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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-1"> ¤ Le rappeur et son frère publient le premier tome d’une série sombre d’aventure et de combat. Grand fan de BD japonaise, Gims a dû s’entourer pour mener ce projet à bien.
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« Devil’s Relics », l’intrigante incursion de Maître Gims dans le manga

Le rappeur et son frère publient le premier tome d’une série sombre d’aventure et de combat. Grand fan de BD japonaise, Gims a dû s’entourer pour mener ce projet à bien.





LE MONDE
 |    31.10.2018 à 14h09
 • Mis à jour le
31.10.2018 à 14h27
    |

            Pauline Croquet





« Pour ceux qui me suivent, un rêve de gosse fan de manga est en train de se réaliser… » C’est ainsi que le rappeur Maître Gims a annoncé sur Instagram, en juillet 2017, qu’il se lançait dans la réalisation d’un manga. Une annonce qui, assez tôt, a suscité un brin de suspicion et beaucoup de moqueries. Un nom, Devil’s Relics, et une date de sortie du premier tome, le 31 octobre, ont été précisés quelques mois plus tard.
Mais l’artiste aux plus de cinq millions d’albums vendus en France en a vu d’autres, lui qui affronte régulièrement des critiques à propos de sa musique trop commerciale ou trop variété pour une partie du rap francophone. « Son assurance insolente agace plus d’un de ses concurrents », décrivait un portrait du Monde d’avril dernier qui lui était consacré.
Pourtant, c’est avec une certaine humilité que Maître Gims s’est présenté en juillet devant le public de Japan Expo, la grand-messe française du manga, pour défendre son projet. Car s’il est le concepteur de l’idée originale avec son jeune frère Darcy, il a dû s’entourer pour la réaliser.
Quatre auteurs sur la couverture
Sur la couverture, deux éditeurs – Glénat et Fayard – et quatre noms : ceux de Gims et de son frère épaulés par l’auteur français Jean-David Morvan, qui a signé notamment les BD Nomad et Sillage, et celui de Yoshiyasu Tamura. Formé dans les écuries de la maison d’édition japonaise Shueisha, celui-ci avait quelque peu délaissé sa carrière de mangaka pour se consacrer à la peinture et enseigner en Italie.

        Voir cette publication sur Instagram           Pour ceux qui me suivent, un rêve de gosse fan de manga est en train de se réaliser... Première réunion chez Glénat ! Avec @fresh_prince93r @glenatmangaeditions /@Fayard.editions @glenatbd Jean-David Jd morvan Yoshiuasou Tamura @fudegami 🔥🔥🔥 Une publication partagée par  Maître GIMS (@maitregims) le 1 Juil. 2017 à 2 :46 PDT 

« Cette idée de manga, je l’avais depuis une quinzaine d’années. Mais Darcy, qui est encore plus fan de manga que moi, m’a permis de reprendre et terminer l’histoire », expliquait Maître Gims au public de Japan Expo. L’idée lui trotte dans la tête pendant ses études de graphisme, lui qui aime le dessin. En parallèle, sa carrière avec le groupe parisien Sexion d’Assaut commence à décoller ; il abandonne l’école et met ce projet de côté « par manque de temps ». C’est à Fayard, qui a édité en 2015 son autobiographie Vise le soleil, que le rappeur trentenaire fait part de son envie de créer un manga. La maison d’édition, qui ne publie pas de manga, contacte Glénat avec qui elle a l’habitude de coéditer certains ouvrages.

   


« Nous avons accepté de rencontrer Maître Gims et Darcy en janvier 2017. Ils se sont présentés avec un univers complet et toute une galerie de personnages. Certes, ce n’était pas construit comme un manga, mais nous avons pris conscience qu’il s’agissait d’un projet sérieux, pas d’une tocade », défend Erwan Roux, directeur éditorial adjoint et responsable de la création française en manga chez Glénat. Une décision qui n’est pas anodine : Glénat, l’un des plus gros acteurs du manga en France, est l’éditeur de One Piece et Dragon Ball, des blockbusters de la BD japonaise, et des références sacrées pour les amateurs de manga. Pour autant, elle s’est lancée depuis peu dans le manga made in France. Glénat reconnaît toutefois qu’il est assez rare qu’un projet soit simplement accepté sur un seul concept et sans scénario. Maître Gims aurait-il eu les mêmes chances sans notoriété ? Lui-même évoque cette question en conférence sans y répondre.
Une ambiance à la « Ken le survivant »
Pour travailler avec Maître Gims, Glénat fait d’abord appel à Jean-David Morvan pour le scénario. L’auteur, familier du Japon et de l’industrie du manga, recommande pour le dessin M. Tamura, l’une de ses connaissances. Entre les quatre, la sauce prend, explique Maître Gims :
« Tamura a l’ADN du manga, ce n’est pas mon cas. Il était important qu’un homme comme lui soit dans la boucle. Je lui propose des planches, des dessins, puis lui rajoute sa touche, sa magie. […] Je suis tombé amoureux de son dessin. »
Lors de la conférence à la Japan Expo, le rappeur a eu à cœur de prouver sa passion ancienne pour le 9e art nippon, avançant les inspirations de Devil’s Relics. « Pour le dessin, c’est comme Vagabond ou L’Habitant de l’infini. Au niveau technique, intrigue et scènes de combat, on se rapproche de Hunter X Hunter », résume-t-il citant des œuvres majeures du manga de samouraï des années 1990 et un shonen nekketsu, manga d’aventures pour adolescents, des plus emblématiques. Pour l’atmosphère, le chanteur décrit « un dessin réaliste, une ambiance comme dans Ken le survivant, où le désespoir est total ».

   


En ouvrant le premier tome, les lecteurs font connaissance avec Kaïs, le héros, un jeune homme qui tente de survivre dans un monde dystopique, désolé et inique où le nombre de laissés-pour-compte est grandissant et les autorités corrompues. Extrêmement fort physiquement, le jeune homme gagne quelques billets dans des combats clandestins pour aider sa tante qui l’a élevé, malgré son dégoût pour la violence. Il peut toutefois compter sur l’amitié de son amie Milena et l’admiration du jeune Magnum.
Une mécanique huilée
Dès les premières pages, le ton est donné : il s’agit bien d’un manga d’aventures sombre et de combat. Yoshiyasu Tamura exécute un dessin racé et nerveux ; chaque personnage a d’ores et déjà un style et une personnalité distincts. Kaïs est un personnage plutôt froid auquel il est difficile de s’identifier, bien que les auteurs commencent à l’ébrécher et donnent l’espoir de plus de sentiment. Les 190 premières pages visent avant tout à poser un décor, et il faudra attendre le tome 2 pour voir quelles perspectives offre l’histoire, ce qui n’est pas si rare dans le manga.

   


Pour atteindre ce résultat et envisager de délivrer trois tomes par an, une mécanique huilée s’est mise en place autour des éditeurs de Glénat. « Pour chaque tome, nous faisons une grosse réunion tous ensemble dans nos locaux qui peut durer plusieurs heures. Darcy et Gims expliquent la trame narrative, et nous les aidons pour que cela colle au style shonen qu’ils veulent insuffler, détaille Erwan Roux. Ensuite, Jean-David Morvan adapte cette trame en script. Une fois que celui-ci est validé par les frères et Glénat, nous traduisons en japonais le script pour ensuite l’envoyer à M. Tamura, qui réalise le dessin avec ses assistants. » Le responsable éditorial assure :
« Maître Gims et Darcy s’impliquent à n’importe quelle étape pour répondre aux questions, donner des détails sur les décors, les tenues, résoudre des ambiguïtés. »

   


Des références aux mangas dans sa musique
Si la démarche de Maître Gims a pu intriguer les lecteurs de manga, les fans du rappeur n’ont pas forcément été étonnés par ce projet. Celui-ci s’est souvent exprimé sur sa passion pour One Piece ou Naruto, des locomotives du manga qu’il affirmait suivre religieusement, en lisant des copies pirates pour ne pas avoir à attendre une sortie française tardive. A Canal+, il expliquait en 2013 à propos de ces séries :
« Je m’inspire pas mal des mangas… ça m’inspire tout ça, toute cette folie, ce monde déconnecté. Parce que je suis un peu perché, je suis un geek, quoi. »
Ça et là, plusieurs de ses titres comportent des références et des clins d’œil aux héros de fiction japonais. Ainsi, Wati Bon Son de Sexion d’Assaut mentionne le village de l’apprenti ninja Naruto : « Paris, c’est Konoha, bande d’imbéciles, voilà les ninjas. » L’un de ses surnoms, Meugiwara, est d’ailleurs à rapprocher de celui du héros de One Piece Luffy Mugiwara.

L’ancien pilier de la Sexion d’Assaut n’a pas besoin de percer dans le manga pour connaître notoriété et fortune, mais Glénat et Fayard ont décidé de faire de la sortie de Devil’s Relics un gros lancement, à plus de 50 000 exemplaires. Une telle tête d’affiche pourrait aussi garantir de belles ventes, comme cela a été le cas pour l’éditeur novice en manga Michel Lafon avec Ki & Hi, du très populaire youtubeur Kevin Tran. Gageons que, de son côté, Maître Gims appliquera pour le manga sa philosophie en matière de réussite musicale : « Si ça ne marchait pas pour moi, j’aurais vraiment mal vécu les critiques. Mais en fait, là, ça ne m’atteint pas. La seule chose qui m’intéresse, c’est : “Est-ce que les gens aiment ce que je fais ou non ?” »
« Devil’s Relics », de Darcy, Maître Gims, Yoshiyasu Tamura, Jean-David Morvan, Editions Glénat et Fayard, tome 1, 192 pages, 6,90 euros.

