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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-1"> ¤ De la défense du travailleur blanc à la théorie de l’offre, le conservatisme américain repose sur un socle idéologique composite, analyse l’historien Jean-Christian Vinel dans une tribune au « Monde »
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« Le protectionnisme de Donald Trump relève autant de la continuité que de la rupture »

De la défense du travailleur blanc à la théorie de l’offre, le conservatisme américain repose sur un socle idéologique composite, analyse l’historien Jean-Christian Vinel dans une tribune au « Monde »



LE MONDE
 |    26.10.2018 à 17h32
    |

Jean-Christian Vinel (maître de conférences en histoire à l'université Paris-Diderot)







                        



                                


                            
Tribune. Depuis l’élection de Donald Trump fin 2016, nombreux sont les observateurs à s’étonner que sa rupture avec libre-échange n’ait pas eu davantage de conséquences dans ses relations avec le Parti républicain et son électorat. La contradiction est grande quand on sait l’influence des thèses néolibérales au sein du parti de l’éléphant, qui a soutenu la ratification de l’Alena en 1992 et, plus récemment, inscrit le TPP (Accord de partenariat transpacifique) dans son programme. Mais elle est plus grande encore si l’on garde à l’esprit que l’économie américaine est aujourd’hui dominée par des géants de la distribution comme Walmart, qui dépendent d’un flux ininterrompu d’importations en provenance de la Chine.
Reste que c’est sans doute une erreur que de poser le problème en termes purement idéologiques. Si la défense du libéralisme économique constitue bien une brique essentielle du « conservatisme » prôné par le Parti républicain, elle s’est toujours accompagnée de nombreuses contradictions, liées à la fois au système bipartite et à la nécessité de s’adresser aux classes populaires.
« Paix, prospérité et protectionnisme ». Le slogan de campagne de William McKinley lors de l’élection présidentielle de 1896, qu’il remporta facilement, rappelle qu’à la fin du XIXe siècle, la politique prônée par le Parti républicain ne se résumait pas au darwinisme social et au soutien apporté aux grands conglomérats dont Wall Street permettait l’essor, tandis que l’armée réprimait brutalement les grèves. Une tendance se dessine alors : dans un pays où l’on rejette l’existence même de classes sociales, c’est au travers du protectionnisme et de la réglementation croissante de l’immigration que l’on débat des conséquences sociales de l’industrialisation. En défendant les tarifs douaniers nécessaires à la protection de « l’ouvrier américain », le Parti républicain démontrait alors son ancrage électoral chez les ouvriers et les artisans du Nord-Est.
Tension...



                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-2"> ¤ Dans ces deux pays d’Europe centrale, le souverainisme est le contre-choc des échecs du libéralisme des années 1990 et 2000, estime le sociologue Wojtek Kalinowski.
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« Les souverainismes polonais et hongrois ont bâti leur succès sur la critique du postcommunisme »

Dans ces deux pays d’Europe centrale, le souverainisme est le contre-choc des échecs du libéralisme des années 1990 et 2000, estime le sociologue Wojtek Kalinowski.



LE MONDE ECONOMIE
 |    26.10.2018 à 17h31
 • Mis à jour le
26.10.2018 à 17h33
    |

Wojtek Kalinowski (sociologue)







                        



                                


                            
Tribune. Ce n’est certes pas ainsi que nous avions imaginé la réunification de la « vieille » et de la « nouvelle » Europe il y a vingt ans. Accusations réciproques de manquer de solidarité européenne, ouverture des procédures européennes contre la Pologne et contre la Hongrie, affrontement frontal lors de la crise migratoire… Première bénéficiaire des fonds de cohésion de l’Union européenne, l’Europe centrale et orientale atteste pourtant de la montée en puissance des partis souverainistes qui viennent renforcer sinon le camp eurosceptique, du moins la défense de « l’Europe des nations » contre « Bruxelles ».

Comment expliquer ce brusque changement de climat politique, et la popularité de leaders comme Jaroslaw Kaczynski en Pologne ou Viktor Orban en Hongrie ? Les politiques qu’ils mènent dans leurs pays respectifs sont à maints égards différentes : en Pologne, nouvelles allocations familiales, suppression des contrats de travail précaires et abaissement de l’âge du départ à la retraite ; en Hongrie, suppression de l’impôt progressif, réduction des prestations sociales et mise en place de travaux publics. Le point commun est ailleurs : tous les deux ont bâti leur succès électoral sur la critique du « postcommunisme », c’est-à-dire celle des élites formées après la chute du Mur et de la manière dont ces dernières avaient mené les transformations économiques et sociales.

Cette nouvelle étape dans l’histoire de l’Europe postcommuniste se nourrit ainsi des erreurs de l’étape précédente. Une fois que les pays d’Europe centrale et orientale ont pu se détacher de la zone d’influence russe, ils ont aussitôt retrouvé leur place et leurs dilemmes d’antan, ceux des « marches » d’une Europe occidentale plus puissante et plus développée, et les mêmes aspirations de rattraper un « retard » bien antérieur à la période communiste.
Or, la voie du rattrapage proposée dans les années 1990 et 2000 fut un libéralisme...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-3"> ¤ Des personnalités, telles Michel Wieviorka, Alain Touraine, Elizabeth et Christian de Portzamparc, Isabelle Huppert ou Edith Cresson, dans une tribune au « Monde » s’alarment des dangers qu’encourt la démocratie au Brésil, si le candidat d’extrême droite, Jair Bolsonaro venait à remporter, dimanche 28 octobre, l’élection présidentielle.
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« Brésiliens, Brésiliennes n’abandonnez pas vos valeurs »

Des personnalités, telles Michel Wieviorka, Alain Touraine, Elizabeth et Christian de Portzamparc, Isabelle Huppert ou Edith Cresson, dans une tribune au « Monde » s’alarment des dangers qu’encourt la démocratie au Brésil, si le candidat d’extrême droite, Jair Bolsonaro venait à remporter, dimanche 28 octobre, l’élection présidentielle.



LE MONDE
 |    26.10.2018 à 17h15
 • Mis à jour le
26.10.2018 à 17h42
    |

Collectif







                        



                                


                            

Tribune. Informés par la presse tant brésilienne qu’internationale, nous sommes préoccupés par les risques que courent les libertés fondamentales au Brésil du fait de l’éventuelle victoire du candidat d’extrême droite, Jair Bolsonaro, au second tour des élections présidentielles du pays. Motivés par les liens qui unissent nos pays, nous souhaitons exprimer notre immense inquiétude en nous adressant plus particulièrement aux électeurs brésiliens encore indécis, pour qu’ils se positionnent en faveur de la démocratie.
Le candidat d’extrême droite, ex-capitaine de l’armée, fait l’éloge public de la torture et de l’élimination physique des opposants politiques.
Cet ancien militaire tient publiquement des discours homophobes, sexistes et racistes vis-à-vis des noirs et des Indiens, qui incitent à la violence physique et politique contre les minorités
Sa trajectoire et son discours politique expriment le mépris des droits humains, des principes basiques démocratiques et du débat électoral, auquel il refuse de participer. Sa campagne, élaborée par Steve Bannon, ex-conseiller de Donald Trump, est basée sur des déclarations provocatrices et des « tweets » postés sur les réseaux sociaux.
Cet ancien militaire tient publiquement des discours homophobes, sexistes et racistes vis-à-vis des noirs et des Indiens, qui incitent à la violence physique et politique contre les minorités. A peine avait-il commencé à prononcer ces discours que ces incitations se sont traduites concrètement par une cinquantaine d’agressions physiques de caractère politique, sexiste et homophobe et par un assassinat à Salvador.

L’histoire du XXe siècle nous a beaucoup appris sur les conséquences de la rupture du pacte démocratique : le déferlement de la haine, la poursuite des minorités et le recours à la violence. Si cette rupture a séduit certaines populations dans un moment de crise économique et politique, son choix les a entraînés...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-4"> ¤ Dans une tribune au « Monde », le politologue Miguel Lago estime que le probable succès de Jair Bolsonaro, lors du second tour de la présidentielle, dimanche 28 octobre, se fonde sur la manière dont le candidat a su tirer profit des nouvelles technologies pour distiller un discours sensationnaliste prompt à se propager.
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Election au Brésil : « Vers une nouvelle victoire des réseaux sociaux sur la démocratie ? »

Dans une tribune au « Monde », le politologue Miguel Lago estime que le probable succès de Jair Bolsonaro, lors du second tour de la présidentielle, dimanche 28 octobre, se fonde sur la manière dont le candidat a su tirer profit des nouvelles technologies pour distiller un discours sensationnaliste prompt à se propager.



