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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-1"> ¤ Dans sa chronique, Emmanuelle Loyer assure que la démocratie fait de nous tous, citoyens égaux en droits, des concurrents dans une société désormais ultra-compétitive.
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« Faut-il créer des concours plus justes socialement ou se débarrasser du concours lui-même ? »

Dans sa chronique, Emmanuelle Loyer assure que la démocratie fait de nous tous, citoyens égaux en droits, des concurrents dans une société désormais ultra-compétitive.



LE MONDE IDEES
 |    28.10.2018 à 12h00
    |

                            Emmanuelle Loyer (Historienne,  professeure d’histoire contemporaine à Sciences Po Paris)








                        



                                


                            
Chronique. La scène est glaçante : plan large, caméra de surveillance, sur le vaste et informel hall de Villepinte (Seine-Saint-Denis) abritant, le temps d’une épreuve, les quelques milliers de carabins aspirant à devenir médecins, chacun devant sa petite table et face à son destin. Plus tard, une autre scène lui répond : le cinéma se fait alors peinture car c’est un tableau filmé en contre-plongée, nimbé de l’élévation d’une vocation. Autour de la table de dissection et du maître qui opère, les « troisième année » triés sur le volet recueillent la transmission d’un savoir médical comme au temps de La Leçon d’anatomie saisie par Rembrandt…

D’un côté, la masse anonyme des impétrants ; de l’autre, l’intimité familière des disciples. Entre les deux, le film de Thomas Lilti étire le temps de cette Première année des facultés de médecine – ici Paris-V-Descartes – ­violente et ritualisée, tout entière finalisée par le passage dans le chas du concours : beaucoup d’appelés (amphis bondés) et peu d’élus, environ un sur dix, ce qu’on ­nommait « décimer » pendant la Grande Guerre. Chose étonnante, la sortie du film a correspondu à la suppression officielle du numerus clausus qui en forme le nœud dramaturgique, le rendant immédiatement obsolète ou puissamment performatif selon les interprétations !
Cauchemar des étudiants, de leurs parents, de leurs grands-parents… le fameux numerus clausus fut établi en 1971 comme outil de régulation de la démographie médicale. Politiquement sensible – on est trois ans après 1968 –, ce contingentement par concours est rendu possible par l’alliance conjoncturelle d’un ordre des médecins, garant d’un certain malthusianisme bien entendu de la profession et de la médecine hospitalière qui, ­désormais, avec la suppression du concours de l’externat (en 1968) doit assurer la formation de tous les étudiants dans les centres hospitaliers universitaires. Cela n’aurait pas suffi si ne s’y était ajouté...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-2"> ¤ Les spectateurs du Monde Festival ont pu assister à une rencontre avec le cinéaste Robert Guédiguian, samedi 6 octobre, au Théâtre des Bouffes du Nord.
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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-3"> ¤ A l’occasion du test de « Red Dead Redemption 2 », le chercheur en études cinématographiques Alexis Blanchet a répondu en direct à vos questions sur les liens entre jeux vidéo et cinéma.
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« Rockstar restitue le cinéma hollywoodien sous une forme autant narrative que spatiale »

A l’occasion du test de « Red Dead Redemption 2 », le chercheur en études cinématographiques Alexis Blanchet a répondu en direct à vos questions sur les liens entre jeux vidéo et cinéma.



LE MONDE
 |    27.10.2018 à 19h04
    |

            William Audureau et 
Corentin Lamy








                        



   


Pixels a testé en direct durant dix heures Red Dead Redemption 2 (RDR2), la superproduction de Rockstar sortie le 26 octobre sur PlayStation 4 et Xbox One. Alexis Blanchet, maître de conférences en études cinématographiques et auteur de Des pixels à Hollywood répond aux questions sur ce jeu inspiré de la thématique des westerns.
Jean-Poire : S’il n’y avait pas cette skin cowboy, aurait-on l’idée de comparer ce jeu à un western ? Dans la grammaire, dans l’intensité, dans les missions, on a l’impression que ça n’a finalement pas grand-chose avec une expérience cinématographique de genre…
Alexis Blanchet : Probablement que la dimension diluée de l’expérience de RDR2 (on va et vient, on se perd, on digresse…) ne lui permet pas tel que nous y jouons ici d’atteindre la densité narrative d’un western ou plus généralement d’un film de genre d’action. J’entends autour de moi, ici à Pixels, des références à Skyrim, Breath of the Wild, Assassin’s Creed Odyssey, mais peu à Call of Juarez, Outlaws, Mad Dog McCree. Le genre vidéoludique (bac à sable, monde ouvert, « GTA-like »…) l’emporte en fait très largement sur le référent thématique, le genre cinématographique western, duquel RDR2 tire sa substance sémantique (les cow-boys, les grands espaces, le saloon, les attaques de train ou de diligence…).
Joe : Que pensez-vous de la caméra dite cinématique et en général de la place de la caméra dans les phases de jeu (interactives) et celles de vidéo (non interactives, ici avec les bandes noires qui coupent le cadre 16:9 en faux cinémascope) ?
Je l’observe depuis le début de la session et elle me donne un drôle de sentiment. Ce que j’observe, c’est qu’elle produit une vue latérale très « aplatissante » qui part à 90° de la vue à la 3ème personne de la séquence interactive quittée, ce qui donnerait presque au jeu l’esthétique de ces productions 2,5D des années 2000 (Lost Windsur Wii qui me revient là en tête). La cinematic camera semble devoir négocier entre une forme « cinématographique » de mise en scène et une appréhension suffisante de l’espace de jeu pour diriger l’avatar en mode relatif caméra. Evidemment, cela limite les possibilités et exclut des échelles de plan absentes du jeu vidéo comme le plan rapproché, le gros plan et le très gros plan.
al : Quelle peut être l’influence d’un jeu vidéo comme celui-ci sur la réalisation de futurs films de western ?
Certains ont relevé l’influence qu’aurait eu le premier opus sur la série WestWorld. Il faudra à mon avis être attentif à l’utilisation d’un motif visuel très présent dans la partie : la vue à la troisième personne en plan moyen de demi-ensemble [avec des héros au premier plan et de vastes paysages en arrière-plan] et des mouvements d’appareil qui au travelling avant combinent les effets d’ajustement de la caméra par le stick droit. Ce serait alors sans conteste une citation du jeu et de l’intervention du joueur sur la matière visuelle. Evidemment, ce serait un choix fort qui irait à l’encontre d’un cadrage cinématographique soigné et maîtrisé. Donc particulièrement signifiant.

Serge Karamazov : L’histoire du cinéma montre que les réalisateurs ont su développer une nouvelle grammaire, au fil des expérimentations, pour raconter des choses : travelling compensé (Hitchcock), regard à la caméra (Godard), présence organique du hors-champ (Shyamalan)… Dans le jeu vidéo, avez-vous vu récemment de nouvelles façons originales, propre au médium, de raconter une histoire qui ne seraient pas possibles au cinéma ?
Vaste question que ma réponse ne fera que survoler. Passage de Jason Rohrer est souvent présenté comme une forme de récit propre au jeu vidéo. Allez vous faire un avis, une partie dure cinq minutes pas une seconde de plus.
Les récits arborescents sont une potentialité offerte par les jeux vidéo et utilisée depuis longtemps d’ouvrir les possibilités du récit. Les logiques procédurales permettent de singulariser les séquences pour que chaque partie et chaque expérience du récit se différencie des autres.
Sorgal : Avec ce genre de jeu, pouvons-nous maintenant parler du jeu vidéo comme du huitième art ? Les défenseurs de la télévision, j’entends d’une certaine télévision de qualité et d’expérimentation, ont déjà préempté l’appellation huitième art. Si la bande dessinée est souvent désignée comme le neuvième art, quoique pourtant antérieure à la création de la télévision, c’est l’appellation dixième qui me semble prévaloir pour le jeu vidéo.
Les acteurs à observer dans ce processus seraient les journalistes de la presse généralistes (en France, on se tournerait vers Libération, Le Monde…), la presse culturelle (Les Inrocks, Télérama), les institutions (écoles et musées), le pouvoir politique et sa valorisation du secteur comme espace de création (les décorations - Ordre des Arts et des Lettres - mais aussi les négociations avec les représentants de l’industrie qui peuvent bénéficier d’un point de vue fiscal de la reconnaissance du jeu vidéo comme « industrie créative »).
Jean-Phillipe Des Crosses : Quand des jeux vidéos cherchent à se rapprocher du cinéma (Rockstar est un bon exemple, les Metal Gear Solid aussi) est-ce qu’on est dans la référence/inspiration ou dans le complexe d’infériorité ?
Il me semble que les relations entre les deux domaines se jouent à plusieurs niveaux. Emprunter à des imaginaires de genres cinématographiques (ici le Western qui est le genre hollywoodien par excellence) permet aux développeurs de travailler sur des codes, des conventions, des imaginaires très ancrés dans l’esprit des joueuses et des joueurs et donc facilement réactivables. Le Western est typiquement un genre transmédiatique qui traverse depuis le XIXe siècle les expressions médiatiques et narratives (roman, comics, cinéma, télévision, parc d’attraction…). C’est également un genre transnational qui trouve des expressions locales comme les Western Spaghetti produits en Italie et tournés en Espagne ou les débuts de carrière d’Yves Montant qui se construit sur un répertoire francisé de chansons de cow-boys.
En termes d’expression médiatique, l’émergence des supports optiques dans les années 1990 (et même dès les années 1980) invite les studios à enrichir leurs jeux vidéo par l’insertion de séquences cinématiques ou par la programmation de moteurs graphiques qui leur impose la question du cadrage, de la mise en scène et de la « caméra » dans les jeux vidéo. Un chercheur suisse, Selim Krichane, prépare à ce propos la sortie d’un ouvrage en janvier prochain sur la notion de caméra dans les jeux vidéo.
Et puis, en effet, il y a pour les studios la tentation de se confronter à l’industrie culturelle de référence, tant en termes de puissance évocatrice, de poids économique que de glamour et de paillettes : le cinéma hollywoodien. La politique de Rockstar semble en partie se jouer dans cette relation de confrontation avec les genres cinématographiques, leur capacité à les digérer (l’expression est empruntée à Erwan Cario), à l’assimiler et à la redonner sous une forme d’expérience tant narrative que spatiale. Petite expérience de pensée : que se passera-t-il quand le studio Rockstar s’attaquera à l’autre grand genre populaire du cinéma hollywoodien, la science-fiction ? Vertige.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-4"> ¤ Notre chroniqueur a encore frappé : après les vestiaires de Michel Cymes et Benjamin Millepied, Marc Beaugé scrute celui de l’acteur français, actuellement à l’affiche du film « Le Grand Bain ».
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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-5"> ¤ Le festival organisé à Pingyao par le réalisateur, entrepreneur et député illustre la gageure de promouvoir le cinéma d’auteur dans l’empire du Milieu.
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Jia Zhang-ke, ou les tribulations d’un cinéaste en Chine

Le festival organisé à Pingyao par le réalisateur, entrepreneur et député illustre la gageure de promouvoir le cinéma d’auteur dans l’empire du Milieu.



