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<filname="SURF-0,2-3236,1-0,0-1"> ¤ Au lendemain d’envois d’engins explosifs artisanaux à plusieurs personnalités démocrates et à CNN, la presse américaine met en cause la « responsabilité » du président.
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Colis piégés : la presse américaine accuse la « violence rhétorique » de Donald Trump

Au lendemain d’envois d’engins explosifs artisanaux à plusieurs personnalités démocrates et à CNN, la presse américaine met en cause la « responsabilité » du président.



LE MONDE
 |    25.10.2018 à 19h23
 • Mis à jour le
25.10.2018 à 19h30
    |

            Pierre Bouvier








                        



   


En pleine campagne électorale pour les élections de mi-mandat du 6 novembre, plusieurs colis piégés contenant des engins explosifs artisanaux ont été découverts, entre lundi 22 et jeudi 25 octobre. Leur point commun ? Ils s’adressaient à Barack Obama, à son ancien vice-président Joe Biden, à l’ancienne candidate Hillary Clinton, au milliardaire George Soros, à l’acteur Robert de Niro, à des élus démocrates et la chaîne CNN, qui toutes et tous incarnent l’opposition à Donald Trump.

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Dès le lendemain, la presse américaine consacrait ses « unes » à cet épisode. Le site d’information politique Axios le résume d’un rapprochement historique saisissant : les Etats-Unis se retrouvent au « milieu de la plus grande campagne de terrorisme par voix postale depuis 2001, menaçant d’éclipser Unabomber », le surnom de Theodore Kaczynski, qui avait terrorisé l’Amérique avec ses colis piégés entre la fin des années 1970 et le milieu des années 1980.

Photos of the bomb and package sent to CNN https://t.co/nBq3ArtChJ— Acosta (@Jim Acosta)


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Une grande partie de la presse américaine désigne un coupable : Donald Trump. Le Washington Post résume ainsi la situation d’une phrase lapidaire : « Dans une rhétorique incendiaire, les personnes ciblées par les mots de Trump deviennent des cibles de bombes. » Le quotidien rappelle qu’au cours des derniers jours, le président Donald Trump a comparé les démocrates au « mal », les qualifiant de « trop dangereux pour gouverner ».
Le président américain s’est ainsi attaqué à une élue de la Chambre des représentants, Maxine Waters, la qualifiant de débile (« individu à faible QI »). Il a également violemment critiqué l’ancien directeur de la CIA John Brennan et le financier milliardaire George Soros. Enfin, il a qualifié les médias d’« ennemis du peuple », et les reportages de CNN de « fausses nouvelles ». Cette semaine, « les cibles de la rhétorique de Trump sont devenues les cibles d’une violence réelle », martèle le quotidien.
« La découverte de bombes artisanales ciblant d’éminents politiciens démocrates et CNN fait peser une menace de violence en période électorale jusqu’alors inconnue aux Etats-Unis et repose la question de la rhétorique au vitriol des dirigeants politiques », rebondit l’agence AP.
Diabolisation des opposants
CNN s’interroge : « Dès les premières bombes, le débat sur le rôle de la violence dans le discours politique a commencé. Mais ce débat a commencé depuis un bon moment, comme en témoigne l’éloge qu’a fait le président Trump » de Greg Gianforte. Dans le Montana, ce candidat républicain avait molesté un journaliste du Guardian, ne supportant pas qu’il lui pose une question avec insistance. M. Gianforte avait été condamné à six mois de prison avec sursis et quarante heures de travaux d’intérêt public.
Dans le New York Times, c’est Alexander Soros, le fils de George Soros qui tire le signal d’alarme. Il rappelle son histoire familiale, son père grandissant sous la menace nazie, puis communiste, avant de fuir vers les Etats-Unis. « Les bombes (…) sont le résultat de la diabolisation des opposants dans la politique ».
Alexander Soros met lui aussi directement en cause Donald Trump : « Des suprémacistes blancs, des antisémites comme David Duke ont soutenu sa campagne. » Il évoque notamment le dernier clip de campagne M. Trump, le 4 novembre 2016, aux relents antisémites : « Il a libéré un [mauvais] génie [de l’antisémitisme] qui ne sera pas facilement remis à sa place, et pas qu’aux Etats-Unis. »
Donald Trump s’est empressé de dénoncer ces envois de colis piégés. « Dans des moments comme celui-ci, nous devons nous rassembler », a-t-il déclaré depuis la Maison Blanche. « Les actes et les menaces de violence politique, de quelque nature que ce soit, n’ont pas leur place aux Etats-Unis. Nous sommes très en colère », a-t-il ajouté, promettant de « faire toute la lumière » sur cette affaire.
Si le New Yorker note que la condamnation par Donald Trump de ces envois est la bienvenue, il rappelle au président ses déclarations passées, insistant sur le fait que la frontière entre l’incitation et la violence politique est ténue. « A moins que Trump n’y donne suite en changeant de comportement, ses paroles resteront vides de sens. Va-t-il maintenant cesser ses attaques contre les médias ? », s’interroge le magazine.
Pompier pyromane
Politico rappelle le passé de pompier pyromane du président qui avait laissé entendre, en août 2016, que les « défenseurs du second amendement » pourraient prendre les choses en main si Hillary Clinton venait à remporter les élections. Un an plus tard, il avait tweeté une vidéo de lui-même s’attaquant à un homme avec un logo CNN superposé sur son visage, sous le hashtag #FraudNewsCNN.

#FraudNewsCNN #FNN https://t.co/WYUnHjjUjg— realDonaldTrump (@Donald J. Trump)


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Jeudi 20 octobre, au lendemain de ses phrases d’apaisement, le président n’a pas manqué de rechuter sur son compte Twitter : « Une grande partie de la colère que l’on voit aujourd’hui dans notre société est provoquée par les informations délibérément fausses et inexactes des médias traditionnels, que je qualifie de fake news. C’est devenu si négatif et haineux qu’il n’y a plus de mots pour les décrire. Les médias traditionnels doivent changer d’attitude, VITE ! »
Après la découverte des premiers envois, républicains et démocrates ont fait front commun : Steve Scalise, député pour la Louisiane à la Chambre des représentants, blessé par balle en juin 2017, a tweeté : « La violence et la terreur n’ont pas droit de cité dans notre vie politique, ni ailleurs dans notre société. » Même Eric Trump, le fils du président, généralement pugnace sur Twitter, s’est fendu d’un message condamnant ces envois.
Théories complotistes
D’autres partisans du président n’hésitent pas à agiter la théorie du complot. Rush Limbaugh, le porte-parole radiophonique de la droite américaine, évoque à sa façon la « surprise d’octobre » censée bouleverser le cours de l’élection, rapporte le Daily Beast. L’animateur de radio a suggéré que ces envois avaient un « but » politique, soulignant « cela se passe en octobre. Il y a une raison à cela ». Poursuivant dans sa logique, Rush Limbaugh a tranché : « Les républicains ne font pas ce genre de chose… »
Ces rumeurs trouvent tout naturellement un écho sur les sites d’extrême droite : « Ces soi-disant “envois suspects” arrivent à point nommé avant les élections de mi-mandat », a ainsi tweeté Jacob Wohl, un des contributeurs du site d’extrême droite The Gateway Pundit.
Michael Flynn Jr, le fils de Michael Flynn, ancien conseiller à la sécurité nationale de Donald Trump et personnage actif derrière le « pizzagate » – délire viral autour d’un réseau pédophile qui aurait été dirigé par des proches d’Hillary Clinton dans une pizzeria de Washington – s’est lui aussi interrogé, à grand renfort de sous-entendus, sur le rapport entre ces envois et les élections de mi-mandat.
Ce sont certes des figures de l’extrême droite, mais elles sont loin d’être marginales. Rush Limbaugh a un public nombreux et le président Donald Trump en a été l’invité, le 1er août, tandis que Michael Flynn Jr. a été membre de l’équipe de transition entre l’administration Obama et l’administration Trump.




                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3236,1-0,0-2"> ¤ Le banquier d’affaires, coactionnaire majoritaire du journal, avait annoncé le 17 octobre être entré en négociations exclusives avec l’industriel tchèque.
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« Le Monde » : Pigasse cède 49 % de ses parts à Kretinsky, le pôle d’indépendance obtient un droit de veto

Le banquier d’affaires, coactionnaire majoritaire du journal, avait annoncé le 17 octobre être entré en négociations exclusives avec l’industriel tchèque.



LE MONDE
 |    25.10.2018 à 14h42
 • Mis à jour le
25.10.2018 à 19h49
    |

            Alexandre Piquard








                        



   


Matthieu Pigasse a d’ores et déjà, « il y a quelques jours », vendu à l’homme d’affaires tchèque Daniel Kretinsky 49 % de ses parts dans Le Nouveau Monde, la société qui détient sa participation dans le groupe Le Monde. C’est ce que le coactionnaire majoritaire du journal a révélé lors d’une réunion qui s’est tenue jeudi 25 octobre, en présence du fondateur de Free, Xavier Niel, l’autre coactionnaire majoritaire, des représentants du pôle d’indépendance du Monde – constitué notamment des sociétés des rédacteurs, des employés et des lecteurs – ainsi que du directoire – le directeur du Monde, Jérôme Fenoglio, et le président du directoire, Louis Dreyfus. Le banquier d’affaires avait annoncé le 17 octobre être entré en négociations exclusives avec l’industriel du secteur de l’énergie, après les révélations du Monde.

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Engagement pour un droit de veto en cas de changement de contrôle
Lors de cette réunion, les actionnaires majoritaires se sont engagés à ce que tout changement de contrôle au sein de la société Le Monde Libre, dont Xavier Niel et Matthieu Pigasse sont les cogérants commandités, soit soumis à leur accord préalable ainsi qu’à celui du pôle d’indépendance. « Rien ne pourra se faire sans l’agrément de Xavier Niel, de Matthieu Pigasse et du pôle d’indépendance », a expliqué jeudi Sébastien Carganico, le délégué du pôle, lors d’une réunion d’information. Les modalités de ce droit d’agrément doivent être précisées par écrit d’ici quinze jours. Chaque partie bénéficierait donc d’un droit de veto sur une telle opération.
Cette concession de M. Pigasse est une réponse à une demande des personnels et de la rédaction, qui s’interrogeaient sur les intentions de M. Kretinsky : l’industriel ne souhaiterait-il pas à l’avenir racheter la totalité du capital du Nouveau Monde, afin de devenir cogérant du groupe Le Monde ? Un tel scénario a d’ailleurs été envisagé par M. Pigasse avant l’été, puis abandonné, comme l’a révélé Libération. De son côté, le dirigeant de la banque Lazard a jusqu’ici toujours assuré que son accord avec M. Kretinsky « porte sur une participation minoritaire »et qu’il « conserve seul le contrôle de la société Le Nouveau Monde ».

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Les représentants du pôle d’indépendance ont tenu une réunion d’information au Monde, en début d’après-midi, au cours de laquelle ont été formulées des inquiétudes. « Certains journalistes ont questionné la valeur de la parole donnée par Matthieu Pigasse, notamment sur le droit d’agrément, rapporte Paul Benkimoun, président de la société des rédacteurs du Monde. Nous avons répondu que nous avions obtenu une trace écrite – par retour d’e-mail. Nous ne sommes pas naïfs. »
D’autres se sont émus des « dommages » que ce changement d’actionnariat au sein de la holding de M. Pigasse entraîne pour l’image du Monde, poursuit le représentant des journalistes. Certains rédacteurs ont aussi regretté la politique du « fait accompli » pratiquée par le banquier, qui a vendu une participation à M. Kretinsky sans avoir organisé au préalable de rencontre avec la rédaction.
« Nous sommes repartis de la réunion de ce matin avec davantage que ce que nous avions en y arrivant", a souligné M. Benkimoun, en référence au droit d’agrément obtenu. m>Nous avons mené les discussions avec les actionnaires pour nous prémunir contre ce que nous redoutons le plus, une prise de contrôle majoritaire. »
Endettement
Lors de la réunion, jeudi matin, Matthieu Pigasse a justifié par son endettement sa décision de faire appel à M. Kretinsky, rapporte M. Carganico. Le fondateur des Nouvelles éditions indépendantes (Les Inrocks, Radio Nova…) a affirmé avoir hypothéqué certains biens et cherché des financements auprès de banques, en vain. Il a aussi expliqué qu’une partie de ses parts dans Mediawan – la société cotée qu’il a créée avec Xavier Niel et le producteur Pierre-Antoine Capton pour investir dans l’audiovisuel – n’étaient pas cessibles.
M. Pigasse a assuré que la vente à M. Kretinsky s’était faite sur la base d’une valorisation de sa société Le Nouveau Monde à 34 millions d’euros, relate aussi le représentant du pôle d’indépendance. Ce montant surprend car il est beaucoup plus bas que les 100 millions évoqués précédemment, notamment dans le cadre du projet de cession totale envisagé cet été et évoqué par Libération. Le montant de la vente à M. Kretinsky « ne suffit pas à rembourser mes dettes », aurait ajouté le banquier d’affaires.
Sur le fond, le dirigeant de Lazard a « assumé » le choix de se tourner vers l’homme d’affaires tchèque. Celui-ci est « pro-européen » et soucieux de l’indépendance des journaux qu’il possède, avait déjà plaidé M. Pigasse. M. Kretinsky est propriétaire d’EPH, un groupe très puissant dans le secteur de l’énergie en Europe de l’Est, mais aussi présent en Allemagne, au Royaume-Uni et en Italie. Il est également actionnaire majoritaire de Czech Media Invest (CMI), premier groupe de médias en République tchèque et propriétaire, en France, de Marianne, ainsi que d’une partie du pôle magazines du groupe Lagardère. C’est la filiale internationale de CMI, IMI, qui investirait dans Le Nouveau Monde.
La réunion de jeudi matin a aussi été l’occasion de préciser la composition du capital de Le Monde Libre : les sociétés de MM. Niel et Pigasse en détiennent chacune 26,6 %, de même que Madison Cox, l’héritier de Pierre Bergé, décédé en 2017. Ce dernier avait toutefois conclu un accord cédant ses parts à MM. Niel et Pigasse, pour un montant de 25 millions d’euros environ, étalé sur six ans. Ces dernières seront transférées aux deux cogérants en janvier 2021. Les 20 % restant du capital appartiennent au groupe de médias espagnol Prisa.
M. Pigasse a enfin assuré que Daniel Kretinsky s’était, dans l’accord de cession, engagé à signer la charte de déontologie du Monde. Les représentants du pôle d’indépendance ont demandé à rencontrer l’investisseur tchèque, ce que ce dernier a accepté, sur le principe.