LE MONDE
 |    26.10.2018 à 15h07
 • Mis à jour le
26.10.2018 à 17h23
    |

Miguel Lago (Politogue, président de Nossas)







                        



                                


                            

Tribune. Dimanche 28 octobre, le Brésil s’apprête à entrer dans le club grandissant des pays gouvernés par des populistes d’extrême droite. Le fondement du succès de la campagne de Bolsonaro, dépourvue des structures partisanes et électorales classiques, et son éventuelle victoire à la présidentielle résident dans sa capacité à tirer profit des nouvelles technologies de l’information et de la communication (TICS).
Il ne s’agit pas que d’un nouvel exemple du potentiel explosif du mélange entre l’architecture des réseaux sociaux et la démocratie représentative, mais bien de l’étape suivante de la démonstration de sa puissance de déflagration.
Les TICS, et plus particulièrement les réseaux sociaux, ont joué un rôle important dans toutes les dernières grandes élections. Elles ont contribué à l’ascension au pouvoir de nouveaux partis politiques, tels que le Mouvement 5 étoiles en Italie ; à la victoire d’outsiders sans structure partisane préétablie, comme Emmanuel Macron, ou à la conquête de partis traditionnels par des célébrités médiatiques comme Donald Trump. Cependant, cette fois-ci, un pas de plus a été franchi, faisant de Jair Bolsonaro le premier candidat appartenant réellement au nouveau monde électoral.
Une ascension sans parti, ni dispositifs électoraux traditionnels
Bolsonaro était jusqu’à présent un député peu connu et isolé, dont le seul fait d’armes avait été la défense publique de l’ancienne dictature brésilienne. Son ascension, contrairement aux cas précédents, ne tient pas à la création ni à la conquête d’un parti existant, ni même au déploiement de dispositifs électoraux traditionnels (structure partisane ou jeux d’alliances) ou à une surexposition dans les médias.
Dans ce pays-continent de plus de 200 millions d’habitants, dont presque 150 millions électeurs, le temps de télévision, accordé en fonction de la représentativité des partis au Parlement, a historiquement été le principal facteur expliquant...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-5"> ¤ Astrophysicien, historien, neuroscientifique, artiste… La leçon inaugurale est le rituel d’entrée de tout nouveau professeur au Collège de France. Un grand oral aussi libre que protocolaire à l’image de cette institution née sous François Ier.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-5"> ¤             
Au Collège de France, une leçon magistrale 
                  
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M le magazine du Monde
 |
                  26.10.2018 à 13h43


Astrophysicien, historien, neuroscientifique, artiste… La leçon inaugurale est le rituel d’entrée de tout nouveau professeur au Collège de France. Un grand oral aussi libre que protocolaire à l’image de cette institution née sous François Ier.

Par                             Zineb Dryef





                     

Il n’est que 17 heures et déjà la file d’attente s’étire jusqu’au trottoir. Ce mardi 16 octobre, on se presse place Marcelin-Berthelot, dans le 5e arrondissement de Paris, pour assister à la leçon inaugurale d’Amos Gitaï, le nouveau titulaire de la chaire annuelle de création artistique du Collège de France. Il est le premier cinéaste à l’occuper. Avant lui, s’y sont succédé les compositeurs Pascal Dusapin et Philippe Manoury, le plasticien Anselm Kiefer ou l’écrivain Alain Mabanckou. Il y a là une foule disparate, habituelle pour l’établissement : des retraités, des étudiants, mais aussi des cinéphiles, des touristes, deux anciennes ministres (Christiane Taubira et Audrey Azoulay)…
Une demi-heure avant le début de la séance, l’Israélien, connu pour ses films radicaux et engagés, s’avance sur l’estrade du grand amphithéâtre Marguerite de Navarre. Il scrute l’assemblée, semble chercher quelqu’un du regard, comme égaré. La scène dure quelques secondes à peine : très vite, on l’exfiltre vers le « bureau du conférencier ». Selon la tradition, c’est dans cette petite salle attenante à l’amphithéâtre que l’impétrant patiente, entouré des professeurs du Collège de France.
Ce n’est qu’à 18 heures précises que tous feront leur entrée dans l’amphithéâtre, les « anciens » faisant cortège au nouveau, comme toujours pour les leçons inaugurales. Amos Gitaï et Alain Prochiantz, l’administrateur du Collège de France, demeureront sur l’estrade pendant que la procession de costumes gris et cheveux blancs – les femmes sont rares – s’installeront sur les sièges bleus des deux premiers rangs qui leur sont dévolus. Puis, l’orateur restera seul face à une assemblée de professeurs érudits et intimidants, parmi lesquels certains des esprits français les plus brillants : le Prix Nobel de physique Serge Haroche ; le neuroscientifique et auteur à succès Stanislas Dehaene ; les mathématiciens Claire Voisin et Pierre-Louis Lions ; l’un des plus grands orientalistes...





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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-6"> ¤ Le 19 octobre, le Parlement de Montevideo a voté une « loi intégrale pour les personnes trans », qui leur reconnaît le choix indiscutable de leur identité de genre dès l’âge de 18 ans. Ce pays, où la PMA est légalisée depuis 2006, est le plus avancé de toute l’Amérique latine en matière de droits LGBT.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-6"> ¤                     
                                                   
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L’Uruguay unique en ses genres

Le 19 octobre, le Parlement de Montevideo a voté une « loi intégrale pour les personnes trans », qui leur reconnaît le choix indiscutable de leur identité de genre dès l’âge de 18 ans. Ce pays, où la PMA est légalisée depuis 2006, est le plus avancé de toute l’Amérique latine en matière de droits LGBT.



LE MONDE IDEES
 |    26.10.2018 à 13h00
 • Mis à jour le
26.10.2018 à 15h26
    |

            Frédéric Joignot








                        



                                


                            

Que se passe-t-il ? Le personnage central se prend-il le visage à deux mains sous le coup de l’émotion ? Est-il jus­te très concentré ? Celui qui apparaît derrière, à gauche, est lui aussi attentif ; celui de droite semble pensif. Nous sommes le 19 octobre dans les tribunes publiques du Parlement de Montevideo, capitale de l’Uruguay, lors de la discussion sur la « loi intégrale pour les personnes trans ». Pour les associations lesbiennes, gays, bi, trans (LGBT) qui se sont battues pour son adoption, l’enjeu est capital.
Neuf ans après une première loi autorisant le changement de sexe, sans autorisation médicale ni accord d’un juge, et la modification de leur nom sur leurs papiers officiels, les transgenres – ou transidentitaires – ­espèrent cette fois voir tous leurs droits reconnus « intégralement ».
D’après Matilde Campodonico, la photographe d’Associated Press auteure de cette image, les trois personnages principaux sont des « activistes trans » venus suivre les débats contradictoires autour de ce projet de loi, qui a été farouchement combattu par les députés de la droite catholique. On comprend mieux, dès lors, l’intensité dramatique qu’exprime le visage de la personne centrale : elle attend que les députés décident de sa vie.
« Leur vie est très triste »
La photographe dit qu’elle n’a pas pris cette photo au hasard. En Uruguay, estime-t-elle, les trans sont toujours « très caricaturés », présentés comme des personnes « joyeuses », « amusantes », en état de « fête permanente ». Alors qu’en vérité, « leur vie est très triste. Elles trouvent difficilement du travail, sont souvent pauvres et finissent généralement par se prostituer ». Elles ont aussi du mal à payer leurs traitements hormonaux, leurs opérations, à trouver un logement, et sont mal vues dès qu’elles suivent des cours professionnels.
Voilà pourquoi Matilde Campodonico a pris cette photo qui lui rappelle certains personnages...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-7"> ¤ Le chercheur montre que la réussite scolaire des enfants d’immigrés varie fortement en fonction des individus et des générations alors qu’ils sont censés partager la même culture d’origine.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-7"> ¤                     
                                                   
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Quel destin scolaire pour les enfants d’immigrés? Trois questions à Mathieu Ichou, sociologue

Le chercheur montre que la réussite scolaire des enfants d’immigrés varie fortement en fonction des individus et des générations alors qu’ils sont censés partager la même culture d’origine.



