<FILE-date="2018/11/04/19">

<article-nb="2018/11/04/19-1">
<filnamedate="20181104"><AAMM="201811"><AAMMJJ="20181104"><AAMMJJHH="2018110419">
<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-1"> ¤ Mehdi Derfoufi, chercheur-enseignant en études cinématographiques, revient sur le jeu vidéo, sa représentation de la conquête de l’Ouest et la place marginale accordée aux minorités.
<filname="PROF-0,2-3246,1-0,0-1"> ¤                     
                                                

« On peut parler pour “Red Dead Redemption 2” de mélancolie masculine blanche »

Mehdi Derfoufi, chercheur-enseignant en études cinématographiques, revient sur le jeu vidéo, sa représentation de la conquête de l’Ouest et la place marginale accordée aux minorités.



LE MONDE
 |    04.11.2018 à 12h07
 • Mis à jour le
04.11.2018 à 14h38
    |

            William Audureau








                        



   


Mehdi Derfoufi, chercheur associé à l’université Sorbonne-Nouvelle (Paris-III), enseignant à l’université d’Illinois à Paris et spécialiste des questions post-coloniales au cinéma et dans les jeux vidéo, a répondu durant trois heures le mardi 30 octobre aux questions des lecteurs du Monde sur Red Dead Redemption 2 (RDR2), la superproduction de Rockstar Games sortie fin octobre.
Il livre son analyse basée sur le visionnage du chapitre IV de l’aventure, qui se déroule dans l’équivalent de la Louisiane en 1899. Mehdi Derfoufi évoque ainsi la représentation de la mythologie occidentale de la conquête de l’Ouest dans le jeu, ainsi que de la place marginale qu’elle laisse aux Noirs et aux Amérindiens.

        Compte rendu :
         

          premières impressions après cinq heures de jeu sur « RDR2 »



Dedrak : Pouvez-vous nous en dire un peu plus sur votre sujet de recherche ?
Mehdi Derfoufi : Vaste sujet que le champ des études post-coloniales ! C’est avant tout une manière d’approcher les productions culturelles actuelles qui positionne l’expérience coloniale comme centrale, comme matrice de l’époque actuelle. L’Orientalisme de Edward Saïd [Seuil, 1980] est un classique fondateur de cette approche.
von_yaourt : Le besoin de créer du jeu (dans son acception ludique) n’est-il pas une limite évidente à votre champ de recherche sur le jeu vidéo, au contraire du cinéma ? Même si la démarche est pertinente sur RDR2 qui n’est qu’un film ouvert mal déguisé dans un jeu sans gameplay…
C’est un peu exagéré de dire qu’il n’y a pas de gameplay dans RDR2, non ? Mais votre question n’est pas sans intérêt. Bien sûr, l’analyse des représentations est bien plus évidente sur des jeux très narratifs qui proposent une identification à des personnages, un imaginaire, etc.
Mais dans d’autres types de jeux, on peut aussi noter des fondements tels que l’accumulation, la progression, la linéarité, le principe d’apprentissage par échec et récompense. Tout cela correspond à des notions culturelles qui ne sont pas forcément évidentes pour toutes les sociétés à travers toutes les époques.
Dans Red Dead Redemption 2, on se promène par exemple parfois dans des paysages quasi-déserts. C’est vraiment un élément important : un des plaisirs du jeu repose sur l’exploration mais aussi l’appropriation progressive du territoire, une appropriation qui se matérialise sur la carte, à travers les marqueurs. Dans la conquête coloniale, la cartographie est à la fois un outil de conquête et de contrôle d’un territoire et une représentation visuelle et imaginaire de ce contrôle.

        Analyse :
         

          « Red Dead Redemption 2 » a-t-il été surnoté par la presse ?



Jmye : Le principe de la conquête de l’Ouest n’était-il pas d’offrir à chacun un bout de terre où il pouvait construire le mode de vie ou la société qu’il désirait ? La liberté au gré du paysage infini ?
Disons que c’était un des éléments, mais il y a différents niveaux politiques à cette conquête – à commencer par des objectifs étatiques d’expansion territoriale et de contrôle des ressources. Le concept de « destinée manifeste » émerge au milieu du XIXe siècle pour justifier moralement l’annexion des territoires de l’Ouest. Il s’agit de défendre l’idée que les Etats-Unis avaient une sorte de « mission divine » dans leur rôle de conquête et d’aménagement des terres « sauvages ».
L’opposition entre civilisation et « sauvagerie » assimile à des espaces géographiques des identités raciales. Les « Peaux-Rouges » sont des « sauvages » qui font corps avec la nature, les « hommes blancs », les « pionniers », sont des êtres civilisés qui doivent faire l’apprentissage – pour survivre – des règles qui régissent cet espace sauvage, afin de le contrôler progressivement en vue de le domestiquer (littéralement en faire une maison, un lieu habitable, c’est-à-dire civilisé)

   


EnColt & Bretelles : Sur la géographie justement, n’y a-t-il pas deux espaces différents suivant que l’on se place du côté des minorités ou du mâle blanc colonisateur ? Que ce soit en termes de lieux fréquentés – je pense notamment à la dualité entre ville et campagne – ou de « périmètre » de vie…
Oui, tout à fait. RDR2 s’inscrit comme tout bon western dans un système d’oppositions binaires entre nature et culture, civilisation et espaces sauvages, ville et campagne, et évidemment il est assez facile de voir où se placent l’homme blanc et l’Amérindien dans ce schéma. Le récit du jeu s’inscrit dans ce schéma sans trop le perturber, dans la continuité du premier opus, qui travaillait toutefois davantage, il me semble, la question de la frontière avec le Mexique.
L’avantage est que ce type d’opposition parle à tout le monde et est assez utile en termes dramaturgiques. Mais on peut proposer de sortir de ce schéma et rappeler que « civilisation » n’égale pas nécessairement « ville » ou « sédentarité », ou que les Amérindiens n’étaient pas tous des nomades, etc.
Le mythe de la terre vierge, par exemple, sert à justifier la conquête, mais les espaces dits « sauvages » ne l’étaient pas vraiment… A propos de la « découverte » de l’Amérique et du mythe de l’Amazonie comme enfer vert, on peut lire les livres suivants : Amazonie, les 12 travaux des civilisations précolombiennes, par Stéphen Rostain [Belin, 2017], et 1493, comment la découverte de l’Amérique a transformé le reste du monde, par Charles C. Mann [Albin Michel, 2013].

        Compte rendu de tchat avec le chercheur en études cinématographiques Alexis Blanchet :
         

          « Rockstar restitue le cinéma hollywoodien sous une forme autant narrative que spatiale »



Lutin : Red Dead Redemption 2 recherche-t-il le réalisme de l’époque du Far West, ou reproduit-il les stéréotypes de l’époque ?
A mon avis, dans RDR2, on est davantage dans un réalisme d’époque, qui manque l’occasion de déconstruire des stéréotypes raciaux. Par exemple, on y trouve le terme « darky » en anglais, traduit par « nègre » en français, qui est un terme la plupart du temps banni dans le contexte anglo-saxon en raison de sa violence raciste. Par ailleurs, dans une mission avec deux forçats, le héros intervient en arbitre, mais le forçat évadé blanc n’est pas traité sur le même plan que le forçat noir, qui est tenu à l’écart.
Mais ça paraît cohérent avec le discours des créateurs qui, comme le disait récemment Dan Houser, essaient de « ressusciter un monde disparu ». Dans ce monde, ce qui les intéresse est clairement le point de vue de l’aventurier blanc, plutôt que celui des victimes de l’expansion étasunienne (les Amérindiens, les Noirs…). [Le jeu développe davantage le point de vue des Amérindiens dans le chapitre VI, dont M. Derfoufi n’avait pas connaissance lorsqu’a eu lieu cette session de questions & réponses]

        Analyse :
         

          Le jeu vidéo, voix naissante des peuples marginalisés



Supermeul : N’est-ce pas un peu comme la nostalgie actuelle aux Etats-Unis sur la période des années 1950-1960, où tout était bien mieux – sauf pour les femmes, les homosexuels et les minorités ?
Très juste, la nostalgie est d’ailleurs un ressort puissant de RDR2 comme du premier opus. On parle souvent à propos de lui de mélancolie, d’errance contemplative. L’identification au jeu fonctionne pas mal sur le sentiment de perte d’un monde disparu et de redécouverte et d’immersion dans ce monde. Je pense qu’on peut parler de mélancolie masculine blanche, qui est aussi une manière très contemporaine de gérer le sentiment de culpabilité des crimes coloniaux.
Kob : Existe-t-il des jeux vidéo dans lesquels est retransmis le vécu des minorités, non pas dans les objectifs du jeu, mais dans ses mécaniques ?
Les premiers jeux à ma connaissance à poser la question raciale en termes de gameplay et pas seulement de représentations doivent être Méwilo et Freedom de Muriel Tramis et Patrick Chamoiseau, en 1987 et 1988.




                            


                        

                        


<article-nb="2018/11/04/19-2">
<filnamedate="20181104"><AAMM="201811"><AAMMJJ="20181104"><AAMMJJHH="2018110419">
<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-2"> ¤ L’acteur franco-canadien s’était longtemps cantonné aux rôles de jeunes premiers. Dans « Un amour impossible », il interprète un séducteur pervers.
<filname="PROF-0,2-3246,1-0,0-2"> ¤                
                                       
édition abonné


Niels Schneider : « Des spectateurs m’ont dit qu’ils avaient envie de me frapper. J’étais très heureux »


                      L’acteur franco-canadien s’était longtemps cantonné aux rôles de jeunes premiers. Dans « Un amour impossible », il interprète un séducteur pervers.