   





                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3236,1-0,0-3"> ¤ La direction du quotidien « L’Avenir » a annoncé la suppression de 64 postes sur 294, essentiellement dans les rédactions et les services commerciaux.
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La presse francophone belge en grande difficulté

La direction du quotidien « L’Avenir » a annoncé la suppression de 64 postes sur 294, essentiellement dans les rédactions et les services commerciaux.



LE MONDE ECONOMIE
 |    25.10.2018 à 11h36
    |

            Jean-Pierre Stroobants (Bruxelles, Correspondant)








                        



                                


                            
L’ensemble des pages du quotidien belge L’Avenir, deuxième titre francophone en audience cumulée (papier, Internet et digital) étaient amputées d’un quart de texte, mercredi 24 octobre. La réponse des journalistes à la direction du groupe wallon, présent également sur le marché français par le biais de parts minoritaires dans La Provence et Nice-Matin, qui avait annoncé la veille la suppression de 64 postes sur 294, principalement dans les rédactions et les services commerciaux. « Un quart de notre personnel menacé, un quart de votre journal aussi », expliquait le message adressé aux lecteurs.
A en croire la direction, le plan qu’elle a élaboré viserait à « la transformation et à la relance » du titre, ainsi qu’à faire de L’Avenir le premier titre francophone du pays. « Se redéployer avec trois quarts des effectifs, c’est impossible », assure Martine Simonis, secrétaire générale de l’Association des journalistes professionnels.
Les employés, qui ont déposé un préavis de grève et dénoncent « l’extrême violence » de leurs dirigeants, opposent l’exigence de qualité assignée au titre et le licenciement de nombreux journalistes. Ils s’interrogent également sur le développement d’une offre numérique performante et leur meilleure implantation dans les villes, autres objectifs fixés par la direction.

C’est surtout la réalisation de synergies entre les pôles médias et télécoms du groupe actionnaire, Nethys, qui, selon le personnel, est à l’ordre du jour. Nethys (3 000 salariés, pour 2,5 milliards d’euros de chiffre d’affaires) est la branche opérationnelle du groupe Publifin. Cette structure de la province de Liège, active dans de nombreux domaines, a été au cœur d’un récent scandale en raison des rémunérations extravagantes qu’elle octroyait à ses dirigeants et administrateurs, des mandataires publics parfois payés alors qu’ils n’assistaient à aucune réunion.
Une commission...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3236,1-0,0-4"> ¤ La salle de presse va déménager « à deux minutes à pied », ce que des journalistes considèrent comme « un verrouillage de l’Elysée ».
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L’Elysée éloigne les journalistes du cœur du palais

La salle de presse va déménager « à deux minutes à pied », ce que des journalistes considèrent comme « un verrouillage de l’Elysée ».



LE MONDE
 |    25.10.2018 à 11h07
 • Mis à jour le
25.10.2018 à 11h42
    |

            Virginie Malingre








                        


La salle de presse de l’Elysée ne sera plus dans l’hôtel d’Evreux, le bâtiment principal du palais, au 55, rue du Faubourg-Saint-Honoré, dans le 8e arrondissement. D’ici à la fin de l’année, a confirmé la présidence de la République dans un communiqué mercredi 24 octobre au soir, elle sera transférée « à deux minutes à pied », rue de l’Elysée.
Cette annonce est le dénouement d’un bras de fer qui dure depuis plusieurs mois entre la présidence de la République et les médias. La décision du déménagement a été prise juste après l’élection d’Emmanuel Macron en mai 2017, et rendue publique en février sans qu’aucune concertation avec les journalistes n’ait au préalable été menée. « Il y a des privilèges qui tombent », avait même avancé à l’époque le service de presse du chef de l’Etat. Face au tollé que cette annonce avait alors suscité, elle avait finalement été reportée.
Entre-temps, Emmanuel Macron a chuté dans les sondages, l’affaire Benalla a laissé des traces et l’Elysée a décidé de « démilitariser » ses relations avec la presse, pour reprendre l’expression de Sylvain Fort, désormais à la tête du service de communication. S’agissant du sujet de la salle de presse, il a été décidé d’y mettre les formes. « Depuis février, nous avons beaucoup discuté avec les rédactions, pour évaluer leurs besoins et leur offrir de meilleures conditions de travail », ajoute l’Elysée, où l’on évoque des espaces plus grands, mieux adaptés aux nouvelles technologies et aux nouvelles manières de travailler des médias. « Ce sont 36 vrais postes de travail assis qui seront à disposition des journalistes, contre 16 aujourd’hui », explique le communiqué.

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Aujourd’hui, les agences de presse, dont l’AFP, ont accès en permanence à la salle de presse située dans la cour de l’Elysée, quand les autres médias n’en bénéficient qu’en certaines occasions, comme le conseil des ministres ou les réceptions de dirigeants étrangers. Le reste du temps, les journalistes non accrédités ne disposent pas de bureaux, et travaillent dans la rue ou dans les établissements situés aux alentours.
« Verrouillage »
C’est Valéry Giscard d’Estaing qui avait ouvert un espace pour les journalistes à l’intérieur du palais et François Mitterrand qui, en 1984, l’avait transféré à son emplacement actuel, sur la cour d’honneur, dans un souci de transparence. Aujourd’hui, c’est sur ce terrain que l’Association de la presse présidentielle se place pour contester le déménagement. Il « ne saurait être considéré autrement que comme un verrouillage de l’Elysée et une décision attentatoire à la liberté d’informer et de travailler des journalistes », a-t-elle déploré, mardi, en anticipant le communiqué à venir de l’Elysée.
Le cabinet d’Emmanuel Macron fait valoir qu’il n’y a aujourd’hui dans l’enceinte historique du palais « qu’une seule salle de réunion pour 822 agents, dont 600 sont au 55, rue du Faubourg-Saint-Honoré. D’une capacité de 20 personnes, [elle] ne permet pas de couvrir les besoins actuels de la présidence au quotidien et impose de nombreuses délocalisations dans les annexes ». Par ailleurs, pointe l’entourage du chef de l’Etat, « la coordination nationale du renseignement, qui est au cœur du pouvoir, est à l’hôtel de Marigny. L’état-major particulier du président, le numéro deux du protocole de l’Elysée et la cellule diplomatique sont rue de l’Elysée ». 

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<filname="SURF-0,2-3236,1-0,0-5"> ¤ L’entreprise a rompu les négociations avec les vingt-trois organisations du 7e art pour renouveler l’accord qui les lie jusqu’à la fin de 2019.
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Canal + s’éloigne du cinéma français

L’entreprise a rompu les négociations avec les vingt-trois organisations du 7e art pour renouveler l’accord qui les lie jusqu’à la fin de 2019.



LE MONDE ECONOMIE
 |    25.10.2018 à 10h34
 • Mis à jour le
25.10.2018 à 10h40
    |

            Nicole Vulser








                        



   


Le président du directoire de Canal+, Maxime Saada, a rompu, dans un courrier daté du vendredi 19 octobre, les négociations avec les vingt-trois organisations du cinéma français pour renouveler l’accord qui les lie jusqu’à la fin de 2019. Par un effet de domino, le patron de Canal+ a également fait achopper la réforme de la chronologie des médias (l’exploitation d’un film sur différents supports, comme les chaînes de télévision, la vidéo à la demande ou Netflix, après leur sortie en salle). La chaîne cryptée avait refusé, le 6 septembre, de signer ce dernier protocole avant d’avoir signé une entente avec le cinéma.
Défendant des intérêts variés voire antinomiques, les représentants du 7e art (les exploitants, les producteurs, les distributeurs, les cinéastes…) n’ont pas trouvé de terrain d’entente avec le principal banquier du cinéma français, qui a préacheté pour 114 millions d’euros de films en 2017. La plupart des organisations semblent déçues, surprises, et refusent de réagir officiellement pour ne pas compromettre une reprise des négociations.

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Chez Canal+, l’exaspération est, en revanche, très palpable. Maxime Saada a affirmé, dans son courrier envoyé au Bureau de liaison des industries cinématographiques (BLIC), au Bureau de liaison des organisations du cinéma (BLOC) et à la Société civile des auteurs réalisateurs producteurs (ARP), que les nouvelles négociations s’effectueront « de façon bilatérale » et que les concessions acceptées au cours de l’année écoulée « ne constitueront pas la base de [leurs] échanges à venir ».
« Le cinéma se bunkérise, se rabougrit »
Sur quoi ont-ils achoppé ? Des points techniques, comme l’assiette des calculs des obligations de Canal+. Aujourd’hui, la chaîne soit consacre 12,5 % de son chiffre d’affaires à des acquisitions de droits de films européens, soit investit 3,61 euros par abonné et par mois dans des longs-métrages d’expression française. Dans la mesure où les offres d’abonnement de Canal+ varient de 10 euros à près de 40 euros par mois, les discussions ont porté sur la valeur des différents abonnés. Autre question en débat, l’introduction d’un plafond d’investissements de 180 millions d’euros par an dans le cinéma français et européen. Canal+ demandait à s’engager dans la production déléguée de quatre longs-métrages par an par le biais de Studio Canal, tandis que les organisations cinématographiques en acceptaient trois. Canal+ a accusé Gaumont, Pathé ou UGC de protéger leur pré carré et de refuser toute concurrence.
Chacun est pourtant persuadé d’avoir proposé à l’autre « des conditions extrêmement favorables ». Pascal Rogard, directeur général de la Société des auteurs et compositeurs dramatiques (SACD) pense que la difficulté vient du fait qu’« il n’y a pas de négociateur en chef pour le cinéma » et que les demandes n’ont pas été assez hiérarchisées. « Se battre sur un film en production déléguée n’a pas de sens, tout comme il est logique que Canal+ ne compte pas de la même façon un abonné qui paie 40 euros par mois et celui qui a choisi [un abonnement à] 10 euros », ajoute-t-il. A ses yeux, « le cinéma se bunkérise, se rabougrit. C’est d’autant plus grave que, dans les dîners en ville, on parle aujourd’hui bien plus des séries que des films. Or Netflix approche les 4 millions d’abonnés en France ». Il déplore que « cette occasion unique d’améliorer la chronologie des médias » n’ait pas été saisie. « C’est mauvais pour le cinéma français », conclut-il.
Soupçon de vente, à terme, de Canal+ par Vivendi
Une des parties prenantes « ne comprend pas pourquoi Canal+ a refusé de signer, alors que 90 % de l’accord étaient acquis ». Un autre se demande « s’il s’agit d’un mouvement tactique de Canal+ » et s’« il existe une vraie volonté de son actionnaire, le groupe Vivendi, d’accorder une place centrale au cinéma dans Canal+ ». Si ce n’est pas le cas, « il faut qu’on le sache », ajoute-t-il.
Un troisième négociateur soupçonne Vivendi de vouloir vendre, à terme, Canal+. Affaiblie par la perte des droits du football, la chaîne, si elle n’est pas ligotée par des obligations contraignantes dans le cinéma, trouverait plus facilement acquéreur. Une hypothèse écartée à Canal+, où l’on rappelle s’être engagé dans une candidature sur la TNT et, surtout, avoir proposé de resigner à l’identique les accords en vigueur avec le cinéma jusqu’en 2023…
La réforme de la chronologie des médias n’est donc pas pour demain. Canal+ préfère renoncer aux avantages qui y afféraient – la possibilité de diffuser des films entre six et huit mois après leur sortie en salle, contre dix à douze mois aujourd’hui –, puisque l’accord avec le cinéma est bloqué. Si les acteurs ne sont « pas en capacité de prendre leurs responsabilités, la loi pourra trancher » l’évolution du cadre réglementaire de la chronologie des médias, a déjà prévenu le nouveau ministre de la culture, Franck Riester.