        Portrait :
         

          Maître Gims à l’école de la variété







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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-2"> ¤ Claro est baa-tououououm, baa-rououououmm, rouououmm, rouou­oum ! par la lecture de « MOAB », de Jean-Yves Jouannais.
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Le feuilleton. Accrochages

Claro est baa-tououououm, baa-rououououmm, rouououmm, rouou­oum ! par la lecture de « MOAB », de Jean-Yves Jouannais.



LE MONDE DES LIVRES
 |    31.10.2018 à 12h05
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                            Claro (Ecrivain et traducteur)








                        



                                


                            
MOAB. Epopée en 22 chants, de Jean-Yves Jouannais, Grasset, 288 p., 19 €.

Il y aurait deux façons de définir la matière d’un livre. La première consisterait à dire qu’il est la somme de tous les mots que l’auteur a ordonnés. La seconde, qu’il est la somme de tous les mots que l’auteur a ordonnés. A première vue, n’est-ce pas, la différence entre ces deux conceptions ne crève pas les yeux. Il est vrai qu’on a oublié une petite précision. On a négligé de préciser que, dans le second cas, les mots ordonnés par l’auteur ne sont pas de lui. Ainsi, un livre composé uniquement de citations, un livre fonctionnant sur le collage, entrerait dans la seconde catégorie – tout en étant néanmoins conforme à la définition de la première catégorie. En serait-il moins, pour autant, le livre d’un auteur ? Serait-il moins riche en intentions ? Moins percutant dans ses effets ? Moins cohérent ? L’acte consistant à choisir une phrase – parmi une infinité de phrases – n’est-il pas un geste aussi fort, à sa manière, que l’acte consistant à en forger une ? Avancer que copier c’est créer peut bien sûr être considéré comme un énoncé sujet à caution – mais en ce cas, cela reviendrait à nier un des fonctionnements essentiels de l’art, qui a toujours procédé par citation et montage.
Prenons deux exemples : Le Bref Eté de l’anarchie, de Hans Magnus Enzensberger (Gallimard, 1975) et Stalingrad : description d’une bataille, d’Alexander Kluge (Gallimard, 1966). Ces deux ouvrages ont pour point commun d’être tous deux composés d’énoncés prélevés ailleurs – mais ils n’en sont pas moins signés d’un nom unique. J’emprunte moi-même ces deux exemples à la postface qu’a écrite Jean-Yves Jouannais à son propre livre, MOAB, exemples qu’il donne afin de signaler non sans une certaine humilité que l’Epopée en 22 chants qu’il nous offre n’est pas sans précédent.
Donc,...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-3"> ¤ La chronique de Roger-Pol Droit, à propos de « La Sagesse espiègle », d’Alexandre Jollien.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-3"> ¤                     
                                                   
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Figures libres. Vainqueur par chaos

La chronique de Roger-Pol Droit, à propos de « La Sagesse espiègle », d’Alexandre Jollien.



LE MONDE DES LIVRES
 |    31.10.2018 à 12h00
 • Mis à jour le
31.10.2018 à 12h02
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                            Roger-Pol Droit








                        



                                


                            
La Sagesse espiègle, d’Alexandre Jollien, Gallimard, 224 p., 18 €.

« Quand on philosophe, il faut descendre dans l’antique Chaos et se trouver bien là. » Wittgenstein l’a dit. Alexandre Jollien* le rappelle, mais il transforme la portée de cette proposition. Car la descente, pour lui, ne consiste pas à plonger sous les usages habituels des mots. Son chaos est celui des pulsions, des angoisses, de l’abandon, du mépris de soi. Et « philosopher » ne veut plus dire démontrer ou démonter des échafaudages conceptuels. C’est bien plus : s’extirper des tourments d’un corps atteint, accéder à une forme de sérénité. Bref, devenir sage.
Mais comment ? En suivant quel chemin ? Au long d’une vingtaine d’années et d’une dizaine de livres, depuis Eloge de la faiblesse (Cerf, 1999) jusqu’à Vivre sans pourquoi (Seuil/L’Iconoclaste, 2015), en passant par Le Philo­sophe nu (Seuil, 2010), ces questions taraudent Alexandre Jollien. Il expérimente, tâtonne, tombe et repart, mettant ses pas dans ceux de Marc Aurèle, de Spinoza, de Nietzsche, de maîtres bouddhistes. Entre autres… Sa singularité : tenter de vivre leurs enseignements, au lieu de se contenter de les lire. Les exercices spirituels, pour lui, ne sont pas un genre littéraire, mais bien un entraînement réel, physique et affectif, une endurance quotidienne. Il désire la sagesse en acte, comme guérison, comme « grande santé », comme salut. Et il ne fait pas semblant.
Ce qui explique l’attachement de multiples lecteurs. Si étranges en effet que soient ses itinéraires, ses expérimentations, parfois même ses découragements, tous sont marqués au sceau de la sincérité. Celle-ci prend dans son nouveau livre, La Sagesse espiègle, une teinte plus sombre que le titre ne le laisse supposer. Car elle n’est pas très joyeuse, cette descente dans la dépression, le désespoir, l’addiction sexuelle. Le chercheur de sagesse...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-4"> ¤ La chronique de Barbara Cassin, à propos de « Rien d’autre sur terre », de Conor O’Callaghan.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-4"> ¤                     
                                                   
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Premier roman. Que croire en Irlande ?

La chronique de Barbara Cassin, à propos de « Rien d’autre sur terre », de Conor O’Callaghan.



LE MONDE DES LIVRES
 |    31.10.2018 à 11h57
 • Mis à jour le
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    |

                            Barbara Cassin (de l'Académie française)








                        



                                


                            
Rien d’autre sur terre (Nothing on Earth), de Conor O’Callaghan, traduit de l’anglais (Irlande) par Mona de Pracontal, Sabine Wespieser, 272 p., 21 €.

Une gamine, crasseuse, maigreuse et bien trop belle, débarque un soir chez un prêtre irlandais. Elle vient d’une drôle de famille, logée dans le pavillon-témoin d’un lotissement qui ne sort pas de terre. Ils avaient l’air d’être d’ici, mais comment ça ? En tout cas, maintenant, elle est sans voisins, sans famille, sans rien. Il y avait une mère, qui disparaît, la peut-être jumelle de la mère, qui disparaît aussi, et voilà le père, mettons professeur sans travail, qui vient de disparaître à son tour, juste comme s’ils changeaient de pièce. Disparus comme l’eau, comme l’électricité, comme la nourriture, naturellement et sans laisser de trace. Tout est normalement irréel, et il y a pourtant des bribes de réalité, des bains de soleil, une supérette, un dîner père-fille chez des voisins plus vides que nature, des ouvriers polonais amateurs de heavy metal, maisont-ils existé ? ­Surnage le nom d’un flic, Curtin, qui se confesse à la fin pour demander ou plutôt accorder pardon, comment savoir ? Des détails attestent la vérité de l’ensemble, on aimerait savoir à quoi croire.
Tache de sang sur le matelas
Impossible ! Tout ça est un récit de récit, un non-récit de non-récit. Il est, au final, raconté, comme confessé, par le prêtre. Ce prêtre qui n’a pas, qui ne pas, ça non. Lui, non, rien. Heureusement qu’il avait une vraie femme de ménage pour coucher la petite et lui expliquer, à lui curé, qu’elle a ses fleurs, sinon d’où viendrait la tache de sang sur le matelas repérée par les flics ? Mais la femme de ménage est rentrée chez elle au lieu de rester comme prévu. Et la gamine, que les gendarmes ont laissée dormir chez lui, a frappé à la chambre du Père (on frappe beaucoup dans ces maisons), elle a tambouriné, appelé. Comment ouvrirait-il, voyons, lui qui ne pas ?
Elle...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-5"> ¤ Dans « Kanaky », Joseph Andras a enquêté sur Alphonse Dianou, tué en 1988 lors de l’assaut d’Ouvéa.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-5"> ¤                     
                                                   
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Un indépendantiste kanak ordinaire

Dans « Kanaky », Joseph Andras a enquêté sur Alphonse Dianou, tué en 1988 lors de l’assaut d’Ouvéa.



LE MONDE DES LIVRES
 |    31.10.2018 à 11h52
 • Mis à jour le
31.10.2018 à 13h35
    |

                            Gladys Marivat (Collaboratrice du « Monde des livres »)








                        



                                


                            
Kanaky. Sur les traces d’Alphonse Dianou, de Joseph Andras, Actes Sud, 304 p., 21 €.

Chercher le point de bascule, quand la personne que l’on croyait connaître devient quelqu’un d’autre. Telle est l’obsession au cœur du récit tortueux de Joseph Andras. Le héros de Kanaky est Alphonse Dianou – Kahnyapa Dianou, de son nom mélanésien. Du 22 avril au 5 mai 1988, sur l’atoll d’Ouvéa, en Nouvelle-Calédonie, cet indépendantiste de 28 ans a mené l’occupation d’une gendarmerie, au cours de laquelle quatre gendarmes ont été tués, puis une prise d’otages dans une grotte. L’intervention de l’armée française s’est soldée par 21 morts, dont 19 Kanak. Dont lui.

