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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-1"> ¤ L’historienne Catherine Coquery-Vidrovitch revient sur la polémique suscitée par les images du livre « Sexe, race et colonies ». Un procès qui, selon elle, détourne du vrai sujet.
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Point de vue

« Le regard égrillard de l’homme blanc a été un élément constituant de la colonisation »

L’historienne Catherine Coquery-Vidrovitch revient sur la polémique suscitée par les images du livre « Sexe, race et colonies ». Un procès qui, selon elle, détourne du vrai sujet.

Par                Catherine Coquery-Vidrovitch



LE MONDE
              datetime="2018-10-30T17:30:36+01:00"

        Le 30.10.2018 à 17h30






    
Un document extrait du livre « Sexe, race et colonies », publié aux éditions La Découverte, sous la direction de Pascal Blanchard, Nicolas Bancel, Gilles Boëtsch, Christelle Taraud et Dominic Thomas.
Crédits : « SEXE, RACE ET COLONIES », ÉD. LA DÉCOUVERTE


Tribune. La réception du gros ouvrage (4 kg) Sexe, race et colonies, qui vient de sortir aux éditions La Découverte, provoque des réactions contrastées voire virulentes. En qualité d’historienne engagée – qualificatif qui n’est pas synonyme de militante –, je pense que l’un des principaux devoirs de l’historien est de privilégier le savoir, et tout le savoir. D’où la nécessité d’aborder quelque question que ce soit de façon sinon frontale du moins dégagée autant que possible de tout affect. Cela implique de lutter contre les non-dits, les réticences d’ordre extra-scientifique, les préjugés de toute sorte, bref d’une façon générale les tabous de l’histoire ou réputés tels.

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Le sexe aux colonies a fait partie de ces « tabous ». Tabou n’implique pas ignorance. On a étudié les signares, les ménagères, les concubines, les esclaves. Néanmoins c’est l’historienne américaine Ann Stoler qui a, la première, mis en lumière une évidence : le regard égrillard de l’homme blanc, la sexualité, voire la pornographie n’ont pas été un corollaire marginal de la colonisation : c’en est un élément constituant.
L’ouvrage s’en veut la démonstration visuelle. On l’a écrit, on l’a peu montré, et jamais de façon systématique. D’aucuns, choqués par la crudité des images, ont réagi.
Ne pas s’en tenir au premier degré
Quelques journalistes pourtant sérieux s’en sont offusqués avant d’avoir vu le livre, d’autres l’ont fait sans l’avoir lu. Ce n’est pas admissible. Certes, il faut tenir compte des réactions, mais peut-être seulement si elles émanent de femmes noires – les sujets apparemment objectivés de l’ouvrage. Je suis réservée sur les réactions gênées, voire scandalisées de critiques blancs.

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Car c’est au public blanc que s’adresse le livre, qui exige de ne pas s’en tenir au premier degré. Le propos n’est pas de se régaler de la vue du corps de femmes noires, il est de démontrer le caractère massif, pendant des siècles, de l’utilisation de ces corps par le regard et les actes des hommes (voire des femmes) blancs.
Ce processus a commencé dès les premiers contacts, au tout début de l’esclavage de couleur, de la traite des unes par les autres. Le documentaire Les Routes de l’esclavage, diffusé le 1er mai 2018 sur Arte et auquel j’ai participé, a entrepris de le visualiser sans complexe.

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Les images apparaissent avec la traite arabo-berbère, elles se démultiplient avec la traite atlantique. Quoi de plus convaincant que de le montrer ? Comme l’explique l’historien Jean‑Claude Schmitt, « l’image a été un élément clé de l’expansion européenne ».

    
Couverture du livre publié sous la direction de Pascal Blanchard, Nicolas Bancel, Gilles Boëtsch, Christelle Taraud et Dominic Thomas aux éditions La Découverte.
Crédits : ÉD. LA DÉCOUVERTE


C’est le sujet de cet ouvrage. Les auteurs ont visualisé 70 000 images pendant quatre ans. Ils en ont sélectionné 1 200. Certaines étaient connues, ne serait-ce qu’au travers des cartes postales qui circulaient dès les années 1900 et de publications antérieures. La plupart sont inédites, oubliées, ou dissimulées. La masse confirme la thèse du livre : l’usage sexuel et la manipulation coloniale des femmes ont été aussi abondants que permanents. Le fait même que certaines aient été « fabriquées » est une preuve de la sexualisation coloniale.
Savoir visuel
La virulence des critiques répond à la violence sexuelle coloniale. On a opposé ce corpus à Shoah, ce monument de Claude Lanzmann (1985), qui évoque tout en ne montrant rien. La comparaison est doublement inacceptable. Shoah repose sur un savoir visuel préalable qui permet à l’imaginaire de se représenter l’inacceptable. Qui plus est, ce « savoir visuel » a été fabriqué, car il n’existe guère d’images des camps d’extermination en action, les cendres étant englouties dans les fours crématoires.
Les amas de cadavres squelettiques photographiés par les Britanniques et les Américains ne sont pas les restes des juifs et des Tziganes gazés à Auschwitz, mais les victimes du typhus dans les camps de déportation (et non d’extermination) abandonnés par les nazis, notamment Bergen-Belsen. Néanmoins, sans ce travail visuel préalable, Shoah serait incompréhensible pour le public non concerné ou non spécialiste.
Le savoir visuel réalisé ici est authentique. Il affirme que tous les colonisateurs – administrateurs, commerçants, voyageurs, explorateurs, voire missionnaires – pouvaient (même s’ils ne l’ont pas tous fait) se livrer sur les femmes africaines à ce qui leur était interdit en métropole. Après avoir vu, on ne peut plus faire comme si on ne savait pas. Ces images sont dérangeantes par ce qu’elles font voir qu’il devient impossible de ne pas voir. Je me méfie des réactions effarouchées de lecteurs qui préfèrent se voiler la face plutôt que d’affronter une réalité déstabilisante.

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J’aurai une réserve ; celle d’une historienne blanche. Car la réaction affective, viscérale, de femmes noires est réelle. L’« insensibilité affective » devient difficile sinon impossible. La chercheuse sait que c’est vrai. La femme a du mal à faire la distinction entre la maltraitance des colonisées et sa propre personne. Elle voit son image : que faire ?
Entendre l’avis des Africaines d’Afrique
Expliquer. Inlassablement expliquer que le fait de se voir « noire » sur l’image est le fruit du racisme de couleur instauré depuis des siècles à la faveur de l’esclavage atlantique. Des siècles de dépréciation lui ont fait intégrer la réalité du racisme de couleur. C’est, il me semble, une réaction plus française qu’africaine. En France, les femmes noires font globalement partie d’une minorité menacée, donc fragile.
En Afrique, des collègues africains consultés ne sont pas aussi choqués que leurs partenaires français. Alain Mabanckou l’a également exprimé à Blois lors d’une table ronde. Ce que montre le livre est vrai, et ils l’ont toujours su. Alors ? Alors, avant de parler à leur place ou en leur nom, il faut d’abord entendre l’avis et les réactions des Africaines d’Afrique.

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C’est ici que l’intelligence des textes qui accompagnent les images apparaît fondamentale. Comme le souligne Jean‑François Dortier dans un numéro de la revue Les Grands Dossiers des sciences humaines édité à l’occasion des Rendez-vous de l’histoire de Blois, « le pouvoir des images n’existe pas sans un texte et un contexte qui l’accompagnent ».
Le nombre de critiques qui n’ont pas lu, ou si peu, les textes paraît considérable. Les vingt textes de fond ont été pensés, discutés et écrits par les cinq éditeurs du volume. Ils traitent de ces questions fondamentales en faisant le partage entre le savoir historique et l’usage que l’on peut en faire. Qui a pris le temps de les lire avec attention ?
Du paradis terrestre au paradis sexuel
Les auteurs ont procédé au travail chronologique de l’historien, distinguant les phases de la représentation : la première, à partir des XVe et XVIe siècles, révèle, de la part des graveurs et peintres concernés, un mélange détonnant de fascination – pour ces corps étrangers au monde occidental de l’époque – et de domination (présente quelle que soit la période) ; fascination non dépourvue d’obscénité, surtout à partir des XVIIe et XVIIIe siècles, pour ces sociétés qui s’autorisaient des « femmes nues » alors que le puritanisme occidental allait s’accentuer une fois passés les « excès » de la Renaissance.

    
Un document extrait du livre « Sexe, race et colonies », publié en septembre 2018 aux éditions La Découverte.
Crédits : « SEXE, RACE ET COLONIES », ÉD. LA DÉCOUVERTE


La rupture remonte au début du XIXe siècle : c’est la fin du « paradis terrestre », qui va se transmuter en paradis sexuel pour les hommes blancs, dont les épouses, en Europe, sont dorénavant « corsetées au propre comme au figuré », tandis que se généralise l’idée de la sexualité irrépressible de l’homme. Les espaces sexuels sont rejetés vers les colonies. C’est l’épanouissement de la pornographie coloniale, la seule tolérée et même magnifiée en Occident.