                            


                        

                        


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Article sélectionné dans La Matinale du 24/10/2018
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Le CSA sanctionne Canal+ pour son clip promotionnel sur le Togo

La chaîne avait diffusé, en décembre 2017, un reportage élogieux à l’égard de ce pays d’Afrique de l’Ouest, où le groupe Bolloré est implanté.



LE MONDE
 |    24.10.2018 à 18h12
 • Mis à jour le
25.10.2018 à 11h13
    |

                            Alexandre Berteau








                        



   


Le Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) a sanctionné, mercredi 24 octobre, Canal+ pour avoir diffusé, en décembre 2017, un programme vantant la politique économique du Togo – un pays d’Afrique de l’Ouest dans lequel Vincent Bolloré, à l’époque président du conseil de surveillance de la chaîne, détient des intérêts stratégiques par le truchement du groupe Bolloré.
Il est 7 h 03, ce vendredi 22 décembre 2017, quand, sans qu’un générique l’annonce, un publi-reportage apparaît à l’antenne de la chaîne cryptée. Il s’agit d’une séquence durant moins de sept minutes, dans laquelle le Togo est présenté comme un « pays disposant d’infrastructures modernes », et dont « la stabilité politique sécurise tout le pays et encourage des investissements venus du monde entier ». 
Révélée par le site d’information Les Jours, la vidéo incite le CSA à déclencher une enquête. Dans la décision qu’il a rendue le 24 octobre, le Conseil a estimé que Canal+, en faisant « un éloge appuyé de la politique économique menée par le gouvernement d’un Etat africain », avait failli à ses exigences déontologiques.
Les sages du CSA soulignent que « ce programme comportait plusieurs images issues de la communication institutionnelle » du Togo, sans que les téléspectateurs en aient été informés d’une quelconque manière. En guise de sanction, un présentateur de Canal+ devra lire un communiqué du CSA au cours des huit prochains jours, hors week-end, et pendant un programme diffusé en clair.
Conflit d’intérêts
Interrogée par les représentants du personnel au cours d’un comité d’entreprise dont Les Jours avait obtenu un compte rendu, la direction de Canal+ avait assuré que ce clip était le pilote d’une future émission consacrée aux « initiatives positives » qui se développent dans les pays émergents. Du reste, la vidéo n’avait été vue par presque aucun téléspectateur, selon Médiamétrie.
Bien que le CSA n’y fasse pas directement allusion, c’est bien le risque d’un conflit d’intérêts impliquant Vincent Bolloré qui avait, à l’époque, déclenché la polémique. Le groupe Bolloré, détenu par le propriétaire de Canal+, investit massivement au Togo, où il est notamment chargé de la gestion du port de Lomé.
Deux mois plus tôt, un épisode similaire avait fait grand bruit. Après sa diffusion dans l’émission « L’Effet papillon », un reportage sur la répression de l’opposition togolaise par le président, Faure Gnassingbé, au pouvoir depuis 2005, avait été supprimé du site Internet de Canal+.

        Notre enquête sur
         

          le système Bolloré






                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3236,1-0,0-7"> ¤ Un reporter, un photographe et leur chauffeur ont été assassinés à la frontière colombienne alors qu’ils enquêtaient sur le trafic de drogue.
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Partager sur Facebook    Partager sur Twitter    Envoyer par e-mail          Un nom inscrit d’une écriture fine sur un registre d’hôtel : Javier Ortega. Profession : journaliste au quotidien équatorien El Comercio. C’est le dernier écrit laissé, le lundi 26 mars, par ce reporter de 32 ans. A 7 h 10, des caméras de surveillance le filment en train de quitter l’Hôtel El Pedregal, à San Lorenzo, dans le nord-ouest du pays, en compagnie du photographe Paul Rivas, 45 ans, et de leur chauffeur, Efrain Segarra, 60 ans. Les trois hommes prennent la direction de Mataje, dernier village avant la frontière colombienne. Leurs corps, criblés de balles, seront retrouvés trois mois plus tard à plusieurs dizaines de kilomètres de là, dans la région de Nariño (Colombie), où opèrent de nombreux groupes de narcotrafiquants.          Que s’est-il passé dans la jungle escarpée qui tient lieu de frontière ? Un groupe de dix-neuf reporters indépendants équatoriens et colombiens s’est constitué pour le savoir. Pour des raisons de sécurité, ils travaillent sous couvert d’anonymat. L’organisation Forbidden Stories (« histoires interdites »), dont la vocation est de poursuivre le travail des journalistes menacés, emprisonnés ou assassinés, a enquêté avec eux afin de comprendre ce qui s’est passé après la disparition du trio, le 26 mars.          Yadira Aguagallo, la compagne du photographe, se souvient lui avoir dit : « S’il te plaît, cette fois n’y va pas ! Je sens que c’est très dangereux. » C’était la troisième fois, depuis le début de l’année, que Paul Rivas partait en reportage à la frontière. De fait, il s’agit bien d’une zone à risque, théâtre de multiples épisodes de violence. Six jours plus tôt, trois militaires avaient été tués et un autre blessé dans l’explosion d’un engin artisanal à Mataje.          Guérilleros et cartels                  ;       — La suite est réservée aux abonnés — Déjà abonné ? Se connecter   S’abonner c'est...   Avoir accès à tous les contenus du Monde en illimité sur le site et les applications.     Soutenir le journalisme d’investigation et une rédaction indépendante de plus de 400 journalistes.    Participer à des événements artistiques et culturels toute l'année et partout en France.    Abonnez-vous à partir de 1 €       Dans la même rubrique                Article réservé à nos abonnésAu Vatican, le pape François, seul à Sainte-Marthe                    Article réservé à nos abonnésDans le Jura et au Mali, le combat têtu du fils de l’otage Sophie Pétronin             In 2. August 1942 there were interned families of Czech and Moravian Roma and Sinth and also people who were living “gypsy way of life”. This was part of the Nazi ideology - to exterminate the “so called gypsy population”.
People suffered in inhuman conditions, lack of space, lack of food, lack of drinking water, hard labour under the armed guards for all people above 10 years old. 
1309 people were imprisoned in the “gypsy camp” Lety u Písku, at least 326 perished in that place, most of them children. There were born 36 children in the camp, only one survived.
The buildings were destroyed and burned down at 1943. 
Despite the fact it was a nazi concentration camp, the main commander was Czech Josef Janovský - responsible for a tortures. 

In winter 1942/43 typhus epidemic broke out, it was not possible to burry the victims in the cemetery in Mirovice (about 200 people) , so they were buried in the mass graves in the forest near the camp (about 120 people). In May 1943 about 420 people were deported to concentration camp in Auschwitz II - Birkenau, most of them perished.  
       Article réservé à nos abonnésLe génocide oublié des Tziganes             Les abonnés lisent aussi...                enquete     Bruno Philip    Article réservé à nos abonnésAung San Suu Kyi, icône déchue Prix Nobel de la paix 1991, longtemps perçue en Occident comme un symbole de la lutte contre les dictatures militaires, la dirigeante birmane paye aujourd’hui sa passivité face aux exactions de l’armée contre la minorité rohingya. 8 min de lecture                    enquete     Anne Dujin    Article réservé à nos abonnésLe spleen du mâle La création du mouvement #metoo, en octobre 2017, a représenté un ébranlement majeur pour une partie des hommes. La virilité serait-elle devenue un problème ? 8 min de lecture                    enquete     Ariane Chemin    Article réservé à nos abonnésLe pape François, petit-fils de migrants Sur les traces du pape François 1/5. Qui est le vrai Jorge Bergoglio ? « Le Monde » consacre une série d’articles à son parcours. 16 min de lecture                 En direct International Politique Société Économie Culture Sport Techno Sciences Opinions Recettes de cuisine   Planète M Campus Style L’époque Éducation Disparitions Santé Guides d’achat     Évènements abonnés Conjugaison Cours d’anglais Decodex Formation professionnelle Jeux La boutique du Monde Orthographe et grammaire Prix de l’immobilier Source Sûre     Courrier International La société des lecteurs du Monde Le Huffington Post Le Prix du Monde et de la recherche L’Obs Le Monde diplomatique Télérama Talents     Codes Promo Codes Promo Amazon Jardinage Paroles de chansons      lemondefr @lemondefr Facebook Fils RSS Applications mobiles   Newsletters du Monde   Recevoir les newsletters du Monde    Abonnement   Abonnez-vous dès 1€        Mentions légales Politique de confidentialité Conditions générales | Aide (FAQ)      
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« Le Monde » : Pigasse a envisagé de céder toutes ses parts au Tchèque Kretinsky

Selon « Libération », l’actionnaire a signé un projet d’accord avec le milliardaire tchèque durant l’été avant de se raviser et d’opter pour une cession minoritaire.



LE MONDE
 |    23.10.2018 à 00h53
 • Mis à jour le
23.10.2018 à 11h02
    |

            Alexandre Piquard








                        



   


Le banquier d’affaires Matthieu Pigasse, coactionnaire majoritaire du groupe Le Monde aux côtés de Xavier Niel, le fondateur de Free, a songé cet été à céder l’intégralité de ses parts à l’homme d’affaires tchèque Daniel Kretinsky, selon les informations publiées par Libération, lundi 22 octobre. M. Pigasse s’est ensuite ravisé et c’est uniquement pour une cession minoritaire de 40 % à 49 % de sa société Le Nouveau Monde (LNM) qu’il a annoncé, le 17 octobre, être entré en négociations exclusives avec l’industriel de l’énergie et des médias.
Ces révélations contrastent avec les propos récents de M. Pigasse, qui a assuré ne chercher en M. Kretinsky qu’un partenaire minoritaire. Contacté, l’actionnaire « maintient l’intégralité de son communiqué de presse du 17 octobre ». « L’accord porte sur une participation minoritaire. Matthieu Pigasse conserve seul le contrôle de la société Le Nouveau Monde et demeure le seul cogérant, aux côtés de Xavier Niel, de la société Le Monde libre, holding de contrôle du groupe Le Monde et de L’Obs », souligne-t-il.

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                Daniel Kretinsky, le milliardaire tchèque qui veut conquérir Paris



L’actionnaire précise aussi que « son seul objectif a toujours été, est et sera de préserver l’équilibre et l’indépendance du groupe Le Monde, auxquels Daniel Kretinsky pourra utilement contribuer ». Contacté, l’entourage de l’industriel tchèque n’a pas souhaité réagir.

   


Plus-value d’environ 50 millions d’euros
De son côté, Libération précise avoir consulté « plusieurs documents » qui « attestent qu’un accord pour une cession à 100 % de LNM, la société de M. Pigasse, a été bouclé dès le mois de juillet ». Cette transaction aurait fait de Daniel Kretinsky un cogérant commandité du Monde aux côtés de Xavier Niel.
Le quotidien précise que le projet d’accord valorisait LNM autour de 100 millions d’euros, soit, pour le banquier d’affaires, une plus-value d’environ 50 millions d’euros par rapport à son investissement dans Le Monde depuis son entrée au capital du groupe, en 2010.

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S’il a renoncé à cette cession majoritaire, le banquier d’affaires, a, ajoute Libération, déjà touché un versement de M. Kretinsky, grâce auquel il a remboursé un prêt contracté pour investir dans Le Monde en 2010. Cela montre l’état avancé des « négociations exclusives » annoncées.
L’absence de concertation en amont et la localisation de l’investissement de Daniel Kretinsky dans LNM – qui ne détient que la participation de M. Pigasse dans Le Monde, à la différence de sa filiale Les Nouvelles Editions indépendantes, qui abrite Les Inrocks ou Radio Nova – sèment un doute au sein de la rédaction sur la volonté de l’homme d’affaires tchèque de rester minoritaire.
Les représentants du pôle d’indépendance du Monde, rassemblant les sociétés des rédacteurs, des personnels ou des lecteurs, ont rendez-vous avec les actionnaires jeudi 25 octobre. Daniel Kretinsky a aussi fait savoir qu’il était disposé à rencontrer les salariés pour expliquer ses intentions.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3236,1-0,0-10"> ¤ Contrainte de rendre publique la rémunération de ses stars, la radio britannique voit celles-ci quitter le groupe pour rejoindre la concurrence.
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Les gros salaires dans le collimateur de la BBC


                      Contrainte de rendre publique la rémunération de ses stars, la radio britannique voit celles-ci quitter le groupe pour rejoindre la concurrence.



