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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-1"> ¤ L’acteur et la cinéaste Claire Denis racontent combien leur collaboration sur « High Life » les a rapprochés.
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Cinéma : avec Robert Pattinson, l’attraction des astres

L’acteur et la cinéaste Claire Denis racontent combien leur collaboration sur « High Life » les a rapprochés.



LE MONDE
 |    06.11.2018 à 07h53
 • Mis à jour le
06.11.2018 à 11h10
    |

            Aureliano Tonet (Londres)








                        



                                


                            

Les stars sont-elles aussi égocentriques qu’on le prétend ? Voyez Robert Pattinson, 32 ans, dont dix de célébrité intersidérale depuis que la saga Twilight a transpercé les cœurs adolescents. Pas le genre, pour autant, à croire que le monde tourne autour de lui. Jusqu’à ce qu’on le lui apprenne, l’acteur ignorait qu’un astronome russe avait donné son nom à un astéroïde. « Whaou ! Quelle idée bizarre… », s’écrie-t-il, en contemplant sur son téléphone cet alter ego galactique.
Un lundi soir sur la Terre, dans un hôtel penta-étoilé du centre de Londres : Pattinson commande une cinquième tasse de thé. Ça l’aide, assure-t-il, à ne pas s’emmêler les pinceaux, lui dont l’agenda jongle entre les fuseaux, les créneaux, les plateaux. Il débarque de ses pénates hollywoodiens, s’apprête à rejoindre un tournage au Maroc, avec Johnny Deep et Mark Rylance. A peine le temps d’organiser un dîner avec ses parents, restés dans la capitale anglaise, où il a grandi. Et de rencontrer quelques journalistes à la volée : pas question de ne pas accompagner la sortie de High Life, le film joliment perché de Claire Denis.

Car Robert Pattinson ne fait pas qu’y interpréter Monte, le premier rôle. En amont, il a joué les directeurs de casting, dépêchant à la dernière minute le bébé de son meilleur ami pour incarner la fille de son personnage : « Nous avions choisi deux jumelles, mais lors des essais, ça ne collait pas, se souvient Claire Denis. La veille du tournage, Robert a sorti sa carte bleue, et organisé la venue de ses amis et de leur nourrisson. Ça a sauvé le film ! » En aval, il a posé sa voix diaphane sur la bande originale, ravivant ainsi sa passion adolescente pour le rock, qu’il pratiquait jadis en bande, passablement éméché : « Rien ne me plaisait autant que de défier un public hostile, lors de concerts improvisés, confie-t-il. Cette adrénaline me manque un peu. »
Robert Pattinson...



                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-2"> ¤ La cinéaste fait une incursion dans la science-fiction avec son nouveau film porté par l’acteur anglais Robert Pattinson.
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Article sélectionné dans La Matinale du 05/11/2018
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« High Life » : Claire Denis sonde le désir en apesanteur

La cinéaste fait une incursion dans la science-fiction avec son nouveau film porté par l’acteur anglais Robert Pattinson.



LE MONDE
 |    06.11.2018 à 06h45
 • Mis à jour le
06.11.2018 à 15h00
    |

            Jacques Mandelbaum








                        



   


L’avis du « Monde » – chef d’œuvre
Allons d’emblée aux deux raisons qui font de ce film une œuvre à sérieusement considérer, pour ne pas dire à passionnément aimer. La première est d’ordre cinéphilique. Incursion inaugurale de la cinéaste Claire Denis dans la science-fiction et le dialogue en anglais, High Life est à classer parmi les sommets du genre. Soit ces films rares qui ne s’adressent pas en premier lieu aux fanatiques de la catégorie mais à l’humanité sensible tout entière. Ces œuvres qui, préférant l’envoûtement contemplatif à l’action pure, jettent une sorte de maraboutage hypnotique sur l’esprit et les sens du spectateur, tels 2001 : l’Odyssée de l’espace (1968), de Stanley Kubrick, ou Solaris (1972), d’Andreï Tarkovski.

        Lire la rencontre :
         

          Avec Robert Pattinson, l’attraction des astres



L’autre raison est qu’aucun film récent ne donne l’impression d’aller, au point où le fait celui-ci, à l’os de notre époque. Au diapason du grand bouleversement qui s’y annonce, de la grande peur écologique qui se lève. Peur non pas tant de ces épiphénomènes que sont l’iniquité et la barbarie en leur retour triomphant, mais, pour aller au principe, de l’épuisement convulsif d’une planète saccagée, de l’attraction avérée de l’humanité pour le néant. Peur, en un mot, de la fin dernière : de l’homme, du monde, de la vie tout ensemble. Un sentiment qui n’est sans doute pas pour rien dans la production récente de films spatiaux plus ou moins eschatologiques, dans lesquels l’espace se transforme en territoire de la dernière chance, en expérience concrète de la survie.
Aucun film récent ne donne l’impression d’aller, au point où le fait celui-ci, à l’os de notre époque
High Life rejoint à ce titre des films tels que Gravity (2013), d’Alfonso Cuaron, Seul sur Mars (2015), de Ridley Scott, ou même First Man (2018), de Damien Chazelle. Mais il se confronte plus directement à Interstellar (2014), de Christopher Nolan, dont il partage les motifs centraux (la terre agonisante, la recherche d’une planète favorable à la vie, l’importance du rapport père-fille). Ce qui n’empêche nullement High Life de se situer aux antipodes esthétiques d’Interstellar, à des années­-lumière de la pyrotechnie spectaculaire et des rebondissements romanesques qu’y déploie Christopher Nolan.
Est-il d’ailleurs assuré que l’inscription du film de Claire Denis dans une histoire raisonnée de la science-fiction cinématographique fasse vraiment sens ? On pourrait aussi bien assumer la position selon laquelle la cinéaste – qui aime à s’approprier tous les genres (le polar dans J’ai pas sommeil, 1994 ; le vampirisme dans Trouble Every Day, 2001 ; le film de guerre dans Beau travail, 1999 ; la comédie dans Un beau soleil intérieur, 2017…) – continue de faire dans l’espace ce qu’elle a toujours fait sur terre : sonder le mystère du désir, dans sa beauté stellaire comme dans ses trous noirs. Sans trucages. A même la chair. Au plus près de cet abyme mental qui confère à chaque être humain la fascinante opacité de l’univers.
Le pire est sans doute déjà arrivé
Ici, un homme (Monte, interprété par Robert Pattinson) partageant un engin spatial visiblement délabré avec sa fillette de quelques mois, dénommée Willow. Le long et caressant préambule qui les réunit suscite d’emblée une forte émotion, teintée d’angoisse. Les tendres rapports du père et de l’enfant, l’impuissance où ils semblent se trouver pour changer leur situation produisent dans cet environnement confiné, dénué de toute autre présence humaine, le sentiment que le pire est sans doute déjà arrivé. Un long retour en arrière livrera au spectateur une compréhension un peu plus nette de la situation.

   


Le navire est en réalité une prison, où l’on a rassemblé des condamnés à mort qui ont accepté, en échange de la commutation de leur peine, de se prêter à un programme d’expérimentation spatiale. Il s’agit à la fois de s’approcher d’un trou noir pour en étudier les sources d’énergie bientôt taries sur Terre, et de se prêter aux expériences de procréation menées par le docteur Dibs, une médecin au dossier criminel chargé. Juliette Binoche, crinière noire descendant jusqu’aux reins, flammèches dans les yeux, y incarne une sorte de prêtresse illuminée de la reproduction, figure de la fécondité immémoriale, collectrice de sperme, sorcière de la résurrection. C’est, ici, Le Sacrifice, d’Andreï Tarkovski (1986) qui revient en mémoire.
On reconnaît là tout le talent de Claire Denis pour suggérer le dénuement et la beauté de notre condition
Dibs est, avec Monte, dont elle vole la semence durant son sommeil dans une séquence proprement stupéfiante, le pouvoir de la vie qui se transmet dans un engin pourtant programmé pour aller à la mort. Toute la beauté du film tient en ce déchirant paradoxe tenu bientôt, en quelques ellipses élégantes, par le seul couple survivant du père et de sa fille. Imaginez, dans l’immensité glacée et indifférente du cosmos, le cri vital du bébé et le regard du père sur son enfant. Puis la grâce innocente de la jeune fille qu’elle est devenue, qui n’a jamais connu le monde, et qui questionne incestueusement son père sur leur avenir, entre la menace de leur commun anéantissement et la promesse de trouver un nouveau soleil. On reconnaît là tout le talent de Claire Denis pour suggérer le dénuement et la beauté de notre condition.
La sensation du huis clos, de la solitude, de la terminaison des temps est par ailleurs si prégnante qu’elle parvient à nous rendre bouleversantes les images raréfiées de la Terre, qui interfèrent dans le récit. Flash-back en bons gros grains seize millimètres de trains et de hobos cheveux au vent, forêts profondes, tapis de feuilles, humus qu’on croirait sentir. Ou encore, sur un écran de la capsule, ce rituel funéraire indien filmé à Vancouver par Edward S. Curtis dans In the Land of the Head Hunters (1914), poignant et fantomal vestige d’une civilisation agonisante. C’est, à travers ces simples images, le sentiment d’une perte irrémissible qui étreint le spectateur et le laisse inconsolable. Autant dire qu’il y aura quelque chose comme une indicible joie à malgré tout retrouver la pollution et la promiscuité de la ville au sortir de la salle. Contrairement à ce que certains pensent, seuls les artistes font œuvre utile.

Film français de Claire Denis. Avec Robert Pattinson, Juliette Binoche, André Benjamin (1 h 51). Sur le Web : highlife-lefilm.com



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-3"> ¤ Fille de Clara et André Malraux, elle avait travaillé auprès d’Alain Resnais et François Truffaut.
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Florence Malraux, assistante-réalisatrice, est morte

Fille de Clara et André Malraux, elle avait travaillé auprès d’Alain Resnais et François Truffaut.



LE MONDE
 |    05.11.2018 à 08h06
    |

                            Thomas Sotinel








                        



                                


                            

Fille de Clara et André Malraux, figure parisienne des années 1950, assistante-réalisatrice, entre autres, d’Alain Resnais dont elle fut l’épouse, membre de plusieurs institutions cinématographiques, Florence Malraux est morte mercredi 31 octobre à Paris. Elle avait 85 ans.
Elle naît le 28 mars 1933 à Paris. La même année, son père devient célèbre avec la publication de La Condition humaine. Lorsque ses parents se séparent, au début de la seconde guerre mondiale, la petite Florence accompagne sa mère dans le sud de la France, à Toulouse, puis à Montauban. Elle est le témoin de l’engagement de Clara Malraux dans la résistance. A cette époque, elle rencontre Edgar Morin, alors étudiant et bientôt lui aussi résistant, qui restera son ami.
A la Libération, elle revient à Paris, où elle se lie d’amitié avec Françoise Quoirez, qui n’est pas encore Sagan, et compte parmi les premiers lecteurs du manuscrit de Bonjour tristesse. Le nom de Florence Malraux revient, avec celui de Bernard Frank ou Claude Perdriel, dans la chronique des nuits parisiennes que traversait la jeune romancière.
« Faire rayonner l’œuvre de son père »
En 1961, la fille du désormais ministre de la culture du général de Gaulle signe le Manifeste des 121 qui soutient l’insoumission et la solidarité avec les insurgés en Algérie. C’est le début d’une longue brouille avec André Malraux. En même temps, elle se tourne vers le cinéma. Elle assiste François Truffaut sur le tournage de Jules et Jim (1962), sans que son nom soit mentionné au générique. L’année précédente, elle a occupé le même poste – seconde assistante – sur le plateau de L’Année dernière à Marienbad, d’Alain Resnais (l’autre second assistant du film a pour nom Volker Schlöndorff). C’est le début d’une collaboration, puis d’un mariage, qui dureront jusqu’à I Want to Go Home, en 1989, en passant par Muriel, Providence, Mon Oncle d’Amérique ou Mélo.
Florence...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-4"> ¤ Mehdi Derfoufi, chercheur-enseignant en études cinématographiques, revient sur le jeu vidéo, sa représentation de la conquête de l’Ouest et la place marginale accordée aux minorités.
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« On peut parler pour “Red Dead Redemption 2” de mélancolie masculine blanche »

Mehdi Derfoufi, chercheur-enseignant en études cinématographiques, revient sur le jeu vidéo, sa représentation de la conquête de l’Ouest et la place marginale accordée aux minorités.



