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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-1"> ¤ Le chanteur, guitariste et harmoniciste américain venait de publier un album de blues, « Bad Mouthin’ ».
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Le chanteur Tony Joe White, l’auteur de « Polk Salad Annie », est mort

Le chanteur, guitariste et harmoniciste américain venait de publier un album de blues, « Bad Mouthin’ ».



LE MONDE
 |    26.10.2018 à 17h18
    |

            Bruno Lesprit








                        



                                


                            

Archétype, avec son confrère guitariste de l’Oklahoma J.J. Cale (1938-2013), de l’attitude et du style laid-back (décontracté) dans le country-rock américain, Tony Joe White est mort, mercredi 24 octobre, d’une crise cardiaque à son domicile de Leiper’s Fork, village du Tennessee.
Agé de 75 ans, ce musicien discret et taciturne venait de publier, fin septembre, un album de blues, Bad Mouthin’ (Yep Roc Records), du nom de la toute première chanson née de sa plume, en 1966, restée inédite. Dans ce disque à dominante acoustique, produit par son fils, et minimaliste (le chant, la guitare et l’harmonica de Tony Joe White, à l’occasion accompagnés d’une basse et d’une batterie), il citait, à côté de quelques compositions originales, ses sources : son modèle pour la six-cordes, Lightnin’ Hopkins, les maîtres du boogie John Lee Hooker et de l’électricité Jimmy Reed.

Musique des marais de Louisiane
Le nom de Tony Joe White reste d’abord associé à un classique, Polk Salad Annie, qui devait définir en 1969, avec les hits de Creedence Clearwater Revival (Born On The Bayou, Proud Mary, Green River), le swamp rock, cette musique des marais de Louisiane, fantasmés dans le cas du Californien John Fogerty, tout à fait empiriques pour Tony Joe White.
Enregistré dans les studios de Muscle Shoals (Alabama), alors sanctuaire de la fusion fertile entre le rhyhm’n’blues et la country, Polk Salad Annie débute par un groove énergique et le grognement d’un homme qui semble avoir été surpris pendant sa sieste. Sa guitare imite, selon son expression, « le sifflement du boomerang » et les cuivres coassent comme un chœur de batraciens. Les paroles composent une fable autour d’une miséreuse ramassant des légumes locaux accommodés en salade, dont la méchante mère-grand a été dévorée par les alligators. Publiée chez Monument, le label de Roy Orbison, Polk Salad Annie connaît...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-2"> ¤ L’humoriste et comédien est sur la scène de L’Européen à Paris, chaque mardi et mercredi, jusqu’au 21 novembre.
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Spectacle : Monsieur Fraize, itinéraire d’un clown gâté

L’humoriste et comédien est sur la scène de L’Européen à Paris, chaque mardi et mercredi, jusqu’au 21 novembre.



LE MONDE
 |    26.10.2018 à 16h30
    |

            Sandrine Blanchard








                        



                                


                            

En cet automne, Marc Fraize se régale. La ­patience de cet humoriste clownesque, qui a sillonné les salles de province pendant des années, est aujourd’hui récompensée. Alors il est heureux et ne s’en cache pas. Heureux de partager ses semaines entre Paris – où il joue chaque mardi et mercredi son inoubliable personnage lunaire et ingénu sur la scène de L’Européen – et Bourgvilain, un village de Saône-et-Loire où il vit avec sa femme, institutrice, et ses deux enfants. Heureux aussi des « cadeaux » que lui fait depuis peu le cinéma en lui offrant des seconds rôles remarqués (Problemos, d’Eric Judor, Le Redoutable, de Michel Hazanavicius, Au poste !, de Quentin Dupieux).
« Je suis gâté en ce moment et je n’ai pas besoin de plus », résume ce comédien qui, avec son air de débarquer de nulle part, déboussole le public par son jusqu’au-boutisme et sa sincérité enfantine. Son personnage de ­Monsieur Fraize, qu’il interprète depuis dix-sept ans, s’est bonifié, enrichi et s’inscrit à rebours de la scène humoristique actuelle, où les vannes doivent fuser toutes les quatre secondes. Lui a pris le contre-pied de cette mode. « Je suis un enfant de Coluche, de ­Mister Bean, de Bourvil, de ces personnages antihéros. C’est ce qui m’a donné envie de faire rire », ­explique-t-il.
Marc Fraize, humoriste : « Je suis un enfant de Coluche, de ­Mister Bean, de Bourvil, de ces personnages antihéros »
Marc Fraize est comme son ­personnage, d’une franchise déconcertante, sympathique et attachant. Hermétique au show-biz, il a quitté sans regret, en 2011, le plateau d’On ne demande qu’à en rire, sur France 2, refusant de se plier au format et au rythme de l’émission. « Je plais beaucoup aux déçus de l’humour, à ceux qui le voient se formater et devenir un business, constate-t-il avec lucidité. J’ai un style à part, hors cadre et je ne cherche pas le pognon. »
Après...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-3"> ¤ A l’Institut Giacometti, à Paris, la rencontre entre les deux artistes est posthume.
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Exposition : chez Giacometti, Annette Messager redonne vie aux spectres

A l’Institut Giacometti, à Paris, la rencontre entre les deux artistes est posthume.



LE MONDE
 |    26.10.2018 à 15h40
 • Mis à jour le
26.10.2018 à 17h30
    |

                            Philippe Dagen








                        



                                


                            

Jeune et timide, au début des années 1960, Annette Messager entrevoyait parfois Alberto Giacometti dans un café de Montparnasse, sans oser lui parler. Désormais, ils sont intimes. Le sculpteur reçoit l’artiste dans la maison devenue l’Institut Giacometti, à Montparnasse naturellement. La rencontre est posthume et remarquablement vivante. Il est vrai que Giacometti avait un faible pour les femmes portant ce prénom : sa mère s’appelait Annetta, son épouse était Annette Arm. Il y a donc une Chambre des Annettes, où se trouve une installation à quatre mains : un petit bronze d’Alberto figurant Annette (Arm) debout et nue, privée de ses bras, idole préhistorique, est salué par un écureuil empaillé, la tête encagoulée de noir, le corps protégé par de nombreux petits sacs de tissu. Il est juché sur des coussins. Un filet noir à larges mailles drape l’ensemble. L’œuvre s’intitule La Parade de l’écureuil pour Annette, et c’est bien plus et mieux qu’un hommage.
Un hommage, ce serait simplement témoigner de l’admiration pour Giacometti, dont la place dans l’art du XXe siècle est établie depuis longtemps et qui n’a donc pas besoin d’un surcroît de révérence. Le culte dont il est l’objet, entretenu par un nombre croissant de rétrospectives et d’expositions internationales, lui fait même courir le risque d’une momification muséale définitive : un grand mort tout à fait mort. Annette (Messager) le ranime. Elle pratique avec lui une sorte de bouche-à-bouche salvateur et amoureux. Résultat : il ouvre les yeux, il se remet à bouger et à parler.
Annette (Messager) ranime Giacometti. Elle pratique avec lui une sorte de bouche-à-bouche salvateur et amoureux
La Chambre des rencontres est celle des souvenirs et des bavardages : Messager a pris dans les archives de l’institut des lettres adressées à Giacometti ou écrites de sa main, plus ou moins intimes ou anecdotiques, petits fragments de vie quotidienne ou artistique....




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-4"> ¤ Nés pendant la seconde guerre mondiale, Archie Andrews et ses amis sont devenus des héros de comics populaires aux Etats-Unis, avant de revenir à la mode près de 80 ans plus tard sur le petit écran.
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« Riverdale », « Sabrina » : derrière les séries télé, le dépoussiérage gagnant d’une franchise de comics

Nés pendant la seconde guerre mondiale, Archie Andrews et ses amis sont devenus des héros de comics populaires aux Etats-Unis, avant de revenir à la mode près de 80 ans plus tard sur le petit écran.





LE MONDE
 |    26.10.2018 à 15h32
    |

            Pauline Croquet





Dans le sillage de la série pour adolescents Riverdale, qui entame sa saison 3, Netflix doit dévoiler, vendredi 26 octobre, les premiers épisodes des nouvelles aventures de la sorcière Sabrina. C’est même cette série qui ouvrira la quatrième édition de la Comic Con, qui se tient à Paris de vendredi à dimanche. En France, le projet a enthousiasmé ceux qui ont connu, sur France 2 à la fin des années 1990, les aventures en sitcom de Sabrina Spellman et de son chat animatronique Salem.

Mais certains furent surpris d’apprendre que la sorcière appartenait au même univers qu’Archie Andrews, le héros de Riverdale. Et que cet univers n’est pas loin de célébrer ses 80 ans. Derrière ce retour de mode et ce succès international se cache un tour de force pour réinstaller une franchise qui fleurait bon la naphtaline.