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                Ce que révèle la fascination pour les sexualités « exotiques »



La centaine de notices complémentaires rédigées par 97 spécialistes internationaux apporte des mises au point n’éludant aucun problème, pédérastie incluse (volontairement sans illustration). On peut ne pas être d’accord. Encore faut-il le démontrer plutôt que de se livrer de façon plutôt répétitive à des attaques ad hominem visant une équipe de chercheurs de qualité.
Un ciment de l’entreprise coloniale
L’image et le texte sont inséparables, c’est une exigence historienne. Or beaucoup de lecteurs ne savent pas interpréter les images. Une table ronde à Blois [lors de l’édition 2018 des Rendez-vous de l’histoire dont le thème était « La puissance des images »] était consacrée au retard en France du décryptage de l’image comme source des non-dits contemporains. Ces images assumées par les colonisateurs y compris dans leur esthétisme sont aujourd’hui condamnables. Mais les textes font éviter l’anachronisme.

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On dira que c’est un vœu pieux, car il existe encore, hélas, nombre de racistes qui pourraient ainsi se « rincer l’œil ». Mais au moins le livre peut-il montrer à tous les autres, qui ne le savaient guère (à l’exception de quelques spécialistes), à quel point les abus sexuels ne furent pas des accidents épisodiques ou marginaux, mais qu’ils constituèrent un des ciments constitutionnels de l’entreprise coloniale.
Le sujet traité n’est pas la femme noire ou orientale, mais l’idée que s’en faisaient et que s’en font encore certains Blancs. Les auteurs n’auraient-ils pas suffisamment souligné leur propos dans le titre ?
Encore faut-il tenir compte des exigences de l’édition : faire vendre. On pense ainsi au titre accrocheur de la sérieuse revue L’Histoire en octobre 2018 : « Le Moyen Age a tout osé : l’obscène et le sacré », le thème et ses images n’occupant que 10 % du numéro.
Le thème du livre n’est pas la sexualité de la femme « exotique » mais l’obscénité du colonisateur blanc.



Catherine Coquery-Vidrovitch est professeure émérite d’histoire africaine à l’université Paris-Diderot (USPC). Elle a publié en mai 2018 Les Routes de l’esclavage. Histoire des traites africaines, VIe-XXe siècle chez Albin Michel/Arte Editions.
Cet article a d’abord été publié sur le site de The Conversation.


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-2"> ¤ L’écrivain égyptien, auteur de « L’Immeuble Yacoubian » et acteur engagé du mouvement de la place Tahrir, en 2011, revient sur cette période dans « J’ai couru vers le Nil » – interdit de publication dans son pays.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-2"> ¤                     
                                                   
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Alaa El Aswany : « La révolution a changé les gens »

L’écrivain égyptien, auteur de « L’Immeuble Yacoubian » et acteur engagé du mouvement de la place Tahrir, en 2011, revient sur cette période dans « J’ai couru vers le Nil » – interdit de publication dans son pays.



LE MONDE DES LIVRES
 |    30.10.2018 à 15h59
 • Mis à jour le
30.10.2018 à 16h10
    |

                            Eglal Errera (Collaboratrice du « Monde des livres »)








                        



                                


                            
J’ai couru vers le Nil (Al-Joumhouriyya Ka’anna), d’Alaa El Aswany, traduit de l’arabe (Egypte) par Gilles Gauthier, Actes Sud, 430 p., 23 €.

Une brasserie parisienne. Devant un verre de whisky écossais, Alaa El Aswany semble un géant bienveillant, attentif aux questions qu’on lui pose. On pourrait dire, au risque de paraître exagérément lyrique, qu’avec sa gentillesse bon enfant et sa distance amusée à l’égard du genre humain, il incarne quelque chose de l’âme égyptienne. Comme s’il sortait d’un roman de Naguib Mahfouz (1911-2006) ou d’un film de Youssef Chahine (1926-2008). Il fait chaud en ce début d’automne, on se croirait presque dans un café huppé du Caire en sa compagnie. Ou à Assouan, en Basse-Nubie, d’où est originaire sa famille paternelle.
C’est en partie à son père, Abbas El Aswany, que le romancier doit ce qui fait la réussite de ses livres : sa capacité à rendre la multiplicité des destins égyptiens, toutes classes sociales confondues, avec proximité et sympathie. Aswany père était avocat et écrivain lui aussi, militant socialiste, opposant à l’occupant britannique, patriote plus que nationaliste. Son fils étudiait au lycée français du Caire, mais il l’emmenait après la classe dans les quartiers populaires. Lui rejoignait ses camarades militants et l’enfant jouait dans les rues, qu’il a su si bien évoquer par la suite.
La nostalgie du cosmopolitisme cairote d’antan
« Mon père brisait les barrières entre les milieux bourgeois et le peuple », raconte Alaa El Aswanyqui, à sa suite, a su créer une porosité entre des mondes souvent antagonistes. Dans son premier roman, au succès immédiat en Egypte, L’Immeuble Yacoubian (2002 ; Actes Sud 2006), il a bâti une intrigue où se mêlent musulmans, chrétiens, juifs, hétérosexuels, homosexuels, riches bourgeois, prolétaires, paysans et sans-logis venus s’installer sur le toit de l’immeuble. On peut y lire, outre la nostalgie...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-3"> ¤ Lors de la première journée de vente, lundi, les livres de Brasillach et de Camus sont partis à 24 000 et 16 000 euros.
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Cohabitation politique et littéraire aux enchères de la bibliothèque de Mitterrand

Lors de la première journée de vente, lundi, les livres de Brasillach et de Camus sont partis à 24 000 et 16 000 euros.



LE MONDE
 |    30.10.2018 à 10h28
 • Mis à jour le
30.10.2018 à 11h08
    |

            Marie-Béatrice Baudet








                        



                                


                            

Au fond de la salle, un jeune homme arbore une cravate d’un rouge éclatant. Aurait-il préféré avoir une rose à la main ? A quelques rangées de lui, une femme a, elle, laissé dépasser de son sac Destin français, le dernier pamphlet d’Eric Zemmour. Serait-elle aussi lectrice du nationaliste Maurice Barrès ? Lundi 29 octobre, la très chic maison Piasa, sise 118, rue du Faubourg-Saint-Honoré, organisait la première journée de vente aux enchères de la bibliothèque de François Mitterrand. Elle fut le théâtre d’une étonnante cohabitation politique entre acheteurs passionnés.
Seul l’ancien chef de l’Etat socialiste pouvait réussir un tel tour de force posthume, lui le Florentin qui aimait tant brouiller les pistes. Dans une vidéo publiée sur le site de Piasa, Régis Debray, un intime de la famille, avait averti : « Cette vente va révéler François plutôt que Mitterrand. Le premier était un homme de droite, le second un homme de gauche et les deux coexistaient fort bien. »
De tous les présidents de la Ve République, François Mitterrand est le seul à poser un livre à la main, Les Essais de Montaigne, lors du rituel de la photo officielle. Bibliophile averti, il collectionne les éditions originales au gré de ses promenades littéraires à Saint-Germain-des-Prés. Rue de Bièvre, sur les rayonnages consacrés aux auteurs modernes, le communiste Aragon voisine avec l’antisémite Robert Brasillach, Albert Camus avec l’écrivain pétainiste Jacques Chardonne et Marguerite Duras avec le collaborationniste Pierre Drieu La Rochelle. Et parmi les écrivains de droite, on découvre aussi Maurice Barrès et Michel Déon. C’est ce fonds littéraire du XXe siècle qui est mis à l’encan par Gilbert Mitterrand, le fils cadet de l’ancien chef de l’Etat.
« Il en avait hérité, mais ce n’est pas un collectionneur, témoigne Jean-Baptiste de Proyart, libraire et expert de la vente pour Piasa. Les ouvrages végétaient dans des...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-4"> ¤ La rubrique Pixels du Monde continue son marathon sur le jeu événement de Rockstar. Pour cette troisième journée, nous lisons en même temps « Lucky Luke et la véritable histoire de la conquête de l’Ouest ».
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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-5"> ¤ « Une histoire des civilisations » embrasse le parcours des sociétés humaines, depuis l’émergence du genre « Homo » jusqu’à nos jours, « archives du sol » à l’appui. Dialogue avec les archéologues Alain Schnapp et Dominique Garcia.
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Livre. L’archéologie bouscule l’histoire

« Une histoire des civilisations » embrasse le parcours des sociétés humaines, depuis l’émergence du genre « Homo » jusqu’à nos jours, « archives du sol » à l’appui. Dialogue avec les archéologues Alain Schnapp et Dominique Garcia.



LE MONDE DES LIVRES
 |    28.10.2018 à 09h00
    |

            Pierre Barthélémy








                        



                                


                            
Une histoire des civilisations. Comment l’archéologie bouleverse nos connaissances, sous la direction de Jean-Paul Demoule, Dominique Garcia et Alain Schnapp, La Découverte/Inrap, 606 p., 49 €.