LE MONDE
 |    04.11.2018 à 12h07
 • Mis à jour le
05.11.2018 à 09h11
    |

            William Audureau








                        



   


Mehdi Derfoufi, chercheur associé à l’université Sorbonne-Nouvelle (Paris-III), enseignant à l’université d’Illinois à Paris et spécialiste des questions post-coloniales au cinéma et dans les jeux vidéo, a répondu durant trois heures le mardi 30 octobre aux questions des lecteurs du Monde sur Red Dead Redemption 2 (RDR2), la superproduction de Rockstar Games sortie fin octobre.
Il livre son analyse basée sur le visionnage du chapitre IV de l’aventure, qui se déroule dans l’équivalent de la Louisiane en 1899. Mehdi Derfoufi évoque ainsi la représentation de la mythologie occidentale de la conquête de l’Ouest dans le jeu, ainsi que de la place marginale qu’elle laisse aux Noirs et aux Amérindiens.

        Compte rendu :
         

          premières impressions après cinq heures de jeu sur « RDR2 »



Dedrak : Pouvez-vous nous en dire un peu plus sur votre sujet de recherche ?
Mehdi Derfoufi : Vaste sujet que le champ des études post-coloniales ! C’est avant tout une manière d’approcher les productions culturelles actuelles qui positionne l’expérience coloniale comme centrale, comme matrice de l’époque actuelle. L’Orientalisme de Edward Saïd [Seuil, 1980] est un classique fondateur de cette approche.
von_yaourt : Le besoin de créer du jeu (dans son acception ludique) n’est-il pas une limite évidente à votre champ de recherche sur le jeu vidéo, au contraire du cinéma ? Même si la démarche est pertinente sur RDR2 qui n’est qu’un film ouvert mal déguisé dans un jeu sans gameplay…
C’est un peu exagéré de dire qu’il n’y a pas de gameplay dans RDR2, non ? Mais votre question n’est pas sans intérêt. Bien sûr, l’analyse des représentations est bien plus évidente sur des jeux très narratifs qui proposent une identification à des personnages, un imaginaire, etc.
Mais dans d’autres types de jeux, on peut aussi noter des fondements tels que l’accumulation, la progression, la linéarité, le principe d’apprentissage par échec et récompense. Tout cela correspond à des notions culturelles qui ne sont pas forcément évidentes pour toutes les sociétés à travers toutes les époques.
Dans Red Dead Redemption 2, on se promène par exemple parfois dans des paysages quasi-déserts. C’est vraiment un élément important : un des plaisirs du jeu repose sur l’exploration mais aussi l’appropriation progressive du territoire, une appropriation qui se matérialise sur la carte, à travers les marqueurs. Dans la conquête coloniale, la cartographie est à la fois un outil de conquête et de contrôle d’un territoire et une représentation visuelle et imaginaire de ce contrôle.

        Analyse :
         

          « Red Dead Redemption 2 » a-t-il été surnoté par la presse ?



Jmye : Le principe de la conquête de l’Ouest n’était-il pas d’offrir à chacun un bout de terre où il pouvait construire le mode de vie ou la société qu’il désirait ? La liberté au gré du paysage infini ?
Disons que c’était un des éléments, mais il y a différents niveaux politiques à cette conquête – à commencer par des objectifs étatiques d’expansion territoriale et de contrôle des ressources. Le concept de « destinée manifeste » émerge au milieu du XIXe siècle pour justifier moralement l’annexion des territoires de l’Ouest. Il s’agit de défendre l’idée que les Etats-Unis avaient une sorte de « mission divine » dans leur rôle de conquête et d’aménagement des terres « sauvages ».
L’opposition entre civilisation et « sauvagerie » assimile à des espaces géographiques des identités raciales. Les « Peaux-Rouges » sont des « sauvages » qui font corps avec la nature, les « hommes blancs », les « pionniers », sont des êtres civilisés qui doivent faire l’apprentissage – pour survivre – des règles qui régissent cet espace sauvage, afin de le contrôler progressivement en vue de le domestiquer (littéralement en faire une maison, un lieu habitable, c’est-à-dire civilisé)

   


EnColt & Bretelles : Sur la géographie justement, n’y a-t-il pas deux espaces différents suivant que l’on se place du côté des minorités ou du mâle blanc colonisateur ? Que ce soit en termes de lieux fréquentés – je pense notamment à la dualité entre ville et campagne – ou de « périmètre » de vie…
Oui, tout à fait. RDR2 s’inscrit comme tout bon western dans un système d’oppositions binaires entre nature et culture, civilisation et espaces sauvages, ville et campagne, et évidemment il est assez facile de voir où se placent l’homme blanc et l’Amérindien dans ce schéma. Le récit du jeu s’inscrit dans ce schéma sans trop le perturber, dans la continuité du premier opus, qui travaillait toutefois davantage, il me semble, la question de la frontière avec le Mexique.
L’avantage est que ce type d’opposition parle à tout le monde et est assez utile en termes dramaturgiques. Mais on peut proposer de sortir de ce schéma et rappeler que « civilisation » n’égale pas nécessairement « ville » ou « sédentarité », ou que les Amérindiens n’étaient pas tous des nomades, etc.
Le mythe de la terre vierge, par exemple, sert à justifier la conquête, mais les espaces dits « sauvages » ne l’étaient pas vraiment… A propos de la « découverte » de l’Amérique et du mythe de l’Amazonie comme enfer vert, on peut lire les livres suivants : Amazonie, les 12 travaux des civilisations précolombiennes, par Stéphen Rostain [Belin, 2017], et 1493, comment la découverte de l’Amérique a transformé le reste du monde, par Charles C. Mann [Albin Michel, 2013].

        Compte rendu de tchat avec le chercheur en études cinématographiques Alexis Blanchet :
         

          « Rockstar restitue le cinéma hollywoodien sous une forme autant narrative que spatiale »



Lutin : Red Dead Redemption 2 recherche-t-il le réalisme de l’époque du Far West, ou reproduit-il les stéréotypes de l’époque ?
A mon avis, dans RDR2, on est davantage dans un réalisme d’époque, qui manque l’occasion de déconstruire des stéréotypes raciaux. Par exemple, on y trouve le terme « darky » en anglais, traduit par « nègre » en français, qui est un terme la plupart du temps banni dans le contexte anglo-saxon en raison de sa violence raciste. Par ailleurs, dans une mission avec deux forçats, le héros intervient en arbitre, mais le forçat évadé blanc n’est pas traité sur le même plan que le forçat noir, qui est tenu à l’écart.
Mais ça paraît cohérent avec le discours des créateurs qui, comme le disait récemment Dan Houser, essaient de « ressusciter un monde disparu ». Dans ce monde, ce qui les intéresse est clairement le point de vue de l’aventurier blanc, plutôt que celui des victimes de l’expansion étasunienne (les Amérindiens, les Noirs…). [Le jeu développe davantage le point de vue des Amérindiens dans le chapitre VI, dont M. Derfoufi n’avait pas connaissance lorsqu’a eu lieu cette session de questions & réponses]

        Analyse :
         

          Le jeu vidéo, voix naissante des peuples marginalisés



Supermeul : N’est-ce pas un peu comme la nostalgie actuelle aux Etats-Unis sur la période des années 1950-1960, où tout était bien mieux – sauf pour les femmes, les homosexuels et les minorités ?
Très juste, la nostalgie est d’ailleurs un ressort puissant de RDR2 comme du premier opus. On parle souvent à propos de lui de mélancolie, d’errance contemplative. L’identification au jeu fonctionne pas mal sur le sentiment de perte d’un monde disparu et de redécouverte et d’immersion dans ce monde. Je pense qu’on peut parler de mélancolie masculine blanche, qui est aussi une manière très contemporaine de gérer le sentiment de culpabilité des crimes coloniaux.
Kob : Existe-t-il des jeux vidéo dans lesquels est retransmis le vécu des minorités, non pas dans les objectifs du jeu, mais dans ses mécaniques ?
Les premiers jeux à ma connaissance à poser la question raciale en termes de gameplay et pas seulement de représentations doivent être Méwilo et Freedom de Muriel Tramis et Patrick Chamoiseau, en 1987 et 1988.




                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-5"> ¤ L’acteur franco-canadien s’était longtemps cantonné aux rôles de jeunes premiers. Dans « Un amour impossible », il interprète un séducteur pervers.
<filname="PROF-0,2-3476,1-0,0-5"> ¤                
                                       
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Niels Schneider : « Des spectateurs m’ont dit qu’ils avaient envie de me frapper. J’étais très heureux »


                      L’acteur franco-canadien s’était longtemps cantonné aux rôles de jeunes premiers. Dans « Un amour impossible », il interprète un séducteur pervers.



M le magazine du Monde
 |    04.11.2018 à 09h00
 • Mis à jour le
06.11.2018 à 00h25
    |

                            Maroussia Dubreuil








                              

                        

Cette fois, Niels Schneider joue un méchant. « Un vrai salaud », renchérit le jeune acteur. Dans Un amour impossible, l’adaptation au cinéma du roman autobiographique de Christine Angot, paru en 2015, Philippe, fils de bonne famille, séduit une jeune secrétaire à Châteauroux, dans les années 1950. Beau, lâche et brillant, il ne lui passe aucune faute de français, refuse de l’épouser et finira par abuser de leur enfant, quelques années plus tard. « Pas une page du scénario ne venait rattraper cette raclure, souligne Niels Schneider. C’est la première fois que je me frottais à un personnage totalement condamnable. »
Jusque-là sa beauté angélique avait souvent été prise pour argent comptant : objet de désir dans J’ai tué ma mère (2009) et Les Amours imaginaires (2010), de Xavier Dolan, amant spectral dans Les Rencontres d’après minuit (2013), de Yann Gonzalez, et prince charmant percussionniste dans Belle dormant (2016), d’Adolfo Arrieta.
« Ça me paraît absurde de choisir ses rôles en fonction d’un capital sympathie. » Niels Schneider
Niels Schneider, 31 ans « a été courageux, reconnaît la réalisatrice Catherine Corsini. “C’est atroce le mal que je fais. Je n’en peux plus”, disait-il souvent. » Petit à petit, l’acteur sent Philippe le ronger. Le week-end, à Châteauroux, il décompresse sur les rives du lac de Belle-Isle où les amateurs de sports nautiques viennent chercher un peu de fraîcheur, en été. « Mais il n’y avait pas grand-chose à faire. Tout le monde me racontait sa petite anecdote avec Gérard Depardieu ou Michel Denisot, qui sont originaires du coin. C’était tout, décrit Niels Schneider. J’ai donc pu rester focalisé sur Philippe. Catherine Corsini m’incitait à voir des films avec Maurice Ronet, Ascenseur pour l’échafaud ou Le Feu follet. Mais Ronet m’émeut, il est le versant triste d’Alain Delon. »

Il...




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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-6"> ¤ Je ne serais pas arrivée là si... Cette semaine, l’actrice belge confie son « coup de foudre intellectuel et amical » pour la réalisatrice Justine Triet.
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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-7"> ¤ Pour la première fois, la plate-forme vidéo américaine va sortir trois de ses longs-métrages sur grand écran avant de les proposer à ses abonnés.
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Netflix accepte de sortir trois de ses films au cinéma en avant-première

Pour la première fois, la plate-forme vidéo américaine va sortir trois de ses longs-métrages sur grand écran avant de les proposer à ses abonnés.