M le magazine du Monde
 |    22.10.2018 à 12h18
    |

            Eric Albert (Londres, correspondance)








   


Officiellement, l’argent n’a rien à voir avec cette histoire. En annonçant en septembre son départ de la prestigieuse BBC, qui regroupe les télés et radios publiques britanniques, Chris Evans, mégastar de la très populaire matinale de BBC Radio 2 (9 millions d’auditeurs), parlait de « démarrer une nouvelle aventure ». Quelques semaines plus tôt, Eddie Mair, pilier charismatique du journal de 17 heures de Radio 4, partait avec l’excuse suivante : « Il est temps que je laisse la place à quelqu’un d’autre, avant que je ne sois trop vieux. [Il a 52 ans.] »
Tous les deux sont allés rejoindre des radios privées aux audiences beaucoup plus faibles. De fait, l’argent est bien au cœur de l’affaire. Non seulement parce que les nouveaux salaires des deux présentateurs sont probablement nettement plus élevés, mais aussi parce qu’ils fuient la lumière sur leurs émoluments. Depuis un an, la BBC a l’obligation de faire connaître la rémunération de ses stars. Sans surprise, chaque publication provoque controverses et tensions, profitant à la concurrence.
Le centre de l’attention
« On perd des gens, et on vient d’en perdre quelques-uns, pour plein de raisons différentes, mais la transparence, c’est évident, a été un facteur significatif », estime Tony Hall, le directeur général de la BBC. Le cas de Chris Evans est le plus flagrant. Le DJ gagnait l’an dernier 1,66 million de livres (1,9 million d’euros), faisant de lui le deuxième meilleur salaire de l’antenne, derrière Gary Lineker, l’animateur de l’émission de football « Match of the Day » (1,75 million de livres).
Cette transparence sur les salaires des stars revient à John Whittingdale, un ancien ministre conservateur de la culture, qui n’a jamais apprécié la toute-puissance de la BBC.
« Je crois que la pression qui était exercée sur lui à chaque fois que les salaires étaient publiés était assez difficile à vivre, continue Tony Hall. Pendant trois ou quatre jours, il a été le centre d’attention. Si vous êtes un présentateur, c’est quelque chose que vous prenez en compte quand vous réfléchissez à l’endroit où vous voulez travailler. Je lui tire mon chapeau. Il a traversé ça avec beaucoup de stoïcisme. C’est un présentateur remarquable, et c’est une perte pour la BBC et pour nos auditeurs. » 

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Eddie Mair n’est pas dans la même catégorie. Mais il n’a pas forcément apprécié non plus de voir son salaire de 330 000 livres (375 000 euros) rendu public. Cette transparence sur les salaires des stars revient à John Whittingdale, un ancien ministre conservateur de la culture. De même qu’une large partie des tories, il n’a jamais apprécié la toute-puissance de la BBC, considérée comme trop à gauche.
L’ère de la transparence a sonné
Son argument est simple : il s’agit d’argent public et le contribuable doit connaître son utilisation. « Si quelqu’un gagne l’équivalent de mille redevances, ceux qui le paient ont le droit de le savoir. » La redevance étant actuellement de 150 livres par an, tous les salaires au-dessus de 150 000 livres sont désormais publiés.
Les dirigeants du groupe public refusent cette logique. Ils pointent que la concurrence n’est pas soumise à la même exigence.
De fait, l’ère est partout à la transparence des feuilles de paie. Tous les membres des conseils d’administration des entreprises cotées en Bourse voient leurs salaires publiés depuis 2006. Les actionnaires ont désormais un droit de vote sur la politique de rémunération – ce qui n’a pas entravé l’inflation des hauts salaires. Cette évolution peut sembler logique à la BBC. Mais les dirigeants du groupe public refusent cette logique. Ils pointent que la concurrence n’est pas soumise à la même exigence. Radios et télévisions privées aux poches profondes peuvent renchérir en toute discrétion. Elles sont aussi en excellente position pour négocier, connaissant le salaire exact des stars.
Cette situation exaspère Graham Norton, animateur d’une grande émission de variétés du samedi soir sur la « Beeb » (son salaire s’élève à 600 000 livres). « La transparence était déjà en place, la BBC publiait la proportion de la redevance qu’elle versait aux présentateurs. Voilà qui devrait intéresser les gens. Mais le reste n’est que ragots. Quand les députés ont demandé la publication de chaque salaire, je me suis dit : “Vraiment ? Vous voulez connaître le salaire de Gary Lineker ?” C’est pathétique. » Cette transparence, malgré l’indignation des intéressés, est en réalité seulement partielle…

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La BBC publie les salaires qu’elle verse directement aux stars. Mais beaucoup sont aussi payées par le biais de sociétés de production, et le montant de ces rémunérations n’est pas dévoilé. C’est notamment le cas, en partie, de Graham Norton.



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<filname="SURF-0,2-3236,1-0,0-11"> ¤ Le 80e prix de la presse écrite a été remis à la reporter du « Monde » pour une série de six enquêtes.
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Le prix Albert-Londres décerné à la journaliste du « Monde » Elise Vincent

Le 80e prix de la presse écrite a été remis à la reporter du « Monde » pour une série de six enquêtes.



LE MONDE ECONOMIE
 |    22.10.2018 à 11h41
 • Mis à jour le
22.10.2018 à 16h18
    |

                            Alexandre Berteau








                        


Lundi 22 octobre la journaliste du Monde Elise Vincent s’est vu remettre, à Istanbul, le 80e prix Albert-Londres de la presse écrite des mains de la lauréate 2016, Claire Meynial. Six enquêtes, signées entre juin 2017 et juin 2018 – parmi lesquelles « Le djihad derrière les barreaux », « Génération salafiste » ou « Le dossier Logan » sur le terrorisme d’extrême droite – ont séduit le jury. Ses membres ont salué « la constance et la rigueur » avec lesquelles Elise Vincent couvre « les crispations françaises » depuis plus de huit ans dans le quotidien du soir.
Créé en 1933 pour récompenser les reporters francophones de moins de 40 ans, le prix Albert-Londres est aussi décerné dans la catégorie audiovisuelle. Marjolaine Grappe, Christophe Barreyre et Mathieu Celard ont ainsi été félicités pour leur documentaire Les hommes du dictateur. Dans cette enquête, diffusée sur Arte en mai, les trois journalistes indépendants dévoilent comment la Corée du Nord, l’un des pays les plus pauvres de la planète, est parvenue à se doter d’un arsenal nucléaire sur lequel repose aujourd’hui toute sa diplomatie.
Le jury accueilli à Istanbul
En 2017, David Thomson avait inauguré le prix Albert-Londres du livre avec son ouvrage Les Revenants, une enquête mêlant portraits et entretiens avec des Français de retour dans leur pays, après être partis faire le djihad en Syrie. Lundi, à Istanbul, le journaliste a salué son premier successeur, Jean-Baptiste Malet, pour son livre L’Empire de l’or rouge. Une enquête à travers laquelle l’auteur plonge son lecteur dans les dessous du commerce mondial du concentré de tomates. « Plus personne ne peut en acheter sur un marché ou manger une pizza avec la même insouciance après avoir pris connaissance de ce livre », ont estimé les jurés.
L’an dernier, la cérémonie de remise du « Goncourt du journalisme » était dédiée aux deux reporters français Véronique Robert et Stéphan Villeneuve et à leur confrère kurde Bakhtiyar Haddad, morts le 19 juin 2017 dans l’explosion d’une mine, alors qu’ils couvraient la bataille de Mossoul, en Irak. En choisissant cette année de remettre ce prix à Istanbul, où plus de 120 journalistes sont incarcérés, selon Reporters sans frontières, les organisateurs ont souhaité mettre en lumière « l’état de coma profond dans lequel est plongé le journalisme turc » depuis le putsch raté du 15 juillet 2016 contre le président Erdogan.
A la faveur d’une sombre coïncidence, c’est aussi à Istanbul que le journaliste d’opposition saoudien Jamal Khashoggi a été tué dans le consulat d’Arabie saoudite, le 2 octobre. Un meurtre que le royaume a fini par reconnaître, samedi, tout en niant l’implication du prince héritier, Mohammed Ben Salman.

Les articles de notre journaliste récompensée par le prix Albert Londres 2018
Le 80e prix Albert Londres a été remis lundi 22 octobre à Istanbul à notre journaliste Elise Vincent, pour une série de reportages sur le djihadisme et la radicalisation en France. Retrouvez les articles récompensés ci-dessous :
Le djihad derrière les barreauxPrêcheur, autoentrepreneur, père de famille : itinéraire d’un salafiste françaisLa croisade avortée de Logan N., ou l’histoire d’une tentation terroriste d’ultradroite« Dis-moi où est l’argent » : l’antisémitisme au cœur d’un procèsA Toulouse, dope, foi et vendettaCao Hua Qin, « protecteur » pour la diaspora chinoise, « parrain » pour la police





                            


                        

                        


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Mélenchon, visé par les juges, s’en prend aux médias

Le dirigeant de La France insoumise a appelé à « pourrir » les journalistes, décrits comme des « abrutis ». Radio France va porter plainte en justice.



LE MONDE
 |    22.10.2018 à 10h34
 • Mis à jour le
22.10.2018 à 13h44
    |

            Sylvia Zappi et 
Alexandre Piquard








                        



   


Entre Jean-Luc Mélenchon et les médias, le torchon brûle… encore. La séquence ouverte avec les perquisitions menées au ­domicile ou au siège du parti du leader de La France insoumise (LFI) a dégénéré, en fin de semaine, en un ­affrontement avec la presse. Les conflits ­entre M. Mélenchon et les journalistes ne sont pas inédits, mais un nouveau palier a été franchi depuis quelques jours.
Lundi 22 octobre, la direction juridique de Radio France devait qualifier le motif de la plainte que l’entreprise veut déposer contre le député, explique au Monde Vincent Giret, le directeur de Franceinfo.
De son côté, après avoir exigé l’annulation des perquisitions qui ont eu lieu ainsi que la restitution des biens et des fichiers emportés par la ­police, M. Mélenchon a demandé samedi à ses avocats de déposer plainte contre ­Mediapart pour « violation du secret de l’enquête », selon Manuel Bompard, le directeur des campagnes de LFI.
La montée de tension avec Franceinfo est née de la publication, vendredi matin, d’une enquête sur des soupçons de surfacturation de prestations pendant la campagne présidentielle de Jean-Luc Mélenchon, notamment au bénéfice de Mediascop, l’entreprise de Sophia Chikirou, qui était sa conseillère en communication. En réaction, l’ancien candidat a appelé ses partisans à contre-attaquer en visant les journalistes de Franceinfo :
« Pourrissez-les partout où vous pouvez. (…) Il faut qu’à la fin il y ait des milliers de gens qui se disent “Les journalistes de Franceinfo sont des menteurs, des tricheurs” », a-t-il notamment dit, dans une ­vidéo publiée sur Facebook, les qualifiant aussi « d’abrutis ». Dans une note de blog publiée dimanche, le député des Bouches-du-Rhône a demandé « un débat public ­contradictoire avec nos diffamateurs de ­Radio France sur une chaîne comme BFM qui n’appartient pas au gouvernement ».
« Il y a des gens qui agissent délibérément contre nous avec des informations fausses comme de faire croire qu’on peut mettre en ­ligne une vidéo en dix minutes, insiste Ugo Bernalicis, député du Nord, en référence aux soupçons de surfacturation des pres­tations de publication sur le Web des discours de M. Mélenchon. « On n’a pas souhaité cette escalade, mais on ne va pas laisser ces mensonges sans aucune réaction », renchérit M. Bompard.

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« Hypocrisie »

   


« En choisissant l’invective, Jean-Luc Mélenchon a choisi de se placer sur le terrain du pourrissement », a déploré en réponse le ­syndicat SNJ-CGT de Radio France. « Si demain un ou une journaliste de Radio France se faisait physiquement agresser par une ­personne habitée d’une “haine juste et saine” et qui aurait mal interprété votre appel à “pourrir” des “abrutis”, quelle serait alors votre réaction ? », a demandé la société des journalistes de Radio France. Sur Twitter, certains journalistes ont relayé, par solidarité, le mot-clé #jesuisunabruti.
Dans la foulée, une seconde altercation a éclaté quand Mediapart a publié, vendredi soir, un article détaillant « les premières découvertes des perquisitions Mélenchon ». Le site affirme notamment que « plus de 12 000 euros en liquide » ont été découverts « au domicile d’un des plus anciens proches du leader insoumis », mais, surtout, il précise que Sophia Chikirou était « présente » le matin de la perquisition au domicile personnel de Jean-Luc Mélenchon. « Le patron de La France insoumise et la communicante en­tretiennent en réalité de longue date, selon nos informations, une relation extraprofessionnelle », écrit Mediapart.
Fabrice Arfi, coauteur de l’article, admet qu’évoquer une telle relation est « délicat » car elle relève de la vie privée, mais il « assume » d’avoir voulu « faire sauter le verrou d’une hypocrisie ». Pour le journaliste de Mediapart, préciser le lien entre M. Mélenchon et Mme Chikirou est pertinent « en amont, car M. Mélenchon se dit le seul décisionnaire, et en aval, car si on devait découvrir que cet argent est problématique, il serait susceptible d’être concerné ». D’autres médias n’ont pas choisi de mettre en avant cet élément. « Il ne paraît pas évident que tracer les éventuels liens personnels entre Mme Chikirou et M. Mélenchon soit nécessaire », estime par exemple Céline Pigalle, la directrice de la rédaction de BFM-TV.

