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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-1"> ¤ Nés pendant la seconde guerre mondiale, Archie Andrews et ses amis sont devenus des héros de comics populaires aux Etats-Unis, avant de revenir à la mode près de 80 ans plus tard sur le petit écran.
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« Riverdale », « Sabrina » : derrière les séries télé, le dépoussiérage gagnant d’une franchise de comics

Nés pendant la seconde guerre mondiale, Archie Andrews et ses amis sont devenus des héros de comics populaires aux Etats-Unis, avant de revenir à la mode près de 80 ans plus tard sur le petit écran.





LE MONDE
 |    26.10.2018 à 15h32
    |

            Pauline Croquet





Dans le sillage de la série pour adolescents Riverdale, qui entame sa saison 3, Netflix doit dévoiler, vendredi 26 octobre, les premiers épisodes des nouvelles aventures de la sorcière Sabrina. C’est même cette série qui ouvrira la quatrième édition de la Comic Con, qui se tient à Paris de vendredi à dimanche. En France, le projet a enthousiasmé ceux qui ont connu, sur France 2 à la fin des années 1990, les aventures en sitcom de Sabrina Spellman et de son chat animatronique Salem.

Mais certains furent surpris d’apprendre que la sorcière appartenait au même univers qu’Archie Andrews, le héros de Riverdale. Et que cet univers n’est pas loin de célébrer ses 80 ans. Derrière ce retour de mode et ce succès international se cache un tour de force pour réinstaller une franchise qui fleurait bon la naphtaline.

   


A l’origine, Archie est un personnage de comics né au cœur de la seconde guerre mondiale, en 1941. Il a été créé par l’auteur de BD Bob Montana et l’entrepreneur John Goldwater, l’un des cofondateurs de la maison d’édition new-yorkaise MLJ. Née deux ans plus tôt au moment où l’industrie de la BD fleurit aux Etats-Unis, elle se lance d’abord avec des histoires de super-héros ; c’est même MLJ qui donnera vie, quelques mois avant le Captain America de Marvel, au premier super-héros patriote, The Shield.
Après la guerre, les super-héros commencent à perdre la cote et l’entreprise décide de se concentrer sur les aventures d’Archie, un lycéen rouquin et bon enfant qui a su conquérir les lecteurs dès les premiers numéros. En 1945, l’entreprise se rebaptise même Archie Comics. La machine est lancée et Archie devient une figure de la culture populaire américaine, un équivalent de Spirou outre-Atlantique.
L’Amérique intemporelle
Calqué de façon assumée sur son contemporain Andy Hardy, un héros de films de la Metro Goldwyn Mayer, Archibald Andrews est un adolescent beau et moderne pris dans un triangle amoureux. Il ne sait qui choisir entre sa voisine sympathique et débrouillarde, Betty Cooper, et Veronica Lodge, une brunette classe et un brin hautaine. Passant son temps entre les couloirs du lycée de la petite ville fictive de Riverdale et les banquettes de chez Pop’s, le diner local, le jeune homme ne manque pas de se confier à son meilleur ami, Jughead (« tête de cruche », en anglais).

« Archie représente une forme d’Amérique intemporelle », résume Xavier Fournier, journaliste spécialiste des comics et auteur de Super-Héros : l’envers du costume (Fantask, 2016) : « Les codes sont suffisamment génériques pour qu’on ne puisse pas forcément le placer dans une décennie en particulier, un peu comme Tintin. » Aucun mot plus haut que l’autre, de la romance sage et des personnages proprets… les histoires sises à Riverdale ne parlent pas non plus de politique.
Mais elles symbolisent une Amérique plutôt blanche et conservatrice. « Contrairement aux super-héros, Archie a très bien survécu à la censure morale des autorités », abonde Xavier Fournier. Dans les années 1960, Archie et ses amis prennent une tournure « plus pop, un peu comme les Beach Boys. Ils fondent même un groupe de rock, dont le tube Sugar Sugar deviendra un classique », explique le journaliste. A la même époque, Sabrina, l’apprentie sorcière, naît et prend part aux aventures des lycéens d’Archie avant d’obtenir sa propre série, une dizaine d’années plus tard.

Devenir « has been »
C’est dans ces années 1960 qu’Archie Comics connaîtra un pic de ventes. Mais quelques années plus tard, face au flower power et aux contestations étudiantes, le côté frais et papier glacé de ces héros ne convainc plus. « Archie et sa bande deviennent has been », explique Xavier Fournier. Une image qui va coller à la franchise jusque dans les années 2010. « C’étaient des comics sur des ados que les ados ne lisaient pas », conclut auprès du site américain Vulture l’auteur Mark Waid, qui travaille sur les plus récentes séries.
Si les ventes s’effritent à mesure du succès, il est difficile d’établir des chiffres. Contrairement à la plupart des éditeurs de BD aux Etats-Unis qui distribuent dans des magasins de comics spécialisés, Archie a assis son système économique sur la distribution de « digests », des fascicules de gares, des compilations d’histoires courtes anciennes et récentes vendues au grand public. Des ventes qui ne sont pas prises en compte dans les audiences officielles du marché américain.
Jusqu’à il y a peu, il était hors de question de prendre des risques pour la direction. « Ils étaient très très attentifs à ce que vous pouviez et ne pouviez pas faire avec une BD Archie », se souvient le scénariste Mark Waid, qui a aussi travaillé pour la société au début des années 1990.
Il faut attendre 2009 et l’arrivée de Jon Goldwater, le fils du fondateur, à la tête de la maison d’édition new-yorkaise pour voir s’effondrer les barrières conservatrices. Après une bataille juridique de plusieurs années avec la veuve de l’un des propriétaires d’Archie Comics pour récupérer la direction créative de la franchise, M. Goldwater est désormais le maître à bord. L’une de ses premières décisions d’ampleur est de convoquer tous ses employés pour une réunion de travail et de réflexion afin de dépoussiérer la collection.
Le producteur de « Glee » à la rescousse
Sur le plan éditorial, Riverdale accueille en 2010 son premier personnage gay, Kevin Keller, une figure récurrente. Côté stratégie, Archie Comics devient la première entreprise de BD aux Etats-Unis à proposer ses albums en numérique le jour même de leur sortie papier, selon le site Vulture. Elle va aussi finir par proposer ses titres en librairies, en plus des kiosques à journaux.
En parallèle, Jon Goldwater se rapproche de Roberto Aguirre-Sacasa, auteur de théâtre, de BD et de séries TV, largement applaudi pour sa série musicale pour ados Glee. En résulte quelques numéros bien accueillis réunissant les camarades d’Archie et les lycéens de Glee mais aussi une réinterprétation fantastique et décalée, Afterlife with Archie, peuplée de zombies et de loups-garous. Un succès critique qui amène l’auteur à prendre la direction du bureau créatif.

   


En coexistence avec les anciens Archie qui ressortent sans cesse en « digests », le duo Goldwater-Aguirre lance un reboot, une remise à zéro des séries, et le confie à des auteurs de premier plan, à l’instar de la dessinatrice du très salué Saga, Fiona Staples, et de Mark Waid, reconnu pour son travail sur les séries de grands super-héros comme ses projets indépendants.
Dans cette opération de rénovation, il s’agit d’insérer plus de diversité mais aussi de remettre les personnalités et les préoccupations des héros au goût du jour, sans pour autant dénaturer la série. « Tout le monde était d’accord pour dire que la relance de Riverdale méritait une petite mise à jour mais personne ne sous-entendait que “Betty allait tomber enceinte” ou que “Archie allait faire un doigt d’honneur à M. Weatherbee [le principal du lycée]” », explique Mark Waid en postface du nouveau premier tome.
Une obsession : la télévision
La dessinatrice française Marguerite Sauvage (Faith, Bombshells) qui, en binôme avec Nick Spencer, va prendre le relais sur la série à partir du numéro 700 à paraître prochainement, n’a en revanche reçu aucune consigne particulière. « On a eu carte blanche, il n'y a pas eu d’éléments bibliques mentionnés. Après, je m’en tiens au cadre posé par le script de Nick », détaille au Monde celle qui ne connaissait pas Archie avant de s’installer au Canada mais prend plaisir à lui redonner vie. « J’ai un passif d’illustratrice de mode et de beauté avec lequel j’ai pu renouer, ça change des personnages en costume de héros. Les personnages d’Archie sont très glamourisés. » 

   


Roberto Aguirre-Sacasa avait toutefois en tête d’autres ambitions pour Archie : le ramener à la télévision. Au lieu d’un dessin animé comme cela a pu être de nombreuses fois le cas, il espère en faire un drama, un soap pour adolescents. Riverdale sera un « Archie rencontre Twin Peaks », la série de David Lynch, assume son créateur qui ajoute en introduction d’un des numéros de la BD : « Les choses y prennent un tour un peu plus macabre, un peu plus érotique et un peu plus décalé. » Le programme est lancé en janvier 2017 sur la chaîne américaine pour jeunes CW, et en parallèle sur Netflix. L’effet comique et la pop sucrée des années 1960 laissent place à de mystérieuses enquêtes sur des meurtres, des secrets d’alcôve et des scènes au clair de lune, tout en conservant des références vintages et un certain polish.
Une implantation en France
« Le coup de génie de la série est de s’être réapproprié ce qu’Archie et ses amours avaient clairement inspiré en matière de schémas et de séries romantiques ados comme Les Frères Scott ou même Dawson », analyse Xavier Fournier. D’autres comme Olivier Jalabert, directeur éditorial comics de Glénat, qui publie en France les nouvelles BD Riverdale, estiment qu’avec cette série « on touche les mêmes publics qui ont pu à une autre époque être fans de Buffy contre les vampires ou Smallville ».