LE MONDE
 |    26.10.2018 à 18h56
 • Mis à jour le
28.10.2018 à 06h15
    |

            Aureliano Tonet (Pingyao (Chine)








                        



                                


                            

Jia Zhang-ke a sorti sa plus belle perche à selfie pour l’occasion. Le réalisateur la promène, coiffée d’un smartphone fluet, tandis qu’il musarde sur le « red carpet » du festival de cinéma qu’il a créé, il y a un an, à Pingyao. Le tapis est du même rouge que les drapeaux de la République populaire chinoise qui flottent fièrement sur l’artère principale de cette bourgade touristique de la province du Shanxi, située à 585 km au sud-ouest de Pékin – Pingyao ne compte que 500 000 habitants, une bagatelle à l’échelle du pays.
Lors du dernier Festival de Cannes, une escouade de six agents de sécurité veillait à ce qu’aucun selfie n’entache la montée des marches. A Pingyao, les régiments de l’armée, qui patrouillent à vive cadence durant toute la manifestation, laissent faire. Il serait inopportun de voir dans le geste de « mister Jia », comme on l’appelle ici, un bras d’honneur aux instances cannoises, qui ont sélectionné six de ses douze longs-métrages, dont le plus récent, Les Eternels, en mai.

Non, si le grand mandarin du cinéma d’art et d’essai a dégainé sa perche, c’est pour se persuader qu’il ne rêve pas : pour la deuxième année d’affilée, près de 150 000 de ses compatriotes, selon le décompte officiel, sont venus découvrir une cinquantaine de films chinois et étrangers, du 11 au 20 octobre. Alors, l’engin de Jia s’attarde longtemps sur les visages enthousiastes de ces lycéens, étudiants, cinéphiles, blottis contre les rambardes blanches ; certains ont fait le voyage de très loin – Sichuan, Yunnan… – pour se retrouver là, dans la région la plus charbonneuse du pays, ce Shanxi noir de suie où il a vu le jour, il y a 48 ans, et fait ses premières armes de cinéaste.
La déesse aux vingt-six bras
Ainsi augmenté d’un membre métallique, Jia Zhang-ke ressemble à la déesse aux vingt-six bras qui trône au cœur du temple taoïste Shuanglin, l’une des principales attractions du coin. Combien de perches, au juste,...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-6"> ¤ Le directeur général de MK2 est un collaborateur de longue date du cinéaste chinois.
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Nathanaël Karmitz : « Jia Zhang-ke a besoin d’appuis »

Le directeur général de MK2 est un collaborateur de longue date du cinéaste chinois.



LE MONDE
 |    26.10.2018 à 18h55
 • Mis à jour le
26.10.2018 à 19h26
    |

            Aureliano Tonet








                        



                                


                            

Collaborateur de longue date de Jia Zhang-ke, Nathanaël Karmitz, 40 ans, est le directeur général de MK2, une ­société basée à Paris, où cohabitent plusieurs métiers du cinéma (production, exploitation, distribution, ­édition, ventes internationales…).

Jia Zhang-ke se réfère souvent à ce qu’il appelle ­le « modèle MK2 ». A quand remonte votre ­collaboration ?
Nous avons assuré les ventes internationales de ­24 City, en 2007. Depuis, nous ne nous sommes pas quittés, jusqu’à coproduire ses deux derniers films. MK2 correspond bien à ces grands réalisateurs qui portent un message universel dans des pays où le cinéma est un art vivace, mais contraint. Ils ont besoin d’appuis, d’ouvertures. Ce fut le cas hier pour Abbas Kiarostami en Iran ; c’est aujourd’hui le cas pour Jia.
Du maoïsme au gouvernement Sarkozy, votre père, Marin, s’est frotté à la chose politique. Que vous inspirent les engagements de Jia Zhang-ke ?
Sa dialectique est similaire à celle de mon père, en ­effet : pour faire bouger un système, mieux vaut-il opérer de l’intérieur ou de l’extérieur ? La situation chinoise, dont on mesure mal la complexité, appelle à la nuance. Jia montre qu’il est possible d’exercer un regard critique, sans basculer dans la dissidence. Il porte « une autre idée du cinéma », comme on dit chez MK2. En cela, il peut être rapproché de Kiarostami ou de Cristian Mungiu, qui promeut l’art et essai en Roumanie avec une caravane itinérante.
Vous avez conseillé Jia Zhang-ke avant qu’il ouvre son réseau de salles art et essai, à Pingyao et ­Fenyang. Pour l’heure, la fréquentation n’est guère au rendez-vous…
De Bi Gan à Jia Zhang-ke, le cinéma chinois est le plus grand inventeur de formes de ce début de siècle. Mais c’est un art très jeune. Il faudra un peu de temps encore pour qu’un écosystème cinéphile vertueux, porté depuis les écoles jusqu’aux médias, se structure...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-7"> ¤ La petite société, basée à Paris, veut trouver des projets destinés aux plates-formes de vidéo à la demande. Exactement comme le fait Netflix.
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Le français Under the Milky Way veut produire des films sans passer par la case cinéma

La petite société, basée à Paris, veut trouver des projets destinés aux plates-formes de vidéo à la demande. Exactement comme le fait Netflix.



LE MONDE ECONOMIE
 |    26.10.2018 à 12h18
    |

            Nicole Vulser








                        


Petite structure spécialisée dans l’agrégation de films destinés à être vendus et diffusés sur des plates-formes de vidéo à la demande (VOD) dans le monde entier, Under the Milky Way pourrait jouer au chien dans un jeu de quilles. Jérôme Chung, l’un trois des cofondateurs de cette structure basée à Paris, souhaite se diversifier dans la coproduction cinématographique. « Le nom de code de notre label est “I’ve a digital dream” [je fais un rêve numérique] », explique-t-il. « L’idée est de trouver des projets assez légers à mettre en œuvre en moins de dix-huit mois, en ayant en tête une distribution numérique et des formats pas nécessairement longs. Ces films ne seraient pas forcément conçus pour être diffusés en salles », détaille M. Chung, mais directement pour les plates-formes de VOD. Exactement comme le fait Netflix.
Certes, ce schéma l’empêche d’avoir accès aux aides du Centre national de la cinématographie, mais l’Hexagone ne représente que 10 % de son chiffre d’affaires. Ses clients se nomment Apple, Netflix, Amazon, Microsoft, Sony, Comcast, Vudu, Sky ou Telefonica. Pour la France, Orange, Arte, la Fnac, SFR, TF1, Universciné…
Une génération de créateurs européens biberonnés à YouTube et Netflix
« Notre système si envié, fondé sur l’exploitation des films en salles, peut aussi devenir un frein à la création », affirme M. Chung. A ses yeux, toute une génération de créateurs européens biberonnés à YouTube et Netflix apporte quelque chose de nouveau, moins formel. Il souhaite leur permettre d’exister sans passer par les salles obscures.

        Lire aussi :
         

                Chronologie des médias  : bientôt des films plus récents sur tous les écrans ?



Reste à jouer une politique de création en marge du système. Under the Milky Way s’est déjà positionné « dans les interstices », selon M. Chung, puisque cette petite entreprise de vingt salariés a trouvé, depuis 2011, un chemin alternatif – entre les vendeurs de droits internationaux de cinéma et Unifrance – pour distribuer chaque année 600 longs-métrages. Ceux dont les droits ne concernaient que certains pays ou qui n’avaient pas de distributeurs.
Pour lancer leur nouveau projet, M. Chung et les deux autres cofondateurs, Pierre-Alexandre Labelle, basé à New York, et Alexis de Rendinger, à Los Angeles, cherchent à lever 15 millions d’euros au cours des trois prochaines années. « Si possible en Europe, explique M. Chung, sinon nous n’excluons pas un partenaire américain. » 



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-8"> ¤ Afin d’assurer la survie du cinéma français face à l’hégémonie américaine, le patron de Canal+ se prononce, dans une tribune au « Monde », en faveur d’un sursaut collectif du secteur pour « réinventer un écosystème » commun.
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Maxime Saada : « Il faut préserver l’exception culturelle française »

Afin d’assurer la survie du cinéma français face à l’hégémonie américaine, le patron de Canal+ se prononce, dans une tribune au « Monde », en faveur d’un sursaut collectif du secteur pour « réinventer un écosystème » commun.



LE MONDE ECONOMIE
 |    26.10.2018 à 07h00
 • Mis à jour le
26.10.2018 à 10h15
    |

Maxime Saada (Président du directoire de Canal+)







                        



                                


                            
Tribune. « Quand nous gagnons un Golden Globe, cela nous aide à vendre plus de chaussures. » Voilà comment Jeff Bezos, le PDG d’Amazon, considère les œuvres qu’il produit et distribue sur son service de vidéo à la demande, Amazon Prime Video. La culture s’y réduit non à un supplément d’âme, mais à un instrument utilisé à des fins essentiellement marchandes.
Telle n’est pas, en France, notre conception de la culture. Bien au contraire, les pouvoirs publics, les auteurs, les créateurs, les producteurs et les groupes audiovisuels de notre pays n’ont cessé de se battre avec constance pour faire reconnaître un principe d’exception culturelle, dont la France, par son rayonnement historique et artistique, s’est toujours érigée en garant universel. C’est ce qui explique la vitalité du cinéma français, seul cinéma qui en Europe a su pleinement perdurer jusqu’à présent face à l’hégémonie du soft power culturel des Etats-Unis.
Les blockbusters de superhéros colonisent l’imaginaire mondial au profit d’un cinéma de spectacle destiné en priorité aux adolescents
Pourtant, cette singularité française sur la carte du monde cinématographique est confrontée aujourd’hui au défi le plus important de son histoire.
D’abord du fait de la révolution digitale, qui a favorisé l’entrée par effraction dans l’industrie audiovisuelle et cinématographique d’acteurs globalisés venus du numérique, dotés d’une force de frappe financière sans commune mesure avec celle des groupes nationaux en Europe.
Ensuite parce que les majors hollywoodiennes, voyant leur suprématie fragilisée par les 135 millions d’abonnés et 8 milliards de dollars (7 milliards d’euros) d’investissement dans les contenus de Netflix, sont entrées dans une logique défensive d’hyperconcentration, comme en témoigne le rachat de 21st Century Fox par Disney.
Le résultat de ces deux dynamiques est d’ores et déjà visible : nous sommes entrés dans une ère d’hyperoffre...




