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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-1"> ¤ Luz, vingt-trois ans de « Charlie », signe « Indélébiles », hommage drôle et tendre à une fantastique équipe de dessinateurs. Un bonheur.
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« Charlie Hebdo », quelle bande de potes !

Luz, vingt-trois ans de « Charlie », signe « Indélébiles », hommage drôle et tendre à une fantastique équipe de dessinateurs. Un bonheur.



LE MONDE DES LIVRES
 |    02.11.2018 à 08h00
    |

            Frédéric Potet








                        



                                


                            
Indélébiles, de Luz, Futuropolis, 320 p., 24 €.

Il semble inconcevable d’écrire un livre sur Charlie Hebdo sans parler du 7 janvier 2015. Luz l’a fait, pourtant. Membre de la rédaction du magazine satirique pendant plus de vingt ans, le dessinateur échappa aux balles des frères Kouachi pour avoir été en retard à la conférence de rédaction. Dans Catharsis, sorti quatre mois après l’attentat (Futuropolis), il avait relaté son quotidien de miraculé, sans jamais verser dans le pathos, préférant user du seul levier en sa possession : l’humour. Si l’on y rit autant, le propos est tout autre dans Indélébiles, puisqu’il s’agit de raconter l’aventure collective – et joyeusement foutraque – qui précéda la barbarie. Les belles années en somme. Les copains, la déconnade à plein tube, le bonheur de dessiner.
En vingt-trois ans de Charlie – qu’il a quitté en mai 2015 –, Luz a accumulé d’innombrables anecdotes, dont les meilleures sont rapportées ici avec autodérision. L’ancien « puceau tourangeau » monté à la capitale dans l’espoir de placer des dessins au Canard enchaîné s’amuse, et nous amuse, à ressusciter une rédaction vouée au traitement caustique de l’actualité, où se mêlent les anciens (Gébé, Cabu, Wolinski…) et les sales gosses, comme lui ou Charb, le roi de la blague graveleuse.
Le métier de dessinateur de terrain
Luz revient aussi longuement, en mode making of, sur ses reportages graphiques et sur les risques qui accompagnent le métier de dessinateur de terrain. Un coup de matraque lors d’une manifestation à Paris, un interrogatoire dans un camp militaire en Bosnie (Luz suit alors la tournée du chanteur Renaud) ou encore les rodomontades intimidantes de loulous de banlieue après une fusillade raciste ne laissent toutefois pas augurer que quelque chose de pire puisse un jour arriver. Le pire arrivera pourtant, comme on le comprend dans...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-2"> ¤ Monument de la littérature chinoise, il eut également un rôle très important dans la société hongkongaise.
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L’écrivain hongkongais Jin Yong est mort

Monument de la littérature chinoise, il eut également un rôle très important dans la société hongkongaise.



LE MONDE
 |    01.11.2018 à 18h08
 • Mis à jour le
02.11.2018 à 07h05
    |

            Florence de Changy (Hongkong, correspondance)








                        



                                


                            

Surnommé « le grand justicier Jin » par ses lecteurs, le plus célèbre écrivain hongkongais, Louis Cha, connu dans tout le monde chinois sous son nom de plume Jin Yong, est mort le 30 octobre à Hongkong à l’âge de 94 ans, entouré par ses proches.
Ses wuxia (romans d’arts martiaux) ont des adeptes et des fans aux quatre coins du monde chinois et ont été adaptés, au fil des décennies, en bandes dessinées, en films, en pièces de théâtre, en séries télévisées et, depuis une vingtaine d’années, en jeux vidéo qui dominent désormais le marché.
Le wuxia (littéralement « chevalier itinérant ») est un genre littéraire chinois ancien très populaire, vague équivalent du roman de cape et d’épée. Et Jin Yong a sublimé le genre. Bien documentés historiquement et extrêmement divertissants, ses romans mettent en scène des héros de la Chine ancienne, maîtrisant le kung-fu, le sabre ou l’arbalète de manière quasi surhumaine, évoluant dans des intrigues mêlant politique impériale, rébellions, trahisons, banditisme, rivalités claniques, amours interdites ou impossibles et vengeances ancestrales.
L’écrivain chinois le plus lu
Mais ses héros sont d’autant plus fascinants que ce sont des êtres complexes, imparfaits, en quête de maîtrise intérieure, parfois décevants. Potentiellement subversifs, ses romans ont longtemps été interdits en Chine. Ils se sont néanmoins vendus à plus de 100 millions d’exemplaires, ce qui fait de lui l’écrivain le plus lu et le plus connu du monde chinois. Plusieurs de ses best-sellers ont été publiés en français par les éditions You Feng.
Né le 10 mars 1924 dans la province chinoise du Zhejiang (au sud de Shanghaï) dans une famille bourgeoise et intellectuelle, Louis Cha fut notamment initié aux romans d’Alexandre Dumas père, de Victor Hugo, de Shakespeare et de Walter Scott. Il est arrivé à Hongkong dans les années 1940, avec sa famille qui fuyait la guerre et la révolution communiste.
Entre 1955 et...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-3"> ¤ Chaque jeudi, la rédaction du « Monde des livres » propose une sélection d’ouvrage à dévorer.
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Article sélectionné dans La Matinale du 31/10/2018
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« Charlie Hebdo », histoire, roman : notre sélection de livres pour la semaine

Chaque jeudi, la rédaction du « Monde des livres » propose une sélection d’ouvrage à dévorer.



LE MONDE
 |    01.11.2018 à 06h31
 • Mis à jour le
01.11.2018 à 07h12
   





                        


LES CHOIX DE LA MATINALE
Cette semaine, la rédaction du « Monde des livres » vous propose de vous plonger dans le Charlie Hebdo d’avant la barbarie du 7 janvier 2015, raconté par Luz, ou d’explorer le lien entre peine capitale et construction de l’Etat.
BD. « Indélébiles », de Luz
Il semble inconcevable d’écrire un livre sur Charlie Hebdo sans parler du 7 janvier 2015. Luz l’a fait, pourtant. Membre de la rédaction du magazine satirique pendant plus de vingt ans, le dessinateur échappa aux balles des frères Kouachi pour avoir été en retard à la conférence de rédaction. Dans Catharsis, sorti quatre mois après l’attentat (Futuropolis), il avait relaté son quotidien de miraculé, sans jamais verser dans le pathos, préférant user du seul levier en sa possession : l’humour.
Si l’on y rit autant, le propos est tout autre dans Indélébiles, puisqu’il s’agit de raconter l’aventure collective – et joyeusement foutraque – qui précéda la barbarie. Les belles années, en somme. Les copains, la déconnade à plein tube, le bonheur de dessiner.
En vingt-trois ans de Charlie – qu’il a quitté en mai 2015 – Luz a accumulé d’innombrables anecdotes, souvent rapportées ici avec autodérision. L’ancien « puceau tourangeau » monté à la capitale dans l’espoir de placer des dessins au Canard enchaîné s’amuse, et nous amuse, à ressusciter une rédaction vouée au traitement caustique de l’actualité, où se mêlent les anciens (Gébé, Cabu, Wolinski…) et les sales gosses, comme lui ou Charb.
Volontairement, Luz n’évoque pas les tensions et les engueulades au sein de la rédaction, pour se concentrer sur la question du dessin, sujet d’harmonie, auquel il attribue un rôle de personnage à part entière ; de vieux pote indéfectible, incarné par les taches ineffaçables d’encre de Chine qui maculent ses doigts, ou par ces bouts de gomme usée ayant appartenu aux confrères assassinés, conservés comme de précieuses reliques. Frédéric Potet
« Indélébiles », de Luz, Futuropolis, 320 p., 24 € (en librairie le 2 novembre).