Une somme, voilà le terme qui décrit le mieux Une histoire des civilisations, fruit d’une coédition entre l’Institut national de recherches archéologiques préventives (Inrap) et La Découverte. Dirigé par les archéologues français Jean-Paul Demoule, Dominique Garcia et Alain Schnapp, cet ouvrage de 600 pages rassemble les contributions de quelque 70 chercheurs et a pour ambition d’embrasser le parcours des sociétés humaines depuis l’émergence du genre Homo jusqu’à la globalisation actuelle.
On pourrait presque voir comme une provocation, alors que les archéologues ont longtemps été considérés comme de simples supplétifs des historiens, cette volonté de prendre à bras-le-corps rien de moins que le destin de l’humanité. Mais cette approche se justifie par les nombreuses évolutions que la discipline a connues au cours des dernières décennies.
La notion de « civilisation » revisitée
L’archéologie est notamment la seule discipline capable de retourner aux racines de l’humanité. A cet égard, la première partie du livre, présentée par le préhistorien Jean-Jacques Hublin et consacrée à l’hominisation de la Terre ainsi qu’aux premières sociétés de chasseurs-cueilleurs, se révèle profondément originale pour ce type d’ouvrage.
La notion usuelle de « civilisation » est ainsi révisée, revisitée, et ce n’est qu’au bout de 250 pages, après l’exploration des sociétés agricoles du néolithique, que l’on entre, avec l’apparition des Etats centralisés, dans l’histoire classique et l’ère de l’écriture. Les maîtres d’œuvre ont pris soin de ne pas tomber dans le piège de l’européocentrisme et, au fil des chapitres, le lecteur se promène dans l’Inde ancienne, fait connaissance avec la métallurgie...




                        

                        


<article-nb="2018/10/30/18-6">
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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-6"> ¤ Sous le titre « Trois pierres, c’est un mur… », l’Américain Eric Cline se fait l’archéologue de l’archéologie, du XVIIIe siècle à nos jours.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-6"> ¤                     
                                                   
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Histoire. Quatre siècles de fouilles et de découvertes

Sous le titre « Trois pierres, c’est un mur… », l’Américain Eric Cline se fait l’archéologue de l’archéologie, du XVIIIe siècle à nos jours.



LE MONDE DES LIVRES
 |    28.10.2018 à 08h45
 • Mis à jour le
28.10.2018 à 14h46
    |

                            Antoine Flandrin








                        



                                


                            
Trois pierres, c’est un mur… Une histoire de l’archéologie (« Three Stones Make a Wall. The Story of Archaeology »), d’Eric H. Cline, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Jacques Dalarun, CNRS Editions, 462 p., 25 € (en librairie le 31 octobre).

Eric H. Cline se défend d’être un Indiana Jones de l’archéologie. Il a pourtant en commun avec Steven Spielberg d’avoir saisi ce qui fait le charme de la discipline : la découverte, moment de bonheur indescriptible pour l’inventeur, comme pour le spectateur de films d’aventures. Et de belles trouvailles, la vie de l’archéologue américain de 58 ans en regorge – la plus belle, dit-il, fut une patte de singe pétrifiée, lors de sa première fouille hors d’Amérique, sur le site gréco-romain de Tel-Anafa, dans le nord d’Israël.
Après plus de trente campagnes de fouilles en Israël, en Grèce, en Turquie, en Jordanie, à Chypre et aux Etats-Unis, il propose, dans Trois pierres, c’est un mur…, moins une histoire de l’archéologie qu’une histoire des découvertes archéologiques les plus importantes depuis les fouilles en 1709 d’Herculanum, ville romaine antique détruite par l’éruption du Vésuve en l’an 79. S’il attribue la naissance de l’archéologie moderne à Joachim Winckelmann (1717-1768), Cline ne prend pas ici en compte les différentes interprétations des origines de sa discipline, s’évitant de remonter jusqu’aux curiosités pour les vestiges anciens attestés dans l’entourage des souverains égyptiens dès le IIIe millénaire av. J.-C.

Ce parti pris lui permet d’entrer directement dans le vif du sujet. Sous forme de synthèses brillamment ficelées, à mi-chemin entre le polar et l’enquête journalistique, il retrace les premiers pas des grands archéologues, de ­l’Allemand Heinrich Schliemann (1822-1890), à Troie, au Français Auguste Mariette (1821-1881), en Egypte, et du Britannique ­Leonard Woolley (1880-1960), à Ur, en Mésopotamie, à l’Américain...




                        

                        


<article-nb="2018/10/30/18-7">
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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-7"> ¤ L’offre de comic books en France est foisonnante. Un succès toutefois à nuancer alors que la quatrième édition de Comic-Con se tient à Paris ce week-end.
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Derrière le gigantesque succès de « The Walking Dead », le fragile marché du comics en France

L’offre de comic books en France est foisonnante. Un succès toutefois à nuancer alors que la quatrième édition de Comic-Con se tient à Paris ce week-end.





LE MONDE
 |    27.10.2018 à 11h00
 • Mis à jour le
29.10.2018 à 08h32
    |

            Pauline Croquet





Il suffit de se rendre dans les librairies françaises pour constater que les comics, les bandes dessinées d’origine américaine et britannique, ont pris de plus en plus de place sur les étagères ces dernières années. Dans le sillage des historiques Panini, Delcourt puis plus tard Urban comics — le trio de tête —, plusieurs maisons d’édition ont lancé leur label. La grande majorité de ces derniers, qu’ils soient David ou Goliath, vont se côtoyer dans les allées de la Comic-Con Paris, dont la quatrième édition se déroule du vendredi 26 au dimanche 28 octobre, à La Grande halle de la Villette.
Ces derniers sont dans l’ensemble satisfaits de leurs résultats et du dynamisme de leur secteur. « On avait un objectif de rentabilité sur trois ans, on l’a été en huit mois », se félicite François Hercouët, directeur éditorial d’Urban comics, l’éditeur des ultrapopulaires séries « Batman » qui dépend du mastodonte de la BD Dargaud. Chez les indépendants, Bliss a par exemple embauché sa première salariée cette année, soit deux ans et demi après son lancement, et s’offre un stand au Comic-Con de 24 mètres carrés contre six il y a trois ans.
Six cents titres par an
Mais la réalité n’est pas aussi simple. Ce secteur reste le « petit Poucet » de la BD : selon le Syndicat national de l’édition et l’institut de sondage GFK, le chiffre d’affaires global du comics s’élevait, en 2016, à 45 millions d’euros, moins que la moitié de celui généré par le manga. Après avoir connu une explosion des ventes avec une croissance de 275 % entre 2007 et 2017, le marché du comics en France amorce un léger recul.
Avec quelque six cents titres anglo-saxons publiés par an par l’ensemble des éditeurs français, tous s’accordent à dire que le marché est saturé. Mécaniquement, tous les albums n’auront pas la chance de percer ou d’attirer l’attention. « Aujourd’hui, pour une série qui va se vendre relativement bien, on en a dix qui font moins de mille exemplaires vendus », évalue Thierry Mornet, responsable de Delcourt comics.
« Une dizaine de titres par mois, c’est une nécessité pour faire exister une marque »
Si certaines maisons ont décidé de réduire leur programmation, d’autres comme Panini et Urban comics, éditeurs exclusifs en France des majors américaines Marvel et DC, continuent d’inonder le marché. « On a commencé fort, dès notre lancement en 2012, avec une dizaine de titres par mois. C’est une nécessité pour faire exister une marque », estime François Hercouët d’Urban comics. « Nous sommes dépendants de la stratégie et de la volumétrie de publication de Marvel », reconnaît, de son côté, Sébastien Dallain, son homologue chez Panini. Marvel a d’ailleurs détenu de 1994 à 1999 l’entreprise italienne qui s’est rendue célèbre pour ses albums de vignettes à collectionner. Une inflation qui, à terme, peut surtout porter préjudice en bout de chaîne aux librairies, qui n’ont pas une trésorerie illimitée et ne peuvent pas forcément suivre toutes les sorties.
Le carton inattendu de « Rick et Morty »
Car si l’offre s’est étendue, le lectorat n’a pas crû à la même vitesse. Avec actuellement 900 000 acheteurs français de comics, selon le Syndicat national de l’édition — en comparaison des 6,9 millions d’acheteurs de BD franco-belge —, ce marché de niche s’est élargi depuis une petite dizaine d’années.
Date à laquelle les comics se sont vendus en librairies plutôt qu’en kiosques et maisons de presse, son système de distribution originel mais chancelant. L’arrivée massive en librairie s’est aussi accompagnée d’une autre façon d’éditer les comics. Au lieu des fascicules consommables qui se multipliaient au risque de perdre les lecteurs les moins aguerris, les éditeurs ont fait le choix de publier de beaux ouvrages cartonnés, regroupant les séries au complet, avec des chronologies entières ou des compilations d’un même auteur.
« Avec “The Walking Dead”, on est au-delà du succès »
C’est ainsi qu’a procédé la petite entreprise Bliss comics qui, depuis 2016, essaie de redonner une visibilité et une cohérence à l’univers de superhéros américains de la maison Valiant (Faith, Bloodshot). « Mon but était de produire des bouquins que j’aurais voulu avoir comme lecteur », explique son fondateur Florent Degletagne.
Ces gros volumes peuvent toutefois coûter une trentaine d’euros, un tarif qui peut dissuader les indécis ou les plus jeunes. Car les comics peinent encore à séduire un très large public, à l’exception de cas très rares comme The Walking Dead. « C’est de très loin le titre numéro un. Aujourd’hui quand on regarde le marché du comics français, on retire son chiffre systématiquement sinon c’est faussé, explique Thierry Mornet, de Delcourt, son éditeur français. On est au-delà du succès, c’est un véritable phénomène avec pas loin de cinq millions d’exemplaires écoulés sur la série de trente tomes. »