LE MONDE IDEES
 |    26.10.2018 à 13h00
 • Mis à jour le
26.10.2018 à 15h21
    |

            Anne Chemin








                        



                                


                            
Vous venez de publier « Les Enfants d’immigrés à l’école » (PUF, 310 pages, 24 euros), un livre qui tente de comprendre les trajectoires scolaires des jeunes issus de l’immigration. Pourquoi ?
Mathieu Ichou.- Les recherches en sciences sociales montrent que les enfants d’immigrés, en France, réussissent moins bien à l’école que les enfants de natifs – même si leurs trajectoires sont beaucoup plus variées qu’on ne l’imagine. Pour expliquer ce relatif échec scolaire, certains insistent sur l’incompatibilité de leur culture d’origine avec la réussite scolaire.
Le problème, c’est que, dans ses versions les plus simplistes, cette approche culturaliste postule une grande fixité et une grande homogénéité des cultures : elle ne parvient pas à expliquer pourquoi la réussite scolaire des enfants d’immigrés varie fortement en fonction des individus et des générations alors qu’ils sont censés partager la même culture d’origine.
D’autres insistent plutôt sur le poids des inégalités sociales. Cette explication est nettement plus pertinente : depuis les années 1960, les sciences sociales ont accumulé de nombreux travaux montrant que l’échec scolaire des enfants d’immigrés est étroitement lié au fait que leurs parents occupent une position sociale défavorisée en France. Cette approche peine cependant à expliquer pourquoi, à niveau social égal, les trajectoires scolaires des enfants issus de l’immigration restent aussi diverses. Une des clés, me semble-t-il, se situe dans la société d’origine.
Comment l’histoire prémigratoire des parents pèse-t-elle sur la réussite scolaire des enfants d’immigrés ?
Dans mes travaux, j’ai étudié plus particulièrement deux groupes : les enfants d’immigrés de Chine et d’Asie du Sud-Est (Vietnam, Laos, Cambodge), qui se distinguent, en moyenne, par une bonne réussite scolaire, et les enfants d’immigrés turcs, qui ont, en moyenne, plus de difficultés. Fondée à la fois...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-8"> ¤ Editorial. La Belgique rejoint quatre autres pays de l’UE qui avaient déjà opté pour l’avion de chasse américain. Un très mauvais coup porté à une défense européenne encore balbutiante.
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Achat d’avions F-35 américains par la Belgique : un camouflet pour la défense européenne

Editorial. La Belgique rejoint quatre autres pays de l’UE qui avaient déjà opté pour l’avion de chasse américain. Un très mauvais coup porté à une défense européenne encore balbutiante.



LE MONDE
 |    26.10.2018 à 11h32
   





                        


Editorial du « Monde ». Les histoires belges sont plus ou moins drôles. Celle de la modernisation de la flotte de combat aérien du royaume est franchement déprimante. La Belgique a en effet opté, jeudi 25 octobre, pour le chasseur F-35 américain, au détriment d’une solution européenne. Cette décision est un très mauvais coup porté à une défense européenne encore balbutiante. L’Union européenne (UE) commençait tout juste à prendre enfin conscience que son salut passait par une plus grande autonomie vis-à-vis d’une protection américaine de moins en moins sûre. Mais la Belgique a beau être un membre fondateur de l’UE et Bruxelles sa capitale, c’est encore à Washington qu’elle prend ses ordres sur le plan militaire.

        Lire aussi :
         

                Pourquoi la Belgique a choisi les F-35 américains



Pour remplacer ses F-16 vieillissants à partir de 2023, la Belgique va acheter au groupe américain Lockheed Martin 34 avions de combat. Malgré les contorsions du gouvernement pour justifier sa décision, la rationalité économique et technologique de ce choix est discutable. Le F-35 est un avion qui ne vole pas encore et dont le coût de fabrication n’a cessé de grimper au fur et à mesure que le projet rencontrait des problèmes techniques. Donald Trump pestait il y a quelques mois encore contre un projet « hors de contrôle ».
Certes, le F-35 est censé donner aux armées qui l’adoptent un avantage technologique décisif. Sauf que, selon la plupart des spécialistes, sa furtivité et son interconnectivité restent à démontrer. Les pays qui ont déjà acheté l’appareil se plaignent des coûts cachés, de sa fiabilité et des retombées industrielles moins importantes que celles promises par les Américains.
Logique politique
C’est donc, de toute évidence, une logique politique qui a primé pour écarter les deux concurrents du F-35 : le Rafale du français Dassault et le Typhoon du consortium européen Eurofighter. Le choix belge est d’autant moins compréhensible qu’il résonne comme une allégeance à une administration américaine unilatéraliste, qui, ces derniers temps, n’a exprimé que menaces et mépris pour les Européens. Il y a quelques jours encore, le président américain les a considérés comme quantité négligeable en dénonçant de façon unilatérale le traité américano-soviétique sur les forces nucléaires à portée intermédiaire (FNI).
L’achat de F-35 par la Belgique démontre à l’envi que, si M. Trump tance ses alliés pour qu’ils augmentent leur contribution financière à leur propre défense, c’est surtout pour mieux leur vendre la technologie et le matériel américains, siphonnant ainsi leur budget militaire afin de les tenir davantage sous tutelle.
L’altération de la relation transatlantique n’a visiblement pas persuadé la Belgique qu’il était enfin temps pour l’Europe de prendre en main sa défense. C’était le sens du « partenariat stratégique » proposé par la France à travers la vente du Rafale – une option balayée d’un revers de main sous prétexte qu’elle ne répondait pas à l’appel d’offres.
La Belgique rejoint ainsi quatre autres pays de l’UE qui avaient déjà opté pour le F-35 : le Royaume-Uni, l’Italie, les Pays-Bas et le Danemark. Or, sans aviation de combat autonome, il est difficile d’envisager à terme une émancipation militaire du Vieux Continent, avec des répercussions scientifiques et économiques considérables. Le projet européen de système de combat aérien du futur ne tient plus désormais qu’à la décision que prendra l’Allemagne pour renouveler sa propre flotte. Si le F-35 l’emporte une nouvelle fois, l’Europe de la défense resterait cantonnée à ce qu’elle est aujourd’hui : une chimère.

        Lire aussi :
         

                La Belgique achète des F-35 américains, un coup dur pour la défense européenne






                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-9"> ¤ Dans l’ouvrage du journaliste Ludovic Lamant, l’architecture des institutions est envisagée comme le produit et le symptôme des errements de la construction européenne et de l’opacité à l’œuvre dans le processus législatif.
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La construction européenne par son bâti

Dans l’ouvrage du journaliste Ludovic Lamant, l’architecture des institutions est envisagée comme le produit et le symptôme des errements de la construction européenne et de l’opacité à l’œuvre dans le processus législatif.



LE MONDE
 |    26.10.2018 à 10h34
 • Mis à jour le
26.10.2018 à 10h39
    |

            Isabelle Regnier








                        



                                


                            

Livre. Correspondant à Bruxelles pour Mediapart pendant six ans, Ludovic Lamant a sillonné les couloirs des grandes institutions européennes jusqu’à en connaître les moindres recoins. Fréquenter ces bâtiments froids, agencés sans cohérence de part et d’autre d’une autoroute urbaine, arpenter leurs intérieurs, sinistres comme des bureaux d’agences bancaires, auraient pu le laisser indifférent. Il aurait pu oublier l’ineptie de ce quartier européen sans âme que d’aucuns qualifient de « balafre urbaine », d’autres de « trou noir qui assèche les énergies ».
Au lieu de cela, il en a fait un objet d’étude. De ce décor qui s’est consolidé par à-coups successifs, selon une logique du fait accompli, dont la laideur, l’impraticité, l’inhospitalité foncière ne font l’objet d’aucun débat, il livre une monographie aussi originale qu’inspirante.
En revenant sur les étapes de la constitution du quartier, en l’inscrivant dans une histoire de l’architecture postmoderne, en évoquant les formes alternatives qu’il aurait pu prendre et les raisons pour lesquelles il ne les a pas prises, Ludovic Lamant lui restitue une contingence salutaire, qui invite à ne plus penser comme des fatalités ni cette architecture ni la politique européenne qui se fabrique en son sein.
Rupture entre les institutions et le peuple
L’architecture des institutions est envisagée, c’est tout le propos de Bruxelles chantiers, comme le produit et le symptôme des errements de la construction européenne, de l’opacité à l’œuvre dans le processus législatif, de la dilution progressive des idéaux démocratiques dans un dogmatisme néolibéral dont l’auteur détaille clairement les rouages. De l’architecture à la politique, et réciproquement, il glisse agilement, pour raconter l’histoire de la rupture entre les institutions et le peuple.
Exemplaire à cet égard, le projet de refonte du rond-point Robert Schuman, dont l’architecte belge Xaveer de...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-10"> ¤ Enfant d’immigré et de Mai 68, ce spécialiste des relations internationales montre, dans son nouvel essai, comment les Etats du Sud bouleversent les priorités des puissances occidentales. Jusqu’à faire des enjeux sociaux la question majeure de notre temps.
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Bertrand Badie dans tous ses états

Enfant d’immigré et de Mai 68, ce spécialiste des relations internationales montre, dans son nouvel essai, comment les Etats du Sud bouleversent les priorités des puissances occidentales. Jusqu’à faire des enjeux sociaux la question majeure de notre temps.