   


A l’origine, Archie est un personnage de comics né au cœur de la seconde guerre mondiale, en 1941. Il a été créé par l’auteur de BD Bob Montana et l’entrepreneur John Goldwater, l’un des cofondateurs de la maison d’édition new-yorkaise MLJ. Née deux ans plus tôt au moment où l’industrie de la BD fleurit aux Etats-Unis, elle se lance d’abord avec des histoires de super-héros ; c’est même MLJ qui donnera vie, quelques mois avant le Captain America de Marvel, au premier super-héros patriote, The Shield.
Après la guerre, les super-héros commencent à perdre la cote et l’entreprise décide de se concentrer sur les aventures d’Archie, un lycéen rouquin et bon enfant qui a su conquérir les lecteurs dès les premiers numéros. En 1945, l’entreprise se rebaptise même Archie Comics. La machine est lancée et Archie devient une figure de la culture populaire américaine, un équivalent de Spirou outre-Atlantique.
L’Amérique intemporelle
Calqué de façon assumée sur son contemporain Andy Hardy, un héros de films de la Metro Goldwyn Mayer, Archibald Andrews est un adolescent beau et moderne pris dans un triangle amoureux. Il ne sait qui choisir entre sa voisine sympathique et débrouillarde, Betty Cooper, et Veronica Lodge, une brunette classe et un brin hautaine. Passant son temps entre les couloirs du lycée de la petite ville fictive de Riverdale et les banquettes de chez Pop’s, le diner local, le jeune homme ne manque pas de se confier à son meilleur ami, Jughead (« tête de cruche », en anglais).

« Archie représente une forme d’Amérique intemporelle », résume Xavier Fournier, journaliste spécialiste des comics et auteur de Super-Héros : l’envers du costume (Fantask, 2016) : « Les codes sont suffisamment génériques pour qu’on ne puisse pas forcément le placer dans une décennie en particulier, un peu comme Tintin. » Aucun mot plus haut que l’autre, de la romance sage et des personnages proprets… les histoires sises à Riverdale ne parlent pas non plus de politique.
Mais elles symbolisent une Amérique plutôt blanche et conservatrice. « Contrairement aux super-héros, Archie a très bien survécu à la censure morale des autorités », abonde Xavier Fournier. Dans les années 1960, Archie et ses amis prennent une tournure « plus pop, un peu comme les Beach Boys. Ils fondent même un groupe de rock, dont le tube Sugar Sugar deviendra un classique », explique le journaliste. A la même époque, Sabrina, l’apprentie sorcière, naît et prend part aux aventures des lycéens d’Archie avant d’obtenir sa propre série, une dizaine d’années plus tard.

Devenir « has been »
C’est dans ces années 1960 qu’Archie Comics connaîtra un pic de ventes. Mais quelques années plus tard, face au flower power et aux contestations étudiantes, le côté frais et papier glacé de ces héros ne convainc plus. « Archie et sa bande deviennent has been », explique Xavier Fournier. Une image qui va coller à la franchise jusque dans les années 2010. « C’étaient des comics sur des ados que les ados ne lisaient pas », conclut auprès du site américain Vulture l’auteur Mark Waid, qui travaille sur les plus récentes séries.
Si les ventes s’effritent à mesure du succès, il est difficile d’établir des chiffres. Contrairement à la plupart des éditeurs de BD aux Etats-Unis qui distribuent dans des magasins de comics spécialisés, Archie a assis son système économique sur la distribution de « digests », des fascicules de gares, des compilations d’histoires courtes anciennes et récentes vendues au grand public. Des ventes qui ne sont pas prises en compte dans les audiences officielles du marché américain.
Jusqu’à il y a peu, il était hors de question de prendre des risques pour la direction. « Ils étaient très très attentifs à ce que vous pouviez et ne pouviez pas faire avec une BD Archie », se souvient le scénariste Mark Waid, qui a aussi travaillé pour la société au début des années 1990.
Il faut attendre 2009 et l’arrivée de Jon Goldwater, le fils du fondateur, à la tête de la maison d’édition new-yorkaise pour voir s’effondrer les barrières conservatrices. Après une bataille juridique de plusieurs années avec la veuve de l’un des propriétaires d’Archie Comics pour récupérer la direction créative de la franchise, M. Goldwater est désormais le maître à bord. L’une de ses premières décisions d’ampleur est de convoquer tous ses employés pour une réunion de travail et de réflexion afin de dépoussiérer la collection.
Le producteur de « Glee » à la rescousse
Sur le plan éditorial, Riverdale accueille en 2010 son premier personnage gay, Kevin Keller, une figure récurrente. Côté stratégie, Archie Comics devient la première entreprise de BD aux Etats-Unis à proposer ses albums en numérique le jour même de leur sortie papier, selon le site Vulture. Elle va aussi finir par proposer ses titres en librairies, en plus des kiosques à journaux.
En parallèle, Jon Goldwater se rapproche de Roberto Aguirre-Sacasa, auteur de théâtre, de BD et de séries TV, largement applaudi pour sa série musicale pour ados Glee. En résulte quelques numéros bien accueillis réunissant les camarades d’Archie et les lycéens de Glee mais aussi une réinterprétation fantastique et décalée, Afterlife with Archie, peuplée de zombies et de loups-garous. Un succès critique qui amène l’auteur à prendre la direction du bureau créatif.

   


En coexistence avec les anciens Archie qui ressortent sans cesse en « digests », le duo Goldwater-Aguirre lance un reboot, une remise à zéro des séries, et le confie à des auteurs de premier plan, à l’instar de la dessinatrice du très salué Saga, Fiona Staples, et de Mark Waid, reconnu pour son travail sur les séries de grands super-héros comme ses projets indépendants.
Dans cette opération de rénovation, il s’agit d’insérer plus de diversité mais aussi de remettre les personnalités et les préoccupations des héros au goût du jour, sans pour autant dénaturer la série. « Tout le monde était d’accord pour dire que la relance de Riverdale méritait une petite mise à jour mais personne ne sous-entendait que “Betty allait tomber enceinte” ou que “Archie allait faire un doigt d’honneur à M. Weatherbee [le principal du lycée]” », explique Mark Waid en postface du nouveau premier tome.
Une obsession : la télévision
La dessinatrice française Marguerite Sauvage (Faith, Bombshells) qui, en binôme avec Nick Spencer, va prendre le relais sur la série à partir du numéro 700 à paraître prochainement, n’a en revanche reçu aucune consigne particulière. « On a eu carte blanche, il n'y a pas eu d’éléments bibliques mentionnés. Après, je m’en tiens au cadre posé par le script de Nick », détaille au Monde celle qui ne connaissait pas Archie avant de s’installer au Canada mais prend plaisir à lui redonner vie. « J’ai un passif d’illustratrice de mode et de beauté avec lequel j’ai pu renouer, ça change des personnages en costume de héros. Les personnages d’Archie sont très glamourisés. » 

   


Roberto Aguirre-Sacasa avait toutefois en tête d’autres ambitions pour Archie : le ramener à la télévision. Au lieu d’un dessin animé comme cela a pu être de nombreuses fois le cas, il espère en faire un drama, un soap pour adolescents. Riverdale sera un « Archie rencontre Twin Peaks », la série de David Lynch, assume son créateur qui ajoute en introduction d’un des numéros de la BD : « Les choses y prennent un tour un peu plus macabre, un peu plus érotique et un peu plus décalé. » Le programme est lancé en janvier 2017 sur la chaîne américaine pour jeunes CW, et en parallèle sur Netflix. L’effet comique et la pop sucrée des années 1960 laissent place à de mystérieuses enquêtes sur des meurtres, des secrets d’alcôve et des scènes au clair de lune, tout en conservant des références vintages et un certain polish.
Une implantation en France
« Le coup de génie de la série est de s’être réapproprié ce qu’Archie et ses amours avaient clairement inspiré en matière de schémas et de séries romantiques ados comme Les Frères Scott ou même Dawson », analyse Xavier Fournier. D’autres comme Olivier Jalabert, directeur éditorial comics de Glénat, qui publie en France les nouvelles BD Riverdale, estiment qu’avec cette série « on touche les mêmes publics qui ont pu à une autre époque être fans de Buffy contre les vampires ou Smallville ».

