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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-1"> ¤ Pour Matt Stoller, les démocrates doivent renouer avec leur fibre sociale et s’attaquer aux monopoles financiers.
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« Personne chez les démocrates ne veut admettre qu’Obama n’a pas forcément été un bon président »

Pour Matt Stoller, les démocrates doivent renouer avec leur fibre sociale et s’attaquer aux monopoles financiers.



LE MONDE
 |    31.10.2018 à 12h30
 • Mis à jour le
31.10.2018 à 16h13
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            Corine Lesnes (San Francisco, correspondante)








                        



                                


                            

Matt Stoller, 40 ans, chercheur à l’Open Markets Institute, un cercle de réflexion antitrust, a contribué à plusieurs campagnes de candidats de l’aile progressiste du Parti démocrate. A l’heure où certains intellectuels américains pensent que la formation politique joue trop sur les minorités, il fait plutôt porter leur échec sur leur incapacité à affronter la question de la concentration dans l’économie.

Qu’est-ce que la campagne des élections de mi-mandat révèle de l’état du Parti démocrate ?
Une grande tension. Quand ils étaient au pouvoir, les démocrates s’étaient fixé comme objectif de réduire les inégalités, d’apporter une couverture santé pour tous. Les électeurs ont rejeté leur politique. Ils ont élu de nombreux républicains et, in fine, Donald Trump. L’échec des démocrates, c’est de ne pas avoir vraiment pris conscience du fait que la concentration de pouvoirs financiers pouvait être dangereuse politiquement. Et d’avoir choisi Hillary Clinton, qui était liée aux grands intérêts financiers.
Aujourd’hui, beaucoup de gens dans le parti comprennent qu’ils ont échoué, mais toute leur carrière est indissociable des choix politiques qu’ils ont faits et qui ont aidé le monde de la finance. Obama est très populaire ; personne ne veut admettre qu’il n’a pas forcément été un bon président.
Sa grande réussite, aux yeux des démocrates, c’est l’Obamacare, la loi sur les soins de santé. « Ce n’est pas exactement ce qu’on voulait, disent-ils, mais c’est mieux que le système précédent. » Sauf que quand on regarde les chiffres, quand la loi est passée en 2010, le coût pour assurer une famille de quatre personnes était de 20 000 dollars par an. Aujourd’hui, c’est environ 30 000 dollars. L’augmentation bénéficie principalement aux hôpitaux et aux médecins. C’est un échec massif de politique publique.

Vous estimez que les démocrates ont perdu leur « âme populiste » bien...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-2"> ¤ La chronique de Roger-Pol Droit, à propos de « La Sagesse espiègle », d’Alexandre Jollien.
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Figures libres. Vainqueur par chaos

La chronique de Roger-Pol Droit, à propos de « La Sagesse espiègle », d’Alexandre Jollien.



LE MONDE DES LIVRES
 |    31.10.2018 à 12h00
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                            Roger-Pol Droit








                        



                                


                            
La Sagesse espiègle, d’Alexandre Jollien, Gallimard, 224 p., 18 €.

« Quand on philosophe, il faut descendre dans l’antique Chaos et se trouver bien là. » Wittgenstein l’a dit. Alexandre Jollien* le rappelle, mais il transforme la portée de cette proposition. Car la descente, pour lui, ne consiste pas à plonger sous les usages habituels des mots. Son chaos est celui des pulsions, des angoisses, de l’abandon, du mépris de soi. Et « philosopher » ne veut plus dire démontrer ou démonter des échafaudages conceptuels. C’est bien plus : s’extirper des tourments d’un corps atteint, accéder à une forme de sérénité. Bref, devenir sage.
Mais comment ? En suivant quel chemin ? Au long d’une vingtaine d’années et d’une dizaine de livres, depuis Eloge de la faiblesse (Cerf, 1999) jusqu’à Vivre sans pourquoi (Seuil/L’Iconoclaste, 2015), en passant par Le Philo­sophe nu (Seuil, 2010), ces questions taraudent Alexandre Jollien. Il expérimente, tâtonne, tombe et repart, mettant ses pas dans ceux de Marc Aurèle, de Spinoza, de Nietzsche, de maîtres bouddhistes. Entre autres… Sa singularité : tenter de vivre leurs enseignements, au lieu de se contenter de les lire. Les exercices spirituels, pour lui, ne sont pas un genre littéraire, mais bien un entraînement réel, physique et affectif, une endurance quotidienne. Il désire la sagesse en acte, comme guérison, comme « grande santé », comme salut. Et il ne fait pas semblant.
Ce qui explique l’attachement de multiples lecteurs. Si étranges en effet que soient ses itinéraires, ses expérimentations, parfois même ses découragements, tous sont marqués au sceau de la sincérité. Celle-ci prend dans son nouveau livre, La Sagesse espiègle, une teinte plus sombre que le titre ne le laisse supposer. Car elle n’est pas très joyeuse, cette descente dans la dépression, le désespoir, l’addiction sexuelle. Le chercheur de sagesse...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-3"> ¤ Un peu d’histoire à l’approche du référendum sur l’indépendance du territoire d’outre-mer, le 4 novembre. Frédéric Angleviel en signe une passionnante.
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Nouvelle-Calédonie, 3 200 ans plus tard

Un peu d’histoire à l’approche du référendum sur l’indépendance du territoire d’outre-mer, le 4 novembre. Frédéric Angleviel en signe une passionnante.



LE MONDE DES LIVRES
 |    31.10.2018 à 11h44
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31.10.2018 à 16h01
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                            Florent Georgesco








                        



                                


                            
La France aux antipodes. Histoire de la Nouvelle-Calédonie, de Frédéric Angleviel, Vendémiaire, « Chroniques », 394 p., 25 €.

Frédéric Angleviel, qui a longtemps enseigné à l’université de la Nouvelle-Calédonie (Nouméa), est historien, spécialiste de l’Océanie francophone. Il publie La France aux antipodes. Histoire de la Nouvelle-Calédonie, première synthèse générale de l’histoire de la collectivité française de Mélanésie, appelée à se prononcer par référendum, le 4 novembre, sur son indépendance.
Que sait-on des premiers habitants de la Nouvelle-Calédonie ?
L’archipel a commencé à être peuplé il y a 3 200 ans, par de petits groupes de personnes originaires d’Asie du Sud-Est qu’on appelle les « Austronésiens ». Mais il n’y avait pas d’écriture, donc c’est une histoire difficile à connaître. Ce que l’on peut dire, à partir des travaux des archéologues, c’est que, jusqu’à l’an mille de notre ère, il y avait une population assez faible, évidemment arrivée par la mer, qui s’est d’abord installée sur les rivages, puis, progressivement, dans l’intérieur de la Grande Terre [l’île principale de l’archipel calédonien].
Ensuite, la population s’accroît. Il y a une intensification de l’agriculture. On commence à aller chercher l’eau dans les montagnes, avec un système de tuyaux et de terrasses : les tarodières irriguées. L’organisation politique devient plus complexe, plus hiérarchisée. Certaines tribus se regroupent en grandes chefferies.
Peut-on, à partir de cette mutation, commencer à parler de peuple kanak ?
L’un des principaux archéologues de la Nouvelle-Calédonie, Christophe Sand, considère en effet que c’est à ce moment-là qu’apparaît le « complexe culturel traditionnel kanak ». Mais le mot n’est alors utilisé que par les Européens, qui ont appelé les habitants ainsi quand ils sont arrivés....




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-4"> ¤ Editorial. Le premier ministre a présenté, lundi, son plan pour la « transformation de l’action publique ». Un chantier auquel se sont attelés tous les gouvernements depuis quarante ans.
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Sisyphe et l’éternel recommencement de la réforme de l’Etat

Editorial. Le premier ministre a présenté, lundi, son plan pour la « transformation de l’action publique ». Un chantier auquel se sont attelés tous les gouvernements depuis quarante ans.



LE MONDE
 |    31.10.2018 à 11h37
 • Mis à jour le
31.10.2018 à 14h21
   





                        



   


Editorial du « Monde ». Après un an de réflexions nourries par les engagements de campagne d’Emmanuel Macron, puis les travaux du Comité action publique 2022 et les audits réalisés dans chaque ministère, le premier ministre a présenté, lundi 29 octobre, l’un des grands chantiers du quinquennat : la « transformation de l’action publique », autrement dit la réforme de l’Etat. Edouard Philippe n’a pas hésité à dramatiser l’enjeu : « L’Etat peut s’effondrer, cela est arrivé en 1940 », a-t-il assuré pour mieux justifier l’urgence et l’ampleur des travaux de rénovation annoncés.
L’entreprise est sisyphéenne. Depuis quarante ans, tous les présidents de la République et leurs premiers ministres se sont employés à moderniser l’organisation et l’action des administrations. Récemment, ce fut la révision générale des politiques publiques, conduite par Nicolas Sarkozy en 2007, puis la modernisation de l’action publique, lancée par François Hollande en 2012.
Chacun, à sa manière, s’est engagé à inventer un Etat plus efficace, plus souple, plus économe et plus proche des administrés. Et chacun s’est arrêté à mi-chemin de ses ambitions, freiné par la complexité du chantier, les pesanteurs de la fonction publique et les injonctions contradictoires des Français, aussi prompts à réclamer plus de fonctionnaires dans les écoles, les commissariats de police ou les hôpitaux, qu’à déplorer leur nombre excessif…
« Sans totem ni tabou »
Edouard Philippe remet donc l’ouvrage sur le métier et décrète la mobilisation générale. Comme ses prédécesseurs, il prône davantage de souplesse dans l’organisation des services publics et leur gestion budgétaire, davantage de clarté dans la définition des missions, davantage de responsabilité (et de contrôle de performance) dévolue à chaque ministère, davantage de modernité avec la généralisation annoncée de la numérisation des démarches, davantage d’inventivité dans la gestion du parc immobilier public. Sans oublier l’antienne de l’indispensable débroussaillage du maquis des normes et circulaires.

