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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-1"> ¤ La rubrique Pixels du Monde continue son marathon sur le jeu événement de Rockstar. Pour cette troisième journée, nous lisons en même temps « Lucky Luke et la véritable histoire de la conquête de l’Ouest ».
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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-2"> ¤ « Une histoire des civilisations » embrasse le parcours des sociétés humaines, depuis l’émergence du genre « Homo » jusqu’à nos jours, « archives du sol » à l’appui. Dialogue avec les archéologues Alain Schnapp et Dominique Garcia.
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Livre. L’archéologie bouscule l’histoire

« Une histoire des civilisations » embrasse le parcours des sociétés humaines, depuis l’émergence du genre « Homo » jusqu’à nos jours, « archives du sol » à l’appui. Dialogue avec les archéologues Alain Schnapp et Dominique Garcia.



LE MONDE DES LIVRES
 |    28.10.2018 à 09h00
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            Pierre Barthélémy








                        



                                


                            
Une histoire des civilisations. Comment l’archéologie bouleverse nos connaissances, sous la direction de Jean-Paul Demoule, Dominique Garcia et Alain Schnapp, La Découverte/Inrap, 606 p., 49 €.

Une somme, voilà le terme qui décrit le mieux Une histoire des civilisations, fruit d’une coédition entre l’Institut national de recherches archéologiques préventives (Inrap) et La Découverte. Dirigé par les archéologues français Jean-Paul Demoule, Dominique Garcia et Alain Schnapp, cet ouvrage de 600 pages rassemble les contributions de quelque 70 chercheurs et a pour ambition d’embrasser le parcours des sociétés humaines depuis l’émergence du genre Homo jusqu’à la globalisation actuelle.
On pourrait presque voir comme une provocation, alors que les archéologues ont longtemps été considérés comme de simples supplétifs des historiens, cette volonté de prendre à bras-le-corps rien de moins que le destin de l’humanité. Mais cette approche se justifie par les nombreuses évolutions que la discipline a connues au cours des dernières décennies.
La notion de « civilisation » revisitée
L’archéologie est notamment la seule discipline capable de retourner aux racines de l’humanité. A cet égard, la première partie du livre, présentée par le préhistorien Jean-Jacques Hublin et consacrée à l’hominisation de la Terre ainsi qu’aux premières sociétés de chasseurs-cueilleurs, se révèle profondément originale pour ce type d’ouvrage.
La notion usuelle de « civilisation » est ainsi révisée, revisitée, et ce n’est qu’au bout de 250 pages, après l’exploration des sociétés agricoles du néolithique, que l’on entre, avec l’apparition des Etats centralisés, dans l’histoire classique et l’ère de l’écriture. Les maîtres d’œuvre ont pris soin de ne pas tomber dans le piège de l’européocentrisme et, au fil des chapitres, le lecteur se promène dans l’Inde ancienne, fait connaissance avec la métallurgie...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-3"> ¤ Sous le titre « Trois pierres, c’est un mur… », l’Américain Eric Cline se fait l’archéologue de l’archéologie, du XVIIIe siècle à nos jours.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-3"> ¤                      En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez notre  Politique de confidentialité  et l’utilisation de cookies pour vous proposer des contenus et services adaptés à vos centres d’intérêts.  En savoir plus et gérer ces paramètres.   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Quatre siècles de fouilles et de découvertes  Sous le titre « Trois pierres, c’est un mur… », l’Américain Eric Cline se fait l’archéologue de l’archéologie, du XVIIIe siècle à nos jours.        Par  Antoine Flandrin   Publié hier à 08h45, mis à jour hier à 14h45   Lecture 2 min.     Partager sur Facebook Partager sur Facebook   Partager sur Twitter Partager sur Twitter   Envoyer par e-mail Envoyer par e-mail         Article réservé aux abonnés         Trois pierres, c’est un mur… Une histoire de l’archéologie (« Three Stones Make a Wall. The Story of Archaeology »), d’Eric H. Cline, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Jacques Dalarun, CNRS Editions, 462 p., 25 € (en librairie le 31 octobre).                       « L’araignée », géoglyphe de 47 mètres de longueur, à Nazca, au Pérou (civilisation Nazca, 300 av. J.-C.-800). JEAN-CLAUDE CARTON / BIOSPHOTO             Eric H. Cline se défend d’être un Indiana Jones de l’archéologie. Il a pourtant en commun avec Steven Spielberg d’avoir saisi ce qui fait le charme de la discipline : la découverte, moment de bonheur indescriptible pour l’inventeur, comme pour le spectateur de films d’aventures. Et de belles trouvailles, la vie de l’archéologue américain de 58 ans en regorge – la plus belle, dit-il, fut une patte de singe pétrifiée, lors de sa première fouille hors d’Amérique, sur le site gréco-romain de Tel-Anafa, dans le nord d’Israël.          Après plus de trente campagnes de fouilles en Israël, en Grèce, en Turquie, en Jordanie, à Chypre et aux Etats-Unis, il propose, dans Trois pierres, c’est un mur…, moins une histoire de l’archéologie qu’une histoire des découvertes archéologiques les plus importantes depuis les fouilles en 1709 d’Herculanum, ville romaine antique détruite par l’éruption du Vésuve en l’an 79. S’il attribue la naissance de l’archéologie moderne à Joachim Winckelmann (1717-1768), Cline ne prend pas ici en compte les différentes interprétations des origines de sa discipline, s’évitant de remonter jusqu’aux curiosités pour les vestiges anciens attestés dans l’entourage des souverains égyptiens dès le IIIe millénaire av. J.-C.             Article réservé à nos abonnés  Lire aussi  Livre. L’archéologie bouscule l’histoire             Ce parti pris lui permet d’entrer directement dans le vif du sujet. Sous forme de synthèses brillamment ficelées, à mi-chemin entre le polar et l’enquête journalistique, il retrace les premiers pas des grands archéologues, de ­l’Allemand Heinrich Schliemann (1822-1890), à Troie, au Français Auguste Mariette (1821-1881), en Egypte, et du Britannique ­Leonard Woolley (1880-1960), à Ur, en Mésopotamie, à l’Américain John Lloyd Stephens (1805-1852), en pays maya.          Les traces d’innombrables batailles                                            — La suite est réservée aux abonnés — Déjà abonné ? Se connecter   S’abonner c'est...   Avoir accès à tous les contenus du Monde en illimité sur le site et les applications.     Soutenir le journalisme d’investigation et une rédaction indépendante de plus de 400 journalistes.    Participer à des événements artistiques et culturels toute l'année et partout en France.    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Derrière le gigantesque succès de « The Walking Dead », le fragile marché du comics en France

L’offre de comic books en France est foisonnante. Un succès toutefois à nuancer alors que la quatrième édition de Comic-Con se tient à Paris ce week-end.