LE MONDE ECONOMIE
 |    03.11.2018 à 10h59
 • Mis à jour le
04.11.2018 à 06h44
    |

                            Jérôme Marin (San Francisco, correspondance)








                        



   


Pour amadouer l’Académie des Oscars, Netflix fait volte-face. Pour la première fois, la plate-forme vidéo américaine va sortir trois de ses films sur grand écran avant même de les proposer à ses quelque 140 millions d’abonnés. Une concession annoncée le 31 octobre qui, espère la société, pourrait lui permettre de décrocher ses premières statuettes en février 2019. Et aussi d’attirer des réalisateurs de renom, qui accordent une grande importance aux récompenses.

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Selon la presse spécialisée, Roma est un prétendant sérieux aux Oscars. Le dernier long-métrage du mexicain Alfonso Cuaron, déjà sacré meilleur réalisateur en 2014 avec Gravity, sera lancé en salles le 21 novembre, soit trois semaines avant sa disponibilité sur Netflix. Ce délai ne sera que d’une semaine pour les deux autres films : The Ballad of Buster Scruggs, des frères Ethan et Joel Coen, et Bird Box, avec Sandra Bullock en tête d’affiche.

   


Boycott du Festival de Cannes
Plusieurs films produits par Netflix ont déjà été projetés dans des cinémas indépendants américains. Mais jusqu’à présent, la société exigeait que leur sortie ait lieu le même jour que leur diffusion sur sa plate-forme.
Une condition inacceptable pour les grandes chaînes de salles de cinéma, qui réclament une fenêtre d’exclusivité de 90 jours. En outre, ces sorties en salles étaient très limitées, servant uniquement à rendre les longs-métrages éligibles aux Oscars.
La chronologie imposée par Netflix hérisse le monde du cinéma. En début d’année, l’entreprise avait boycotté le Festival de Cannes après un durcissement des règles excluant ses films de la sélection officielle. Le mois précédent, le réalisateur américain Steven Spielberg avait milité pour que les œuvres produites par la plate-forme vidéo ne soient pas admissibles aux Oscars.
En faisant un pas vers Hollywood, le groupe espère améliorer sa réputation auprès des membres de l’Académie. Aucun de ses longs-métrages n’a encore été nommé pour une statuette du meilleur film, réalisateur, actrice et acteur. Autant de récompenses prestigieuses qui légitimeraient encore plus ses ambitions dans le cinéma.

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                Netflix ouvre un bureau à Paris, un geste symbolique






                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-8"> ¤ Le documentaire suédois « L’Homme qui jouait avec le feu » raconte le combat acharné contre l’extrême droite de l’auteur de « Millénium », dès les années 1980, alors qu’il était journaliste et militant.
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Stieg Larsson, l’antifasciste


                      Le documentaire suédois « L’Homme qui jouait avec le feu » raconte le combat acharné contre l’extrême droite de l’auteur de « Millénium », dès les années 1980, alors qu’il était journaliste et militant.



M le magazine du Monde
 |    02.11.2018 à 14h54
 • Mis à jour le
04.11.2018 à 14h44
    |

            Anne-Françoise Hivert (Malmö (Suède), correspondante régionale)








   


Le documentaire L’Homme qui jouait avec le feu de Henrik Georgsson s’ouvre sur une interview de Stieg Larsson, remontant à 2004. Le Suédois a alors 50 ans, porte ses éternelles lunettes rondes, un blazer gris et une mine soucieuse. L’homme n’est pas encore l’écrivain aux 90 millions de polars écoulés dans le monde. Il ne le sera d’ailleurs jamais. Stieg Larsson est mort quelques semaines après cet entretien, le 9 novembre 2004, d’une crise cardiaque et avant même que le premier tome de Millénium ne soit publié. Assis dans un fauteuil orange dans son bureau en sous-pente du magazine antiraciste Expo, créé en 1995 à Stockholm, il évoque la démocratie « toujours menacée » car, dit-il, « elle n’est pas un don divin tombé du ciel », mais quelque chose « pour laquelle chaque génération doit se battre ».
La traque des néo-nazis
D’ailleurs, si en 2004 la démocratie existe en Europe, « on ne sait pas ce qu’il en sera dans vingt ans », constate Stieg Larsson, à la fin du documentaire de Henrik Georgsson (Bron, Wallander, etc.). Si la critique a encensé le film après sa sortie fin septembre, c’est que dans ce portrait de l’écrivain se dessine en creux l’histoire du néo-nazisme en Suède après la seconde guerre mondiale. Dans les années 1980, Larsson annonçait les succès actuels des Démocrates de Suède (SD), alors ultraminoritaires, et devenus faiseurs de roi au Parlement suédois, avec 17,6 % des voix remportées lors du scrutin du 9 septembre.
Lire aussi : A la recherche du vrai Stieg Larsson, journaliste et justicier
En suédois, le documentaire s’intitule Mannen som lekte med elden, l’homme qui jouait avec le feu – référence au second tome de Millénium, dont le titre français est La Fille qui rêvait d’un bidon d’essence et d’une allumette. Une cinquantaine de témoins racontent. Parmi eux, Eva Gabrielsson, la compagne du journaliste et écrivain. Mais aussi ses anciens collègues de l’agence de presse TT, où il a travaillé pendant plus de vingt ans comme graphiste, consacrant ses nuits à ce qui deviendra une obsession : traquer les militants d’extrême droite en Suède, jusque dans les sous-sols où ils tiennent leurs réunions. Il les photographie, fait des recoupements, constitue des dossiers.

Stieg Larsson écrit également dans le magazine Searchlight, fondé en 1975 par le militant antifasciste britannique Gerry Gable, qui témoigne le visage dissimulé. Même chose pour un couple d’anciens collaborateurs d’Expo : en 1999, une bombe placée sous leur voiture a explosé, blessant grièvement l’homme. Leur fils de 8 ans s’en est sorti miraculeusement avec quelques égratignures.
« Il avait une boussole morale très claire et la suivait. » Henrik Georgsson, réalisateur
Le documentaire raconte les menaces de l’extrême droite, les coups de fil anonymes, les munitions envoyées par la poste… Stieg Larsson devient un expert en sécurité. Il achète un manuel qui explique comment ouvrir un colis piégé, sans qu’il explose, et demande à ses collègues de cacher une batte de base-ball dans le hall d’entrée de leur appartement… Divisés et sans moyens financiers, les groupuscules d’extrême droite sont considérés en Suède, dans les années 1980, comme une aberration appelée à disparaître. Le réalisateur Henrik Georgsson confie sa fascination pour la « persistance » de Stieg Larsson qui, contre vents et marées, s’obstine : « Il avait une boussole morale très claire et la suivait. »
Lire aussi : Un prix Stieg-Larsson pour se rappeler l’activiste plus que l’écrivain 
En 1995, année de la création d’Expo, qui reste aujourd’hui le principal observatoire de l’extrême droite en Suède, les néo-nazis commettent sept meurtres dans le pays. La même année, Jimmie Åkesson, alors âgé de 16 ans et aujourd’hui patron de l’extrême droite suédoise, rejoint SD. Créé sept ans plus tôt, le parti tente depuis de rompre avec ses racines dans la mouvance néo-nazie. Expo continue de démontrer régulièrement les liens troubles entre les deux. Plus que Millénium, c’est là l’héritage de Stieg Larsson. L’homme qui aimait jouer avec le feu sera diffusé en début d’année prochaine à la télévision suédoise, en plusieurs épisodes.



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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-9"> ¤ A l’occasion de la sortie de « Bohemian Rhapsody », retour sur la fortune de ce qui est devenu un genre à part entière, le « biopic ».
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Vie et mort des étoiles : le rock en dix biopics

A l’occasion de la sortie de « Bohemian Rhapsody », retour sur la fortune de ce qui est devenu un genre à part entière, le « biopic ».



LE MONDE
 |    01.11.2018 à 08h31
 • Mis à jour le
02.11.2018 à 17h12
    |

                            Thomas Sotinel








                        



   


Le portrait de Freddie Mercury que met en scène Bryan Singer dans Bohemian Rhapsody est aussi fidèle aux règles de la biographie filmée (« biopic » en langue hollywoodienne) qu’il est infidèle à l’histoire du chanteur de Queen. Mais, depuis l’accident d’avion qui coûta la vie à Buddy Holly, 23 ans, et Richie Valens, 17 ans, les destinées fulgurantes des stars du rock’n’roll se prêtent aux manipulations qui font les légendes. Il a fallu attendre 1978 et The Buddy Holly Story pour que le cinéma s’empare de cette mythologie sous la forme du « biopic ». Depuis, d’Elvis Presley à NWA, ces histoires réécrites ou réinventées, par les studios hollywoodiens ou les auteurs, sont légion. En voici dix, parmi les meilleures (et, non, l’absence de The Doors, d’Oliver Stone, n’est pas un oubli).

        Lire la critique de « Bohemian Rhapsody » :
         

          Freddie Mercury au bord de la canonisation



1) « I’m Not There » : Bob Dylan, par Todd Haynes (2007)

Le plus beau des films consacrés aux idoles du rock ne ressemble pas aux autres. Pour incarner Bob Dylan, artiste qui compte plus d’avatars qu’une divinité majeure du panthéon hindou, Todd Haynes a mobilisé six acteurs, dont Cate Blanchett. L’Australienne donne du Dylan rock des années 1960 une image électrique, pendant que Christian Bale, Richard Gere ou Ben Whishaw explorent, sous la houlette inspirée de Todd Haynes, les highways qu’a parcourues Dylan en un demi-siècle, les jalonnant de chefs-d’œuvre. La bande originale du film, organisée autour du groupe Calexico, reste l’une des plus belles qu’ait connue le cinéma rock.
2) « Elvis: The Movie » : Elvis Presley, par John Carpenter (1979)

La légende d’un éternel Elvis (on l’aurait vu dans un supermarché) n’était pas encore née que John Carpenter réalisait pour la télévision américaine cette biographie étonnamment brute, honnête. Kurt Russell (qui avait fait ses débuts au cinéma, encore enfant, aux côtés du King dans Blondes, brunes ou rousses), compose un Elvis dionysiaque, qui résiste de toutes ses forces aux puissances qui veulent l’entraîner vers la banalité. Carpenter montre un côté élégiaque qu’on ne lui connaît que rarement quand il évoque l’enfance misérable du chanteur. Le travail sur la bande-son (Rodney Crowell double Russell) est remarquable, contribuant à faire de ce long-métrage une cérémonie magique qui réaffirme la suzeraineté d’Elvis Presley.
3) « This Is Spinal Tap » : Spinal Tap, par Rob Reiner (1984)

Cette biographie imaginaire d’un groupe pop britannique devenu formation de hard rock a généré sa propre réalité. Spinal Tap, le quatuor inventé par Christopher Guest (l’acteur) et Rob Reiner, réalisateur, a joué dans les stades, enregistré des albums. Surtout, le film a fixé le canon d’un genre naissant. Après la sortie de This Is Spinal Tap, il est devenu impossible de filmer des musiciens parcourant les couloirs d’un stade pour jaillir sur scène, ou une fête d’après-concert, sans risquer le ridicule. Ceux qui ont enfreint ces règles (Oliver Stone, Bryan Singer…) ont déclenché des ricanements qui étaient l’écho des franches rigolades qui ont accueilli Spinal Tap à sa première apparition.
4) « Love & Mercy » : Brian Wilson, par Bill Pohlad (2014)

D’où vient la musique qui fait les stars ? Cette question, généralement éludée dans les biographies filmées, est au centre de Love & Mercy, diptyque dédié à Brian Wilson. Le compositeur, parolier, arrangeur, bassiste et chanteur des Beach Boys est d’abord incarné par Paul Dano qui est ensuite remplacé par John Cusack. C’est que quelque part entre la banlieue de Los Angeles où vivait la famille Wilson et les studios où il enregistrait chef-d’œuvre sur chef-d’œuvre, Brian Wilson a laissé sa raison. Avec beaucoup de délicatesse, le producteur Bill Pohlad et le scénariste Oren Moverman accompagnent le musicien, tentant au long de belles séquences d’enregistrement de saisir le moment où l’ineffable devient un instant de musique inoubliable.
5) « Straight Outta Compton » : NWA, par F. Gary Gray (2015)

