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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-1"> ¤ La récompense littéraire a été remise à l’auteur du « Cercle des impunis », également commandant divisionnaire à Toulouse, mardi 6 novembre.
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Paul Mérault, lauréat du prix du Quai des orfèvres

La récompense littéraire a été remise à l’auteur du « Cercle des impunis », également commandant divisionnaire à Toulouse, mardi 6 novembre.



LE MONDE
 |    06.11.2018 à 17h25
    |

            Nicolas Chapuis








                        



   


Une fois l’an, la fiction rejoint la réalité entre les murs du « 36 » et les inspecteurs d’encre et de papier croisent le temps d’un cocktail les vrais flics de terrain. Le prix du Quai des orfèvres a été remis mardi 6 novembre à Paul Mérault, auteur du Cercle des impunis (Fayard), au sein du nouveau quartier général de la police judiciaire parisienne, rue du Bastion dans le 17e arrondissement de Paris. L’adresse, mythique, a changé, mais la récompense littéraire, qui distingue chaque année depuis 1946 un polar, a conservé le nom.
Du Quai des orfèvres, il ne reste d’ailleurs plus grand-chose dans le bâtiment ultramoderne de la « PJ ». Sinon une trentaine de toiles, accrochées aux murs du salon de réception. Peintes par Jacques Rohaut, elles rappellent les escaliers magnifiquement délabrés, les bureaux savamment désordonnés et les murs fièrement décatis des anciens locaux. Un décor autrement plus littéraire que celui du nouveau siège, où le charme de la décrépitude a cédé le pas à l’exigence de fonctionnalité.

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Distinction à la boutonnière
Point de poésie donc, mais du roman, noir de préférence. Les clichés du genre sont d’ailleurs vite balayés, lors de cette remise de prix. Pas d’ambiance saturée de fumée, ni de suspects qui déambulent menottés ou d’inspecteur en trench-coat défraîchi. Réunie dans la salle Berthillon, du nom du père de l’identification judiciaire, l’élite des « PJistes » est en costard, avec de préférence une distinction à la boutonnière. Le taux de légion d’honneur au mètre carré est digne des meilleures sauteries préfectorales.
En attendant le lauréat, on discute, police un peu, politique beaucoup. Dans un coin de la salle, Frédéric Péchenard, ex-grand patron de la police national et grand ami de Nicolas Sarkozy, raconte à une petite assistance comment il a refusé d’être ministre pour Emmanuel Macron. Pierre Charon, sénateur de Paris et également intime de l’ancien président, ne boude pas son plaisir d’être membre du jury. Nathalie Baye en a été nommée marraine. L’actrice, césarisée pour son interprétation d’une commandante de police dans Le Petit lieutenant, a manifestement une appétence pour les gardiens de la paix. En mars 2018, elle incarnait encore une ex-flic résolument acariâtre, dans la série Nox.

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« Homme du sérail »
Sur l’estrade, Christian Sainte, l’actuel directeur régional de la police judiciaire, puis Michel Delpuech, préfet de police de Paris, vantent les mérites du livre sélectionné. Cinq manuscrits avaient été retenus sur 98 présentés. Le jury a tranché entre les ouvrages, anonymisés pour l’occasion. L’heureux gagnant verra son livre publié chez Fayard, partenaire de ce prix un peu spécial qui se distingue par son fonctionnement des 2 400 autres distinctions littéraires décernées en France (chiffre de la préfecture).
Le Cercle des impunis a été choisi notamment pour sa « parfaite connaissance » du fonctionnement de la police judiciaire. Et pour cause, le choix (à l’aveugle) s’est porté cette année sur un « homme du sérail ». Paul Mérault, commandant divisionnaire à Toulouse dans le quartier du Mirail, poursuit des délinquants la journée et écrit des polars la nuit. Ce roman primé est son troisième ouvrage mais le premier qu’il a proposé à la publication. L’intrigue se noue autour de meurtres de policiers, commis entre Londres et Marseille, et creuse un sillon déjà exploité par la série Tunnel, celui de la coopération compliquée entre un enquêteur français et l’une de ses collègues britanniques.
L’auteur, qui a travaillé pendant plus de quinze ans aux renseignements généraux, particulièrement sur les questions de terrorisme islamiste, a choisi de donner une tournure mystique à son livre, qui remonte le fil du temps pour s’intéresser aux persécutions des sectes vaudoises Il y a plus de cinq siècles. Une « parabole des radicalismes » actuels, explique-t-il. Un symbole aussi de l’évolution de ce 36 « Quai des orfèvres » devenu « Bastion », qui consacre désormais une bonne partie de son énergie à traiter des conséquences de l’extrémisme religieux.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-2"> ¤ Emmanuel Macron a annoncé, mardi, l’entrée prochaine au Panthéon de cet écrivain qui fut blessé en 1915 et dont l’œuvre est riche de cinquante-six ouvrages.
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Maurice Genevoix, une vie d’écrivain humaniste

Emmanuel Macron a annoncé, mardi, l’entrée prochaine au Panthéon de cet écrivain qui fut blessé en 1915 et dont l’œuvre est riche de cinquante-six ouvrages.



LE MONDE
 |    06.11.2018 à 15h53
 • Mis à jour le
06.11.2018 à 18h32
    |

                            Macha Séry








                        



                                


                            

Un siècle après l’armistice qui mit fin à la première guerre mondiale, hommage est donc rendu au porte-voix des poilus, au grand écrivain humaniste que fut Maurice Genevoix (1890-1980), l’auteur de Ceux de 14 et de Raboliot. En déplacement aux Eparges (Meuse), théâtre d’une bataille dantesque de la Grande Guerre, mardi 6 novembre, Emmanuel Macron a annoncé l’entrée prochaine au Panthéon de cet écrivain qui fut blessé sur cette colline en 1915. Genevoix aura décrit, avec une authenticité rarement égalée, la folie, la cruauté, les corps déchiquetés par les bombes et les balles, mais aussi la fraternité d’armes et l’amitié nouée sous la mitraille.
Reçu premier au concours de l’Ecole normale supérieure, rue d’Ulm, à Paris, en 1912, le jeune Maurice Genevoix se destinait à une carrière d’enseignant ou de haut fonctionnaire. Durant ses études, il rédigea un mémoire sur « Le réalisme des romans de Maupassant », indiquant déjà ses affinités littéraires. Son baptême du feu advint quelques mois plus tard. Mobilisé en 1914, le lieutenant Genevoix prend part aux combats des Hauts-de-Meuse et des Eparges. Le 25 avril 1915, il est transpercé de plusieurs balles. Hospitalisé pendant sept mois, il est déclaré invalide à 70 % et perd définitivement l’usage de sa main gauche.
Convalescent, il se retire à Châteauneuf-sur-Loire (Loiret) et s’attelle à un livre de témoignage nourri par les carnets qu’il a tenus dans les tranchées. Sous Verdun sera le premier récit d’une série de cinq, par la suite regroupée sous le titre Ceux de 14, tous aux éditions Flammarion. « Pitié pour nos soldats qui sont morts ! Pitié pour nous vivants qui étions auprès d’eux, pour qui nous nous battrons demain, nous qui mourrons, nous qui souffrirons dans nos chairs mutilées ! Pitié pour nous, forçats de guerre qui n’avions pas voulu cela, pour nous tous qui étions des hommes, et qui désespérons de jamais le redevenir. »

Peinture du...



                        

                        


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Le prix Médicis décerné à Pierre Guyotat pour « Idiotie »

L’écrivain, né en 1940 et révélé par « Tombeau pour cinq cent mille soldats », a déjà obtenu lundi un prix Femina spécial pour l’ensemble de son œuvre.



LE MONDE
 |    06.11.2018 à 13h16
 • Mis à jour le
06.11.2018 à 14h41
   





                        



   


Le prix Médicis a été attribué mardi 6 novembre à Pierre Guyotat pour Idiotie (Grasset). Il y a quarante huit ans, la non-attribution de ce prix au même auteur pour Eden Eden Eden (Gallimard) – interdit à l’affichage, la publicité et la vente aux mineurs par le ministère de l’intérieur, objet d’une pétition internationale – avait provoqué le départ de Claude Simon du jury.
Etaient également en lice cette année : Arcadie, d’Emmanuelle Bayamack-Tam (P.O.L), Tous les hommes désirent naturellement savoir, de Nina Bouraoui (JC Lattès), Ça raconte Sarah, de Pauline Delabroy-Allard (Minuit), Frère d’âme, de David Diop (Seuil), Par les écrans du monde, de Fanny Taillandier (Seuil), et L’Eau qui passe, de Franck Maubert (Gallimard).