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« Haine des contre-pouvoirs »

   


Dans une nouvelle vidéo, Jean-Luc Mélenchon a qualifié Mediapart de « torchon » et d’« officine de la police et des juges ». Il a ­dénoncé la « misogynie » à l’encontre de ­Sophia Chikirou, assurant : « Elle n’est pas ma compagne et elle n’est pas soupçonnée d’enrichissement personnel. » Le député et les dirigeants LFI ont même appelé leurs « amis » à se désabonner du média en ligne. « Ce n’est pas tolérable que les procès-verbaux de la perquisition se retrouvent dans la presse avec des éléments sur la vie intime des gens. C’est la manifestation d’une volonté de nuire », maintient M. Bompard.
Dans une nouvelle vidéo, Jean-Luc Mélenchon a qualifié « Mediapart » de « torchon » et d’« officine de la police et des juges »
Pour le leader de La France insoumise, la « guerre de mouvement » qu’il faut mener contre la « caste » et le « parti médiatique » n’est pas nouvelle. « L’affrontement avec les journalistes, en 2012, c’était pensé, organisé, théorisé. Je mettais en œuvre “le bruit et la ­fureur” : on partait de 3 %, c’était notre seule chance d’exister », expliquait au Monde ­Sophia Chikirou en mai 2017.
Cette stratégie est-elle efficace à long terme ? « Il ne faut pas tomber dans le piège de M. Mélenchon. Et continuer à suivre ces sujets normalement, sans hystériser le débat », estime M. Giret. « La ligne de défense de M. Mélenchon a quand même ses limites, pense ­Céline Pigalle. Quand tout le monde – médias, police, justice – est accusé de complot, c’est un signe. » « Cela va au-delà de l’application du manuel de guérilla médiatique des “insoumis” : cela trahit une haine des contre-pouvoirs institutionnels », argumente M. Arfi.
Au milieu de la tourmente, LFI fait bloc. Seul Roger Martelli, historien et proche de la députée LFI de Seine-Saint-Denis Clémentine Autain, a douté de cette stratégie. « Appeler le “peuple” à se soulever contre les ­médias, à les châtier ou à les “pourrir” évoque des souvenirs pas très glorieux », a-t-il écrit sur le site de la revue Regards. Une voix discordante assez rare en ce moment parmi les soutiens de La France insoumise.

Communiqué des sociétés de journalistes sur les propos de Jean-Luc Mélenchon envers la presse
Nous, sociétés des journalistes,
apportons notre soutien sans réserve à nos confrères de Radio France et de Mediapart ainsi qu’à notre consœur Véronique Gaurel de France 3.
Nous condamnons de la manière la plus ferme les propos outranciers, injurieux et menaçants de Jean-Luc Mélenchon envers la presse. Ces attaques systématiques et sans fondement ne déshonorent que leur auteur.
Les Sociétés des rédacteurs du Monde, de L’Obs, du Point et d’Europe 1 ainsi que les Sociétés des journalistes de M6, L’Express, France 2, Le Figaro, Franceinfo.fr, Télérama, Les Echos, Franceinfo TV, Premières lignes, AFP, Libération, TF1, Le Parisien, BFM-TV, TV5 Monde, France 3 national, Le Journal du dimanche, RTL, France inter, Radio France, Challenges, Paris Match et de RFI.





                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3236,1-0,0-13"> ¤ Si la désinformation en ligne est un vrai sujet de société, le sociologue, directeur du Médialab de Sciences Po, appelle à le réinscrire dans un contexte plus large. Entretien.
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Dominique Cardon : « Ce ne sont pas les réseaux sociaux qui ont créé des bulles informationnelles »

Si la désinformation en ligne est un vrai sujet de société, le sociologue, directeur du Médialab de Sciences Po, appelle à le réinscrire dans un contexte plus large. Entretien.



LE MONDE
 |    21.10.2018 à 14h01
 • Mis à jour le
21.10.2018 à 15h17
    |

            Adrien Sénécat








                        


La menace de la désinformation en ligne est largement médiatisée depuis l’élection de Donald Trump, en 2016. Le gouvernement porte même deux projets de loi controversés pour lutter contre ce phénomène, notamment en période électorale. Les fausses informations qui circulent en ligne sont-elles vraiment un risque de premier plan pour les démocraties ? Les médias traditionnels sont-ils réellement menacés par la concurrence des sites ultrapartisans ? Entretien avec le sociologue Dominique Cardon, directeur du Médialab de Sciences Po.
Comment expliquez-vous le recul des sites de désinformation observé depuis plusieurs mois, selon les données analysées par Les Décodeurs du « Monde » ?
Parmi les explications possibles, on peut faire l’hypothèse qu’il y a une forme d’apprentissage collectif qui se met progressivement en place. Les internautes se rendent compte qu’on ne fait pas que lire et voir sur les réseaux sociaux. Quand on « like », on produit un signal, qui va avoir un effet sur les algorithmes des plates-formes. Il y a donc une coresponsabilité partagée entre tous dans notre rapport à l’information. C’est toujours le cas avec le numérique : on découvre d’un coup un problème qui nous pète à la gueule et on apprend ensuite la solution. Ceci étant, cet apprentissage ne concerne qu’une partie du public et il est très loin d’être accompli.
Selon vous, les médias ont-ils accordé trop d’importance à la menace des fausses informations ?
Dans le débat sur les « fake news », on a surjoué un conflit d’interprétation sur qui sont les internautes. Pendant des années, on a véhiculé l’image d’un internaute tout-puissant, réclamant son autonomie de jugement et d’expression, et qui ferait des choix tout à fait rationnels. Et puis on est passé d’un coup à celle d’un internaute faible, qui serait à la fois naïf, docile et crédule. A mon avis, ces deux représentations doivent être pensées comme étant simultanément vraies, et pour tout le monde. Le problème du débat sur la désinformation est que les gens qui se pensent « rationnels » sont en train de dire que ce sont les autres qui sont idiots et influençables.
Par ailleurs, la circulation de l’information sur les réseaux sociaux est auto organisée, chaotique et parfois dérangeante. Mais de cette nouveauté, on en conclut un peu trop rapidement que ce serait le far west et que le marché informationnel serait complètement dérégulé. En fait, dans le nouveau désordre, il y a bien un ordre et une structure qui est toujours en partie calquée sur la hiérarchie des médias traditionnels.
La désinformation n’est peut-être pas un phénomène nouveau, mais les réseaux sociaux n’ont-ils pas contribué à l’amplifier ?
Il est certain que les choix économiques des plates-formes ont produit une architecture qui encourageait cela. A l’origine, Facebook était un réseau social, resserré sur ce qu’on appelle « les liens forts », c’est-à-dire vos interactions avec les personnes dont vous êtes les plus proches. Le problème, c’est que quand l’usage est vraiment social, il est difficile de le rentabiliser. Amener une publicité pour un annonceur extérieur dans une conversation entre proches, c’est extrêmement violent et ça ne donne pas envie de cliquer.
« C’est un vieux mythe de l’Internet que d’annoncer la fin du journalisme »
C’est donc pour gagner de l’argent que Facebook a fait venir d’autres éléments dans le fil d’actualité : les informations, les images, les vidéos…, y compris les fausses informations. Cela change la posture de l’internaute : il n’est plus engagé, il lit. Et avec cette métamorphose, Facebook était devenu beaucoup moins une plate-forme de sociabilité qu’une interface de lecture. Le volet social s’est déporté sur WhatsApp, Snapchat, Instagram ou encore Messenger. Le changement d’algorithme annoncé en début d’année revient en partie sur cette évolution, en voulant redonner de l’importance aux amis proches.
N’y a-t-il pas aussi un risque que les médias traditionnels soient supplantés par des nouveaux organes hyperpartisans ?
Cela, je ne le crois pas. C’est un vieux mythe de l’Internet que d’annoncer la fin du journalisme. La vraie information coûte cher à produire et il faut être un professionnel pour le faire. En revanche, il y a aujourd’hui une proximité entre information, divertissement et people. C’est la transformation de l’infotainment, qui a commencé dans les années 1980 : l’idée de certains médias a été d’aller chercher des lecteurs sur des sujets populaires. La crise économique de la presse a aussi joué, en poussant certains à aller plus loin là-dedans. Et dans ce domaine, avec Internet, on peut ramasser et répercuter un peu tout et n’importe quoi.
Il y a aussi eu un glissement de l’espace politique et culturel qui fait qu’aujourd’hui un certain nombre de discours provocants ont une place considérable dans les médias. Il faut que tous les points de vue puissent s’exprimer, mais les médias ont aussi une responsabilité professionnelle de ne pas devenir le point de passage des blanchisseurs d’information. C’est à ce moment-là que des discours douteux peuvent atteindre un public le plus large possible.
Comme lorsque le journaliste André Bercoff a relayé à la télévision des théories complotistes sur le sauvetage d’un enfant par Mamoudou Gassama ?
Oui, par exemple. Les rédactions traditionnelles ont une responsabilité collective, parce qu’elles établissent l’agenda des préoccupations. Globalement, le média d’information privilégié reste de très loin la télévision, même si elle perd du terrain chez les plus jeunes. Il est cocasse de penser que l’espace politique d’avant n’était pas polarisé, que les publics ne s’exposaient pas à des médias qui correspondaient à leurs préférences idéologiques ou de croire que ce sont les réseaux sociaux qui ont créé des bulles informationnelles.
C’est pourtant l’élection de Donald Trump qui a popularisé ce concept ?
La circulation de la désinformation a été incontestablement massive, notamment sur Facebook, pendant la campagne présidentielle américaine. Mais en revanche, ce qu’on ne sait pas, et qui n’a pas été démontré, est que ces messages ont des effets sur ceux qui les reçoivent. Dans le cas américain, il est probable que plus que ces publications virales qui sont souvent relayées par des partisans convaincus, c’est le fait que ces thèmes soient repris dans les grands médias d’information qui a eu un effet sur l’agenda politique.
Les talk-show des grands network américains ont pris prétexte des provocations de Donald Trump pour organiser des heures de débats sur sa personnalité. Ce sont toujours les médias professionnels dominants qui fixent l’agenda des thèmes de campagne lors des grandes élections. Même le New York Times a plus mis en avant, en « une », l’affaire des e-mails d’Hillary Clinton que son programme, tout comme il a plus commenté, même négativement, la personnalité de Donald Trump que son programme.
Finalement, la vérification de l’information (le « fact-checking ») est voué à l’échec ?
Non, la vérification est essentielle, dans le sens où elle a des effets sur le débat public, notamment parce qu’elle touche des journalistes et des influenceurs. Que des mécanismes de contrôle mutuel des faits s’exercent au sein du champ journalistique central est très important. Mais beaucoup d’études montrent par ailleurs que le fact-checking n’intéresse que certaines sphères du public, et n’agit pas sur tout le monde. Et il ne faut pas surestimer l’influence des médias non plus.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3236,1-0,0-14"> ¤ Le chef de file de La France insoumise a durement critiqué des enquêtes de Franceinfo, qualifiant les journalistes d’« abrutis ». Il s’en est aussi pris à Mediapart.
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Article sélectionné dans La Matinale du 20/10/2018
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Radio France annonce une plainte contre Jean-Luc Mélenchon

Le chef de file de La France insoumise a durement critiqué des enquêtes de Franceinfo, qualifiant les journalistes d’« abrutis ». Il s’en est aussi pris à Mediapart.



Le Monde.fr avec AFP
 |    20.10.2018 à 18h01
 • Mis à jour le
21.10.2018 à 12h09
   





                        