        Lire aussi :
         

                Dématérialisation, rémunération des fonctionnaires... la réforme de l’Etat dévoilée



« Sans totem ni tabou », comme il l’avait déjà annoncé en février, le gouvernement y ajoute une gestion plus « mobile » de la fonction publique elle-même. Sans remettre en cause frontalement le statut des fonctionnaires, il entend accélérer le recours aux contractuels – qui sont déjà près d’un million –, favoriser et accompagner les reconversions, ouvrir et financer des plans de départ volontaire et s’engager sur la voie de l’individualisation des salaires. Au-delà d’une gestion voulue plus dynamique des ressources humaines, l’enjeu est clair : honorer l’engagement du président de réduire de 50 000 le nombre des fonctionnaires de l’Etat (et de 70 000 celui des agents des collectivités locales) et de trois points de produit intérieur brut le poids des dépenses publiques.
La réalisation de ce chantier tentaculaire est suspendue à trois conditions. D’abord une volonté politique à toute épreuve, tant les conservatismes et corporatismes à surmonter sont enracinés. Edouard Philippe y semble résolu. Ensuite, une pédagogie de tous les instants pour convaincre le pays qu’il s’agit bien de faire « mieux d’Etat » et pas seulement « moins d’Etat », d’en améliorer le fonctionnement et pas seulement d’en réduire le coût. Il faudra enfin un sens aigu de la concertation avec les fonctionnaires et leurs syndicats, sans l’assentiment desquels la réforme de l’Etat ne peut avancer, et encore moins réussir.

        Lire aussi :
         

                « Le statut n’est pas un obstacle à la modernisation de la fonction publique »






                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-5"> ¤ Le Moyen Age ne condamnait pas à tort et à travers, explique l’historienne Claude Gauvard, qui démontre le lien entre sentence de mort et affirmation de l’Etat.
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Histoire. Peine capitale, pas si médiévale

Le Moyen Age ne condamnait pas à tort et à travers, explique l’historienne Claude Gauvard, qui démontre le lien entre sentence de mort et affirmation de l’Etat.



LE MONDE DES LIVRES
 |    31.10.2018 à 11h34
 • Mis à jour le
31.10.2018 à 11h44
    |

                            Marie Dejoux (Historienne et collaboratrice du « Monde des livres »)








                        



                                


                            

Condamner à mort au Moyen Age, de Claude Gauvard, PUF, 368 p., 24 €.
Trente-sept ans après l’abolition de la peine de mort en France, le titre du nouveau livre de Claude Gauvard, Condamner à mort au Moyen Age, fait instantanément surgir de sombres images. Celle des pendus de François Villon, ou des roués et des écartelés en place publique, visions d’horreur d’un Moyen Age par essence cruel et violent. Pourtant, la roue et l’écartèlement sont, comme les sorcières, davantage modernes que médiévaux. Sans doute sommes-nous influencés par la vision fantasmée des médiévaux eux-mêmes, qui aimaient à orner les tympans de leurs églises de spectaculaires décapitations de martyrs.

Dans cet ouvrage longtemps attendu, Claude Gauvard, née en 1942, spécialiste de l’histoire de la justice et de la criminalité (et auteure, notamment, du Dictionnaire de l’historien, avec Jean-François Sirinelli, PUF, 2015), invite à revoir nos préjugés, à commencer par la fréquence des exécutions capitales au Moyen Age. Certes, les sources judiciaires sont peu bavardes avant le XIIIe siècle, mais les données rassemblées montrent que les exécutions – ordonnées pour punir des crimes ou de simples délits, comme le vol ou la fabrication de fausse monnaie – sont rares : une tous les quatre ans à Lyon et, dans les cas extrêmes que sont la Normandie ou le Comtat Venaissin, une par an, contre dix au Texas en 2018. A la peine capitale, le Moyen Age préfère une mort symbolique, le bannissement ou l’amende, voire la composition entre les parties, hors du tribunal.
Le public, garant de la bonne mise en œuvre du rituel
L’infamie du bourreau est elle aussi questionnée par l’au­teure. Essentiellement porteuse d’incapacité juridique, elle ne prive pas de reconnaissance sociale, comme le prouve le titre de « maître », souvent accolé à son nom. De même, le public, longtemps accusé de voyeurisme, retrouve...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-6"> ¤ Dans un livre, l’ex-ministre critique la politique de son ex-gouvernement, et sa domination par un « cercle des hommes blancs hétéros ».
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-6"> ¤                     
                                                

Ségolène Royal règle ses comptes avec le quinquennat de François Hollande

Dans un livre, l’ex-ministre critique la politique de son ex-gouvernement, et sa domination par un « cercle des hommes blancs hétéros ».



LE MONDE
 |    31.10.2018 à 11h11
 • Mis à jour le
31.10.2018 à 16h13
    |

            Enora Ollivier








                        



   


Le mandat de François Hollande, Ségolène Royal est bien placée pour en parler : elle a été sa ministre de l’environnement pendant trois ans, de 2014 à 2017. Dans son ouvrage Ce que je peux enfin vous dire (Fayard, 292 p., 15,99 €), qui paraît mercredi 31 octobre, elle fait une relecture féroce du quinquennat socialiste, esquintant la « désinvolture » du pouvoir.
La hausse des impôts et la fin de la défiscalisation des heures supplémentaires ? « Degré zéro de la politique », tranche Mme Royal. La loi travail ? « Une désolation », « un calvaire pour qui aime la politique ». Ce texte, qu’elle voit comme le produit du « mécanisme de revanche » enclenché par Manuel Valls contre Emmanuel Macron, donne lieu à une vive contestation dans la rue, qui n’est guère entendue.
« Consternation quand l’obstination s’oppose à l’évidence de la montée des incompréhensions », commente encore l’ancienne ministre à propos de cette loi qui, tout comme la déchéance de nationalité, a été menée selon elle avec des œillères.
Mais les mots les plus durs visent la réforme territoriale, « une des pires du quinquennat », une « exécution silencieuse », une coupe « à la serpe » dans les collectivités. L’ancienne candidate à la présidentielle de 2007 déplore la disparition de régions dont les noms « chantent l’histoire de France, sa géographie, ses produits de terroir (…), ses fleuves et rivières ». Elle regrette que « sa » région, Poitou-Charentes – elle en fut la présidente de 2004 à 2014 – ait fusionné avec l’Aquitaine et le Limousin et « se retrouve noyée dans une espèce de grosse patate qui rend la nouvelle carte de France régionale totalement difforme ».
« Cercle des hommes blancs hétéros »
Les ministres qui sont ou ont été à la tête de régions – Jean-Yves Le Drian en Bretagne, Michel Sapin dans le Centre, Jean-Marc Ayrault dans les Pays de la Loire – s’émeuvent aussi du redécoupage à venir mais verront leur territoire rester intact. Pas elle. « Tu comprends, Ségolène, si ta région ne fusionne pas, on va dire que tu as eu un traitement de faveur », lui écrit Bernard Cazeneuve dans un SMS. « Ah bon ? Et pas les autres ? » Ne serait-ce pas plutôt parce que, sur les quatre ministres à s’inquiéter pour leur région, elle est la seule à être une femme ?
C’est la thèse qu’elle défend et qui fait le fil rouge du livre. Ségolène Royal y retrace une partie de sa vie politique à l’aune du difficile combat des femmes pour se faire une place au cœur du pouvoir. En 2016, elle raconte être pressentie pour remplacer Laurent Fabius, nommé au Conseil constitutionnel, au ministère des affaires étrangères.
Dans ce remaniement, Marisol Touraine pourrait être nommée à la défense. « Mais le “cercle des hommes blancs hétéros” qui entoure [François Hollande] veille au grain », soutient Mme Royal, qui verra Jean-Marc Ayrault se voir attribuer, finalement, le Quai d’Orsay.
L’ancienne ministre salue certaines séquences du quinquennat précédent, notamment la lutte contre les lobbies au ministère de l’environnement, en particulier le « non » de la France au renouvellement de l’autorisation du glyphosate en 2016. Mais ces combats, on l’aura compris, sont à porter au crédit non pas de François Hollande… mais de Ségolène Royal.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-7"> ¤ La tuerie perpétrée dans la synagogue de Pittsburg, aux Etats-Unis, rappelle que l’antisémitisme porté par l’extrémisme identitaire nationaliste ou religieux est historiquement un « avertisseur d’incendie » pour le corps social, souligne dans une tribune au « Monde » Alain Chouraqui, président fondateur de la Fondation du camp des Milles.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-7"> ¤                     
                                                   
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« L’antisémitisme comme symptôme d’un engrenage menaçant la démocratie »

La tuerie perpétrée dans la synagogue de Pittsburg, aux Etats-Unis, rappelle que l’antisémitisme porté par l’extrémisme identitaire nationaliste ou religieux est historiquement un « avertisseur d’incendie » pour le corps social, souligne dans une tribune au « Monde » Alain Chouraqui, président fondateur de la Fondation du camp des Milles.



