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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-1"> ¤ Monument de la littérature chinoise, il eut également un rôle très important dans la société hongkongaise.
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L’écrivain hongkongais Jin Yong est mort

Monument de la littérature chinoise, il eut également un rôle très important dans la société hongkongaise.



LE MONDE
 |    01.11.2018 à 18h08
    |

            Florence de Changy (Hongkong, correspondance)








                        



                                


                            

Surnommé « le grand justicier Jin » par ses lecteurs, le plus célèbre écrivain hongkongais, Louis Cha, connu dans tout le monde chinois sous son nom de plume Jin Yong, est mort le 30 octobre à Hongkong à l’âge de 94 ans, entouré par ses proches.
Ses wuxia (romans d’arts martiaux) ont des adeptes et des fans aux quatre coins du monde chinois et ont été adaptés, au fil des décennies, en bandes dessinées, en films, en pièces de théâtre, en séries télévisées et, depuis une vingtaine d’années, en jeux vidéo qui dominent désormais le marché.
Le wuxia (littéralement « chevalier itinérant ») est un genre littéraire chinois ancien très populaire, vague équivalent du roman de cape et d’épée. Et Jin Yong a sublimé le genre. Bien documentés historiquement et extrêmement divertissants, ses romans mettent en scène des héros de la Chine ancienne, maîtrisant le kung-fu, le sabre ou l’arbalète de manière quasi surhumaine, évoluant dans des intrigues mêlant politique impériale, rébellions, trahisons, banditisme, rivalités claniques, amours interdites ou impossibles et vengeances ancestrales.
L’écrivain chinois le plus lu
Mais ses héros sont d’autant plus fascinants que ce sont des êtres complexes, imparfaits, en quête de maîtrise intérieure, parfois décevants. Potentiellement subversifs, ses romans ont longtemps été interdits en Chine. Ils se sont néanmoins vendus à plus de 100 millions d’exemplaires, ce qui fait de lui l’écrivain le plus lu et le plus connu du monde chinois. Plusieurs de ses best-sellers ont été publiés en français par les éditions You Feng.
Né le 10 mars 1924 dans la province chinoise du Zhejiang (au sud de Shanghaï) dans une famille bourgeoise et intellectuelle, Louis Cha fut notamment initié aux romans d’Alexandre Dumas père, de Victor Hugo, de Shakespeare et de Walter Scott. Il est arrivé à Hongkong dans les années 1940, avec sa famille qui fuyait la guerre et la révolution communiste.
Entre 1955 et...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-2"> ¤ Au Théâtre Michel, la Cie du Libre Acteur invite les spectateurs à déambuler sur scène et dans la salle pour suivre des histoires de couples.
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« Smoke Rings » : une expérience bluffante de théâtre immersif

Au Théâtre Michel, la Cie du Libre Acteur invite les spectateurs à déambuler sur scène et dans la salle pour suivre des histoires de couples.



LE MONDE
 |    01.11.2018 à 13h28
    |

            Sandrine Blanchard








                        



                                


                            

Imaginez que vous entrez dans un théâtre, non pas pour vous asseoir sagement à la place que vous avez réservée, mais pour déambuler partout – sur la scène, dans les loges, le bar, le hall, l’escalier… – et suivre des comédiens interprétant des jeunes mariés, des amants, des parents, des couples qui se forment, qui s’aiment, se chamaillent ou se déchirent.
C’est à cette expérience inédite et bluffante de « théâtre immersif » que convie la Cie du Libre Acteur au Théâtre Michel à Paris. Le « quatrième mur » est pulvérisé, les spectateurs, répartis en deux groupes, se retrouvent en prise directe avec les acteurs, les encerclent, les observent au plus près et deviennent partie prenante des comédies ou des drames qui se déroulent juste devant leurs yeux.
Saynètes inoubliables
Habilement mis en scène par Sébastien Bonnabel, Smoke Rings s’inspire de la pièce écrite par Léonore Confino, Ring, percutante plongée dans la confusion amoureuse. C’était en 2013, Audrey Dana et Sami Bouajila jouaient avec fougue et sensualité une dizaine de personnages. Cette fois, huit comédiens, quatre femmes et quatre hommes qu’il faut tous citer tant ils sont impressionnants de justesse (Marie Combeau, Marine Dusehu, Marie Hennerez, Pascale Mompez, Eric Chantelauze, Philippe De Monts, Stéphane Giletta et Emanuele Giorgi) se succèdent dans des saynètes inoubliables.

Qu’il s’agisse d’une torride déclaration d’amour, d’une dispute redoutable, d’une drague qui tourne court, d’une naissance perturbante ou d’une relation adultère et amère, ce sont autant de moments de vie qui surgissent et s’évanouissent dans chaque recoin du théâtre. Ces histoires de couples, faites de hauts et de bas, de mensonges et de passion, d’aveux et de non-dits, sont portées par une écriture vive et subversive.
Miroir doux-amer
Tantôt caustique, drôle, absurde, émouvante ou cruelle, cette balade hyperréaliste au cœur de l’intime et du tumulte des sentiments mérite...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-3"> ¤ Lors des représentations de l’humoriste, les spectateurs seront tenus de placer leur téléphone dans des pochettes automatiquement scellées.
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Florence Foresti interdit les téléphones portables dans ses spectacles

Lors des représentations de l’humoriste, les spectateurs seront tenus de placer leur téléphone dans des pochettes automatiquement scellées.



Le Monde.fr avec AFP
 |    01.11.2018 à 10h21
   





                        



   


Après Jack White en janvier, c’est au tour de Florence Foresti, star de l’humour français, d’interdire les téléphones portables dans ses spectacles. Ceux-ci seront mis sous scellé individuel jusqu’à la sortie de la salle.
« Pour éviter les enregistrements pirates et assurer le lien avec les spectateurs », selon son entourage, Florence Foresti sera la première artiste française à déployer le système américain Yondr pour son retour imminent sur scène à Paris et en tournée, avec son spectacle « Epilogue ». Yondr et Florence Foresti justifient cette décision en proposant au public de « vivre une expérience unique sans mobile ».
Un mode d’emploi a été publié sur le site Internet de Florence Foresti. « A l’entrée de la salle, une pochette vous sera remise pour y glisser vos téléphones, celle-ci se bloquera automatiquement. Vous resterez en possession de votre appareil lors du spectacle et, au besoin, vous pourrez accéder aux postes de déverrouillage installés dans la salle. A la fin du spectacle, toutes les pochettes seront déverrouillées et vous pourrez de nouveau utiliser votre téléphone. »
Aucun remboursement en cas de refus du dispositif
Dès la réservation d’une place, chaque spectateur est informé de la présence du dispositif. « Vous ne pourrez pas accéder en salle si vous refusez de participer à ce dispositif. Aucun remboursement ne sera effectué », est-il indiqué.
« Toute personne utilisant un téléphone portable sera invitée à quitter la salle », ajoute le texte. Si un spectateur reçoit un appel urgent ou a besoin de téléphoner, des bornes de déverrouillage seront disponibles à la sortie de la salle. « Pour votre retour en salle, la pochette sera de nouveau verrouillée avec votre téléphone dedans. »
Il est conseillé aux spectateurs de mettre leur smartphone en vibreur silencieux avant de le placer dans la pochette. « Vous pourrez ainsi le sentir en cas d’appel et sortir pour rappeler si besoin. »
L’humoriste sera notamment à l’affiche du Paradis latin, à Paris, du 5 novembre au 18 décembre et du 26 au 31 décembre au Zénith de Paris.

        Lire aussi :
         

                En concert, des portables de moins en moins supportables






                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-4"> ¤ A l’occasion de la sortie de « Bohemian Rhapsody », retour sur la fortune de ce qui est devenu un genre à part entière, le « biopic ».
<filname="PROF-0,2-3246,1-0,0-4"> ¤                     
                                                

Vie et mort des étoiles : le rock en dix biopics

A l’occasion de la sortie de « Bohemian Rhapsody », retour sur la fortune de ce qui est devenu un genre à part entière, le « biopic ».



LE MONDE
 |    01.11.2018 à 08h31
    |

                            Thomas Sotinel








                        



   


Le portrait de Freddie Mercury que met en scène Bryan Singer dans Bohemian Rhapsody est aussi fidèle aux règles de la biographie filmée (« biopic » en langue hollywoodienne) qu’il est infidèle à l’histoire du chanteur de Queen. Mais, depuis l’accident d’avion qui coûta la vie à Buddy Holly, 23 ans, et Richie Valens, 17 ans, les destinées fulgurantes des stars du rock’n’roll se prêtent aux manipulations qui font les légendes. Il a fallu attendre 1978 et The Buddy Holly Story pour que le cinéma s’empare de cette mythologie sous la forme du « biopic ». Depuis, d’Elvis Presley à NWA, ces histoires réécrites ou réinventées, par les studios hollywoodiens ou les auteurs, sont légion. En voici dix, parmi les meilleures (et, non, l’absence de The Doors, d’Oliver Stone, n’est pas un oubli).