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Immense écrivain
Avant le Médicis, Pierre Guyotat avait été récompensé, la veille, par un prix Femina spécial pour l’ensemble de son œuvre ; le 9 novembre, il doit recevoir le prix de la langue française. C’est un immense écrivain qui se retrouve ainsi célébré, à l’occasion de la parution d’Idiotie, l’un des textes les plus accessibles de l’auteur révélé par Tombeau pour cinq cent mille soldats (Gallimard, 1967) né en 1940. Il construit depuis les années 1960 une œuvre qui réinvente la syntaxe, mais se plie, depuis une dizaine d’années, à une langue plus usuelle dans sa branche autobiographique, à laquelle appartient Idiotie.
Ce livre revient sur l’avant Tombeau pour cinq cent mille soldats, extraordinaire livre de l’horreur et de la violence, inspiré à l’auteur par son expérience de la guerre d’Algérie. Evoquant l’entrée dans l’âge adulte de Guyotat, entre 1958 et 1962, Idiotie se déroule essentiellement en Algérie, guerre pour laquelle le père de l’écrivain lui avait obtenu un sursis, mais à laquelle le jeune homme avait décidé de participer en soldat. Nous sommes à l’époque où il commence à se faire publier (Sur un cheval, Seuil, 1961), et ses écrits lui valent de longues séances d’interrogation, ainsi que le cachot, au secret, pendant trois mois, pour « atteinte au moral de l’armée ».
Idiotie est un texte essentiel pour comprendre le parcours personnel et littéraire de Guyotat, son rapport au colonialisme, à la pornographie, à l’abjection. « Politique jusque dans l’intime, Idiotie donne vie et voix à un corps ayant vécu l’humiliation par le verbe », écrivait Claro, le feuilletoniste du « Monde des livres », lors de sa parution. Lire le « feuilleton » de Claro sur Idiotie 

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Médicis étranger et Médicis essai
Annoncé en même temps que le prix Médicis, le Médicis étranger récompense Le Mars Club, de Rachel Kushner, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Sylvie Schneitter (Stock), tandis que le Médicis essai revient au livre Les Frères Lehman, de Stefano Massini (Globe), traduit de l’italien par Nathalie Bauer. Cette fresque revient en près de 850 pages et 30 000 vers sur l’histoire de la banque Lehman Brothers, depuis l’arrivée à New York, en 1844, du premier des trois fondateurs de la banque, jusqu’à l’effondrement de celle-ci, le 15 septembre 2008.



                            


                        

                        


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L’écrivain Maurice Genevoix et « ceux de 14 » vont entrer au Panthéon

Emmanuel Macron veut rendre hommage à Genevoix, qui fut blessé en 1915 et raconta son expérience du front, mais aussi à la « nation combattante ».



LE MONDE
 |    06.11.2018 à 10h37
 • Mis à jour le
06.11.2018 à 13h43
   





                        



   


L’écrivain Maurice Genevoix et « ceux de 14 » vont entrer au Panthéon l’an prochain afin de rendre hommage à « l’armée victorieuse » de la Grande Guerre, a annoncé Emmanuel Macron mardi 6 novembre lors de son passage aux Eparges, dans la Meuse, à l’occasion des commémorations du centenaire de l’armistice.
« Je souhaite que l’an prochain, ceux de 14, simples soldats, officiers, engagés, appelés, militaires de carrière, sans grade et généraux, mais aussi les femmes engagées auprès des combattants, car ceux de 14 ce fut aussi celles de 14, toute cette armée qui était un peuple, tout ce grand peuple qui devint une armée victorieuse, soient honorés au Panthéon », a déclaré le chef de l’Etat aux Eparges, théâtre de combats en 1915. « Je souhaite qu’ils franchissent ce seuil sacré avec Maurice Genevoix, leur porte-étendard », a-t-il ajouté.
Il y a aura ainsi, a précisé l’Elysée, deux panthéonisations simultanées, celle de Genevoix et celle, « à titre collectif », de « ceux de 14 », « incarnant la nation combattante, composée des civils appelés sous le drapeau et des militaires de carrière engagés dans les combats, mais aussi des femmes qui les ont accompagnés sur le front ».
L’un des écrivains préférés de Macron
Cette panthéonisation collective est une première, même s’il existe déjà au Panthéon une plaque d’hommage aux Justes de France, qui s’étaient distingués en protégeant des Juifs pendant la seconde guerre mondiale. Le président de la République a souhaité également « que le 11 novembre prochain un mémorial soit dévoilé afin que la Nation rende l’hommage qui leur est dû » à « ceux de 14 ».
Emmanuel Macron tenait à saluer aux Eparges la mémoire de Maurice Genevoix (1890-1980), l’un de ses écrivains préférés, qui y a été blessé et en a fait le récit saisissant dans son recueil Ceux de 14. « Genevoix fut le chantre de cette mémoire. Par lui, la voix de ceux de 14 ne cesse de nous exhorter à ne pas baisser la garde et à conserver intacte notre vigilance quand le pire de nouveau réapparaît », a souligné le chef de l’Etat.
Cette entrée de Genevoix au Panthéon, au milieu des grandes figures de la Nation, était souhaitée par la famille de l’auteur de Raboliot, disparu en 1980. « Maurice Genevoix s’est imposé petit à petit comme le porte-parole des soldats de 1914, donc à travers lui rentrent [au Panthéon] tous les soldats de 1914 », s’est réjoui Julien Larere-Genevoix, le petit-fils de l’écrivain.

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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-5"> ¤ L’ouvrage revient sur l’attentat de « Charlie Hebdo » et raconte la lente reconstruction de l’auteur après sa grave blessure au visage.
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Le prix Femina pour Philippe Lançon et son livre « Le Lambeau »

L’ouvrage revient sur l’attentat de « Charlie Hebdo » et raconte la lente reconstruction de l’auteur après sa grave blessure au visage.



LE MONDE
 |    05.11.2018 à 13h02
 • Mis à jour le
06.11.2018 à 06h47
    |

            Jean Birnbaum








                        



   


Le prix Femina a été attribué au livre Le Lambeau de Philippe Lançon (Gallimard), lundi 5 novembre. A partir du moment où les jurées avaient placé cet ouvrage, sans aucun doute le texte le plus remarqué et célébré de l’année, dans leur dernière sélection, et sachant que le calendrier fait cette année du Femina le premier des grands prix littéraires attribués (deux jours avant le Renaudot, qui le comptait aussi parmi ses finalistes), il semblait peu probable que Le Lambeau ne soit pas le lauréat.
C’est un grand texte qui se voit ainsi couronné. Un livre magistral, revenu d’entre les morts. Publié au printemps, un peu plus de trois ans après l’attentat de Charlie Hebdo, où Philippe Lançon a été défiguré, la mâchoire emportée par une balle, Le Lambeau raconte comment ­ « celui qui n’était pas tout à fait mort » doit cohabiter avec « celui qui allait devoir survivre ».

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Un brûlant journal de deuil
Tentant de maintenir un lien avec le monde des vivants, décrivant cette béance, tout en racontant son parcours médical vers la reconstruction, Lançon hisse chaque évocation intime au niveau d’une méditation universelle sur notre temps, nos aveuglements : sa plume nous en met plein la gueule ; son visage défait exhibe tout ce que nous ne voulons pas regarder en face ; sa lucidité est une fidélité à l’enfant qu’il fut ; ses souvenirs d’enfance ressemblent déjà à nos souvenirs de guerre. C’est ce brûlant journal de deuil que les jurées du Femina ont récompensé.
Les autres romans en lice pour le Femina étaient Arcadie, d’Emmanuelle Bayamack-Tam (P.O.L), Trois enfants du tumulte, d’Yves Bichet (Mercure de France), Frère d’âme, de David Diop (Seuil), François, portrait d’un absent, de Michaël Ferrier (Gallimard), Idiotie, de Pierre Guyotat (Grasset) et Roissy, de Tiffany Tavernier (Sabine Wespieser).
Pierre Guyotat a reçu un prix Femina spécial pour l’ensemble de son œuvre. Le Femina étranger a été attribué à La Neuvième Heure, d’Alice Mc Dermott (Quai Voltaire), traduit par Cécile Arnaud, et le Femina essai à Gaspard de la nuit, d’Elisabeth de Fontenay (Stock).