Pari réussi. La série a permis de reconquérir les jeunes Nord-Américains. Ils sont en moyenne un peu plus d’un million à la regarder sur CW chaque semaine – un chiffre en légère baisse qui ne fait pas partie des meilleures audiences de la chaîne, mais ne comprend pas les spectateurs Netflix. La plate-forme, qui a d’ailleurs négocié l’exclusivité de la série Sabrina, le spin-off de Riverdale, a aussi largement contribué à son succès à l’étranger.
En France, les spectateurs ont consommé des produits dérivés Archie sans le savoir mais n’ont jamais eu de vrai attachement. Et pour cause, les BD n’ont jamais vraiment paru dans l’Hexagone jusqu’à ce que Glénat décide, cette année, d’importer les titres les plus récents dans le but d’ouvrir une collection « Young Adult », offre inexistante jusqu’alors dans ses rayons. « Nous ne sommes pas sur un gros succès, avec entre 3 000 et 4 000 exemplaires vendus par titre », concède Olivier Jalabert, qui se félicite toutefois « d’avoir eu le nez creux » en décidant d’acheter la licence avant la sortie de la série. Comme quoi, même à 77 ans, il est possible de redevenir cool.




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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-2"> ¤ Dans l’ouvrage du journaliste Ludovic Lamant, l’architecture des institutions est envisagée comme le produit et le symptôme des errements de la construction européenne et de l’opacité à l’œuvre dans le processus législatif.
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La construction européenne par son bâti

Dans l’ouvrage du journaliste Ludovic Lamant, l’architecture des institutions est envisagée comme le produit et le symptôme des errements de la construction européenne et de l’opacité à l’œuvre dans le processus législatif.



LE MONDE
 |    26.10.2018 à 10h34
 • Mis à jour le
26.10.2018 à 10h39
    |

            Isabelle Regnier








                        



                                


                            

Livre. Correspondant à Bruxelles pour Mediapart pendant six ans, Ludovic Lamant a sillonné les couloirs des grandes institutions européennes jusqu’à en connaître les moindres recoins. Fréquenter ces bâtiments froids, agencés sans cohérence de part et d’autre d’une autoroute urbaine, arpenter leurs intérieurs, sinistres comme des bureaux d’agences bancaires, auraient pu le laisser indifférent. Il aurait pu oublier l’ineptie de ce quartier européen sans âme que d’aucuns qualifient de « balafre urbaine », d’autres de « trou noir qui assèche les énergies ».
Au lieu de cela, il en a fait un objet d’étude. De ce décor qui s’est consolidé par à-coups successifs, selon une logique du fait accompli, dont la laideur, l’impraticité, l’inhospitalité foncière ne font l’objet d’aucun débat, il livre une monographie aussi originale qu’inspirante.
En revenant sur les étapes de la constitution du quartier, en l’inscrivant dans une histoire de l’architecture postmoderne, en évoquant les formes alternatives qu’il aurait pu prendre et les raisons pour lesquelles il ne les a pas prises, Ludovic Lamant lui restitue une contingence salutaire, qui invite à ne plus penser comme des fatalités ni cette architecture ni la politique européenne qui se fabrique en son sein.
Rupture entre les institutions et le peuple
L’architecture des institutions est envisagée, c’est tout le propos de Bruxelles chantiers, comme le produit et le symptôme des errements de la construction européenne, de l’opacité à l’œuvre dans le processus législatif, de la dilution progressive des idéaux démocratiques dans un dogmatisme néolibéral dont l’auteur détaille clairement les rouages. De l’architecture à la politique, et réciproquement, il glisse agilement, pour raconter l’histoire de la rupture entre les institutions et le peuple.
Exemplaire à cet égard, le projet de refonte du rond-point Robert Schuman, dont l’architecte belge Xaveer de...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-3"> ¤ La Française Alice Zeniter et le Québécois Eric Plamondon ont publié deux livres à succès sur la mémoire de la colonisation. Un débat sur la question se tiendra le 26 octobre dans le cadre de la première édition du Monde Festival Montréal.
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                Le roman, lieu privilégié pour penser les plaies de l’histoire coloniale


La Française Alice Zeniter et le Québécois Eric Plamondon ont publié deux livres à succès sur la mémoire de la colonisation. Un débat sur la question se tiendra le 26 octobre dans le cadre de la première édition du Monde Festival Montréal.

LE MONDE
                 |                 26.10.2018 à 09h00
                 |

            Adrien Naselli

















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Signe de l’époque ? L’histoire coloniale passionne les jeunes lecteurs. L’Art de perdre (Flammarion) d’Alice Zeniter, paru à la rentrée littéraire 2017 et également cinquième prix littéraire du Monde, a reçu le Goncourt des lycéens. Taqawan (Quidam éditeur) d’Eric Plamondon, paru au début de 2018, s’est vu décerner le prix de la Frye Académie, festival littéraire reconnu au Canada, et décerné par des collégiens de la province du Nouveau-Brunswick, au Québec.
Le combat « de David contre Goliath » qui opposa en 1981 les autochtones de la réserve écologique de Restigouche aux policiers de la sûreté du Québec, décrit par Eric Plamondon, et le sort invivable de ceux qu’on a appelés les « harkis », ainsi que leur descendance, mis en scène par Alice Zeniter, révolte cette jeune génération qui ne se sent plus responsable du passé d’ancien colonisateur de la France et du Québec. « Contrairement aux adultes, les ados se fichent que j’écrive sur la guerre d’Algérie, affirme Alice Zeniter. Ce qui les intéresse, c’est la trajectoire migratoire en elle-même. Pas forcément liée au passé colonial — bien que pour les ados issus de cette immigration algérienne, elle ait son importance. Ils sont fascinés par les migrations sociales, qui font passer de la ruralité à la ville, ou d’une classe à une autre. »
Eric Plamondon, dont l’héroïne Océane est une jeune Indienne mi’gmaq persécutée par la police, abonde dans son sens : « Océane permet aux jeunes d’entrer dans l’histoire. Sa quête fait écho à la quête identitaire qu’est l’adolescence. Cette question identitaire a été reprise par une nouvelle génération qui la vit dans toute sa complexité. Elle sait que des minorités, il y en a partout. »
Réparer une ignorance
Eric Plamondon comme Alice Zeniter avouent bien volontiers leur ignorance originelle. Alors même qu’elle raconte, par le filtre de la fiction, l’histoire de sa propre famille sur trois générations — Ali le grand-père dans son village de montagne, Hamid le père arrivé enfant en France dans un camp de réfugiés, Naïma la petite-fille élevée dans une HLM normande —, l’écrivaine de 32 ans a grandi dans le silence de ses parents et de l’école : « Sur les harkis, j’avais l’impression de ne pas avoir d’histoire. Il y avait quelque chose de l’ordre de l’injonction, à produire un récit qui couvrirait les trajectoires de vie de ceux que l’institution a oubliés. » Elle a passé des mois à faire des recherches, des livres d’histoire aux méandres du Net. Dans la troisième partie du livre, on voit même une sorte de making-of de ses recherches.

        Portrait (édition abonnés):
         

          Alice Zeniter, enfant du silence



Eric Plamondon, lui, ne connaissait pas l’existence de la réserve de Restigouche, et confie aujourd’hui sa honte. Il a passé les trente premières années de sa vie au Québec, avant de s’installer dans la région de Bordeaux. C’est lors d’un voyage en Gaspésie avec sa famille qu’il découvre la vie des Premières Nations : « Depuis que j’habite en France, les gens me questionnent sur les Indiens. J’avais un grand malaise lié à ça. On n’en parlait pas du tout à la maison, ni à l’école. En écrivant Taqawan, j’ai compris que la pire violence qu’on avait faite aux Premières Nations est de les avoir effacées de l’histoire québécoise. »
A la différence d’Alice Zeniter, qui s’est entourée d’historiens et de sociologues, Eric Plamondon a travaillé seul avec des livres d’histoire et des archives de musées canadiens en ligne. « Je me suis penché tous les matins pendant deux ans sur ce roman qui fait à peine deux cents pages. » Sa rencontre avec une Indienne mi’gmac dans la réserve, à l’été 2015, a mis un coup d’accélérateur à l’écriture. Même chose pour Alice Zeniter, qui a effectué plusieurs voyages sur les traces de ses aïeuls en Algérie.
« La sagesse de l’incertitude »
L’écriture a été vertigineuse et fatigante pour la jeune femme : comment donner à voir sans fantasmer la vie de son grand-père dans les montagnes kabyles ? « La question des sources m’a fait prendre conscience qu’un livre d’histoire n’était jamais qu’un point de vue. Par exemple, les premiers documents qui décrivent les villages kabyles ont été écrits par les colonisateurs. »
Eric Plamondon, lui, a fait preuve de prudence. « J’ai “écrit sur des œufs”, car c’est un sujet délicat. L’appropriation culturelle est devenue une vraie question. C’est aussi pour ça que mon roman est constitué de fragments, avec une infinité de faisceaux, pour essayer de déjouer le piège de la focale unique. L’angle de la fiction est bien assumé. Je joue parfois à l’historien, mais je suis avant tout un auteur. » A la fin du livre, le personnage d’ermite mi’gmaq dit à la jeune héroïne française : « Personne n’est tout blanc. » Une morale bien pratique ? « J’aime bien faire dire ça à mon personnage indien. La fiction est toujours là pour nous rappeler que la réalité n’est pas noire ou blanche, mais grise. Cela me fait penser à Kundera et sa “sagesse de l’incertitude”. Le roman, c’est ça. »