Les inventeurs du gangsta rap méritaient sans doute plus que les autres le traitement hollywoodien. Après tout, South Central n’est qu’à quelques miles de Beverly Hills. L’émergence d’Ice Cube (interprété par son propre rejeton, O’Shea Jackson Jr), Dr Dre (Corey Hawkins) et Eazy E (Jason Mitchell) prend la forme d’une légende américaine, de la pauvreté à la richesse, de l’obscurité à la gloire. A cela près que les menaces qui pèsent sur nos héros ne sont pas celles qui entravaient Elvis Presley ou les héros de la contre-culture des années 1960. F. Gary Gray met en scène la pression policière, le racisme, la violence intérieure du ghetto. Sans lésiner sur les effets, il montre aussi comment cette vie violente nourrit la musique.
6) « Control » : Joy Division et Ian Curtis, par Anton Corbijn (2007)

L’un des premiers groupes que photographia le Néerlandais Anton Corbijn à son arrivée dans l’anarchique Royaume Uni, en 1979, fut un quatuor de Manchester, Joy Division. Pour devenir cinéaste, celui qui avait été le portraitiste des ultimes superstars du rock (U2, Depeche Mode) a puisé dans ce souvenir. Ressuscitant Ian Curtis, le chanteur, suicidé en 1980, évoquant l’atmosphère à la fois étouffante et exaltante du pays en ces premières années Thatcher, Corbijn a fait mieux que réussir un premier film. Il donne à un personnage au parcours météorique toute la place qu’il mérite, à la fois par sa singularité terrifiante et par son influence sur les musiques advenues après son extinction.
7) « Ray » : Ray Charles, par Taylor Hackford (2004)

Sans doute parce que Taylor Hackford est un vieux routier de la musique en images (une quantité impressionnante de vidéos, le film de concert Hail Hail Rock’n’roll, avec Chuck Berry), Ray reste le meilleur exemple de biographie classique consacrée à une figure majeure du rock’n’roll (et – surtout – du rhythm’n’blues). Jamie Foxx met toute son énergie à disparaître derrière la figure historique du Genius ; Hackford reconstitue minutieusement l’industrie musicale du début des années 1960, après avoir évoqué sur le mode du mélodrame l’enfance sudiste de l’artiste ; les pistes vocales de Ray Charles sont ornées d’arrangements contemporains qui reproduisent presque exactement les originaux. Sorti presque en même temps que Walk The Line, vie de Johnny Cash par James Mangold, Ray s’en distingue par ce souci de vérité musicale. Les deux films partagent une approche en apparence honnête mais au fond lénifiante des démons qui ont hanté la vie de leurs sujets.
8) « The Buddy Holly Story » : Buddy Holly, par Steve Rash (1978)

A la sortie (triomphale) de ce premier biopic rock, il s’était écoulé à peine vingt ans depuis la mort de Buddy Holly et nombre d’artistes, dont Linda Ronstadt, continuaient de faire grimper ses chansons en haut des hit-parades. Cette première tentative tenait compte des enjeux économiques (valoriser le catalogue musical, vendre des disques) : réalisé sous le contrôle de la veuve du musicien, le film de Steve Rash (le premier du cinéaste qui ne fit pas une grande carrière) s’en tient à une vision élémentaire mais vigoureuse de l’émergence du rock’n’roll dans une société ultra-conservatrice. Gary Busey, qui n’était pas encore la vedette éphémère qu’il fut, et encore moins le bouffon extravagant qu’il est devenu, joue lui-même de la Telecaster et chante, avec la gaucherie charmante qui était celle de Buddy Holly.
9) « Sid et Nancy » : Sid Vicious, par Alex Cox (1986)

Il y a de beaux documentaires sur le punk londonien des années 1970 (de Julien Temple, Lech Kowalski sur les Sex Pistols, ou le Rude Boy, de Jack Hazan et David Mingay sur les Clash) mais les stars de l’époque n’ont guère inspiré les cinéastes. A part Sid Vicious, bassiste des Pistols, amant et assassin de Nancy Spungen, mort d’une surdose d’héroïne en 1979. Alex Cox, jeune cinéaste, auréolé d’un premier succès (Repo Man), a cherché la voie entre le picaresque et le sordide, la démesure et le pathétique. Il l’a presque trouvée grâce à un acteur dont la gloire commençait à poindre. Aujourd’hui, Gary Oldman joue Churchill, et il faut voir Sid et Nancy pour croire que ce comédien imposant fut imprévisible, choquant – une espèce de taser cinématographique. A ses côtés, Chloe Webb donne à Nancy Spungen, personnage ingrat s’il en fut, un peu d’humanité. Courtney Love fait une apparition dans un petit rôle.
10) « Backbeat » : les Beatles, par Ian Softley (1994)

Backbeat est loin d’être un chef-d’œuvre, mais ce récit des années de formation des Beatles, entre Liverpool et Hambourg, peut compter sur l’interprétation d’Ian Hart, impressionnant en jeune John Lennon (un exploit qu’Aaron Taylor-Johnson ne réussira pas à rééditer dans Nowhere Boy, qui raconte l’adolescence de Lennon) et sur une bande sonore qui tourne le dos à la reconstitution historique. Un supergroupe surgi de la scène grunge et assimilée (Dave Grohl, Greg Dulli, Thurston Moore, Mike Mills) interprète les standards du rock sur lesquels se font les dents les cinq de Liverpool (ne pas oublier Stu Sutcliffe, que joue Stephen Dorff) avec une rage réjouissante, qui dope les séquences musicales.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-10"> ¤ Pierre Salvadori filme une comédie loufoque où une veuve tente de réparer les méfaits de son défunt mari ripoux.
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Article sélectionné dans La Matinale du 31/10/2018
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« En liberté ! » : fantaisie policière par-delà la mort

Pierre Salvadori filme une comédie loufoque où une veuve tente de réparer les méfaits de son défunt mari ripoux.



LE MONDE
 |    31.10.2018 à 07h16
 • Mis à jour le
01.11.2018 à 07h58
    |

            Jacques Mandelbaum








                        



   


L’avis du « Monde » – à voir
A 53 ans, Pierre Salvadori a construit en neuf longs-métrages un univers bien à lui. Soutenu fidèlement, depuis ses débuts, en 1993, par la société de production Pelléas, notre homme écrit des comédies instables, où le goût pour la fantaisie et le dérapage loufoque se taillent la part du lion. Un fond assez sombre n’en enrobe pas moins la fable, dans laquelle souvent un personnage doit apprendre à revenir à la vie après une mort (réelle ou symbolique) qui l’atteint au plus près. Deux tueurs à gages dans Cible émouvante (1993). Un suicidé dans Après vous (2003). Une veuve dans De vrais mensonges (2010). Un retiré de la vie pour Dans la cour (2014). La mort a, comme en écho, frappé deux de ses plus fidèles comédiens, Marie Trintignant et Guillaume Depardieu.

        Lire le portrait :
         

          Pierre Salvadori, cinéaste de la gratuité



L’œuvre affirme ainsi un goût du gouffre qui voisine avec une légèreté joueuse et joyeuse. On voit bien où cet admirateur avéré de la « screwball comedy » (Lubitsch, Capra, La Cava, Hawks en certains points de leur filmographie, et par excellence Preston Sturges) puise son inspiration, tâchant autant que faire se peut de l’adapter au contexte français contemporain. Louable défi, délicieux quand il réussit, par ailleurs non dénué de risques. Mais que serait la vie, et que serait l’art, sans le risque ? C’est aussi bien au sein d’un même film que se ressentent ces variations salvadoriennes.

   


Sur les ailes de la fantaisie
Autant de caractéristiques que l’on retrouve dans En liberté !, qui accuse une certaine pesanteur au démarrage, avant de s’envoler sur les ailes de la fantaisie. Yvonne Santi (Adèle Haenel), inspectrice de police, vient de perdre son mari, Jean (Vincent Elbaz, capitaine dans la même maison), mort au champ d’honneur d’une mission périlleuse. L’histoire commence réellement avec la révélation, plus que désagréable, que son mari adoré était un ripoux de la plus belle espèce. Nonobstant la place Jean-Santi inaugurée sans éclat en mémoire du défunt, c’est bien ce double mensonge, intime et institutionnel, que révèle, encore une fois, la mort d’un personnage chez Salvadori, qui n’aime rien tant que lui opposer le « mensonge vrai » de la fiction comme reconquête de la vie.

        Lire le portrait dans « M » :
         

          Adèle Haenel, le jeu sacré



La belle endeuillée, sur le coup effondrée, va donc s’employer à digérer la nouvelle, c’est-à-dire à la délivrer de son poison et à la redistribuer dans le cours, plus ou moins ordinaire, plutôt moins pour tout dire, de sa vie. Le metteur en scène lui assigne cette mission sur trois plans parallèles. Le premier, et non le moindre, est le récit qu’elle doit désormais proposer à son jeune fils, élevé jusqu’alors dans l’admiration d’un père irréprochable et héroïque.

        Lire la critique parue lors du Festival de Cannes :
         

          « En liberté ! », le burlesque macabre et doux de Pierre Salvadori



Le réalisateur a ici la bonne idée de s’inspirer du procédé adopté par Philippe de Broca dans Le Magnifique (1973), consistant à injecter régulièrement une séquence imaginaire entretenant des liens diffus avec la réalité dans le cours du film, l’écrivain miteux interprété par Jean-Paul Belmondo se projetant régulièrement en super-héros de son propre récit. Transposé ici en une histoire racontée à un enfant pour qu’il s’endorme, c’est à chaque fois la même action, celle d’une intervention violente de la police, le capitaine Santi en tête, dans un appartement tenu par d’immondes voyous, mais modulée selon l’état d’esprit de la mère. Cette légende autour du père magnifié, qui arrive toujours dans le cours du film sans crier gare, en voit ainsi de toutes les couleurs.
Le triangle amoureux
Le deuxième plan de la réaffectation vitale de l’encombrant défunt passe par une tentative de réparation posthume. En l’espèce, la libération d’un innocent, délibérément mis sous les verrous par le capitaine Santi pour sauver ses ­arrières. Le type s’appelle Antoine (Pio Marmaï), son séjour derrière les barreaux l’a secoué au point qu’il est devenu dangereusement borderline, sa femme, Agnès (Audrey Tautou), le laisse d’ailleurs pour ainsi dire aussi indifférent que son propre sort, car il ne rêve plus que de commettre le braquage dont il a été injustement accusé. Il reste à Yvonne de tenter de l’accompagner dans sa difficile réinsertion, après l’avoir abordé sans lui avouer ni sa véritable profession ni les véritables raisons qui l’ont amenée à lui.

        Lire la rencontre (au Festival de Cannes) :
         

          Adèle Haenel et Pio Marmaï, en électrons libres




   


Au troisième plan de la valse, le triangle amoureux. Dévouée à sa tentative de réparation d’Antoine au point de verser dans une proximité épidermique, Yvonne doit également rendre des comptes à ses propres sentiments à l’égard de Louis (Damien Bonnard), ­ex-collègue et ami aux mains propres de son mari, qui la réconforte dans son veuvage et la vénère secrètement depuis toujours. Yvonne est partagée entre ces deux amants comme on pourrait l’être vis-à-vis de ce à quoi l’on se doit et de ce à quoi l’on croit.

        Lire le portrait :
         

          Damien Bonnard, silhouette à suivre



Sur la carlingue de cette intrigue chargée, mille scènes et détails insolites dessinent un décor en apesanteur. Un braquage surréaliste en forme de scène de ménage en costumes donjon. Des vigiles qui y assistent fascinés sur leur écran de télésurveillance. Un running gag de serial killer qui implore ­vainement les flics de l’arrêter. Une magnifique balade en train fantôme qui transfigure la carte de Tendre. Un policier fou amoureux qui accueille les déclarations d’homicides avec la banane. Il s’agit ici, on l’aura compris, de tout détourner de sa route pour mieux retrouver le vrai chemin, celui qui mène à l’imagination et nous soulage du poids insupportable que pèse le réel.