LE MONDE IDEES
 |    26.10.2018 à 09h00
 • Mis à jour le
26.10.2018 à 10h38
    |

            Marc Semo








                        



                                


                            

L’éloge du multilatéralisme et la puissance des faibles, la préser­vation des biens communs de l’humanité et la crise de l’Etat westphalien – issu des traités de Westphalie conclus en 1648, le terme évoque un système international durable de régulation entre Etats… Ces thématiques, qui nourrissent depuis des années la réflexion de Bertrand Badie, sont désormais au cœur du discours public, à commencer par celui du chef de l’Etat, Emmanuel Macron : « Je lui mettrais 18/20 en dissertation mais pas la moyenne en contrôle continu. Sur le multilatéralisme, ses propos sont parfaits, comme par ailleurs le sont ses projets de refondation de l’Europe, mais son problème est celui de la mise en pratique », assure, dans un grand rire, le professeur de l’Institut d’études politiques de Paris.
Il est un pilier de cette prestigieuse école. Ses anciens étudiants sont omniprésents au Quai d’Orsay comme dans les think tanks les plus réputés ou dans les rédactions des grands médias, et certains ont même de hautes responsabilités politiques. Retraité depuis le 1er septembre et désormais professeur émérite, il garde un petit bureau ouvrant sur une cour arborée dans l’un des bâtiments de Sciences Po, boulevard Saint-Germain.
Bertrand Badie a le sens de l’humour. A l’oc­casion, il n’hésite pas à se lancer dans des numéros d’imitation des grands de ce monde qui ravissent ses étudiants. Coutumier des formules qui font mouche, cet universitaire a toujours aimé la provocation et cultivé le décalage. Quand le Sud réinvente le monde. Essai sur la puissance de la faiblesse (La Découverte, 256 p., 14 euros), le nouveau livre publié de cet auteur prolifique, tente de repenser les grands enjeux stratégiques d’aujourd’hui à la lumière de la crise du système westphalien mis en place au XVIIe siècle, après la guerre de Trente Ans, et fondé sur la pleine souveraineté des Etats.
Les « damnés de la terre »
Dans un monde longtemps dominé...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-11"> ¤ Dans sa tribune au « Monde », le professeur André Grimaldi se refuse à interdire ces médicaments, mais pense qu’il faut en faire supporter les coûts par les utilisateurs ou par le biais d’assurances privées dites « complémentaires ».
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Homéopathie: « Le placebo est efficace sur certains symptômes »

Dans sa tribune au « Monde », le professeur André Grimaldi se refuse à interdire ces médicaments, mais pense qu’il faut en faire supporter les coûts par les utilisateurs ou par le biais d’assurances privées dites « complémentaires ».



LE MONDE IDEES
 |    26.10.2018 à 09h00
 • Mis à jour le
26.10.2018 à 10h25
    |

André Grimaldi (Professeur émérite au CHU Pitié-Salpêtrière, à Paris)







                        



                                


                            

Tribune. Faut-il rembourser l’homéopathie ? Débat secondaire disent certains, car cela ne représente que de 100 à 200 millions d’euros par an. Et puis : « si cela ne fait pas de bien, au moins cela ne fait pas de mal ! » Et c’est de l’emploi sur le territoire national. Le déremboursement pourrait inciter à consommer des médicaments beaucoup plus chers. Sans compter le mécontentement des utilisateurs qui sont autant d’électeurs.
Toutes bonnes raisons pour continuer à rembourser un « médicament » par ailleurs dispensé de toute étude visant à démontrer son efficacité et sa tolérance avant sa mise sur le marché. Ce faisant, les autorités de santé estiment implicitement que l’effet du médicament homéopathique ne relèverait que de l’effet placebo.
En somme, soigner le mal non pas par le mal mais par le souvenir du mal que conserveraient les très hautes dilutions
Cependant, la ministre de la santé, Agnès Buzyn, a demandé à la Haute Autorité de santé (HAS) d’évaluer l’efficacité des médicaments homéopathiques. Mais évaluer par rapport à quoi ? Par rapport à un placebo en apparence semblable au médicament testé, mais ne contenant aucune substance biologiquement active. Le serpent se mord la queue. On connaît le résultat, qui sera récusé par les homéopathes puisque leur médicament prétend agir par la simple « mémoire de l’eau » ayant eu contact avec des substances actives susceptibles de reproduire les symptômes du malade.
En somme, soigner le mal non pas par le mal mais par le souvenir du mal que conserveraient les très hautes dilutions. De plus, les essais devraient être réalisés en double aveugle avec des séquences alternant, de façon aléatoire, chez le même malade, le médicament homéopathique et le placebo, car la force de conviction principale de l’homéopathe, c’est qu’il prétend individualiser sa prescription. A chaque personne son médicament. Reste que le placebo est efficace sur certains symptômes (douleurs, fatigue, troubles...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-12"> ¤ Afin d’assurer la survie du cinéma français face à l’hégémonie américaine, le patron de Canal+ se prononce, dans une tribune au « Monde », en faveur d’un sursaut collectif du secteur pour « réinventer un écosystème » commun.
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Maxime Saada : « Il faut préserver l’exception culturelle française »

Afin d’assurer la survie du cinéma français face à l’hégémonie américaine, le patron de Canal+ se prononce, dans une tribune au « Monde », en faveur d’un sursaut collectif du secteur pour « réinventer un écosystème » commun.



LE MONDE ECONOMIE
 |    26.10.2018 à 07h00
 • Mis à jour le
26.10.2018 à 10h15
    |

Maxime Saada (Président du directoire de Canal+)







                        



                                


                            
Tribune. « Quand nous gagnons un Golden Globe, cela nous aide à vendre plus de chaussures. » Voilà comment Jeff Bezos, le PDG d’Amazon, considère les œuvres qu’il produit et distribue sur son service de vidéo à la demande, Amazon Prime Video. La culture s’y réduit non à un supplément d’âme, mais à un instrument utilisé à des fins essentiellement marchandes.
Telle n’est pas, en France, notre conception de la culture. Bien au contraire, les pouvoirs publics, les auteurs, les créateurs, les producteurs et les groupes audiovisuels de notre pays n’ont cessé de se battre avec constance pour faire reconnaître un principe d’exception culturelle, dont la France, par son rayonnement historique et artistique, s’est toujours érigée en garant universel. C’est ce qui explique la vitalité du cinéma français, seul cinéma qui en Europe a su pleinement perdurer jusqu’à présent face à l’hégémonie du soft power culturel des Etats-Unis.
Les blockbusters de superhéros colonisent l’imaginaire mondial au profit d’un cinéma de spectacle destiné en priorité aux adolescents
Pourtant, cette singularité française sur la carte du monde cinématographique est confrontée aujourd’hui au défi le plus important de son histoire.
D’abord du fait de la révolution digitale, qui a favorisé l’entrée par effraction dans l’industrie audiovisuelle et cinématographique d’acteurs globalisés venus du numérique, dotés d’une force de frappe financière sans commune mesure avec celle des groupes nationaux en Europe.
Ensuite parce que les majors hollywoodiennes, voyant leur suprématie fragilisée par les 135 millions d’abonnés et 8 milliards de dollars (7 milliards d’euros) d’investissement dans les contenus de Netflix, sont entrées dans une logique défensive d’hyperconcentration, comme en témoigne le rachat de 21st Century Fox par Disney.
Le résultat de ces deux dynamiques est d’ores et déjà visible : nous sommes entrés dans une ère d’hyperoffre...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-13"> ¤ Les milliards investis dans les équipement de l’Etat ou l’offre numérique croissante n’y font rien : ce sont surtout les milieux aisés et cultivés qui en profitent.
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Article sélectionné dans La Matinale du 25/10/2018
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« La thèse du ruissellement, selon laquelle plus l’offre culturelle sera riche, plus elle sera partagée par tous est illusoire »

Les milliards investis dans les équipement de l’Etat ou l’offre numérique croissante n’y font rien : ce sont surtout les milieux aisés et cultivés qui en profitent.



