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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-1"> ¤ Pierre Salvadori filme une comédie loufoque où une veuve tente de réparer les méfaits de son défunt mari ripoux.
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« En liberté ! » : fantaisie policière par-delà la mort

Pierre Salvadori filme une comédie loufoque où une veuve tente de réparer les méfaits de son défunt mari ripoux.



LE MONDE
 |    31.10.2018 à 07h16
 • Mis à jour le
31.10.2018 à 07h31
    |

            Jacques Mandelbaum








                        



   


L’avis du « Monde » – à voir
A 53 ans, Pierre Salvadori a construit en neuf longs-métrages un univers bien à lui. Soutenu fidèlement, depuis ses débuts, en 1993, par la société de production Pelléas, notre homme écrit des comédies instables, où le goût pour la fantaisie et le dérapage loufoque se taillent la part du lion. Un fond assez sombre n’en enrobe pas moins la fable, dans laquelle souvent un personnage doit apprendre à revenir à la vie après une mort (réelle ou symbolique) qui l’atteint au plus près. Deux tueurs à gages dans Cible émouvante (1993). Un suicidé dans Après vous (2003). Une veuve dans De vrais mensonges (2010). Un retiré de la vie pour Dans la cour (2014). La mort a, comme en écho, frappé deux de ses plus fidèles comédiens, Marie Trintignant et Guillaume Depardieu.

        Lire le portrait :
         

          Pierre Salvadori, cinéaste de la gratuité



L’œuvre affirme ainsi un goût du gouffre qui voisine avec une légèreté joueuse et joyeuse. On voit bien où cet admirateur avéré de la « screwball comedy » (Lubitsch, Capra, La Cava, Hawks en certains points de leur filmographie, et par excellence Preston Sturges) puise son inspiration, tâchant autant que faire se peut de l’adapter au contexte français contemporain. Louable défi, délicieux quand il réussit, par ailleurs non dénué de risques. Mais que serait la vie, et que serait l’art, sans le risque ? C’est aussi bien au sein d’un même film que se ressentent ces variations salvadoriennes.

   


Sur les ailes de la fantaisie
Autant de caractéristiques que l’on retrouve dans En liberté !, qui accuse une certaine pesanteur au démarrage, avant de s’envoler sur les ailes de la fantaisie. Yvonne Santi (Adèle Haenel), inspectrice de police, vient de perdre son mari, Jean (Vincent Elbaz, capitaine dans la même maison), mort au champ d’honneur d’une mission périlleuse. L’histoire commence réellement avec la révélation, plus que désagréable, que son mari adoré était un ripoux de la plus belle espèce. Nonobstant la place Jean-Santi inaugurée sans éclat en mémoire du défunt, c’est bien ce double mensonge, intime et institutionnel, que révèle, encore une fois, la mort d’un personnage chez Salvadori, qui n’aime rien tant que lui opposer le « mensonge vrai » de la fiction comme reconquête de la vie.

        Lire le portrait dans « M » :
         

          Adèle Haenel, le jeu sacré



La belle endeuillée, sur le coup effondrée, va donc s’employer à digérer la nouvelle, c’est-à-dire à la délivrer de son poison et à la redistribuer dans le cours, plus ou moins ordinaire, plutôt moins pour tout dire, de sa vie. Le metteur en scène lui assigne cette mission sur trois plans parallèles. Le premier, et non le moindre, est le récit qu’elle doit désormais proposer à son jeune fils, élevé jusqu’alors dans l’admiration d’un père irréprochable et héroïque.

        Lire la critique parue lors du Festival de Cannes :
         

          « En liberté ! », le burlesque macabre et doux de Pierre Salvadori



Le réalisateur a ici la bonne idée de s’inspirer du procédé adopté par Philippe de Broca dans Le Magnifique (1973), consistant à injecter régulièrement une séquence imaginaire entretenant des liens diffus avec la réalité dans le cours du film, l’écrivain miteux interprété par Jean-Paul Belmondo se projetant régulièrement en super-héros de son propre récit. Transposé ici en une histoire racontée à un enfant pour qu’il s’endorme, c’est à chaque fois la même action, celle d’une intervention violente de la police, le capitaine Santi en tête, dans un appartement tenu par d’immondes voyous, mais modulée selon l’état d’esprit de la mère. Cette légende autour du père magnifié, qui arrive toujours dans le cours du film sans crier gare, en voit ainsi de toutes les couleurs.
Le triangle amoureux
Le deuxième plan de la réaffectation vitale de l’encombrant défunt passe par une tentative de réparation posthume. En l’espèce, la libération d’un innocent, délibérément mis sous les verrous par le capitaine Santi pour sauver ses ­arrières. Le type s’appelle Antoine (Pio Marmaï), son séjour derrière les barreaux l’a secoué au point qu’il est devenu dangereusement borderline, sa femme, Agnès (Audrey Tautou), le laisse d’ailleurs pour ainsi dire aussi indifférent que son propre sort, car il ne rêve plus que de commettre le braquage dont il a été injustement accusé. Il reste à Yvonne de tenter de l’accompagner dans sa difficile réinsertion, après l’avoir abordé sans lui avouer ni sa véritable profession ni les véritables raisons qui l’ont amenée à lui.

        Lire la rencontre (au Festival de Cannes) :
         

          Adèle Haenel et Pio Marmaï, en électrons libres




   


Au troisième plan de la valse, le triangle amoureux. Dévouée à sa tentative de réparation d’Antoine au point de verser dans une proximité épidermique, Yvonne doit également rendre des comptes à ses propres sentiments à l’égard de Louis (Damien Bonnard), ­ex-collègue et ami aux mains propres de son mari, qui la réconforte dans son veuvage et la vénère secrètement depuis toujours. Yvonne est partagée entre ces deux amants comme on pourrait l’être vis-à-vis de ce à quoi l’on se doit et de ce à quoi l’on croit.

        Lire le portrait :
         

          Damien Bonnard, silhouette à suivre



Sur la carlingue de cette intrigue chargée, mille scènes et détails insolites dessinent un décor en apesanteur. Un braquage surréaliste en forme de scène de ménage en costumes donjon. Des vigiles qui y assistent fascinés sur leur écran de télésurveillance. Un running gag de serial killer qui implore ­vainement les flics de l’arrêter. Une magnifique balade en train fantôme qui transfigure la carte de Tendre. Un policier fou amoureux qui accueille les déclarations d’homicides avec la banane. Il s’agit ici, on l’aura compris, de tout détourner de sa route pour mieux retrouver le vrai chemin, celui qui mène à l’imagination et nous soulage du poids insupportable que pèse le réel.

Film français de Pierre Salvadori. Avec Adèle Haenel, Pio Marmaï, Damien Bonnard, Vincent Elbaz, Audrey Tautou (1 h 47). Sur le Web : distribution.memento-films.com/film/infos/92

Les sorties cinéma de la semaine (mercredi 31 octobre)
En liberté !, film français de Pierre Salvadori (à voir)Le Grand Bal, documentaire français de Laetitia Carton (à voir)Les Habilleuses, documentaire français de Jean-Louis Mahé et Gill Sgambato (à voir)Sophia Antipolis, film français de Virgil Vernier (à voir)Ta mort en short(s), six courts-métrages d’animation français (à voir)Bohemian Rhapsody, film américain de Bryan Singer (pourquoi pas)Touch Me Not, film français, allemand, roumain, tchèque et bulgare d’Adina Pintilie (on peut éviter)
A l’affiche également :
Chacun pour tous, film français de Vianney LebasqueLettre à Inger, documentaire français de Maria Lucia CastrillonOn l’appelait Roda, documentaire français de Charlotte SilveraParadise Beach, film français de Xavier DurringerSeule la vie…, film américain de Dan FogelmanSilvio et les autres, film italien de Paolo Sorrentino





                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-2"> ¤ L’acteur caméléon, qui joue dans « En liberté ! », de Pierre Salvadori, puise dans sa vie d’errance la matière de ses rôles.
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Cinéma : Damien Bonnard, silhouette à suivre

L’acteur caméléon, qui joue dans « En liberté ! », de Pierre Salvadori, puise dans sa vie d’errance la matière de ses rôles.



LE MONDE
 |    31.10.2018 à 07h14
 • Mis à jour le
31.10.2018 à 07h30
    |

            Laurent Carpentier








                        



                                


                            

Le rôle de Damien Bonnard dans En liberté !, de Pierre Salvadori, qui incarne l’ancien collègue et amoureux transi de l’héroïne du film, est à l’image de sa carrière. Au début, on se dit : « Tiens, un second rôle », et puis petit à petit le personnage déborde, prend de l’épaisseur, pour finir par envahir l’écran. Figurant puis silhouette, puis silhouette parlante, puis petits rôles (chez Bouchareb, chez Blier)… On a découvert ­Damien Bonnard en 2016, dans Rester vertical, d’Alain Guiraudie. Un jeune premier de 38 ans, nommé espoir du cinéma aux Césars pour une histoire d’errance, qui, on va le découvrir, lui ressemble. Depuis, c’est en route pour la gloire. Lui, l’insoumis né dans une famille d’insoumis, regarde ça avec un sourire incrédule : « Je crois que j’ai enfin trouvé avec le cinéma un endroit où rester. »

Il cite Degas : « A partir de 40 ans, on a la gueule que l’on mérite. » Et s’inquiète : « Tu as bien compris que moi c’est un peu un puzzle ? » Dans quelque sens qu’il la regarde, sa famille est un bordel sans nom. Côté paternel, l’ancêtre était forain, alcoolo, avec des histoires à tire-larigot. Le père, en froid, a quitté les chaînes de Renault à Flins pour le bûcheronnage en ­Savoie, a été successivement apiculteur, menuisier, tout… Côté maternel, une grand-mère anarchiste (« A 83 ans, elle continuait de fréquenter un stand de tir »), un grand-père italien, artiste, souffleur de verre. Tout ça qui se croise et lui donne vie dans le creuset révolutionnaire : la communauté de la Monta (1973-1983) à Saint-Egrève, près de Grenoble.
Damien Bonnard, acteur : « Je crois que j’ai enfin trouvé avec le cinéma un endroit où rester »
Le couple rebelle et leurs deux rejetons s’installent en Saône-et-Loire. Télé en noir et blanc. Léo Ferré en bande-son (« Les Amants tristes ou C’est Extra, suivant que tu as envie de plonger ou de remonter »)....