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L’année 2018 a aussi été marquée par le décollage incroyable de la BD Rick et Morty dérivée de la série animée phénomène. Le tome 1, qui a marqué le lancement en janvier du petit label Hi Comics de la maison d’édition Bragelonne, s’est écoulé à plus de 30 000 exemplaires, et s’est hissé au sommet des ventes françaises, juste derrière The Walking Dead.
« Deux mille exemplaires vendus, c’est le chiffre à partir duquel le titre devient rentable »
« C’est toujours difficile d’expliquer pourquoi une BD marche et pas une autre », estime Basile Béguerie, qui s’occupe de la collection comics Paperback, lancée il y a quelques mois par Casterman. « Dans le comics, le chiffre-clé c’est deux mille exemplaires vendus. C’est le chiffre à partir duquel le titre devient rentable et où il a une raison d’exister », explique Sullivan Rouaud, responsable d’Hi Comics. A trois mille, les éditeurs considèrent que le titre est solide ; à cinq mille ventes, ils commencent à parler de réussite.
Pour toucher le grand public et les lecteurs de BD franco-belge, il est difficile de tout parier sur la sortie d’un film ou d’une série. Les succès de Rick et Morty, de The Walking Dead ou encore Deadpool doivent certes beaucoup à leurs adaptations sur écran, mais cela n’a pas forcément été le cas de Black Panther, malgré son énorme carton au box-office.
« Se tourner vers les lectrices »
Le taux de conversion des spectateurs en lecteurs reste encore faible. Pour Olivier Jalabert, le directeur éditorial de Glénat comics, branche lancée en 2015 en se positionnant sur des œuvres indépendantes, « un des leviers pour sortir du lectorat habituel est de se tourner vers les lectrices ». Une idée qui trotte dans la tête de plusieurs éditeurs d’autant que les catalogues comics comportent des titres avec des héroïnes intéressantes, mais aussi depuis que des études de marché, notamment portées par l’institut de sondage GFK, montrent que ce sont les femmes qui achètent le plus de BD, en général.
« On est en concurrence avec les plates-formes de VOD »
Une stratégie qui a aussi poussé les éditeurs à investir autant que possible tous les champs de la BD américaine, bien au-delà des superhéros en slip moulant, et à proposer un foisonnement de genres : roman graphique, tranche de vie, science-fiction, polar, etc.
Parce que les éditeurs sont plus nombreux sur l’échiquier, le prix des licences, notamment d’auteurs indépendants, a flambé « de façon déraisonnable, doublant, voire triplant », assurent tous les acteurs, sans donner de prix. « On peut quelque part parler de boursicotage où des paris sont faits sur des franchises sans être sûrs de leur rentabilité », admet Laurent Lerner, le fondateur de Delirium, petit éditeur indépendant qui s’évertue à republier l’œuvre de Richard Corben, Grand Prix de la ville d’Angoulême 2018. Ce dernier estime ne pas avoir les moyens ou l’envie de rentrer dans ce genre de compétition : « Les ayants droit américains cèdent au plus offrant, c’est ainsi que ça marche. »

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Difficile pour les maisons d’édition à un ou deux salariés d’exister depuis qu’elles se voient concurrencées sur les catalogues de titres indépendants ou confidentiels par de grands groupes de BD. « On est en concurrence non seulement les uns avec les autres, mais surtout avec les autres formes de divertissement comme les plates-formes de VOD [vidéo à la demande]. Car pourquoi aller acheter un tome à 15 euros quand, pour 10 euros par mois, tu as un abonnement illimité ? », complète Basile Béguerie, de Casterman. « La leçon qu’il faut retenir, selon Olivier Jalabert de Glénat, c’est que contrairement à ce que pourrait faire croire l’effet Hollywood, nous ne sommes pas dans un Eldorado du comics. »




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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-8"> ¤ Une sélection d’ouvrages à découvrir pendant cette période de vacances.
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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-9"> ¤ L’historienne, auteure de nombreux travaux sur la mémoire et ses failles, publie une nouvelle version de l’un de ses premiers livres, le plus personnel, « Ils étaient juifs, résistants, communistes ».
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Annette Wieviorka contre l’oubli et le silence

L’historienne, auteure de nombreux travaux sur la mémoire et ses failles, publie une nouvelle version de l’un de ses premiers livres, le plus personnel, « Ils étaient juifs, résistants, communistes ».



LE MONDE DES LIVRES
 |    27.10.2018 à 09h00
    |

            Marc Semo








                        



                                


                            

« C’est mon livre le plus personnel », confie ­Annette Wieviorka. En retraçant, dans Ils étaient juifs, résistants, communistes, la geste tragique des FTP-MOI (Francs-tireurs partisans-Main-d’œuvre immigrée) qui participèrent, à Paris, mais aussi à Lyon et à Grenoble, à la lutte armée contre l’occupant allemand pendant la seconde guerre mondiale, c’est une part de sa propre histoire qu’elle raconte. « Ces gens sont les miens », confie sobrement l’historienne dans son appartement plein de livres du 10e arrondissement de Paris. Ce quartier, elle ne l’a jamais vraiment quitté. Il était avant guerre l’un des cœurs du « yiddishland » de la capitale, avec ses artisans, ses journaux, ses clubs sportifs, ses querelles politiques.
Publié une première fois en 1986 chez Denoël, le livre était depuis longtemps épuisé. Mais son auteure s’était toujours opposée à sa réédition en l’état. « En l’espace de trente ans, explique-t-elle, tout a changé, avec l’ouverture complète des archives, notamment celles de la police et du ministère de l’intérieur, et la publication des Mémoires de plusieurs protagonistes, complétant les récits des survivants que j’avais interrogés à l’époque. »
Elle l’a donc considérablement augmenté par rapport à la première édition, ce qui en fait, plus que jamais, le livre de référence sur cet épisode longtemps ignoré hors de l’entre-soi des anciens de la MOI, dont l’ancien secrétaire général de la CGT Henri Krasucki (1924-2003) – guère plus de 200 survivants. Lesquels parlaient peu. « Jamais je n’ai rencontré de résistants juifs triomphants, leur modestie était à la mesure du drame subi par leur famille », analyse Annette ­Wieviorka.

Le poème d’Aragon chanté par Léo Ferré
C’est paradoxalement l’affiche apposée par les Allemands sur les murs de France, avec les portraits des « terroristes étrangers » du « groupe Manouchian » – 23 membres des...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-10"> ¤ L’Islande rêvée est-elle éloignée de la réalité ? Audur Ava Olafsdottir, Arni Thorarinsson, Eric Boury et Mathias Malzieu en ont discuté, samedi 6 octobre, au Monde Festival.
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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-11"> ¤ Nés pendant la seconde guerre mondiale, Archie Andrews et ses amis sont devenus des héros de comics populaires aux Etats-Unis, avant de revenir à la mode près de 80 ans plus tard sur le petit écran.
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« Riverdale », « Sabrina » : derrière les séries télé, le dépoussiérage gagnant d’une franchise de comics

Nés pendant la seconde guerre mondiale, Archie Andrews et ses amis sont devenus des héros de comics populaires aux Etats-Unis, avant de revenir à la mode près de 80 ans plus tard sur le petit écran.





LE MONDE
 |    26.10.2018 à 15h32
    |

            Pauline Croquet





Dans le sillage de la série pour adolescents Riverdale, qui entame sa saison 3, Netflix doit dévoiler, vendredi 26 octobre, les premiers épisodes des nouvelles aventures de la sorcière Sabrina. C’est même cette série qui ouvrira la quatrième édition de la Comic Con, qui se tient à Paris de vendredi à dimanche. En France, le projet a enthousiasmé ceux qui ont connu, sur France 2 à la fin des années 1990, les aventures en sitcom de Sabrina Spellman et de son chat animatronique Salem.

Mais certains furent surpris d’apprendre que la sorcière appartenait au même univers qu’Archie Andrews, le héros de Riverdale. Et que cet univers n’est pas loin de célébrer ses 80 ans. Derrière ce retour de mode et ce succès international se cache un tour de force pour réinstaller une franchise qui fleurait bon la naphtaline.

   


A l’origine, Archie est un personnage de comics né au cœur de la seconde guerre mondiale, en 1941. Il a été créé par l’auteur de BD Bob Montana et l’entrepreneur John Goldwater, l’un des cofondateurs de la maison d’édition new-yorkaise MLJ. Née deux ans plus tôt au moment où l’industrie de la BD fleurit aux Etats-Unis, elle se lance d’abord avec des histoires de super-héros ; c’est même MLJ qui donnera vie, quelques mois avant le Captain America de Marvel, au premier super-héros patriote, The Shield.
Après la guerre, les super-héros commencent à perdre la cote et l’entreprise décide de se concentrer sur les aventures d’Archie, un lycéen rouquin et bon enfant qui a su conquérir les lecteurs dès les premiers numéros. En 1945, l’entreprise se rebaptise même Archie Comics. La machine est lancée et Archie devient une figure de la culture populaire américaine, un équivalent de Spirou outre-Atlantique.
L’Amérique intemporelle
Calqué de façon assumée sur son contemporain Andy Hardy, un héros de films de la Metro Goldwyn Mayer, Archibald Andrews est un adolescent beau et moderne pris dans un triangle amoureux. Il ne sait qui choisir entre sa voisine sympathique et débrouillarde, Betty Cooper, et Veronica Lodge, une brunette classe et un brin hautaine. Passant son temps entre les couloirs du lycée de la petite ville fictive de Riverdale et les banquettes de chez Pop’s, le diner local, le jeune homme ne manque pas de se confier à son meilleur ami, Jughead (« tête de cruche », en anglais).

