<FILE-date="2018/10/24/19">

<article-nb="2018/10/24/19-1">
<filnamedate="20181024"><AAMM="201810"><AAMMJJ="20181024"><AAMMJJHH="2018102419">
<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-1"> ¤ Dans le cadre du Monde Festival, les Montréalais pourront découvrir l’exposition « Gaumont : depuis que le cinéma existe », imaginée à l’occasion des 120 ans de la société.
<filname="PROF-0,2-3476,1-0,0-1"> ¤     


                A Montréal, Gaumont propose un voyage dans le cinéma d’hier, d’aujourd’hui et de demain


Dans le cadre du Monde Festival, les Montréalais pourront découvrir l’exposition « Gaumont : depuis que le cinéma existe », imaginée à l’occasion des 120 ans de la société.

LE MONDE
                 |                 24.10.2018 à 14h07
 • Mis à jour le
24.10.2018 à 17h24
                 |

                            Franck Nouchi

















Derniers articles publiés


            Intelligence artificielle : « Les scientifiques ne peuvent pas dire ce qui est bien ou mal »


            Au Québec, la lente marche en avant des peuples autochtones


            Au Monde Festival Montréal, les missions des musées en débat



Tous les articles






les articles les plus partagés


            Boris Cyrulnik : « L’attention à la maltraitance animale témoigne d’une société plus morale »


            « Tomber amoureux, cela n’arrive pas par hasard »


            « De plus en plus d’histoires d’amour démarrent à l’âge de la retraite »






les plus partagés











   


Après Paris, Angoulême, Singapour, Rangoon, Yokohama, La Havane, Mexico, et d’autres villes encore, l’exposition « Gaumont : depuis que le cinéma existe » va faire halte à Montréal, du 27 octobre au 25 novembre, à la Cinémathèque québécoise et à la Société des arts technologiques.
Présentée dans le cadre du Monde Festival, cette manifestation que Le Monde organise conjointement avec le journal Le Devoir dans la métropole québécoise sera l’occasion pour le public montréalais de découvrir quelques-uns des trésors de la collection constituée au fil du temps par la plus ancienne société cinématographique du monde.
Au début de cette extraordinaire aventure, il y a un homme, Léon Gaumont (1864-1946) qui avec l’aide de trois commanditaires (parmi lesquels Gustave Eiffel) crée, en 1895, la société L. Gaumont et Cie afin de développer des activités d’optique et de photographie. Initialement, les appareils qu’il met au point sont destinés aux forains. En 1900, à l’Exposition universelle, Léon Gaumont présente un appareil couplant un projecteur et un phonographe. Trois ans plus tard, en hommage à sa mère, qui se prénommait Marguerite, il décide de prendre une marguerite comme logo.
« Une princesse endormie qu’un magicien réveillera »
Viennent ensuite les premières salles de cinéma, en particulier le magnifique Gaumont Palace, 3 400 places, construit en 1910 sur l’hippodrome de la place de Clichy, à Paris. C’est le temps des premiers films Gaumont, dont ceux d’Alice Guy et de Louis Feuillade (Judex, Fantômas, Les Vampires). Le même Louis Feuillade qui disait : « La seule chose qui compte est de savoir si, dans ce film, sommeille une princesse endormie qu’un magicien réveillera tout à l’heure sous les rayons de la lampe merveilleuse… »

        Documentaire :
         

          « Charles Pathé et Léon Gaumont, premiers géants du cinéma »