LE MONDE
 |    31.10.2018 à 10h44
 • Mis à jour le
31.10.2018 à 12h59
    |

Alain Chouraqui (Directeur de recherche émérite au CNRS)







                        



                                


                            

Tribune. L’horreur de Pittsburgh est un nouveau rugissement de la « bête immonde » de Brecht, aujourd’hui bien réveillée. C’est en cela que cette tuerie par un extrémiste de droite était malheureusement prévisible dans le contexte américain actuel de peurs et de crispations identitaires. Car, comme l’Europe, l’Amérique est de plus en plus confrontée aux conséquences de ces crispations et de l’engrenage mortifère qu’elles alimentent. Et ce massacre illustre, sans grande surprise, deux grands enseignements de l’expérience historique.
En premier lieu, c’est par un engrenage, nourri par un extrémisme identitaire, qu’une société peut accoucher des pires crimes, étape par étape, de l’exclusion mentale à l’exclusion sociale voire légale et jusqu’à la violence de masse. Au milieu de ce processus, les dérives verbales xénophobes, racistes ou antisémites de certains hommes politiques, au pouvoir ou pas, libèrent d’abord la parole des extrémistes puis leurs actes. On l’a vu aussi après l’élection de Trump (avec une augmentation de 57 % des actes antisémites entre 2016 et 2017), comme au Brésil durant une campagne d’une rare violence annonçant des lendemains qui déchantent et qui tuent.

La résistance à cet engrenage mortifère est possible et peut être efficace à deux conditions.
Il faut d’abord que le discours et l’action politiques ne jouent pas sur les peurs et le rejet de l’autre. En France, les présidents et les gouvernements y ont veillé ces dernières années, dans les discours officiels comme par les mesures prises en particulier dans les plans de lutte contre le racisme et l’antisémitisme, mis en œuvre grâce à l’outil souple et efficace que constitue la Dilcrah [délégation interministérielle à la lutte contre le racisme, l’antisémitisme et la haine anti-LGBT] en soutien aux actions des acteurs de terrain.
Jeu d’alliances et de dupes
Cette attitude ferme des pouvoirs publics a contribué à développer une résilience...




                        

                        


<article-nb="2018/10/31/17-8">
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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-8"> ¤ Soulignant que l’auteur de la tuerie de Pittsburgh a accusé, dans des posts, une agence juive de secours aux réfugiés, l’historienne Françoise Ouzan s’interroge dans une tribune au « Monde » sur la manière dont se combinent haine antijuive et sentiment xénophobe à l’égard des immigrants.
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« Pourquoi la haine antijuive et xénophobe du tueur s’est cristallisée sur un groupe qui tend la main aux réfugiés »

Soulignant que l’auteur de la tuerie de Pittsburgh a accusé, dans des posts, une agence juive de secours aux réfugiés, l’historienne Françoise Ouzan s’interroge dans une tribune au « Monde » sur la manière dont se combinent haine antijuive et sentiment xénophobe à l’égard des immigrants.



LE MONDE
 |    31.10.2018 à 10h42
 • Mis à jour le
31.10.2018 à 11h45
    |

Françoise Ouzan (historienne)







                        



                                


                            

Tribune. Au-delà du choc et de l’émotion profonde suscitée par le massacre de onze personnes, tuées en tant que juives, dans un lieu de culte à Pittsburgh, le 27 octobre 2018, un élément de l’enquête nous interpelle. Pourquoi au moins deux « posts » antisémites mis en ligne par le meurtrier, avant la fusillade, accusent-ils une agence juive américaine de secours aux réfugiés ? Comment se combinent haine antijuive et sentiment xénophobe à l’égard des immigrants ? Faut-il inscrire cette réaction viscérale dans une rhétorique faisant écho aux partisans de l’extrême droite américaine qui décèlent chez les réfugiés, comme par le passé, une menace de subversion et un danger pour la préservation de la société américaine ?
Le tueur, Robert Bowers, écrit : « HIAS [Hebrew Immigrant Aid Society, Société d’aide aux immigrants juifs] se plaît à faire venir des envahisseurs qui tuent les nôtres. Je ne peux pas rester les bras croisés et voir mon peuple se faire massacrer. » Fondée en 1881 pour venir au secours des Juifs fuyant les pogromes de la Russie tsariste et plus généralement ceux d’Europe de l’Est, l’HIAS a joué un rôle majeur. En coopération avec d’autres agences de secours juives comme le célèbre Joint (American Jewish Joint Distribution Committee), ainsi qu’avec des organisations non juives, HIAS-HICEM a aidé des milliers de Juifs à fuir une Europe meurtrière pendant la Shoah.
Au lendemain de la seconde guerre mondiale, l’agence juive américaine a redoublé d’efforts pour aider les personnes déplacées juives (DPs) à quitter les camps de réfugiés en Allemagne, Autriche et Italie et à reconstruire leur vie aux Etats-Unis, en Israël et dans d’autres pays. Poursuivant avec la même ardeur son rôle de représentant de la communauté juive américaine, HIAS a continué à aider les juifs en danger, que ce soit en Egypte, au cours d’opérations de secours en Ethiopie, en Iran ou en Syrie. L’agence de secours s’est illustrée pour...




                        

                        


<article-nb="2018/10/31/17-9">
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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-9"> ¤ L’historien embrasse l’histoire sociale de la capitale française comme haut lieu de l’amour et du sexe.
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Pour Paris canaille, suivez Dominique Kalifa

L’historien embrasse l’histoire sociale de la capitale française comme haut lieu de l’amour et du sexe.



LE MONDE DES LIVRES
 |    31.10.2018 à 10h31
 • Mis à jour le
31.10.2018 à 10h49
    |

                            Pierre Karila-Cohen (Historien et collaborateur du « Monde des livres »)








                        



                                


                            
Paris. Une histoire érotique, d’Offenbach aux Sixties, de Dominique Kalifa, Payot, « Une histoire érotique », 300 p., 21 €.

Voici un beau livre qu’apprécieront les amoureux qui se bécotent sur les bancs publics comme les passants honnêtes qui leur jettent des regards obliques. Les uns et les autres comprendront en le lisant comment est né un imaginaire social encore très puissant, qui a fait de Paris une des capitales mondiales, voire la capitale mondiale, des passions éphémères ou plus durables, le lieu par excellence du baiser amoureux, des liaisons adultères et de toutes les formes d’érotisme.
Cette association si puissante entre une ville, des sentiments et des pratiques a trouvé un historien en la personne de Dominique Kalifa, qui livre avec ce Paris une étude aussi minutieuse que plaisante. Délaissant l’univers du crime et des bas-fonds qu’il a inlassablement parcouru pendant plus de vingt-cinq ans (L’Encre et le Sang, Fayard, 1995 ; Les Bas-Fonds, Seuil, 2013 ; Tu entreras dans le siècle en lisant Fantômas, Vendémiaire, 2017…), ce grand spécialiste d’histoire culturelle, s’il aborde ici une thématique en apparence plus légère, continue de décortiquer avec finesse les ressorts méconnus de nos sociétés contemporaines.
Les portes cochères
Pour Dominique Kalifa, l’imaginaire social liant Paris à l’amour et au sexe s’est construit au cours du siècle qui sépare les travaux d’Haussmann, dans les années 1850, aux nouvelles transformations de Paris réalisées durant les années 1960. Dans le Paris du Second Empire, cafés, boulevards, bois et jardins constituèrent des lieux de rencontre que les romans, la presse et même certains guides touristiques ne cessèrent de mettre en scène. Bals populaires et bals de société connurent un apogée dans cette seconde moitié du siècle, entraînant liaisons, mariages et séparations.
Au-delà, c’est une véritable...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-10"> ¤ La philosophe, invitée au Forum philo, évoque ce que permet la philosophie : conduire, sur soi et  sur le présent, une réflexion critique irremplaçable.
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Forum philo. Enseigner, écrire, s’engager, par Corine Pelluchon

La philosophe, invitée au Forum philo, évoque ce que permet la philosophie : conduire, sur soi et  sur le présent, une réflexion critique irremplaçable.



