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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-1"> ¤ Militant et humaniste, il a été notamment l’un des principaux leaders des « Cinq Glorieuses », ces journées révolutionnaires haïtiennes de 1946.
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Le photographe franco-haïtien Gérald Bloncourt est mort

Militant et humaniste, il a été notamment l’un des principaux leaders des « Cinq Glorieuses », ces journées révolutionnaires haïtiennes de 1946.



LE MONDE
 |    31.10.2018 à 16h12
    |

            Isabelle Mandraud (Moscou, correspondante)








                        



                                


                            

Un soir de cet été étouffant, comme nous regagnions le domicile parisien de Gérald Bloncourt après un pique-nique nocturne dans un jardin-potager du 12e arrondissement, nous passâmes devant les grilles d’un square où s’étaient regroupés des jeunes Noirs. Affaibli par la maladie, notre ami s’était résigné à se déplacer en chaise roulante.
L’un après l’autre, les jeunes se sont avancés vers lui pour lui serrer la main avec infiniment de respect en lui murmurant dans un sourire « kapon ». Kapon ? Quel mot étrange ? Isabelle, la compagne de Gérald Bloncourt, nous donna la clé. « Petits, ces jeunes semaient le bazar dans le quartier, et Gérald les sermonnait en les traitant de kapon, c’est-à-dire poltron en créole, quand ils s’enfuyaient. Ils s’en souviennent bien : il était le seul à leur parler. »
Gérald Bloncourt est mort lundi 29 octobre à 91 ans, dans ce même domicile parisien. Il était surtout cela, un humaniste, avant d’être un photographe franco-haïtien de génie, un peintre talentueux et un poète inspiré. Commencée en 1948, au journal L’Humanité, puis comme indépendant, sa carrière de reporter l’a amené à arpenter les usines et les rues de Paris de l’après-guerre. Un Paris populaire et prolétaire, dont il se sentait proche. Parmi des milliers d’autres, ces clichés ont été rassemblés dans Le Paris de Gérald Bloncourt (éd. Parimagine, 2012), Le Regard engagé. Parcours d’un franc-tireur de l’image (éd. François Bourin, 2004) ou encore Les Prolos (éd. Au nom de la mémoire, Bezons, 2004).
Les bidonvilles de l’Est parisien
Puis un jour, alors qu’il photographiait le chantier de la tour Montparnasse à la fin des années 1960, il rencontra des ouvriers portugais. Il ne les quittera plus. Il découvre alors les bidonvilles de l’Est parisien où ces derniers vivent misérablement, les suit sur les routes de l’émigration depuis le Portugal, prend avec eux les trains qui passent par les...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-2"> ¤ Haute de 240 mètres en incluant son socle, la plus haute statue du monde vient d’être inaugurée en Inde. Elle représente Vallabhbhai Patel, l’un des pères fondateurs du pays.
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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-3"> ¤ Le rappeur et son frère publient le premier tome d’une série sombre d’aventure et de combat. Grand fan de BD japonaise, Gims a dû s’entourer pour mener ce projet à bien.
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« Devil’s Relics », l’intrigante incursion de Maître Gims dans le manga

Le rappeur et son frère publient le premier tome d’une série sombre d’aventure et de combat. Grand fan de BD japonaise, Gims a dû s’entourer pour mener ce projet à bien.





LE MONDE
 |    31.10.2018 à 14h09
 • Mis à jour le
31.10.2018 à 14h27
    |

            Pauline Croquet





« Pour ceux qui me suivent, un rêve de gosse fan de manga est en train de se réaliser… » C’est ainsi que le rappeur Maître Gims a annoncé sur Instagram, en juillet 2017, qu’il se lançait dans la réalisation d’un manga. Une annonce qui, assez tôt, a suscité un brin de suspicion et beaucoup de moqueries. Un nom, Devil’s Relics, et une date de sortie du premier tome, le 31 octobre, ont été précisés quelques mois plus tard.
Mais l’artiste aux plus de cinq millions d’albums vendus en France en a vu d’autres, lui qui affronte régulièrement des critiques à propos de sa musique trop commerciale ou trop variété pour une partie du rap francophone. « Son assurance insolente agace plus d’un de ses concurrents », décrivait un portrait du Monde d’avril dernier qui lui était consacré.
Pourtant, c’est avec une certaine humilité que Maître Gims s’est présenté en juillet devant le public de Japan Expo, la grand-messe française du manga, pour défendre son projet. Car s’il est le concepteur de l’idée originale avec son jeune frère Darcy, il a dû s’entourer pour la réaliser.
Quatre auteurs sur la couverture
Sur la couverture, deux éditeurs – Glénat et Fayard – et quatre noms : ceux de Gims et de son frère épaulés par l’auteur français Jean-David Morvan, qui a signé notamment les BD Nomad et Sillage, et celui de Yoshiyasu Tamura. Formé dans les écuries de la maison d’édition japonaise Shueisha, celui-ci avait quelque peu délaissé sa carrière de mangaka pour se consacrer à la peinture et enseigner en Italie.

        Voir cette publication sur Instagram           Pour ceux qui me suivent, un rêve de gosse fan de manga est en train de se réaliser... Première réunion chez Glénat ! Avec @fresh_prince93r @glenatmangaeditions /@Fayard.editions @glenatbd Jean-David Jd morvan Yoshiuasou Tamura @fudegami 🔥🔥🔥 Une publication partagée par  Maître GIMS (@maitregims) le 1 Juil. 2017 à 2 :46 PDT 

« Cette idée de manga, je l’avais depuis une quinzaine d’années. Mais Darcy, qui est encore plus fan de manga que moi, m’a permis de reprendre et terminer l’histoire », expliquait Maître Gims au public de Japan Expo. L’idée lui trotte dans la tête pendant ses études de graphisme, lui qui aime le dessin. En parallèle, sa carrière avec le groupe parisien Sexion d’Assaut commence à décoller ; il abandonne l’école et met ce projet de côté « par manque de temps ». C’est à Fayard, qui a édité en 2015 son autobiographie Vise le soleil, que le rappeur trentenaire fait part de son envie de créer un manga. La maison d’édition, qui ne publie pas de manga, contacte Glénat avec qui elle a l’habitude de coéditer certains ouvrages.

   


« Nous avons accepté de rencontrer Maître Gims et Darcy en janvier 2017. Ils se sont présentés avec un univers complet et toute une galerie de personnages. Certes, ce n’était pas construit comme un manga, mais nous avons pris conscience qu’il s’agissait d’un projet sérieux, pas d’une tocade », défend Erwan Roux, directeur éditorial adjoint et responsable de la création française en manga chez Glénat. Une décision qui n’est pas anodine : Glénat, l’un des plus gros acteurs du manga en France, est l’éditeur de One Piece et Dragon Ball, des blockbusters de la BD japonaise, et des références sacrées pour les amateurs de manga. Pour autant, elle s’est lancée depuis peu dans le manga made in France. Glénat reconnaît toutefois qu’il est assez rare qu’un projet soit simplement accepté sur un seul concept et sans scénario. Maître Gims aurait-il eu les mêmes chances sans notoriété ? Lui-même évoque cette question en conférence sans y répondre.
Une ambiance à la « Ken le survivant »
Pour travailler avec Maître Gims, Glénat fait d’abord appel à Jean-David Morvan pour le scénario. L’auteur, familier du Japon et de l’industrie du manga, recommande pour le dessin M. Tamura, l’une de ses connaissances. Entre les quatre, la sauce prend, explique Maître Gims :
« Tamura a l’ADN du manga, ce n’est pas mon cas. Il était important qu’un homme comme lui soit dans la boucle. Je lui propose des planches, des dessins, puis lui rajoute sa touche, sa magie. […] Je suis tombé amoureux de son dessin. »
Lors de la conférence à la Japan Expo, le rappeur a eu à cœur de prouver sa passion ancienne pour le 9e art nippon, avançant les inspirations de Devil’s Relics. « Pour le dessin, c’est comme Vagabond ou L’Habitant de l’infini. Au niveau technique, intrigue et scènes de combat, on se rapproche de Hunter X Hunter », résume-t-il citant des œuvres majeures du manga de samouraï des années 1990 et un shonen nekketsu, manga d’aventures pour adolescents, des plus emblématiques. Pour l’atmosphère, le chanteur décrit « un dessin réaliste, une ambiance comme dans Ken le survivant, où le désespoir est total ».