        Un débat du Monde Festival Montréal :
         

          Au Québec, la lente marche en avant des peuples autochtones



Il permet surtout de répondre, mieux que n’importe quel autre médium, aux questions existentielles par l’émotion. Dans les dernières pages de L’Art de perdre, Ifren, un jeune Algérien qui conduit l’héroïne Naïma en voiture, met fin à ses tourments : « Personne ne t’a transmis l’Algérie. Qu’est-ce que tu croyais ? Qu’un pays, ça passe dans le sang ? […] Ce qu’on ne transmet pas, ça se perd, c’est tout. Tu viens d’ici mais ce n’est pas chez toi. » 
Transmettre avec toutes les nuances : telle est la mission que se sont donné les deux écrivains. « Il faut que les livres d’histoire aussi amènent de la complexité, encourage Eric Plamondon. Comme par hasard, la prise de conscience arrive en ce début de XXIe siècle par le roman, par la poésie, par la musique, par le côté artistique des choses. »
Autochtones et histoire coloniale, comment composer avec l’héritage du passé ? Vendredi 26 octobre, dans le cadre du Monde Festival Montréal, coorganisé avec le journal Le Devoir, Alice Zeniter dialoguera avec Benjamin Stora, historien, Michèle Audette, activiste autochtone, et Stanley Vollant, chirurgien autochtone. Un débat animé par Jean-François Nadeau, journaliste au Devoir. Auditorium Maxwell-Cunnings, 15 h 30 - 17 heures. 
Réservation en ligne 
Retrouvez aussi deux articles d’Eric Plamondon dans « Vive le Québec…, Hors-série du « Monde », 100 pages, 8,50 euros. En vente en kiosques et sur Boutique.lemonde.fr.

        Hors-série du « Monde » :
         

          Un si séduisant Québec





Adrien Naselli
    













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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-4"> ¤ Ce livre dense et érudit revient sur un épisode unique de l’histoire de France. En juillet-août 1830, quatre souverains se sont succédé sur le trône de France.
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Le grand prix du roman de l’Académie française décerné à Camille Pascal

Ce livre dense et érudit revient sur un épisode unique de l’histoire de France. En juillet-août 1830, quatre souverains se sont succédé sur le trône de France.



Le Monde.fr avec AFP
 |    25.10.2018 à 17h31
   





                        



   


L’Académie française a ouvert jeudi 25 octobre la saison des prix littéraires en décernant son grand prix du roman à Camille Pascal pour L’Eté des quatre rois (Plon), roman racontant l’été 1830 quand quatre souverains se sont succédé sur le trône de France.
Il a remporté le prix au 3e tour de scrutin, avec treize voix contre sept à Alain Mabanckou (Les cigognes sont immortelles, Seuil) et deux à Thomas B. Reverdy (L’Hiver du mécontentement, Flammarion), a annoncé jeudi l’Académie française.

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Conseiller d’Etat, ancien secrétaire général de France Télévisions et ancien conseiller de Nicolas Sarkozy à l’Elysée, Camille Pascal, 52 ans, est historien de formation. L’Eté des quatre rois est son premier roman, et il est également en lice pour le prix Interallié.
« Le roman vrai de la révolution »
Ce livre dense (plus de 600 pages) et érudit revient sur un épisode unique de l’histoire de France. Roi impopulaire, contraint d’abdiquer après les émeutes parisiennes de juillet 1830 (les « Trois Glorieuses »), Charles X souhaite que son petit-fils Henri d’Artois (Henri V) lui succède. Il demande à son fils Louis-Antoine d’Artois (Louis XIX), dauphin légitime, de renoncer à ses droits en faveur de son neveu. Henri d’Artois n’a que 9 ans et Louis-Antoine d’Artois n’a pas le courage de contester la décision de son père. La voie est libre pour le duc d’Orléans, qui finalement monte sur le trône sous le nom de Louis-Philippe.
Le roman de Camille Pascal entraîne le lecteur dans tous les lieux de ces folles journées. Nous sommes au château de Saint-Cloud, aux Tuileries, à Paris, Courbevoie ou encore en Normandie. L’historien convoque Stendhal, Chateaubriand, Dumas, Vigny et Hugo. On croise Guizot, Talleyrand, le vieux Lafayette et le jeune Adolphe Thiers.

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                Le Grand Prix du roman de l’Académie française attribué à Daniel Rondeau pour « Mécaniques du chaos »



Camille Pascal est non seulement partout, mais décrit comme s’il était témoin vivant des événements les robes des dames, les marqueteries des meubles… Le style est alerte même si l’écriture est d’un académisme un peu vieillot. Selon son éditeur, Camille Pascal a écrit « le roman vrai de la révolution de 1830 ».
L’an dernier, le grand hprix du roman de l’Académie française avait été décerné à Daniel Rondeau pour Mécaniques du chaos (Grasset).



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-5"> ¤ « Rétrofictions » : quatre siècles de science-fiction francophone en deux tomes indispensables et exhaustifs signés Guy Costes et Joseph Altairac.
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édition abonné


L’encyclopédie des plans tirés sur la comète

« Rétrofictions » : quatre siècles de science-fiction francophone en deux tomes indispensables et exhaustifs signés Guy Costes et Joseph Altairac.



LE MONDE DES LIVRES
 |    25.10.2018 à 07h30
    |

                            François Angelier (Collaborateur du « Monde des livres »)








                        



                                


                            
Rétrofictions. Encyclopédie de la conjecture romanesque rationnelle francophone, de Rabelais à Barjavel. 1532-1951, de Guy Costes et Joseph Altairac, préface de Gérard Klein, Encrage, 2 tomes sous coffret, 2 458 p., 115 €.

A l’image de la comète de Halley, certains auteurs ne sont repérables aux vitrines des libraires qu’à des dates fort espacées, suscitant grand émoi à chaque passage. Ainsi en va-t-il de Guy ­Costes et Joseph Altairac, érudissimes « savanturiers », experts hors ligne de toutes formes connues et méconnues de fictions anticipatrices et science-fictives.
Leur nouvelle apparition, Rétrofictions, se solde par la chute d’un astéroïde cubique de 2 458 pages illustrées offrant au lecteur, avec ses 11 086 entrées et ses trois index (œuvres, dates, thèmes et sous-thèmes), de Pantagruel, de Rabelais (1532), à la bande dessinée ­Zigoto et le robot, d’Aristide Perré (Rouff, 1951), une immersion dans quatre siècles de fictions francophones de l’imaginaire – de la naissance de l’humanisme scientifique à l’apparition des premières collections labélisées « science-fiction ».
A l’origine de cette voie lactée fictionnelle où nul ne s’égare et où chacun s’émerveille, l’Encyclopédie de l’utopie, des voyages extraordinaires et de la science-fiction, de Pierre Versins (L’Age d’homme, 1972), un classique que nos auteurs parachèvent et auquel ils empruntent le ­concept-phare de « conjecture romanesque rationnelle » : toute forme de récit fondé, hors fantastique et merveilleux, sur l’exploitation des possibles concrets, des projections, même délirantes, de la raison raisonnante.
Se « limitant », à la différence de Versins, au monde francophone, Costes et Altairac ont en revanche étendu leur quête vorace et obsessionnelle à toute la culture concrète. Si romans, nouvelles, contes, voire poèmes ou chansons, constituent l’essentiel du corpus, place est...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-6"> ¤ La chronique de Roger-Pol Droit, à propos de « L’Intelligence artificielle ou l’enjeu du siècle », d’Eric Sadin.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-6"> ¤                     
                                                   
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Figures libres. Ainsi naquit la vérité artificielle

La chronique de Roger-Pol Droit, à propos de « L’Intelligence artificielle ou l’enjeu du siècle », d’Eric Sadin.



LE MONDE DES LIVRES
 |    25.10.2018 à 07h30
 • Mis à jour le
25.10.2018 à 15h22
    |

                            Roger-Pol Droit








                        



                                


                            
L’Intelligence artificielle ou l’enjeu du siècle. Anatomie d’un antihumanisme radical, d’Eric Sadin, L’Echappée, 302 p., 18 €.

Comme chacun sait, plus moyen d’échapper à l’intelligence artificielle (IA). Nos poches, nos voitures, nos objets sont connectés. Nos neurones aussi, dit-on. Hebdomadaires et quotidiens, séminaires et symposiums sont saturés d’interventions. Partout, l’IA fait parler, mais également fait agir. Et d’abord dans le registre des banques, hôpitaux, services de sécurité, cabinets de recrutement, etc. Il n’est aucun secteur vital qu’elle ne touche, se targuant de les transformer tous de fond en comble. Dès demain. A moins que ce ne soit déjà fait.
Dans cette déferlante autour de l’IA – ses bienfaits, ses méfaits, ses exploits, son avenir… –, on trouve à satiété l’étonnement et la crainte, l’enthousiasme et l’abattement. Mais, en fin de compte, peu de pensée. Trop peu d’analyses vraiment intelligentes, de critiques incisives et fortes. C’est pourquoi il faut saluer, et recommander, le nouveau livre d’Eric Sadin, L’Intelligence artificielle ou l’enjeu du siècle. Après, notamment, La Vie algorithmique et La Silicolonisation du monde (L’Echappée, 2015 et 2017), il signe cette fois son essai le plus ambitieux et le plus abouti.