LE MONDE
 |    27.10.2018 à 11h00
 • Mis à jour le
29.10.2018 à 08h32
    |

            Pauline Croquet





Il suffit de se rendre dans les librairies françaises pour constater que les comics, les bandes dessinées d’origine américaine et britannique, ont pris de plus en plus de place sur les étagères ces dernières années. Dans le sillage des historiques Panini, Delcourt puis plus tard Urban comics — le trio de tête —, plusieurs maisons d’édition ont lancé leur label. La grande majorité de ces derniers, qu’ils soient David ou Goliath, vont se côtoyer dans les allées de la Comic-Con Paris, dont la quatrième édition se déroule du vendredi 26 au dimanche 28 octobre, à La Grande halle de la Villette.
Ces derniers sont dans l’ensemble satisfaits de leurs résultats et du dynamisme de leur secteur. « On avait un objectif de rentabilité sur trois ans, on l’a été en huit mois », se félicite François Hercouët, directeur éditorial d’Urban comics, l’éditeur des ultrapopulaires séries « Batman » qui dépend du mastodonte de la BD Dargaud. Chez les indépendants, Bliss a par exemple embauché sa première salariée cette année, soit deux ans et demi après son lancement, et s’offre un stand au Comic-Con de 24 mètres carrés contre six il y a trois ans.
Six cents titres par an
Mais la réalité n’est pas aussi simple. Ce secteur reste le « petit Poucet » de la BD : selon le Syndicat national de l’édition et l’institut de sondage GFK, le chiffre d’affaires global du comics s’élevait, en 2016, à 45 millions d’euros, moins que la moitié de celui généré par le manga. Après avoir connu une explosion des ventes avec une croissance de 275 % entre 2007 et 2017, le marché du comics en France amorce un léger recul.
Avec quelque six cents titres anglo-saxons publiés par an par l’ensemble des éditeurs français, tous s’accordent à dire que le marché est saturé. Mécaniquement, tous les albums n’auront pas la chance de percer ou d’attirer l’attention. « Aujourd’hui, pour une série qui va se vendre relativement bien, on en a dix qui font moins de mille exemplaires vendus », évalue Thierry Mornet, responsable de Delcourt comics.
« Une dizaine de titres par mois, c’est une nécessité pour faire exister une marque »
Si certaines maisons ont décidé de réduire leur programmation, d’autres comme Panini et Urban comics, éditeurs exclusifs en France des majors américaines Marvel et DC, continuent d’inonder le marché. « On a commencé fort, dès notre lancement en 2012, avec une dizaine de titres par mois. C’est une nécessité pour faire exister une marque », estime François Hercouët d’Urban comics. « Nous sommes dépendants de la stratégie et de la volumétrie de publication de Marvel », reconnaît, de son côté, Sébastien Dallain, son homologue chez Panini. Marvel a d’ailleurs détenu de 1994 à 1999 l’entreprise italienne qui s’est rendue célèbre pour ses albums de vignettes à collectionner. Une inflation qui, à terme, peut surtout porter préjudice en bout de chaîne aux librairies, qui n’ont pas une trésorerie illimitée et ne peuvent pas forcément suivre toutes les sorties.
Le carton inattendu de « Rick et Morty »
Car si l’offre s’est étendue, le lectorat n’a pas crû à la même vitesse. Avec actuellement 900 000 acheteurs français de comics, selon le Syndicat national de l’édition — en comparaison des 6,9 millions d’acheteurs de BD franco-belge —, ce marché de niche s’est élargi depuis une petite dizaine d’années.
Date à laquelle les comics se sont vendus en librairies plutôt qu’en kiosques et maisons de presse, son système de distribution originel mais chancelant. L’arrivée massive en librairie s’est aussi accompagnée d’une autre façon d’éditer les comics. Au lieu des fascicules consommables qui se multipliaient au risque de perdre les lecteurs les moins aguerris, les éditeurs ont fait le choix de publier de beaux ouvrages cartonnés, regroupant les séries au complet, avec des chronologies entières ou des compilations d’un même auteur.
« Avec “The Walking Dead”, on est au-delà du succès »
C’est ainsi qu’a procédé la petite entreprise Bliss comics qui, depuis 2016, essaie de redonner une visibilité et une cohérence à l’univers de superhéros américains de la maison Valiant (Faith, Bloodshot). « Mon but était de produire des bouquins que j’aurais voulu avoir comme lecteur », explique son fondateur Florent Degletagne.
Ces gros volumes peuvent toutefois coûter une trentaine d’euros, un tarif qui peut dissuader les indécis ou les plus jeunes. Car les comics peinent encore à séduire un très large public, à l’exception de cas très rares comme The Walking Dead. « C’est de très loin le titre numéro un. Aujourd’hui quand on regarde le marché du comics français, on retire son chiffre systématiquement sinon c’est faussé, explique Thierry Mornet, de Delcourt, son éditeur français. On est au-delà du succès, c’est un véritable phénomène avec pas loin de cinq millions d’exemplaires écoulés sur la série de trente tomes. »

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L’année 2018 a aussi été marquée par le décollage incroyable de la BD Rick et Morty dérivée de la série animée phénomène. Le tome 1, qui a marqué le lancement en janvier du petit label Hi Comics de la maison d’édition Bragelonne, s’est écoulé à plus de 30 000 exemplaires, et s’est hissé au sommet des ventes françaises, juste derrière The Walking Dead.
« Deux mille exemplaires vendus, c’est le chiffre à partir duquel le titre devient rentable »
« C’est toujours difficile d’expliquer pourquoi une BD marche et pas une autre », estime Basile Béguerie, qui s’occupe de la collection comics Paperback, lancée il y a quelques mois par Casterman. « Dans le comics, le chiffre-clé c’est deux mille exemplaires vendus. C’est le chiffre à partir duquel le titre devient rentable et où il a une raison d’exister », explique Sullivan Rouaud, responsable d’Hi Comics. A trois mille, les éditeurs considèrent que le titre est solide ; à cinq mille ventes, ils commencent à parler de réussite.
Pour toucher le grand public et les lecteurs de BD franco-belge, il est difficile de tout parier sur la sortie d’un film ou d’une série. Les succès de Rick et Morty, de The Walking Dead ou encore Deadpool doivent certes beaucoup à leurs adaptations sur écran, mais cela n’a pas forcément été le cas de Black Panther, malgré son énorme carton au box-office.
« Se tourner vers les lectrices »
Le taux de conversion des spectateurs en lecteurs reste encore faible. Pour Olivier Jalabert, le directeur éditorial de Glénat comics, branche lancée en 2015 en se positionnant sur des œuvres indépendantes, « un des leviers pour sortir du lectorat habituel est de se tourner vers les lectrices ». Une idée qui trotte dans la tête de plusieurs éditeurs d’autant que les catalogues comics comportent des titres avec des héroïnes intéressantes, mais aussi depuis que des études de marché, notamment portées par l’institut de sondage GFK, montrent que ce sont les femmes qui achètent le plus de BD, en général.
« On est en concurrence avec les plates-formes de VOD »
Une stratégie qui a aussi poussé les éditeurs à investir autant que possible tous les champs de la BD américaine, bien au-delà des superhéros en slip moulant, et à proposer un foisonnement de genres : roman graphique, tranche de vie, science-fiction, polar, etc.
Parce que les éditeurs sont plus nombreux sur l’échiquier, le prix des licences, notamment d’auteurs indépendants, a flambé « de façon déraisonnable, doublant, voire triplant », assurent tous les acteurs, sans donner de prix. « On peut quelque part parler de boursicotage où des paris sont faits sur des franchises sans être sûrs de leur rentabilité », admet Laurent Lerner, le fondateur de Delirium, petit éditeur indépendant qui s’évertue à republier l’œuvre de Richard Corben, Grand Prix de la ville d’Angoulême 2018. Ce dernier estime ne pas avoir les moyens ou l’envie de rentrer dans ce genre de compétition : « Les ayants droit américains cèdent au plus offrant, c’est ainsi que ça marche. »

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Difficile pour les maisons d’édition à un ou deux salariés d’exister depuis qu’elles se voient concurrencées sur les catalogues de titres indépendants ou confidentiels par de grands groupes de BD. « On est en concurrence non seulement les uns avec les autres, mais surtout avec les autres formes de divertissement comme les plates-formes de VOD [vidéo à la demande]. Car pourquoi aller acheter un tome à 15 euros quand, pour 10 euros par mois, tu as un abonnement illimité ? », complète Basile Béguerie, de Casterman. « La leçon qu’il faut retenir, selon Olivier Jalabert de Glénat, c’est que contrairement à ce que pourrait faire croire l’effet Hollywood, nous ne sommes pas dans un Eldorado du comics. »




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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-5"> ¤ Une sélection d’ouvrages à découvrir pendant cette période de vacances.
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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-6"> ¤ L’historienne, auteure de nombreux travaux sur la mémoire et ses failles, publie une nouvelle version de l’un de ses premiers livres, le plus personnel, « Ils étaient juifs, résistants, communistes ».
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Annette Wieviorka contre l’oubli et le silence

L’historienne, auteure de nombreux travaux sur la mémoire et ses failles, publie une nouvelle version de l’un de ses premiers livres, le plus personnel, « Ils étaient juifs, résistants, communistes ».