Qui était Alphonse Dianou ? Trente mois durant, l’écrivain, né en 1984, a mené l’enquête. Il a rencontré sa veuve et son fils, ceux qui l’ont connu ou étaient à ses côtés dans la grotte. De l’indépendantiste « sanguinaire » et « sans pitié » décrit dans la presse, l’écrivain ne retrouve rien. Ses proches évoquent un homme calme, admiratif de Gandhi et prônant la non-violence. Mélomane, ­ancien séminariste, Dianou finit par s’engager dans la lutte pacifique pour l’indépendance. Jusqu’au jour où il est arrêté lors d’une manifestation à Nouméa. A son compagnon de cellule, retrouvé par Andras, Dianou déclare : « Quand je sors de prison, je prends un fusil. »
Témoignages contradictoires
On peut reprocher à l’auteur du ­livre un parti pris en faveur des Kanak dans ses choix d’interviews. Il paraît l’assumer, rappelant que parmi les dizaines d’ouvrages sur Ouvéa, aucun n’a été écrit par un ­Kanak. Volontiers lyrique quand il décrit la cosmo­gonie traditionnelle, pleure avec ceux qu’il écoute ou fait revivre la grande révolte de 1878, Joseph Andras se montre aussi extrêmement précis dans les faits et propos rapportés. Ainsi des chapitres où il juxtapose des témoignages contradictoires, notamment sur la mort...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-6"> ¤ Un peu d’histoire à l’approche du référendum sur l’indépendance du territoire d’outre-mer, le 4 novembre. Frédéric Angleviel en signe une passionnante.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-6"> ¤                     
                                                   
édition abonné


Nouvelle-Calédonie, 3 200 ans plus tard

Un peu d’histoire à l’approche du référendum sur l’indépendance du territoire d’outre-mer, le 4 novembre. Frédéric Angleviel en signe une passionnante.



LE MONDE DES LIVRES
 |    31.10.2018 à 11h44
 • Mis à jour le
31.10.2018 à 16h01
    |

                            Florent Georgesco








                        



                                


                            
La France aux antipodes. Histoire de la Nouvelle-Calédonie, de Frédéric Angleviel, Vendémiaire, « Chroniques », 394 p., 25 €.

Frédéric Angleviel, qui a longtemps enseigné à l’université de la Nouvelle-Calédonie (Nouméa), est historien, spécialiste de l’Océanie francophone. Il publie La France aux antipodes. Histoire de la Nouvelle-Calédonie, première synthèse générale de l’histoire de la collectivité française de Mélanésie, appelée à se prononcer par référendum, le 4 novembre, sur son indépendance.
Que sait-on des premiers habitants de la Nouvelle-Calédonie ?
L’archipel a commencé à être peuplé il y a 3 200 ans, par de petits groupes de personnes originaires d’Asie du Sud-Est qu’on appelle les « Austronésiens ». Mais il n’y avait pas d’écriture, donc c’est une histoire difficile à connaître. Ce que l’on peut dire, à partir des travaux des archéologues, c’est que, jusqu’à l’an mille de notre ère, il y avait une population assez faible, évidemment arrivée par la mer, qui s’est d’abord installée sur les rivages, puis, progressivement, dans l’intérieur de la Grande Terre [l’île principale de l’archipel calédonien].
Ensuite, la population s’accroît. Il y a une intensification de l’agriculture. On commence à aller chercher l’eau dans les montagnes, avec un système de tuyaux et de terrasses : les tarodières irriguées. L’organisation politique devient plus complexe, plus hiérarchisée. Certaines tribus se regroupent en grandes chefferies.
Peut-on, à partir de cette mutation, commencer à parler de peuple kanak ?
L’un des principaux archéologues de la Nouvelle-Calédonie, Christophe Sand, considère en effet que c’est à ce moment-là qu’apparaît le « complexe culturel traditionnel kanak ». Mais le mot n’est alors utilisé que par les Européens, qui ont appelé les habitants ainsi quand ils sont arrivés....




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-7"> ¤ Le Moyen Age ne condamnait pas à tort et à travers, explique l’historienne Claude Gauvard, qui démontre le lien entre sentence de mort et affirmation de l’Etat.
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Histoire. Peine capitale, pas si médiévale

Le Moyen Age ne condamnait pas à tort et à travers, explique l’historienne Claude Gauvard, qui démontre le lien entre sentence de mort et affirmation de l’Etat.



LE MONDE DES LIVRES
 |    31.10.2018 à 11h34
 • Mis à jour le
31.10.2018 à 11h44
    |

                            Marie Dejoux (Historienne et collaboratrice du « Monde des livres »)








                        



                                


                            

Condamner à mort au Moyen Age, de Claude Gauvard, PUF, 368 p., 24 €.
Trente-sept ans après l’abolition de la peine de mort en France, le titre du nouveau livre de Claude Gauvard, Condamner à mort au Moyen Age, fait instantanément surgir de sombres images. Celle des pendus de François Villon, ou des roués et des écartelés en place publique, visions d’horreur d’un Moyen Age par essence cruel et violent. Pourtant, la roue et l’écartèlement sont, comme les sorcières, davantage modernes que médiévaux. Sans doute sommes-nous influencés par la vision fantasmée des médiévaux eux-mêmes, qui aimaient à orner les tympans de leurs églises de spectaculaires décapitations de martyrs.

Dans cet ouvrage longtemps attendu, Claude Gauvard, née en 1942, spécialiste de l’histoire de la justice et de la criminalité (et auteure, notamment, du Dictionnaire de l’historien, avec Jean-François Sirinelli, PUF, 2015), invite à revoir nos préjugés, à commencer par la fréquence des exécutions capitales au Moyen Age. Certes, les sources judiciaires sont peu bavardes avant le XIIIe siècle, mais les données rassemblées montrent que les exécutions – ordonnées pour punir des crimes ou de simples délits, comme le vol ou la fabrication de fausse monnaie – sont rares : une tous les quatre ans à Lyon et, dans les cas extrêmes que sont la Normandie ou le Comtat Venaissin, une par an, contre dix au Texas en 2018. A la peine capitale, le Moyen Age préfère une mort symbolique, le bannissement ou l’amende, voire la composition entre les parties, hors du tribunal.
Le public, garant de la bonne mise en œuvre du rituel
L’infamie du bourreau est elle aussi questionnée par l’au­teure. Essentiellement porteuse d’incapacité juridique, elle ne prive pas de reconnaissance sociale, comme le prouve le titre de « maître », souvent accolé à son nom. De même, le public, longtemps accusé de voyeurisme, retrouve...




                        

                        


<article-nb="2018/10/31/17-8">
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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-8"> ¤ L’historien embrasse l’histoire sociale de la capitale française comme haut lieu de l’amour et du sexe.
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Pour Paris canaille, suivez Dominique Kalifa

L’historien embrasse l’histoire sociale de la capitale française comme haut lieu de l’amour et du sexe.



LE MONDE DES LIVRES
 |    31.10.2018 à 10h31
 • Mis à jour le
31.10.2018 à 10h49
    |

                            Pierre Karila-Cohen (Historien et collaborateur du « Monde des livres »)








                        



                                


                            
Paris. Une histoire érotique, d’Offenbach aux Sixties, de Dominique Kalifa, Payot, « Une histoire érotique », 300 p., 21 €.

Voici un beau livre qu’apprécieront les amoureux qui se bécotent sur les bancs publics comme les passants honnêtes qui leur jettent des regards obliques. Les uns et les autres comprendront en le lisant comment est né un imaginaire social encore très puissant, qui a fait de Paris une des capitales mondiales, voire la capitale mondiale, des passions éphémères ou plus durables, le lieu par excellence du baiser amoureux, des liaisons adultères et de toutes les formes d’érotisme.
Cette association si puissante entre une ville, des sentiments et des pratiques a trouvé un historien en la personne de Dominique Kalifa, qui livre avec ce Paris une étude aussi minutieuse que plaisante. Délaissant l’univers du crime et des bas-fonds qu’il a inlassablement parcouru pendant plus de vingt-cinq ans (L’Encre et le Sang, Fayard, 1995 ; Les Bas-Fonds, Seuil, 2013 ; Tu entreras dans le siècle en lisant Fantômas, Vendémiaire, 2017…), ce grand spécialiste d’histoire culturelle, s’il aborde ici une thématique en apparence plus légère, continue de décortiquer avec finesse les ressorts méconnus de nos sociétés contemporaines.
Les portes cochères
Pour Dominique Kalifa, l’imaginaire social liant Paris à l’amour et au sexe s’est construit au cours du siècle qui sépare les travaux d’Haussmann, dans les années 1850, aux nouvelles transformations de Paris réalisées durant les années 1960. Dans le Paris du Second Empire, cafés, boulevards, bois et jardins constituèrent des lieux de rencontre que les romans, la presse et même certains guides touristiques ne cessèrent de mettre en scène. Bals populaires et bals de société connurent un apogée dans cette seconde moitié du siècle, entraînant liaisons, mariages et séparations.
Au-delà, c’est une véritable...




                        

                        


<article-nb="2018/10/31/17-9">
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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-9"> ¤ Dans « Isidore et les autres », l’écrivaine a trouvé le ton juste, doux-amer, pour incarner le benjamin d’une famille névrosée.
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Camille Bordas fait son jeune homme

Dans « Isidore et les autres », l’écrivaine a trouvé le ton juste, doux-amer, pour incarner le benjamin d’une famille névrosée.