LE MONDE
 |    26.10.2018 à 06h37
 • Mis à jour le
26.10.2018 à 09h47
    |

            Michel Guerrin (rédacteur en chef au « Monde »)








                        



                                


                            
Chronique. Olivier Donnat est sociologue au ministère de la culture. Il est un loup dans la bergerie, l’ennemi de l’intérieur, le gars qui casse le moral, fait tomber les illusions. Et les deux études qu’il vient de publier, sur le livre et la musique, ne vont pas arranger sa réputation. Le problème est que ce qu’il écrit depuis trente ans est exact. Ce qu’il a prophétisé s’est vérifié. Ce qu’il annonce est inquiétant.
En spécialiste des pratiques culturelles, il a montré que les milliards investis par l’Etat pour construire musées, opéras, théâtres, salles de spectacle ou bibliothèques, n’ont servi qu’à un Français sur deux – aisé, diplômé, Parisien, issu d’un milieu cultivé. Ceux qui restent à la porte, souvent aux revenus modestes, s’en fichent ou pensent que cette culture axée sur les traditionnels « beaux-arts » est déconnectée de leurs envies.
« L’excellence conduit à privilégier des créations exigeantes auxquelles les personnes les plus éloignées de la culture ne sont pas préparées »
Ce constat, on le lit dans l’enquête sur les pratiques culturelles des Français que le ministère publie tous les dix ans. Olivier Donnat a piloté celles de 1989, 1997 et 2008. La prochaine est pour 2019, qui se fera sans lui – il part à la retraite dans deux mois.
Le fossé se creuse
Elle devrait être tout autant déprimante. Car ce qu’a montré notre sociologue, c’est que le fossé se creuse. La construction frénétique de musées ou de théâtres en trente ans a provoqué une forte augmentation de la fréquentation, mais ce sont les aficionados qui y vont plusieurs fois, tandis que les ouvriers et les jeunes de banlieue y vont moins.
C’est dur à entendre, car l’Etat culturel s’est construit sur l’illusoire thèse du ruissellement : plus l’offre culturelle sera riche, plus elle sera partagée par tous. Aussi le ministère et les créateurs ont longtemps nié cette étude. « Il y a eu des tensions, se souvient Olivier Donnat. J’ai été vu...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-14"> ¤ La nouvelle définition de la société par la loi Pacte reste encore méconnue, selon les professeurs Armand Hatchuel et Blanche Segrestin. Il appartient au système éducatif et universitaire de conduire des bouleversements devenus inévitables.
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« Avec l’article 61 de la loi Pacte, l’entreprise n’est plus réductible à un pur agent économique »

La nouvelle définition de la société par la loi Pacte reste encore méconnue, selon les professeurs Armand Hatchuel et Blanche Segrestin. Il appartient au système éducatif et universitaire de conduire des bouleversements devenus inévitables.



LE MONDE ECONOMIE
 |    26.10.2018 à 06h30
 • Mis à jour le
26.10.2018 à 09h58
    |

Armand Hatchuel et Blanche Segrestin (Professeurs à Mines ParisTech - PSL Université)







                        



                                


                            
Chronique « Entreprises ». L’Assemblée nationale a voté, vendredi 5 octobre, une nouvelle définition de la société et de la responsabilité des entreprises (article 61 de la loi Pacte [Plan d’action pour la croissance et la transformation des entreprises]). Les députés ont suivi, sur ce point, les recommandations du rapport remis au gouvernement, en mars, par Nicole Notat et Jean-Dominique Sénard.
Ces dispositions instaurent une rupture doctrinale profonde : l’entreprise n’est plus réductible à un pur agent économique. Certes, le profit des associés reste une contrainte vitale de l’entreprise, mais il n’est plus sa seule finalité. Le droit stipule désormais que l’entreprise doit prendre sa part de responsabilité dans le développement collectif.

Alors que depuis plus de deux siècles, la société devait – selon le code civil – être « gérée dans l’intérêt commun des associés », le texte actuel de la loi stipule que la « société doit être gérée dans son intérêt social, en prenant en considération les enjeux sociaux et environnementaux de son activité ». Les entreprises sont aussi autorisées à se doter d’une « raison d’être » qui exprime, en dehors du but lucratif, leurs finalités propres.
Enfin, celles qui le souhaitent peuvent devenir « société à mission ». Une société à mission s’engage de manière durable sur des objectifs de nature sociale et environnementale en inscrivant sa raison d’être dans ses statuts, en précisant les missions qui en découlent pour sa gestion, et en se dotant d’un organe chargé de veiller à leur mise en œuvre.
La responsabilité n’est pas la négation de la liberté
Un tel changement doctrinal aurait semblé totalement utopique il y a encore quelques années. Aujourd’hui, il faut se demander à l’inverse comment on a pu considérer que les sociétés ne devaient être gérées que dans l’intérêt des associés. Car c’était oublier que les entreprises façonnent les évolutions...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-15"> ¤ Des hauts fonctionnaires des ministères en charge des questions économiques mettent en garde, dans une tribune au « Monde », contre la baisse du niveau de vie relatif des retraités, qui est pour l’instant inscrite dans la réforme du gouvernement
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Réforme des retraites : « Les interrogations essentielles sont habilement écartées du débat »

Des hauts fonctionnaires des ministères en charge des questions économiques mettent en garde, dans une tribune au « Monde », contre la baisse du niveau de vie relatif des retraités, qui est pour l’instant inscrite dans la réforme du gouvernement



LE MONDE ECONOMIE
 |    26.10.2018 à 06h00
 • Mis à jour le
26.10.2018 à 09h44
    |

                            Collectif








                        



                                


                            

Tribune. Alors que le débat public sur l’avenir des retraites s’ouvre, le gouvernement travaille activement sur son projet de réforme et sa communication est déjà lancée à plein régime : on nous répète que le système actuel est éclaté, injuste et qu’il est urgent de le remplacer par un système universel où, pour chacun, 1 euro cotisé ouvrirait « les mêmes droits ».
Le système unique proposé, encore loin d’être finalisé, prête bien sûr à débat. Et c’est justement le tour de force du gouvernement : cette discussion tend à créer un écran de fumée en focalisant l’attention publique sur les détails pratiques de ces éventuels « comptes notionnels ». En réalité, les principales questions sont ailleurs.
Le diagnostic sur nos retraites et leurs perspectives futures, établi notamment par le Conseil d’orientation des retraites (COR) en novembre 2017, fait pourtant consensus. Tout d’abord, le besoin de financement des retraites est tout à fait maîtrisé : quels que soient les scenarii de croissance future envisagés, les cotisations retraites continueraient à représenter – au maximum – la même part de la richesse nationale qu’aujourd’hui, soit 14 % du produit intérieur brut (PIB) : au maximum, 14 % du PIB en 2035, et 14,5 % en 2070.
Aujourd’hui équivalent à celui des actifs, le niveau de vie des retraités pourrait s’établir à 77 % de celui de l’ensemble de la population en 2070
Problème : dans le même temps, le nombre de retraités devrait considérablement augmenter. D’après l’Insee, les personnes de plus de 65 ans étaient 12 millions en 2014, soit 19 % de la population. En 2035, elles seraient 17 millions, soit 25 % de la population. Le résultat est dangereusement mathématique : si une part fixe de la richesse nationale (14 %) est partagée par une proportion croissante de personnes retraitées, la richesse répartie par personne diminuera nécessairement.
Aujourd’hui équivalent à celui des actifs, le niveau...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-16"> ¤ Pour l’historienne Maud Chirio, spécialiste du Brésil, le favori du second tour de la présidentielle au Brésil considère que la dictature militaire des années de plomb n’est pas allée assez loin en matière de répression.
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Maud Chirio : « Bolsonaro va mettre en place un régime fascisant »

Pour l’historienne Maud Chirio, spécialiste du Brésil, le favori du second tour de la présidentielle au Brésil considère que la dictature militaire des années de plomb n’est pas allée assez loin en matière de répression.



LE MONDE
 |    25.10.2018 à 15h46
 • Mis à jour le
26.10.2018 à 11h00
    |

            Angeline Montoya








                        



   


Maud Chirio est historienne du Brésil et maîtresse de conférence à l’université Paris-Est Marne-la-Vallée. Auteure d’une thèse sur les années de plomb, entre 1964 et 1985, elle explique les liens étroits entre le candidat d’extrême droite à la présidentielle, Jair Bolsonaro, et la dictature militaire, dont il revendique les aspects les plus violents. Elle souligne aussi le danger que représente, pour l’environnement et en particulier pour l’Amazonie, l’arrivée au pouvoir d’un homme qui assure vouloir armer la population et donner libre cours à l’agronégoce.
Quel aspect de la dictature de 1964-1985 Jair Bolsonaro reprend-il à son compte ?
Maud Chirio : Depuis trente ans, il existe un discours de la droite qui reconnaît que des excès ont été commis, tout en minimisant leur gravité. Le discours de Bolsonaro, lui, est bien pire : il regrette que la dictature ne soit pas allée plus loin. Il valorise la répression, les figures de tortionnaires tels que Carlos Alberto Brilhante Ustra, qui, à la tête de l’organisme civil et militaire de Sao Paulo, l’organe le plus meurtrier durant les années de plomb, a été responsable de soixante et onze morts et disparitions, sur les cinq cents causées par la dictature.

