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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-1"> ¤ Les élections de mi-mandat, qui ont lieu mardi 6 novembre, ne sont guère favorables au président en place. Les bons résultats économiques et la cote de popularité de Donald Trump ne devraient rien y faire, analyse Mathieu Gallard, directeur d’études chez Ipsos, dans une tribune au « Monde ».
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Etats-Unis : Donald Trump face à la malédiction des midterms

Les élections de mi-mandat, qui ont lieu mardi 6 novembre, ne sont guère favorables au président en place. Les bons résultats économiques et la cote de popularité de Donald Trump ne devraient rien y faire, analyse Mathieu Gallard, directeur d’études chez Ipsos, dans une tribune au « Monde ».



LE MONDE
 |    05.11.2018 à 18h00
    |

Mathieu Gallard (Directeur d’études au sein du département Public Affairs d’Ipsos France)







                        



                                


                            

Tribune. Si on en croit le grand révolutionnaire et scientifique américain Benjamin Franklin, « en ce monde, rien n’est certain, à part la mort et les impôts ». A ce duo, on pourrait presque ajouter la défaite du président américain lors des élections de mi-mandat : depuis 1860 et la mise en place du duopole partisan entre démocrates et républicains, 37 des 40 midterms se sont soldées par un recul du parti du président à la Chambre des représentants, le seul organe du pouvoir à être intégralement renouvelé lors de ces scrutins.
Les deux dynamiques menant à cette implacable mécanique électorale ont depuis longtemps été mises en lumière par les analystes américains. La première concerne les électeurs, globalement peu intéressés par la politique mais qui se rendent aux urnes lors de l’élection présidentielle du fait de l’importance de l’enjeu. Ayant peu d’attaches idéologiques ou psychologiques pour un parti, ils ont tendance à voter pour le candidat qui est favorisé par le contexte dans lequel se déroule l’élection (enjeux de la campagne, situation économique ou internationale, qualités personnelles des candidats, etc.), et votent dans la foulée pour les candidats de son parti au Congrès. Deux ans plus tard, ces électeurs tendent à s’abstenir lors des midterms, conduisant à une perte sèche de voix pour les candidats du parti du président à la Chambre et au Sénat.
La seconde dynamique touche les électeurs indépendants et modérés qui hésitent entre les démocrates et les républicains. Cet électorat vote sur le bilan du président, faisant des midterms un référendum sur son action. Mais les politologues ont aussi montré que, lors d’un scrutin traditionnellement peu mobilisateur (entre 37 % et 42 % de participation depuis 2002), ce sont surtout les électeurs mécontents qui se rendent aux urnes, les satisfaits étant par nature plus apathiques.
Ces explications permettent de saisir l’aspect presque...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-2"> ¤ A travers sa lutte contre les pratiques de la Chine et son positionnement contre l’immigration et le « politiquement correct », Donald Trump séduit les classes populaires américaines, rappelle le politologue Yannick Mireur dans une tribune au « Monde ».
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« Immigration et combativité commerciale sont les deux piliers du succès politique de Trump »

A travers sa lutte contre les pratiques de la Chine et son positionnement contre l’immigration et le « politiquement correct », Donald Trump séduit les classes populaires américaines, rappelle le politologue Yannick Mireur dans une tribune au « Monde ».



LE MONDE
 |    05.11.2018 à 18h00
 • Mis à jour le
05.11.2018 à 18h03
    |

Yannick Mireur (politologue, fondateur de la revue ­ « Politique américaine »)







                        



                                


                            
Tribune. Les incertitudes électorales du 6 novembre ne doivent pas cacher le véritable enjeu de ces élections de mi-mandat : le destin américain et une possible réélection de Donald Trump en 2020, appuyée sur de solides ressorts que soutient la bonne santé de l’économie.
On connaît tout désormais du caractère du président américain : narcissisme, affabulations, inculture, absence de toute pensée historique et stratégique. Il faut cependant reconnaître une cohérence dans ses orientations et la rupture avec les élites politiques qu’il revendique à travers elles. Là sont les raisons d’une longévité qui pourrait surprendre, notamment si l’on oublie la reconduction de George W. Bush en 2004 malgré le désastre de l’invasion de l’Irak, avalisée par le Tout-Washington. Donald Trump prend aux tripes ses partisans comme ses adversaires, mais le recadrage commercial qui l’obsède ne ressemble pas à cette folie.

Répondant légitimement aux deux sources du malaise américain depuis vingt ans sur le devenir de l’Amérique comme nation et comme économie, immigration et combativité commerciale sont les deux piliers de son succès politique auprès d’un électorat populaire dont les craintes ne sont pas imaginaires. La stagnation du salaire médian depuis deux décennies et le double choc du numérique et de la mondialisation nourrissent une perte de repères à laquelle Donald Trump donne la réponse tant attendue dans des milieux qui se sentaient abandonnés par les alternances successives depuis Reagan. En bref, M. Trump sait d’instinct parler à l’Amérique « country » qui a le blues, où Hillary Clinton sonne faux et Barack Obama semblait tomber de la lune.
La fermeté paie
Les mesures tarifaires déjà prises ou annoncées pour combattre les pratiques déloyales de l’Etat-parti chinois, aussi discutables soient-elles, notamment parce que les Etats-Unis ne représentent que 5 % environ des exportations chinoises, tranchent avec les vaines complaintes sur...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-3"> ¤ Pourquoi les hommes portaient-ils des tuniques courtes au XIIe siècle ? Comment le noir est-il entré dans nos garde-robes ? Ce nouvel ouvrage offre une plongée dans l’histoire du vêtement.
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« Au Moyen Age, une tendance mode durait un siècle et demi »


                      Pourquoi les hommes portaient-ils des tuniques courtes au XIIe siècle ? Comment le noir est-il entré dans nos garde-robes ? Ce nouvel ouvrage offre une plongée dans l’histoire du vêtement.



LE MONDE
 |    05.11.2018 à 14h34
 • Mis à jour le
05.11.2018 à 16h16
    |

                            Elvire von Bardeleben








   


Depuis environ cinq ans, les livres de mode ont tendance à se résumer à des panégyriques des marques de luxe sur leur propre histoire. Dans ce contexte, qu’il est rafraîchissant de tomber sur l’Histoire des modes et du vêtement, gros volume rose saumon de 504 pages, qui ambitionne de raconter les tenues des hommes, femmes et enfants du Moyen Age à nos jours ! Le projet est mené par Denis Bruna et Chloé Demey, respectivement conservateur en chef et responsable du pôle éditions et images du Musée des arts décoratifs. Pour cet ouvrage titanesque, ils se sont entourés de jeunes chercheurs à qui ils ont donné une consigne : s’adresser à un public de non-spécialistes.
Comment ce livre est-il né ?
Chloé Demey : Jusqu’à présent, il existait des ouvrages retraçant l’évolution des styles et des formes des vêtements, mais aucun ne les remettait dans leur contexte. On voulait faire un livre de mode d’historiens, nourris par les sciences humaines, les gender studies, les travaux de Michel Pastoureau sur les couleurs ou ceux de Georges Vigarello sur l’histoire du corps. Ne pas faire la synthèse de bibliographies existantes, mais repartir aux sources, travailler sur les inventaires après décès ou des recueils de comptes pour les périodes les plus anciennes (les XIVe ou XVe siècles), ou plus tard sur les catalogues de grands magasins (début du XXe) pour voir ce qui était proposé à la vente plutôt que de se fonder sur les images véhiculées par les magazines, qui sont déjà une forme de propagande.
Denis Bruna : Je dis souvent à mes étudiants : comparez les gens que vous croisez dans le métro avec les images qu’on trouve dans Vogue ! Vous verrez rarement de ressemblance. C’est pareil avec les enluminures du XVe siècle. Il est peu probable qu’elles reflètent la manière dont on s’habillait à l’époque.
Pourquoi débuter avec le XIVe siècle ?
D. B. : Remonter à l’Antiquité aurait été aventureux, car les sources écrites sont lacunaires et celles visuelles ne permettent pas de porter l’analyse au-delà de la description. Et puis les hommes et les femmes sont vêtus de la même manière en Occident jusque vers les années 1330. Enfin, c’est vers 1390 qu’apparaît le mot « mode » employé au féminin.
Peut-on faire une lecture synthétique de l’histoire des modes ?
D. B. : Plutôt cyclique. Une mode apparaît pour contredire celle déjà en place. D’abord elle choque, puis se diffuse, jusqu’à être chassée par une autre. C’était déjà vrai au Moyen Age. Au XIIe siècle par exemple, la mode est au vêtement court pour les hommes. Quand les tuniques longues arrivent, on s’indigne parce que les hommes s’habillent comme les femmes. Le long finit par s’imposer, jusqu’au XIVe siècle, où le pourpoint court fait son retour ! Il est alors décrié par les religieux et le roi Charles V. Puis il se généralise, sans doute grâce aux jeunes qui l’ont adopté vers 1330-1340.
C. D. : Une tendance durait un siècle et demi, alors que, maintenant, quelques années suffisent.
D. B. : Mais on a sans doute raté quelques épisodes au Moyen Age faute de documents !

