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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-1"> ¤ Centenaire du 11-Novembre. Par le biais d’une organisation internationale, la « sécurité collective » devait instaurer une « paix perpétuelle » entre les nations, chacune venant en aide à l’autre en cas de conflit. Un siècle après la fin de la guerre, que reste-t-il de ce projet idéaliste ?
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De la SDN à l’ONU, un héritage exigeant

Centenaire du 11-Novembre. Par le biais d’une organisation internationale, la « sécurité collective » devait instaurer une « paix perpétuelle » entre les nations, chacune venant en aide à l’autre en cas de conflit. Un siècle après la fin de la guerre, que reste-t-il de ce projet idéaliste ?



LE MONDE IDEES
 |    01.11.2018 à 17h35
    |

            Gaïdz Minassian








                        



                                


                            

Le grand combat de nos aînés a été celui de la paix et il nous incombe toujours. Nous ne le gagnerons au XXIe siècle qu’en restaurant un multilatéralisme fort, capable de régler ses conflits de manière pragmatique », ­déclare le président français Emmanuel Macron, le 25 septembre à New York, lors de la 73e Assemblée ­généraledes Nations unies. Paix, sécurité collective et multilatéralisme, trois expressions, trois concepts « consubstantiels », rappelle Guillaume Devin, professeur de relations internationales à Sciences Po Paris. Mais quelle est l’origine de cette idée de sécurité ­collective ? Pourquoi insister aujourd’hui sur cette technique de paix universelle ? Et qu’en reste-t-il un siècle après la fin de la guerre ?
« Tous pour un, un pour tous »
Il faut remonter à la devise des mousquetaires, « Tous pour un, un pour tous », explique Charles-Philippe David, professeur de sciences politiques à l’Université du Québec à Montréal, pour bien en ­cerner le principe : « Une attaque contre un partenaire constitue une attaque contre tous. » De manière moins figurative, l’époque des Lumières – avec des penseurs comme l’abbé de Saint-Pierre (1658-1743), Jean-Jacques Rousseau (1712-1778) ou Emmanuel Kant (1724-1804) et son projet de « paix perpétuelle » – est à l’origine de cette volonté d’éviter le recours à la guerre, rappelle l’historien Bernard Bruneteau, professeur à l’université Pierre-Mendès-France, à Grenoble. « Les Etats s’engagent à coexister pacifiquement, ajoute Alice Pannier, chercheuse à l’université Johns-Hopkins, à Washington. Et si la paix venait à être rompue, les Etats s’engagent à répondre collectivement pour la rétablir. »

Ce projet idéaliste court depuis les Lumières. Il a ­rejailli lors des Conférences internationales de la paix à La Haye (1898 et 1907) avant de se traduire en action politique dans le...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-2"> ¤ Centenaire du 11-Novembre. Après l’effondrement des grands empires allemand, austro-hongrois, russe et ottoman, de graves problèmes humanitaires surgissent. Outre la famine et les épidémies, des centaines de milliers de réfugiés, chassés de chez eux, se retrouvent sans statut légal.
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« La crise migratoire actuelle est loin d’être inédite »

Centenaire du 11-Novembre. Après l’effondrement des grands empires allemand, austro-hongrois, russe et ottoman, de graves problèmes humanitaires surgissent. Outre la famine et les épidémies, des centaines de milliers de réfugiés, chassés de chez eux, se retrouvent sans statut légal.



LE MONDE IDEES
 |    01.11.2018 à 17h22
    |

                            Antoine Flandrin








                        



                                


                            

Professeur d’histoire militaire à l’université de l’Ohio, Bruno Cabanes a dirigé l’ouvrage Une histoire de la guerre. Du XIXe siècle à nos jours (Seuil, 800 p., 32 euros). Il est spécialiste de la sortie de la première guerre mondiale.
Dans quelle mesure l’Europe fait-elle face à une crise humanitaire sans précédent en 1918 ?
On assiste dès novembre 1918 à une flambée de problèmes humanitaires qui avaient commencé pendant la guerre. Le premier concerne le rapatriement de près de 430 000 prisonniers de guerre russes, allemands, autrichiens et hongrois. Le deuxième c’est la faim : elle frappe l’Allemagne, l’Autriche et la Hongrie qui subissent encore le blocus après la signature des traités de paix de 1919, ce qui est contraire aux engagements pris. La Russie connaît une grande famine en 1921-1 922. La faim et la malnutrition qui avaient causé, entre 1914 et 1918, la mort d’environ 500 000 civils allemands – les chiffres restent discutés –, continuent de tuer lors de la sortie de guerre. Troisième problème : il y a une flambée épidémique – la grippe espagnole, mais aussi le typhus et le choléra frappent l’Europe.
Enfin, il y a la question des réfugiés, notion récente puisque le sens moderne de « réfugiés de guerre » n’est apparu qu’à la fin du XIXe siècle. Au lendemain de la guerre, des centaines de milliers de personnes chassées de chez elles se retrouvent sans statut légal : soit parce qu’elles étaient membres d’un Etat qui a disparu – les grands empires allemand, austro-hongrois, russe et ottoman viennent de disparaître –, soit parce qu’elles ont été privées de leur nationalité.
D’où viennent ceux qu’on appelle dès lors les « réfugiés » ?
La sortie de guerre se traduit par une recrudescence de violence et par trois grands mouvements de réfugiés. Le premier groupe de réfugiés, ce sont les quelque 800 000 Russes qui fuient la guerre civile entre les révolutionnaires...




                        

                        


<article-nb="2018/11/01/18-3">
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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-3"> ¤ Centenaire du 11-Novembre. Le traité de Versailles devait permettre de juger les vaincus pour leur responsabilité dans le déclenchement du conflit et pour violations du droit de la guerre. Mais ni les instances ni la société n’étaient alors prêtes pour de tels procès. Ce type de juridiction ne se concrétisera qu’en 1945.
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La naissance avortée de la justice pénale internationale

Centenaire du 11-Novembre. Le traité de Versailles devait permettre de juger les vaincus pour leur responsabilité dans le déclenchement du conflit et pour violations du droit de la guerre. Mais ni les instances ni la société n’étaient alors prêtes pour de tels procès. Ce type de juridiction ne se concrétisera qu’en 1945.



LE MONDE IDEES
 |    01.11.2018 à 17h22
    |

            Marc Semo








                        



                                


                            

Il n’y a pas eu de procès de Nuremberg après la fin de la première guerre mondiale pour juger les responsables allemands accusés « d’avoir commis des actes contraires aux lois et coutumes » de la guerre, comme le promettaient les articles 227 à 230 du traité de Versailles. Réfugié aux Pays-Bas, le kaiser Guillaume II n’a pas été extradé pour répondre, comme l’espéraient les alliés, ­« d’offense suprême contre la morale internationale et l’autorité sacrée des traités » (article 227).
La situation n’a guère été différente en Orient. ­Malgré les engagements du traité de Sèvres (1920) entre la Turquie et les alliés, exigeant notamment le jugement des responsables du génocide des Arméniens (1915-1916), à peine quelques condamnations à mort furent prononcées – la plupart par contumace. Le ­bilan pourrait paraître décevant. La première guerre mondiale a néanmoins amorcé un tournant significatif sur le terrain du droit pénal ­international, même s’il se concrétisera seulement en 1945 après le second conflit mondial.
« Le traité de Versailles organise pour la première fois dans l’histoire la mise en jugement des vaincus pour leur responsabilité dans le déclenchement de la guerre et pour avoir violé les règles édictées dans les conventions antérieures afin d’en limiter la violence », souligne l’historienne Annette Becker dans l’incontournable somme en trois volumes La Première Guerre mondiale (Fayard, 2013-2014), dont elle fut la codirectrice avec l’historien britannique Jay Winter. Néanmoins ni la justice ni l’organisation de la société internationale n’étaient alors prêtes pour de tels procès.
Conventions de La Haye de 1899 et de 1907
L’essentiel du cadre juridique sur la guerre, le jus in bello – c’est-à-dire le droit dans la guerre fixant ce qui est licite ou non au combat – et le jus ad bellum – c’est-à-dire le droit à la guerre codifiant l’utilisation de la force contre un autre Etat –...