        Lire la critique de « Bohemian Rhapsody » :
         

          Freddie Mercury au bord de la canonisation



1) « I’m Not There » : Bob Dylan, par Todd Haynes (2007)

Le plus beau des films consacrés aux idoles du rock ne ressemble pas aux autres. Pour incarner Bob Dylan, artiste qui compte plus d’avatars qu’une divinité majeure du panthéon hindou, Todd Haynes a mobilisé six acteurs, dont Cate Blanchett. L’Australienne donne du Dylan rock des années 1960 une image électrique, pendant que Christian Bale, Richard Gere ou Ben Whishaw explorent, sous la houlette inspirée de Todd Haynes, les highways qu’a parcourues Dylan en un demi-siècle, les jalonnant de chefs-d’œuvre. La bande originale du film, organisée autour du groupe Calexico, reste l’une des plus belles qu’ait connue le cinéma rock.
2) « Elvis: The Movie » : Elvis Presley, par John Carpenter (1979)

La légende d’un éternel Elvis (on l’aurait vu dans un supermarché) n’était pas encore née que John Carpenter réalisait pour la télévision américaine cette biographie étonnamment brute, honnête. Kurt Russell (qui avait fait ses débuts au cinéma, encore enfant, aux côtés du King dans Blondes, brunes ou rousses), compose un Elvis dionysiaque, qui résiste de toutes ses forces aux puissances qui veulent l’entraîner vers la banalité. Carpenter montre un côté élégiaque qu’on ne lui connaît que rarement quand il évoque l’enfance misérable du chanteur. Le travail sur la bande-son (Rodney Crowell double Russell) est remarquable, contribuant à faire de ce long-métrage une cérémonie magique qui réaffirme la suzeraineté d’Elvis Presley.
3) « This Is Spinal Tap » : Spinal Tap, par Rob Reiner (1984)

Cette biographie imaginaire d’un groupe pop britannique devenu formation de hard rock a généré sa propre réalité. Spinal Tap, le quatuor inventé par Christopher Guest (l’acteur) et Rob Reiner, réalisateur, a joué dans les stades, enregistré des albums. Surtout, le film a fixé le canon d’un genre naissant. Après la sortie de This Is Spinal Tap, il est devenu impossible de filmer des musiciens parcourant les couloirs d’un stade pour jaillir sur scène, ou une fête d’après-concert, sans risquer le ridicule. Ceux qui ont enfreint ces règles (Oliver Stone, Bryan Singer…) ont déclenché des ricanements qui étaient l’écho des franches rigolades qui ont accueilli Spinal Tap à sa première apparition.
4) « Love & Mercy » : Brian Wilson, par Bill Pohlad (2014)

D’où vient la musique qui fait les stars ? Cette question, généralement éludée dans les biographies filmées, est au centre de Love & Mercy, diptyque dédié à Brian Wilson. Le compositeur, parolier, arrangeur, bassiste et chanteur des Beach Boys est d’abord incarné par Paul Dano qui est ensuite remplacé par John Cusack. C’est que quelque part entre la banlieue de Los Angeles où vivait la famille Wilson et les studios où il enregistrait chef-d’œuvre sur chef-d’œuvre, Brian Wilson a laissé sa raison. Avec beaucoup de délicatesse, le producteur Bill Pohlad et le scénariste Oren Moverman accompagnent le musicien, tentant au long de belles séquences d’enregistrement de saisir le moment où l’ineffable devient un instant de musique inoubliable.
5) « Straight Outta Compton » : NWA, par F. Gary Gray (2015)

Les inventeurs du gangsta rap méritaient sans doute plus que les autres le traitement hollywoodien. Après tout, South Central n’est qu’à quelques miles de Beverly Hills. L’émergence d’Ice Cube (interprété par son propre rejeton, O’Shea Jackson Jr), Dr Dre (Corey Hawkins) et Eazy E (Jason Mitchell) prend la forme d’une légende américaine, de la pauvreté à la richesse, de l’obscurité à la gloire. A cela près que les menaces qui pèsent sur nos héros ne sont pas celles qui entravaient Elvis Presley ou les héros de la contre-culture des années 1960. F. Gary Gray met en scène la pression policière, le racisme, la violence intérieure du ghetto. Sans lésiner sur les effets, il montre aussi comment cette vie violente nourrit la musique.
6) « Control » : Joy Division et Ian Curtis, par Anton Corbijn (2007)

L’un des premiers groupes que photographia le Néerlandais Anton Corbijn à son arrivée dans l’anarchique Royaume Uni, en 1979, fut un quatuor de Manchester, Joy Division. Pour devenir cinéaste, celui qui avait été le portraitiste des ultimes superstars du rock (U2, Depeche Mode) a puisé dans ce souvenir. Ressuscitant Ian Curtis, le chanteur, suicidé en 1980, évoquant l’atmosphère à la fois étouffante et exaltante du pays en ces premières années Thatcher, Corbijn a fait mieux que réussir un premier film. Il donne à un personnage au parcours météorique toute la place qu’il mérite, à la fois par sa singularité terrifiante et par son influence sur les musiques advenues après son extinction.
7) « Ray » : Ray Charles, par Taylor Hackford (2004)

Sans doute parce que Taylor Hackford est un vieux routier de la musique en images (une quantité impressionnante de vidéos, le film de concert Hail Hail Rock’n’roll, avec Chuck Berry), Ray reste le meilleur exemple de biographie classique consacrée à une figure majeure du rock’n’roll (et – surtout – du rhythm’n’blues). Jamie Foxx met toute son énergie à disparaître derrière la figure historique du Genius ; Hackford reconstitue minutieusement l’industrie musicale du début des années 1960, après avoir évoqué sur le mode du mélodrame l’enfance sudiste de l’artiste ; les pistes vocales de Ray Charles sont ornées d’arrangements contemporains qui reproduisent presque exactement les originaux. Sorti presque en même temps que Walk The Line, vie de Johnny Cash par James Mangold, Ray s’en distingue par ce souci de vérité musicale. Les deux films partagent une approche en apparence honnête mais au fond lénifiante des démons qui ont hanté la vie de leurs sujets.
8) « The Buddy Holly Story » : Buddy Holly, par Steve Rash (1978)

A la sortie (triomphale) de ce premier biopic rock, il s’était écoulé à peine vingt ans depuis la mort de Buddy Holly et nombre d’artistes, dont Linda Ronstadt, continuaient de faire grimper ses chansons en haut des hit-parades. Cette première tentative tenait compte des enjeux économiques (valoriser le catalogue musical, vendre des disques) : réalisé sous le contrôle de la veuve du musicien, le film de Steve Rash (le premier du cinéaste qui ne fit pas une grande carrière) s’en tient à une vision élémentaire mais vigoureuse de l’émergence du rock’n’roll dans une société ultra-conservatrice. Gary Busey, qui n’était pas encore la vedette éphémère qu’il fut, et encore moins le bouffon extravagant qu’il est devenu, joue lui-même de la Telecaster et chante, avec la gaucherie charmante qui était celle de Buddy Holly.
9) « Sid et Nancy » : Sid Vicious, par Alex Cox (1986)

Il y a de beaux documentaires sur le punk londonien des années 1970 (de Julien Temple, Lech Kowalski sur les Sex Pistols, ou le Rude Boy, de Jack Hazan et David Mingay sur les Clash) mais les stars de l’époque n’ont guère inspiré les cinéastes. A part Sid Vicious, bassiste des Pistols, amant et assassin de Nancy Spungen, mort d’une surdose d’héroïne en 1979. Alex Cox, jeune cinéaste, auréolé d’un premier succès (Repo Man), a cherché la voie entre le picaresque et le sordide, la démesure et le pathétique. Il l’a presque trouvée grâce à un acteur dont la gloire commençait à poindre. Aujourd’hui, Gary Oldman joue Churchill, et il faut voir Sid et Nancy pour croire que ce comédien imposant fut imprévisible, choquant – une espèce de taser cinématographique. A ses côtés, Chloe Webb donne à Nancy Spungen, personnage ingrat s’il en fut, un peu d’humanité. Courtney Love fait une apparition dans un petit rôle.
10) « Backbeat » : les Beatles, par Ian Softley (1994)

Backbeat est loin d’être un chef-d’œuvre, mais ce récit des années de formation des Beatles, entre Liverpool et Hambourg, peut compter sur l’interprétation d’Ian Hart, impressionnant en jeune John Lennon (un exploit qu’Aaron Taylor-Johnson ne réussira pas à rééditer dans Nowhere Boy, qui raconte l’adolescence de Lennon) et sur une bande sonore qui tourne le dos à la reconstitution historique. Un supergroupe surgi de la scène grunge et assimilée (Dave Grohl, Greg Dulli, Thurston Moore, Mike Mills) interprète les standards du rock sur lesquels se font les dents les cinq de Liverpool (ne pas oublier Stu Sutcliffe, que joue Stephen Dorff) avec une rage réjouissante, qui dope les séquences musicales.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-5"> ¤ La première partie de la saison 6, sans Kevin Spacey et son personnage, est un acte manqué.
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« House of Cards » et le fantôme de Frank Underwood

La première partie de la saison 6, sans Kevin Spacey et son personnage, est un acte manqué.



LE MONDE
 |    01.11.2018 à 07h45
 • Mis à jour le
01.11.2018 à 15h27
    |

                            Martine Delahaye








                        



   


Netflix à la demande, série
Cette sixième saison de House of Cards était écrite, le tournage avait commencé, lorsque, en octobre 2017, son acteur principal, Kevin Spacey, était accusé de harcèlement sexuel. Il était évincé de la série en novembre. Or, la saison précédente avait vu Frank Under­wood (Kevin Spacey) démissionner du poste suprême des Etats-Unis – avant que des scandales ne l’entraînent vers la justice –, et l’abandonner à sa femme, Claire Underwood (Robin Wright), alors vice-présidente. Lançant un dernier regard au spectateur, celle-ci laissait entendre qu’elle ne gracierait pas son mari, laissant tomber face caméra : « My turn » (« C’est mon tour »).

        Lire le récit :
         

          Kevin Spacey, un fantôme à Hollywood



Il n’apparaissait donc pas impossible de garder la série en vie en réécrivant cette saison 6 sans le personnage interprété par Kevin Spacey. Ce que Netflix prouva au travers de bandes-annonces laissant entendre que Francis Underwood était décédé, hors caméra, dans l’entre-deux des saisons 5 et 6. Voilà qui permettait donc d’attendre une flamboyante sixième et dernière saison de House of Cards – même réduite de treize à huit épisodes après réécriture. En effet, depuis que Frank Underwood avait accédé à la présidence des Etats-Unis, en fin de saison 2, la série présentait de moins en moins d’attrait.
« L’homme blanc d’âge moyen »
Les pouvoirs maléfiques du président ne faisaient plus mouche, les intrigues secondaires, trop alambiquées, s’enlisaient, tandis que l’ascension de sa femme, plus maline et subtile, laissait espérer un nouveau feu d’artifice. Mais Claire Underwood a beau asséner, cette saison-ci, que « le règne de l’homme blanc d’âge moyen est terminé », tel un slogan valant pour sa présidence comme pour la série, l’on ne constate, dans les cinq épisodes mis à notre disposition, qu’un acte manqué.