M le magazine du Monde
 |    04.11.2018 à 09h00
 • Mis à jour le
04.11.2018 à 13h31
    |

                            Maroussia Dubreuil








                              

                        

Cette fois, Niels Schneider joue un méchant. « Un vrai salaud », renchérit le jeune acteur. Dans Un amour impossible, l’adaptation au cinéma du roman autobiographique de Christine Angot, paru en 2015, Philippe, fils de bonne famille, séduit une jeune secrétaire à Châteauroux, dans les années 1950. Beau, lâche et brillant, il ne lui passe aucune faute de français, refuse de l’épouser et finira par abuser de leur enfant, quelques années plus tard. « Pas une page du scénario ne venait rattraper cette raclure, souligne Niels Schneider. C’est la première fois que je me frottais à un personnage totalement condamnable. » Jusque-là sa beauté angélique avait souvent été prise pour argent comptant : objet de désir dans J’ai tué ma mère (2009) et Les Amours imaginaires (2010), de Xavier Dolan, amant spectral dans Les Rencontres d’après minuit (2013), de Yann Gonzalez, et prince charmant percussionniste dans Belle dormant (2016), d’Adolfo Arrieta.
« Ça me paraît absurde de choisir ses rôles en fonction d’un capital sympathie. » Niels Schneider
Niels Schneider, 31 ans « a été courageux, reconnaît la réalisatrice Catherine Corsini. “C’est atroce le mal que je fais. Je n’en peux plus”, disait-il souvent. » Petit à petit, l’acteur sent Philippe le ronger. Le week-end, à Châteauroux, il décompresse sur les rives du lac de Belle-Isle où les amateurs de sports nautiques viennent y chercher un peu de fraîcheur, en été. « Mais il n’y avait pas grand-chose à faire. Tout le monde me racontait sa petite anecdote avec Gérard Depardieu ou Michel Denisot, qui sont originaires du coin. C’était tout, décrit Niels Schneider. J’ai donc pu rester focalisé sur Philippe. Catherine Corsini m’incitait à voir des films avec Maurice Ronet, Ascenseur pour l’échafaud ou Le Feu follet. Mais Ronet m’émeut, il est le versant triste d’Alain Delon. »

Il...




<article-nb="2018/11/04/19-3">
<filnamedate="20181104"><AAMM="201811"><AAMMJJ="20181104"><AAMMJJHH="2018110419">
<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-3"> ¤ Je ne serais pas arrivée là si... Cette semaine, l’actrice belge confie son « coup de foudre intellectuel et amical » pour la réalisatrice Justine Triet.
<filname="PROF-0,2-3246,1-0,0-3"> ¤                 En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez notre  Politique de confidentialité  et l’utilisation de cookies pour vous proposer des contenus et services adaptés à vos centres d’intérêts.  En savoir plus et gérer ces paramètres.   Fermer la bannière d’avertissement sur les cookies              Navigation       Le Monde - retour à la une        Se connecterSe connecter  S’abonner                     À la une   En continu   Actualités    En ce moment    Référendum en Nouvelle-Calédonie    Commémorations du 11-Novembre    Italie    Donald Trump    Brexit    Arabie saoudite    Brésil    Climat    Immigration en Europe    Les décodeurs    Harcèlement sexuel    Toute l’actualité en continu     Actualités    International   Politique   Société   Les Décodeurs   Sport   Planète   Sciences   M Campus   Le Monde Afrique   Pixels   Médias   Santé   Big Browser   Disparitions         Économie      Économie   Économie mondiale   Économie française   Emploi   Argent & placements   Tribunes éco   Smart cities                      Économie  Netflix accepte de sortir trois de ses films au cinéma en avant-première                    Économie  Des iPhone plus chers permettent à Apple d’afficher des résultats record                    Chronique   Article réservé à nos abonnés Matières premières : « Le palladium au summum »   Laurence Girard                      Tribune   Article réservé à nos abonnés Progrès social : « Nos vingt-et-un principes et valeurs pour le XXIe siècle »   Henry S. Richardson philosophe à la Georgetown University (Etats-Unis)              Vidéos      Vidéos   Les explications   Les séries                      03:09     Pixels  PewDiePie contre T-Series : « le roi de YouTube » concurrencé par des stars de Bollywood                         Midterms 2018  Comment Trump cherche à faire de l’immigration l’enjeu des « midterms »                    02:28     Sciences  Comment des patients paralysés ont marché à nouveau                    05:54     Télévisions & Radio  « La Guerre des mondes », ou la fausse panique collective de 1938             Opinions      Opinions   Editoriaux   Chroniques   Analyses   Tribunes   Blogs                      Tribune   Article réservé à nos abonnés Hatice Cengiz : « J’exige que ceux qui ont ordonné l’assassinat de Jamal Khashoggi soient jugés »   Hatice Cengiz fiancée de Jamal Khashoggi, journaliste saoudien tué à Istanbul                     Tribune   Article réservé à nos abonnés « Il faut instaurer une carte d’identité pour les produits »   Christian Zolesi                      Éditorial  L’affaire des bébés sans bras : assez de confusion !                    Éditorial  En Nouvelle-Calédonie, une souveraineté en gestation             Culture      Culture   Cinéma   Télévision   Livres   Musiques   Arts   Scènes                      Cinéma  Vie et mort des étoiles : le rock en dix biopics                    Livres   Article réservé à nos abonnés Histoire d’un livre. L’enfance patiente de Dolores Prato                    Télévisions & Radio  Gildas-de Caunes et la capitaine Marleau : les figures des replays du week-end                    Culture  La veuve de Chris Cornell porte plainte contre son médecin             M le mag      M le Mag   L'actu   L'époque   Le style   Gastronomie   Voyage   Mode   Les Recettes du Monde                      Actu  Stieg Larsson, l’antifasciste                    Actu   Article réservé à nos abonnés Adèle Haenel, le jeu sacré                    L'époque   Article réservé à nos abonnés S’aimer comme on se quitte : « J’ai tout raconté à mon mari »                    Les recettes du Monde  Recette : le gâteau de semoule aux agrumes de Claire Pichon             Services    Services   Guides d'achat   Codes Promo   Formation professionnelle   Cours d'anglais   Cours d'orthographe et grammaire   Conjugaison   Dictionnaire de citations   Annonces auto   Annonces immo   Jardinage   Jeux   Paroles de chansons       Suppléments partenaires  Les clés de demain Les métiers de demain Avenir numérique Croisières d'exploration    Services Le Monde  Évènements abonnés Le Monde Festival Boutique Le Monde Newsletters   Decodex Données du Monde Le Club de l'économie         Recherche                         

<article-nb="2018/11/04/19-4">
<filnamedate="20181104"><AAMM="201811"><AAMMJJ="20181104"><AAMMJJHH="2018110419">
<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-4"> ¤ Le musicien de jazz, un habitué des festivals français de Juan-les-Pins et de Marciac, s’est éteint dans la nuit de vendredi à samedi, à l’âge de 49 ans.
<filname="PROF-0,2-3246,1-0,0-4"> ¤                     


Article sélectionné dans La Matinale du 03/11/2018
Découvrir l’application


                        

Le trompettiste américain Roy Hargrove est mort

Le musicien de jazz, un habitué des festivals français de Juan-les-Pins et de Marciac, s’est éteint dans la nuit de vendredi à samedi, à l’âge de 49 ans.



Le Monde.fr avec AFP
 |    03.11.2018 à 19h20
 • Mis à jour le
04.11.2018 à 16h46
    |

                            Francis Marmande








                        



   