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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-6"> ¤ L’incomparable « Bas la place y’a personne », où l’écrivaine italienne morte en 1983 conte sa jeunesse, n’a été publié intégralement à Turin qu’en 2016. Le voici traduit.
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Histoire d’un livre. L’enfance patiente de Dolores Prato

L’incomparable « Bas la place y’a personne », où l’écrivaine italienne morte en 1983 conte sa jeunesse, n’a été publié intégralement à Turin qu’en 2016. Le voici traduit.



LE MONDE DES LIVRES
 |    03.11.2018 à 08h00
    |

                            Bertrand Leclair (Collaborateur du « Monde des livres »)








                        



                                


                            
Bas la place y’a personne (Giù la piazza non c’è nessuno), de Dolores Prato, traduit de l’italien par Laurent Lombard et Jean-Paul Manganaro, Verdier, 890 p., 35 €.

Il y a quelque chose de l’ordre du « demeuré » dans l’immense récit d’enfance de ­Dolores Prato (1892-1983). Née bâtarde, celle qui fut abandonnée par sa mère à la naissance a « toujours raté quelque chose, dans tous les domaines. Elle a même raté la publication », résume le traducteur Jean-Paul Manganaro pour « Le Monde des livres ». Dolores Prato n’a en effet connu de son vivant qu’une édition amputée de Bas la place y’a personne, livre à nul autre comparable, très différent des quelques récits que cette femme indépendante, exclue de l’enseignement en 1927 en raison de son engagement antifasciste, avait publié auparavant (dont le bref Brûlures, traduit chez Allia en 2000).
Ces derniers « sont intéressants, bien sûr, mais si différents » que, pour le lecteur amoureux qu’est le traducteur, « leur lecture en deviendrait presque… douloureuse », murmure-t-il. Voilà vingt ans que lui-même se bat, en Italie aussi bien qu’en France, pour que Bas la place y’a personne existe enfin à sa juste mesure, celle d’un chef-d’œuvre « qui sera vraiment découvert dans les années qui viennent » : si la réception critique de l’édition italienne définitive parue en 2016 a été remarquable, le public ne s’est pas précipité vers cette somme déroutante qui apparaît au premier regard comme une « palinodie répétitive, sans doute angoissante pour de nombreux lecteurs d’aujourd’hui ».
L’édition Natalia Ginzburg
Cette édition n’en est pas moins la troisième depuis que Natalia Ginzburg (1916-1991) a publié Prato chez ­Einaudi en 1980 (l’auteure avait 88 ans), en l’amputant des deux tiers et en normalisant son phrasé. Avec une manière rien qu’à elle, Dolores Prato n’en avait pas moins affiché...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-7"> ¤ Contre la toute-puissance de l’autofiction et des « romans en costumes », un collectif de jeunes auteurs réaffirme dans une tribune au « Monde » le roman comme art contemporain, à la veille d’une semaine où seront décernés plusieurs prix littéraires.
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édition abonné


« Pour dire notre époque monstrueuse, il faut des romans monstrueux »

Contre la toute-puissance de l’autofiction et des « romans en costumes », un collectif de jeunes auteurs réaffirme dans une tribune au « Monde » le roman comme art contemporain, à la veille d’une semaine où seront décernés plusieurs prix littéraires.



LE MONDE
 |    03.11.2018 à 08h00
 • Mis à jour le
05.11.2018 à 09h52
    |

Aurélien Delsaux (écrivain), Sophie Divry (écrivain) et Denis Michelis (écrivain)







                        



                                


                            
Tribune. Depuis plusieurs années, et de manière croissante, deux phénomènes inquiétants s’abattent sur les romanciers français : d’un côté les romans reality-show, forme dégradée d’une autofiction réduite à des témoignages narcissiques qui comblent le voyeurisme des lecteurs et le portefeuille des éditeurs. De l’autre, des romans en costumes qui répondent de manière simpliste et passéiste à notre besoin de fiction en se bornant à une Histoire déjà comprise, sans regarder celle qui est, celle qui vient – assurément effrayante, insaisissable mais non indicible.
Ces deux formes de romans archi-rebattues empêchent les nouveaux écrivains à la fois de se lancer dans l’invention de nouvelles formes d’écriture et d’exprimer la sensibilité contemporaine.

Chaque automne, c’est la même histoire : acclamés par la critique, vendus comme « romans », à la fois par abus de langage et pour éviter tout ennui judiciaire, se répandent chez les libraires de petits récits qui en réalité ne sont que d’égotiques reality-shows. L’autofiction est née il y a quarante ans. Elle a eu des plumes extraordinaires comme celle d’Annie Ernaux. Mais n’est pas Annie Ernaux qui veut.
Aujourd’hui, l’écriture de soi se résume à une sorte de maniérisme qui ne produit le plus souvent que des témoignages pathétiques, emballés dans un style digeste, ne trouvant de justification que dans l’étalage de ses petits malheurs. Triomphe alors ce que Sarraute appelait le « petit fait vrai », c’est-à-dire une littérature où le vécu s’impose de manière dictatoriale au lecteur avec son lot de voyeurisme larmoyant.
Ne nous y trompons pas : il s’agit bien d’une mode, voire de commandes d’éditeurs, pour des livres où la figure de l’auteur prend plus d’importance que le texte, et où un plan média rondement mené vaut adoubement littéraire. Nous n’avons plus envie de voir ces romans reality-show, quand bien même ils sont « bien écrits », prendre...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-8"> ¤ Chaque semaine, « L’Epoque » paie son coup. Au bar du C.O.Q. Hôtel, l’auteure se souvient de sa première fois à la très festive Foire du livre de Brive, dont elle préside l’édition 2018.
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Delphine de Vigan : « J’ai un rapport compliqué avec le groupe »


                      Chaque semaine, « L’Epoque » paie son coup. Au bar du C.O.Q. Hôtel, l’auteure se souvient de sa première fois à la très festive Foire du livre de Brive, dont elle préside l’édition 2018.



LE MONDE DES LIVRES
 |    03.11.2018 à 06h40
 • Mis à jour le
03.11.2018 à 11h11
    |

            Raphaëlle Leyris








                              

                        

Selon les critères de Delphine de Vigan, il est encore un peu tôt pour commander de l’alcool : 18 heures. Normalement, elle attendrait encore une soixantaine de minutes. Mais, d’une part, elle est l’un des personnages les plus urbains de la scène éditoriale française, et on la sent ennuyée à l’idée de déroger au principe « apéro » de la rencontre, organisée au bar du C.O.Q. Hôtel – dans le 13e arrondissement de Paris, où elle vit. D’autre part, et voilà qui va finir de la convaincre d’opter, comme nous, pour un verre de vin blanc, il faut qu’elle s’entraîne un peu et habitue son foie. Du 9 au 11 novembre 2018, l’écrivaine va en effet présider la 37e Foire du livre de Brive.
Grande fête de la littérature, certes, avec ses plus de 300 auteurs réunis en la sous-préfecture corrézienne pour ce qui se présente fièrement comme la deuxième plus grosse manifestation du genre après « Livre Paris » (on ne dit plus « Salon du livre de Paris »). Mais aussi, ne nous voilons pas la face, occasion majeure de s’arsouiller dans une région généreuse en bonnes choses à manger et à boire, durant le week-end qui suit l’attribution des principaux prix littéraires français (Femina le 5 novembre, Médicis le 6, Goncourt et Renaudot le 7…). Chaque année, « Brive » est ce moment où l’édition française, délocalisée à presque 500 kilomètres de Paris, relâche soudain la pression.
« Le train du cholestérol »
Ça commence dans Le Train du livre, que personne n’appelle autrement que « le train du cholestérol » depuis que ce surnom a été inventé par Erik Orsenna, Pierre Assouline ou Jean-Loup Chiflet – ils sont quelques-uns à réclamer la paternité de ce trait d’esprit pour désigner le Téoz qui part de la gare d’Austerlitz le vendredi matin bourré d’auteurs, éditeurs, attachés de presse et journalistes. Surnom dû au fait que tout ce petit monde s’y voit servir, dès 10 heures, foie gras, cèpes, fromages, gentiane, liqueur de noix…
Assise très droite sur...




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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-9"> ¤ Luz, vingt-trois ans de « Charlie », signe « Indélébiles », hommage drôle et tendre à une fantastique équipe de dessinateurs. Un bonheur.
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« Charlie Hebdo », quelle bande de potes !

Luz, vingt-trois ans de « Charlie », signe « Indélébiles », hommage drôle et tendre à une fantastique équipe de dessinateurs. Un bonheur.