   


HISTOIRE. « Condamner à mort au Moyen Age », de Claude Gauvard
Dans cet ouvrage longtemps attendu, Claude Gauvard invite à revoir nos préjugés, à commencer par la fréquence des exécutions capitales au Moyen Age, qui étaient rares : une tous les quatre ans à Lyon et, dans les cas extrêmes que sont la Normandie ou le Comtat Venaissin, une par an. A la peine capitale, le Moyen Age préfère une mort symbolique, le bannissement ou l’amende, voire la composition entre les parties, hors du tribunal.
Mais la force singulière de l’ouvrage réside avant tout dans le lien puissamment noué entre peine de mort et construction étatique en France. L’historienne identifie un basculement essentiel entre les XIIIe et XVe siècles : condamner à mort devient un « acte rendu pour réparer l’offense que le crime et le criminel ont faite au roi et à la chose publique » plus qu’à la victime. Elle n’est pas une vengeance. Et la repentance ouvre la voie vers la grâce royale.
Claude Gauvard répète ici sa conviction profonde : ce n’est pas par la force, mais par la miséricorde et le droit que l’Etat est né au Moyen Age. La peine de mort en est le parfait exemple : c’est par les lettres de rémission qu’il accorde aux condamnés à mort, et par la réglementation toujours plus savante des exécutions par le Parlement de Paris, que le roi assoit progressivement l’idée que la peine capitale est un monopole d’Etat. Marie Dejoux
« Condamner à mort au Moyen Age », de Claude Gauvard, PUF, 368 p., 24 €.

   


ROMAN. « Isidore et les autres », de Camille Bordas
Sur le plan scolaire, les cinq premiers enfants de la famille Mazal peuvent être considérés comme des surdoués. Ils remplissent des dossiers de candidature en classe prépa quand les enfants de leur âge sont encore au collège. Ils cherchent un nouveau sujet de thèse à peine leur premier doctorat obtenu. Sûrs de leur bon goût comme de leur intelligence, ils ne doutent pas un instant de leur capacité à réussir leur vie.
Aucune difficulté ne devrait leur résister, puisqu’ils ont toutes les clés pour comprendre le monde qui les entoure. Encore faudrait-il, bien sûr, qu’ils y prêtent attention. Le réel, on s’en doute, va se rappeler à eux avec brutalité.
C’est Isidore, le sixième enfant de la fratrie, 11 ans au début du roman, qui observe et essaie de comprendre les agissements des membres de sa famille. Contrairement à ses frères et sœurs, il n’a sauté aucune classe. Mais sa scolarité se déroule sans encombre. Un enfant normal, en somme. Ce qui suffit à le rendre différent. Et à justifier la spontanéité et la sensibilité dont il est le seul à faire preuve chez les Mazal. Sa parole bienveillante et futée dope le récit, en lui conférant énergie et naturel.
Ecrit en anglais par la française Camille Bordas, qui vit à Chicago (Illinois), et traduit par elle-même, Isidore et les autres crée une merveilleuse figure d’adolescent, tout en auscultant avec une généreuse lucidité la façon dont chacun des personnages – chacun de nous, aussi bien – organise le passage des livres à la vie, et inversement. Florence Bouchy
« Isidore et les autres », de Camille Bordas, Inculte, 414 p., 19,90 €.

   


PHILOSOPHIE. « Devant la beauté de la nature », d’Alexandre Lacroix
La nature, objet de tant de nos angoisses aujourd’hui, peut-elle demeurer une cause d’émerveillement ? La beauté s’offre autour de nous avec profusion, et nous vivons en somnambules. Tel est le point de départ de l’enquête philosophique qu’Alexandre Lacroix consacre à une question à la fois centrale et peu fréquentée : celle de la place qu’occupe dans nos vies la splendeur du monde.
Devant la beauté de la nature se présente comme une courbe tracée entre le saisissement intime face à la nature et la question métaphysique de notre place en elle. Courbe qui prend aussi la forme d’un voyage à travers les souvenirs de l’auteur. Progressivement, se construit une théorie en éclats, faite de bribes d’histoire des idées philosophiques et scientifiques reliées par l’interrogation continue de l’auteur sur sa propre expérience.
Une théorie ainsi dirigée autant vers la connaissance que vers une tentative de définition d’un bon usage de la nature. Non seulement, l’humanité met aujourd’hui la nature en danger, mais elle prend le risque de s’étioler en s’éloignant de cette « source » inépuisable, qui « surgit sans arrêt autour de nous ». Sa promenade savante à travers les idées et les sensations nous plonge dans ce flux à mesure qu’elle nous le fait connaître ; elle a la douceur un peu déchirante, et l’élan, de retrouvailles. Florent Georgesco
« Devant la beauté de la nature », d’Alexandre Lacroix, Allary, 444 p., 22,90 €.

   





                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-4"> ¤ Le rappeur et son frère publient le premier tome d’une série sombre d’aventure et de combat. Grand fan de BD japonaise, Gims a dû s’entourer pour mener ce projet à bien.
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« Devil’s Relics », l’intrigante incursion de Maître Gims dans le manga

Le rappeur et son frère publient le premier tome d’une série sombre d’aventure et de combat. Grand fan de BD japonaise, Gims a dû s’entourer pour mener ce projet à bien.





LE MONDE
 |    31.10.2018 à 14h09
 • Mis à jour le
31.10.2018 à 14h27
    |

            Pauline Croquet





« Pour ceux qui me suivent, un rêve de gosse fan de manga est en train de se réaliser… » C’est ainsi que le rappeur Maître Gims a annoncé sur Instagram, en juillet 2017, qu’il se lançait dans la réalisation d’un manga. Une annonce qui, assez tôt, a suscité un brin de suspicion et beaucoup de moqueries. Un nom, Devil’s Relics, et une date de sortie du premier tome, le 31 octobre, ont été précisés quelques mois plus tard.
Mais l’artiste aux plus de cinq millions d’albums vendus en France en a vu d’autres, lui qui affronte régulièrement des critiques à propos de sa musique trop commerciale ou trop variété pour une partie du rap francophone. « Son assurance insolente agace plus d’un de ses concurrents », décrivait un portrait du Monde d’avril dernier qui lui était consacré.
Pourtant, c’est avec une certaine humilité que Maître Gims s’est présenté en juillet devant le public de Japan Expo, la grand-messe française du manga, pour défendre son projet. Car s’il est le concepteur de l’idée originale avec son jeune frère Darcy, il a dû s’entourer pour la réaliser.
Quatre auteurs sur la couverture
Sur la couverture, deux éditeurs – Glénat et Fayard – et quatre noms : ceux de Gims et de son frère épaulés par l’auteur français Jean-David Morvan, qui a signé notamment les BD Nomad et Sillage, et celui de Yoshiyasu Tamura. Formé dans les écuries de la maison d’édition japonaise Shueisha, celui-ci avait quelque peu délaissé sa carrière de mangaka pour se consacrer à la peinture et enseigner en Italie.

        Voir cette publication sur Instagram           Pour ceux qui me suivent, un rêve de gosse fan de manga est en train de se réaliser... Première réunion chez Glénat ! Avec @fresh_prince93r @glenatmangaeditions /@Fayard.editions @glenatbd Jean-David Jd morvan Yoshiuasou Tamura @fudegami 🔥🔥🔥 Une publication partagée par  Maître GIMS (@maitregims) le 1 Juil. 2017 à 2 :46 PDT 

« Cette idée de manga, je l’avais depuis une quinzaine d’années. Mais Darcy, qui est encore plus fan de manga que moi, m’a permis de reprendre et terminer l’histoire », expliquait Maître Gims au public de Japan Expo. L’idée lui trotte dans la tête pendant ses études de graphisme, lui qui aime le dessin. En parallèle, sa carrière avec le groupe parisien Sexion d’Assaut commence à décoller ; il abandonne l’école et met ce projet de côté « par manque de temps ». C’est à Fayard, qui a édité en 2015 son autobiographie Vise le soleil, que le rappeur trentenaire fait part de son envie de créer un manga. La maison d’édition, qui ne publie pas de manga, contacte Glénat avec qui elle a l’habitude de coéditer certains ouvrages.