   


En ouvrant le premier tome, les lecteurs font connaissance avec Kaïs, le héros, un jeune homme qui tente de survivre dans un monde dystopique, désolé et inique où le nombre de laissés-pour-compte est grandissant et les autorités corrompues. Extrêmement fort physiquement, le jeune homme gagne quelques billets dans des combats clandestins pour aider sa tante qui l’a élevé, malgré son dégoût pour la violence. Il peut toutefois compter sur l’amitié de son amie Milena et l’admiration du jeune Magnum.
Une mécanique huilée
Dès les premières pages, le ton est donné : il s’agit bien d’un manga d’aventures sombre et de combat. Yoshiyasu Tamura exécute un dessin racé et nerveux ; chaque personnage a d’ores et déjà un style et une personnalité distincts. Kaïs est un personnage plutôt froid auquel il est difficile de s’identifier, bien que les auteurs commencent à l’ébrécher et donnent l’espoir de plus de sentiment. Les 190 premières pages visent avant tout à poser un décor, et il faudra attendre le tome 2 pour voir quelles perspectives offre l’histoire, ce qui n’est pas si rare dans le manga.

   


Pour atteindre ce résultat et envisager de délivrer trois tomes par an, une mécanique huilée s’est mise en place autour des éditeurs de Glénat. « Pour chaque tome, nous faisons une grosse réunion tous ensemble dans nos locaux qui peut durer plusieurs heures. Darcy et Gims expliquent la trame narrative, et nous les aidons pour que cela colle au style shonen qu’ils veulent insuffler, détaille Erwan Roux. Ensuite, Jean-David Morvan adapte cette trame en script. Une fois que celui-ci est validé par les frères et Glénat, nous traduisons en japonais le script pour ensuite l’envoyer à M. Tamura, qui réalise le dessin avec ses assistants. » Le responsable éditorial assure :
« Maître Gims et Darcy s’impliquent à n’importe quelle étape pour répondre aux questions, donner des détails sur les décors, les tenues, résoudre des ambiguïtés. »

   


Des références aux mangas dans sa musique
Si la démarche de Maître Gims a pu intriguer les lecteurs de manga, les fans du rappeur n’ont pas forcément été étonnés par ce projet. Celui-ci s’est souvent exprimé sur sa passion pour One Piece ou Naruto, des locomotives du manga qu’il affirmait suivre religieusement, en lisant des copies pirates pour ne pas avoir à attendre une sortie française tardive. A Canal+, il expliquait en 2013 à propos de ces séries :
« Je m’inspire pas mal des mangas… ça m’inspire tout ça, toute cette folie, ce monde déconnecté. Parce que je suis un peu perché, je suis un geek, quoi. »
Ça et là, plusieurs de ses titres comportent des références et des clins d’œil aux héros de fiction japonais. Ainsi, Wati Bon Son de Sexion d’Assaut mentionne le village de l’apprenti ninja Naruto : « Paris, c’est Konoha, bande d’imbéciles, voilà les ninjas. » L’un de ses surnoms, Meugiwara, est d’ailleurs à rapprocher de celui du héros de One Piece Luffy Mugiwara.

L’ancien pilier de la Sexion d’Assaut n’a pas besoin de percer dans le manga pour connaître notoriété et fortune, mais Glénat et Fayard ont décidé de faire de la sortie de Devil’s Relics un gros lancement, à plus de 50 000 exemplaires. Une telle tête d’affiche pourrait aussi garantir de belles ventes, comme cela a été le cas pour l’éditeur novice en manga Michel Lafon avec Ki & Hi, du très populaire youtubeur Kevin Tran. Gageons que, de son côté, Maître Gims appliquera pour le manga sa philosophie en matière de réussite musicale : « Si ça ne marchait pas pour moi, j’aurais vraiment mal vécu les critiques. Mais en fait, là, ça ne m’atteint pas. La seule chose qui m’intéresse, c’est : “Est-ce que les gens aiment ce que je fais ou non ?” »
« Devil’s Relics », de Darcy, Maître Gims, Yoshiyasu Tamura, Jean-David Morvan, Editions Glénat et Fayard, tome 1, 192 pages, 6,90 euros.

        Portrait :
         

          Maître Gims à l’école de la variété







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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-4"> ¤ Un documentaire explique pourquoi le livre de la romancière publié en 1818 a été précurseur de la science-fiction.
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« Le Funeste Destin du docteur Frankenstein » : et Mary Shelley créa un monstre

Un documentaire explique pourquoi le livre de la romancière publié en 1818 a été précurseur de la science-fiction.



LE MONDE
 |    31.10.2018 à 14h00
    |

            Mustapha Kessous








                        



   


Arte, mercredi 31 octobre à 23 h 05, documentaire
Ils avaient l’habitude de jouer à se faire peur. La nuit était une sorte de cours de récréation durant laquelle la très jeune Mary Shelley, son mari Percy Shelley, et leur ami Lord Byron se contaient des fables allemandes de revenants autour d’un grand feu de bois. Un soir de 1816, ils se lancent un défi : écrire une histoire d’épouvante, la plus terrifiante possible.

        Lire la critique du film « Mary Shelley » :
         

          La genèse convenue d’un monstre



Mary, 18 ans, sèche : ses feuilles ­restent désespérément blanches. Puis, comme dans un rêve éveillé, elle imagine un récit fou : l’histoire d’un médecin obsédé par la science. Elle écrit les aventures de Victor Frankenstein, un chirurgien de génie, bel homme sensible qui cherche la réponse à une question existentielle : comment « donner la vie à un corps inanimé » ?
« Une étincelle d’existence »
A partir de morceaux de cadavres récupérés dans les cimetières ou dans les abattoirs, le docteur assemble un être. Et après un long ­labeur, voilà Victor Frankenstein qui « introduit une étincelle d’existence » dans cette matière inerte. En 1818, la jeune romancière publie dans l’anonymat le plus total Frankenstein ou le Prométhée moderne. Elle venait d’inventer deux personnages, le créateur et la ­créature, qui allaient façonner la science-fiction et devenir un des mythes de la culture populaire.
C’est ce que décrit avec pertinence Le Funeste Destin du docteur Frankenstein. Ce documentaire montre comment l’auteure anglaise est arrivée à imaginer un conte d’une force et d’une modernité déroutantes alors même qu’il date d’il y a deux siècles. A travers des images de films comme le célèbre Frankenstein (1931), de James Whale avec Boris Karloff dans le rôle du monstre, le documentaire donne la parole à de passionnants connaisseurs britanniques de cette œuvre ; mais aussi à des Français tels que l’écrivain Jean-Claude Carrière et le chirurgien Laurent Lantieri, spécialiste de la greffe. Tous expliquent en quoi le roman a anticipé, voire contribué, aux avancées de la médecine.