                        

                        


<article-nb="2018/10/28/18-9">
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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-9"> ¤ Des utilisateurs afro-américains se sont offusqués que le service mette en avant des acteurs noirs dans son navigateur, même quand ils jouent un rôle mineur.
<filname="PROF-0,2-3476,1-0,0-9"> ¤                     
                                                

Netflix accusé de baser ses recommandations sur la couleur de peau de ses abonnés

Des utilisateurs afro-américains se sont offusqués que le service mette en avant des acteurs noirs dans son navigateur, même quand ils jouent un rôle mineur.



LE MONDE
 |    25.10.2018 à 12h28
 • Mis à jour le
25.10.2018 à 19h03
   





                        


Netflix se base-t-il sur la couleur de peau de ses utilisateurs pour les cibler et pour affiner ses recommandations de films et de séries ? C’est ce que dénoncent des clients américains du populaire service de vidéo à la demande, après avoir observé des biais raciaux dans la manière de présenter les vidéos disponibles, rapportent The Guardian et Wired.
Depuis décembre 2017, Netflix personnalise les vignettes de sélection des films et séries visibles sur la page d’accueil du service en fonction des goûts supposés de ses utilisateurs. Par exemple, pour mettre en avant une ambiance de mystère ou de romance, si les algorithmes de Netflix ont perçu de telles tendances dans ce que regarde l’abonné concerné.
« Traités différemment »
Or plusieurs utilisateurs afro-américains ont relevé que la firme de Los Gatos mettait en avant des acteurs afro-américains, y compris lorsque ceux-ci jouaient un rôle mineur dans le film ou la série. The Guardian donne l’exemple de la comédie romantique Love Actually, dans laquelle Hugh Grant, Emma Thompson et Colin Firth jouent les premiers rôles, mais pour laquelle Netflix met en avant les acteurs Chiwetel Ejiofor et Keira Knightley, aux rôles pourtant secondaires.

   


Si Netflix est connu pour sa politique de personnalisation algorithmique de l’offre, il s’agit d’un exemple supplémentaire aux effets potentiellement indésirables. Comme le relève un programmeur sur Twitter, « les gens n’aiment généralement pas être traités différemment en fonction de leur couleur de peau, et tout particulièrement quand ils sont tranquillement chez eux en train de regarder un film ». 
D’autres, comme le réalisateur new-yorkais Tobi Aremu, ont estimé que le système pouvait être une bonne chose pour les utilisateurs sensibles à l’inclusivité. Mais dans le Guardian, il critique aussi le fait que Netflix puisse berner ses clients en mettant en avant sur les vignettes de film des acteurs qui n’ont qu’un rôle mineur dans le scénario, où les personnages principaux restent blancs.
Contacté par Wired, Netflix s’est défendu de toute exploitation commerciale de la couleur de peau de ses abonnés. « Il est faux de dire que nous personnalisons les affiches en nous basant sur des statistiques démographiques. Nous ne demandons pas à nos membres leur race, leur sexe ou leur ethnie, donc nous ne pouvons pas utiliser ces informations pour personnaliser individuellement leur expérience de Netflix. La seule information que nous utilisons, c’est leur historique de consultation. » Qui, traité par les algorithmes d’apprentissage automatisé de la firme, est parfois bien plus précis que des données déclaratives.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-10"> ¤ L’entreprise a rompu les négociations avec les vingt-trois organisations du 7e art pour renouveler l’accord qui les lie jusqu’à la fin de 2019.
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Canal + s’éloigne du cinéma français

L’entreprise a rompu les négociations avec les vingt-trois organisations du 7e art pour renouveler l’accord qui les lie jusqu’à la fin de 2019.



LE MONDE ECONOMIE
 |    25.10.2018 à 10h34
 • Mis à jour le
25.10.2018 à 10h40
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            Nicole Vulser








                        



   


Le président du directoire de Canal+, Maxime Saada, a rompu, dans un courrier daté du vendredi 19 octobre, les négociations avec les vingt-trois organisations du cinéma français pour renouveler l’accord qui les lie jusqu’à la fin de 2019. Par un effet de domino, le patron de Canal+ a également fait achopper la réforme de la chronologie des médias (l’exploitation d’un film sur différents supports, comme les chaînes de télévision, la vidéo à la demande ou Netflix, après leur sortie en salle). La chaîne cryptée avait refusé, le 6 septembre, de signer ce dernier protocole avant d’avoir signé une entente avec le cinéma.
Défendant des intérêts variés voire antinomiques, les représentants du 7e art (les exploitants, les producteurs, les distributeurs, les cinéastes…) n’ont pas trouvé de terrain d’entente avec le principal banquier du cinéma français, qui a préacheté pour 114 millions d’euros de films en 2017. La plupart des organisations semblent déçues, surprises, et refusent de réagir officiellement pour ne pas compromettre une reprise des négociations.

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                Chronologie des médias  : bientôt des films plus récents sur tous les écrans ?



Chez Canal+, l’exaspération est, en revanche, très palpable. Maxime Saada a affirmé, dans son courrier envoyé au Bureau de liaison des industries cinématographiques (BLIC), au Bureau de liaison des organisations du cinéma (BLOC) et à la Société civile des auteurs réalisateurs producteurs (ARP), que les nouvelles négociations s’effectueront « de façon bilatérale » et que les concessions acceptées au cours de l’année écoulée « ne constitueront pas la base de [leurs] échanges à venir ».
« Le cinéma se bunkérise, se rabougrit »
Sur quoi ont-ils achoppé ? Des points techniques, comme l’assiette des calculs des obligations de Canal+. Aujourd’hui, la chaîne soit consacre 12,5 % de son chiffre d’affaires à des acquisitions de droits de films européens, soit investit 3,61 euros par abonné et par mois dans des longs-métrages d’expression française. Dans la mesure où les offres d’abonnement de Canal+ varient de 10 euros à près de 40 euros par mois, les discussions ont porté sur la valeur des différents abonnés. Autre question en débat, l’introduction d’un plafond d’investissements de 180 millions d’euros par an dans le cinéma français et européen. Canal+ demandait à s’engager dans la production déléguée de quatre longs-métrages par an par le biais de Studio Canal, tandis que les organisations cinématographiques en acceptaient trois. Canal+ a accusé Gaumont, Pathé ou UGC de protéger leur pré carré et de refuser toute concurrence.
Chacun est pourtant persuadé d’avoir proposé à l’autre « des conditions extrêmement favorables ». Pascal Rogard, directeur général de la Société des auteurs et compositeurs dramatiques (SACD) pense que la difficulté vient du fait qu’« il n’y a pas de négociateur en chef pour le cinéma » et que les demandes n’ont pas été assez hiérarchisées. « Se battre sur un film en production déléguée n’a pas de sens, tout comme il est logique que Canal+ ne compte pas de la même façon un abonné qui paie 40 euros par mois et celui qui a choisi [un abonnement à] 10 euros », ajoute-t-il. A ses yeux, « le cinéma se bunkérise, se rabougrit. C’est d’autant plus grave que, dans les dîners en ville, on parle aujourd’hui bien plus des séries que des films. Or Netflix approche les 4 millions d’abonnés en France ». Il déplore que « cette occasion unique d’améliorer la chronologie des médias » n’ait pas été saisie. « C’est mauvais pour le cinéma français », conclut-il.
Soupçon de vente, à terme, de Canal+ par Vivendi
Une des parties prenantes « ne comprend pas pourquoi Canal+ a refusé de signer, alors que 90 % de l’accord étaient acquis ». Un autre se demande « s’il s’agit d’un mouvement tactique de Canal+ » et s’« il existe une vraie volonté de son actionnaire, le groupe Vivendi, d’accorder une place centrale au cinéma dans Canal+ ». Si ce n’est pas le cas, « il faut qu’on le sache », ajoute-t-il.
Un troisième négociateur soupçonne Vivendi de vouloir vendre, à terme, Canal+. Affaiblie par la perte des droits du football, la chaîne, si elle n’est pas ligotée par des obligations contraignantes dans le cinéma, trouverait plus facilement acquéreur. Une hypothèse écartée à Canal+, où l’on rappelle s’être engagé dans une candidature sur la TNT et, surtout, avoir proposé de resigner à l’identique les accords en vigueur avec le cinéma jusqu’en 2023…
La réforme de la chronologie des médias n’est donc pas pour demain. Canal+ préfère renoncer aux avantages qui y afféraient – la possibilité de diffuser des films entre six et huit mois après leur sortie en salle, contre dix à douze mois aujourd’hui –, puisque l’accord avec le cinéma est bloqué. Si les acteurs ne sont « pas en capacité de prendre leurs responsabilités, la loi pourra trancher » l’évolution du cadre réglementaire de la chronologie des médias, a déjà prévenu le nouveau ministre de la culture, Franck Riester.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-11"> ¤ Dans le cadre du Monde Festival, les Montréalais pourront découvrir l’exposition « Gaumont : depuis que le cinéma existe », imaginée à l’occasion des 120 ans de la société.
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                A Montréal, Gaumont propose un voyage dans le cinéma d’hier, d’aujourd’hui et de demain


Dans le cadre du Monde Festival, les Montréalais pourront découvrir l’exposition « Gaumont : depuis que le cinéma existe », imaginée à l’occasion des 120 ans de la société.