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-3"> ¤ Le réalisateur Virgil Vernier sonde les vies solitaires de ce « non-lieu ».
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« Sophia Antipolis » : plongée dans le vide sidéral du technopôle

Le réalisateur Virgil Vernier sonde les vies solitaires de ce « non-lieu ».



LE MONDE
 |    31.10.2018 à 07h13
 • Mis à jour le
31.10.2018 à 10h07
    |

                            Mathieu Macheret








                        



   


L’avis du « Monde » – à voir
Bien loin des tentatives de « cinéma de genre » à la française qui se contentent souvent de recopier les recettes américaines, les films de Virgil Vernier, 42 ans, sont parmi les plus inquiétants, troubles, sombres et chargés d’effroi du paysage hexagonal. Sans doute parce qu’ils s’attachent précisément à ce paysage, dont ils auscultent les interstices, les failles, les renflements, dans leur étrangeté propre et leur part d’ombre. Dans la continuité d’Andorre (2014), sur les simulacres commerciaux de la principauté pyrénéenne, et de Mercuriales (2014), qui gravitait dans l’orbite des tours de la porte de Bagnolet, Sophia Antipolis sonde les surfaces vitrifiées du fameux technopôle des Alpes-Maritimes et se présente comme une nouvelle variation sur l’idée de « non-lieu », ces zones indéfinies et acculturées du territoire qui répondent à d’autres logiques et à d’autres proportions que celles de l’existence humaine.

        Lire l’entretien avec Virgil Vernier :
         

          « Filmer une Côte d’Azur vue du côté du périphérique et du local poubelle »



Sauf qu’ici le non-lieu ne constitue plus seulement un motif, mais le sujet même du film. Sophia Antipolis tourne, en effet, autour d’un cadavre carbonisé, celui d’une jeune fille, retrouvé dans des bureaux vides, drame dont les circonstances resteront floues jusqu’au bout. Compte moins ici l’élucidation de ce fait divers, centre aveugle et béance du récit, que le climat d’effroi qu’il recouvre, la violence latente qui l’entoure et la trame qui le ­relie à un petit groupe de personnages, apparemment sans rapports, mais qui ont tous en commun de vivre dans le même ­périmètre.
Au fil des rencontres et des croisements
On circule ainsi entre une clinique esthétique où de très jeunes femmes viennent se faire refaire la poitrine, comme si leur vie en dépendait, une secte néomystique qui se prépare à la chute de la civilisation et recrute de nouveaux membres en faisant du porte-à-porte, et une milice d’autodéfense, qui prétend se substituer au recul des forces de l’ordre et se lance dans de redoutables opérations punitives.
Des personnages s’en détachent et nous entraînent, au fil des rencontres et des croisements, dans chacun de ces groupes, par une contamination hasardeuse de solitudes diverses qui définit, en elle-même, la progression du récit.
Une veuve d’origine vietnamienne prisonnière de son inactivité, une mère de famille dont l’une des filles s’est évadée du foyer, un ancien matelot de la marine nationale reconverti en agent de sécurité, son collègue repenti d’un passé de délinquant, une adolescente solitaire marchant sur les traces d’une amie disparue…
Jadis pointe d’une modernité qui paraît aujourd’hui révolue (le rêve urbaniste des années 1960), le lieu concentre tous les maux et angoisses contemporains
Des personnages qui ont tous en partage des gouffres affectifs, du manque, de l’absence, du vide, de l’ennui, de l’attente, de la négativité ; en somme une forme d’indéfinition et de perméabilité qui semblent dessiner les contours d’une condition postmoderne. Impression trouble redoublée par la mise en scène, mélange indémêlable de documentaire et de fiction, quête hybride de naturel et de distanciation, où des situations réelles sont recomposées et rejouées par des acteurs non professionnels.
Ce que le film poursuit, à travers ces situations, c’est un sentiment sourd et presque engourdi de fin du monde, qui recouvre au moins deux sens. D’abord, le sens historique d’un essoufflement civilisationnel, puisque chacun se prépare au pire ou ressent l’imminence d’une catastrophe.
Mais aussi un sens topographique : Sophia Antipolis, de par son urbanité déshumanisée, son architecture glaciale et son côté « en toc », est l’endroit où le sens commun, la collectivité, tout ce qui faisait du monde une expérience partageable, s’arrête brutalement, n’a soudainement plus cours. Jadis pointe d’une modernité qui paraît aujourd’hui révolue (le rêve urbaniste des années 1960), le lieu concentre tous les maux et angoisses contemporains : isolement, repli, paranoïa, division des êtres, glaciation des échanges, menace diffuse… Le règne du faux, le songe monstrueux d’une ville complètement lisse, les bouffées violentes d’un inévitable refoulé social ont poussé l’humanité dans ses ultimes retranchements, que circonscrit avec une panique froide, unique en son genre, la caméra de Virgil Vernier.



Film français de Virgil Vernier. Avec Dewi Kunetz, Hugues Njiba-Mukuna, Lilith Grasmug (1 h 38). Sur le Web : www.shellac-altern.org/films/502

Les sorties cinéma de la semaine (mercredi 31 octobre)
En liberté !, film français de Pierre Salvadori (à voir)Le Grand Bal, documentaire français de Laetitia Carton (à voir)Les Habilleuses, documentaire français de Jean-Louis Mahé et Gill Sgambato (à voir)Sophia Antipolis, film français de Virgil Vernier (à voir)Ta mort en short(s), six courts-métrages d’animation français (à voir)Bohemian Rhapsody, film américain de Bryan Singer (pourquoi pas)Touch Me Not, film français, allemand, roumain, tchèque et bulgare d’Adina Pintilie (on peut éviter)
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Chacun pour tous, film français de Vianney LebasqueLettre à Inger, documentaire français de Maria Lucia CastrillonOn l’appelait Roda, documentaire français de Charlotte SilveraParadise Beach, film français de Xavier DurringerSeule la vie…, film américain de Dan FogelmanSilvio et les autres, film italien de Paolo Sorrentino





                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-4"> ¤ Le réalisateur de « Sophia Antipolis » aime à s’ancrer dans des territoires pour faire surgir l’étrangeté à partir du réel.
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Virgil Vernier, cinéaste : « Filmer une Côte d’Azur vue du côté du périphérique et du local poubelle »

Le réalisateur de « Sophia Antipolis » aime à s’ancrer dans des territoires pour faire surgir l’étrangeté à partir du réel.



LE MONDE
 |    31.10.2018 à 07h12
 • Mis à jour le
31.10.2018 à 07h13
    |

            Clarisse Fabre








                        



                                


                            

Auteur d’une douzaine de films, le réalisateur, âgé de 42 ans, veut peindre les anonymes en héros d’une société désenchantée.

Souvent vos films ont pour titre un territoire, pour quelle raison ?
Il n’y a là rien de programmatique, mais j’ai toujours en tête cette phrase de Christian Boltanski, qui était mon professeur quand j’étudiais aux Beaux-Arts de Paris : « Filme ton village, et tu raconteras le monde. » Trouvons l’imaginaire américain tel qu’il se déploie à Cannes ou à Antibes. Parce qu’il est plus intéressant de montrer que notre monde est un simulacre d’autre chose. Les lieux m’intéressent en tant que métaphore du monde : en se concentrant sur une boîte de nuit et son physionomiste, on peut raconter l’esprit de Paris en 2010.
Qu’est-ce qui vous a attiré à Sophia Antipolis ?
Ce territoire est relié à mon enfance, j’y passais mes vacances chez ma grand-mère. Quand elle conduisait sur l’autoroute, je voyais la direction « Sophia Antipolis », et j’imaginais des petits êtres de la mythologie qui vivaient dans le futur. De fait, la technopôle incarne le rêve capitaliste, l’homme de demain… Mais ce dépliant fait peur car tout le monde a l’air d’un robot : spatialement, ce territoire de bureaux n’est pas conçu pour les humains – on n’y trouve aucun piéton – mais seulement pour les flux. J’ai voulu filmer une Côte d’Azur que l’on montre peu au cinéma, c’est-à-dire vue du côté du périphérique et du local de poubelle.
Vous vous documentez beaucoup avant de tourner…
Oui, la vie réelle est suffisamment riche, absurde, surréaliste, pour qu’un travail sérieux de captation puisse nous faire basculer dans un film fantastique, un film d’horreur, ou le psychédélisme. Un exemple : dans cette région du Sud, entre Nice et Cannes, il y a des filles moins pudiques qu’à Paris, qui montrent davantage leurs attributs sexuels. Et il y a une demande de chirurgie...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-5"> ¤ La documentariste Laetitia Carton a filmé la passion des participants au Grand Bal de l’Europe, dans l’Allier.
<filname="PROF-0,2-3476,1-0,0-5"> ¤                     
                                                

« Le Grand Bal » : le langage amoureux de la danse

La documentariste Laetitia Carton a filmé la passion des participants au Grand Bal de l’Europe, dans l’Allier.