   


Y a-t-il des périodes plus difficiles à appréhender ?
C. D. : Alors que nous avons pas mal de sources visuelles et textuelles au Moyen Age, le XVIIe siècle est curieusement assez pauvre : l’iconographie n’est pas flatteuse, avec beaucoup de gravures sans couleur. Et la cour de France avait la particularité par rapport aux autres pays européens de ne pas garder les vêtements de la famille royale. Quand Marie-Antoinette changeait de garde-robe tous les six mois, tout son linge était récupéré, découpé, donné…
D. B. : Le XVIIe siècle est vraiment le parent pauvre dans l’histoire de la mode, très peu de spécialistes se sont penchés dessus alors qu’il y a eu un renouveau des études sur toutes les autres époques.
L’histoire de la mode se consacre-t-elle autant aux hommes qu’aux femmes ?
D. B. : C’est assez équitable jusqu’à la fin du XVIIIe siècle, quand la mode masculine est devenue sombre et sobre. Beaucoup d’ouvrages, de collectionneurs et de musées ont dès lors cessé de s’y intéresser, parce qu’elle n’était plus spectaculaire. Ce manque d’intérêt a perduré jusqu’au milieu du XXe siècle.

        Lire aussi :
         

                Le vêtement porte-voix



L’histoire de la mode ne s’intéresse-t-elle qu’aux riches ?
D. B. : Elle a eu tendance à ne se consacrer qu’à l’aristocratie, avant de s’ouvrir à la bourgeoisie. Aujourd’hui encore, on parle surtout des grands créateurs. Notre but est d’aborder la mode de tous les groupes sociaux. Quand on n’y est pas arrivé, comme au XVIe siècle par exemple, on l’a signalé.
C. D. : Cela demande de travailler autrement, de fouiller sur eBay à la recherche de photos de famille, de cartes postales ou de vieilles publicités… On a aussi regardé la manière dont on rangeait le vêtement, du XIVe siècle à nos jours. Du coffre au dressing.
Comment mesurer la vie du vêtement ?
D. B. : En s’intéressant à toutes les étapes : production du matériau, fabrication, port, usage, abandon. On évoque l’importance du marché de la fripe de la fin du Moyen Age jusqu’au XIXe siècle. Un aristocrate vendait ses vieux vêtements à la petite noblesse ou à la bourgeoisie, satisfaite d’acquérir une tenue de cour, même si elle était un peu désuète. La fripe a permis la diffusion des modes.
C. D. : Ce qui ne trouve pas sa place côté fripe devient chiffon. Ou un don dans les églises, retaillé pour habiller les statues de la vierge ou de saints.

   


Dans quelle mesure la mode est-elle sensible à son époque ?
D. B. : Elle l’était particulièrement au XVIIIe siècle, les journalistes de mode aimaient vraiment lier un vêtement à l’actualité. La guerre d’indépendance de l’Amérique, le premier vol de ballon en 1783, la prise de la Bastille… autant d’événements qui se retrouvent sur des boutons ou des éventails. Dans les magazines, on trouve des « robes de la Convention », des « robes de la Constituante »…
Quel est le sens des citations de la Bible, Erasme, Balzac et Henri Michaux en exergue ?
C. D. : Elles signifient toutes le même rapport entre le vêtement et celui qui le porte : l’habit fait l’homme. C’est amusant de voir Michaux dire la même chose qu’Erasme à cinq cents ans de différence. Ça montre une certaine constance.

        Lire aussi :
         

                Où l’on apprend que Diderot prenait la mode au sérieux



D. B. : Dans notre société occidentale de culture judéo-chrétienne, le vêtement vient toujours de la faute. Adam et Eve vivaient nus au paradis ; lorsqu’ils en ont été chassés, Dieu leur a donné des tuniques. Jusqu’au XVIIIe siècle planait l’idée que le vêtement devait être aussi discret que possible, car c’était un rappel permanent du péché. Mais l’envie de se singulariser par le vêtement a toujours été plus forte, c’est le sens de la mode.
Histoire des modes et du vêtement, éd. Textuel, 504 pages, 55 euros. Parution le 7 novembre.



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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-4"> ¤ Pour l’universitaire Pierre Guerlain, dans une tribune au « Monde », c’est le capitalisme financier qui est à l’origine des vagues migratoires, la gauche ne doit pas se tromper de cible.
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« Il est problématique d’éliminer la question sociale dans la réflexion sur les migrations »

Pour l’universitaire Pierre Guerlain, dans une tribune au « Monde », c’est le capitalisme financier qui est à l’origine des vagues migratoires, la gauche ne doit pas se tromper de cible.



LE MONDE
 |    05.11.2018 à 13h55
 • Mis à jour le
05.11.2018 à 15h23
    |

Pierre Guerlain (Professeur émérite en études américaines, université Paris-Nanterre)







                        



                                


                            
Tribune. Le président élu au Mexique, Andrés Manuel Lopez Obrador « AMLO », un homme de gauche, vient de faire une déclaration sur la caravane des migrants en provenance du Honduras. Il a dit qu’il fallait respecter les droits humains pour ces migrants et leur donner du travail. Il est donc opposé aux politiques de Trump qui pense pouvoir apporter une « solution » militaire aux migrations. « AMLO » a aussi ajouté qu’il fallait travailler à créer les conditions socio-économiques pour que les migrants puissent trouver « le bonheur là où ils sont nés ». La solution au « problème migratoire » est, dit-il, dans un plan de développement pour l’Amérique latine.