Film français de Pierre Salvadori. Avec Adèle Haenel, Pio Marmaï, Damien Bonnard, Vincent Elbaz, Audrey Tautou (1 h 47). Sur le Web : distribution.memento-films.com/film/infos/92

Les sorties cinéma de la semaine (mercredi 31 octobre)
En liberté !, film français de Pierre Salvadori (à voir)Le Grand Bal, documentaire français de Laetitia Carton (à voir)Les Habilleuses, documentaire français de Jean-Louis Mahé et Gill Sgambato (à voir)Sophia Antipolis, film français de Virgil Vernier (à voir)Ta mort en short(s), six courts-métrages d’animation français (à voir)Bohemian Rhapsody, film américain de Bryan Singer (pourquoi pas)Touch Me Not, film français, allemand, roumain, tchèque et bulgare d’Adina Pintilie (on peut éviter)
A l’affiche également :
Chacun pour tous, film français de Vianney LebasqueLettre à Inger, documentaire français de Maria Lucia CastrillonOn l’appelait Roda, documentaire français de Charlotte SilveraParadise Beach, film français de Xavier DurringerSeule la vie…, film américain de Dan FogelmanSilvio et les autres, film italien de Paolo Sorrentino





                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-11"> ¤ L’acteur caméléon, qui joue dans « En liberté ! », de Pierre Salvadori, puise dans sa vie d’errance la matière de ses rôles.
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Cinéma : Damien Bonnard, silhouette à suivre

L’acteur caméléon, qui joue dans « En liberté ! », de Pierre Salvadori, puise dans sa vie d’errance la matière de ses rôles.



LE MONDE
 |    31.10.2018 à 07h14
 • Mis à jour le
01.11.2018 à 08h29
    |

            Laurent Carpentier








                        



                                


                            

Le rôle de Damien Bonnard dans En liberté !, de Pierre Salvadori, qui incarne le collègue amoureux de l’héroïne du film, est à l’image de sa carrière. Au début, on se dit : « Tiens, un second rôle », et puis petit à petit le personnage déborde, prend de l’épaisseur, pour finir par envahir l’écran. Figurant puis silhouette, puis silhouette parlante, puis petits rôles (chez Bouchareb, chez Blier)… On a découvert ­Damien Bonnard en 2016, dans Rester vertical, d’Alain Guiraudie. Un jeune premier de 38 ans, nommé espoir du cinéma aux Césars pour une histoire d’errance, qui, on va le découvrir, lui ressemble. Depuis, c’est en route pour la gloire. Lui, l’insoumis né dans une famille d’insoumis, regarde ça avec un sourire incrédule : « Je crois que j’ai enfin trouvé avec le cinéma un endroit où rester. »

Il cite Degas : « A partir de 40 ans, on a la gueule que l’on mérite. » Et s’inquiète : « Tu as bien compris que moi c’est un peu un puzzle ? » Dans quelque sens qu’il la regarde, sa famille est un bordel sans nom. Côté paternel, l’ancêtre était forain, alcoolo, avec des histoires à tire-larigot. Le père, en froid, a quitté les chaînes de Renault à Flins pour le bûcheronnage en ­Savoie, a été successivement apiculteur, menuisier, tout… Côté maternel, une grand-mère anarchiste (« A 83 ans, elle continuait de fréquenter un stand de tir »), un grand-père italien, artiste, souffleur de verre. Tout ça qui se croise et lui donne vie dans le creuset révolutionnaire : la communauté de la Monta (1973-1983) à Saint-Egrève, près de Grenoble.
Damien Bonnard, acteur : « Je crois que j’ai enfin trouvé avec le cinéma un endroit où rester »
Le couple rebelle et leurs deux rejetons s’installent en Saône-et-Loire. Télé en noir et blanc. Léo Ferré en bande-son (« Les Amants tristes ou C’est Extra, suivant que tu as envie de plonger ou de remonter »). Livres de Topor....




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-12"> ¤ Le réalisateur Virgil Vernier sonde les vies solitaires de ce « non-lieu ».
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« Sophia Antipolis » : plongée dans le vide sidéral du technopôle

Le réalisateur Virgil Vernier sonde les vies solitaires de ce « non-lieu ».



LE MONDE
 |    31.10.2018 à 07h13
 • Mis à jour le
31.10.2018 à 10h07
    |

                            Mathieu Macheret








                        



   


L’avis du « Monde » – à voir
Bien loin des tentatives de « cinéma de genre » à la française qui se contentent souvent de recopier les recettes américaines, les films de Virgil Vernier, 42 ans, sont parmi les plus inquiétants, troubles, sombres et chargés d’effroi du paysage hexagonal. Sans doute parce qu’ils s’attachent précisément à ce paysage, dont ils auscultent les interstices, les failles, les renflements, dans leur étrangeté propre et leur part d’ombre. Dans la continuité d’Andorre (2014), sur les simulacres commerciaux de la principauté pyrénéenne, et de Mercuriales (2014), qui gravitait dans l’orbite des tours de la porte de Bagnolet, Sophia Antipolis sonde les surfaces vitrifiées du fameux technopôle des Alpes-Maritimes et se présente comme une nouvelle variation sur l’idée de « non-lieu », ces zones indéfinies et acculturées du territoire qui répondent à d’autres logiques et à d’autres proportions que celles de l’existence humaine.

        Lire l’entretien avec Virgil Vernier :
         

          « Filmer une Côte d’Azur vue du côté du périphérique et du local poubelle »



Sauf qu’ici le non-lieu ne constitue plus seulement un motif, mais le sujet même du film. Sophia Antipolis tourne, en effet, autour d’un cadavre carbonisé, celui d’une jeune fille, retrouvé dans des bureaux vides, drame dont les circonstances resteront floues jusqu’au bout. Compte moins ici l’élucidation de ce fait divers, centre aveugle et béance du récit, que le climat d’effroi qu’il recouvre, la violence latente qui l’entoure et la trame qui le ­relie à un petit groupe de personnages, apparemment sans rapports, mais qui ont tous en commun de vivre dans le même ­périmètre.
Au fil des rencontres et des croisements
On circule ainsi entre une clinique esthétique où de très jeunes femmes viennent se faire refaire la poitrine, comme si leur vie en dépendait, une secte néomystique qui se prépare à la chute de la civilisation et recrute de nouveaux membres en faisant du porte-à-porte, et une milice d’autodéfense, qui prétend se substituer au recul des forces de l’ordre et se lance dans de redoutables opérations punitives.
Des personnages s’en détachent et nous entraînent, au fil des rencontres et des croisements, dans chacun de ces groupes, par une contamination hasardeuse de solitudes diverses qui définit, en elle-même, la progression du récit.
Une veuve d’origine vietnamienne prisonnière de son inactivité, une mère de famille dont l’une des filles s’est évadée du foyer, un ancien matelot de la marine nationale reconverti en agent de sécurité, son collègue repenti d’un passé de délinquant, une adolescente solitaire marchant sur les traces d’une amie disparue…
Jadis pointe d’une modernité qui paraît aujourd’hui révolue (le rêve urbaniste des années 1960), le lieu concentre tous les maux et angoisses contemporains
Des personnages qui ont tous en partage des gouffres affectifs, du manque, de l’absence, du vide, de l’ennui, de l’attente, de la négativité ; en somme une forme d’indéfinition et de perméabilité qui semblent dessiner les contours d’une condition postmoderne. Impression trouble redoublée par la mise en scène, mélange indémêlable de documentaire et de fiction, quête hybride de naturel et de distanciation, où des situations réelles sont recomposées et rejouées par des acteurs non professionnels.
Ce que le film poursuit, à travers ces situations, c’est un sentiment sourd et presque engourdi de fin du monde, qui recouvre au moins deux sens. D’abord, le sens historique d’un essoufflement civilisationnel, puisque chacun se prépare au pire ou ressent l’imminence d’une catastrophe.
Mais aussi un sens topographique : Sophia Antipolis, de par son urbanité déshumanisée, son architecture glaciale et son côté « en toc », est l’endroit où le sens commun, la collectivité, tout ce qui faisait du monde une expérience partageable, s’arrête brutalement, n’a soudainement plus cours. Jadis pointe d’une modernité qui paraît aujourd’hui révolue (le rêve urbaniste des années 1960), le lieu concentre tous les maux et angoisses contemporains : isolement, repli, paranoïa, division des êtres, glaciation des échanges, menace diffuse… Le règne du faux, le songe monstrueux d’une ville complètement lisse, les bouffées violentes d’un inévitable refoulé social ont poussé l’humanité dans ses ultimes retranchements, que circonscrit avec une panique froide, unique en son genre, la caméra de Virgil Vernier.



Film français de Virgil Vernier. Avec Dewi Kunetz, Hugues Njiba-Mukuna, Lilith Grasmug (1 h 38). Sur le Web : www.shellac-altern.org/films/502

Les sorties cinéma de la semaine (mercredi 31 octobre)
En liberté !, film français de Pierre Salvadori (à voir)Le Grand Bal, documentaire français de Laetitia Carton (à voir)Les Habilleuses, documentaire français de Jean-Louis Mahé et Gill Sgambato (à voir)Sophia Antipolis, film français de Virgil Vernier (à voir)Ta mort en short(s), six courts-métrages d’animation français (à voir)Bohemian Rhapsody, film américain de Bryan Singer (pourquoi pas)Touch Me Not, film français, allemand, roumain, tchèque et bulgare d’Adina Pintilie (on peut éviter)
A l’affiche également :
Chacun pour tous, film français de Vianney LebasqueLettre à Inger, documentaire français de Maria Lucia CastrillonOn l’appelait Roda, documentaire français de Charlotte SilveraParadise Beach, film français de Xavier DurringerSeule la vie…, film américain de Dan FogelmanSilvio et les autres, film italien de Paolo Sorrentino





                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-13"> ¤ Le réalisateur de « Sophia Antipolis » aime à s’ancrer dans des territoires pour faire surgir l’étrangeté à partir du réel.
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Virgil Vernier, cinéaste : « Filmer une Côte d’Azur vue du côté du périphérique et du local poubelle »

Le réalisateur de « Sophia Antipolis » aime à s’ancrer dans des territoires pour faire surgir l’étrangeté à partir du réel.



LE MONDE
 |    31.10.2018 à 07h12
 • Mis à jour le
31.10.2018 à 07h13
    |

            Clarisse Fabre








                        



                                


                            

Auteur d’une douzaine de films, le réalisateur, âgé de 42 ans, veut peindre les anonymes en héros d’une société désenchantée.

Souvent vos films ont pour titre un territoire, pour quelle raison ?
Il n’y a là rien de programmatique, mais j’ai toujours en tête cette phrase de Christian Boltanski, qui était mon professeur quand j’étudiais aux Beaux-Arts de Paris : « Filme ton village, et tu raconteras le monde. » Trouvons l’imaginaire américain tel qu’il se déploie à Cannes ou à Antibes. Parce qu’il est plus intéressant de montrer que notre monde est un simulacre d’autre chose. Les lieux m’intéressent en tant que métaphore du monde : en se concentrant sur une boîte de nuit et son physionomiste, on peut raconter l’esprit de Paris en 2010.
Qu’est-ce qui vous a attiré à Sophia Antipolis ?
Ce territoire est relié à mon enfance, j’y passais mes vacances chez ma grand-mère. Quand elle conduisait sur l’autoroute, je voyais la direction « Sophia Antipolis », et j’imaginais des petits êtres de la mythologie qui vivaient dans le futur. De fait, la technopôle incarne le rêve capitaliste, l’homme de demain… Mais ce dépliant fait peur car tout le monde a l’air d’un robot : spatialement, ce territoire de bureaux n’est pas conçu pour les humains – on n’y trouve aucun piéton – mais seulement pour les flux. J’ai voulu filmer une Côte d’Azur que l’on montre peu au cinéma, c’est-à-dire vue du côté du périphérique et du local de poubelle.
Vous vous documentez beaucoup avant de tourner…
Oui, la vie réelle est suffisamment riche, absurde, surréaliste, pour qu’un travail sérieux de captation puisse nous faire basculer dans un film fantastique, un film d’horreur, ou le psychédélisme. Un exemple : dans cette région du Sud, entre Nice et Cannes, il y a des filles moins pudiques qu’à Paris, qui montrent davantage leurs attributs sexuels. Et il y a une demande de chirurgie...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-14"> ¤ La documentariste Laetitia Carton a filmé la passion des participants au Grand Bal de l’Europe, dans l’Allier.
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« Le Grand Bal » : le langage amoureux de la danse

La documentariste Laetitia Carton a filmé la passion des participants au Grand Bal de l’Europe, dans l’Allier.