LE MONDE DES LIVRES
 |    31.10.2018 à 09h47
 • Mis à jour le
31.10.2018 à 10h15
    |

                            Corine Pelluchon (Philosophe)








                        



                                


                            


L’étude des grands textes de la philosophie, l’analyse des notions centrales qui cartographient le réel, couvrent diverses régions du savoir et éclairent la condition humaine nous aident à prendre de la distance avec nous-mêmes et avec notre époque. Quand les soignants auxquels j’enseigne disent que L’Ethique à Nicomaque, d’Aristote, nourrit leur réflexion sur la temporalité de la décision d’arrêt des traitements en réa­nimation-anesthésie ou sur le choix d’une thérapeutique proportionnée à l’état d’un malade, ils reconnaissent que le problème de la conduite juste à avoir face à des cas singuliers traverse les ­siècles et que nos technologies les plus sophistiquées n’ont pas suffi à le résoudre. Nous ne sommes pas plus sages que les Anciens, bien que nous disposions d’outils nous rendant très savants sur des détails. Nous sommes même souvent ignorants des fins essentielles, comme lorsque nous avons les yeux rivés sur les moyens et que nous ne savons plus à qui ils sont utiles.
Une discipline subversive
L’un des apports irremplaçables de la philosophie à la formation du jugement et du caractère tient à la réflexion critique qu’elle permet de conduire sur soi et sur le présent. La recherche de l’argument le plus pertinent, même s’il va à l’encontre de ses intérêts, creuse un écart entre soi et soi qui fait disparaître certaines certitudes, mais aide aussi à acquérir les traits moraux indispensables à la délibération, c’est-à-dire à la confrontation aux autres, à l’institution progressive du bien commun et à la formulation des défis et des tâches pouvant définir une époque. A un moment où beaucoup de têtes médiatiques sont tentées de traduire en termes identitaires les enjeux du présent, une discipline qui promeut l’émancipation du sujet et cultive son aptitude à faire un pas de côté est nécessaire et totalement subversive.

Pourtant, cet idéal n’est pas toujours réalisé. La philosophie, parce qu’elle s’adresse à l’intelligence...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-11"> ¤ La sinologue et professeure au Collège de France, invitée au Forum philo, évoque la place de la philosophie, concept importé d’Occident, en Chine.
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Forum philo. Philosophes, les Chinois ?, par Anne Cheng

La sinologue et professeure au Collège de France, invitée au Forum philo, évoque la place de la philosophie, concept importé d’Occident, en Chine.



LE MONDE DES LIVRES
 |    31.10.2018 à 09h39
 • Mis à jour le
31.10.2018 à 10h13
    |

                            Anne Cheng (Sinologue, professeure au Collège de France)








                        



                                


                            

De toute évidence, la philosophie a un problème avec la Chine. Ou serait-ce la Chine qui a un problème avec la philosophie ? Au siècle des Lumières, notre Voltaire national, reprenant l’idée des jésuites d’un « Confucius philosophe des Chinois », avait bien déclaré la Chine « nation philosophique » par excellence, mais, depuis que Montesquieu a qualifié le régime politique chinois de despotique et que Hegel a décrété que « ce qui est oriental doit s’exclure de l’histoire de la philosophie », la question du rapport de la Chine à la philosophie n’a pas cessé de nous empoisonner l’existence. Les professionnels ou professeurs de philosophie de l’Europe du XIXe siècle – et encore un bon nombre aujourd’hui – en sont même arrivés au diagnostic qu’il est tout bonnement impossible de philosopher dans une langue comme le chinois, « si peu précise qu’elle n’a ni préposition, ni désignation de cas, des mots sont mis plutôt les uns à côté des autres. Les déterminations demeurent ainsi dans l’indétermination » (dixit Hegel).
Un mode revendicatif
Comment donc peut-on parler de philosophie et comment peut-on être philosophe en Chine ? La question a été agitée à maintes reprises dans la Chine moderne du XXe siècle, à la suite de l’invention du mot « philosophie » au Japon (tetsugaku, repris en Chine sous la forme de zhexue). Il y a eu d’abord la rédaction d’« histoires de la philosophie chinoise » à partir des années 1920, puis l’apparition d’entreprises philosophiques monumentales dues à des intellectuels de Taïwan et de Hongkong tels que Mou Zongsan dans les années 1950 et enfin, plus récemment, au début des années 2000, un vaste débat animé par des universitaires de la République populaire sur la « légitimité de la philosophie chinoise ». Aujourd’hui, des intellectuels chinois n’hésitent plus à se présenter comme philosophes, souvent sur un mode revendicatif propre au discours d’auto-assertion...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-12"> ¤ L’écrivain, invité du Forum philo, signe « Devant la beauté de la nature », dans lequel il examine la place de la splendeur du monde dans l’humain, et inversement.
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Forum philo. La philosophie naturelle d’Alexandre Lacroix

L’écrivain, invité du Forum philo, signe « Devant la beauté de la nature », dans lequel il examine la place de la splendeur du monde dans l’humain, et inversement.



LE MONDE DES LIVRES
 |    31.10.2018 à 09h20
 • Mis à jour le
31.10.2018 à 10h10
    |

                            Florent Georgesco








                        



                                


                            

Devant la beauté de la nature, d’Alexandre Lacroix, Allary, 444 p., 22,90 €.

Nous en avons trop l’habitude pour y penser sérieusement. A moins que nos sens ne soient émoussés, notre esprit embrumé, et que nous ne sachions plus voir. La nature, objet de tant de nos angoisses aujourd’hui, peut-elle demeurer aussi, et d’abord, avant l’angoisse, et en son cœur même, une cause d’émerveillement ? La beauté s’offre autour de nous avec profusion, et nous vivons en somnambules. Tel est le point de départ de l’enquête philosophique mêlée de notations autobiographiques qu’Alexandre Lacroix, directeur de la rédaction de Philosophie Magazine, consacre à une question à la fois centrale et peu fréquentée : celle de la place qu’occupe dans nos vies la splendeur du monde.
Voyage à travers les souvenirs de l’auteur
Pourquoi est-elle capable de nous bouleverser ? Comment décidons-nous de ce qui, dans un paysage, est beau ou ne l’est pas ? Par quels moyens sommes-nous capables de percevoir et de ressentir cette beauté ? Devant la beauté de la nature se présente comme un tableau d’ensemble des variations que la question initiale induit ou, si l’on veut, comme une courbe tracée entre le saisissement intime face à la nature et la question métaphysique de notre place en elle. Courbe qui prend aussi la forme d’un voyage à travers les souvenirs de l’auteur, d’un coucher de soleil à un autre, de la mer Egée aux collines du Lubéron. Une pensée de la nature ne peut s’accomplir en s’en tenant à l’abstraction. Elle est pensée engagée dans la matière, pensée d’un corps qui éprouve et expérimente avant de connaître, dans l’incertitude radicale des émotions, des intuitions tâtonnantes.

Ainsi une question que le fils d’Alexandre Lacroix lui pose, en franchissant un col, sur les capacités de l’œil humain rejoint les thèses de Descartes sur la collaboration de l’esprit et de l’œil dans...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-13"> ¤ Le pianiste cubain Harold López-Nussa publie « Un Día Cualquiera », une journée ordinaire.
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Harold López-Nussa : une journée formidable

Le pianiste cubain Harold López-Nussa publie « Un Día Cualquiera », une journée ordinaire.



LE MONDE
 |    31.10.2018 à 09h20
 • Mis à jour le
31.10.2018 à 13h48
    |

                            Yannick Le Maintec








                        


Quand vous discutez avec Harold López-Nussa, vous êtes frappé par sa gentillesse infinie. Il est pourtant l’un des plus doués de sa génération. Qui a dit que ça devait être incompatible ? Le pianiste cubain nous a aidés à décrypter son dernier album.

   


Succédant à Havana Paris Dakar (2015) et El Viaje (2016), Un Día Cualquiera semble faire suite à New Day, paru en 2013. Comme un retour aux sources. De New Day, Un Día Cualquiera reprend Cimarrón en introduction comme pour souligner la filiation. Le pianiste imprime au titre une tension dramatique inédite et lui attribue une nouvelle fonction : présenter le trio.
Un nouveau trio pour Harold López-Nussa ? Pas vraiment. Au côté du tonitruant batteur Ruy López-Nussa, le frère d’Harold, le contrebassiste Gastón Joya a succèdé à Alune Wade et à Felipe Cabrera. Gastón était le condisciple de Ruy pendant ses études. Ils jouent ensemble depuis tout ce temps. « Ses plus proches amis », confie le pianiste.
Une famille de musiciens
Harold López-Nussa appartient à la tradition des pianistes cubains formés dans les prestigieux conservatoires de La Havane. Un parcours classique pour une formation classique : École élémentaire Manuel Saumell, Conservatoire Amadeo Roldán, Instituto Superior de Artes (ISA).
Harold est tombé dans la musique quand il était petit. Son oncle Ernán est un pianiste de renommée mondiale, son père Ruy, un batteur réputé, et sa maman disparue était professeur de piano émérite. Une des jolies mélodie de Un Día Cualquiera s’intitule Ma Petite dans la Boulangerie. Harold l’a écrite pour sa fille. Les López-Nussa ont une longue histoire avec la France. La grand-mère, française, d’Harold s’est mariée avec son grand-père, cubain, à la fin des années cinquante. Quand arrive la révolution, ils décident de rester. Ça arrive.
Dans Un Día Cualquiera, Harold rend par deux fois hommage au compositeur Ernesto Lecuona. Comme une évidence. Il explore soigneusement le motif de Danza de los Ñañigos, soutenu par la basse de Gastón et la batterie de Ruy. Y La Negra Bailana, tube s’il en est, bénéficie d’un traitement plus jazz. Après l’exposition du thème, il l’emmène ailleurs pour, l’air de rien, mieux y revenir. Quand l’art de López-Nussa se mêle avec habilité et bonheur à celui de Lecuona. La belle ouvrage.