Cette position conjugue les deux volets de ce qu’une politique juste devrait être. « AMLO » comprend que traiter dignement des migrants ne suffit pas et qu’il faut intervenir sur les causes des migrations. En d’autres termes, la migration doit être appréhendée à deux niveaux, celui de l’urgence humanitaire mais aussi celui du capitalisme mondialisé et de son cortège d’injustices.
Dans le cas des Amériques, les raisons qui poussent des populations à vouloir fuir sont complexes et conjuguent l’oppression politique et la misère. Dans le cas du Honduras, les migrations sont directement liées aux interventions des Etats-Unis. Si l’Alena [l’accord de libre-échange nord-américain] détruit les bases de l’agriculture mexicaine, elle provoque des vagues migratoires. La position du futur président mexicain est celle d’une gauche exemplaire, humaniste et critique du capitalisme financier.
Rhétorique du bouc émissaire
En Allemagne, Sahra Wagenknecht [vice-présidente du parti Die Linke (« la gauche »)] défend des positions similaires qui sont régulièrement caricaturées en positions dites antimigrants. Le Monde a parlé de « gauche antimigrants ». Wagenknecht explique pourtant qu’elle refuse le racisme, qu’elle est favorable...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-5"> ¤ Editorial. Une poussée démocrate aux élections de mi-mandat signifierait que le débat n’est sans doute pas clos entre deux visions d’un destin américain
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« Midterms »: un scrutin lourd d’enseignements

Editorial. Une poussée démocrate aux élections de mi-mandat signifierait que le débat n’est sans doute pas clos entre deux visions d’un destin américain



LE MONDE
 |    05.11.2018 à 11h25
 • Mis à jour le
05.11.2018 à 15h12
   





                        



Editorial du « Monde ». Mardi 6 novembre dans la soirée, les Etats-Unis auront sans doute un élément de réponse à la question que se posent nombre de leurs concitoyens, majoritairement démocrates. Donald Trump n’a-t-il été, il y a deux ans, que le produit accidentel de circonstances – une adversaire, Hillary Clinton, usée par sa longévité politique et un électorat démocrate trop sûr de la victoire au point de se démobiliser assez pour perdre trois Etats déterminants ? Ou bien incarne-t-il au contraire le virage nationaliste d’une Amérique oublieuse de ses devoirs de grande puissance, obnubilée par la défense égoïste, coûte que coûte, de ses intérêts ?
Comme toujours pour un scrutin atomisé en des dizaines de courses singulières, où les questions internationales sont absentes, la prudence s’imposera lorsque l’on voudra en tirer des leçons. Il n’empêche. Si le champ de bataille du Sénat est outrageusement favorable aux républicains par le hasard du renouvellement partiel de cette année, une poussée démocrate à la Chambre des représentants, accompagnée par la conquête de postes de gouverneur et de législatures d’Etat signifierait que le débat n’est sans doute pas clos entre deux visions d’un destin américain : celle de Donald Trump, mercantile et brutale, et celle qui fut longtemps partagée par les modérés des deux camps, respectueuse de ses alliés et d’idéaux en partage, au-delà d’errements passés.
On le voit, rarement scrutin intermédiaire a eu autant à dire au monde. A commencer par les plus vieux alliés des Etats-Unis : les Européens. L’attente du résultat des midterms est à la mesure du fossé que Donald Trump a creusé en moins de deux ans d’égocentrisme désinvolte, obsédé par une vision étroitement comptable des équilibres transatlantiques.

        Notre analyse :
         

          « Midterms » : le bilan de Trump à l’épreuve des urnes



Une démocratie malade de ses schismes
Certes, il ne lui était pas interdit de questionner des liens dévitalisés par l’habitude et la routine, surtout après le peu d’intérêt manifesté pendant deux mandats par Barack Obama à ce Vieux Continent perclus de divisions. Mais son successeur n’a jamais cherché à accompagner ses critiques de la moindre esquisse de projet, manifestement ignorant d’une histoire commune que la commémoration du centenaire de la Grande Guerre, marquée par le premier grand engagement des Américains en dehors de leur continent, va lui rappeler dans quelques jours, à Paris.
Le verdict des urnes américaines va également intéresser ceux qu’inquiète la poussée opiniâtre, partout, de nationalismes étroits, souvent fondés sur le mépris des faits et des connaissances. Il livrera un diagnostic sur une démocratie certes malade de ses schismes – la tragédie de la synagogue de Pittsburgh, trop vite éclipsée par la campagne, l’a rappelé –, mais que de solides contre-pouvoirs, fondés sur le respect des autres, peuvent préserver des dérives qui affligent des nations moins confiantes dans leurs propres institutions.

        Nos explications :
         

          le président perd presque toujours, mais pas forcément sa majorité



Les élections de mi-mandat, enfin, donneront peut-être l’occasion aux démocrates américains de travailler à une autre voie, diamétralement opposée à celle de Donald Trump, pour ce qui concerne le partage de la richesse. Ou encore à la préservation d’un environnement menacé, que le président de la première puissance mondiale n’évoque jamais, comme si la barrière de l’indifférence pouvait durablement préserver son pays de la montée des périls climatiques. S’il était mené, demain, outre-Atlantique, un tel effort de redéfinition des enjeux et des solutions pourrait bénéficier à nombre de gauches et de centres gauches en Europe et dans le monde. A cet égard, la forte participation annoncée aux scrutins du 6 novembre, dans un pays qui ne vote que trop peu, en est un prélude prometteur.

        Nos explications :
         

          comment le « gerrymandering », ou « charcutage électoral », pèse sur l’élection américaine




Notre sélection d’articles sur les midterms 2018
Retrouvez les contenus de référence du Monde sur les midterms 2018.
Enjeux, majorités, scrutins… : tout savoir sur les élections de mi-mandat.Trump, Cour suprême, santé : ce qui motive les électeurs américains.La campagne des démocrates : le parti tente de mobiliser les électeurs en se concentrant sur des sujets de la vie quotidienne, comme l’assurance-santé.L’héritage Obama en question : « Personne chez les démocrates ne veut admettre qu’Obama n’a pas forcément été un bon président ».Trump électrise les électeurs républicains : Le président multiplie les déplacements pour présidentialiser les élections du 6 novembre.« Gerrymandering » : le « charcutage électoral », pèse sur l’élection américaine.Elections de mi-mandat : un nombre record de candidates.Midterms : les candidatures LGBT + en réponse aux attaques de l’administration Trump.Les nouveaux visages : Deb Haaland, Martha McSally, Amy McGrath, Beto O’Rourke, et Alexandria Ocasio-Cortez.Le vote des latinos : à Las Vegas, les syndicalistes de l’hôtellerie s’efforcent de mobiliser les Hispaniques contre la politique migratoire de Donald Trump.Noirs, Amérindiens, Latino-Américains : des citoyens privés de droit de vote aux Etats-Unis.Marijuana, droit de vote, santé, avortement : les Américains appelés aux urnes pour 155 référendums.Vidéo : qui va l’emporter aux élections américaines ?





                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-6"> ¤ Pour son président, le Forum de Paris sur la paix doit défendre le multilatéralisme dans un contexte international tendu.
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Justin Vaïsse : « Des résonances troublantes avec les années 1930 »

Pour son président, le Forum de Paris sur la paix doit défendre le multilatéralisme dans un contexte international tendu.



LE MONDE
 |    05.11.2018 à 11h05
 • Mis à jour le
05.11.2018 à 15h13
    |

            Marc Semo








                        



                                


                            
Président du Forum de Paris sur la paix, Justin Vaïsse, 45 ans, est historien et préside depuis 2013 le Centre d’analyse, de prévision et de stratégie du ministère des affaires étrangères. Il revient pour Le Monde sur les commémorations du 11-Novembre et sur les missions du forum, qui se tiendra dans la Grande Halle de La Villette, à Paris.
Que signifient ces commémorations ?
Nous allons commémorer un armistice dont le souvenir est ambigu : les armes se taisent sur le front occidental mais le règlement de Versailles inaugure une paix bancale qui dure à peine vingt ans. La Société des nations [SDN], amputée du soutien de l’Amérique, ne parvient pas, dans les années 1930, à réagir aux agressions des régimes autoritaires.
Nous ne revivons certes pas la même histoire, mais les résonances avec les années 1930 sont troublantes, et je crois que le président Macron y est sensible : à la suite d’une crise économique, les frontières se ferment, les guerres commerciales et monétaires menacent, migrants et réfugiés mettent les sociétés politiques sous tension, etc. Surtout, un cercle vicieux s’établit entre la montée des mouvements populistes et nationalistes d’un côté et la crise de la gouvernance mondiale de l’autre. Chacun pense qu’il s’en tirera mieux tout seul, en consolidant sa souveraineté. Mais ni le climat, ni Internet, ni les entreprises multinationales, ni les migrants ne connaissent de frontières.

