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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-1"> ¤ Le cinéaste accumule les clichés, mais signe un beau portrait de femme.
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« Tout l’argent du monde » : la tragédie d’une mère selon Ridley Scott

Le cinéaste accumule les clichés, mais signe un beau portrait de femme.



LE MONDE
 |    27.10.2018 à 14h00
    |

                            Thomas Sotinel








                        



   


Canal+, samedi 27 octobre à 21 heures, film
Dix millions de dollars, ce n’est qu’une minuscule fraction de tout l’argent du monde. Et c’est ce qu’a coûté le tour de passe-passe cinématographique exécuté par deux octogénaires, le réalisateur Ridley Scott et l’acteur Christopher Plummer, pour escamoter Kevin Spacey du film Tout l’argent du monde, dans lequel il tenait un rôle central. La manœuvre consistant à rem­pla­cer Spacey par Plummer a, selon le New York Times, porté le budget du film à 50 millions de dollars.

        Lire l’analyse :
         

          Kevin Spacey, un fantôme à Hollywood



« Tout l’argent du monde » est à l’Italie ce qu’« Une grande année », le pire film de Scott, est à la Proven­ce
Dans cette relation du rapt, en 1973, par une bande mafieuse, de John Paul Getty III, descendant – mais pas héritier – de la plus grande fortune de l’époque, Rid­ley Scott déploie, avec la désinvolture d’un cinéaste qui n’a plus rien à prouver, ses défauts les plus navrants (Tout l’argent du monde est à l’Italie ce qu’Une grande année, le pire film de Scott, est à la Proven­ce). Mais aussi ses qualités les plus éprouvées – manipulation du suspense (Alien) et maîtrise du grand format (American Gangster). Il met en scène ici son plus beau personnage féminin depuis le sergent Ripley d’Alien : Abigail Harris, la mère de l’adolescent enlevé, jouée par Michelle Williams.
Le film commence à San Francisco, où John Paul Getty II (Andrew Buchan), Abigail Harris et leurs enfants vivent chichement, à l’ombre de la tour qui abrite Getty Oil, siège de l’empire que leur père, beau-père et grand-père a édifié. Des flash-back un peu ridicules montreront Christopher Plummer, rajeuni numériquement, négociant, au lendemain de la seconde guerre mondiale, l’achat de champs pétrolifères avec des nobles saoudiens et lançant le premier super-tanker des chantiers navals de Toulon (le bateau fut en fait construit à Dunkerque, mais la précision historique est le cadet des soucis de Ridley Scott et de son scénariste).
Un biopic dynastique
Pendant que se déploient les poncifs de ce biopic dynastique, on voit poindre un autre film, la tragédie d’une femme plongée dans un monde qui ne lui fera jamais de place. Après avoir poussé son mari à se réconcilier avec son père, Abigail Harris fait la connaissance du milliardaire qui, selon la version proposée par Plum­mer et Scott, est un hybride d’Oncle Picsou et du roi Lear, un avare mégalo qui lave ses caleçons à la main tout en faisant reconstruire à Malibu la villa d’Hadrien.
Installés à Rome, les Getty Junior se laissent aller à la dolce vita, grâce aux miettes que l’ancêtre leur jette
Installés à Rome, les Getty Junior se laissent aller à la dolce vita, grâce aux miettes que l’ancêtre leur jette. Papa prend goût à l’héroïne, maman se débrouille comme elle peut avec John Paul Getty III (Charlie Plum­mer), ado difficile. Si difficile qu’en traînant au pied du Colisée il est enlevé par un gang qui réclame 17 millions de dol­lars pour le libérer. Le film trouve alors un curieux équilibre entre le récit de l’enlèvement, traité à gros traits, et l’affrontement entre la mère et le grand-père qui a affirmé dès les premiers jours son refus de débourser 1 cent.
Ridley Scott met en scène l’Italie des années 1970 en collant bout à bout les clichés : carabiniers empotés, presse corrompue, Etat défaillant. Et, cerise sur le gâteau, un mafieux incarné par Romain Duris, qui portait mieux la robe chez Ozon que l’inamovible galure crasseux dont l’a affligé la costumière Janty Yates. Dans ces moments, seul le sens du rythme du cinéaste empêche le film de sombrer dans le ridicule. Tandis que son fils est revendu par les ravisseurs, Abigail refuse de se résigner à l’inaction face à l’impéritie italienne et l’avarice de l’aïeul. Lequel, pour se donner bonne conscience, met sur l’affaire l’un de ses séides, Fletcher Chace (Mark Wahlberg), ex-agent de la CIA, qui passe peu à peu dans le camp de la mère.
Michelle Williams, force vitale
Chace se révèle d’abord incompétent. Lors d’une visite au siège des Brigades rouges (un grand appartement au mur duquel le groupe de Renato Curcio a affiché sa raison sociale), il se laisse convaincre que l’adolescent a mis en scène son enlèvement. C’est l’une des pires séquences du film, mais aussi le ressort qui permet de mettre en mouvement le rapport entre Abigail et l’homme de main.
Mark Wahlberg utilise au mieux sa faculté à incarner les braves types pas très fins
Selon les lois en vigueur jusqu’ici à Hollywood, le mâle alpha devrait accomplir héroïquement la mission confiée par la femme éplorée. C’est à peu près le contraire qui se passe. La bru réprouvée prend l’ascendant sur Chace, reflétant l’écart qui sépare les deux acteurs. Michelle Williams est ici aussi résolue et habile qu’elle était blessée et désemparée dans Manchester by the Sea, alors que Mark Wahlberg utilise au mieux sa faculté à incarner les braves types pas très fins.
Quant à Plummer, il cherche à trouver un peu d’humanité au fond de son personnage. Mission impossible : J. Paul Getty, qui fit installer une cabine téléphonique à pièces dans le hall de son manoir anglais pour que ses invités n’abusent pas de son hospitalité, n’avait (selon le scénario de David Scarpa, tiré d’un livre de John Pearson) d’autre fonction que de propager la corruption. Lors­que l’acteur se résout à se laisser aller à l’ignominie de son milliardaire, face à la force vitale qu’incarne ­Mi­chelle Williams, Tout l’argent du monde touche à la grandeur.

Tout l’argent du monde, de Ridley Scott. Avec Christopher Plummer, Mark Wahlberg, Michelle Williams (135 min).



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-2"> ¤ Notre chroniqueur a encore frappé : après les vestiaires de Michel Cymes et Benjamin Millepied, Marc Beaugé scrute celui de l’acteur français, actuellement à l’affiche du film « Le Grand Bain ».
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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-3"> ¤ Dans l’Aude, les activités de l’Association rurale d’éducation populaire, à Festes-et-Saint-André, sont mises en péril par la baisse de ces emplois subventionnés par l’Etat. Reportage.
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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-4"> ¤ L’offre de comic books en France est foisonnante. Un succès toutefois à nuancer alors que la quatrième édition de Comic-Con se tient à Paris ce week-end.
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Derrière le gigantesque succès de « The Walking Dead », le fragile marché du comics en France

L’offre de comic books en France est foisonnante. Un succès toutefois à nuancer alors que la quatrième édition de Comic-Con se tient à Paris ce week-end.