Dès lors, même si la concurrence des grandes sociétés de production hollywoodiennes se fait de plus en plus âpre, l’histoire de Gaumont va se confondre avec celle du cinéma mondial. Jacques Becker, Robert Bresson, Sacha Guitry, Jean-Luc Godard, Barbet Schroeder, Eric Rohmer, Jean-Jacques Annaud, Werner Herzog, André Téchiné, Gérard Oury, Maurice Pialat, Michelangelo Antonioni, Jean-Paul Rappeneau, Joseph Losey, Federico Fellini, Francesco Rosi, Patrice Chéreau, Jerzy Skolimowski, Costa Gavras, Olivier Nakache et Eric Toledano, Anne Fontaine, Albert Dupontel, tant d’autres encore, verront leurs films produits par « la firme à la marguerite ».
Sur l’affiche de JLG/JLG, autoportrait de décembre, un film produit pour le centenaire de Gaumont dans le cadre d’une rétrospective du Museum of Modern Art de New York, Jean-Luc Godard fait figurer la mention suivante : « Les héritiers de Léon Gaumont présentent. »
« Travail de mémoire et de transmission »
« Cette exposition que nous faisons voyager un peu partout dans le monde, c’est notre manière à nous de prolonger notre travail de mémoire et de transmission, explique Ariane Toscan du Plantier, la directrice de la communication et du patrimoine de Gaumont. Avec Nicolas Seydoux, le président de Gaumont, et Sidonie Dumas, la directrice générale, notre idée est, loin de toute théorie, de tout didactisme, de proposer une sorte de voyage dans le cinéma, qui plaise aussi bien aux enfants qu’aux adultes. »
L’exposition propose une présentation d’objets et de costumes originaux, une sélection d’affiches, la possibilité d’écouter des musiques de film et de s’arrêter devant les projections de centaines d’extraits…
A la Cinémathèque québécoise de Montréal, le voyage sera davantage historique, assorti d’une rétrospective de films ; à la Société des arts technologiques, il sera plus prospectif grâce aux regards et à la réinterprétation de créateurs et de réalisateurs d’aujourd’hui sur les films Gaumont. Manière, selon Ariane Toscan du Plantier, dans cette véritable capitale de la réalité virtuelle et de l’intelligence artificielle qu’est Montréal, de « dépoussiérer un peu » l’histoire de Gaumont en ayant recours aux technologies les plus modernes.

        Le programme du Monde Festival Montréal :
         

          Le Monde Festival fait dialoguer le Québec et la France



« Gaumont : depuis que le cinéma existe »
Cinémathèque québécoise & Société des Arts Technologiques de Montréal
Du 27 octobre au 25 novembre 2018
Une séance spéciale Jean Vigo - gratuite pour le public du Festival* - avec la double projection des films restaurés « Taris » et « Zéro de Conduite » sera proposée à la Cinémathèque québécoise samedi 27 octobre à 14h.
*dans la limite des places disponibles


                                                Par                                                    Franck Nouchi














<article-nb="2018/10/24/19-2">
<filnamedate="20181024"><AAMM="201810"><AAMMJJ="20181024"><AAMMJJHH="2018102419">
<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-2"> ¤ Le documentaire de Ruth Beckermann, primé à Venise, raconte l’élection de Kurt Waldheim à la présidence autrichienne en 1986, malgré les révélations sur son passé nazi.
<filname="PROF-0,2-3476,1-0,0-2"> ¤                
                                    

« Waldheims Walzer » rafraîchit la mémoire de l’Autriche


                      Le documentaire de Ruth Beckermann, primé à Venise, raconte l’élection de Kurt Waldheim à la présidence autrichienne en 1986, malgré les révélations sur son passé nazi.



M le magazine du Monde
 |    24.10.2018 à 10h30
    |

            Blaise Gauquelin (Vienne, correspondant)








   


La salle du Votiv Kino est pleine à craquer. A la fin du film, des applaudissements soutenus accueillent la cinéaste autrichienne Ruth Beckermann. Son long-métrage Waldheims Walzer (« La valse de Waldheim ») a encore suscité, ce lundi 8 octobre au soir, l’enthousiasme dans ce cinéma viennois. Entièrement réalisé à partir d’images d’archives en grande partie inédites, il est auréolé du Prix du meilleur documentaire remis lors de la 68e Berlinale, en février. Début octobre, quatre jours après sa sortie, il avait déjà attiré plus de 5 000 spectateurs désireux de participer aux nombreux débats organisés avec son auteure à l’issue des projections.
« Ils veulent savoir comment émerge un mouvement civil d’opposition. Ceux qui se déplacent sont plutôt opposés à l’exécutif et “Waldheims Walzer” est porté par de bons retours presse. » Ruth Beckermann
Ruth Beckermann fait des films, mais c’est aussi une militante. Elle a activement participé au combat qu’elle décrit, à savoir, en 1986, la mobilisation pour obtenir le retrait du candidat Kurt Waldheim, ancien secrétaire général des Nations unies (1972-1981) et favori de l’élection présidentielle, sous les couleurs du parti chrétien conservateur ÖVP. En mars de cette année-là, l’hebdomadaire autrichien Profil avait révélé ses activités dans la Wehrmacht, longtemps cachées, pendant la seconde guerre mondiale. Le Congrès juif mondial avait par la suite multiplié les enquêtes, ce qui n’avait pas empêché Waldheim d’être élu avec 53,9 % des voix au second tour, le 8 juin 1986.
Alors que l’Autriche est désormais gouvernée par une coalition réunissant l’ÖVP et le Parti de la liberté (FPÖ, extrême droite), fondé par d’anciens nazis, le documentaire trouve un écho. « Il y a énormément de jeunes gens qui viennent lors de ces discussions », constate Ruth Beckermann, née en 1952. « Ils veulent savoir comment émerge un mouvement civil d’opposition. Ceux qui se déplacent sont plutôt opposés à l’exécutif et Waldheims Walzer est porté par de bons retours presse. On trouve toutefois en ligne des commentaires antisémites et haineux. »