                        

                        


<article-nb="2018/11/01/18-4">
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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-4"> ¤ Centenaire du 11-Novembre. Pendant la Grande Guerre, Français et Britanniques entreprennent le dépeçage de l’Empire ottoman. Cette partition diplomatique, démontre l’historien Eugene Rogan, déstabilise encore aujourd’hui toute la région.
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« Le Moyen-Orient est la région la plus durablement touchée »

Centenaire du 11-Novembre. Pendant la Grande Guerre, Français et Britanniques entreprennent le dépeçage de l’Empire ottoman. Cette partition diplomatique, démontre l’historien Eugene Rogan, déstabilise encore aujourd’hui toute la région.



LE MONDE IDEES
 |    01.11.2018 à 17h02
 • Mis à jour le
01.11.2018 à 17h04
    |

                            Antoine Flandrin








                        



   


Eugene Rogan est professeur d’histoire contemporaine du Moyen-Orient à l’université d’Oxford (Royaume-Uni). Il est l’auteur de Histoire des Arabes de 1500 à nos jours (Perrin, 2013). Israël, Palestine, Syrie, Liban… il explique l’impact qu’a eu le règlement de la première guerre mondiale.
Pourquoi les puissances européennes ont-elles entrepris de dépecer l’Empire ottoman (1299-1923) alors que la guerre n’était pas terminée ?
Pour comprendre pourquoi, il faut remonter à la question d’Orient au XIXe siècle : les Européens étaient préoccupés par la préservation de l’Empire ottoman. Leur crainte était que « l’homme malade de l’Europe » s’effondre, entraînant des conflits entre les puissances impériales européennes désireuses d’accéder aux territoires géostratégiques du Moyen-Orient. En 1914, l’Empire ottoman est entré en guerre aux côtés des puissances centrales. Pour la Grande-Bretagne, la France et la Russie, il semblait alors que son ­effondrement était imminent. Les Alliés, qui ne voulaient pas être rivaux au lendemain d’une guerre qu’ils pensaient gagner, ont pris la décision calculée de résoudre la question d’Orient en tuant l’Empire ottoman et en le dépeçant ensuite. C’est là que se ­situe le péché originel : les Alliés n’étaient pas d’avis que le Moyen-Orient soit capable de se doter de son propre agenda politique. Encore attachés à l’ordre impérial, ils ont cherché à obtenir un équilibre entre Européens et non à garantir la stabilité de la région.
Est-ce la guerre qui a provoqué la chute de la Sublime Porte ?
L’Empire ottoman aurait pu survivre s’il n’était pas entré en guerre. La ténacité avec laquelle les Ottomans ont combattu suggère qu’il n’était pas inévitable que leur empire s’effondre. Leur défaite, ­actée par l’armistice de Moudros, est survenue le 30 octobre 1918. Personne ne pensait qu’ils se battraient aussi longtemps.

En mai 1916, les accords Sykes-Picot prévoient que le Liban et la Syrie reviendraient à la France ; la Mésopotamie, la péninsule ­Arabique et la Transjordanie à la Grande-Bretagne ; la Palestine serait placée sous administration internationale. En quoi ces accords reflètent-ils la mentalité des diplomates de l’époque ?
Nous nous trompons encore beaucoup lorsque nous pensons à Sykes-Picot. Ces accords doivent être perçus comme un jalon dans une partition de diplomatie de temps de guerre qui commence en mars 1915 et se termine à la conférence de San Remo en 1920. Le premier jalon intervient en mars 1915 lorsque les Russes font part aux Alliés de leurs buts de guerre : il s’agit de mettre la main sur Constantinople, le détroit des Dardanelles et la Thrace occidentale. Les Français, qui acceptent, veulent la Cilicie et la Syrie, deux régions de l’Empire ottoman dont les frontières ne sont pas clairement délimitées. Les Britanniques se réservent le droit de revendiquer des territoires le moment venu. Ils le feront lors des accords de Sykes-Picot, étape parmi d’autres sur cette route qui conduit la France et la Grande-Bretagne à s’assurer qu’il n’y aura pas de malentendus sur cette partition diplomatique. Ce n’était pas cynique, c’était la diplomatie à l’âge des empires.
Le système de mandats est impopulaire dès le début. Croyez-vous qu’il était voué à l’échec ?
Ces mandats étaient voués à l’échec : ils ont créé des institutions contre lesquelles les mouvements ­nationalistes se sont définis et les peuples arabes ­vivant à l’intérieur de leurs frontières n’ont cessé de s’opposer à l’occupant colonial. Les demandes ­d’indépendance ont été constantes, de la création des mandats au début des années 1920 à leur disparition un quart de siècle plus tard.
Qu’en est-il du mandat en Palestine ?

Le mandat en Palestine a failli parce que les Britanniques ont mis en concurrence deux mouvements ­nationaux incompatibles – juif et arabe – pour le contrôle de la Palestine. Ils n’ont pas trahi les Arabes ; ils ne se sont pas non plus rangés du côté des sionistes. Non, les Britanniques ne souhaitaient pas un Etat juif ou arabe, mais faire avancer leurs intérêts, et notamment protéger le canal de Suez. ­Persuadés que leur empire durerait des générations, ils avaient pour objectif de saper tout mouvement nationaliste et de garder le territoire sous leur ­contrôle. Ainsi, la promesse non pas d’un Etat juif, mais d’un foyer national juif, devait permettre de créer une communauté de clients qui faciliterait le contrôle britannique de la Palestine. Sûrs de leur ­expérience impérialiste, ils ont cru pouvoir gérer les demandes contradictoires des deux communautés. Ce n’est qu’en 1937 qu’ils ont reconnu ne plus avoir le contrôle de la situation.
Au terme de la guerre gréco-turque (1919-1922), Mustafa Kemal Atatürk reprend les territoires d’Anatolie cédés aux Kurdes et aux Arméniens par le traité de Sèvres en 1920. La République ­laïque turque qu’il instaure en 1923 a-t-elle réussi à faire oublier le prestige des institutions ottomanes ?
Il est vrai qu’au XIXe siècle, l’Empire ottoman bénéficiait d’un prestige : il s’étendait en Europe, en Asie et en Afrique du Nord et exerçait un contrôle sur les villes sacrées de Jérusalem, Médine et La Mecque. Mais ce qui l’a remplacé s’est avéré plus solide et légitime. La Turquie est le seul Etat sorti du démantèlement de l’Empire ottoman qui a fixé ses frontières, non par la négociation, mais par la force des armes, en venant à bout d’ennemis grands et petits. Cet Etat a réussi à rassembler les Turcs et à déplacer le centre de sa culture politique à Ankara, pour affirmer une identité tournant le dos au passé ottoman. L’armée et la direction nationaliste d’Atatürk sont devenues un modèle, y compris dans le monde arabe. Il est ­intéressant de noter qu’après avoir détruit les institutions impériales, la République turque s’appuie aujourd’hui sur l’héritage des Ottomans pour promouvoir sa gloire à un moment où elle a cessé de contrôler sa propre destinée.
En 1924, le califat disparaît. Quel fut l’impact au Moyen-Orient ?
La force de l’islam politique aujourd’hui laisserait penser que l’abolition du califat par des civils aurait provoqué des émeutes. Et pourtant, cette décision n’a pas suscité de contrariété au sein de la communauté sunnite, si ce n’est en Inde.