LE MONDE
 |    27.10.2018 à 11h00
 • Mis à jour le
27.10.2018 à 14h53
    |

            Pauline Croquet





Il suffit de se rendre dans les librairies françaises pour constater que les comics, les bandes dessinées d’origine américaine et britannique, ont pris de plus en plus de place sur les étagères ces dernières années. Dans le sillage des historiques Panini, Delcourt puis plus tard Urban comics — le trio de tête —, plusieurs maisons d’édition ont lancé leur label. La grande majorité de ces derniers, qu’ils soient David ou Goliath, vont se côtoyer dans les allées de la Comic-Con Paris, dont la quatrième édition se déroule du vendredi 26 au dimanche 28 octobre, à La Grande halle de la Villette.
Ces derniers sont dans l’ensemble satisfaits de leurs résultats et du dynamisme de leur secteur. « On avait un objectif de rentabilité sur trois ans, on l’a été en huit mois », se félicite François Hercouët, directeur éditorial d’Urban comics, l’éditeur des ultrapopulaires séries « Batman » qui dépend du mastodonte de la BD Dargaud. Chez les indépendants, Bliss a par exemple embauché sa première salariée cette année, soit deux ans et demi après son lancement, et s’offre un stand au Comic-Con de 24 mètres carrés contre six il y a trois ans.
Six cents titres par an
Mais la réalité n’est pas aussi simple. Ce secteur reste le « petit Poucet » de la BD : selon le Syndicat national de l’édition et l’institut de sondage GFK, le chiffre d’affaires global du comics s’élevait, en 2016, à 45 millions d’euros, moins que la moitié de celui généré par le manga. Après avoir connu une explosion des ventes avec une croissance de 275 % entre 2007 et 2017, le marché du comics en France amorce un léger recul.
Avec quelque six cents titres anglo-saxons publiés par an par l’ensemble des éditeurs français, tous s’accordent à dire que le marché est saturé. Mécaniquement, tous les albums n’auront pas la chance de percer ou d’attirer l’attention. « Aujourd’hui, pour une série qui va se vendre relativement bien, on en a dix qui font moins de mille exemplaires vendus », évalue Thierry Mornet, responsable de Delcourt comics.
« Une dizaine de titres par mois, c’est une nécessité pour faire exister une marque »
Si certaines maisons ont décidé de réduire leur programmation, d’autres comme Panini et Urban comics, éditeurs exclusifs en France des majors américaines Marvel et DC, continuent d’inonder le marché. « On a commencé fort, dès notre lancement en 2012, avec une dizaine de titres par mois. C’est une nécessité pour faire exister une marque », estime François Hercouët d’Urban comics. « Nous sommes dépendants de la stratégie et de la volumétrie de publication de Marvel », reconnaît, de son côté, Sébastien Dallain, son homologue chez Panini, à plus forte raison depuis que Marvel a acheté en 1994 l’entreprise italienne, qui s’est rendue célèbre pour ses albums de vignettes à collectionner. Une inflation qui, à terme, peut surtout porter préjudice en bout de chaîne aux librairies, qui n’ont pas une trésorerie illimitée et ne peuvent pas forcément suivre toutes les sorties.
Le carton inattendu de « Rick et Morty »
Car si l’offre s’est étendue, le lectorat n’a pas crû à la même vitesse. Avec actuellement 900 000 acheteurs français de comics, selon le Syndicat national de l’édition — en comparaison des 6,9 millions d’acheteurs de BD franco-belge —, ce marché de niche s’est élargi depuis une petite dizaine d’années.
Date à laquelle les comics se sont vendus en librairies plutôt qu’en kiosques et maisons de presse, son système de distribution originel mais chancelant. L’arrivée massive en librairie s’est aussi accompagnée d’une autre façon d’éditer les comics. Au lieu des fascicules consommables qui se multipliaient au risque de perdre les lecteurs les moins aguerris, les éditeurs ont fait le choix de publier de beaux ouvrages cartonnés, regroupant les séries au complet, avec des chronologies entières ou des compilations d’un même auteur.
« Avec “The Walking Dead”, on est au-delà du succès »
C’est ainsi qu’a procédé la petite entreprise Bliss comics qui, depuis 2016, essaie de redonner une visibilité et une cohérence à l’univers de superhéros américains de la maison Valiant (Faith, Bloodshot). « Mon but était de produire des bouquins que j’aurais voulu avoir comme lecteur », explique son fondateur Florent Degletagne.
Ces gros volumes peuvent toutefois coûter une trentaine d’euros, un tarif qui peut dissuader les indécis ou les plus jeunes. Car les comics peinent encore à séduire un très large public, à l’exception de cas très rares comme The Walking Dead. « C’est de très loin le titre numéro un. Aujourd’hui quand on regarde le marché du comics français, on retire son chiffre systématiquement sinon c’est faussé, explique Thierry Mornet, de Delcourt, son éditeur français. On est au-delà du succès, c’est un véritable phénomène avec pas loin de cinq millions d’exemplaires écoulés sur la série de trente tomes. »

        Lire aussi :
         

                Charlie Adlard : « Il serait idiot de ne pas prévoir de fin à “The Walking Dead” »



L’année 2018 a aussi été marquée par le décollage incroyable de la BD Rick et Morty dérivée de la série animée phénomène. Le tome 1, qui a marqué le lancement en janvier du petit label Hi Comics de la maison d’édition Bragelonne, s’est écoulé à plus de 30 000 exemplaires, et s’est hissé au sommet des ventes françaises, juste derrière The Walking Dead.
« Deux mille exemplaires vendus, c’est le chiffre à partir duquel le titre devient rentable »
« C’est toujours difficile d’expliquer pourquoi une BD marche et pas une autre », estime Basile Béguerie, qui s’occupe de la collection comics Paperback, lancée il y a quelques mois par Casterman. « Dans le comics, le chiffre-clé c’est deux mille exemplaires vendus. C’est le chiffre à partir duquel le titre devient rentable et où il a une raison d’exister », explique Sullivan Rouaud, responsable d’Hi Comics. A trois mille, les éditeurs considèrent que le titre est solide ; à cinq mille ventes, ils commencent à parler de réussite.
Pour toucher le grand public et les lecteurs de BD franco-belge, il est difficile de tout parier sur la sortie d’un film ou d’une série. Les succès de Rick et Morty, de The Walking Dead ou encore Deadpool doivent certes beaucoup à leurs adaptations sur écran, mais cela n’a pas forcément été le cas de Black Panther, malgré son énorme carton au box-office.
« Se tourner vers les lectrices »
Le taux de conversion des spectateurs en lecteurs reste encore faible. Pour Olivier Jalabert, le directeur éditorial de Glénat comics, branche lancée en 2015 en se positionnant sur des œuvres indépendantes, « un des leviers pour sortir du lectorat habituel est de se tourner vers les lectrices ». Une idée qui trotte dans la tête de plusieurs éditeurs d’autant que les catalogues comics comportent des titres avec des héroïnes intéressantes, mais aussi depuis que des études de marché, notamment portées par l’institut de sondage GFK, montrent que ce sont les femmes qui achètent le plus de BD, en général.
« On est en concurrence avec les plates-formes de VOD »
Une stratégie qui a aussi poussé les éditeurs à investir autant que possible tous les champs de la BD américaine, bien au-delà des superhéros en slip moulant, et à proposer un foisonnement de genres : roman graphique, tranche de vie, science-fiction, polar, etc.
Parce que les éditeurs sont plus nombreux sur l’échiquier, le prix des licences, notamment d’auteurs indépendants, a flambé « de façon déraisonnable, doublant, voire triplant », assurent tous les acteurs, sans donner de prix. « On peut quelque part parler de boursicotage où des paris sont faits sur des franchises sans être sûrs de leur rentabilité », admet Laurent Lerner, le fondateur de Delirium, petit éditeur indépendant qui s’évertue à republier l’œuvre de Richard Corben, Grand Prix de la ville d’Angoulême 2018. Ce dernier estime ne pas avoir les moyens ou l’envie de rentrer dans ce genre de compétition : « Les ayants droit américains cèdent au plus offrant, c’est ainsi que ça marche. »

        Lire aussi :
         

                Le maître de l’horreur Richard Corben nouveau Grand Prix d’Angoulême



Difficile pour les maisons d’édition à un ou deux salariés d’exister depuis qu’elles se voient concurrencées sur les catalogues de titres indépendants ou confidentiels par de grands groupes de BD. « On est en concurrence non seulement les uns avec les autres, mais surtout avec les autres formes de divertissement comme les plates-formes de VOD [vidéo à la demande]. Car pourquoi aller acheter un tome à 15 euros quand, pour 10 euros par mois, tu as un abonnement illimité ? », complète Basile Béguerie, de Casterman. « La leçon qu’il faut retenir, selon Olivier Jalabert de Glénat, c’est que contrairement à ce que pourrait faire croire l’effet Hollywood, nous ne sommes pas dans un Eldorado du comics. »




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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-5"> ¤ Une sélection d’ouvrages à découvrir pendant cette période de vacances.
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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-6"> ¤ L’historienne, auteure de nombreux travaux sur la mémoire et ses failles, publie une nouvelle version de l’un de ses premiers livres, le plus personnel, « Ils étaient juifs, résistants, communistes ».
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Annette Wieviorka contre l’oubli et le silence

L’historienne, auteure de nombreux travaux sur la mémoire et ses failles, publie une nouvelle version de l’un de ses premiers livres, le plus personnel, « Ils étaient juifs, résistants, communistes ».



LE MONDE DES LIVRES
 |    27.10.2018 à 09h00
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            Marc Semo








                        



                                


                            

« C’est mon livre le plus personnel », confie ­Annette Wieviorka. En retraçant, dans Ils étaient juifs, résistants, communistes, la geste tragique des FTP-MOI (Francs-tireurs partisans-Main-d’œuvre immigrée) qui participèrent, à Paris, mais aussi à Lyon et à Grenoble, à la lutte armée contre l’occupant allemand pendant la seconde guerre mondiale, c’est une part de sa propre histoire qu’elle raconte. « Ces gens sont les miens », confie sobrement l’historienne dans son appartement plein de livres du 10e arrondissement de Paris. Ce quartier, elle ne l’a jamais vraiment quitté. Il était avant guerre l’un des cœurs du « yiddishland » de la capitale, avec ses artisans, ses journaux, ses clubs sportifs, ses querelles politiques.
Publié une première fois en 1986 chez Denoël, le livre était depuis longtemps épuisé. Mais son auteure s’était toujours opposée à sa réédition en l’état. « En l’espace de trente ans, explique-t-elle, tout a changé, avec l’ouverture complète des archives, notamment celles de la police et du ministère de l’intérieur, et la publication des Mémoires de plusieurs protagonistes, complétant les récits des survivants que j’avais interrogés à l’époque. »
Elle l’a donc considérablement augmenté par rapport à la première édition, ce qui en fait, plus que jamais, le livre de référence sur cet épisode longtemps ignoré hors de l’entre-soi des anciens de la MOI, dont l’ancien secrétaire général de la CGT Henri Krasucki (1924-2003) – guère plus de 200 survivants. Lesquels parlaient peu. « Jamais je n’ai rencontré de résistants juifs triomphants, leur modestie était à la mesure du drame subi par leur famille », analyse Annette ­Wieviorka.