LE MONDE
 |    31.10.2018 à 07h09
 • Mis à jour le
31.10.2018 à 07h10
    |

                            Murielle Joudet








                        



   


L’avis du « Monde » – à voir
Il faut remonter loin dans le temps pour observer le phénomène de « manie dansante » : cette folie collective s’est manifestée plusieurs fois entre le XIVe et le XVIIIe siècle, et consiste en une irrépressible danse qui s’empare des corps qui n’ont alors pas d’autre choix que de s’y adonner jusqu’à s’écrouler. L’épisode le plus documenté de ce phénomène surnaturel, alors attribué au diable, est connu sous le nom de « l’épidémie dansante de 1518 ». Les possédés mouraient alors d’épuisement ou de crise cardiaque.
Cette épidémie, on ne peut qu’y penser devant les beaux danseurs fous du Grand Bal, de Laetitia Carton, bien qu’une issue bien plus heureuse leur soit réservée. La documentariste pose sa caméra au Grand Bal de l’Europe, festival de danse traditionnelle qui, depuis 1990, a lieu chaque année dans le village de Gennetines, dans l’Allier. Là, pendant deux semaines, les organisateurs installent plusieurs parquets qui accueillent des milliers de danseurs et des centaines de groupes venus de toute l’Europe. La journée, les festivaliers ­apprennent des danses traditionnelles aux noms évocateurs : pizzica, bourrée, mazurka, congo des Landes, gavotte de l’Aven. Le soir est réservé à la pratique, les élèves de tous niveaux se retrouvent pour danser toute la nuit. Quant au repos, les plus valeureux grappillent quelques heures de sommeil au petit matin.
Le point de vue est moins celui de l’œil que celui d’un corps qui frémit, s’impatiente de rejoindre la piste de danse
Car Le Grand Bal est, d’un même mouvement, affaire de transe et de fatigue, et l’un ne semble pas possible sans l’autre. C’est du moins ce que capte Laetitia Carton, qui filme Le Grand Bal non pas comme une observatrice extérieure, mais comme une cinéaste qui a d’abord été contaminée par la manie dansante, avant de décider d’en faire un documentaire. Le point de vue est moins celui de l’œil que celui d’un corps qui frémit, s’impatiente de rejoindre la piste de danse. Voilà pourquoi la cinéaste choisit le plus souvent de fixer sa caméra au milieu du parquet et des danseurs : pour nous faire participer, pour qu’on sente les corps nous frôler depuis notre siège.
Très vite, on comprend que les festivaliers viennent chercher ce que la société n’offre pas : assouvir leur soif d’être touché et de toucher, l’invitation à danser d’un inconnu qui peut être indifféremment homme ou femme, jeune ou vieux, une joie collective qui se passe de mots, et, comme le dit bien Laetitia Carton en voix off, le sentiment d’un abandon, d’une déprise de soi.
Une grande sensualité
Les images sont éloquentes, car tout se lit à la surface des corps : l’euphorie, l’épuisement, le désir. Une grande sensualité se dégage d’ailleurs du Grand Bal, si bien que, même s’il n’est jamais évoqué frontalement, le désir règne en maître sur le festival. Ainsi des conversations entre participants : quand ils ne sont pas sur les parquets, ils évoquent entre eux les danses passées et à venir, leurs hésitations, leurs frustrations de ne pas être invités par des danseurs expérimentés. On pourrait croire qu’ils parlent de rapports amoureux dans un langage codé.
Parenthèse enchantée, Le Grand Bal de l’Europe est aussi un microcosme qui a ses règles, s’autorégule et se fait parfois le miroir de notre société
Parenthèse enchantée, Le Grand Bal de l’Europe est aussi un microcosme qui a ses règles, s’autorégule et se fait parfois le miroir de notre société. Une scène du film capte un atelier de paroles où l’on évoque les comportements déplacés de certains hommes qui profitent du rapprochement pour faire des attouchements à leurs partenaires. Une femme d’un certain âge déplore le fait que des hommes âgés qui pourraient être ses partenaires invitent surtout à danser des filles bien plus jeunes qu’eux. Un jeune homme intervient pour dire qu’il invite volontiers des femmes plus âgées que lui à danser et qu’il n’est pas le seul.
La scène s’interrompt sur cette intervention qui laisse penser que Le Grand Bal est une utopie où le désir peut enfin se déprendre de ses habituelles restrictions physiques ou sociales. C’est une évidente énergie sexuelle qui se dépense dans les bals, un grand désir qui circule entre les corps sans jamais se fixer, dans un immense mouvement démocratique d’où personne n’est exclu.

Documentaire français de Laetitia Carton (1 h 29). Sur le Web : distrib.pyramidefilms.com/pyramide-distribution-catalogue/le-grand-bal.html



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-15"> ¤ Quinze ans après son brûlot anti-Bush, le cinéaste fait un truculent retour sur la scène politique américaine avec un documentaire diffusé en VOD.
<filname="PROF-0,2-3476,1-0,0-15"> ¤                     
                                                

« Fahrenheit 11/9 » : Donald Trump dans le viseur de Michael Moore

Quinze ans après son brûlot anti-Bush, le cinéaste fait un truculent retour sur la scène politique américaine avec un documentaire diffusé en VOD.



LE MONDE
 |    31.10.2018 à 07h08
 • Mis à jour le
01.11.2018 à 15h09
    |

            Jacques Mandelbaum








                        



   


Retour du truculent Michael Moore sur le devant de la scène politique américaine. Jamais meilleur qu’en ces circonstances. Jamais pire non plus. On connaît l’oiseau de longue date, et il n’a rien changé à son chant de merle moqueur. Soit un cinéaste qui s’engage corps et biens dans ses films : du punch, de l’humour vache, des vérités qui font mal, l’incarnation, rare, d’une gauche américaine rendue inopérante par le système électoral. D’un autre côté, des facilités, des raccourcis, un récit maître qui ne tolère ni le doute ni l’incertitude, soit autant d’obstacles à une définition souhaitable du cinéma documentaire.
Quatorze ans après le colossal succès et la Palme d’or de Fahrenheit 9/11, brûlot anti-Bush réalisé dans le sillage des attentats du 11 septembre 2001 et avant l’élection présidentielle de 2004, Michael Moore inverse malicieusement les chiffres et repasse le couvert. Fahrenheit 11/9 prend cette fois pour cible Donald Trump, élu le 9 novembre 2016. De même, le film sort avant une échéance importante, celle des élections de mi-mandat, qui renouvelleront le Congrès américain le 6 novembre. Son propos est limpide, et sa démonstration dialectique.

        Lire le récit :
         

          A Toronto, Michael Moore célèbre la résistance à Donald Trump



Comment Donald Trump a-t-il réussi à se faire élire par le peuple américain ? Voilà la question posée dans le film. Le réalisateur, qui l’avait prédit plus tôt que tout le monde, y répond par un large faisceau d’arguments. Le secret du président consiste d’abord à exprimer publiquement, et avec fierté, l’abjection de ses opinions et de ses actes. Il n’a jamais été pris au sérieux par ses adversaires, Hillary Clinton en tête. La presse l’a vu comme une aubaine avant de comprendre sa douleur. Les élites démocrates se sont tiré une balle dans le pied en évinçant l’alternative d’une gauche représentée par Bernie Sanders. Par ailleurs, il semble manifester des pulsions incestueuses à l’égard de sa fille et pourrait soutenir la comparaison avec l’ascension d’Adolf Hitler dans l’Allemagne de Weimar.
Insuccès aux Etats-Unis
Des choses à prendre et à laisser, comme on le voit. Toute une partie du film, qui n’est pas la moins intéressante, renoue par ailleurs avec l’enquête de terrain qui permet de mieux comprendre le délitement de la société américaine et par extension les raisons de ce vote. Le stupéfiant scandale de l’eau contaminée à Flint, fort mal géré par le président Obama. Ou encore le mouvement anti-armes des lycéens de Parkland, victimes d’un énième attentat meurtrier en février, dénonçant la soumission des politiques au lobby des armes.
Un film totalement moorien au final, vigoureux et irritant, faiseur et citoyen, trash et intuitif, ne s’encombrant guère de souci esthétique
Film totalement moorien au final, vigoureux et irritant, faiseur et citoyen, trash et intuitif, ne s’encombrant guère de souci esthétique. Or le film n’a pas marché aux Etats-Unis. Sorti le 21 septembre dans 1 700 salles, il n’a rapporté que 3 millions de dollars (2,6 millions d’euros) le week-end de sa sortie, très loin des 23 millions de recettes encaissées sur la même période en 2004 par Fahrenheit 9/11, par ailleurs succès mondial. Les commentateurs américains avancent pour expliquer cet insuccès plusieurs arguments. La saturation médiatique de Donald Trump. L’attaque du camp démocrate qui aurait fait perdre au cinéaste une partie de son public. L’érosion enfin de sa stature, à une époque où l’activisme se diffuse par d’autres voies que le cinéma et d’autres figures que la sienne.
En tout état de cause, Fahrenheit 11/9 est un nouvel exemple de film qui ne sera pas vu en salle en France. A en croire Tristan du Laz, codirecteur de TF1 Studio, qui en a acquis les droits dès la fin du mois d’août lors de son avant-première au Festival de Toronto, cette décision n’a rien à voir avec les résultats du film aux Etats-Unis : « Nous avons d’emblée proposé au vendeur la solution d’une exploitation directe en VOD. Nous ne voulions par risquer les aléas d’une sortie en salle, devenue délicate et encombrée en France. Nous voulions être très réactifs et présenter le film au spectateur en collant à l’actualité des élections américaines. C’est un pari d’éditeur, et d’ailleurs le vendeur comme Michael Moore lui-même nous ont suivis en nous donnant la préférence. »

Documentaire américain de Michael Moore (2 h 08). Disponible en VOD à compter du 31 octobre. Sur le Web : fahrenheit119.com et michaelmoore.com



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-16"> ¤ Deux films du cinéaste italien à l’imagination morbide, « Frayeurs » et « L’Au-delà », sont édités chez Artus.
<filname="PROF-0,2-3476,1-0,0-16"> ¤                     
                                                

DVD : Lucio Fulci et le théâtre de l’horreur

Deux films du cinéaste italien à l’imagination morbide, « Frayeurs » et « L’Au-delà », sont édités chez Artus.



LE MONDE
 |    31.10.2018 à 07h07
    |

                            Jean-François Rauger








                        



   


L’éditeur Artus continue la parution en DVD/Blu-ray de l’œuvre atypique de Lucio Fulci, cinéaste italien dont la notoriété est parvenue à dépasser le cercle enthousiaste mais restreint des amateurs de films d’horreur, pour trouver sa place dans une histoire du cinéma, disons, plus « noble ». Le luxe de ces éditions Blu-ray, le travail ­conséquent accompli en matière de suppléments (analyse, interviews de comédiens et de collaborateurs artistiques) nourrit ici bien plus que le simple fétichisme du cinéphile obsédé et minoritaire.
Soumis aux vicissitudes de la fabrication du cinéma populaire transalpin, Fulci, qui est passé par tous les genres avant peut-être d’en inventer un, a engendré une œuvre d’une poésie toute personnelle dont on mit parfois un peu de temps pour la considérer comme telle. Le succès de L’Enfer des zombies (1979, déjà publié par Artus) engagea encore davantage le cinéaste sur la voie de l’horreur graphique.