        Lire aussi :
         

                Cinéma : à la Berlinale, la démocratie trébuche



Si la plupart des protagonistes du documentaire – en lice pour représenter l’Autriche aux Oscars – sont aujourd’hui décédés, l’ancien directeur de campagne du candidat, Heribert Steinbauer, est venu récemment donner son point de vue, lors d’une soirée très animée. « Il s’est malheureusement montré incapable de condamner les propos antisémites tenus par Alois Mock », ancien président de l’ÖVP (mort en 2017). A l’époque, il avait demandé au Congrès juif mondial de « cesser sa campagne, afin de ne pas réveiller des sentiments que plus personne ne veut voir resurgir. »
Quant aux membres du gouvernement actuel, ils brillent par leur discrétion. « Gernot Blümel [le ministre ÖVP chargé des affaires européennes, des arts, de la culture et des médias] a vu le film lors d’une projection à Berlin, relève la réalisatrice. Et, dans le cadre d’une réception par la suite, il a affirmé, comme l’a relaté la presse autrichienne, qu’il avait appris énormément de choses en le regardant, parce qu’il n’avait que 5 ans en 1986. Il aurait malgré tout pu lire un ou deux livres. »

La nécessité d’une conscience historique critique semble également étrangère au chancelier conservateur, le trentenaire Sebastian Kurz. « On l’a vu lorsqu’il a défendu, en juin, la création d’un “axe des bonnes volontés” entre les ministres de l’intérieur autrichien, italien et allemand sur les questions migratoires. Il ne semblait pas se souvenir de “l’axe Rome-Berlin” scellé, en 1936, entre Hitler et Mussolini », estime l’historienne Lucile Dreidemy, spécialiste de l’Autriche. 

        Lire aussi :
         

                L’image manquante de Vienne sous le Reich



L’Autriche s’est longtemps convaincue d’être une victime du nazisme. Et, même si une partie de sa population fait montre d’appétence pour la vérité (une manifestation a encore rassemblé plusieurs milliers de personnes pour protester contre les dérives droitières du pays, le 4 octobre), celle-ci souffre toujours majoritairement d’amnésie.



<article-nb="2018/10/24/19-3">
<filnamedate="20181024"><AAMM="201810"><AAMMJJ="20181024"><AAMMJJHH="2018102419">
<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-3"> ¤ L’univers des personnages d’A. A. Milne s’assombrit parfois dans cette variation produite par Disney, mais aussi coécrite par le cinéaste indépendant Alex Ross Perry.
<filname="PROF-0,2-3476,1-0,0-3"> ¤                     
                                                

« Jean-Christophe & Winnie » : un vent d’inquiétude sur la forêt des rêves bleus

L’univers des personnages d’A. A. Milne s’assombrit parfois dans cette variation produite par Disney, mais aussi coécrite par le cinéaste indépendant Alex Ross Perry.