        Lire aussi :
         

                En Hongrie, le traité de Trianon occupe toujours les esprits



L’utilisation cynique de l’institution du califat au cours de la Grande Guerre – l’appel à la guerre sainte ne parvint guère à mobiliser les populations musulmanes des empires français et britannique – a dévalorisé sa légitimité religieuse et, dans un sens, l’a réduit à quelque chose de révolu. Pour preuve, le roi Fouad d’Egypte et le roi Hussein du Hedjaz, qui se sont ensuite portés candidats au poste de calife, ont soulevé un enthousiasme muet. Pour les peuples du Moyen-Orient entrés dans l’ère des Etats-nations, ce qui importait, c’étaient les nouvelles frontières.
Le Moyen-Orient souffre-t-il encore des conséquences de 1914-1918 ?
Le Moyen-Orient est la région du monde la plus ­durablement touchée par le règlement de la première guerre mondiale. Issu de ce règlement, le ­conflit entre Israéliens et Palestiniens a depuis lors transformé le Moyen-Orient en une zone de guerre. Les problèmes du ­Liban résultent du mandat français : le système de partage du pouvoir entre différentes confessions a fait du Liban un pays ingouvernable pendant une grande partie de son histoire.
Par ailleurs, les Syriens n’ont jamais reconnu la ­séparation du Liban et de la Syrie imposée sans leur accord. L’occupation syrienne du Liban après la guerre civile [1975-1990] peut être considérée comme un acte de refus de reconnaître l’indépendance du Liban. Et depuis lors, il a été très difficile pour le Liban d’agir sans l’aval de Damas.
Dans quelle mesure la tentative de l’organisation Etat islamique (EI) d’effacer la frontière entre la Syrie et l’Irak est-elle un legs de 1914-1918 ?
De nombreux nationalistes arabes ont également pensé que la division du Moyen-Orient en Etats distincts était un héritage impérial illégitime. Cette idée était présente chez les idéologues panarabes et panislamiques. L’EI, pour sa part, a revendiqué les territoires chevauchant l’Irak et la Syrie, sur lesquels régnait autrefois l’Empire abbasside (750-1258), pour renforcer sa légitimité religieuse. Et en prétendant faire éclater Sykes-Picot, il a voulu asseoir une légitimité très moderne. Mais la manière dont la Syrie, l’Irak et la communauté internationale l’ont délogé de ces territoires montre que ces frontières ne sont pas près d’être effacées.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-5"> ¤ Centenaire du 11-Novembre. Le 15 mars, à Budapest, le premier ministre hongrois, Viktor Orban, a fait un parallèle entre la dislocation de la Hongrie austro-hongroise et la « crise » de migrants.
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En Hongrie, le traité de Trianon occupe toujours les esprits

Centenaire du 11-Novembre. Le 15 mars, à Budapest, le premier ministre hongrois, Viktor Orban, a fait un parallèle entre la dislocation de la Hongrie austro-hongroise et la « crise » de migrants.



LE MONDE IDEES
 |    01.11.2018 à 17h01
    |

            Blaise Gauquelin (Budapest, correspondant)








                        



                                


                            

Trianon, Viktor Orban en parle souvent dans ses discours. Comme le 15 mars, à Budapest. Ce jour-là, à l’occasion du 170e anniversaire de la guerre d’indépendance hongroise de 1848-1849, le premier ministre souverainiste se lance même dans un parallèle entre le traité, signé dans l’après-midi du 4 juin 1920 dans la galerie des Cotelle au Grand Trianon de Versailles, et la « crise » des migrants. « La situation, énonce-t-il devant la foule, est que l’on veut nous prendre notre pays. Pas d’un trait de plume, comme il y a cent ans à Trianon. Ce que l’on veut maintenant, c’est que nous le remettions à d’autres, à des étrangers qui ne respectent ni notre culture, ni nos lois, ni notre mode de vie. »

En agitant pareille théorie du complot, Viktor Orban confirmerait, selon l’historienne Catherine Horel, directrice de recherche au CNRS, une spécificité hongroise. « Car si l’angoisse de la disparition est un trait commun à tous les pays d’Europe centrale et orientale, qui se posent en victimes des appétits des puissants, il n’y a qu’à Budapest que les traités de paix reviennent sans cesse dans le langage courant. »
Trianon – paraphé par la délégation hongroise, puis ratifié par le Parlement hongrois et par le régent de Hongrie – a consacré le dépeçage de la Hongrie, qui a perdu 70 % de son territoire et 3 millions de ses habitants. Et les recherches de Mme Horel, publiées notamment dans le n° 31 de janvier-février 2017 d’Histoire@Politique, prouvent qu’au-delà de la nostalgie d’une poignée de fanatiques réclamant la reconstitution de la « grande Hongrie » dans les rangs de l’extrême droite du parti Jobbik, un traumatisme réel est ancré dans la conscience historique des Hongrois.
« Diktat »
« La société civile a immédiatement dénoncé une injustice ­flagrante en 1920, la réception du traité ayant été qualifiée de “diktat” par la presse », rappelle la chercheuse, qui s’est penchée...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-6"> ¤ Centenaire du 11-Novembre. Depuis l’armistice il y a un siècle, la signification donnée à cette commémoration par les différentes nations concernées a évolué. De l’hommage aux armées, puis aux anciens combattants, la cérémonie tend aujourd’hui à fêter la paix, l’Europe et l’avenir.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-6"> ¤                     
                                                   
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Le 11-Novembre dans tous ses sens

Centenaire du 11-Novembre. Depuis l’armistice il y a un siècle, la signification donnée à cette commémoration par les différentes nations concernées a évolué. De l’hommage aux armées, puis aux anciens combattants, la cérémonie tend aujourd’hui à fêter la paix, l’Europe et l’avenir.



LE MONDE IDEES
 |    01.11.2018 à 16h42
 • Mis à jour le
01.11.2018 à 16h44
    |

                            Antoine Flandrin








                        



                                


                            

Les photos prises à Paris, Londres ou New York, après l’annonce de l’armistice, le 11 novembre 1918, montrent les mêmes ­scènes de liesse. Le long des avenues, les hommes et les femmes, bras dessus bras dessous, agitent les drapeaux des pays de l’Entente. Un siècle après, que reste-t-il de cette joie collective de la victoire ? « Ce jour-là, chacun exprime sa gratitude d’être en vie et de pouvoir rentrer chez soi, explique l’historien américain Jay Winter. Mais c’est une sombre victoire baignée de sang. La guerre a fait dix millions de morts. Tant de familles sont endeuillées qu’il est impossible de parler de célébration. Le goût des cendres fait qu’on ne célèbre pas la première guerre mondiale, on la commémore ».

A la sortie de la guerre, le 11-Novembre est en effet commémoré dans les empires français et britannique, en Belgique, aux Etats-Unis et en Pologne. En Grande-Bretagne, le roi George V inaugure, le ­11 novembre 1919, le Remembrance Day (« Jour du souvenir »), qui sera observé dans tout l’empire. En France, le Parlement décide, devant la manifestation des anciens combattants, que le 11 novembre deviendra, en 1922, un jour férié.
Une minute de silence
Déjà, la commémoration est portée par la société ­civile et non par l’Etat. Auteur de 11 Novembre. Du souvenir à la mémoire (Armand Colin, 2013), l’historien Rémi Dalisson rappelle que, « pour les anciens combattants, le 11-Novembre est un jour de recueillement. Il s’agit moins de commémorer la victoire que de rendre hommage aux morts. Dans leur esprit, il est vital que la communauté se ressoude autour de leur sacrifice pour qu’il n’y ait plus jamais de guerre ».
Des rituels se mettent en place : lors de cette journée, les Français font respecter une minute de silence après la sonnerie aux morts ; les Britanniques font sonner le clairon du Last Post, suivi de deux minutes de silence. « La minute de silence est une forme laïcisée...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-7"> ¤ Centenaire du 11-Novembre. Outre-Rhin, le 11-Novembre évoque une date traumatique,et, cette année, ce ne sera que  la deuxième fois que Français et Allemands commémorent ensemble l’armistice. A l’issue d’une semaine de célébrations, Angela Merkel ouvrira le Forum de Paris sur la paix.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-7"> ¤                     
                                                   
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En Allemagne, l’impossible anniversaire

Centenaire du 11-Novembre. Outre-Rhin, le 11-Novembre évoque une date traumatique,et, cette année, ce ne sera que  la deuxième fois que Français et Allemands commémorent ensemble l’armistice. A l’issue d’une semaine de célébrations, Angela Merkel ouvrira le Forum de Paris sur la paix.