LE MONDE DES LIVRES
 |    31.10.2018 à 10h14
 • Mis à jour le
31.10.2018 à 10h23
    |

                            Florence Bouchy (Collaboratrice du « Monde des livres »)








                        



                                


                            
Isidore et les autres, de Camille Bordas, Inculte, 414 p., 19,90 €.

Sur le plan scolaire, les cinq premiers enfants de la famille Mazal peuvent être considérés comme des surdoués. Ils remplissent des dossiers de candidature en classe prépa quand les enfants de leur âge sont encore au collège. Ils cherchent un nouveau sujet de thèse à peine leur premier doctorat obtenu. Rien ne leur plaît tant, lorsqu’ils sont réunis, que d’organiser une « soirée condescendance ». Quoi de plus drôle, eneffet, que de pointer l’étroitesse d’esprit de ceux qui n’ont jamais lu Aristote, Deleuze et Bourdieu ? Ou de relever les naïvetés et maladresses d’un photographe amateur qui ne connaîtrait pas en détail l’histoire de l’art ? Sûrs de leur bon goût comme de leur intelligence, ils ne doutent pas un instant de leur capacité à réussir leur vie. Aucune difficulté ne devrait leur résister, puisqu’ils ont toutes les clés pour comprendre le monde qui les entoure. Encore faudrait-il, bien sûr, qu’ils y prêtent attention. Le réel, on s’en doute, va se rappeler à eux avec brutalité.
La satire pourrait s’annoncer féroce. Elle est, sous la plume de Camille Bordas, douce-amère. Comme si l’auteure réévaluait, plutôt qu’elle ne les reniait, des codes et des valeurs qu’elle avait elle-même, un temps, adoptés. Ni anti-intellectualiste ni empreint d’excessifs bons sentiments, Isidore et les autres est tout simplement un roman vivifiant. Un texte en apparence léger, qui ausculte pourtant avec une généreuse lucidité la façon dont chacun des personnages – chacun de nous, aussi bien – organise le passage des livres à la vie, et inversement. Si la culture académique et sa prétention à tout expliquer sont égratignées, la tonalité du roman n’est en rien désenchantée. Le tableau que la jeune romancière (née en 1987) brosse de cette famille d’intellectuels névrosés, mal à l’aise avec les émotions, est suffisamment impressionniste...




                        

                        


<article-nb="2018/10/31/17-10">
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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-10"> ¤ Jacob, poète yéménite homosexuel, lutte contre ses démons, la violence et la mort. Audacieux « Ange de l’histoire » de l’écrivain libano-américain.
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Les guerres perdues de Rabih Alameddine

Jacob, poète yéménite homosexuel, lutte contre ses démons, la violence et la mort. Audacieux « Ange de l’histoire » de l’écrivain libano-américain.



LE MONDE DES LIVRES
 |    31.10.2018 à 10h09
 • Mis à jour le
31.10.2018 à 10h20
    |

                            Eglal Errera (Collaboratrice du « Monde des livres »)








                        



                                


                            
L’Ange de l’histoire (The Angel of History), de Rabih Alameddine, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Nicolas Richard, Les Escales, 388 p., 21,90 €.

A Paris, au printemps 1940, quelques mois avant de se donner la mort, Walter Benjamin rédige ce qui deviendra Sur le concept d’histoire, une suite d’aphorismes parmi lesquels l’emblématique évocation du tableau de Paul Klee, Angelus Novus (1920) : « Il représente un ange (…). Ses yeux sont écarquillés, sa bouche ouverte, ses ailes déployées. C’est à cela que doit ressembler l’ange de l’histoire. Il a le visage tourné vers le passé. Là où nous apparaît une chaîne d’événements, il ne voit, lui, qu’une seule et unique catastrophe, qui ne cesse d’amonceler ruines sur ruines et les jette à ses pieds. »
Cette vision d’apocalypse semble avoir été écrite pour Rabih Alameddine, né en 1959 et auteur, notamment de Hakawati (Flammarion, 2009), qui pourrait bien s’en être inspiré pour son nouveau roman. Jusqu’au titre de celui-ci, L’Ange de l’histoire, que l’écrivain libano-américain a choisi pour ce récit, hanté par le passé et absolument désespéré, d’une existence placée sous le sceau de la mort, de l’ostracisme et de l’exil.
L’histoire en question se déroule au cours d’une seule et unique nuit, aux urgences d’un hôpital psychiatrique de San Francisco où s’est rendu Jacob, un poète d’origine yéménite établi en Californie, violemment ébranlé par les dernières et insoutenables images qui lui sont parvenues de son Moyen-Orient natal – en particulier celles d’une enfant syrienne de 3 ans, mortellement blessée et dont les derniers mots – « Je vais tout raconter à Dieu » – l’ont ravagé.
Pages pudiques
Plus encore, ce sont les échos d’une autre guerre qui viennent peupler la nuit du poète : l’épidémie de sida dont l’assaut a emporté ses amis, notamment Doc, son grand amour, qu’il ne se...




                        

                        


<article-nb="2018/10/31/17-11">
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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-11"> ¤ L’une a perdu sa fille, l’autre élimine « les ennemis de la France ». Et toutes deux trouvent comment vivre avec ça. Denis Soula, optimiste.
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Denis Soula dans la peau de deux femmes

L’une a perdu sa fille, l’autre élimine « les ennemis de la France ». Et toutes deux trouvent comment vivre avec ça. Denis Soula, optimiste.



LE MONDE DES LIVRES
 |    31.10.2018 à 09h55
 • Mis à jour le
31.10.2018 à 10h17
    |

                            Maylis Besserie (Collaboratrice du « Monde des livres »)








                        



                                


                            
Deux femmes, de Denis Soula, Joëlle Losfeld, 120 p., 12,50 €.

C’est la chronique de deux vies qui n’ont d’autre choix que de s’accommoder de la mort. L’une a vécu celle de sa fille, l’autre – tireuse d’élite – la donne au quotidien. Deux femmes confronte l’existence à sa fin, histoire de voir ce qu’il en reste lorsque les malheurs s’y empilent. Denis Soula poursuit son exploration de la vie intérieure de personnages féminins, à laquelle Mektoub et Les Frangines (Joëlle Losfeld, 2012 et 2015), ses deux précédents romans, avaient déjà ouvert la voie. Il en confie cette fois les rênes à deux narratrices dont les parcours croisés se heurtent à la même question existentielle : que reste-t-il de bon à vivre lorsqu’on a été traversé par des drames ?
Un regard littéraire empathique et engagé
« Je suis en jupe, le vent cingle mes jambes. » Denis Soula change de genre, comme d’autres changent de nom, et écrit l’histoire des femmes comme s’il les était toutes. Deux femmes déploie une écriture que le féminin rend universelle. Un regard littéraire empathique et engagé, qui guide tout autant le propos que la dramaturgie. Les héroïnes de Deux femmes parlent peu, l’auteur prend donc le parti – par une narration aux tonalités de journal intime – de les comprendre de l’intérieur. « La plupart du temps, je reste en tête à tête avec ma peine (…). Je réponds, mais c’est de l’automatique, du congelé. »
La première narratrice (celle des chapitres impairs) est une mère qui s’accroche à la fille qui lui reste. L’écriture nous transporte dans son quotidien rétréci où résonnent, sans cesse, la perte et « les solitudes » des endeuillés. Pour faire face et « occuper le champ de bataille », l’héroïne s’appuie sur les quelques béquilles qui rendent la vie supportable. Parmi elles, la musique, remède à tout, et la moto – pour...




                        

                        


<article-nb="2018/10/31/17-12">
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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-12"> ¤ La philosophe, invitée au Forum philo, évoque ce que permet la philosophie : conduire, sur soi et  sur le présent, une réflexion critique irremplaçable.
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Forum philo. Enseigner, écrire, s’engager, par Corine Pelluchon

La philosophe, invitée au Forum philo, évoque ce que permet la philosophie : conduire, sur soi et  sur le présent, une réflexion critique irremplaçable.



LE MONDE DES LIVRES
 |    31.10.2018 à 09h47
 • Mis à jour le
31.10.2018 à 10h15
    |

                            Corine Pelluchon (Philosophe)








                        



                                


                            


L’étude des grands textes de la philosophie, l’analyse des notions centrales qui cartographient le réel, couvrent diverses régions du savoir et éclairent la condition humaine nous aident à prendre de la distance avec nous-mêmes et avec notre époque. Quand les soignants auxquels j’enseigne disent que L’Ethique à Nicomaque, d’Aristote, nourrit leur réflexion sur la temporalité de la décision d’arrêt des traitements en réa­nimation-anesthésie ou sur le choix d’une thérapeutique proportionnée à l’état d’un malade, ils reconnaissent que le problème de la conduite juste à avoir face à des cas singuliers traverse les ­siècles et que nos technologies les plus sophistiquées n’ont pas suffi à le résoudre. Nous ne sommes pas plus sages que les Anciens, bien que nous disposions d’outils nous rendant très savants sur des détails. Nous sommes même souvent ignorants des fins essentielles, comme lorsque nous avons les yeux rivés sur les moyens et que nous ne savons plus à qui ils sont utiles.
Une discipline subversive
L’un des apports irremplaçables de la philosophie à la formation du jugement et du caractère tient à la réflexion critique qu’elle permet de conduire sur soi et sur le présent. La recherche de l’argument le plus pertinent, même s’il va à l’encontre de ses intérêts, creuse un écart entre soi et soi qui fait disparaître certaines certitudes, mais aide aussi à acquérir les traits moraux indispensables à la délibération, c’est-à-dire à la confrontation aux autres, à l’institution progressive du bien commun et à la formulation des défis et des tâches pouvant définir une époque. A un moment où beaucoup de têtes médiatiques sont tentées de traduire en termes identitaires les enjeux du présent, une discipline qui promeut l’émancipation du sujet et cultive son aptitude à faire un pas de côté est nécessaire et totalement subversive.