        Lire le compte-rendu :
         

          La production d’« House of Cards » va reprendre au début de 2018, autour de Claire Underwood



Certes, Claire Underwood est devenue la première femme à diriger les Etats-Unis. Certes, il est plaisant de voir évoluer son entourage, des femmes d’âge moyen brillantes, et souvent malfaisantes, assumant leur pouvoir avec jouissance et magnifiquement interprétées. Mais faute de tabula rasa, le fantôme de Frank Underwood hante cette saison jusqu’à l’ennui. Qu’ils continuent d’enquêter sur les méfaits et crimes passés de l’ancien président, qu’ils tentent de préserver sa mémoire ou qu’ils manigancent pour tirer avantage d’accords passés avec lui, nombre de personnages, hommes blancs d’âge moyen, reviennent sans nécessité sur le devant de la scène, nous renvoyant ad nauseam à la présidence précédente. De même, des interrogations sur les circonstances de la mort de Frank Underwood réapparaissent régulièrement dans le scénario, alors que rien, dans la dramaturgie de la saison, ne permet au spectateur d’y porter le moindre intérêt.
Il est fort probable qu’avec ou sans Kevin Spacey, « House of Cards » n’aurait pas connu plusieurs saisons de plus
Il est fort probable qu’avec ou sans Kevin Spacey, House of Cards n’aurait pas connu plusieurs saisons de plus. Faute d’intrigues haletantes une fois le couple diabolique des Underwood parvenu au pouvoir, la série s’essoufflait depuis la saison 3. L’arrivée des scénaristes Frank Pugliese et Melissa James Gibson n’y a rien changé. La dernière image du cinquième épisode de cette saison-ci, pourtant, laisse augurer un tournant radical. Dommage que, comme souvent avec Netflix, la plus belle promesse d’une série ne se fasse jour qu’en milieu de saison.

House of Cards, saison 6 (EU, 2018, 8 × 52 min). www.netflix.com



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-6"> ¤ Ce thriller psychologique permet à Julia Roberts d’interpréter un personnage double.
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« Homecoming » : quand un podcast devient une série, mais devrait être un film

Ce thriller psychologique permet à Julia Roberts d’interpréter un personnage double.



LE MONDE
 |    01.11.2018 à 07h30
   





                        



   


Amazon Prime Video à la demande, série
Homecoming apparut d’abord, en 2016, sous la forme d’une fiction podcastée, une pièce de théâtre audio. Ses auteurs, Eli Horowitz et Micah Bloomberg, sont aussi les créateurs de sa version filmée, dont Amazon a commandé d’emblée deux saisons.
Le Homecoming Center, en Floride, sous l’égide du ministère de la défense, lance un programme destiné à de jeunes soldats tout juste de retour au pays. Ils y sont logés et pris en charge, notamment par Heidi Bergman (Julia Roberts, bizarrement emperruquée) qui, sa licence à peine obtenue, y mène ses premiers entretiens psychologiques. A elle d’évaluer les progrès de ces jeunes gens atteints de syndrome post-traumatique et d’en retirer des données exploitables.
A peine l’a-t-on vue engager une première séance qu’intervient un saut dans le futur, quatre ans plus tard, en 2022 : Heidi (différemment emperruquée) est maintenant serveuse dans un ­petit restaurant, vit chez sa mère, et répond ne pas se souvenir de l’époque où elle officiait pour le programme Homecoming, quand un inspecteur du ministère de la défense vient enquêter sur l’expérience qui y était menée. Ment-elle ou non ? Pourquoi une enquête sur ce centre ? Et pourquoi ce refus de tous d’évoquer ce programme ?
Langueur voire longueur
Pour son premier rôle principal dans une série, Julia Roberts a donc choisi un scénario qui lui permet d’interpréter quasiment deux personnages différents : la Heidi psy plutôt rayonnante de 2018, et celle de 2022, une femme perdue, peut-être amnésique, menant sa vie mécaniquement. L’actrice avait posé deux conditions : que le scénario soit entièrement écrit avant le tournage, et que la réalisation de l’ensemble de la série soit confiée à Sam Esmail, le créateur et réalisateur de Mr. Robot.

        Lire la critique :
         

          Nom de code, « Mr. Robot »



Malheureusement, toutes les recherches formelles de Sam Esmail et son équipe (changement de format de l’image selon les époques, angles de prises de vues induisant le malaise, ou, à la Hitchcock, l’angoisse, etc., sans oublier la musique) n’empêchent pas de regretter la langueur voire la longueur de Homecoming, qui aurait gagné en efficacité et en pertinence à s’en tenir à la durée d’un film.

Homecoming, série créée par Eli Horowitz et Micah Bloomberg. Avec Julia Roberts, Bobby Cannavale (EU, 2018, 10 × 30 min). www.amazon.com



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-7"> ¤ Dans le cadre du Festival d’automne à Paris, l’ex-« hikikomori » donnera son premier spectacle en français. Revenu d’une période de réclusion volontaire, ce jeune metteur en scène a trouvé dans le théâtre matière à être « relié au monde extérieur ». A voir au T2G-Théâtre de Gennevilliers, du 22 novembre au 3 décembre.
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Hideto Iwaï, la ruée vers l’autre

Dans le cadre du Festival d’automne à Paris, l’ex-« hikikomori » donnera son premier spectacle en français. Revenu d’une période de réclusion volontaire, ce jeune metteur en scène a trouvé dans le théâtre matière à être « relié au monde extérieur ». A voir au T2G-Théâtre de Gennevilliers, du 22 novembre au 3 décembre.



LE MONDE
 |    01.11.2018 à 07h00
    |

            Philippe Mesmer (Tokyo, correspondance)








                        



   


Comprendre l’autre et soi-même. Telle est la démarche d’Hideto Iwaï, acteur, auteur et metteur en scène de Wareware no moromoro (nos histoires…), sa première pièce en français, née de travaux réalisés lors d’ateliers à Gennevilliers. « J’aime vraiment interroger les gens et je veux continuer à le faire. Je veux partager leurs peurs et leurs intérêts, et ainsi écrire sur une variété de sujets », explique le natif de Tokyo aujourd’hui âgé de 44 ans, dont les créations restent très inspirées de son vécu d’« hikikomori » [expérience d’enfermement volontaire et de désintérêt pour le monde extérieur] entre 16 et 20 ans.
« La raison pour laquelle je suis resté à la maison n’était pas un cas habituel de maltraitance, mais un cas extrême de xénophobie, une peur des gens », expliquait-il, en 2011, dans un entretien accordé à la Fondation du Japon. Confronté à la violence paternelle dans sa jeunesse, il est lui-même agressif. L’intérêt pour la scène naît pendant cette réclusion. Les heures passées à regarder la télévision, notamment des programmes de catch, d’arts martiaux et des matchs de football italiens, font surgir une envie de faire des films.
Le déclic
Il reprend ses études pour intégrer l’université et suit en parallèle des cours d’art dramatique dans un centre culturel local, où l’a inscrit sa mère, conseillère psychologique l’ayant aidé à trouver ce qui pouvait le « relier au monde extérieur ». « J’ai participé à une comédie musicale avec un groupe de femmes dans la quarantaine et la cinquantaine. » Le déclic. « Quand j’ai commencé à faire du théâtre, j’ai découvert que, pour la première fois, grâce à la fiction, je pouvais sortir et apprendre ce que les gens pensaient. »
Il crée en 2003 sa propre compagnie, dont il est longtemps l’unique membre, se contentant de réunir ponctuellement des équipes, toujours réduites. Son nom : Hi-bye, une déclinaison des expressions hai-hai, qui qualifie un bébé qui rampe, et de bye-bye, « au revoir », comme une métaphore du cycle de la naissance à la mort.
Sa première pièce, Hikky Cancun Tornado, parle d’un jeune reclus qui aspire à devenir lutteur professionnel. S’enchaînent ensuite les créations et les collaborations. Il s’inspire entre autres d’Oriza Hirata – l’initiateur du « shizuka na gekijo » (théâtre du silence) − dont il intègre en 2007 la compagnie, Seinendan, pour travailler la mise en scène. Wareware no moromoro est sa seconde pièce présentée en France, après Le Hikikomori sort de chez lui, jouée en mars 2018.
Article réalisé dans le cadre d’un partenariat avec le Festival d’automne à Paris.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-8"> ¤ Après « Deux ou trois choses que je sais de vous », son premier spectacle, la metteuse en scène crée « Le Grand Sommeil ». Une pièce pour « libérer une énergie explosive et drôle » que l’on peut voir à La Commune d’Aubervilliers (du 7 au 17 novembre) et à la Ménagerie de verre (du 20 au 22 novembre), dans le cadre du Festival d’automne à Paris.
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Marion Siéfert met l’enfance à nu

Après « Deux ou trois choses que je sais de vous », son premier spectacle, la metteuse en scène crée « Le Grand Sommeil ». Une pièce pour « libérer une énergie explosive et drôle » que l’on peut voir à La Commune d’Aubervilliers (du 7 au 17 novembre) et à la Ménagerie de verre (du 20 au 22 novembre), dans le cadre du Festival d’automne à Paris.



LE MONDE
 |    01.11.2018 à 07h00
    |

                            Fabienne Darge








                        



   


Elle n’a pas l’air, comme ça, ­Marion Siéfert, longue liane brune et gracieuse, tête bien faite et tête bien pleine, mais elle est gonflée. Ne pas trop se fier à sa douceur, son calme apparent. Quand elle était petite, dans son enfance traversée par le théâtre, elle s’est passionnée pour les sorcières. Vingt ans plus tard, à 31 ans, elle signe son deuxième spectacle, Le Grand Sommeil, qui plonge dans la face cachée de l’enfance, avec ses fantasmes, ses peurs, son anarchie, sa cruauté, son rapport au corps et même, oui, son obscénité.
« J’ai toujours voulu écrire, jouer, raconter des histoires, mais très vite, j’ai été heurtée par les rôles féminins dans le théâtre classique. » La jeune femme fait des études littéraires brillantes, découvre la littérature et la poésie allemandes, qui l’ont « beaucoup marquée », et part à Berlin, au tournant de l’année 2010. « Là, j’ai vu tout ce que l’on pouvait voir à l’époque, une autre vision du théâtre, beaucoup plus performative, avec des femmes fortes, qui prenaient la parole, comme celles du collectif She She Pop, l’actrice Sophie Rois ou la metteuse en scène Monika Gintersdorfer. »
Fantômette des années 2.0
Marion Siéfert va se former à l’Institut théâtral de Giessen, une école qui a peu à voir avec les conservatoires français. « Le travail y est très libre, très axé sur la création contemporaine, à la fois théorique et pratique. Là-bas, je n’ai plus été stigmatisée comme “intello”, et je n’ai plus eu besoin de cacher que j’avais fait de la philosophie, de la musicologie et de la littérature allemande. »
C’est à Giessen que Marion Siéfert crée son premier spectacle, un objet scénique déjà très culotté, qui s’appelle Deux ou trois choses que je sais de vous, tourne en France pendant la saison 2018-2019, et où, vêtue comme une sorte de ­Fantômette des années 2.0, elle joue, via Facebook, avec la vie privée de ses spectateurs. Pour Le Grand Sommeil, elle a travaillé, au fil de longues improvisations, avec sa cousine Jeanne, qui avait alors 11 ans, avec le désir de « libérer une énergie explosive et drôle ». Sur scène, Jeanne est incarnée par l’étonnante danseuse-performeuse Helena de Laurens. Et ce n’est pas triste.
Article réalisé dans le cadre d’un partenariat avec le Festival d’automne à Paris.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-9"> ¤ Chaque jeudi, la rédaction du « Monde des livres » propose une sélection d’ouvrage à dévorer.
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Article sélectionné dans La Matinale du 31/10/2018
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« Charlie Hebdo », histoire, roman : notre sélection de livres pour la semaine

Chaque jeudi, la rédaction du « Monde des livres » propose une sélection d’ouvrage à dévorer.