LE MONDE
 |    31.10.2018 à 07h09
 • Mis à jour le
31.10.2018 à 07h10
    |

                            Murielle Joudet








                        



   


L’avis du « Monde » – à voir
Il faut remonter loin dans le temps pour observer le phénomène de « manie dansante » : cette folie collective s’est manifestée plusieurs fois entre le XIVe et le XVIIIe siècle, et consiste en une irrépressible danse qui s’empare des corps qui n’ont alors pas d’autre choix que de s’y adonner jusqu’à s’écrouler. L’épisode le plus documenté de ce phénomène surnaturel, alors attribué au diable, est connu sous le nom de « l’épidémie dansante de 1518 ». Les possédés mouraient alors d’épuisement ou de crise cardiaque.
Cette épidémie, on ne peut qu’y penser devant les beaux danseurs fous du Grand Bal, de Laetitia Carton, bien qu’une issue bien plus heureuse leur soit réservée. La documentariste pose sa caméra au Grand Bal de l’Europe, festival de danse traditionnelle qui, depuis 1990, a lieu chaque année dans le village de Gennetines, dans l’Allier. Là, pendant deux semaines, les organisateurs installent plusieurs parquets qui accueillent des milliers de danseurs et des centaines de groupes venus de toute l’Europe. La journée, les festivaliers ­apprennent des danses traditionnelles aux noms évocateurs : pizzica, bourrée, mazurka, congo des Landes, gavotte de l’Aven. Le soir est réservé à la pratique, les élèves de tous niveaux se retrouvent pour danser toute la nuit. Quant au repos, les plus valeureux grappillent quelques heures de sommeil au petit matin.
Le point de vue est moins celui de l’œil que celui d’un corps qui frémit, s’impatiente de rejoindre la piste de danse
Car Le Grand Bal est, d’un même mouvement, affaire de transe et de fatigue, et l’un ne semble pas possible sans l’autre. C’est du moins ce que capte Laetitia Carton, qui filme Le Grand Bal non pas comme une observatrice extérieure, mais comme une cinéaste qui a d’abord été contaminée par la manie dansante, avant de décider d’en faire un documentaire. Le point de vue est moins celui de l’œil que celui d’un corps qui frémit, s’impatiente de rejoindre la piste de danse. Voilà pourquoi la cinéaste choisit le plus souvent de fixer sa caméra au milieu du parquet et des danseurs : pour nous faire participer, pour qu’on sente les corps nous frôler depuis notre siège.
Très vite, on comprend que les festivaliers viennent chercher ce que la société n’offre pas : assouvir leur soif d’être touché et de toucher, l’invitation à danser d’un inconnu qui peut être indifféremment homme ou femme, jeune ou vieux, une joie collective qui se passe de mots, et, comme le dit bien Laetitia Carton en voix off, le sentiment d’un abandon, d’une déprise de soi.
Une grande sensualité
Les images sont éloquentes, car tout se lit à la surface des corps : l’euphorie, l’épuisement, le désir. Une grande sensualité se dégage d’ailleurs du Grand Bal, si bien que, même s’il n’est jamais évoqué frontalement, le désir règne en maître sur le festival. Ainsi des conversations entre participants : quand ils ne sont pas sur les parquets, ils évoquent entre eux les danses passées et à venir, leurs hésitations, leurs frustrations de ne pas être invités par des danseurs expérimentés. On pourrait croire qu’ils parlent de rapports amoureux dans un langage codé.
Parenthèse enchantée, Le Grand Bal de l’Europe est aussi un microcosme qui a ses règles, s’autorégule et se fait parfois le miroir de notre société
Parenthèse enchantée, Le Grand Bal de l’Europe est aussi un microcosme qui a ses règles, s’autorégule et se fait parfois le miroir de notre société. Une scène du film capte un atelier de paroles où l’on évoque les comportements déplacés de certains hommes qui profitent du rapprochement pour faire des attouchements à leurs partenaires. Une femme d’un certain âge déplore le fait que des hommes âgés qui pourraient être ses partenaires invitent surtout à danser des filles bien plus jeunes qu’eux. Un jeune homme intervient pour dire qu’il invite volontiers des femmes plus âgées que lui à danser et qu’il n’est pas le seul.
La scène s’interrompt sur cette intervention qui laisse penser que Le Grand Bal est une utopie où le désir peut enfin se déprendre de ses habituelles restrictions physiques ou sociales. C’est une évidente énergie sexuelle qui se dépense dans les bals, un grand désir qui circule entre les corps sans jamais se fixer, dans un immense mouvement démocratique d’où personne n’est exclu.

Documentaire français de Laetitia Carton (1 h 29). Sur le Web : distrib.pyramidefilms.com/pyramide-distribution-catalogue/le-grand-bal.html



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-6"> ¤ Le cinéaste fait un truculent retour sur la scène politique américaine avec un documentaire diffusé en VOD.
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« Fahrenheit 11/9 » : Donald Trump dans le viseur de Michael Moore

Le cinéaste fait un truculent retour sur la scène politique américaine avec un documentaire diffusé en VOD.



LE MONDE
 |    31.10.2018 à 07h08
    |

            Jacques Mandelbaum








                        



   


Retour du truculent Michael Moore sur le devant de la scène politique américaine. Jamais meilleur qu’en ces circonstances. Jamais pire non plus. On connaît l’oiseau de longue date, et il n’a rien changé à son chant de merle moqueur. Soit un cinéaste qui s’engage corps et biens dans ses films : du punch, de l’humour vache, des vérités qui font mal, l’incarnation, rare, d’une gauche américaine rendue inopérante par le système électoral. D’un autre côté, des facilités, des raccourcis, un récit maître qui ne tolère ni le doute ni l’incertitude, soit autant d’obstacles à une définition souhaitable du cinéma documentaire.
Quatorze ans après le colossal succès et la Palme d’or de Fahrenheit 9/11, brûlot anti-Bush réalisé dans le sillage des attentats du 11 septembre 2001 et avant l’élection présidentielle de 2004, Michael Moore inverse malicieusement les chiffres et repasse le couvert. Fahrenheit 11/9 prend cette fois pour cible Donald Trump, élu le 9 novembre 2016. De même, le film sort avant une échéance importante, celle des élections de mi-mandat, qui renouvelleront le Congrès américain le 6 novembre. Son propos est limpide, et sa démonstration dialectique.

        Lire le récit :
         

          A Toronto, Michael Moore célèbre la résistance à Donald Trump



Comment Donald Trump a-t-il réussi à se faire élire par le peuple américain ? Voilà la question posée dans le film. Le réalisateur, qui l’avait prédit plus tôt que tout le monde, y répond par un large faisceau d’arguments. Le secret du président consiste d’abord à exprimer publiquement, et avec fierté, l’abjection de ses opinions et de ses actes. Il n’a jamais été pris au sérieux par ses adversaires, Hillary Clinton en tête. La presse l’a vu comme une aubaine avant de comprendre sa douleur. Les élites démocrates se sont tiré une balle dans le pied en évinçant l’alternative d’une gauche représentée par Bernie Sanders. Par ailleurs, il semble manifester des pulsions incestueuses à l’égard de sa fille et pourrait soutenir la comparaison avec l’ascension d’Adolf Hitler dans l’Allemagne de Weimar.
Insuccès aux Etats-Unis
Des choses à prendre et à laisser, comme on le voit. Toute une partie du film, qui n’est pas la moins intéressante, renoue par ailleurs avec l’enquête de terrain qui permet de mieux comprendre le délitement de la société américaine et par extension les raisons de ce vote. Le stupéfiant scandale de l’eau contaminée à Flint, fort mal géré par le président Obama. Ou encore le mouvement anti-armes des lycéens de Parkland, victimes d’un énième attentat meurtrier en février, dénonçant la soumission des politiques au lobby des armes.
Un film totalement moorien au final, vigoureux et irritant, faiseur et citoyen, trash et intuitif, ne s’encombrant guère de souci esthétique
Film totalement moorien au final, vigoureux et irritant, faiseur et citoyen, trash et intuitif, ne s’encombrant guère de souci esthétique. Or le film n’a pas marché aux Etats-Unis. Sorti le 21 septembre dans 1 700 salles, il n’a rapporté que 3 millions de dollars (2,6 millions d’euros) le week-end de sa sortie, très loin des 23 millions de recettes encaissées sur la même période en 2004 par Fahrenheit 9/11, par ailleurs succès mondial. Les commentateurs américains avancent pour expliquer cet insuccès plusieurs arguments. La saturation médiatique de Donald Trump. L’attaque du camp démocrate qui aurait fait perdre au cinéaste une partie de son public. L’érosion enfin de sa stature, à une époque où l’activisme se diffuse par d’autres voies que le cinéma et d’autres figures que la sienne.
En tout état de cause, Fahrenheit 11/9 est un nouvel exemple de film qui ne sera pas vu en salle en France. A en croire Tristan du Laz, codirecteur de TF1 Studio, qui en a acquis les droits dès la fin du mois d’août lors de son avant-première au Festival de Toronto, cette décision n’a rien à voir avec les résultats du film aux Etats-Unis : « Nous avons d’emblée proposé au vendeur la solution d’une exploitation directe en VOD. Nous ne voulions par risquer les aléas d’une sortie en salle, devenue délicate et encombrée en France. Nous voulions être très réactifs et présenter le film au spectateur en collant à l’actualité des élections américaines. C’est un pari d’éditeur, et d’ailleurs le vendeur comme Michael Moore lui-même nous ont suivis en nous donnant la préférence. »

Documentaire américain de Michael Moore (2 h 08). Disponible en VOD à compter du 31 octobre. Sur le Web : fahrenheit119.com et michaelmoore.com



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-7"> ¤ Deux films du cinéaste italien à l’imagination morbide, « Frayeurs » et « L’Au-delà », sont édités chez Artus.
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DVD : Lucio Fulci et le théâtre de l’horreur

Deux films du cinéaste italien à l’imagination morbide, « Frayeurs » et « L’Au-delà », sont édités chez Artus.