Le poème d’Aragon chanté par Léo Ferré
C’est paradoxalement l’affiche apposée par les Allemands sur les murs de France, avec les portraits des « terroristes étrangers » du « groupe Manouchian » – 23 membres des...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-7"> ¤ A partir de ses propres archives, l’Institut Mémoires de l’édition contemporaine (IMEC), près de Caen, propose une exposition qui retrace deux siècles dans la manière occidentale de découvrir l’altérité.
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édition abonné


Voyage dans les imaginaires occidentaux du monde

A partir de ses propres archives, l’Institut Mémoires de l’édition contemporaine (IMEC), près de Caen, propose une exposition qui retrace deux siècles dans la manière occidentale de découvrir l’altérité.



LE MONDE IDEES
 |    27.10.2018 à 09h00
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            Catherine Vincent








                        



                                


                            

« Dr Livingstone, I presume ? » L’apostrophe est célèbre, mais qui se souvient qu’elle a été lancée à l’automne 1871 par un jeune Blanc arrivant à Ujiji (Tanzanie), village situé sur les rives du lac Tanganyika, à l’attention d’un autre Blanc au visage ­émacié, qui n’avait pas côtoyé d’Européens ­depuis cinq ans ?
A l’époque où le missionnaire écossais David Livingstone fut retrouvé par le journaliste Henry Morton Stanley, les grandes puissances européennes se partageaient l’Afrique, et ce « continent noir », largement méconnu, nourrissait un imaginaire colonial plus ou moins imprégné de racisme. Une fascination trop souvent faite de clichés et de préjugés qui transparaît nettement dans les écrits de Stanley et Livingstone, dont les ouvrages figurent en bonne place dans l’exposition « Récits du monde » qui se tient actuellement à l’Institut Mémoires de l’édition contemporaine (IMEC), près de Caen.
« Construction historique »
« L’imaginaire des voyages tels que nous les pratiquons en Occident est le produit d’une construction historique, on s’en rend compte immédiatement en explorant les archives de l’IMEC », note son commissaire, Gilles A. Tiberghien. Maître de conférences en esthétique à l’université Paris-I, celui-ci a eu carte blanche pour dénicher dans les fonds de l’IMEC les documents illustrant ce rapport au monde. Manuscrits d’œuvres, affiches, guides, cartes, revues, photographies ou ouvrages rares : entre histoire et géographie, fiction et documentaire, description et invention, ces archives dessinent en creux l’évolution qui se produit en deux siècles dans la manière occidentale de découvrir l’altérité.
En 1798, Bonaparte entame sa campagne d’Egypte. Il y associe une armée de savants, ingénieurs, écrivains, naturalistes, qui réunissent une documentation foisonnante sur la région. L’expédition inspirera durablement le mouvement artistique dit « orientalisme », et de nombreux poètes et écrivains dans la première...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-8"> ¤ L’Islande rêvée est-elle éloignée de la réalité ? Audur Ava Olafsdottir, Arni Thorarinsson, Eric Boury et Mathias Malzieu en ont discuté, samedi 6 octobre, au Monde Festival.
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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-9"> ¤ Chaque samedi, « La Matinale du Monde » vous propose une sélection d’émissions et de podcasts à savourer en différé.
<filname="PROF-0,2-3246,1-0,0-9"> ¤                     
                                                

Poignant, révoltant ou reposant : un replay pour chacun

Chaque samedi, « La Matinale du Monde » vous propose une sélection d’émissions et de podcasts à savourer en différé.



LE MONDE
 |    27.10.2018 à 06h16
   





                        


LES CHOIX DE LA MATINALE
Au creux des vacances, nous vous proposons deux documentaires et une série, trois contenus d’excellente qualité. Libye, anatomie d’un crime dévoile les terrifiants sévices subis par les prisonniers pendant la révolte populaire, Mon pays fabrique des armes brise le tabou des ventes d’armes françaises à l’étranger, tandis que la série Etonnants jardins nous emmène à la découverte des plus beaux paysages taillés par l’homme.
Des hommes violés en Libye

   


On ne verra jamais son visage, juste des plans sur ses mains abîmées et sur ses lèvres sèches. « Il n’y a pas de mot pour décrire ce que j’ai vu », lance, désespéré, Ahmed. Cet homme a passé cinq ans dans une prison libyenne. Cinq années durant lesquelles il a côtoyé des geôliers prêts à toutes les perversités pour humilier leurs prisonniers.
Ce qu’Ahmed s’apprête à décrire est abject : « Ils [les gardiens] prenaient un balai, ils le fixaient au mur et il fallait que tu te l’enfonces. Imagine à quel point tu te sens anéanti. On est nombreux à avoir subi des viols. Ils te violaient et ils filmaient avec un téléphone. »
Face à lui se tient Imad, un militant libyen exilé à Tunis. Avec Ramadan, un ancien procureur, ils tentent de rassembler et de consigner des témoignages de compatriotes – hommes et femmes – violés par les soldats de Kadhafi, envoyés pour mater la révolte populaire (qui commença en 2011) ; puis par des membres de milices armées après la mort du « guide ». Leur but ? Faire traduire les donneurs d’ordres devant la justice internationale. Pour cela, ils sont épaulés par la juriste Céline Bardet, spécialiste des crimes de guerre. Ce documentaire suit ces deux exilés dans cette quête périlleuse, tant il est difficile de faire parler des hommes qui ont subi des violences sexuelles. Mustapha Kessous
« Libye, anatomie d’un crime », de Cécile Allegra (France, 2018, 75 minutes). Disponible sur Arte.tv jusqu’au 21 décembre et sur YouTube.
Une « équipe France » armée 

La France vend des armes, beaucoup, et depuis longtemps. Est-ce son rôle d’exporter des armes dans le monde entier, particulièrement au Moyen-Orient aujourd’hui à feu et à sang ? « Oui, c’est notre rôle », tranchait François Hollande en avril 2017 dans une usine du missilier MBDA. Un « Circulez, rien à voir ! » que le documentaire de la journaliste Anne Poiret tente de bousculer. Car, si la première affirmation du film se discute assurément – « Nous ne savons rien » –, la deuxième est une vérité sur laquelle il vaut de s’interroger : le sujet des ventes d’armes forme « un angle mort du débat public ».
Avec 17 milliards d’euros de prises de commandes en 2016, montant record historique, la présidence de François Hollande a plus que toutes les autres vendu canons et munitions, rappelle le film. Et pourtant aucun des responsables de l’époque n’a assumé cette politique devant la caméra d’Anne Poiret : ni le chef de l’Etat ni son ministre de la défense, Jean-Yves Le Drian, présenté par l’exécutif comme le chef performant de « l’équipe France », qui a engrangé des ventes depuis l’Inde jusqu’au Qatar.
Dans les démocraties occidentales, la guerre au Yémen a depuis 2015 relancé une forte interpellation morale : peut-on continuer de fournir en matériels militaires des protagonistes, Arabie saoudite en tête, accusés de commettre des crimes de guerre envers les populations civiles ? Le film ne comporte pas de révélations, mais il a le mérite de donner aux citoyens les clés du débat. Nathalie Guibert 
« Mon pays fabrique des armes », d’Anne Poiret (France, 2018, 70 minutes). Disponible sur France.tv jusqu’au 22 novembre.
Des jardins pas comme les autres 

   


Après le jardin Inhotim, au Brésil, ou celui de la spéculation cosmique, en Ecosse, toujours visibles sur le site d’Arte, la deuxième saison d’« Etonnants jardins » nous fait découvrir, cinq autres créations contemporaines.
Première étape : Awaji Yumebutai, conçu par la star japonaise de l’architecture, Tadao Ando. Vaste complexe incluant un théâtre à ciel ouvert et d’immenses serres, cette « scène pour les rêves » est parcourue par des corridors et des escaliers qui ne mènent nulle part, version moderne du labyrinthe. Deuxième étape : le Jardin plume, en Normandie. Ces trois hectares de verger ont été métamorphosés par Sylvie et Patrick Quibel, un couple de pépiniéristes. Les buis taillés y mettent en valeur la « folie végétale » des fleurs et des graminées, légères comme… la plume.
Troisième étape : le parc paysager de Duisburg-Nord, en Allemagne, réhabilitation d’un ancien site de la Ruhr de… 230 hectares. Pari réussi au vu des images de ces ruines industrielles transformées en jardins que se sont appropriés les habitants. La quatrième étape était le jardin de cactus de l’île de Lanzarote (Canaries).
Enfin, ultime étape, la plus fascinante : les jardins suspendus de la High Line new-yorkaise. Aménagés sur une ancienne ligne de chemin de fer traversant la ville, ils ont su conserver leur simplicité d’origine. Avec cette injonction à ceux qui l’arpentent que connaissent bien les jardiniers : « Prends ton temps… » Lucien Jedwab
« Etonnants jardins », série documentaire de Stéphane Carrel, Pat Marcel et Charlotte Faure (France, 2017, 5 x 26 minutes), disponible sur Arte.tv et sur YouTube.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-10"> ¤ Le festival organisé à Pingyao par le réalisateur, entrepreneur et député illustre la gageure de promouvoir le cinéma d’auteur dans l’empire du Milieu.
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Jia Zhang-ke, ou les tribulations d’un cinéaste en Chine

Le festival organisé à Pingyao par le réalisateur, entrepreneur et député illustre la gageure de promouvoir le cinéma d’auteur dans l’empire du Milieu.