   


Le roman interroge les hommes confrontés au progrès de la science. A l’heure de l’intelligence artificielle où on cherche à créer un être doté d’une conscience, une phrase revient en tête, celle que prononce le monstre à Victor Frankenstein : « Maudit, maudit créateur ! Pourquoi est-ce que je vis ? » Il faudra un jour trouver une réponse.
Le Funeste Destin du docteur Frankenstein, de Jean Froment et Jérôme Perrault (Fr., 2018, 54 min). www.arte.tv



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-5"> ¤ Le village de Varengeville, près de Dieppe, a accueilli bien des artistes et des écrivains de renom, de Claude Monet à André Breton. Aujourd’hui, on y vient pour ses jardins.
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Varengeville, un éden pour les jardins

Le village de Varengeville, près de Dieppe, a accueilli bien des artistes et des écrivains de renom, de Claude Monet à André Breton. Aujourd’hui, on y vient pour ses jardins.



LE MONDE
 |    31.10.2018 à 12h21
 • Mis à jour le
31.10.2018 à 14h42
    |

            Lucien Jedwab








                        


Les journées des plantes, organisées les 27 et 28 octobre à Varengeville, en Seine-Maritime, se sont accommodées de ce temps si normand qui voit les quatre saisons se succéder… le même jour. Mais la singularité de cet événement (organisé par les bénévoles d’une association varengevillaise) ne résidait pas dans les caprices de la météorologie, mais dans le programme de visites de quatre jardins tout simplement exceptionnels. Dont celui du paysagiste Pascal Cribier, mort en novembre 2015, à qui une exposition rendait hommage dans l’ancienne école, qui accueillait également deux conférences dans l’esprit de ces « Entretiens de Varengeville » qu’il avait lui-même animés.

   


Claude Monet est venu y peindre et Georges Braque s’y est tellement plu qu’il y a été enterré dans le cimetière marin qui surplombe la mer. De nombreuses villas sont venues se nicher là, au tournant du XIXe siècle, desservies par le chemin de fer arrivant à Dieppe. La physionomie unique des paysages – le mariage tourmenté de la mer et du ciel avec la blancheur des falaises et toutes les nuances de verts de la végétation – n’a pas eu de mal à attirer Juan Miro ou Victor Brauner, Louis Aragon ou André Breton. C’est dans les vallons de ce « climat » si particulier qu’ont été aménagés ces jardins qui comptent encore aujourd’hui parmi les plus beaux de l’Hexagone.

   


Le plus ancien, probablement, est celui du Bois des Moutiers, commandé en 1898 par Guillaume Mallet, un banquier d’origine protestante influencé par la théosophie, une doctrine ésotérique. L’ensemble consitué par le manoir et les parties architecturées du jardin (terrasses, pergola, escalier...) a été dessiné par l’architecte britannique Edwin Lutyens, dans le style « Arts & Crafts », un mouvement artistique né dans l’Angleterre victorienne. La célèbre paysagiste anglaise Gertrud Jekyll y expérimenta pour la première fois en France ses fameuses mixed borders, collections colorées de plantes vivaces et saisonnières.

   


Aujourd’hui, les jardins dessinés s’ordonnent autour de la maison et la prolongent, dans une succession de scènes, depuis un jardin blanc jusqu’à une terrasse à la vue saisissante. Une prairie vallonnée et arborée est prolongée par une forêt plantée de manière irrégulière, qui surplombe les fougères rares ou dialogue avec les massifs fleuris spectaculaires, notamment de rhododendrons. Avant l’effet de surprise de la vision de la mer à travers les arbres.

   


Autre jardin tout aussi exceptionnel, celui du Vasterival, ancienne propriété du musicien Albert Roussel. Tel qu’on peut le voir aujourd’hui, il est l’aboutissement de cinquante années du travail opiniâtre de Greta Kvaal (1915-2009), que tout le monde appelle encore, à Varengeville comme à la Royal Horticultural Society de Londres, « la princesse Sturdza », du nom de son époux d’origine roumaine. Réussite absolue, plaisir du regard avec ses massifs fleuris quasiment tout au long de l’année, ce jardin, aujourd’hui sous la responsabilité de Didier Willery, se déploie autour d’une longue allée sinueuse engazonnée descendant vers la mer.

   


La « Princesse », qui recevait toujours ses visiteurs avec un croc à trois dents à la main en guise de badine, aura enrichi l’art des jardins de son expérience pratique. C’est elle qui a introduit la taille en transparence des arbres et arbustes, ainsi que le mulchage, une technique qui consiste à protéger les plantations du gel avec un tapis de feuilles mortes, de compost et, par exemple, d’aiguilles de pin. Autre avantage de cet usage aujourd’hui largement répandu : permettre la réduction des arrosages, y compris en... Normandie, où il arrive que la sécheresse sévisse.

   


Le troisième jardin, celui de l’Etang de l’Aunay, plus confidentiel mais tout aussi spectaculaire, appartient à Jean-Louis Dantec, un ancien marchand d’art haut en couleur tombé amoureux des variétés botaniques rares, qu’il collectionne comme d’autres les vases grecs ou les montres à complication. Ses compositions paysagères colorées mêlent les essences et les massifs floraux dans une débauche de formes et de couleurs époustouflantes. L’automne, tout particulièrement, met en valeur le feuillage des érables du Japon ou les écorces rouge orangé d’arbres à la peau de serpent. La circulation autour des plans d’eau, pourtant parfaitement entretenus, donne l’impression de pénétrer dans une nature un peu sauvage. Un jardin unique, comme son propriétaire.

   


Dernier jardin qu’il était exceptionnellement possible de visiter : celui de Pascal Cribier lui-même. C’est trente années de travail de terrassement, d’essouchage, de plantation, d’élagage – surtout d’élagage – qu’il fallut à ce surdoué perfectionniste et à quelques proches amis pour transformer une « valleuse » ingrate et très humide en jardin d’éden. Depuis la baie vitrée panoramique de la maison, la vue porte au loin, vers un petit triangle de mer qui se découvre entre les arbres taillés à cet effet. Le regard du visiteur, ainsi guidé, emprunte celui du jardinier trop tôt disparu.

   


Le Bois des Moutiers est ouvert au public du 15 mars au 15 novembre : boisdesmoutiers.com. Le Vasterival est accessible toute l’année (sauf le dimanche et les jours fériés), sur rendez-vous : vasterival.fr. Le jardin de l’Etang de Launay ne se visite qu’exceptionnellement. Le livre de Pascal Cribier, Itinéraires d’un jardinier (Xavier Barral éd.), récemment réédité, est disponible auprès de l’Association des amis de Pascal Cribier.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-6"> ¤ Claro est baa-tououououm, baa-rououououmm, rouououmm, rouou­oum ! par la lecture de « MOAB », de Jean-Yves Jouannais.
<filname="PROF-0,2-3246,1-0,0-6"> ¤                     
                                                   
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Le feuilleton. Accrochages

Claro est baa-tououououm, baa-rououououmm, rouououmm, rouou­oum ! par la lecture de « MOAB », de Jean-Yves Jouannais.