LE MONDE
 |    31.10.2018 à 07h07
    |

                            Jean-François Rauger








                        



   


L’éditeur Artus continue la parution en DVD/Blu-ray de l’œuvre atypique de Lucio Fulci, cinéaste italien dont la notoriété est parvenue à dépasser le cercle enthousiaste mais restreint des amateurs de films d’horreur, pour trouver sa place dans une histoire du cinéma, disons, plus « noble ». Le luxe de ces éditions Blu-ray, le travail ­conséquent accompli en matière de suppléments (analyse, interviews de comédiens et de collaborateurs artistiques) nourrit ici bien plus que le simple fétichisme du cinéphile obsédé et minoritaire.
Soumis aux vicissitudes de la fabrication du cinéma populaire transalpin, Fulci, qui est passé par tous les genres avant peut-être d’en inventer un, a engendré une œuvre d’une poésie toute personnelle dont on mit parfois un peu de temps pour la considérer comme telle. Le succès de L’Enfer des zombies (1979, déjà publié par Artus) engagea encore davantage le cinéaste sur la voie de l’horreur graphique.

        Lire la critique :
         

          « L’Enfer des zombies », une esthétique nouvelle de l’horreur



Frayeurs (1980) et L’Au-delà (1981) doivent moins à une catégorie préétablie qu’à une manière de se libérer des contraintes narratives imposées jusqu’alors par les genres cinématographiques. Ils suivent une logique propre, quasi autonome, onirique, tirant parti de certaines ­contraintes (morts-vivants imposés par un des coproducteurs de L’Au-delà) qui ne font qu’accroître une certaine confusion et nourrir une évidente liberté.

Les deux films se veulent d’inspiration lovecraftienne et construisent leur récit sur un postulat plutôt mince (les portes de l’enfer s’ouvrent dans une petite ville américaine, provoquant désastres et morts atroces) laissant libre cours à l’imagination fertile et morbide de Fulci et de ses scénaristes. Pluies de vers, murs qui saignent, attaque de tarentules anthropophages plongent les protagonistes au cœur d’un cauchemar dont ils ne se réveillent jamais.
Putréfaction générale
La mise en scène est au service d’une atmosphère de putréfaction générale et Fulci pousse encore plus loin que dans ses titres précédents l’hyperréalisme d’une violence gore (crânes broyés, énucléations diverses, cadavres de fœtus dévorés par la vermine) qui rejette tout réalisme pour inventer les motifs d’un pur cinéma de la transe et de la sensation. Roublardise ou aveu sincère, Fulci s’était réclamé du théâtre de la cruauté d’Antonin Artaud pour justifier ses audaces et ses transgressions visuelles. Cela se tient.

C’est sans doute dans l’invention d’un rythme tout particulier que le cinéma de Fulci se distingue. Les séquences sont toujours trop longues. Revenir à la sensation nue implique tout à la fois une dilatation des situations et une progression bancale, faite de soubresauts, d’accélérations et de revirements brusques, de péripéties dont l’apparente gratuité fait justement la valeur. Frayeurs et L’Au-delà sont finalement davantage des films-concepts que des films de genre, derrière l’apparente séduction à rebours de l’épouvante gore. Le réalisme de la violence y est, paradoxalement, au service d’une forme d’abstraction.

        Lire l’analyse :
         

          L’art cinématographique de l’énucléation



Frayeurs et L’Au-delà, 2 DVD/Blu-ray + livret Artus Films.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-8"> ¤ Le film de Peter Yates, qui ressort sur les écrans en version restaurée, est une évocation sensible de l’adolescence américaine en milieu populaire.
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Reprise : « Breaking Away », quatre garçons dans un entre-deux de l’existence

Le film de Peter Yates, qui ressort sur les écrans en version restaurée, est une évocation sensible de l’adolescence américaine en milieu populaire.



LE MONDE
 |    31.10.2018 à 07h06
    |

                            Mathieu Macheret








                        



   


C’est sous son titre original que ressort, en copie restaurée, le film le plus tendre et attachant de Peter Yates, connu précédemment comme La Bande des quatre (titre de sa première exploitation en France, en janvier 1980). Réalisateur d’origine britannique aussi modeste qu’efficace, remarqué pour le brio de ses scènes d’action, Yates fit le saut à Hollywood en 1968, sur l’invitation de Steve McQueen, pour tourner avec lui le polar Bullitt, resté célèbre pour ses mémorables poursuites en voiture.
Après dix ans à s’illustrer de préférence dans la comédie criminelle tendance pop et le succès public rencontré par Les Grands Fonds (1977), thriller d’exploration sous-marine, Yates s’engage, avec Breaking Away (1979), sur une voie plus personnelle, en produisant et en réalisant lui-même un scénario de l’écrivain serbo-américain Steve Tesich, inspiré de sa jeunesse universitaire dans l’Indiana. Yates en tire une évocation sensible, réaliste et rêveuse, de l’adolescence en milieu populaire, comme un temps suspendu entre aspirations et renoncements.
Peter Yates produit et réalise un scénario de l’écrivain serbo-américain Steve Tesich, inspiré de sa jeunesse universitaire dans l’Indiana
A Bloomington, petite ville universitaire de l’Indiana, Dave (Dennis Christopher), Mike (Dennis Quaid), Cyril (Daniel Stern) et Moocher (Jackie Earle Haley), quatre jeunes fils d’ouvriers, lambinent entre la fin du lycée et une vie adulte indéfiniment repoussée, qu’il s’agisse de trouver un emploi ou de raccrocher le wagon des études. Ils se rendent régulièrement sur le site de l’ancienne carrière de la ville pour se baigner dans son lac artificiel ou se dorer au soleil sur les grands blocs de pierre obliques qui la sillonnent.
Mais la proximité du campus les oppose souvent à d’autres adolescents, les étudiants aisés, qui les méprisent en les traitant de cutters (les « coupeurs » de pierre, en référence au métier de leurs parents) et auxquels ils n’hésitent pas à se frotter. Parmi les quatre amis, Dave se passionne pour le cyclisme et s’immerge dans la culture italienne, au grand désespoir de son père (Paul Dooley), ancien cariste reconverti en vendeur de voitures d’occasion. Ses camarades convainquent Dave de courir avec eux la Little 500, la traditionnelle course de relais à vélo, afin d’affronter les équipes du campus.
Une classe ouvrière en déclin
Breaking Away se déroule ainsi sur le registre d’une chronique douce-amère, alternant entre moments de pure fantaisie (les nombreuses courses de Dave à vélo sur des airs d’opéra) et portrait mélancolique des outsiders comme de leur adolescence qui ne veut pas mourir. La grande beauté du film est, en effet, de saisir ses jeunes personnages dans un entre-deux de l’existence. Déscolarisés, les quatre amis habitent un temps ouvert, un sursis d’enfance qui se retourne parfois contre eux, puisqu’il apparaît aussi comme une sortie de piste, un isolement, voire un déclassement.
Leur liberté ne va pas sans une profonde appréhension de l’avenir ni l’impression concomitante d’une perte irrémédiable. C’est ce sentiment mêlé, celui des promesses qui s’estompent, qui rend tout du long le film si émouvant. Il s’amplifie d’une conscience rétrospective : celle que ses jeunes comédiens, tous infiniment prometteurs, n’ont pour beaucoup pas connu la carrière qu’ils méritaient (hormis Dennis Quaid).
Ces jeunes comédiens, tous infiniment prometteurs, n’ont pour beaucoup pas connu la carrière qu’ils méritaient (hormis Dennis Quaid)
Breaking Away ne décrit pas seulement un passage à l’âge adulte, mais surtout la naissance d’une conscience : celle d’appartenir à une classe ouvrière en déclin. Si Dave s’identifie aux cyclistes italiens, c’est surtout pour s’inventer une parenté plus glorieuse, avant de pouvoir assumer la sienne complètement. De très belles scènes montrent son père retournant sur les lieux de son ancien travail ou expliquant à son fils que ce sont eux, les derniers tailleurs de pierre de sa génération, qui ont construit les bâtiments de cette université tant convoitée.
A travers cette relation père-fils, le film évoque également le démantèlement amorcé de la condition ouvrière : les licenciements économiques, les requalifications, la disparition des savoir-faire… C’est aussi de cette mémoire-là que les quatre adolescents ne parviennent pas complètement à faire le deuil.

Film américain de Peter Yates (1979). Avec Dennis Christopher, Dennis Quaid, Daniel Stern, Jackie Earle Haley, Barbara Barrie, Paul Dooley (1 h 41). Sur le Web : www.facebook.com/theatredutemple



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-9"> ¤ Jean-Louis Mahé et Gill Sgambato ont filmé six apprenties stylistes et les quatre sans-abri qu’elles doivent habiller.
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« Les Habilleuses » : des vêtements pour les sans-abri, un défi à relever

Jean-Louis Mahé et Gill Sgambato ont filmé six apprenties stylistes et les quatre sans-abri qu’elles doivent habiller.



LE MONDE
 |    31.10.2018 à 07h05
    |

                            Murielle Joudet








                        



   


L’avis du « Monde » – à voir
Les Habilleuses est l’histoire d’un défi à relever : six jeunes femmes en DMA (diplôme des métiers de la mode et des arts) doivent confectionner des vêtements sur mesure pour quatre sans-abri. La caméra de Jean-Louis Mahé et Gill Sgambato capte toutes les étapes de cette rencontre : la prise en note des besoins particuliers des sans-abri, les tâtonnements de la confection, l’essayage. On plonge également au cœur de ces deux mondes, celui de ces apprenties sensibles, intelligentes et passionnées, et de ces quatre sans-abri qui, malgré la brutalité de leur situation, font preuve d’une bouleversante jovialité et d’une résilience à toute épreuve.
Sans misérabilisme
Documentaire pragmatique, et en cela formellement peu ambitieux, Les Habilleuses réussit pourtant à soutenir l’intérêt : on découvre l’épreuve quotidienne de la marginalité et, pour autant, le regard des deux documentaristes est dépourvu de toute trace de misérabilisme.
En recueillant leurs exigences vestimentaires, Les Habilleuses rendent à ces hommes et femmes une chose précieuse : leur capacité à avoir des besoins et des envies qui n’appartiennent qu’à eux et qui ne dépendent plus d’une charité qui agit de manière indistincte. Le vêtement est, quant à lui, un trait d’union entre ces deux mondes, mais se pare également d’une évidente dimension métaphorique puisqu’il est au fond le premier des abris.