LE MONDE
 |    26.10.2018 à 18h56
 • Mis à jour le
26.10.2018 à 19h15
    |

            Aureliano Tonet (Pingyao (Chine)








                        



                                


                            

Jia Zhang-ke a sorti sa plus belle perche à selfie pour l’occasion. Le réalisateur la promène, coiffée d’un smartphone fluet, tandis qu’il musarde sur le « red carpet » du festival de cinéma qu’il a créé, il y a un an, à Pingyao. Le tapis est du même rouge que les drapeaux de la République populaire chinoise qui flottent fièrement sur l’artère principale de cette bourgade touristique de la province du Shanxi, située à 585 km au sud-ouest de Pékin – Pingyao ne compte que 500 000 habitants, une bagatelle à l’échelle du pays.
Lors du dernier Festival de Cannes, une escouade de six agents de sécurité veillait à ce qu’aucun selfie n’entache la montée des marches. A Pingyao, les régiments de l’armée, qui patrouillent à vive cadence durant toute la manifestation, laissent faire. Il serait inopportun de voir dans le geste de « mister Jia », comme on l’appelle ici, un bras d’honneur aux instances cannoises, qui ont sélectionné six de ses douze longs-métrages, dont le plus récent, Les Eternels, en mai.

Non, si le grand mandarin du cinéma d’art et d’essai a dégainé sa perche, c’est pour se persuader qu’il ne rêve pas : pour la deuxième année d’affilée, près de 150 000 de ses compatriotes, selon le décompte officiel, sont venus découvrir une cinquantaine de films chinois et étrangers, du 11 au 20 octobre. Alors, l’engin de Jia s’attarde longtemps sur les visages enthousiastes de ces lycéens, étudiants, cinéphiles, blottis contre les rambardes blanches ; certains ont fait le voyage de très loin – Sichuan, Yunnan… – pour se retrouver là, dans la région la plus charbonneuse du pays, ce Shanxi noir de suie où il a vu le jour, il y a 48 ans, et fait ses premières armes de cinéaste.
La déesse aux vingt-six bras
Ainsi augmenté d’un membre métallique, Jia Zhang-ke ressemble à la déesse aux vingt-six bras qui trône au cœur du temple taoïste Shuanglin, l’une des principales attractions du coin. Combien de perches, au juste,...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-11"> ¤ Le directeur général de MK2 est un collaborateur de longue date du cinéaste chinois.
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Nathanaël Karmitz : « Jia Zhang-ke a besoin d’appuis »

Le directeur général de MK2 est un collaborateur de longue date du cinéaste chinois.



LE MONDE
 |    26.10.2018 à 18h55
 • Mis à jour le
26.10.2018 à 19h26
    |

            Aureliano Tonet








                        



                                


                            

Collaborateur de longue date de Jia Zhang-ke, Nathanaël Karmitz, 40 ans, est le directeur général de MK2, une ­société basée à Paris, où cohabitent plusieurs métiers du cinéma (production, exploitation, distribution, ­édition, ventes internationales…).

Jia Zhang-ke se réfère souvent à ce qu’il appelle ­le « modèle MK2 ». A quand remonte votre ­collaboration ?
Nous avons assuré les ventes internationales de ­24 City, en 2007. Depuis, nous ne nous sommes pas quittés, jusqu’à coproduire ses deux derniers films. MK2 correspond bien à ces grands réalisateurs qui portent un message universel dans des pays où le cinéma est un art vivace, mais contraint. Ils ont besoin d’appuis, d’ouvertures. Ce fut le cas hier pour Abbas Kiarostami en Iran ; c’est aujourd’hui le cas pour Jia.
Du maoïsme au gouvernement Sarkozy, votre père, Marin, s’est frotté à la chose politique. Que vous inspirent les engagements de Jia Zhang-ke ?
Sa dialectique est similaire à celle de mon père, en ­effet : pour faire bouger un système, mieux vaut-il opérer de l’intérieur ou de l’extérieur ? La situation chinoise, dont on mesure mal la complexité, appelle à la nuance. Jia montre qu’il est possible d’exercer un regard critique, sans basculer dans la dissidence. Il porte « une autre idée du cinéma », comme on dit chez MK2. En cela, il peut être rapproché de Kiarostami ou de Cristian Mungiu, qui promeut l’art et essai en Roumanie avec une caravane itinérante.
Vous avez conseillé Jia Zhang-ke avant qu’il ouvre son réseau de salles art et essai, à Pingyao et ­Fenyang. Pour l’heure, la fréquentation n’est guère au rendez-vous…
De Bi Gan à Jia Zhang-ke, le cinéma chinois est le plus grand inventeur de formes de ce début de siècle. Mais c’est un art très jeune. Il faudra un peu de temps encore pour qu’un écosystème cinéphile vertueux, porté depuis les écoles jusqu’aux médias, se structure...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-12"> ¤ L’artiste Laure Prouvost représentera la France en 2019, accompagnée de la commissaire Martha Kirszenbaum.
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Arts : deux jeunes femmes à la Biennale de Venise

L’artiste Laure Prouvost représentera la France en 2019, accompagnée de la commissaire Martha Kirszenbaum.



LE MONDE
 |    26.10.2018 à 18h33
    |

            Emmanuelle Jardonnet








                        



                                


                            

« Nous sommes arrivées sans projet, avec tout à construire, mais avec une liberté immense », se réjouit la jeune commissaire indépendante Martha Kirszenbaum, choisie par Laure Prouvost pour l’accompagner dans l’aventure du Pavillon français à la 58e Biennale de Venise, en 2019. En mai, l’artiste était choisie pour représenter la France selon un mode de nomination classique, après deux éditions issues d’appels à projets où les artistes candidataient avec des propositions clés en main – note d’intention, commissaire et mécènes.

C’est « pour offrir une visibilité à son travail et attirer les mécènes » qu’est présentée au Studio des Acacias, à Paris, l’exposition de Laure Prouvost You Are My Petrol, My Drive, My Dream, My Exhaust, explique le fondateur de cet espace, Paul-Emmanuel Reiffers, président de Mazarine Groupe et mécène du projet vénitien. Projet dont la commissaire détaille un financement partagé, en termes de production, entre « un tiers de fonds publics, à hauteur de 300 000 euros apportés par l’Institut français, et deux tiers de mécénat ».
Martha Kirszenbaum, commissaire indépendante : « Laure a 40 ans, moi 35, et cette question de génération n’est pas anodine »
« On a finalement peu vu son travail en France », relève Martha Kirszenbaum. La première exposition personnelle de l’artiste dans une institution parisienne se tenait cet été au Palais de Tokyo au sein de la saison « Enfance », où culminait une joyeuse fontaine de seins monumentaux aux tétons jaillissants. « C’était une exposition intime. A Venise, ce sera plus ouvert sur le monde, sous la forme d’un road-trip jusqu’à la Biennale », annonce l’énergique trentenaire, qui révèle les grandes lignes du projet.

« Nous allons représenter la France, alors que nous sommes deux outsiders, et c’est une donnée qui nous intéresse pour Venise. Laure n’a jamais vécu à Paris : elle a grandi près de Roubaix,...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-13"> ¤ Les journalistes de la rubrique Pixels ont testé en direct la nouvelle superproduction de Rockstar Games, en répondant aux internautes.
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Jeu vidéo : vos questions sur les premières heures de « Red Dead Redemption 2 »

Les journalistes de la rubrique Pixels ont testé en direct la nouvelle superproduction de Rockstar Games, en répondant aux internautes.



LE MONDE
 |    26.10.2018 à 18h30
    |

            William Audureau et 
Corentin Lamy








                        



   


Huit ans après Red Dead Redemption premier du nom, le second épisode est sorti sur PlayStation 4 et Xbox One vendredi 26 octobre. Il s’agit de la superproduction la plus ambitieuse des studios Rockstar depuis Grand Theft Auto V, le jeu le plus vendu de l’histoire, en 2013. Pendant cinq heures, nos journalistes ont découvert le jeu en direct et répondu aux questions des internautes.

        Lire aussi :
         

                « Red Dead Redemption 2 » : revivez nos premières heures sur le jeu vidéo événement



PlasticHole : Pourquoi pas de sortie sur PC ? Ça a l’air trop chouette…
Le premier Red Dead Redemption, déjà à l’époque, n’était pas sorti sur PC. On a en revanche vu un employé de Rockstar lister sur LinkedIn Red Dead Redemption 2 comme étant un jeu pour Playstation 4, Xbox One… et PC. GTA V était lui aussi sorti uniquement sur consoles au départ, avant d’être porté sur ordinateurs deux ans après.
Zaq : Graphiquement vous en pensez quoi ? Je trouve pas le résultat extraordinaire comparé à un jeu comme « The Witcher 3 » pourtant de trois ans plus vieux.
A en juger par la version que nous testons (sur la PlayStation 4 standard), la direction artistique est plaisante, les paysages très réussis, mais ce n’est pas sidérant. Il ne faut pas s’attendre à un bond spectaculaire par rapport à d’autres jeux du genre.
Chico_Francky_Joe : N’ayant jamais joué au premier épisode, est-ce une suite du premier, ou une histoire distincte ?
Red Dead Redemption 2 est, comme son nom ne l’indique pas, une préquelle du premier, c’est-à-dire qu’il se déroule avant. On y croise les mêmes personnages, avec quelques années de moins. Pour autant, il ne se passe pas en même temps que Red Dead Revolver, dont Red Dead Redemption premier du nom était la suite. (Vous suivez ?)
Zaq : Le jeu est en monde ouvert ou linéaire ? Pour l’instant, pas l’impression qu’on puisse beaucoup s’écarter de la mission suivie.
On peut affirmer que le début du jeu est extrêmement linéaire (ce qui est du reste courant dans pas mal de jeux en monde ouvert, qui aiment bien poser l’ambiance et présenter les mécaniques de jeu dans un cadre restreint au départ). Le niveau 1-1 de Super Mario Bros. laissait plus de liberté d’exploration. La carte s’ouvre complètement à partir du chapitre 2, au bout de deux bonnes heures de jeu.