Après des échanges houleux par antennes et réseaux sociaux interposés, la polémique qui oppose Jean-Luc Mélenchon à Radio France devrait passer par la case justice. Le groupe a confirmé, samedi 20 octobre sur Twitter, le dépôt d’une plainte contre le chef de file de La France insoumise (LFI), visant ses propos à l’encontre de journalistes des radios publiques. Ces derniers jours, l’ancien candidat à la présidentielle s’en est pris à des reporteurs de Franceinfo, mais aussi au site Mediapart ou encore à l’émission « Quotidien » de TMC.
Les journalistes de Franceinfo qualifiés d’« abrutis » et de « menteurs »
Vendredi 19 octobre, une enquête de Franceinfo pointait de possibles surfacturations lors de la campagne présidentielle de M. Mélenchon. L’article s’intéresse aux prestations facturées par la communicante Sophia Chikirou et sa société Mediascop au candidat de LFI, pour un montant total d’un peu plus de 1 million d’euros.
Selon Franceinfo, certains prix pratiqués par Mediascop dans le cadre de ce contrat se situent à des niveaux « très élevés », citant par exemple la mise en ligne de retranscriptions audio de discours pour un coût de 250 euros l’unité.
M. Mélenchon a répliqué le jour même de la publication de cette enquête, voyant en Franceinfo une « radio d’Etat » qui serait aux ordres du gouvernement, selon lui. « Je vous mets tous en garde, tous ceux qui titrent sur le fait que nous avons fait de la surfacturation s’exposent à des poursuites », a-t-il déclaré, « car nous n’avons peur de rien ». Le député des Bouches-du-Rhône a aussi qualifié les journalistes de la station d’« abrutis » et de « menteurs » dans une vidéo publiée sur Facebook. 
« Pourrissez-les partout (…) Il faut qu’à la fin des milliers de gens se disent : les journalistes de Franceinfo sont des menteurs, sont des tricheurs et il y a autour un système qui n’a même plus le recul professionnel de se dire, mais qu’est-ce qu’on est en train de raconter ? », a-t-il également lancé.
« Franceinfo n’est pas une radio d’Etat, mais de service public », a rétorqué le directeur de la station, Vincent Giret à l’antenne, vendredi. « Cet appel à la haine et à la violence est irresponsable. Défense absolue du professionnalisme et de l’intégrité de nos journalistes », a-t-il ajouté sur Twitter.
Samedi, la station a affirmé sur Twitter avoir déposer une plainte à l’encontre de M. Mélenchon pour ses propos. « La direction juridique de Radio France s’occupe de la plainte en liaison avec notre avocat », a précisé à l’AFP Gaël Hamayon, un porte-parole de la radio publique.
Mediapart membre d’une « boucle Macronie-parquet-médias »
Le dirigeant de LFI s’en est aussi violemment pris au site d’information en ligne Mediapart, qu’il accuse d’avoir violé le secret de l’enquête sur ses comptes de campagne. M. Mélenchon y voit, en effet, une « preuve » d’une « boucle Macronie-parquet-médias », occupée à lui nuire ainsi qu’à son mouvement politique.
Dans un article publié vendredi soir sur les perquisitions menées mardi, le site d’information affirmait l’existence « de longue date » d’une relation intime entre le député et sa conseillère Sophia Chikirou, qui a été entendue par la police dans le cadre de soupçons de surfacturations lors de la campagne présidentielle de M. Mélenchon en 2017.
Mediapart rapporte, par ailleurs, que, selon ses informations, quelque 12 000 euros en liquide auraient été découverts par les enquêteurs au domicile d’un proche de M. Mélenchon. De même source, cet « ami et collaborateur de toujours de Jean-Luc Mélenchon » aurait dit que la somme lui avait été confiée par la mandataire financière de la campagne de 2017.
En l’absence de transmission au parquet à ce stade, « il ne peut donc être autrement que ces fuites proviennent des services de police et justice », écrit l’avocat de l’ancien candidat de la présidentielle, Me Mathieu Davy. Et ce dernier de s’interroger : « Comment ont-elles été acquises ? Qui les a données ? Quelles sont les conditions et modalités, notamment financières, de cette transaction ? »
Me Davy demande, par ailleurs, le dessaisissement du « procureur en charge », « car il devient établi de manière claire et concordante que les services sous ses ordres ne respectent pas les règles et procédures applicables en l’espèce ». Il ne vise toutefois pas le procureur de la République de Paris, François Molins, mais le représentant du parquet directement chargé de l’enquête.
« Quotidien » accusé d’avoir fourni des images à la police
Interrogé sur BFM-TV, mercredi, M. Mélenchon s’en était aussi pris à l’émission « Quotidien » de TMC. Le député avait affirmé que cette dernière avait « complaisamment » fourni « à la police » des images de la perquisition au siège de LFI, mardi.
« Jean-Luc Mélenchon ment », avait alors réagi l’animateur de l’émission Yann Barthès, affirmant n’avoir eu « aucun contact, ni avec la justice, ni avec la police. Je tiens à rappeler que si nous avons des images de la perquisition, c’est que LFI a bien voulu nous faire rentrer et que vous nous avez demandé de filmer », ajoutait-il.

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<filname="SURF-0,2-3236,1-0,0-15"> ¤ La plate-forme ArTV, qui permettait de regarder gratuitement 176 chaînes de télévision, a fermé fin 2017. Son créateur encourt jusqu’à trois ans de prison.
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Vincent, 17 ans, lycéen, et créateur d’un des sites les plus populaires de streaming illégal

La plate-forme ArTV, qui permettait de regarder gratuitement 176 chaînes de télévision, a fermé fin 2017. Son créateur encourt jusqu’à trois ans de prison.



LE MONDE
 |    20.10.2018 à 15h17
 • Mis à jour le
21.10.2018 à 06h28
    |

Tristan Brossat







                        


Quand on sonne à la porte de l’appartement familial, ce matin du 6 décembre, peu avant 7 heures, Vincent, à peine réveillé, se dit qu’il doit s’agir de la livraison d’une nouvelle machine pour son père, mécanicien. « Y a les flics chez moi wtf », écrit, pour rigoler, le jeune homme, alors âgé de 16 ans, sur son compte Twitter, à destination de ses quelques milliers d’abonnés. « Le problème, c’est que c’était vraiment la police », raconte-t-il quelques mois plus tard, toujours en attente de son procès, dont la date n’est pas fixée.
La mise hors service a été effectuée par Vincent lui-même pendant sa garde à vue
Pour avoir administré un site et une application proposant de visionner illégalement plus de 170 chaînes de télévision, gratuites et payantes, appelés ArTV, le lycéen risque en théorie une peine de trois ans de prison et 300 000 euros d’amende pour « délit de contrefaçon par reproduction et représentation ».
Une sanction lourde, mise en avant par l’Association de lutte contre la piraterie audiovisuelle (ALPA), à l’origine de la plainte, dans un communiqué annonçant la fermeture d’ArTV. La mise hors service a été effectuée par Vincent lui-même depuis son smartphone pendant sa garde à vue dans les locaux de la police judiciaire de Bordeaux, qui est chargée de l’enquête, toujours en cours. A l’issue de cette garde à vue, après une longue journée d’interrogatoire, Vincent est ressorti libre.
Pour « rendre service »
Tout avait commencé au début de 2017 lorsque, pour « rendre service » à une poignée d’amis rencontrés sur Internet, il met sur pied une application (APP) Android et une page Web leur permettant de regarder les chaînes de la télévision numérique terrestre (TNT) française depuis l’étranger.
Un petit serveur loué deux euros par mois permet de contourner le blocage géographique mis en place par les groupes audiovisuels pour des questions de territorialité des droits. Son site est accessible à tous ses amis, qui commencent à partager le lien sur les réseaux sociaux.

   


Tout s’enchaîne ensuite très rapidement. « J’ai vite eu besoin de plus gros serveurs » pour accueillir des visiteurs qui se comptent bientôt par centaines, puis par milliers, explique l’adolescent. Il rajoute au fur et à mesure les chaînes qui lui sont demandées grâce à des flux illégaux « faciles à trouver ». « Les gens me demandaient beIN Sports, ou des chaînes pour enfant pour leurs frères et sœurs », se souvient Vincent, qui n’a même pas besoin d’être abonné à ces services, puisqu’il ne fait que relayer les « streams » créés par d’autres.
Dans sa chambre, nulle trace de fils en pagaille branchés à d’innombrables décodeurs. Son travail consistait simplement à compresser légèrement les flux récupérés pour ne pas saturer ses serveurs, grâce à des logiciels libres, comme FFmpeg.
Payer les serveurs
« Je suivais juste le mouvement. Je n’ai jamais pris le temps de me demander si ce que je faisais était bien ou pas », explique Vincent. Pour lui, tout ça n’est pas « grave » puisqu’il s’agit uniquement de faire de la « redirection de liens ». Il ne prend donc aucune mesure de sécurité particulière pour éviter qu’on remonte jusqu’à lui. Il opte ainsi pour des serveurs établis en France, essayant juste de « trouver les moins chers ». Au bout de deux mois, la location de ces derniers lui coûte tout de même 200 euros par mois.
Pour payer cette somme, la mise en place de bannières publicitaires est une solution. Là encore, il va au plus simple, et tombe sur Pubdirecte.com, régie avec laquelle il est « resté jusqu’au bout » et qui lui reverse l’argent sur un compte PayPal.
aucune mesure de sécurité particulière pour éviter qu’on remonte jusqu’à lui
Sa plate-forme prend rapidement des allures de mini start-up. Vincent créé un tchat sur lequel les utilisateurs viennent discuter et demander de l’aide lorsqu’une chaîne est inaccessible. ArTV est né : « A » pour l’action des chaînes en direct, « R » pour les réactions des utilisateurs par leurs messages. Les grandes vacances arrivent alors à point nommé, laissant le temps à l’adolescent de répondre à des visiteurs de plus en plus nombreux.

   


A cette époque, une personne qui gère un service de streaming illégal payant – censé offrir un service plus stable avec une image de meilleure qualité pour environ 10 euros par mois – lui propose de passer un marché. Vincent relaie sur son site les offres « IPTV » de ce partenaire, bientôt rejoint par un second, avec qui il partage le montant des abonnements souscrits par ce biais. Il n’est toujours pas question de tirer profit de ces affaires, qui ne servaient qu’à payer des serveurs toujours plus chers, insiste le jeune homme.
Selon l’ALPA, les bannières publicitaires affichées sur le site et sur l’application ArTV avant leur fermeture rapportaient cependant 3 000 euros mensuels. S’il lui arrivait de toucher trop d’argent, Vincent affirme qu’il le reversait à des « streamers », ces personnes qui se filment en train de jouer à des jeux vidéo – une de ses autres passions –, ne vivant parfois que de ça. Il explique : « Cet argent, je ne le méritais pas. Ce n’était pas du vrai travail. Cela m’a permis d’apprendre plein de trucs, au niveau du développement Web, par exemple. »
« C’est arrivé à un point où je dépassais des services légaux »
Un hobby très prenant, mais extrêmement gratifiant lorsqu’il reçoit sur Twitter de nombreux messages de remerciements. « C’est arrivé à un point où je dépassais des services légaux, à un point où j’entendais des gens parler de l’application dans la rue », explique le lycéen, face caméra, dans une vidéo qui s’affiche désormais sur la page d’accueil de son site.
Un message en forme de mea culpa qu’il indique avoir posté de sa propre initiative le lendemain de sa garde à vue. « Avis à toute personne voulant faire un site dans le même genre, je vous le déconseille fortement », peut-on lire dans le court texte accompagnant la vidéo.

   


En septembre 2017, le site ArTV.watch était fréquenté chaque mois par 150 000 internautes français uniques, selon les données de Médiamétrie (chargé de calculer l’audimat).
D’autant que l’été n’a pas été de tout repos pour les services légaux. Le 28 août, la surcharge des serveurs d’OCS (groupe Orange) a par exemple privé les abonnés du tant attendu épisode final de la septième saison de Game of Thrones. Des déboires qu’a connus récemment RMC Sport (Altice/SFR) lors de la première soirée de Ligue des champions et qui ont « beaucoup fait rire » Vincent : « Ils n’arrivent pas à faire fonctionner un service pour lequel les gens paient, alors que moi je fournissais quelque chose de potable gratuitement… »
La plate-forme en vient à être classée parmi les 150 APP Android
Ce sont ces « soucis chez les services officiels » et « le bouche-à-oreille » qui expliquent la croissance fulgurante des connexions à ArTV. Son site, qu’il gérait seul derrière son écran, était bien sûr confronté aux mêmes problèmes d’affluence les soirs de rencontres au sommet. Malgré quelques ralentissements, voire des black-out aux heures de pointe, la plateforme en vient à être classée parmi les 150 Applications Android les plus utilisées sur le Play Store de Google. Elle y est d’ailleurs toujours disponible, mais ne diffuse plus qu’un message d’adieu. Les services IPTV auprès desquels ils se fournissaient, sans doute gérés depuis l’étranger, sont en revanche toujours actifs.
« C’est légal ce que tu fais ? »
En cette rentrée scolaire 2017, ce succès étonne Vincent, qui se sent parfois un peu dépassé. Mais il ne prend toujours pas conscience qu’il risque gros. Plutôt que de fermer son site, il ne pense qu’à l’améliorer. « C’est légal ce que tu fais ? », lui demandent parfois ses parents, qui ne savent jamais très bien ce que leur fils fait pendant des heures derrière son écran. « On n’y connaît rien du tout, raconte la mère de l’adolescent. L’ordinateur c’est la nounou facile… »
Une « nounou » qui le couve depuis l’âge de ses 4 ans, et lui a même appris à lire. Préoccupée par des problèmes de santé, la mère de Vincent ne cherche pas à pousser plus loin ses investigations. « Vincent a toujours eu le cœur sur la main. Il a été dépassé par cette passion. Internet, c’est peut-être bien mais c’est dangereux. »
Aujourd’hui, elle ne comprend pas pourquoi elle n’a pas été alertée par les autorités avant que la police ne sonne à la porte de son appartement un matin de décembre alors que le mal était déjà fait. Vincent dit n’avoir reçu qu’un courrier de France 2 lui demandant de retirer la chaîne de sa plate-forme. « Ce que j’ai fait immédiatement », assure le jeune homme. Mais rien de la part des groupes Canal+ et M6, qui sont pourtant à l’origine de la plainte.