Se réapproprier les classiques comme la musique populaire. Le boléro En La Distancia de César Portillo De La Luz est magnifié par le trio. Dans l’enfiévré Conga Total, Harold glisse le thème de Rafael Hernández El Cumbanchero. Avec Une Tarde Cualquiera En Paris, le pianiste rend un hommage au regretté Bebo Valdés. Se glisser dans les habits du Maestro, une posture, un exercice de style.
Les chants des cérémonies afro-cubaines ne l’ont jamais quitté
Dans Un Día Cualquiera, il y a tout Cuba. Elegua et Hialeah semblent former un dyptique. Dans le premier, le pianiste transpose les chants yoruba et les rythmes des tambours Batá dans le format jazz trio. Harold a grandi dans le Centro Habana où les cérémonies religieuses afro-cubaines sont fréquentes. « Je pouvais les entendre le soir depuis chez moi. » On imagine le jeune Harold s’endormir sur fond de chants afro-cubains. « Cela ne m’a jamais quitté. »
Ces résurgences afrocubaines ponctuent le très beau Hialeah et concluent l’enregistrement avec la descarga Mi Son Cerrao. La descarga, forme de jam-session enregistrée dans les années cinquante par Israel Cachao López. Comment peut-on enregistrer une descarga ? Il y a des techniques, me souffle Harold, des patterns qui permettent de lancer la jam. Il reconnaît en souriant que rien n’est comparable avec le live.



Chez les pianistes, il y a les introvertis, les expansifs, les habités, ceux qui restent dans le contrôle, ceux qui se la jouent. Harold López-Nussa fait partie des fiévreux, de ceux qui se laissent emporter. Cette journée ordinaire est formidable, mais jamais aussi formidable que ce que peut offrir le trio sur scène.
Harold López-Nussa Trio en concert le 31 octobre 2018 au Duc Des Lombards
Harold López-Nussa Trio : Un Día Cualquiera (2018, MackAvenue)



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-14"> ¤ Invité du Forum philo, il est à la fois philosophe et comédien, la place idéale pour répondre à la question : « Tous ­philosophes ? ».
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-14"> ¤                     
                                                   
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Forum philo. Yves Cusset : « Le rire a le merveilleux pouvoir de susciter de la pensée »

Invité du Forum philo, il est à la fois philosophe et comédien, la place idéale pour répondre à la question : « Tous ­philosophes ? ».



LE MONDE DES LIVRES
 |    31.10.2018 à 09h07
 • Mis à jour le
31.10.2018 à 10h11
    |

            Jean Birnbaum








                        



                                


                            

Philosophe et comédien, Yves Cusset est l’auteur de plusieurs essais mais aussi de spectacles où il fait de l’humour un geste de pensée. Son nouveau livre, Cent façons de ne pas accueillir un migrant, se présente comme un « abécédaire parodique » signé par un ancien diplomate qui aurait longtemps partagé les « préjugés pro-migrants » avant d’embrasser les vues « patriotiques ».

Pour vous, la question « Tous philosophes ? » se pose-t-elle de la même manière sur scène et à l’écrit ?
Yves Cusset.- Même quand le philosophe parle, il écrit déjà. Nous sommes tous un peu philosophes quand nous nous mettons à démontrer, et même si cela s’accomplit en public devant un auditoire, sur une « scène » si l’on veut, ce n’est pas du théâtre, c’est de l’écriture en puissance. Si l’on se pose philosophiquement la question « Tous philosophes ? », il est probable que l’on va argumenter par exemple autour de la question de savoir si nous avons tous une propension naturelle à l’étonnement.
Mais quand je dis, dans mon spectacle d’humour philosophique, Rien ne sert d’exister : « J’ai commencé la philosophie dans le ventre de ma mère, j’avais une position fœtale en forme de point d’interrogation… Ce que les médecins ont appelé dans leur jargon la grossesse in utero gation », je ne démontre rien, je m’amuse avec l’idée d’un naturel philosophe. Pour moi, ce sont là deux manières que l’on peut tous avoir d’être philosophes et de retrouver une certaine naïveté du rapport au monde et à soi : en étant clowns, en faisant de toute chose objet d’amusement, matière à jouer, d’un côté, et de l’autre, en s’interrogeant, en s’étonnant de ce qui est, pour en faire matière à penser et argumenter, donc à écrire.
Une scène, un auditoire, un spectacle du doute… On dit parfois que cette dramaturgie du « tous philosophes » est une singularité française,...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-15"> ¤ L’éditorial de Jean Birbaum pour le 30e Forum philo « Le Monde » Le Mans, qui se tient les 9, 10 et 11 novembre 2018.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-15"> ¤                     
                                                   
      

Pop philo, trentième !

L’éditorial de Jean Birbaum pour le 30e Forum philo « Le Monde » Le Mans, qui se tient les 9, 10 et 11 novembre 2018.



LE MONDE DES LIVRES
 |    31.10.2018 à 07h45
 • Mis à jour le
31.10.2018 à 07h53
    |

            Jean Birnbaum








                        



   


Au début, on pouvait croire à une mode passagère. Et puis la vogue est devenue lame de fond : aujourd’hui, l’amour de la philosophie constitue une passion partagée. Depuis le foisonnement des cafés philo jusqu’à la multiplication des rencontres publiques, l’enthousiasme est manifeste. Comme si notre société renouait avec une promesse des Lumières, que Diderot résumait ainsi : « Hâtons-nous de rendre la philosophie populaire. »

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Sur cette scène, le Forum philo Le Monde Le Mans a joué un rôle précurseur. Créé en 1989, il s’est d’emblée imposé comme un lieu d’échange généreux et exigeant. Alors qu’il s’apprête à fêter sa 30e édition devant des milliers de personnes, et notamment des centaines de lycéens, ce Forum doit reposer à nouveaux frais la question qui l’a vu naître : « Tous philosophes ? »
Une éthique en actes
Il y a là une réflexion critique, bien sûr, puisque cette espérance menace sans cesse de nourrir le marketing démagogique du « développement personnel ». Une réflexion politique, également, notamment sur le rôle souvent ignoré que jouent les femmes dans ce théâtre de la pensée. Une réflexion pédagogique, encore : en France, le pays de Voltaire et de Sartre, celui de la philo en terminale aussi, nous sommes nombreux à garder en tête la voix de l’enseignant(e) qui nous a ouvert l’esprit en nous mettant dans les pas d’Aristote ou de Pascal. Une réflexion historique, enfin : qu’en est-il ailleurs dans le monde, en ­Afrique, en Chine ou en Iran ? Autant de questions que nous poserons lors de cette édition anniversaire.

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                30e Forum philo « Le Monde » Le Mans. Demandez le programme !



Avec, sans cesse à l’esprit, la conviction que la pratique de la philosophie nous amène à défaire nos certitudes et à nous bricoler une éthique en actes, qui nous permet de tenir bon, de nous tenir bien : apprendre à philosopher, c’est apprendre à être libre. En ces temps de désarroi, voilà une urgence collective, un impératif pour tous.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-16"> ¤ Le philosophe et journaliste Roger-Pol Droit, cofondateur du Forum philo, prononcera, le 9 novembre 2018 au Mans, la leçon inaugurale de la 30e édition. Extraits.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-16"> ¤                     
                                                   
édition abonné


Forum philo. « Tous philosophes ? »

Le philosophe et journaliste Roger-Pol Droit, cofondateur du Forum philo, prononcera, le 9 novembre 2018 au Mans, la leçon inaugurale de la 30e édition. Extraits.



LE MONDE DES LIVRES
 |    31.10.2018 à 07h45
 • Mis à jour le
31.10.2018 à 07h51
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                            Roger-Pol Droit








                        



                                


                            

Imaginez l’humanité composée soudain de philosophes uniquement. Au premier abord, quelle merveille ! Tout le monde vit enfin sous le contrôle de la raison et fait passer le bien commun avant ses intérêts. Chacun tient ses passions en bride, concourt au règne de la justice. La vérité guide les existences.
L’essentiel de la philosophie, son moteur et son but, consiste-t-il à « faire dépendre la vie du vrai » ? Juvénal, poète latin, invente la formule (« Vitam impendere vero »), dont Rousseau fait sa devise en 1758. Socrate, Platon, Aristote et tant d’autres avaient déjà dit la même chose avec d’autres mots. C’est pourquoi on suppose, si tous étaient philosophes, que les guerres s’éteindraient comme des erreurs anciennes. La tolérance deviendrait souveraine. L’homme ne serait plus un loup pour l’homme. La fraternité plus un mot vide mais un fait réel. Le bonheur, cet inconnu, prendrait un visage familier. Le rêve…

Trop beau, trop simple, trop clair. En effet, si cent textes répètent que tout le monde peut devenir philosophe, cent autres soutiennent que certains seulement y parviennent, peu nombreux, ultra-minoritaires. Tous en sont capables, jamais tous n’y arrivent… pourquoi ?
Pis : il se peut que les philosophes n’existent pas. Qu’ils soient seulement des horizons, des tentatives. Les stoïciens, par exemple, parlent sans cesse du sage en soulignant qu’aucun homme ne l’a jamais été. La figure du sage est un idéal régulateur, une fiction pour avancer. Le philosophe serait-il du même ordre ?
Voilà donc la question de départ : comment comprendre que tout un chacun soit supposé capable d’atteindre un état dont on dit, aussi, qu’il n’existe pas, et que très rares sont ceux qui s’en approchent ?
Que veut dire « tous » ?
Tout humain est en mesure de savoir ce qui est vrai, à condition d’y appliquer son esprit comme il faut. Penser juste n’est jamais question d’instruction, de classe sociale ni de nationalité....