LE MONDE DES LIVRES
 |    31.10.2018 à 12h05
 • Mis à jour le
31.10.2018 à 12h13
    |

                            Claro (Ecrivain et traducteur)








                        



                                


                            
MOAB. Epopée en 22 chants, de Jean-Yves Jouannais, Grasset, 288 p., 19 €.

Il y aurait deux façons de définir la matière d’un livre. La première consisterait à dire qu’il est la somme de tous les mots que l’auteur a ordonnés. La seconde, qu’il est la somme de tous les mots que l’auteur a ordonnés. A première vue, n’est-ce pas, la différence entre ces deux conceptions ne crève pas les yeux. Il est vrai qu’on a oublié une petite précision. On a négligé de préciser que, dans le second cas, les mots ordonnés par l’auteur ne sont pas de lui. Ainsi, un livre composé uniquement de citations, un livre fonctionnant sur le collage, entrerait dans la seconde catégorie – tout en étant néanmoins conforme à la définition de la première catégorie. En serait-il moins, pour autant, le livre d’un auteur ? Serait-il moins riche en intentions ? Moins percutant dans ses effets ? Moins cohérent ? L’acte consistant à choisir une phrase – parmi une infinité de phrases – n’est-il pas un geste aussi fort, à sa manière, que l’acte consistant à en forger une ? Avancer que copier c’est créer peut bien sûr être considéré comme un énoncé sujet à caution – mais en ce cas, cela reviendrait à nier un des fonctionnements essentiels de l’art, qui a toujours procédé par citation et montage.
Prenons deux exemples : Le Bref Eté de l’anarchie, de Hans Magnus Enzensberger (Gallimard, 1975) et Stalingrad : description d’une bataille, d’Alexander Kluge (Gallimard, 1966). Ces deux ouvrages ont pour point commun d’être tous deux composés d’énoncés prélevés ailleurs – mais ils n’en sont pas moins signés d’un nom unique. J’emprunte moi-même ces deux exemples à la postface qu’a écrite Jean-Yves Jouannais à son propre livre, MOAB, exemples qu’il donne afin de signaler non sans une certaine humilité que l’Epopée en 22 chants qu’il nous offre n’est pas sans précédent.
Donc,...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-7"> ¤ La série britannique permet à l’actrice australienne Toni Collette d’incarner l’un de ses meilleurs rôles à l’écran.
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« Wanderlust » : petit bijou psy de la BBC

La série britannique permet à l’actrice australienne Toni Collette d’incarner l’un de ses meilleurs rôles à l’écran.



LE MONDE
 |    31.10.2018 à 12h00
    |

            Renaud Machart








                        



   


Netflix à la demande, série
Toni Collette est une actrice à la virtuosité caméléonesque bien connue. Depuis sa révélation au public, grâce à l’attachant film Muriel’s Wedding (Muriel, 1994), de P. J. Hogan, l’Australienne n’a cessé d’en faire l’éclatante démonstration dans le cadre du cinéma d’auteur (le merveilleux Little Miss Sunshine, 2006, de Jonathan Dayton et Valerie Faris), ou hollywoodien, ainsi qu’à la télévision.
La série United States of Tara (2009-2011), créée par Diablo Cody et produite par Steven Spielberg, lui donnait l’occasion d’incarner une mère de famille atteinte de troubles de la personnalité qui, au fil de ses crises, devenait une ado de 16 ans, un vétéran du Vietnam, une psychanalyste… Elle y était stupéfiante.
Une petite ville « lambda »
Dans Wanderlust (2018), série créée pour la BBC par le dramaturge Nick Payne d’après sa propre pièce du même nom, Toni Colette incarne aussi une psychanalyste – réelle cette fois – exerçant dans une petite ville britannique lambda proche de Manchester.
Avec son mari professeur, elle constitue un couple aimant, mais qui s’ennuie au lit et décide de se livrer, en toute transparence, à des expérimentations sexuelles extraconjugales. La situation met de l’huile dans les rouages, mais tourne bientôt au vinaigre.
Aidée par une consœur, elle va mettre au grand jour les ramifications souterraines et réprimées de sa crise identitaire savamment masquée derrière une vie de famille bobo, libérale, voire libertaire : alors que l’épisode 5 la montre face à sa psychothérapeute, le visage de l’actrice australienne passe de la placidité à la colère, du rire aux larmes. Ce talent expressif s’observe encore mieux à la fin de Wanderlust : en quelques secondes, et de manière plus fine, le visage de Toni Collette – qui a ce don et cette grâce d’être à la fois capable de laideur et de beauté – passe par des nuances chromatiques dignes du lever de soleil express dans Daphnis et Chloé, de Maurice Ravel…
La famille dysfonctionnelle
Mais, en dehors de ces moments qui la distinguent, la brillante soliste qu’est Toni Collette sait s’intégrer, sans faire de l’ombre, à une distribution d’excellents acteurs qui concourent au succès de cette très attachante série.
La longue scène de l’avant-dernier épisode, dans le cabinet de la psychothérapeute (elle occupe la quasi-totalité de ses cinquante-six minutes), montre aussi la liberté de conception et de réalisation qu’autorise le genre sériel, qui permet le déplacement du poids et du rythme narratif de façon aussi excentrée qu’excentrique.
« Wanderlust » pourrait être considérée non pas comme une série, mais comme un long film en six parties
D’ailleurs, Wanderlust pourrait être considérée non pas comme une série, mais comme un long film en six parties, même si cette appellation est souvent requise, de manière irritante, par des cinéastes qui n’osent pas assumer de mettre les pieds dans le genre de la série télévisée.
Parfaite telle quelle, même si sa conclusion ouvre le champ à une suite, on souhaite que ce bijou qu’est Wanderlust, variation inspirée sur l’inusable thème de la famille dysfonctionnelle, en reste au stade d’une minisérie, c’est-à-dire sans développement futur. Elle se tient très bien ainsi, en s’en cantonnant à ses six épisodes.

Wanderlust, série créée par Nick Payne. Avec Toni Collette, Steven Mackintosh, Zawe Ashton, Joe Hurst, Emma D’Arcy, Celeste Dring, Royce Pierreson, William Ash, Jeremy Swift, Anastasia Hille, Sophie Okonedo (GB, 2018, 6 × 55-59 min). www.netflix.com



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-8"> ¤ La chronique de Roger-Pol Droit, à propos de « La Sagesse espiègle », d’Alexandre Jollien.
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Figures libres. Vainqueur par chaos

La chronique de Roger-Pol Droit, à propos de « La Sagesse espiègle », d’Alexandre Jollien.



LE MONDE DES LIVRES
 |    31.10.2018 à 12h00
 • Mis à jour le
31.10.2018 à 12h02
    |

                            Roger-Pol Droit








                        



                                


                            
La Sagesse espiègle, d’Alexandre Jollien, Gallimard, 224 p., 18 €.