   


Juste avant la fermeture, le webmaster ne sait pas exactement combien d’internautes utilisent son site, mais l’application comptait 800 000 utilisateurs actifs. A cette période, il dépense « dans les 2 000 euros » chaque mois pour faire tourner la machine.
Ces sommes transitent par le compte PayPal créé par « quelqu’un d’autre » à la demande de Vincent, qui ne peut pas le faire lui-même, n’étant pas encore majeur. « C’est pour ça que nous n’étions pas au courant », explique sa mère, qui n’observe aucun mouvement particulier sur le compte bancaire de l’adolescent.
Sa mère n’observe aucun mouvement particulier sur le compte de l’adolescent
Vincent était-il vraiment naïf au point de n’avoir jamais réfléchi à la question de l’argent au-delà du paiement des serveurs ? Difficile de le dire à ce stade. On peut également s’interroger sur les intentions de la personne se trouvant derrière le compte PayPal. Il n’est pas impossible que l’adolescent ait été en partie manipulé par un ou plusieurs individus aux intentions bien moins louables que les siennes. Là encore, ce sera à la justice de tirer tout cela au clair.
Un cas à part
Malgré le nombre impressionnant de visiteurs, ArTV n’avait pas grand-chose à voir avec d’autres sites du même type, comme Beinsport-streaming.com, fermé en juin à la suite d’une nouvelle plainte de l’ALPA. Comme de nombreux sites de ce type, celui-ci faisait partie d’un vaste réseau autrement plus organisé et lucratif, brassant plusieurs centaines de milliers d’euros, précise au Monde Frédéric Delacroix, délégué général de l’Association.
Une forme de gestion plus lucrative commençait à apparaître
Ce dernier précise toutefois qu’ArTV prenait, quelques semaines avant sa fermeture, une voie un peu différente de celle qu’elle avait empruntée jusqu’alors. Une forme de gestion plus lucrative de la plate-forme aurait, selon lui, commencé à apparaître. Mais la vocation et la gestion initiale d’ArTV en font tout de même un cas bien à part. Si ces deux fermetures ont porté un coup au streaming illégal français, les solutions de repli sont nombreuses et menacent plus que jamais l’économie des chaînes à péage.
Pour endiguer le phénomène, le rapport parlementaire porté par la députée (La République en marche) des Yvelines Aurore Bergé sur la « régulation de la communication audiovisuelle à l’ère numérique », présenté en octobre, préconise de « créer un dispositif spécifique permettant de bloquer temporairement, dans des délais extrêmement brefs, l’accès aux pages de site diffusant sans autorisation des contenus en live streaming ».
La nouvelle loi sur l’audiovisuel, qui devrait voir le jour en 2019, pourrait donner plus de prérogatives à l’Hadopi. La Haute autorité pour la diffusion des œuvres et la protection des droits sur Internet n’a pour l’instant aucune prise sur le streaming.

   


De son côté, entre la gestion du site et ses ennuis judiciaires, Vincent, qui n’a « jamais eu grande confiance en l’école », a mis un peu ses études de côté et a redoublé sa première. Son objectif reste de passer un bac pro systèmes numériques, mais il n’a pour l’instant pas réussi à trouver d’employeurs. Dix mois après la fermeture de sa plate-forme, il espère que son procès aura lieu le plus tôt possible, pour pouvoir passer à autre chose et réfléchir à l’avenir.

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<filname="SURF-0,2-3236,1-0,0-16"> ¤ Selon une étude du CSA, l’offre jeunesse des chaînes publiques et privées s’adresse surtout aux enfants, laissant de côté les adolescents.
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Les adolescents, grands oubliés de la télévision française

Selon une étude du CSA, l’offre jeunesse des chaînes publiques et privées s’adresse surtout aux enfants, laissant de côté les adolescents.



LE MONDE ECONOMIE
 |    20.10.2018 à 11h33
    |

                            Alexandre Berteau








                        



                                


                            

La télévision française ne favorise pas l’ouverture d’esprit et l’imaginaire des adolescents. C’est, en substance, le constat dressé par Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) dans une étude publiée dimanche 14 octobre, à l’occasion du MIPJunior, le festival des programmes pour enfants organisé à Cannes.
Selon le CSA, les chaînes gratuites et payantes peuvent certes se targuer de proposer un volume abondant de contenus destinés à la jeunesse. Mais cette offre étant « constituée essentiellement de programmes à visée ludique et récréative », elle s’adresse surtout aux enfants, note le document. De fait, alors que « les dessins animés sont surreprésentés », les fictions et les émissions d’information dévolues aux adolescents se font rares.
Les conséquences de ce manque de diversité ne sont pas anodines. Faute de contenus spécifiques à leur âge, les jeunes de plus de 11 ans n’ont d’autre choix que de se tourner vers l’offre grand public, et notamment la télé-réalité et le sport, observe le CSA. En 2016, un tiers des programmes les plus regardés par les 11-18 ans étaient des grandes compétitions sportives.

Les rendez-vous d’actualité pour adolescents sont encore peu nombreux. Seules Arte, France 4 et LCI ont installé un journal télévisé pour les jeunes téléspectateurs. Pourtant, « ils ont besoin d’explications adaptées pour les aider à décrypter le monde qui les entoure », estime Carole Bienaimé Besse, membre du CSA et présidente du groupe de travail sur la protection de la jeunesse.
Fuite vers Netflix et YouTube
La fiction apparaît comme l’autre parent pauvre des grilles de programmes jeunesse. Quant aux rares séries et téléfilms existants, ce sont bien souvent des productions étrangères. Or, « pour se construire, les adolescents ont besoin de pouvoir s’identifier à des personnages qui leur ressemblent, qui font face aux mêmes problématiques, dans un décor qui leur est familier »,...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3236,1-0,0-17"> ¤ Les implications sociales, politiques et anthropologiques de l’économie de l’attention sont devant nous, explique Yves Citton, son meilleur spécialiste en France, dans une tribune au « Monde ».
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Big data : « Ce sont désormais nos “traces attentionnelles” qui font l’objet du commerce »

Les implications sociales, politiques et anthropologiques de l’économie de l’attention sont devant nous, explique Yves Citton, son meilleur spécialiste en France, dans une tribune au « Monde ».



LE MONDE ECONOMIE
 |    19.10.2018 à 17h30
    |

Yves Citton (professeur de littérature et media à l’université Paris 8)







                        



                                


                            
Tribune. On parle beaucoup d’« économie de l’attention » depuis 1995, date à laquelle Michael Goldhaber, professeur à Berkeley, suggérait (scandaleusement) que l’attention aurait désormais davantage de valeur que l’argent lui-même. Cette date correspond à une prise de conscience large de ce qu’Internet allait bouleverser dans nos usages culturels. Des quantités absolument inédites de contenus (textes, enregistrements audiovisuels) sont devenues disponibles d’un simple clic. Cela a mis littéralement les récepteurs dans « l’embarras du choix », et cela a contraint les émetteurs à une quête de plus en plus désespérée d’une ressource devenue la plus rare et la plus précieuse de toutes : l’attention (aussi baptisée « temps de cerveau disponible »).
En termes économiques : le « coût d’opportunité » d’accorder son attention à ceci plutôt qu’à cela a explosé en quelques années. Nous commençons à peine à en percevoir les implications sociales, politiques et anthropologiques.
Une première définition (trop) large de l’économie de l’attention reflète ce bouleversement. Alors que l’économie traditionnelle se concevait comme l’utilisation optimisée de ressources rares afin de produire autant et aussi bien que possible, l’économie de l’attention se pose des problèmes de réception : comment parvenir à attirer sur les biens culturels produits l’attention nécessaire à leur valorisation ? Au-delà des nouvelles lois et équations économiques proposées pour formaliser une telle économie, au-delà de la gestion du temps d’attention des employés d’une entreprise, c’est bien une nouvelle logique sociale qu’ont tenté de comprendre les premiers théoriciens comme Michael Goldhaber, Jonathan Crary ou, en France, Dominique Boullier.
La publicité, le taylorisme…
Formuler le problème en ces termes montre toutefois que l’économie de l’attention n’est pas née en 1995. Dès la Grèce antique, la rhétorique a toujours eu pour tâche d’attirer et de...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3236,1-0,0-18"> ¤ Les algorithmes peuvent nous priver de la liberté de choisir dans un univers numérique où ce choix n’a pourtant jamais été aussi large, décryptent les chercheurs en informatique Gilles Dowek et Serge Abiteboul, dans une tribune au « Monde ».
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Big data : « Prenons garde à qui nous vendons notre attention »

Les algorithmes peuvent nous priver de la liberté de choisir dans un univers numérique où ce choix n’a pourtant jamais été aussi large, décryptent les chercheurs en informatique Gilles Dowek et Serge Abiteboul, dans une tribune au « Monde ».



LE MONDE ECONOMIE
 |    19.10.2018 à 17h30
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Gilles Dowek (chercheur à l’Institut national de recherche en informatique et en automatique (Inria)) et Serge Abiteboul (chercheur à l’Institut na...







                        



                                


                            
Tribune. En 2004, Patrick Le Lay a créé une polémique en déclarant que TF1 vendait « du temps de cerveau disponible » – c’est-à-dire de l’attention – à ses annonceurs. Sans doute, aurait-il moins scandalisé s’il avait déclaré que les recettes de TF1 provenaient des annonceurs, dont elle diffusait les messages publicitaires. Pourtant, ces deux phrases disent exactement la même chose : l’« économie de l’attention » n’est qu’une reformulation d’une idée ancienne : celle de financer un service gratuit par la publicité. Rien de nouveau sous le soleil.
Avec l’invention du Web en 1990, la quantité d’information gratuitement disponible a explosé. De nombreux services « gratuits » ont émergé, partiellement ou totalement financés par la publicité, qui ont pris une place considérable dans nos vies : moteurs de recherche, réseaux sociaux… Ces services captent une part de plus en plus importante de la publicité. Pourtant, si la quantité d’information disponible a explosé, chacun et chacune de nous reçoit exactement la même manne d’une minute d’attention que l’homme des cavernes. Celle-ci étant ainsi devenue relativement plus rare, il faut faire beaucoup d’efforts pour l’attirer. Ainsi, même pour annoncer un séminaire à l’université, il devient parfois nécessaire de « buzzer », c’est-à-dire d’attirer l’attention. Les entreprises se battent pour l’accaparer, pour la concentrer. Nous assistons à ce phénomène étrange d’entreprises qui, dans ce but, investissent et perdent de l’argent dans un premier temps. Une fois arrivées à leurs fins, elles valorisent cette attention, par exemple avec la publicité.
Chacun et chacune de nous reçoit exactement la même manne d’une minute d’attention que l’homme des cavernes. Celle-ci étant ainsi devenue relativement plus rare, il faut faire beaucoup d’efforts pour l’attirer
Est-ce utile ou non de vouloir ainsi attirer l’attention des individus sur un produit ? La publicité pour le café, par exemple, provoque...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3236,1-0,0-19"> ¤ L’intersyndicale a été reçue au ministère de la culture et en appelle à Franck Riester.
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Les journalistes de Mondadori manifestent contre leur rachat par Reworld Media

L’intersyndicale a été reçue au ministère de la culture et en appelle à Franck Riester.



LE MONDE ECONOMIE
 |    19.10.2018 à 11h47
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                            Alexandre Berteau








                        



   


Franck Riester était ministre de la culture depuis seulement 48 heures, ce jeudi 18 octobre, quand quelques centaines de salariés de Mondadori France se sont rassemblés devant le ministère occupé il y a peu encore par Françoise Nyssen.
Pancartes et mégaphone à la main, journalistes, photographes et maquettistes des magazines du groupe italien (Grazia, Closer, Science et Vie, Télé Star…) sont venus lui faire part de leur inquiétude, à l’appel de l’intersyndicale de l’éditeur contrôlé par Silvio Berlusconi. Le 27 septembre, ils ont appris que Mondadori France pourrait bientôt être racheté par Reworld Media, les deux groupes étant entrés en négociations exclusives. Un scénario auquel les salariés s’opposent fermement, tant ils redoutent les pratiques sociales de l’entreprise.
Car ici, tous ont à l’esprit ce que sont devenus les titres déjà absorbés par Reworld. En 2013, la société fondée un an plus tôt a acquis Marie France, Gourmand, ou encore Vie pratique. Deux ans après, elle a mis la main sur huit magazines de Lagardère (Be, Auto-Moto, Maison & Travaux, Pariscope…). « On sait très bien que l’on va subir la même purge », craint déjà un salarié de Grazia. Le visage de ces médias a bien changé une fois tombés dans l’escarcelle de Reworld. Incités à prendre leur clause de cession, presque tous les journalistes des magazines de Lagardère et de Marie France ont été poussés vers la sortie dans les mois ayant suivi l’acquisition. Au point qu’à peine une demi-douzaine d’entre eux exerce encore à Reworld aujourd’hui. Be et Pariscope, eux, ont cessé de paraître en kiosque.
Entre journalisme et publicité
Quand elle n’est pas sous-traitée à des agences spécialisées, la rédaction est désormais effectuée par des « chargés de contenu ». Un terme devenu le symbole du modèle économique de Reworld Media sur le numérique, fondé sur la vente d’articles promotionnels à des marques. « Ce sont souvent des jeunes stagiaires ou des gens payés comme autoentrepreneurs. Ils doivent écrire un quota d’articles chaque jour », décrit un ancien journaliste de l’entreprise, venu soutenir les salariés de Mondadori.
Cette porosité assumée entre journalisme et publicité inquiète les plumes du groupe transalpin. « Hormis son nom, Reworld Media n’a rien d’un média. C’est un support publicitaire pour les marques, assène une rédactrice de Science & Vie, tout en maintenant brandie sa pancarte. Ils ne comprennent pas que journaliste et communicant sont deux métiers différents. »
Malgré l’hostilité suscitée par ce potentiel rachat, Reworld peut faire valoir sa solidité financière, dans un secteur de la presse magazine sinistré. Sa branche médias affiche un chiffre d’affaires de 31,2 millions d’euros au premier semestre 2018, pour un résultat net de 2,8 millions d’euros, en hausse de 40 % en un an. Et Pascal Chevalier, son président, tient à rassurer : « Je suis dans un vrai projet industriel. Entre Mondadori, spécialiste des magazines papier, et Reworld, très fort dans le digital, il peut y avoir un vrai échange de savoir-faire », a-t-il dit aux Echos, le 28 septembre.
Alors que les journalistes ayant pris part au rassemblement regagnaient leurs rédactions, l’intersyndicale de Mondadori a été reçue au ministère de la culture par Fabrice Casadebaig, sous-directeur de la presse écrite et des métiers de l’information. Ils en appellent désormais à Franck Riester, avec une revendication claire : empêcher Reworld de devenir le premier groupe de presse magazine français.