LE MONDE DES LIVRES
 |    27.10.2018 à 09h00
    |

            Marc Semo








                        



                                


                            

« C’est mon livre le plus personnel », confie ­Annette Wieviorka. En retraçant, dans Ils étaient juifs, résistants, communistes, la geste tragique des FTP-MOI (Francs-tireurs partisans-Main-d’œuvre immigrée) qui participèrent, à Paris, mais aussi à Lyon et à Grenoble, à la lutte armée contre l’occupant allemand pendant la seconde guerre mondiale, c’est une part de sa propre histoire qu’elle raconte. « Ces gens sont les miens », confie sobrement l’historienne dans son appartement plein de livres du 10e arrondissement de Paris. Ce quartier, elle ne l’a jamais vraiment quitté. Il était avant guerre l’un des cœurs du « yiddishland » de la capitale, avec ses artisans, ses journaux, ses clubs sportifs, ses querelles politiques.
Publié une première fois en 1986 chez Denoël, le livre était depuis longtemps épuisé. Mais son auteure s’était toujours opposée à sa réédition en l’état. « En l’espace de trente ans, explique-t-elle, tout a changé, avec l’ouverture complète des archives, notamment celles de la police et du ministère de l’intérieur, et la publication des Mémoires de plusieurs protagonistes, complétant les récits des survivants que j’avais interrogés à l’époque. »
Elle l’a donc considérablement augmenté par rapport à la première édition, ce qui en fait, plus que jamais, le livre de référence sur cet épisode longtemps ignoré hors de l’entre-soi des anciens de la MOI, dont l’ancien secrétaire général de la CGT Henri Krasucki (1924-2003) – guère plus de 200 survivants. Lesquels parlaient peu. « Jamais je n’ai rencontré de résistants juifs triomphants, leur modestie était à la mesure du drame subi par leur famille », analyse Annette ­Wieviorka.

Le poème d’Aragon chanté par Léo Ferré
C’est paradoxalement l’affiche apposée par les Allemands sur les murs de France, avec les portraits des « terroristes étrangers » du « groupe Manouchian » – 23 membres des...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-7"> ¤ L’Islande rêvée est-elle éloignée de la réalité ? Audur Ava Olafsdottir, Arni Thorarinsson, Eric Boury et Mathias Malzieu en ont discuté, samedi 6 octobre, au Monde Festival.
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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-8"> ¤ Nés pendant la seconde guerre mondiale, Archie Andrews et ses amis sont devenus des héros de comics populaires aux Etats-Unis, avant de revenir à la mode près de 80 ans plus tard sur le petit écran.
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« Riverdale », « Sabrina » : derrière les séries télé, le dépoussiérage gagnant d’une franchise de comics

Nés pendant la seconde guerre mondiale, Archie Andrews et ses amis sont devenus des héros de comics populaires aux Etats-Unis, avant de revenir à la mode près de 80 ans plus tard sur le petit écran.





LE MONDE
 |    26.10.2018 à 15h32
    |

            Pauline Croquet





Dans le sillage de la série pour adolescents Riverdale, qui entame sa saison 3, Netflix doit dévoiler, vendredi 26 octobre, les premiers épisodes des nouvelles aventures de la sorcière Sabrina. C’est même cette série qui ouvrira la quatrième édition de la Comic Con, qui se tient à Paris de vendredi à dimanche. En France, le projet a enthousiasmé ceux qui ont connu, sur France 2 à la fin des années 1990, les aventures en sitcom de Sabrina Spellman et de son chat animatronique Salem.

Mais certains furent surpris d’apprendre que la sorcière appartenait au même univers qu’Archie Andrews, le héros de Riverdale. Et que cet univers n’est pas loin de célébrer ses 80 ans. Derrière ce retour de mode et ce succès international se cache un tour de force pour réinstaller une franchise qui fleurait bon la naphtaline.

   


A l’origine, Archie est un personnage de comics né au cœur de la seconde guerre mondiale, en 1941. Il a été créé par l’auteur de BD Bob Montana et l’entrepreneur John Goldwater, l’un des cofondateurs de la maison d’édition new-yorkaise MLJ. Née deux ans plus tôt au moment où l’industrie de la BD fleurit aux Etats-Unis, elle se lance d’abord avec des histoires de super-héros ; c’est même MLJ qui donnera vie, quelques mois avant le Captain America de Marvel, au premier super-héros patriote, The Shield.
Après la guerre, les super-héros commencent à perdre la cote et l’entreprise décide de se concentrer sur les aventures d’Archie, un lycéen rouquin et bon enfant qui a su conquérir les lecteurs dès les premiers numéros. En 1945, l’entreprise se rebaptise même Archie Comics. La machine est lancée et Archie devient une figure de la culture populaire américaine, un équivalent de Spirou outre-Atlantique.
L’Amérique intemporelle
Calqué de façon assumée sur son contemporain Andy Hardy, un héros de films de la Metro Goldwyn Mayer, Archibald Andrews est un adolescent beau et moderne pris dans un triangle amoureux. Il ne sait qui choisir entre sa voisine sympathique et débrouillarde, Betty Cooper, et Veronica Lodge, une brunette classe et un brin hautaine. Passant son temps entre les couloirs du lycée de la petite ville fictive de Riverdale et les banquettes de chez Pop’s, le diner local, le jeune homme ne manque pas de se confier à son meilleur ami, Jughead (« tête de cruche », en anglais).

« Archie représente une forme d’Amérique intemporelle », résume Xavier Fournier, journaliste spécialiste des comics et auteur de Super-Héros : l’envers du costume (Fantask, 2016) : « Les codes sont suffisamment génériques pour qu’on ne puisse pas forcément le placer dans une décennie en particulier, un peu comme Tintin. » Aucun mot plus haut que l’autre, de la romance sage et des personnages proprets… les histoires sises à Riverdale ne parlent pas non plus de politique.
Mais elles symbolisent une Amérique plutôt blanche et conservatrice. « Contrairement aux super-héros, Archie a très bien survécu à la censure morale des autorités », abonde Xavier Fournier. Dans les années 1960, Archie et ses amis prennent une tournure « plus pop, un peu comme les Beach Boys. Ils fondent même un groupe de rock, dont le tube Sugar Sugar deviendra un classique », explique le journaliste. A la même époque, Sabrina, l’apprentie sorcière, naît et prend part aux aventures des lycéens d’Archie avant d’obtenir sa propre série, une dizaine d’années plus tard.

Devenir « has been »
C’est dans ces années 1960 qu’Archie Comics connaîtra un pic de ventes. Mais quelques années plus tard, face au flower power et aux contestations étudiantes, le côté frais et papier glacé de ces héros ne convainc plus. « Archie et sa bande deviennent has been », explique Xavier Fournier. Une image qui va coller à la franchise jusque dans les années 2010. « C’étaient des comics sur des ados que les ados ne lisaient pas », conclut auprès du site américain Vulture l’auteur Mark Waid, qui travaille sur les plus récentes séries.
Si les ventes s’effritent à mesure du succès, il est difficile d’établir des chiffres. Contrairement à la plupart des éditeurs de BD aux Etats-Unis qui distribuent dans des magasins de comics spécialisés, Archie a assis son système économique sur la distribution de « digests », des fascicules de gares, des compilations d’histoires courtes anciennes et récentes vendues au grand public. Des ventes qui ne sont pas prises en compte dans les audiences officielles du marché américain.
Jusqu’à il y a peu, il était hors de question de prendre des risques pour la direction. « Ils étaient très très attentifs à ce que vous pouviez et ne pouviez pas faire avec une BD Archie », se souvient le scénariste Mark Waid, qui a aussi travaillé pour la société au début des années 1990.
Il faut attendre 2009 et l’arrivée de Jon Goldwater, le fils du fondateur, à la tête de la maison d’édition new-yorkaise pour voir s’effondrer les barrières conservatrices. Après une bataille juridique de plusieurs années avec la veuve de l’un des propriétaires d’Archie Comics pour récupérer la direction créative de la franchise, M. Goldwater est désormais le maître à bord. L’une de ses premières décisions d’ampleur est de convoquer tous ses employés pour une réunion de travail et de réflexion afin de dépoussiérer la collection.
Le producteur de « Glee » à la rescousse
Sur le plan éditorial, Riverdale accueille en 2010 son premier personnage gay, Kevin Keller, une figure récurrente. Côté stratégie, Archie Comics devient la première entreprise de BD aux Etats-Unis à proposer ses albums en numérique le jour même de leur sortie papier, selon le site Vulture. Elle va aussi finir par proposer ses titres en librairies, en plus des kiosques à journaux.
En parallèle, Jon Goldwater se rapproche de Roberto Aguirre-Sacasa, auteur de théâtre, de BD et de séries TV, largement applaudi pour sa série musicale pour ados Glee. En résulte quelques numéros bien accueillis réunissant les camarades d’Archie et les lycéens de Glee mais aussi une réinterprétation fantastique et décalée, Afterlife with Archie, peuplée de zombies et de loups-garous. Un succès critique qui amène l’auteur à prendre la direction du bureau créatif.