« Quand on philosophe, il faut descendre dans l’antique Chaos et se trouver bien là. » Wittgenstein l’a dit. Alexandre Jollien* le rappelle, mais il transforme la portée de cette proposition. Car la descente, pour lui, ne consiste pas à plonger sous les usages habituels des mots. Son chaos est celui des pulsions, des angoisses, de l’abandon, du mépris de soi. Et « philosopher » ne veut plus dire démontrer ou démonter des échafaudages conceptuels. C’est bien plus : s’extirper des tourments d’un corps atteint, accéder à une forme de sérénité. Bref, devenir sage.
Mais comment ? En suivant quel chemin ? Au long d’une vingtaine d’années et d’une dizaine de livres, depuis Eloge de la faiblesse (Cerf, 1999) jusqu’à Vivre sans pourquoi (Seuil/L’Iconoclaste, 2015), en passant par Le Philo­sophe nu (Seuil, 2010), ces questions taraudent Alexandre Jollien. Il expérimente, tâtonne, tombe et repart, mettant ses pas dans ceux de Marc Aurèle, de Spinoza, de Nietzsche, de maîtres bouddhistes. Entre autres… Sa singularité : tenter de vivre leurs enseignements, au lieu de se contenter de les lire. Les exercices spirituels, pour lui, ne sont pas un genre littéraire, mais bien un entraînement réel, physique et affectif, une endurance quotidienne. Il désire la sagesse en acte, comme guérison, comme « grande santé », comme salut. Et il ne fait pas semblant.
Ce qui explique l’attachement de multiples lecteurs. Si étranges en effet que soient ses itinéraires, ses expérimentations, parfois même ses découragements, tous sont marqués au sceau de la sincérité. Celle-ci prend dans son nouveau livre, La Sagesse espiègle, une teinte plus sombre que le titre ne le laisse supposer. Car elle n’est pas très joyeuse, cette descente dans la dépression, le désespoir, l’addiction sexuelle. Le chercheur de sagesse...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-9"> ¤ La chronique de Barbara Cassin, à propos de « Rien d’autre sur terre », de Conor O’Callaghan.
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Premier roman. Que croire en Irlande ?

La chronique de Barbara Cassin, à propos de « Rien d’autre sur terre », de Conor O’Callaghan.



LE MONDE DES LIVRES
 |    31.10.2018 à 11h57
 • Mis à jour le
31.10.2018 à 12h08
    |

                            Barbara Cassin (de l'Académie française)








                        



                                


                            
Rien d’autre sur terre (Nothing on Earth), de Conor O’Callaghan, traduit de l’anglais (Irlande) par Mona de Pracontal, Sabine Wespieser, 272 p., 21 €.

Une gamine, crasseuse, maigreuse et bien trop belle, débarque un soir chez un prêtre irlandais. Elle vient d’une drôle de famille, logée dans le pavillon-témoin d’un lotissement qui ne sort pas de terre. Ils avaient l’air d’être d’ici, mais comment ça ? En tout cas, maintenant, elle est sans voisins, sans famille, sans rien. Il y avait une mère, qui disparaît, la peut-être jumelle de la mère, qui disparaît aussi, et voilà le père, mettons professeur sans travail, qui vient de disparaître à son tour, juste comme s’ils changeaient de pièce. Disparus comme l’eau, comme l’électricité, comme la nourriture, naturellement et sans laisser de trace. Tout est normalement irréel, et il y a pourtant des bribes de réalité, des bains de soleil, une supérette, un dîner père-fille chez des voisins plus vides que nature, des ouvriers polonais amateurs de heavy metal, maisont-ils existé ? ­Surnage le nom d’un flic, Curtin, qui se confesse à la fin pour demander ou plutôt accorder pardon, comment savoir ? Des détails attestent la vérité de l’ensemble, on aimerait savoir à quoi croire.
Tache de sang sur le matelas
Impossible ! Tout ça est un récit de récit, un non-récit de non-récit. Il est, au final, raconté, comme confessé, par le prêtre. Ce prêtre qui n’a pas, qui ne pas, ça non. Lui, non, rien. Heureusement qu’il avait une vraie femme de ménage pour coucher la petite et lui expliquer, à lui curé, qu’elle a ses fleurs, sinon d’où viendrait la tache de sang sur le matelas repérée par les flics ? Mais la femme de ménage est rentrée chez elle au lieu de rester comme prévu. Et la gamine, que les gendarmes ont laissée dormir chez lui, a frappé à la chambre du Père (on frappe beaucoup dans ces maisons), elle a tambouriné, appelé. Comment ouvrirait-il, voyons, lui qui ne pas ?
Elle...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-10"> ¤ Dans « Kanaky », Joseph Andras a enquêté sur Alphonse Dianou, tué en 1988 lors de l’assaut d’Ouvéa.
<filname="PROF-0,2-3246,1-0,0-10"> ¤                     
                                                   
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Un indépendantiste kanak ordinaire

Dans « Kanaky », Joseph Andras a enquêté sur Alphonse Dianou, tué en 1988 lors de l’assaut d’Ouvéa.



LE MONDE DES LIVRES
 |    31.10.2018 à 11h52
 • Mis à jour le
31.10.2018 à 13h35
    |

                            Gladys Marivat (Collaboratrice du « Monde des livres »)








                        



                                


                            
Kanaky. Sur les traces d’Alphonse Dianou, de Joseph Andras, Actes Sud, 304 p., 21 €.

Chercher le point de bascule, quand la personne que l’on croyait connaître devient quelqu’un d’autre. Telle est l’obsession au cœur du récit tortueux de Joseph Andras. Le héros de Kanaky est Alphonse Dianou – Kahnyapa Dianou, de son nom mélanésien. Du 22 avril au 5 mai 1988, sur l’atoll d’Ouvéa, en Nouvelle-Calédonie, cet indépendantiste de 28 ans a mené l’occupation d’une gendarmerie, au cours de laquelle quatre gendarmes ont été tués, puis une prise d’otages dans une grotte. L’intervention de l’armée française s’est soldée par 21 morts, dont 19 Kanak. Dont lui.

Qui était Alphonse Dianou ? Trente mois durant, l’écrivain, né en 1984, a mené l’enquête. Il a rencontré sa veuve et son fils, ceux qui l’ont connu ou étaient à ses côtés dans la grotte. De l’indépendantiste « sanguinaire » et « sans pitié » décrit dans la presse, l’écrivain ne retrouve rien. Ses proches évoquent un homme calme, admiratif de Gandhi et prônant la non-violence. Mélomane, ­ancien séminariste, Dianou finit par s’engager dans la lutte pacifique pour l’indépendance. Jusqu’au jour où il est arrêté lors d’une manifestation à Nouméa. A son compagnon de cellule, retrouvé par Andras, Dianou déclare : « Quand je sors de prison, je prends un fusil. »
Témoignages contradictoires
On peut reprocher à l’auteur du ­livre un parti pris en faveur des Kanak dans ses choix d’interviews. Il paraît l’assumer, rappelant que parmi les dizaines d’ouvrages sur Ouvéa, aucun n’a été écrit par un ­Kanak. Volontiers lyrique quand il décrit la cosmo­gonie traditionnelle, pleure avec ceux qu’il écoute ou fait revivre la grande révolte de 1878, Joseph Andras se montre aussi extrêmement précis dans les faits et propos rapportés. Ainsi des chapitres où il juxtapose des témoignages contradictoires, notamment sur la mort...




                        

                        


<article-nb="2018/10/31/17-11">
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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-11"> ¤ Un peu d’histoire à l’approche du référendum sur l’indépendance du territoire d’outre-mer, le 4 novembre. Frédéric Angleviel en signe une passionnante.
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Nouvelle-Calédonie, 3 200 ans plus tard

Un peu d’histoire à l’approche du référendum sur l’indépendance du territoire d’outre-mer, le 4 novembre. Frédéric Angleviel en signe une passionnante.