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Ustra est devenu une figure du bolsonarisme, une pop star, avec des tee-shirts à son effigie. Bolsonaro ne réinvente pas le mythe d’une dictature douce : il considère au contraire que le problème a été de ne pas tuer trente mille personnes, comme cela a été le cas en Argentine.
Quelles ont été les caractéristiques de la dictature brésilienne ?
Il s’agissait d’un régime similaire, dans son idéologie, ses théories militaires, l’organisation du pouvoir, aux autres dictatures du cône sud de l’Amérique latine [Argentine, Chili, Uruguay, Paraguay]. Elles ont été portées par le même mouvement de protection contre une menace communiste. Les généraux brésiliens ont été parmi les premiers à faire un coup d’Etat et à gouverner en appliquant les techniques contre-insurrectionnelles – guerre psychologique et guérilla –, déjà utilisées par les Français en Algérie et par les Américains au Vietnam. Gouverner, selon cette logique, c’est faire la guerre, et pour cela, les Etats devaient se réformer, se militariser. Ce qui était incompatible avec les logiques libérales et parlementaires.
La dictature brésilienne a cependant été différente des autres dictatures régionales…
Le Brésil a en effet gardé une structure institutionnelle intermédiaire, entre une dictature pure et un régime démocratique. Il a été l’un des seuls pays à conserver un Congrès ouvert, un parti d’opposition, qui n’avait pas voix au chapitre et qui a été épuré, mais qui n’a pas été supprimé, et un système judiciaire en partie indépendant. Cela a permis, par le biais d’habeas corpus décidés par des juges, la libération d’opposants, qui ont pu s’exiler. Le régime militaire brésilien a massivement emprisonné, épuré et torturé, mais l’ambiguïté du système a protégé l’opposition d’un anéantissement, au contraire du Chili (trois mille morts ou disparus) et surtout de l’Argentine.
Par ailleurs, le processus de transition démocratique a été négocié et organisé avec les militaires, qui ont promulgué une loi d’amnistie en 1979, qui n’a pas été remise en cause, à la différence de l’Argentine [qui l’a abolie en 2003, permettant l’ouverture de procès]. Les militaires brésiliens ont donc poursuivi leur carrière, sans condamnation judiciaire ou publique, devenant professeurs des académies militaire et de police militaire, qui continuent de réprimer aujourd’hui avec une extrême violence la criminalité urbaine.
On s’étonne que la revendication de la dictature par Bolsonaro ne choque pas plus que cela au Brésil…
Le processus de transition mémorielle ne s’est pas appuyé sur un récit négatif à l’égard de la junte. La Commission des morts et disparus, en 1995, et la Commission d’amnistie, en 2001, visaient l’indemnisation et la reconnaissance du statut de victime, sans désigner de responsables. C’est la Commission de la vérité, en 2012-2014, très récemment donc, qui, à l’initiative de l’exécutif fédéral, a dit : « L’Etat est responsable, voici la liste des responsables, c’étaient des crimes contre les droits humains, les victimes sont des victimes de ces personnes-là », mais sans que ce soit accompagné d’une quelconque perspective judiciaire. Et pourtant, cette rupture a été perçue dans les milieux militaires ou très à droite comme trop revancharde.

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Les historiens parlent de « transition incomplète ». Au retour de la démocratie, on ne parlait pas du passé. Le débat public, à la fin des années 1980, c’est la Constitution, les droits sociaux, l’économie, la stabilité monétaire, les changements de monnaie. En Europe ou en France, on a construit un discours, avec certes quelques mythes, pour condamner la collaboration, le nazisme, et fonder un consensus autour de l’idée que la torture, les exécutions politiques, sont condamnables. Pas au Brésil.
Les choses auraient-elles été différentes avec un travail de mémoire ?
Cet effort aurait pu être un garde-fou. Le phénomène Bolsonaro est celui d’un endoctrinement, d’une réinvention d’un récit public sur des éléments en partie imaginaires, pensés par des cabinets de production marketing : le communisme, qui serait encore le grand ennemi du Brésil, le Venezuela, et surtout le Parti des travailleurs (PT), qui serait l’organisateur de l’unification communiste du continent et des antichrétiens qui veulent, selon lui, sexualiser les enfants dès l’école…
Une partie des électeurs n’ont donc pas été choqués par l’inclusion, dans ce discours, de la dictature présentée comme un âge d’or, pendant lequel, leur explique-t-on, le communisme avait été éliminé, l’ordre régnait, les politiciens corrompus ont été écartés… Une vision évidemment éloignée de la réalité : le régime militaire était particulièrement corrompu, et c’est justement sous le pouvoir militaire que la violence urbaine a explosé !
Mais Bolsonaro n’est pas une résurgence du passé, il est porté par des mouvements bien actuels, et par un discours de discrédit du politique, en raison des affaires de corruption. Ce discrédit a été utilisé par les médias comme l’unique lecture possible de l’action publique — un discours produit, à l’origine par la droite, pour chasser le PT du pouvoir. Finalement, les gens ont rejeté le PT, et la droite républicaine avec.
On dit de Jair Bolsonaro qu’il est un « Trump tropical ». Que pensez-vous de la comparaison ?
Trump est plus modéré, il n’appelle pas à la violence ou à l’extermination des démocrates, comme le fait Bolsonaro. Il s’inscrit dans le cadre d’une république aux institutions démocratiques solides. Je suis en revanche très inquiète pour la démocratie brésilienne. L’Europe prend conscience de ce risque très tard, car nous sommes tous portés par la conviction qu’on ne peut pas vraiment sortir de la démocratie. Or, plus on s’insensibilise à des droites radicales, plus celles-ci s’émancipent du processus démocratique. On ne s’y est pas préparés.
L’idéal de Bolsonaro, c’est un pouvoir autoritaire qui violente son opposition, quitte à l’anéantir. Il a dit en meeting qu’il fusillerait les membres du PT, qu’il pousserait les « rouges » à l’exil ou en prison. Il considère que les droits humains n’ont pas leur place, que c’est une invention communiste et de l’ONU – qu’il veut quitter une fois au pouvoir. Il n’a pas de parti pour le modérer, il n’est conseillé que par de plus extrémistes que lui.
Si Bolsonaro accédait au pouvoir, quels seraient les garde-fous ?
Le Congrès a été pulvérisé. Le plus gros groupe parlementaire reste le PT, mais il n’a que cinquante députés sur cinq cents. Derrière, c’est le parti de Bolsonaro. Chacun a 10 % des voix. Des alliances vont donc être nécessaires pour voter des lois. Sauf s’il gouverne par décrets présidentiels, qui doivent être validés par le Tribunal suprême fédéral. Or, Bolsonaro a prévu de doubler le nombre de juges pour que les éventuels dissidents soient mis en minorité et que les cours supérieures ne fassent pas obstacle.
Je ne crois plus non plus que la justice sera garante de l’Etat de droit. Même si toute une partie de l’appareil judiciaire est hostile au fait de retomber dans un régime autoritaire et répressif, comme l’a montré un manifeste le 15 octobre par mille juristes, les cours supérieures ont acquiescé à l’idée d’un nouveau régime, par adhésion ou, déjà, par peur. Un des fils de Bolsonaro, député fédéral, a dit qu’il suffirait « d’un caporal et d’un soldat » pour fermer la Cour suprême.
Le Tribunal électoral est en état de mort clinique : quelles que soient les accusations de malversation, les éloges de la torture ou les annonces que Bolsonaro exilera ou tuera ses opposants, il continue sa campagne sans être inquiété. Il annonce le régime fascisant qu’il mettra en place : une extrême droite qui s’appuie sur une mobilisation populaire, appelle à la violence politique pour détruire son opposition et se fonde sur un dégagisme radical.
Bolsonaro a une pensée politique encore plus à droite que celle qui avait porté le régime militaire de 1964, plus uniforme, plus disposée à la violence, sans compromis avec les institutions démocratiques. Je pense qu’on a un potentiel pour quelque chose de beaucoup plus meurtrier encore que la dictature militaire.
Un tel régime peut-il tenir ?
Cela dépend du niveau de répression. Il y aura sûrement une insatisfaction populaire. Bolsonaro est soutenu par les « trois B » : « bœuf » (les propriétaires terriens et l’agrobusiness), « Bible » (les évangéliques) et « balles » (les partisans du port d’arme). Les pouvoirs économiques et financiers sont tous derrière lui. Mais certains régimes fascistes tombent parce que, rapidement, les gens ne sont pas contents. Or, le programme économique de Bolsonaro est une révolution néolibérale.
Il a prévu de vendre l’Etat intégralement, toutes les terres, les propriétés, les entreprises publiques. Il veut supprimer le code du travail, le salaire minimal, les congés hebdomadaires. Je ne sais pas si les Brésiliens ont bien cela en tête aujourd’hui. Ceux qui prétendent voter pour lui se disent qu’enfin, ça va nettoyer, que tout va changer. Il y a l’idée d’une révolution bolsonariste. Ils espèrent que la criminalité va disparaître et qu’ils vont trouver un travail : ils seront déçus et se repolitiseront peut-être dans l’opposition. Mais combien mourront sur le chemin ? Quelle sera la destruction environnementale ? Bolsonaro a prévu de laisser le lobby du bois vivre sa vie. Ce sera un désastre pour l’Amazonie, elle peut disparaître en dix ans.
Une des seules promesses claires de Bolsonaro, c’est l’armement des populations et la protection de la propriété rurale et urbaine. Or, des centaines de milliers de Brésiliens occupent et cultivent des terres depuis parfois cinq générations. Il arrive que des « sans-terre » soient tués par les hommes de main de grands propriétaires officiels. Quand le pouvoir dira : « On peut autoriser les armes à feu dans un cadre privé pour protéger sa propriété », qu’arrivera-t-il à tous ces gens ? On pourra les abattre avec des mitraillettes.