LE MONDE
 |    24.10.2018 à 07h16
    |

                            Thomas Sotinel








                        



   


L’avis du « Monde » – pourquoi pas
La maison Disney a fondé sa réputation sur la satisfaction des attentes du consommateur. Winnie l’ourson en prises de vues réelles ? On attend des acteurs renommés (ici, Ewan McGregor), des créatures numériques qui font oublier qu’elles ne sont pas de peluche et de kapok, un scénario qui fait rire et pleurer, un « happy end ».
A la sortie de Jean-Christophe & Winnie, on peut cocher chacun de ces ingrédients sur la liste des commissions. Et pourtant ce film n’est pas comme les autres – pas comme les versions « live » du Livre de la jungle ou de La Belle et la Bête. Il y flotte un parfum d’étrangeté qui dérange l’ordonnancement attendu, empêchant le nouveau produit de la firme de Burbank de parvenir à la perfection. Ce semi-échec fait son charme.
Les lieux où Winnie, Tigrou, Bourriquet et les autres festoyaient et jouaient sont jonchés de débris
Prenez la séquence qui voit Winnie l’ourson se réveiller dans la forêt des rêves bleus après quelques décennies d’une hibernation provoquée par le départ de Jean-Christophe, le petit garçon dont l’imagination donnait vie à Winnie et sa tribu. Le bois idyllique est devenu un paysage embrumé qui fait grelotter. Les lieux où Winnie, Tigrou, Bourriquet et les autres festoyaient et jouaient sont jonchés de débris. L’ours en peluche erre entre les arbres menaçants, appelant en vain ses amis. Le réalisateur Marc Forster n’a pas la main légère – ses plus grandes réussites relèvent du mélodrame – et l’on s’attend presque à ce que le tigre, l’âne et le porc émergent du brouillard en claudiquant comme des zombies cannibales (Note aux parents : il n’en sera rien, les enfants en seront quittes pour une petite frayeur).
On est juste après la fin de la seconde guerre mondiale, pendant laquelle Jean-Christophe (Ewan McGregor) a combattu. Obsédé par son emploi de directeur de la productivité dans une fabrique de bagages, il s’est transformé en un bureaucrate qui rapporte son obsession du rendement à la maison. Plutôt que de lire L’Ile au trésor à sa petite fille, il préfère lui enseigner la gloire de l’Angleterre victorienne. Un week-end qu’il a laissé épouse (Hayley Atwell) et enfant partir à la campagne, près du bois de son enfance, Jean-Christophe retrouve Winnie, surgi du passé.
Produit de grande consommation
Pendant ce long prologue qui met aussi bien en scène la solitude de Winnie que les traumatismes britanniques (pensionnat, Blitz, campagne d’Europe, reconstruction) que traversent Jean-Christophe et les siens, le film acquiert une couleur presque désespérée. On la retrouve par la suite de temps en temps, après que le héros a retrouvé le chemin de la forêt des rêves bleus, lorsqu’il manque de se noyer dans une fosse à éfélants, par exemple. Le finale burlesque rétablit l’ordre optimiste, défaisant la cohérence du récit, rassurant le jeune public.
La raison de ces bizarreries se trouve sans doute au générique de Jean-Christophe & Winnie, dans l’énumération des scénaristes. Par ordre de surprise : Allison Schroeter, qui a écrit Les Figures de l’ombre – habile évocation du sort des femmes afro-américaines employées par la Nasa ; Tom McCarthy, réalisateur de Spotlight, dénonciation de la pédophilie dans le clergé catholique, célébration du journalisme ; et enfin Alex Ross Perry, figure du cinéma indépendant américain.
L’injection de corps étrangers au système de production a laissé des traces, étranges et attachantes
Le réalisateur de Listen Up Philip, qui vient de présenter Her Smell au Festival de Toronto, aime les personnages insupportables qu’il précipite dans des situations gênantes, humiliantes, qui les portent au seuil de la désintégration. Or, si les règles en vigueur chez Disney n’étaient pas si strictes, ce sont exactement les catastrophes qui menacent l’ex-petit garçon et l’ours en peluche.
On voit bien que les anticorps du cinéma de distraction ont été assez puissants pour que Jean-Christophe & Winnie reste un produit de grande consommation. Il n’empêche que l’injection de corps étrangers au système de production a laissé des traces, étranges et attachantes.