LE MONDE DES LIVRES
 |    02.11.2018 à 08h00
    |

            Frédéric Potet








                        



                                


                            
Indélébiles, de Luz, Futuropolis, 320 p., 24 €.

Il semble inconcevable d’écrire un livre sur Charlie Hebdo sans parler du 7 janvier 2015. Luz l’a fait, pourtant. Membre de la rédaction du magazine satirique pendant plus de vingt ans, le dessinateur échappa aux balles des frères Kouachi pour avoir été en retard à la conférence de rédaction. Dans Catharsis, sorti quatre mois après l’attentat (Futuropolis), il avait relaté son quotidien de miraculé, sans jamais verser dans le pathos, préférant user du seul levier en sa possession : l’humour. Si l’on y rit autant, le propos est tout autre dans Indélébiles, puisqu’il s’agit de raconter l’aventure collective – et joyeusement foutraque – qui précéda la barbarie. Les belles années en somme. Les copains, la déconnade à plein tube, le bonheur de dessiner.
En vingt-trois ans de Charlie – qu’il a quitté en mai 2015 –, Luz a accumulé d’innombrables anecdotes, dont les meilleures sont rapportées ici avec autodérision. L’ancien « puceau tourangeau » monté à la capitale dans l’espoir de placer des dessins au Canard enchaîné s’amuse, et nous amuse, à ressusciter une rédaction vouée au traitement caustique de l’actualité, où se mêlent les anciens (Gébé, Cabu, Wolinski…) et les sales gosses, comme lui ou Charb, le roi de la blague graveleuse.
Le métier de dessinateur de terrain
Luz revient aussi longuement, en mode making of, sur ses reportages graphiques et sur les risques qui accompagnent le métier de dessinateur de terrain. Un coup de matraque lors d’une manifestation à Paris, un interrogatoire dans un camp militaire en Bosnie (Luz suit alors la tournée du chanteur Renaud) ou encore les rodomontades intimidantes de loulous de banlieue après une fusillade raciste ne laissent toutefois pas augurer que quelque chose de pire puisse un jour arriver. Le pire arrivera pourtant, comme on le comprend dans...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-10"> ¤ Monument de la littérature chinoise, il eut également un rôle très important dans la société hongkongaise.
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L’écrivain hongkongais Jin Yong est mort

Monument de la littérature chinoise, il eut également un rôle très important dans la société hongkongaise.



LE MONDE
 |    01.11.2018 à 18h08
 • Mis à jour le
02.11.2018 à 07h05
    |

            Florence de Changy (Hongkong, correspondance)








                        



                                


                            

Surnommé « le grand justicier Jin » par ses lecteurs, le plus célèbre écrivain hongkongais, Louis Cha, connu dans tout le monde chinois sous son nom de plume Jin Yong, est mort le 30 octobre à Hongkong à l’âge de 94 ans, entouré par ses proches.
Ses wuxia (romans d’arts martiaux) ont des adeptes et des fans aux quatre coins du monde chinois et ont été adaptés, au fil des décennies, en bandes dessinées, en films, en pièces de théâtre, en séries télévisées et, depuis une vingtaine d’années, en jeux vidéo qui dominent désormais le marché.
Le wuxia (littéralement « chevalier itinérant ») est un genre littéraire chinois ancien très populaire, vague équivalent du roman de cape et d’épée. Et Jin Yong a sublimé le genre. Bien documentés historiquement et extrêmement divertissants, ses romans mettent en scène des héros de la Chine ancienne, maîtrisant le kung-fu, le sabre ou l’arbalète de manière quasi surhumaine, évoluant dans des intrigues mêlant politique impériale, rébellions, trahisons, banditisme, rivalités claniques, amours interdites ou impossibles et vengeances ancestrales.
L’écrivain chinois le plus lu
Mais ses héros sont d’autant plus fascinants que ce sont des êtres complexes, imparfaits, en quête de maîtrise intérieure, parfois décevants. Potentiellement subversifs, ses romans ont longtemps été interdits en Chine. Ils se sont néanmoins vendus à plus de 100 millions d’exemplaires, ce qui fait de lui l’écrivain le plus lu et le plus connu du monde chinois. Plusieurs de ses best-sellers ont été publiés en français par les éditions You Feng.
Né le 10 mars 1924 dans la province chinoise du Zhejiang (au sud de Shanghaï) dans une famille bourgeoise et intellectuelle, Louis Cha fut notamment initié aux romans d’Alexandre Dumas père, de Victor Hugo, de Shakespeare et de Walter Scott. Il est arrivé à Hongkong dans les années 1940, avec sa famille qui fuyait la guerre et la révolution communiste.
Entre 1955 et...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-11"> ¤ Chaque jeudi, la rédaction du « Monde des livres » propose une sélection d’ouvrage à dévorer.
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Article sélectionné dans La Matinale du 31/10/2018
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« Charlie Hebdo », histoire, roman : notre sélection de livres pour la semaine

Chaque jeudi, la rédaction du « Monde des livres » propose une sélection d’ouvrage à dévorer.



LE MONDE
 |    01.11.2018 à 06h31
 • Mis à jour le
01.11.2018 à 07h12
   





                        


LES CHOIX DE LA MATINALE
Cette semaine, la rédaction du « Monde des livres » vous propose de vous plonger dans le Charlie Hebdo d’avant la barbarie du 7 janvier 2015, raconté par Luz, ou d’explorer le lien entre peine capitale et construction de l’Etat.
BD. « Indélébiles », de Luz
Il semble inconcevable d’écrire un livre sur Charlie Hebdo sans parler du 7 janvier 2015. Luz l’a fait, pourtant. Membre de la rédaction du magazine satirique pendant plus de vingt ans, le dessinateur échappa aux balles des frères Kouachi pour avoir été en retard à la conférence de rédaction. Dans Catharsis, sorti quatre mois après l’attentat (Futuropolis), il avait relaté son quotidien de miraculé, sans jamais verser dans le pathos, préférant user du seul levier en sa possession : l’humour.
Si l’on y rit autant, le propos est tout autre dans Indélébiles, puisqu’il s’agit de raconter l’aventure collective – et joyeusement foutraque – qui précéda la barbarie. Les belles années, en somme. Les copains, la déconnade à plein tube, le bonheur de dessiner.
En vingt-trois ans de Charlie – qu’il a quitté en mai 2015 – Luz a accumulé d’innombrables anecdotes, souvent rapportées ici avec autodérision. L’ancien « puceau tourangeau » monté à la capitale dans l’espoir de placer des dessins au Canard enchaîné s’amuse, et nous amuse, à ressusciter une rédaction vouée au traitement caustique de l’actualité, où se mêlent les anciens (Gébé, Cabu, Wolinski…) et les sales gosses, comme lui ou Charb.
Volontairement, Luz n’évoque pas les tensions et les engueulades au sein de la rédaction, pour se concentrer sur la question du dessin, sujet d’harmonie, auquel il attribue un rôle de personnage à part entière ; de vieux pote indéfectible, incarné par les taches ineffaçables d’encre de Chine qui maculent ses doigts, ou par ces bouts de gomme usée ayant appartenu aux confrères assassinés, conservés comme de précieuses reliques. Frédéric Potet
« Indélébiles », de Luz, Futuropolis, 320 p., 24 € (en librairie le 2 novembre).

   


HISTOIRE. « Condamner à mort au Moyen Age », de Claude Gauvard
Dans cet ouvrage longtemps attendu, Claude Gauvard invite à revoir nos préjugés, à commencer par la fréquence des exécutions capitales au Moyen Age, qui étaient rares : une tous les quatre ans à Lyon et, dans les cas extrêmes que sont la Normandie ou le Comtat Venaissin, une par an. A la peine capitale, le Moyen Age préfère une mort symbolique, le bannissement ou l’amende, voire la composition entre les parties, hors du tribunal.
Mais la force singulière de l’ouvrage réside avant tout dans le lien puissamment noué entre peine de mort et construction étatique en France. L’historienne identifie un basculement essentiel entre les XIIIe et XVe siècles : condamner à mort devient un « acte rendu pour réparer l’offense que le crime et le criminel ont faite au roi et à la chose publique » plus qu’à la victime. Elle n’est pas une vengeance. Et la repentance ouvre la voie vers la grâce royale.
Claude Gauvard répète ici sa conviction profonde : ce n’est pas par la force, mais par la miséricorde et le droit que l’Etat est né au Moyen Age. La peine de mort en est le parfait exemple : c’est par les lettres de rémission qu’il accorde aux condamnés à mort, et par la réglementation toujours plus savante des exécutions par le Parlement de Paris, que le roi assoit progressivement l’idée que la peine capitale est un monopole d’Etat. Marie Dejoux
« Condamner à mort au Moyen Age », de Claude Gauvard, PUF, 368 p., 24 €.