« Archie représente une forme d’Amérique intemporelle », résume Xavier Fournier, journaliste spécialiste des comics et auteur de Super-Héros : l’envers du costume (Fantask, 2016) : « Les codes sont suffisamment génériques pour qu’on ne puisse pas forcément le placer dans une décennie en particulier, un peu comme Tintin. » Aucun mot plus haut que l’autre, de la romance sage et des personnages proprets… les histoires sises à Riverdale ne parlent pas non plus de politique.
Mais elles symbolisent une Amérique plutôt blanche et conservatrice. « Contrairement aux super-héros, Archie a très bien survécu à la censure morale des autorités », abonde Xavier Fournier. Dans les années 1960, Archie et ses amis prennent une tournure « plus pop, un peu comme les Beach Boys. Ils fondent même un groupe de rock, dont le tube Sugar Sugar deviendra un classique », explique le journaliste. A la même époque, Sabrina, l’apprentie sorcière, naît et prend part aux aventures des lycéens d’Archie avant d’obtenir sa propre série, une dizaine d’années plus tard.

Devenir « has been »
C’est dans ces années 1960 qu’Archie Comics connaîtra un pic de ventes. Mais quelques années plus tard, face au flower power et aux contestations étudiantes, le côté frais et papier glacé de ces héros ne convainc plus. « Archie et sa bande deviennent has been », explique Xavier Fournier. Une image qui va coller à la franchise jusque dans les années 2010. « C’étaient des comics sur des ados que les ados ne lisaient pas », conclut auprès du site américain Vulture l’auteur Mark Waid, qui travaille sur les plus récentes séries.
Si les ventes s’effritent à mesure du succès, il est difficile d’établir des chiffres. Contrairement à la plupart des éditeurs de BD aux Etats-Unis qui distribuent dans des magasins de comics spécialisés, Archie a assis son système économique sur la distribution de « digests », des fascicules de gares, des compilations d’histoires courtes anciennes et récentes vendues au grand public. Des ventes qui ne sont pas prises en compte dans les audiences officielles du marché américain.
Jusqu’à il y a peu, il était hors de question de prendre des risques pour la direction. « Ils étaient très très attentifs à ce que vous pouviez et ne pouviez pas faire avec une BD Archie », se souvient le scénariste Mark Waid, qui a aussi travaillé pour la société au début des années 1990.
Il faut attendre 2009 et l’arrivée de Jon Goldwater, le fils du fondateur, à la tête de la maison d’édition new-yorkaise pour voir s’effondrer les barrières conservatrices. Après une bataille juridique de plusieurs années avec la veuve de l’un des propriétaires d’Archie Comics pour récupérer la direction créative de la franchise, M. Goldwater est désormais le maître à bord. L’une de ses premières décisions d’ampleur est de convoquer tous ses employés pour une réunion de travail et de réflexion afin de dépoussiérer la collection.
Le producteur de « Glee » à la rescousse
Sur le plan éditorial, Riverdale accueille en 2010 son premier personnage gay, Kevin Keller, une figure récurrente. Côté stratégie, Archie Comics devient la première entreprise de BD aux Etats-Unis à proposer ses albums en numérique le jour même de leur sortie papier, selon le site Vulture. Elle va aussi finir par proposer ses titres en librairies, en plus des kiosques à journaux.
En parallèle, Jon Goldwater se rapproche de Roberto Aguirre-Sacasa, auteur de théâtre, de BD et de séries TV, largement applaudi pour sa série musicale pour ados Glee. En résulte quelques numéros bien accueillis réunissant les camarades d’Archie et les lycéens de Glee mais aussi une réinterprétation fantastique et décalée, Afterlife with Archie, peuplée de zombies et de loups-garous. Un succès critique qui amène l’auteur à prendre la direction du bureau créatif.

   


En coexistence avec les anciens Archie qui ressortent sans cesse en « digests », le duo Goldwater-Aguirre lance un reboot, une remise à zéro des séries, et le confie à des auteurs de premier plan, à l’instar de la dessinatrice du très salué Saga, Fiona Staples, et de Mark Waid, reconnu pour son travail sur les séries de grands super-héros comme ses projets indépendants.
Dans cette opération de rénovation, il s’agit d’insérer plus de diversité mais aussi de remettre les personnalités et les préoccupations des héros au goût du jour, sans pour autant dénaturer la série. « Tout le monde était d’accord pour dire que la relance de Riverdale méritait une petite mise à jour mais personne ne sous-entendait que “Betty allait tomber enceinte” ou que “Archie allait faire un doigt d’honneur à M. Weatherbee [le principal du lycée]” », explique Mark Waid en postface du nouveau premier tome.
Une obsession : la télévision
La dessinatrice française Marguerite Sauvage (Faith, Bombshells) qui, en binôme avec Nick Spencer, va prendre le relais sur la série à partir du numéro 700 à paraître prochainement, n’a en revanche reçu aucune consigne particulière. « On a eu carte blanche, il n'y a pas eu d’éléments bibliques mentionnés. Après, je m’en tiens au cadre posé par le script de Nick », détaille au Monde celle qui ne connaissait pas Archie avant de s’installer au Canada mais prend plaisir à lui redonner vie. « J’ai un passif d’illustratrice de mode et de beauté avec lequel j’ai pu renouer, ça change des personnages en costume de héros. Les personnages d’Archie sont très glamourisés. » 

   


Roberto Aguirre-Sacasa avait toutefois en tête d’autres ambitions pour Archie : le ramener à la télévision. Au lieu d’un dessin animé comme cela a pu être de nombreuses fois le cas, il espère en faire un drama, un soap pour adolescents. Riverdale sera un « Archie rencontre Twin Peaks », la série de David Lynch, assume son créateur qui ajoute en introduction d’un des numéros de la BD : « Les choses y prennent un tour un peu plus macabre, un peu plus érotique et un peu plus décalé. » Le programme est lancé en janvier 2017 sur la chaîne américaine pour jeunes CW, et en parallèle sur Netflix. L’effet comique et la pop sucrée des années 1960 laissent place à de mystérieuses enquêtes sur des meurtres, des secrets d’alcôve et des scènes au clair de lune, tout en conservant des références vintages et un certain polish.
Une implantation en France
« Le coup de génie de la série est de s’être réapproprié ce qu’Archie et ses amours avaient clairement inspiré en matière de schémas et de séries romantiques ados comme Les Frères Scott ou même Dawson », analyse Xavier Fournier. D’autres comme Olivier Jalabert, directeur éditorial comics de Glénat, qui publie en France les nouvelles BD Riverdale, estiment qu’avec cette série « on touche les mêmes publics qui ont pu à une autre époque être fans de Buffy contre les vampires ou Smallville ».

Pari réussi. La série a permis de reconquérir les jeunes Nord-Américains. Ils sont en moyenne un peu plus d’un million à la regarder sur CW chaque semaine – un chiffre en légère baisse qui ne fait pas partie des meilleures audiences de la chaîne, mais ne comprend pas les spectateurs Netflix. La plate-forme, qui a d’ailleurs négocié l’exclusivité de la série Sabrina, le spin-off de Riverdale, a aussi largement contribué à son succès à l’étranger.
En France, les spectateurs ont consommé des produits dérivés Archie sans le savoir mais n’ont jamais eu de vrai attachement. Et pour cause, les BD n’ont jamais vraiment paru dans l’Hexagone jusqu’à ce que Glénat décide, cette année, d’importer les titres les plus récents dans le but d’ouvrir une collection « Young Adult », offre inexistante jusqu’alors dans ses rayons. « Nous ne sommes pas sur un gros succès, avec entre 3 000 et 4 000 exemplaires vendus par titre », concède Olivier Jalabert, qui se félicite toutefois « d’avoir eu le nez creux » en décidant d’acheter la licence avant la sortie de la série. Comme quoi, même à 77 ans, il est possible de redevenir cool.




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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-12"> ¤ Dans l’ouvrage du journaliste Ludovic Lamant, l’architecture des institutions est envisagée comme le produit et le symptôme des errements de la construction européenne et de l’opacité à l’œuvre dans le processus législatif.
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La construction européenne par son bâti

Dans l’ouvrage du journaliste Ludovic Lamant, l’architecture des institutions est envisagée comme le produit et le symptôme des errements de la construction européenne et de l’opacité à l’œuvre dans le processus législatif.