C’est donc une illusion, mais qui a pour effet d’accentuer en retour l’impuissance de nos institutions et règles collectives. La conscience de ces périls explique aussi pourquoi tant de chefs d’Etat, de gouvernement et d’organisation internationale viennent le 11-Novembre, à Paris, et pourquoi ils participeront au Forum de Paris sur la paix, qui se tiendra dans la Grande Halle de La Villette.
Le traité de Versailles ne portait-il pas en germe cet échec ?
Sans aucun doute : « Une...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-7"> ¤ Même si le gouvernement a clarifié sa position à propos de la commémoration du ­11-Novembre, la polémique qui est née autour du rapport armée-nation mérite que l’on ouvre un débat de qualité, estime l’historienne Bénédicte Chéron dans une tribune au « Monde »
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11-Novembre : « Il n’y a pas de différence de nature entre le soldat de 1914 et celui de 2018 »

Même si le gouvernement a clarifié sa position à propos de la commémoration du ­11-Novembre, la polémique qui est née autour du rapport armée-nation mérite que l’on ouvre un débat de qualité, estime l’historienne Bénédicte Chéron dans une tribune au « Monde »



LE MONDE
 |    05.11.2018 à 08h00
 • Mis à jour le
05.11.2018 à 10h38
    |

Bénédicte Chéron (Historienne, spécialiste des relations armées-société)







                        



                                


                            
Tribune. Le 11 novembre, la France commémorera les 100 ans de l’armistice signé en 1918. Depuis 2011 dans la pratique et 2012 dans la loi, ce jour est aussi celui de l’hommage rendu à tous les militaires morts pour la France, y compris en opérations extérieures, et leurs noms peuvent être portés sur les monuments aux morts des communes. En 2011 également, a été décidée l’érection d’un monument spécifique aux morts en opérations extérieures, dont l’inauguration devrait enfin avoir lieu en 2019.
Ce tournant s’est produit alors que l’année 2011 a été la plus meurtrière pour l’armée française engagée en Afghanistan, avec 26 soldats défunts, dont 21 « morts pour la France ». Le sort réservé aux militaires des opérations extérieures s’est ainsi peu à peu rapproché de celui de leurs prédécesseurs, et notamment des combattants de la Grande Guerre.
Ces hommages, parce qu’ils résultent toujours d’un choix politique, doivent être concurrencés par d’autres formes de récits ; les historiens sont heureusement là pour établir les distinctions nécessaires à la compréhension des spécificités de chaque conflit armé. La continuité que ces signes tangibles établissent entre les soldats de 1914 et les militaires d’aujourd’hui, tout autant fondée sur des faits, mérite cependant d’être saluée.

Ces rites en effet viennent rappeler qu’il existe toujours des Français pour accepter de porter les armes, y compris dans ce que cet engagement comporte de plus tragique, et parfois même d’absurde. Ils obligent ceux pour qui l’épreuve du feu ne demeure qu’une expression théorique à se souvenir qu’elle est pour d’autres, encore, une réalité charnelle vécue en leur nom en raison de choix politiques collectifs.
Ces évolutions pourraient faire croire que l’identité combattante des armées a été largement clarifiée aux yeux des Français. Les chefs militaires, et en particulier le chef d’état-major des armées, le général François Lecointre, et...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-8"> ¤ Selon l’historien et spécialiste des questions mémorielles, Emmanuel Macron est plutôt dans la continuité de François Hollande dans son choix de « pacifier » les mémoires.
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Nicolas Offenstadt : « Le roman national est une croyance »

Selon l’historien et spécialiste des questions mémorielles, Emmanuel Macron est plutôt dans la continuité de François Hollande dans son choix de « pacifier » les mémoires.



LE MONDE
 |    05.11.2018 à 07h20
 • Mis à jour le
05.11.2018 à 10h49
    |

            Cédric Pietralunga








                        


Nicolas Offenstadt est maître de conférences habilité à l’université de Paris-I-Panthéon Sorbonne et spécialiste des questions mémorielles, et il est l’auteur de La Grande Guerre, carnet du centenaire (Ed. Albin Michel, 2013).
Revivifier le roman national, comme le souhaite Emmanuel Macron, a-t-il encore du sens au XXIe siècle ? N’est-ce pas un sujet dépassé pour les historiens ?
Le roman national est une croyance, et a peu à voir avec l’histoire comme discipline ou comme analyse critique du passé. C’est l’invention d’une continuité depuis les temps les plus reculés, l’invention d’une histoire toute droite ou presque, et une découpe valorisante dans le temps passé. On n’a pas à adhérer à un récit historique comme à un parti ou à une mutuelle. D’autant moins que les récits historiques sont souvent fragiles, partiels, soumis à révision.

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Revivifier le récit national pose la question de qui décide de son contenu. Est-ce le rôle d’un chef d’Etat ?
Il n’y a jamais eu un seul roman national, même si celui de la France comporte souvent les mêmes matrices, les mêmes thèmes, les mêmes épisodes. Il peut ainsi y avoir un roman national de « gauche », qui raconte une grande histoire émancipatrice qui serait spécifique à la France, en donnant à la Révolution française un rôle central. Mais ces discours et ces récits ne sont pas, heureusement, transposés directement dans les programmes scolaires, qui sont du domaine de compétence de l’institution éducative et doivent répondre à bien d’autres logiques.
Depuis deux ans, M. Macron a rendu hommage à Jeanne d’Arc, à Clemenceau, à Maurice Audin, etc. Quels sens donner à tout cela ? Le roman national de M. Macron n’est-il qu’un syncrétisme ?
Il faut distinguer deux choses. Il y a des passages obligés liés ou presque à la fonction présidentielle ou à celle d’élu, qui ne différencient pas Emmanuel Macron de ses prédécesseurs. Evoquer De Gaulle ou Clemenceau est banal et inscrit le locuteur dans « la continuité de l’Etat » qui est un devoir constitutionnel du président (article 5).
Il y a ensuite des choix plus affirmés. Sarkozy fit celui de l’instrumentalisation et de l’offensive identitaire. Hollande, en partie en réaction, fit celui de la « paix des mémoires », qu’il s’agisse de reconnaître des violences coloniales ou la place des mutins de la Grande Guerre dans l’histoire nationale.

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                Audin : le geste du président Macron



Macron me semble plutôt dans cette continuité, en reprenant la même notion de « pacifier » les mémoires. Reste à voir ce que sera la véritable articulation entre le « je prône le retour au récit national » (2017) et sa volonté d’une histoire attentive à la « globalité » et à la « complexité » (2016) dont témoigne sa déclaration ferme dans l’affaire Audin.
Lors de son « itinérance mémorielle », M. Macron compte glorifier la figure du poilu. Est-ce pertinent ?
Il n’y a rien de neuf ici. L’hommage aux soldats de la Grande Guerre, certes de manière plus ou moins intense, est constitutif de la mémoire nationale depuis 1919. Mais surtout en France depuis une trentaine d’années, le poilu est une véritable icône partagée par tout le spectre politique, qui suscite en outre d’innombrables pratiques culturelles et sociales : depuis les parodies des « reconstituteurs » jusqu’aux recherches généalogiques familiales, en passant les spectacles et les cérémonies. On se passionne ici pour les poilus du village, là pour les soldats fusillés, ailleurs encore pour les derniers morts de la guerre. C’est une icône démultipliable à l’infini, ou presque.