   


ROMAN. « Isidore et les autres », de Camille Bordas
Sur le plan scolaire, les cinq premiers enfants de la famille Mazal peuvent être considérés comme des surdoués. Ils remplissent des dossiers de candidature en classe prépa quand les enfants de leur âge sont encore au collège. Ils cherchent un nouveau sujet de thèse à peine leur premier doctorat obtenu. Sûrs de leur bon goût comme de leur intelligence, ils ne doutent pas un instant de leur capacité à réussir leur vie.
Aucune difficulté ne devrait leur résister, puisqu’ils ont toutes les clés pour comprendre le monde qui les entoure. Encore faudrait-il, bien sûr, qu’ils y prêtent attention. Le réel, on s’en doute, va se rappeler à eux avec brutalité.
C’est Isidore, le sixième enfant de la fratrie, 11 ans au début du roman, qui observe et essaie de comprendre les agissements des membres de sa famille. Contrairement à ses frères et sœurs, il n’a sauté aucune classe. Mais sa scolarité se déroule sans encombre. Un enfant normal, en somme. Ce qui suffit à le rendre différent. Et à justifier la spontanéité et la sensibilité dont il est le seul à faire preuve chez les Mazal. Sa parole bienveillante et futée dope le récit, en lui conférant énergie et naturel.
Ecrit en anglais par la française Camille Bordas, qui vit à Chicago (Illinois), et traduit par elle-même, Isidore et les autres crée une merveilleuse figure d’adolescent, tout en auscultant avec une généreuse lucidité la façon dont chacun des personnages – chacun de nous, aussi bien – organise le passage des livres à la vie, et inversement. Florence Bouchy
« Isidore et les autres », de Camille Bordas, Inculte, 414 p., 19,90 €.

   


PHILOSOPHIE. « Devant la beauté de la nature », d’Alexandre Lacroix
La nature, objet de tant de nos angoisses aujourd’hui, peut-elle demeurer une cause d’émerveillement ? La beauté s’offre autour de nous avec profusion, et nous vivons en somnambules. Tel est le point de départ de l’enquête philosophique qu’Alexandre Lacroix consacre à une question à la fois centrale et peu fréquentée : celle de la place qu’occupe dans nos vies la splendeur du monde.
Devant la beauté de la nature se présente comme une courbe tracée entre le saisissement intime face à la nature et la question métaphysique de notre place en elle. Courbe qui prend aussi la forme d’un voyage à travers les souvenirs de l’auteur. Progressivement, se construit une théorie en éclats, faite de bribes d’histoire des idées philosophiques et scientifiques reliées par l’interrogation continue de l’auteur sur sa propre expérience.
Une théorie ainsi dirigée autant vers la connaissance que vers une tentative de définition d’un bon usage de la nature. Non seulement, l’humanité met aujourd’hui la nature en danger, mais elle prend le risque de s’étioler en s’éloignant de cette « source » inépuisable, qui « surgit sans arrêt autour de nous ». Sa promenade savante à travers les idées et les sensations nous plonge dans ce flux à mesure qu’elle nous le fait connaître ; elle a la douceur un peu déchirante, et l’élan, de retrouvailles. Florent Georgesco
« Devant la beauté de la nature », d’Alexandre Lacroix, Allary, 444 p., 22,90 €.

   





                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-12"> ¤ Le rappeur et son frère publient le premier tome d’une série sombre d’aventure et de combat. Grand fan de BD japonaise, Gims a dû s’entourer pour mener ce projet à bien.
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« Devil’s Relics », l’intrigante incursion de Maître Gims dans le manga

Le rappeur et son frère publient le premier tome d’une série sombre d’aventure et de combat. Grand fan de BD japonaise, Gims a dû s’entourer pour mener ce projet à bien.





LE MONDE
 |    31.10.2018 à 14h09
 • Mis à jour le
31.10.2018 à 14h27
    |

            Pauline Croquet





« Pour ceux qui me suivent, un rêve de gosse fan de manga est en train de se réaliser… » C’est ainsi que le rappeur Maître Gims a annoncé sur Instagram, en juillet 2017, qu’il se lançait dans la réalisation d’un manga. Une annonce qui, assez tôt, a suscité un brin de suspicion et beaucoup de moqueries. Un nom, Devil’s Relics, et une date de sortie du premier tome, le 31 octobre, ont été précisés quelques mois plus tard.
Mais l’artiste aux plus de cinq millions d’albums vendus en France en a vu d’autres, lui qui affronte régulièrement des critiques à propos de sa musique trop commerciale ou trop variété pour une partie du rap francophone. « Son assurance insolente agace plus d’un de ses concurrents », décrivait un portrait du Monde d’avril dernier qui lui était consacré.
Pourtant, c’est avec une certaine humilité que Maître Gims s’est présenté en juillet devant le public de Japan Expo, la grand-messe française du manga, pour défendre son projet. Car s’il est le concepteur de l’idée originale avec son jeune frère Darcy, il a dû s’entourer pour la réaliser.
Quatre auteurs sur la couverture
Sur la couverture, deux éditeurs – Glénat et Fayard – et quatre noms : ceux de Gims et de son frère épaulés par l’auteur français Jean-David Morvan, qui a signé notamment les BD Nomad et Sillage, et celui de Yoshiyasu Tamura. Formé dans les écuries de la maison d’édition japonaise Shueisha, celui-ci avait quelque peu délaissé sa carrière de mangaka pour se consacrer à la peinture et enseigner en Italie.

        Voir cette publication sur Instagram           Pour ceux qui me suivent, un rêve de gosse fan de manga est en train de se réaliser... Première réunion chez Glénat ! Avec @fresh_prince93r @glenatmangaeditions /@Fayard.editions @glenatbd Jean-David Jd morvan Yoshiuasou Tamura @fudegami 🔥🔥🔥 Une publication partagée par  Maître GIMS (@maitregims) le 1 Juil. 2017 à 2 :46 PDT 

« Cette idée de manga, je l’avais depuis une quinzaine d’années. Mais Darcy, qui est encore plus fan de manga que moi, m’a permis de reprendre et terminer l’histoire », expliquait Maître Gims au public de Japan Expo. L’idée lui trotte dans la tête pendant ses études de graphisme, lui qui aime le dessin. En parallèle, sa carrière avec le groupe parisien Sexion d’Assaut commence à décoller ; il abandonne l’école et met ce projet de côté « par manque de temps ». C’est à Fayard, qui a édité en 2015 son autobiographie Vise le soleil, que le rappeur trentenaire fait part de son envie de créer un manga. La maison d’édition, qui ne publie pas de manga, contacte Glénat avec qui elle a l’habitude de coéditer certains ouvrages.

   


« Nous avons accepté de rencontrer Maître Gims et Darcy en janvier 2017. Ils se sont présentés avec un univers complet et toute une galerie de personnages. Certes, ce n’était pas construit comme un manga, mais nous avons pris conscience qu’il s’agissait d’un projet sérieux, pas d’une tocade », défend Erwan Roux, directeur éditorial adjoint et responsable de la création française en manga chez Glénat. Une décision qui n’est pas anodine : Glénat, l’un des plus gros acteurs du manga en France, est l’éditeur de One Piece et Dragon Ball, des blockbusters de la BD japonaise, et des références sacrées pour les amateurs de manga. Pour autant, elle s’est lancée depuis peu dans le manga made in France. Glénat reconnaît toutefois qu’il est assez rare qu’un projet soit simplement accepté sur un seul concept et sans scénario. Maître Gims aurait-il eu les mêmes chances sans notoriété ? Lui-même évoque cette question en conférence sans y répondre.
Une ambiance à la « Ken le survivant »
Pour travailler avec Maître Gims, Glénat fait d’abord appel à Jean-David Morvan pour le scénario. L’auteur, familier du Japon et de l’industrie du manga, recommande pour le dessin M. Tamura, l’une de ses connaissances. Entre les quatre, la sauce prend, explique Maître Gims :
« Tamura a l’ADN du manga, ce n’est pas mon cas. Il était important qu’un homme comme lui soit dans la boucle. Je lui propose des planches, des dessins, puis lui rajoute sa touche, sa magie. […] Je suis tombé amoureux de son dessin. »
Lors de la conférence à la Japan Expo, le rappeur a eu à cœur de prouver sa passion ancienne pour le 9e art nippon, avançant les inspirations de Devil’s Relics. « Pour le dessin, c’est comme Vagabond ou L’Habitant de l’infini. Au niveau technique, intrigue et scènes de combat, on se rapproche de Hunter X Hunter », résume-t-il citant des œuvres majeures du manga de samouraï des années 1990 et un shonen nekketsu, manga d’aventures pour adolescents, des plus emblématiques. Pour l’atmosphère, le chanteur décrit « un dessin réaliste, une ambiance comme dans Ken le survivant, où le désespoir est total ».