LE MONDE
 |    01.11.2018 à 06h31
 • Mis à jour le
01.11.2018 à 07h12
   





                        


LES CHOIX DE LA MATINALE
Cette semaine, la rédaction du « Monde des livres » vous propose de vous plonger dans le Charlie Hebdo d’avant la barbarie du 7 janvier 2015, raconté par Luz, ou d’explorer le lien entre peine capitale et construction de l’Etat.
BD. « Indélébiles », de Luz
Il semble inconcevable d’écrire un livre sur Charlie Hebdo sans parler du 7 janvier 2015. Luz l’a fait, pourtant. Membre de la rédaction du magazine satirique pendant plus de vingt ans, le dessinateur échappa aux balles des frères Kouachi pour avoir été en retard à la conférence de rédaction. Dans Catharsis, sorti quatre mois après l’attentat (Futuropolis), il avait relaté son quotidien de miraculé, sans jamais verser dans le pathos, préférant user du seul levier en sa possession : l’humour.
Si l’on y rit autant, le propos est tout autre dans Indélébiles, puisqu’il s’agit de raconter l’aventure collective – et joyeusement foutraque – qui précéda la barbarie. Les belles années, en somme. Les copains, la déconnade à plein tube, le bonheur de dessiner.
En vingt-trois ans de Charlie – qu’il a quitté en mai 2015 – Luz a accumulé d’innombrables anecdotes, souvent rapportées ici avec autodérision. L’ancien « puceau tourangeau » monté à la capitale dans l’espoir de placer des dessins au Canard enchaîné s’amuse, et nous amuse, à ressusciter une rédaction vouée au traitement caustique de l’actualité, où se mêlent les anciens (Gébé, Cabu, Wolinski…) et les sales gosses, comme lui ou Charb.
Volontairement, Luz n’évoque pas les tensions et les engueulades au sein de la rédaction, pour se concentrer sur la question du dessin, sujet d’harmonie, auquel il attribue un rôle de personnage à part entière ; de vieux pote indéfectible, incarné par les taches ineffaçables d’encre de Chine qui maculent ses doigts, ou par ces bouts de gomme usée ayant appartenu aux confrères assassinés, conservés comme de précieuses reliques. Frédéric Potet
« Indélébiles », de Luz, Futuropolis, 320 p., 24 € (en librairie le 2 novembre).

   


HISTOIRE. « Condamner à mort au Moyen Age », de Claude Gauvard
Dans cet ouvrage longtemps attendu, Claude Gauvard invite à revoir nos préjugés, à commencer par la fréquence des exécutions capitales au Moyen Age, qui étaient rares : une tous les quatre ans à Lyon et, dans les cas extrêmes que sont la Normandie ou le Comtat Venaissin, une par an. A la peine capitale, le Moyen Age préfère une mort symbolique, le bannissement ou l’amende, voire la composition entre les parties, hors du tribunal.
Mais la force singulière de l’ouvrage réside avant tout dans le lien puissamment noué entre peine de mort et construction étatique en France. L’historienne identifie un basculement essentiel entre les XIIIe et XVe siècles : condamner à mort devient un « acte rendu pour réparer l’offense que le crime et le criminel ont faite au roi et à la chose publique » plus qu’à la victime. Elle n’est pas une vengeance. Et la repentance ouvre la voie vers la grâce royale.
Claude Gauvard répète ici sa conviction profonde : ce n’est pas par la force, mais par la miséricorde et le droit que l’Etat est né au Moyen Age. La peine de mort en est le parfait exemple : c’est par les lettres de rémission qu’il accorde aux condamnés à mort, et par la réglementation toujours plus savante des exécutions par le Parlement de Paris, que le roi assoit progressivement l’idée que la peine capitale est un monopole d’Etat. Marie Dejoux
« Condamner à mort au Moyen Age », de Claude Gauvard, PUF, 368 p., 24 €.

   


ROMAN. « Isidore et les autres », de Camille Bordas
Sur le plan scolaire, les cinq premiers enfants de la famille Mazal peuvent être considérés comme des surdoués. Ils remplissent des dossiers de candidature en classe prépa quand les enfants de leur âge sont encore au collège. Ils cherchent un nouveau sujet de thèse à peine leur premier doctorat obtenu. Sûrs de leur bon goût comme de leur intelligence, ils ne doutent pas un instant de leur capacité à réussir leur vie.
Aucune difficulté ne devrait leur résister, puisqu’ils ont toutes les clés pour comprendre le monde qui les entoure. Encore faudrait-il, bien sûr, qu’ils y prêtent attention. Le réel, on s’en doute, va se rappeler à eux avec brutalité.
C’est Isidore, le sixième enfant de la fratrie, 11 ans au début du roman, qui observe et essaie de comprendre les agissements des membres de sa famille. Contrairement à ses frères et sœurs, il n’a sauté aucune classe. Mais sa scolarité se déroule sans encombre. Un enfant normal, en somme. Ce qui suffit à le rendre différent. Et à justifier la spontanéité et la sensibilité dont il est le seul à faire preuve chez les Mazal. Sa parole bienveillante et futée dope le récit, en lui conférant énergie et naturel.
Ecrit en anglais par la française Camille Bordas, qui vit à Chicago (Illinois), et traduit par elle-même, Isidore et les autres crée une merveilleuse figure d’adolescent, tout en auscultant avec une généreuse lucidité la façon dont chacun des personnages – chacun de nous, aussi bien – organise le passage des livres à la vie, et inversement. Florence Bouchy
« Isidore et les autres », de Camille Bordas, Inculte, 414 p., 19,90 €.

   


PHILOSOPHIE. « Devant la beauté de la nature », d’Alexandre Lacroix
La nature, objet de tant de nos angoisses aujourd’hui, peut-elle demeurer une cause d’émerveillement ? La beauté s’offre autour de nous avec profusion, et nous vivons en somnambules. Tel est le point de départ de l’enquête philosophique qu’Alexandre Lacroix consacre à une question à la fois centrale et peu fréquentée : celle de la place qu’occupe dans nos vies la splendeur du monde.
Devant la beauté de la nature se présente comme une courbe tracée entre le saisissement intime face à la nature et la question métaphysique de notre place en elle. Courbe qui prend aussi la forme d’un voyage à travers les souvenirs de l’auteur. Progressivement, se construit une théorie en éclats, faite de bribes d’histoire des idées philosophiques et scientifiques reliées par l’interrogation continue de l’auteur sur sa propre expérience.
Une théorie ainsi dirigée autant vers la connaissance que vers une tentative de définition d’un bon usage de la nature. Non seulement, l’humanité met aujourd’hui la nature en danger, mais elle prend le risque de s’étioler en s’éloignant de cette « source » inépuisable, qui « surgit sans arrêt autour de nous ». Sa promenade savante à travers les idées et les sensations nous plonge dans ce flux à mesure qu’elle nous le fait connaître ; elle a la douceur un peu déchirante, et l’élan, de retrouvailles. Florent Georgesco
« Devant la beauté de la nature », d’Alexandre Lacroix, Allary, 444 p., 22,90 €.

   





                            


                        

                        


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Enquête

Biennales au Maroc : des artistes, des commissaires, du talent et pas d’argent

Après l’annulation de la manifestation d’art contemporain de Marrakech, celle de Casablanca a connu une ouverture chaotique, faute de fonds.

Par                                            Roxana Azimi (Casablanca, Maroc, envoyée spéciale)




LE MONDE
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        Le 31.10.2018 à 17h30

     •
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        Mis à jour le 31.10.2018 à 17h31






    
Performance de Mehryl Levisse à la villa des arts, le 26 octobre 2018, jour de l’ouverture de la Biennale de Casablanca.
Crédits : COURTESY DE L’ARTISTE


Les biennales d’art contemporain fleurissent au Maroc, mais elles tiennent difficilement la distance. La cuvée 2018 de celle de Marrakech, qui devait se tenir en février, a ainsi été reportée sine die. Et c’est dans un chaos total que la quatrième édition de la Biennale de Casablanca a été inaugurée, le 26 octobre.
« Une minute de silence pour les artistes de la Biennale », a réclamé le jour du vernissage le performeur Mehryl Levisse, relayant le malaise de ses confrères. Arrivés quelques jours avant le coup d’envoi pour monter leurs projets, certains d’entre eux se sont retrouvés sans logement ni prise en charge de leurs frais de séjour. D’autres ont été contraints de revoir leurs ambitions artistiques à la baisse faute de matériel technique. Les troublantes photos de la Tunisienne Héla Ammar ont été imprimées et encadrées à la va-vite. Le Franco-Marocain Mehdi-Georges Lahlou a dû se résoudre à ne présenter qu’une vidéo de fin d’études… Quant au duo germano-marocain Katrin Ströbel-Mohammed Laouli, il a finalement décidé de se retirer de la manifestation.