Pari réussi. La série a permis de reconquérir les jeunes Nord-Américains. Ils sont en moyenne un peu plus d’un million à la regarder sur CW chaque semaine – un chiffre en légère baisse qui ne fait pas partie des meilleures audiences de la chaîne, mais ne comprend pas les spectateurs Netflix. La plate-forme, qui a d’ailleurs négocié l’exclusivité de la série Sabrina, le spin-off de Riverdale, a aussi largement contribué à son succès à l’étranger.
En France, les spectateurs ont consommé des produits dérivés Archie sans le savoir mais n’ont jamais eu de vrai attachement. Et pour cause, les BD n’ont jamais vraiment paru dans l’Hexagone jusqu’à ce que Glénat décide, cette année, d’importer les titres les plus récents dans le but d’ouvrir une collection « Young Adult », offre inexistante jusqu’alors dans ses rayons. « Nous ne sommes pas sur un gros succès, avec entre 3 000 et 4 000 exemplaires vendus par titre », concède Olivier Jalabert, qui se félicite toutefois « d’avoir eu le nez creux » en décidant d’acheter la licence avant la sortie de la série. Comme quoi, même à 77 ans, il est possible de redevenir cool.




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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-5"> ¤ La baronne, née Rothschild en 1913 et grande amatrice de be-bop devant l’éternel, est le sujet d’un double album qui compile les thèmes qu’elle a inspirés aux musiciens.
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Un hommage musical à Pannonica de Koenigswarter, protectrice des jazzmen

La baronne, née Rothschild en 1913 et grande amatrice de be-bop devant l’éternel, est le sujet d’un double album qui compile les thèmes qu’elle a inspirés aux musiciens.



LE MONDE
 |    26.10.2018 à 14h42
    |

            Sylvain Siclier








                        



                                


                            

Elle s’appelait Kathleen ­Annie Pannonica de ­Koenigswarter. Un peu long pour un titre de composition, alors pour l’évoquer par la musique, les musiciens de jazz ont utilisé son diminutif, « Nica », ou son prénom Pannonica, voire joué avec (Tonica, Inca…). Ces musiciens, ce sont le saxophoniste Gigi Gryce, le trompettiste Kenny Dorham, plusieurs pianistes, dont Horace Silver, Thelonious Monk (il signe Pannonica et Ba-Lue Bolivar ­Ba-Lues-Are, pour le Bolivar ­Hotel, sur Central Park Ouest, où elle habita un temps).
Tous sont réunis dans un ­double album, Pannonica, A Tribute to Pannonica, présenté dans un petit livre au format à l’italienne. Une compilation de ­quatorze thèmes – une édition en 1 CD n’en présente que dix – déjà ­publiés dans les disques originaux des uns et des autres, à diverses périodes, de 1955 à 1982. Réunis ici, du solo au sextette, en l’honneur de celle qui fut pro­tectrice des jazzmen des années 1950 à sa mort, en 1988, à l’âge de 74 ans. En reproduction, sur beau papier épais, des photo­graphies de musiciens prises par la dame. Des instantanés, ­moments ­fugaces du quotidien, de concerts, de répétitions.
Elle était née à Londres, en 1913, fille de l’un des membres de la ­dynastie Rothschild, éduquée pour tenir son rang familial puis son rôle d’épouse, en 1935, du ­diplomate français et baron Jules de Koenigswarter, futur héros de la seconde guerre mondiale, au sein des Forces françaises libres (FFL). Dans le texte du livret, signé Yann Portail, l’on apprend qu’elle avait aussi rejoint les FFL, dès ­décembre 1940. En 1951, le couple se sépare ; il divorcera cinq ans plus tard. Pannonica de Koenigswarter part vivre à New York. Elle loue une suite au Stanhope Apartment Hotel, sur la Ve Avenue. Elle adore le jazz, passe ses soirées dans les clubs, aide les musiciens dans la mouise, les reçoit chez elle, les encourage, comprend leurs recherches artistiques.
Le scandale...



                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-6"> ¤ Larry Clark, qui s’est inspiré d’un fait divers de 1993, moralise sans éviter la complaisance.
<filname="PROF-0,2-3246,1-0,0-6"> ¤                     
                                                

« Bully » : regard de voyeur sur dérive adolescente

Larry Clark, qui s’est inspiré d’un fait divers de 1993, moralise sans éviter la complaisance.



LE MONDE
 |    26.10.2018 à 14h00
 • Mis à jour le
26.10.2018 à 14h53
    |

                            Thomas Sotinel








                        



   


Ciné+ Club Family, vendredi 26 octobre à 20 h 45, film
C’est peut-être quelque chose dans l’eau potable de cette ville de Floride qui prive ses usagers d’intellect et de sens moral. Bully, le troisième film de Larry Clark, est peuplé d’adolescents décervelés engendrés par des parents sourds et aveugles à la dépravation de leur progéniture. Bobby Kent (Nick Stahl) et Marty Puccio (Brad Renfro) sont amis depuis leur plus tendre enfance. Tout petits déjà, le premier persécutait le second. Quand on les découvre à l’écran, ils arrivent au bout de leur adolescence, ils sont jeunes et jolis, Bobby va partir à l’université, Marty a quitté le lycée, il travaille dans un fast-food pour l’été. Bobby ne connaît toujours pas de plus grand plaisir que d’infliger douleurs et humiliations à son meilleur ami. Et Marty ne sait comment s’affranchir de cette dépendance. Jusqu’à ce que sa nouvelle petite amie, Lisa (Rachel Miner), rencontrée sur la banquette arrière de la voiture de Bobby, ne lui suggère de tuer son tourmenteur.
Le cheminement de cette idée, sa mise en œuvre sont la substance du Bully, qui s’inspire d’un fait divers survenu en 1993. L’ineptie du plan concocté par Lisa, misérable Lady Macbeth des plages, l’incompétence dont les assassins font preuve tout au long de sa préparation et de son exécution arrachent quelques ricanements sinistres. Mais Larry Clark n’a pas entrepris ce film pour ajouter au canon de l’humour noir. Bully aspire au statut de cri d’alarme, qui s’étale sur les affiches du film : « Vous ne savez pas de quoi ils sont capables… » Slogan que l’on a probablement conçu pour être énoncé d’une voix caverneuse. Mais cet avertissement trouve sa vérité sur un autre ton, celui du témoin scandalisé et émoustillé par le spectacle qui s’offre à ses yeux.
Séquences démonstratives
Pour masquer ce trouble exquis, Larry Clark se tient à distance de ses personnages. Sa mise en scène se veut strictement béhavioriste, découpant la vie de ses spécimens en séquences démonstratives : la copulation, la prise de stupéfiants, le surf, le repas en famille, la sortie en boîte, l’après-midi à l’arcade de jeux vidéo. Cette énumération est présentée avec un aplomb qui voudrait la faire passer pour exhaustive. Il en ressort que pas un de ces enfants n’est à même de lire un livre, de toucher à un instrument de musique, de réussir un bricolage plus compliqué que la confection d’un joint.
La méthode de l’entomologiste est un alibi bien commode pour le cinéaste, qui veut convaincre que la jeunesse qu’il montre se réduit à cette animalité. Dans le dossier de presse, David McKenna, le scénariste, déclare : « Il est temps de prendre conscience de la vie que mènent beaucoup de nos enfants. » Mais comme en témoignent, de par le monde, les milliers de papillons morts fichés par une épingle sur des tableaux de liège, les entomologistes (ceux qui pratiquent ce mode de conservation en tout cas) ne veulent pas de bien aux objets de leur attention. The Collector, le roman de John Fowles qui inspira un film à William Wyler, explorait les affinités entre ce désir de mettre sous cloche un peu de beauté vivante et la possession sexuelle.
Avec Kids, son premier film, Larry Clark avait facilement convaincu qu’il prenait un plaisir extrême à filmer les corps d’adolescents. On l’avait moins cru lorsqu’il avait proclamé, à l’écran et à la ville, qu’il ne le faisait que dans le souci de la santé morale des jeunes générations. Bully est un film plus mis en scène, à la direction d’acteurs plus précise que Kids, Larry Clark se vautre avec bonheur (au double sens de plaisir et de réussite) dans la moiteur tropicale d’un été en Floride.

Bully, de Larry Clark. Avec Brad Renfro, Rachel Miner, Nick Stahl (EU, 2001, 1 h 51).



                            


                        

                        


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L’affaire Khashoggi refroidit les ambitions culturelles de l’Arabie saoudite


                      La crise diplomatique déclenchée par le meurtre du journaliste et opposant saoudien semble ralentir certains accords signés entre les musées français et l’Arabie saoudite.



M le magazine du Monde
 |    26.10.2018 à 13h46
    |

                            Roxana Azimi








   


C’était le 10 avril. A l’occasion de la venue en France du prince héritier saoudien Mohammed Ben Salman (MBS), Françoise Nyssen, alors ministre de la culture, signait avec Riyad un vaste traité de coopération concernant, entre autres sujets, le réaménagement du site archéologique d’Al-Ula. Edifié il y a deux mille ans par les Nabatéens, une civilisation préislamique également à l’origine du site de Pétra, en Jordanie, il doit permettre à l’Arabie saoudite de s’ouvrir au tourisme.
La crise diplomatique déclenchée par le meurtre du journaliste et opposant saoudien Jamal Khashoggi dans les locaux du consulat du royaume à Istanbul remet-elle en cause ces ambitions ? « Les réunions se poursuivent selon le traité signé le 10 avril, il n’y a pas eu de refroidissement dans nos relations », avance un porte-parole de l’agence française constituée pour développer Al-Ula.