   


« Nous avons accepté de rencontrer Maître Gims et Darcy en janvier 2017. Ils se sont présentés avec un univers complet et toute une galerie de personnages. Certes, ce n’était pas construit comme un manga, mais nous avons pris conscience qu’il s’agissait d’un projet sérieux, pas d’une tocade », défend Erwan Roux, directeur éditorial adjoint et responsable de la création française en manga chez Glénat. Une décision qui n’est pas anodine : Glénat, l’un des plus gros acteurs du manga en France, est l’éditeur de One Piece et Dragon Ball, des blockbusters de la BD japonaise, et des références sacrées pour les amateurs de manga. Pour autant, elle s’est lancée depuis peu dans le manga made in France. Glénat reconnaît toutefois qu’il est assez rare qu’un projet soit simplement accepté sur un seul concept et sans scénario. Maître Gims aurait-il eu les mêmes chances sans notoriété ? Lui-même évoque cette question en conférence sans y répondre.
Une ambiance à la « Ken le survivant »
Pour travailler avec Maître Gims, Glénat fait d’abord appel à Jean-David Morvan pour le scénario. L’auteur, familier du Japon et de l’industrie du manga, recommande pour le dessin M. Tamura, l’une de ses connaissances. Entre les quatre, la sauce prend, explique Maître Gims :
« Tamura a l’ADN du manga, ce n’est pas mon cas. Il était important qu’un homme comme lui soit dans la boucle. Je lui propose des planches, des dessins, puis lui rajoute sa touche, sa magie. […] Je suis tombé amoureux de son dessin. »
Lors de la conférence à la Japan Expo, le rappeur a eu à cœur de prouver sa passion ancienne pour le 9e art nippon, avançant les inspirations de Devil’s Relics. « Pour le dessin, c’est comme Vagabond ou L’Habitant de l’infini. Au niveau technique, intrigue et scènes de combat, on se rapproche de Hunter X Hunter », résume-t-il citant des œuvres majeures du manga de samouraï des années 1990 et un shonen nekketsu, manga d’aventures pour adolescents, des plus emblématiques. Pour l’atmosphère, le chanteur décrit « un dessin réaliste, une ambiance comme dans Ken le survivant, où le désespoir est total ».

   


En ouvrant le premier tome, les lecteurs font connaissance avec Kaïs, le héros, un jeune homme qui tente de survivre dans un monde dystopique, désolé et inique où le nombre de laissés-pour-compte est grandissant et les autorités corrompues. Extrêmement fort physiquement, le jeune homme gagne quelques billets dans des combats clandestins pour aider sa tante qui l’a élevé, malgré son dégoût pour la violence. Il peut toutefois compter sur l’amitié de son amie Milena et l’admiration du jeune Magnum.
Une mécanique huilée
Dès les premières pages, le ton est donné : il s’agit bien d’un manga d’aventures sombre et de combat. Yoshiyasu Tamura exécute un dessin racé et nerveux ; chaque personnage a d’ores et déjà un style et une personnalité distincts. Kaïs est un personnage plutôt froid auquel il est difficile de s’identifier, bien que les auteurs commencent à l’ébrécher et donnent l’espoir de plus de sentiment. Les 190 premières pages visent avant tout à poser un décor, et il faudra attendre le tome 2 pour voir quelles perspectives offre l’histoire, ce qui n’est pas si rare dans le manga.

   


Pour atteindre ce résultat et envisager de délivrer trois tomes par an, une mécanique huilée s’est mise en place autour des éditeurs de Glénat. « Pour chaque tome, nous faisons une grosse réunion tous ensemble dans nos locaux qui peut durer plusieurs heures. Darcy et Gims expliquent la trame narrative, et nous les aidons pour que cela colle au style shonen qu’ils veulent insuffler, détaille Erwan Roux. Ensuite, Jean-David Morvan adapte cette trame en script. Une fois que celui-ci est validé par les frères et Glénat, nous traduisons en japonais le script pour ensuite l’envoyer à M. Tamura, qui réalise le dessin avec ses assistants. » Le responsable éditorial assure :
« Maître Gims et Darcy s’impliquent à n’importe quelle étape pour répondre aux questions, donner des détails sur les décors, les tenues, résoudre des ambiguïtés. »

   


Des références aux mangas dans sa musique
Si la démarche de Maître Gims a pu intriguer les lecteurs de manga, les fans du rappeur n’ont pas forcément été étonnés par ce projet. Celui-ci s’est souvent exprimé sur sa passion pour One Piece ou Naruto, des locomotives du manga qu’il affirmait suivre religieusement, en lisant des copies pirates pour ne pas avoir à attendre une sortie française tardive. A Canal+, il expliquait en 2013 à propos de ces séries :
« Je m’inspire pas mal des mangas… ça m’inspire tout ça, toute cette folie, ce monde déconnecté. Parce que je suis un peu perché, je suis un geek, quoi. »
Ça et là, plusieurs de ses titres comportent des références et des clins d’œil aux héros de fiction japonais. Ainsi, Wati Bon Son de Sexion d’Assaut mentionne le village de l’apprenti ninja Naruto : « Paris, c’est Konoha, bande d’imbéciles, voilà les ninjas. » L’un de ses surnoms, Meugiwara, est d’ailleurs à rapprocher de celui du héros de One Piece Luffy Mugiwara.

L’ancien pilier de la Sexion d’Assaut n’a pas besoin de percer dans le manga pour connaître notoriété et fortune, mais Glénat et Fayard ont décidé de faire de la sortie de Devil’s Relics un gros lancement, à plus de 50 000 exemplaires. Une telle tête d’affiche pourrait aussi garantir de belles ventes, comme cela a été le cas pour l’éditeur novice en manga Michel Lafon avec Ki & Hi, du très populaire youtubeur Kevin Tran. Gageons que, de son côté, Maître Gims appliquera pour le manga sa philosophie en matière de réussite musicale : « Si ça ne marchait pas pour moi, j’aurais vraiment mal vécu les critiques. Mais en fait, là, ça ne m’atteint pas. La seule chose qui m’intéresse, c’est : “Est-ce que les gens aiment ce que je fais ou non ?” »
« Devil’s Relics », de Darcy, Maître Gims, Yoshiyasu Tamura, Jean-David Morvan, Editions Glénat et Fayard, tome 1, 192 pages, 6,90 euros.

        Portrait :
         

          Maître Gims à l’école de la variété







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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-5"> ¤ Claro est baa-tououououm, baa-rououououmm, rouououmm, rouou­oum ! par la lecture de « MOAB », de Jean-Yves Jouannais.
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Le feuilleton. Accrochages

Claro est baa-tououououm, baa-rououououmm, rouououmm, rouou­oum ! par la lecture de « MOAB », de Jean-Yves Jouannais.



LE MONDE DES LIVRES
 |    31.10.2018 à 12h05
 • Mis à jour le
31.10.2018 à 12h13
    |

                            Claro (Ecrivain et traducteur)








                        



                                


                            
MOAB. Epopée en 22 chants, de Jean-Yves Jouannais, Grasset, 288 p., 19 €.