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                Macron au risque de l’arrogance






                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-9"> ¤ Laurence Nardon, spécialiste de l’Amérique du Nord à l’IFRI, rappelle dans une tribune au « Monde » qu’un nombre croissant d’économistes et de politiques, à gauche comme à droite, sont aujourd’hui partisans d’une politique économique plus favorable aux classes moyennes.
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« Aux Etats-Unis, les partisans du populisme économique vont devoir se structurer politiquement »

Laurence Nardon, spécialiste de l’Amérique du Nord à l’IFRI, rappelle dans une tribune au « Monde » qu’un nombre croissant d’économistes et de politiques, à gauche comme à droite, sont aujourd’hui partisans d’une politique économique plus favorable aux classes moyennes.



LE MONDE
 |    05.11.2018 à 07h15
 • Mis à jour le
05.11.2018 à 10h36
    |

Laurence Nardon (Directrice du programme Amérique du Nord de l'IFRI (Paris))







                        



                                


                            
Tribune. On s’étonne des revirements de la politique étrangère du président américain et de sa psychologie hors norme. Mais que dire des ambiguïtés de sa politique économique ? Le président Trump a fait campagne en 2016 sur un programme économique populiste, protectionniste et anti-élites, destiné à redonner des perspectives de mobilité sociale aux classes moyennes. Ses deux premières années de mandat révèlent pourtant une politique économique illisible.
D’un côté, son secrétaire au Trésor Steven Mnuchin met en œuvre dans la discrétion une vaste entreprise de dérégulation financière, achevant de vider de sa substance la loi Dodd-Frank qui avait tenté d’imposer des garde-fous à Wall Street au lendemain de la crise de 2008. De l’autre, Trump reste fidèle aux promesses de sa campagne, engageant une renégociation à marche forcée de l’accord de libre-échange nord-américain (Alena) et une guerre commerciale avec la Chine.
La réforme fiscale de décembre 2017 est emblématique de ce double positionnement : avantageuse pour les plus riches et les entreprises, elle contient néanmoins quelques mesures favorables aux classes moyennes, telles que le doublement du crédit d’impôt par enfant ou la création d’incitations fiscales pour les entreprises dans les régions désindustrialisées.

Surtout, l’aggravation du déficit budgétaire qu’elle devrait entraîner, avec un manque à gagner estimé à 1 445 milliards de dollars (environ 1 300 euros) sur dix ans, est contraire au principe d’orthodoxie budgétaire que l’establishment républicain s’était imposé depuis les années 1980.
Culture de l’avidité et ploutocratie
Cette confusion révèle une évolution du débat d’idées aux Etats-Unis. Il est vrai que, dans un pays où le coefficient de Gini mesurant les inégalités est revenu à son niveau record des années 1930, les économistes libéraux, qui défendent le principe de la dérégulation et du chacun pour soi comme conditions de l’efficacité de l’économie,...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-10"> ¤ La notation de référence du secteur bancaire pour évaluer les risques liés à un crédit doit être réformée en 2019. Présentée comme plus juste pour les consommateurs, elle répondrait surtout au souci de prêter davantage, estime l’économiste Paul Jorion dans sa chronique.
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« La notation du risque, faux nez de l’industrie bancaire »

La notation de référence du secteur bancaire pour évaluer les risques liés à un crédit doit être réformée en 2019. Présentée comme plus juste pour les consommateurs, elle répondrait surtout au souci de prêter davantage, estime l’économiste Paul Jorion dans sa chronique.



LE MONDE ECONOMIE
 |    05.11.2018 à 07h00
 • Mis à jour le
05.11.2018 à 10h17
    |

                            Paul Jorion (Economiste et anthropologue, Université catholique de Lille)








                        



                                


                            
Marchés. La Fair, Isaac & Co. de San Francisco a donné son nom au « FICO score », une notation qui a joué un rôle important et pourtant bien souvent ignoré dans la crise des subprimes de 2008. Attribué à chaque ménage aux Etats-Unis, et fruit des réflexions de deux mathématiciens appliqués du Stanford Research Institute, William Fair et Earl Isaac, le FICO a contribué depuis ses débuts en 1989 à donner une aura de scientificité à l’évaluation du risque de crédit dans le prêt à la consommation aux ménages américains.
Le FICO est établi à partir de données récoltées par trois grands credit bureaus, des organismes privés qui rassemblent dans de gigantesques bases de données les relevés publics des mensualités versées par les ménages.
L’échelle de notation va de 300 à 850 points. Des études statistiques avaient convaincu les prêteurs que le niveau de 620 constituait un seuil permettant de différencier les emprunteurs « prime », c’est-à-dire les bons « rembourseurs », dont la note dépassait ce chiffre, des emprunteurs « subprime », les « mauvais » crédits, et donc à risque, dont la note lui était inférieure.

Les pratiques inhabituelles s’expliquent toujours par les péripéties de l’histoire. C’est pour lutter contre la discrimination raciale dans l’allocation des crédits au logement qu’a été votée en 1975 l’Equal Credit Opportunity Act, qui exigeait que le refus d’un prêt soit « fondé sur des données empiriques et valides sur un plan statistique ». Les rejets de dossiers d’Afro-Américains n’apparaîtraient ainsi plus comme du profilage, mais comme le reflet objectif de la situation économique défavorable de cette catégorie de la population…
« Force de caractère » de l’emprunteur
La scientificité de l’approche adoptée pour construire le FICO venait conforter une vision culturelle propre aux Etats-Unis selon laquelle la capacité des ménages à rembourser...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-11"> ¤ Le numéro deux du Labour, cerveau du programme économique travailliste, pourrait, si son parti arrivait au pouvoir, provoquer le plus profond virage politique du Royaume-Uni depuis Margaret Thatcher.
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John McDonnell, l’homme qui veut enterrer le thatchérisme au Royaume-Uni

Le numéro deux du Labour, cerveau du programme économique travailliste, pourrait, si son parti arrivait au pouvoir, provoquer le plus profond virage politique du Royaume-Uni depuis Margaret Thatcher.



LE MONDE ECONOMIE
 |    05.11.2018 à 06h39
 • Mis à jour le
05.11.2018 à 09h58
    |

            Eric Albert (Londres, correspondance) et 
Philippe Bernard (Liverpool, envoyé spécial)








                        



                                


                            

L’homme à la crinière blanche qu’ils applaudissent à tout rompre pourrait être leur grand-père. En tout cas, il revient de loin. « A l’heure où les politiques libérales échouent partout, les gens veulent une politique de bon sens qui change leur quotidien. C’est le moment pour nous ! Nos responsabilités sont immenses. Ce pays compte quatre millions d’enfants pauvres. On n’acceptera plus cela quand le Labour sera au pouvoir ! » En quarante ans de vie politique à gauche de la gauche britannique, John McDonnell n’a jamais enflammé les foules. Mais en ce soir de la fin septembre, devant les militants de Momentum, le courant du Parti travailliste britannique qui a porté son ami Jeremy Corbyn à la tête du Labour en 2015, il savoure son triomphe.
Dans un vaste entrepôt du port de Liverpool, à l’écart du centre de conférences où se tient le congrès du Parti travailliste, la foule mêle jeunes branchés et militants aguerris. Tous sont électrisés par le discours du ministre des finances du shadow cabinet (« cabinet fantôme ») du Labour. Le numéro deux du principal parti d’opposition britannique est l’artisan d’un programme économique – renationalisation des chemins de fer, de l’électricité, de l’eau et de la poste, relance budgétaire, contrôle plus étroit des banques, actionnariat populaire dans les grandes entreprises – qui paraît radical aux jeunes, et réactive pour les moins jeunes, les promesses des années 1970 pulvérisées par la conservatrice Margaret Thatcher, puis ringardisées par le premier ministre travailliste Tony Blair.
« Voilà quelques années, s’amuse l’orateur, je m’apprêtais à prendre ma retraite et je me préparais à l’idée que plus personne ne se déplacerait pour m’écouter. Et là, je me retrouve devant vous. Ensemble, nous formons un mouvement de masse qui peut changer le monde ! » Les pieds frappent en cadence le parquet sonore. John McDonnell, 67 ans, est aux anges. Le député de l’ouest londonien,...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-12"> ¤ « Le débat sur l’instauration d’une couverture santé universelle aux Etats-Unis mérite mieux que la propagande relayée par la Maison Blanche à la veille des élections de mi-mandat », explique dans sa chronique Stéphane Lauer, éditorialiste au « Monde ».
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« Selon des économistes chargés de conseiller Trump, le péril rouge serait de retour»

« Le débat sur l’instauration d’une couverture santé universelle aux Etats-Unis mérite mieux que la propagande relayée par la Maison Blanche à la veille des élections de mi-mandat », explique dans sa chronique Stéphane Lauer, éditorialiste au « Monde ».