LE MONDE IDEES
 |    01.11.2018 à 16h41
    |

            Thomas Wieder (Berlin, correspondant)








                        



                                


                            

Pour le centième anniversaire de l’armistice de 1918, la France a vu les choses en grand. Pendant une semaine, du 4 au 10 novembre, Emmanuel Macron se ­rendra dans une douzaine de départements du Nord et de l’Est, particulièrement marqués par les blessures de la Grande Guerre. Point d’orgue de cette « itinérance mémorielle », selon l’expression de l’Elysée : les cérémonies du 11-Novembre à l’Arc de triomphe, auxquelles assisteront une soixantaine de chefs d’Etat et de gouvernement représentant les anciens pays belligérants.
Durant cette semaine, l’Allemagne aura une place à part. Le 4 novembre, c’est avec son homologue allemand, Frank-Walter Steinmeier, que le président français entamera, à Strasbourg, cette longue ­séquence commémorative. Le 10 novembre, c’est ­accompagné d’Angela Merkel qu’il achèvera son périple dans les régions meurtries, en se rendant avec elle à Rethondes (Oise), où furent signés les armistices de 1918 et 1940. Le 11 novembre, enfin, c’est la chancelière allemande qui ouvrira le Forum de Paris sur la paix, une manifestation que M. Macron souhaite transformer en rendez-vous annuel.
Pour l’Allemagne, « le 11 novembre est plus qu’une simple défaite militaire, c’est la fin d’un monde, celui de l’empire de Guillaume II » Peter Schöttler, historien
Depuis 1918, ce n’est d’ailleurs que la deuxième fois qu’un chancelier allemand – en l’occurrence une chancelière – assistera aux cérémonies du 11-Novembre. La première fois remonte à 2009, quand Angela Merkel avait ranimé la flamme du soldat inconnu au côté de Nicolas Sarkozy. Il aura fallu attendre presque un siècle pour que la France et l’Allemagne commémorent ensemble l’armistice. Il faut dire que, pour l’Allemagne, « le 11 novembre est plus qu’une simple défaite militaire, c’est la fin d’un monde, celui de l’empire de Guillaume II qui, sauf pour une minorité de ­révolutionnaires, incarnait une forme de stabilité heureuse, surtout comparé à la suite », observe...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-8"> ¤ Centenaire du 11-Novembre. En quelle année se termine réellement le conflit de 14-18 ? Les révolutionnaires ont-ils empêché l’armée allemande de gagner la guerre ? Le traité de Versailles était-il voué à l’échec ?
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Trois idées fausses sur 1918

Centenaire du 11-Novembre. En quelle année se termine réellement le conflit de 14-18 ? Les révolutionnaires ont-ils empêché l’armée allemande de gagner la guerre ? Le traité de Versailles était-il voué à l’échec ?



LE MONDE IDEES
 |    01.11.2018 à 16h40
    |

                            Antoine Flandrin








                        



                                


                            Le 11 novembre 1918 marque la fin des hostilités
Si la mémoire collective a longtemps retenu que l’armistice ­marque une rupture entre la guerre et la paix, l’historiographie des quinze dernières années insiste sur la notion de « sortie de guerre » pour montrer que les violences, militaires et civiles, se poursuivent jusqu’au milieu des années 1920. « La première guerre mondiale ne se termine pas le 11 novembre 1918 : des ­unités del’armée française d’Orient restent engagées en Russie en 1919 », souligne l’historien Bruno Cabanes. D’autres conflits prennent bientôt ou ont déjà pris le relais. Entre 1917 et 1923, on ne recense pas moins de 27 conflits en Europe.
« Des guerres civiles éclatent comme en Russie (1917-1923), en Allemagne (1918-1919) ou en Irlande (1922-1923), où interviennent des ­anciens combattants de 14-18 avec des armes et des tactiques héritées du conflit mondial, indique Bruno Cabanes.Il y a ­également des conflits interétatiques comme la guerre ­soviéto-polonaise (1919-1921) et la guerre gréco-turque ­(1919-1922). Sans compter les révoltes coloniales en Inde, en Egypte et en Chine liées aux promesses du wilsonisme [partisans du droit à l’autodétermination des peuples] et à la déception qu’apporte le traité de Versailles [traité de paix signé en 1919 entre l’Allemagne et les Alliés]. »
En 1918, la révolution a empêché l’armée allemande de gagner la guerre
En mars 1918, l’armée allemande, sur le point de passer à ­l’offensive à l’ouest, pensait pouvoir gagner la guerre. « Pour les Allemands, la défaite neuf mois plus tard est inexplicable : après quatre ans de guerre, l’armée allemande occupe toujours une bonne partie de l’Europe, explique l’historien allemand Arndt Weinrich. La défaite militaire ne fait pourtant pas de doute : après avoir perdu 900 000 hommes entre mars et juillet, l’armée, à bout de souffle, est frappée par une “grève militaire larvée”. Un million de...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-9"> ¤ La médecine factuelle dénonce avec virulence le charlatanisme associé aux médecines dites « alternatives », qui se fondent sur la croyance plutôt que sur la preuve. Il serait cependant faux de ne pas voir dans cette croyance une source de bien-être, générateur d’amélioration d’un état de santé. La complémentarité entre les approches est-elle possible, s’interroge dans une tribune au « Monde » le professeur Adnet.
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Faut-il brûler la « médecine fondée sur la croyance » ?

La médecine factuelle dénonce avec virulence le charlatanisme associé aux médecines dites « alternatives », qui se fondent sur la croyance plutôt que sur la preuve. Il serait cependant faux de ne pas voir dans cette croyance une source de bien-être, générateur d’amélioration d’un état de santé. La complémentarité entre les approches est-elle possible, s’interroge dans une tribune au « Monde » le professeur Adnet.



LE MONDE
 |    01.11.2018 à 15h11
 • Mis à jour le
01.11.2018 à 16h33
    |

Frédéric Adnet (Professeur de médecine d’urgence)







                        



                                


                            
Tribune. Je découvrais un lointain cousin lors d’un dîner familial dans une belle ferme de la Lozère, paysan d’environ 80 ans, très en forme avec ce bon teint de l’homme de la terre. A la fin du repas, il s’ouvrait à moi pour une douleur du gros orteil qui, manifestement, le gênait beaucoup. « J’ai vu mon rebouteux, il m’a fait des manipulations, mais ça ne m’a pas soulagé ! »
Professeur en médecine, je me sentais dans l’obligation d’examiner cet orteil rebelle à la médecine locale. En quelques secondes, ce fut un soulagement : « Facile ! Crise de goutte ! » J’allais instantanément vaincre le charlatanisme local et démontrer la vraie science. J’écrivais de ma plus belle plume le traitement adapté, démontré par de multiples études randomisées en double aveugle ; je prescrivais de la colchicine, un milligramme fois trois le premier jour, puis un milligramme deux fois les deux jours suivants, puis un milligramme par jour à partir du quatrième jour.1 Quantité suffisante pour 10 jours ! Très satisfait, je lui présentais mon ordonnance et, modeste, lui annonçais : « Ça devrait marcher ! »
Virulence
Dans une tribune du Figaro, extrêmement virulente, 124 médecins ont dénoncé le charlatanisme associé à des médecines « alternatives » dont le tort essentiel est de n’avoir pas été validées par un niveau de preuves issu de recommandations de « l’evidence-based medicine » (EBM) » ou « médecine fondée sur des preuves ».2

Ce positionnement des adeptes de la médecine factuelle semble assez facile et confortable. Affirmer que la terre tourne autour du soleil (et non l’inverse) a été le modèle d’une guerre entre croyance et pensée scientifique. Notons simplement et avec une certaine ironie que l’accusation d’hérésie a changé de camp ; les inquisiteurs semblent, dans cette confrontation, du côté de Galilée !
Existe-il une véritable « médecine fondée...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-10"> ¤ Refus des règles du jeu démocratique, intolérance, non-condamnation de la violence… Le nouveau président du Brésil répond aux indicateurs d’un comportement de type autoritaire explique, dans une tribune au « Monde », Carlos Milani, professeur de relations internationales.
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« Bolsonaro a su jouer la carte de la psychologie de masse »

Refus des règles du jeu démocratique, intolérance, non-condamnation de la violence… Le nouveau président du Brésil répond aux indicateurs d’un comportement de type autoritaire explique, dans une tribune au « Monde », Carlos Milani, professeur de relations internationales.



