel Roden, Vanda Hibnerova, Daniel Kadlec (1 h 34). Sur le Web : www.rouge-distribution.com/2017/08/31/family-film.html



                            


                        

                        