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                Un accord franco-saoudien pour développer Al-Ula



Dans le domaine culturel, les institutions françaises seraient-elles plus complaisantes que leurs consœurs américaines ? Le 18 octobre, le Brooklyn Museum a déclaré refuser le mécénat du Misk Art Institute, fondé par MBS, pour son exposition sur les réfugiés syriens. Le même jour, le Metropolitan Museum of Art, qui avait déjà perçu une dotation de 20 000 dollars du Misk pour un colloque sur les pratiques curatoriales au Moyen-Orient, a finalement décidé de financer l’événement avec ses propres deniers. Sans toutefois spécifier si la somme déjà acquittée allait être renvoyée à l’expéditeur…
Le mécénat en question
Mais alors que les défections se sont succédé au forum économique organisé du 23 au 25 octobre par MBS, les musées français qui, au nom du « dialogue des civilisations » et du « partage des savoirs » excellent dans l’art de ne pas choisir leur camp, restent pour l’instant muets. « Les relations avec les autorités saoudiennes relèvent de l’Etat français », avance-t-on prudemment à l’Institut du monde arabe, qui a reçu un don de 5 millions d’euros de l’Arabie saoudite en 2017 pour la rénovation de son bâtiment. Le président du Louvre, Jean-Luc Martinez, n’est guère plus loquace. Le musée a pourtant institué depuis 2003 une charte éthique en matière de mécénat. Mais une seule clause se révèle proprement restrictive : l’interdiction de recevoir des fonds ou des donations de la part d’organisations politiques ou syndicales françaises ou étrangères.

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                Emmanuel Macron et le « soft power » de l’art



Pour le reste, le document s’en tient à une formule diplomatique – « se réserver la possibilité de ne pas accepter le mécénat ». Le musée parisien opère sur quantité de fronts avec le royaume saoudien. En 2010, le Louvre a organisé « Routes d’Arabie », une exposition qui a tourné partout dans le monde et qui se retrouve à partir du 8 novembre au Louvre Abu Dhabi, aux Emirats arabes unis. L’établissement a aussi reçu, en 2005, un don de 17 millions d’euros du prince Alwaleed Bin Talal pour le réaménagement du département des arts de l’Islam, et a signé cette année, en avril, un accord de coopération pour des échanges culturels avec le Misk Art Institute. « Depuis cette signature, aucun projet n’a encore été instruit ni validé », précise-t-on au Louvre.
Des accords au point mort
Aucun programme annoncé tambour battant en avril n’est d’ailleurs sur les rails. Le réaménagement du site d’Al-Ula, qui a donné lieu à un traité bilatéral, et dans lequel le Louvre est impliqué, avance à petits pas. Une agence pour piloter le dossier a bien été créée, abondée à hauteur de 30 millions d’euros annuels par les Saoudiens. Mais la création de deux grands musées sur le site, pourtant spécifiée dans le traité, est pour l’heure dans les limbes.
L’accord de coopération pour un partage de compétences et de connaissances signé entre le Centre Pompidou et le King Abdulaziz Center for World Culture, à Dhahran, n’a pas davantage avancé. « On n’en est qu’au stade des préliminaires, rien ne s’est passé depuis le mois d’avril. Par conséquent, on n’a pas à prendre position immédiatement », indique-t-on à Beaubourg, en précisant que le volet financier n’a pas été chiffré à ce stade.
Quant au Palais de Tokyo, il a décidé d’arrêter voilà deux mois son contrat d’ingénierie culturelle avec la Fondation Al-Mansouria pour l’exposition « 21,39 Jeddah Arts », dont elle devait assurer le commissariat en février 2019, moyennant 200 000 euros pendant deux ans. Une note d’intention a bien été adressée, en juillet, mais la Fondation Al-Mansouria a finalement décidé de faire machine arrière. « Dans cet événement, il y a deux factions, l’une éclairée, l’autre antiprogressiste. Et cette dernière a dû être effrayée par notre proposition d’exposer 50 % d’artistes internationaux, dont des créateurs français, confie-t-on au centre d’art parisien. Au vu des événements récents, on n’est pas mécontents que cela se soit passé ainsi, même si on est convaincus du potentiel incroyable de la jeunesse saoudienne. »



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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-8"> ¤ L’œuvre du compositeur américain n’avait pas connu de production française depuis sa création à Broadway en 1953.
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« Wonderful Town » : une comédie musicale méconnue de Bernstein

L’œuvre du compositeur américain n’avait pas connu de production française depuis sa création à Broadway en 1953.



LE MONDE
 |    26.10.2018 à 13h45
    |

            Renaud Machart








                        



   


Culturebox à la demande, comédie musicale
Wonderful Town (1953), demeure méconnu, tapi à l’ombre d’On the Town (1944), de Candide (1956) et du succès planétaire que fut – et est toujours – West Side Story (1957). Contrairement aux adaptations cinématographiques d’On the Town et de West Side Story, la version pour le grand écran de Wonderful Town, My Sister Eileen (1955), de Richard Quine – privée de la musique de Bernstein –, n’est pas restée dans les annales.
Quant à sa mouture scénique, elle n’aura connu à Broadway qu’une seule nouvelle production (2003) depuis sa création.
On ne s’étonnera donc pas que l’histoire de ces deux sœurs, Eileen et Ruth, débarquées à New York de leur Ohio natal, n’ait pas connu de production en France avant que l’Opéra de Toulon ne la propose en janvier. Il a été décidé, à cette occasion, de « moderniser » Wonderful Town à la manière, particulièrement calamiteuse, du metteur en scène Robert Carsen avec Candide, au Théâtre du Châtelet en 2006.
Mise en scène simple et enlevée
Le texte parlé est modifié et il est fait référence à des événements et personnages postérieurs au temps de l’action : le bar gay The Stonewall où ont eu lieu, en juin 1969, des émeutes décisives dans l’histoire des communautés LGBT, les Village People (sic !), etc.
Quand on voit les personnages communiquer par des smartphones et alors que Donald Trump est évoqué, on comprend qu’on n’est décidément pas à l’époque décrite par le livret original, même si les costumes font en général plus 1950 que 2018…
Mais l’agacement que provoque cette actualisation d’une œuvre dont le charme tient justement à sa désuétude est heureusement compensé par une mise en scène simple et enlevée qui fait passer ces deux heures comme un charme, grâce à des interprètes qui, même s’ils ne sont pas de premier plan, emportent la mise.
Wonderful Town, de Leonard Bernstein. Avec Jasmine Roy, Rafaëlle Cohen, Dalia Constantin, Lauren Van Kempen. Orchestre de l’Opéra de Toulon, Larry Blank (direction), Olivier Bénézech (mise en scène), Johan Nus (chorégraphie) (Fr., 2018, 2 heures). Disponible sur Culturebox jusqu’au 19 avril 2019.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-9"> ¤ Ses œuvres traitent toutes des mêmes questions, avec un point ­commun : le corps, ses fonctions et dysfonctionnements, les traitements qui sont infligés.
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Sélection galerie : Jeanne Susplugas à la Under Construction Gallery

Ses œuvres traitent toutes des mêmes questions, avec un point ­commun : le corps, ses fonctions et dysfonctionnements, les traitements qui sont infligés.



LE MONDE
 |    26.10.2018 à 13h44
    |

                            Philippe Dagen








                        



   


Photographies, dessins, sculptures, néon : quels que soient la forme et le matériau, les œuvres de Jeanne Susplugas traitent toutes des mêmes questions, qui sont indissociables et ont un point ­commun, le corps, ses fonctions et dysfonctionnements, les traitements qui sont infligés. Une étincelante construction de sphères tapissées de miroirs, genre boîte de nuit, reprend la structure chimique d’un anxiolytique. Un arbre généalogique porte les noms de phobies, maladies mentales et addictions courantes ou rares. Les dessins de la série In My Brain montrent des entrelacs de neurones en réseau.
Mais chacun est occupé par le symbole d’une angoisse, d’une obsession ou d’un désir, de sorte que, sous le couvert de l’anatomie, l’artiste présente ses dissections et analyses psychiques et sociales. Elle photographie un homme qui a tatoué sur l’épaule le schéma d’un autre ­neurone, mais en train de se diviser et de s’effilocher. D’autres encore, en ­résine, semblent des poulpes énervés dansant la ­gigue. Au mur, le néon écrit « confused », confus, au sens où l’on disait jadis confusion mentale. Le travail, lui, est tout sauf ­confus : charmeur en apparence, vite inquiétant, très cohérent, il a la précision d’un examen clinique.
« Nul besoin de maison pour être hanté », Jeanne Susplugas. Under Construction Gallery, 6, passage des Gravilliers, Paris 3e. Du jeudi au samedi de 14 heures à 19 heures. Jusqu’au 17 novembre.