Documentaire français de Jean-Louis Mahé et Gill Sgambato (1 h 25). Sur le Web : cinesaintandre.fr/fr/prochainement



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-10"> ¤ Adina Pintilie filme la quête d’une femme qui interroge différents personnages sur leur rapport à la sexualité, au risque d’en faire des rats de laboratoire.
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« Touch Me Not » : une lourde réflexion sur l’intime

Adina Pintilie filme la quête d’une femme qui interroge différents personnages sur leur rapport à la sexualité, au risque d’en faire des rats de laboratoire.



LE MONDE
 |    31.10.2018 à 07h04
    |

                            Jean-François Rauger








                        



   


L’avis du « Monde » – on peut éviter
Le film d’Adina Pintilie se veut un essai cinématographique au service d’une réflexion sur la sexualité et l’intimité, notions soumises au défi, parfois, de corps hors norme (un des personnages est handicapé) ou d’inhibitions fortes. Cette interrogation prend la forme d’une quête, celle d’une femme, Laura, qui rencontre différents personnages, dialogue avec eux, cherche elle-même à questionner ses limites et ses peurs tout en interpellant parfois la réalisatrice dont le visage apparaît sur un écran.
Frontière brouillée entre fiction et documentaire
En mêlant comédiens professionnels et non professionnels incarnant leur propre personnage, la cinéaste brouille volontairement la frontière entre fiction et documentaire. Ce parti-pris, inutilement compliqué, ainsi que des choix formels et distanciateurs absurdes, glace le regard porté sur un groupe humain devenu une forme de prélèvement de laboratoire. Ce qui se dit, par ailleurs, durant plus de deux heures interminables, n’échappe pas à une grande banalité. Touch Me Not a néanmoins obtenu l’Ours d’or au Festival de Berlin cette année.

        Lire l’analyse :
         

          La Berlinale, au risque d’un palmarès politique






Film allemand, bulgare, français, roumain et tchèque d’Adina Pintilie. Avec Laura Benson, Thomas Lemarquis, Christian Bayerlein (2 h 05). Sur le Web : www.alamodefilm.de/kino/detail/touch-me-not.html et www.nourfilms.com/touch-me-not



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-11"> ¤ Chaque mercredi dans « La Matinale », les critiques du « Monde » présentent les meilleurs films à découvrir sur grand écran.
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Article sélectionné dans La Matinale du 30/10/2018
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Burlesque effréné, rock à grand spectacle et danse jusqu’au bout de la nuit : notre sélection cinéma

Chaque mercredi dans « La Matinale », les critiques du « Monde » présentent les meilleurs films à découvrir sur grand écran.



LE MONDE
 |    31.10.2018 à 06h40
 • Mis à jour le
31.10.2018 à 07h26
   





                        


LES CHOIX DE LA MATINALE
Le cinéma offre cette semaine plusieurs remèdes pour tenir la froidure en respect : la drôlerie irrésistible d’un film qui a conquis Cannes, l’entrain des danseurs d’un documentaire qui brûle le plancher, le rock pompier de Queen, la douce nostalgie des années 1970 ou l’énergie des comédies musicales qui s’exposent.
« En liberté ! » : un quatuor amoureux et burlesque

Finalement, la critique la plus difficile à écrire est celle d’une comédie vraiment drôle. Rien de plus ennuyeux que les gags décrits par le menu. Rien de plus ardu que d’expliquer pourquoi des acteurs qui d’habitude vous font un tout autre effet suscitent des éclats de rire dès qu’ils ouvrent la bouche. Il suffit d’affirmer qu’En liberté !, huitième long-métrage de Pierre Salvadori, fait rire, et très fort,
Le cinéaste ne se contente pas de faire rire. Son film burlesque, violent, macabre et doux contient, outre une gamme de gags et de répliques allant du plus raffiné au plus affligeant, des mécanismes auxiliaires qui font tourner, en même temps que la comédie, des trains de pensée complexes circulant sur les voies de traverse entre fiction et réalité, et – comme le titre l’indique – entre liberté et servitude.
Yvonne (Adèle Haenel), policière, veuve tourmentée d’un policier qui s’est révélé corrompu post-mortem, Louis (Damien Bonnard), son collègue et amoureux transi, Antoine (Pio Marmaï) ex-honnête homme injustement envoyé en prison par le défunt, Agnès (Audrey Tautou) son épouse raisonnable et tendre qui l’attend patiemment, forment un rectangle amoureux dont le scénario virtuose parcourt allègrement les côtés et les diagonales.
Pastiche intelligent de film policier, comédie absurde et romantique, En liberté ! laisse entendre le contre-chant des remords, des tristesses, des rancœurs et des frustrations de chaque personnage, qui donne au burlesque une élégance qu’il n’atteint que rarement. Thomas Sotinel
« En liberté ! », film français de Pierre Salvadori. Avec Adèle Haenel, Pio Marmaï, Audrey Tautou (1 h 47).
« Le Grand Bal » : joyeuse épidémie dansante

Aux XIVe et XVe siècles, des phénomènes de « manie dansante » conduisaient les possédés à la mort, d’épuisement, de crise cardiaque. Cette épidémie, on ne peut qu’y penser devant les beaux danseurs fous du Grand Bal, de Laetitia Carton, bien qu’une issue bien plus heureuse leur soit réservée.
La documentariste pose sa caméra au Grand Bal de l’Europe, festival de danse traditionnelle qui, depuis 1990, a lieu chaque année dans le village de Gennetines, dans l’Allier. Là, pendant deux semaines, les organisateurs installent plusieurs parquets qui accueillent des milliers de danseurs et des centaines de groupes venus de toute l’Europe.
La journée, les festivaliers apprennent des danses traditionnelles aux noms évocateurs : pizzica, bourrée, mazurka, congo des Landes, gavotte de l’Aven. Le soir, réservé à la pratique, les élèves de tous niveaux se retrouvent pour danser toute la nuit. Quant au repos, les plus valeureux grappillent quelques heures de sommeil au petit matin.
Car Le Grand Bal est, d’un même mouvement, affaire de transe et de fatigue, et l’un ne semble pas possible sans l’autre. C’est du moins ce que capte Laetitia Carton, qui filme Le Grand Bal non pas comme une observatrice extérieure, mais comme une cinéaste qui a d’abord été contaminée par la manie dansante, avant de décider d’en faire un documentaire. Le point de vue est moins celui de l’œil que celui d’un corps qui frémit, s’impatiente de rejoindre la piste de danse.
Tout se lit à la surface des corps : l’euphorie, l’épuisement, le désir. Une grande sensualité se dégage d’ailleurs du Grand Bal, si bien que, même s’il n’est jamais évoqué frontalement, il est évident que le désir règne en maître sur le festival. Murielle Joudet
« Le Grand Bal », documentaire français de Laetitia Carton (1 h 29).
« Bohemian Rhapsody » : la légende dorée de Freddie Mercury

Tout dépend de la place que Queen tient dans votre vie. Si, dans votre panthéon, le quatuor emmené par Freddie Mercury n’est qu’une divinité mineure, une bizarrerie dans l’histoire du rock, un groupe glam arrivé trop tard pour faire œuvre de pionnier et devenu une machine à tubes et à remplir les stades, vous prendrez probablement un certain plaisir au spectacle de Bohemian Rhapsody. Ce long film est tour à tour artificieux, pompier, sentimental, séduisant, boursouflé, entraînant. Exactement comme Bohemian Rhapsody, la chanson.
C’est avant tout grâce à Rami Malek que le film entraîne. Avec ses quatre incisives supplémentaires (un trait physiologique par lequel le chanteur expliquait son timbre hors du commun) prothétiques et son maintien d’extraterrestre « queer », l’acteur incarne la rock star du moment où elle renie son ascendance parsie en renonçant à s’appeler Farrokh Bulsara pour devenir Freddie Mercury jusqu’au triomphe du concert Live Aid à Wembley, en 1985.
Mais si Queen compte pour vous, s’il vous importe que Mercury, qui est mort du sida en 1991, n’ait appris sa maladie que des mois après Wembley et non juste avant, que sa manière d’être ouvertement gay sans jamais le dire vous semble digne d’une dramaturgie complexe, alors Bohemian Rhapsody vous paraîtra sans doute insuffisant. T. S.
« Bohemian Rhapsody », film américain et britannique de Bryan Singer (et Dexter Fletcher). Avec Rami Malek, Lucy Boynton, Ben Hardy, Mike Myers, Gwilym Lee (2 h 15).
« Breaking Away » : sortir de l’adolescence à vélo

C’est sous son titre original que ressort, en copie restaurée, le film le plus tendre et attachant de Peter Yates, connu précédemment comme La Bande des quatre (titre de sa première exploitation en France, en janvier 1980).
Réalisateur d’origine britannique aussi modeste qu’efficace, remarqué pour le brio de ses scènes d’action, Yates fit le saut à Hollywood en 1968 sur l’invitation de Steve McQueen, pour tourner avec lui le polar Bullitt, resté célèbre pour ses mémorables poursuites en voiture. Dix ans plus tard, Yates s’engage avec Breaking Away (1979) sur une voie plus personnelle, en produisant et réalisant lui-même un scénario de l’écrivain serbo-américain Steve Tesich, inspiré de sa jeunesse universitaire dans l’Indiana.
A Bloomington, Dave (Dennis Christopher), Mike (Dennis Quaid), Cyril (Daniel Stern) et Moocher (Jackie Earle Haley), quatre jeunes fils d’ouvriers, lambinent entre la fin du lycée et une vie adulte indéfiniment repoussée, qu’il s’agisse de trouver un emploi ou de raccrocher le wagon des études. Dave se passionne pour le cyclisme et s’immerge dans la culture italienne, au grand désespoir de son père (Paul Dooley), ancien cariste reconverti en vendeur de voitures d’occasion. Ses camarades convainquent Dave de courir avec eux la « Little 500 », la traditionnelle course de relais à vélo, afin d’affronter les équipes du campus.
Breaking Away se déroule ainsi sur le registre d’une chronique douce-amère, alternant entre moments de pure fantaisie (les nombreuses courses de Dave à vélo sur des airs d’opéra) et portrait mélancolique des outsiders comme de leur adolescence qui ne veut pas mourir. La grande beauté du film est, en effet, de saisir ses jeunes personnages dans un entre-deux de l’existence. Mathieu Macheret
« Breaking Away », film américain de Peter Yates. Avec Dennis Christopher, Dennis Quaid, Daniel Stern, Jackie Earle Haley, Barbara Barrie, Paul Dooley (1 h 41).
Expo comédies musicales à la Philharmonie de Paris