LE MONDE
                 |                 24.10.2018 à 14h07
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                            Franck Nouchi

















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Après Paris, Angoulême, Singapour, Rangoon, Yokohama, La Havane, Mexico, et d’autres villes encore, l’exposition « Gaumont : depuis que le cinéma existe » va faire halte à Montréal, du 27 octobre au 25 novembre, à la Cinémathèque québécoise et à la Société des arts technologiques.
Présentée dans le cadre du Monde Festival, cette manifestation que Le Monde organise conjointement avec le journal Le Devoir dans la métropole québécoise sera l’occasion pour le public montréalais de découvrir quelques-uns des trésors de la collection constituée au fil du temps par la plus ancienne société cinématographique du monde.
Au début de cette extraordinaire aventure, il y a un homme, Léon Gaumont (1864-1946) qui avec l’aide de trois commanditaires (parmi lesquels Gustave Eiffel) crée, en 1895, la société L. Gaumont et Cie afin de développer des activités d’optique et de photographie. Initialement, les appareils qu’il met au point sont destinés aux forains. En 1900, à l’Exposition universelle, Léon Gaumont présente un appareil couplant un projecteur et un phonographe. Trois ans plus tard, en hommage à sa mère, qui se prénommait Marguerite, il décide de prendre une marguerite comme logo.
« Une princesse endormie qu’un magicien réveillera »
Viennent ensuite les premières salles de cinéma, en particulier le magnifique Gaumont Palace, 3 400 places, construit en 1910 sur l’hippodrome de la place de Clichy, à Paris. C’est le temps des premiers films Gaumont, dont ceux d’Alice Guy et de Louis Feuillade (Judex, Fantômas, Les Vampires). Le même Louis Feuillade qui disait : « La seule chose qui compte est de savoir si, dans ce film, sommeille une princesse endormie qu’un magicien réveillera tout à l’heure sous les rayons de la lampe merveilleuse… »

        Documentaire :
         

          « Charles Pathé et Léon Gaumont, premiers géants du cinéma »



Dès lors, même si la concurrence des grandes sociétés de production hollywoodiennes se fait de plus en plus âpre, l’histoire de Gaumont va se confondre avec celle du cinéma mondial. Jacques Becker, Robert Bresson, Sacha Guitry, Jean-Luc Godard, Barbet Schroeder, Eric Rohmer, Jean-Jacques Annaud, Werner Herzog, André Téchiné, Gérard Oury, Maurice Pialat, Michelangelo Antonioni, Jean-Paul Rappeneau, Joseph Losey, Federico Fellini, Francesco Rosi, Patrice Chéreau, Jerzy Skolimowski, Costa Gavras, Olivier Nakache et Eric Toledano, Anne Fontaine, Albert Dupontel, tant d’autres encore, verront leurs films produits par « la firme à la marguerite ».
Sur l’affiche de JLG/JLG, autoportrait de décembre, un film produit pour le centenaire de Gaumont dans le cadre d’une rétrospective du Museum of Modern Art de New York, Jean-Luc Godard fait figurer la mention suivante : « Les héritiers de Léon Gaumont présentent. »
« Travail de mémoire et de transmission »
« Cette exposition que nous faisons voyager un peu partout dans le monde, c’est notre manière à nous de prolonger notre travail de mémoire et de transmission, explique Ariane Toscan du Plantier, la directrice de la communication et du patrimoine de Gaumont. Avec Nicolas Seydoux, le président de Gaumont, et Sidonie Dumas, la directrice générale, notre idée est, loin de toute théorie, de tout didactisme, de proposer une sorte de voyage dans le cinéma, qui plaise aussi bien aux enfants qu’aux adultes. »
L’exposition propose une présentation d’objets et de costumes originaux, une sélection d’affiches, la possibilité d’écouter des musiques de film et de s’arrêter devant les projections de centaines d’extraits…
A la Cinémathèque québécoise de Montréal, le voyage sera davantage historique, assorti d’une rétrospective de films ; à la Société des arts technologiques, il sera plus prospectif grâce aux regards et à la réinterprétation de créateurs et de réalisateurs d’aujourd’hui sur les films Gaumont. Manière, selon Ariane Toscan du Plantier, dans cette véritable capitale de la réalité virtuelle et de l’intelligence artificielle qu’est Montréal, de « dépoussiérer un peu » l’histoire de Gaumont en ayant recours aux technologies les plus modernes.

        Le programme du Monde Festival Montréal :
         

          Le Monde Festival fait dialoguer le Québec et la France



« Gaumont : depuis que le cinéma existe »
Cinémathèque québécoise & Société des Arts Technologiques de Montréal
Du 27 octobre au 25 novembre 2018
Une séance spéciale Jean Vigo - gratuite pour le public du Festival* - avec la double projection des films restaurés « Taris » et « Zéro de Conduite » sera proposée à la Cinémathèque québécoise samedi 27 octobre à 14h.
*dans la limite des places disponibles


                                                Par                                                    Franck Nouchi














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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-12"> ¤ Le documentaire de Ruth Beckermann, primé à Berlin, raconte l’élection de Kurt Waldheim à la présidence autrichienne en 1986, malgré les révélations sur son passé nazi.
<filname="PROF-0,2-3476,1-0,0-12"> ¤                      En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez notre  Politique de confidentialité  et l’utilisation de cookies pour vous proposer des contenus et services adaptés à vos centres d’intérêts.  En savoir plus et gérer ces paramètres.   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Par  Blaise Gauquelin   Publié le 24 octobre 2018 à 10h29 - Mis à jour le 24 octobre 2018 à 19h43   Lecture 3 min.      Partager sur Facebook    Partager sur Twitter    Envoyer par e-mail                         Kurt Waldheim lors de son élection à la présidence autrichienne en 1986. Image d’archive extraite du documentaire de Ruth Beckermann, « La Valse de Waldheim ». RUTH BECKERMANN FILMPRODUCTION             La salle du Votiv Kino est pleine à craquer. A la fin du film, des applaudissements soutenus accueillent la cinéaste autrichienne Ruth Beckermann. Son long-métrage Waldheims Walzer (« La valse de Waldheim ») a encore suscité, ce lundi 8 octobre au soir, l’enthousiasme dans ce cinéma viennois. Entièrement réalisé à partir d’images d’archives en grande partie inédites, il est auréolé du Prix du meilleur documentaire remis lors de la 68e Berlinale, en février. Début octobre, quatre jours après sa sortie, il avait déjà attiré plus de 5 000 spectateurs désireux de participer aux nombreux débats organisés avec son auteure à l’issue des projections.           « Ils veulent savoir comment émerge un mouvement civil d’opposition. Ceux qui se déplacent sont plutôt opposés à l’exécutif et “Waldheims Walzer” est porté par de bons retours presse. » Ruth Beckermann          Ruth Beckermann fait des films, mais c’est aussi une militante. Elle a activement participé au combat qu’elle décrit, à savoir, en 1986, la mobilisation pour obtenir le retrait du candidat Kurt Waldheim, ancien secrétaire général des Nations unies (1972-1981) et favori de l’élection présidentielle, sous les couleurs du parti chrétien conservateur ÖVP. En mars de cette année-là, l’hebdomadaire autrichien Profil avait révélé ses activités dans la Wehrmacht, longtemps cachées, pendant la seconde guerre mondiale. Le Congrès juif mondial avait par la suite multiplié les enquêtes, ce qui n’avait pas empêché Waldheim d’être élu avec 53,9 % des voix au second tour, le 8 juin 1986.            Alors que l’Autriche est désormais gouvernée par une coalition réunissant l’ÖVP et le Parti de la liberté (FPÖ, extrême droite), fondé par d’anciens nazis, le documentaire trouve un écho. « Il y a énormément de jeunes gens qui viennent lors de ces discussions », constate Ruth Beckermann, née en 1952. « Ils veulent savoir comment émerge un mouvement civil d’opposition. Ceux qui se déplacent sont plutôt opposés à l’exécutif et Waldheims Walzer est porté par de bons retours presse. On trouve toutefois en ligne des commentaires antisémites et haineux. »           Lire aussi Cinéma : à la Berlinale, la démocratie trébuche             Si la plupart des protagonistes du documentaire – en lice pour représenter l’Autriche aux Oscars – sont aujourd’hui décédés, l’ancien directeur de campagne du candidat, Heribert Steinbauer, est venu récemment donner son point de vue, lors d’une soirée très animée. « Il s’est malheureusement montré incapable de condamner les propos antisémites tenus par Alois Mock », ancien président de l’ÖVP (mort en 2017). A l’époque, il avait demandé au Congrès juif mondial de « cesser sa campagne, afin de ne pas réveiller des sentiments que plus personne ne veut voir resurgir. »          Quant aux membres du gouvernement actuel, ils brillent par leur discrétion. « Gernot Blümel [le ministre ÖVP chargé des affaires européennes, des arts, de la culture et des médias] a vu le film lors d’une projection à Berlin, relève la réalisatrice. Et, dans le cadre d’une réception par la suite, il a affirmé, comme l’a relaté la presse autrichienne, qu’il avait appris énormément de choses en le regardant, parce qu’il n’avait que 5 ans en 1986. Il aurait malgré tout pu lire un ou deux livres. »                       La nécessité d’une conscience historique critique semble également étrangère au chancelier conservateur, le trentenaire Sebastian Kurz. « On l’a vu lorsqu’il a défendu, en juin, la création d’un “axe des bonnes volontés” entre les ministres de l’intérieur autrichien, italien et allemand sur les questions migratoires. Il ne semblait pas se souvenir de “l’axe Rome-Berlin” scellé, en 1936, entre Hitler et Mussolini », estime l’historienne Lucile Dreidemy, spécialiste de l’Autriche.                     L’Autriche s’est longtemps convaincue d’être une victime du nazisme. Et, même si une partie de sa population fait montre d’appétence pour la vérité (une manifestation a encore rassemblé plusieurs milliers de personnes pour protester contre les dérives droitières du pays, le 4 octobre), celle-ci souffre toujours majoritairement d’amnésie.                                                        Blaise Gauquelin  (Vienne, correspondant)           Voir les réactions      Dans la même rubrique                 Le Prix Virginia récompense la photographe Cig Harvey  L’artiste britannique est la lauréate du prix qui récompense, tous les deux ans, l’œuvre d’une femme photographe. Dans sa série « You an Orchestra You a Bomb », elle saisit des moments de la vie qui, par l’émotion qu’ils dégagent, « coupent le souffle ».                        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Article réservé à nos abonnés Les miraculés d’Azerailles, unis par la foudre qui ne les a pas tués  La vingtaine de personnes frappées simultanément par la foudre le 2 septembre 2017 en Meurthe-et-Moselle sont un groupe uni et un échantillon précieux pour la recherche.                      Au Royaume-Uni, la double peine d’un ex-tradeur d’UBS  Sorti de prison en 2015, après plus de quatre ans derrière les barreaux, Kweku Adoboli pourrait être renvoyé au Ghana, son pays d’origine. Une double peine très pratiquée au Royaume Uni.                        Ankara place les prix sous surveillance policière  Avec un taux d’inflation de 24,5 % et une baisse de la livre turque, le pays sombre dans la crise économique. Le gouvernement tente de contrôler la spéculation et a gelé le prix du pain.                       Article réservé à nos abonnés Matt Dillon, star à éclipses  L’acteur américain a été choisi par Lars von Trier pour incarner le tueur en série de « The House That Jack Built », en salle le 17 octobre. A 54 ans, l’ancien adolescent prodige à la carrière ternie par les absences n’en attendait pas tant.                        Hédi Fried, fer de lance contre les néonazis suédois  A 94 ans, la rescapée d’Auschwitz s’inquiète de la progression de l’extrême droite qui a obtenu 17,6 % des voix aux élections législatives du 9 septembre.                      Les députés changent de moteur de recherche  Européen, performant, respectueux de la vie privée, Qwant devrait équiper les ordinateurs et les tablettes de l’Assemblée nationale d’ici à la fin de l’année. Cocorico !, il est fabriqué en France.                         Article réservé à nos abonnés Ilhan Omar, une ex-réfugiée pour le Congrès américain  Vainqueur de la primaire démocrate du Minnesota, la jeune femme d’origine somalienne devrait, à l’issue du scrutin du 6 novembre, devenir l’une des deux premières élues musulmanes au Congrès. Où elle entend porter la voix des réfugiés.                      Un « J’accuse » venu de derrière les barreaux turcs sélectionné pour le prix Médicis  Emprisonné depuis 2016, le dissident kurde et leader du HDP, Selahattin Demirtas a publié un recueil de nouvelles « L’Aurore » en 2017.                        Le grand défilé de Liam Gallagher  Notre chroniqueur a encore frappé : après les vestiaires d’Isabelle Adjani et de Charlotte Gainsbourg, Marc Beaugé scrute celui de l’ex-chanteur d’Oasis, désormais en solo. On pourra le voir, et l’entendre, au festival Rock en Seine le samedi 25 août.                                       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« Jean-Christophe & Winnie » : un vent d’inquiétude sur la forêt des rêves bleus