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-17"> ¤ Les 9, 10 et 11 novembre, trois jours d’échanges entre des intellectuels et des écrivains sur le thème : « Tous philosophes ? ». Les horaires. Les intervenants. Les informations pratiques.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-17"> ¤                     
                                                

30e Forum philo « Le Monde » Le Mans. Demandez le programme !

Les 9, 10 et 11 novembre, trois jours d’échanges entre des intellectuels et des écrivains sur le thème : « Tous philosophes ? ». Les horaires. Les intervenants. Les informations pratiques.



LE MONDE DES LIVRES
 |    31.10.2018 à 07h45
 • Mis à jour le
31.10.2018 à 08h55
   





                        


Suivez en direct sur Lemonde.fr l’intégralité des rencontres et des débats du Forum philo

   


Depuis sa fondation, en 1989, le Forum philo Le Monde Le Mans demeure fidèle à une même vocation : conjuguer l’exigence de la réflexion et le débat citoyen pour penser une question de portée philosophique en résonance aussi bien avec l’actualité qu’avec nos préoccupations quotidiennes. Trois jours durant, des intellectuels, des scientifiques, des écrivains, des artistes… dialoguent dans un esprit de transmission et de pédagogie.
Entrée libre et gratuite. Palais des congrès et de la culture du Mans.

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                Pop philo, trentième !



 Vendredi 9 novembre
9 h 30 introduction
10 heures leçon inaugurale, par Roger-Pol Droit
Tous, un petit nombre ou personne ?
Tous les êtres parlants peuvent s’interroger sur ce qu’ils disent et pensent. Donc tous peuvent être philosophes. Voilà une constante du discours philosophique, depuis Socrate, et le petit esclave du Ménon, jusqu’aux rêves de philosophie populaire des Lumières à nos jours, en passant par Descartes et le bon sens comme « chose du monde la mieux partagée ». Pourtant, seuls quelques-uns deviennent effectivement philosophes. Une autre constante des philosophes est de souligner leur rareté, leur faible nombre, de Diogène à Voltaire et à nos contemporains. Comment tenir ensemble ces affirmations ? Et comment les combiner avec cette dernière constante, elle aussi bien attestée : les philosophes, en fait, n’existent peut-être pas ?
11 heures pause
11 h 15 – 12 h 15 forum
Philosopher, une vocation universelle ?
15 heures Cynthia Fleury, philosophe
15 h 30 Francis Wolff, philosophe
16 heures Elsa Dorlin, philosophe
16 h 30 pause
16 h 45 – 17 h 45 forum
Samedi 10 novembre
La France, un cas d’école ?
9 h 30 Jean-Louis Fabiani, sociologue
10 heures Corine Pelluchon, philosophe
10 h 30 Jacques Darriulat, philosophe
11 heures Loïc de Kerimel, professeur de philosophie
11 h 30 pause
11 h 45 – 12 h 45 forum
Pensées d’ailleurs
15 heures Anne Cheng, sinologue
15 h 30 Anoush Ganjipour, philosophe
16 heures Yala Kisukidi, philosophe
16 h 30 pause
16 h 45 - 17 h 45 forum
20 h 30 
Soirée spéciale
Spectacle d’Yves Cusset : La Philosophie enseignée à ma chouette, avec Sarah Gabillon et Yves Cusset 

   