Il y aurait deux façons de définir la matière d’un livre. La première consisterait à dire qu’il est la somme de tous les mots que l’auteur a ordonnés. La seconde, qu’il est la somme de tous les mots que l’auteur a ordonnés. A première vue, n’est-ce pas, la différence entre ces deux conceptions ne crève pas les yeux. Il est vrai qu’on a oublié une petite précision. On a négligé de préciser que, dans le second cas, les mots ordonnés par l’auteur ne sont pas de lui. Ainsi, un livre composé uniquement de citations, un livre fonctionnant sur le collage, entrerait dans la seconde catégorie – tout en étant néanmoins conforme à la définition de la première catégorie. En serait-il moins, pour autant, le livre d’un auteur ? Serait-il moins riche en intentions ? Moins percutant dans ses effets ? Moins cohérent ? L’acte consistant à choisir une phrase – parmi une infinité de phrases – n’est-il pas un geste aussi fort, à sa manière, que l’acte consistant à en forger une ? Avancer que copier c’est créer peut bien sûr être considéré comme un énoncé sujet à caution – mais en ce cas, cela reviendrait à nier un des fonctionnements essentiels de l’art, qui a toujours procédé par citation et montage.
Prenons deux exemples : Le Bref Eté de l’anarchie, de Hans Magnus Enzensberger (Gallimard, 1975) et Stalingrad : description d’une bataille, d’Alexander Kluge (Gallimard, 1966). Ces deux ouvrages ont pour point commun d’être tous deux composés d’énoncés prélevés ailleurs – mais ils n’en sont pas moins signés d’un nom unique. J’emprunte moi-même ces deux exemples à la postface qu’a écrite Jean-Yves Jouannais à son propre livre, MOAB, exemples qu’il donne afin de signaler non sans une certaine humilité que l’Epopée en 22 chants qu’il nous offre n’est pas sans précédent.
Donc,...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-6"> ¤ La chronique de Roger-Pol Droit, à propos de « La Sagesse espiègle », d’Alexandre Jollien.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-6"> ¤                     
                                                   
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Figures libres. Vainqueur par chaos

La chronique de Roger-Pol Droit, à propos de « La Sagesse espiègle », d’Alexandre Jollien.



LE MONDE DES LIVRES
 |    31.10.2018 à 12h00
 • Mis à jour le
01.11.2018 à 14h54
    |

                            Roger-Pol Droit








                        



                                


                            
La Sagesse espiègle, d’Alexandre Jollien, Gallimard, 224 p., 18 €.

« Quand on philosophe, il faut descendre dans l’antique Chaos et se trouver bien là. » Wittgenstein l’a dit. Alexandre Jollien* le rappelle, mais il transforme la portée de cette proposition. Car la descente, pour lui, ne consiste pas à plonger sous les usages habituels des mots. Son chaos est celui des pulsions, des angoisses, de l’abandon, du mépris de soi. Et « philosopher » ne veut plus dire démontrer ou démonter des échafaudages conceptuels. C’est bien plus : s’extirper des tourments d’un corps atteint, accéder à une forme de sérénité. Bref, devenir sage.
Mais comment ? En suivant quel chemin ? Au long d’une vingtaine d’années et d’une dizaine de livres, depuis Eloge de la faiblesse (Cerf, 1999) jusqu’à Vivre sans pourquoi (Seuil/L’Iconoclaste, 2015), en passant par Le Philo­sophe nu (Seuil, 2010), ces questions taraudent Alexandre Jollien. Il expérimente, tâtonne, tombe et repart, mettant ses pas dans ceux de Marc Aurèle, de Spinoza, de Nietzsche, de maîtres bouddhistes. Entre autres…
Sa singularité : tenter de vivre leurs enseignements, au lieu de se contenter de les lire. Les exercices spirituels, pour lui, ne sont pas un genre littéraire, mais bien un entraînement réel, physique et affectif, une endurance quotidienne. Il désire la sagesse en acte, comme guérison, comme « grande santé », comme salut. Et il ne fait pas semblant.
Ce qui explique l’attachement de multiples lecteurs. Si étranges en effet que soient ses itinéraires, ses expérimentations, parfois même ses découragements, tous sont marqués au sceau de la sincérité. Celle-ci prend dans son nouveau livre, La Sagesse espiègle, une teinte plus sombre que le titre ne le laisse supposer. Car elle n’est pas très joyeuse, cette descente dans la dépression, le désespoir, l’addiction sexuelle. Le chercheur de...




                        

                        


<article-nb="2018/11/02/19-7">
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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-7"> ¤ La chronique de Barbara Cassin, à propos de « Rien d’autre sur terre », de Conor O’Callaghan.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-7"> ¤                     
                                                   
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Premier roman. Que croire en Irlande ?

La chronique de Barbara Cassin, à propos de « Rien d’autre sur terre », de Conor O’Callaghan.



LE MONDE DES LIVRES
 |    31.10.2018 à 11h57
 • Mis à jour le
31.10.2018 à 12h08
    |

                            Barbara Cassin (de l'Académie française)








                        



                                


                            
Rien d’autre sur terre (Nothing on Earth), de Conor O’Callaghan, traduit de l’anglais (Irlande) par Mona de Pracontal, Sabine Wespieser, 272 p., 21 €.

Une gamine, crasseuse, maigreuse et bien trop belle, débarque un soir chez un prêtre irlandais. Elle vient d’une drôle de famille, logée dans le pavillon-témoin d’un lotissement qui ne sort pas de terre. Ils avaient l’air d’être d’ici, mais comment ça ? En tout cas, maintenant, elle est sans voisins, sans famille, sans rien. Il y avait une mère, qui disparaît, la peut-être jumelle de la mère, qui disparaît aussi, et voilà le père, mettons professeur sans travail, qui vient de disparaître à son tour, juste comme s’ils changeaient de pièce. Disparus comme l’eau, comme l’électricité, comme la nourriture, naturellement et sans laisser de trace. Tout est normalement irréel, et il y a pourtant des bribes de réalité, des bains de soleil, une supérette, un dîner père-fille chez des voisins plus vides que nature, des ouvriers polonais amateurs de heavy metal, maisont-ils existé ? ­Surnage le nom d’un flic, Curtin, qui se confesse à la fin pour demander ou plutôt accorder pardon, comment savoir ? Des détails attestent la vérité de l’ensemble, on aimerait savoir à quoi croire.
Tache de sang sur le matelas
Impossible ! Tout ça est un récit de récit, un non-récit de non-récit. Il est, au final, raconté, comme confessé, par le prêtre. Ce prêtre qui n’a pas, qui ne pas, ça non. Lui, non, rien. Heureusement qu’il avait une vraie femme de ménage pour coucher la petite et lui expliquer, à lui curé, qu’elle a ses fleurs, sinon d’où viendrait la tache de sang sur le matelas repérée par les flics ? Mais la femme de ménage est rentrée chez elle au lieu de rester comme prévu. Et la gamine, que les gendarmes ont laissée dormir chez lui, a frappé à la chambre du Père (on frappe beaucoup dans ces maisons), elle a tambouriné, appelé. Comment ouvrirait-il, voyons, lui qui ne pas ?
Elle...




                        

                        


<article-nb="2018/11/02/19-8">
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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-8"> ¤ Dans « Kanaky », Joseph Andras a enquêté sur Alphonse Dianou, tué en 1988 lors de l’assaut d’Ouvéa.
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Un indépendantiste kanak ordinaire

Dans « Kanaky », Joseph Andras a enquêté sur Alphonse Dianou, tué en 1988 lors de l’assaut d’Ouvéa.



LE MONDE DES LIVRES
 |    31.10.2018 à 11h52
 • Mis à jour le
01.11.2018 à 16h50
    |

                            Gladys Marivat (Collaboratrice du « Monde des livres »)








                        



                                


                            
Kanaky. Sur les traces d’Alphonse Dianou, de Joseph Andras, Actes Sud, 304 p., 21 €.

Chercher le point de bascule, quand la personne que l’on croyait connaître devient quelqu’un d’autre. Telle est l’obsession au cœur du récit tortueux de Joseph Andras. Le héros de Kanaky est Alphonse Dianou – Kahnyapa Dianou, de son nom mélanésien. Du 22 avril au 5 mai 1988, sur l’atoll d’Ouvéa, en Nouvelle-Calédonie, cet indépendantiste de 28 ans a mené l’occupation d’une gendarmerie, au cours de laquelle quatre gendarmes ont été tués, puis une prise d’otages dans une grotte. L’intervention de l’armée française s’est soldée par 21 morts, dont 19 Kanak. Dont lui.