   


En coexistence avec les anciens Archie qui ressortent sans cesse en « digests », le duo Goldwater-Aguirre lance un reboot, une remise à zéro des séries, et le confie à des auteurs de premier plan, à l’instar de la dessinatrice du très salué Saga, Fiona Staples, et de Mark Waid, reconnu pour son travail sur les séries de grands super-héros comme ses projets indépendants.
Dans cette opération de rénovation, il s’agit d’insérer plus de diversité mais aussi de remettre les personnalités et les préoccupations des héros au goût du jour, sans pour autant dénaturer la série. « Tout le monde était d’accord pour dire que la relance de Riverdale méritait une petite mise à jour mais personne ne sous-entendait que “Betty allait tomber enceinte” ou que “Archie allait faire un doigt d’honneur à M. Weatherbee [le principal du lycée]” », explique Mark Waid en postface du nouveau premier tome.
Une obsession : la télévision
La dessinatrice française Marguerite Sauvage (Faith, Bombshells) qui, en binôme avec Nick Spencer, va prendre le relais sur la série à partir du numéro 700 à paraître prochainement, n’a en revanche reçu aucune consigne particulière. « On a eu carte blanche, il n'y a pas eu d’éléments bibliques mentionnés. Après, je m’en tiens au cadre posé par le script de Nick », détaille au Monde celle qui ne connaissait pas Archie avant de s’installer au Canada mais prend plaisir à lui redonner vie. « J’ai un passif d’illustratrice de mode et de beauté avec lequel j’ai pu renouer, ça change des personnages en costume de héros. Les personnages d’Archie sont très glamourisés. » 

   


Roberto Aguirre-Sacasa avait toutefois en tête d’autres ambitions pour Archie : le ramener à la télévision. Au lieu d’un dessin animé comme cela a pu être de nombreuses fois le cas, il espère en faire un drama, un soap pour adolescents. Riverdale sera un « Archie rencontre Twin Peaks », la série de David Lynch, assume son créateur qui ajoute en introduction d’un des numéros de la BD : « Les choses y prennent un tour un peu plus macabre, un peu plus érotique et un peu plus décalé. » Le programme est lancé en janvier 2017 sur la chaîne américaine pour jeunes CW, et en parallèle sur Netflix. L’effet comique et la pop sucrée des années 1960 laissent place à de mystérieuses enquêtes sur des meurtres, des secrets d’alcôve et des scènes au clair de lune, tout en conservant des références vintages et un certain polish.
Une implantation en France
« Le coup de génie de la série est de s’être réapproprié ce qu’Archie et ses amours avaient clairement inspiré en matière de schémas et de séries romantiques ados comme Les Frères Scott ou même Dawson », analyse Xavier Fournier. D’autres comme Olivier Jalabert, directeur éditorial comics de Glénat, qui publie en France les nouvelles BD Riverdale, estiment qu’avec cette série « on touche les mêmes publics qui ont pu à une autre époque être fans de Buffy contre les vampires ou Smallville ».

Pari réussi. La série a permis de reconquérir les jeunes Nord-Américains. Ils sont en moyenne un peu plus d’un million à la regarder sur CW chaque semaine – un chiffre en légère baisse qui ne fait pas partie des meilleures audiences de la chaîne, mais ne comprend pas les spectateurs Netflix. La plate-forme, qui a d’ailleurs négocié l’exclusivité de la série Sabrina, le spin-off de Riverdale, a aussi largement contribué à son succès à l’étranger.
En France, les spectateurs ont consommé des produits dérivés Archie sans le savoir mais n’ont jamais eu de vrai attachement. Et pour cause, les BD n’ont jamais vraiment paru dans l’Hexagone jusqu’à ce que Glénat décide, cette année, d’importer les titres les plus récents dans le but d’ouvrir une collection « Young Adult », offre inexistante jusqu’alors dans ses rayons. « Nous ne sommes pas sur un gros succès, avec entre 3 000 et 4 000 exemplaires vendus par titre », concède Olivier Jalabert, qui se félicite toutefois « d’avoir eu le nez creux » en décidant d’acheter la licence avant la sortie de la série. Comme quoi, même à 77 ans, il est possible de redevenir cool.




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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-9"> ¤ Dans l’ouvrage du journaliste Ludovic Lamant, l’architecture des institutions est envisagée comme le produit et le symptôme des errements de la construction européenne et de l’opacité à l’œuvre dans le processus législatif.
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La construction européenne par son bâti

Dans l’ouvrage du journaliste Ludovic Lamant, l’architecture des institutions est envisagée comme le produit et le symptôme des errements de la construction européenne et de l’opacité à l’œuvre dans le processus législatif.



LE MONDE
 |    26.10.2018 à 10h34
 • Mis à jour le
26.10.2018 à 10h39
    |

            Isabelle Regnier








                        



                                


                            

Livre. Correspondant à Bruxelles pour Mediapart pendant six ans, Ludovic Lamant a sillonné les couloirs des grandes institutions européennes jusqu’à en connaître les moindres recoins. Fréquenter ces bâtiments froids, agencés sans cohérence de part et d’autre d’une autoroute urbaine, arpenter leurs intérieurs, sinistres comme des bureaux d’agences bancaires, auraient pu le laisser indifférent. Il aurait pu oublier l’ineptie de ce quartier européen sans âme que d’aucuns qualifient de « balafre urbaine », d’autres de « trou noir qui assèche les énergies ».
Au lieu de cela, il en a fait un objet d’étude. De ce décor qui s’est consolidé par à-coups successifs, selon une logique du fait accompli, dont la laideur, l’impraticité, l’inhospitalité foncière ne font l’objet d’aucun débat, il livre une monographie aussi originale qu’inspirante.
En revenant sur les étapes de la constitution du quartier, en l’inscrivant dans une histoire de l’architecture postmoderne, en évoquant les formes alternatives qu’il aurait pu prendre et les raisons pour lesquelles il ne les a pas prises, Ludovic Lamant lui restitue une contingence salutaire, qui invite à ne plus penser comme des fatalités ni cette architecture ni la politique européenne qui se fabrique en son sein.
Rupture entre les institutions et le peuple
L’architecture des institutions est envisagée, c’est tout le propos de Bruxelles chantiers, comme le produit et le symptôme des errements de la construction européenne, de l’opacité à l’œuvre dans le processus législatif, de la dilution progressive des idéaux démocratiques dans un dogmatisme néolibéral dont l’auteur détaille clairement les rouages. De l’architecture à la politique, et réciproquement, il glisse agilement, pour raconter l’histoire de la rupture entre les institutions et le peuple.
Exemplaire à cet égard, le projet de refonte du rond-point Robert Schuman, dont l’architecte belge Xaveer de...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-10"> ¤ La Française Alice Zeniter et le Québécois Eric Plamondon ont publié deux livres à succès sur la mémoire de la colonisation. Un débat sur la question se tiendra le 26 octobre dans le cadre de la première édition du Monde Festival Montréal.
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                Le roman, lieu privilégié pour penser les plaies de l’histoire coloniale


La Française Alice Zeniter et le Québécois Eric Plamondon ont publié deux livres à succès sur la mémoire de la colonisation. Un débat sur la question se tiendra le 26 octobre dans le cadre de la première édition du Monde Festival Montréal.