                            


                        

                        


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M le magazine du Monde
 |
                  26.10.2018 à 13h43


Astrophysicien, historien, neuroscientifique, artiste… La leçon inaugurale est le rituel d’entrée de tout nouveau professeur au Collège de France. Un grand oral aussi libre que protocolaire à l’image de cette institution née sous François Ier.

Par                             Zineb Dryef





                     

Il n’est que 17 heures et déjà la file d’attente s’étire jusqu’au trottoir. Ce mardi 16 octobre, on se presse place Marcelin-Berthelot, dans le 5e arrondissement de Paris, pour assister à la leçon inaugurale d’Amos Gitaï, le nouveau titulaire de la chaire annuelle de création artistique du Collège de France. Il est le premier cinéaste à l’occuper. Avant lui, s’y sont succédé les compositeurs Pascal Dusapin et Philippe Manoury, le plasticien Anselm Kiefer ou l’écrivain Alain Mabanckou. Il y a là une foule disparate, habituelle pour l’établissement : des retraités, des étudiants, mais aussi des cinéphiles, des touristes, deux anciennes ministres (Christiane Taubira et Audrey Azoulay)…
Une demi-heure avant le début de la séance, l’Israélien, connu pour ses films radicaux et engagés, s’avance sur l’estrade du grand amphithéâtre Marguerite de Navarre. Il scrute l’assemblée, semble chercher quelqu’un du regard, comme égaré. La scène dure quelques secondes à peine : très vite, on l’exfiltre vers le « bureau du conférencier ». Selon la tradition, c’est dans cette petite salle attenante à l’amphithéâtre que l’impétrant patiente, entouré des professeurs du Collège de France.
Ce n’est qu’à 18 heures précises que tous feront leur entrée dans l’amphithéâtre, les « anciens » faisant cortège au nouveau, comme toujours pour les leçons inaugurales. Amos Gitaï et Alain Prochiantz, l’administrateur du Collège de France, demeureront sur l’estrade pendant que la procession de costumes gris et cheveux blancs – les femmes sont rares – s’installeront sur les sièges bleus des deux premiers rangs qui leur sont dévolus. Puis, l’orateur restera seul face à une assemblée de professeurs érudits et intimidants, parmi lesquels certains des esprits français les plus brillants : le Prix Nobel de physique Serge Haroche ; le neuroscientifique et auteur à succès Stanislas Dehaene ; les mathématiciens Claire Voisin et Pierre-Louis Lions ; l’un des plus grands orientalistes...





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Un tableau conçu par un programme d’intelligence artificielle adjugé 432 500 dollars

L’œuvre, vendue aux enchères chez Christie’s, est le fruit des expérimentations d’un collectif de jeunes artistes français.



LE MONDE
 |    26.10.2018 à 13h27
 • Mis à jour le
26.10.2018 à 13h40
    |

                            Nicolas Six








                        



   


Dans la salle d’enchères de Christie’s à New York, jeudi 26 octobre, après une folle escalade ayant atteint une somme à six chiffres, le marteau a bien fini par tomber. La toile est partie à 432 500 dollars (soit 381 000 euros), une somme plus de quarante fois supérieure à l’estimation de Christie’s. Cette estimation était compliquée par la nature même du tableau : un portrait conçu par une intelligence artificielle. Il s’agirait d’ailleurs selon Christie’s de la première œuvre créée par un algorithme à être vendue dans une maison d’enchères.
Intitulée Edmond de Belamy, cette œuvre dépeint un personnage aux traits flous. Elle n’a pas été peinte, mais reproduite par une imprimante à jet d’encre sur le modèle d’une image numérique, conçue par un ordinateur. Cette toile est le résultat d’un long processus dirigé par le collectif français Obvious, composé de trois jeunes diplômés de moins de 30 ans, dont un ingénieur, un entrepreneur et un artiste revendiqué.
Inspiré par l’histoire de la peinture
« Nous avons nourri le système avec un jeu de données de 15 000 portraits peints entre le XIVe et le XXe siècle » a déclaré à Christie’s Hugo Caselles-Dupré, l’un des membres du collectif. Le programme d’intelligence artificielle a ensuite appris par lui-même à imiter ces toiles, après un long processus d’essais et d’erreurs. Une fois entraîné, l’ordinateur a créé des milliers de toiles, parmi lesquelles les artistes d’Obvious ont patiemment sélectionné les onze meilleures à leurs yeux.
Le programme d’intelligence artificielle employé par Obvious doit beaucoup à son inspirateur, le GAN, un algorithme dont il reprend des éléments. Dans un communiqué, Obvious rend hommage à son créateur : « Nous aimerions remercier la communauté de l’intelligence artificielle, en particulier les pionniers qui ont commencé à l’utiliser, dont Ian Goodfellow, le créateur de l’algorithme GAN. Et l’artiste Robbie Barrat, qui a été une grande source d’influence pour nous. » Un artiste américain âgé de 19 ans, déjà fort d’une petite notoriété grâce aux œuvres créées avec le GAN.
Manque d’originalité
Le journal américain The New York Times note que la communauté des artistes travaillant avec l’intelligence artificielle a réagi assez vivement à l’annonce de la vente. Beaucoup ont jugé le portrait peu original. Ce type d’intelligence artificielle repose en effet sur le principe de l’imitation, et la difficulté pour un artiste est souvent d’aller au-delà, pour créer des résultats inattendus.

        Lire aussi :
         

                « Que des algorithmes prennent des décisions liées aux émotions et à la conscience est-il envisageable ? »



Le site d’information Arnet a interrogé un responsable de Christie’s, Richard Lloyd, sur les raisons qui ont présidé au choix de cette œuvre – de nombreux tableaux réalisés avec différents systèmes d’IA ont été conçus ces dernières années. « Nous l’avons choisie en raison de son processus de création, a-t-il répondu. Obvious a essayé de limiter l’intervention humaine au minimum, afin que le résultat reflète de façon pure la forme de créativité de la machine. »



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-12"> ¤ La petite société, basée à Paris, veut trouver des projets destinés aux plates-formes de vidéo à la demande. Exactement comme le fait Netflix.
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Le français Under the Milky Way veut produire des films sans passer par la case cinéma

La petite société, basée à Paris, veut trouver des projets destinés aux plates-formes de vidéo à la demande. Exactement comme le fait Netflix.



LE MONDE ECONOMIE
 |    26.10.2018 à 12h18
    |

            Nicole Vulser








                        


Petite structure spécialisée dans l’agrégation de films destinés à être vendus et diffusés sur des plates-formes de vidéo à la demande (VOD) dans le monde entier, Under the Milky Way pourrait jouer au chien dans un jeu de quilles. Jérôme Chung, l’un trois des cofondateurs de cette structure basée à Paris, souhaite se diversifier dans la coproduction cinématographique. « Le nom de code de notre label est “I’ve a digital dream” [je fais un rêve numérique] », explique-t-il. « L’idée est de trouver des projets assez légers à mettre en œuvre en moins de dix-huit mois, en ayant en tête une distribution numérique et des formats pas nécessairement longs. Ces films ne seraient pas forcément conçus pour être diffusés en salles », détaille M. Chung, mais directement pour les plates-formes de VOD. Exactement comme le fait Netflix.
Certes, ce schéma l’empêche d’avoir accès aux aides du Centre national de la cinématographie, mais l’Hexagone ne représente que 10 % de son chiffre d’affaires. Ses clients se nomment Apple, Netflix, Amazon, Microsoft, Sony, Comcast, Vudu, Sky ou Telefonica. Pour la France, Orange, Arte, la Fnac, SFR, TF1, Universciné…
Une génération de créateurs européens biberonnés à YouTube et Netflix
« Notre système si envié, fondé sur l’exploitation des films en salles, peut aussi devenir un frein à la création », affirme M. Chung. A ses yeux, toute une génération de créateurs européens biberonnés à YouTube et Netflix apporte quelque chose de nouveau, moins formel. Il souhaite leur permettre d’exister sans passer par les salles obscures.

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                Chronologie des médias  : bientôt des films plus récents sur tous les écrans ?