Film américain de Marc Forster. Avec Ewan McGregor, Hayley Atwell, Mark Gatiss (1 h 44). Sur le Web : disney.fr/films/jean-christophe-et-winnie et movies.disney.com/christopher-robin



                            


                        

                        


<article-nb="2018/10/24/19-4">
<filnamedate="20181024"><AAMM="201810"><AAMMJJ="20181024"><AAMMJJHH="2018102419">
<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-4"> ¤ Le premier long-métrage d’Hadas Ben Aroya est une tragi-comédie drolatique.
<filname="PROF-0,2-3476,1-0,0-4"> ¤                     
                                                

« People That Are Not Me » : bonneteau sentimental et sexuel à Tel-Aviv

Le premier long-métrage d’Hadas Ben Aroya est une tragi-comédie drolatique.



LE MONDE
 |    24.10.2018 à 07h13
 • Mis à jour le
24.10.2018 à 07h35
    |

            Jacques Mandelbaum








                        



   


L’avis du « Monde » – à ne pas manquer
Tout plaide – dès le premier plan – pour un film générationnel. Une fille en pleurs, dans un appartement de postadolescente, à moitié nue devant son ordinateur, envoie un message comme une bouteille à la mer au garçon dont on suppose qu’il vient de la laisser tomber. Extension informatique de soi-même, précarité et insatisfaction sociale, errance affective, ordalie sexuelle. Ou égotisme généralisé, tout le monde se parlant à soi-même alors même qu’il s’adresse à l’autre. People That Are Not Me, comme le titre le dit si bien. Ça fait effectivement du monde.

        Lire l’entretien avec Hadas Ben Aroya :
         

          « Le numérique est inhérent à tout type de relation aujourd’hui »



Joy, Israélienne d’à vue de nez 30 ans, représente ici un type sociologique occidental, une sorte de keatonisme féministe. La réalisatrice Hadas Ben Aroya, qui a bricolé ce premier long-métrage pour la fin de ses études, compose et interprète ce personnage avec un culot, un charme et un talent remarquables. Petite brunette vive au visage polymorphe, marchant à cent à l’heure, laconique et rentre-dedans, baignant dans un océan de mauve et de violet, victime sérielle de son angoisse et de la fatalité quant au choix de ses partenaires masculins. Le personnage est insolite, attachant, drolatique. Il conjoint l’humour dépressif à la première personne du cinéma de Woody Allen à la crudité sexuelle et au marasme sentimental des séries contemporaines produites par Judd Apatow, comme Girls ou Love.

        Lire le récit :
         