Pourtant, cet idéal n’est pas toujours réalisé. La philosophie, parce qu’elle s’adresse à l’intelligence...




                        

                        


<article-nb="2018/10/31/17-13">
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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-13"> ¤ La sinologue et professeure au Collège de France, invitée au Forum philo, évoque la place de la philosophie, concept importé d’Occident, en Chine.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-13"> ¤                     
                                                   
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Forum philo. Philosophes, les Chinois ?, par Anne Cheng

La sinologue et professeure au Collège de France, invitée au Forum philo, évoque la place de la philosophie, concept importé d’Occident, en Chine.



LE MONDE DES LIVRES
 |    31.10.2018 à 09h39
 • Mis à jour le
31.10.2018 à 10h13
    |

                            Anne Cheng (Sinologue, professeure au Collège de France)








                        



                                


                            

De toute évidence, la philosophie a un problème avec la Chine. Ou serait-ce la Chine qui a un problème avec la philosophie ? Au siècle des Lumières, notre Voltaire national, reprenant l’idée des jésuites d’un « Confucius philosophe des Chinois », avait bien déclaré la Chine « nation philosophique » par excellence, mais, depuis que Montesquieu a qualifié le régime politique chinois de despotique et que Hegel a décrété que « ce qui est oriental doit s’exclure de l’histoire de la philosophie », la question du rapport de la Chine à la philosophie n’a pas cessé de nous empoisonner l’existence. Les professionnels ou professeurs de philosophie de l’Europe du XIXe siècle – et encore un bon nombre aujourd’hui – en sont même arrivés au diagnostic qu’il est tout bonnement impossible de philosopher dans une langue comme le chinois, « si peu précise qu’elle n’a ni préposition, ni désignation de cas, des mots sont mis plutôt les uns à côté des autres. Les déterminations demeurent ainsi dans l’indétermination » (dixit Hegel).
Un mode revendicatif
Comment donc peut-on parler de philosophie et comment peut-on être philosophe en Chine ? La question a été agitée à maintes reprises dans la Chine moderne du XXe siècle, à la suite de l’invention du mot « philosophie » au Japon (tetsugaku, repris en Chine sous la forme de zhexue). Il y a eu d’abord la rédaction d’« histoires de la philosophie chinoise » à partir des années 1920, puis l’apparition d’entreprises philosophiques monumentales dues à des intellectuels de Taïwan et de Hongkong tels que Mou Zongsan dans les années 1950 et enfin, plus récemment, au début des années 2000, un vaste débat animé par des universitaires de la République populaire sur la « légitimité de la philosophie chinoise ». Aujourd’hui, des intellectuels chinois n’hésitent plus à se présenter comme philosophes, souvent sur un mode revendicatif propre au discours d’auto-assertion...




                        

                        


<article-nb="2018/10/31/17-14">
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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-14"> ¤ L’écrivain, invité du Forum philo, signe « Devant la beauté de la nature », dans lequel il examine la place de la splendeur du monde dans l’humain, et inversement.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-14"> ¤                     
                                                   
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Forum philo. La philosophie naturelle d’Alexandre Lacroix

L’écrivain, invité du Forum philo, signe « Devant la beauté de la nature », dans lequel il examine la place de la splendeur du monde dans l’humain, et inversement.



LE MONDE DES LIVRES
 |    31.10.2018 à 09h20
 • Mis à jour le
31.10.2018 à 10h10
    |

                            Florent Georgesco








                        



                                


                            

Devant la beauté de la nature, d’Alexandre Lacroix, Allary, 444 p., 22,90 €.

Nous en avons trop l’habitude pour y penser sérieusement. A moins que nos sens ne soient émoussés, notre esprit embrumé, et que nous ne sachions plus voir. La nature, objet de tant de nos angoisses aujourd’hui, peut-elle demeurer aussi, et d’abord, avant l’angoisse, et en son cœur même, une cause d’émerveillement ? La beauté s’offre autour de nous avec profusion, et nous vivons en somnambules. Tel est le point de départ de l’enquête philosophique mêlée de notations autobiographiques qu’Alexandre Lacroix, directeur de la rédaction de Philosophie Magazine, consacre à une question à la fois centrale et peu fréquentée : celle de la place qu’occupe dans nos vies la splendeur du monde.
Voyage à travers les souvenirs de l’auteur
Pourquoi est-elle capable de nous bouleverser ? Comment décidons-nous de ce qui, dans un paysage, est beau ou ne l’est pas ? Par quels moyens sommes-nous capables de percevoir et de ressentir cette beauté ? Devant la beauté de la nature se présente comme un tableau d’ensemble des variations que la question initiale induit ou, si l’on veut, comme une courbe tracée entre le saisissement intime face à la nature et la question métaphysique de notre place en elle. Courbe qui prend aussi la forme d’un voyage à travers les souvenirs de l’auteur, d’un coucher de soleil à un autre, de la mer Egée aux collines du Lubéron. Une pensée de la nature ne peut s’accomplir en s’en tenant à l’abstraction. Elle est pensée engagée dans la matière, pensée d’un corps qui éprouve et expérimente avant de connaître, dans l’incertitude radicale des émotions, des intuitions tâtonnantes.

Ainsi une question que le fils d’Alexandre Lacroix lui pose, en franchissant un col, sur les capacités de l’œil humain rejoint les thèses de Descartes sur la collaboration de l’esprit et de l’œil dans...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-15"> ¤ Invité du Forum philo, il est à la fois philosophe et comédien, la place idéale pour répondre à la question : « Tous ­philosophes ? ».
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-15"> ¤                     
                                                   
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Forum philo. Yves Cusset : « Le rire a le merveilleux pouvoir de susciter de la pensée »

Invité du Forum philo, il est à la fois philosophe et comédien, la place idéale pour répondre à la question : « Tous ­philosophes ? ».



LE MONDE DES LIVRES
 |    31.10.2018 à 09h07
 • Mis à jour le
31.10.2018 à 10h11
    |

            Jean Birnbaum








                        



                                


                            

Philosophe et comédien, Yves Cusset est l’auteur de plusieurs essais mais aussi de spectacles où il fait de l’humour un geste de pensée. Son nouveau livre, Cent façons de ne pas accueillir un migrant, se présente comme un « abécédaire parodique » signé par un ancien diplomate qui aurait longtemps partagé les « préjugés pro-migrants » avant d’embrasser les vues « patriotiques ».

Pour vous, la question « Tous philosophes ? » se pose-t-elle de la même manière sur scène et à l’écrit ?
Yves Cusset.- Même quand le philosophe parle, il écrit déjà. Nous sommes tous un peu philosophes quand nous nous mettons à démontrer, et même si cela s’accomplit en public devant un auditoire, sur une « scène » si l’on veut, ce n’est pas du théâtre, c’est de l’écriture en puissance. Si l’on se pose philosophiquement la question « Tous philosophes ? », il est probable que l’on va argumenter par exemple autour de la question de savoir si nous avons tous une propension naturelle à l’étonnement.
Mais quand je dis, dans mon spectacle d’humour philosophique, Rien ne sert d’exister : « J’ai commencé la philosophie dans le ventre de ma mère, j’avais une position fœtale en forme de point d’interrogation… Ce que les médecins ont appelé dans leur jargon la grossesse in utero gation », je ne démontre rien, je m’amuse avec l’idée d’un naturel philosophe. Pour moi, ce sont là deux manières que l’on peut tous avoir d’être philosophes et de retrouver une certaine naïveté du rapport au monde et à soi : en étant clowns, en faisant de toute chose objet d’amusement, matière à jouer, d’un côté, et de l’autre, en s’interrogeant, en s’étonnant de ce qui est, pour en faire matière à penser et argumenter, donc à écrire.
Une scène, un auditoire, un spectacle du doute… On dit parfois que cette dramaturgie du « tous philosophes » est une singularité française,...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-16"> ¤ L’éditorial de Jean Birbaum pour le 30e Forum philo « Le Monde » Le Mans, qui se tient les 9, 10 et 11 novembre 2018.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-16"> ¤                     
                                                   
      

Pop philo, trentième !

L’éditorial de Jean Birbaum pour le 30e Forum philo « Le Monde » Le Mans, qui se tient les 9, 10 et 11 novembre 2018.