   


Même si nombre de comédies musicales – de West Side Story à Dancer in the Dark – sont des tragédies, il est à peu près inévitable – à moins de bénéficier d’une santé morale hors du commun – de sortir de l’exposition « Comédies musicales, la joie de vivre du cinéma » (à la Philarmonie de Paris) autrement que d’excellente humeur.
La débauche d’énergie que déploient les artistes à l’écran et les techniciens (le métier d’opérateur ne devait pas être de tout repos sous la direction de Busby Berkeley), le plaisir d’entendre les mélodies de Cole Porter, Leonard Bernstein ou Michel Legrand, de découvrir les dessins des costumes de Cyd Charisse pour Tous en scène (Vincente Minnelli, 1953) sont inévitablement contagieux.
Autour d’un immense écran de vingt-quatre mètres où sont adroitement mêlés des extraits qui se répondent (Mia Farrow assistant à une projection de Top Hat dans La Rose pourpre du Caire, Elvis Presley oscillant du bassin dans Le Rock du bagne aux côtés de son épigone John Travolta dans Grease…), l’exposition se visite un casque sur les oreilles, que l’on branche sous les écrans qui retiennent l’attention.
Celui qui propose de choisir entre les pistes sonores enregistrées par les acteurs et celles où l’on entend ceux qui les ont doublés est passionnant : Delphine Seyrig en fée doit renoncer à faire entendre sa voix grave pour laisser chanter Christiane Legrand (Peau d’âne, Jacques Demy, 1970), et la gouaille d’Audrey Hepburn n’a pas suffi pour que les producteurs et George Cukor abandonnent l’idée de la faire doubler par Marni Nixon dans My Fair Lady (1964). T. S.
« Comédies musicales, la joie de vivre du cinéma », Philharmonie de Paris. Atelier de claquettes les mercredis, samedis et dimanches et pendant les vacances scolaires. Jusqu’au 27 janvier 2019.

Les sorties cinéma de la semaine (mercredi 31 octobre)
En liberté !, film français de Pierre Salvadori (à voir)Le Grand Bal, documentaire français de Laetitia Carton (à voir)Les Habilleuses, documentaire français de Jean-Louis Mahé et Gill Sgambato (à voir)Sophia Antipolis, film français de Virgil Vernier (à voir)Ta mort en short(s), six courts-métrages d’animation français (à voir)Bohemian Rhapsody, film américain de Bryan Singer (pourquoi pas)Touch Me Not, film français, allemand, roumain, tchèque et bulgare d’Adina Pintilie (on peut éviter)
A l’affiche également :
Chacun pour tous, film français de Vianney LebasqueLettre à Inger, documentaire français de Maria Lucia CastrillonOn l’appelait Roda, documentaire français de Charlotte SilveraParadise Beach, film français de Xavier DurringerSeule la vie…, film américain de Dan FogelmanSilvio et les autres, film italien de Paolo Sorrentino





                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-12"> ¤ Cet automne, quatre festivals mettent la politique à l’honneur, dont Politikos, qui s’ouvre à Rennes jeudi. Un engouement qui se confirme depuis quelques années.
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Quand le cinéma et les séries dissèquent les coulisses du pouvoir politique

Cet automne, quatre festivals mettent la politique à l’honneur, dont Politikos, qui s’ouvre à Rennes jeudi. Un engouement qui se confirme depuis quelques années.



LE MONDE
 |    30.10.2018 à 14h19
 • Mis à jour le
31.10.2018 à 06h07
    |

            Sylvia Zappi








                        



                                


                            

« Je ne quitterai pas la scène sans être président. » La réponse de Kad Merad au Figaro.fr sur le devenir de la série Baron noir ressemble à des propos entendus dans les coulisses d’une vraie campagne électorale. L’acteur parle pourtant d’une fiction où le suspense repose sur les ressorts, les intrigues et coups bas du monde politique. Et elle n’est pas la seule. Le Bureau des légendes, qui met en scène les arcanes des services secrets français et des intérêts stratégiques hexagonaux, a démarré, le 23 octobre sur Canal+, sa quatrième saison avec un succès non démenti.
Le film politique serait-il en train de devenir une nouvelle passion française ? Quatre manifestations en font la promotion cet automne. Le Festival du film politique s’est terminé, samedi 27 octobre, à Porto-Vecchio (Corse-du-Sud). Politikos s’ouvre à Rennes jeudi 1er novembre. François Hollande, Aurélie Filippetti, Hubert Védrine ou encore Jean-Louis Debré y débattront.
Deux autres manifestations sont prévues dans la foulée : les Escales documentaires à La Rochelle auront lieu du 6 au 10 novembre avec pour thématique « Filmer le politique » et le Festival international du film politique se déroulera à Carcassonne du 4 au 8 décembre.

« Moins d’inhibitions »
Les Anglo-Saxons se sont emparés depuis longtemps des intrigues et des codes du monde politique pour fabriquer des fictions. Une liste de films qui font référence en atteste comme le magistral Mr Smith au Sénat de Franck Capra ou Les Hommes du président d’Alan Pakula, sortis respectivement en 1940 et 1976. Les séries ont pris le relais avec une liberté de ton saisissante. D’abord la shakespearienne House of Cards diffusée au Royaume-Uni dans les années 1990 avant d’être reprise ensuite aux Etats-Unis. Puis The West Wing d’Aaron Sorkin qui raconte le quotidien à la Maison Blanche ou encore la danoise Borgen qui narre l’arrivée...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-13"> ¤ Les éditions Le Bélial’ lancent une collection, « Parallaxe », dédiée au lien entre science-fiction et science. Le premier titre interroge ce lien au cinéma.
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Les films de science-fiction à l’épreuve de la science

Les éditions Le Bélial’ lancent une collection, « Parallaxe », dédiée au lien entre science-fiction et science. Le premier titre interroge ce lien au cinéma.



LE MONDE SCIENCE ET TECHNO
 |    30.10.2018 à 13h00
 • Mis à jour le
31.10.2018 à 13h07
    |

            Pierre Barthélémy








                        



                                


                            

Livre. Astrophysicien au CEA (Commissariat à l’énergie atomique), auteur de nombreux ouvrages de vulgarisation scientifique, ancien chroniqueur du supplément « Science & Médecine » du Monde, Roland Lehoucq vient d’ajouter une corde à son arc en prenant la direction de la nouvelle collection « Parallaxe », aux éditions du Bélial’. Parallaxe a pour ambition de faire dialoguer science-fiction et science, notamment en soumettant la première à l’épreuve de la seconde.
Le tout premier titre de cette collection, La science fait son cinéma, compilation des chroniques que signent Roland Lehoucq et son complice paléontologue Jean-Sébastien Steyer dans le trimestriel Bifrost, passe à la moulinette de la physique et de la biologie quelques-uns des plus célèbres films de SF.

Le but de l’exercice n’est pas de dézinguer les longs-métrages coupables d’entorses aux sacro-saintes lois scientifiques (même si Prometheus de Ridley Scott se fait sulfater à la kalachnikov avec jubilation… et raison). La démarche reste toujours pédagogique, comme l’expliquent les deux auteurs en introduction : il s’agit, à chaque fois, de prendre un film et de le considérer « comme une sorte de documentaire, et ses images comme factuelles. Il devient alors l’énoncé d’un exercice intéressant et soulève de nombreuses questions : cette planète est-elle réaliste ? Pourquoi cet extraterrestre possède-t-il trois paires d’yeux ? Comment fonctionne ce vaisseau spatial ? »
Extrapolation
En effet, autant le public est prompt à voir les contradictions scénaristiques des films, autant il lui est plus difficile d’en pointer les incohérences scientifiques. L’ouvrage a donc pour objectif, en s’appuyant sur ces objets culturels, de développer l’analyse et l’esprit critique, voire, comme l’écrivent Roland Lehoucq et Jean-Sébastien Steyer, « de jouer avec les sciences ». Le tout sans forcément détruire la part de rêve :...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-14"> ¤ Ils exigent des plates-formes américaines de streaming qu’elles respectent les accords collectifs, qui prévoient le versement de royalties, faute de quoi aucun contrat ne sera signé jusqu’à nouvel ordre.
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Les syndicats danois d’acteurs, de scénaristes et de réalisateurs s’opposent à Netflix et HBO

Ils exigent des plates-formes américaines de streaming qu’elles respectent les accords collectifs, qui prévoient le versement de royalties, faute de quoi aucun contrat ne sera signé jusqu’à nouvel ordre.



LE MONDE ECONOMIE
 |    30.10.2018 à 10h34
    |

            Anne-Françoise Hivert (Malmö (Suède), correspondante régionale)








                        



                                


                            

Face aux plates-formes américaines de streaming (lecture sans téléchargement) – dont, assurent-ils, l’intérêt pour leur pays les ravit –, les acteurs, scénaristes et réalisateurs danois n’ont vu qu’une solution : s’allier pour espérer se faire entendre. A en croire Benjamin Boe Rasmussen, le président du syndicat des acteurs, il y va de l’avenir du « modèle danois » de rémunération dans le cinéma et la télévision, tel qu’il est défini par les accords collectifs.
Mercredi 24 octobre, les trois professions ont fait savoir que si Netflix et HBO voulaient dorénavant recruter un acteur, un scénariste ou un réalisateur danois, elles devraient d’abord trouver un compromis avec l’organisation « Create Denmark », fondée en 2016 pour défendre les droits d’auteur des artistes nationaux. Pas question d’être les « ouvriers polonais » d’un secteur en pleine expansion, tonnent les syndicats.