LE MONDE
                 |                 26.10.2018 à 09h00
 • Mis à jour le
26.10.2018 à 19h06
                 |

            Adrien Naselli

















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Signe de l’époque ? L’histoire coloniale passionne les jeunes lecteurs. L’Art de perdre (Flammarion) d’Alice Zeniter, paru à la rentrée littéraire 2017 et également cinquième prix littéraire du Monde, a reçu le Goncourt des lycéens. Taqawan (Quidam éditeur) d’Eric Plamondon, paru au début de 2018, s’est vu décerner le prix de la Frye Académie, festival littéraire reconnu au Canada, et décerné par des collégiens de la province du Nouveau-Brunswick, au Québec.
Le combat « de David contre Goliath » qui opposa en 1981 les autochtones de la réserve de Restigouche (Listuguj) aux policiers de la sûreté du Québec, décrit par Eric Plamondon, et le sort invivable de ceux qu’on a appelés les « harkis », ainsi que leur descendance, mis en scène par Alice Zeniter, révolte cette jeune génération qui ne se sent plus responsable du passé d’ancien colonisateur de la France et du Québec. « Contrairement aux adultes, les ados se fichent que j’écrive sur la guerre d’Algérie, affirme Alice Zeniter. Ce qui les intéresse, c’est la trajectoire migratoire en elle-même. Pas forcément liée au passé colonial — bien que pour les ados issus de cette immigration algérienne, elle ait son importance. Ils sont fascinés par les migrations sociales, qui font passer de la ruralité à la ville, ou d’une classe à une autre. »
Eric Plamondon, dont l’héroïne Océane est une jeune Indienne mi’gmaq persécutée par la police, abonde dans son sens : « Océane permet aux jeunes d’entrer dans l’histoire. Sa quête fait écho à la quête identitaire qu’est l’adolescence. Cette question identitaire a été reprise par une nouvelle génération qui la vit dans toute sa complexité. Elle sait que des minorités, il y en a partout. »
Réparer une ignorance
Eric Plamondon comme Alice Zeniter avouent bien volontiers leur ignorance originelle. Alors même qu’elle raconte, par le filtre de la fiction, l’histoire de sa propre famille sur trois générations — Ali le grand-père dans son village de montagne, Hamid le père arrivé enfant en France dans un camp de réfugiés, Naïma la petite-fille élevée dans une HLM normande —, l’écrivaine de 32 ans a grandi dans le silence de ses parents et de l’école : « Sur les harkis, j’avais l’impression de ne pas avoir d’histoire. Il y avait quelque chose de l’ordre de l’injonction, à produire un récit qui couvrirait les trajectoires de vie de ceux que l’institution a oubliés. » Elle a passé des mois à faire des recherches, des livres d’histoire aux méandres du Net. Dans la troisième partie du livre, on voit même une sorte de making-of de ses recherches.

        Portrait (édition abonnés):
         

          Alice Zeniter, enfant du silence



Eric Plamondon, lui, ne connaissait pas l’existence de la réserve de Restigouche, et confie aujourd’hui sa honte. Il a passé les trente premières années de sa vie au Québec, avant de s’installer dans la région de Bordeaux. C’est lors d’un voyage en Gaspésie avec sa famille qu’il découvre la vie des Premières Nations : « Depuis que j’habite en France, les gens me questionnent sur les Indiens. J’avais un grand malaise lié à ça. On n’en parlait pas du tout à la maison, ni à l’école. En écrivant Taqawan, j’ai compris que la pire violence qu’on avait faite aux Premières Nations est de les avoir effacées de l’histoire québécoise. »
A la différence d’Alice Zeniter, qui s’est entourée d’historiens et de sociologues, Eric Plamondon a travaillé seul avec des livres d’histoire et des archives de musées canadiens en ligne. « Je me suis penché tous les matins pendant deux ans sur ce roman qui fait à peine deux cents pages. » Sa rencontre avec une Indienne mi’gmac dans la réserve, à l’été 2015, a mis un coup d’accélérateur à l’écriture. Même chose pour Alice Zeniter, qui a effectué plusieurs voyages sur les traces de ses aïeuls en Algérie.
« La sagesse de l’incertitude »
L’écriture a été vertigineuse et fatigante pour la jeune femme : comment donner à voir sans fantasmer la vie de son grand-père dans les montagnes kabyles ? « La question des sources m’a fait prendre conscience qu’un livre d’histoire n’était jamais qu’un point de vue. Par exemple, les premiers documents qui décrivent les villages kabyles ont été écrits par les colonisateurs. »
Eric Plamondon, lui, a fait preuve de prudence. « J’ai “écrit sur des œufs”, car c’est un sujet délicat. L’appropriation culturelle est devenue une vraie question. C’est aussi pour ça que mon roman est constitué de fragments, avec une infinité de faisceaux, pour essayer de déjouer le piège de la focale unique. L’angle de la fiction est bien assumé. Je joue parfois à l’historien, mais je suis avant tout un auteur. » A la fin du livre, le personnage d’ermite mi’gmaq dit à la jeune héroïne française : « Personne n’est tout blanc. » Une morale bien pratique ? « J’aime bien faire dire ça à mon personnage indien. La fiction est toujours là pour nous rappeler que la réalité n’est pas noire ou blanche, mais grise. Cela me fait penser à Kundera et sa “sagesse de l’incertitude”. Le roman, c’est ça. »

        Un débat du Monde Festival Montréal :
         

          Au Québec, la lente marche en avant des peuples autochtones



Il permet surtout de répondre, mieux que n’importe quel autre médium, aux questions existentielles par l’émotion. Dans les dernières pages de L’Art de perdre, Ifren, un jeune Algérien qui conduit l’héroïne Naïma en voiture, met fin à ses tourments : « Personne ne t’a transmis l’Algérie. Qu’est-ce que tu croyais ? Qu’un pays, ça passe dans le sang ? […] Ce qu’on ne transmet pas, ça se perd, c’est tout. Tu viens d’ici mais ce n’est pas chez toi. » 
Transmettre avec toutes les nuances : telle est la mission que se sont donnée les deux écrivains. « Il faut que les livres d’histoire aussi amènent de la complexité, encourage Eric Plamondon. Comme par hasard, la prise de conscience arrive en ce début de XXIe siècle par le roman, par la poésie, par la musique, par le côté artistique des choses. »
Autochtones et histoire coloniale, comment composer avec l’héritage du passé ? Vendredi 26 octobre, dans le cadre du Monde Festival Montréal, coorganisé avec le journal Le Devoir, Alice Zeniter dialoguera avec Benjamin Stora, historien, Michèle Audette, activiste autochtone, et Stanley Vollant, chirurgien autochtone. Un débat animé par Jean-François Nadeau, journaliste au Devoir. Auditorium Maxwell-Cunnings, 15 h 30 - 17 heures. 
Réservation en ligne 
Retrouvez aussi deux articles d’Eric Plamondon dans « Vive le Québec…, Hors-série du « Monde », 100 pages, 8,50 euros. En vente en kiosques et sur Boutique.lemonde.fr.

        Hors-série du « Monde » :
         

          Un si séduisant Québec





Adrien Naselli
    













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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-11"> ¤ Ce livre dense et érudit revient sur un épisode unique de l’histoire de France. En juillet-août 1830, quatre souverains se sont succédé sur le trône de France.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-11"> ¤                     
                                                

Le grand prix du roman de l’Académie française décerné à Camille Pascal

Ce livre dense et érudit revient sur un épisode unique de l’histoire de France. En juillet-août 1830, quatre souverains se sont succédé sur le trône de France.



Le Monde.fr avec AFP
 |    25.10.2018 à 17h31
   





                        



   


L’Académie française a ouvert jeudi 25 octobre la saison des prix littéraires en décernant son grand prix du roman à Camille Pascal pour L’Eté des quatre rois (Plon), roman racontant l’été 1830 quand quatre souverains se sont succédé sur le trône de France.
Il a remporté le prix au 3e tour de scrutin, avec treize voix contre sept à Alain Mabanckou (Les cigognes sont immortelles, Seuil) et deux à Thomas B. Reverdy (L’Hiver du mécontentement, Flammarion), a annoncé jeudi l’Académie française.

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Conseiller d’Etat, ancien secrétaire général de France Télévisions et ancien conseiller de Nicolas Sarkozy à l’Elysée, Camille Pascal, 52 ans, est historien de formation. L’Eté des quatre rois est son premier roman, et il est également en lice pour le prix Interallié.
« Le roman vrai de la révolution »
Ce livre dense (plus de 600 pages) et érudit revient sur un épisode unique de l’histoire de France. Roi impopulaire, contraint d’abdiquer après les émeutes parisiennes de juillet 1830 (les « Trois Glorieuses »), Charles X souhaite que son petit-fils Henri d’Artois (Henri V) lui succède. Il demande à son fils Louis-Antoine d’Artois (Louis XIX), dauphin légitime, de renoncer à ses droits en faveur de son neveu. Henri d’Artois n’a que 9 ans et Louis-Antoine d’Artois n’a pas le courage de contester la décision de son père. La voie est libre pour le duc d’Orléans, qui finalement monte sur le trône sous le nom de Louis-Philippe.
Le roman de Camille Pascal entraîne le lecteur dans tous les lieux de ces folles journées. Nous sommes au château de Saint-Cloud, aux Tuileries, à Paris, Courbevoie ou encore en Normandie. L’historien convoque Stendhal, Chateaubriand, Dumas, Vigny et Hugo. On croise Guizot, Talleyrand, le vieux Lafayette et le jeune Adolphe Thiers.