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                Art contemporain : faute d’argent, la Biennale de Marrakech est annulée



Excédés par une situation « en contradiction avec les promesses faites », seize artistes avaient adressé le 23 octobre un courrier rageur aux organisateurs. « Alors que vous nous avez annoncé et [avez] officialisé un programme assez ambitieux au début, nous nous retrouvons aujourd’hui face à un projet sans aucune aide à la production », écrivent-ils. Et de conclure : « Lorsque le budget n’est pas garanti, il est préférable d’inviter moins d’artistes et d’exposer leurs œuvres dans des conditions décentes – ou alors de ne tout simplement pas faire de biennale. »
Retraits de sponsors
Un air de déjà-vu… Malgré la qualité des commissaires invités et le niveau globalement bon des propositions artistiques, les événements de Marrakech et de Casablanca ont été plombés par le dilettantisme de leurs organisateurs. Lancée en 2004 par la Britannique Vanessa Branson – sœur du patron de Virgin, Richard Branson – avec une modeste dotation d’environ 20 000 euros, la Biennale de Marrakech avait gagné en notoriété sans jamais atteindre la stabilité financière. Lasse de combler les pertes après plusieurs éditions déficitaires, la fondatrice, qui faisait dans le même temps fructifier son hôtel de luxe, le Riad El Fenn, avait passé la main en 2014 à l’architecte Amine Kabbaj. A charge pour lui de rendre la manifestation viable. En 2016, celle-ci affichait un budget de 1,3 million d’euros. Nonobstant son succès public (près de 100 000 visiteurs) et critique, elle s’est achevée sur un déficit de 300 000 euros. En cause, le retrait de quelques sponsors et des problèmes chroniques de gestion.

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          Le souffle politique de la Biennale de Marrakech 2016



A Casablanca, le scénario est peu ou prou identique. Pour justifier les dysfonctionnements, Mostapha Romli, fondateur en 2012 de l’événement, se retranche derrière la perte, un mois avant le coup d’envoi de l’édition 2018, de son principal sponsor, l’agence d’événementiel Casablanca Events et Animation. Cette société de droit privé à capitaux publics devait apporter environ 80 000 euros, soit la moitié du budget total. Le contrat devait être conclu dans le courant du mois d’août, mais d’après la société, que nous avons contactée, rien n’avait été formalisé.

    
Photographie extraite de la série « Body Talks », de l’artiste tunisienne Héla Ammar, 2018.
Crédits : COURTESY DE L’ARTISTE


Autre point noir, dans les deux cas, l’absence d’appui public. La Biennale de Casablanca a bénéficié d’une aide de 18 000 euros du ministère de la culture, mais n’a pas perçu un dirham de la municipalité, pourtant régulièrement sollicitée. « A Marrakech, nous avions le patronage du roi mais pas d’argent public, confie de son côté Vanessa Branson. Tout reposait sur le secteur privé et le bénévolat. Nous arrivions par exemple à obtenir des chambres d’hôtel pour les invités, mais il était difficile de disposer de liquidités pour payer les salaires. »

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                Marrakech se rêve en carrefour de l’art contemporain en Afrique francophone



Abdellah Karroum, fondateur du centre d’art L’Appartement 22, à Rabat, et commissaire en 2009 de la Biennale de Marrakech, va plus loin : « Le ministère de la culture est simplement absent et ne compte aucun expert dans ses équipes. Loin de toute logique d’intérêt commun, la Fondation nationale des musées [FNM] agit de manière totalement irresponsable et méprise les artistes et les experts locaux qui travaillent auprès des publics et des réseaux marocains, africains et internationaux. »
Rendez-vous porté par le pouvoir
Cette même fondation, directement liée au Palais, chapeaute la future Biennale de Rabat, avec une volonté que résume son président, Mehdi Qotbi : « avoir une Biennale qui marche avec un retentissement international ». Pour cela, la FNM promet de débloquer 420 000 euros. Le reste du budget sera alimenté par des partenaires privés, qui, pour plaire au roi, seront sans doute plus nombreux qu’à Marrakech ou Casablanca…
Ce nouveau rendez-vous porté par le pouvoir a fait appel pour orchestrer sa première édition, prévue en 2019, à l’Algérien Abdelkader Damani, directeur en France du Fonds régional d’art contemporain Centre-Val de Loire, à Orléans, et co-commissaire de la Biennale de Dakar en 2014. Pour se distinguer des autres manifestations de ce type, celui-ci a invité uniquement des artistes femmes, une cinquantaine au total, notamment la cinéaste marocaine Tala Hadid, l’artiste nigériane Marcia Kure et la chorégraphe marocaine Bouchra Ouizguen. « On ne veut pas transformer la femme en sujet, mais faire un transfert de parole », assure-t-il, saluant au passage celles qui « sont seules à tenir les équilibres et protéger de la folie des hommes ».

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                La loi du marché de l’art africain



A Casablanca, une autre femme tente aussi de « tenir les équilibres ». La directrice artistique de cette Biennale 2018, la très respectée historienne de l’art et critique franco-camerounaise Christine Eyene, a tenté avec flegme et bienveillance de réduire les dégâts. Et malgré un contexte peu propice, elle a déjà signé pour l’édition 2020, avec l’assurance de pouvoir choisir ses équipes. « Le Maroc a du potentiel, dit-elle, mais il faut engager les choses en amont et probablement chercher des fonds à l’étranger. »
Biennale internationale de Casablanca, « Récits des bords de l’eau », jusqu’au 2 décembre dans différents lieux de Casablanca, Maroc, www.biennalecasablanca.org


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-11"> ¤ Militant et humaniste, il a été notamment l’un des principaux leaders des « Cinq Glorieuses », ces journées révolutionnaires haïtiennes de 1946.
<filname="PROF-0,2-3246,1-0,0-11"> ¤                      En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez notre  Politique de confidentialité  et l’utilisation de cookies pour vous proposer des contenus et services adaptés à vos centres d’intérêts.  En savoir plus et gérer ces paramètres.   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Par  Isabelle Mandraud   Publié hier à 16h12, mis à jour hier à 20h29   Lecture 5 min.     Partager sur Facebook Partager sur Facebook   Partager sur Twitter Partager sur Twitter   Envoyer par e-mail Envoyer par e-mail        Article réservé aux abonnés                  Le photographe Gérald Bloncourt en 2016, à Paris. THOMAS SAMSON / AFP             Un soir de cet été étouffant, comme nous regagnions le domicile parisien de Gérald Bloncourt après un pique-nique nocturne dans un jardin-potager du 11e arrondissement, nous passâmes devant les grilles d’un square où s’étaient regroupés des jeunes Noirs. Affaibli par la maladie, notre ami s’était résigné à se déplacer en chaise roulante.          L’un après l’autre, les jeunes se sont avancés vers lui pour lui serrer la main avec infiniment de respect en lui murmurant dans un sourire « kapon ». Kapon ? Quel mot étrange ? Isabelle, la compagne de Gérald Bloncourt, nous donna la clé. « Petits, ces jeunes semaient le bazar dans le quartier, et Gérald les sermonnait en les traitant de kapon, c’est-à-dire poltron en créole, quand ils s’enfuyaient. Ils s’en souviennent bien : il était le seul à leur parler. »          Gérald Bloncourt est mort lundi 29 octobre à 91 ans, dans ce même domicile parisien. Il était surtout cela, un humaniste, avant d’être un photographe franco-haïtien de génie, un peintre talentueux et un poète inspiré. Commencée en 1948, au journal L’Humanité, puis comme indépendant, sa carrière de reporter l’a amené à arpenter les usines et les rues de Paris de l’après-guerre. Un Paris populaire et prolétaire, dont il se sentait proche. Parmi des milliers d’autres, ces clichés ont été rassemblés dans Le Paris de Gérald Bloncourt (éd. Parimagine, 2012), Le Regard engagé. Parcours d’un franc-tireur de l’image (éd. François Bourin, 2004) ou encore Les Prolos (éd. Au nom de la mémoire, Bezons, 2004).          Les bidonvilles de l’Est parisien          Puis un jour, alors qu’il photographiait le chantier de la tour Montparnasse à la fin des années 1960, il rencontra des ouvriers portugais. Il ne les quittera plus. Il découvre alors les bidonvilles de l’Est parisien où ces derniers vivent misérablement, les suit sur les routes de l’émigration depuis le Portugal, prend avec eux les trains qui passent par les Pyrénées. Il est encore présent au côté de leurs familles quand il couvre la révolution des œillets, en 1974.                                           — La suite est réservée aux abonnés — Déjà abonné ? Se connecter   S’abonner c'est...   Avoir accès à tous les contenus du Monde en illimité sur le site et les applications.     Soutenir le journalisme d’investigation et une rédaction indépendante de plus de 400 journalistes.    Participer à des événements artistiques et culturels toute l'année et partout en France.    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Portrait de Richard Demarcy metteur en scene.
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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-12"> ¤ Haute de 240 mètres en incluant son socle, la plus haute statue du monde vient d’être inaugurée en Inde. Elle représente Vallabhbhai Patel, l’un des pères fondateurs du pays.
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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-13"> ¤ Le rappeur et son frère publient le premier tome d’une série sombre d’aventure et de combat. Grand fan de BD japonaise, Gims a dû s’entourer pour mener ce projet à bien.
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« Devil’s Relics », l’intrigante incursion de Maître Gims dans le manga

Le rappeur et son frère publient le premier tome d’une série sombre d’aventure et de combat. Grand fan de BD japonaise, Gims a dû s’entourer pour mener ce projet à bien.





LE MONDE
 |    31.10.2018 à 14h09
 • Mis à jour le
31.10.2018 à 14h27
    |

            Pauline Croquet





« Pour ceux qui me suivent, un rêve de gosse fan de manga est en train de se réaliser… » C’est ainsi que le rappeur Maître Gims a annoncé sur Instagram, en juillet 2017, qu’il se lançait dans la réalisation d’un manga. Une annonce qui, assez tôt, a suscité un brin de suspicion et beaucoup de moqueries. Un nom, Devil’s Relics, et une date de sortie du premier tome, le 31 octobre, ont été précisés quelques mois plus tard.
Mais l’artiste aux plus de cinq millions d’albums vendus en France en a vu d’autres, lui qui affronte régulièrement des critiques à propos de sa musique trop commerciale ou trop variété pour une partie du rap francophone. « Son assurance insolente agace plus d’un de ses concurrents », décrivait un portrait du Monde d’avril dernier qui lui était consacré.
Pourtant, c’est avec une certaine humilité que Maître Gims s’est présenté en juillet devant le public de Japan Expo, la grand-messe française du manga, pour défendre son projet. Car s’il est le concepteur de l’idée originale avec son jeune frère Darcy, il a dû s’entourer pour la réaliser.
Quatre auteurs sur la couverture
Sur la couverture, deux éditeurs – Glénat et Fayard – et quatre noms : ceux de Gims et de son frère épaulés par l’auteur français Jean-David Morvan, qui a signé notamment les BD Nomad et Sillage, et celui de Yoshiyasu Tamura. Formé dans les écuries de la maison d’édition japonaise Shueisha, celui-ci avait quelque peu délaissé sa carrière de mangaka pour se consacrer à la peinture et enseigner en Italie.