LE MONDE DES LIVRES
 |    31.10.2018 à 11h44
 • Mis à jour le
31.10.2018 à 16h01
    |

                            Florent Georgesco








                        



                                


                            
La France aux antipodes. Histoire de la Nouvelle-Calédonie, de Frédéric Angleviel, Vendémiaire, « Chroniques », 394 p., 25 €.

Frédéric Angleviel, qui a longtemps enseigné à l’université de la Nouvelle-Calédonie (Nouméa), est historien, spécialiste de l’Océanie francophone. Il publie La France aux antipodes. Histoire de la Nouvelle-Calédonie, première synthèse générale de l’histoire de la collectivité française de Mélanésie, appelée à se prononcer par référendum, le 4 novembre, sur son indépendance.
Que sait-on des premiers habitants de la Nouvelle-Calédonie ?
L’archipel a commencé à être peuplé il y a 3 200 ans, par de petits groupes de personnes originaires d’Asie du Sud-Est qu’on appelle les « Austronésiens ». Mais il n’y avait pas d’écriture, donc c’est une histoire difficile à connaître. Ce que l’on peut dire, à partir des travaux des archéologues, c’est que, jusqu’à l’an mille de notre ère, il y avait une population assez faible, évidemment arrivée par la mer, qui s’est d’abord installée sur les rivages, puis, progressivement, dans l’intérieur de la Grande Terre [l’île principale de l’archipel calédonien].
Ensuite, la population s’accroît. Il y a une intensification de l’agriculture. On commence à aller chercher l’eau dans les montagnes, avec un système de tuyaux et de terrasses : les tarodières irriguées. L’organisation politique devient plus complexe, plus hiérarchisée. Certaines tribus se regroupent en grandes chefferies.
Peut-on, à partir de cette mutation, commencer à parler de peuple kanak ?
L’un des principaux archéologues de la Nouvelle-Calédonie, Christophe Sand, considère en effet que c’est à ce moment-là qu’apparaît le « complexe culturel traditionnel kanak ». Mais le mot n’est alors utilisé que par les Européens, qui ont appelé les habitants ainsi quand ils sont arrivés....




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-12"> ¤ Le Moyen Age ne condamnait pas à tort et à travers, explique l’historienne Claude Gauvard, qui démontre le lien entre sentence de mort et affirmation de l’Etat.
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Histoire. Peine capitale, pas si médiévale

Le Moyen Age ne condamnait pas à tort et à travers, explique l’historienne Claude Gauvard, qui démontre le lien entre sentence de mort et affirmation de l’Etat.



LE MONDE DES LIVRES
 |    31.10.2018 à 11h34
 • Mis à jour le
31.10.2018 à 11h44
    |

                            Marie Dejoux (Historienne et collaboratrice du « Monde des livres »)








                        



                                


                            

Condamner à mort au Moyen Age, de Claude Gauvard, PUF, 368 p., 24 €.
Trente-sept ans après l’abolition de la peine de mort en France, le titre du nouveau livre de Claude Gauvard, Condamner à mort au Moyen Age, fait instantanément surgir de sombres images. Celle des pendus de François Villon, ou des roués et des écartelés en place publique, visions d’horreur d’un Moyen Age par essence cruel et violent. Pourtant, la roue et l’écartèlement sont, comme les sorcières, davantage modernes que médiévaux. Sans doute sommes-nous influencés par la vision fantasmée des médiévaux eux-mêmes, qui aimaient à orner les tympans de leurs églises de spectaculaires décapitations de martyrs.

Dans cet ouvrage longtemps attendu, Claude Gauvard, née en 1942, spécialiste de l’histoire de la justice et de la criminalité (et auteure, notamment, du Dictionnaire de l’historien, avec Jean-François Sirinelli, PUF, 2015), invite à revoir nos préjugés, à commencer par la fréquence des exécutions capitales au Moyen Age. Certes, les sources judiciaires sont peu bavardes avant le XIIIe siècle, mais les données rassemblées montrent que les exécutions – ordonnées pour punir des crimes ou de simples délits, comme le vol ou la fabrication de fausse monnaie – sont rares : une tous les quatre ans à Lyon et, dans les cas extrêmes que sont la Normandie ou le Comtat Venaissin, une par an, contre dix au Texas en 2018. A la peine capitale, le Moyen Age préfère une mort symbolique, le bannissement ou l’amende, voire la composition entre les parties, hors du tribunal.
Le public, garant de la bonne mise en œuvre du rituel
L’infamie du bourreau est elle aussi questionnée par l’au­teure. Essentiellement porteuse d’incapacité juridique, elle ne prive pas de reconnaissance sociale, comme le prouve le titre de « maître », souvent accolé à son nom. De même, le public, longtemps accusé de voyeurisme, retrouve...




                        

                        


<article-nb="2018/10/31/17-13">
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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-13"> ¤ L’historien embrasse l’histoire sociale de la capitale française comme haut lieu de l’amour et du sexe.
<filname="PROF-0,2-3246,1-0,0-13"> ¤                     
                                                   
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Pour Paris canaille, suivez Dominique Kalifa

L’historien embrasse l’histoire sociale de la capitale française comme haut lieu de l’amour et du sexe.



LE MONDE DES LIVRES
 |    31.10.2018 à 10h31
 • Mis à jour le
31.10.2018 à 10h49
    |

                            Pierre Karila-Cohen (Historien et collaborateur du « Monde des livres »)








                        



                                


                            
Paris. Une histoire érotique, d’Offenbach aux Sixties, de Dominique Kalifa, Payot, « Une histoire érotique », 300 p., 21 €.

Voici un beau livre qu’apprécieront les amoureux qui se bécotent sur les bancs publics comme les passants honnêtes qui leur jettent des regards obliques. Les uns et les autres comprendront en le lisant comment est né un imaginaire social encore très puissant, qui a fait de Paris une des capitales mondiales, voire la capitale mondiale, des passions éphémères ou plus durables, le lieu par excellence du baiser amoureux, des liaisons adultères et de toutes les formes d’érotisme.
Cette association si puissante entre une ville, des sentiments et des pratiques a trouvé un historien en la personne de Dominique Kalifa, qui livre avec ce Paris une étude aussi minutieuse que plaisante. Délaissant l’univers du crime et des bas-fonds qu’il a inlassablement parcouru pendant plus de vingt-cinq ans (L’Encre et le Sang, Fayard, 1995 ; Les Bas-Fonds, Seuil, 2013 ; Tu entreras dans le siècle en lisant Fantômas, Vendémiaire, 2017…), ce grand spécialiste d’histoire culturelle, s’il aborde ici une thématique en apparence plus légère, continue de décortiquer avec finesse les ressorts méconnus de nos sociétés contemporaines.
Les portes cochères
Pour Dominique Kalifa, l’imaginaire social liant Paris à l’amour et au sexe s’est construit au cours du siècle qui sépare les travaux d’Haussmann, dans les années 1850, aux nouvelles transformations de Paris réalisées durant les années 1960. Dans le Paris du Second Empire, cafés, boulevards, bois et jardins constituèrent des lieux de rencontre que les romans, la presse et même certains guides touristiques ne cessèrent de mettre en scène. Bals populaires et bals de société connurent un apogée dans cette seconde moitié du siècle, entraînant liaisons, mariages et séparations.
Au-delà, c’est une véritable...