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Camille Pascal est non seulement partout, mais décrit comme s’il était témoin vivant des événements les robes des dames, les marqueteries des meubles… Le style est alerte même si l’écriture est d’un académisme un peu vieillot. Selon son éditeur, Camille Pascal a écrit « le roman vrai de la révolution de 1830 ».
L’an dernier, le grand hprix du roman de l’Académie française avait été décerné à Daniel Rondeau pour Mécaniques du chaos (Grasset).



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-12"> ¤ « Rétrofictions » : quatre siècles de science-fiction francophone en deux tomes indispensables et exhaustifs signés Guy Costes et Joseph Altairac.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-12"> ¤                     
                                                   
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L’encyclopédie des plans tirés sur la comète

« Rétrofictions » : quatre siècles de science-fiction francophone en deux tomes indispensables et exhaustifs signés Guy Costes et Joseph Altairac.



LE MONDE DES LIVRES
 |    25.10.2018 à 07h30
    |

                            François Angelier (Collaborateur du « Monde des livres »)








                        



                                


                            
Rétrofictions. Encyclopédie de la conjecture romanesque rationnelle francophone, de Rabelais à Barjavel. 1532-1951, de Guy Costes et Joseph Altairac, préface de Gérard Klein, Encrage, 2 tomes sous coffret, 2 458 p., 115 €.

A l’image de la comète de Halley, certains auteurs ne sont repérables aux vitrines des libraires qu’à des dates fort espacées, suscitant grand émoi à chaque passage. Ainsi en va-t-il de Guy ­Costes et Joseph Altairac, érudissimes « savanturiers », experts hors ligne de toutes formes connues et méconnues de fictions anticipatrices et science-fictives.
Leur nouvelle apparition, Rétrofictions, se solde par la chute d’un astéroïde cubique de 2 458 pages illustrées offrant au lecteur, avec ses 11 086 entrées et ses trois index (œuvres, dates, thèmes et sous-thèmes), de Pantagruel, de Rabelais (1532), à la bande dessinée ­Zigoto et le robot, d’Aristide Perré (Rouff, 1951), une immersion dans quatre siècles de fictions francophones de l’imaginaire – de la naissance de l’humanisme scientifique à l’apparition des premières collections labélisées « science-fiction ».
A l’origine de cette voie lactée fictionnelle où nul ne s’égare et où chacun s’émerveille, l’Encyclopédie de l’utopie, des voyages extraordinaires et de la science-fiction, de Pierre Versins (L’Age d’homme, 1972), un classique que nos auteurs parachèvent et auquel ils empruntent le ­concept-phare de « conjecture romanesque rationnelle » : toute forme de récit fondé, hors fantastique et merveilleux, sur l’exploitation des possibles concrets, des projections, même délirantes, de la raison raisonnante.
Se « limitant », à la différence de Versins, au monde francophone, Costes et Altairac ont en revanche étendu leur quête vorace et obsessionnelle à toute la culture concrète. Si romans, nouvelles, contes, voire poèmes ou chansons, constituent l’essentiel du corpus, place est...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-13"> ¤ La chronique de Roger-Pol Droit, à propos de « L’Intelligence artificielle ou l’enjeu du siècle », d’Eric Sadin.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-13"> ¤                     
                                                   
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Figures libres. Ainsi naquit la vérité artificielle

La chronique de Roger-Pol Droit, à propos de « L’Intelligence artificielle ou l’enjeu du siècle », d’Eric Sadin.



LE MONDE DES LIVRES
 |    25.10.2018 à 07h30
 • Mis à jour le
25.10.2018 à 15h22
    |

                            Roger-Pol Droit








                        



                                


                            
L’Intelligence artificielle ou l’enjeu du siècle. Anatomie d’un antihumanisme radical, d’Eric Sadin, L’Echappée, 302 p., 18 €.

Comme chacun sait, plus moyen d’échapper à l’intelligence artificielle (IA). Nos poches, nos voitures, nos objets sont connectés. Nos neurones aussi, dit-on. Hebdomadaires et quotidiens, séminaires et symposiums sont saturés d’interventions. Partout, l’IA fait parler, mais également fait agir. Et d’abord dans le registre des banques, hôpitaux, services de sécurité, cabinets de recrutement, etc. Il n’est aucun secteur vital qu’elle ne touche, se targuant de les transformer tous de fond en comble. Dès demain. A moins que ce ne soit déjà fait.
Dans cette déferlante autour de l’IA – ses bienfaits, ses méfaits, ses exploits, son avenir… –, on trouve à satiété l’étonnement et la crainte, l’enthousiasme et l’abattement. Mais, en fin de compte, peu de pensée. Trop peu d’analyses vraiment intelligentes, de critiques incisives et fortes. C’est pourquoi il faut saluer, et recommander, le nouveau livre d’Eric Sadin, L’Intelligence artificielle ou l’enjeu du siècle. Après, notamment, La Vie algorithmique et La Silicolonisation du monde (L’Echappée, 2015 et 2017), il signe cette fois son essai le plus ambitieux et le plus abouti.

Car Eric Sadin ne se contente pas d’expliquer pourquoi les data envahissent tout, ni comment les algorithmes décident des embauches, des régimes alimentaires, des prêts bancaires et des traitements médicaux. Il met d’abord en lumière de quelle façon les machines ont profondément changé de statut, passant du rôle de prothèse au mimétisme du cerveau, créant ainsi un univers anthropomorphique d’un genre inédit.
Car ce monde n’est que pseudo-humain. Il ressemble au nôtre, mais de manière augmentée (par la puissance de calcul) et parcellaire (par l’absence d’affects et de liberté). Plus que tout, le néoréel est...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-14"> ¤ La correspondance inédite entre Carl Jung et son disciple Erich Neumann, de 1933 à 1950, éclaire les ambivalences du célèbre psychologue suisse.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-14"> ¤                      En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez notre  Politique de confidentialité  et l’utilisation de cookies pour vous proposer des contenus et services adaptés à vos centres d’intérêts.  En savoir plus et gérer ces paramètres.   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Par  Elisabeth Roudinesco   Publié le 25 octobre 2018 à 07h30, mis à jour à 08h55   Lecture 3 min.     Partager sur Facebook Partager sur Facebook   Partager sur Twitter Partager sur Twitter   Envoyer par e-mail Envoyer par e-mail         Article réservé aux abonnés         Correspondance. Zurich-Tel-Aviv (1933-1959) (Die Briefe 1933-1959. Analytische Psychologie im Exil), de C. G. Jung et Erich Neumann, présenté par Martin Liebscher, traduit de l’allemand par Véronique Liard et de l’anglais par Florent Serina, La Compagnie du livre rouge/Imago, 352 p., 25 €.                       Carl Jung, vers 1960. ISADORA / LEEMAGE             Présentées par Martin Liebscher, enseignant autrichien à l’University College de Londres, les cent vingt-quatre lettres inédites échangées entre Carl Gustav Jung (1875-1961) et Erich Neumann (1905-1960) portent pour l’essentiel sur les relations que les deux hommes entretenaient avec la question juive. Psychologue berlinois, ­ardent sioniste, Neumann rencontre Jung à Zurich, en 1933, alors qu’il a fui le nazisme pour se rendre en Palestine.          A cette date, Jung est célébré dans le monde entier pour avoir fondé une école de psychologie analytique visant à étudier la psyché humaine comme un vaste domaine où seraient réunis le rêve, l’inconscient, le symbolisme, l’art, les mythes, les religions, etc. Y apparaissent des « archétypes », formes préexistantes inconscientes dévoilées par l’art et les rêves, parmi lesquelles il range l’« animus » (masculin), l’« anima » (féminin), le « soi » et l’« ombre », partie obscure de la psyché. Il nomme « individuation » la capacité d’un sujet à devenir autonome à travers plusieurs métamorphoses. Adepte de la psychologie des peuples, il prétend analyser les différences et les inégalités entre les inconscients collectifs et individuels de chaque nation.          Jung, fasciné par le Führer          Quant à Neumann, soucieux d’étudier les paradoxes de l’identité juive, il a adhéré avec enthousiasme à la doctrine jungienne, convaincu qu’elle lui permettrait de comprendre que l’individuation du juif ne peut se réaliser que s’il abandonne l’ombre qui l’habite, c’est-à-dire « l’inconscient collectif non juif » dans lequel il baigne en Europe. Autrement dit, il estime que le sionisme, repensé à la lumière du jungisme, est le seul moyen pour un juif de la diaspora (exilé en lui-même) d’accéder au statut de juif archétypal.                                            — La suite est réservée aux abonnés — Déjà abonné ? Se connecter   S’abonner c'est...   Avoir accès à tous les contenus du Monde en illimité sur le site et les applications.     Soutenir le journalisme d’investigation et une rédaction indépendante de plus de 400 journalistes.    Participer à des événements artistiques et culturels toute l'année et partout en France.    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A l’oreille. Solidarité stoïcienne

La chronique d’Alexandre Jollien, à propos de « Pensées à moi-même », de Marc Aurèle, lu par Jacques Gamblin.