        Voir cette publication sur Instagram           Pour ceux qui me suivent, un rêve de gosse fan de manga est en train de se réaliser... Première réunion chez Glénat ! Avec @fresh_prince93r @glenatmangaeditions /@Fayard.editions @glenatbd Jean-David Jd morvan Yoshiuasou Tamura @fudegami 🔥🔥🔥 Une publication partagée par  Maître GIMS (@maitregims) le 1 Juil. 2017 à 2 :46 PDT 

« Cette idée de manga, je l’avais depuis une quinzaine d’années. Mais Darcy, qui est encore plus fan de manga que moi, m’a permis de reprendre et terminer l’histoire », expliquait Maître Gims au public de Japan Expo. L’idée lui trotte dans la tête pendant ses études de graphisme, lui qui aime le dessin. En parallèle, sa carrière avec le groupe parisien Sexion d’Assaut commence à décoller ; il abandonne l’école et met ce projet de côté « par manque de temps ». C’est à Fayard, qui a édité en 2015 son autobiographie Vise le soleil, que le rappeur trentenaire fait part de son envie de créer un manga. La maison d’édition, qui ne publie pas de manga, contacte Glénat avec qui elle a l’habitude de coéditer certains ouvrages.

   


« Nous avons accepté de rencontrer Maître Gims et Darcy en janvier 2017. Ils se sont présentés avec un univers complet et toute une galerie de personnages. Certes, ce n’était pas construit comme un manga, mais nous avons pris conscience qu’il s’agissait d’un projet sérieux, pas d’une tocade », défend Erwan Roux, directeur éditorial adjoint et responsable de la création française en manga chez Glénat. Une décision qui n’est pas anodine : Glénat, l’un des plus gros acteurs du manga en France, est l’éditeur de One Piece et Dragon Ball, des blockbusters de la BD japonaise, et des références sacrées pour les amateurs de manga. Pour autant, elle s’est lancée depuis peu dans le manga made in France. Glénat reconnaît toutefois qu’il est assez rare qu’un projet soit simplement accepté sur un seul concept et sans scénario. Maître Gims aurait-il eu les mêmes chances sans notoriété ? Lui-même évoque cette question en conférence sans y répondre.
Une ambiance à la « Ken le survivant »
Pour travailler avec Maître Gims, Glénat fait d’abord appel à Jean-David Morvan pour le scénario. L’auteur, familier du Japon et de l’industrie du manga, recommande pour le dessin M. Tamura, l’une de ses connaissances. Entre les quatre, la sauce prend, explique Maître Gims :
« Tamura a l’ADN du manga, ce n’est pas mon cas. Il était important qu’un homme comme lui soit dans la boucle. Je lui propose des planches, des dessins, puis lui rajoute sa touche, sa magie. […] Je suis tombé amoureux de son dessin. »
Lors de la conférence à la Japan Expo, le rappeur a eu à cœur de prouver sa passion ancienne pour le 9e art nippon, avançant les inspirations de Devil’s Relics. « Pour le dessin, c’est comme Vagabond ou L’Habitant de l’infini. Au niveau technique, intrigue et scènes de combat, on se rapproche de Hunter X Hunter », résume-t-il citant des œuvres majeures du manga de samouraï des années 1990 et un shonen nekketsu, manga d’aventures pour adolescents, des plus emblématiques. Pour l’atmosphère, le chanteur décrit « un dessin réaliste, une ambiance comme dans Ken le survivant, où le désespoir est total ».

   


En ouvrant le premier tome, les lecteurs font connaissance avec Kaïs, le héros, un jeune homme qui tente de survivre dans un monde dystopique, désolé et inique où le nombre de laissés-pour-compte est grandissant et les autorités corrompues. Extrêmement fort physiquement, le jeune homme gagne quelques billets dans des combats clandestins pour aider sa tante qui l’a élevé, malgré son dégoût pour la violence. Il peut toutefois compter sur l’amitié de son amie Milena et l’admiration du jeune Magnum.
Une mécanique huilée
Dès les premières pages, le ton est donné : il s’agit bien d’un manga d’aventures sombre et de combat. Yoshiyasu Tamura exécute un dessin racé et nerveux ; chaque personnage a d’ores et déjà un style et une personnalité distincts. Kaïs est un personnage plutôt froid auquel il est difficile de s’identifier, bien que les auteurs commencent à l’ébrécher et donnent l’espoir de plus de sentiment. Les 190 premières pages visent avant tout à poser un décor, et il faudra attendre le tome 2 pour voir quelles perspectives offre l’histoire, ce qui n’est pas si rare dans le manga.

   


Pour atteindre ce résultat et envisager de délivrer trois tomes par an, une mécanique huilée s’est mise en place autour des éditeurs de Glénat. « Pour chaque tome, nous faisons une grosse réunion tous ensemble dans nos locaux qui peut durer plusieurs heures. Darcy et Gims expliquent la trame narrative, et nous les aidons pour que cela colle au style shonen qu’ils veulent insuffler, détaille Erwan Roux. Ensuite, Jean-David Morvan adapte cette trame en script. Une fois que celui-ci est validé par les frères et Glénat, nous traduisons en japonais le script pour ensuite l’envoyer à M. Tamura, qui réalise le dessin avec ses assistants. » Le responsable éditorial assure :
« Maître Gims et Darcy s’impliquent à n’importe quelle étape pour répondre aux questions, donner des détails sur les décors, les tenues, résoudre des ambiguïtés. »

   


Des références aux mangas dans sa musique
Si la démarche de Maître Gims a pu intriguer les lecteurs de manga, les fans du rappeur n’ont pas forcément été étonnés par ce projet. Celui-ci s’est souvent exprimé sur sa passion pour One Piece ou Naruto, des locomotives du manga qu’il affirmait suivre religieusement, en lisant des copies pirates pour ne pas avoir à attendre une sortie française tardive. A Canal+, il expliquait en 2013 à propos de ces séries :
« Je m’inspire pas mal des mangas… ça m’inspire tout ça, toute cette folie, ce monde déconnecté. Parce que je suis un peu perché, je suis un geek, quoi. »
Ça et là, plusieurs de ses titres comportent des références et des clins d’œil aux héros de fiction japonais. Ainsi, Wati Bon Son de Sexion d’Assaut mentionne le village de l’apprenti ninja Naruto : « Paris, c’est Konoha, bande d’imbéciles, voilà les ninjas. » L’un de ses surnoms, Meugiwara, est d’ailleurs à rapprocher de celui du héros de One Piece Luffy Mugiwara.

L’ancien pilier de la Sexion d’Assaut n’a pas besoin de percer dans le manga pour connaître notoriété et fortune, mais Glénat et Fayard ont décidé de faire de la sortie de Devil’s Relics un gros lancement, à plus de 50 000 exemplaires. Une telle tête d’affiche pourrait aussi garantir de belles ventes, comme cela a été le cas pour l’éditeur novice en manga Michel Lafon avec Ki & Hi, du très populaire youtubeur Kevin Tran. Gageons que, de son côté, Maître Gims appliquera pour le manga sa philosophie en matière de réussite musicale : « Si ça ne marchait pas pour moi, j’aurais vraiment mal vécu les critiques. Mais en fait, là, ça ne m’atteint pas. La seule chose qui m’intéresse, c’est : “Est-ce que les gens aiment ce que je fais ou non ?” »
« Devil’s Relics », de Darcy, Maître Gims, Yoshiyasu Tamura, Jean-David Morvan, Editions Glénat et Fayard, tome 1, 192 pages, 6,90 euros.

        Portrait :
         

          Maître Gims à l’école de la variété







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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-14"> ¤ Un documentaire explique pourquoi le livre de la romancière publié en 1818 a été précurseur de la science-fiction.
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« Le Funeste Destin du docteur Frankenstein » : et Mary Shelley créa un monstre

Un documentaire explique pourquoi le livre de la romancière publié en 1818 a été précurseur de la science-fiction.



LE MONDE
 |    31.10.2018 à 14h00
    |

            Mustapha Kessous








                        



   


Arte, mercredi 31 octobre à 23 h 05, documentaire
Ils avaient l’habitude de jouer à se faire peur. La nuit était une sorte de cours de récréation durant laquelle la très jeune Mary Shelley, son mari Percy Shelley, et leur ami Lord Byron se contaient des fables allemandes de revenants autour d’un grand feu de bois. Un soir de 1816, ils se lancent un défi : écrire une histoire d’épouvante, la plus terrifiante possible.

        Lire la critique du film « Mary Shelley » :
         

          La genèse convenue d’un monstre



Mary, 18 ans, sèche : ses feuilles ­restent désespérément blanches. Puis, comme dans un rêve éveillé, elle imagine un récit fou : l’histoire d’un médecin obsédé par la science. Elle écrit les aventures de Victor Frankenstein, un chirurgien de génie, bel homme sensible qui cherche la réponse à une question existentielle : comment « donner la vie à un corps inanimé » ?
« Une étincelle d’existence »
A partir de morceaux de cadavres récupérés dans les cimetières ou dans les abattoirs, le docteur assemble un être. Et après un long ­labeur, voilà Victor Frankenstein qui « introduit une étincelle d’existence » dans cette matière inerte. En 1818, la jeune romancière publie dans l’anonymat le plus total Frankenstein ou le Prométhée moderne. Elle venait d’inventer deux personnages, le créateur et la ­créature, qui allaient façonner la science-fiction et devenir un des mythes de la culture populaire.
C’est ce que décrit avec pertinence Le Funeste Destin du docteur Frankenstein. Ce documentaire montre comment l’auteure anglaise est arrivée à imaginer un conte d’une force et d’une modernité déroutantes alors même qu’il date d’il y a deux siècles. A travers des images de films comme le célèbre Frankenstein (1931), de James Whale avec Boris Karloff dans le rôle du monstre, le documentaire donne la parole à de passionnants connaisseurs britanniques de cette œuvre ; mais aussi à des Français tels que l’écrivain Jean-Claude Carrière et le chirurgien Laurent Lantieri, spécialiste de la greffe. Tous expliquent en quoi le roman a anticipé, voire contribué, aux avancées de la médecine.