J’ai_du_rater_un_truc : Est-ce que c’est amusant d’y jouer ? je vous regarde depuis cinq minutes et ça paraît terriblement lent et naze.
C’est contemplatif, comme un Sergio Leone. Ce n’est pas naze, mais très convenu. Et très lent, on ne va pas vous mentir.
Samuel RD : Bonjour, ne trouvez-vous pas cela un peu inapproprié de réaliser un test en direct de « Red Dead Redemption 2 » (qui s’apparente surtout à un gros coup de pub pour Rockstar Games) alors même que tout au long de cette semaine votre même quotidien a publié trois articles sur les conditions de travail très critiquables au sein de ce studio de création ?
Au contraire. Nous avons activement couvert la question des conditions de travail au sein de Rockstar. Cela n’empêche pas de parler également du jeu en tant que produit culturel et œuvre de l’esprit, sous un angle par ailleurs critique.

        Lire aussi :
         

                Rockstar Games : plongée dans le rythme infernal des créateurs de « GTA » et « Red Dead Redemption »



Hakimême : J’ai l’impression que « Red Dead Redemption 2 » navigue dans une « vallée de l’étrange du gameplay ». On ne sait pas trop si c’est réaliste ou amusant, on ne sait pas trop où est le cliché et où est l’implication personnelle. Et ce manette en main. Est-ce que cette image vous parle ou bien est-ce que je cerne mal le jeu ?
C’est assez juste, et cela colle avec les efforts du jeu pour tenter de brouiller les frontières entre jeu et cinématique. Cela lui donne des allures de longue cinématique interactive, mais le revers de la médaille, c’est que le joueur y est moins actif.
Elpilone : Pour l’instant je retrouve tout ce que je n’avais pas apprécié dans le premier : des dialogues interminables à cheval. On s’ennuie !
Disons que ce n’est pas intense tout le temps.
Emil : Y a-t-il une partie gestion des points d’expérience du personnage ? (meilleure agilité, course à pieds, efficacité au tir… ?)
S’il y en a une, on ne le sait pas, car nous sommes toujours au niveau 1. Ce n’est pas trop dans l’esprit des jeux de Rockstar : la progression se fait plus naturellement, comme dans GTA III qui demandait d’aller à la salle de sport pour se muscler, ou dans ce Red Dead où, grâce aux progrès fulgurants de la technologie, les poils de barbe du personnage poussent en temps réel.
Arthur Morgan : Est-ce que vous trouvez vous aussi que la prise en main n’est pas simple ? Entre la lourdeur du personnage et toutes les possibilités du gameplay, j’avoue être parfois perdu (je n’ai fait que le chapitre 1).
Il y a des combinaisons de touches pour tout, c’est effectivement un coup à se perdre.
Emil : Je déteste toujours autant les jeux de tir à la troisième personne à la manette, absolument vomitif pour moi dans les déplacements et les tentatives pour viser…
On a effectivement trouvé la vue à la troisième personne pas bien pratique, avec un viseur qui ne prend pas en compte l’allonge du bras dans les corps-à-corps par exemple, et une mire qui ne laisse pas forcément deviner que la dispersion des balles est importante avec certaines armes.
Moi : L’histoire est intéressante et bien ficelée ou sans intérêt ?
Très diluée. On est plus dans une immersion dans un gang du Far West que dans une intrigue ténue avec un suspense bien établi. C’est lié à la longueur de l’aventure, qui s’étalonne sur plusieurs dizaines d’heures.
Un_fonctionnaire_un_vrai : Vous pensez quoi de la traduction des sous-titres ?
On perd un peu le côté coloré de certaines expressions, mais globalement elle est bonne.
OrcishAle : Il est étrange de dire une chose pareille, mais de ce qu’on en voit pour le moment, « Assassin’s Creed Odyssey » aura été une claque plus conséquente que « Red Dead Redemption 2 » – qui semble être un « GTA V » avec un revêtement de western…
Les hellénistes et les fans de gladiateurs de pixels sont plus clients du pourtant plus classique Assassin’s Creed Odyssey pour l’instant. Mais il y a des choses folles dans la façon de mettre en scène Red Dead Redemption 2 et de brouiller la frontière entre cinématique et jeu-jeu (ou gameplay).
Mehdi : Est-ce effectivement LE jeu de l’année ou y a-t-il d’autres sorties prévues qui pourraient contester ce titre ?
Corentin Lamy : J’ai quatre ou cinq « GOTY » (game of the year) en tête mais le plus récent c’est Obra Dinn (dont le test est en cours de rédaction).
William Audureau : Pour l’instant, je dirais Celeste et Assassin’s Creed Odyssey. J’ai aussi apprécié Spider Man, mais aucun jeu ne m’a vraiment marqué cette année. Mon vrai « GOTY », c’est Undertale sur Switch. Il reste encore Super Smash Bros. Ultimate début décembre, si l’on s’en tient aux grosses franchises.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-14"> ¤ Au LaM de Villeneuve-d’Ascq, « Danser brut » célèbre le mouvement, volontaire ou involontaire.
<filname="PROF-0,2-3246,1-0,0-14"> ¤                     
                                                   
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Exposition : quelques grammes de finesse dans un monde d’art brut

Au LaM de Villeneuve-d’Ascq, « Danser brut » célèbre le mouvement, volontaire ou involontaire.



LE MONDE
 |    26.10.2018 à 18h14
    |

                            Rosita Boisseau (Villeneuve-d’Ascq (Nord)








                        



                                


                            

« Danser brut ». Le titre de l’exposition du Lille art Musée (LaM), à Villeneuve-d’Ascq, claque sec. Il propulse une énergie qui fuse sans prévenir. Il trace aussi le périmètre d’action d’un accrochage qui tire des bords entre gestes volontaires et involontaires, conscients et inconscients en abordant les ­danses de possession et les phénomènes pathologiques.
Ce parapluie thématique permet de rassembler, en les jux­taposant parfois, des œuvres variées comme des dessins du chorégraphe Vaslav Nijinski ­(1889-1950), exécutés dans les années 1915-1917 avant qu’il soit interné, des vidéos de la danseuse expressionniste allemande ­Valeska Gert (1892-1978), mais aussi des clichés de patientes ­épileptiques soignées par ­Jean-Martin Charcot à la Salpêtrière à partir de 1870 et des dessins d’art brut signés par l’Américain Lewis Smith (1907-1998).
Pleine de péripéties visuelles, avec plus de 300 œuvres, dessins, peintures, photos et films, et ­paradoxalement fluide dans sa circulation, l’exposition, sous la houlette de Savine Faupin et de Christophe Boulanger, égrène une série de chapitres autour du tournoiement, des mouvements ordinaires et extraordinaires, des rapprochements entre hystérie et burlesque… « “Danser brut” donne à voir des gestes non catalogués comme gestes de danse et rarement enregistrés, précisent les commissaires. Certains restent ­invisibles, car ils n’ont pas été photographiés, ni dessinés ni filmés. D’autres existent par des témoignages. »
Le LaM possède le plus important ensemble d’art brut en France avec près de 3 500 œuvres de 170 créateurs français et étrangers
Le psychiatre Jean Oury, présent à travers une vidéo, ­évoque par exemple, dans son ­livre Création et Schizophrénie, la pirouette sur lui-même qu’exécutait un patient, placé sous une gouttière percée, à chaque fois qu’une goutte d’eau tombait.
La collection d’art brut du LaM, qui possède le plus important ensemble en France...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-15"> ¤ A écouter cette semaine : des symphonies dites « parisiennes », un album posthume consacré à Brel, un beau disque en solitaire…
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Sélection albums : Joseph Haydn, Maurane, Dominique A…

A écouter cette semaine : des symphonies dites « parisiennes », un album posthume consacré à Brel, un beau disque en solitaire…



LE MONDE
 |    26.10.2018 à 17h56
   





                        


Joseph Haydn L’Ours Le Concert de la Loge, Julien Chauvin (violon et direction)

   


Aussi attractif (programme recherché mais divertissant, interprétation experte mais vivifiante) que les précédents, le troisième volume de l’intégrale des six symphonies dites « parisiennes », que Joseph Haydn a composées entre 1785 et 1786 à l’intention du Concert de la Loge olympique, démontre que L’Ours n’est pas moins élégant que La Reine ni moins remuant que La Poule, les deux pages de la série déjà enregistrées. Plus justifié à l’écoute que celui des symphonies de Haydn, le titre de la Symphonie concertante mêlée d’airs patriotiques (1794) de Jean-Baptiste Davaux tient toutes ses promesses, avec de savoureuses variations sur La Marseillaise et La Carmagnole. Quant à la Symphonie concertante (1789) de François Devienne, elle permet à Julien Chauvin de renouer avec une pratique révolue sinon révolutionnaire, en permettant (captation live) au public d’applaudir entre les divers solos. Pierre Gervasoni
1 CD Aparté.
Maurane Brel