L’univers des personnages d’A. A. Milne s’assombrit parfois dans cette variation produite par Disney, mais aussi coécrite par le cinéaste indépendant Alex Ross Perry.



LE MONDE
 |    24.10.2018 à 07h16
    |

                            Thomas Sotinel








                        



   


L’avis du « Monde » – pourquoi pas
La maison Disney a fondé sa réputation sur la satisfaction des attentes du consommateur. Winnie l’ourson en prises de vues réelles ? On attend des acteurs renommés (ici, Ewan McGregor), des créatures numériques qui font oublier qu’elles ne sont pas de peluche et de kapok, un scénario qui fait rire et pleurer, un « happy end ».
A la sortie de Jean-Christophe & Winnie, on peut cocher chacun de ces ingrédients sur la liste des commissions. Et pourtant ce film n’est pas comme les autres – pas comme les versions « live » du Livre de la jungle ou de La Belle et la Bête. Il y flotte un parfum d’étrangeté qui dérange l’ordonnancement attendu, empêchant le nouveau produit de la firme de Burbank de parvenir à la perfection. Ce semi-échec fait son charme.
Les lieux où Winnie, Tigrou, Bourriquet et les autres festoyaient et jouaient sont jonchés de débris
Prenez la séquence qui voit Winnie l’ourson se réveiller dans la forêt des rêves bleus après quelques décennies d’une hibernation provoquée par le départ de Jean-Christophe, le petit garçon dont l’imagination donnait vie à Winnie et sa tribu. Le bois idyllique est devenu un paysage embrumé qui fait grelotter. Les lieux où Winnie, Tigrou, Bourriquet et les autres festoyaient et jouaient sont jonchés de débris. L’ours en peluche erre entre les arbres menaçants, appelant en vain ses amis. Le réalisateur Marc Forster n’a pas la main légère – ses plus grandes réussites relèvent du mélodrame – et l’on s’attend presque à ce que le tigre, l’âne et le porc émergent du brouillard en claudiquant comme des zombies cannibales (Note aux parents : il n’en sera rien, les enfants en seront quittes pour une petite frayeur).
On est juste après la fin de la seconde guerre mondiale, pendant laquelle Jean-Christophe (Ewan McGregor) a combattu. Obsédé par son emploi de directeur de la productivité dans une fabrique de bagages, il s’est transformé en un bureaucrate qui rapporte son obsession du rendement à la maison. Plutôt que de lire L’Ile au trésor à sa petite fille, il préfère lui enseigner la gloire de l’Angleterre victorienne. Un week-end qu’il a laissé épouse (Hayley Atwell) et enfant partir à la campagne, près du bois de son enfance, Jean-Christophe retrouve Winnie, surgi du passé.
Produit de grande consommation
Pendant ce long prologue qui met aussi bien en scène la solitude de Winnie que les traumatismes britanniques (pensionnat, Blitz, campagne d’Europe, reconstruction) que traversent Jean-Christophe et les siens, le film acquiert une couleur presque désespérée. On la retrouve par la suite de temps en temps, après que le héros a retrouvé le chemin de la forêt des rêves bleus, lorsqu’il manque de se noyer dans une fosse à éfélants, par exemple. Le finale burlesque rétablit l’ordre optimiste, défaisant la cohérence du récit, rassurant le jeune public.
La raison de ces bizarreries se trouve sans doute au générique de Jean-Christophe & Winnie, dans l’énumération des scénaristes. Par ordre de surprise : Allison Schroeter, qui a écrit Les Figures de l’ombre – habile évocation du sort des femmes afro-américaines employées par la Nasa ; Tom McCarthy, réalisateur de Spotlight, dénonciation de la pédophilie dans le clergé catholique, célébration du journalisme ; et enfin Alex Ross Perry, figure du cinéma indépendant américain.
L’injection de corps étrangers au système de production a laissé des traces, étranges et attachantes
Le réalisateur de Listen Up Philip, qui vient de présenter Her Smell au Festival de Toronto, aime les personnages insupportables qu’il précipite dans des situations gênantes, humiliantes, qui les portent au seuil de la désintégration. Or, si les règles en vigueur chez Disney n’étaient pas si strictes, ce sont exactement les catastrophes qui menacent l’ex-petit garçon et l’ours en peluche.
On voit bien que les anticorps du cinéma de distraction ont été assez puissants pour que Jean-Christophe & Winnie reste un produit de grande consommation. Il n’empêche que l’injection de corps étrangers au système de production a laissé des traces, étranges et attachantes.

Film américain de Marc Forster. Avec Ewan McGregor, Hayley Atwell, Mark Gatiss (1 h 44). Sur le Web : disney.fr/films/jean-christophe-et-winnie et movies.disney.com/christopher-robin



                            


                        

                        


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« People That Are Not Me » : bonneteau sentimental et sexuel à Tel-Aviv

Le premier long-métrage d’Hadas Ben Aroya est une tragi-comédie drolatique.



LE MONDE
 |    24.10.2018 à 07h13
 • Mis à jour le
24.10.2018 à 07h35
    |

            Jacques Mandelbaum








                        



   


L’avis du « Monde » – à ne pas manquer
Tout plaide – dès le premier plan – pour un film générationnel. Une fille en pleurs, dans un appartement de postadolescente, à moitié nue devant son ordinateur, envoie un message comme une bouteille à la mer au garçon dont on suppose qu’il vient de la laisser tomber. Extension informatique de soi-même, précarité et insatisfaction sociale, errance affective, ordalie sexuelle. Ou égotisme généralisé, tout le monde se parlant à soi-même alors même qu’il s’adresse à l’autre. People That Are Not Me, comme le titre le dit si bien. Ça fait effectivement du monde.

        Lire l’entretien avec Hadas Ben Aroya :
         

          « Le numérique est inhérent à tout type de relation aujourd’hui »



Joy, Israélienne d’à vue de nez 30 ans, représente ici un type sociologique occidental, une sorte de keatonisme féministe. La réalisatrice Hadas Ben Aroya, qui a bricolé ce premier long-métrage pour la fin de ses études, compose et interprète ce personnage avec un culot, un charme et un talent remarquables. Petite brunette vive au visage polymorphe, marchant à cent à l’heure, laconique et rentre-dedans, baignant dans un océan de mauve et de violet, victime sérielle de son angoisse et de la fatalité quant au choix de ses partenaires masculins. Le personnage est insolite, attachant, drolatique. Il conjoint l’humour dépressif à la première personne du cinéma de Woody Allen à la crudité sexuelle et au marasme sentimental des séries contemporaines produites par Judd Apatow, comme Girls ou Love.