LE MONDE
 |    01.11.2018 à 14h37
    |

Carlos Milani (Professeur de relations internationales)







                        



                                


                            

Tribune. Lors de cette campagne électorale marquée par des violences, fort d’un soutien populaire, Jair Bolsonaro n’a pas condamné ouvertement les excès de ses électeurs. Comptant sur l’emprisonnement de son rival, Lula da Silva, privé de toute possibilité de donner des entretiens aux médias, le candidat de l’extrême droite a su jouer la carte de la « psychologie de masse » en faisant allusion, entre autres, au danger communiste, en plein ordre international post-guerre froide.
L’un des aspects très importants de sa campagne, a été l’usage des nouvelles technologies (notamment l’application WhatsApp) qui lui a permis de diffuser son message et des informations aussi bien vraies que fausses.

La « banalisation du mal » dans une société profondément inégalitaire et habituée à la violence a certainement constitué un facteur-clé dans l’émergence de l’extrême droite et le soutien accordé à la promesse de Bolsonaro de libéraliser le port d’armes. Même si les causes de l’insécurité publique sont loin d’être sans contradictions, une bonne part de la société brésilienne semble avoir accepté la simplification qu’en a donnée Bolsonaro. Se présentant comme le candidat anti-système par excellence, il s’est gardé de mettre en évidence ses vingt-sept années d’expérience au Parlement.
Polarisation croissante
Le nouveau président du Brésil répond parfaitement aux indicateurs d’un comportement de type autoritaire tels que définis par Steven Levitsky et Daniel Ziblatt (How Democracies Die, 2018, non traduit) : le refus des règles du jeu démocratique, le dénie de la légitimité des adversaires politiques, l’intolérance et la non-condamnation de la violence, ainsi que la prédisposition à réduire les libertés civiles et politiques des minorités, de l’opposition et des médias.
Dans une société où la polarisation est croissante, où les conflits distributifs coexistent avec des privilèges ; où la lutte contre la corruption...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-11"> ¤ L’économiste détaille, dans un entretien au « Monde », le mouvement qu’il lance début novembre avec l’essayiste Raphaël Glucksmann.
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Thomas Porcher : « Nous ne nous inscrivons pas contre Mélenchon »

L’économiste détaille, dans un entretien au « Monde », le mouvement qu’il lance début novembre avec l’essayiste Raphaël Glucksmann.



LE MONDE
 |    31.10.2018 à 17h40
 • Mis à jour le
01.11.2018 à 14h42
    |

            Abel Mestre








                        



   


Ce sera le nouveau venu d’une famille nombreuse, la gauche. Place publique, mouvement citoyen et « horizontal », lancé par l’essayiste Raphaël Glucksmann, l’économiste Thomas Porcher et l’activiste écologiste Claire Nouvian doit officiellement naître dans le courant de la semaine prochaine avec la publication d’un « manifeste ». M. Porcher explique cette démarche dans un entretien au Monde.

        Lire notre portrait :
         

          Thomas Porcher, l’économie lui va si bien



Comment est né le mouvement Place publique ?
Plusieurs d’entre nous se sont rencontrés, car on avait été appelés à faire partie de listes de partis pour les élections européennes. C’est comme cela que l’on s’est rencontré avec Claire Nouvian et Raphaël Glucksmann. Les partis traditionnels ne nous convenaient pas pour des raisons de fonctionnement, de verticalité, qui étaient plus ou moins opaques. Avec une dizaine de personnes, on a donc voulu créer un mouvement citoyen pour réunir « ceux qui font ». Avec une idée : au-delà des divergences politiques, on s’accorde tous sur l’essentiel, sur l’urgence sociale, écologique et démocratique. On est en contact dans toute l’Europe avec des activistes, des associatifs, des personnes engagées. C’est une démarche transeuropéenne. Beaucoup sont intéressés par cette démarche collective, horizontale et pas individuelle.
C’est un mouvement qui se place à gauche ?
C’est un mouvement plutôt de gauche, vues les valeurs que l’on défend. Mais on ne demande pas à ceux qui nous rejoignent pour qui ils ont voté. Par exemple, Claire Nouvian et moi avons voté pour Jean-Luc Mélenchon ; Raphaël Glucksmann pour Benoît Hamon. Peut-être que des gens qui nous rejoignent ont voté pour Emmanuel Macron… Ce n’est pas une question que l’on pose.
Vous voulez incarner la « gauche non mélenchoniste » ?
Ce n’est pas un mouvement qui s’inscrit contre Jean-Luc Mélenchon ou La France insoumise. Ce n’est pas un mouvement qui a pour but de faire vivre une plate-forme pour réunir Benoît Hamon et Yannick Jadot. On ne va pas être leur « Pascal le grand frère » ! Ce n’est pas un mouvement qui veut sauver de vieux appareils, cela ne nous intéresse pas. On veut travailler sur les idées, avec des gens qui ont dédié leur vie à des combats. C’est ça qui nous intéresse. Réunir des gens qui ont fait des choses et qui s’accordent sur l’essentiel. On ne s’est pas dit qu’il y avait une place à occuper sur l’échiquier politique. On n’est absolument pas là-dessus.
C’est le mouvement de Raphaël Glucksmann ?
Non pas du tout. Ce n’est d’ailleurs pas ce qu’il dit. La personnalité de Raphaël, qui est plus médiatique que d’autres, fait que certains expliquent que c’est la « liste de Raphaël ». Mais ce n’est, en aucun cas, cela. D’abord parce qu’il n’y a pas de liste, ce n’est pas d’actualité. Si on avait voulu être députés européens, on aurait rejoint un parti et accepté d’être sur des listes, comme on nous l’a proposé. Ce n’est pas du tout le but de notre démarche.

        Lire notre portrait :
         

          Raphaël Glucksmann, l’anti-réac






                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-12"> ¤ Si universaliser le système des pensions parait une idée juste, les choix de réforme du gouvernement sont sources d’injustice notamment pour les enseignants, explique l’économiste Gérard Fonouni dans une tribune au « Monde ».
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« Vouloir mettre à égalité tout le monde devant la retraite crée des injustices »

Si universaliser le système des pensions parait une idée juste, les choix de réforme du gouvernement sont sources d’injustice notamment pour les enseignants, explique l’économiste Gérard Fonouni dans une tribune au « Monde ».



LE MONDE
 |    31.10.2018 à 17h23
    |

Gérard Fonouni (Professeur agrégé d’économie et gestion)







                        



                                


                            

Tribune. Après l’assouplissement du marché du travail instauré par la loi travail en janvier 2018, notre système de retraite pourrait à son tour être touché par la flexibilité. Conçu au lendemain de la seconde guerre mondiale, ce régime de répartition repose sur un principe de solidarité entre les générations selon lequel les retraites sont payées par les cotisations des actifs occupés.
En 2025 ce système alors vieux de quatre-vingts ans sera remplacé par un régime universel par points. Le nouveau système plus individualiste est présenté par les promoteurs de la réforme comme plus simple, plus juste et mieux équilibré financièrement que le régime actuel fondé sur la solidarité horizontale. Notre système de retraite serait à leurs yeux en danger financièrement dans les années à venir.

Pourtant, après de nombreuses réformes – en 1993, 2003, 2010 et 2014 –, la Caisse nationale d’assurance-vieillesse (CNAV) est excédentaire depuis 2016 à l’exception du fonds de solidarité vieillesse. L’allongement du départ à la retraite, l’allongement de la durée de cotisation, la hausse des cotisations vieillesse et de la CSG ainsi que l’indexation des pensions sur l’inflation, ont contribué à améliorer les finances de la CNAV.
Grâce à ces différents leviers et malgré un ratio cotisants/retraités toujours plus faible, les dépenses de retraites devraient varier entre 11,6 % et 14,2 % du produit intérieur brut (PIB) en fonction des divers scénarios de croissance retenus par le Centre d’orientation des retraites (COR). Alors dans ces conditions, y-a-t-il vraiment une urgence financière à réformer notre régime de retraites ?
En équilibre pas avant le début des années 2040
Selon les projections du COR, les années 2025-2035 seront les périodes les plus difficiles pour maintenir l’équilibre financier en raison de la dégradation du rapport actifs/retraités. De 1,7 cotisant pour un retraité en 2018, il pourrait passer de 1,65 cotisant...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-13"> ¤ Pour le chercheur Matt Stoller, les démocrates doivent renouer avec leur fibre sociale et s’attaquer aux monopoles financiers.
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« Personne chez les démocrates ne veut admettre qu’Obama n’a pas forcément été un bon président »

Pour le chercheur Matt Stoller, les démocrates doivent renouer avec leur fibre sociale et s’attaquer aux monopoles financiers.