   


Maurane avait fait ses débuts, à la fin des années 1970, en chantant Jacques Brel et songeait depuis plusieurs années à lui consacrer un album. Elle avait commencé à y travailler avant sa mort, le 7 mai. Ce Brel par Maurane a été finalisé par sa fille, Lou Villafranca, avec Philippe Decock, le pianiste de la chanteuse. Maurane est ici en distance très juste par rapport à la dramaturgie, la théâtralité que l’on pouvait entendre chez Brel. Tantôt presque rieuse (Vesoul, Rosa), tantôt rêveuse (Je ne sais pas, La ville s’endormait, Une île), dans une grande exactitude d’émotion lorsqu’elle aborde les thèmes les plus poignants du répertoire de Brel (La Chanson des vieux amants, Quand on a que l’amour, Ne me quitte pas). Avec piano, guitare acoustique, contrebasse, une formation de cordes pour deux thèmes, ici et là, une trompette, un bugle, des percussions… Les arrangements de Lou Villafranca et Philippe Decock constituent un précieux écrin musical à ces derniers chants de Maurane. Sylvain Siclier
1 CD Polydor/Universal Music.
Dominique A La Fragilité

   


Sept mois après Toute latitude, marquant un retour aux amours électroniques, Dominique A livre son deuxième album de l’année, jumeau par sa thématique (le temps, l’enfance, les paysages), puisque les textes ont été écrits au même moment. Après les brisures rythmiques, place à une veine aussi élégiaque mais plus mélodique, autour des arpèges et des boucles d’une guitare espagnole, qui se déroulent comme pour rappeler une entêtante absence, celle de Leonard Cohen, dont la mort, le 7 novembre 2016, a inspiré la magnifique chanson d’ouverture, La Poésie. Rehaussé de claviers new wave évanescents et d’une machinerie légère, ce disque en solitaire confirme, a contrario de son titre, la solidité d’une écriture dénuée d’effet de manches (Le Grand Silence des campagnes, J’avais oublié que tu m’aimais autant) et la beauté sensible et pudique d’un chant qui se laisse pourtant aller au vibrato sentimental (Comme au jour premier). L’écoute pourra être complétée par la lecture de Ma vie en morceaux (Flammarion, 222 p., 18 €), le cinquième livre publié par Dominique Ané (qui reprend son nom à l’état civil quand il écrit), récit d’épisodes de son existence à travers 26 de ses chansons, du Courage des oiseaux, ce tube générationnel underground, au Ruban, évocation des civils pendant la deuxième guerre mondiale, une des plus belles réussites de La Fragilité. Bruno Lesprit
1 CD Cinq7/Wagram.
Sniper  Personnalité suspecte, vol.1

   


Sniper avait marqué le rap français des années 2000, avec des titres comme Gravés dans la roche ou Sans repères. La force de ce trio repose sur la combinaison de voix assez distinctes et une acuité avec sa génération. Séparé une première fois en 2007, il réussit un retour gagnant avec ce cinquième album en s’associant avec de jeunes beatmakers comme Seezy (remarqué sur les albums de Vald, il signe ici les meilleurs morceaux, Je suis, Le doigt où ça fait mal, Sablier, Ça va aller avec Soprano), William Chauvet et l’incontournable Dany Synthé. La qualité des textes va avec la sincérité, Aketo n’hésitant pas à revenir dans Je suis sur le passage à vide (« J’ai perdu confiance en moi, pointé à Pôle emploi »). Jusque-là abonné aux refrains, Blacko signe un couplet acerbe sur les nouveaux rappeurs : « MC décérébré, génération dégénérée, haine et bêtises célébrées. » Réjouissant. Stéphanie Binet
1 CD Mezoued Records/Believe.
Elvis Costello & The Imposters Look Now

   


Si prolifique depuis ses débuts – My Aim Is True (1977) –, Elvis Costello nous avait laissés sans nouvelles depuis 2013 et son album collaboratif avec les virtuoses R’n’B de The Roots, Wise Up Ghost. La faute à un pépin de santé, mais aussi, sans doute, à un poil d’amertume face à l’insuccès de ses dernières productions. Il faut dire que, piégé par sa soif d’embrasser tous les genres (jusqu’à la musique contemporaine) et une conscience trop démonstrative de son encyclopédisme pop, cet exceptionnel songwriter avait perdu de sa magie. Comme revigoré par ce break, l’ancien leader des Attractions (devenus les Imposters) étincelle à nouveau dans Look Know. Retrouvant lisibilité mélodique, pertinence émotionnelle et malice narrative, l’Anglais à la voix râpeuse aligne un sans-faute de 12 titres, puisant avec délice dans sa passion pour l’aristocratie de la musique populaire (deux chansons à nouveau composées avec le maître Burt Bacharach, avec qui il cosigna Painted From Memory, en 1998 ; une autre écrite, il y a vingt-cinq ans, avec Carole King) et ses souvenirs de jeunesse (le « beatlemaniaque » Under Lime, le très Stax Mr. and Mrs. Hush, de parfaites ballades vintage telles Stripping Paper ou Photographs Can Lie). Boosté par une vitalité qui permet à ce 34e album de s’approcher d’anciens sommets tels This Year’s Model, Get Happy ! ou Imperial Bedroom. Stéphane Davet
1 CD Concorde Records.
Salif Keita Un autre Blanc

   


Fort séduisant, cet album composé de dix nouveaux titres sera le dernier, prévient la star malienne, qui fêtera ses 70 ans en 2019. Officiellement, pour justifier cette retraite, Salif Keita parle de lassitude par rapport aux contraintes de la vie de chanteur, tout en rassurant son public – il ne décrochera pas complètement de la scène. Pour cet enregistrement, il a voulu faire les choses en grand. D’où le nombre d’invités renommés (MHD, Alpha Blondy, Angélique Kidjo, Yemi Alade, Ladysmith Black Mambazo), la liste impressionnante de musiciens et vocalistes se succédant au fil des différentes chansons (dont Paco Sery, Alune Wade, Hervé Samb, Cheick Tidiane Seck, Jean-Philippe Rykiel, Julia Sarr…). Des artistes avec qui Salif Keita a fraternisé à un moment ou l’autre de sa longue carrière (quasiment un demi-siècle). La voix est toujours magnifique et bouleversante, même si l’on aurait aimé que fût évité l’usage épisodique du vocoder et autres trucages électro. Patrick Labesse
1 CD Naïve/Believe.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-16"> ¤ Le chanteur, guitariste et harmoniciste américain venait de publier un nouvel album de blues, « Bad Mouthin’ ».
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Le chanteur Tony Joe White, l’auteur de « Polk Salad Annie », est mort

Le chanteur, guitariste et harmoniciste américain venait de publier un nouvel album de blues, « Bad Mouthin’ ».



LE MONDE
 |    26.10.2018 à 17h18
 • Mis à jour le
26.10.2018 à 19h18
    |

            Bruno Lesprit








                        



                                


                            

Archétype, avec son confrère guitariste de l’Oklahoma J.J. Cale (1938-2013), de l’attitude et du style laid-back (décontracté) dans le country-rock américain, Tony Joe White est mort, mercredi 24 octobre, d’une crise cardiaque à son domicile de Leiper’s Fork, village du Tennessee.
Agé de 75 ans, ce musicien discret et taciturne venait de publier, fin septembre, un album de blues, Bad Mouthin’ (Yep Roc Records), du nom de la toute première chanson née de sa plume, en 1966, restée inédite. Dans ce disque à dominante acoustique, produit par son fils, et minimaliste (le chant, la guitare et l’harmonica de Tony Joe White, à l’occasion accompagnés d’une basse et d’une batterie), il citait, à côté de quelques compositions originales, ses sources : son modèle pour la six-cordes, Lightnin’ Hopkins, les maîtres du boogie John Lee Hooker et de l’électricité Jimmy Reed.

Musique des marais de Louisiane
Le nom de Tony Joe White reste d’abord associé à un classique, Polk Salad Annie, qui devait définir en 1969, avec les hits de Creedence Clearwater Revival (Born On The Bayou, Proud Mary, Green River), le swamp rock, cette musique des marais de Louisiane, fantasmés dans le cas du Californien John Fogerty, tout à fait empiriques pour Tony Joe White.
Enregistré dans les studios de Muscle Shoals (Alabama), alors sanctuaire de la fusion fertile entre le rhyhm’n’blues et la country, Polk Salad Annie débute par un groove énergique et le grognement d’un homme qui semble avoir été surpris pendant sa sieste. Sa guitare imite, selon son expression, « le sifflement du boomerang » et les cuivres coassent comme un chœur de batraciens. Les paroles composent une fable autour d’une miséreuse ramassant des légumes locaux accommodés en salade, dont la méchante mère-grand a été dévorée par les alligators. Publiée chez Monument, le label de Roy Orbison, Polk Salad Annie connaît...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-17"> ¤ L’humoriste et comédien est sur la scène de L’Européen à Paris, chaque mardi et mercredi, jusqu’au 21 novembre.
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Spectacle : Monsieur Fraize, itinéraire d’un clown gâté

L’humoriste et comédien est sur la scène de L’Européen à Paris, chaque mardi et mercredi, jusqu’au 21 novembre.