Car Eric Sadin ne se contente pas d’expliquer pourquoi les data envahissent tout, ni comment les algorithmes décident des embauches, des régimes alimentaires, des prêts bancaires et des traitements médicaux. Il met d’abord en lumière de quelle façon les machines ont profondément changé de statut, passant du rôle de prothèse au mimétisme du cerveau, créant ainsi un univers anthropomorphique d’un genre inédit.
Car ce monde n’est que pseudo-humain. Il ressemble au nôtre, mais de manière augmentée (par la puissance de calcul) et parcellaire (par l’absence d’affects et de liberté). Plus que tout, le néoréel est...




                        

                        


<article-nb="2018/10/26/17-7">
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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-7"> ¤ La correspondance inédite entre Carl Jung et son disciple Erich Neumann, de 1933 à 1950, éclaire les ambivalences du célèbre psychologue suisse.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-7"> ¤                     
                                                   
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De l’inégalité des inconscients chez Carl Jung

La correspondance inédite entre Carl Jung et son disciple Erich Neumann, de 1933 à 1950, éclaire les ambivalences du célèbre psychologue suisse.



LE MONDE DES LIVRES
 |    25.10.2018 à 07h30
    |

                            Elisabeth Roudinesco (Historienne et collaboratrice du « Monde des livres »)








                        



                                


                            
Correspondance. Zurich-Tel-Aviv (1933-1959) (Die Briefe 1933-1959. Analytische Psychologie im Exil), de C. G. Jung et Erich Neumann, présenté par Martin Liebscher, traduit de l’allemand par Véronique Liard et de l’anglais par Florence Serina, La Compagnie du livre rouge/Imago, 352 p., 25 €.

Présentées par Martin Liebscher, enseignant autrichien à l’University College de Londres, les cent vingt-quatre lettres inédites échangées entre Carl Gustav Jung (1875-1961) et Erich Neumann (1905-1960) portent pour l’essentiel sur les relations que les deux hommes entretenaient avec la question juive. Psychologue berlinois, ­ardent sioniste, Neumann rencontre Jung à Zurich, en 1933, alors qu’il a fui le nazisme pour se rendre en Palestine.
A cette date, Jung est célébré dans le monde entier pour avoir fondé une école de psychologie analytique visant à étudier la psyché humaine comme un vaste domaine où seraient réunis le rêve, l’inconscient, le symbolisme, l’art, les mythes, les religions, etc. Y apparaissent des « archétypes », formes préexistantes inconscientes dévoilées par l’art et les rêves, parmi lesquelles il range l’« animus » (masculin), l’« anima » (féminin), le « soi » et l’« ombre », partie obscure de la psyché. Il nomme « individuation » la capacité d’un sujet à devenir autonome à travers plusieurs métamorphoses. Adepte de la psychologie des peuples, il prétend analyser les différences et les inégalités entre les inconscients collectifs et individuels de chaque nation.
Jung, fasciné par le Führer
Quant à Neumann, soucieux d’étudier les paradoxes de l’identité juive, il a adhéré avec enthousiasme à la doctrine jungienne, convaincu qu’elle lui permettrait de comprendre que l’individuation du juif ne peut se réaliser que s’il abandonne l’ombre qui l’habite, c’est-à-dire « l’inconscient collectif non juif » dans lequel il baigne en Europe....




                        

                        


<article-nb="2018/10/26/17-8">
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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-8"> ¤ La chronique d’Alexandre Jollien, à propos de « Pensées à moi-même », de Marc Aurèle, lu par Jacques Gamblin.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-8"> ¤                     
                                                   
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A l’oreille. Solidarité stoïcienne

La chronique d’Alexandre Jollien, à propos de « Pensées à moi-même », de Marc Aurèle, lu par Jacques Gamblin.



LE MONDE DES LIVRES
 |    25.10.2018 à 07h30
    |

                            Alexandre Jollien (Philosophe)








                        



                                


                            
Pensées à moi-même (Ta eis heauton), de Marc Aurèle, traduit du grec ancien par Jules Barthélemy-Saint-Hilaire, extraits lus par Jacques Gamblin, Frémeaux & Associés, 2 CD, environ 30 €.

De Jacques Gamblin, je garde l’impérissable souvenir de son magistral strip-tease dans Pédale douce (de Gabriel Aghion)… Vingt-deux ans plus tard, le voilà rhabillé et muni de la toge impériale. Les éditions Frémeaux & Associés nous donnent l’occasion, grâce à cette voix magnifique, de « licouter » (ou « écouter lire ») de larges extraits des Pensées à moi-même.

L’individu qui consigne ses pensées est l’un des hommes les plus puissants de son époque. Infatigablement, Marc Aurèle (121-180) administre un empire gigantesque et lègue à la philosophie une œuvre capitale. Imagine-t-on un Trump, un Poutine, prendre un minimum de hauteur et livrer aux siècles à venir des maximes aptes à conduire le lecteur tout droit à l’ataraxie ?
L’empereur pourfend l’étroitesse d’esprit, dénonce l’attrait pour le vain, fustige la mesquinerie : « Si jamais tu as eu l’occasion de voir une main, un pied, ou une tête coupés, et qui gisaient séparés du reste du corps, tu peux te dire que c’est là une image de ce que fait l’homme, pour lui-même, du moins autant qu’il le peut, quand il n’accepte pas de bon gré le destin qui lui est réparti, qu’il s’isole volontairement, ou qu’il commet un acte contraire à la loi commune. » En un temps où l’individualisme gagne du terrain, tendre l’oreille au philosophe, ne serait-ce pas retrouver le sens du tout et, activement, combattre les formes d’exclusion ?
Une sérieuse cure de l’âme
Faire grand cas de sa personne, obéir au doigt et à l’œil aux caprices de l’imagination, négliger le bien commun, voilà ce qui nous tourmente. Et l’empereur-médecin de dispenser un souverain remède à quiconque se prendrait pour le nombril du monde : songer aux hommes illustres qui...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-9"> ¤ Pour l’écrivaine nigérian-américaine Chinelo Okparanta, « Sous les branches de l’udala », histoire d’une homosexuelle dans le Biafra en guerre, est un acte militant.
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Histoire d’un livre. Donner voix aux LGBT du Nigeria

Pour l’écrivaine nigérian-américaine Chinelo Okparanta, « Sous les branches de l’udala », histoire d’une homosexuelle dans le Biafra en guerre, est un acte militant.



LE MONDE DES LIVRES
 |    25.10.2018 à 07h15
 • Mis à jour le
25.10.2018 à 09h37
    |

                            Gladys Marivat (Collaboratrice du « Monde des livres »)








                        



                                


                            
Sous les branches de l’udala (Under the Udala Trees), de Chinelo Okparanta, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Carine Chichereau, Belfond, 384 p., 22 €.

Quand Sous les branches de l’udala a paru aux Etats-Unis, l’auteure nigérian-américaine Chinelo Okparanta a reçu des remerciements de lecteurs qui disaient se retrouver dans son livre, ainsi que d’autres lettres, moins agréables. Ces dernières lui reprochaient d’avoir subi un lavage de cerveau de la part des Occidentaux, et assénaient que l’homosexualité était une maladie. « Ensuite, je suis partie faire une tournée de promotion au Nigeria, raconte-t-elle au “Monde des livres”. J’ai participé à des émissions à Lagos, à des festivals littéraires. Certaines personnes m’ont à nouveau fait ce reproche. Un jour, une animatrice de radio m’a expliqué qu’elle me recevait mais qu’on ne pouvait pas discuter de mon livre. Elle craignait d’être virée. Je sentais qu’elle le regrettait, mais c’était compliqué. C’est à cause de la loi. »
Comme l’auteure l’indique à la fin du roman, Goodluck Jonathan, président du Nigeria de 2010 à 2015, a instauré, en 2014, une loi criminalisant les relations entre personnes de même sexe, ainsi que toute forme de soutien à ces relations. Les peines de prison vont jusqu’à quatorze ans. « Dans les Etats du Nord, la mort par lapidation est prévue », précise la note.
Parallèle entre le destin de la nation nigériane et celui de l’héroïne
Née à Port Harcourt, dans le sud du pays, en 1981, Chinelo Okparanta est partie vivre aux Etats-Unis à l’âge de 10 ans pour suivre son père venu y étudier. Aujourd’hui, elle enseigne la littérature à l’université Bucknell (Pennsylvanie). Professeure et militante, elle retourne dans son pays natal tous les ans, et vient en aide aux personnes LGBT persécutées. Sous les branches de l’udala leur est dédié. Après un recueil de nouvelles (Le Bonheur...