        Lire la critique :
         

          « L’Enfer des zombies », une esthétique nouvelle de l’horreur



Frayeurs (1980) et L’Au-delà (1981) doivent moins à une catégorie préétablie qu’à une manière de se libérer des contraintes narratives imposées jusqu’alors par les genres cinématographiques. Ils suivent une logique propre, quasi autonome, onirique, tirant parti de certaines ­contraintes (morts-vivants imposés par un des coproducteurs de L’Au-delà) qui ne font qu’accroître une certaine confusion et nourrir une évidente liberté.

Les deux films se veulent d’inspiration lovecraftienne et construisent leur récit sur un postulat plutôt mince (les portes de l’enfer s’ouvrent dans une petite ville américaine, provoquant désastres et morts atroces) laissant libre cours à l’imagination fertile et morbide de Fulci et de ses scénaristes. Pluies de vers, murs qui saignent, attaque de tarentules anthropophages plongent les protagonistes au cœur d’un cauchemar dont ils ne se réveillent jamais.
Putréfaction générale
La mise en scène est au service d’une atmosphère de putréfaction générale et Fulci pousse encore plus loin que dans ses titres précédents l’hyperréalisme d’une violence gore (crânes broyés, énucléations diverses, cadavres de fœtus dévorés par la vermine) qui rejette tout réalisme pour inventer les motifs d’un pur cinéma de la transe et de la sensation. Roublardise ou aveu sincère, Fulci s’était réclamé du théâtre de la cruauté d’Antonin Artaud pour justifier ses audaces et ses transgressions visuelles. Cela se tient.

C’est sans doute dans l’invention d’un rythme tout particulier que le cinéma de Fulci se distingue. Les séquences sont toujours trop longues. Revenir à la sensation nue implique tout à la fois une dilatation des situations et une progression bancale, faite de soubresauts, d’accélérations et de revirements brusques, de péripéties dont l’apparente gratuité fait justement la valeur. Frayeurs et L’Au-delà sont finalement davantage des films-concepts que des films de genre, derrière l’apparente séduction à rebours de l’épouvante gore. Le réalisme de la violence y est, paradoxalement, au service d’une forme d’abstraction.

        Lire l’analyse :
         

          L’art cinématographique de l’énucléation



Frayeurs et L’Au-delà, 2 DVD/Blu-ray + livret Artus Films.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-17"> ¤ Le film de Peter Yates, qui ressort sur les écrans en version restaurée, est une évocation sensible de l’adolescence américaine en milieu populaire.
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Reprise : « Breaking Away », quatre garçons dans un entre-deux de l’existence

Le film de Peter Yates, qui ressort sur les écrans en version restaurée, est une évocation sensible de l’adolescence américaine en milieu populaire.



LE MONDE
 |    31.10.2018 à 07h06
    |

                            Mathieu Macheret








                        



   


C’est sous son titre original que ressort, en copie restaurée, le film le plus tendre et attachant de Peter Yates, connu précédemment comme La Bande des quatre (titre de sa première exploitation en France, en janvier 1980). Réalisateur d’origine britannique aussi modeste qu’efficace, remarqué pour le brio de ses scènes d’action, Yates fit le saut à Hollywood en 1968, sur l’invitation de Steve McQueen, pour tourner avec lui le polar Bullitt, resté célèbre pour ses mémorables poursuites en voiture.
Après dix ans à s’illustrer de préférence dans la comédie criminelle tendance pop et le succès public rencontré par Les Grands Fonds (1977), thriller d’exploration sous-marine, Yates s’engage, avec Breaking Away (1979), sur une voie plus personnelle, en produisant et en réalisant lui-même un scénario de l’écrivain serbo-américain Steve Tesich, inspiré de sa jeunesse universitaire dans l’Indiana. Yates en tire une évocation sensible, réaliste et rêveuse, de l’adolescence en milieu populaire, comme un temps suspendu entre aspirations et renoncements.
Peter Yates produit et réalise un scénario de l’écrivain serbo-américain Steve Tesich, inspiré de sa jeunesse universitaire dans l’Indiana
A Bloomington, petite ville universitaire de l’Indiana, Dave (Dennis Christopher), Mike (Dennis Quaid), Cyril (Daniel Stern) et Moocher (Jackie Earle Haley), quatre jeunes fils d’ouvriers, lambinent entre la fin du lycée et une vie adulte indéfiniment repoussée, qu’il s’agisse de trouver un emploi ou de raccrocher le wagon des études. Ils se rendent régulièrement sur le site de l’ancienne carrière de la ville pour se baigner dans son lac artificiel ou se dorer au soleil sur les grands blocs de pierre obliques qui la sillonnent.
Mais la proximité du campus les oppose souvent à d’autres adolescents, les étudiants aisés, qui les méprisent en les traitant de cutters (les « coupeurs » de pierre, en référence au métier de leurs parents) et auxquels ils n’hésitent pas à se frotter. Parmi les quatre amis, Dave se passionne pour le cyclisme et s’immerge dans la culture italienne, au grand désespoir de son père (Paul Dooley), ancien cariste reconverti en vendeur de voitures d’occasion. Ses camarades convainquent Dave de courir avec eux la Little 500, la traditionnelle course de relais à vélo, afin d’affronter les équipes du campus.
Une classe ouvrière en déclin
Breaking Away se déroule ainsi sur le registre d’une chronique douce-amère, alternant entre moments de pure fantaisie (les nombreuses courses de Dave à vélo sur des airs d’opéra) et portrait mélancolique des outsiders comme de leur adolescence qui ne veut pas mourir. La grande beauté du film est, en effet, de saisir ses jeunes personnages dans un entre-deux de l’existence. Déscolarisés, les quatre amis habitent un temps ouvert, un sursis d’enfance qui se retourne parfois contre eux, puisqu’il apparaît aussi comme une sortie de piste, un isolement, voire un déclassement.
Leur liberté ne va pas sans une profonde appréhension de l’avenir ni l’impression concomitante d’une perte irrémédiable. C’est ce sentiment mêlé, celui des promesses qui s’estompent, qui rend tout du long le film si émouvant. Il s’amplifie d’une conscience rétrospective : celle que ses jeunes comédiens, tous infiniment prometteurs, n’ont pour beaucoup pas connu la carrière qu’ils méritaient (hormis Dennis Quaid).
Ces jeunes comédiens, tous infiniment prometteurs, n’ont pour beaucoup pas connu la carrière qu’ils méritaient (hormis Dennis Quaid)
Breaking Away ne décrit pas seulement un passage à l’âge adulte, mais surtout la naissance d’une conscience : celle d’appartenir à une classe ouvrière en déclin. Si Dave s’identifie aux cyclistes italiens, c’est surtout pour s’inventer une parenté plus glorieuse, avant de pouvoir assumer la sienne complètement. De très belles scènes montrent son père retournant sur les lieux de son ancien travail ou expliquant à son fils que ce sont eux, les derniers tailleurs de pierre de sa génération, qui ont construit les bâtiments de cette université tant convoitée.
A travers cette relation père-fils, le film évoque également le démantèlement amorcé de la condition ouvrière : les licenciements économiques, les requalifications, la disparition des savoir-faire… C’est aussi de cette mémoire-là que les quatre adolescents ne parviennent pas complètement à faire le deuil.

Film américain de Peter Yates (1979). Avec Dennis Christopher, Dennis Quaid, Daniel Stern, Jackie Earle Haley, Barbara Barrie, Paul Dooley (1 h 41). Sur le Web : www.facebook.com/theatredutemple



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-18"> ¤ Jean-Louis Mahé et Gill Sgambato ont filmé six apprenties stylistes et les quatre sans-abri qu’elles doivent habiller.
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Par  Murielle Joudet   Publié le 31 octobre 2018 à 07h04 - Mis à jour le 31 octobre 2018 à 07h04   Lecture 2 min.     Partager sur Facebook Partager sur Facebook   Partager sur Twitter Partager sur Twitter   Envoyer par e-mail Envoyer par e-mail                        « Les Habilleuses », documentaire français de Jean-Louis Mahé et Gill Sgambato. CATHERINE CARTERET / CINÉMA SAINT-ANDRÉ-DES-ARTS              L’avis du « Monde » – à voir          Les Habilleuses est l’histoire d’un défi à relever : six jeunes femmes en DMA (diplôme des métiers de la mode et des arts) doivent confectionner des vêtements sur mesure pour quatre sans-abri. La caméra de Jean-Louis Mahé et Gill Sgambato capte toutes les étapes de cette rencontre : la prise en note des besoins particuliers des sans-abri, les tâtonnements de la confection, l’essayage. On plonge également au cœur de ces deux mondes, celui de ces apprenties sensibles, intelligentes et passionnées, et de ces quatre sans-abri qui, malgré la brutalité de leur situation, font preuve d’une bouleversante jovialité et d’une résilience à toute épreuve.          Sans misérabilisme          Documentaire pragmatique, et en cela formellement peu ambitieux, Les Habilleuses réussit pourtant à soutenir l’intérêt : on découvre l’épreuve quotidienne de la marginalité et, pour autant, le regard des deux documentaristes est dépourvu de toute trace de misérabilisme.            En recueillant leurs exigences vestimentaires, Les Habilleuses rendent à ces hommes et femmes une chose précieuse : leur capacité à avoir des besoins et des envies qui n’appartiennent qu’à eux et qui ne dépendent plus d’une charité qui agit de manière indistincte. Le vêtement est, quant à lui, un trait d’union entre ces deux mondes, mais se pare également d’une évidente dimension métaphorique puisqu’il est au fond le premier des abris.                         Documentaire français de Jean-Louis Mahé et Gill Sgambato (1 h 25). Sur le Web : cinesaintandre.fr/fr/prochainement                                  Annonces immobilières avec Logic-Immo           PARIS 11 (75011) 340000 € 36 m2           PARIS 17 (75017) 4105000 € 354 m2           PARIS 14 (75014) 462000 € 41 m2      Recherche                            Murielle Joudet           Voir les réactions      Dans la même rubrique                 Des bas-fonds à la Lune : notre sélection cinéma  Chaque mercredi, « La Matinale du Monde » propose ses coups de cœur à voir sur grand écran.                        « Donbass » : la colère, mauvaise conseillère pour Sergei Loznitsa  Le cinéaste signe un film manichéen sur le conflit qui oppose l’armée ukrainienne aux forces séparatistes.                      « La Tendre Indifférence du monde » : Bonnie et Clyde en terre kazakhe  Le cinéaste Adilkhan Yerzhanov suit la route tragique d’un tandem burlesque et délicat.                        « L’Amour flou » : la comédie joyeuse de la rupture  Romane Bohringer et Philippe Rebbot filment avec tendresse le délitement de leur couple et l’énergie mise à l’embellir.                      « The House That Jack Built » : portrait de l’artiste en psychopathe  Lars von Trier, fidèle à son style sombre, raconte l’histoire de Jack, un tueur en série.                        « Six portraits XL » : le « diarisme » documentaire d’Alain Cavalier  Le cinéaste s’est attaché à six personnages, filmés dans leur quotidien.                      « People That Are Not Me » : bonneteau sentimental et sexuel à Tel-Aviv  Le premier long-métrage d’Hadas Ben Aroya est une tragi-comédie drolatique.                         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« Touch Me Not » : une lourde réflexion sur l’intime

Adina Pintilie filme la quête d’une femme qui interroge différents personnages sur leur rapport à la sexualité, au risque d’en faire des rats de laboratoire.



LE MONDE
 |    31.10.2018 à 07h04
    |

                            Jean-François Rauger








                        



   


L’avis du « Monde » – on peut éviter
Le film d’Adina Pintilie se veut un essai cinématographique au service d’une réflexion sur la sexualité et l’intimité, notions soumises au défi, parfois, de corps hors norme (un des personnages est handicapé) ou d’inhibitions fortes. Cette interrogation prend la forme d’une quête, celle d’une femme, Laura, qui rencontre différents personnages, dialogue avec eux, cherche elle-même à questionner ses limites et ses peurs tout en interpellant parfois la réalisatrice dont le visage apparaît sur un écran.
Frontière brouillée entre fiction et documentaire
En mêlant comédiens professionnels et non professionnels incarnant leur propre personnage, la cinéaste brouille volontairement la frontière entre fiction et documentaire. Ce parti-pris, inutilement compliqué, ainsi que des choix formels et distanciateurs absurdes, glace le regard porté sur un groupe humain devenu une forme de prélèvement de laboratoire. Ce qui se dit, par ailleurs, durant plus de deux heures interminables, n’échappe pas à une grande banalité. Touch Me Not a néanmoins obtenu l’Ours d’or au Festival de Berlin cette année.