Qui était Alphonse Dianou ? Trente mois durant, l’écrivain, né en 1984, a mené l’enquête. Il a rencontré sa veuve et son fils, ceux qui l’ont connu ou étaient à ses côtés dans la grotte. De l’indépendantiste « sanguinaire » et « sans pitié » décrit dans la presse, l’écrivain ne retrouve rien. Ses proches évoquent un homme calme, admiratif de Gandhi et prônant la non-violence. Mélomane, ­ancien séminariste, Dianou finit par s’engager dans la lutte pacifique pour l’indépendance. Jusqu’au jour où il est arrêté lors d’une manifestation à Nouméa. A son compagnon de cellule, retrouvé par Andras, Dianou déclare : « Quand je sors de prison, je prends un fusil. »
Témoignages contradictoires
On peut reprocher à l’auteur du ­livre un parti pris en faveur des Kanak dans ses choix d’interviews. Il paraît l’assumer, rappelant que parmi les dizaines d’ouvrages sur Ouvéa, aucun n’a été écrit par un ­Kanak. Volontiers lyrique quand il décrit la cosmo­gonie traditionnelle, pleure avec ceux qu’il écoute ou fait revivre la grande révolte de 1878, Joseph Andras se montre aussi extrêmement précis dans les faits et propos rapportés. Ainsi des chapitres où il juxtapose des témoignages contradictoires, notamment sur la mort...




                        

                        


<article-nb="2018/11/02/19-9">
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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-9"> ¤ Un peu d’histoire à l’approche du référendum sur l’indépendance du territoire d’outre-mer, le 4 novembre. Frédéric Angleviel en signe une passionnante.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-9"> ¤                     
                                                   
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Nouvelle-Calédonie, 3 200 ans plus tard

Un peu d’histoire à l’approche du référendum sur l’indépendance du territoire d’outre-mer, le 4 novembre. Frédéric Angleviel en signe une passionnante.



LE MONDE DES LIVRES
 |    31.10.2018 à 11h44
 • Mis à jour le
01.11.2018 à 16h50
    |

                            Florent Georgesco








                        



                                


                            
La France aux antipodes. Histoire de la Nouvelle-Calédonie, de Frédéric Angleviel, Vendémiaire, « Chroniques », 394 p., 25 €.

Frédéric Angleviel, qui a longtemps enseigné à l’université de la Nouvelle-Calédonie (Nouméa), est historien, spécialiste de l’Océanie francophone. Il publie La France aux antipodes. Histoire de la Nouvelle-Calédonie, première synthèse générale de l’histoire de la collectivité française de Mélanésie, appelée à se prononcer par référendum, le 4 novembre, sur son indépendance.

Que sait-on des premiers habitants de la Nouvelle-Calédonie ?
L’archipel a commencé à être peuplé il y a 3 200 ans, par de petits groupes de personnes originaires d’Asie du Sud-Est qu’on appelle les « Austronésiens ». Mais il n’y avait pas d’écriture, donc c’est une histoire difficile à connaître. Ce que l’on peut dire, à partir des travaux des archéologues, c’est que, jusqu’à l’an mille de notre ère, il y avait une population assez faible, évidemment arrivée par la mer, qui s’est d’abord installée sur les rivages, puis, progressivement, dans l’intérieur de la Grande Terre [l’île principale de l’archipel calédonien].
Ensuite, la population s’accroît. Il y a une intensification de l’agriculture. On commence à aller chercher l’eau dans les montagnes, avec un système de tuyaux et de terrasses : les tarodières irriguées. L’organisation politique devient plus complexe, plus hiérarchisée. Certaines tribus se regroupent en grandes chefferies.
Peut-on, à partir de cette mutation, commencer à parler de peuple kanak ?
L’un des principaux archéologues de la Nouvelle-Calédonie, Christophe Sand, considère en effet que c’est à ce moment-là qu’apparaît le « complexe culturel traditionnel kanak ». Mais le mot n’est alors utilisé que par les Européens, qui ont appelé les habitants ainsi quand ils sont...




                        

                        


<article-nb="2018/11/02/19-10">
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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-10"> ¤ Le Moyen Age ne condamnait pas à tort et à travers, explique l’historienne Claude Gauvard, qui démontre le lien entre sentence de mort et affirmation de l’Etat.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-10"> ¤                     
                                                   
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Histoire. Peine capitale, pas si médiévale

Le Moyen Age ne condamnait pas à tort et à travers, explique l’historienne Claude Gauvard, qui démontre le lien entre sentence de mort et affirmation de l’Etat.



LE MONDE DES LIVRES
 |    31.10.2018 à 11h34
 • Mis à jour le
31.10.2018 à 11h44
    |

                            Marie Dejoux (Historienne et collaboratrice du « Monde des livres »)








                        



                                


                            

Condamner à mort au Moyen Age, de Claude Gauvard, PUF, 368 p., 24 €.
Trente-sept ans après l’abolition de la peine de mort en France, le titre du nouveau livre de Claude Gauvard, Condamner à mort au Moyen Age, fait instantanément surgir de sombres images. Celle des pendus de François Villon, ou des roués et des écartelés en place publique, visions d’horreur d’un Moyen Age par essence cruel et violent. Pourtant, la roue et l’écartèlement sont, comme les sorcières, davantage modernes que médiévaux. Sans doute sommes-nous influencés par la vision fantasmée des médiévaux eux-mêmes, qui aimaient à orner les tympans de leurs églises de spectaculaires décapitations de martyrs.

Dans cet ouvrage longtemps attendu, Claude Gauvard, née en 1942, spécialiste de l’histoire de la justice et de la criminalité (et auteure, notamment, du Dictionnaire de l’historien, avec Jean-François Sirinelli, PUF, 2015), invite à revoir nos préjugés, à commencer par la fréquence des exécutions capitales au Moyen Age. Certes, les sources judiciaires sont peu bavardes avant le XIIIe siècle, mais les données rassemblées montrent que les exécutions – ordonnées pour punir des crimes ou de simples délits, comme le vol ou la fabrication de fausse monnaie – sont rares : une tous les quatre ans à Lyon et, dans les cas extrêmes que sont la Normandie ou le Comtat Venaissin, une par an, contre dix au Texas en 2018. A la peine capitale, le Moyen Age préfère une mort symbolique, le bannissement ou l’amende, voire la composition entre les parties, hors du tribunal.
Le public, garant de la bonne mise en œuvre du rituel
L’infamie du bourreau est elle aussi questionnée par l’au­teure. Essentiellement porteuse d’incapacité juridique, elle ne prive pas de reconnaissance sociale, comme le prouve le titre de « maître », souvent accolé à son nom. De même, le public, longtemps accusé de voyeurisme, retrouve...




                        

                        


<article-nb="2018/11/02/19-11">
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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-11"> ¤ L’historien embrasse l’histoire sociale de la capitale française comme haut lieu de l’amour et du sexe.
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Pour Paris canaille, suivez Dominique Kalifa

L’historien embrasse l’histoire sociale de la capitale française comme haut lieu de l’amour et du sexe.



LE MONDE DES LIVRES
 |    31.10.2018 à 10h31
 • Mis à jour le
31.10.2018 à 10h49
    |

                            Pierre Karila-Cohen (Historien et collaborateur du « Monde des livres »)








                        



                                


                            
Paris. Une histoire érotique, d’Offenbach aux Sixties, de Dominique Kalifa, Payot, « Une histoire érotique », 300 p., 21 €.