                        

                        


<article-nb="2018/10/31/17-14">
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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-14"> ¤ Dans « Isidore et les autres », l’écrivaine a trouvé le ton juste, doux-amer, pour incarner le benjamin d’une famille névrosée.
<filname="PROF-0,2-3246,1-0,0-14"> ¤                     
                                                   
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Camille Bordas fait son jeune homme

Dans « Isidore et les autres », l’écrivaine a trouvé le ton juste, doux-amer, pour incarner le benjamin d’une famille névrosée.



LE MONDE DES LIVRES
 |    31.10.2018 à 10h14
 • Mis à jour le
31.10.2018 à 10h23
    |

                            Florence Bouchy (Collaboratrice du « Monde des livres »)








                        



                                


                            
Isidore et les autres, de Camille Bordas, Inculte, 414 p., 19,90 €.

Sur le plan scolaire, les cinq premiers enfants de la famille Mazal peuvent être considérés comme des surdoués. Ils remplissent des dossiers de candidature en classe prépa quand les enfants de leur âge sont encore au collège. Ils cherchent un nouveau sujet de thèse à peine leur premier doctorat obtenu. Rien ne leur plaît tant, lorsqu’ils sont réunis, que d’organiser une « soirée condescendance ». Quoi de plus drôle, eneffet, que de pointer l’étroitesse d’esprit de ceux qui n’ont jamais lu Aristote, Deleuze et Bourdieu ? Ou de relever les naïvetés et maladresses d’un photographe amateur qui ne connaîtrait pas en détail l’histoire de l’art ? Sûrs de leur bon goût comme de leur intelligence, ils ne doutent pas un instant de leur capacité à réussir leur vie. Aucune difficulté ne devrait leur résister, puisqu’ils ont toutes les clés pour comprendre le monde qui les entoure. Encore faudrait-il, bien sûr, qu’ils y prêtent attention. Le réel, on s’en doute, va se rappeler à eux avec brutalité.
La satire pourrait s’annoncer féroce. Elle est, sous la plume de Camille Bordas, douce-amère. Comme si l’auteure réévaluait, plutôt qu’elle ne les reniait, des codes et des valeurs qu’elle avait elle-même, un temps, adoptés. Ni anti-intellectualiste ni empreint d’excessifs bons sentiments, Isidore et les autres est tout simplement un roman vivifiant. Un texte en apparence léger, qui ausculte pourtant avec une généreuse lucidité la façon dont chacun des personnages – chacun de nous, aussi bien – organise le passage des livres à la vie, et inversement. Si la culture académique et sa prétention à tout expliquer sont égratignées, la tonalité du roman n’est en rien désenchantée. Le tableau que la jeune romancière (née en 1987) brosse de cette famille d’intellectuels névrosés, mal à l’aise avec les émotions, est suffisamment impressionniste...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-15"> ¤ Jacob, poète yéménite homosexuel, lutte contre ses démons, la violence et la mort. Audacieux « Ange de l’histoire » de l’écrivain libano-américain.
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Les guerres perdues de Rabih Alameddine

Jacob, poète yéménite homosexuel, lutte contre ses démons, la violence et la mort. Audacieux « Ange de l’histoire » de l’écrivain libano-américain.



LE MONDE DES LIVRES
 |    31.10.2018 à 10h09
 • Mis à jour le
31.10.2018 à 10h20
    |

                            Eglal Errera (Collaboratrice du « Monde des livres »)








                        



                                


                            
L’Ange de l’histoire (The Angel of History), de Rabih Alameddine, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Nicolas Richard, Les Escales, 388 p., 21,90 €.

A Paris, au printemps 1940, quelques mois avant de se donner la mort, Walter Benjamin rédige ce qui deviendra Sur le concept d’histoire, une suite d’aphorismes parmi lesquels l’emblématique évocation du tableau de Paul Klee, Angelus Novus (1920) : « Il représente un ange (…). Ses yeux sont écarquillés, sa bouche ouverte, ses ailes déployées. C’est à cela que doit ressembler l’ange de l’histoire. Il a le visage tourné vers le passé. Là où nous apparaît une chaîne d’événements, il ne voit, lui, qu’une seule et unique catastrophe, qui ne cesse d’amonceler ruines sur ruines et les jette à ses pieds. »
Cette vision d’apocalypse semble avoir été écrite pour Rabih Alameddine, né en 1959 et auteur, notamment de Hakawati (Flammarion, 2009), qui pourrait bien s’en être inspiré pour son nouveau roman. Jusqu’au titre de celui-ci, L’Ange de l’histoire, que l’écrivain libano-américain a choisi pour ce récit, hanté par le passé et absolument désespéré, d’une existence placée sous le sceau de la mort, de l’ostracisme et de l’exil.
L’histoire en question se déroule au cours d’une seule et unique nuit, aux urgences d’un hôpital psychiatrique de San Francisco où s’est rendu Jacob, un poète d’origine yéménite établi en Californie, violemment ébranlé par les dernières et insoutenables images qui lui sont parvenues de son Moyen-Orient natal – en particulier celles d’une enfant syrienne de 3 ans, mortellement blessée et dont les derniers mots – « Je vais tout raconter à Dieu » – l’ont ravagé.
Pages pudiques
Plus encore, ce sont les échos d’une autre guerre qui viennent peupler la nuit du poète : l’épidémie de sida dont l’assaut a emporté ses amis, notamment Doc, son grand amour, qu’il ne se...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-16"> ¤ L’une a perdu sa fille, l’autre élimine « les ennemis de la France ». Et toutes deux trouvent comment vivre avec ça. Denis Soula, optimiste.
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Denis Soula dans la peau de deux femmes

L’une a perdu sa fille, l’autre élimine « les ennemis de la France ». Et toutes deux trouvent comment vivre avec ça. Denis Soula, optimiste.



LE MONDE DES LIVRES
 |    31.10.2018 à 09h55
 • Mis à jour le
31.10.2018 à 10h17
    |

                            Maylis Besserie (Collaboratrice du « Monde des livres »)








                        



                                


                            
Deux femmes, de Denis Soula, Joëlle Losfeld, 120 p., 12,50 €.

C’est la chronique de deux vies qui n’ont d’autre choix que de s’accommoder de la mort. L’une a vécu celle de sa fille, l’autre – tireuse d’élite – la donne au quotidien. Deux femmes confronte l’existence à sa fin, histoire de voir ce qu’il en reste lorsque les malheurs s’y empilent. Denis Soula poursuit son exploration de la vie intérieure de personnages féminins, à laquelle Mektoub et Les Frangines (Joëlle Losfeld, 2012 et 2015), ses deux précédents romans, avaient déjà ouvert la voie. Il en confie cette fois les rênes à deux narratrices dont les parcours croisés se heurtent à la même question existentielle : que reste-t-il de bon à vivre lorsqu’on a été traversé par des drames ?
Un regard littéraire empathique et engagé
« Je suis en jupe, le vent cingle mes jambes. » Denis Soula change de genre, comme d’autres changent de nom, et écrit l’histoire des femmes comme s’il les était toutes. Deux femmes déploie une écriture que le féminin rend universelle. Un regard littéraire empathique et engagé, qui guide tout autant le propos que la dramaturgie. Les héroïnes de Deux femmes parlent peu, l’auteur prend donc le parti – par une narration aux tonalités de journal intime – de les comprendre de l’intérieur. « La plupart du temps, je reste en tête à tête avec ma peine (…). Je réponds, mais c’est de l’automatique, du congelé. »
La première narratrice (celle des chapitres impairs) est une mère qui s’accroche à la fille qui lui reste. L’écriture nous transporte dans son quotidien rétréci où résonnent, sans cesse, la perte et « les solitudes » des endeuillés. Pour faire face et « occuper le champ de bataille », l’héroïne s’appuie sur les quelques béquilles qui rendent la vie supportable. Parmi elles, la musique, remède à tout, et la moto – pour...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-17"> ¤ Le Musée Guimet, à Paris, montre, en trois cents œuvres et objets d’art, les splendeurs du Japon impérial.
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Exposition : vivacité des arts japonais sous l’ère Meiji

Le Musée Guimet, à Paris, montre, en trois cents œuvres et objets d’art, les splendeurs du Japon impérial.