Reste à jouer une politique de création en marge du système. Under the Milky Way s’est déjà positionné « dans les interstices », selon M. Chung, puisque cette petite entreprise de vingt salariés a trouvé, depuis 2011, un chemin alternatif – entre les vendeurs de droits internationaux de cinéma et Unifrance – pour distribuer chaque année 600 longs-métrages. Ceux dont les droits ne concernaient que certains pays ou qui n’avaient pas de distributeurs.
Pour lancer leur nouveau projet, M. Chung et les deux autres cofondateurs, Pierre-Alexandre Labelle, basé à New York, et Alexis de Rendinger, à Los Angeles, cherchent à lever 15 millions d’euros au cours des trois prochaines années. « Si possible en Europe, explique M. Chung, sinon nous n’excluons pas un partenaire américain. » 



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-13"> ¤ Dans l’ouvrage du journaliste Ludovic Lamant, l’architecture des institutions est envisagée comme le produit et le symptôme des errements de la construction européenne et de l’opacité à l’œuvre dans le processus législatif.
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La construction européenne par son bâti

Dans l’ouvrage du journaliste Ludovic Lamant, l’architecture des institutions est envisagée comme le produit et le symptôme des errements de la construction européenne et de l’opacité à l’œuvre dans le processus législatif.



LE MONDE
 |    26.10.2018 à 10h34
 • Mis à jour le
26.10.2018 à 10h39
    |

            Isabelle Regnier








                        



                                


                            

Livre. Correspondant à Bruxelles pour Mediapart pendant six ans, Ludovic Lamant a sillonné les couloirs des grandes institutions européennes jusqu’à en connaître les moindres recoins. Fréquenter ces bâtiments froids, agencés sans cohérence de part et d’autre d’une autoroute urbaine, arpenter leurs intérieurs, sinistres comme des bureaux d’agences bancaires, auraient pu le laisser indifférent. Il aurait pu oublier l’ineptie de ce quartier européen sans âme que d’aucuns qualifient de « balafre urbaine », d’autres de « trou noir qui assèche les énergies ».
Au lieu de cela, il en a fait un objet d’étude. De ce décor qui s’est consolidé par à-coups successifs, selon une logique du fait accompli, dont la laideur, l’impraticité, l’inhospitalité foncière ne font l’objet d’aucun débat, il livre une monographie aussi originale qu’inspirante.
En revenant sur les étapes de la constitution du quartier, en l’inscrivant dans une histoire de l’architecture postmoderne, en évoquant les formes alternatives qu’il aurait pu prendre et les raisons pour lesquelles il ne les a pas prises, Ludovic Lamant lui restitue une contingence salutaire, qui invite à ne plus penser comme des fatalités ni cette architecture ni la politique européenne qui se fabrique en son sein.
Rupture entre les institutions et le peuple
L’architecture des institutions est envisagée, c’est tout le propos de Bruxelles chantiers, comme le produit et le symptôme des errements de la construction européenne, de l’opacité à l’œuvre dans le processus législatif, de la dilution progressive des idéaux démocratiques dans un dogmatisme néolibéral dont l’auteur détaille clairement les rouages. De l’architecture à la politique, et réciproquement, il glisse agilement, pour raconter l’histoire de la rupture entre les institutions et le peuple.
Exemplaire à cet égard, le projet de refonte du rond-point Robert Schuman, dont l’architecte belge Xaveer de...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-14"> ¤ Le trompettiste présente un répertoire exigeant pour tout public, en laissant à chaque musicien sa liberté de parole.
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Jazz : l’octet de luxe de Fabien Mary

Le trompettiste présente un répertoire exigeant pour tout public, en laissant à chaque musicien sa liberté de parole.



LE MONDE
 |    26.10.2018 à 09h37
 • Mis à jour le
26.10.2018 à 09h45
    |

                            Francis Marmande








                        



                                


                            

Sur la scène du Jazz Café Montparnasse, un octet, celui de Fabien Mary (trompette et orchestration) : David Sauzay (sax ténor), Olivier Zanot (alto), Thomas Savy (baryton), Jerry Edwards (trombone), plus la garde rapprochée du leader : Hugo Lippi (guitare), Fabien Marcoz (contrebasse) et l’ineffable Mourad Benhammou (batterie). Autant de pointures, leaders eux-mêmes, en style d’all stars régulier.
Au Jazz Café Montparnasse, entrée libre, un bar sans fin (28 mètres), une salle de restauration très classe (le gérant Belaid Belharet a redessiné de fond en comble l’illustre Petit Journal Montparnasse), tout le confort moderne. Une nouvelle idée ancienne du jazz. Le pari n’est pas là. Le pari, c’est la programmation hardie (Aurore Voilqué), de Sanseverino à l’octet de Fabien Mary, tous les soirs. « Et combien vous êtes dans votre quartet ? » Voilà la phrase qu’entendait Paul Desmond, à chaque passage de frontière avec le quartet de Dave Brubeck. Dans un octet, formule plus rare, intermédiaire entre combo léger et big band, ils sont huit.
A moins qu’ils ne soient un de plus, comme dans le nonet de Tadd Dameron, pianiste et arrangeur de Cleveland (1917-1965), déjà sous-estimé de son vivant. L’octet de Fabien Mary réunit une pléiade de solistes. Même si les Pléiades (les filles d’Atlas et de Pléioné) ne sont que sept. Un octet où Pierrick Pédron alterne avec Olivier Zanot (sax alto), c’est de l’ordre des Reds de Liverpool. Très gros banc de touche.
Intégralité radicale
On y songeait lors du chorus de Zanot sur un blues aussi simple qu’alambiqué, tempo medium (le tempo des dieux) et tout dans l’esprit. Aussi pur dans l’idée que Leo Wright (1933-1991), l’alto de Dizzy Gillespie dans les années 1960, qui avait joué aussi, tiens donc, avec Tadd Dameron.

Pourquoi ces références ? Le jazz est une passe. Fabien Mary est né en 1978, en Normandie. Il s’impose très tôt dans tous les groupes qui l’appelaient, et tous le voulaient...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-15"> ¤ La Française Alice Zeniter et le Québécois Eric Plamondon ont publié deux livres à succès sur la mémoire de la colonisation. Un débat sur la question se tiendra le 26 octobre dans le cadre de la première édition du Monde Festival Montréal.
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                Le roman, lieu privilégié pour penser les plaies de l’histoire coloniale


La Française Alice Zeniter et le Québécois Eric Plamondon ont publié deux livres à succès sur la mémoire de la colonisation. Un débat sur la question se tiendra le 26 octobre dans le cadre de la première édition du Monde Festival Montréal.

LE MONDE
                 |                 26.10.2018 à 09h00
                 |

            Adrien Naselli

















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Signe de l’époque ? L’histoire coloniale passionne les jeunes lecteurs. L’Art de perdre (Flammarion) d’Alice Zeniter, paru à la rentrée littéraire 2017 et également cinquième prix littéraire du Monde, a reçu le Goncourt des lycéens. Taqawan (Quidam éditeur) d’Eric Plamondon, paru au début de 2018, s’est vu décerner le prix de la Frye Académie, festival littéraire reconnu au Canada, et décerné par des collégiens de la province du Nouveau-Brunswick, au Québec.
Le combat « de David contre Goliath » qui opposa en 1981 les autochtones de la réserve écologique de Restigouche aux policiers de la sûreté du Québec, décrit par Eric Plamondon, et le sort invivable de ceux qu’on a appelés les « harkis », ainsi que leur descendance, mis en scène par Alice Zeniter, révolte cette jeune génération qui ne se sent plus responsable du passé d’ancien colonisateur de la France et du Québec. « Contrairement aux adultes, les ados se fichent que j’écrive sur la guerre d’Algérie, affirme Alice Zeniter. Ce qui les intéresse, c’est la trajectoire migratoire en elle-même. Pas forcément liée au passé colonial — bien que pour les ados issus de cette immigration algérienne, elle ait son importance. Ils sont fascinés par les migrations sociales, qui font passer de la ruralité à la ville, ou d’une classe à une autre. »
Eric Plamondon, dont l’héroïne Océane est une jeune Indienne mi’gmaq persécutée par la police, abonde dans son sens : « Océane permet aux jeunes d’entrer dans l’histoire. Sa quête fait écho à la quête identitaire qu’est l’adolescence. Cette question identitaire a été reprise par une nouvelle génération qui la vit dans toute sa complexité. Elle sait que des minorités, il y en a partout. »
Réparer une ignorance
Eric Plamondon comme Alice Zeniter avouent bien volontiers leur ignorance originelle. Alors même qu’elle raconte, par le filtre de la fiction, l’histoire de sa propre famille sur trois générations — Ali le grand-père dans son village de montagne, Hamid le père arrivé enfant en France dans un camp de réfugiés, Naïma la petite-fille élevée dans une HLM normande —, l’écrivaine de 32 ans a grandi dans le silence de ses parents et de l’école : « Sur les harkis, j’avais l’impression de ne pas avoir d’histoire. Il y avait quelque chose de l’ordre de l’injonction, à produire un récit qui couvrirait les trajectoires de vie de ceux que l’institution a oubliés. » Elle a passé des mois à faire des recherches, des livres d’histoire aux méandres du Net. Dans la troisième partie du livre, on voit même une sorte de making-of de ses recherches.