Le trompettiste américain Roy Hargrove, fréquent visiteur des festivals de jazz européens, est mort à New York dans la nuit de vendredi 2 à samedi 3 novembre, à l’âge de 49 ans, a-t-il été annoncé sur la page Facebook de l’artiste. « C’est avec grande tristesse et le cœur dévasté que nous faisons part de la disparition de Roy Hargrove », est-il indiqué.
A 49 ans, on le savait malade. Né 16 octobre 1969 à Waco, au Texas (toute une histoire), il composait depuis des années avec dialyses et hospitalisations, annulait les tournées et renaissait soudain, toujours flamboyant ou prompt à donner le change.
Sa disparition redoutée crée un chagrin spécial. Pourquoi ? Qu’avait-il de plus, lui ? Habitué des festivals européens – Juan-les-Pins (Alpes-Maritimes) en big band, Marciac (Gers) en quintet –, star toujours guettée de la scène du New Morning à Paris, leader charismatique, sideman désiré (de Herbie Hancock à Michael Brecker, en passant par Oscar Peterson, Shirley Horn, Abbey Lincoln, Diana Krall, Carmen McRae, ou Diana Ross – tiens donc, pourquoi tant de chanteuses ? – sa discographie est particulièrement joufflue), il est, chose curieuse, un musicien populaire.
Aller plus loin
Qu’avait-il de plus ? La technique ? Mais ils l’ont tous aujourd’hui au plus haut degré. Jouant nettement mieux que leurs prédécesseurs. Si rarement aussi bien. Lui, il cumulait et allait plus loin. Plus loin dans le style ? Certainement. Dans la fantaisie, le brio, la profondeur, acceptant les hauts (très hauts) ou les bas, il allait plus loin et savait diriger.
Très précocement pisté par le « patron », Wynton Marsalis, il réussit cette prouesse de ne pas s’enfermer dans l’académisme ou la route ordinaire. Encore moins dans la pénible « modernicité » de convention.
Très étudiée, sa mise avait encore à voir, sans complexe, avec la fantaisie des boppers ou de qui vous voudrez : bibis inénarrables, lunettes noires de grand style, dégaine hip-hop avec basket de luxe, il aimait la scène. Se tenait en coin, juché sur un siège de chanteur d’où il relançait avec fougue, calmait le jeu, mettait le feu, sans jamais oublier sa préférée : la musique même. Il lui arrivait de chanter dans le grand genre. En 1995 avec Ray Charles (Marciac), il arbore un maillot des Girondins de Bordeaux. Comme on vous le dit. Au bugle, tout à trac, il se montrait d’une douceur imprévue, rare, délicate à l’extrême.
Big bands et quintets
Du haut de sa quarantaine et d’une taille moyenne, il dirigeait big bands et quintets, avec le génie des grands aînés (Ahmad Jamal, Sonny Rollins, Charles Lloyd), mais savait aussi ce qu’il devait à Ray Charles, Dave Newman, Lee Morgan, comme au hip-hop. Quand il rencontre Marsalis, il est encore lycéen. Marsalis le confie à Larry Clothier, lequel lui fignole ses premières tournées.
En 1988, on le voit débarquer sous les cieux européens avec Clifford Jordan et Jerome Richardson, comme s’il faisait une passe. Il n’a pas 20 ans. On aura assez abusé du terme de « passeur », au point d’en oublier que c’est l’être même des grands musiciens afro-américains, qu’on l’aura pris pour un « hapax » (tu parles…), lors même que cette fonction de passeur définit le rôle même du musicien de jazz.
Passeur étonnamment précoce, Roy Hargrove fait ses classes à la Berklee College of Music de Boston, avant de rejoindre la New School de New York. Nuance : la revue Down Beat l’a déjà élu « meilleur soliste de l’année ». La nuit, il fait le bœuf dans tous les clubs de Manhattan et s’amuse comme un fou. La suite lui vaudra toute sorte de pompons et de Grammys savoureux. Sans doute, ils ne sont rien devant la reconnaissance à venir de tous les publics.
Energie, volubilité, joie de jouer
Note en bas de page pour connaisseurs : ses premiers partenaires se nomment George Coleman, Frank Morgan (avec qui il vient pour la première fois en France, il a 18 ans), et Monsieur Sonny Rollins, en 1991, lors d’un concert au Carnegie Hall. Tout est dit.
Créateur des Jazz Futures, aussi bien que du très latino groupe Crisol, Roy Hargrove est le premier de sa génération à aller aussi loin dans l’énergie, la volubilité, la joie de jouer et la science ciselée du retour au blues, aux fondamentaux (au bugle, notamment). Chacune de ses prestations était un happening musical de haut niveau. Une de ses compositions se nomme Strasbourg-Saint-Denis.

        Lire aussi :
         

                A Nancy, le trompettiste Roy Hargrove part à l’aventure



De ses premiers albums avec Bobby Watson et Mulgrew Miller, à ses rencontres avec MC Solar, ou tous les ténors de l’époque pour le label Verve (Stanley Turrentine, Johnny Griffin, Joshua Redman, Branford Marsalis), lui seul savait enjamber les étiquettes (funk, jazz, hip-hop, gospel, R’n’B) sans en faire une bouillie de circonstance. On entendait dans son jeu et son côté énergumène l’histoire du jazz, toute, et celle de tous ses possibles.
Allégresse qui le rendait immédiatement aimable à tous, comme s’il savait scientifiquement contourner les préjugés et les attentes du « jazz ». Le réinventant et suscitant son existence palpable. Quand disparaît un musicien afro-américain, c’est toute l’histoire de sa pratique qui s’en va avec lui. Roy Hargrove était de ceux qui ajoutaient un sens précieux de l’Histoire, du devenir, une indéniable présence et la joie d’offrir.

        Lire aussi :
         

                Ramón Valle : « Il n’est pas nécessaire de jouer du free jazz pour être libre dans le jazz »






                            


                        

                        


<article-nb="2018/11/04/19-5">
<filnamedate="20181104"><AAMM="201811"><AAMMJJ="20181104"><AAMMJJHH="2018110419">
<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-5"> ¤ Pour la première fois, la plate-forme vidéo américaine va sortir trois de ses longs-métrages sur grand écran avant de les proposer à ses abonnés.
<filname="PROF-0,2-3246,1-0,0-5"> ¤                     
                                                

Netflix accepte de sortir trois de ses films au cinéma en avant-première

Pour la première fois, la plate-forme vidéo américaine va sortir trois de ses longs-métrages sur grand écran avant de les proposer à ses abonnés.



LE MONDE ECONOMIE
 |    03.11.2018 à 10h59
 • Mis à jour le
04.11.2018 à 06h44
    |

                            Jérôme Marin (San Francisco, correspondance)








                        



   


Pour amadouer l’Académie des Oscars, Netflix fait volte-face. Pour la première fois, la plate-forme vidéo américaine va sortir trois de ses films sur grand écran avant même de les proposer à ses quelque 140 millions d’abonnés. Une concession annoncée le 31 octobre qui, espère la société, pourrait lui permettre de décrocher ses premières statuettes en février 2019. Et aussi d’attirer des réalisateurs de renom, qui accordent une grande importance aux récompenses.

        Lire aussi :
         

                Netflix dynamite la télé et le septième art



Selon la presse spécialisée, Roma est un prétendant sérieux aux Oscars. Le dernier long-métrage du mexicain Alfonso Cuaron, déjà sacré meilleur réalisateur en 2014 avec Gravity, sera lancé en salles le 21 novembre, soit trois semaines avant sa disponibilité sur Netflix. Ce délai ne sera que d’une semaine pour les deux autres films : The Ballad of Buster Scruggs, des frères Ethan et Joel Coen, et Bird Box, avec Sandra Bullock en tête d’affiche.

   


Boycott du Festival de Cannes
Plusieurs films produits par Netflix ont déjà été projetés dans des cinémas indépendants américains. Mais jusqu’à présent, la société exigeait que leur sortie ait lieu le même jour que leur diffusion sur sa plate-forme.
Une condition inacceptable pour les grandes chaînes de salles de cinéma, qui réclament une fenêtre d’exclusivité de 90 jours. En outre, ces sorties en salles étaient très limitées, servant uniquement à rendre les longs-métrages éligibles aux Oscars.
La chronologie imposée par Netflix hérisse le monde du cinéma. En début d’année, l’entreprise avait boycotté le Festival de Cannes après un durcissement des règles excluant ses films de la sélection officielle. Le mois précédent, le réalisateur américain Steven Spielberg avait milité pour que les œuvres produites par la plate-forme vidéo ne soient pas admissibles aux Oscars.
En faisant un pas vers Hollywood, le groupe espère améliorer sa réputation auprès des membres de l’Académie. Aucun de ses longs-métrages n’a encore été nommé pour une statuette du meilleur film, réalisateur, actrice et acteur. Autant de récompenses prestigieuses qui légitimeraient encore plus ses ambitions dans le cinéma.

        Lire aussi :
         

                Netflix ouvre un bureau à Paris, un geste symbolique






                            


                        

                        


<article-nb="2018/11/04/19-6">
<filnamedate="20181104"><AAMM="201811"><AAMMJJ="20181104"><AAMMJJHH="2018110419">
<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-6"> ¤ L’édition 2018 de la manifestation parisienne s’est habilement partagée, pour son ouverture, entre découvertes et noms connus.
<filname="PROF-0,2-3246,1-0,0-6"> ¤                     
                                                

Pop allègre, rock puissant et électro mélodique au Pitchfork Music Festival

L’édition 2018 de la manifestation parisienne s’est habilement partagée, pour son ouverture, entre découvertes et noms connus.



LE MONDE
 |    03.11.2018 à 08h33
 • Mis à jour le
03.11.2018 à 10h25
    |

            Sylvain Siclier








                        



   


Dommage pour celles et ceux qui n’étaient pas encore arrivés, vendredi 2 novembre, en fin d’après-midi, à l’ouverture de la deuxième journée du Pitchfork Music Festival Paris, à la Grande Halle de La Villette. Le public présent, encore clairsemé, aura eu, lui, le plaisir de passer l’un des meilleurs moments de cette soirée avec le groupe Boy Pablo. Fondé en 2015 par le chanteur et guitariste Nicolas Pablo Rivera Munoz, jeune Norvégien dont les parents sont originaires du Chili, Boy Pablo offre une pop allègre qui, trente minutes durant, aura pleinement séduit.
Tout en clarté, avec parties de chœurs qui font « la-la-la », sons de guitares partagés avec Gabriel Munoz, qui semblent des gouttes de rosée ou de pluie fine, nappes façon cordes aux claviers (Eric Tryland) et rythmique particulièrement fluide et joueuse (Henrik Amdal, basse et Sigmund Vestrheim, batterie), la musique de Boy Pablo a une gaieté naturelle, qui accompagne des textes de chansons évoquant une petite amie partie, les tourments des sentiments. Certes, l’effet de contraste n’est pas nouveau, mais il trouve ici une forme de fraîcheur réjouissante.