La Philosophie enseignée à ma chouette est un voyage initiatique, absurde et drôle, au pays des idées philosophiques, sous la houlette d’un duo de conférenciers, aussi improbable qu’irrésistible, qui animent à leur manière leur université populaire foldingue. Ici, le plaisir de jouer avec les mots et de faire déraper la pensée peut être considéré comme l’un des beaux-arts ! (durée : 1 h 15)
Yves Cusset sera à la librairie Thuard pour une séance de dédicace de 19 heures à 20 heures.
Dimanche 11 novembre
Répandre le doute, un geste politique
10 heures Valérie Gérard, philosophe
10 h 30 André Comte-Sponville, philosophe
11 heures Juliette Morice, philosophe
11 h 30 pause
11 h 45 – 12 h 45 forum
Grandeur et misère de la philosophie « populaire »
15 h 15 Catherine Malabou, philosophe et chroniqueuse au « Monde des livres »
15 h 45 Alexandre Lacroix, écrivain et rédacteur en chef de Philosophie magazine
16 h 15 Raphaël Enthoven, philosophe et présentateur de Philosophie, sur Arte
16 h 45 Léon Wisznia, cofondateur de Citéphilo
17 h 15 pause
17 h 30-18 h 30 forum
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Cynthia Fleury
Où est passé l’homme-philosophe ?
Cela aura peut-être été le défi de la Renaissance et des Lumières : inviter l’homme à son perfectionnement continuel, à la sortie de l’état de minorité ; considérer que le principal objet de la raison et de l’éthique, c’est précisément de devenir un homme, conscient de sa singularité et de sa responsabilité. Quantité d’auteurs ont vu dans ce « devenir philosophe » l’archétype du « devenir humain ». Et les révolutionnaires français ont même poussé l’idée jusqu’à croire que la République démocratique viendrait « parachever les promesses de la philosophie », autrement dit, un devenir citoyen, un devenir philosophe et un devenir humain qui allaient désormais avancer de concert. Mais ça, c’était avant le XXIe siècle.
Francis Wolff
La radicalité de l’étonnement
Nous avons tous été philosophes avant que d’être adultes. Enfants, nous demandions sans cesse : « Qu’est-ce que c’est, ça ? Et ça ? » Sans relâche, nous questionnions les évidences : « Et pourquoi ? Et pourquoi ? Pourquoi ? » – sans que jamais aucune réponse ne nous contente. « Et qui a fait cela ? Qui ? Et moi, qui suis-je ? » Le philosophe est comme un castrat : il a gardé sa voix d’enfant mais s’exprime avec une technique d’adulte. En maniant concepts et arguments, il s’efforce de renouer avec la naïveté, la radicalité et l’insatisfaction de son propre étonnement originaire face au monde.
Elsa Dorlin
La philosophie a-t-elle un genre ?
Tous philosophes ou toutes philosophes ? Nous ne devrions pas avoir besoin de spécifier le genre des « philosophes » si, de fait, les femmes ne constituaient pas une minorité en la matière. La philosophie « tient en respect les femmes », écrivait Sarah Kofman (1934-1994). Evoquées pour incarner la déraison (les effets néfastes de l’imagination, des passions, de la rumeur du monde, du bavardage…), les femmes n’entrent en philosophie que comme objet de déconsidération, mais aussi comme point de fixation et d’inquiétude. Au demeurant, seules les femmes semblent avoir un « sexe », quand les philosophes demeurent « des philosophes », et non des hommes pensant pour des hommes, sur des hommes… La philosophie aurait-elle un genre ? Ou, plutôt, que fait le genre à la philosophie ?
Jean-Louis Fabiani
Les métamorphoses de la demande philosophique
En 1995, dans sa leçon inaugurale au Collège de France, Jacques Bouveresse se demandait : « Que veut la philosophie et que peut-on vouloir d’elle ? » Près d’un quart de siècle plus tard, on posera en sociologue la question des transformations de l’offre et de la demande philosophiques. Quels sont les effets de la quasi-généralisation d’offre d’enseignement philosophique pour la jeune génération ? Transforme-t-elle les conditions de réception de la « reine des disciplines » ? La philosophie s’est-elle démocratisée, ou, au contraire, comme le soutiennent des esprits chagrins, est-elle aujourd’hui aux mains d’une poignée d’« intellectuels médiatiques » ?
Corine Pelluchon
Enseigner, écrire, s’engager
La philosophie est un savoir lié à un corpus et un exercice par lequel on apprend à conduire une réflexion critique sur le présent. Elle requiert l’acquisition de traits moraux favorisant l’émancipation des sujets et la délibération publique. Pour qu’elle puisse jouer ce rôle, elle doit cependant s’incarner dans une parole et des écrits mesurant l’impact des connaissances sur les affects et prenant en compte les résistances qu’elles peuvent susciter. Après avoir parlé de notre expérience de l’enseignement auprès de différents acteurs et insisté sur une évolution souhaitable des contenus, nous ferons le point sur la déontologie guidant nos prises de position dans la Cité.
Jacques Darriulat
Enseigner la philosophie
Philosopher, dit-on, c’est penser par soi-même. Mais l’enseignement ne passe-t-il pas nécessairement par l’écoute d’une parole enseignante ? Il faudrait donc conclure que l’enseignement de la philosophie est un projet, sinon impossible, du moins paradoxal… C’est pourtant de ce paradoxe que la philosophie, depuis toujours, se nourrit et s’enrichit.
Loïc de Kerimel
La philo au lycée, paradigmes et paradoxes
Partant des grands paradigmes qui gouvernent cet enseignement (la maïeutique socratique, les Lumières françaises, etc.) et des paradoxes auxquels il s’est ipso facto exposé (un enseignement comme les autres/pas comme les autres, un programme/pas de programme, etc.), on montrera que cela permet de mettre en relief l’ultime enjeu de cet enseignement : travailler à la subjectivation des individus et donc résister à l’entreprise de leur objectivation-instrumentalisation (aussi bien par divers systèmes que d’eux-mêmes par eux-mêmes). Enjeu bien entendu partagé par de multiples pans de l’action humaine, avec lesquels cet enseignement a tout intérêt à se souvenir de son apparentement.
Anne Cheng
Peut-on philosopher en Chine ?
Comment peut-on être persan ? S’ébaubissait-on dans le Tout-Paris du XVIIIe siècle ? Et comment donc, monsieur, peut-on être philosophe en Chine ? se demandera-t-on au Mans trois siècles plus tard. Après que Montesquieu (encore lui) a qualifié la Chine de despotique et que Hegel a décrété que « philosophie » et « Chine » sont des termes incompatibles, comment a fortiori l’exercice philosophique serait-il possible dans la Chine d’aujourd’hui, placée sous la coupe d’un régime autoritaire ? Et à quoi peuvent bien servir les philosophes dans une société privée de liberté d’expression ?
Anoush Ganjipour
En Iran, un fantasme collectif
On a appelé l’Iran prémoderne le pays de la métaphysique. Avec la modernité, la fascination historique pour la philosophie est devenue décidément un fantasme collectif. Le réactionnaire et le progressiste, le traditionaliste et le moderne, tous se mettent d’accord sur un point : le discours philosophique est la pierre philosophale de la réalité. Comme si tout un peuple admettait que, au bonheur de l’individu et au salut collectif, c’est la philosophie qui apporterait une réponse en tout et pour tout. J’aborderai les conditions historiques de ce consensus « fantastique ».
Yala Kisukidi
Habiter un espace sans nom
Existe-t-il une « philosophie africaine » ? Dire « philosophie occidentale » constitue-t-il un pléonasme ? Ou la philosophie est-elle pratiquée partout et par tous dans le monde ? Ces questionnements ont traversé l’espace intellectuel africain francophone dès les années 1950, autour du débat sur l’ethnophilosophie. Contre une histoire classique de la philosophie reposant sur l’exclusion des lieux et des corps (l’Afrique, le corps noir…), cette querelle s’est accompagnée d’une revendication, celle du « droit à la philosophie » (Derrida/Boulaga). « Tous et toutes philosophes ! » : durant les décolonisations du continent africain, la philosophie est devenue l’objet d’une attention singulière, apparaissant comme un instrument de reconquête de soi.
Valérie Gérard
Tous philosophes ? Et nous ?
J’essaierai d’articuler la critique féministe de la philosophie (comme propriété masculine et comme manière de recouvrir le monde de discours généralisants et prétendument neutres) et sa critique politique, qui voit dans le fait de se présenter dans le monde « en tant que philosophe » une preuve de débilité politique ou de propension à la domination, et pour laquelle il est heureux, d’une part, qu’il n’y ait pas de vérités politiques et, d’autre part, que les idées politiques ne soient pas affaire de spécialistes.
André Comte-Sponville
Un travail et un combat
« L’homme est un animal métaphysique », disait Schopenhauer : il se pose des questions qu’aucune bête ne se pose et auxquelles aucune science ne répondra jamais. Mais nul ne naît philosophe : on le devient, certes en développant sa propre pensée, le plus rigoureusement qu’on le peut, mais surtout en lisant les grands philosophes du passé. C’est là que la philosophie, qui est un travail et un combat, se distingue de la sagesse, qui est une paix et un repos. Evitons pourtant de trop valoriser celle-ci, de trop dévaloriser celle-là. En philosophie, disait Epicure, « apprendre et jouir vont ensemble ».
Juliette Morice
La philosophie, science ou littérature ?
La philosophie contemporaine reste marquée par l’opposition entre une philosophie dite « analytique », dont la rigueur logique prétend à la vérité, et une philosophie dite « continentale », qui s’accommoderait d’une méthode souvent considérée comme plus littéraire. Or, voir dans la science un modèle, c’est peut-être se tromper sur ce qui fait la nature de philosophie, à savoir son caractère proprement subversif. Comme le rappelait Hannah Arendt, l’activité de la pensée philosophique ne peut être confondue avec celle de l’intellect capable de connaissances. Et si sa valeur ne se donne pas immédiatement, elle seule est à même de nous amener à rompre avec nos habitudes de pensée.
Catherine Malabou
Un produit de consommation comme un autre ?
Aujourd’hui, les rencontres philosophiques dites « pour tous » se multiplient. Or, toute la question est de savoir si le « pour tous » de ces manifestations signifie réellement « populaire ». L’intention de départ était bien de renouer avec une tradition d’émancipation entamée par Auguste Comte, qui s’élevait contre la confiscation du savoir par les élites et la spécialisation à outrance d’une discipline destinée à l’usage universel de la raison. Que reste-t-il de telles intentions aujourd’hui ? La philosophie pour tous n’est-elle pas devenue un produit de consommation comme un autre, reposant sur la crédulité d’un public qui ne se voit en rien transformé dans ses pratiques mais au contraire conforté dans sa passivité et son ignorance par des questions lénifiantes ?
Alexandre Lacroix
Qui a de bonnes idées ?
La philosophie est une discipline à part. Il n’y a presque aucun autre domaine dans lequel autant de personnes sont formées, avec une si faible proportion d’œuvres magistrales. Combien y a-t-il eu de grands philosophes depuis la mort de Platon ? Si l’on s’en tient aux documents officiels pour la préparation au capes, il n’y a que cinquante « philosophes importants ». De ce point de vue, la philosophie est outrageusement élitiste ! Cependant, ce constat peut se retourner comme un gant : en tant qu’activité, « philosopher » est possible à chacun. Pourquoi ? Parce que les idées ne sont pas des dieux et qu’elles sont maniables par le langage ordinaire. De ce point de vue, philosopher est non seulement une activité démocratique, mais peut être même l’activité qui permet la démocratie.
Léon Wisznia
Un intérêt commun
A considérer le public en général comme destinataire de la philosophie, on surmonte un premier préjugé : croire une telle discipline réservée aux initiés, philosophes de formation ou publics cultivés. Sans négliger les aspirations individuelles de sagesse et de sens, peut-on méconnaître l’intérêt de tous pour la vie de la vérité en général ? Peut-on ignorer que les savoirs scientifiques portant sur le monde social ou le monde naturel intéressent tout autant que ceux qui traitent des questions existentielles ? L’admettre, n’est-ce pas postuler une philosophie au sens large présupposant qu’une réception, sous conditions, est possible par « un tous » plus ou moins philosophe ?
Raphaël Enthoven
Le dialogue contre l’idéologie
Le dire est une évidence, et pourtant, c’est une absurdité. Qui n’est pas philosophe ? Qui ne sait pas qu’il va mourir ? Qui ne sait qu’il est né par hasard dans un monde qui s’en moque ? Nous savons tout ce qu’il faut savoir pour avoir peur. Et nous ignorons tout ce qu’il faut ignorer pour transformer le monde en énigme et nous poser des questions sans réponse. Tout le monde, pourtant, ne le fait pas. C’est souvent le déni qui répond au désarroi. Et la cécité volontaire. D’autres, préférant la vérité qui dérange à l’illusion qui réconforte, consentent à l’âpreté du monde, et choisissent de l’aimer malgré lui. En termes politiques, et sur la scène publique, l’affrontement des deux prend la forme d’une lutte de l’idée même de dialogue contre toutes les formes d’idéologie…
Parution
Les Actes du 29e Forum, « De quoi avons-nous peur ? »
De quoi avons-nous peur ?, sous la direction de Jean Birnbaum, Folio, « Essais », inédit, 272 p., 7,25 €.
« Voyez-la, cette grosse bête », invite Patrick Boucheron dans sa conférence d’ouverture du 29e Forum philo Le Monde Le Mans, consacré à la peur (10-12 novembre 2017). « Son corps, ajoute l’historien, est un précipité d’obéissances, l’agglutinement des regards inquiets qu’on porte sur lui. » On ne peut apprendre à être libre qu’en se débarrassant de la peur. De quelles grosses bêtes terrifiantes devons-nous donc nous libérer ? Les réponses des intervenants multiplient les angles d’attaque, de la philosophie (Marc Crépon, Jean-Pierre Dupuy, Céline Spector, Emilie Tardivel, Yves Charles Zarka), à l’histoire (Alain Corbin, Jean-Baptiste Fressoz, Elisabeth Roudinesco), à la sociologie (Gérald Bronner, Edgar Morin) et aux études littéraires ou cinématographiques (Adrienne Boutang, Nathalie Prince), en passant par la création artistique (Fragan Gehlker, Christophe Honoré, Daniel Mesguich).
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Evénement organisé par Le Monde, la Ville du Mans, l’université du Mans et l’Association des amis du Forum philo Le Monde Le Mans, en partenariat avec France Bleu Maine.
Renseignements : 02.­43.­47.­38.­60.
Le Forum philo est coordonné et animé par Jean Birnbaum, responsable du « Monde des livres ».