LE MONDE
 |    31.10.2018 à 12h30
 • Mis à jour le
01.11.2018 à 15h21
    |

            Corine Lesnes (San Francisco, correspondante)








                        



                                


                            

Matt Stoller, 40 ans, chercheur à l’Open Markets Institute, un cercle de réflexion antitrust, a contribué à plusieurs campagnes de candidats de l’aile progressiste du Parti démocrate. A l’heure où certains intellectuels américains pensent que la formation politique joue trop sur les minorités, il fait plutôt porter leur échec sur leur incapacité à affronter la question de la concentration dans l’économie.

Qu’est-ce que la campagne des élections de mi-mandat révèle de l’état du Parti démocrate ?
Une grande tension. Quand ils étaient au pouvoir, les démocrates s’étaient fixé comme objectif de réduire les inégalités, d’apporter une couverture santé pour tous. Les électeurs ont rejeté leur politique. Ils ont élu de nombreux républicains et, in fine, Donald Trump. L’échec des démocrates, c’est de ne pas avoir vraiment pris conscience du fait que la concentration de pouvoirs financiers pouvait être dangereuse politiquement. Et d’avoir choisi Hillary Clinton, qui était liée aux grands intérêts financiers.
Aujourd’hui, beaucoup de gens dans le parti comprennent qu’ils ont échoué, mais toute leur carrière est indissociable des choix politiques qu’ils ont faits et qui ont aidé le monde de la finance. Obama est très populaire ; personne ne veut admettre qu’il n’a pas forcément été un bon président.
Sa grande réussite, aux yeux des démocrates, c’est l’Obamacare, la loi sur les soins de santé. « Ce n’est pas exactement ce qu’on voulait, disent-ils, mais c’est mieux que le système précédent. » Sauf que quand on regarde les chiffres, quand la loi est passée en 2010, le coût pour assurer une famille de quatre personnes était de 20 000 dollars par an. Aujourd’hui, c’est environ 30 000 dollars. L’augmentation bénéficie principalement aux hôpitaux et aux médecins. C’est un échec massif de politique publique.

Vous estimez que les démocrates ont perdu leur « âme populiste » bien...




                        

                        


<article-nb="2018/11/01/18-14">
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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-14"> ¤ La chronique de Roger-Pol Droit, à propos de « La Sagesse espiègle », d’Alexandre Jollien.
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Figures libres. Vainqueur par chaos

La chronique de Roger-Pol Droit, à propos de « La Sagesse espiègle », d’Alexandre Jollien.



LE MONDE DES LIVRES
 |    31.10.2018 à 12h00
 • Mis à jour le
01.11.2018 à 14h54
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                            Roger-Pol Droit








                        



                                


                            
La Sagesse espiègle, d’Alexandre Jollien, Gallimard, 224 p., 18 €.

« Quand on philosophe, il faut descendre dans l’antique Chaos et se trouver bien là. » Wittgenstein l’a dit. Alexandre Jollien* le rappelle, mais il transforme la portée de cette proposition. Car la descente, pour lui, ne consiste pas à plonger sous les usages habituels des mots. Son chaos est celui des pulsions, des angoisses, de l’abandon, du mépris de soi. Et « philosopher » ne veut plus dire démontrer ou démonter des échafaudages conceptuels. C’est bien plus : s’extirper des tourments d’un corps atteint, accéder à une forme de sérénité. Bref, devenir sage.
Mais comment ? En suivant quel chemin ? Au long d’une vingtaine d’années et d’une dizaine de livres, depuis Eloge de la faiblesse (Cerf, 1999) jusqu’à Vivre sans pourquoi (Seuil/L’Iconoclaste, 2015), en passant par Le Philo­sophe nu (Seuil, 2010), ces questions taraudent Alexandre Jollien. Il expérimente, tâtonne, tombe et repart, mettant ses pas dans ceux de Marc Aurèle, de Spinoza, de Nietzsche, de maîtres bouddhistes. Entre autres…
Sa singularité : tenter de vivre leurs enseignements, au lieu de se contenter de les lire. Les exercices spirituels, pour lui, ne sont pas un genre littéraire, mais bien un entraînement réel, physique et affectif, une endurance quotidienne. Il désire la sagesse en acte, comme guérison, comme « grande santé », comme salut. Et il ne fait pas semblant.
Ce qui explique l’attachement de multiples lecteurs. Si étranges en effet que soient ses itinéraires, ses expérimentations, parfois même ses découragements, tous sont marqués au sceau de la sincérité. Celle-ci prend dans son nouveau livre, La Sagesse espiègle, une teinte plus sombre que le titre ne le laisse supposer. Car elle n’est pas très joyeuse, cette descente dans la dépression, le désespoir, l’addiction sexuelle. Le chercheur de...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-15"> ¤ Un peu d’histoire à l’approche du référendum sur l’indépendance du territoire d’outre-mer, le 4 novembre. Frédéric Angleviel en signe une passionnante.
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Nouvelle-Calédonie, 3 200 ans plus tard

Un peu d’histoire à l’approche du référendum sur l’indépendance du territoire d’outre-mer, le 4 novembre. Frédéric Angleviel en signe une passionnante.



LE MONDE DES LIVRES
 |    31.10.2018 à 11h44
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                            Florent Georgesco








                        



                                


                            
La France aux antipodes. Histoire de la Nouvelle-Calédonie, de Frédéric Angleviel, Vendémiaire, « Chroniques », 394 p., 25 €.

Frédéric Angleviel, qui a longtemps enseigné à l’université de la Nouvelle-Calédonie (Nouméa), est historien, spécialiste de l’Océanie francophone. Il publie La France aux antipodes. Histoire de la Nouvelle-Calédonie, première synthèse générale de l’histoire de la collectivité française de Mélanésie, appelée à se prononcer par référendum, le 4 novembre, sur son indépendance.

Que sait-on des premiers habitants de la Nouvelle-Calédonie ?
L’archipel a commencé à être peuplé il y a 3 200 ans, par de petits groupes de personnes originaires d’Asie du Sud-Est qu’on appelle les « Austronésiens ». Mais il n’y avait pas d’écriture, donc c’est une histoire difficile à connaître. Ce que l’on peut dire, à partir des travaux des archéologues, c’est que, jusqu’à l’an mille de notre ère, il y avait une population assez faible, évidemment arrivée par la mer, qui s’est d’abord installée sur les rivages, puis, progressivement, dans l’intérieur de la Grande Terre [l’île principale de l’archipel calédonien].
Ensuite, la population s’accroît. Il y a une intensification de l’agriculture. On commence à aller chercher l’eau dans les montagnes, avec un système de tuyaux et de terrasses : les tarodières irriguées. L’organisation politique devient plus complexe, plus hiérarchisée. Certaines tribus se regroupent en grandes chefferies.
Peut-on, à partir de cette mutation, commencer à parler de peuple kanak ?
L’un des principaux archéologues de la Nouvelle-Calédonie, Christophe Sand, considère en effet que c’est à ce moment-là qu’apparaît le « complexe culturel traditionnel kanak ». Mais le mot n’est alors utilisé que par les Européens, qui ont appelé les habitants ainsi quand ils sont...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-16"> ¤ Editorial. Le premier ministre a présenté, lundi, son plan pour la « transformation de l’action publique ». Un chantier auquel se sont attelés tous les gouvernements depuis quarante ans.
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Sisyphe et l’éternel recommencement de la réforme de l’Etat

Editorial. Le premier ministre a présenté, lundi, son plan pour la « transformation de l’action publique ». Un chantier auquel se sont attelés tous les gouvernements depuis quarante ans.