        Portrait (édition abonnés):
         

          Alice Zeniter, enfant du silence



Eric Plamondon, lui, ne connaissait pas l’existence de la réserve de Restigouche, et confie aujourd’hui sa honte. Il a passé les trente premières années de sa vie au Québec, avant de s’installer dans la région de Bordeaux. C’est lors d’un voyage en Gaspésie avec sa famille qu’il découvre la vie des Premières Nations : « Depuis que j’habite en France, les gens me questionnent sur les Indiens. J’avais un grand malaise lié à ça. On n’en parlait pas du tout à la maison, ni à l’école. En écrivant Taqawan, j’ai compris que la pire violence qu’on avait faite aux Premières Nations est de les avoir effacées de l’histoire québécoise. »
A la différence d’Alice Zeniter, qui s’est entourée d’historiens et de sociologues, Eric Plamondon a travaillé seul avec des livres d’histoire et des archives de musées canadiens en ligne. « Je me suis penché tous les matins pendant deux ans sur ce roman qui fait à peine deux cents pages. » Sa rencontre avec une Indienne mi’gmac dans la réserve, à l’été 2015, a mis un coup d’accélérateur à l’écriture. Même chose pour Alice Zeniter, qui a effectué plusieurs voyages sur les traces de ses aïeuls en Algérie.
« La sagesse de l’incertitude »
L’écriture a été vertigineuse et fatigante pour la jeune femme : comment donner à voir sans fantasmer la vie de son grand-père dans les montagnes kabyles ? « La question des sources m’a fait prendre conscience qu’un livre d’histoire n’était jamais qu’un point de vue. Par exemple, les premiers documents qui décrivent les villages kabyles ont été écrits par les colonisateurs. »
Eric Plamondon, lui, a fait preuve de prudence. « J’ai “écrit sur des œufs”, car c’est un sujet délicat. L’appropriation culturelle est devenue une vraie question. C’est aussi pour ça que mon roman est constitué de fragments, avec une infinité de faisceaux, pour essayer de déjouer le piège de la focale unique. L’angle de la fiction est bien assumé. Je joue parfois à l’historien, mais je suis avant tout un auteur. » A la fin du livre, le personnage d’ermite mi’gmaq dit à la jeune héroïne française : « Personne n’est tout blanc. » Une morale bien pratique ? « J’aime bien faire dire ça à mon personnage indien. La fiction est toujours là pour nous rappeler que la réalité n’est pas noire ou blanche, mais grise. Cela me fait penser à Kundera et sa “sagesse de l’incertitude”. Le roman, c’est ça. »

        Un débat du Monde Festival Montréal :
         

          Au Québec, la lente marche en avant des peuples autochtones



Il permet surtout de répondre, mieux que n’importe quel autre médium, aux questions existentielles par l’émotion. Dans les dernières pages de L’Art de perdre, Ifren, un jeune Algérien qui conduit l’héroïne Naïma en voiture, met fin à ses tourments : « Personne ne t’a transmis l’Algérie. Qu’est-ce que tu croyais ? Qu’un pays, ça passe dans le sang ? […] Ce qu’on ne transmet pas, ça se perd, c’est tout. Tu viens d’ici mais ce n’est pas chez toi. » 
Transmettre avec toutes les nuances : telle est la mission que se sont donné les deux écrivains. « Il faut que les livres d’histoire aussi amènent de la complexité, encourage Eric Plamondon. Comme par hasard, la prise de conscience arrive en ce début de XXIe siècle par le roman, par la poésie, par la musique, par le côté artistique des choses. »
Autochtones et histoire coloniale, comment composer avec l’héritage du passé ? Vendredi 26 octobre, dans le cadre du Monde Festival Montréal, coorganisé avec le journal Le Devoir, Alice Zeniter dialoguera avec Benjamin Stora, historien, Michèle Audette, activiste autochtone, et Stanley Vollant, chirurgien autochtone. Un débat animé par Jean-François Nadeau, journaliste au Devoir. Auditorium Maxwell-Cunnings, 15 h 30 - 17 heures. 
Réservation en ligne 
Retrouvez aussi deux articles d’Eric Plamondon dans « Vive le Québec…, Hors-série du « Monde », 100 pages, 8,50 euros. En vente en kiosques et sur Boutique.lemonde.fr.

        Hors-série du « Monde » :
         

          Un si séduisant Québec





Adrien Naselli
    













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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-16"> ¤ Programmé à La Seine musicale, le Ballet national de Chine vénère le grand répertoire classique depuis sa création, en 1959.
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Danse : un « Casse-Noisette » chinois

Programmé à La Seine musicale, le Ballet national de Chine vénère le grand répertoire classique depuis sa création, en 1959.



LE MONDE
 |    26.10.2018 à 08h51
    |

                            Rosita Boisseau (Pékin)








                        



                                


                            

Ça déménage dans l’immense bâtiment du Ballet national de Chine. Début septembre, la saison bat déjà son plein pour les 110 danseurs et les 70 musiciens de la compagnie emblématique de la République populaire de Chine depuis sa création en 1959. Dans l’escalier, on évite une cohorte d’instruments à percussion. Faire descendre un orchestre du quatrième étage sans ascenseur n’est pas une mince affaire. A chaque niveau, des danseurs s’entraînent. Il fait une chaleur bouillante : pas de climatisation dans les studios, pour des raisons de santé. Au rez-de-chaussée, trois médecins, dont deux sont également kinés, veillent au grain.
Situés dans le centre historique, à une dizaine de minutes en voiture de la place Tiananmen et de la Cité interdite, les locaux de la compagnie ressemblent à n’importe quel immeuble de bureaux. Le mur d’enceinte est couvert de publicités peintes qui indiquent la bonne voie pour ceux qui auraient tendance à prendre des chemins de traverse. On doit travailler, respecter le drapeau, ne pas voler… Plus qu’à bien se tenir en s’accrochant à la barre d’entraînement.
Les artistes français en ligne de mire
A l’affiche de La Seine musicale jusqu’au 4 novembre, le Ballet national de Chine, 200 représentations par an, est une somptueuse anomalie. Depuis 1959, il affiche une passion inentamée pour le grand répertoire classique comme Giselle ou Le Lac des cygnes. Il excelle évidemment dans les tranches d’histoire chinoise comme Le Détachement féminin rouge, bombe révolutionnaire lancée en 1964 sous Mao Zedong, qui met en scène une fille de la campagne en chaussons de pointes qui rejoint l’Armée rouge dans les années 1930 – et ça fume du pistolet.
Feng Ying, directrice du Ballet national de Chine : « Le ballet n’est pas si populaire chez nous mais c’est notre mission de le faire connaître »
Si le classique, transmis par les Russes émigrés dans les années 1920, s’est popularisé dans les années...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-17"> ¤ Afin d’assurer la survie du cinéma français face à l’hégémonie américaine, le patron de Canal+ se prononce, dans une tribune au « Monde », en faveur d’un sursaut collectif du secteur pour « réinventer un écosystème » commun.
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Maxime Saada : « Il faut préserver l’exception culturelle française »

Afin d’assurer la survie du cinéma français face à l’hégémonie américaine, le patron de Canal+ se prononce, dans une tribune au « Monde », en faveur d’un sursaut collectif du secteur pour « réinventer un écosystème » commun.



LE MONDE ECONOMIE
 |    26.10.2018 à 07h00
 • Mis à jour le
26.10.2018 à 10h15
    |

Maxime Saada (Président du directoire de Canal+)







                        



                                


                            
Tribune. « Quand nous gagnons un Golden Globe, cela nous aide à vendre plus de chaussures. » Voilà comment Jeff Bezos, le PDG d’Amazon, considère les œuvres qu’il produit et distribue sur son service de vidéo à la demande, Amazon Prime Video. La culture s’y réduit non à un supplément d’âme, mais à un instrument utilisé à des fins essentiellement marchandes.
Telle n’est pas, en France, notre conception de la culture. Bien au contraire, les pouvoirs publics, les auteurs, les créateurs, les producteurs et les groupes audiovisuels de notre pays n’ont cessé de se battre avec constance pour faire reconnaître un principe d’exception culturelle, dont la France, par son rayonnement historique et artistique, s’est toujours érigée en garant universel. C’est ce qui explique la vitalité du cinéma français, seul cinéma qui en Europe a su pleinement perdurer jusqu’à présent face à l’hégémonie du soft power culturel des Etats-Unis.
Les blockbusters de superhéros colonisent l’imaginaire mondial au profit d’un cinéma de spectacle destiné en priorité aux adolescents
Pourtant, cette singularité française sur la carte du monde cinématographique est confrontée aujourd’hui au défi le plus important de son histoire.
D’abord du fait de la révolution digitale, qui a favorisé l’entrée par effraction dans l’industrie audiovisuelle et cinématographique d’acteurs globalisés venus du numérique, dotés d’une force de frappe financière sans commune mesure avec celle des groupes nationaux en Europe.
Ensuite parce que les majors hollywoodiennes, voyant leur suprématie fragilisée par les 135 millions d’abonnés et 8 milliards de dollars (7 milliards d’euros) d’investissement dans les contenus de Netflix, sont entrées dans une logique défensive d’hyperconcentration, comme en témoigne le rachat de 21st Century Fox par Disney.
Le résultat de ces deux dynamiques est d’ores et déjà visible : nous sommes entrés dans une ère d’hyperoffre...