LE MONDE
 |    05.11.2018 à 06h38
 • Mis à jour le
05.11.2018 à 09h32
    |

            Stéphane Lauer (Editorialiste au Monde)








                        



                                


                            
Chronique. C’est une curieuse piqûre de rappel à laquelle les Américains ont droit à la veille des élections de mi-mandat du 6 novembre. Le Council of Economic Advisers (CEA) a publié un rapport intitulé « Les coûts d’opportunité du socialisme ». Sous ce titre jargonnant – le coût d’opportunité est le prix qu’on est amené à payer lorsqu’on se détourne d’un choix considéré comme le meilleur –, ce cercle d’économistes chargés de nourrir la réflexion du président des Etats-Unis a consacré 72 pages pour expliquer une théorie qui pourrait se résumer ainsi : « le socialisme, c’est mal ».
Ce document résonne comme un cri d’alarme tout droit sorti de « The Americans », cette série qui plonge aux plus belles heures de la guerre froide, sous Ronald Reagan, en nous faisant vivre les tribulations d’un couple d’officiers du KGB, infiltrés dans la banlieue de Washington, grâce à une couverture quasi parfaite de famille modèle américaine.
Le monde était simple, alors : les bons s’opposaient aux méchants et chacun était prêt à tout pour faire triompher ses idéaux. Après l’effondrement du mur de Berlin, on croyait cette époque révolue, mais le CEA semble avoir un doute, qu’il était urgent de partager avec le président. Qu’on se le dise, le péril rouge serait de retour. Cette année, grâce à ce collectif de 45 économistes chevronnés, Halloween a été particulièrement réussi.
Bernie Sanders comparé à Mao ou Lénine
En ce bicentenaire de la naissance de Karl Marx, le CEA croit avoir décelé une dérive dangereuse. « Le socialisme fait son retour dans le discours politique américain. Des propositions détaillées gagnent du terrain au Congrès et parmi l’électorat », affirme le rapport, avec en ligne de mire l’ex-candidat à la présidentielle, Bernie Sanders, ou encore les nouveaux visages du Parti démocrate comme Alexandria Ocasio-Cortez ou Rashida Tlaib.
Encore plus « grave », ce sondage réalisé chaque année depuis 2010, qui montre que, pour...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-13"> ¤ Ce n’est pas la jeunesse qui cherche à fuir la mixité et l’engagement, ce sont les classes favorisées, estime un collectif d’associations de jeunes dans une tribune au « Monde ». Il n’est pas juste de lui faire porter ces problématiques sociétales.
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Service national universel : « Qu’a fait la jeunesse pour mériter une telle punition ? »

Ce n’est pas la jeunesse qui cherche à fuir la mixité et l’engagement, ce sont les classes favorisées, estime un collectif d’associations de jeunes dans une tribune au « Monde ». Il n’est pas juste de lui faire porter ces problématiques sociétales.



LE MONDE
 |    05.11.2018 à 06h37
 • Mis à jour le
05.11.2018 à 15h20
    |

                            Collectif








                        



                                


                            
Tribune. Le gouvernement actuel déplore un manque crucial de brassage social et territorial et d’engagement au sein de notre société. Problématique à laquelle il souhaite répondre par un Service national universel (SNU) imposé à chaque jeune. Pour nous, le SNU est une mauvaise réponse à des vraies questions.

Une mauvaise traduction des concepts d’« engagement », de « mixité » et de « citoyenneté ».
Nous aussi, associations de jeunesse, partageons l’idée que notre société souffre de ségrégation, de l’absence de rencontre, de solidarité et de gestes gratuits. Oui, il y a urgence à agir et repenser notre manière de faire société. Nous voulons co-construire et co-porter l’idée d’une société ouverte, construite sur des mixités, de la gratuité, des solidarités et de l’attention portée à l’autre. Effectivement, ces enjeux dépassent le cadre de la jeunesse. Si le gouvernement veut travailler sur une universalité, nous y sommes prêts.
Aujourd’hui le projet présenté et quasi définitif n’est pas universel. Il assigne à une tranche d’âge de porter ces problématiques sociétales. Par un internat imposé de quinze jours ou un mois, le SNU entend apprendre aux jeunes de 16 à 25 ans la citoyenneté, la mixité et l’engagement. Mais par ce dispositif imposé uniquement aux jeunes, le gouvernement fait une lecture bien simpliste du défi ! Nous le répétons : la contrainte n’est pas la réponse. L’engagement ne peut être que volontaire. L’imposer est un non-sens.
Un manque de politiques publiques
Si notre pays souffre d’une absence de brassage social et territorial, c’est que nous manquons de politiques publiques permettant à l’ensemble de la population de se rencontrer. L’enjeu des mixités ne peut et ne saurait être porté par la jeunesse seule. Les travaux de la Fondation Jean-Jaurès et de Thomas Piketty montrent que ce n’est pas la jeunesse qui fuit les mixités mais les classes favorisées. Nous pensons que c’est à l’ensemble de la population...




                        

                        


<article-nb="2018/11/05/19-14">
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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-14"> ¤ Dans une tribune publiée par « Le Monde » et France Inter, les juges des enfants du tribunal de Bobigny s’inquiètent de l’état de la justice des mineurs.
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Juges des enfants en Seine-Saint-Denis : « Notre alerte est un appel au secours »

Dans une tribune publiée par « Le Monde » et France Inter, les juges des enfants du tribunal de Bobigny s’inquiètent de l’état de la justice des mineurs.



LE MONDE
 |    05.11.2018 à 06h30
 • Mis à jour le
05.11.2018 à 10h09
    |

                            Collectif








                        



                                


                            
Nous, juges des enfants du Tribunal de grande instance de Bobigny, souhaitons alerter sur la forte dégradation des dispositifs de protection de l’enfance en Seine-Saint-Denis. Juges des mineurs délinquants, nous sommes, aussi, juges des mineurs en danger. A ce titre, nous devons répondre à l’exigence de protection des enfants, parfois très jeunes, que leur situation familiale met en péril : violences physiques, sexuelles, psychologiques, délaissement parental, négligences dans les soins et l’éducation.

La loi nous permet, dans les cas où une séparation s’impose, de retirer l’enfant de son milieu familial. Elle nous permet aussi d’ordonner des mesures d’investigation ou d’accompagnement éducatif qui permettent, lorsque la situation s’y prête, de la faire évoluer favorablement en maintenant l’enfant dans sa famille, tout en veillant à son bon développement et à son insertion scolaire et sociale.
Les mesures d’assistance éducative, exercées pour la plupart par le secteur associatif habilité, sont actuellement soumises à des délais de prise en charge inacceptables en matière de protection de l’enfance : il s’écoule jusqu’à dix-huit mois entre l’audience au cours de laquelle la décision est prononcée par le juge des enfants et l’affectation du suivi à un éducateur. Près de 900 mesures, soit 900 familles, sont en attente. Nous en connaissons les raisons : un manque flagrant de personnel, lié aux restrictions budgétaires, dans un contexte où la dégradation des conditions du travail éducatif et social en Seine-Saint-Denis rend plus difficiles les recrutements.