LE MONDE
 |    26.10.2018 à 10h34
 • Mis à jour le
26.10.2018 à 10h39
    |

            Isabelle Regnier








                        



                                


                            

Livre. Correspondant à Bruxelles pour Mediapart pendant six ans, Ludovic Lamant a sillonné les couloirs des grandes institutions européennes jusqu’à en connaître les moindres recoins. Fréquenter ces bâtiments froids, agencés sans cohérence de part et d’autre d’une autoroute urbaine, arpenter leurs intérieurs, sinistres comme des bureaux d’agences bancaires, auraient pu le laisser indifférent. Il aurait pu oublier l’ineptie de ce quartier européen sans âme que d’aucuns qualifient de « balafre urbaine », d’autres de « trou noir qui assèche les énergies ».
Au lieu de cela, il en a fait un objet d’étude. De ce décor qui s’est consolidé par à-coups successifs, selon une logique du fait accompli, dont la laideur, l’impraticité, l’inhospitalité foncière ne font l’objet d’aucun débat, il livre une monographie aussi originale qu’inspirante.
En revenant sur les étapes de la constitution du quartier, en l’inscrivant dans une histoire de l’architecture postmoderne, en évoquant les formes alternatives qu’il aurait pu prendre et les raisons pour lesquelles il ne les a pas prises, Ludovic Lamant lui restitue une contingence salutaire, qui invite à ne plus penser comme des fatalités ni cette architecture ni la politique européenne qui se fabrique en son sein.
Rupture entre les institutions et le peuple
L’architecture des institutions est envisagée, c’est tout le propos de Bruxelles chantiers, comme le produit et le symptôme des errements de la construction européenne, de l’opacité à l’œuvre dans le processus législatif, de la dilution progressive des idéaux démocratiques dans un dogmatisme néolibéral dont l’auteur détaille clairement les rouages. De l’architecture à la politique, et réciproquement, il glisse agilement, pour raconter l’histoire de la rupture entre les institutions et le peuple.
Exemplaire à cet égard, le projet de refonte du rond-point Robert Schuman, dont l’architecte belge Xaveer de...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-13"> ¤ La Française Alice Zeniter et le Québécois Eric Plamondon ont publié deux livres à succès sur la mémoire de la colonisation. Un débat sur la question se tiendra le 26 octobre dans le cadre de la première édition du Monde Festival Montréal.
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                Le roman, lieu privilégié pour penser les plaies de l’histoire coloniale


La Française Alice Zeniter et le Québécois Eric Plamondon ont publié deux livres à succès sur la mémoire de la colonisation. Un débat sur la question se tiendra le 26 octobre dans le cadre de la première édition du Monde Festival Montréal.

LE MONDE
                 |                 26.10.2018 à 09h00
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            Adrien Naselli

















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Signe de l’époque ? L’histoire coloniale passionne les jeunes lecteurs. L’Art de perdre (Flammarion) d’Alice Zeniter, paru à la rentrée littéraire 2017 et également cinquième prix littéraire du Monde, a reçu le Goncourt des lycéens. Taqawan (Quidam éditeur) d’Eric Plamondon, paru au début de 2018, s’est vu décerner le prix de la Frye Académie, festival littéraire reconnu au Canada, et décerné par des collégiens de la province du Nouveau-Brunswick, au Québec.
Le combat « de David contre Goliath » qui opposa en 1981 les autochtones de la réserve de Restigouche (Listuguj) aux policiers de la sûreté du Québec, décrit par Eric Plamondon, et le sort invivable de ceux qu’on a appelés les « harkis », ainsi que leur descendance, mis en scène par Alice Zeniter, révolte cette jeune génération qui ne se sent plus responsable du passé d’ancien colonisateur de la France et du Québec. « Contrairement aux adultes, les ados se fichent que j’écrive sur la guerre d’Algérie, affirme Alice Zeniter. Ce qui les intéresse, c’est la trajectoire migratoire en elle-même. Pas forcément liée au passé colonial — bien que pour les ados issus de cette immigration algérienne, elle ait son importance. Ils sont fascinés par les migrations sociales, qui font passer de la ruralité à la ville, ou d’une classe à une autre. »
Eric Plamondon, dont l’héroïne Océane est une jeune Indienne mi’gmaq persécutée par la police, abonde dans son sens : « Océane permet aux jeunes d’entrer dans l’histoire. Sa quête fait écho à la quête identitaire qu’est l’adolescence. Cette question identitaire a été reprise par une nouvelle génération qui la vit dans toute sa complexité. Elle sait que des minorités, il y en a partout. »
Réparer une ignorance
Eric Plamondon comme Alice Zeniter avouent bien volontiers leur ignorance originelle. Alors même qu’elle raconte, par le filtre de la fiction, l’histoire de sa propre famille sur trois générations — Ali le grand-père dans son village de montagne, Hamid le père arrivé enfant en France dans un camp de réfugiés, Naïma la petite-fille élevée dans une HLM normande —, l’écrivaine de 32 ans a grandi dans le silence de ses parents et de l’école : « Sur les harkis, j’avais l’impression de ne pas avoir d’histoire. Il y avait quelque chose de l’ordre de l’injonction, à produire un récit qui couvrirait les trajectoires de vie de ceux que l’institution a oubliés. » Elle a passé des mois à faire des recherches, des livres d’histoire aux méandres du Net. Dans la troisième partie du livre, on voit même une sorte de making-of de ses recherches.

        Portrait (édition abonnés):
         

          Alice Zeniter, enfant du silence



Eric Plamondon, lui, ne connaissait pas l’existence de la réserve de Restigouche, et confie aujourd’hui sa honte. Il a passé les trente premières années de sa vie au Québec, avant de s’installer dans la région de Bordeaux. C’est lors d’un voyage en Gaspésie avec sa famille qu’il découvre la vie des Premières Nations : « Depuis que j’habite en France, les gens me questionnent sur les Indiens. J’avais un grand malaise lié à ça. On n’en parlait pas du tout à la maison, ni à l’école. En écrivant Taqawan, j’ai compris que la pire violence qu’on avait faite aux Premières Nations est de les avoir effacées de l’histoire québécoise. »
A la différence d’Alice Zeniter, qui s’est entourée d’historiens et de sociologues, Eric Plamondon a travaillé seul avec des livres d’histoire et des archives de musées canadiens en ligne. « Je me suis penché tous les matins pendant deux ans sur ce roman qui fait à peine deux cents pages. » Sa rencontre avec une Indienne mi’gmac dans la réserve, à l’été 2015, a mis un coup d’accélérateur à l’écriture. Même chose pour Alice Zeniter, qui a effectué plusieurs voyages sur les traces de ses aïeuls en Algérie.
« La sagesse de l’incertitude »
L’écriture a été vertigineuse et fatigante pour la jeune femme : comment donner à voir sans fantasmer la vie de son grand-père dans les montagnes kabyles ? « La question des sources m’a fait prendre conscience qu’un livre d’histoire n’était jamais qu’un point de vue. Par exemple, les premiers documents qui décrivent les villages kabyles ont été écrits par les colonisateurs. »
Eric Plamondon, lui, a fait preuve de prudence. « J’ai “écrit sur des œufs”, car c’est un sujet délicat. L’appropriation culturelle est devenue une vraie question. C’est aussi pour ça que mon roman est constitué de fragments, avec une infinité de faisceaux, pour essayer de déjouer le piège de la focale unique. L’angle de la fiction est bien assumé. Je joue parfois à l’historien, mais je suis avant tout un auteur. » A la fin du livre, le personnage d’ermite mi’gmaq dit à la jeune héroïne française : « Personne n’est tout blanc. » Une morale bien pratique ? « J’aime bien faire dire ça à mon personnage indien. La fiction est toujours là pour nous rappeler que la réalité n’est pas noire ou blanche, mais grise. Cela me fait penser à Kundera et sa “sagesse de l’incertitude”. Le roman, c’est ça. »

        Un débat du Monde Festival Montréal :
         

          Au Québec, la lente marche en avant des peuples autochtones



Il permet surtout de répondre, mieux que n’importe quel autre médium, aux questions existentielles par l’émotion. Dans les dernières pages de L’Art de perdre, Ifren, un jeune Algérien qui conduit l’héroïne Naïma en voiture, met fin à ses tourments : « Personne ne t’a transmis l’Algérie. Qu’est-ce que tu croyais ? Qu’un pays, ça passe dans le sang ? […] Ce qu’on ne transmet pas, ça se perd, c’est tout. Tu viens d’ici mais ce n’est pas chez toi. » 
Transmettre avec toutes les nuances : telle est la mission que se sont donnée les deux écrivains. « Il faut que les livres d’histoire aussi amènent de la complexité, encourage Eric Plamondon. Comme par hasard, la prise de conscience arrive en ce début de XXIe siècle par le roman, par la poésie, par la musique, par le côté artistique des choses. »
Autochtones et histoire coloniale, comment composer avec l’héritage du passé ? Vendredi 26 octobre, dans le cadre du Monde Festival Montréal, coorganisé avec le journal Le Devoir, Alice Zeniter dialoguera avec Benjamin Stora, historien, Michèle Audette, activiste autochtone, et Stanley Vollant, chirurgien autochtone. Un débat animé par Jean-François Nadeau, journaliste au Devoir. Auditorium Maxwell-Cunnings, 15 h 30 - 17 heures. 
Réservation en ligne 
Retrouvez aussi deux articles d’Eric Plamondon dans « Vive le Québec…, Hors-série du « Monde », 100 pages, 8,50 euros. En vente en kiosques et sur Boutique.lemonde.fr.

        Hors-série du « Monde » :
         

          Un si séduisant Québec





Adrien Naselli
    













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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-14"> ¤ Ce livre dense et érudit revient sur un épisode unique de l’histoire de France. En juillet-août 1830, quatre souverains se sont succédé sur le trône de France.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-14"> ¤                     
                                                

Le grand prix du roman de l’Académie française décerné à Camille Pascal

Ce livre dense et érudit revient sur un épisode unique de l’histoire de France. En juillet-août 1830, quatre souverains se sont succédé sur le trône de France.