                        

                        


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Article sélectionné dans La Matinale du 25/10/2018
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Succession politique à l’Opéra de Paris

C’est le premier gros dossier qui attend le nouveau ministre de la culture : le nom du futur patron de cette institution, traditionnellement un pré carré élyséen.



LE MONDE
 |    26.10.2018 à 06h37
 • Mis à jour le
26.10.2018 à 11h55
    |

            Laurent Carpentier








                        



                                


                            

C’est le premier gros dossier qui attend le nouveau ministre de la culture sur son bureau : la nomination du successeur de Stéphane Lissner à la tête de l’Opéra de Paris. Deux théâtres, 1 700 salariés, un orchestre symphonique, un corps de ballet et 220 millions d’euros de budget (dont 93 millions de subventions de l’Etat). Mais ce n’est pas tant pour la taille du poste que pour son arrière-fond politique que cette nomination fait figure de baptême du feu.
Ministre politique, figure de la droite « constructive », Franck Riester peut compter sur des soutiens à l’Assemblée nationale – ce qui n’était pas le cas de Françoise Nyssen, issue de la société civile. Traditionnellement, la nomination du directeur de l’Opéra est un pré carré élyséen. Mais la défiance du milieu à l’égard de celui – Christophe Ghristi – qu’on présente aujourd’hui comme le candidat du Palais est telle que le ministre de la culture pourrait avoir l’occasion de montrer là d’emblée quelle sera sa marge de manœuvre.
Tout commence à l’été, lorsque l’Elysée bloque la dérogation qui aurait permis la prolongation du mandat de Stéphane Lissner (en poste depuis 2014, mais atteint par la limite d’âge de 65 ans) – prolongation que le ministère de la culture semblait privilégier dans un premier temps, faute de candidat. C’est que Sylvain Fort, l’ancienne plume d’Emmanuel Macron, devenu, à la suite de l’affaire Benalla, la clé de voûte de la communication élyséenne, est un spécialiste d’art lyrique. C’est d’ailleurs ainsi qu’il a gagné ses galons auprès du président qui, pour afficher son amour de la culture, n’a pour autant jamais mis les pieds à l’opéra depuis son élection. Or l’ancien rédacteur en chef du site Forumopera a toujours eu Lissner dans le nez.

L’oiseau rare
Rue de Valois, on cherche alors à attraper le seul nom qui fasse un tant soit peu l’unanimité : Serge Dorny. A la tête de l’Opéra de Lyon, dont il a su redorer le blason, il était déjà en balance...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-19"> ¤ Les milliards investis dans les équipement de l’Etat ou l’offre numérique croissante n’y font rien : ce sont surtout les milieux aisés et cultivés qui en profitent.
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Article sélectionné dans La Matinale du 25/10/2018
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« La thèse du ruissellement, selon laquelle plus l’offre culturelle sera riche, plus elle sera partagée par tous est illusoire »

Les milliards investis dans les équipement de l’Etat ou l’offre numérique croissante n’y font rien : ce sont surtout les milieux aisés et cultivés qui en profitent.



LE MONDE
 |    26.10.2018 à 06h37
 • Mis à jour le
26.10.2018 à 09h47
    |

            Michel Guerrin (rédacteur en chef au « Monde »)








                        



                                


                            
Chronique. Olivier Donnat est sociologue au ministère de la culture. Il est un loup dans la bergerie, l’ennemi de l’intérieur, le gars qui casse le moral, fait tomber les illusions. Et les deux études qu’il vient de publier, sur le livre et la musique, ne vont pas arranger sa réputation. Le problème est que ce qu’il écrit depuis trente ans est exact. Ce qu’il a prophétisé s’est vérifié. Ce qu’il annonce est inquiétant.
En spécialiste des pratiques culturelles, il a montré que les milliards investis par l’Etat pour construire musées, opéras, théâtres, salles de spectacle ou bibliothèques, n’ont servi qu’à un Français sur deux – aisé, diplômé, Parisien, issu d’un milieu cultivé. Ceux qui restent à la porte, souvent aux revenus modestes, s’en fichent ou pensent que cette culture axée sur les traditionnels « beaux-arts » est déconnectée de leurs envies.
« L’excellence conduit à privilégier des créations exigeantes auxquelles les personnes les plus éloignées de la culture ne sont pas préparées »
Ce constat, on le lit dans l’enquête sur les pratiques culturelles des Français que le ministère publie tous les dix ans. Olivier Donnat a piloté celles de 1989, 1997 et 2008. La prochaine est pour 2019, qui se fera sans lui – il part à la retraite dans deux mois.
Le fossé se creuse
Elle devrait être tout autant déprimante. Car ce qu’a montré notre sociologue, c’est que le fossé se creuse. La construction frénétique de musées ou de théâtres en trente ans a provoqué une forte augmentation de la fréquentation, mais ce sont les aficionados qui y vont plusieurs fois, tandis que les ouvriers et les jeunes de banlieue y vont moins.
C’est dur à entendre, car l’Etat culturel s’est construit sur l’illusoire thèse du ruissellement : plus l’offre culturelle sera riche, plus elle sera partagée par tous. Aussi le ministère et les créateurs ont longtemps nié cette étude. « Il y a eu des tensions, se souvient Olivier Donnat. J’ai été vu...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-20"> ¤ A 71 ans, l’icône rock des sixties revient avec un vingt et unième album enregistré à Paris, « Negative Capability ». Des chansons d’amour et de solitude, où elle dévoile beaucoup d’elle-même.
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Marianne Faithfull, fantômes et fleurs séchées


                      A 71 ans, l’icône rock des sixties revient avec un vingt et unième album enregistré à Paris, « Negative Capability ». Des chansons d’amour et de solitude, où elle dévoile beaucoup d’elle-même.



M le magazine du Monde
 |    26.10.2018 à 06h35
    |

                            Lisa Vignoli








                              

                        

Au premier coup d’œil, on dirait une feuille. Ce tatouage sur sa main gauche, Marianne Faithfull l’a fait faire à l’âge de 19 ans, à Positano, en Italie. « C’est une hirondelle », précise-t-elle. La chanteuse anglaise lève un peu les yeux au ciel : « Parce que, à l’époque, je croyais encore en la liberté des hommes. » Elle a aujourd’hui 71 ans. Et du volatile un peu délavé, on ne voit plus la tête. « Je l’ai malheureusement brûlé il y a peu, en cuisinant, et je ne peux envisager de le faire reprendre à cause de la douleur. »
« J’ai une canne, et je ne sors jamais toute seule. Mais je peux encore écrire des chansons et faire de beaux enregistrements ! » Marianne Faithfull
Ces derniers temps, deux chutes l’obligent à se déplacer très lentement et une vilaine arthrose a pris place dans son bras gauche, l’obligeant, elle, la gauchère, à écrire de la main droite. « Ça a complètement changé ma vie. Je tape avec un doigt sur mon ordinateur, j’ai une canne, et je ne sors jamais toute seule. Mais je peux encore écrire des chansons et faire de beaux enregistrements ! »
L’icône rock des sixties qui, pendant cinquante-cinq ans, a passé sur scène entre 80 et 150 jours sur 365, dans différentes villes du monde, vient en effet de réaliser un vingt et unième album, qui existera sans tournée mais résonne intensément dans le corps des autres.
Negative Capability a été écrit dans cet appartement de Montparnasse où elle reçoit, à deux pas de La Closerie des Lilas. « C’est ici que je voyage désormais. » Sur la petite terrasse donnant sur le boulevard, le soir, parfois, elle regarde le ciel. « Une nuit, pendant les vacances de Noël, tout le monde avait quitté Paris, et j’ai pensé à toutes les pleines lunes que j’avais vues dans ma vie. A la Martinique, au Maroc, au Brésil… Je les ai toutes aimées. » Cette nuit-là, il n’y avait rien à voir dans le noir et ça a donné No Moon in Paris.
Cure...