Le secteur associatif n’est pas le seul en difficulté. Dans les circonscriptions d’action sociale, les éducateurs du Conseil départemental, en sous-effectif eux aussi, ne parviennent plus à assurer correctement les missions de l’aide sociale à l’enfance : accompagnement des enfants placés et de leurs familles, prise en charge des traumatismes et organisation des visites médiatisées...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-15"> ¤ La mode des trottinettes électriques fait grimper l’accidentologie. Mais la bonne vieille patinette est un moyen ludique de faire de l’activité physique.
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La trottinette à la moulinette de la science

La mode des trottinettes électriques fait grimper l’accidentologie. Mais la bonne vieille patinette est un moyen ludique de faire de l’activité physique.



LE MONDE SCIENCE ET TECHNO
 |    04.11.2018 à 18h00
 • Mis à jour le
05.11.2018 à 13h59
    |

            Sandrine Cabut








                        



                                


                            

Chronique. Pour le vélo, l’affaire est entendue. Sans ou avec assistance électrique, c’est tout bénef pour la santé. Quid des trottinettes ? S’agissant des modèles électriques, qui déferlent depuis quelques mois dans les grandes villes, la littérature scienti­fique est quasi inexistante, exception faite de rares articles sur l’accidentologie. En 2017, des Israéliens s’inquiètent ainsi, dans Traffic Injury Prevention, de l’augmentation exponentielle des accidents de vélo à assistance électrique (VAE) et de trottinette électrique (ou « e-trottinette »).
Les accidents de la circulation impliquant un vélo ou une trottinette électrique ont été multiplié par six en trois ans.
En analysant la base nationale des traumatismes entre 2013 et 2015, ils ont recensé 27 733 hospitalisations faisant suite à un accident de la circulation, dont 795 (2,9 %) impliquant un VAE ou une e-trottinette. Leur nombre a été multiplié par six en trois ans. La plupart des blessés sont les conducteurs de ces engins (VAE dans 84 % des cas, e-trottinette dans 8 %), mais 67 piétons ont aussi fini à l’hôpital. Les blessures de la tête et du cou sont fréquentes, en lien avec le port insuffisant de casque.
En France, les données disponibles de la sécurité routière regroupent les accidents de rollers et de trottinettes, et ne distinguent pas les modèles ­classiques des modèles électriques – c’est désormais le cas depuis ­début 2018. Mais la traumatologie ­semble aussi à la hausse, avec 285 blessés par accidents de rollers et trottinettes en 2017, pour 230 en 2016 (et 6 décès en 2016, 5 en 2017).
Quant aux bienfaits de la trottinette (sans moteur) pour la santé, les données de la science sont aussi limitées. On recense principalement trois études, dont la plus récente, australienne, est parue en 2016 dans le Journal of Physical Activity and Health. Chez une cinquantaine d’enfants âgés de 9 à 14 ans, les chercheurs ont comparé les dépenses énergétiques...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-16"> ¤ Depuis 2017, la rédaction s’est mobilisée et organisée pour prendre la mesure du phénomène, en rendre compte et y répondre. Making of.
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Comment « Le Monde » travaille sur #metoo depuis un an

Depuis 2017, la rédaction s’est mobilisée et organisée pour prendre la mesure du phénomène, en rendre compte et y répondre. Making of.



LE MONDE
 |    04.11.2018 à 14h23
 • Mis à jour le
04.11.2018 à 14h53
    |

            Hélène Bekmezian et 
Emeline Cazi








                        



                                


                            
La réunion ne ressemblait ni à un de ces solennels comités de rédaction ni à une conférence de rédaction quotidienne. C’était les vacances de la Toussaint, le scandale Weinstein avait éclaté depuis deux semaines aux Etats-Unis et le mot-clé « metoo » inondait déjà massivement les réseaux sociaux. Boulevard Auguste-Blanqui, au siège du Monde, une partie de la rédaction se trouvait en vacances. Ceux qui restaient étaient conviés, par le directeur de la rédaction, à venir réfléchir sur la manière dont on pourrait s’organiser pour que ce « mouvement de dénonciation du harcèlement sexuel (…) soit une de nos priorités éditoriales pour les prochains mois ».
Cet après-midi d’octobre, ce sont plutôt des trentenaires, des femmes, nombreuses, venus de tous les services, qui, pour certains, prennent pour la première fois la parole devant leurs collègues. L’échange, commencé à 15 h 30, se prolonge jusqu’à 17 heures. Il est riche, mesuré, mais passionnant. On s’interroge sur nos pratiques, on parle du système judiciaire peut-être inadapté, on lance des idées de reportage, des noms de personnalités sur lesquelles enquêter. On évoque l’influence du porno, on questionne la notion de « virilité », on découvre celle de « sororité ». « Il se passe quelque chose, conviennent, le soir, Luc Bronner, le directeur de la rédaction, et Sylvie Kauffmann, éditorialiste. C’est un tournant dans la rédaction. »
Avant toute chose, une première question s’impose : et chez nous ? Sommes-nous irréprochables ?
Quatre jours après, une « task force d’enquête sur le harcèlement sexuel » voit le jour. « Parce qu’elle est majeure pour nos sociétés, cette thématique doit constituer une de nos priorités éditoriales pour les prochains mois sur tous nos supports », écrit Luc Bronner dans un courriel adressé à l’ensemble des journalistes de la maison. Pas question de laisser retomber le sujet après quelques semaines...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-17"> ¤ Pour le chercheur Jean-Pierre Filiu, les campagnes contre George Soros, accusé d’incarner la finance mondialisée et d’encourager les flux d’immigration, alimentent de plus en plus de passages à l’acte antisémite.
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<article-nb="2018/11/05/19-18">
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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-18"> ¤ Editorial. Il aura fallu une forte mobilisation médiatique pour que les pouvoirs publics prennent la mesure du phénomène sans mettre toutefois un terme à la cacophonie et aux cafouillages.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-18"> ¤                     
                                                

L’affaire des bébés sans bras : assez de confusion !

Editorial. Il aura fallu une forte mobilisation médiatique pour que les pouvoirs publics prennent la mesure du phénomène sans mettre toutefois un terme à la cacophonie et aux cafouillages.



LE MONDE
 |    03.11.2018 à 11h00
   





                        


Editorial du « Monde ». Des bébés qui naissent sans bras, ou sans main, en l’espace de quelques années, dans la même zone, parfois dans le même village. Et sans que nul ne comprenne pourquoi. Depuis fin septembre, l’actualité est scandée par les histoires dramatiques de familles qui cherchent des explications à la malformation de leur enfant. Dans l’Ain, dans un rayon de 17 km autour du village de Druillat, huit cas recensés entre 2009 et 2014 ; dans le Morbihan, quatre cas à Guidel entre 2011 et 2013 ; en Loire-Atlantique, trois cas à Mouzeil en 2007 et 2008.
L’affaire est en réalité ancienne. Mais il aura fallu la forte mobilisation médiatique de ces derniers jours et l’émotion qu’elle a suscitée dans l’opinion pour que les autorités sanitaires la prennent au sérieux. De fait, toute l’histoire avait été révélée par Le Monde dès septembre 2016, sans soulever à l’époque d’indignation particulière : le registre des malformations congénitales de Rhône-Alpes (Remera) signalait à l’agence Santé publique France (SPF) une situation selon lui anormale dans l’Ain et pointait l’existence d’autres agrégats suspects de cas d’agénésies transverses des membres supérieurs (ATMS). Le Remera estimait nécessaire la conduite d’enquêtes poussées, afin de chercher la ou les causes de ces malformations – contamination industrielle ou alimentaire, produits phytosanitaires, infections… les hypothèses ne manquent pas.