   


Le roman interroge les hommes confrontés au progrès de la science. A l’heure de l’intelligence artificielle où on cherche à créer un être doté d’une conscience, une phrase revient en tête, celle que prononce le monstre à Victor Frankenstein : « Maudit, maudit créateur ! Pourquoi est-ce que je vis ? » Il faudra un jour trouver une réponse.
Le Funeste Destin du docteur Frankenstein, de Jean Froment et Jérôme Perrault (Fr., 2018, 54 min). www.arte.tv



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-15"> ¤ Le village de Varengeville, près de Dieppe, a accueilli bien des artistes et des écrivains de renom, de Claude Monet à André Breton. Aujourd’hui, on y vient pour ses jardins.
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Varengeville, un éden pour les jardins

Le village de Varengeville, près de Dieppe, a accueilli bien des artistes et des écrivains de renom, de Claude Monet à André Breton. Aujourd’hui, on y vient pour ses jardins.



LE MONDE
 |    31.10.2018 à 12h21
 • Mis à jour le
31.10.2018 à 14h42
    |

            Lucien Jedwab








                        


Les journées des plantes, organisées les 27 et 28 octobre à Varengeville, en Seine-Maritime, se sont accommodées de ce temps si normand qui voit les quatre saisons se succéder… le même jour. Mais la singularité de cet événement (organisé par les bénévoles d’une association varengevillaise) ne résidait pas dans les caprices de la météorologie, mais dans le programme de visites de quatre jardins tout simplement exceptionnels. Dont celui du paysagiste Pascal Cribier, mort en novembre 2015, à qui une exposition rendait hommage dans l’ancienne école, qui accueillait également deux conférences dans l’esprit de ces « Entretiens de Varengeville » qu’il avait lui-même animés.

   


Claude Monet est venu y peindre et Georges Braque s’y est tellement plu qu’il y a été enterré dans le cimetière marin qui surplombe la mer. De nombreuses villas sont venues se nicher là, au tournant du XIXe siècle, desservies par le chemin de fer arrivant à Dieppe. La physionomie unique des paysages – le mariage tourmenté de la mer et du ciel avec la blancheur des falaises et toutes les nuances de verts de la végétation – n’a pas eu de mal à attirer Juan Miro ou Victor Brauner, Louis Aragon ou André Breton. C’est dans les vallons de ce « climat » si particulier qu’ont été aménagés ces jardins qui comptent encore aujourd’hui parmi les plus beaux de l’Hexagone.

   


Le plus ancien, probablement, est celui du Bois des Moutiers, commandé en 1898 par Guillaume Mallet, un banquier d’origine protestante influencé par la théosophie, une doctrine ésotérique. L’ensemble consitué par le manoir et les parties architecturées du jardin (terrasses, pergola, escalier...) a été dessiné par l’architecte britannique Edwin Lutyens, dans le style « Arts & Crafts », un mouvement artistique né dans l’Angleterre victorienne. La célèbre paysagiste anglaise Gertrud Jekyll y expérimenta pour la première fois en France ses fameuses mixed borders, collections colorées de plantes vivaces et saisonnières.

   


Aujourd’hui, les jardins dessinés s’ordonnent autour de la maison et la prolongent, dans une succession de scènes, depuis un jardin blanc jusqu’à une terrasse à la vue saisissante. Une prairie vallonnée et arborée est prolongée par une forêt plantée de manière irrégulière, qui surplombe les fougères rares ou dialogue avec les massifs fleuris spectaculaires, notamment de rhododendrons. Avant l’effet de surprise de la vision de la mer à travers les arbres.

   


Autre jardin tout aussi exceptionnel, celui du Vasterival, ancienne propriété du musicien Albert Roussel. Tel qu’on peut le voir aujourd’hui, il est l’aboutissement de cinquante années du travail opiniâtre de Greta Kvaal (1915-2009), que tout le monde appelle encore, à Varengeville comme à la Royal Horticultural Society de Londres, « la princesse Sturdza », du nom de son époux d’origine roumaine. Réussite absolue, plaisir du regard avec ses massifs fleuris quasiment tout au long de l’année, ce jardin, aujourd’hui sous la responsabilité de Didier Willery, se déploie autour d’une longue allée sinueuse engazonnée descendant vers la mer.

   


La « Princesse », qui recevait toujours ses visiteurs avec un croc à trois dents à la main en guise de badine, aura enrichi l’art des jardins de son expérience pratique. C’est elle qui a introduit la taille en transparence des arbres et arbustes, ainsi que le mulchage, une technique qui consiste à protéger les plantations du gel avec un tapis de feuilles mortes, de compost et, par exemple, d’aiguilles de pin. Autre avantage de cet usage aujourd’hui largement répandu : permettre la réduction des arrosages, y compris en... Normandie, où il arrive que la sécheresse sévisse.

   


Le troisième jardin, celui de l’Etang de l’Aunay, plus confidentiel mais tout aussi spectaculaire, appartient à Jean-Louis Dantec, un ancien marchand d’art haut en couleur tombé amoureux des variétés botaniques rares, qu’il collectionne comme d’autres les vases grecs ou les montres à complication. Ses compositions paysagères colorées mêlent les essences et les massifs floraux dans une débauche de formes et de couleurs époustouflantes. L’automne, tout particulièrement, met en valeur le feuillage des érables du Japon ou les écorces rouge orangé d’arbres à la peau de serpent. La circulation autour des plans d’eau, pourtant parfaitement entretenus, donne l’impression de pénétrer dans une nature un peu sauvage. Un jardin unique, comme son propriétaire.

   


Dernier jardin qu’il était exceptionnellement possible de visiter : celui de Pascal Cribier lui-même. C’est trente années de travail de terrassement, d’essouchage, de plantation, d’élagage – surtout d’élagage – qu’il fallut à ce surdoué perfectionniste et à quelques proches amis pour transformer une « valleuse » ingrate et très humide en jardin d’éden. Depuis la baie vitrée panoramique de la maison, la vue porte au loin, vers un petit triangle de mer qui se découvre entre les arbres taillés à cet effet. Le regard du visiteur, ainsi guidé, emprunte celui du jardinier trop tôt disparu.

   


Le Bois des Moutiers est ouvert au public du 15 mars au 15 novembre : boisdesmoutiers.com. Le Vasterival est accessible toute l’année (sauf le dimanche et les jours fériés), sur rendez-vous : vasterival.fr. Le jardin de l’Etang de Launay ne se visite qu’exceptionnellement. Le livre de Pascal Cribier, Itinéraires d’un jardinier (Xavier Barral éd.), récemment réédité, est disponible auprès de l’Association des amis de Pascal Cribier.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-16"> ¤ Claro est baa-tououououm, baa-rououououmm, rouououmm, rouou­oum ! par la lecture de « MOAB », de Jean-Yves Jouannais.
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Le feuilleton. Accrochages

Claro est baa-tououououm, baa-rououououmm, rouououmm, rouou­oum ! par la lecture de « MOAB », de Jean-Yves Jouannais.



LE MONDE DES LIVRES
 |    31.10.2018 à 12h05
 • Mis à jour le
31.10.2018 à 12h13
    |

                            Claro (Ecrivain et traducteur)








                        



                                


                            
MOAB. Epopée en 22 chants, de Jean-Yves Jouannais, Grasset, 288 p., 19 €.

Il y aurait deux façons de définir la matière d’un livre. La première consisterait à dire qu’il est la somme de tous les mots que l’auteur a ordonnés. La seconde, qu’il est la somme de tous les mots que l’auteur a ordonnés. A première vue, n’est-ce pas, la différence entre ces deux conceptions ne crève pas les yeux. Il est vrai qu’on a oublié une petite précision. On a négligé de préciser que, dans le second cas, les mots ordonnés par l’auteur ne sont pas de lui. Ainsi, un livre composé uniquement de citations, un livre fonctionnant sur le collage, entrerait dans la seconde catégorie – tout en étant néanmoins conforme à la définition de la première catégorie. En serait-il moins, pour autant, le livre d’un auteur ? Serait-il moins riche en intentions ? Moins percutant dans ses effets ? Moins cohérent ? L’acte consistant à choisir une phrase – parmi une infinité de phrases – n’est-il pas un geste aussi fort, à sa manière, que l’acte consistant à en forger une ? Avancer que copier c’est créer peut bien sûr être considéré comme un énoncé sujet à caution – mais en ce cas, cela reviendrait à nier un des fonctionnements essentiels de l’art, qui a toujours procédé par citation et montage.
Prenons deux exemples : Le Bref Eté de l’anarchie, de Hans Magnus Enzensberger (Gallimard, 1975) et Stalingrad : description d’une bataille, d’Alexander Kluge (Gallimard, 1966). Ces deux ouvrages ont pour point commun d’être tous deux composés d’énoncés prélevés ailleurs – mais ils n’en sont pas moins signés d’un nom unique. J’emprunte moi-même ces deux exemples à la postface qu’a écrite Jean-Yves Jouannais à son propre livre, MOAB, exemples qu’il donne afin de signaler non sans une certaine humilité que l’Epopée en 22 chants qu’il nous offre n’est pas sans précédent.
Donc,...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-17"> ¤ La série britannique permet à l’actrice australienne Toni Collette d’incarner l’un de ses meilleurs rôles à l’écran.
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« Wanderlust » : petit bijou psy de la BBC

La série britannique permet à l’actrice australienne Toni Collette d’incarner l’un de ses meilleurs rôles à l’écran.