Un peu plus tard, le groupe britannique Dream Wife était annoncé, sur le programme du festival, comme susceptible d’en mettre « plein la vue et les oreilles ». De fait, là aussi en une trentaine de minutes, on aura eu une démonstration frontalement rock, tout en efficacité. Dream Wife, ce sont trois musiciennes, la chanteuse Rakel Mjöll, dans un parler-chanter un peu déclamatoire qui rappelle Patti Smith, la guitariste Alice Go, dans un jeu soliste-rythmique assez virtuose, et la bassiste Bella Podpadec. Avec elles, le batteur Alex Paveley, plutôt technique. C’est d’ailleurs par cet au-delà de l’urgence punk, qu’apportent la guitariste et le batteur, que Dream Wife se révèle plutôt convaincant.
Parisiens branchés et touristes
Avec une programmation partagée entre découvertes et quelques noms connus, le Pitchfork Music Festival Paris, l’une des déclinaisons festivalières du magazine musical américain en ligne Pitchfork, attire depuis 2011 un public de Parisiens branchés et de touristes, majoritairement britannico-américains et européens du Nord, si l’on en croit les langues entendues dans les espaces de restauration et les mezzanines qui accueillent des créateurs de bijoux, vêtements, objets décoratifs et des espaces de détente.
Durant cette soirée de vendredi, le festival aura aussi permis de retrouver le groupe écossais Chvrches, qui se prononce churches (églises), le v venant à la place du u dans une sorte de coquetterie graphique. En 2014, lors de sa première venue au Pitchfork Music Festival Paris, le groupe, fondé en 2011, commençait à faire parler de lui. Cette fois, programmé vers 22 heures, il a un statut de vedette.
Musicalement entre électro et pop, Chvrches emporte par l’énergie de sa chanteuse Lauren Mayberry, haute comme trois pommes, dont la voix rappelle, par des façons taquines, celles de Debbie Harry au sein de Blondie et de Madonna à ses débuts. Avec elle, les claviéristes Iain Cook et Martin Doherty et, depuis peu pour les concerts, un batteur qui n’apporte pas grand-chose. Ce sera le seul élément légèrement décevant du concert de Chvrches dont la musique a toujours comme point fort son attention radieuse à la mélodie.
Pitchfork Music Festival Paris, à la Grande Halle de La Villette, 211, avenue Jean-Jaurès, Paris 19e. Mo Porte-de-Pantin. Samedi 3 novembre, avec Snail Mail, Stephen Malkmus & The Jicks, Unknown Mortal Orchestra, Bon Iver, Peggy Gou, Avalon Emerson… A partir de 17 heures. 55 €.



                            


                        

                        


<article-nb="2018/11/04/19-7">
<filnamedate="20181104"><AAMM="201811"><AAMMJJ="20181104"><AAMMJJHH="2018110419">
<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-7"> ¤ L’incomparable « Bas la place y’a personne », où l’écrivaine italienne morte en 1983 conte sa jeunesse, n’a été publié intégralement à Turin qu’en 2016. Le voici traduit.
<filname="PROF-0,2-3246,1-0,0-7"> ¤                     
                                                   
édition abonné


Histoire d’un livre. L’enfance patiente de Dolores Prato

L’incomparable « Bas la place y’a personne », où l’écrivaine italienne morte en 1983 conte sa jeunesse, n’a été publié intégralement à Turin qu’en 2016. Le voici traduit.



LE MONDE DES LIVRES
 |    03.11.2018 à 08h00
    |

                            Bertrand Leclair (Collaborateur du « Monde des livres »)








                        



                                


                            
Bas la place y’a personne (Giù la piazza non c’è nessuno), de Dolores Prato, traduit de l’italien par Laurent Lombard et Jean-Paul Manganaro, Verdier, 890 p., 35 €.

Il y a quelque chose de l’ordre du « demeuré » dans l’immense récit d’enfance de ­Dolores Prato (1892-1983). Née bâtarde, celle qui fut abandonnée par sa mère à la naissance a « toujours raté quelque chose, dans tous les domaines. Elle a même raté la publication », résume le traducteur Jean-Paul Manganaro pour « Le Monde des livres ». Dolores Prato n’a en effet connu de son vivant qu’une édition amputée de Bas la place y’a personne, livre à nul autre comparable, très différent des quelques récits que cette femme indépendante, exclue de l’enseignement en 1927 en raison de son engagement antifasciste, avait publié auparavant (dont le bref Brûlures, traduit chez Allia en 2000).
Ces derniers « sont intéressants, bien sûr, mais si différents » que, pour le lecteur amoureux qu’est le traducteur, « leur lecture en deviendrait presque… douloureuse », murmure-t-il. Voilà vingt ans que lui-même se bat, en Italie aussi bien qu’en France, pour que Bas la place y’a personne existe enfin à sa juste mesure, celle d’un chef-d’œuvre « qui sera vraiment découvert dans les années qui viennent » : si la réception critique de l’édition italienne définitive parue en 2016 a été remarquable, le public ne s’est pas précipité vers cette somme déroutante qui apparaît au premier regard comme une « palinodie répétitive, sans doute angoissante pour de nombreux lecteurs d’aujourd’hui ».
L’édition Natalia Ginzburg
Cette édition n’en est pas moins la troisième depuis que Natalia Ginzburg (1916-1991) a publié Prato chez ­Einaudi en 1980 (l’auteure avait 88 ans), en l’amputant des deux tiers et en normalisant son phrasé. Avec une manière rien qu’à elle, Dolores Prato n’en avait pas moins affiché...




                        

                        


<article-nb="2018/11/04/19-8">
<filnamedate="20181104"><AAMM="201811"><AAMMJJ="20181104"><AAMMJJHH="2018110419">
<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-8"> ¤ Contre la toute-puissance de l’autofiction et des « romans en costumes », un collectif de jeunes auteurs réaffirme dans une tribune au « Monde » le roman comme art contemporain, à la veille d’une semaine où seront décernés plusieurs prix littéraires.
<filname="PROF-0,2-3246,1-0,0-8"> ¤                     
                                                   
édition abonné


« Pour dire notre époque monstrueuse, il faut des romans monstrueux »

Contre la toute-puissance de l’autofiction et des « romans en costumes », un collectif de jeunes auteurs réaffirme dans une tribune au « Monde » le roman comme art contemporain, à la veille d’une semaine où seront décernés plusieurs prix littéraires.



LE MONDE
 |    03.11.2018 à 08h00
    |

Aurélien Delsaux (écrivain), Sophie Divry (écrivain) et Denis Michelis (écrivain)







                        



                                


                            
Tribune. Depuis plusieurs années, et de manière croissante, deux phénomènes inquiétants s’abattent sur les romanciers français : d’un côté les romans reality-show, forme dégradée d’une autofiction réduite à des témoignages narcissiques qui comblent le voyeurisme des lecteurs et le portefeuille des éditeurs. De l’autre, des romans en costumes qui répondent de manière simpliste et passéiste à notre besoin de fiction en se bornant à une Histoire déjà comprise, sans regarder celle qui est, celle qui vient – assurément effrayante, insaisissable mais non indicible. Ces deux formes de romans archi-rebattues empêchent les nouveaux écrivains à la fois de se lancer dans l’invention de nouvelles formes d’écriture et d’exprimer la sensibilité contemporaine.

Chaque automne, c’est la même histoire : acclamés par la critique, vendus comme « romans », à la fois par abus de langage et pour éviter tout ennui judiciaire, se répandent chez les libraires de petits récits qui en réalité ne sont que d’égotiques reality-shows. L’autofiction est née il y a quarante ans. Elle a eu des plumes extraordinaires comme celle d’Annie Ernaux. Mais n’est pas Annie Ernaux qui veut. Aujourd’hui, l’écriture de soi se résume à une sorte de maniérisme qui ne produit le plus souvent que des témoignages pathétiques, emballés dans un style digeste, ne trouvant de justification que dans l’étalage de ses petits malheurs. Triomphe alors ce que Sarraute appelait le « petit fait vrai », c’est-à-dire une littérature où le vécu s’impose de manière dictatoriale au lecteur avec son lot de voyeurisme larmoyant.
Ne nous y trompons pas : il s’agit bien d’une mode, voire de commandes d’éditeurs, pour des livres où la figure de l’auteur prend plus d’importance que le texte, et où un plan média rondement mené vaut adoubement littéraire. Nous n’avons plus envie de voir ces romans reality-show, quand bien même ils sont « bien écrits », prendre tant de place...




                        

                        


<article-nb="2018/11/04/19-9">
<filnamedate="20181104"><AAMM="201811"><AAMMJJ="20181104"><AAMMJJHH="2018110419">
<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-9"> ¤ Chaque semaine, « L’Epoque » paie son coup. Au bar du C.O.Q. Hôtel, l’auteure se souvient de sa première fois à la très festive Foire du livre de Brive, dont elle préside l’édition 2018.
<filname="PROF-0,2-3246,1-0,0-9"> ¤                


Article sélectionné dans La Matinale du 02/11/2018
Découvrir l’application


                     
édition abonné


Delphine de Vigan : « J’ai un rapport compliqué avec le groupe »


                      Chaque semaine, « L’Epoque » paie son coup. Au bar du C.O.Q. Hôtel, l’auteure se souvient de sa première fois à la très festive Foire du livre de Brive, dont elle préside l’édition 2018.



LE MONDE DES LIVRES
 |    03.11.2018 à 06h40
 • Mis à jour le
03.11.2018 à 11h11
    |

            Raphaëlle Leyris








                              

                        

Selon les critères de Delphine de Vigan, il est encore un peu tôt pour commander de l’alcool : 18 heures. Normalement, elle attendrait encore une soixantaine de minutes. Mais, d’une part, elle est l’un des personnages les plus urbains de la scène éditoriale française, et on la sent ennuyée à l’idée de déroger au principe « apéro » de la rencontre, organisée au bar du C.O.Q. Hôtel – dans le 13e arrondissement de Paris, où elle vit. D’autre part, et voilà qui va finir de la convaincre d’opter, comme nous, pour un verre de vin blanc, il faut qu’elle s’entraîne un peu et habitue son foie. Du 9 au 11 novembre 2018, l’écrivaine va en effet présider la 37e Foire du livre de Brive.
Grande fête de la littérature, certes, avec ses plus de 300 auteurs réunis en la sous-préfecture corrézienne pour ce qui se présente fièrement comme la deuxième plus grosse manifestation du genre après « Livre Paris » (on ne dit plus « Salon du livre de Paris »). Mais aussi, ne nous voilons pas la face, occasion majeure de s’arsouiller dans une région généreuse en bonnes choses à manger et à boire, durant le week-end qui suit l’attribution des principaux prix littéraires français (Femina le 5 novembre, Médicis le 6, Goncourt et Renaudot le 7…). Chaque année, « Brive » est ce moment où l’édition française, délocalisée à presque 500 kilomètres de Paris, relâche soudain la pression.
« Le train du cholestérol »
Ça commence dans Le Train du livre, que personne n’appelle autrement que « le train du cholestérol » depuis que ce surnom a été inventé par Erik Orsenna, Pierre Assouline ou Jean-Loup Chiflet – ils sont quelques-uns à réclamer la paternité de ce trait d’esprit pour désigner le Téoz qui part de la gare d’Austerlitz le vendredi matin bourré d’auteurs, éditeurs, attachés de presse et journalistes. Surnom dû au fait que tout ce petit monde s’y voit servir, dès 10 heures, foie gras, cèpes, fromages, gentiane, liqueur de noix…
Assise très droite sur...