LE MONDE
 |    31.10.2018 à 09h55
    |

            Sylvie Kerviel








                        



                                


                            

On le découvre sur une photographie datée du 8 octobre 1873, assis dans un fauteuil Louis XVI en tenue militaire occidentale, pantalon et veste ajustés à galons, raie sur le côté, fine moustache, sabre à la ceinture, un bicorne posé près de lui. C’est l’une des très rares représentations photographiques de l’empereur Mutsuhito (1852-1912), dont le règne, de 1867 à 1912, se traduisit par une transformation tellement radicale du Japon qu’on lui a donné le nom d’ère « Meiji » (« politique de la lumière »). Cette photographie figure en ouverture de l’exposition « Meiji, splendeurs du Japon impérial », présentée au Musée national des arts asiatiques-Guimet, à Paris, à l’occasion des 150 ans du début de cette période. Une époque d’ouverture du pays sans précédent, après deux cent cinquante ans de repli sur soi, qui s’accompagne de bouleversements dans tous les domaines – politique, économique, sociétal, religieux, culturel, artistique.
« Le Japon devenu empire se dotera d’un Parlement, d’un code civil de droit romain, d’une conscription mettant à bas les reliques de l’antique système des samouraïs, interdira le port du sabre, encouragera l’adoption du costume occidental, s’industrialisera à une vitesse étonnante, changera l’aspect de ses villes… », expose Sophie Makariou, présidente du Musée Guimet et commissaire de l’exposition, avec le conservateur Michel Maucuer. Le pays entend désormais faire rayonner ses talents à travers le monde, et les artistes ont pour mission d’exalter sa puissance créatrice. Un goût pour le « japonisme », alimenté par les récits d’écrivains-voyageurs tel Pierre Loti (1850-1923) et par les industriels collectionneurs comme Emile Guimet (1836-1918) ou Henri Cernuschi (1821-1896), se manifeste alors en Occident.

Plus de trois cents pièces – porcelaines, céramiques, étoffes, laques, peintures, sculptures, meubles – témoignant de cette virtuosité ont été réunies grâce à de nombreux prêts, une part venant des...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-18"> ¤ Le Musée national des arts asiatiques-Guimet explore un chapitre encore méconnu de l’histoire des arts japonais.
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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-19"> ¤ Le réalisateur de « La Vie d’Adèle » est accusé d’agression sexuelle par une actrice, ce qu’il conteste.
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Abdellatif Kechiche visé par une plainte pour agression sexuelle : une enquête ouverte

Le réalisateur de « La Vie d’Adèle » est accusé d’agression sexuelle par une actrice, ce qu’il conteste.



LE MONDE
 |    31.10.2018 à 09h49
 • Mis à jour le
31.10.2018 à 10h14
   





                        


Les faits se seraient déroulés dans la nuit du 23 au 24 juin. Ils font désormais l’objet d’une enquête pour agression sexuelle ouverte contre le réalisateur français Abdellatif Kechiche. Confirmant une information publiée mardi 31 octobre par BFM-TV, une source proche du dossier a indiqué au Monde qu’à la suite d’une plainte déposée le 6 octobre contre le réalisateur, « une enquête préliminaire a été ouverte par le parquet de Paris du chef d’agression sexuelle ».
D’après les informations de BFM-TV, la plainte en question a été déposée par une actrice de 29 ans qui affirme avoir été agressée sexuellement alors qu’elle s’était endormie, dans un appartement du 20e arrondissement de Paris où elle avait dîné plus tôt dans la soirée avec Abdellatif Kechiche et l’un de ses amis. C’est en se réveillant qu’elle dit avoir vu que son pantalon était ouvert et qu’elle subissait des attouchements de la part du réalisateur.
L’avocat d’Abdellatif Kechiche, Palme d’or en 2013 pour La vie d’Adèle, a déclaré à BFM-TV que ce dernier contestait « catégoriquement la véracité de ces accusations ». L’enquête a été confiée au deuxième district de police judiciaire (DPJ), qui couvre le Nord et l’Est de Paris.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-20"> ¤ La philosophe, invitée au Forum philo, évoque ce que permet la philosophie : conduire, sur soi et  sur le présent, une réflexion critique irremplaçable.
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Forum philo. Enseigner, écrire, s’engager, par Corine Pelluchon

La philosophe, invitée au Forum philo, évoque ce que permet la philosophie : conduire, sur soi et  sur le présent, une réflexion critique irremplaçable.



LE MONDE DES LIVRES
 |    31.10.2018 à 09h47
 • Mis à jour le
31.10.2018 à 10h15
    |

                            Corine Pelluchon (Philosophe)








                        



                                


                            


L’étude des grands textes de la philosophie, l’analyse des notions centrales qui cartographient le réel, couvrent diverses régions du savoir et éclairent la condition humaine nous aident à prendre de la distance avec nous-mêmes et avec notre époque. Quand les soignants auxquels j’enseigne disent que L’Ethique à Nicomaque, d’Aristote, nourrit leur réflexion sur la temporalité de la décision d’arrêt des traitements en réa­nimation-anesthésie ou sur le choix d’une thérapeutique proportionnée à l’état d’un malade, ils reconnaissent que le problème de la conduite juste à avoir face à des cas singuliers traverse les ­siècles et que nos technologies les plus sophistiquées n’ont pas suffi à le résoudre. Nous ne sommes pas plus sages que les Anciens, bien que nous disposions d’outils nous rendant très savants sur des détails. Nous sommes même souvent ignorants des fins essentielles, comme lorsque nous avons les yeux rivés sur les moyens et que nous ne savons plus à qui ils sont utiles.
Une discipline subversive
L’un des apports irremplaçables de la philosophie à la formation du jugement et du caractère tient à la réflexion critique qu’elle permet de conduire sur soi et sur le présent. La recherche de l’argument le plus pertinent, même s’il va à l’encontre de ses intérêts, creuse un écart entre soi et soi qui fait disparaître certaines certitudes, mais aide aussi à acquérir les traits moraux indispensables à la délibération, c’est-à-dire à la confrontation aux autres, à l’institution progressive du bien commun et à la formulation des défis et des tâches pouvant définir une époque. A un moment où beaucoup de têtes médiatiques sont tentées de traduire en termes identitaires les enjeux du présent, une discipline qui promeut l’émancipation du sujet et cultive son aptitude à faire un pas de côté est nécessaire et totalement subversive.

Pourtant, cet idéal n’est pas toujours réalisé. La philosophie, parce qu’elle s’adresse à l’intelligence...




                        

                        