          Nuit blanche avec sept cinéastes israéliennes



Il y a là l’ex, qui la fuit. Nir, un échalas qui termine sa thèse. Et Oren, un kibboutznik introverti
Le décor télavivien accueillant cette tragi-comédie de la quête sentimentale est réduit à sa plus simple expression. Un appartement, bulle « girly » destinée à contenir tout le désenchantement du monde. Une allée arborée pour en sortir. Un autre appartement, non loin dans la même allée, devant la porte duquel son ancien petit ami la laisse moisir. Un bar-dance floor électro où pister de potentiels nouveaux décollages. Le film tourne entre ces lieux sans que rien n’y bouge réellement, tel un manège à ­quatre chevaux. Il y a là l’ex, qui la fuit et voudrait tout au plus récupérer le double des clés de son appartement. Nir, un échalas qui termine sa thèse, en qui Joy est encline à voir son sauveur affectif. Et Oren, un kibboutznik introverti qui déménage en ville et aspire à devenir son colocataire.
La mise en scène organise entre ces figures un jeu de bonneteau burlesque, qui met les apparences cul par-dessus tête. Nir affecte la souffrance romantique. En réalité, c’est un salopard d’autant plus splendide qu’il s’ignore. Phobique, incapable de nouer un lien véritable avec quiconque, logorrhéique, il ne songe qu’à terminer sa thèse. Ce grand oiseau malade envoûte Joy par son érudition, mais passe son temps à parler au lit et ne semble pouvoir tirer plaisir que de l’éventualité d’une éjaculation faciale. A l’inverse, Oren le paysan sioniste au verbe rare et aux épaules de déménageur se révèle d’une sensibilité maladive. Lorsque Joy, par une nuit de doute et de déconvenue, jette brutalement et crûment sur lui son dévolu, l’athlète perd tous ses moyens, se révèle tout en pudeur et en demande de tendresse.
Stoïcisme masochiste
Le désarroi – et aussi bien sa drôlerie – vient ici de la désynchronisation des sentiments, du timing passionnel cahoteux entre les personnages. A la traîne perpétuelle de Nir, faux rédempteur qui lui inflige la nécessité d’un stoïcisme masochiste, Joy, par un sursaut qu’elle pense salvateur, tétanise à son tour le doux et timide Oren par l’électrochoc d’une franche et impérieuse avance sexuelle. Ce funeste désordre des choses, cette sombre fatalité qui désaccorde les personnages tombent sur le film comme une force qui s’ingénie à contrecarrer son aspiration manifeste à la joie, à la simplicité, à la légèreté. Tout dans la mise en scène y conduit pourtant : Joy et son sourire désarmant, sa propension à vivre nue, le minimalisme de l’action et du décor, la fluidité des plans-séquences, la pop télavivienne ténue et planante (Buttering Trio, Garden City Movement) qui enrobe ce monde de douceur.
Cette sourde lutte des forces antagonistes, ces constants paradoxes qui déjouent le programme font en même temps de People That Are Not Me un film plein de vie. Une œuvre venue du Moyen-Orient mais tournée dans la lumière hivernale de Tel-Aviv. Un film obsédé par la sexualité, mais dont les images les plus frappantes en la matière prennent des voies de traverse. L’autoérotisme d’un orang-outan qui urine joyeusement dans sa propre bouche sur la chaîne YouTube. L’amour aliéné d’une jeune femme entrée par effraction, qui s’agrippe avec l’énergie d’une possédée à son ex-amant endormi. Deux images nocturnes, enragées, déviantes, saisies au cœur de la solitude qui les engendre, mais exprimées avec la distance humoristique qui permet de les partager.

Film israélien d’Hadas Ben Aroya. Avec Hadas Ben Aroya, Yonatan Bar-Or, Netzer Charitt (1 h 20). Sur le Web : www.waynapitch.com/people-that-are-not-me

Les sorties cinéma de la semaine (mercredi 24 octobre)
Les Ames mortes, documentaire français et suisse de Wang Bing (à ne pas manquer)People That Are Not Me, film israélien d’Hadas Ben Aroya (à ne pas manquer)La Tendre Indifférence du monde, film kazakh et français d’Adilkhan Yerzhanov (à ne pas manquer)Le Rouge et le Gris. Ernst Jünger dans la Grande Guerre, documentaire français de François Lagarde (à ne pas manquer)Cold War, film polonais, anglais et français de Pawel Pawlikowski (à voir)L’Envers d’une histoire, documentaire français et serbe de Mila Turajlic (à voir)Le Grand Bain, film français de Gilles Lellouche (à voir)Halloween, film américain de David Gordon Green (pourquoi pas)Jean-Christophe & Winnie, film d’animation américain de Marc Forster (pourquoi pas)Quien te cantara, film espagnol et français de Carlos Vermut (on peut éviter)
A l’affiche également :
Bamse au pays des voleurs, film d’animation suédois de Christian RylteniusChair de poule 2, les Fantômes d’Halloween, film américain d’Ari SandelDakini, film bouthanais de Dechen RoderInvasion, film iranien de Shahram MokriPlace de la République, printemps 2016, documentaire français de Leila Ben Aribi





                            


                        

                        


<article-nb="2018/10/24/19-5">
<filnamedate="20181024"><AAMM="201810"><AAMMJJ="20181024"><AAMMJJHH="2018102419">
<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-5"> ¤ Avec son premier long-métrage, « People That Are Not Me », la jeune cinéaste fait souffler un vent de renouveau sur le cinéma israélien.
<filname="PROF-0,2-3476,1-0,0-5"> ¤                     
                                                   
édition abonné


Hadas Ben Aroya, réalisatrice : « Le numérique est inhérent à tout type de relation aujourd’hui »

Avec son premier long-métrage, « People That Are Not Me », la jeune cinéaste fait souffler un vent de renouveau sur le cinéma israélien.