                        

                        


<article-nb="2018/10/26/17-10">
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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-10"> ¤ Sexe et religion, pauvreté et glamour, vaudeville et tragédie emportent « La Saison des fleurs de flamme », premier roman d’un écrivain du nord du Nigeria.
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Abubakar Adam Ibrahim apparie tous les contraires à Abuja

Sexe et religion, pauvreté et glamour, vaudeville et tragédie emportent « La Saison des fleurs de flamme », premier roman d’un écrivain du nord du Nigeria.



LE MONDE DES LIVRES
 |    25.10.2018 à 07h15
 • Mis à jour le
25.10.2018 à 09h22
    |

                            Gladys Marivat (Collaboratrice du « Monde des livres »)








                        



                                


                            
La Saison des fleurs de flamme (Season of Crimson Blossoms), d’Abubakar Adam Ibrahim, traduit de l’anglais (Nigeria) par Marc Amfreville, L’Observatoire, 432 p., 23 €.

Vertige des couleurs et des odeurs qui nous emportent d’un bout à l’autre de La Saison des fleurs de flamme. Les effluves de cannabis et les pâles volutes de l’encens pour masquer le parfum du sexe. Le rouge incandescent des flamboyants et la pestilence d’une étrange fleur qui n’éclôt que tous les trente ans. Disséminées dans le premier roman d’Abubakar Adam Ibrahim, elles émanent d’un Nigeria où s’apparient les contraires. La luxure et les cinq prières de l’islam ; l’amour et la mort ; la richesse et la misère. Le tout dans une esthétique sensationnelle qui mêle réalisme social et atmosphère nollywoodienne – propre à l’industrie du cinéma au Nigeria, friande de sujets religieux et d’intrigues romantiques. Un monde nous saute à la figure, comme si un rideau venait d’être levé.
Il révèle la maison de Binta Zubaïru, dans la banlieue d’Abuja, la capitale. Une galerie de personnages pittoresques se presse chez cette veuve musulmane de 55 ans dans une ambiance de vaudeville. On y croise, entre autres, sa nièce, Fa’ïza, adolescente à la mise provocante, grande lectrice de romans à l’eau de rose, ses trois enfants, la bienveillante Hadiza, qui voudrait la voir se remarier, Munkaïla, l’entrepreneur, désireux de lui offrir une paisible retraite, et Hureira, la « divorcée en série » qui ne songe qu’à s’apitoyer sur elle-même. Il y a aussi Mallam Haruna, le prétendant éconduit de Binta, dont les cocasses apparitions sont précédées du bourdonnement de son antique transistor. Et enfin, la foule de femmes pieuses et curieuses qui s’inquiètent de ne plus voir leur amie à la madrasa, l’école coranique.
Les amants maudits
Pourtant, de tout cela Binta se moque. Depuis que Reza, un ­dealeur, est entré chez elle par effraction, elle...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-11"> ¤ Dans « A ce point de folie », l’écrivain autrichien fait du fameux drame de « La Méduse » la métaphore de celui des Européens face à la crise des migrants.
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Roman. Franzobel prend acte du naufrage des Lumières

Dans « A ce point de folie », l’écrivain autrichien fait du fameux drame de « La Méduse » la métaphore de celui des Européens face à la crise des migrants.



LE MONDE DES LIVRES
 |    25.10.2018 à 07h15
 • Mis à jour le
25.10.2018 à 09h21
    |

            Nicolas Weill








                        



                                


                            
A ce point de folie. D’après l’histoire du naufrage de « La Méduse » (Das Floss der « Medusa »), de Franzobel, traduit de l’allemand (Autriche) par Olivier Mannoni, Flammarion, 520 p., 22,90 €.

Le drame des migrants qui se noient par milliers en Méditerranée a peut-être trouvé une métaphore efficace grâce au roman que l’écrivain et homme de théâtre autrichien Franzobel consacre à la dérive tragique du radeau de La Méduse, immortalisé en 1818 par Géricault. Partie de ­Rochefort, une frégate de ce nom s’échoua en effet sur un banc de sable, le 2 juillet 1816, au large de l’actuelle Mauritanie. Comme ce sera le cas pour le Titanic, les canots de sauvetage ne pouvant contenir qu’une partie des passagers – et la hiérarchie étant strictement respectée pour y avoir accès –, la moitié d’entre eux, soit deux cents personnes, fut abandonnée à l’épave et à un radeau de fortune.
Quand les secours parvinrent à atteindre ce dernier, ils recueillirent quinze survivants seulement. Entre-temps, les naufragés à la dérive sur l’Atlantique avaient vécu des scènes atroces de massacres. Ceux qui étaient censés apporter la raison à l’Afrique avaient sombré dans l’ensauvagement et le cannibalisme.
Interroger notre paresse morale
Faut-il voir dans cet épisode, qui a frappé ses contemporains, après les atrocités de la Révolution et de l’Empire, une pierre d’achoppement de la culture des Lumières à l’aube des temps nouveaux ? Telle semble la question que l’auteur nous invite à méditer, en interrogeant notre paresse morale face aux tragédies et l’incompétence de dirigeants en qui on a bien tort d’avoir confiance malgré leurs rodomontades – l’ensablement de La ­Méduse est largement dû à l’incompétence de son capitaine, Duroy de Chaumareys. Tout l’art de Franzobel consiste donc à extirper le récit de son contexte, par touches imperceptibles, afin d’amener son public des années 2010 à s’en appliquer...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-12"> ¤ Les romanciers Serge Filippini, pour le surréaliste, et Matthieu Mégevand, pour le poète météorique, cernent le germe de la création littéraire.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-12"> ¤                     
                                                   
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André Breton et Roger ­Gilbert-Lecomte en quête de beauté

Les romanciers Serge Filippini, pour le surréaliste, et Matthieu Mégevand, pour le poète météorique, cernent le germe de la création littéraire.



LE MONDE DES LIVRES
 |    25.10.2018 à 07h00
    |

                            Stéphanie Dupays (Collaboratrice du « Monde des livres »)








                        



                                


                            
J’aimerai André Breton, de Serge Filippini, Phébus, 192 p., 17 €.
La Bonne Vie, de Matthieu Mégevand, Flammarion, 160 p., 16 €.
Dans la zone grise entre roman et biographie, deux livres s’emparant de vies d’écrivains incarnent deux attitudes envers la vérité historique. Dans J’aimerai André ­Breton, Serge Filippini détourne le genre en ajoutant un épisode à la vie du parrain du surréalisme, tandis que, dans La Bonne Vie, Matthieu Mégevand, appuyé sur une documentation fouillée, parvient à capter le souffle de Roger ­Gilbert-Lecomte.
Serge Filippini a l’habitude de mettre au centre de ses romans des personnages réels. Mais pour lui la réalité n’est que le point d’appui d’une rêverie biographique. Ici, il invente un ultime amour à ­André Breton (1896-1966). Fin septembre 1966, Chance ­Salvage débarque à Saint-Cirq-Lapopie (Lot), le village où l’écrivain se repose. Hantée par la lecture de Nadja (Gallimard, 1928), la jeune femme voit en lui un sauveur. Avec elle, le poète fatigué et malade retrouve « le goût de vivre, non de mourir ». La liaison est aussi intense que brève car Breton meurt une semaine plus tard. Commence alors pour Chance une errance aux confins de la folie et du crime.

A travers son destin s’esquisse aussi une réflexion sur ce couple incontournable de la littérature, le créateur et la femme vivant dans son ombre. Histoire d’un amour fou, ce roman à l’écriture élégante et – peut-être trop – classique constitue une belle variation sur les grands thèmes surréalistes : la passion comme voie d’accès à la création, le hasard objectif de la rencontre, la force subversive du songe.
Faire exploser les évidences
On ne s’en éloigne guère avec le portrait que Matthieu Mégevand consacre à Roger Gilbert-Lecomte (1907-1943) : celui-ci contesta à Breton le monopole de la révolte poétique....




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-13"> ¤ « Elsa mon amour », qui fait d’Elsa Morante une si belle héroïne de roman, est le fruit d’un long compagnonnage de l’écrivaine d’aujourd’hui avec celle d’hier.
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Simonetta Greggio : « Habiter avec force Elsa Morante »

« Elsa mon amour », qui fait d’Elsa Morante une si belle héroïne de roman, est le fruit d’un long compagnonnage de l’écrivaine d’aujourd’hui avec celle d’hier.



LE MONDE DES LIVRES
 |    25.10.2018 à 07h00
 • Mis à jour le
25.10.2018 à 09h24
    |

                            Xavier Houssin (Collaborateur du « Monde des livres »)








                        



                                


                            
Elsa mon amour, de Simonetta Greggio, Flammarion, 240 p., 19 €.

Pour la romancière Simonetta Greggio, le monde se divise en deux : ceux qui idolâtrent Elsa Morante (1912-1985) et ceux qui ne la connaissent pas. Dans Elsa mon amour, elle donne une voix troublante à cette femme libre, écrivaine-née, qui, au côté ­d’Alberto Moravia (1907-1990), qu’elle épousa, fut au centre de la vie culturelle de l’Italie des années 1950 à 1970. De quoi donner envie de relire L’Ile d’Arturo, Mensonge et sortilège ou La Storia (Gallimard, 1963, 1967, 1977).