Voici un beau livre qu’apprécieront les amoureux qui se bécotent sur les bancs publics comme les passants honnêtes qui leur jettent des regards obliques. Les uns et les autres comprendront en le lisant comment est né un imaginaire social encore très puissant, qui a fait de Paris une des capitales mondiales, voire la capitale mondiale, des passions éphémères ou plus durables, le lieu par excellence du baiser amoureux, des liaisons adultères et de toutes les formes d’érotisme.
Cette association si puissante entre une ville, des sentiments et des pratiques a trouvé un historien en la personne de Dominique Kalifa, qui livre avec ce Paris une étude aussi minutieuse que plaisante. Délaissant l’univers du crime et des bas-fonds qu’il a inlassablement parcouru pendant plus de vingt-cinq ans (L’Encre et le Sang, Fayard, 1995 ; Les Bas-Fonds, Seuil, 2013 ; Tu entreras dans le siècle en lisant Fantômas, Vendémiaire, 2017…), ce grand spécialiste d’histoire culturelle, s’il aborde ici une thématique en apparence plus légère, continue de décortiquer avec finesse les ressorts méconnus de nos sociétés contemporaines.
Les portes cochères
Pour Dominique Kalifa, l’imaginaire social liant Paris à l’amour et au sexe s’est construit au cours du siècle qui sépare les travaux d’Haussmann, dans les années 1850, aux nouvelles transformations de Paris réalisées durant les années 1960. Dans le Paris du Second Empire, cafés, boulevards, bois et jardins constituèrent des lieux de rencontre que les romans, la presse et même certains guides touristiques ne cessèrent de mettre en scène. Bals populaires et bals de société connurent un apogée dans cette seconde moitié du siècle, entraînant liaisons, mariages et séparations.
Au-delà, c’est une véritable...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-12"> ¤ Dans « Isidore et les autres », l’écrivaine a trouvé le ton juste, doux-amer, pour incarner le benjamin d’une famille névrosée.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-12"> ¤                     
                                                   
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Camille Bordas fait son jeune homme

Dans « Isidore et les autres », l’écrivaine a trouvé le ton juste, doux-amer, pour incarner le benjamin d’une famille névrosée.



LE MONDE DES LIVRES
 |    31.10.2018 à 10h14
 • Mis à jour le
31.10.2018 à 10h23
    |

                            Florence Bouchy (Collaboratrice du « Monde des livres »)








                        



                                


                            
Isidore et les autres, de Camille Bordas, Inculte, 414 p., 19,90 €.

Sur le plan scolaire, les cinq premiers enfants de la famille Mazal peuvent être considérés comme des surdoués. Ils remplissent des dossiers de candidature en classe prépa quand les enfants de leur âge sont encore au collège. Ils cherchent un nouveau sujet de thèse à peine leur premier doctorat obtenu. Rien ne leur plaît tant, lorsqu’ils sont réunis, que d’organiser une « soirée condescendance ». Quoi de plus drôle, eneffet, que de pointer l’étroitesse d’esprit de ceux qui n’ont jamais lu Aristote, Deleuze et Bourdieu ? Ou de relever les naïvetés et maladresses d’un photographe amateur qui ne connaîtrait pas en détail l’histoire de l’art ? Sûrs de leur bon goût comme de leur intelligence, ils ne doutent pas un instant de leur capacité à réussir leur vie. Aucune difficulté ne devrait leur résister, puisqu’ils ont toutes les clés pour comprendre le monde qui les entoure. Encore faudrait-il, bien sûr, qu’ils y prêtent attention. Le réel, on s’en doute, va se rappeler à eux avec brutalité.
La satire pourrait s’annoncer féroce. Elle est, sous la plume de Camille Bordas, douce-amère. Comme si l’auteure réévaluait, plutôt qu’elle ne les reniait, des codes et des valeurs qu’elle avait elle-même, un temps, adoptés. Ni anti-intellectualiste ni empreint d’excessifs bons sentiments, Isidore et les autres est tout simplement un roman vivifiant. Un texte en apparence léger, qui ausculte pourtant avec une généreuse lucidité la façon dont chacun des personnages – chacun de nous, aussi bien – organise le passage des livres à la vie, et inversement. Si la culture académique et sa prétention à tout expliquer sont égratignées, la tonalité du roman n’est en rien désenchantée. Le tableau que la jeune romancière (née en 1987) brosse de cette famille d’intellectuels névrosés, mal à l’aise avec les émotions, est suffisamment impressionniste...




                        

                        


<article-nb="2018/11/02/19-13">
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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-13"> ¤ Jacob, poète yéménite homosexuel, lutte contre ses démons, la violence et la mort. Audacieux « Ange de l’histoire » de l’écrivain libano-américain.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-13"> ¤                     
                                                   
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Les guerres perdues de Rabih Alameddine

Jacob, poète yéménite homosexuel, lutte contre ses démons, la violence et la mort. Audacieux « Ange de l’histoire » de l’écrivain libano-américain.



LE MONDE DES LIVRES
 |    31.10.2018 à 10h09
 • Mis à jour le
31.10.2018 à 10h20
    |

                            Eglal Errera (Collaboratrice du « Monde des livres »)








                        



                                


                            
L’Ange de l’histoire (The Angel of History), de Rabih Alameddine, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Nicolas Richard, Les Escales, 388 p., 21,90 €.

A Paris, au printemps 1940, quelques mois avant de se donner la mort, Walter Benjamin rédige ce qui deviendra Sur le concept d’histoire, une suite d’aphorismes parmi lesquels l’emblématique évocation du tableau de Paul Klee, Angelus Novus (1920) : « Il représente un ange (…). Ses yeux sont écarquillés, sa bouche ouverte, ses ailes déployées. C’est à cela que doit ressembler l’ange de l’histoire. Il a le visage tourné vers le passé. Là où nous apparaît une chaîne d’événements, il ne voit, lui, qu’une seule et unique catastrophe, qui ne cesse d’amonceler ruines sur ruines et les jette à ses pieds. »
Cette vision d’apocalypse semble avoir été écrite pour Rabih Alameddine, né en 1959 et auteur, notamment de Hakawati (Flammarion, 2009), qui pourrait bien s’en être inspiré pour son nouveau roman. Jusqu’au titre de celui-ci, L’Ange de l’histoire, que l’écrivain libano-américain a choisi pour ce récit, hanté par le passé et absolument désespéré, d’une existence placée sous le sceau de la mort, de l’ostracisme et de l’exil.
L’histoire en question se déroule au cours d’une seule et unique nuit, aux urgences d’un hôpital psychiatrique de San Francisco où s’est rendu Jacob, un poète d’origine yéménite établi en Californie, violemment ébranlé par les dernières et insoutenables images qui lui sont parvenues de son Moyen-Orient natal – en particulier celles d’une enfant syrienne de 3 ans, mortellement blessée et dont les derniers mots – « Je vais tout raconter à Dieu » – l’ont ravagé.
Pages pudiques
Plus encore, ce sont les échos d’une autre guerre qui viennent peupler la nuit du poète : l’épidémie de sida dont l’assaut a emporté ses amis, notamment Doc, son grand amour, qu’il ne se...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-14"> ¤ L’une a perdu sa fille, l’autre élimine « les ennemis de la France ». Et toutes deux trouvent comment vivre avec ça. Denis Soula, optimiste.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-14"> ¤                     
                                                   
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Denis Soula dans la peau de deux femmes

L’une a perdu sa fille, l’autre élimine « les ennemis de la France ». Et toutes deux trouvent comment vivre avec ça. Denis Soula, optimiste.



LE MONDE DES LIVRES
 |    31.10.2018 à 09h55
 • Mis à jour le
31.10.2018 à 10h17
    |

                            Maylis Besserie (Collaboratrice du « Monde des livres »)








                        



                                


                            
Deux femmes, de Denis Soula, Joëlle Losfeld, 120 p., 12,50 €.

C’est la chronique de deux vies qui n’ont d’autre choix que de s’accommoder de la mort. L’une a vécu celle de sa fille, l’autre – tireuse d’élite – la donne au quotidien. Deux femmes confronte l’existence à sa fin, histoire de voir ce qu’il en reste lorsque les malheurs s’y empilent. Denis Soula poursuit son exploration de la vie intérieure de personnages féminins, à laquelle Mektoub et Les Frangines (Joëlle Losfeld, 2012 et 2015), ses deux précédents romans, avaient déjà ouvert la voie. Il en confie cette fois les rênes à deux narratrices dont les parcours croisés se heurtent à la même question existentielle : que reste-t-il de bon à vivre lorsqu’on a été traversé par des drames ?
Un regard littéraire empathique et engagé
« Je suis en jupe, le vent cingle mes jambes. » Denis Soula change de genre, comme d’autres changent de nom, et écrit l’histoire des femmes comme s’il les était toutes. Deux femmes déploie une écriture que le féminin rend universelle. Un regard littéraire empathique et engagé, qui guide tout autant le propos que la dramaturgie. Les héroïnes de Deux femmes parlent peu, l’auteur prend donc le parti – par une narration aux tonalités de journal intime – de les comprendre de l’intérieur. « La plupart du temps, je reste en tête à tête avec ma peine (…). Je réponds, mais c’est de l’automatique, du congelé. »
La première narratrice (celle des chapitres impairs) est une mère qui s’accroche à la fille qui lui reste. L’écriture nous transporte dans son quotidien rétréci où résonnent, sans cesse, la perte et « les solitudes » des endeuillés. Pour faire face et « occuper le champ de bataille », l’héroïne s’appuie sur les quelques béquilles qui rendent la vie supportable. Parmi elles, la musique, remède à tout, et la moto – pour...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-15"> ¤ La philosophe, invitée au Forum philo, évoque ce que permet la philosophie : conduire, sur soi et  sur le présent, une réflexion critique irremplaçable.
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Forum philo. Enseigner, écrire, s’engager, par Corine Pelluchon

La philosophe, invitée au Forum philo, évoque ce que permet la philosophie : conduire, sur soi et  sur le présent, une réflexion critique irremplaçable.