Le Monde.fr avec AFP
 |    25.10.2018 à 17h31
   





                        



   


L’Académie française a ouvert jeudi 25 octobre la saison des prix littéraires en décernant son grand prix du roman à Camille Pascal pour L’Eté des quatre rois (Plon), roman racontant l’été 1830 quand quatre souverains se sont succédé sur le trône de France.
Il a remporté le prix au 3e tour de scrutin, avec treize voix contre sept à Alain Mabanckou (Les cigognes sont immortelles, Seuil) et deux à Thomas B. Reverdy (L’Hiver du mécontentement, Flammarion), a annoncé jeudi l’Académie française.

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Conseiller d’Etat, ancien secrétaire général de France Télévisions et ancien conseiller de Nicolas Sarkozy à l’Elysée, Camille Pascal, 52 ans, est historien de formation. L’Eté des quatre rois est son premier roman, et il est également en lice pour le prix Interallié.
« Le roman vrai de la révolution »
Ce livre dense (plus de 600 pages) et érudit revient sur un épisode unique de l’histoire de France. Roi impopulaire, contraint d’abdiquer après les émeutes parisiennes de juillet 1830 (les « Trois Glorieuses »), Charles X souhaite que son petit-fils Henri d’Artois (Henri V) lui succède. Il demande à son fils Louis-Antoine d’Artois (Louis XIX), dauphin légitime, de renoncer à ses droits en faveur de son neveu. Henri d’Artois n’a que 9 ans et Louis-Antoine d’Artois n’a pas le courage de contester la décision de son père. La voie est libre pour le duc d’Orléans, qui finalement monte sur le trône sous le nom de Louis-Philippe.
Le roman de Camille Pascal entraîne le lecteur dans tous les lieux de ces folles journées. Nous sommes au château de Saint-Cloud, aux Tuileries, à Paris, Courbevoie ou encore en Normandie. L’historien convoque Stendhal, Chateaubriand, Dumas, Vigny et Hugo. On croise Guizot, Talleyrand, le vieux Lafayette et le jeune Adolphe Thiers.

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                Le Grand Prix du roman de l’Académie française attribué à Daniel Rondeau pour « Mécaniques du chaos »



Camille Pascal est non seulement partout, mais décrit comme s’il était témoin vivant des événements les robes des dames, les marqueteries des meubles… Le style est alerte même si l’écriture est d’un académisme un peu vieillot. Selon son éditeur, Camille Pascal a écrit « le roman vrai de la révolution de 1830 ».
L’an dernier, le grand hprix du roman de l’Académie française avait été décerné à Daniel Rondeau pour Mécaniques du chaos (Grasset).



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-15"> ¤ « Rétrofictions » : quatre siècles de science-fiction francophone en deux tomes indispensables et exhaustifs signés Guy Costes et Joseph Altairac.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-15"> ¤                     
                                                   
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L’encyclopédie des plans tirés sur la comète

« Rétrofictions » : quatre siècles de science-fiction francophone en deux tomes indispensables et exhaustifs signés Guy Costes et Joseph Altairac.



LE MONDE DES LIVRES
 |    25.10.2018 à 07h30
    |

                            François Angelier (Collaborateur du « Monde des livres »)








                        



                                


                            
Rétrofictions. Encyclopédie de la conjecture romanesque rationnelle francophone, de Rabelais à Barjavel. 1532-1951, de Guy Costes et Joseph Altairac, préface de Gérard Klein, Encrage, 2 tomes sous coffret, 2 458 p., 115 €.

A l’image de la comète de Halley, certains auteurs ne sont repérables aux vitrines des libraires qu’à des dates fort espacées, suscitant grand émoi à chaque passage. Ainsi en va-t-il de Guy ­Costes et Joseph Altairac, érudissimes « savanturiers », experts hors ligne de toutes formes connues et méconnues de fictions anticipatrices et science-fictives.
Leur nouvelle apparition, Rétrofictions, se solde par la chute d’un astéroïde cubique de 2 458 pages illustrées offrant au lecteur, avec ses 11 086 entrées et ses trois index (œuvres, dates, thèmes et sous-thèmes), de Pantagruel, de Rabelais (1532), à la bande dessinée ­Zigoto et le robot, d’Aristide Perré (Rouff, 1951), une immersion dans quatre siècles de fictions francophones de l’imaginaire – de la naissance de l’humanisme scientifique à l’apparition des premières collections labélisées « science-fiction ».
A l’origine de cette voie lactée fictionnelle où nul ne s’égare et où chacun s’émerveille, l’Encyclopédie de l’utopie, des voyages extraordinaires et de la science-fiction, de Pierre Versins (L’Age d’homme, 1972), un classique que nos auteurs parachèvent et auquel ils empruntent le ­concept-phare de « conjecture romanesque rationnelle » : toute forme de récit fondé, hors fantastique et merveilleux, sur l’exploitation des possibles concrets, des projections, même délirantes, de la raison raisonnante.
Se « limitant », à la différence de Versins, au monde francophone, Costes et Altairac ont en revanche étendu leur quête vorace et obsessionnelle à toute la culture concrète. Si romans, nouvelles, contes, voire poèmes ou chansons, constituent l’essentiel du corpus, place est...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-16"> ¤ La chronique de Roger-Pol Droit, à propos de « L’Intelligence artificielle ou l’enjeu du siècle », d’Eric Sadin.
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édition abonné


Figures libres. Ainsi naquit la vérité artificielle

La chronique de Roger-Pol Droit, à propos de « L’Intelligence artificielle ou l’enjeu du siècle », d’Eric Sadin.



LE MONDE DES LIVRES
 |    25.10.2018 à 07h30
 • Mis à jour le
25.10.2018 à 15h22
    |

                            Roger-Pol Droit








                        



                                


                            
L’Intelligence artificielle ou l’enjeu du siècle. Anatomie d’un antihumanisme radical, d’Eric Sadin, L’Echappée, 302 p., 18 €.

Comme chacun sait, plus moyen d’échapper à l’intelligence artificielle (IA). Nos poches, nos voitures, nos objets sont connectés. Nos neurones aussi, dit-on. Hebdomadaires et quotidiens, séminaires et symposiums sont saturés d’interventions. Partout, l’IA fait parler, mais également fait agir. Et d’abord dans le registre des banques, hôpitaux, services de sécurité, cabinets de recrutement, etc. Il n’est aucun secteur vital qu’elle ne touche, se targuant de les transformer tous de fond en comble. Dès demain. A moins que ce ne soit déjà fait.
Dans cette déferlante autour de l’IA – ses bienfaits, ses méfaits, ses exploits, son avenir… –, on trouve à satiété l’étonnement et la crainte, l’enthousiasme et l’abattement. Mais, en fin de compte, peu de pensée. Trop peu d’analyses vraiment intelligentes, de critiques incisives et fortes. C’est pourquoi il faut saluer, et recommander, le nouveau livre d’Eric Sadin, L’Intelligence artificielle ou l’enjeu du siècle. Après, notamment, La Vie algorithmique et La Silicolonisation du monde (L’Echappée, 2015 et 2017), il signe cette fois son essai le plus ambitieux et le plus abouti.

Car Eric Sadin ne se contente pas d’expliquer pourquoi les data envahissent tout, ni comment les algorithmes décident des embauches, des régimes alimentaires, des prêts bancaires et des traitements médicaux. Il met d’abord en lumière de quelle façon les machines ont profondément changé de statut, passant du rôle de prothèse au mimétisme du cerveau, créant ainsi un univers anthropomorphique d’un genre inédit.
Car ce monde n’est que pseudo-humain. Il ressemble au nôtre, mais de manière augmentée (par la puissance de calcul) et parcellaire (par l’absence d’affects et de liberté). Plus que tout, le néoréel est...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-17"> ¤ La correspondance inédite entre Carl Jung et son disciple Erich Neumann, de 1933 à 1950, éclaire les ambivalences du célèbre psychologue suisse.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-17"> ¤                     
                                                   
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De l’inégalité des inconscients chez Carl Jung

La correspondance inédite entre Carl Jung et son disciple Erich Neumann, de 1933 à 1950, éclaire les ambivalences du célèbre psychologue suisse.



LE MONDE DES LIVRES
 |    25.10.2018 à 07h30
 • Mis à jour le
29.10.2018 à 08h55
    |

                            Elisabeth Roudinesco (Historienne et collaboratrice du « Monde des livres »)








                        



                                


                            
Correspondance. Zurich-Tel-Aviv (1933-1959) (Die Briefe 1933-1959. Analytische Psychologie im Exil), de C. G. Jung et Erich Neumann, présenté par Martin Liebscher, traduit de l’allemand par Véronique Liard et de l’anglais par Florent Serina, La Compagnie du livre rouge/Imago, 352 p., 25 €.