Pourquoi dites-vous, à propos d’Elsa Morante : « Elle est moi, mais je ne suis pas elle. Et elle n’est pas moi » ?
Ce qui me lie à Elsa Morante n’a rien de fusionnel, c’est un long compagnonnage. Elle a été l’une de mes héroïnes d’enfance. J’avais 10 ans quand j’ai lu L’Ile d’Arturo. J’y découvrais les troubles d’un adolescent et, même si j’étais un peu jeune pour tout comprendre, j’avais l’intuition d’un monde à venir qui me rendait folle d’impatience. J’avais aussi beaucoup pleuré avec La Storia. Et puis, j’ai un peu oublié Elsa. Je ne l’ai retrouvée que lorsque j’ai commencé à écrire Dolce Vita 1959-1979 [Stock, 2010], puis Les Nouveaux Monstres 1978-2014 [Stock, 2014]. Là, sa radicalité d’écrivaine m’a bousculée. Voilà une femme qui a tout donné à la littérature en pensant vraiment qu’elle pouvait changer le monde. J’ai recommencé à m’en sentir très proche. Il y a quatre ans, Paula Jacques m’a demandé de préparer une rencontre littéraire qui lui était consacrée à l’Odéon. Ce soir-là, je me suis dit : il faut aller plus loin, il faut croire en cette parole-là, la reprendre, l’habiter avec force. Je me devais d’écrire sur elle. Et la première phrase du livre est venue de suite, comme si elle m’avait été soufflée.

Quand le...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-14"> ¤ Dans « Hôtel Waldheim », l’écrivain orchestre un savant suspense pour mieux célébrer la force vitale du romanesque.
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L’adolescent pas si naïf de François Vallejo

Dans « Hôtel Waldheim », l’écrivain orchestre un savant suspense pour mieux célébrer la force vitale du romanesque.



LE MONDE DES LIVRES
 |    25.10.2018 à 07h00
    |

                            Florence Bouchy (Collaboratrice du « Monde des livres »)








                        



                                


                            
Hôtel Waldheim, de François Vallejo, Viviane Hamy, 304 p., 19 €.

Qu’on s’en souvienne avec affection comme l’âge des possibles, ou qu’on l’associe à l’ingratitude d’un corps et d’un caractère en formation, l’adolescence joue un rôle charnière dans l’histoire de chacun. Et conserve, au fil du temps, un statut privilégié dans la mémoire : s’y jouent ou s’y entrevoient les lignes de force susceptibles de donner à la vie son style, d’en dessiner la forme singulière. On imagine aisément le scandale intime que peut représenter la relecture contradictoire, par un tiers, de cette période fondatrice. C’est ce qui arrive au héros du nouveau roman de François Vallejo, auteur notamment de L’Incendie du Chiado ou d’Un dangereux plaisir (Viviane Hamy, 2008 et 2016).
« Ce n’est pas rien, se dit-il, de ne plus maîtriser qui on est, au moins qui on a été, ce qu’on a fait ou pas fait, ce que d’autres ont fait de soi. Nous avons vécu la même histoire et une autre, comment est-ce possible ? Ou alors c’est toute notre vie qui est comme ça, on se goure jour après jour sur ce qu’on croit vivre, la plupart du temps sans s’en apercevoir. » De ses vacances avec sa tante à l’Hôtel Waldheim, à Davos, dans les Alpes suisses, le narrateur garde un souvenir joyeux. A 16 ans, il était certes davantage préoccupé par la découverte de la sexualité que par la compréhension des enjeux de la guerre froide (nous sommes en 1976), mais il tirait de sa fréquentation des adultes – il en est certain – des observations que sa vivacité et son sens de la repartie rendaient aussi instructives qu’innocemment espiègles. Un peu tête à claques, parfois, il en convient. Un peu bête aussi, quand il cherchait à damer le pion aux adultes. Mais toujours sincère et spontané. Un bon gars, annonciateur de l’honnête homme qu’il croit être devenu.
Archives de la Stasi
Stupeur, donc, lorsque parviennent à son...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-15"> ¤ Claro prend la mesure de sa présence au monde avec Virginie Poitrasson.
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Le feuilleton. Du côté de chez soi

Claro prend la mesure de sa présence au monde avec Virginie Poitrasson.



LE MONDE DES LIVRES
 |    25.10.2018 à 07h00
 • Mis à jour le
25.10.2018 à 15h17
    |

                            Claro (Ecrivain et traducteur)








                        



                                


                            
Le Pas-comme-si des choses, de Virginie Poitrasson, L’Attente, 172 p., 16 €.

On se souvient peut-être de ce que disait Descartes à propos de la cire. Une fois livrée à la flamme, elle change, et change si radicalement qu’on pourrait croire que ce n’est plus la même cire. Seul notre entendement est là pour nous empêcher de nous pincer, ou pour remplacer avantageusement ce pincement. Quant à nous autres, pauvres humains, nous aimerions bien ne pas découvrir que nous ne valons guère mieux que de la cire. Mais trop tard : de cire sans doute nous sommes faits, et notre entendement aura beau mettre en branle la machine cartésienne, rien n’y fera, notre corps n’en finit pas de passer d’un état à l’autre, et pour cela tout lui est flamme, la passion, le deuil, l’ennui, le rêve. Il y a quelque chose en nous d’immensément instable, et c’est sans doute l’un des principaux enjeux de l’écriture que d’inventer, à chaque livre, une poétique de cette instabilité.
Pour Antonin Artaud, par exemple, il est question de se confronter à une « souffrance froide et sans images, sans sentiment, et qui est comme un heurt indescriptible d’avortements » (L’Ombilic des Limbes, Gallimard, 1925). Pour Virginie Poitrasson, dont les Editions de l’Attente viennent de publier Le Pas-comme-si des choses, l’enjeu est différent, mais l’acuité non moins grande : il s’agit de prendre la mesure de son corps, de ses pensées, de sa présence au monde, alors même qu’on se sent « hors champ », déconnectée, ici et pas ici.
Pour Virginie Poitrasson, il s’agit de prendre la mesure de son corps, de ses pensées, de sa présence au monde, alors même qu’on se sent « hors champ », déconnectée, ici et pas ici
« Combien de corps faut-il donc que je trimbale ? Certains ne sont pas identifiés. » Je est non seulement un autre, mais une foule d’autres, dont certains sont des fantômes, ne rêvons pas, ou plutôt...




                        

                        


<article-nb="2018/10/26/17-16">
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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-16"> ¤ Niépce a pris la première photo, Scott de Martinville enregistré le premier son. Mais l’histoire les a floués. « Au clair de la lune » explore, mélancolique, ce mystère.
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Christophe Donner du côté des faibles

Niépce a pris la première photo, Scott de Martinville enregistré le premier son. Mais l’histoire les a floués. « Au clair de la lune » explore, mélancolique, ce mystère.



LE MONDE DES LIVRES
 |    25.10.2018 à 07h00
    |

            Solenn de Royer








                        



                                


                            
Au clair de la lune, de Christophe Donner, Grasset, 336 p., 19,50 €.

C’est l’histoire de deux génies méconnus, deux injustices. Le premier, Joseph Nicé­phore Niépce (1765-1833), inventa le procédé héliographique, ancêtre de la photographie. Mais c’est son associé, Louis Daguerre, décorateur de théâtre, qui en récolta les fruits et la célébrité. Le second, Edouard-Léon Scott de Martinville (1817-1879), fut le premier à réaliser un enregistrement de la voix humaine. Mais, là encore, il se fait déposséder par le fabricant Rudolph Koenig, puis par l’industriel Thomas Edison, qui exploite le phonographe.
Deux inventeurs dont les réalisations ont changé le monde, mais qui resteront étrangement dans l’ombre, loin de la fortune et du succès promis. C’est ce mystère qu’effleure Christophe Donner (auteur, notamment, de L’Innocent ou de Sexe, Grasset, 2016 et 2018), celui d’un « empêchement », caché dans leur vie intime. « On devrait aussi s’intéresser à l’incapacité de certains de ces génies à pousser leurs découvertes au bout de leur logique, écrit-il. Cet empêchement est au cœur de l’étrange destin d’Edouard. Pourquoi s’est-il arrêté en si bon chemin, si près de cette gloire qu’il avait intensément convoitée ? »
De quoi ces barrières invisibles sont-elles faites ? Avant d’être inventeur de génie, Edouard est un fils « martyr ». Elevé par un aristocrate déclassé, le « petit Scott » ne correspond pas à l’idée que son père, sévère et violent, se fait de sa famille et de son nom. Ce dernier trouve son fils « chétif » et doté d’une « petite voix, dépourvue de ce vibrato qui serait la marque des Scott de Martinville mâles ». Edouard supporte mal les brimades, « la méchanceté gratuite et absurde ». Mais il est « trop faible ». Or, écrit Donner, « la souffrance ne donne de la force qu’aux chiens enragés. Ce...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-17"> ¤ Romans, philosophie, récits, sociologie, recueil de nouvelles, anthropologie, correspondance… Les brèves critiques du « Monde des livres » du 26 octobre 2018.
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La rentrée littéraire en bref

Romans, philosophie, récits, sociologie, recueil de nouvelles, anthropologie, correspondance… Les brèves critiques du « Monde des livres » du 26 octobre 2018.