        Lire le récit :
         

          Nuit blanche avec sept cinéastes israéliennes



Il y a là l’ex, qui la fuit. Nir, un échalas qui termine sa thèse. Et Oren, un kibboutznik introverti
Le décor télavivien accueillant cette tragi-comédie de la quête sentimentale est réduit à sa plus simple expression. Un appartement, bulle « girly » destinée à contenir tout le désenchantement du monde. Une allée arborée pour en sortir. Un autre appartement, non loin dans la même allée, devant la porte duquel son ancien petit ami la laisse moisir. Un bar-dance floor électro où pister de potentiels nouveaux décollages. Le film tourne entre ces lieux sans que rien n’y bouge réellement, tel un manège à ­quatre chevaux. Il y a là l’ex, qui la fuit et voudrait tout au plus récupérer le double des clés de son appartement. Nir, un échalas qui termine sa thèse, en qui Joy est encline à voir son sauveur affectif. Et Oren, un kibboutznik introverti qui déménage en ville et aspire à devenir son colocataire.
La mise en scène organise entre ces figures un jeu de bonneteau burlesque, qui met les apparences cul par-dessus tête. Nir affecte la souffrance romantique. En réalité, c’est un salopard d’autant plus splendide qu’il s’ignore. Phobique, incapable de nouer un lien véritable avec quiconque, logorrhéique, il ne songe qu’à terminer sa thèse. Ce grand oiseau malade envoûte Joy par son érudition, mais passe son temps à parler au lit et ne semble pouvoir tirer plaisir que de l’éventualité d’une éjaculation faciale. A l’inverse, Oren le paysan sioniste au verbe rare et aux épaules de déménageur se révèle d’une sensibilité maladive. Lorsque Joy, par une nuit de doute et de déconvenue, jette brutalement et crûment sur lui son dévolu, l’athlète perd tous ses moyens, se révèle tout en pudeur et en demande de tendresse.
Stoïcisme masochiste
Le désarroi – et aussi bien sa drôlerie – vient ici de la désynchronisation des sentiments, du timing passionnel cahoteux entre les personnages. A la traîne perpétuelle de Nir, faux rédempteur qui lui inflige la nécessité d’un stoïcisme masochiste, Joy, par un sursaut qu’elle pense salvateur, tétanise à son tour le doux et timide Oren par l’électrochoc d’une franche et impérieuse avance sexuelle. Ce funeste désordre des choses, cette sombre fatalité qui désaccorde les personnages tombent sur le film comme une force qui s’ingénie à contrecarrer son aspiration manifeste à la joie, à la simplicité, à la légèreté. Tout dans la mise en scène y conduit pourtant : Joy et son sourire désarmant, sa propension à vivre nue, le minimalisme de l’action et du décor, la fluidité des plans-séquences, la pop télavivienne ténue et planante (Buttering Trio, Garden City Movement) qui enrobe ce monde de douceur.
Cette sourde lutte des forces antagonistes, ces constants paradoxes qui déjouent le programme font en même temps de People That Are Not Me un film plein de vie. Une œuvre venue du Moyen-Orient mais tournée dans la lumière hivernale de Tel-Aviv. Un film obsédé par la sexualité, mais dont les images les plus frappantes en la matière prennent des voies de traverse. L’autoérotisme d’un orang-outan qui urine joyeusement dans sa propre bouche sur la chaîne YouTube. L’amour aliéné d’une jeune femme entrée par effraction, qui s’agrippe avec l’énergie d’une possédée à son ex-amant endormi. Deux images nocturnes, enragées, déviantes, saisies au cœur de la solitude qui les engendre, mais exprimées avec la distance humoristique qui permet de les partager.

Film israélien d’Hadas Ben Aroya. Avec Hadas Ben Aroya, Yonatan Bar-Or, Netzer Charitt (1 h 20). Sur le Web : www.waynapitch.com/people-that-are-not-me

Les sorties cinéma de la semaine (mercredi 24 octobre)
Les Ames mortes, documentaire français et suisse de Wang Bing (à ne pas manquer)People That Are Not Me, film israélien d’Hadas Ben Aroya (à ne pas manquer)La Tendre Indifférence du monde, film kazakh et français d’Adilkhan Yerzhanov (à ne pas manquer)Le Rouge et le Gris. Ernst Jünger dans la Grande Guerre, documentaire français de François Lagarde (à ne pas manquer)Cold War, film polonais, anglais et français de Pawel Pawlikowski (à voir)L’Envers d’une histoire, documentaire français et serbe de Mila Turajlic (à voir)Le Grand Bain, film français de Gilles Lellouche (à voir)Halloween, film américain de David Gordon Green (pourquoi pas)Jean-Christophe & Winnie, film d’animation américain de Marc Forster (pourquoi pas)Quien te cantara, film espagnol et français de Carlos Vermut (on peut éviter)
A l’affiche également :
Bamse au pays des voleurs, film d’animation suédois de Christian RylteniusChair de poule 2, les Fantômes d’Halloween, film américain d’Ari SandelDakini, film bouthanais de Dechen RoderInvasion, film iranien de Shahram MokriPlace de la République, printemps 2016, documentaire français de Leila Ben Aribi





                            


                        

                        


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Hadas Ben Aroya, réalisatrice : « Le numérique est inhérent à tout type de relation aujourd’hui »

Avec son premier long-métrage, « People That Are Not Me », la jeune cinéaste fait souffler un vent de renouveau sur le cinéma israélien.



LE MONDE
 |    24.10.2018 à 07h12
 • Mis à jour le
24.10.2018 à 07h14
    |

                            Mathieu Macheret








                        



                                


                            

Hadas Ben Aroya, réalisatrice d’à peine 30 ans, fraîchement sortie de ses études de cinéma, apporte avec son premier long-métrage, People That Are Not Me, remarqué en 2016 au Festival de Locarno, un vent de renouveau, de franchise et de spontanéité dans le champ du cinéma israélien. Un film tourné en neuf jours, qui a l’impudeur d’une mise à nu et l’effronterie des premières fois.

Quel est votre parcours ?
Je viens d’une ville du sud d’Israël. Ma mère était professeure de mathématiques et mon père ingénieur : aucun rapport avec le monde de l’art. Je suis passée par la peinture, le théâtre, la danse, avant d’étudier le cinéma. People That Are Not Me est mon film de fin d’études à l’université de Tel-Aviv. Ce n’est que pendant le tournage que moi et mon petit ami de l’époque, Meidan Arama, le chef opérateur du film, nous nous sommes rendu compte qu’on pouvait en tirer un long-métrage. Ce fut difficile, car nous faisions tout nous-mêmes, des affiches à la bande-annonce… Mais nous nous aimions beaucoup, au point de fonder notre petite maison de production et de donner naissance à ce film comme à notre premier enfant. On a rompu depuis, mais on s’acharne à travailler ensemble !
Votre film est le portrait d’une génération connectée, qui mène sa vie sentimentale avec les outils numériques.
C’était impensable de dresser un portrait des relations amoureuses actuelles sans les rattacher à notre environnement numérique. A vrai dire, c’est inhérent à n’importe quel type de relation aujourd’hui. Par exemple, Joy, l’héroïne, s’enregistre avec sa webcam pour envoyer un message d’amour à son ex-petit ami. Elle pleure à chaudes larmes, mais, à la fin, elle choisit quand même la meilleure prise. Elle exprime sincèrement ses sentiments et, en même temps, elle les met en scène. C’était une façon de montrer comment on façonne, comment on arrange notre image dans le monde virtuel. On filtre,...




                        

                        


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« Les Ames mortes » : un mausolée pour les victimes du maoïsme

Wang Bing donne la parole aux rescapés d’un camp de rééducation par le travail.



LE MONDE
 |    24.10.2018 à 07h11
 • Mis à jour le
24.10.2018 à 07h35
    |

                            Mathieu Macheret








                        



   


L’avis du « Monde » – à ne pas manquer
S’il fallait trouver une ­ligne de mire à l’œu­vre du documentariste Wang Bing, ce serait assurément le Grand Bond en avant (la politique économique lancée par Mao Tsé-toung en 1958), au­tour duquel le cinéaste n’a cessé de tourner, avec Fengming, chronique d’une femme chinoise (2007), puis avec Le Fossé (2010, sa seule fiction), pour mettre au jour ses zones d’ombres et ses exactions. Les Ames mortes, son nouveau film, tourné sur plus de dix ans et présenté hors compétition au dernier Festival de Cannes, s’inscrit dans cette démarche démystificatrice, concernant les purges antidroitistes de 1957 dont les victimes furent envoyées de force au laogai (« camp de rééducation par le travail »).

        Lire la critique parue lors du Festival de Cannes :
         

          « Les Ames mortes », mémoires plurielles des crimes maoïstes



Du haut de ses huit heures et quinze minutes, réparties en trois séances, le film pourrait sembler un monolithe surplombant s’il n’était en fait une course contre la montre, recueillant le plus de témoignages possible auprès des rescapés, afin de constituer une batterie de faits opposables aux versions officielles d’une histoire en voie d’être définitivement réécrite.

        Lire le portrait :
         

          Wang Bing, dans les failles de l’histoire chinoise



Les Ames mortes s’intéresse plus particulièrement à un lieu de sinistre mémoire : la ferme de Jianbiangou, proche du désert de ­Badain Jaran, où près de 2 500 prisonniers politiques (sur 3 000 internés) ont trouvé la mort entre 1957 et 1961. Devant la caméra de Wang Bing se succèdent les survivants de ce camp infernal, aujour­d’hui des vieillards retirés, qui reviennent in extenso sur cette séquence historique et l’éclairent au jour des expériences individuelles – cette lumière tant redoutée (et pour cause) par les grands récits collectivistes.
Témoignages bouleversants
Au fil des témoignages, tous bouleversants, on plonge au cœur des dérives d’une glaçante entreprise de déshumanisation, qui prend ici le visage d’une bureaucratie en proie à la paranoïa la plus délirante. Frappe en premier lieu le fait que les ex-prisonniers de Jianbiangou n’avaient rien de violents dissidents politiques, mais étaient pour la plupart des citoyens comme les autres, souvent des intellectuels (enseignants, ingénieurs, etc.), qui accueillirent la révolution d’un acquiescement sincère. Beaucoup d’entre eux sont tombés dans le panneau de la campagne des Cent Fleurs (de février à juin 1957), grand appel lancé à la population pour faire ­remonter ses critiques au Parti, mais qui servit aussi à couper les têtes qui dépassaient ou les langues trop bien pendues.
Les Ames mortes se vit surtout comme un effroyable et effarant récit de la faim, cette ultime détresse humaine qui fonctionne comme une suspension de toute humanité. Jianbiangou fut le siège d’une famine terrible, cause première de son haut taux de mortalité. Les rescapés racontent comment les prisonniers étaient, par manque de vivres, renvoyés à l’état sauvage et réduits aux dernières extrémités, jusqu’à celle du cannibalisme, mais aussi les conditions d’internement déplorables qui étaient les leurs : le manque d’hygiène, la saleté, la vermine, les couches creusées à même le sol. Un abandon qui ­répond moins à une froide logique d’extermination qu’à un naufrage complet de l’administration pénitentiaire, incapable de répondre à l’afflux de prisonnierscomme au tarissement des ressources agricoles.
« Les Ames mortes » se vit surtout comme un effroyable et effarant récit de la faim, cette ultime détresse humaine
Wang Bing construit, pour les intervenants, un cadre qui, au sein de leurs petits intérieurs, leur ouvre un espace de parole approprié. Les témoins se montrent ­alternativement diserts ou évasifs, distants ou emportés, mais ce que l’on remarque à leur côté, c’est aussi la présence de leurs épouses. Souvent silencieuses, elles nimbent les récits d’une conscience supplémentaire, terriblement émouvante : celles des proches frappés par l’internement d’un parent, qui devaient en supporter à la fois l’infamie, l’angoisse et les privations subséquentes.
Le cinéaste ne lâche pas ses témoins d’un pouce, les relance, leur demande toujours plus de précisions : des dates, des faits, des détails, des circonstances, des noms surtout. C’est que le travail filmique court contre la disparition de ces rescapés âgés. Parfois, la caméra s’aventure à l’extérieur, pour filmer l’enterrement d’un témoin ou retourner sur le site même de Jianbiangou, devenu un paisible village, où disparaissent peu à peu les traces du camp et où l’on n’admet pas même une plaque commémorative. On comprend alors l’insistance de Wang Bing à faire énoncer le nom des victimes, de toutes les victimes possibles, aux derniers rescapés : Les Ames mortes est un mausolée dressé à leur mémoire. En l’érigeant au fil des années, le cinéaste a endossé la défroque de l’historien, venu déterrer les souffrances enfouies sous l’écrasant roulement du siècle.