LE MONDE DES LIVRES
 |    25.10.2018 à 07h30
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                            Alexandre Jollien (Philosophe)








                        



                                


                            
Pensées à moi-même (Ta eis heauton), de Marc Aurèle, traduit du grec ancien par Jules Barthélemy-Saint-Hilaire, extraits lus par Jacques Gamblin, Frémeaux & Associés, 2 CD, environ 30 €.

De Jacques Gamblin, je garde l’impérissable souvenir de son magistral strip-tease dans Pédale douce (de Gabriel Aghion)… Vingt-deux ans plus tard, le voilà rhabillé et muni de la toge impériale. Les éditions Frémeaux & Associés nous donnent l’occasion, grâce à cette voix magnifique, de « licouter » (ou « écouter lire ») de larges extraits des Pensées à moi-même.

L’individu qui consigne ses pensées est l’un des hommes les plus puissants de son époque. Infatigablement, Marc Aurèle (121-180) administre un empire gigantesque et lègue à la philosophie une œuvre capitale. Imagine-t-on un Trump, un Poutine, prendre un minimum de hauteur et livrer aux siècles à venir des maximes aptes à conduire le lecteur tout droit à l’ataraxie ?
L’empereur pourfend l’étroitesse d’esprit, dénonce l’attrait pour le vain, fustige la mesquinerie : « Si jamais tu as eu l’occasion de voir une main, un pied, ou une tête coupés, et qui gisaient séparés du reste du corps, tu peux te dire que c’est là une image de ce que fait l’homme, pour lui-même, du moins autant qu’il le peut, quand il n’accepte pas de bon gré le destin qui lui est réparti, qu’il s’isole volontairement, ou qu’il commet un acte contraire à la loi commune. » En un temps où l’individualisme gagne du terrain, tendre l’oreille au philosophe, ne serait-ce pas retrouver le sens du tout et, activement, combattre les formes d’exclusion ?
Une sérieuse cure de l’âme
Faire grand cas de sa personne, obéir au doigt et à l’œil aux caprices de l’imagination, négliger le bien commun, voilà ce qui nous tourmente. Et l’empereur-médecin de dispenser un souverain remède à quiconque se prendrait pour le nombril du monde : songer aux hommes illustres qui...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-16"> ¤ Pour l’écrivaine nigérian-américaine Chinelo Okparanta, « Sous les branches de l’udala », histoire d’une homosexuelle dans le Biafra en guerre, est un acte militant.
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Histoire d’un livre. Donner voix aux LGBT du Nigeria

Pour l’écrivaine nigérian-américaine Chinelo Okparanta, « Sous les branches de l’udala », histoire d’une homosexuelle dans le Biafra en guerre, est un acte militant.



LE MONDE DES LIVRES
 |    25.10.2018 à 07h15
 • Mis à jour le
25.10.2018 à 09h37
    |

                            Gladys Marivat (Collaboratrice du « Monde des livres »)








                        



                                


                            
Sous les branches de l’udala (Under the Udala Trees), de Chinelo Okparanta, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Carine Chichereau, Belfond, 384 p., 22 €.

Quand Sous les branches de l’udala a paru aux Etats-Unis, l’auteure nigérian-américaine Chinelo Okparanta a reçu des remerciements de lecteurs qui disaient se retrouver dans son livre, ainsi que d’autres lettres, moins agréables. Ces dernières lui reprochaient d’avoir subi un lavage de cerveau de la part des Occidentaux, et assénaient que l’homosexualité était une maladie. « Ensuite, je suis partie faire une tournée de promotion au Nigeria, raconte-t-elle au “Monde des livres”. J’ai participé à des émissions à Lagos, à des festivals littéraires. Certaines personnes m’ont à nouveau fait ce reproche. Un jour, une animatrice de radio m’a expliqué qu’elle me recevait mais qu’on ne pouvait pas discuter de mon livre. Elle craignait d’être virée. Je sentais qu’elle le regrettait, mais c’était compliqué. C’est à cause de la loi. »
Comme l’auteure l’indique à la fin du roman, Goodluck Jonathan, président du Nigeria de 2010 à 2015, a instauré, en 2014, une loi criminalisant les relations entre personnes de même sexe, ainsi que toute forme de soutien à ces relations. Les peines de prison vont jusqu’à quatorze ans. « Dans les Etats du Nord, la mort par lapidation est prévue », précise la note.
Parallèle entre le destin de la nation nigériane et celui de l’héroïne
Née à Port Harcourt, dans le sud du pays, en 1981, Chinelo Okparanta est partie vivre aux Etats-Unis à l’âge de 10 ans pour suivre son père venu y étudier. Aujourd’hui, elle enseigne la littérature à l’université Bucknell (Pennsylvanie). Professeure et militante, elle retourne dans son pays natal tous les ans, et vient en aide aux personnes LGBT persécutées. Sous les branches de l’udala leur est dédié. Après un recueil de nouvelles (Le Bonheur...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-17"> ¤ Sexe et religion, pauvreté et glamour, vaudeville et tragédie emportent « La Saison des fleurs de flamme », premier roman d’un écrivain du nord du Nigeria.
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Abubakar Adam Ibrahim apparie tous les contraires à Abuja

Sexe et religion, pauvreté et glamour, vaudeville et tragédie emportent « La Saison des fleurs de flamme », premier roman d’un écrivain du nord du Nigeria.



LE MONDE DES LIVRES
 |    25.10.2018 à 07h15
 • Mis à jour le
25.10.2018 à 09h22
    |

                            Gladys Marivat (Collaboratrice du « Monde des livres »)








                        



                                


                            
La Saison des fleurs de flamme (Season of Crimson Blossoms), d’Abubakar Adam Ibrahim, traduit de l’anglais (Nigeria) par Marc Amfreville, L’Observatoire, 432 p., 23 €.

Vertige des couleurs et des odeurs qui nous emportent d’un bout à l’autre de La Saison des fleurs de flamme. Les effluves de cannabis et les pâles volutes de l’encens pour masquer le parfum du sexe. Le rouge incandescent des flamboyants et la pestilence d’une étrange fleur qui n’éclôt que tous les trente ans. Disséminées dans le premier roman d’Abubakar Adam Ibrahim, elles émanent d’un Nigeria où s’apparient les contraires. La luxure et les cinq prières de l’islam ; l’amour et la mort ; la richesse et la misère. Le tout dans une esthétique sensationnelle qui mêle réalisme social et atmosphère nollywoodienne – propre à l’industrie du cinéma au Nigeria, friande de sujets religieux et d’intrigues romantiques. Un monde nous saute à la figure, comme si un rideau venait d’être levé.
Il révèle la maison de Binta Zubaïru, dans la banlieue d’Abuja, la capitale. Une galerie de personnages pittoresques se presse chez cette veuve musulmane de 55 ans dans une ambiance de vaudeville. On y croise, entre autres, sa nièce, Fa’ïza, adolescente à la mise provocante, grande lectrice de romans à l’eau de rose, ses trois enfants, la bienveillante Hadiza, qui voudrait la voir se remarier, Munkaïla, l’entrepreneur, désireux de lui offrir une paisible retraite, et Hureira, la « divorcée en série » qui ne songe qu’à s’apitoyer sur elle-même. Il y a aussi Mallam Haruna, le prétendant éconduit de Binta, dont les cocasses apparitions sont précédées du bourdonnement de son antique transistor. Et enfin, la foule de femmes pieuses et curieuses qui s’inquiètent de ne plus voir leur amie à la madrasa, l’école coranique.
Les amants maudits
Pourtant, de tout cela Binta se moque. Depuis que Reza, un ­dealeur, est entré chez elle par effraction, elle...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-18"> ¤ Dans « A ce point de folie », l’écrivain autrichien fait du fameux drame de « La Méduse » la métaphore de celui des Européens face à la crise des migrants.
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Roman. Franzobel prend acte du naufrage des Lumières

Dans « A ce point de folie », l’écrivain autrichien fait du fameux drame de « La Méduse » la métaphore de celui des Européens face à la crise des migrants.