LE MONDE DES LIVRES
 |    31.10.2018 à 07h45
 • Mis à jour le
31.10.2018 à 07h53
    |

            Jean Birnbaum








                        



   


Au début, on pouvait croire à une mode passagère. Et puis la vogue est devenue lame de fond : aujourd’hui, l’amour de la philosophie constitue une passion partagée. Depuis le foisonnement des cafés philo jusqu’à la multiplication des rencontres publiques, l’enthousiasme est manifeste. Comme si notre société renouait avec une promesse des Lumières, que Diderot résumait ainsi : « Hâtons-nous de rendre la philosophie populaire. »

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                Forum philo. « Tous philosophes ? »



Sur cette scène, le Forum philo Le Monde Le Mans a joué un rôle précurseur. Créé en 1989, il s’est d’emblée imposé comme un lieu d’échange généreux et exigeant. Alors qu’il s’apprête à fêter sa 30e édition devant des milliers de personnes, et notamment des centaines de lycéens, ce Forum doit reposer à nouveaux frais la question qui l’a vu naître : « Tous philosophes ? »
Une éthique en actes
Il y a là une réflexion critique, bien sûr, puisque cette espérance menace sans cesse de nourrir le marketing démagogique du « développement personnel ». Une réflexion politique, également, notamment sur le rôle souvent ignoré que jouent les femmes dans ce théâtre de la pensée. Une réflexion pédagogique, encore : en France, le pays de Voltaire et de Sartre, celui de la philo en terminale aussi, nous sommes nombreux à garder en tête la voix de l’enseignant(e) qui nous a ouvert l’esprit en nous mettant dans les pas d’Aristote ou de Pascal. Une réflexion historique, enfin : qu’en est-il ailleurs dans le monde, en ­Afrique, en Chine ou en Iran ? Autant de questions que nous poserons lors de cette édition anniversaire.

        Lire aussi :
         

                30e Forum philo « Le Monde » Le Mans. Demandez le programme !



Avec, sans cesse à l’esprit, la conviction que la pratique de la philosophie nous amène à défaire nos certitudes et à nous bricoler une éthique en actes, qui nous permet de tenir bon, de nous tenir bien : apprendre à philosopher, c’est apprendre à être libre. En ces temps de désarroi, voilà une urgence collective, un impératif pour tous.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-17"> ¤ Le philosophe et journaliste Roger-Pol Droit, cofondateur du Forum philo, prononcera, le 9 novembre 2018 au Mans, la leçon inaugurale de la 30e édition. Extraits.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-17"> ¤                     
                                                   
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Forum philo. « Tous philosophes ? »

Le philosophe et journaliste Roger-Pol Droit, cofondateur du Forum philo, prononcera, le 9 novembre 2018 au Mans, la leçon inaugurale de la 30e édition. Extraits.



LE MONDE DES LIVRES
 |    31.10.2018 à 07h45
 • Mis à jour le
31.10.2018 à 07h51
    |

                            Roger-Pol Droit








                        



                                


                            

Imaginez l’humanité composée soudain de philosophes uniquement. Au premier abord, quelle merveille ! Tout le monde vit enfin sous le contrôle de la raison et fait passer le bien commun avant ses intérêts. Chacun tient ses passions en bride, concourt au règne de la justice. La vérité guide les existences.
L’essentiel de la philosophie, son moteur et son but, consiste-t-il à « faire dépendre la vie du vrai » ? Juvénal, poète latin, invente la formule (« Vitam impendere vero »), dont Rousseau fait sa devise en 1758. Socrate, Platon, Aristote et tant d’autres avaient déjà dit la même chose avec d’autres mots. C’est pourquoi on suppose, si tous étaient philosophes, que les guerres s’éteindraient comme des erreurs anciennes. La tolérance deviendrait souveraine. L’homme ne serait plus un loup pour l’homme. La fraternité plus un mot vide mais un fait réel. Le bonheur, cet inconnu, prendrait un visage familier. Le rêve…

Trop beau, trop simple, trop clair. En effet, si cent textes répètent que tout le monde peut devenir philosophe, cent autres soutiennent que certains seulement y parviennent, peu nombreux, ultra-minoritaires. Tous en sont capables, jamais tous n’y arrivent… pourquoi ?
Pis : il se peut que les philosophes n’existent pas. Qu’ils soient seulement des horizons, des tentatives. Les stoïciens, par exemple, parlent sans cesse du sage en soulignant qu’aucun homme ne l’a jamais été. La figure du sage est un idéal régulateur, une fiction pour avancer. Le philosophe serait-il du même ordre ?
Voilà donc la question de départ : comment comprendre que tout un chacun soit supposé capable d’atteindre un état dont on dit, aussi, qu’il n’existe pas, et que très rares sont ceux qui s’en approchent ?
Que veut dire « tous » ?
Tout humain est en mesure de savoir ce qui est vrai, à condition d’y appliquer son esprit comme il faut. Penser juste n’est jamais question d’instruction, de classe sociale ni de nationalité....




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-18"> ¤ Les 9, 10 et 11 novembre, trois jours d’échanges entre des intellectuels et des écrivains sur le thème : « Tous philosophes ? ». Les horaires. Les intervenants. Les informations pratiques.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-18"> ¤                     
                                                

30e Forum philo « Le Monde » Le Mans. Demandez le programme !

Les 9, 10 et 11 novembre, trois jours d’échanges entre des intellectuels et des écrivains sur le thème : « Tous philosophes ? ». Les horaires. Les intervenants. Les informations pratiques.



LE MONDE DES LIVRES
 |    31.10.2018 à 07h45
 • Mis à jour le
31.10.2018 à 08h55
   





                        


Suivez en direct sur Lemonde.fr l’intégralité des rencontres et des débats du Forum philo

   


Depuis sa fondation, en 1989, le Forum philo Le Monde Le Mans demeure fidèle à une même vocation : conjuguer l’exigence de la réflexion et le débat citoyen pour penser une question de portée philosophique en résonance aussi bien avec l’actualité qu’avec nos préoccupations quotidiennes. Trois jours durant, des intellectuels, des scientifiques, des écrivains, des artistes… dialoguent dans un esprit de transmission et de pédagogie.
Entrée libre et gratuite. Palais des congrès et de la culture du Mans.

        Lire aussi :
         

                Pop philo, trentième !



 Vendredi 9 novembre
9 h 30 introduction
10 heures leçon inaugurale, par Roger-Pol Droit
Tous, un petit nombre ou personne ?
Tous les êtres parlants peuvent s’interroger sur ce qu’ils disent et pensent. Donc tous peuvent être philosophes. Voilà une constante du discours philosophique, depuis Socrate, et le petit esclave du Ménon, jusqu’aux rêves de philosophie populaire des Lumières à nos jours, en passant par Descartes et le bon sens comme « chose du monde la mieux partagée ». Pourtant, seuls quelques-uns deviennent effectivement philosophes. Une autre constante des philosophes est de souligner leur rareté, leur faible nombre, de Diogène à Voltaire et à nos contemporains. Comment tenir ensemble ces affirmations ? Et comment les combiner avec cette dernière constante, elle aussi bien attestée : les philosophes, en fait, n’existent peut-être pas ?
11 heures pause
11 h 15 – 12 h 15 forum
Philosopher, une vocation universelle ?
15 heures Cynthia Fleury, philosophe
15 h 30 Francis Wolff, philosophe
16 heures Elsa Dorlin, philosophe
16 h 30 pause
16 h 45 – 17 h 45 forum
Samedi 10 novembre
La France, un cas d’école ?
9 h 30 Jean-Louis Fabiani, sociologue
10 heures Corine Pelluchon, philosophe
10 h 30 Jacques Darriulat, philosophe
11 heures Loïc de Kerimel, professeur de philosophie
11 h 30 pause
11 h 45 – 12 h 45 forum
Pensées d’ailleurs
15 heures Anne Cheng, sinologue
15 h 30 Anoush Ganjipour, philosophe
16 heures Yala Kisukidi, philosophe
16 h 30 pause
16 h 45 - 17 h 45 forum
20 h 30 
Soirée spéciale
Spectacle d’Yves Cusset : La Philosophie enseignée à ma chouette, avec Sarah Gabillon et Yves Cusset 

   