<article-nb="2018/11/04/19-10">
<filnamedate="20181104"><AAMM="201811"><AAMMJJ="20181104"><AAMMJJHH="2018110419">
<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-10"> ¤ Chaque samedi, « La Matinale du Monde » propose à ses lecteurs un choix d’émissions et de podcasts à découvrir en différé.
<filname="PROF-0,2-3246,1-0,0-10"> ¤                     


Article sélectionné dans La Matinale du 02/11/2018
Découvrir l’application


                        

Gildas-de Caunes et la capitaine Marleau : les figures des replays du week-end

Chaque samedi, « La Matinale du Monde » propose à ses lecteurs un choix d’émissions et de podcasts à découvrir en différé.



LE MONDE
 |    03.11.2018 à 06h36
 • Mis à jour le
03.11.2018 à 07h08
   





                        


LES CHOIX DE LA MATINALE
Au programme replays du week-end, de belles figures et des bons mots, avec Philippe Gildas raconté par Antoine de Caunes, et la capitaine Marleau, version féminine déjantée de Columbo, jouée par Corine Masiero.
« Un homme formidable », raconté par Antoine de Caunes

Un homme formidable compile de grands moments de délires et de fous rires enregistrés au fil des sept ans pendant lesquels Gildas et de Caunes ont partagé le plateau de Nulle part ailleurs (NPA), l’émission culte de Canal+ née en 1987. Ce documentaire, signé Michel Royer, est disponible sur le site de la chaîne. Sobre et parcimonieux, le commentaire de De Caunes apporte une touche personnelle et chaleureuse à des images qui sont une suite d’extraits mis bout à bout.

Pour rendre hommage à Philippe Gildas, son ami décédé le 28 octobre, Antoine de Caunes n’a pas choisi au hasard le titre apparemment « bateau », convenu, voire hagiographique de ce documentaire. « Formidable ! » renvoie en réalité à la façon dont Philippe Gildas avait la manie de « ponctuer » les modules de son émission d’infotainment, NPA ; un adjectif qui devint d’ailleurs emblématique du journaliste-animateur lorsque les Guignols de l’info en firent le terme-leitmotiv de la marionnette de Gildas. Martine Delahaye
Un homme formidable, de Michel Royer (France, 2018, 50 minutes). Sur Canal+
« Notre pain est-il dans le pétrin ? », ou ce que nous consommons à chaque bouchée

En quoi un pain dit artisanal diffère-t-il d’un pain industriel ? Une baguette fabriquée en grande surface est-elle nécessairement de moindre qualité qu’une autre, achetée en boulangerie ? Et acheter une baguette « (de) tradition », est-ce la garantie, d’où qu’elle vienne, qu’elle ne contient aucun additif et n’a subi aucune congélation ?
Farine, eau, sel plus levure ou levain : la recette originelle du pain a beau être on ne peut plus simple, chaque bouchée nous amène à ingérer, le plus souvent à notre insu, un cocktail chimique d’additifs et d’enzymes inquiétant. Qui rend le pain blanc de moins en moins digeste, et le pain complet non biologique passablement dangereux.
En moins d’une heure, sur la base d’une enquête qui apparaît sérieuse, la réalisatrice Elise Joseph montre comment le pain a perdu une bonne part de sa qualité nutritionnelle, allant jusqu’à créer des intolérances de plus en plus nombreuses. M. De.
Notre pain est-il dans le pétrin ?, documentaire d’Elise Joseph (France, 2017, 55 minutes). Sur France 5.
« Capitaine Marleau » : un peu mais pas trop…

C’est en grande duduche nordiste, au verbe haut et cru et chapeautée d’une chapka fourrée, que Corine Masiero s’est véritablement fait connaître d’un très vaste public : chaque épisode de Capitaine Marleau fait un carton. Version féminine déjantée de l’inspecteur Columbo, cette capitaine se fiche de la bienséance et accumule les formules tordantes (dont des pots-pourris peuvent être facilement trouvés sur YouTube) : « Les seuls concours que j’ai gagnés, c’est des concours de circonstances », « laxiste léniniste », « Economique Jagger », etc.
Mais entre la pluie de (pas toujours) bons mots de la capitaine, le surjeu permanent de son interprète, la trame parfois ténue de certains épisodes et une réalisation dont la subtilité n’est pas la caractéristique permanente, il ne reste pas toujours grand-chose à sauver. Le grand public est certes au rendez-vous, mais ce feuilleton populaire gagnerait à faire une pause, et la formidable Corinne ­Masiero à jouer autre chose que les grandes gueules ch’tis pour y revenir un jour avec une fraîcheur renouvelée. Renaud Machart
Capitaine Marleau : Les Roseaux noirs. Téléfilm réalisé par Josée Dayan. Avec Corinne Masiero, Nicole Garcia, Hippolyte Girardot (France, 2018, 1 h 34).www.france.tv/france-3



                            


                        

                        


<article-nb="2018/11/04/19-11">
<filnamedate="20181104"><AAMM="201811"><AAMMJJ="20181104"><AAMMJJHH="2018110419">
<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-11"> ¤ Georgia Scalliet et Franck Vercruyssen bouleversent dans la pièce inspirée d’Ingmar Bergman.
<filname="PROF-0,2-3246,1-0,0-11"> ¤                     
                                                   
édition abonné


« Après la répétition » : la vie, le théâtre et l’espace entre les deux

Georgia Scalliet et Franck Vercruyssen bouleversent dans la pièce inspirée d’Ingmar Bergman.



LE MONDE
 |    02.11.2018 à 16h46
    |

                            Fabienne Darge








                        



                                


                            

C’est un petit miracle de théâtre qui advient dans la salle de poche du Théâtre de la Bastille, à Paris. Georgia Scalliet, de la Comédie-Française, et Frank Vercruyssen, du tg STAN, jouent Après la répétition, d’après Ingmar Bergman. Après Infidèles et Atelier, c’est le troisième volet d’un ensemble composé par le collectif belge autour de la figure du cinéaste, metteur en scène et auteur suédois (1918-2007), dont on célèbre en cet automne le centenaire de la naissance.

Pourtant, comme tout véritable miracle sans doute, il n’a rien de spectaculaire. La cage de scène est à nu, le décor quasiment inexistant, qui consiste en une table, deux chaises ordinaires et un vieux canapé marron. Quand vous arrivez, l’actrice et l’acteur sont déjà là. Ce sont donc les spectateurs qui apparaissent, sur le petit plateau qu’ils sont obligés de traverser pour rejoindre leur place, et les comédiens qui attendent. Et ce retournement, en soi, en dit déjà beaucoup sur cette merveilleuse variation sur le théâtre et la vie qui va se jouer devant vous.
Complexité des passions humaines
Elle prend pour point de départ le scénario d’Après la répétition, un film de télévision réalisé par Bergman en 1984. Comme il le confiera sans détours dans Laterna magica, sa formidable autobiographie, l’artiste suédois s’y met en scène sans fard, sous l’identité d’Henrik Vogler, un célèbre metteur en scène de théâtre. Pour la cinquième fois de sa carrière, Vogler met en scène Le Songe, d’August Strindberg – la pièce que Bergman lui-même a le plus montée, y revenant une dizaine de fois.
Il a choisi, pour jouer le rôle de la fille d’Indra, fondamental dans la pièce, une jeune comédienne, Anna, qui n’est autre que la fille d’une grande actrice, Raquel, géniale et fracassée, que Vogler a aimée et repoussée vingt ans auparavant. Un soir, après la répétition, Anna et Vogler restent dans le théâtre, et parlent. Ils tomberont...