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-18"> ¤ Sandra Muller, l’auteure du premier #balancetonporc, s’égare dans un récit égocentré et un portrait social et politique des Etats-Unis simpliste et caricatural. Celui d’Annette Lévy-Willard permet de prendre de la hauteur.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-18"> ¤                     
                                                

#balancetonporc : deux regards différents

Sandra Muller, l’auteure du premier #balancetonporc, s’égare dans un récit égocentré et un portrait social et politique des Etats-Unis simpliste et caricatural. Celui d’Annette Lévy-Willard permet de prendre de la hauteur.



LE MONDE
 |    31.10.2018 à 07h00
 • Mis à jour le
31.10.2018 à 07h41
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            Christine Rousseau








                        



   


Livres. Il y a tout juste un an, un mouvement de protestation contre les violences faites aux femmes, d’une ampleur totalement inédite, était lancé. Partis des Etats-Unis, deux hashtags – #balancetonporc et #meetoo – allaient donner le « la » à un phénomène devenu planétaire.
Patronne de La Lettre de l’audiovisuel, Sandra Muller n’était guère connue du public jusqu’au 13 octobre 2017, où elle publiait un Tweet invitant les femmes à témoigner. Le mot d’ordre était sans ambages : #balancetonporc. Donnant l’exemple, la journaliste relatait l’agression verbale dont elle avait été victime quelques années plus tôt, avant de livrer le nom de son agresseur : Eric Brion, alors patron de chaîne Equidia. Le hashtag devenait viral, comme elle le confie dans #balancetonporc, un ouvrage où elle retrace l’aventure dans laquelle ce Tweet rageur l’a entraînée.

        Lire aussi :
         

                #metoo : « Jamais une explosion de rage, fût-elle nécessaire, ne doit devenir un modèle de lutte »



Une aventure qui lui a fait endosser les habits de « Silence Breaker ». Avec ce que cela revêt de passionnant et de valorisant – aux côtés de cinq femmes, elle sera désignée personnalité de l’année par le magazine Times. Mais aussi de harassant, d’insultant, d’humiliant, notamment lorsque Eric Brion, après s’être excusé publiquement, l’attaquera en justice pour diffamation.
Lire plutôt Annette Lévy-Willard
Si l’on sent que l’auteure du livre est mue par le désir de prolonger le combat, malheureusement celui-ci est desservi par un récit égocentré, manquant cruellement d’humilité (« il me faut cinq minutes pour lancer un phénomène international, un mouvement féministe qui secouera la société française et le monde entier »). Mal ficelée tant par l’écriture relâchée que par l’agencement, la narration ne décolle de l’anecdotique que pour délivrer des analyses réductrices et des réflexions pauvres, sinon indigentes. Comme lorsqu’elle justifie le choix du terme « balance ton porc » – à « la connotation très “banlieue” »… –, elle écrit : « Je réponds par ce hashtag à la mesure de ce que nous, femmes, entendons trop souvent. Par la vulgarité. Par la loi du talion. »
Ou lorsqu’elle se définit comme activiste, elle précise : « Je ne supporte pas qu’on m’affuble du terme féministe, car pour moi il a participé à construire des armées de familles monoparentales. » Quant au portrait social et politique des Etats-Unis qu’elle dresse, en regard d’une France rétrograde, il associe raccourcis, simplisme et caricature.

   


Pour prendre un peu de hauteur, on conseillera de se plonger dans Chroniques d’une onde de choc, d’Annette Lévy-Willard (L’Observatoire, 352 pages, 19 euros). Fine connaisseuse des Etats-Unis, où elle a été notamment correspondante pour Libération, l’ex-grand reporter propose une vision transatlantique des événements, dont elle situe l’origine en janvier 2017 avec les grandes marches organisées après l’investiture de Donald Trump. Une vision enrichie par un regard lucide et nuancé : celui-là même d’une féministe historique – elle a participé à la création du MLF – à l’humour piquant et caustique, qui fait parfois défaut de nos jours.
#Balancetonporc, de Sandra Muller, Flammarion, 240 pages, 18 euros.
Chroniques d’une onde de choc : #MeToo secoue la planète, d’Annette Lévy-Willard, L’Observatoire, 352 pages, 19 euros



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-19"> ¤ Dans une tribune au « Monde », deux cadres et deux députés (PS) préconisent de moduler les cotisations patronales en fonction des performances sociales et environnementales des sociétés.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-19"> ¤                     
                                                   
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« Il faut responsabiliser les entreprises sur leur impact sociétal »

Dans une tribune au « Monde », deux cadres et deux députés (PS) préconisent de moduler les cotisations patronales en fonction des performances sociales et environnementales des sociétés.



LE MONDE ECONOMIE
 |    31.10.2018 à 07h00
 • Mis à jour le
31.10.2018 à 09h27
    |

                            Collectif








                        



                                


                            
Tribune. Partons d’un constat simple : une entreprise qui licencie, pollue et ne forme pas ses salariés, coûte de fait plus cher à la société qu’une entreprise qui recrute, limite ses émissions de carbone et développe l’employabilité de ses collaborateurs. Il n’est donc pas juste aujourd’hui qu’une entreprise prenant en considération son impact social, économique et écologique paie les mêmes cotisations qu’une entreprise moins vertueuse. Ce n’est pas non plus efficient, car rien n’encourage une entreprise à prendre en compte ces facteurs dans sa stratégie de croissance.
Les obligations actuelles en matière de responsabilité sociale et environnementale (RSE) concernent majoritairement les grandes entreprises, mais elles restent en réalité plus un objet de marketing qu’un sujet de gouvernance. Nous devons donc passer d’une obligation de moyens à une obligation de résultats, et la généraliser à toutes les entreprises. Il faut redéfinir le système de prélèvement fiscal et social sur les entreprises en fonction de leur bilan social et environnemental, et non plus seulement comptable.
Un citoyen, qu’il soit consommateur, candidat ou salarié, doit pouvoir différencier deux entreprises travaillant dans le même secteur
Les données existent pour cela, notamment à travers la déclaration sociale nominative (DSN), les bases de données économiques et sociales (BDES) et Legifrance. La DSN repose sur la transmission unique, mensuelle et dématérialisée des données issues de la paie et sur des signalements d’événements.
Ces mêmes données peuvent être réutilisées et synthétisées pour fournir annuellement un pré-bilan à chaque entreprise, selon le même fonctionnement que les déclarations d’impôt sur le revenu des particuliers. Chaque rubrique de la RSE – impact social (croissance de la masse salariale, taux d’accidents de travail…), impact environnemental (taux de remboursement du transport en commun, convention de recyclage avec une entreprise habilitée…),...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-20"> ¤ Dans le conflit qui l’oppose à l’Italie sur la question du budget, l’institution, chargée d’appliquer un texte complexe, même quand elle le fait avec mesure, peine à défendre ses actes, relève la journaliste Cécile Ducourtieux dans sa chronique.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-20"> ¤                     


Article sélectionné dans La Matinale du 30/10/2018
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Pacte de stabilité : « Face aux discours populistes réducteurs, la Commission européenne est démunie »

Dans le conflit qui l’oppose à l’Italie sur la question du budget, l’institution, chargée d’appliquer un texte complexe, même quand elle le fait avec mesure, peine à défendre ses actes, relève la journaliste Cécile Ducourtieux dans sa chronique.



LE MONDE
 |    31.10.2018 à 06h46
 • Mis à jour le
31.10.2018 à 07h04
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            Cécile Ducourtieux (Bruxelles, bureau européen)








                        



                                


                            

Chronique. La volonté du peuple contre une institution technocratique implacable ? Un budget « pour en finir avec la pauvreté » contre des règles européennes imposées par un consensus libéral ? Dans le bras de fer qui l’oppose aux populistes aux manettes à Rome, depuis qu’elle a rejeté le budget italien le 23 octobre, la Commission européenne part avec un gros handicap politique de départ.
En Italie, évidemment, où le gouvernement gagne des points dans les sondages, particulièrement l’extrême droite de la Ligue présidée par le vice-premier ministre Matteo Salvini, qui dépasse désormais les 30 % d’opinions favorables. En France aussi, où le pacte de stabilité et de croissance est depuis longtemps contesté par la gauche, qui le considère comme un auxiliaire des politiques d’austérité.
30 milliards d’euros de « flexibilités »
La Commission européenne est pourtant sûre de son fait : le budget italien pour 2019 présente une dérive « sans précédent » du déficit public, à 2,4 % du produit intérieur brut (PIB), trois fois plus que les engagements pris par le gouvernement Conte en juillet. Surtout, il affiche une détérioration « structurelle » (creusement du déficit lié à des réformes) de 0,8 % du PIB, alors que Bruxelles attendait au contraire un « effort structurel » de 0,6 % (des restrictions budgétaires liées à des réformes).

A presque 132 % du PIB, la dette publique italienne risque de gonfler encore, prévient Bruxelles, surtout que les prévisions de croissance du gouvernement Conte (+ 1,5 % en 2019) sont jugées trop optimistes.
Et qu’on ne vienne pas lui dire qu’elle s’est montrée trop rigide ces dernières années. L’institution met en avant les 30 milliards d’euros de « flexibilités » accordées à l’Italie entre 2015 et 2018 : des dépenses publiques liées à la migration, à des catastrophes naturelles (tremblements de terre) ou à des investissements...




                        

                        