   


En ouvrant le premier tome, les lecteurs font connaissance avec Kaïs, le héros, un jeune homme qui tente de survivre dans un monde dystopique, désolé et inique où le nombre de laissés-pour-compte est grandissant et les autorités corrompues. Extrêmement fort physiquement, le jeune homme gagne quelques billets dans des combats clandestins pour aider sa tante qui l’a élevé, malgré son dégoût pour la violence. Il peut toutefois compter sur l’amitié de son amie Milena et l’admiration du jeune Magnum.
Une mécanique huilée
Dès les premières pages, le ton est donné : il s’agit bien d’un manga d’aventures sombre et de combat. Yoshiyasu Tamura exécute un dessin racé et nerveux ; chaque personnage a d’ores et déjà un style et une personnalité distincts. Kaïs est un personnage plutôt froid auquel il est difficile de s’identifier, bien que les auteurs commencent à l’ébrécher et donnent l’espoir de plus de sentiment. Les 190 premières pages visent avant tout à poser un décor, et il faudra attendre le tome 2 pour voir quelles perspectives offre l’histoire, ce qui n’est pas si rare dans le manga.

   


Pour atteindre ce résultat et envisager de délivrer trois tomes par an, une mécanique huilée s’est mise en place autour des éditeurs de Glénat. « Pour chaque tome, nous faisons une grosse réunion tous ensemble dans nos locaux qui peut durer plusieurs heures. Darcy et Gims expliquent la trame narrative, et nous les aidons pour que cela colle au style shonen qu’ils veulent insuffler, détaille Erwan Roux. Ensuite, Jean-David Morvan adapte cette trame en script. Une fois que celui-ci est validé par les frères et Glénat, nous traduisons en japonais le script pour ensuite l’envoyer à M. Tamura, qui réalise le dessin avec ses assistants. » Le responsable éditorial assure :
« Maître Gims et Darcy s’impliquent à n’importe quelle étape pour répondre aux questions, donner des détails sur les décors, les tenues, résoudre des ambiguïtés. »

   


Des références aux mangas dans sa musique
Si la démarche de Maître Gims a pu intriguer les lecteurs de manga, les fans du rappeur n’ont pas forcément été étonnés par ce projet. Celui-ci s’est souvent exprimé sur sa passion pour One Piece ou Naruto, des locomotives du manga qu’il affirmait suivre religieusement, en lisant des copies pirates pour ne pas avoir à attendre une sortie française tardive. A Canal+, il expliquait en 2013 à propos de ces séries :
« Je m’inspire pas mal des mangas… ça m’inspire tout ça, toute cette folie, ce monde déconnecté. Parce que je suis un peu perché, je suis un geek, quoi. »
Ça et là, plusieurs de ses titres comportent des références et des clins d’œil aux héros de fiction japonais. Ainsi, Wati Bon Son de Sexion d’Assaut mentionne le village de l’apprenti ninja Naruto : « Paris, c’est Konoha, bande d’imbéciles, voilà les ninjas. » L’un de ses surnoms, Meugiwara, est d’ailleurs à rapprocher de celui du héros de One Piece Luffy Mugiwara.

L’ancien pilier de la Sexion d’Assaut n’a pas besoin de percer dans le manga pour connaître notoriété et fortune, mais Glénat et Fayard ont décidé de faire de la sortie de Devil’s Relics un gros lancement, à plus de 50 000 exemplaires. Une telle tête d’affiche pourrait aussi garantir de belles ventes, comme cela a été le cas pour l’éditeur novice en manga Michel Lafon avec Ki & Hi, du très populaire youtubeur Kevin Tran. Gageons que, de son côté, Maître Gims appliquera pour le manga sa philosophie en matière de réussite musicale : « Si ça ne marchait pas pour moi, j’aurais vraiment mal vécu les critiques. Mais en fait, là, ça ne m’atteint pas. La seule chose qui m’intéresse, c’est : “Est-ce que les gens aiment ce que je fais ou non ?” »
« Devil’s Relics », de Darcy, Maître Gims, Yoshiyasu Tamura, Jean-David Morvan, Editions Glénat et Fayard, tome 1, 192 pages, 6,90 euros.

        Portrait :
         

          Maître Gims à l’école de la variété







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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-13"> ¤ Claro est baa-tououououm, baa-rououououmm, rouououmm, rouou­oum ! par la lecture de « MOAB », de Jean-Yves Jouannais.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-13"> ¤                     
                                                   
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Le feuilleton. Accrochages

Claro est baa-tououououm, baa-rououououmm, rouououmm, rouou­oum ! par la lecture de « MOAB », de Jean-Yves Jouannais.



LE MONDE DES LIVRES
 |    31.10.2018 à 12h05
 • Mis à jour le
31.10.2018 à 12h13
    |

                            Claro (Ecrivain et traducteur)








                        



                                


                            
MOAB. Epopée en 22 chants, de Jean-Yves Jouannais, Grasset, 288 p., 19 €.

Il y aurait deux façons de définir la matière d’un livre. La première consisterait à dire qu’il est la somme de tous les mots que l’auteur a ordonnés. La seconde, qu’il est la somme de tous les mots que l’auteur a ordonnés. A première vue, n’est-ce pas, la différence entre ces deux conceptions ne crève pas les yeux. Il est vrai qu’on a oublié une petite précision. On a négligé de préciser que, dans le second cas, les mots ordonnés par l’auteur ne sont pas de lui. Ainsi, un livre composé uniquement de citations, un livre fonctionnant sur le collage, entrerait dans la seconde catégorie – tout en étant néanmoins conforme à la définition de la première catégorie. En serait-il moins, pour autant, le livre d’un auteur ? Serait-il moins riche en intentions ? Moins percutant dans ses effets ? Moins cohérent ? L’acte consistant à choisir une phrase – parmi une infinité de phrases – n’est-il pas un geste aussi fort, à sa manière, que l’acte consistant à en forger une ? Avancer que copier c’est créer peut bien sûr être considéré comme un énoncé sujet à caution – mais en ce cas, cela reviendrait à nier un des fonctionnements essentiels de l’art, qui a toujours procédé par citation et montage.
Prenons deux exemples : Le Bref Eté de l’anarchie, de Hans Magnus Enzensberger (Gallimard, 1975) et Stalingrad : description d’une bataille, d’Alexander Kluge (Gallimard, 1966). Ces deux ouvrages ont pour point commun d’être tous deux composés d’énoncés prélevés ailleurs – mais ils n’en sont pas moins signés d’un nom unique. J’emprunte moi-même ces deux exemples à la postface qu’a écrite Jean-Yves Jouannais à son propre livre, MOAB, exemples qu’il donne afin de signaler non sans une certaine humilité que l’Epopée en 22 chants qu’il nous offre n’est pas sans précédent.
Donc,...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-14"> ¤ La chronique de Roger-Pol Droit, à propos de « La Sagesse espiègle », d’Alexandre Jollien.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-14"> ¤                     
                                                   
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Figures libres. Vainqueur par chaos

La chronique de Roger-Pol Droit, à propos de « La Sagesse espiègle », d’Alexandre Jollien.



LE MONDE DES LIVRES
 |    31.10.2018 à 12h00
 • Mis à jour le
01.11.2018 à 14h54
    |

                            Roger-Pol Droit








                        



                                


                            
La Sagesse espiègle, d’Alexandre Jollien, Gallimard, 224 p., 18 €.