LE MONDE
 |    24.10.2018 à 07h12
 • Mis à jour le
24.10.2018 à 07h14
    |

                            Mathieu Macheret








                        



                                


                            

Hadas Ben Aroya, réalisatrice d’à peine 30 ans, fraîchement sortie de ses études de cinéma, apporte avec son premier long-métrage, People That Are Not Me, remarqué en 2016 au Festival de Locarno, un vent de renouveau, de franchise et de spontanéité dans le champ du cinéma israélien. Un film tourné en neuf jours, qui a l’impudeur d’une mise à nu et l’effronterie des premières fois.

Quel est votre parcours ?
Je viens d’une ville du sud d’Israël. Ma mère était professeure de mathématiques et mon père ingénieur : aucun rapport avec le monde de l’art. Je suis passée par la peinture, le théâtre, la danse, avant d’étudier le cinéma. People That Are Not Me est mon film de fin d’études à l’université de Tel-Aviv. Ce n’est que pendant le tournage que moi et mon petit ami de l’époque, Meidan Arama, le chef opérateur du film, nous nous sommes rendu compte qu’on pouvait en tirer un long-métrage. Ce fut difficile, car nous faisions tout nous-mêmes, des affiches à la bande-annonce… Mais nous nous aimions beaucoup, au point de fonder notre petite maison de production et de donner naissance à ce film comme à notre premier enfant. On a rompu depuis, mais on s’acharne à travailler ensemble !
Votre film est le portrait d’une génération connectée, qui mène sa vie sentimentale avec les outils numériques.
C’était impensable de dresser un portrait des relations amoureuses actuelles sans les rattacher à notre environnement numérique. A vrai dire, c’est inhérent à n’importe quel type de relation aujourd’hui. Par exemple, Joy, l’héroïne, s’enregistre avec sa webcam pour envoyer un message d’amour à son ex-petit ami. Elle pleure à chaudes larmes, mais, à la fin, elle choisit quand même la meilleure prise. Elle exprime sincèrement ses sentiments et, en même temps, elle les met en scène. C’était une façon de montrer comment on façonne, comment on arrange notre image dans le monde virtuel. On filtre,...




                        

                        


<article-nb="2018/10/24/19-6">
<filnamedate="20181024"><AAMM="201810"><AAMMJJ="20181024"><AAMMJJHH="2018102419">
<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-6"> ¤ Wang Bing donne la parole aux rescapés d’un camp de rééducation par le travail.
<filname="PROF-0,2-3476,1-0,0-6"> ¤                     
                                                

« Les Ames mortes » : un mausolée pour les victimes du maoïsme

Wang Bing donne la parole aux rescapés d’un camp de rééducation par le travail.



LE MONDE
 |    24.10.2018 à 07h11
 • Mis à jour le
24.10.2018 à 07h35
    |

                            Mathieu Macheret








                        



   


L’avis du « Monde » – à ne pas manquer
S’il fallait trouver une ­ligne de mire à l’œu­vre du documentariste Wang Bing, ce serait assurément le Grand Bond en avant (la politique économique lancée par Mao Tsé-toung en 1958), au­tour duquel le cinéaste n’a cessé de tourner, avec Fengming, chronique d’une femme chinoise (2007), puis avec Le Fossé (2010, sa seule fiction), pour mettre au jour ses zones d’ombres et ses exactions. Les Ames mortes, son nouveau film, tourné sur plus de dix ans et présenté hors compétition au dernier Festival de Cannes, s’inscrit dans cette démarche démystificatrice, concernant les purges antidroitistes de 1957 dont les victimes furent envoyées de force au laogai (« camp de rééducation par le travail »).

        Lire la critique parue lors du Festival de Cannes :
         

          « Les Ames mortes », mémoires plurielles des crimes maoïstes



Du haut de ses huit heures et quinze minutes, réparties en trois séances, le film pourrait sembler un monolithe surplombant s’il n’était en fait une course contre la montre, recueillant le plus de témoignages possible auprès des rescapés, afin de constituer une batterie de faits opposables aux versions officielles d’une histoire en voie d’être définitivement réécrite.