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Sur la situation politique et économique du pays
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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-17"> ¤ A l’extrême droite comme à l’extrême gauche, chez les hipsters comme chez les bourgeois, on porte volontiers ses convictions sur soi. Plongée dans un dressing rempli de significations idéologiques.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-17"> ¤                 En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez notre  Politique de confidentialité  et l’utilisation de cookies pour vous proposer des contenus et services adaptés à vos centres d’intérêts.  En savoir plus et gérer ces paramètres.   Fermer la bannière d’avertissement sur les cookies              Navigation       Le Monde - retour à la une        Se connecterSe connecter  S’abonner                     À la une   En continu   Actualités    En ce moment    Italie    Donald Trump    Brexit    Arabie saoudite    Brésil    Climat    Immigration en Europe    Les décodeurs    Harcèlement sexuel    Toute l’actualité en continu     Actualités    International   Politique   Société   Les Décodeurs   Sport   Planète   Sciences   M Campus   Le Monde Afrique   Pixels   Médias   Santé   Big Browser   Disparitions         Économie      Économie   Économie mondiale   Économie française   Emploi   Argent & placements   Tribunes éco   Smart cities                      Économie  Le drôle de calcul du malus écologique automobile                    Économie  A Berlin, le mouvement « Fuck off Google » plus fort que Google                    Chronique   Article réservé à nos abonnés Lithium : « Un cartel est né et sa puissance promet d’être considérable dans les décennies à venir »   Philippe Escande                      Tribune   Article réservé à nos abonnés Maxime Saada : « Il faut préserver l’exception culturelle française »   Maxime Saada Président du directoire de Canal+              Vidéos      Vidéos   Les explications   Les séries                      12:06     Afrique  Génocide au Rwanda : quel rôle a exactement joué la France ?                    04:23     Europe  Comment l'Arabie saoudite a reconnu sa responsabilité dans le meurtre de Khashoggi                    03:32     Sciences  Les voitures autonomes doivent-elles tuer un vieillard pour sauver un enfant ?                    05:42     Planète  Changement d’heure : une mesure inutile ?             Opinions      Opinions   Editoriaux   Chroniques   Analyses   Tribunes   Blogs                      Chronique   Article réservé à nos abonnés « La thèse selon laquelle plus l’offre culturelle sera riche, plus elle sera partagée par tous est illusoire »   Michel Guerrin rédacteur en chef au « Monde »                     Tribune   Article réservé à nos abonnés Maxime Saada : « Il faut préserver l’exception culturelle française »   Maxime Saada Président du directoire de Canal+                     Chronique   Article réservé à nos abonnés « Tim Cook est un défricheur qui tente de se concilier les bonnes grâces des indigènes »   Philippe Escande                      Éditorial  Achat d’avions F-35 américains par la Belgique : un camouflet pour la défense européenne             Culture      Culture   Cinéma   Télévision   Livres   Musiques   Arts   Scènes                      Cinéma  « Jean-Christophe &amp; Winnie » : un vent d’inquiétude sur la forêt des rêves bleus                    Livres  Le grand prix du roman de l’Académie française décerné à Camille Pascal                    Télévisions & Radio  Télévision : « Bully », regard de voyeur sur dérive adolescente                    Télévisions & Radio  « Bodyguard » : thriller sur l’arrière-cuisine politique             M le mag      M le Mag   L'actu   L'époque   Le style   Gastronomie   Voyage   Mode   Les Recettes du Monde                      Les recettes du Monde  Pâtes à la carbonara : la « vraie » recette de Tommaso Melilli                    Actu   Article réservé à nos abonnés Adèle Haenel, le jeu sacré                    L'époque   Article réservé à nos abonnés S’aimer comme on se quitte : « J’ai tout raconté à mon mari »                    Les recettes du Monde  Le lapin au lardo : la recette d’Alessio Luccheti             Services    Services   Guides d'achat   Codes Promo   Formation professionnelle   Cours d'anglais   Cours d'orthographe et grammaire   Conjugaison   Dictionnaire de citations   Annonces auto   Annonces immo   Jardinage   Jeux   Paroles de chansons       Suppléments partenaires  Les clés de demain Les métiers de demain Avenir numérique Croisières d'exploration    Services Le Monde  Évènements abonnés Le Monde Festival Boutique Le Monde Newsletters   Decodex Données du Monde Le Club de l'économie         Recherche                         

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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-18"> ¤ Les codes vestimentaires dépassent les frontières nationales : la nouvelle extrême droite, partout où elle est implantée, est consciente de l’impact visuel du costume dans lequel elle apparaît.
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Les nouveaux habits de l’extrême droite

Les codes vestimentaires dépassent les frontières nationales : la nouvelle extrême droite, partout où elle est implantée, est consciente de l’impact visuel du costume dans lequel elle apparaît.



LE MONDE IDEES
 |    25.10.2018 à 13h00
 • Mis à jour le
25.10.2018 à 17h17
    |

            Marc-Olivier Bherer








                        



                                


                            

C’est en marge d’une vente privée organisée, à Paris, par la marque Fred Perry que Clément Méric, un militant d’extrême gauche, a été tué en juin 2013. Une rixe a éclaté entre deux groupes rivaux, antifascistes et skinheads, venus chacun parfaire leur look. Deux des trois accusés dans cette affaire ont été condamnés, le 14 septembre, à de lourdes peines de prison. Leur procès a rappelé ce que ce meurtre a de tristement absurde. Clément Méric serait toujours en vie si ces deux groupes que tout oppose, sauf un goût commun pour une même marque, n’avaient été poussés par le même désir d’acquérir un polo Fred Perry.
Manches courtes et col fermé par des boutons, ce vêtement est devenu l’une des pièces les plus convoitées des vestiaires antifasciste et d’extrême droite. « Historiquement, les mods anglais des années 1960 [un mouvement culturel de la jeunesse londonienne] revendiquaient une fierté ouvrière en portant les vêtements de l’élite, notamment celle qui jouait au tennis en Fred Perry, explique Samuel Bouron, maître de conférences en sociologie à Paris-Dauphine et chercheur à l’Institut de recherche interdisciplinaire en sciences sociales. De cette matrice mods émerge le mouvement skinhead, qui était au départ apolitique, avant de se séparer en deux camps opposés : redskins antifascistes et boneheads d’extrême droite. Leur trajectoire politique diverge et ne peut pas être mise en équivalence, mais ces mouvements expriment tous les deux une quête de respectabilité qui passe entre autres par les habits. »
Réflexe viriliste
Par la suite, le mouvement skinhead a investi d’un sens particulier le polo Fred Perry en accordant une symbolique nouvelle à ce vêtement, précise Cynthia Miller-Idriss, professeure de sociologie à la American University (Washington, DC) et spécialiste de l’extrême droite : « Trois fines lignes, noires, rouges et blanches décorent le col de certains modèles. Les skinheads y ont trouvé un moyen d’évoquer...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-19"> ¤ D’un côté, les tenants d’un nouveau vestiaire qui revendique un héritage à remettre à la mode ; de l’autre, des stratèges qui adoptent un nouveau look afin d’éviter tout particularisme.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-19"> ¤                     
                                                   
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La flanelle aimée des bobos, le tweed honni des cathos

D’un côté, les tenants d’un nouveau vestiaire qui revendique un héritage à remettre à la mode ; de l’autre, des stratèges qui adoptent un nouveau look afin d’éviter tout particularisme.