Documentaire français et suisse de Wang Bing (8 h 43). Sur le Web : www.acaciasfilms.com/film/les-ames-mortes



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-17"> ¤ Le cinéaste Adilkhan Yerzhanov suit la route tragique d’un tandem burlesque et délicat.
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« La Tendre Indifférence du monde » : Bonnie et Clyde en terre kazakhe

Le cinéaste Adilkhan Yerzhanov suit la route tragique d’un tandem burlesque et délicat.



LE MONDE
 |    24.10.2018 à 07h10
    |

            Clarisse Fabre








                        



   


L’avis du « Monde » – à ne pas manquer
Il faut imaginer un film de ­Takeshi Kitano où l’amour aurait pris (largement) le ­dessus, où la violence serait une bulle pop qui finit par éclater, de temps à autre, dans un bain d’une douceur infinie. Le sang n’est pas au programme, mais quelques gouttes viennent tacher une fleur immaculée. Sélectionné à Un certain regard, à Cannes, La Tendre Indifférence du monde, du cinéaste kazakh Adilkhan ­Yerzhanov, a marqué les esprits par sa beauté visuelle, son épure bressonienne, son tandem de comédiens qui se lance sur la route tels Roméo et Juliette, et la termine façon Bonnie and Clyde. Comme le résume Serge Gainsbourg dans sa chanson (1968), c’est la société qui les a abîmés.

        Lire la critique parue lors du Festival de Cannes :
         

          « La Tendre Indifférence du monde », l’éternité des amants



Adilkhan Yerzhanov, réalisateur : « Le destin de 100 % de mes films, au Kazakhstan, c’est l’étagère, personne ne les voit »
Au Kazakhstan, le cinéma d’Adilkhan Yerzhanov est classé comme « partisan », parce qu’il raconte la société contemporaine. Le réalisateur revendique dans le dossier de presse son appar­tenance à la génération de la nouvelle vague kazakhe qui l’a pré­cédée, tel le bressonien Darezhan Omirbaev. Mais il avoue avoir ­regardé dernièrement beaucoup de films de Kitano et de Fellini : « Vous savez, quand j’ai commencé à faire le film, je ne rêvais même pas qu’il serait à Un certain regard, à Cannes. Le destin de 100 % de mes films, au Kazakhstan, c’est l’étagère, personne ne les voit. Donc j’essayais simplement de faire un film qui me plaise à moi. »
Saltanat, jeune femme d’une grande beauté – incarnée par ­Dinara Baktybayeva, star de films commerciaux au Kazakhstan –, doit quitter sa maison et les champs de son enfance pour éponger les dettes de son père défunt. Elle est promise à un mariage avec un homme d’affaires. Sa mère n’est pas tendre et l’envoie pour ainsi dire à l’abattoir. Saltanat peut toutefois compter sur son ami de toujours, Kuandyk (Kuandyk Dussenbaev), amoureux transi, plus délicat que maladroit : il décide de l’accompagner en ville et de veiller sur elle. Mais peut-on gagner de l’argent dans ce pays sans trahir, sans mettre soi-même un pied dans l’engrenage mafieux ?
L’éphémère du bonheur
Les deux personnages ne perdent jamais complètement leur droiture. Quand ils dévalent l’escalier après avoir dégommé d’affreux bandits, ils sont juste en train d’apprendre les règles de la survie. Kuandyk va conserver humour et autodérision envers et contre tout : dans une scène magnifique de poésie, il mime un voyage en avion qui les emmènerait lui et sa belle loin de ce cauchemar. La craie sur le mur et le dessin naïf sont promis à l’effacement et à l’éphémère du bonheur.
Kuandyk Dussenbaev, jeune acteur qui tient son premier rôle principal au cinéma, joue un personnage rassurant et naïf, si cela est possible. Il est donc un peu hors du temps et de la réalité. Comme sorti d’une bande dessinée, il est capable de reprendre sa course, à peine essoufflé, après avoir combattu tous les malfrats qui se présentent. Ce côté gaguesque, kitanesque, garde le film en lévitation, lui évite de plonger dans une vraisemblance mélodramatique. De même, la comédienne, en gardant sa retenue originelle, et sa tenue rouge comme emblème d’une grâce et d’une élégance que rien ne saurait atteindre, s’envole littéralement avec son ombrelle. Elle devient bulle, pétale de coquelicot… La beauté n’est jamais sirupeuse, et la fin pas malheureuse, si l’on en croit le jeune réalisateur. Ils sont mieux là, nous dit-il, ensemble et réunis dans la mort, que sur Terre.

Film kazakh et français d’Adilkhan Yerzhanov. Avec Dinara Baktybayeva, Kuandyk Dussenbaev (1 h 39). Sur le Web : www.arizonafilms.fr/films/la-tendre-indifference-du-monde



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-18"> ¤ Mila Turajlic retrace l’histoire récente de son pays à travers le regard de sa mère.
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« L’Envers d’une histoire » : retour sur cinquante ans de bouleversements en Serbie

Mila Turajlic retrace l’histoire récente de son pays à travers le regard de sa mère.



LE MONDE
 |    24.10.2018 à 07h10
 • Mis à jour le
24.10.2018 à 07h34
    |

                            Mathieu Macheret








                        



   


L’avis du « Monde » – à voir
Le deuxième long-métrage documentaire de Mila Turajlic (après Cinema Komunisto, 2010) est habité tout du long par une idée forte : celle des rapports entre histoire et héritage ou, pour le dire autrement, que ce que l’on reçoit de ses parents concerne tout autant le domaine intime que le destin politique d’un pays. Ainsi peut-on voir L’Envers d’une histoire autant comme un portrait de famille que comme un retour sur cinquante ans d’histoire serbe.
Pour cela, la réalisatrice, née en 1979, choisit de poser sa caméra dans un lieu stratégique : un appartement familial en plein cœur de Belgrade, nationalisé en 1949 par le pouvoir communiste de Tito et scindé depuis en deux, où ses grands-parents et parents durent cohabiter à proximité de nouveaux voisins, derrière les pans d’un faux mur posé à l’occasion dans leur salon. C’est depuis cette paroi, à la fois physique et symbolique, que Mila Turajlic envisage les bouleversements historiques qui suivirent : la désagrégation de la Yougoslavie, l’arrivée au pouvoir de Slobodan Milosevic, sa politique ethniciste et belliciste, ses réélections successives, puis le renversement du régime par la révolution démocratique du 5 octobre 2000. Autant d’événements qui ne furent jamais que les symptômes d’une division profonde et toujours persistante de la Serbie.
Scepticisme et résignation
Mais, dans cet appartement vit une résidente hors du commun qui apparaît comme le véritable sujet du film : Srbijanka Turajlic, la propre mère de la réalisatrice, professeure de maths aux cheveux courts et vêtue comme un garçon, figure majeure de l’opposition à Milosevic, mais aussi de la révolution du 5 octobre, puis une ministre du gouvernement de transition démocratique, avant qu’elle ne se retire de la vie publique, qu’elle commente néanmoins régulièrement à la télévision. Pourtant, devant la caméra de sa fille, Srbijanka affiche un troublant scepticisme teinté de résignation : elle eut beau lutter toute sa vie pour la liberté, ses concitoyens n’en restent pas moins tiraillés, à chaque nouvelle élection, entre les tentations nationalistes, populistes ou l’illibéralisme prorusse.
Animé par un esprit de clarté, le film parvient à entremêler des trames historiques, générationnelles et géopolitiques complexes, grâce à un travail de montage extrêmement efficace, d’une grande fluidité narrative, truffé en outre d’images d’archives étonnantes et peu montrées (l’apostrophe catastrophée de Vinko Hafner, l’un des « pères fondateurs » de la Yougoslavie, à un Milosevic drapé dans son orgueil sur les bancs du Parlement).
Mila Turajlic joue sur la façon dont l’intérieur (l’appartement) et l’extérieur (la rue, l’espace public) se convoquent mutuellement
Mila Turajlic joue sur la façon dont l’intérieur (l’appartement) et l’extérieur (la rue, l’espace public) se convoquent mutuellement. Sa caméra joue avec habileté du motif des embrasures et des fenêtres qui permettent à l’un et l’autre de communiquer : celles qui ouvrent au-dehors et permettent d’observer, par exemple, les manifestations en cours, mais aussi la télévision, où bruissent les images du pays. Le film n’est ainsi fait que de seuils à franchir, jusqu’au seuil ultime et originel : la scission de l’appartement.
Mais, en matière de passage, le plus beau est encore le relais, d’un côté à l’autre de la caméra, entre la mère et sa fille : ce flambeau des luttes que l’on n’a pas pu mener jusqu’au bout et, avec lui, la vigueur d’un pessimisme sachant qu’il n’y a, peut-être, pas grand-chose à espérer des révolutions. Du moins jusqu’à la prochaine.