LE MONDE
 |    31.10.2018 à 11h37
 • Mis à jour le
31.10.2018 à 14h21
   





                        



   


Editorial du « Monde ». Après un an de réflexions nourries par les engagements de campagne d’Emmanuel Macron, puis les travaux du Comité action publique 2022 et les audits réalisés dans chaque ministère, le premier ministre a présenté, lundi 29 octobre, l’un des grands chantiers du quinquennat : la « transformation de l’action publique », autrement dit la réforme de l’Etat. Edouard Philippe n’a pas hésité à dramatiser l’enjeu : « L’Etat peut s’effondrer, cela est arrivé en 1940 », a-t-il assuré pour mieux justifier l’urgence et l’ampleur des travaux de rénovation annoncés.
L’entreprise est sisyphéenne. Depuis quarante ans, tous les présidents de la République et leurs premiers ministres se sont employés à moderniser l’organisation et l’action des administrations. Récemment, ce fut la révision générale des politiques publiques, conduite par Nicolas Sarkozy en 2007, puis la modernisation de l’action publique, lancée par François Hollande en 2012.
Chacun, à sa manière, s’est engagé à inventer un Etat plus efficace, plus souple, plus économe et plus proche des administrés. Et chacun s’est arrêté à mi-chemin de ses ambitions, freiné par la complexité du chantier, les pesanteurs de la fonction publique et les injonctions contradictoires des Français, aussi prompts à réclamer plus de fonctionnaires dans les écoles, les commissariats de police ou les hôpitaux, qu’à déplorer leur nombre excessif…
« Sans totem ni tabou »
Edouard Philippe remet donc l’ouvrage sur le métier et décrète la mobilisation générale. Comme ses prédécesseurs, il prône davantage de souplesse dans l’organisation des services publics et leur gestion budgétaire, davantage de clarté dans la définition des missions, davantage de responsabilité (et de contrôle de performance) dévolue à chaque ministère, davantage de modernité avec la généralisation annoncée de la numérisation des démarches, davantage d’inventivité dans la gestion du parc immobilier public. Sans oublier l’antienne de l’indispensable débroussaillage du maquis des normes et circulaires.

        Lire aussi :
         

                Dématérialisation, rémunération des fonctionnaires... la réforme de l’Etat dévoilée



« Sans totem ni tabou », comme il l’avait déjà annoncé en février, le gouvernement y ajoute une gestion plus « mobile » de la fonction publique elle-même. Sans remettre en cause frontalement le statut des fonctionnaires, il entend accélérer le recours aux contractuels – qui sont déjà près d’un million –, favoriser et accompagner les reconversions, ouvrir et financer des plans de départ volontaire et s’engager sur la voie de l’individualisation des salaires. Au-delà d’une gestion voulue plus dynamique des ressources humaines, l’enjeu est clair : honorer l’engagement du président de réduire de 50 000 le nombre des fonctionnaires de l’Etat (et de 70 000 celui des agents des collectivités locales) et de trois points de produit intérieur brut le poids des dépenses publiques.
La réalisation de ce chantier tentaculaire est suspendue à trois conditions. D’abord une volonté politique à toute épreuve, tant les conservatismes et corporatismes à surmonter sont enracinés. Edouard Philippe y semble résolu. Ensuite, une pédagogie de tous les instants pour convaincre le pays qu’il s’agit bien de faire « mieux d’Etat » et pas seulement « moins d’Etat », d’en améliorer le fonctionnement et pas seulement d’en réduire le coût. Il faudra enfin un sens aigu de la concertation avec les fonctionnaires et leurs syndicats, sans l’assentiment desquels la réforme de l’Etat ne peut avancer, et encore moins réussir.

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                « Le statut n’est pas un obstacle à la modernisation de la fonction publique »






                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-17"> ¤ Le Moyen Age ne condamnait pas à tort et à travers, explique l’historienne Claude Gauvard, qui démontre le lien entre sentence de mort et affirmation de l’Etat.
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Histoire. Peine capitale, pas si médiévale

Le Moyen Age ne condamnait pas à tort et à travers, explique l’historienne Claude Gauvard, qui démontre le lien entre sentence de mort et affirmation de l’Etat.



LE MONDE DES LIVRES
 |    31.10.2018 à 11h34
 • Mis à jour le
31.10.2018 à 11h44
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                            Marie Dejoux (Historienne et collaboratrice du « Monde des livres »)








                        



                                


                            

Condamner à mort au Moyen Age, de Claude Gauvard, PUF, 368 p., 24 €.
Trente-sept ans après l’abolition de la peine de mort en France, le titre du nouveau livre de Claude Gauvard, Condamner à mort au Moyen Age, fait instantanément surgir de sombres images. Celle des pendus de François Villon, ou des roués et des écartelés en place publique, visions d’horreur d’un Moyen Age par essence cruel et violent. Pourtant, la roue et l’écartèlement sont, comme les sorcières, davantage modernes que médiévaux. Sans doute sommes-nous influencés par la vision fantasmée des médiévaux eux-mêmes, qui aimaient à orner les tympans de leurs églises de spectaculaires décapitations de martyrs.

Dans cet ouvrage longtemps attendu, Claude Gauvard, née en 1942, spécialiste de l’histoire de la justice et de la criminalité (et auteure, notamment, du Dictionnaire de l’historien, avec Jean-François Sirinelli, PUF, 2015), invite à revoir nos préjugés, à commencer par la fréquence des exécutions capitales au Moyen Age. Certes, les sources judiciaires sont peu bavardes avant le XIIIe siècle, mais les données rassemblées montrent que les exécutions – ordonnées pour punir des crimes ou de simples délits, comme le vol ou la fabrication de fausse monnaie – sont rares : une tous les quatre ans à Lyon et, dans les cas extrêmes que sont la Normandie ou le Comtat Venaissin, une par an, contre dix au Texas en 2018. A la peine capitale, le Moyen Age préfère une mort symbolique, le bannissement ou l’amende, voire la composition entre les parties, hors du tribunal.
Le public, garant de la bonne mise en œuvre du rituel
L’infamie du bourreau est elle aussi questionnée par l’au­teure. Essentiellement porteuse d’incapacité juridique, elle ne prive pas de reconnaissance sociale, comme le prouve le titre de « maître », souvent accolé à son nom. De même, le public, longtemps accusé de voyeurisme, retrouve...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-18"> ¤ Dans un livre, l’ancienne ministre critique la politique menée par l’ancien président de la République, et sa domination par un « cercle des hommes blancs hétéros ».
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Ségolène Royal règle ses comptes avec le quinquennat de François Hollande

Dans un livre, l’ancienne ministre critique la politique menée par l’ancien président de la République, et sa domination par un « cercle des hommes blancs hétéros ».



LE MONDE
 |    31.10.2018 à 11h11
 • Mis à jour le
01.11.2018 à 06h34
    |

            Enora Ollivier








                        



   