LE MONDE
 |    26.10.2018 à 16h30
 • Mis à jour le
26.10.2018 à 19h07
    |

            Sandrine Blanchard








                        



                                


                            

En cet automne, Marc Fraize se régale. La ­patience de cet humoriste clownesque, qui a sillonné les salles de province pendant des années, est aujourd’hui récompensée. Alors il est heureux et ne s’en cache pas. Heureux de partager ses semaines entre Paris – où il joue chaque mardi et mercredi son inoubliable personnage lunaire et ingénu sur la scène de L’Européen – et Bourgvilain, un village de Saône-et-Loire où il vit avec sa femme, institutrice, et ses deux enfants. Heureux aussi des « cadeaux » que lui fait depuis peu le cinéma en lui offrant des seconds rôles remarqués (Problemos, d’Eric Judor, Le Redoutable, de Michel Hazanavicius, Au poste !, de Quentin Dupieux).
« Je suis gâté en ce moment et je n’ai pas besoin de plus », résume ce comédien qui, avec son air de débarquer de nulle part, déboussole le public par son jusqu’au-boutisme et sa sincérité enfantine. Son personnage de ­Monsieur Fraize, qu’il interprète depuis dix-sept ans, s’est bonifié, enrichi et s’inscrit à rebours de la scène humoristique actuelle, où les vannes doivent fuser toutes les quatre secondes. Lui a pris le contre-pied de cette mode. « Je suis un enfant de Coluche, de ­Mister Bean, de Bourvil, de ces personnages antihéros. C’est ce qui m’a donné envie de faire rire », ­explique-t-il.
Marc Fraize, humoriste : « Je suis un enfant de Coluche, de ­Mister Bean, de Bourvil, de ces personnages antihéros »
Marc Fraize est comme son ­personnage, d’une franchise déconcertante, sympathique et attachant. Hermétique au show-biz, il a quitté sans regret, en 2011, le plateau d’On ne demande qu’à en rire, sur France 2, refusant de se plier au format et au rythme de l’émission. « Je plais beaucoup aux déçus de l’humour, à ceux qui le voient se formater et devenir un business, constate-t-il avec lucidité. J’ai un style à part, hors cadre et je ne cherche pas le pognon. »
Après...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-18"> ¤ A l’Institut Giacometti, à Paris, la rencontre entre les deux artistes est posthume.
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Exposition : chez Giacometti, Annette Messager redonne vie aux spectres

A l’Institut Giacometti, à Paris, la rencontre entre les deux artistes est posthume.



LE MONDE
 |    26.10.2018 à 15h40
 • Mis à jour le
26.10.2018 à 17h30
    |

                            Philippe Dagen








                        



                                


                            

Jeune et timide, au début des années 1960, Annette Messager entrevoyait parfois Alberto Giacometti dans un café de Montparnasse, sans oser lui parler. Désormais, ils sont intimes. Le sculpteur reçoit l’artiste dans la maison devenue l’Institut Giacometti, à Montparnasse naturellement. La rencontre est posthume et remarquablement vivante. Il est vrai que Giacometti avait un faible pour les femmes portant ce prénom : sa mère s’appelait Annetta, son épouse était Annette Arm. Il y a donc une Chambre des Annettes, où se trouve une installation à quatre mains : un petit bronze d’Alberto figurant Annette (Arm) debout et nue, privée de ses bras, idole préhistorique, est salué par un écureuil empaillé, la tête encagoulée de noir, le corps protégé par de nombreux petits sacs de tissu. Il est juché sur des coussins. Un filet noir à larges mailles drape l’ensemble. L’œuvre s’intitule La Parade de l’écureuil pour Annette, et c’est bien plus et mieux qu’un hommage.
Un hommage, ce serait simplement témoigner de l’admiration pour Giacometti, dont la place dans l’art du XXe siècle est établie depuis longtemps et qui n’a donc pas besoin d’un surcroît de révérence. Le culte dont il est l’objet, entretenu par un nombre croissant de rétrospectives et d’expositions internationales, lui fait même courir le risque d’une momification muséale définitive : un grand mort tout à fait mort. Annette (Messager) le ranime. Elle pratique avec lui une sorte de bouche-à-bouche salvateur et amoureux. Résultat : il ouvre les yeux, il se remet à bouger et à parler.
Annette (Messager) ranime Giacometti. Elle pratique avec lui une sorte de bouche-à-bouche salvateur et amoureux
La Chambre des rencontres est celle des souvenirs et des bavardages : Messager a pris dans les archives de l’institut des lettres adressées à Giacometti ou écrites de sa main, plus ou moins intimes ou anecdotiques, petits fragments de vie quotidienne ou artistique....




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-19"> ¤ Nés pendant la seconde guerre mondiale, Archie Andrews et ses amis sont devenus des héros de comics populaires aux Etats-Unis, avant de revenir à la mode près de 80 ans plus tard sur le petit écran.
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« Riverdale », « Sabrina » : derrière les séries télé, le dépoussiérage gagnant d’une franchise de comics

Nés pendant la seconde guerre mondiale, Archie Andrews et ses amis sont devenus des héros de comics populaires aux Etats-Unis, avant de revenir à la mode près de 80 ans plus tard sur le petit écran.





LE MONDE
 |    26.10.2018 à 15h32
    |

            Pauline Croquet





Dans le sillage de la série pour adolescents Riverdale, qui entame sa saison 3, Netflix doit dévoiler, vendredi 26 octobre, les premiers épisodes des nouvelles aventures de la sorcière Sabrina. C’est même cette série qui ouvrira la quatrième édition de la Comic Con, qui se tient à Paris de vendredi à dimanche. En France, le projet a enthousiasmé ceux qui ont connu, sur France 2 à la fin des années 1990, les aventures en sitcom de Sabrina Spellman et de son chat animatronique Salem.

Mais certains furent surpris d’apprendre que la sorcière appartenait au même univers qu’Archie Andrews, le héros de Riverdale. Et que cet univers n’est pas loin de célébrer ses 80 ans. Derrière ce retour de mode et ce succès international se cache un tour de force pour réinstaller une franchise qui fleurait bon la naphtaline.

   


A l’origine, Archie est un personnage de comics né au cœur de la seconde guerre mondiale, en 1941. Il a été créé par l’auteur de BD Bob Montana et l’entrepreneur John Goldwater, l’un des cofondateurs de la maison d’édition new-yorkaise MLJ. Née deux ans plus tôt au moment où l’industrie de la BD fleurit aux Etats-Unis, elle se lance d’abord avec des histoires de super-héros ; c’est même MLJ qui donnera vie, quelques mois avant le Captain America de Marvel, au premier super-héros patriote, The Shield.
Après la guerre, les super-héros commencent à perdre la cote et l’entreprise décide de se concentrer sur les aventures d’Archie, un lycéen rouquin et bon enfant qui a su conquérir les lecteurs dès les premiers numéros. En 1945, l’entreprise se rebaptise même Archie Comics. La machine est lancée et Archie devient une figure de la culture populaire américaine, un équivalent de Spirou outre-Atlantique.
L’Amérique intemporelle
Calqué de façon assumée sur son contemporain Andy Hardy, un héros de films de la Metro Goldwyn Mayer, Archibald Andrews est un adolescent beau et moderne pris dans un triangle amoureux. Il ne sait qui choisir entre sa voisine sympathique et débrouillarde, Betty Cooper, et Veronica Lodge, une brunette classe et un brin hautaine. Passant son temps entre les couloirs du lycée de la petite ville fictive de Riverdale et les banquettes de chez Pop’s, le diner local, le jeune homme ne manque pas de se confier à son meilleur ami, Jughead (« tête de cruche », en anglais).

« Archie représente une forme d’Amérique intemporelle », résume Xavier Fournier, journaliste spécialiste des comics et auteur de Super-Héros : l’envers du costume (Fantask, 2016) : « Les codes sont suffisamment génériques pour qu’on ne puisse pas forcément le placer dans une décennie en particulier, un peu comme Tintin. » Aucun mot plus haut que l’autre, de la romance sage et des personnages proprets… les histoires sises à Riverdale ne parlent pas non plus de politique.
Mais elles symbolisent une Amérique plutôt blanche et conservatrice. « Contrairement aux super-héros, Archie a très bien survécu à la censure morale des autorités », abonde Xavier Fournier. Dans les années 1960, Archie et ses amis prennent une tournure « plus pop, un peu comme les Beach Boys. Ils fondent même un groupe de rock, dont le tube Sugar Sugar deviendra un classique », explique le journaliste. A la même époque, Sabrina, l’apprentie sorcière, naît et prend part aux aventures des lycéens d’Archie avant d’obtenir sa propre série, une dizaine d’années plus tard.