LE MONDE DES LIVRES
 |    31.10.2018 à 09h47
 • Mis à jour le
01.11.2018 à 14h49
    |

                            Corine Pelluchon (Philosophe)








                        



                                


                            


L’étude des grands textes de la philosophie, l’analyse des notions centrales qui cartographient le réel, couvrent diverses régions du savoir et éclairent la condition humaine nous aident à prendre de la distance avec nous-mêmes et avec notre époque.
Quand les soignants auxquels j’enseigne disent que L’Ethique à Nicomaque, d’Aristote, nourrit leur réflexion sur la temporalité de la décision d’arrêt des traitements en réa­nimation-anesthésie ou sur le choix d’une thérapeutique proportionnée à l’état d’un malade, ils reconnaissent que le problème de la conduite juste à avoir face à des cas singuliers traverse les ­siècles et que nos technologies les plus sophistiquées n’ont pas suffi à le résoudre.
Nous ne sommes pas plus sages que les Anciens, bien que nous disposions d’outils nous rendant très savants sur des détails. Nous sommes même souvent ignorants des fins essentielles, comme lorsque nous avons les yeux rivés sur les moyens et que nous ne savons plus à qui ils sont utiles.
Une discipline subversive
L’un des apports irremplaçables de la philosophie à la formation du jugement et du caractère tient à la réflexion critique qu’elle permet de conduire sur soi et sur le présent. La recherche de l’argument le plus pertinent, même s’il va à l’encontre de ses intérêts, creuse un écart entre soi et soi qui fait disparaître certaines certitudes, mais aide aussi à acquérir les traits moraux indispensables à la délibération, c’est-à-dire à la confrontation aux autres, à l’institution progressive du bien commun et à la formulation des défis et des tâches pouvant définir une époque. A un moment où beaucoup de têtes médiatiques sont tentées de traduire en termes identitaires les enjeux du présent, une discipline qui promeut l’émancipation du sujet et cultive son aptitude à faire un pas de côté est nécessaire et totalement subversive.

Pourtant, cet idéal n’est pas toujours réalisé. La philosophie, parce qu’elle s’adresse...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-16"> ¤ La sinologue et professeure au Collège de France, invitée au Forum philo, évoque la place de la philosophie, concept importé d’Occident, en Chine.
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Forum philo. Philosophes, les Chinois ?, par Anne Cheng

La sinologue et professeure au Collège de France, invitée au Forum philo, évoque la place de la philosophie, concept importé d’Occident, en Chine.



LE MONDE DES LIVRES
 |    31.10.2018 à 09h39
 • Mis à jour le
31.10.2018 à 10h13
    |

                            Anne Cheng (Sinologue, professeure au Collège de France)








                        



                                


                            

De toute évidence, la philosophie a un problème avec la Chine. Ou serait-ce la Chine qui a un problème avec la philosophie ? Au siècle des Lumières, notre Voltaire national, reprenant l’idée des jésuites d’un « Confucius philosophe des Chinois », avait bien déclaré la Chine « nation philosophique » par excellence, mais, depuis que Montesquieu a qualifié le régime politique chinois de despotique et que Hegel a décrété que « ce qui est oriental doit s’exclure de l’histoire de la philosophie », la question du rapport de la Chine à la philosophie n’a pas cessé de nous empoisonner l’existence. Les professionnels ou professeurs de philosophie de l’Europe du XIXe siècle – et encore un bon nombre aujourd’hui – en sont même arrivés au diagnostic qu’il est tout bonnement impossible de philosopher dans une langue comme le chinois, « si peu précise qu’elle n’a ni préposition, ni désignation de cas, des mots sont mis plutôt les uns à côté des autres. Les déterminations demeurent ainsi dans l’indétermination » (dixit Hegel).
Un mode revendicatif
Comment donc peut-on parler de philosophie et comment peut-on être philosophe en Chine ? La question a été agitée à maintes reprises dans la Chine moderne du XXe siècle, à la suite de l’invention du mot « philosophie » au Japon (tetsugaku, repris en Chine sous la forme de zhexue). Il y a eu d’abord la rédaction d’« histoires de la philosophie chinoise » à partir des années 1920, puis l’apparition d’entreprises philosophiques monumentales dues à des intellectuels de Taïwan et de Hongkong tels que Mou Zongsan dans les années 1950 et enfin, plus récemment, au début des années 2000, un vaste débat animé par des universitaires de la République populaire sur la « légitimité de la philosophie chinoise ». Aujourd’hui, des intellectuels chinois n’hésitent plus à se présenter comme philosophes, souvent sur un mode revendicatif propre au discours d’auto-assertion...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-17"> ¤ L’écrivain, invité du Forum philo, signe « Devant la beauté de la nature », dans lequel il examine la place de la splendeur du monde dans l’humain, et inversement.
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Forum philo. La philosophie naturelle d’Alexandre Lacroix

L’écrivain, invité du Forum philo, signe « Devant la beauté de la nature », dans lequel il examine la place de la splendeur du monde dans l’humain, et inversement.



LE MONDE DES LIVRES
 |    31.10.2018 à 09h20
 • Mis à jour le
31.10.2018 à 10h10
    |

                            Florent Georgesco








                        



                                


                            

Devant la beauté de la nature, d’Alexandre Lacroix, Allary, 444 p., 22,90 €.

Nous en avons trop l’habitude pour y penser sérieusement. A moins que nos sens ne soient émoussés, notre esprit embrumé, et que nous ne sachions plus voir. La nature, objet de tant de nos angoisses aujourd’hui, peut-elle demeurer aussi, et d’abord, avant l’angoisse, et en son cœur même, une cause d’émerveillement ? La beauté s’offre autour de nous avec profusion, et nous vivons en somnambules. Tel est le point de départ de l’enquête philosophique mêlée de notations autobiographiques qu’Alexandre Lacroix, directeur de la rédaction de Philosophie Magazine, consacre à une question à la fois centrale et peu fréquentée : celle de la place qu’occupe dans nos vies la splendeur du monde.
Voyage à travers les souvenirs de l’auteur
Pourquoi est-elle capable de nous bouleverser ? Comment décidons-nous de ce qui, dans un paysage, est beau ou ne l’est pas ? Par quels moyens sommes-nous capables de percevoir et de ressentir cette beauté ? Devant la beauté de la nature se présente comme un tableau d’ensemble des variations que la question initiale induit ou, si l’on veut, comme une courbe tracée entre le saisissement intime face à la nature et la question métaphysique de notre place en elle. Courbe qui prend aussi la forme d’un voyage à travers les souvenirs de l’auteur, d’un coucher de soleil à un autre, de la mer Egée aux collines du Lubéron. Une pensée de la nature ne peut s’accomplir en s’en tenant à l’abstraction. Elle est pensée engagée dans la matière, pensée d’un corps qui éprouve et expérimente avant de connaître, dans l’incertitude radicale des émotions, des intuitions tâtonnantes.