        Lire l’analyse :
         

          La Berlinale, au risque d’un palmarès politique






Film allemand, bulgare, français, roumain et tchèque d’Adina Pintilie. Avec Laura Benson, Thomas Lemarquis, Christian Bayerlein (2 h 05). Sur le Web : www.alamodefilm.de/kino/detail/touch-me-not.html et www.nourfilms.com/touch-me-not



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-20"> ¤ Chaque mercredi dans « La Matinale », les critiques du « Monde » présentent les meilleurs films à découvrir sur grand écran.
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Article sélectionné dans La Matinale du 30/10/2018
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Burlesque effréné, rock à grand spectacle et danse jusqu’au bout de la nuit : notre sélection cinéma

Chaque mercredi dans « La Matinale », les critiques du « Monde » présentent les meilleurs films à découvrir sur grand écran.



LE MONDE
 |    31.10.2018 à 06h40
 • Mis à jour le
31.10.2018 à 07h26
   





                        


LES CHOIX DE LA MATINALE
Le cinéma offre cette semaine plusieurs remèdes pour tenir la froidure en respect : la drôlerie irrésistible d’un film qui a conquis Cannes, l’entrain des danseurs d’un documentaire qui brûle le plancher, le rock pompier de Queen, la douce nostalgie des années 1970 ou l’énergie des comédies musicales qui s’exposent.
« En liberté ! » : un quatuor amoureux et burlesque

Finalement, la critique la plus difficile à écrire est celle d’une comédie vraiment drôle. Rien de plus ennuyeux que les gags décrits par le menu. Rien de plus ardu que d’expliquer pourquoi des acteurs qui d’habitude vous font un tout autre effet suscitent des éclats de rire dès qu’ils ouvrent la bouche. Il suffit d’affirmer qu’En liberté !, huitième long-métrage de Pierre Salvadori, fait rire, et très fort,
Le cinéaste ne se contente pas de faire rire. Son film burlesque, violent, macabre et doux contient, outre une gamme de gags et de répliques allant du plus raffiné au plus affligeant, des mécanismes auxiliaires qui font tourner, en même temps que la comédie, des trains de pensée complexes circulant sur les voies de traverse entre fiction et réalité, et – comme le titre l’indique – entre liberté et servitude.
Yvonne (Adèle Haenel), policière, veuve tourmentée d’un policier qui s’est révélé corrompu post-mortem, Louis (Damien Bonnard), son collègue et amoureux transi, Antoine (Pio Marmaï) ex-honnête homme injustement envoyé en prison par le défunt, Agnès (Audrey Tautou) son épouse raisonnable et tendre qui l’attend patiemment, forment un rectangle amoureux dont le scénario virtuose parcourt allègrement les côtés et les diagonales.
Pastiche intelligent de film policier, comédie absurde et romantique, En liberté ! laisse entendre le contre-chant des remords, des tristesses, des rancœurs et des frustrations de chaque personnage, qui donne au burlesque une élégance qu’il n’atteint que rarement. Thomas Sotinel
« En liberté ! », film français de Pierre Salvadori. Avec Adèle Haenel, Pio Marmaï, Audrey Tautou (1 h 47).
« Le Grand Bal » : joyeuse épidémie dansante

Aux XIVe et XVe siècles, des phénomènes de « manie dansante » conduisaient les possédés à la mort, d’épuisement, de crise cardiaque. Cette épidémie, on ne peut qu’y penser devant les beaux danseurs fous du Grand Bal, de Laetitia Carton, bien qu’une issue bien plus heureuse leur soit réservée.
La documentariste pose sa caméra au Grand Bal de l’Europe, festival de danse traditionnelle qui, depuis 1990, a lieu chaque année dans le village de Gennetines, dans l’Allier. Là, pendant deux semaines, les organisateurs installent plusieurs parquets qui accueillent des milliers de danseurs et des centaines de groupes venus de toute l’Europe.
La journée, les festivaliers apprennent des danses traditionnelles aux noms évocateurs : pizzica, bourrée, mazurka, congo des Landes, gavotte de l’Aven. Le soir, réservé à la pratique, les élèves de tous niveaux se retrouvent pour danser toute la nuit. Quant au repos, les plus valeureux grappillent quelques heures de sommeil au petit matin.
Car Le Grand Bal est, d’un même mouvement, affaire de transe et de fatigue, et l’un ne semble pas possible sans l’autre. C’est du moins ce que capte Laetitia Carton, qui filme Le Grand Bal non pas comme une observatrice extérieure, mais comme une cinéaste qui a d’abord été contaminée par la manie dansante, avant de décider d’en faire un documentaire. Le point de vue est moins celui de l’œil que celui d’un corps qui frémit, s’impatiente de rejoindre la piste de danse.
Tout se lit à la surface des corps : l’euphorie, l’épuisement, le désir. Une grande sensualité se dégage d’ailleurs du Grand Bal, si bien que, même s’il n’est jamais évoqué frontalement, il est évident que le désir règne en maître sur le festival. Murielle Joudet
« Le Grand Bal », documentaire français de Laetitia Carton (1 h 29).
« Bohemian Rhapsody » : la légende dorée de Freddie Mercury

Tout dépend de la place que Queen tient dans votre vie. Si, dans votre panthéon, le quatuor emmené par Freddie Mercury n’est qu’une divinité mineure, une bizarrerie dans l’histoire du rock, un groupe glam arrivé trop tard pour faire œuvre de pionnier et devenu une machine à tubes et à remplir les stades, vous prendrez probablement un certain plaisir au spectacle de Bohemian Rhapsody. Ce long film est tour à tour artificieux, pompier, sentimental, séduisant, boursouflé, entraînant. Exactement comme Bohemian Rhapsody, la chanson.
C’est avant tout grâce à Rami Malek que le film entraîne. Avec ses quatre incisives supplémentaires (un trait physiologique par lequel le chanteur expliquait son timbre hors du commun) prothétiques et son maintien d’extraterrestre « queer », l’acteur incarne la rock star du moment où elle renie son ascendance parsie en renonçant à s’appeler Farrokh Bulsara pour devenir Freddie Mercury jusqu’au triomphe du concert Live Aid à Wembley, en 1985.
Mais si Queen compte pour vous, s’il vous importe que Mercury, qui est mort du sida en 1991, n’ait appris sa maladie que des mois après Wembley et non juste avant, que sa manière d’être ouvertement gay sans jamais le dire vous semble digne d’une dramaturgie complexe, alors Bohemian Rhapsody vous paraîtra sans doute insuffisant. T. S.
« Bohemian Rhapsody », film américain et britannique de Bryan Singer (et Dexter Fletcher). Avec Rami Malek, Lucy Boynton, Ben Hardy, Mike Myers, Gwilym Lee (2 h 15).
« Breaking Away » : sortir de l’adolescence à vélo

C’est sous son titre original que ressort, en copie restaurée, le film le plus tendre et attachant de Peter Yates, connu précédemment comme La Bande des quatre (titre de sa première exploitation en France, en janvier 1980).
Réalisateur d’origine britannique aussi modeste qu’efficace, remarqué pour le brio de ses scènes d’action, Yates fit le saut à Hollywood en 1968 sur l’invitation de Steve McQueen, pour tourner avec lui le polar Bullitt, resté célèbre pour ses mémorables poursuites en voiture. Dix ans plus tard, Yates s’engage avec Breaking Away (1979) sur une voie plus personnelle, en produisant et réalisant lui-même un scénario de l’écrivain serbo-américain Steve Tesich, inspiré de sa jeunesse universitaire dans l’Indiana.
A Bloomington, Dave (Dennis Christopher), Mike (Dennis Quaid), Cyril (Daniel Stern) et Moocher (Jackie Earle Haley), quatre jeunes fils d’ouvriers, lambinent entre la fin du lycée et une vie adulte indéfiniment repoussée, qu’il s’agisse de trouver un emploi ou de raccrocher le wagon des études. Dave se passionne pour le cyclisme et s’immerge dans la culture italienne, au grand désespoir de son père (Paul Dooley), ancien cariste reconverti en vendeur de voitures d’occasion. Ses camarades convainquent Dave de courir avec eux la « Little 500 », la traditionnelle course de relais à vélo, afin d’affronter les équipes du campus.
Breaking Away se déroule ainsi sur le registre d’une chronique douce-amère, alternant entre moments de pure fantaisie (les nombreuses courses de Dave à vélo sur des airs d’opéra) et portrait mélancolique des outsiders comme de leur adolescence qui ne veut pas mourir. La grande beauté du film est, en effet, de saisir ses jeunes personnages dans un entre-deux de l’existence. Mathieu Macheret
« Breaking Away », film américain de Peter Yates. Avec Dennis Christopher, Dennis Quaid, Daniel Stern, Jackie Earle Haley, Barbara Barrie, Paul Dooley (1 h 41).
Expo comédies musicales à la Philharmonie de Paris

   


Même si nombre de comédies musicales – de West Side Story à Dancer in the Dark – sont des tragédies, il est à peu près inévitable – à moins de bénéficier d’une santé morale hors du commun – de sortir de l’exposition « Comédies musicales, la joie de vivre du cinéma » (à la Philarmonie de Paris) autrement que d’excellente humeur.
La débauche d’énergie que déploient les artistes à l’écran et les techniciens (le métier d’opérateur ne devait pas être de tout repos sous la direction de Busby Berkeley), le plaisir d’entendre les mélodies de Cole Porter, Leonard Bernstein ou Michel Legrand, de découvrir les dessins des costumes de Cyd Charisse pour Tous en scène (Vincente Minnelli, 1953) sont inévitablement contagieux.
Autour d’un immense écran de vingt-quatre mètres où sont adroitement mêlés des extraits qui se répondent (Mia Farrow assistant à une projection de Top Hat dans La Rose pourpre du Caire, Elvis Presley oscillant du bassin dans Le Rock du bagne aux côtés de son épigone John Travolta dans Grease…), l’exposition se visite un casque sur les oreilles, que l’on branche sous les écrans qui retiennent l’attention.
Celui qui propose de choisir entre les pistes sonores enregistrées par les acteurs et celles où l’on entend ceux qui les ont doublés est passionnant : Delphine Seyrig en fée doit renoncer à faire entendre sa voix grave pour laisser chanter Christiane Legrand (Peau d’âne, Jacques Demy, 1970), et la gouaille d’Audrey Hepburn n’a pas suffi pour que les producteurs et George Cukor abandonnent l’idée de la faire doubler par Marni Nixon dans My Fair Lady (1964). T. S.
« Comédies musicales, la joie de vivre du cinéma », Philharmonie de Paris. Atelier de claquettes les mercredis, samedis et dimanches et pendant les vacances scolaires. Jusqu’au 27 janvier 2019.

Les sorties cinéma de la semaine (mercredi 31 octobre)
En liberté !, film français de Pierre Salvadori (à voir)Le Grand Bal, documentaire français de Laetitia Carton (à voir)Les Habilleuses, documentaire français de Jean-Louis Mahé et Gill Sgambato (à voir)Sophia Antipolis, film français de Virgil Vernier (à voir)Ta mort en short(s), six courts-métrages d’animation français (à voir)Bohemian Rhapsody, film américain de Bryan Singer (pourquoi pas)Touch Me Not, film français, allemand, roumain, tchèque et bulgare d’Adina Pintilie (on peut éviter)
A l’affiche également :
Chacun pour tous, film français de Vianney LebasqueLettre à Inger, documentaire français de Maria Lucia CastrillonOn l’appelait Roda, documentaire français de Charlotte SilveraParadise Beach, film français de Xavier DurringerSeule la vie…, film américain de Dan FogelmanSilvio et les autres, film italien de Paolo Sorrentino





                            


                        

                        