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<filname="SURF-0,2-3236,1-0,0-20"> ¤ Montrés du doigt dans le débat public, les sites qui diffusent de fausses informations continuent pourtant bien souvent de se financer grâce à la publicité en ligne.
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La publicité, première source de financement des sites de désinformation

Montrés du doigt dans le débat public, les sites qui diffusent de fausses informations continuent pourtant bien souvent de se financer grâce à la publicité en ligne.



LE MONDE
 |    18.10.2018 à 16h55
 • Mis à jour le
19.10.2018 à 14h59
    |

            Adrien Sénécat








                        


C’est un petit coin de page Web a priori banal. On y trouve, pêle-mêle, une annonce vantant les mérites d’un véhicule d’un constructeur, une autre invitant à essayer une « citadine » d’une autre marque, de la réclame pour un forfait téléphonique ou encore une invitation à acheter des chaussures soldées sur un site en ligne. En soi, il ne s’agit que d’une goutte d’eau dans l’océan de publicités qui inonde chaque jour nos écrans.

   


Ces bannières, nous les avons trouvées sur Santeplusmag.com. Un site certes très populaire sur les réseaux sociaux – 7,6 millions d’abonnés sur Facebook –, mais qui est aussi connu pour relayer un nombre significatif de fausses informations et d’articles sensationnalistes. On y trouve ainsi des affirmations fantaisistes, comme « le mélange de bicarbonate de soude et de miel peut changer votre vie pour toujours ».
Les liens publicitaires sont proposés aux lecteurs de ce site par Ligatus, une société spécialisée dans la vente d’annonces, qui collabore avec de nombreux médias (dont Le Monde). Concrètement, des entreprises paient pour apparaître sur des sites partenaires de Ligatus, cette dernière partageant ensuite les revenus avec les médias concernés.
Malgré sa propension à publier des articles fallacieux, Santeplusmag.com a été membre de grands réseaux publicitaires, comme Ligatus ou Taboola. Sollicitées dans le cadre de notre enquête, les deux entreprises nous ont cependant indiqué avoir mis fin à leur collaboration avec ce média, jugeant son contenu non conforme à leur charte respective. Le site peut, en revanche, toujours compter sur d’autres canaux publicitaires : il affiche ainsi encore des annonces issues d’AdSense, la régie de Google.
La mutation du marché publicitaire a permis ce phénomène
Cet exemple est emblématique, car il associe un site connu de la désinformation en matière de santé à plusieurs leaders de la publicité en ligne. Et il ne s’agit pas d’un cas isolé : en parcourant quarante grands sites qui nous apparaissent peu fiables dans le Décodex, nous avons repéré plus d’une vingtaine de modules publicitaires différents dans leurs pages. Signe que, s’ils sont régulièrement pointés du doigt parce qu’ils nuisent au débat public, les sites de désinformation n’ont guère de difficultés à trouver des partenaires commerciaux.
Avec la publicité programmatique, on achète de la visibilité non plus dans un média, mais dans des centaines de sites potentiels à la fois
L’une des explications à ce phénomène tient dans la mutation du marché publicitaire en ligne. Le modèle hérité de la presse écrite consistait à acheter des encarts publicitaires dans des médias spécialisés. Les annonceurs faisant en quelque sorte leur marché en fonction du type de public qu’ils souhaitent toucher. Ce modèle a vécu, désormais, le gros du gâteau passe par ce qu’on appelle la « publicité programmatique » : on n’achète plus une page dans un média, mais de la visibilité auprès d’un type de public.
Concrètement, un annonceur commence par fixer un budget pour sa campagne et tape à la porte d’une régie, qui va se charger de mettre en musique sa campagne de publicité. La plupart du temps, la prestation inclut un ciblage des internautes en fonction de leurs profils. Les bannières commerciales, elles, peuvent apparaître sur divers sites, pourvu qu’elles touchent les profils d’internautes ciblés. La distribution exacte des annonces est arbitrée par des algorithmes, suivant un système d’enchères.
Ce nouveau marché publicitaire rebat complètement les cartes. L’annonceur ne frappe plus à la porte des médias, mais de régies publicitaires spécialisées, dont les annonces peuvent être dispatchées sur des centaines de sites différents.
Google AdSense et Taboola, deux acteurs prisés des sites douteux
En ce qui concerne les sites mensongers français, deux circuits de monétisation se démarquent du lot : AdSense de Google et Taboola. Au moment de nos relevés, le 11 octobre, des publicités Google AdSense apparaissaient sur les pages de vingt-quatre des quarante sites peu fiables que nous avons parcourus. Des liens issus de Taboola apparaissaient, quant à eux, sur douze d’entre eux. Il s’agit autant de sites sensationnalistes, comme Sante-nutrition.org ou Topastuces.net, que d’antennes de propagande d’extrême droite, comme Dreuz. info et Europe-israel.org.
Ces observations n’ont rien d’exhaustif, mais donnent tout de même une tendance : aucun autre module publicitaire n’apparaissait ainsi, à notre connaissance, sur plus de cinq de ces sites. Ligatus, par exemple, n’est apparu au cours de nos recherches que sur Santeplusmag.com.
Contacté, le fondateur et directeur de Taboola, Adam Singolda, nous a assuré que « les fausses informations sont un sujet [qu’ils prennent] très au sérieux, tant [l’]entreprise que [lui] personnellement ». Il est vrai que Taboola a pris position publiquement dès 2016 sur le sujet et s’est doté d’une politique de contenus qui prohibe les publications haineuses, les injures et les informations mensongères.
En principe, tout membre du réseau doit adhérer à cette charte. « Dans un souci de garder notre réseau propre et sécurisé, nous avons rejeté des milliers d’URL qui ne sont pas conformes à notre règlement », affirme l’entreprise. La plupart des acteurs du marché ont d’ailleurs adopté des règlements comparables.
Réseaux et annonceurs rechignent à faire le tri en amont
Si les sites de désinformation ont si peu de difficultés à rejoindre l’un ou l’autre de ces circuits publicitaires, malgré cela, c’est parce que le tri ne se fait bien souvent qu’en aval. C’est-à-dire lorsqu’un site qui est déjà membre du réseau est pris la main dans le sac. En revanche, les acteurs du marché sont beaucoup plus réticents à l’idée d’intervenir en amont, c’est-à-dire avant de « brancher » un site à leur plate-forme.
L’exemple de Taboola l’illustre bien : après que nous l’avons sollicitée par courriel sur trois exemples problématiques, l’entreprise nous a recontactés en indiquant avoir analysé ces trois sites et constaté qu’ils contrevenaient à sa politique de contenus. Dès lors, Taboola « a décidé d’arrêter de collaborer avec [eux] et leur [ont] communiqué cette décision », nous a indiqué M. Singolda. L’entreprise a également affirmé qu’elle étudierait l’ensemble de nos signalements.
Contacté, Google n’a pas souhaité commenter de cas particuliers. L’entreprise nous a renvoyés vers le règlement du programme AdSense, précisant qu’il est possible pour tout internaute de lui signaler les sites dont le contenu serait contraire à sa charte. Les principaux cas prévus dans le formulaire n’ont cependant pas grand-chose à voir avec la désinformation (on y trouve les contenus pornographiques, les contenus violents, la vente d’armes ou de contrefaçons, etc.). La plate-forme se targue d’avoir retiré « 320 000 éditeurs » de son réseau pour violation de ses règles, mais cela n’empêche pas de grands sites de désinformation de toujours y figurer.
Si l’entreprise se montre aussi réservée sur la question, c’est vraisemblablement pour des questions économiques, bien sûr, mais aussi parce que le sujet est sensible politiquement. Aux Etats-Unis, Google a toujours refusé d’exclure le site d’extrême droite Breitbart d’AdSense.
« Des centaines d’annonceurs paient encore pour apparaître sur des sites de désinformation »
Au-delà des réseaux de publicité, les annonceurs eux-mêmes rechignent bien souvent à mettre les mains dans le cambouis. « On s’est aperçus que beaucoup ne sont bien souvent pas au courant du problème, laissant faire ceux qui pilotent les campagnes publicitaires », explique Pierre-Albert Ruquier, de l’entreprise Storyzy. Cette dernière monnaie justement aux publicitaires une liste de plus de vingt mille sites et chaînes de vidéos de désinformation, pour que leurs annonces n’apparaissent plus sur des sites douteux. Une activité qui en fait un bon observateur de l’écosystème.
« Il y a un vrai travail d’évangélisation à mener sur ce terrain » auprès des entreprises qui investissent dans la publicité en ligne, poursuit M. Ruquier. « En France, il y a des centaines d’annonceurs qui paient encore pour apparaître sur des sites de désinformation », sans forcément en avoir conscience, ajoute-t-il. Selon lui, autour de 2 % des publicités qui passent par des réseaux comme Google AdSense seraient affichées sur des sites peu fiables répertoriés par son entreprise.
Il est difficile de faire fortune avec un site de propagande, mais un site de taille correcte peut tout de même générer « quelques centaines ou milliers d’euros » par mois, estime Pierre-Albert Ruquier.
Faire pression sur les marques pour les responsabiliser
Les médias traditionnels, quant à eux, sont aussi concernés par ce problème. Ils côtoient de loin les sources les moins recommandables dans les réseaux, comme Taboola, Outbrain et Ligatus, ce qui pose des questions à la fois éthiques et financières (la prolifération de sites de mauvaise qualité a en effet tendance à déprécier la valeur de la publicité en ligne). Mais la presse, notamment à cause de sa fragilité économique, n’a jusqu’ici que peu pesé pour assainir le marché publicitaire.
Alors, la réaction est venue d’ailleurs. Des initiatives citoyennes ont émergé, la plus emblématique étant le collectif anonyme Sleeping Giants (les géants endormis), qui vise à faire pression sur les entreprises dont les publicités apparaissent sur des sites de propagande ou haineux. Par exemple, son antenne française interpelle régulièrement sur Twitter les marques qui apparaissent sur le site d’extrême droite Boulevard Voltaire.
A la fin 2017, le site Jeuxvideo.com avait fait l’objet d’une campagne du même type sur les réseaux sociaux. Des internautes appelaient alors les annonceurs du site à retirer leurs publicités pour dénoncer les campagnes de harcèlement en ligne émanant de ses forums. Plusieurs marques avaient alors décidé de suspendre leurs campagnes publicitaires sur le site, qui avait annoncé doubler le nombre de modérateurs salariés de ses forums.

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Si elles restent marginales pour l’heure, les campagnes de ce type sont peut-être l’une des clefs pour faire bouger les lignes. En nommant les acteurs concernés, elles rompent en effet avec le silence et l’hypocrisie qui prévaut depuis des années, permettant aux sites douteux de se financer en toute tranquillité.

Méthodologie et open data
Cette enquête s’appuie sur un corpus de 630 sites francophones analysés dans le cadre du Décodex, les répartissant en quatre grandes catégories : les sites parodiques (en bleu), les sites peu fiables (en rouge), les sites dont la fiabilité ou la démarche est douteuse (en orange) et les autres (sans couleur définie).
Nous avons ensuite analysé l’activité de ces sites sur les réseaux sociaux à partir des données fournies par l’outil BuzzSumo, de janvier 2015 à septembre 2018. Cela nous a permis de connaître le nombre d’articles publiés par ces sites, mois après mois, ainsi que l’« engagement » qu’ils ont suscité sur les réseaux sociaux (principalement Facebook), c’est-à-dire les partages, commentaires et mentions « j’aime ».
Les données utilisées dans cette enquête sont consultables ici. Par ailleurs, deux bases de données du Décodex sont disponibles sous licence Open Database Licence (ODbL). Chacun est donc libre de les réutiliser librement, à condition d’en citer la source (Les Décodeurs du Monde) et de partager le fruit de cette réutilisation dans les mêmes conditions. Il s’agit de :
Notre annuaire des sources d’information.Notre inventaire de plus de deux cents fausses informations et de plus de cinq mille liens qui les diffusent.





                            


                        

                        