La Philosophie enseignée à ma chouette est un voyage initiatique, absurde et drôle, au pays des idées philosophiques, sous la houlette d’un duo de conférenciers, aussi improbable qu’irrésistible, qui animent à leur manière leur université populaire foldingue. Ici, le plaisir de jouer avec les mots et de faire déraper la pensée peut être considéré comme l’un des beaux-arts ! (durée : 1 h 15)
Yves Cusset sera à la librairie Thuard pour une séance de dédicace de 19 heures à 20 heures.
Dimanche 11 novembre
Répandre le doute, un geste politique
10 heures Valérie Gérard, philosophe
10 h 30 André Comte-Sponville, philosophe
11 heures Juliette Morice, philosophe
11 h 30 pause
11 h 45 – 12 h 45 forum
Grandeur et misère de la philosophie « populaire »
15 h 15 Catherine Malabou, philosophe et chroniqueuse au « Monde des livres »
15 h 45 Alexandre Lacroix, écrivain et rédacteur en chef de Philosophie magazine
16 h 15 Raphaël Enthoven, philosophe et présentateur de Philosophie, sur Arte
16 h 45 Léon Wisznia, cofondateur de Citéphilo
17 h 15 pause
17 h 30-18 h 30 forum
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Cynthia Fleury
Où est passé l’homme-philosophe ?
Cela aura peut-être été le défi de la Renaissance et des Lumières : inviter l’homme à son perfectionnement continuel, à la sortie de l’état de minorité ; considérer que le principal objet de la raison et de l’éthique, c’est précisément de devenir un homme, conscient de sa singularité et de sa responsabilité. Quantité d’auteurs ont vu dans ce « devenir philosophe » l’archétype du « devenir humain ». Et les révolutionnaires français ont même poussé l’idée jusqu’à croire que la République démocratique viendrait « parachever les promesses de la philosophie », autrement dit, un devenir citoyen, un devenir philosophe et un devenir humain qui allaient désormais avancer de concert. Mais ça, c’était avant le XXIe siècle.
Francis Wolff
La radicalité de l’étonnement
Nous avons tous été philosophes avant que d’être adultes. Enfants, nous demandions sans cesse : « Qu’est-ce que c’est, ça ? Et ça ? » Sans relâche, nous questionnions les évidences : « Et pourquoi ? Et pourquoi ? Pourquoi ? » – sans que jamais aucune réponse ne nous contente. « Et qui a fait cela ? Qui ? Et moi, qui suis-je ? » Le philosophe est comme un castrat : il a gardé sa voix d’enfant mais s’exprime avec une technique d’adulte. En maniant concepts et arguments, il s’efforce de renouer avec la naïveté, la radicalité et l’insatisfaction de son propre étonnement originaire face au monde.
Elsa Dorlin
La philosophie a-t-elle un genre ?
Tous philosophes ou toutes philosophes ? Nous ne devrions pas avoir besoin de spécifier le genre des « philosophes » si, de fait, les femmes ne constituaient pas une minorité en la matière. La philosophie « tient en respect les femmes », écrivait Sarah Kofman (1934-1994). Evoquées pour incarner la déraison (les effets néfastes de l’imagination, des passions, de la rumeur du monde, du bavardage…), les femmes n’entrent en philosophie que comme objet de déconsidération, mais aussi comme point de fixation et d’inquiétude. Au demeurant, seules les femmes semblent avoir un « sexe », quand les philosophes demeurent « des philosophes », et non des hommes pensant pour des hommes, sur des hommes… La philosophie aurait-elle un genre ? Ou, plutôt, que fait le genre à la philosophie ?
Jean-Louis Fabiani
Les métamorphoses de la demande philosophique
En 1995, dans sa leçon inaugurale au Collège de France, Jacques Bouveresse se demandait : « Que veut la philosophie et que peut-on vouloir d’elle ? » Près d’un quart de siècle plus tard, on posera en sociologue la question des transformations de l’offre et de la demande philosophiques. Quels sont les effets de la quasi-généralisation d’offre d’enseignement philosophique pour la jeune génération ? Transforme-t-elle les conditions de réception de la « reine des disciplines » ? La philosophie s’est-elle démocratisée, ou, au contraire, comme le soutiennent des esprits chagrins, est-elle aujourd’hui aux mains d’une poignée d’« intellectuels médiatiques » ?
Corine Pelluchon
Enseigner, écrire, s’engager
La philosophie est un savoir lié à un corpus et un exercice par lequel on apprend à conduire une réflexion critique sur le présent. Elle requiert l’acquisition de traits moraux favorisant l’émancipation des sujets et la délibération publique. Pour qu’elle puisse jouer ce rôle, elle doit cependant s’incarner dans une parole et des écrits mesurant l’impact des connaissances sur les affects et prenant en compte les résistances qu’elles peuvent susciter. Après avoir parlé de notre expérience de l’enseignement auprès de différents acteurs et insisté sur une évolution souhaitable des contenus, nous ferons le point sur la déontologie guidant nos prises de position dans la Cité.
Jacques Darriulat
Enseigner la philosophie
Philosopher, dit-on, c’est penser par soi-même. Mais l’enseignement ne passe-t-il pas nécessairement par l’écoute d’une parole enseignante ? Il faudrait donc conclure que l’enseignement de la philosophie est un projet, sinon impossible, du moins paradoxal… C’est pourtant de ce paradoxe que la philosophie, depuis toujours, se nourrit et s’enrichit.
Loïc de Kerimel
La philo au lycée, paradigmes et paradoxes
Partant des grands paradigmes qui gouvernent cet enseignement (la maïeutique socratique, les Lumières françaises, etc.) et des paradoxes auxquels il s’est ipso facto exposé (un enseignement comme les autres/pas comme les autres, un programme/pas de programme, etc.), on montrera que cela permet de mettre en relief l’ultime enjeu de cet enseignement : travailler à la subjectivation des individus et donc résister à l’entreprise de leur objectivation-instrumentalisation (aussi bien par divers systèmes que d’eux-mêmes par eux-mêmes). Enjeu bien entendu partagé par de multiples pans de l’action humaine, avec lesquels cet enseignement a tout intérêt à se souvenir de son apparentement.
Anne Cheng
Peut-on philosopher en Chine ?
Comment peut-on être persan ? S’ébaubissait-on dans le Tout-Paris du XVIIIe siècle ? Et comment donc, monsieur, peut-on être philosophe en Chine ? se demandera-t-on au Mans trois siècles plus tard. Après que Montesquieu (encore lui) a qualifié la Chine de despotique et que Hegel a décrété que « philosophie » et « Chine » sont des termes incompatibles, comment a fortiori l’exercice philosophique serait-il possible dans la Chine d’aujourd’hui, placée sous la coupe d’un régime autoritaire ? Et à quoi peuvent bien servir les philosophes dans une société privée de liberté d’expression ?
Anoush Ganjipour
En Iran, un fantasme collectif
On a appelé l’Iran prémoderne le pays de la métaphysique. Avec la modernité, la fascination historique pour la philosophie est devenue décidément un fantasme collectif. Le réactionnaire et le progressiste, le traditionaliste et le moderne, tous se mettent d’accord sur un point : le discours philosophique est la pierre philosophale de la réalité. Comme si tout un peuple admettait que, au bonheur de l’individu et au salut collectif, c’est la philosophie qui apporterait une réponse en tout et pour tout. J’aborderai les conditions historiques de ce consensus « fantastique ».
Yala Kisukidi
Habiter un espace sans nom
Existe-t-il une « philosophie africaine » ? Dire « philosophie occidentale » constitue-t-il un pléonasme ? Ou la philosophie est-elle pratiquée partout et par tous dans le monde ? Ces questionnements ont traversé l’espace intellectuel africain francophone dès les années 1950, autour du débat sur l’ethnophilosophie. Contre une histoire classique de la philosophie reposant sur l’exclusion des lieux et des corps (l’Afrique, le corps noir…), cette querelle s’est accompagnée d’une revendication, celle du « droit à la philosophie » (Derrida/Boulaga). « Tous et toutes philosophes ! » : durant les décolonisations du continent africain, la philosophie est devenue l’objet d’une attention singulière, apparaissant comme un instrument de reconquête de soi.
Valérie Gérard
Tous philosophes ? Et nous ?
J’essaierai d’articuler la critique féministe de la philosophie (comme propriété masculine et comme manière de recouvrir le monde de discours généralisants et prétendument neutres) et sa critique politique, qui voit dans le fait de se présenter dans le monde « en tant que philosophe » une preuve de débilité politique ou de propension à la domination, et pour laquelle il est heureux, d’une part, qu’il n’y ait pas de vérités politiques et, d’autre part, que les idées politiques ne soient pas affaire de spécialistes.
André Comte-Sponville
Un travail et un combat
« L’homme est un animal métaphysique », disait Schopenhauer : il se pose des questions qu’aucune bête ne se pose et auxquelles aucune science ne répondra jamais. Mais nul ne naît philosophe : on le devient, certes en développant sa propre pensée, le plus rigoureusement qu’on le peut, mais surtout en lisant les grands philosophes du passé. C’est là que la philosophie, qui est un travail et un combat, se distingue de la sagesse, qui est une paix et un repos. Evitons pourtant de trop valoriser celle-ci, de trop dévaloriser celle-là. En philosophie, disait Epicure, « apprendre et jouir vont ensemble ».
Juliette Morice
La philosophie, science ou littérature ?
La philosophie contemporaine reste marquée par l’opposition entre une philosophie dite « analytique », dont la rigueur logique prétend à la vérité, et une philosophie dite « continentale », qui s’accommoderait d’une méthode souvent considérée comme plus littéraire. Or, voir dans la science un modèle, c’est peut-être se tromper sur ce qui fait la nature de philosophie, à savoir son caractère proprement subversif. Comme le rappelait Hannah Arendt, l’activité de la pensée philosophique ne peut être confondue avec celle de l’intellect capable de connaissances. Et si sa valeur ne se donne pas immédiatement, elle seule est à même de nous amener à rompre avec nos habitudes de pensée.
Catherine Malabou
Un produit de consommation comme un autre ?
Aujourd’hui, les rencontres philosophiques dites « pour tous » se multiplient. Or, toute la question est de savoir si le « pour tous » de ces manifestations signifie réellement « populaire ». L’intention de départ était bien de renouer avec une tradition d’émancipation entamée par Auguste Comte, qui s’élevait contre la confiscation du savoir par les élites et la spécialisation à outrance d’une discipline destinée à l’usage universel de la raison. Que reste-t-il de telles intentions aujourd’hui ? La philosophie pour tous n’est-elle pas devenue un produit de consommation comme un autre, reposant sur la crédulité d’un public qui ne se voit en rien transformé dans ses pratiques mais au contraire conforté dans sa passivité et son ignorance par des questions lénifiantes ?
Alexandre Lacroix
Qui a de bonnes idées ?
La philosophie est une discipline à part. Il n’y a presque aucun autre domaine dans lequel autant de personnes sont formées, avec une si faible proportion d’œuvres magistrales. Combien y a-t-il eu de grands philosophes depuis la mort de Platon ? Si l’on s’en tient aux documents officiels pour la préparation au capes, il n’y a que cinquante « philosophes importants ». De ce point de vue, la philosophie est outrageusement élitiste ! Cependant, ce constat peut se retourner comme un gant : en tant qu’activité, « philosopher » est possible à chacun. Pourquoi ? Parce que les idées ne sont pas des dieux et qu’elles sont maniables par le langage ordinaire. De ce point de vue, philosopher est non seulement une activité démocratique, mais peut être même l’activité qui permet la démocratie.
Léon Wisznia
Un intérêt commun
A considérer le public en général comme destinataire de la philosophie, on surmonte un premier préjugé : croire une telle discipline réservée aux initiés, philosophes de formation ou publics cultivés. Sans négliger les aspirations individuelles de sagesse et de sens, peut-on méconnaître l’intérêt de tous pour la vie de la vérité en général ? Peut-on ignorer que les savoirs scientifiques portant sur le monde social ou le monde naturel intéressent tout autant que ceux qui traitent des questions existentielles ? L’admettre, n’est-ce pas postuler une philosophie au sens large présupposant qu’une réception, sous conditions, est possible par « un tous » plus ou moins philosophe ?
Raphaël Enthoven
Le dialogue contre l’idéologie
Le dire est une évidence, et pourtant, c’est une absurdité. Qui n’est pas philosophe ? Qui ne sait pas qu’il va mourir ? Qui ne sait qu’il est né par hasard dans un monde qui s’en moque ? Nous savons tout ce qu’il faut savoir pour avoir peur. Et nous ignorons tout ce qu’il faut ignorer pour transformer le monde en énigme et nous poser des questions sans réponse. Tout le monde, pourtant, ne le fait pas. C’est souvent le déni qui répond au désarroi. Et la cécité volontaire. D’autres, préférant la vérité qui dérange à l’illusion qui réconforte, consentent à l’âpreté du monde, et choisissent de l’aimer malgré lui. En termes politiques, et sur la scène publique, l’affrontement des deux prend la forme d’une lutte de l’idée même de dialogue contre toutes les formes d’idéologie…
Parution
Les Actes du 29e Forum, « De quoi avons-nous peur ? »
De quoi avons-nous peur ?, sous la direction de Jean Birnbaum, Folio, « Essais », inédit, 272 p., 7,25 €.
« Voyez-la, cette grosse bête », invite Patrick Boucheron dans sa conférence d’ouverture du 29e Forum philo Le Monde Le Mans, consacré à la peur (10-12 novembre 2017). « Son corps, ajoute l’historien, est un précipité d’obéissances, l’agglutinement des regards inquiets qu’on porte sur lui. » On ne peut apprendre à être libre qu’en se débarrassant de la peur. De quelles grosses bêtes terrifiantes devons-nous donc nous libérer ? Les réponses des intervenants multiplient les angles d’attaque, de la philosophie (Marc Crépon, Jean-Pierre Dupuy, Céline Spector, Emilie Tardivel, Yves Charles Zarka), à l’histoire (Alain Corbin, Jean-Baptiste Fressoz, Elisabeth Roudinesco), à la sociologie (Gérald Bronner, Edgar Morin) et aux études littéraires ou cinématographiques (Adrienne Boutang, Nathalie Prince), en passant par la création artistique (Fragan Gehlker, Christophe Honoré, Daniel Mesguich).
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Evénement organisé par Le Monde, la Ville du Mans, l’université du Mans et l’Association des amis du Forum philo Le Monde Le Mans, en partenariat avec France Bleu Maine.
Renseignements : 02.­43.­47.­38.­60.
Le Forum philo est coordonné et animé par Jean Birnbaum, responsable du « Monde des livres ».