En cause : le refus des deux mastodontes américains, impliqués dans plusieurs productions locales, de respecter le modèle de rémunération danois, qui combine salaire et royalties. « Au Danemark, nos cachets sont relativement bas, explique Benjamin Boe Rasmussen. Mais ils sont compensés par les droits que nous touchons ensuite sur chaque diffusion. » Acteur, il a figuré au casting de deux épisodes de la série The Killing, produite par la chaîne danoise DR. « Depuis, j’ai perçu l’équivalent de 130 % de mon salaire en royalties », précise-t-il.
A cela, Netflix et HBO opposent une fin de non-recevoir, exigeant l’application d’un système de « buy-out », qui prévoit, en plus du salaire, une avance sur droits, dont le montant varie de 15 % à 25 % du salaire initial. Une compensation jugée insuffisante par les syndicats, sachant que la somme des royalties touchée sur dix ans peut doubler le montant du cachet.
En place depuis des décennies, ce modèle a façonné l’écosystème danois, observe...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-15"> ¤ Rami Malek incarne le chanteur de Queen dans une biographie musicale sans audace.
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Article sélectionné dans La Matinale du 29/10/2018
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« Bohemian Rhapsody » : Freddie Mercury au bord de la canonisation

Rami Malek incarne le chanteur de Queen dans une biographie musicale sans audace.



LE MONDE
 |    30.10.2018 à 06h36
 • Mis à jour le
31.10.2018 à 07h44
    |

                            Thomas Sotinel








                        



   


L’avis du « Monde » – pourquoi pas
Tout dépend de la place que Queen tient dans votre vie. Si, dans votre panthéon, le quatuor emmené par Freddie Mercury n’est qu’une divinité mineure, une bizarrerie dans l’histoire du rock, un groupe glam arrivé trop tard pour faire œuvre de pionnier – comme Bowie ou T. Rex –, devenu une machine à tubes et à remplir les stades à un moment où les Ramones et The Clash menaient le soulèvement contre le rock pompier, vous prendrez probablement un certain plaisir au spectacle de Bohemian Rhapsody. Ce long film est tour à tour artificieux, pompier, sentimental, séduisant, boursouflé, entraînant. Exactement comme Bohemian Rhapsody, plaisir coupable, éphémère et interminable (6 minutes), qui ne vaudra jamais la première mesure de Get It On.
Ce long film est tour à tour artificieux, pompier, sentimental, séduisant, boursouflé, entraînant
Le produit final, homogène, sans aspérité, ne révèle rien de la genèse tourmentée de la chanson. Mis en chantier en 2010 à l’initiative du producteur américain ­Graham King et de Jim Beach, qui fut le manageur de Queen, le projet fut d’abord élaboré autour de Sacha Baron Cohen, dont la ressemblance physique avec Freddie Mercury n’avait échappé à personne. Celui-ci devait être dirigé par Bryan Singer, réalisateur ­entre autres de Usual Suspects et de quelques X-Men.
Lorsque le comique a renoncé au rôle du chanteur de Queen, en regrettant publiquement que le scénario n’évoque pas la sexualité de Mercury, son fardeau a échu d’abord à Ben Whishaw, qui a également abandonné, et finalement à Rami Malek.
Changement de réalisateur
A la ville, ou dans le rôle principal de la série Mr. Robot, qui l’a rendu célèbre, l’acteur américain d’origine égyptienne ne ressemble guère au rocker d’origine indienne. Heureusement, Bohemian Rhapsody est assez bien financé pour s’offrir les services des meilleurs maquilleurs et prothésistes. Quant à Bryan Singer, il a été remercié en plein tournage et remplacé par le Britannique Dexter Fletcher – selon les règles édictées par la Guilde américaine des réalisateurs, Singer, qui a réalisé la majorité des séquences, reste seul mentionné au générique.

        Lire la critique de la série :
         

          Nom de code, « Mr. Robot »



Si ces chocs n’ont pas laissé de traces, c’est que Bohemian Rhapsody est l’équivalent contemporain des superproductions des studios de l’âge d’or de Hollywood, un produit soumis aux buts de ses promoteurs : attirer un public familial (les fans originels de Queen sont aujourd’hui assez âgés pour tenter d’embarquer enfants et petits-enfants au multiplexe) et célébrer la musique du groupe pour en relancer les ventes. Ces contraintes rendent les audaces inconcevables.

   


Elles sont ici remplacées par les recettes les plus éprouvées de la biographie musicale à l’ancienne. Chaque incident de la vie de Freddie Mercury ou du groupe engendre sa chanson, les personnages secondaires énoncent des platitudes ou des énormités qui s’avéreront prophétiques, les conflits se résolvent juste à temps pour coïncider avec les triomphes artistiques ou commerciaux.
Extraterrestre « queer »
Si cette mécanique un peu désuète suffit à entraîner le film, c’est avant tout grâce à Rami Malek. Avec ses quatre incisives supplémentaires (un trait physiologique par lequel le chanteur expliquait son timbre hors du commun) prothétiques et son maintien d’extraterrestre « queer », l’acteur incarne la rock star du moment où elle renie son ascendance parsie en renonçant à s’appeler Farrokh Bulsara pour devenir Freddie Mercury jusqu’au triomphe du concert Live Aid à Wembley, en 1985.
L’irrésistible ascension de Queen, qui atteint un premier sommet en 1975 avec la sortie de Bohemian Rhapsody, la chanson, est contée comme la lutte d’un commando de musiciens intègres et marginaux contre le conformisme du show-business. Ce parcours culmine dans l’affrontement entre Mercury et un dirigeant de maison de disques (Mike Myers) qui refuse de faire de Bohemian Rhapsody le 45-tours tiré de l’album. « Ce n’est pas le genre de musique sur laquelle les jeunes conduisent en secouant la tête », dit Myers d’un air sinistre, pour que tout un chacun se souvienne de la séquence de Wayne’s World construite autour d’un trajet automobile au son de « Scaramouch, Scaramouch/Will you do the fandango ? »

   


Dans les premiers temps de la course à l’excès, ses camarades Brian May et Roger Taylor (le guitariste et le batteur ont exercé leur droit de regard sur le film) observent Mercury d’un air amusé, qui leur passe lorsque celui-ci s’abandonne aux délices de la scène gay de la fin des années 1970. Contrairement à ce que Sacha Baron Cohen avait laissé entendre, le scénario ne fait pas l’impasse sur l’homosexualité du chanteur. Mais il est dû à Anthony McCarten, qui vient de prouver avec Les Heures sombres qu’il n’hésitait pas à réécrire l’histoire jusqu’à ce qu’elle satisfasse les attentes de la clientèle.
Rami Malek semble habité par l’esprit de Mercury, un ego surdimensionné qui transfigure un corps fragile
Dans cette version-là de la vie de Freddie, du moment où le jeune homme devenu rock star admet son identité sexuelle et renonce à la fiction de sa liaison avec Mary Austin (Lucy Boynton), l’histoire de Queen repose sur la tension entre les pulsions de Mercury et la volonté du groupe d’entretenir une affaire qui tourne. Celle-ci se résout en un final qui mène au concert de Wembley.
Dans les semaines qui précèdent, Freddie Mercury fait son mea culpa, annonce à ses camarades qu’il est atteint du sida, retrouve sa voix et le garçon qu’il aime mais avait laissé filer, se réconcilie avec ses parents et – par sa performance – déclenche une avalanche de dons. La reconstitution semi-numérique de l’événement (cette séquence est due à Singer) vaut le combat final de Gladiator, et Rami Malek semble habité par l’esprit de Mercury, un ego surdimensionné qui transfigure un corps fragile.
Mais si Queen compte pour vous, s’il vous importe que ­Mercury, qui est mort en 1991, n’ait appris sa maladie que des mois après Wembley, que sa ­manière d’être ouvertement gay sans jamais le dire vous semble digne d’une dramaturgie ­complexe, alors Bohemian Rhapsody vous paraîtra sans doute insuffisant, voire insultant pour la mémoire de l’homme qui incarnait Queen.

Film américain et britannique de Bryan Singer (et Dexter Fletcher). Avec Rami Malek, Lucy Boynton, Ben Hardy, Mike Myers, Gwilym Lee (2 h 15). Sur le Web : www.foxfrance.com/bohemian-rhapsody, www.foxmovies.com/movies/bohemian-rhapsody et www.facebook.com/BohemianRhapsodyMovie

Les sorties cinéma de la semaine (mercredi 31 octobre)
En liberté !, film français de Pierre Salvadori (à voir)Le Grand Bal, documentaire français de Laetitia Carton (à voir)Les Habilleuses, documentaire français de Jean-Louis Mahé et Gill Sgambato (à voir)Sophia Antipolis, film français de Virgil Vernier (à voir)Ta mort en short(s), six courts-métrages d’animation français (à voir)Bohemian Rhapsody, film américain de Bryan Singer (pourquoi pas)Touch Me Not, film français, allemand, roumain, tchèque et bulgare d’Adina Pintilie (on peut éviter)
A l’affiche également :
Chacun pour tous, film français de Vianney LebasqueLettre à Inger, documentaire français de Maria Lucia CastrillonOn l’appelait Roda, documentaire français de Charlotte SilveraParadise Beach, film français de Xavier DurringerSeule la vie…, film américain de Dan FogelmanSilvio et les autres, film italien de Paolo Sorrentino





                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-16"> ¤ Le festival DocLisboa, du 18 au 28 octobre, a témoigné de la vitalité du secteur, malgré un contexte difficile pour les auteurs.
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La résilience du cinéma portugais

Le festival DocLisboa, du 18 au 28 octobre, a témoigné de la vitalité du secteur, malgré un contexte difficile pour les auteurs.