        Lire aussi :
         

                « Bébés sans bras » : 18 cas recensés au total dans l’Ain



Tel n’était pas l’avis de SPF : après trois rapides enquêtes infructueuses, l’agence mettait un terme à ses investigations. En 2016, après des débats acrimonieux avec Emmanuelle Amar, la directrice du Remera, SPF considérait l’affaire comme classée. Mais fin septembre 2018, Le Monde signale que le Remera – le registre à l’origine de l’alerte – n’est plus financé par les pouvoirs publics et que son activité de surveillance est promise à une extinction rapide.
Gestion erratique
L’histoire s’emballe alors brusquement, et c’est peu de dire que la gestion de cette crise par les autorités sanitaires aura été erratique. Sous la pression médiatique, SPF se résout à publier, le 4 octobre, ses trois rapports enterrés depuis 2016. Mais l’agence n’en démord pas et annonce qu’elle ne conduira pas d’enquête plus poussée, celle-ci n’ayant que peu de chances d’aboutir. Virage à 180 degrés quelques jours plus tard : l’agence est désavouée par le gouvernement, qui, devant l’émotion publique, lui demande de nouvelles investigations.

        Lire aussi :
         

                Enfants sans bras : le gouvernement ouvre une nouvelle enquête



Le directeur général de l’agence estime, désormais, qu’« il faut absolument qu’on essaie de comprendre pourquoi certains enfants naissent sans main ou sans bras ». Ainsi, après deux ans de silence et d’inaction, SPF annonce le 30 octobre la découverte, par simple consultation du programme de médicalisation des systèmes d’information (PMSI), de dix cas « suspects » supplémentaires dans l’Ain ! Mais ces cas supplémentaires en sont-ils vraiment ? L’agence confesse n’avoir pour l’heure aucune information sur la nature précise des malformations, ni même sur leur localisation exacte, laissant involontairement infuser l’idée que l’affaire est en réalité bien plus grave qu’il n’y paraissait.
Cette cacophonie a presque fait oublier que les salariés du Remera ont reçu leur lettre de licenciement courant octobre, avant que ces procédures soient suspendues le 30 octobre. Il serait temps de mettre un terme à ces cafouillages et de chercher sérieusement à établir la vérité. Les pouvoirs publics doivent cette transparence aux familles concernées.

        Lire aussi :
         

                Comprendre l’affaire des « bébés nés sans bras » dans l’Ain






                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-19"> ¤ Tout laisse à penser que plus aucun TER n’empruntera le tronçon entre Angoulême et Saillat-sur-Vienne (Haute-Vienne). « Un cas d’école », souligne, dans sa chronique, Frédéric Potet, journaliste au « Monde ».
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-19"> ¤                     
                                                   
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« La lente et inexorable agonie d’une ligne ferroviaire de Charente »

Tout laisse à penser que plus aucun TER n’empruntera le tronçon entre Angoulême et Saillat-sur-Vienne (Haute-Vienne). « Un cas d’école », souligne, dans sa chronique, Frédéric Potet, journaliste au « Monde ».



LE MONDE
 |    03.11.2018 à 10h56
    |

            Frédéric Potet








                        



                                


                            

Chronique. Ubu travaille à la SNCF, il est chef de gare à Ruelle-sur-Touvre (Charente), près d’Angoulême. Cette petite ville de 7 500 habitants a connu une heure de gloire inattendue dans les médias, il y a dix jours, après la publication d’un article de La Charente libre, largement repris, faisant état de travaux de rénovation sur la façade de sa gare. Sa gare oui où, paradoxe absolu, plus aucun train ne circule depuis mars et la fermeture de la ligne Angoulême-Limoges.
Symptomatique des décalages décisionnels dont peut être capable la SNCF, cette histoire de « gare fantôme réhabilitée » a beaucoup fait rire sur les réseaux sociaux. Et accablé un peu plus les Charentais pour qui la fermeture en question – annoncée initialement comme « temporaire » par l’entreprise ferroviaire avant que celle-ci ne la prolonge sine die – est d’ores et déjà entérinée.
Tout laisse à penser en effet que plus aucun TER n’empruntera le tronçon entre Angoulême et Saillat-sur-Vienne (Haute-Vienne), une ville située à mi-distance, où le service a été suspendu pour être remplacé par des cars. Une lente mais inexorable agonie s’est dessinée au fil des années sur cette ligne aux airs de cas d’école. En cause : la dégradation des voies.
Détérioration du service
Pour des « raisons de sécurité », les trains ont d’abord diminué leur vitesse de pointe de 120 km/h à 100 km/h, avant de rouler à 80 km/h un peu plus tard, puis à 60 km/h et même à 40 km/h – la vitesse d’un scooter. Des « problèmes de géométrie » ont finalement conduit à un arrêt du service. C’était le 14 mars. Une réouverture avait été envisagée pour la fin avril. Vœu pieux. Le chiendent n’en finit pas de proliférer, depuis, au milieu du ballast.
La faute à qui ? A l’Etat d’abord, qui a confirmé, en 2017, son désengagement financier dans la rénovation de la moitié des petites lignes comme celle-ci, dites « UIC 7-9 ». Mais à la SNCF également,...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-20"> ¤ Malgré la cascade de mesures annoncées par le président américain, les chiffres concernant les migrants ont très peu évolué depuis deux ans, observe notre correspondant à Washington Gilles Paris.
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Article sélectionné dans La Matinale du 03/11/2018
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A la veille des « midterms », Trump multiplie les effets d’annonce sur l’immigration

Malgré la cascade de mesures annoncées par le président américain, les chiffres concernant les migrants ont très peu évolué depuis deux ans, observe notre correspondant à Washington Gilles Paris.



LE MONDE
 |    03.11.2018 à 10h07
 • Mis à jour le
04.11.2018 à 07h05
    |

            Gilles Paris (Washington, correspondant)








                        



                                


                            
Analyse. Aux abords de lieux arpentés par Donald Trump à la veille des élections de mi-mandat comme à Columbia (Missouri), jeudi 1er novembre, les vendeurs de tee-shirts et de casquettes ont déjà une élection d’avance, celle de 2020, que le président ne cesse de mentionner. L’un des thèmes principaux est également identifié : l’immigration. Comme en 2016. Comme pour ces élections intermédiaires du 6 novembre.
Donald Trump a choisi de le marteler jusqu’à la veille du vote. Il a accompagné cette semaine ses descriptions alarmistes truffées de contre-vérités à propos des groupes de migrants d’Amérique centrale qui veulent demander l’asile aux Etats-Unis, d’un feu roulant d’annonces. Le président des Etats-Unis a ordonné le déploiement de milliers de soldats à la frontière, évoquant tantôt 5 000 soldats, tantôt 15 000, soit plus qu’en Afghanistan. Il a également estimé qu’il pouvait supprimer le droit du sol, pour l’obtention de la citoyenneté américaine, par le biais d’un simple décret, puis suggéré une refonte drastique du droit d’asile.

Les mises en garde répétées du président à propos de « l’invasion » qui menacerait les Etats-Unis sont contredites par les chiffres. Les arrestations de sans-papiers par la police des frontières, qui donnent une idée d’un phénomène par définition difficile à quantifier, sont parmi les plus basses de ces vingt dernières années, même si elles sont en 2018 supérieures à celles de 2017. Mécaniquement, les expulsions sont aussi en forte baisse. La seule inflation en la matière concerne les contentieux en souffrance devant la justice (demandes d’asile, expulsions) dont le nombre a augmenté de plus de 70 % depuis que Donald Trump est arrivé à la Maison Blanche.
Anxiété de l’électorat de Trump
La cascade de mesures des jours derniers ne répond donc pas à une poussée migratoire comparable à celles constatées du début des années 2000. Elle s’inscrit plutôt dans le cadre d’une anxiété...




                        

                        