Devenir « has been »
C’est dans ces années 1960 qu’Archie Comics connaîtra un pic de ventes. Mais quelques années plus tard, face au flower power et aux contestations étudiantes, le côté frais et papier glacé de ces héros ne convainc plus. « Archie et sa bande deviennent has been », explique Xavier Fournier. Une image qui va coller à la franchise jusque dans les années 2010. « C’étaient des comics sur des ados que les ados ne lisaient pas », conclut auprès du site américain Vulture l’auteur Mark Waid, qui travaille sur les plus récentes séries.
Si les ventes s’effritent à mesure du succès, il est difficile d’établir des chiffres. Contrairement à la plupart des éditeurs de BD aux Etats-Unis qui distribuent dans des magasins de comics spécialisés, Archie a assis son système économique sur la distribution de « digests », des fascicules de gares, des compilations d’histoires courtes anciennes et récentes vendues au grand public. Des ventes qui ne sont pas prises en compte dans les audiences officielles du marché américain.
Jusqu’à il y a peu, il était hors de question de prendre des risques pour la direction. « Ils étaient très très attentifs à ce que vous pouviez et ne pouviez pas faire avec une BD Archie », se souvient le scénariste Mark Waid, qui a aussi travaillé pour la société au début des années 1990.
Il faut attendre 2009 et l’arrivée de Jon Goldwater, le fils du fondateur, à la tête de la maison d’édition new-yorkaise pour voir s’effondrer les barrières conservatrices. Après une bataille juridique de plusieurs années avec la veuve de l’un des propriétaires d’Archie Comics pour récupérer la direction créative de la franchise, M. Goldwater est désormais le maître à bord. L’une de ses premières décisions d’ampleur est de convoquer tous ses employés pour une réunion de travail et de réflexion afin de dépoussiérer la collection.
Le producteur de « Glee » à la rescousse
Sur le plan éditorial, Riverdale accueille en 2010 son premier personnage gay, Kevin Keller, une figure récurrente. Côté stratégie, Archie Comics devient la première entreprise de BD aux Etats-Unis à proposer ses albums en numérique le jour même de leur sortie papier, selon le site Vulture. Elle va aussi finir par proposer ses titres en librairies, en plus des kiosques à journaux.
En parallèle, Jon Goldwater se rapproche de Roberto Aguirre-Sacasa, auteur de théâtre, de BD et de séries TV, largement applaudi pour sa série musicale pour ados Glee. En résulte quelques numéros bien accueillis réunissant les camarades d’Archie et les lycéens de Glee mais aussi une réinterprétation fantastique et décalée, Afterlife with Archie, peuplée de zombies et de loups-garous. Un succès critique qui amène l’auteur à prendre la direction du bureau créatif.

   


En coexistence avec les anciens Archie qui ressortent sans cesse en « digests », le duo Goldwater-Aguirre lance un reboot, une remise à zéro des séries, et le confie à des auteurs de premier plan, à l’instar de la dessinatrice du très salué Saga, Fiona Staples, et de Mark Waid, reconnu pour son travail sur les séries de grands super-héros comme ses projets indépendants.
Dans cette opération de rénovation, il s’agit d’insérer plus de diversité mais aussi de remettre les personnalités et les préoccupations des héros au goût du jour, sans pour autant dénaturer la série. « Tout le monde était d’accord pour dire que la relance de Riverdale méritait une petite mise à jour mais personne ne sous-entendait que “Betty allait tomber enceinte” ou que “Archie allait faire un doigt d’honneur à M. Weatherbee [le principal du lycée]” », explique Mark Waid en postface du nouveau premier tome.
Une obsession : la télévision
La dessinatrice française Marguerite Sauvage (Faith, Bombshells) qui, en binôme avec Nick Spencer, va prendre le relais sur la série à partir du numéro 700 à paraître prochainement, n’a en revanche reçu aucune consigne particulière. « On a eu carte blanche, il n'y a pas eu d’éléments bibliques mentionnés. Après, je m’en tiens au cadre posé par le script de Nick », détaille au Monde celle qui ne connaissait pas Archie avant de s’installer au Canada mais prend plaisir à lui redonner vie. « J’ai un passif d’illustratrice de mode et de beauté avec lequel j’ai pu renouer, ça change des personnages en costume de héros. Les personnages d’Archie sont très glamourisés. » 

   


Roberto Aguirre-Sacasa avait toutefois en tête d’autres ambitions pour Archie : le ramener à la télévision. Au lieu d’un dessin animé comme cela a pu être de nombreuses fois le cas, il espère en faire un drama, un soap pour adolescents. Riverdale sera un « Archie rencontre Twin Peaks », la série de David Lynch, assume son créateur qui ajoute en introduction d’un des numéros de la BD : « Les choses y prennent un tour un peu plus macabre, un peu plus érotique et un peu plus décalé. » Le programme est lancé en janvier 2017 sur la chaîne américaine pour jeunes CW, et en parallèle sur Netflix. L’effet comique et la pop sucrée des années 1960 laissent place à de mystérieuses enquêtes sur des meurtres, des secrets d’alcôve et des scènes au clair de lune, tout en conservant des références vintages et un certain polish.
Une implantation en France
« Le coup de génie de la série est de s’être réapproprié ce qu’Archie et ses amours avaient clairement inspiré en matière de schémas et de séries romantiques ados comme Les Frères Scott ou même Dawson », analyse Xavier Fournier. D’autres comme Olivier Jalabert, directeur éditorial comics de Glénat, qui publie en France les nouvelles BD Riverdale, estiment qu’avec cette série « on touche les mêmes publics qui ont pu à une autre époque être fans de Buffy contre les vampires ou Smallville ».

Pari réussi. La série a permis de reconquérir les jeunes Nord-Américains. Ils sont en moyenne un peu plus d’un million à la regarder sur CW chaque semaine – un chiffre en légère baisse qui ne fait pas partie des meilleures audiences de la chaîne, mais ne comprend pas les spectateurs Netflix. La plate-forme, qui a d’ailleurs négocié l’exclusivité de la série Sabrina, le spin-off de Riverdale, a aussi largement contribué à son succès à l’étranger.
En France, les spectateurs ont consommé des produits dérivés Archie sans le savoir mais n’ont jamais eu de vrai attachement. Et pour cause, les BD n’ont jamais vraiment paru dans l’Hexagone jusqu’à ce que Glénat décide, cette année, d’importer les titres les plus récents dans le but d’ouvrir une collection « Young Adult », offre inexistante jusqu’alors dans ses rayons. « Nous ne sommes pas sur un gros succès, avec entre 3 000 et 4 000 exemplaires vendus par titre », concède Olivier Jalabert, qui se félicite toutefois « d’avoir eu le nez creux » en décidant d’acheter la licence avant la sortie de la série. Comme quoi, même à 77 ans, il est possible de redevenir cool.




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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-20"> ¤ La baronne, née Rothschild en 1913 et grande amatrice de be-bop devant l’éternel, est le sujet d’un double album qui compile les thèmes qu’elle a inspirés aux musiciens.
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Un hommage musical à Pannonica de Koenigswarter, protectrice des jazzmen

La baronne, née Rothschild en 1913 et grande amatrice de be-bop devant l’éternel, est le sujet d’un double album qui compile les thèmes qu’elle a inspirés aux musiciens.



LE MONDE
 |    26.10.2018 à 14h42
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            Sylvain Siclier








                        



                                


                            

Elle s’appelait Kathleen ­Annie Pannonica de ­Koenigswarter. Un peu long pour un titre de composition, alors pour l’évoquer par la musique, les musiciens de jazz ont utilisé son diminutif, « Nica », ou son prénom Pannonica, voire joué avec (Tonica, Inca…). Ces musiciens, ce sont le saxophoniste Gigi Gryce, le trompettiste Kenny Dorham, plusieurs pianistes, dont Horace Silver, Thelonious Monk (il signe Pannonica et Ba-Lue Bolivar ­Ba-Lues-Are, pour le Bolivar ­Hotel, sur Central Park Ouest, où elle habita un temps).
Tous sont réunis dans un ­double album, Pannonica, A Tribute to Pannonica, présenté dans un petit livre au format à l’italienne. Une compilation de ­quatorze thèmes – une édition en 1 CD n’en présente que dix – déjà ­publiés dans les disques originaux des uns et des autres, à diverses périodes, de 1955 à 1982. Réunis ici, du solo au sextette, en l’honneur de celle qui fut pro­tectrice des jazzmen des années 1950 à sa mort, en 1988, à l’âge de 74 ans. En reproduction, sur beau papier épais, des photo­graphies de musiciens prises par la dame. Des instantanés, ­moments ­fugaces du quotidien, de concerts, de répétitions.
Elle était née à Londres, en 1913, fille de l’un des membres de la ­dynastie Rothschild, éduquée pour tenir son rang familial puis son rôle d’épouse, en 1935, du ­diplomate français et baron Jules de Koenigswarter, futur héros de la seconde guerre mondiale, au sein des Forces françaises libres (FFL). Dans le texte du livret, signé Yann Portail, l’on apprend qu’elle avait aussi rejoint les FFL, dès ­décembre 1940. En 1951, le couple se sépare ; il divorcera cinq ans plus tard. Pannonica de Koenigswarter part vivre à New York. Elle loue une suite au Stanhope Apartment Hotel, sur la Ve Avenue. Elle adore le jazz, passe ses soirées dans les clubs, aide les musiciens dans la mouise, les reçoit chez elle, les encourage, comprend leurs recherches artistiques.
Le scandale...



                        

                        