LE MONDE IDEES
 |    25.10.2018 à 13h00
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            Marc-Olivier Bherer








                        



                                


                            
Deux figures ont marqué le tournant du siècle car elles incarnaient une utopie libérale et l’espoir d’un dépassement des antagonismes de classe. En habitant les quartiers populaires, et en adoptant un style emprunté au vestiaire ouvrier, bobos et hipsters, issus des classes moyennes et « créatives », se présentaient comme des médiateurs entre le haut et le bas de l’échelle sociale. Une esthétique accompagna ce projet et prit le toucher d’une étoffe bien précise : la flanelle. « Pour les bobos, rugosité signifie authenticité et vertu », c’est pourquoi « leurs chemises sont en flanelle et non en soie », explique David Brooks, chroniqueur conservateur au New York Times, dans un essai de « pop sociologie » qui lança le terme « bobo » (Les Bobos, Florent Massot, 2000). Les hipsters, apparus par la suite, partagent ce même goût pour la flanelle. Leur panoplie de bûcheron mondain, arborant une barbe fleurie et finement taillée, aurait été incomplète sans la chemise à carreaux faite de ce même tissu.
« Pure tradition »
La flanelle ne s’est pas démodée depuis. La chemise tartan est aujourd’hui considérée comme un « basique » de toute garde-robe bien faite. De même, voit-on par exemple la maison Asphalte, une marque proposée en ligne avec l’ambition d’offrir des vêtements qui durent, s’enorgueillir de la qualité de la flanelle qu’elle utilise. Produite en Autriche, elle « respecte la plus pure tradition du tissage de la laine », claironne le site de la maison.
Cette modernité un brin nostalgique s’inscrit dans une tendance que l’on observe de manière plus générale dans le vêtement pour homme depuis une dizaine d’années. « Ce nouveau vestiaire revendique un héritage qu’il entend remettre à la mode. Les marques expliquent au consommateur avoir finement sélectionné chaque élément des pièces proposées. Ainsi son apparence permet au client de s’afficher comme membre d’un groupe sélect de gens capables d’apprécier la...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-20"> ¤ Alexandre Bompard, PDG de Carrefour, était l’invité du Club de l’économie du « Monde » mercredi 24 octobre. Il plaide pour la constitution de grands groupes industriels dans le secteur de la distribution en France, seul pays où six concurrents font chacun plus de 10 % du marché.
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Alexandre Bompard, PDG de Carrefour : « Le marché de la distribution est très peu concentré en France »

Alexandre Bompard, PDG de Carrefour, était l’invité du Club de l’économie du « Monde » mercredi 24 octobre. Il plaide pour la constitution de grands groupes industriels dans le secteur de la distribution en France, seul pays où six concurrents font chacun plus de 10 % du marché.



LE MONDE ECONOMIE
 |    25.10.2018 à 12h18
 • Mis à jour le
25.10.2018 à 14h46
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            Philippe Escande et 
Stéphane Lauer








                        



   


Transformation numérique, changement des comportements du consommateur, consolidation du marché… le patron de Carrefour revient sur les grands défis que doit relever le groupe qu’il dirige.
Vous vous êtes fixé pour ambition de conduire une transformation ample, profonde et rythmée de Carrefour. Où en êtes-vous, dix mois après l’annonce de ces objectifs ?
Ce groupe a été percuté de plein fouet par la révolution digitale et le changement de comportement des clients. Le consommateur a repris le contrôle, fractionne sa consommation, fréquente les coopératives, veut à la fois du local et la multitude de l’e-commerce. Il a aboli les contraintes de temps et d’espace. C’est une révolution absolue, l’inverse de la manière dont ce groupe a été construit : remplir l’hypermarché de produits à prix bas par la standardisation et les économies d’échelle.
Attaqué par Amazon et Alibaba, nous devons articuler le physique et le digital, orienter nos entreprises, nos fonctionnements, nos cadres supérieurs vers davantage d’agilité et de diversité. L’évolution est déjà formidable. Le groupe se transforme dans ses organisations, ses priorités, ses partenariats et la construction du modèle de demain.
Vous avez nommé l’ex-PDG de Boursorama, Marie Cheval, pour piloter le chantier numérique. Au bout d’un an, elle quitte son poste pour prendre la responsabilité de la branche hypermarchés. Pourquoi ?
Au bout d’un an, je constate que la transformation du cœur du « réacteur » chez nous, l’hypermarché, impose de repenser son rôle. Ce ne doit pas seulement être un magasin, mais aussi un lieu d’e-commerce, où l’on prépare et retire les commandes. Nous avons besoin de profils venant du monde numérique pour transformer l’hypermarché. Nous avons plein de savoir-faire en interne, mais il nous paraît indispensable d’introduire d’autres talents pour les diriger, ce qui a conduit au mouvement de Marie Cheval.
Y a-t-il une recette pour faire face à la « déferlante » Amazon ?
Nous sommes partis des magasins pour donner priorité aux investissements, en consacrant 2,8 milliards d’euros à la transformation numérique. L’e-commerce est une activité industrielle. Nous menons une bataille de logisticiens, ce qui suppose de créer des plates-formes performantes. La logistique de Carrefour livrait les magasins dans des grandes palettes alors qu’il faut les éclater entre « drive », magasin et livraison à domicile. Nous devons offrir toutes les solutions à nos clients dans nos 12 000 magasins. Et arrêter de tout faire seul. Nous avons développé des partenariats technologiques avec Google, Tencent en Chine et Sapiens en France. Ces entreprises nous aident à faire cette transformation, car elles sont meilleures sur le paiement mobile, l’intelligence artificielle, le traitement de la donnée, et ne cherchent pas à faire notre métier. Elles sont nos accélérateurs de particules.
Nous sommes en croissance de 30 % au dernier trimestre. Mais sur l’e-commerce alimentaire, nous ne sommes pas du tout au niveau de notre part de marché physique. En ce qui concerne le non-alimentaire, je ne pense pas que nous puissions gagner cette bataille aujourd’hui.
Coincé entre Leclerc et Monoprix, Carrefour n’a-t-il pas un problème d’identité ?
Carrefour a accompagné la démocratisation de la consommation, avec de la qualité. C’était la création des filières qualité, ce lien avec les producteurs. Avec notre internationalisation, nous avons oublié ces combats. C’est la raison pour laquelle nous avons décidé, l’année dernière, de nous lancer dans la transition alimentaire pour tous. Il faut que ce groupe retrouve le combat qui est le sien. Comme il a démocratisé la consommation, il y a trente ans, il doit démocratiser le manger bien, le manger sain, la qualité nutritive.
La concentration du secteur de la distribution est-elle indispensable pour répondre à tous ces nouveaux défis ?
Le marché de la distribution en France est incroyablement concurrentiel et peu concentré. Il n’y a pas d’autre pays avec six concurrents faisant chacun plus de 10 % du marché. Aux Etats-Unis, pays pourtant beaucoup plus vaste, Walmart fait face à deux concurrents, nettement plus petits que lui, et à des chaînes régionales. La France a besoin de grands groupes industriels dans ce secteur, notamment parce que nous sommes à l’appui des filières agricole et industrielle de l’agroalimentaire.
Il est donc important que les autorités de la concurrence intègrent ce monde qui est en train de changer et où le consommateur a tout le temps le choix. On ne peut plus raisonner sur ces sujets comme il y a dix ans, quand on pensait parts de marché local et rue par rue. C’est ce qu’elles ont compris quand j’étais à la tête de la Fnac, en autorisant l’acquisition de Darty.
Avez-vous discuté avec le patron de Casino, Jean-Charles Naouri, dans cet objectif ?
Nous sommes deux acteurs importants de cette industrie. Nous sous sommes déjà rencontrés, comme je l’ai fait avec Michel-Edouard Leclerc et d’autres, et nous nous rencontrerons. Ma responsabilité est de voir où doit être ce groupe dans cinq ans. Donc, je vois les personnes avec lesquelles je dois dialoguer sur ces sujets.



                            


                        

                        