LE MONDE DES LIVRES
 |    25.10.2018 à 07h00
    |

                            Anne Both (Anthropologue et collaboratrice du « Monde des livres »), 
                            Roger-Pol Droit, 
                            Jean-Louis Jeannelle (Spécialiste des études littéraires et collaborateur du « Monde des livres »), 
                            Florent Georgesco, 
                            Pierre Deshusses (Collaborateur du « Monde des livres »), 
                            Elena Balzamo (Collaboratrice du « Monde des livres »), 
Raphaëlle Leyris, 
                                Xavier Houssin (Collaborateur du « Monde des livres ») et 
                            Bertrand Leclair (Collaborateur du « Monde des livres »)








                        



                                


                            Anthropologie. Ceux qui ouvrent la porte aux migrants
L’Etranger qui vient. Repenser l’hospitalité, de Michel Agier, Seuil, 152 p., 17 €.
L’accueil des migrants ou des réfugiés n’a pas toujours constitué une infraction pénale. Il relevait même, dans la Grèce antique, de la première obligation imposée par les dieux. Dans son nouveau livre, l’ethnologue Michel Agier invite à réfléchir sur l’hospitalité, relation par essence asymétrique, éphémère et possiblement réciproque. Elle a longtemps été la prérogative des institutions religieuses, avant de devenir, avec la création du droit d’asile, une affaire d’Etat. Dorénavant, de profonds désaccords apparaissent entre les gouvernements et une partie des habitants sur la façon dont les Etats traitent les étrangers. Ces derniers incarnent pour les uns une menace et pour les autres, au contraire, la détresse absolue. L’auteur étudie la façon dont s’organise, à l’échelle individuelle, associative ou villageoise, l’hébergement de migrants dans le désormais célèbre village calabrais de Riace, le Gaza Hospital de Beyrouth ou chez des particuliers à Bruxelles. Chacune de ces initiatives, qui frôlent dangereusement l’illégalité, aurait connu un meilleur accueil dans la démocratie athénienne. A. Bo.
Récit. Une néonazie
Coupable en toute innocence. J’ai grandi parmi les néonazis (Ein deutsches Mädchen. Mein Leben in einer Neonazi-Familie), de Heidi Benneckenstein, traduit de l’allemand par Elisabeth Landes, Liana Levi, 232 p., 19 €.
Née en 1993 en Bavière, Heidi a eu une enfance marquée par l’autorité d’un père qui lui a inculqué la nostalgie du IIIe Reich. Sa famille, ses amies, tout son entourage adhérait au nazisme et c’est tout naturellement qu’elle est devenue militante au NPD, le parti ultra-nationaliste. Jusqu’à sa prise de conscience, à 19 ans. Un témoignage stupéfiant qui montre que la démocratie n’est jamais acquise, même...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-18"> ¤ Chaque jeudi, la rédaction du « Monde des livres » propose un choix de romans et d’essais à dévorer.
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Article sélectionné dans La Matinale du 24/10/2018
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Archéologie, histoire et romance : notre semaine littéraire

Chaque jeudi, la rédaction du « Monde des livres » propose un choix de romans et d’essais à dévorer.



LE MONDE
 |    25.10.2018 à 06h23
 • Mis à jour le
25.10.2018 à 07h21
   





                        


LES CHOIX DE LA MATINALE
Cette semaine, plongez aux origines des civilisations, de la photographie, de l’amour et de la sauvagerie humaine.
ARCHÉOLOGIE. « Une histoire des civilisations », sous la direction de Jean-Paul Demoule, Dominique Garcia et Alain Schnapp
Une histoire des civilisations, qui rassemble les contributions de quelque soixante-dix chercheurs, a pour ambition d’embrasser le parcours des sociétés humaines depuis l’émergence du genre Homo jusqu’à la globalisation actuelle.
On pourrait presque voir comme une provocation, alors que les archéologues ont longtemps été considérés comme de simples supplétifs des historiens, cette volonté de prendre à bras-le-corps rien de moins que le destin de l’humanité. Mais cette approche se justifie par les nombreuses évolutions que la discipline a connues au cours des dernières décennies.
L’archéologie est notamment la seule discipline capable de retourner aux racines de l’humanité. La notion usuelle de « civilisation » est ainsi révisée, revisitée. Les maîtres d’œuvre ont pris soin de ne pas tomber dans le piège de l’européocentrisme et, au fil des chapitres, le lecteur se promène dans l’Inde ancienne, fait connaissance avec la métallurgie de l’Afrique subsaharienne au Ier millénaire avant notre ère ou assiste à la naissance de l’Etat russe au IXe siècle. On navigue dans l’espace et le temps sur la grande barque de l’humanité, en s’interrogeant sur son propre rapport au passé. Pierre Barthélémy
« Une histoire des civilisations. Comment l’archéologie bouleverse nos connaissances », sous la direction de Jean-Paul Demoule, Dominique Garcia et Alain Schnapp, La Découverte/INRAP, 608 p., 49 €.

   


ROMAN. « Au clair de la lune », de Christophe Donner
C’est l’histoire de deux génies méconnus, de deux injustices. Le premier, Joseph Nicéphore Niépce (1765-1833), inventa le procédé héliographique, ancêtre de la photographie ; mais c’est son associé Louis Daguerre qui en récolta les fruits et la célébrité. Le second, Edouard-Léon Scott de Martinville (1817-1879), fut le premier à réaliser un enregistrement de la voix humaine ; mais, lui aussi, se fit déposséder, par Rudolph Koenig puis par Thomas Edison.
Deux inventeurs dont les réalisations ont changé le monde, mais qui resteront étrangement dans l’ombre, loin de la fortune et du succès promis. Onze ans après Un roi sans lendemain (Grasset), qui s’attachait à la figure de Louis XVII, l’oublié de la Terreur, Christophe Donner se consacre ici à deux autres oubliés de l’histoire, deux hommes crédules et discrets, empreints de sérieux et de gravité, dont d’autres parviennent facilement à se jouer.
Dans ce texte marqué d’une douce mélancolie, Donner délaisse l’autofiction, le sexe et la violence, pour conter une histoire comme on berce un enfant. Et, dans la lumineuse sobriété du récit, son impeccable tenue, on devine comme un soulagement, celui d’échapper un temps à l’introspection. Même si l’on retrouve ici toutes les thématiques qui irriguent son œuvre : les liens familiaux, la brutalité d’un père, l’innocence blessée, celle de « l’enfant perdu » qu’il a été. Solenn de Royer
« Au clair de la lune », de Christophe Donner, Grasset, 336 p., 19,50 €.

   


ROMAN. « Sous les branches de l’udala », de Chinelo Okparanta
Le titre du premier roman de Chinelo Okparanta provient d’une légende. Elle dit que les esprits des enfants flottent au-dessus des branches des udalas (Chrysophyllum albidum) et rendent fertiles les femmes qui s’assoient à leur pied. Un flash-back à la fin du livre montre la narratrice, Ijeoma, s’y installant avec une camarade de classe, qu’elle regarde mi-amusée, mi-consternée, comme si elle se demandait : être une femme, n’est-ce que cela ?
Roman d’apprentissage incarné par une héroïne découvrant son homosexualité dans une famille et une société qui la réprouvent, Sous les branches de l’udala se lit aussi comme une pétillante réflexion sur le devenir du Nigeria. Ijeoma y fait, très jeune, l’expérience de l’intolérance, quand elle rencontre Amina. Ijeoma est igbo et chrétienne, Amina est haoussa et musulmane. Leur amour, comme une bombe, souffle tout autour d’elles.
Ijeoma puise des forces dans la sagesse de son père. Cet homme doux lui avait appris le sens du mot « allégorie » : « Ça sert à illustrer (…) un concept si considérable que nous ne saisissons pas toujours la pleine étendue de son sens. » S’il faut chercher le sens, c’est que tout est discutable, la Bible comme l’idée que les femmes ont une unique vocation, une seule orientation sexuelle. Voilà qui sauvera Ijeoma, héroïne spirituelle et battante qui marque longtemps les esprits. Gladys Marivat
« Sous les branches de l’udala » (Under the Udala Trees), de Chinelo Okparanta, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Carine Chichereau, Belfond, 384 p., 22 €.

   


ROMAN. « A ce point de folie », de Franzobel
Le drame des migrants qui se noient par milliers en Méditerranée a peut-être trouvé une métaphore efficace grâce au roman que l’écrivain et homme de théâtre autrichien Franzobel consacre au drame du radeau de La Méduse, immortalisé en 1818 par Géricault.
Une frégate de ce nom s’échoua en effet sur un banc de sable, en 1816, au large de l’actuelle Mauritanie. La moitié des naufragés, soit deux cents personnes, fut abandonnée à l’épave et à un radeau de fortune.
Quand les secours parvinrent à atteindre ce dernier, ils recueillirent quinze survivants seulement. Entre-temps, les naufragés, à la dérive sur l’Atlantique, avaient vécu des scènes atroces de massacres. Ceux qui étaient censés apporter la raison à l’Afrique avaient, devant ses côtes, sombré dans l’ensauvagement et le cannibalisme.
Faut-il voir dans cet épisode, qui a frappé ses contemporains, une pierre d’achoppement de la culture des Lumières ? Tel semble être le message que l’auteur nous invite à méditer. Pour cela, il a su passer au crible d’une tradition littéraire très autrichienne, pleine d’humour grinçant, cette histoire française.
Loin de lire une pâle imitation de Stevenson ou de Melville, on se retrouve dans un réel à la Elfriede Jelinek, peu à peu défiguré par le grotesque. Un réquisitoire contre l’inconscience face à la barbarie et son ressac. Nicolas Weill
« A ce point de folie. D’après l’histoire du naufrage de “La Méduse” » (Das Floss der « Medusa »), de Franzobel, traduit de l’allemand (Autriche) par Olivier Mannoni, Flammarion, 520 p., 22,90 €.