LE MONDE
 |    31.10.2018 à 12h00
    |

            Renaud Machart








                        



   


Netflix à la demande, série
Toni Collette est une actrice à la virtuosité caméléonesque bien connue. Depuis sa révélation au public, grâce à l’attachant film Muriel’s Wedding (Muriel, 1994), de P. J. Hogan, l’Australienne n’a cessé d’en faire l’éclatante démonstration dans le cadre du cinéma d’auteur (le merveilleux Little Miss Sunshine, 2006, de Jonathan Dayton et Valerie Faris), ou hollywoodien, ainsi qu’à la télévision.
La série United States of Tara (2009-2011), créée par Diablo Cody et produite par Steven Spielberg, lui donnait l’occasion d’incarner une mère de famille atteinte de troubles de la personnalité qui, au fil de ses crises, devenait une ado de 16 ans, un vétéran du Vietnam, une psychanalyste… Elle y était stupéfiante.
Une petite ville « lambda »
Dans Wanderlust (2018), série créée pour la BBC par le dramaturge Nick Payne d’après sa propre pièce du même nom, Toni Colette incarne aussi une psychanalyste – réelle cette fois – exerçant dans une petite ville britannique lambda proche de Manchester.
Avec son mari professeur, elle constitue un couple aimant, mais qui s’ennuie au lit et décide de se livrer, en toute transparence, à des expérimentations sexuelles extraconjugales. La situation met de l’huile dans les rouages, mais tourne bientôt au vinaigre.
Aidée par une consœur, elle va mettre au grand jour les ramifications souterraines et réprimées de sa crise identitaire savamment masquée derrière une vie de famille bobo, libérale, voire libertaire : alors que l’épisode 5 la montre face à sa psychothérapeute, le visage de l’actrice australienne passe de la placidité à la colère, du rire aux larmes. Ce talent expressif s’observe encore mieux à la fin de Wanderlust : en quelques secondes, et de manière plus fine, le visage de Toni Collette – qui a ce don et cette grâce d’être à la fois capable de laideur et de beauté – passe par des nuances chromatiques dignes du lever de soleil express dans Daphnis et Chloé, de Maurice Ravel…
La famille dysfonctionnelle
Mais, en dehors de ces moments qui la distinguent, la brillante soliste qu’est Toni Collette sait s’intégrer, sans faire de l’ombre, à une distribution d’excellents acteurs qui concourent au succès de cette très attachante série.
La longue scène de l’avant-dernier épisode, dans le cabinet de la psychothérapeute (elle occupe la quasi-totalité de ses cinquante-six minutes), montre aussi la liberté de conception et de réalisation qu’autorise le genre sériel, qui permet le déplacement du poids et du rythme narratif de façon aussi excentrée qu’excentrique.
« Wanderlust » pourrait être considérée non pas comme une série, mais comme un long film en six parties
D’ailleurs, Wanderlust pourrait être considérée non pas comme une série, mais comme un long film en six parties, même si cette appellation est souvent requise, de manière irritante, par des cinéastes qui n’osent pas assumer de mettre les pieds dans le genre de la série télévisée.
Parfaite telle quelle, même si sa conclusion ouvre le champ à une suite, on souhaite que ce bijou qu’est Wanderlust, variation inspirée sur l’inusable thème de la famille dysfonctionnelle, en reste au stade d’une minisérie, c’est-à-dire sans développement futur. Elle se tient très bien ainsi, en s’en cantonnant à ses six épisodes.

Wanderlust, série créée par Nick Payne. Avec Toni Collette, Steven Mackintosh, Zawe Ashton, Joe Hurst, Emma D’Arcy, Celeste Dring, Royce Pierreson, William Ash, Jeremy Swift, Anastasia Hille, Sophie Okonedo (GB, 2018, 6 × 55-59 min). www.netflix.com



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-18"> ¤ La chronique de Roger-Pol Droit, à propos de « La Sagesse espiègle », d’Alexandre Jollien.
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Figures libres. Vainqueur par chaos

La chronique de Roger-Pol Droit, à propos de « La Sagesse espiègle », d’Alexandre Jollien.



LE MONDE DES LIVRES
 |    31.10.2018 à 12h00
 • Mis à jour le
01.11.2018 à 14h54
    |

                            Roger-Pol Droit








                        



                                


                            
La Sagesse espiègle, d’Alexandre Jollien, Gallimard, 224 p., 18 €.

« Quand on philosophe, il faut descendre dans l’antique Chaos et se trouver bien là. » Wittgenstein l’a dit. Alexandre Jollien* le rappelle, mais il transforme la portée de cette proposition. Car la descente, pour lui, ne consiste pas à plonger sous les usages habituels des mots. Son chaos est celui des pulsions, des angoisses, de l’abandon, du mépris de soi. Et « philosopher » ne veut plus dire démontrer ou démonter des échafaudages conceptuels. C’est bien plus : s’extirper des tourments d’un corps atteint, accéder à une forme de sérénité. Bref, devenir sage.
Mais comment ? En suivant quel chemin ? Au long d’une vingtaine d’années et d’une dizaine de livres, depuis Eloge de la faiblesse (Cerf, 1999) jusqu’à Vivre sans pourquoi (Seuil/L’Iconoclaste, 2015), en passant par Le Philo­sophe nu (Seuil, 2010), ces questions taraudent Alexandre Jollien. Il expérimente, tâtonne, tombe et repart, mettant ses pas dans ceux de Marc Aurèle, de Spinoza, de Nietzsche, de maîtres bouddhistes. Entre autres…
Sa singularité : tenter de vivre leurs enseignements, au lieu de se contenter de les lire. Les exercices spirituels, pour lui, ne sont pas un genre littéraire, mais bien un entraînement réel, physique et affectif, une endurance quotidienne. Il désire la sagesse en acte, comme guérison, comme « grande santé », comme salut. Et il ne fait pas semblant.
Ce qui explique l’attachement de multiples lecteurs. Si étranges en effet que soient ses itinéraires, ses expérimentations, parfois même ses découragements, tous sont marqués au sceau de la sincérité. Celle-ci prend dans son nouveau livre, La Sagesse espiègle, une teinte plus sombre que le titre ne le laisse supposer. Car elle n’est pas très joyeuse, cette descente dans la dépression, le désespoir, l’addiction sexuelle. Le chercheur de...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-19"> ¤ La chronique de Barbara Cassin, à propos de « Rien d’autre sur terre », de Conor O’Callaghan.
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Premier roman. Que croire en Irlande ?

La chronique de Barbara Cassin, à propos de « Rien d’autre sur terre », de Conor O’Callaghan.



LE MONDE DES LIVRES
 |    31.10.2018 à 11h57
 • Mis à jour le
31.10.2018 à 12h08
    |

                            Barbara Cassin (de l'Académie française)








                        



                                


                            
Rien d’autre sur terre (Nothing on Earth), de Conor O’Callaghan, traduit de l’anglais (Irlande) par Mona de Pracontal, Sabine Wespieser, 272 p., 21 €.

Une gamine, crasseuse, maigreuse et bien trop belle, débarque un soir chez un prêtre irlandais. Elle vient d’une drôle de famille, logée dans le pavillon-témoin d’un lotissement qui ne sort pas de terre. Ils avaient l’air d’être d’ici, mais comment ça ? En tout cas, maintenant, elle est sans voisins, sans famille, sans rien. Il y avait une mère, qui disparaît, la peut-être jumelle de la mère, qui disparaît aussi, et voilà le père, mettons professeur sans travail, qui vient de disparaître à son tour, juste comme s’ils changeaient de pièce. Disparus comme l’eau, comme l’électricité, comme la nourriture, naturellement et sans laisser de trace. Tout est normalement irréel, et il y a pourtant des bribes de réalité, des bains de soleil, une supérette, un dîner père-fille chez des voisins plus vides que nature, des ouvriers polonais amateurs de heavy metal, maisont-ils existé ? ­Surnage le nom d’un flic, Curtin, qui se confesse à la fin pour demander ou plutôt accorder pardon, comment savoir ? Des détails attestent la vérité de l’ensemble, on aimerait savoir à quoi croire.
Tache de sang sur le matelas
Impossible ! Tout ça est un récit de récit, un non-récit de non-récit. Il est, au final, raconté, comme confessé, par le prêtre. Ce prêtre qui n’a pas, qui ne pas, ça non. Lui, non, rien. Heureusement qu’il avait une vraie femme de ménage pour coucher la petite et lui expliquer, à lui curé, qu’elle a ses fleurs, sinon d’où viendrait la tache de sang sur le matelas repérée par les flics ? Mais la femme de ménage est rentrée chez elle au lieu de rester comme prévu. Et la gamine, que les gendarmes ont laissée dormir chez lui, a frappé à la chambre du Père (on frappe beaucoup dans ces maisons), elle a tambouriné, appelé. Comment ouvrirait-il, voyons, lui qui ne pas ?
Elle...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-20"> ¤ Dans « Kanaky », Joseph Andras a enquêté sur Alphonse Dianou, tué en 1988 lors de l’assaut d’Ouvéa.
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édition abonné


Un indépendantiste kanak ordinaire

Dans « Kanaky », Joseph Andras a enquêté sur Alphonse Dianou, tué en 1988 lors de l’assaut d’Ouvéa.



LE MONDE DES LIVRES
 |    31.10.2018 à 11h52
 • Mis à jour le
01.11.2018 à 16h50
    |

                            Gladys Marivat (Collaboratrice du « Monde des livres »)








                        



                                


                            
Kanaky. Sur les traces d’Alphonse Dianou, de Joseph Andras, Actes Sud, 304 p., 21 €.

Chercher le point de bascule, quand la personne que l’on croyait connaître devient quelqu’un d’autre. Telle est l’obsession au cœur du récit tortueux de Joseph Andras. Le héros de Kanaky est Alphonse Dianou – Kahnyapa Dianou, de son nom mélanésien. Du 22 avril au 5 mai 1988, sur l’atoll d’Ouvéa, en Nouvelle-Calédonie, cet indépendantiste de 28 ans a mené l’occupation d’une gendarmerie, au cours de laquelle quatre gendarmes ont été tués, puis une prise d’otages dans une grotte. L’intervention de l’armée française s’est soldée par 21 morts, dont 19 Kanak. Dont lui.

Qui était Alphonse Dianou ? Trente mois durant, l’écrivain, né en 1984, a mené l’enquête. Il a rencontré sa veuve et son fils, ceux qui l’ont connu ou étaient à ses côtés dans la grotte. De l’indépendantiste « sanguinaire » et « sans pitié » décrit dans la presse, l’écrivain ne retrouve rien. Ses proches évoquent un homme calme, admiratif de Gandhi et prônant la non-violence. Mélomane, ­ancien séminariste, Dianou finit par s’engager dans la lutte pacifique pour l’indépendance. Jusqu’au jour où il est arrêté lors d’une manifestation à Nouméa. A son compagnon de cellule, retrouvé par Andras, Dianou déclare : « Quand je sors de prison, je prends un fusil. »
Témoignages contradictoires
On peut reprocher à l’auteur du ­livre un parti pris en faveur des Kanak dans ses choix d’interviews. Il paraît l’assumer, rappelant que parmi les dizaines d’ouvrages sur Ouvéa, aucun n’a été écrit par un ­Kanak. Volontiers lyrique quand il décrit la cosmo­gonie traditionnelle, pleure avec ceux qu’il écoute ou fait revivre la grande révolte de 1878, Joseph Andras se montre aussi extrêmement précis dans les faits et propos rapportés. Ainsi des chapitres où il juxtapose des témoignages contradictoires, notamment sur la mort...




                        

                        