                        

                        


<article-nb="2018/11/04/19-12">
<filnamedate="20181104"><AAMM="201811"><AAMMJJ="20181104"><AAMMJJHH="2018110419">
<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-12"> ¤ A écouter cette semaine : un hommage au directeur musical de l’Orchestre de Paris, Ella Fitzgerald contée et chantée, l’intégralité du concert au Joe Robbie Stadium de Miami…
<filname="PROF-0,2-3246,1-0,0-12"> ¤                     
                                                

Sélection albums : Charles Munch, The Amazing Keystone Big Band, les Rolling Stones…

A écouter cette semaine : un hommage au directeur musical de l’Orchestre de Paris, Ella Fitzgerald contée et chantée, l’intégralité du concert au Joe Robbie Stadium de Miami…



LE MONDE
 |    02.11.2018 à 16h20
   





                        


Charles Munch The Complete Recordings on Warner Classics

   


Le 6 novembre 1968, Charles Munch était terrassé par une crise cardiaque aux Etats-Unis, où il se trouvait en tournée avec l’Orchestre de Paris, formation dont il était le directeur musical depuis sa création un an plus tôt. Le coffret de rééditions qui célèbre le cinquantième anniversaire de la mort du « Grand Charles », comme on se plaisait à appeler le musicien né à Strasbourg en 1891 en faisant un clin d’œil au président de la République (Charles de Gaulle, son aîné d’un an), témoigne de l’art si particulier de ce chef, minutieux derrière une façade instinctive. Etendus du milieu des années 1930 à la fin des années 1960, ces enregistrements avec cinq orchestres différents concernent nombre de chefs-d’œuvre du répertoire classique. Toutefois, de Berlioz à Dutilleux, en passant par Ravel et Jolivet, la musique française s’y taille la part du lion, fauve auquel Munch fut souvent comparé pour ses prestations souveraines. Pierre Gervasoni
1 coffret de 13 CD Warner Classics.
The Amazing Keystone Big Band We Love Ella/La Voix d’Ella

   



   


Fondé en 2010, The Amazing Keystone Big Band a notamment enregistré un très réussi Carnaval des animaux, de Camille Saint-Saëns, raconté par Edouard Baer, et a consacré deux précédents enregistrements à Django Reinhardt, l’un sous la forme d’un conte musical, l’autre recueil de thèmes du guitariste. C’est par le même procédé que la formation évoque la chanteuse Ella Fitzgerald. La grande dame du swing et du scat est chantée, de manière très exacte, par Celia Kameni, en huit thèmes, de son répertoire de la fin des années 1930 (A Tisket, A Tasket) aux années 1960 (Blues In The Night) dans We Love Ella. Et c’est Vincent Dedienne qui raconte l’histoire de Bess, orpheline qui devient chanteuse, dans La Voix d’Ella. On retrouve dans cet opus les interprétations de l’autre album avec un appareillage musical supplémentaire de l’Amazing Keystone Big Band qui accompagne le récit. Dans les deux cas, le rendez-vous avec le grand jazz classique est interprété de la manière la plus talentueuse. Sylvain Siclier
2 CD vendus séparément Nome/L’Autre Distribution. La Voix d’Ella existe aussi en livre-CD aux éditions Gautier-Languereau.
Rolling Stones Voodoo Lounge Uncut

   


Du 1er août 1994 au 30 août 1995, les Rolling Stones sont en tournée dans le monde entier, en lien avec la publication de leur album Voodoo Lounge (juillet 1994). Au programme, quelques titres du disque (You Got Me Rocking, Sparks Will Fly, The Worst, I Go Wild…), et un tour d’horizon de leur carrière, avec bon nombre de succès. Le bassiste Bill Wyman a quitté le groupe en 1993 et c’est Darryl Jones qui le remplace. Le 25 novembre 1994, le groupe est au Joe Robbie Stadium de Miami (Floride). Le concert est filmé, des invités sont de la partie (Sheryl Crow, Robert Cray, Bo Diddley). Partiellement publié alors, le voici dans son intégralité, sur un DVD, complément visuel des 2 CD de ce petit coffret Voodoo Lounge Uncut. Le groupe est en forme, avec les guitaristes Keith Richards et Ron Wood en duo complémentaire rythmique-lead, ravis des échanges avec Robert Cray durant Stop Breaking Down Blues, Charlie Watts, parfait à la batterie. A l’époque, les Rolling Stones avaient encore une notable envie que la scène soit leur terrain de jeu. S. Si.
2 CD et 1 DVD Eagle Vision-Rolling Stones Records/Universal Music.
Gérald Toto Sway

   


Fluidité et volupté, pastels et aquarelles. Le monde de Gérald Toto suggère un peu tout cela. Il ne se départit jamais de la douceur. Le chanteur et guitariste revient en vol solitaire, après Bondeko, l’exaltante récréation proposée en 2017 par le trio Toto Bona Lokua (avec Richard Bona et Lokua Kanza). Irrésistiblement apaisant, il invite à prendre la tangente, incite à l’abandon. La voix, les mélodies, la guitare, les percussions et même les machines, utilisées à dose homéopathique, cajolent et enivrent au fil des mélodies. Des mots et des phrases chantonnés, murmurés, soufflés, en anglais ou en langue inventée, dont le sens n’a pas réellement d’importance. Même lorsqu’un chagrin d’amour est évoqué (It’s a Love Pain) le climat reste serein et calme. Ces chansons vont comme bulles au vent, fragiles et éphémères, elles meurent toujours trop tôt. Découpé en onze escales, le voyage ne dure que trente-cinq minutes. Rien n’empêche de le refaire plusieurs fois. Patrick Labesse
1 CD Nø Førmat !/Sony Music.



                            


                        

                        


<article-nb="2018/11/04/19-13">
<filnamedate="20181104"><AAMM="201811"><AAMMJJ="20181104"><AAMMJJHH="2018110419">
<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-13"> ¤ Le Centre Pompidou-Metz présente les multiples tentatives de la modernité pour « peindre la nuit ».
<filname="PROF-0,2-3246,1-0,0-13"> ¤                     
                                                   
édition abonné


Exposition : quand l’art tâtonne dans le noir

Le Centre Pompidou-Metz présente les multiples tentatives de la modernité pour « peindre la nuit ».



LE MONDE
 |    02.11.2018 à 15h39
 • Mis à jour le
02.11.2018 à 16h51
    |

                            Philippe Dagen (Metz (Moselle), envoyé spécial)








                        



                                


                            

Peindre la nuit ? La difficulté est manifeste. Que peut l’art de la vue aux heures où ce sens ne peut plus qu’à peine s’exercer, vaincu par l’obscurité ? Comment représenter ce qui est le plus défavorable à la représentation ? La réflexion est loin d’être neuve. Et loin d’être récent le désir des peintres de triompher des ténèbres. L’expérience la plus ancienne serait la Fuite en Egypte, d’Adam Elsheimer, petite huile sur cuivre de 1609, remarquable par sa précision astronomique. Celle-ci s’expliquerait par la diffusion des observations de Galilée, exactement contemporaines, d’autant qu’Els­heimer habite alors à Rome. Son tableau est vite célèbre : Rubens le mentionne dans une lettre et, à la mort de son auteur l’année suivante, il est vendu pour un prix élevé. Après Elsheimer, Rembrandt et bien d’autres se mesurent au sujet, dont Friedrich, Van Gogh et Munch – rien de moins.

Elsheimer n’est pas dans l’exposition qui se tient à Metz. Ni Friedrich, Van Gogh ou Munch. Leurs œuvres ne s’empruntent pas aisément, d’une part. D’autre part, ce sont le XXe siècle et le début du XXIe qui sont examinés, conformément à la fonction du Centre Pompidou-Metz. L’exposition, sur deux étages, rapproche une centaine d’artistes, parmi lesquels des peintres, conformément au titre, et aussi des photographes, des cinéastes et des praticiens de l’installation. Elle commence par l’une de celles-ci, Lucioles, une vidéo de Jennifer Douzenel : un grand écran noir semé de très petits points lumineux qui exigent un long regard, de l’attention, du silence. La question de la visibilité est ainsi posée avec toute la pureté nécessaire, avec intransigeance même : la nuit et rien d’autre.
Ceux qui biaisent et trichent
Or, il est difficile de s’en tenir à cette pureté, difficile de s’abstenir d’artifices et d’effets. A de très rares exceptions près – Douzenel donc et la voûte céleste étoilée dessinée au fusain par Vija Celmins –, les...




                        

                        


<article-nb="2018/11/04/19-14">
<filnamedate="20181104"><AAMM="201811"><AAMMJJ="20181104"><AAMMJJHH="2018110419">
<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-14"> ¤ L’exposition « Peindre la nuit » retrace une histoire des liens entre certains artistes et la nuit, depuis le XXe siècle.
<filname="PROF-0,2-3246,1-0,0-14"> ¤ 
<article-nb="2018/11/04/19-15">
<filnamedate="20181104"><AAMM="201811"><AAMMJJ="20181104"><AAMMJJHH="2018110419">
<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-15"> ¤ Le documentaire suédois « L’Homme qui jouait avec le feu » raconte le combat acharné contre l’extrême droite de l’auteur de « Millénium », dès les années 1980, alors qu’il était journaliste et militant.
<filname="PROF-0,2-3246,1-0,0-15"> ¤                
                                    

Stieg Larsson, l’antifasciste


                      Le documentaire suédois « L’Homme qui jouait avec le feu » raconte le combat acharné contre l’extrême droite de l’auteur de « Millénium », dès les années 1980, alors qu’il était journaliste et militant.