   


HISTOIRE. « Ils étaient juifs, résistants, communistes », d’Annette Wieviorka
C’est un roman vrai et un exercice accompli de micro-histoire : celle de jeunes juifs dont les parents avaient fui, dans l’entre-deux-guerres, la misère et l’antisémitisme qui régnaient en Pologne et en Roumanie pour se réfugier en France. Sous l’Occupation, devenus résistants dans la section juive de la Main-d’œuvre immigrée (MOI), l’organisation pour les immigrés du Parti communiste français (PCF), ils menèrent la lutte armée à Paris, Lyon et Grenoble.
Le talent d’Annette Wieviorka est de reconstituer ces parcours individuels en leur rendant toute leur densité humaine, sans dissimuler les moments d’aveuglement politique – notamment à l’occasion du pacte germano-soviétique (1939) –, ni même la faiblesse des résultats réels de leurs actions héroïques.
Près des trois quarts des membres du groupe ont été arrêtés et tués par les nazis. Ils s’étaient connus dans les clubs sportifs et les diverses institutions culturelles du monde juif parisien. Jamais ils ne furent plus de 300. A la fin, traqués pendant des mois, ils ne furent pourtant pas exfiltrés par le PCF vers des « planques » en province. L’histoire de ces jeunes de Belleville ou de la Nation aurait été totalement engloutie s’il n’y avait eu l’« affiche rouge » placardée par l’occupant sur les murs de Paris pendant l’hiver 1944 pour dénoncer la Résistance – « l’armée du crime », selon la propagande allemande. Marc Semo
« Ils étaient juifs, résistants, communistes », d’Annette Wieviorka, Perrin, 424 p., 25 €.

   





                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-19"> ¤ Les aventures de l’insouciant Morrey Gibbs sont une libre adaptation en bande dessinée de la légende du roi Midas. Blagues et loutre en plus.
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« Goldfish », un manga pour enfants venu d’Allemagne

Les aventures de l’insouciant Morrey Gibbs sont une libre adaptation en bande dessinée de la légende du roi Midas. Blagues et loutre en plus.



LE MONDE
 |    24.10.2018 à 19h46
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            Pauline Croquet








                        



   


C’est en revisitant en manga la mythologie de Midas, le roi phrygien qui transformait en métal précieux tout ce qu’il touchait, que la dessinatrice allemande Nana Yaa a obtenu son ticket d’or à l’international. Le premier tome de son histoire en trois volumes vient d’être publié en France, chez Nobi Nobi. Il met en scène les aventures de Morrey Gibbs, un petit rouquin aventureux et turbulent qui se retrouve avec le pouvoir de Midas. Parfois malédiction, parfois sujet à retournements cocasses et souvent catalyseur d’astuce, ce don amène ce jeune pêcheur à faire équipe avec Shelly, mi-aventurière mi-Géo Trouvetou, pour chasser des artefacts, des objets mythologiques rares et convoités. Insouciant, le garçon, qui cherche aussi à réunir sa famille, est constamment à la merci de la cupidité des gens qui voient en lui une machine à lingots ou des chasseurs d’objets précieux.
« Midas était un conte grec que me lisait souvent ma grand-mère quand j’étais petite », explique l’auteure de 27 ans, de passage au Salon Paris Manga Sci-Fi Show les samedi 20 et dimanche 21 octobre. Mais pour elle, le thème central de Goldfish est que « l’histoire familiale est plus importante que la richesse. Mais aussi il est question de l’équilibre entre les responsabilités et l’envie de voyager, de s’amuser ».

   


Bien qu’elle n’en soit pas à sa première histoire — elle appartient désormais à l’écurie allemande de la maison d’édition américaine Tokyopop —, Nana Yaa reconnaît qu’il est difficile de se faire une place dans le registre de manga qu’elle a choisi : les shonen, des BD d’aventures à destination des adolescents, dont One Piece, Naruto ou Dragon Ball sont les prestigieux blockbusters. « Dès le départ, je n’avais aucune intention de concurrencer ces mangas. Notamment parce que je n’en ai pas les mêmes moyens techniques », reconnaît la jeune femme. « De plus, mon histoire s’achève en trois tomes et bien que l’on y reconnaisse les caractéristiques d’un shonen, comme l’humour par exemple, j’ai conscience de n’avoir pas eu le temps de développer le caractère de mon personnage principal. »
Autodidacte, elle cite des inspirations du côté de Ranma 1/2, « pour l’humour », de Hunter X Hunter, « pour la tension et la dramaturgie fortes », mais aussi le dessin animé Digimon, « pour la façon de représenter les relations entre les humains et les créatures ». La dessinatrice offre un manga qui, s’il pourra laisser sur sa faim des lecteurs aguerris, s’avère être un bon titre d’initiation. Après une mise en place un peu dense qui combine à la fois la présentation du pouvoir de Morrey, ses dangers, l’environnement hostile peuplé de créatures mutantes et la rencontre entre tous les personnages, l’intrigue se fluidifie pour se concentrer sur une quête.

   


L’auteure a également veillé à attendrir ses lecteurs, avec la maladresse tout enfantine du héros, mais surtout grâce à la relation qu’il tisse avec sa loutre de compagnie, qui l’aide à manger et à s’habiller pour éviter que sa culotte ne se transforme en camisole dorée. Un choix d’espèce qui n’est pas à chercher du côté de sa popularité sur le Net. « Il me fallait un animal aquatique, mais aussi un mammifère capable d’être hors de l’eau, avec des pattes qui pourraient être les mains de Morrey. Finalement, il ne restait plus beaucoup d’options », explique Nana Yaa dans un sourire.
Habituée des rassemblements de pop culture, où elle fraternise avec la dizaine d’autres mangakas allemands (en comptant ceux qui s’autoéditent ou publient sur le Web, précise l’auteure), c’est la première fois que Nana Yaa quittait sa ville de Neuss, non loin de Dusseldorf, pour dédicacer en France. Dans un pays où « la communauté manga est petite mais vend plus en proportion que le reste de la bande dessinée », la dessinatrice, qui ne souhaite pas se cantonner au style japonais, fait partie des meilleurs espoirs. Outre-Rhin, Goldfish réalisait une des meilleurs lancements manga lors de sa sortie, en 2016. Sa publication française, après deux semaines de lancement reste quelque peu confidentielle.
Goldfish, de Nana Yaa, traduction d’Isabelle Laragnou, tome 1 le 10 octobre, éditions Nobi Nobi, 200 pages, 7,90 euros.

   





                            


                        

                        


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Souffrir mille morts avec Sylvia Plath

La romancière néerlandaise Connie Palmen s’empare du mythe de l’écrivaine, suicidée à 30 ans, en 1963, en donnant une voix poignante à son époux et poète, Ted Hughes.



LE MONDE DES LIVRES
 |    24.10.2018 à 16h00
 • Mis à jour le
25.10.2018 à 09h16
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                            Florence Noiville








                        



                                


                            
Ton histoire Mon histoire (Jij zegt het), de Connie Palmen, traduit du néerlandais par Arlette Ounanian, Actes Sud, 272 p., 22 €.

Voici un livre qui oblige à lire à l’envers. Sa couverture le suggère bien. Elle montre la photo d’un couple vu dans un sens d’abord, puis dans l’autre, ni tout à fait le même ni tout à fait un autre. Ce couple, c’est celui que formèrent, de 1956 à 1963, les poètes Sylvia Plath (1932-1963) et Ted Hughes (1930-1998), dont l’histoire tragique et tant de fois racontée est devenue mythique. Mais, attention, souffle l’auteure de ce ­roman, la Néerlandaise Connie Palmen. Le mythe a beau être enseveli sous une foule de récits plus ou moins apocryphes, il n’en demeure pas moins un ­mythe, une fable symbolique, dont la matrice, simple et frappante, est toujours la même… Et si on le prenait par un autre côté ? Si on racontait l’anti-légende de Sylvia et Ted ?
Failles et infidélités
Mais, d’abord, rappelons les faits. A Cambridge, en 1956, Plath et Hughes se rencontrent au cours d’une fête sur le campus. Elle, la fougueuse Américaine aux allures de star hollywoodienne, venue terminer un master de littérature anglaise en Europe ; lui, le beau gosse ­rêveur foudroyé sur le coup par son « double féminin ». Quatre mois plus tard, ils sont mariés, animés par une même volonté de « tout sacrifier à l’écriture ». Mais les difficultés ne manquent pas, liées à ses failles à elle – son père adoré perdu à l’âge de 8 ans – et à ses infidélités à lui – sa liaison avec Assia Wevill, en particulier, avec laquelle il aura une fille. Suit le suicide de Sylvia, par une nuit glaciale de février 1963, alors qu’elle est seule avec ses jeunes enfants, « coincée comme au fond d’un sac. Sans oxygène ». Une nuit où, tentant, une fois de plus, de s’expliquer « le gâchis de [s]a vie », elle pose sa tête au fond d’un four et ouvre le gaz – elle a 30 ans.
Ce que...




                        

                        