Présentées par Martin Liebscher, enseignant autrichien à l’University College de Londres, les cent vingt-quatre lettres inédites échangées entre Carl Gustav Jung (1875-1961) et Erich Neumann (1905-1960) portent pour l’essentiel sur les relations que les deux hommes entretenaient avec la question juive. Psychologue berlinois, ­ardent sioniste, Neumann rencontre Jung à Zurich, en 1933, alors qu’il a fui le nazisme pour se rendre en Palestine.
A cette date, Jung est célébré dans le monde entier pour avoir fondé une école de psychologie analytique visant à étudier la psyché humaine comme un vaste domaine où seraient réunis le rêve, l’inconscient, le symbolisme, l’art, les mythes, les religions, etc. Y apparaissent des « archétypes », formes préexistantes inconscientes dévoilées par l’art et les rêves, parmi lesquelles il range l’« animus » (masculin), l’« anima » (féminin), le « soi » et l’« ombre », partie obscure de la psyché. Il nomme « individuation » la capacité d’un sujet à devenir autonome à travers plusieurs métamorphoses. Adepte de la psychologie des peuples, il prétend analyser les différences et les inégalités entre les inconscients collectifs et individuels de chaque nation.
Jung, fasciné par le Führer
Quant à Neumann, soucieux d’étudier les paradoxes de l’identité juive, il a adhéré avec enthousiasme à la doctrine jungienne, convaincu qu’elle lui permettrait de comprendre que l’individuation du juif ne peut se réaliser que s’il abandonne l’ombre qui l’habite, c’est-à-dire « l’inconscient collectif non juif » dans lequel il baigne en Europe....




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-18"> ¤ La chronique d’Alexandre Jollien, à propos de « Pensées à moi-même », de Marc Aurèle, lu par Jacques Gamblin.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-18"> ¤                     
                                                   
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A l’oreille. Solidarité stoïcienne

La chronique d’Alexandre Jollien, à propos de « Pensées à moi-même », de Marc Aurèle, lu par Jacques Gamblin.



LE MONDE DES LIVRES
 |    25.10.2018 à 07h30
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                            Alexandre Jollien (Philosophe)








                        



                                


                            
Pensées à moi-même (Ta eis heauton), de Marc Aurèle, traduit du grec ancien par Jules Barthélemy-Saint-Hilaire, extraits lus par Jacques Gamblin, Frémeaux & Associés, 2 CD, environ 30 €.

De Jacques Gamblin, je garde l’impérissable souvenir de son magistral strip-tease dans Pédale douce (de Gabriel Aghion)… Vingt-deux ans plus tard, le voilà rhabillé et muni de la toge impériale. Les éditions Frémeaux & Associés nous donnent l’occasion, grâce à cette voix magnifique, de « licouter » (ou « écouter lire ») de larges extraits des Pensées à moi-même.

L’individu qui consigne ses pensées est l’un des hommes les plus puissants de son époque. Infatigablement, Marc Aurèle (121-180) administre un empire gigantesque et lègue à la philosophie une œuvre capitale. Imagine-t-on un Trump, un Poutine, prendre un minimum de hauteur et livrer aux siècles à venir des maximes aptes à conduire le lecteur tout droit à l’ataraxie ?
L’empereur pourfend l’étroitesse d’esprit, dénonce l’attrait pour le vain, fustige la mesquinerie : « Si jamais tu as eu l’occasion de voir une main, un pied, ou une tête coupés, et qui gisaient séparés du reste du corps, tu peux te dire que c’est là une image de ce que fait l’homme, pour lui-même, du moins autant qu’il le peut, quand il n’accepte pas de bon gré le destin qui lui est réparti, qu’il s’isole volontairement, ou qu’il commet un acte contraire à la loi commune. » En un temps où l’individualisme gagne du terrain, tendre l’oreille au philosophe, ne serait-ce pas retrouver le sens du tout et, activement, combattre les formes d’exclusion ?
Une sérieuse cure de l’âme
Faire grand cas de sa personne, obéir au doigt et à l’œil aux caprices de l’imagination, négliger le bien commun, voilà ce qui nous tourmente. Et l’empereur-médecin de dispenser un souverain remède à quiconque se prendrait pour le nombril du monde : songer aux hommes illustres qui...




                        

                        


<article-nb="2018/10/30/18-19">
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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-19"> ¤ Pour l’écrivaine nigérian-américaine Chinelo Okparanta, « Sous les branches de l’udala », histoire d’une homosexuelle dans le Biafra en guerre, est un acte militant.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-19"> ¤                     
                                                   
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Histoire d’un livre. Donner voix aux LGBT du Nigeria

Pour l’écrivaine nigérian-américaine Chinelo Okparanta, « Sous les branches de l’udala », histoire d’une homosexuelle dans le Biafra en guerre, est un acte militant.



LE MONDE DES LIVRES
 |    25.10.2018 à 07h15
 • Mis à jour le
25.10.2018 à 09h37
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                            Gladys Marivat (Collaboratrice du « Monde des livres »)








                        



                                


                            
Sous les branches de l’udala (Under the Udala Trees), de Chinelo Okparanta, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Carine Chichereau, Belfond, 384 p., 22 €.

Quand Sous les branches de l’udala a paru aux Etats-Unis, l’auteure nigérian-américaine Chinelo Okparanta a reçu des remerciements de lecteurs qui disaient se retrouver dans son livre, ainsi que d’autres lettres, moins agréables. Ces dernières lui reprochaient d’avoir subi un lavage de cerveau de la part des Occidentaux, et assénaient que l’homosexualité était une maladie. « Ensuite, je suis partie faire une tournée de promotion au Nigeria, raconte-t-elle au “Monde des livres”. J’ai participé à des émissions à Lagos, à des festivals littéraires. Certaines personnes m’ont à nouveau fait ce reproche. Un jour, une animatrice de radio m’a expliqué qu’elle me recevait mais qu’on ne pouvait pas discuter de mon livre. Elle craignait d’être virée. Je sentais qu’elle le regrettait, mais c’était compliqué. C’est à cause de la loi. »
Comme l’auteure l’indique à la fin du roman, Goodluck Jonathan, président du Nigeria de 2010 à 2015, a instauré, en 2014, une loi criminalisant les relations entre personnes de même sexe, ainsi que toute forme de soutien à ces relations. Les peines de prison vont jusqu’à quatorze ans. « Dans les Etats du Nord, la mort par lapidation est prévue », précise la note.
Parallèle entre le destin de la nation nigériane et celui de l’héroïne
Née à Port Harcourt, dans le sud du pays, en 1981, Chinelo Okparanta est partie vivre aux Etats-Unis à l’âge de 10 ans pour suivre son père venu y étudier. Aujourd’hui, elle enseigne la littérature à l’université Bucknell (Pennsylvanie). Professeure et militante, elle retourne dans son pays natal tous les ans, et vient en aide aux personnes LGBT persécutées. Sous les branches de l’udala leur est dédié. Après un recueil de nouvelles (Le Bonheur...




                        

                        


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Abubakar Adam Ibrahim apparie tous les contraires à Abuja

Sexe et religion, pauvreté et glamour, vaudeville et tragédie emportent « La Saison des fleurs de flamme », premier roman d’un écrivain du nord du Nigeria.



LE MONDE DES LIVRES
 |    25.10.2018 à 07h15
 • Mis à jour le
25.10.2018 à 09h22
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                            Gladys Marivat (Collaboratrice du « Monde des livres »)








                        



                                


                            
La Saison des fleurs de flamme (Season of Crimson Blossoms), d’Abubakar Adam Ibrahim, traduit de l’anglais (Nigeria) par Marc Amfreville, L’Observatoire, 432 p., 23 €.

Vertige des couleurs et des odeurs qui nous emportent d’un bout à l’autre de La Saison des fleurs de flamme. Les effluves de cannabis et les pâles volutes de l’encens pour masquer le parfum du sexe. Le rouge incandescent des flamboyants et la pestilence d’une étrange fleur qui n’éclôt que tous les trente ans. Disséminées dans le premier roman d’Abubakar Adam Ibrahim, elles émanent d’un Nigeria où s’apparient les contraires. La luxure et les cinq prières de l’islam ; l’amour et la mort ; la richesse et la misère. Le tout dans une esthétique sensationnelle qui mêle réalisme social et atmosphère nollywoodienne – propre à l’industrie du cinéma au Nigeria, friande de sujets religieux et d’intrigues romantiques. Un monde nous saute à la figure, comme si un rideau venait d’être levé.
Il révèle la maison de Binta Zubaïru, dans la banlieue d’Abuja, la capitale. Une galerie de personnages pittoresques se presse chez cette veuve musulmane de 55 ans dans une ambiance de vaudeville. On y croise, entre autres, sa nièce, Fa’ïza, adolescente à la mise provocante, grande lectrice de romans à l’eau de rose, ses trois enfants, la bienveillante Hadiza, qui voudrait la voir se remarier, Munkaïla, l’entrepreneur, désireux de lui offrir une paisible retraite, et Hureira, la « divorcée en série » qui ne songe qu’à s’apitoyer sur elle-même. Il y a aussi Mallam Haruna, le prétendant éconduit de Binta, dont les cocasses apparitions sont précédées du bourdonnement de son antique transistor. Et enfin, la foule de femmes pieuses et curieuses qui s’inquiètent de ne plus voir leur amie à la madrasa, l’école coranique.
Les amants maudits
Pourtant, de tout cela Binta se moque. Depuis que Reza, un ­dealeur, est entré chez elle par effraction, elle...




                        

                        