LE MONDE DES LIVRES
 |    25.10.2018 à 07h15
 • Mis à jour le
25.10.2018 à 09h21
    |

            Nicolas Weill








                        



                                


                            
A ce point de folie. D’après l’histoire du naufrage de « La Méduse » (Das Floss der « Medusa »), de Franzobel, traduit de l’allemand (Autriche) par Olivier Mannoni, Flammarion, 520 p., 22,90 €.

Le drame des migrants qui se noient par milliers en Méditerranée a peut-être trouvé une métaphore efficace grâce au roman que l’écrivain et homme de théâtre autrichien Franzobel consacre à la dérive tragique du radeau de La Méduse, immortalisé en 1818 par Géricault. Partie de ­Rochefort, une frégate de ce nom s’échoua en effet sur un banc de sable, le 2 juillet 1816, au large de l’actuelle Mauritanie. Comme ce sera le cas pour le Titanic, les canots de sauvetage ne pouvant contenir qu’une partie des passagers – et la hiérarchie étant strictement respectée pour y avoir accès –, la moitié d’entre eux, soit deux cents personnes, fut abandonnée à l’épave et à un radeau de fortune.
Quand les secours parvinrent à atteindre ce dernier, ils recueillirent quinze survivants seulement. Entre-temps, les naufragés à la dérive sur l’Atlantique avaient vécu des scènes atroces de massacres. Ceux qui étaient censés apporter la raison à l’Afrique avaient sombré dans l’ensauvagement et le cannibalisme.
Interroger notre paresse morale
Faut-il voir dans cet épisode, qui a frappé ses contemporains, après les atrocités de la Révolution et de l’Empire, une pierre d’achoppement de la culture des Lumières à l’aube des temps nouveaux ? Telle semble la question que l’auteur nous invite à méditer, en interrogeant notre paresse morale face aux tragédies et l’incompétence de dirigeants en qui on a bien tort d’avoir confiance malgré leurs rodomontades – l’ensablement de La ­Méduse est largement dû à l’incompétence de son capitaine, Duroy de Chaumareys. Tout l’art de Franzobel consiste donc à extirper le récit de son contexte, par touches imperceptibles, afin d’amener son public des années 2010 à s’en appliquer...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-19"> ¤ Les romanciers Serge Filippini, pour le surréaliste, et Matthieu Mégevand, pour le poète météorique, cernent le germe de la création littéraire.
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André Breton et Roger ­Gilbert-Lecomte en quête de beauté

Les romanciers Serge Filippini, pour le surréaliste, et Matthieu Mégevand, pour le poète météorique, cernent le germe de la création littéraire.



LE MONDE DES LIVRES
 |    25.10.2018 à 07h00
    |

                            Stéphanie Dupays (Collaboratrice du « Monde des livres »)








                        



                                


                            
J’aimerai André Breton, de Serge Filippini, Phébus, 192 p., 17 €.
La Bonne Vie, de Matthieu Mégevand, Flammarion, 160 p., 16 €.
Dans la zone grise entre roman et biographie, deux livres s’emparant de vies d’écrivains incarnent deux attitudes envers la vérité historique. Dans J’aimerai André ­Breton, Serge Filippini détourne le genre en ajoutant un épisode à la vie du parrain du surréalisme, tandis que, dans La Bonne Vie, Matthieu Mégevand, appuyé sur une documentation fouillée, parvient à capter le souffle de Roger ­Gilbert-Lecomte.
Serge Filippini a l’habitude de mettre au centre de ses romans des personnages réels. Mais pour lui la réalité n’est que le point d’appui d’une rêverie biographique. Ici, il invente un ultime amour à ­André Breton (1896-1966). Fin septembre 1966, Chance ­Salvage débarque à Saint-Cirq-Lapopie (Lot), le village où l’écrivain se repose. Hantée par la lecture de Nadja (Gallimard, 1928), la jeune femme voit en lui un sauveur. Avec elle, le poète fatigué et malade retrouve « le goût de vivre, non de mourir ». La liaison est aussi intense que brève car Breton meurt une semaine plus tard. Commence alors pour Chance une errance aux confins de la folie et du crime.

A travers son destin s’esquisse aussi une réflexion sur ce couple incontournable de la littérature, le créateur et la femme vivant dans son ombre. Histoire d’un amour fou, ce roman à l’écriture élégante et – peut-être trop – classique constitue une belle variation sur les grands thèmes surréalistes : la passion comme voie d’accès à la création, le hasard objectif de la rencontre, la force subversive du songe.
Faire exploser les évidences
On ne s’en éloigne guère avec le portrait que Matthieu Mégevand consacre à Roger Gilbert-Lecomte (1907-1943) : celui-ci contesta à Breton le monopole de la révolte poétique....




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-20"> ¤ « Elsa mon amour », qui fait d’Elsa Morante une si belle héroïne de roman, est le fruit d’un long compagnonnage de l’écrivaine d’aujourd’hui avec celle d’hier.
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Simonetta Greggio : « Habiter avec force Elsa Morante »

« Elsa mon amour », qui fait d’Elsa Morante une si belle héroïne de roman, est le fruit d’un long compagnonnage de l’écrivaine d’aujourd’hui avec celle d’hier.



LE MONDE DES LIVRES
 |    25.10.2018 à 07h00
 • Mis à jour le
25.10.2018 à 09h24
    |

                            Xavier Houssin (Collaborateur du « Monde des livres »)








                        



                                


                            
Elsa mon amour, de Simonetta Greggio, Flammarion, 240 p., 19 €.

Pour la romancière Simonetta Greggio, le monde se divise en deux : ceux qui idolâtrent Elsa Morante (1912-1985) et ceux qui ne la connaissent pas. Dans Elsa mon amour, elle donne une voix troublante à cette femme libre, écrivaine-née, qui, au côté ­d’Alberto Moravia (1907-1990), qu’elle épousa, fut au centre de la vie culturelle de l’Italie des années 1950 à 1970. De quoi donner envie de relire L’Ile d’Arturo, Mensonge et sortilège ou La Storia (Gallimard, 1963, 1967, 1977).

Pourquoi dites-vous, à propos d’Elsa Morante : « Elle est moi, mais je ne suis pas elle. Et elle n’est pas moi » ?
Ce qui me lie à Elsa Morante n’a rien de fusionnel, c’est un long compagnonnage. Elle a été l’une de mes héroïnes d’enfance. J’avais 10 ans quand j’ai lu L’Ile d’Arturo. J’y découvrais les troubles d’un adolescent et, même si j’étais un peu jeune pour tout comprendre, j’avais l’intuition d’un monde à venir qui me rendait folle d’impatience. J’avais aussi beaucoup pleuré avec La Storia. Et puis, j’ai un peu oublié Elsa. Je ne l’ai retrouvée que lorsque j’ai commencé à écrire Dolce Vita 1959-1979 [Stock, 2010], puis Les Nouveaux Monstres 1978-2014 [Stock, 2014]. Là, sa radicalité d’écrivaine m’a bousculée. Voilà une femme qui a tout donné à la littérature en pensant vraiment qu’elle pouvait changer le monde. J’ai recommencé à m’en sentir très proche. Il y a quatre ans, Paula Jacques m’a demandé de préparer une rencontre littéraire qui lui était consacrée à l’Odéon. Ce soir-là, je me suis dit : il faut aller plus loin, il faut croire en cette parole-là, la reprendre, l’habiter avec force. Je me devais d’écrire sur elle. Et la première phrase du livre est venue de suite, comme si elle m’avait été soufflée.

Quand le...




                        

                        