Documentaire français et serbe de Mila Turajlic (1 h 44). Sur le Web : www.survivance.net/document/47/69/L-envers-d-une-histoire et www.othersideofeverything.com



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-19"> ¤ Paolo Moretti mène un travail de fond avec le Festival international du film et le cinéma Le Concorde.
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A La Roche-sur-Yon, la cinéphilie toute l’année

Paolo Moretti mène un travail de fond avec le Festival international du film et le cinéma Le Concorde.



LE MONDE
 |    24.10.2018 à 07h07
    |

            Véronique Cauhapé (La Roche-sur-Yon (Vendée), envoyée spéciale)








                        



                                


                            

Une semaine de météo au zénith. Et cependant, une semaine de salles obscures remplies, du matin jusqu’au soir, d’un public assidu et éclairé. Voilà, en tout premier lieu, ce qui surprend au Festival international du film de La Roche-sur-Yon, en Vendée : la présence en nombre de spectateurs qui aiment le cinéma et dont on devine qu’ils ne s’en laissent pas si facilement conter.
Cela tombe bien puisque la sélection des films en compétition n’a assombri d’aucune fausse note sa 9e édition. Parvenant même à trouver dans son caractère généraliste, et parmi tous les autres festivals, son identité propre. Cette identité s’est établie sur la créativité narrative et formelle reliant chacun des films présentés. Elle est perceptible dans le palmarès révélé lors de la soirée de clôture, dimanche 21 octobre.
Une vie consacrée au cinéma
Le Prix spécial du jury ayant été décerné, ex æquo, à l’irrévérencieux film de Yorgos Lanthimos, The Favourite (Prix d’interprétation et Grand Prix du jury à la Mostra de Venise), et à Profile, de Timur Bekmambetov, un long-métrage entièrement construit sur les images des ordinateurs des protagonistes. Tandis que le Grand Prix du jury Ciné + a couronné What You Gonna Do When the World’s on Fire ?, le film documentaire de Roberto Minervini sur la communauté afro-américaine de Baton Rouge.

La raison de cette double exigence – du public et de la programmation –, qui fait l’une des spécificités de ce rendez-vous annuel, tient en grande partie à la sensibilité d’un homme qui, depuis presque vingt ans, consacre sa vie au cinéma. Paolo Moretti, 42 ans (l’air d’en avoir à peine 30), est un Italien qui n’a cessé de parcourir l’Europe au gré des institutions et festivals où il a travaillé, le Centre Pompidou à Paris, la Filmoteca Española à Madrid, la Cinémathèque portugaise à Lisbonne. De 2008 à 2013, il a collaboré aux festivals de Venise et Rome avant de devenir...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-20"> ¤ Chaque mercredi, « La Matinale du Monde » propose ses coups de cœur à voir sur grand écran.
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Article sélectionné dans La Matinale du 23/10/2018
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Ballet aquatique, cavale amoureuse et goulag chinois : une semaine au cinéma

Chaque mercredi, « La Matinale du Monde » propose ses coups de cœur à voir sur grand écran.



LE MONDE
 |    24.10.2018 à 06h21
 • Mis à jour le
24.10.2018 à 07h23
   





                        


LES CHOIX DE LA MATINALE
Un programme éclectique vous attend pour cette première semaine de vacances avec un ballet aquatique déjanté pour hommes malmenés par la vie, un Bonnie and Clyde en terre kazakhe, une tragi-comédie de la quête sentimentale, et le témoignage bouleversant et glaçant de rescapés de camps de travaux forcés en Chine.
« Le Grand Bain » : quand les noyés de la vie se synchronisent

Trop rares sont les comédies populaires françaises qui ne courent pas au succès – qui peut d’ailleurs se révéler un insuccès – en appliquant une formule resucée. Ce sont peut-être ses points communs avec The Full Monty (1997), de Peter Cattaneo, qui faisait s’effeuiller ses chômeurs-strip-teaseurs sur fond de démantèlement métallurgique et de libéralisme thatchérien, qui donnent à Grand Bain ce petit goût excentrique, collectif et absurde qui lui va si bien. Renouant avec une vocation de réalisateur plutôt sporadique et jusqu’ici à moitié assumée (Narco, avec Tristan Aurouet, 2004 ; Les Infidèles, avec Jean Dujardin, 2012), l’acteur Gilles Lellouche convoque pour ce faire un imposant aréopage de virilités malmenées par la vie, parsème son récit de rôles féminins par contraste bien trempés, pour ne pas dire sévèrement burnés, et jette tout ce petit monde dans l’eau du bain pour signer une comédie chorale joyeusement mélancolique, décroissante, tendre et décalée. Jacques Mandelbaum
Film français de Gilles Lellouche. Avec Virginie Efira, Marina Foïs, Leïla Bekhti, Mathieu Amalric, Guillaume Canet, Benoît Poelvoorde, Jean-Hugues Anglade, Philippe Katerine, Félix Moati, Balasingham Thamilchelvan (1 h 58).
« People That Are Not Me » : Joy, post-ado de 30 ans, désespère des hommes

Tout plaide – dès le premier plan – pour un film générationnel. Une fille en pleurs, dans un appartement de post-adolescente, à moitié nue devant son ordinateur, envoie un message comme une bouteille à la mer au garçon dont on suppose qu’il vient de la laisser tomber. Extension informatique de soi-même, précarité et insatisfaction sociale, errance affective, ordalie sexuelle. Ou égotisme généralisé, tout le monde se parlant à soi-même alors même qu’il s’adresse à l’autre. People That Are Not Me, comme le titre le dit si bien. Ça fait effectivement du monde. Joy, jeune Israélienne d’à vue de nez 30 ans, représente ici un type sociologique occidental, féministe. La réalisatrice Hadas Ben Aroya, qui a bricolé ce premier long-métrage pour la fin de ses études, compose et interprète ce personnage avec un culot, un charme et un talent tout à fait remarquables. J. M.
Film israélien d’Hadas Ben Aroya. Avec Hadas Ben Aroya, Yonatan Bar-Or, Netzer Charitt, Meir Toledano, Hagar Enosh (1 h 20).
« Les Ames mortes » : retour glaçant sur les camps de concentration maoïstes

Tourné sur plus de dix ans et présenté hors compétition au dernier Festival de Cannes, ce documentaire s’inscrit dans une démarche démystificatrice des purges antidroitistes de 1957 dont les victimes furent envoyées de force au laogai (« camp de rééducation par le travail »). Du haut de ses 8 heures 15, réparties en trois séances, le film pourrait sembler un monolithe surplombant s’il n’était en fait une course contre la montre, recueillant le plus de témoignages possible auprès des rescapés, afin de constituer une batterie de faits opposables aux versions officielles d’une histoire en voie d’être définitivement réécrite.
Les Ames mortes s’intéresse plus particulièrement à un lieu de sinistre mémoire : la ferme de Jianbiangou, proche du désert de Badain Jaran, où près de 2 500 prisonniers politiques (sur 3 000 internés) ont trouvé la mort entre 1957 et 1961. Devant la caméra de Wang Bing se succèdent les survivants de ce camp infernal, aujourd’hui des vieillards retirés, qui reviennent in extenso sur cette séquence historique et l’éclairent au jour des expériences individuelles – cette lumière tant redoutée (et pour cause) par les grands récits collectivistes. Mathieu Macheret
Documentaire français et suisse de Wang Bing (8 h 15).
« La Tendre Indifférence du monde » : cavale amoureuse dans la jungle kazakhe

Saltanat, jeune femme d’une grande beauté – incarnée par Dinara Baktybayeva, star de films commerciaux au Kazakhstan –, doit quitter sa maison et les champs de son enfance pour éponger les dettes de son père défunt. Elle est promise à un mariage avec un homme d’affaires. Sa mère n’est pas tendre et l’envoie pour ainsi dire à l’abattoir. Saltanat peut toutefois compter sur son ami de toujours, Kuandyk (Kuandyk Dussenbaev), amoureux transi, plus délicat que maladroit : il décide de l’accompagner en ville et de veiller sur elle. Mais peut-on gagner de l’argent dans ce pays sans trahir, sans mettre soi-même un pied dans l’engrenage mafieux ? La Tendre Indifférence du monde, du cinéaste kazakh Adilkhan Yerzhanov, marque par sa beauté visuelle, son épure bressonienne, son tandem de comédiens qui se lance sur la route tels Roméo et Juliette, et la termine façon Bonnie and Clyde. Clarisse Fabre
Film kazakh et français d’Adilkhan Yerzhanov. Avec Dinara Baktybayeva, Kuandyk Dussenbaev (1 h 39).

Les sorties cinéma de la semaine (mercredi 24 octobre)
Les Ames mortes, documentaire français et suisse de Wang Bing (à ne pas manquer)People That Are Not Me, film israélien d’Hadas Ben Aroya (à ne pas manquer)La Tendre Indifférence du monde, film kazakh et français d’Adilkhan Yerzhanov (à ne pas manquer)Le Rouge et le Gris. Ernst Jünger dans la Grande Guerre, documentaire français de François Lagarde (à ne pas manquer)Cold War, film polonais, anglais et français de Pawel Pawlikowski (à voir)L’Envers d’une histoire, documentaire français et serbe de Mila Turajlic (à voir)Le Grand Bain, film français de Gilles Lellouche (à voir)Halloween, film américain de David Gordon Green (pourquoi pas)Jean-Christophe & Winnie, film d’animation américain de Marc Forster (pourquoi pas)Quien te cantara, film espagnol et français de Carlos Vermut (on peut éviter)
A l’affiche également :
Bamse au pays des voleurs, film d’animation suédois de Christian RylteniusChair de poule 2, les Fantômes d’Halloween, film américain d’Ari SandelDakini, film bouthanais de Dechen RoderInvasion, film iranien de Shahram MokriPlace de la République, printemps 2016, documentaire français de Leila Ben Aribi





                            


                        

                        