« Quand on philosophe, il faut descendre dans l’antique Chaos et se trouver bien là. » Wittgenstein l’a dit. Alexandre Jollien* le rappelle, mais il transforme la portée de cette proposition. Car la descente, pour lui, ne consiste pas à plonger sous les usages habituels des mots. Son chaos est celui des pulsions, des angoisses, de l’abandon, du mépris de soi. Et « philosopher » ne veut plus dire démontrer ou démonter des échafaudages conceptuels. C’est bien plus : s’extirper des tourments d’un corps atteint, accéder à une forme de sérénité. Bref, devenir sage.
Mais comment ? En suivant quel chemin ? Au long d’une vingtaine d’années et d’une dizaine de livres, depuis Eloge de la faiblesse (Cerf, 1999) jusqu’à Vivre sans pourquoi (Seuil/L’Iconoclaste, 2015), en passant par Le Philo­sophe nu (Seuil, 2010), ces questions taraudent Alexandre Jollien. Il expérimente, tâtonne, tombe et repart, mettant ses pas dans ceux de Marc Aurèle, de Spinoza, de Nietzsche, de maîtres bouddhistes. Entre autres…
Sa singularité : tenter de vivre leurs enseignements, au lieu de se contenter de les lire. Les exercices spirituels, pour lui, ne sont pas un genre littéraire, mais bien un entraînement réel, physique et affectif, une endurance quotidienne. Il désire la sagesse en acte, comme guérison, comme « grande santé », comme salut. Et il ne fait pas semblant.
Ce qui explique l’attachement de multiples lecteurs. Si étranges en effet que soient ses itinéraires, ses expérimentations, parfois même ses découragements, tous sont marqués au sceau de la sincérité. Celle-ci prend dans son nouveau livre, La Sagesse espiègle, une teinte plus sombre que le titre ne le laisse supposer. Car elle n’est pas très joyeuse, cette descente dans la dépression, le désespoir, l’addiction sexuelle. Le chercheur de...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-15"> ¤ La chronique de Barbara Cassin, à propos de « Rien d’autre sur terre », de Conor O’Callaghan.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-15"> ¤                     
                                                   
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Premier roman. Que croire en Irlande ?

La chronique de Barbara Cassin, à propos de « Rien d’autre sur terre », de Conor O’Callaghan.



LE MONDE DES LIVRES
 |    31.10.2018 à 11h57
 • Mis à jour le
31.10.2018 à 12h08
    |

                            Barbara Cassin (de l'Académie française)








                        



                                


                            
Rien d’autre sur terre (Nothing on Earth), de Conor O’Callaghan, traduit de l’anglais (Irlande) par Mona de Pracontal, Sabine Wespieser, 272 p., 21 €.

Une gamine, crasseuse, maigreuse et bien trop belle, débarque un soir chez un prêtre irlandais. Elle vient d’une drôle de famille, logée dans le pavillon-témoin d’un lotissement qui ne sort pas de terre. Ils avaient l’air d’être d’ici, mais comment ça ? En tout cas, maintenant, elle est sans voisins, sans famille, sans rien. Il y avait une mère, qui disparaît, la peut-être jumelle de la mère, qui disparaît aussi, et voilà le père, mettons professeur sans travail, qui vient de disparaître à son tour, juste comme s’ils changeaient de pièce. Disparus comme l’eau, comme l’électricité, comme la nourriture, naturellement et sans laisser de trace. Tout est normalement irréel, et il y a pourtant des bribes de réalité, des bains de soleil, une supérette, un dîner père-fille chez des voisins plus vides que nature, des ouvriers polonais amateurs de heavy metal, maisont-ils existé ? ­Surnage le nom d’un flic, Curtin, qui se confesse à la fin pour demander ou plutôt accorder pardon, comment savoir ? Des détails attestent la vérité de l’ensemble, on aimerait savoir à quoi croire.
Tache de sang sur le matelas
Impossible ! Tout ça est un récit de récit, un non-récit de non-récit. Il est, au final, raconté, comme confessé, par le prêtre. Ce prêtre qui n’a pas, qui ne pas, ça non. Lui, non, rien. Heureusement qu’il avait une vraie femme de ménage pour coucher la petite et lui expliquer, à lui curé, qu’elle a ses fleurs, sinon d’où viendrait la tache de sang sur le matelas repérée par les flics ? Mais la femme de ménage est rentrée chez elle au lieu de rester comme prévu. Et la gamine, que les gendarmes ont laissée dormir chez lui, a frappé à la chambre du Père (on frappe beaucoup dans ces maisons), elle a tambouriné, appelé. Comment ouvrirait-il, voyons, lui qui ne pas ?
Elle...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-16"> ¤ Dans « Kanaky », Joseph Andras a enquêté sur Alphonse Dianou, tué en 1988 lors de l’assaut d’Ouvéa.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-16"> ¤                     
                                                   
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Un indépendantiste kanak ordinaire

Dans « Kanaky », Joseph Andras a enquêté sur Alphonse Dianou, tué en 1988 lors de l’assaut d’Ouvéa.



LE MONDE DES LIVRES
 |    31.10.2018 à 11h52
 • Mis à jour le
01.11.2018 à 16h50
    |

                            Gladys Marivat (Collaboratrice du « Monde des livres »)








                        



                                


                            
Kanaky. Sur les traces d’Alphonse Dianou, de Joseph Andras, Actes Sud, 304 p., 21 €.

Chercher le point de bascule, quand la personne que l’on croyait connaître devient quelqu’un d’autre. Telle est l’obsession au cœur du récit tortueux de Joseph Andras. Le héros de Kanaky est Alphonse Dianou – Kahnyapa Dianou, de son nom mélanésien. Du 22 avril au 5 mai 1988, sur l’atoll d’Ouvéa, en Nouvelle-Calédonie, cet indépendantiste de 28 ans a mené l’occupation d’une gendarmerie, au cours de laquelle quatre gendarmes ont été tués, puis une prise d’otages dans une grotte. L’intervention de l’armée française s’est soldée par 21 morts, dont 19 Kanak. Dont lui.

Qui était Alphonse Dianou ? Trente mois durant, l’écrivain, né en 1984, a mené l’enquête. Il a rencontré sa veuve et son fils, ceux qui l’ont connu ou étaient à ses côtés dans la grotte. De l’indépendantiste « sanguinaire » et « sans pitié » décrit dans la presse, l’écrivain ne retrouve rien. Ses proches évoquent un homme calme, admiratif de Gandhi et prônant la non-violence. Mélomane, ­ancien séminariste, Dianou finit par s’engager dans la lutte pacifique pour l’indépendance. Jusqu’au jour où il est arrêté lors d’une manifestation à Nouméa. A son compagnon de cellule, retrouvé par Andras, Dianou déclare : « Quand je sors de prison, je prends un fusil. »
Témoignages contradictoires
On peut reprocher à l’auteur du ­livre un parti pris en faveur des Kanak dans ses choix d’interviews. Il paraît l’assumer, rappelant que parmi les dizaines d’ouvrages sur Ouvéa, aucun n’a été écrit par un ­Kanak. Volontiers lyrique quand il décrit la cosmo­gonie traditionnelle, pleure avec ceux qu’il écoute ou fait revivre la grande révolte de 1878, Joseph Andras se montre aussi extrêmement précis dans les faits et propos rapportés. Ainsi des chapitres où il juxtapose des témoignages contradictoires, notamment sur la mort...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-17"> ¤ Un peu d’histoire à l’approche du référendum sur l’indépendance du territoire d’outre-mer, le 4 novembre. Frédéric Angleviel en signe une passionnante.
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Nouvelle-Calédonie, 3 200 ans plus tard

Un peu d’histoire à l’approche du référendum sur l’indépendance du territoire d’outre-mer, le 4 novembre. Frédéric Angleviel en signe une passionnante.



LE MONDE DES LIVRES
 |    31.10.2018 à 11h44
 • Mis à jour le
01.11.2018 à 16h50
    |

                            Florent Georgesco








                        



                                


                            
La France aux antipodes. Histoire de la Nouvelle-Calédonie, de Frédéric Angleviel, Vendémiaire, « Chroniques », 394 p., 25 €.

Frédéric Angleviel, qui a longtemps enseigné à l’université de la Nouvelle-Calédonie (Nouméa), est historien, spécialiste de l’Océanie francophone. Il publie La France aux antipodes. Histoire de la Nouvelle-Calédonie, première synthèse générale de l’histoire de la collectivité française de Mélanésie, appelée à se prononcer par référendum, le 4 novembre, sur son indépendance.