M le magazine du Monde
 |    02.11.2018 à 14h54
 • Mis à jour le
04.11.2018 à 14h44
    |

            Anne-Françoise Hivert (Malmö (Suède), correspondante régionale)








   


Le documentaire L’Homme qui jouait avec le feu de Henrik Georgsson s’ouvre sur une interview de Stieg Larsson, remontant à 2004. Le Suédois a alors 50 ans, porte ses éternelles lunettes rondes, un blazer gris et une mine soucieuse. L’homme n’est pas encore l’écrivain aux 90 millions de polars écoulés dans le monde. Il ne le sera d’ailleurs jamais. Stieg Larsson est mort quelques semaines après cet entretien, le 9 novembre 2004, d’une crise cardiaque et avant même que le premier tome de Millénium ne soit publié. Assis dans un fauteuil orange dans son bureau en sous-pente du magazine antiraciste Expo, créé en 1995 à Stockholm, il évoque la démocratie « toujours menacée » car, dit-il, « elle n’est pas un don divin tombé du ciel », mais quelque chose « pour laquelle chaque génération doit se battre ».
La traque des néo-nazis
D’ailleurs, si en 2004 la démocratie existe en Europe, « on ne sait pas ce qu’il en sera dans vingt ans », constate Stieg Larsson, à la fin du documentaire de Henrik Georgsson (Bron, Wallander, etc.). Si la critique a encensé le film après sa sortie fin septembre, c’est que dans ce portrait de l’écrivain se dessine en creux l’histoire du néo-nazisme en Suède après la seconde guerre mondiale. Dans les années 1980, Larsson annonçait les succès actuels des Démocrates de Suède (SD), alors ultraminoritaires, et devenus faiseurs de roi au Parlement suédois, avec 17,6 % des voix remportées lors du scrutin du 9 septembre.
Lire aussi : A la recherche du vrai Stieg Larsson, journaliste et justicier
En suédois, le documentaire s’intitule Mannen som lekte med elden, l’homme qui jouait avec le feu – référence au second tome de Millénium, dont le titre français est La Fille qui rêvait d’un bidon d’essence et d’une allumette. Une cinquantaine de témoins racontent. Parmi eux, Eva Gabrielsson, la compagne du journaliste et écrivain. Mais aussi ses anciens collègues de l’agence de presse TT, où il a travaillé pendant plus de vingt ans comme graphiste, consacrant ses nuits à ce qui deviendra une obsession : traquer les militants d’extrême droite en Suède, jusque dans les sous-sols où ils tiennent leurs réunions. Il les photographie, fait des recoupements, constitue des dossiers.

Stieg Larsson écrit également dans le magazine Searchlight, fondé en 1975 par le militant antifasciste britannique Gerry Gable, qui témoigne le visage dissimulé. Même chose pour un couple d’anciens collaborateurs d’Expo : en 1999, une bombe placée sous leur voiture a explosé, blessant grièvement l’homme. Leur fils de 8 ans s’en est sorti miraculeusement avec quelques égratignures.
« Il avait une boussole morale très claire et la suivait. » Henrik Georgsson, réalisateur
Le documentaire raconte les menaces de l’extrême droite, les coups de fil anonymes, les munitions envoyées par la poste… Stieg Larsson devient un expert en sécurité. Il achète un manuel qui explique comment ouvrir un colis piégé, sans qu’il explose, et demande à ses collègues de cacher une batte de base-ball dans le hall d’entrée de leur appartement… Divisés et sans moyens financiers, les groupuscules d’extrême droite sont considérés en Suède, dans les années 1980, comme une aberration appelée à disparaître. Le réalisateur Henrik Georgsson confie sa fascination pour la « persistance » de Stieg Larsson qui, contre vents et marées, s’obstine : « Il avait une boussole morale très claire et la suivait. »
Lire aussi : Un prix Stieg-Larsson pour se rappeler l’activiste plus que l’écrivain 
En 1995, année de la création d’Expo, qui reste aujourd’hui le principal observatoire de l’extrême droite en Suède, les néo-nazis commettent sept meurtres dans le pays. La même année, Jimmie Åkesson, alors âgé de 16 ans et aujourd’hui patron de l’extrême droite suédoise, rejoint SD. Créé sept ans plus tôt, le parti tente depuis de rompre avec ses racines dans la mouvance néo-nazie. Expo continue de démontrer régulièrement les liens troubles entre les deux. Plus que Millénium, c’est là l’héritage de Stieg Larsson. L’homme qui aimait jouer avec le feu sera diffusé en début d’année prochaine à la télévision suédoise, en plusieurs épisodes.



<article-nb="2018/11/04/19-16">
<filnamedate="20181104"><AAMM="201811"><AAMMJJ="20181104"><AAMMJJHH="2018110419">
<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-16"> ¤ A l’Opéra Garnier, un programme en hommage au chorégraphe américain démontre la liberté de son écriture.
<filname="PROF-0,2-3246,1-0,0-16"> ¤                     
                                                   
édition abonné


Danse : Jerome Robbins fait rimer la vie et la virtuosité

A l’Opéra Garnier, un programme en hommage au chorégraphe américain démontre la liberté de son écriture.



LE MONDE
 |    02.11.2018 à 14h47
 • Mis à jour le
03.11.2018 à 13h22
    |

                            Rosita Boisseau








                        



                                


                            

Incroyable liberté d’inspiration que celle du chorégraphe américain Jerome Robbins (1918-1998) ! Sur une gamme musicale panachée : Philip Glass, Bach, Debussy, Bernstein, le père de West Side Story (1957) savait sauter du coq à l’âne, sans perdre le contact avec une danse savante, enracinée dans le vocabulaire classique, mais toujours humaine.

Ce paradoxe éclate dans le programme à l’affiche du Palais Garnier. Solide et superbe, il est interprété avec mordant par les danseurs de l’Opéra national de Paris qui ont travaillé avec Jean-Pierre Frohlich, interprète et assistant du chorégraphe pendant trente ans. Un coup de pied aux fesses et nous voilà dans une comédie musicale de marins en goguette pour Fancy Free (1944) ; une galipette envoie paître la technique dans A Suite of Dances (1994) ; un coup de chaud érotique irradie le duo Afternoon of a Faun (1953) ; une bonne marche fouette l’exercice de géométrie qu’est Glass Pieces (1983).
Fibre romantique et mélancolique
La fibre romantique et mélancolique de Robbins, créateur d’une soixantaine de ballets, dont les best-sellers In the Night (1970) et Dances at a Gathering (1969), sur des musiques de Chopin, n’y est pas présente. Régulièrement dansées, ces pièces, chapitres d’un roman sentimental sur la rencontre, composaient en 2010, toujours à Garnier, l’essentiel d’un Hommage à Robbins. Cette nouvelle soirée, moins gazeuse, plus dynamique, propose une autre vision de l’œuvre de ce néoclassique hautement singulier, dont on fête cette année le centième anniversaire de la naissance.

L’irruption de la vie dans la virtuosité file la chair de poule à la danse de Robbins. Elle vrille le langage classique, le tourneboule, le fait régulièrement dérailler en lui rappelant qu’il raconte d’abord une histoire. Cette narration souterraine entraîne un jeu d’acteur muet d’une impeccable minutie, greffé sur un flot technique...




                        

                        


<article-nb="2018/11/04/19-17">
<filnamedate="20181104"><AAMM="201811"><AAMMJJ="20181104"><AAMMJJHH="2018110419">
<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-17"> ¤ Après huit ans d’absence discographique, le groupe sort un septième album intitulé « Masters of the Sun Vol. 1 ».
<filname="PROF-0,2-3246,1-0,0-17"> ¤                     
                                                

Le retour des Black Eyed Peas, sans Fergie

Après huit ans d’absence discographique, le groupe sort un septième album intitulé « Masters of the Sun Vol. 1 ».



LE MONDE
 |    02.11.2018 à 14h26
 • Mis à jour le
03.11.2018 à 06h37
    |

                            Stéphanie Binet








                        



   


L’industrie du disque est parfois cruelle. Les Black Eyed Peas, stars internationales dans les années 2000 grâce à des tubes comme Where Is the Love ? ou I Gotta Feeling, ont vendu près de 40 millions d’albums. Après huit années d’absence discographique, ils ont publié leur septième album, Masters of the Sun Vol. 1, le 26 octobre, sur les plates-formes de streaming. A une semaine de la sortie physique du disque, le 9 novembre, le verdict est sans appel : pas un seul titre ne s’est hissé au sommet des charts. La qualité est pourtant au rendez-vous mais, privé de sa chanteuse emblématique Fergie et après une si longue absence, le groupe a égaré son public.

En visite à Paris mi-septembre, Will.i.am, Apl.de.ap et Taboo assument : « Sur ce disque, résume le second, nous nous sommes fait plaisir. Notre idée était de célébrer le vingtième anniversaire de notre premier album, Behind the Front [1998]. Nous avons essayé de faire comprendre aux gens qui nous ont découverts avec Elephunk [2003] ce qui nous animait avant, c’est-à-dire la vibe des années 1990 : A Tribe Called Quest, les Jungle Brothers, et l’album de Nas Illmatic. »

   


Masters of the Sun Vol. 1, qui porte le même nom que la bande dessinée publiée par Will.i.am chez Marvel en 2017, débute justement par un duo avec Nas, Back 2 Hiphop. Sur trois titres, Wings, Dopeness et 4 Ever, Fergie est remplacée respectivement par la chanteuse des Pussy Cat Dolls Nicole Scherzinger, par la Sud-Coréenne CL et par la Canadienne Esthero, entérinant un peu plus l’idée que la blonde égérie du groupe n’en fait plus partie : « Elle voulait se concentrer sur sa carrière solo, résume Taboo, ne plus faire de tournée, alors que moi, j’avais besoin d’être sur scène, je ne voulais pas attendre. J’en avais besoin pour ma guérison, je venais juste de combattre mon cancer et j’ai dit aux garçons : “La vie est trop courte, retournons au studio et enregistrons.” »
Références à Native Tongues
Will.i.am, débordé par ses activités extramusicales, a laissé ses complices aux commandes du disque. En 2015, Apl.de.ap et Taboo enregistrent Constant, qui s’inspire de morceaux de la fin des années 1980 et début des années 1990 où les rappeurs de la côte Est étaient sous l’influence de la house music de Chicago. ­Débuté comme ceux du collectif Native Tongues (A Tribe Called Quest, De La Soul, Jungle Brothers…), très influencé par le jazz, le morceau dérive vers une rythmique house music.
Ce n’est pas la seule référence au collectif sur ce disque, puisque les Black Eyed Peas invitent deux membres de A Tribe Called Quest (Ali Shaheed Muhammad et Phife Dawg) et Posdnuos de De La Soul pour All Around the World. Dans les textes, les trois rappeurs retrouvent également leur verve militante, notamment contre les tueries de masse aux Etats-Unis dans Big Love et contre le repli communautaire sur Ring the Alarm.