Ainsi une question que le fils d’Alexandre Lacroix lui pose, en franchissant un col, sur les capacités de l’œil humain rejoint les thèses de Descartes sur la collaboration de l’esprit et de l’œil dans...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-18"> ¤ Invité du Forum philo, il est à la fois philosophe et comédien, la place idéale pour répondre à la question : « Tous ­philosophes ? ».
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Forum philo. Yves Cusset : « Le rire a le merveilleux pouvoir de susciter de la pensée »

Invité du Forum philo, il est à la fois philosophe et comédien, la place idéale pour répondre à la question : « Tous ­philosophes ? ».



LE MONDE DES LIVRES
 |    31.10.2018 à 09h07
 • Mis à jour le
31.10.2018 à 10h11
    |

            Jean Birnbaum








                        



                                


                            

Philosophe et comédien, Yves Cusset est l’auteur de plusieurs essais mais aussi de spectacles où il fait de l’humour un geste de pensée. Son nouveau livre, Cent façons de ne pas accueillir un migrant, se présente comme un « abécédaire parodique » signé par un ancien diplomate qui aurait longtemps partagé les « préjugés pro-migrants » avant d’embrasser les vues « patriotiques ».

Pour vous, la question « Tous philosophes ? » se pose-t-elle de la même manière sur scène et à l’écrit ?
Yves Cusset.- Même quand le philosophe parle, il écrit déjà. Nous sommes tous un peu philosophes quand nous nous mettons à démontrer, et même si cela s’accomplit en public devant un auditoire, sur une « scène » si l’on veut, ce n’est pas du théâtre, c’est de l’écriture en puissance. Si l’on se pose philosophiquement la question « Tous philosophes ? », il est probable que l’on va argumenter par exemple autour de la question de savoir si nous avons tous une propension naturelle à l’étonnement.
Mais quand je dis, dans mon spectacle d’humour philosophique, Rien ne sert d’exister : « J’ai commencé la philosophie dans le ventre de ma mère, j’avais une position fœtale en forme de point d’interrogation… Ce que les médecins ont appelé dans leur jargon la grossesse in utero gation », je ne démontre rien, je m’amuse avec l’idée d’un naturel philosophe. Pour moi, ce sont là deux manières que l’on peut tous avoir d’être philosophes et de retrouver une certaine naïveté du rapport au monde et à soi : en étant clowns, en faisant de toute chose objet d’amusement, matière à jouer, d’un côté, et de l’autre, en s’interrogeant, en s’étonnant de ce qui est, pour en faire matière à penser et argumenter, donc à écrire.
Une scène, un auditoire, un spectacle du doute… On dit parfois que cette dramaturgie du « tous philosophes » est une singularité française,...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-19"> ¤ L’éditorial de Jean Birbaum pour le 30e Forum philo « Le Monde » Le Mans, qui se tient les 9, 10 et 11 novembre 2018.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-19"> ¤                     
                                                   
      

Pop philo, trentième !

L’éditorial de Jean Birbaum pour le 30e Forum philo « Le Monde » Le Mans, qui se tient les 9, 10 et 11 novembre 2018.



LE MONDE DES LIVRES
 |    31.10.2018 à 07h45
 • Mis à jour le
31.10.2018 à 07h53
    |

            Jean Birnbaum








                        



   


Au début, on pouvait croire à une mode passagère. Et puis la vogue est devenue lame de fond : aujourd’hui, l’amour de la philosophie constitue une passion partagée. Depuis le foisonnement des cafés philo jusqu’à la multiplication des rencontres publiques, l’enthousiasme est manifeste. Comme si notre société renouait avec une promesse des Lumières, que Diderot résumait ainsi : « Hâtons-nous de rendre la philosophie populaire. »

        Lire aussi :
         

                Forum philo. « Tous philosophes ? »



Sur cette scène, le Forum philo Le Monde Le Mans a joué un rôle précurseur. Créé en 1989, il s’est d’emblée imposé comme un lieu d’échange généreux et exigeant. Alors qu’il s’apprête à fêter sa 30e édition devant des milliers de personnes, et notamment des centaines de lycéens, ce Forum doit reposer à nouveaux frais la question qui l’a vu naître : « Tous philosophes ? »
Une éthique en actes
Il y a là une réflexion critique, bien sûr, puisque cette espérance menace sans cesse de nourrir le marketing démagogique du « développement personnel ». Une réflexion politique, également, notamment sur le rôle souvent ignoré que jouent les femmes dans ce théâtre de la pensée. Une réflexion pédagogique, encore : en France, le pays de Voltaire et de Sartre, celui de la philo en terminale aussi, nous sommes nombreux à garder en tête la voix de l’enseignant(e) qui nous a ouvert l’esprit en nous mettant dans les pas d’Aristote ou de Pascal. Une réflexion historique, enfin : qu’en est-il ailleurs dans le monde, en ­Afrique, en Chine ou en Iran ? Autant de questions que nous poserons lors de cette édition anniversaire.

        Lire aussi :
         

                30e Forum philo « Le Monde » Le Mans. Demandez le programme !



Avec, sans cesse à l’esprit, la conviction que la pratique de la philosophie nous amène à défaire nos certitudes et à nous bricoler une éthique en actes, qui nous permet de tenir bon, de nous tenir bien : apprendre à philosopher, c’est apprendre à être libre. En ces temps de désarroi, voilà une urgence collective, un impératif pour tous.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-20"> ¤ Le philosophe et journaliste Roger-Pol Droit, cofondateur du Forum philo, prononcera, le 9 novembre 2018 au Mans, la leçon inaugurale de la 30e édition. Extraits.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-20"> ¤                     
                                                   
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Forum philo. « Tous philosophes ? »

Le philosophe et journaliste Roger-Pol Droit, cofondateur du Forum philo, prononcera, le 9 novembre 2018 au Mans, la leçon inaugurale de la 30e édition. Extraits.



LE MONDE DES LIVRES
 |    31.10.2018 à 07h45
 • Mis à jour le
31.10.2018 à 07h51
    |

                            Roger-Pol Droit








                        



                                


                            

Imaginez l’humanité composée soudain de philosophes uniquement. Au premier abord, quelle merveille ! Tout le monde vit enfin sous le contrôle de la raison et fait passer le bien commun avant ses intérêts. Chacun tient ses passions en bride, concourt au règne de la justice. La vérité guide les existences.
L’essentiel de la philosophie, son moteur et son but, consiste-t-il à « faire dépendre la vie du vrai » ? Juvénal, poète latin, invente la formule (« Vitam impendere vero »), dont Rousseau fait sa devise en 1758. Socrate, Platon, Aristote et tant d’autres avaient déjà dit la même chose avec d’autres mots. C’est pourquoi on suppose, si tous étaient philosophes, que les guerres s’éteindraient comme des erreurs anciennes. La tolérance deviendrait souveraine. L’homme ne serait plus un loup pour l’homme. La fraternité plus un mot vide mais un fait réel. Le bonheur, cet inconnu, prendrait un visage familier. Le rêve…

Trop beau, trop simple, trop clair. En effet, si cent textes répètent que tout le monde peut devenir philosophe, cent autres soutiennent que certains seulement y parviennent, peu nombreux, ultra-minoritaires. Tous en sont capables, jamais tous n’y arrivent… pourquoi ?
Pis : il se peut que les philosophes n’existent pas. Qu’ils soient seulement des horizons, des tentatives. Les stoïciens, par exemple, parlent sans cesse du sage en soulignant qu’aucun homme ne l’a jamais été. La figure du sage est un idéal régulateur, une fiction pour avancer. Le philosophe serait-il du même ordre ?
Voilà donc la question de départ : comment comprendre que tout un chacun soit supposé capable d’atteindre un état dont on dit, aussi, qu’il n’existe pas, et que très rares sont ceux qui s’en approchent ?
Que veut dire « tous » ?
Tout humain est en mesure de savoir ce qui est vrai, à condition d’y appliquer son esprit comme il faut. Penser juste n’est jamais question d’instruction, de classe sociale ni de nationalité....




                        

                        