Que sait-on des premiers habitants de la Nouvelle-Calédonie ?
L’archipel a commencé à être peuplé il y a 3 200 ans, par de petits groupes de personnes originaires d’Asie du Sud-Est qu’on appelle les « Austronésiens ». Mais il n’y avait pas d’écriture, donc c’est une histoire difficile à connaître. Ce que l’on peut dire, à partir des travaux des archéologues, c’est que, jusqu’à l’an mille de notre ère, il y avait une population assez faible, évidemment arrivée par la mer, qui s’est d’abord installée sur les rivages, puis, progressivement, dans l’intérieur de la Grande Terre [l’île principale de l’archipel calédonien].
Ensuite, la population s’accroît. Il y a une intensification de l’agriculture. On commence à aller chercher l’eau dans les montagnes, avec un système de tuyaux et de terrasses : les tarodières irriguées. L’organisation politique devient plus complexe, plus hiérarchisée. Certaines tribus se regroupent en grandes chefferies.
Peut-on, à partir de cette mutation, commencer à parler de peuple kanak ?
L’un des principaux archéologues de la Nouvelle-Calédonie, Christophe Sand, considère en effet que c’est à ce moment-là qu’apparaît le « complexe culturel traditionnel kanak ». Mais le mot n’est alors utilisé que par les Européens, qui ont appelé les habitants ainsi quand ils sont...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-18"> ¤ Le Moyen Age ne condamnait pas à tort et à travers, explique l’historienne Claude Gauvard, qui démontre le lien entre sentence de mort et affirmation de l’Etat.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-18"> ¤                     
                                                   
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Histoire. Peine capitale, pas si médiévale

Le Moyen Age ne condamnait pas à tort et à travers, explique l’historienne Claude Gauvard, qui démontre le lien entre sentence de mort et affirmation de l’Etat.



LE MONDE DES LIVRES
 |    31.10.2018 à 11h34
 • Mis à jour le
31.10.2018 à 11h44
    |

                            Marie Dejoux (Historienne et collaboratrice du « Monde des livres »)








                        



                                


                            

Condamner à mort au Moyen Age, de Claude Gauvard, PUF, 368 p., 24 €.
Trente-sept ans après l’abolition de la peine de mort en France, le titre du nouveau livre de Claude Gauvard, Condamner à mort au Moyen Age, fait instantanément surgir de sombres images. Celle des pendus de François Villon, ou des roués et des écartelés en place publique, visions d’horreur d’un Moyen Age par essence cruel et violent. Pourtant, la roue et l’écartèlement sont, comme les sorcières, davantage modernes que médiévaux. Sans doute sommes-nous influencés par la vision fantasmée des médiévaux eux-mêmes, qui aimaient à orner les tympans de leurs églises de spectaculaires décapitations de martyrs.

Dans cet ouvrage longtemps attendu, Claude Gauvard, née en 1942, spécialiste de l’histoire de la justice et de la criminalité (et auteure, notamment, du Dictionnaire de l’historien, avec Jean-François Sirinelli, PUF, 2015), invite à revoir nos préjugés, à commencer par la fréquence des exécutions capitales au Moyen Age. Certes, les sources judiciaires sont peu bavardes avant le XIIIe siècle, mais les données rassemblées montrent que les exécutions – ordonnées pour punir des crimes ou de simples délits, comme le vol ou la fabrication de fausse monnaie – sont rares : une tous les quatre ans à Lyon et, dans les cas extrêmes que sont la Normandie ou le Comtat Venaissin, une par an, contre dix au Texas en 2018. A la peine capitale, le Moyen Age préfère une mort symbolique, le bannissement ou l’amende, voire la composition entre les parties, hors du tribunal.
Le public, garant de la bonne mise en œuvre du rituel
L’infamie du bourreau est elle aussi questionnée par l’au­teure. Essentiellement porteuse d’incapacité juridique, elle ne prive pas de reconnaissance sociale, comme le prouve le titre de « maître », souvent accolé à son nom. De même, le public, longtemps accusé de voyeurisme, retrouve...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-19"> ¤ L’historien embrasse l’histoire sociale de la capitale française comme haut lieu de l’amour et du sexe.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-19"> ¤                     
                                                   
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Pour Paris canaille, suivez Dominique Kalifa

L’historien embrasse l’histoire sociale de la capitale française comme haut lieu de l’amour et du sexe.



LE MONDE DES LIVRES
 |    31.10.2018 à 10h31
 • Mis à jour le
31.10.2018 à 10h49
    |

                            Pierre Karila-Cohen (Historien et collaborateur du « Monde des livres »)








                        



                                


                            
Paris. Une histoire érotique, d’Offenbach aux Sixties, de Dominique Kalifa, Payot, « Une histoire érotique », 300 p., 21 €.

Voici un beau livre qu’apprécieront les amoureux qui se bécotent sur les bancs publics comme les passants honnêtes qui leur jettent des regards obliques. Les uns et les autres comprendront en le lisant comment est né un imaginaire social encore très puissant, qui a fait de Paris une des capitales mondiales, voire la capitale mondiale, des passions éphémères ou plus durables, le lieu par excellence du baiser amoureux, des liaisons adultères et de toutes les formes d’érotisme.
Cette association si puissante entre une ville, des sentiments et des pratiques a trouvé un historien en la personne de Dominique Kalifa, qui livre avec ce Paris une étude aussi minutieuse que plaisante. Délaissant l’univers du crime et des bas-fonds qu’il a inlassablement parcouru pendant plus de vingt-cinq ans (L’Encre et le Sang, Fayard, 1995 ; Les Bas-Fonds, Seuil, 2013 ; Tu entreras dans le siècle en lisant Fantômas, Vendémiaire, 2017…), ce grand spécialiste d’histoire culturelle, s’il aborde ici une thématique en apparence plus légère, continue de décortiquer avec finesse les ressorts méconnus de nos sociétés contemporaines.
Les portes cochères
Pour Dominique Kalifa, l’imaginaire social liant Paris à l’amour et au sexe s’est construit au cours du siècle qui sépare les travaux d’Haussmann, dans les années 1850, aux nouvelles transformations de Paris réalisées durant les années 1960. Dans le Paris du Second Empire, cafés, boulevards, bois et jardins constituèrent des lieux de rencontre que les romans, la presse et même certains guides touristiques ne cessèrent de mettre en scène. Bals populaires et bals de société connurent un apogée dans cette seconde moitié du siècle, entraînant liaisons, mariages et séparations.
Au-delà, c’est une véritable...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-20"> ¤ Dans « Isidore et les autres », l’écrivaine a trouvé le ton juste, doux-amer, pour incarner le benjamin d’une famille névrosée.
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Camille Bordas fait son jeune homme

Dans « Isidore et les autres », l’écrivaine a trouvé le ton juste, doux-amer, pour incarner le benjamin d’une famille névrosée.



LE MONDE DES LIVRES
 |    31.10.2018 à 10h14
 • Mis à jour le
31.10.2018 à 10h23
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                            Florence Bouchy (Collaboratrice du « Monde des livres »)








                        



                                


                            
Isidore et les autres, de Camille Bordas, Inculte, 414 p., 19,90 €.

Sur le plan scolaire, les cinq premiers enfants de la famille Mazal peuvent être considérés comme des surdoués. Ils remplissent des dossiers de candidature en classe prépa quand les enfants de leur âge sont encore au collège. Ils cherchent un nouveau sujet de thèse à peine leur premier doctorat obtenu. Rien ne leur plaît tant, lorsqu’ils sont réunis, que d’organiser une « soirée condescendance ». Quoi de plus drôle, eneffet, que de pointer l’étroitesse d’esprit de ceux qui n’ont jamais lu Aristote, Deleuze et Bourdieu ? Ou de relever les naïvetés et maladresses d’un photographe amateur qui ne connaîtrait pas en détail l’histoire de l’art ? Sûrs de leur bon goût comme de leur intelligence, ils ne doutent pas un instant de leur capacité à réussir leur vie. Aucune difficulté ne devrait leur résister, puisqu’ils ont toutes les clés pour comprendre le monde qui les entoure. Encore faudrait-il, bien sûr, qu’ils y prêtent attention. Le réel, on s’en doute, va se rappeler à eux avec brutalité.
La satire pourrait s’annoncer féroce. Elle est, sous la plume de Camille Bordas, douce-amère. Comme si l’auteure réévaluait, plutôt qu’elle ne les reniait, des codes et des valeurs qu’elle avait elle-même, un temps, adoptés. Ni anti-intellectualiste ni empreint d’excessifs bons sentiments, Isidore et les autres est tout simplement un roman vivifiant. Un texte en apparence léger, qui ausculte pourtant avec une généreuse lucidité la façon dont chacun des personnages – chacun de nous, aussi bien – organise le passage des livres à la vie, et inversement. Si la culture académique et sa prétention à tout expliquer sont égratignées, la tonalité du roman n’est en rien désenchantée. Le tableau que la jeune romancière (née en 1987) brosse de cette famille d’intellectuels névrosés, mal à l’aise avec les émotions, est suffisamment impressionniste...




                        

                        