Des paroles qu’ils ont aussi traduites par des actes. Apl.de.ap a ainsi fait construire plus d’une trentaine d’écoles dans son pays d’origine, les Philippines. Will.i.am a créé une formation scientifique pour les jeunes des quartiers défavorisés afin de les préparer à des études en robotique. Taboo, lui, a rejoint l’American Cancer Society pour participer aux campagnes de prévention. Quant au succès commercial de leur disque, ils prétendent n’en avoir cure : « Nous ne sommes pas dans la compétition, assure Will.i.am, nous travaillons déjà au prochain. » Le soir même, le groupe allait enregistrer en studio à Paris avec le jeune producteur français Dany Synthé.
Masters of the Sun Vol. 1, des Black Eyed Peas, 1 CD Polydor. www.blackeyedpeas.com
Le groupe sera en concert le 12 novembre au Zénith de Paris. www.facebook.com/blackeyedpeas



                            


                        

                        


<article-nb="2018/11/04/19-18">
<filnamedate="20181104"><AAMM="201811"><AAMMJJ="20181104"><AAMMJJHH="2018110419">
<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-18"> ¤ Au Palais de Tokyo à Paris, l’artiste installe son travail spectaculaire et poétique tissé par des araignées.
<filname="PROF-0,2-3246,1-0,0-18"> ¤                     
                                                   
édition abonné


Exposition : Tomas Saraceno tricote le fil de l’univers

Au Palais de Tokyo à Paris, l’artiste installe son travail spectaculaire et poétique tissé par des araignées.



LE MONDE
 |    02.11.2018 à 14h01
 • Mis à jour le
04.11.2018 à 06h38
    |

                            Emmanuelle Lequeux








                        



                                


                            

Au générique, de drôles d’actrices : Holocnemus pluchei, Psechrus jaegeri, mais aussi Agelena labyrinthica, ou encore Tegenaria domestica. Des noms de scène qui apparaissent dès le début de l’exposition de Tomas Saraceno, au Palais de Tokyo, parmi tous les collaborateurs du projet : philosophes, cosmonautes ou biologistes. Qui se cache derrière ces pseudos d’impéra­trices romaines ? Des araignées, fidèles assistantes de l’artiste argentin. Depuis des années, dans son atelier berlinois, il les chouchoute, les marie, les observe, dans des conditions dignes d’un muséum d’histoire naturelle.
Tomas Saraceno, artiste : « Ecouter ce qu’ont à nous dire ces animaux préhistoriques et apprendre à partager avec eux l’espace »
Résultat : il possède aujourd’hui la plus belle collection de toiles d’arachnides au monde. Locales ou exotiques, sociales ou solitaires, leurs architectures volatiles défilent sous la verrière du palais, complètement obscurcie pour l’occasion. Une plongée dans des infra-mondes, avec qui Saraceno propose de mettre le visiteur en symbiose, aiguisant son attention au vivant. « Il s’agit d’écouter ce qu’ont à nous dire ces animaux préhistoriques, parmi les plus sensibles au monde, et d’apprendre à partager avec eux l’espace, voire d’entendre ce nouvel espéranto qu’ils pourraient nous apprendre », résume l’artiste, investi depuis toujours dans l’écologie, tendance poétique (on s’étonnera donc du partenariat avec Rolls-Royce développé pour sa carte blanche parisienne par cet ardent combattant pour une planète à zéro carbone, mais c’est peut-être une autre histoire).

Brillant dans la pénombre, des dizaines de toiles révèlent leurs méandres. En coupole, en trampoline, en géométrie lâche ou tissés serré, les pièges de soie défient le regard et l’intelligence de l’homme. Solides quand on les pense fragilissimes, vibrant tel le tympan d’une oreille, ces Sagrada Familia de fibre protéinée...




                        

                        


<article-nb="2018/11/04/19-19">
<filnamedate="20181104"><AAMM="201811"><AAMMJJ="20181104"><AAMMJJHH="2018110419">
<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-19"> ¤ Radiographe de profession, internée en 1990 à Leicester, l’artiste a accompli une œuvre d’une singularité et d’une complexité exceptionnelles.
<filname="PROF-0,2-3246,1-0,0-19"> ¤                     
                                                

Sélection galerie : Lindsay Caldicott chez Christian Berst Art brut

Radiographe de profession, internée en 1990 à Leicester, l’artiste a accompli une œuvre d’une singularité et d’une complexité exceptionnelles.



LE MONDE
 |    02.11.2018 à 12h34
    |

                            Philippe Dagen








                        


Lindsay Caldicott est née à Leicester en Angleterre en 1956 et s’y est suicidée en 2014. Radiographe de profession, elle fait des études d’art à Londres ­entre 1983 et 1988, puis retourne à son métier. Elle est internée en 1990 à Leicester comme maniaco-dépressive et schizophrène, conséquence d’abus qu’elle a subis dans son enfance. De ce moment à sa mort, elle accomplit une œuvre d’une singularité et d’une complexité exceptionnelles. Ce sont des collages, dans lesquels elle dispose des éléments découpés, photocopiés, répétés des dizaines de fois. Elle les organise le plus souvent en éventails, en entrelacs, en circonvolutions. La précision des assemblages de fragments suppose un travail préparatoire et une exécution très lents et minutieux. Processus obsessionnel, sans doute.

   


Ces montages, faits essentiellement d’éléments prélevés dans des images d’anatomie, des radiographies et des photographies, ne sont pas figuratifs, quand on les considère de loin. Ils le redeviennent quand l’œil se rapproche pour essayer de comprendre ce qu’il voit. Il n’y parvient que partiellement, perdu dans les plis et les superpositions dont Caldicott maîtrise exactement la prolifération. Quelques œuvres sont d’une structure plus simple, dessinant des schémas anthropomorphiques. Elles sont tout aussi remarquables. Lindsay Caldicott était une grande ­artiste, dont rien n’était connu jusqu’à cette exposition.
« Lindsay Caldicott : X Ray Memories ». Galerie Christian Berst Art brut, 3-5, passage des Gravilliers, Paris 3e. Tél. : 01-53-33-01-70. Du mardi au samedi de 14 heures à 19 heures. Jusqu’au 24 novembre.



                            


                        

                        


<article-nb="2018/11/04/19-20">
<filnamedate="20181104"><AAMM="201811"><AAMMJJ="20181104"><AAMMJJHH="2018110419">
<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-20"> ¤ Une récente donation de 1 300 œuvres par les collectionneurs Claude et France Lemand enrichit considérablement la collection d’art moderne et contemporain de l’Institut du monde arabe.
<filname="PROF-0,2-3246,1-0,0-20"> ¤                     
                                                

L’Institut du monde arabe entend devenir un musée des arts du monde arabe

Une récente donation de 1 300 œuvres par les collectionneurs Claude et France Lemand enrichit considérablement la collection d’art moderne et contemporain de l’Institut du monde arabe.



Le Monde.fr avec AFP
 |    02.11.2018 à 09h37
 • Mis à jour le
02.11.2018 à 09h56
   





                        



   


La collection d’art moderne et contemporain de l’Institut du monde arabe (IMA) s’est enrichie de 1 300 nouvelles peintures après la signature mercredi 24 octobre d’un contrat finalisant une donation considérable de la part des collectionneurs Claude et France Lemand. Assortie d’un important fonds de dotation, elle enrichit largement une collection d’art moderne et contemporain qui comportait jusqu’à présent 500 œuvres.
La collection Lemand regroupe 94 artistes appartenant à trois générations, dont Abdallah Benateur, Youssef Abdelké, Dia Al-Azzawi, Etel Adnan, Shafic Abboud, Mohammad Al-Rawas, Abdelkader Guermaz. Elle a été constituée par Claude Lemand, collectionneur d’art libanais chassé de son pays par la guerre civile dans les années 1970 avant d’ouvrir une galerie d’art à Paris en 1988.
Trois premières expositions ouvertes aux visiteurs jusqu’au 30 mars présentent une partie des œuvres nouvellement acquises. La première montre « Le monde arabe vu par ses artistes », et surprend par la présence de tous les styles modernes et figuratifs. « Portrait de l’oiseau qui n’existe pas » s’appuie sur un poème de Claude Aveline écrit en 1950. Le poète avait invité les artistes du Paris de l’époque à prendre le poème pour point de départ et de faire à leur tour le portrait de ce volatile imaginaire.
« Volière »
Près de trente ans après, Claude Lemand, par ailleurs époux de France, la petite-fille d’Aveline, invite des artistes de son temps, dont de nombreux plasticiens originaires du monde arabe, à renouveler cette expérience artistique. C’est une sélection issue de cette nouvelle « volière » qui est montrée au public. Une troisième exposition porte sur des œuvres du peintre syrien Youssef Abdelké évoquant le martyre de la Syrie sous le joug de la dynastie Assad.
Le collectionneur Claude Lemand, cité par l’Agence France-Presse, indique qu’il ne s’agit pas d’une « une donation morte car le fonds de dotation permettra d’enrichir les collections en permanence. Il permettra de financer la recherche, les expositions, les médiations » entreprises par l’IMA depuis son ouverture en 1987. Avec la fusion de la collection du musée et de la donation de Claude et France Lemand, l’IMA entend devenir dans les deux prochaines années un musée des arts du monde arabe, qui apportera un soin particulier aux œuvres de la seconde moitié du XXe  siècle.

        Lire aussi :
         

                Exposition : voyage en 3D dans des cités millénaires en péril






                            


                        

                        