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-19"> ¤ Un an avant le 11-Septembre, un juif new-yorkais sombre, en proie à des visions de catastrophes. Impressionnant roman de l’Israélien Ruby Namdar.
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« La Maison de ruines », ou le prophète de Manhattan

Un an avant le 11-Septembre, un juif new-yorkais sombre, en proie à des visions de catastrophes. Impressionnant roman de l’Israélien Ruby Namdar.



LE MONDE DES LIVRES
 |    31.10.2018 à 07h15
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                            Ariane Singer (Collaboratrice du « Monde des livres »)








                        



                                


                            
« La Maison de ruines » (The Ruined House), de Ruby Namdar, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Sarah Tardy, Belfond, 550 p., 23 €.

New York, septembre 2000. La catastrophe qui va s’abattre sur la ville un an plus tard, avec la destruction des tours jumelles, se profile, mais personne ne veut la voir. Entre tous, Andrew P. Cohen, le héros de La Maison de ruines, aurait pourtant dû être sensible à certains signes.
Ce professeur charismatique de « culture comparée » à l’université de New York, un quinquagénaire divorcé, qui vit dans le très chic Upper West Side, est en effet la proie de visions récurrentes : l’ancien Temple de Jérusalem, ses prêtres, ses animaux sacrifiés, sans compter d’épouvantables scènes de destruction ou d’accouchement.
Rien qui perturbe, dans un premier temps, du moins, la vie équilibrée de cet homme : un juif assimilé, père de deux filles et recasé avec une ancienne étudiante, la très jeune Ann Lee.
Mais ces images, devenues de plus en plus insistantes, finiront par ébranler l’existence entière de cet épicurien profondément égoïste, dont les fondations, comme celles du World Trade Center, deux millénaires après celles du Temple, voleront en éclats. Pour mieux se reconstruire ?
L’intellectuel juif new-yorkais en pleine déconfiture
Dans ce très ambitieux roman, son premier traduit en français, l’Israélien Ruby Namdar, lauréat du prestigieux prix Sapir dans son pays, a choisi la voie des résonances et des parallélismes pour apporter sa pierre à la littérature déjà bien fournie du 11-Septembre.
Rendant un hommage assumé à Herzog, de Saul Bellow (Gallimard, 1966), dont le protagoniste entretient lui aussi des relations ardues avec les femmes de son entourage, Namdar, émigré à Manhattan en 2000, ressuscite la figure de l’intellectuel juif new-yorkais en pleine déconfiture psychique et morale.
Mais s’il reprend ce stéréotype...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-20"> ¤ Romans, polars, essais, récits, noir, poésie, biographie, jeunesse psychologie cognitive… Les brèves critiques du « Monde des livres » du 1er-2 novembre 2018.
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Livres en bref

Romans, polars, essais, récits, noir, poésie, biographie, jeunesse psychologie cognitive… Les brèves critiques du « Monde des livres » du 1er-2 novembre 2018.



LE MONDE DES LIVRES
 |    31.10.2018 à 07h00
    |

                            Florence Noiville, 
                            François Angelier (Collaborateur du « Monde des livres »), 
                            Macha Séry, 
                            Céline Henne (Collaboratrice du « Monde des livres »), 
Nicolas Weill, 
Raphaëlle Leyris, 
                                Monique Petillon (Collaboratrice du « Monde des livres »), 
                            Adrienne Boutang (Collaboratrice du « Monde des livres »), 
                            Stéphanie Dupays (Collaboratrice du « Monde des livres ») et 
                            Roger-Pol Droit








                        



                                


                            Référence. Aubert et Beunat, polardeuses hors pair
Le Polar pour les nuls, de Marie-Caroline Aubert et Natalie Beunat, First, 376 p., 22,95 €.
Hormis un guide Larousse, un livre d’entretiens avec François Guérif, les chroniques de Jean-Pierre Manchette et le Dictionnaire des littératures policières (Joseph K, 2003), le polar a donné lieu à peu d’ouvrages de référence. Trop foisonnant peut-être, trop protéiforme. Deux spécialistes du sujet, les éditrices Nathalie Beunat (Syros) et Marie-Caroline Aubert (« Série noire », Gallimard), ont relevé le défi de retracer l’abondante généalogie de cette famille littéraire depuis les pionniers (Edgar Allan Poe, Emile Gaboriau, Wilkie Collins…) jusqu’à aujourd’hui. Une évolution qui s’est doublée d’une mondialisation du genre, d’une diversification des ancrages (ville, campagne) et des tons (horreur, comédie policière). Les deux coauteures étudient également les mutations sociales du genre, les grands personnages de fiction, les classiques de l’histoire, et les écrivains contemporains qui continuent de porter haut le polar. Elles évoquent aussi les grands films et les séries télé et, pour finir, donnent un aperçu du paysage éditorial et médiatique. Bref, une somme indispensable pour tous les amateurs du genre, qu’ils soient novices ou érudits. M. S.
Psychologie cognitive. Irrationalité humaine
L’erreur est humaine. Aux frontières de la rationalité, de Vincent Berthet, CNRS Editions, 224 p., 22 €.
L’erreur ne vient pas des sens, comme le pensait Platon, mais de la raison elle-même. Vincent Berthet, chercheur en psychologie cognitive et économie comportementale, retrace l’effondrement du mythe de la rationalité humaine, notamment à l’œuvre dans la plupart des théories économiques. Cette synthèse efficace permettra au lecteur de se rendre compte des biais cognitifs auxquels il est soumis – même quand il s’attend à se faire piéger. La partie...




                        

                        