Le mandat de François Hollande, Ségolène Royal est bien placée pour en parler : elle a été sa ministre de l’environnement pendant trois ans, de 2014 à 2017. Dans son ouvrage Ce que je peux enfin vous dire (Fayard, 292 p., 15,99 €), qui paraît mercredi 31 octobre, elle fait une relecture féroce du quinquennat socialiste, esquintant la « désinvolture » du pouvoir.
La hausse des impôts et la fin de la défiscalisation des heures supplémentaires ? « Degré zéro de la politique », tranche Ségolène Royal.
La loi travail ? « Une désolation », « un calvaire pour qui aime la politique » ; ce texte, qu’elle voit comme le produit du « mécanisme de revanche » enclenché par Manuel Valls contre Emmanuel Macron, donne lieu à une vive contestation dans la rue, qui n’est guère entendue. « Consternation quand l’obstination s’oppose à l’évidence de la montée des incompréhensions », commente encore l’ancienne ministre à propos de cette loi qui, tout comme la déchéance de nationalité, a été menée, selon elle, avec des œillères.
Mais les mots les plus durs visent la réforme territoriale, « une des pires du quinquennat », une « exécution silencieuse », une coupe « à la serpe » dans les collectivités.
L’ancienne candidate à la présidentielle de 2007 déplore la disparition de régions dont les noms « chantent l’histoire de France, sa géographie, ses produits de terroir (…), ses fleuves et rivières ». Elle regrette que « sa » région, Poitou-Charentes – elle en fut la présidente de 2004 à 2014 – ait fusionné avec l’Aquitaine et le Limousin et « se retrouve noyée dans une espèce de grosse patate qui rend la nouvelle carte de France régionale totalement difforme ».
« Cercle des hommes blancs hétéros »
Les ministres qui sont ou ont été à la tête de régions – Jean-Yves Le Drian en Bretagne, Michel Sapin dans le Centre, Jean-Marc Ayrault dans les Pays de la Loire – s’émeuvent aussi du redécoupage à venir mais verront leur territoire rester intact.
Pas elle. « Tu comprends, Ségolène, si ta région ne fusionne pas, on va dire que tu as eu un traitement de faveur », lui écrit Bernard Cazeneuve dans un SMS. « Ah bon ? Et pas les autres ? » Ne serait-ce pas plutôt parce que, sur les quatre ministres à s’inquiéter pour leur région, elle est la seule à être une femme ?
C’est la thèse qu’elle défend et qui fait le fil rouge du livre. Ségolène Royal y retrace une partie de sa vie politique à l’aune du difficile combat des femmes pour se faire une place au cœur du pouvoir. En 2016, elle raconte être pressentie pour remplacer Laurent Fabius, nommé au Conseil constitutionnel, au ministère des affaires étrangères.
Dans ce remaniement, Marisol Touraine pourrait aussi être nommée à la défense. « Mais le “cercle des hommes blancs hétéros” qui entoure [François Hollande] veille au grain », soutient Mme Royal, qui verra M. Ayrault se voir attribuer, finalement, le Quai d’Orsay.
L’ancienne ministre salue certaines séquences du quinquennat précédent, notamment la lutte contre les lobbies au ministère de l’environnement, en particulier le « non » de la France au renouvellement de l’autorisation du glyphosate en 2016. Mais ces combats, on l’aura compris, sont à porter au crédit non pas de François Hollande… mais de Ségolène Royal.

        Lire aussi :
         

                Elections européennes : l’hypothèse Ségolène Royal rebat les cartes au PS






                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-19"> ¤ La tuerie perpétrée dans la synagogue de Pittsburg, aux Etats-Unis, rappelle que l’antisémitisme porté par l’extrémisme identitaire nationaliste ou religieux est historiquement un « avertisseur d’incendie » pour le corps social, souligne dans une tribune au « Monde » Alain Chouraqui, président fondateur de la Fondation du camp des Milles.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-19"> ¤                     
                                                   
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« L’antisémitisme comme symptôme d’un engrenage menaçant la démocratie »

La tuerie perpétrée dans la synagogue de Pittsburg, aux Etats-Unis, rappelle que l’antisémitisme porté par l’extrémisme identitaire nationaliste ou religieux est historiquement un « avertisseur d’incendie » pour le corps social, souligne dans une tribune au « Monde » Alain Chouraqui, président fondateur de la Fondation du camp des Milles.



LE MONDE
 |    31.10.2018 à 10h44
 • Mis à jour le
31.10.2018 à 12h59
    |

Alain Chouraqui (Directeur de recherche émérite au CNRS)







                        



                                


                            

Tribune. L’horreur de Pittsburgh est un nouveau rugissement de la « bête immonde » de Brecht, aujourd’hui bien réveillée. C’est en cela que cette tuerie par un extrémiste de droite était malheureusement prévisible dans le contexte américain actuel de peurs et de crispations identitaires. Car, comme l’Europe, l’Amérique est de plus en plus confrontée aux conséquences de ces crispations et de l’engrenage mortifère qu’elles alimentent. Et ce massacre illustre, sans grande surprise, deux grands enseignements de l’expérience historique.
En premier lieu, c’est par un engrenage, nourri par un extrémisme identitaire, qu’une société peut accoucher des pires crimes, étape par étape, de l’exclusion mentale à l’exclusion sociale voire légale et jusqu’à la violence de masse. Au milieu de ce processus, les dérives verbales xénophobes, racistes ou antisémites de certains hommes politiques, au pouvoir ou pas, libèrent d’abord la parole des extrémistes puis leurs actes. On l’a vu aussi après l’élection de Trump (avec une augmentation de 57 % des actes antisémites entre 2016 et 2017), comme au Brésil durant une campagne d’une rare violence annonçant des lendemains qui déchantent et qui tuent.

La résistance à cet engrenage mortifère est possible et peut être efficace à deux conditions.
Il faut d’abord que le discours et l’action politiques ne jouent pas sur les peurs et le rejet de l’autre. En France, les présidents et les gouvernements y ont veillé ces dernières années, dans les discours officiels comme par les mesures prises en particulier dans les plans de lutte contre le racisme et l’antisémitisme, mis en œuvre grâce à l’outil souple et efficace que constitue la Dilcrah [délégation interministérielle à la lutte contre le racisme, l’antisémitisme et la haine anti-LGBT] en soutien aux actions des acteurs de terrain.
Jeu d’alliances et de dupes
Cette attitude ferme des pouvoirs publics a contribué à développer une résilience...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-20"> ¤ Soulignant que l’auteur de la tuerie de Pittsburgh a accusé, dans des posts, une agence juive de secours aux réfugiés, l’historienne Françoise Ouzan s’interroge dans une tribune au « Monde » sur la manière dont se combinent haine antijuive et sentiment xénophobe à l’égard des immigrants.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-20"> ¤                     
                                                   
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« Pourquoi la haine antijuive et xénophobe du tueur s’est cristallisée sur un groupe qui tend la main aux réfugiés »

Soulignant que l’auteur de la tuerie de Pittsburgh a accusé, dans des posts, une agence juive de secours aux réfugiés, l’historienne Françoise Ouzan s’interroge dans une tribune au « Monde » sur la manière dont se combinent haine antijuive et sentiment xénophobe à l’égard des immigrants.



LE MONDE
 |    31.10.2018 à 10h42
 • Mis à jour le
31.10.2018 à 11h45
    |

Françoise Ouzan (historienne)







                        



                                


                            

Tribune. Au-delà du choc et de l’émotion profonde suscitée par le massacre de onze personnes, tuées en tant que juives, dans un lieu de culte à Pittsburgh, le 27 octobre 2018, un élément de l’enquête nous interpelle. Pourquoi au moins deux « posts » antisémites mis en ligne par le meurtrier, avant la fusillade, accusent-ils une agence juive américaine de secours aux réfugiés ? Comment se combinent haine antijuive et sentiment xénophobe à l’égard des immigrants ? Faut-il inscrire cette réaction viscérale dans une rhétorique faisant écho aux partisans de l’extrême droite américaine qui décèlent chez les réfugiés, comme par le passé, une menace de subversion et un danger pour la préservation de la société américaine ?
Le tueur, Robert Bowers, écrit : « HIAS [Hebrew Immigrant Aid Society, Société d’aide aux immigrants juifs] se plaît à faire venir des envahisseurs qui tuent les nôtres. Je ne peux pas rester les bras croisés et voir mon peuple se faire massacrer. » Fondée en 1881 pour venir au secours des Juifs fuyant les pogromes de la Russie tsariste et plus généralement ceux d’Europe de l’Est, l’HIAS a joué un rôle majeur. En coopération avec d’autres agences de secours juives comme le célèbre Joint (American Jewish Joint Distribution Committee), ainsi qu’avec des organisations non juives, HIAS-HICEM a aidé des milliers de Juifs à fuir une Europe meurtrière pendant la Shoah.
Au lendemain de la seconde guerre mondiale, l’agence juive américaine a redoublé d’efforts pour aider les personnes déplacées juives (DPs) à quitter les camps de réfugiés en Allemagne, Autriche et Italie et à reconstruire leur vie aux Etats-Unis, en Israël et dans d’autres pays. Poursuivant avec la même ardeur son rôle de représentant de la communauté juive américaine, HIAS a continué à aider les juifs en danger, que ce soit en Egypte, au cours d’opérations de secours en Ethiopie, en Iran ou en Syrie. L’agence de secours s’est illustrée pour...




                        

                        