LE MONDE
 |    29.10.2018 à 11h43
    |

            Clarisse Fabre (Lisbonne (Portugal), envoyée spéciale)








                        



                                


                            

Jamais, même dans ces dernières années où la politique culturelle fut des plus hasardeuses, le cinéma portugais ne s’est laissé abattre. Que la droite réforme son mode de financement et le laisse exsangue en 2012 – qualifiée d’« année zéro » – ou que les opérateurs du câble usent de leur pouvoir pour orienter les choix en 2014, les réalisateurs portugais ont su préserver leur « artisanat », si prisé dans les grands festivals étrangers. L’édition 2018 de DocLisboa, festival de films documentaires qui s’est achevé le 28 octobre, n’a pas dérogé à la règle : la compétition internationale comptait plusieurs premières mondiales, « signe que les cinéastes nous font confiance et veulent dévoiler ici leurs œuvres », se réjouit Cintia Gil, codirectrice du festival avec Davide Oberto.

Quant à la compétition de films portugais, elle portait la marque d’une résistance à l’industrie culturelle que promeut la gauche, au pouvoir depuis 2015. « Dans le budget culture présenté il y a quelques jours, le mot “tourisme” apparaît autant que le mot “cinéma”, poursuit Cintia Gil. L’idée de la circulation des films est corrélée au désir d’exporter une image du Portugal, et d’attirer des investissements. » Le codirecteur de DocLisboa ironise : « C’est comme une publicité, en moins cher ! On attend juste une véritable politique du cinéma… » Comme un clin d’œil, l’un des films de la compétition, Alis Ubbo, de Paulo Abreu, est une plongée hypnotisante dans la frénésie touristique de la capitale : omniprésents, les audioguides fournissent la bande sonore à cet étrange film en forme de clip.
La fréquentation en salle n’est que de 15,6 millions d’entrées pour 10,3 millions d’habitants
De fait, Lisbonne a changé. Le quartier tranquille où Joao Cesar Monteiro (1939-2003) a tourné son dernier film, Va et vient (2003), est devenu un lieu de promenade chic et branché avec son bar à glaces gastronomique, d’un...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-17"> ¤ Le cofondateur de Terratreme et producteur de films d’auteur depuis 2000 revient sur la situation du cinéma portugais.
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Joao Matos, producteur : « Le public a perdu la culture d’aller en salle »

Le cofondateur de Terratreme et producteur de films d’auteur depuis 2000 revient sur la situation du cinéma portugais.



LE MONDE
 |    29.10.2018 à 11h42
 • Mis à jour le
29.10.2018 à 11h44
    |

            Clarisse Fabre








                        



                                


                            

Joao Matos, cofondateur de Terratreme et producteur de films d’auteur depuis 2000, déplore le rétrécissement du public portugais.

2012 a été « l’année zéro » pour le cinéma portugais, à court de financement. En six ans, la situation s’est-elle améliorée ?
Au Portugal, le cinéma est désormais financé par une taxe acquittée par les opérateurs du câble et les chaînes de télévision. Ceux-ci ont d’abord revendiqué un droit de regard en contrepartie de leur financement : en 2014, la commission chargée de sélectionner les films était sous l’influence de lobbys qui considèrent le cinéma comme un produit. La profession s’est battue pour que l’ICA, l’équivalent du Centre national du cinéma français, retrouve son indépendance et désigne les membres de cette commission. Mais nous devons rester vigilants. Par ailleurs, la politique de la télévision publique portugaise, la RTP, n’est pas lisible : une année, elle peut soutenir huit longs-métrages, et une autre, elle peut mettre 2 millions d’euros dans un seul projet.
L’argent de l’Etat ne suffit pas ?
Non, et nous nous tournons souvent vers des coproductions à l’étranger. Les films gagnent en visibilité dans les festivals. Mais cet artisanat prend du temps : un film de Tiago Hespanha, Campo, vainqueur du prix First Look à Locarno cette année, est en développement depuis 2014 et sortira en 2019. L’une de mes associées, Susana Nobre, qui est aussi réalisatrice, a travaillé comme formatrice auprès de demandeurs d’emploi pendant qu’elle tournait un documentaire sur les chômeurs, Active Life (2013) : son salaire lui a permis de finaliser son film.
Quelle est la visibilité de vos films au Portugal ?
Faible. Le public a un peu perdu la culture d’aller en salle pour les films d’auteur. Et l’école ne fait pas le travail d’emmener les élèves au cinéma. Avant, à Terratreme, on montrait nos films à des jeunes, dans...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-18"> ¤ Le critique N. T. Binh et le scénographe Pierre Giner soulignent la nature d’un genre qui ne cesse de disparaître et de renaître.
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A la Philharmonie de Paris, l’essence de la comédie musicale

Le critique N. T. Binh et le scénographe Pierre Giner soulignent la nature d’un genre qui ne cesse de disparaître et de renaître.



LE MONDE
 |    29.10.2018 à 09h58
 • Mis à jour le
29.10.2018 à 12h22
    |

                            Thomas Sotinel








                        



                                


                            

De prime abord, le titre qu’a choisi l’écrivain et critique N. T. Binh, commissaire de l’exposition qui a ouvert le 18 octobre à la Philharmonie de Paris, pour célébrer le musical, fait un peu tiquer. En regardant le mur d’affiches qui accueille le visiteur, par exemple. West Side Story, Dancer in the Dark sont des tragédies. La Mélodie du bonheur et Cabaret se concluent sur le triomphe du nazisme… Reste qu’il est à peu près inévitable – à moins de bénéficier d’une santé morale hors du commun – de sortir de meilleure humeur de « Comédies musicales, la joie de vivre du cinéma » qu’on y est entré.
La débauche d’énergie que déploient les artistes à l’écran et les techniciens (le métier d’opérateur ne devait pas être de tout repos sous la direction de Busby Berkeley), le plaisir d’entendre les ­mélodies de Cole Porter, Leonard Bernstein ou Michel Legrand, de découvrir les dessins des costumes de Cyd Charisse pour Tous en scène (Vincente Minnelli, 1953) sont inévitablement contagieux. N. T. Binh fait remarquer que les seuls moments de bonheur du personnage qu’incarne Björk dans le musical de Lars Von Trier sont ceux où elle chante et danse.
Sur l’immense écran de 24 mètres de large autour duquel le commissaire et le scénographe Pierre ­Giner ont conçu l’exposition, une séquence vient donner raison au premier. Sur les panneaux centraux du dispositif, on voit Fred Astaire et Ginger Rogers danser Cheek to Cheek (extrait de Top Hat/Le Danseur du dessus, Mark Sandrich, 1935) ; presque insidieusement, viennent se glisser deux autres extraits. L’un de La Ligne verte, de Frank Darabont (1999) : on y voit un condamné à mort (Michael Clarke Duncan) demander comme ultime faveur de voir un film, le premier de sa vie, ce sera Top Hat, et des larmes coulent sur ses joues (un moment insupportable de sentimentalisme dans le film qui devient ici émouvant puisque parfaitement...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-19"> ¤ Dans sa chronique, Emmanuelle Loyer assure que la démocratie fait de nous tous, citoyens égaux en droits, des concurrents dans une société désormais ultra-compétitive.
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« Faut-il créer des concours plus justes socialement ou se débarrasser du concours lui-même ? »

Dans sa chronique, Emmanuelle Loyer assure que la démocratie fait de nous tous, citoyens égaux en droits, des concurrents dans une société désormais ultra-compétitive.



LE MONDE IDEES
 |    28.10.2018 à 12h00
 • Mis à jour le
29.10.2018 à 10h02
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                            Emmanuelle Loyer (Historienne,  professeure d’histoire contemporaine à Sciences Po)








                        



                                


                            
Chronique. La scène est glaçante : plan large, caméra de surveillance, sur le vaste et informel hall de Villepinte (Seine-Saint-Denis) abritant, le temps d’une épreuve, les quelques milliers de carabins aspirant à devenir médecins, chacun devant sa petite table et face à son destin. Plus tard, une autre scène lui répond : le cinéma se fait alors peinture car c’est un tableau filmé en contre-plongée, nimbé de l’élévation d’une vocation. Autour de la table de dissection et du maître qui opère, les « troisième année » triés sur le volet recueillent la transmission d’un savoir médical comme au temps de La Leçon d’anatomie saisie par Rembrandt…

D’un côté, la masse anonyme des impétrants ; de l’autre, l’intimité familière des disciples. Entre les deux, le film de Thomas Lilti étire le temps de cette Première année des facultés de médecine – ici Paris-V-Descartes – ­violente et ritualisée, tout entière finalisée par le passage dans le chas du concours : beaucoup d’appelés (amphis bondés) et peu d’élus, environ un sur dix, ce qu’on ­nommait « décimer » pendant la Grande Guerre. Chose étonnante, la sortie du film a correspondu à la suppression officielle du numerus clausus qui en forme le nœud dramaturgique, le rendant immédiatement obsolète ou puissamment performatif selon les interprétations !
Cauchemar des étudiants, de leurs parents, de leurs grands-parents… le fameux numerus clausus fut établi en 1971 comme outil de régulation de la démographie médicale. Politiquement sensible – on est trois ans après 1968 –, ce contingentement par concours est rendu possible par l’alliance conjoncturelle d’un ordre des médecins, garant d’un certain malthusianisme bien entendu de la profession et de la médecine hospitalière qui, ­désormais, avec la suppression du concours de l’externat (en 1968) doit assurer la formation de tous les étudiants dans les centres hospitaliers universitaires.

Cela n’aurait pas suffi si...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-20"> ¤ Les spectateurs du Monde Festival ont pu assister à une rencontre avec le cinéaste Robert Guédiguian, samedi 6 octobre, au Théâtre des Bouffes du Nord.
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