        Lire le portrait :
         

          Wang Bing, dans les failles de l’histoire chinoise



Les Ames mortes s’intéresse plus particulièrement à un lieu de sinistre mémoire : la ferme de Jianbiangou, proche du désert de ­Badain Jaran, où près de 2 500 prisonniers politiques (sur 3 000 internés) ont trouvé la mort entre 1957 et 1961. Devant la caméra de Wang Bing se succèdent les survivants de ce camp infernal, aujour­d’hui des vieillards retirés, qui reviennent in extenso sur cette séquence historique et l’éclairent au jour des expériences individuelles – cette lumière tant redoutée (et pour cause) par les grands récits collectivistes.
Témoignages bouleversants
Au fil des témoignages, tous bouleversants, on plonge au cœur des dérives d’une glaçante entreprise de déshumanisation, qui prend ici le visage d’une bureaucratie en proie à la paranoïa la plus délirante. Frappe en premier lieu le fait que les ex-prisonniers de Jianbiangou n’avaient rien de violents dissidents politiques, mais étaient pour la plupart des citoyens comme les autres, souvent des intellectuels (enseignants, ingénieurs, etc.), qui accueillirent la révolution d’un acquiescement sincère. Beaucoup d’entre eux sont tombés dans le panneau de la campagne des Cent Fleurs (de février à juin 1957), grand appel lancé à la population pour faire ­remonter ses critiques au Parti, mais qui servit aussi à couper les têtes qui dépassaient ou les langues trop bien pendues.
Les Ames mortes se vit surtout comme un effroyable et effarant récit de la faim, cette ultime détresse humaine qui fonctionne comme une suspension de toute humanité. Jianbiangou fut le siège d’une famine terrible, cause première de son haut taux de mortalité. Les rescapés racontent comment les prisonniers étaient, par manque de vivres, renvoyés à l’état sauvage et réduits aux dernières extrémités, jusqu’à celle du cannibalisme, mais aussi les conditions d’internement déplorables qui étaient les leurs : le manque d’hygiène, la saleté, la vermine, les couches creusées à même le sol. Un abandon qui ­répond moins à une froide logique d’extermination qu’à un naufrage complet de l’administration pénitentiaire, incapable de répondre à l’afflux de prisonnierscomme au tarissement des ressources agricoles.
« Les Ames mortes » se vit surtout comme un effroyable et effarant récit de la faim, cette ultime détresse humaine
Wang Bing construit, pour les intervenants, un cadre qui, au sein de leurs petits intérieurs, leur ouvre un espace de parole approprié. Les témoins se montrent ­alternativement diserts ou évasifs, distants ou emportés, mais ce que l’on remarque à leur côté, c’est aussi la présence de leurs épouses. Souvent silencieuses, elles nimbent les récits d’une conscience supplémentaire, terriblement émouvante : celles des proches frappés par l’internement d’un parent, qui devaient en supporter à la fois l’infamie, l’angoisse et les privations subséquentes.
Le cinéaste ne lâche pas ses témoins d’un pouce, les relance, leur demande toujours plus de précisions : des dates, des faits, des détails, des circonstances, des noms surtout. C’est que le travail filmique court contre la disparition de ces rescapés âgés. Parfois, la caméra s’aventure à l’extérieur, pour filmer l’enterrement d’un témoin ou retourner sur le site même de Jianbiangou, devenu un paisible village, où disparaissent peu à peu les traces du camp et où l’on n’admet pas même une plaque commémorative. On comprend alors l’insistance de Wang Bing à faire énoncer le nom des victimes, de toutes les victimes possibles, aux derniers rescapés : Les Ames mortes est un mausolée dressé à leur mémoire. En l’érigeant au fil des années, le cinéaste a endossé la défroque de l’historien, venu déterrer les souffrances enfouies sous l’écrasant roulement du siècle.



Documentaire français et suisse de Wang Bing (8 h 43). Sur le Web : www.acaciasfilms.com/film/les-ames-mortes



                            


                        

                        


<article-nb="2018/10/24/19-7">
<filnamedate="20181024"><AAMM="201810"><AAMMJJ="20181024"><AAMMJJHH="2018102419">
<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-7"> ¤ Le cinéaste Adilkhan Yerzhanov suit la route tragique d’un tandem burlesque et délicat.
<filname="PROF-0,2-3476,1-0,0-7"> ¤                     
                                                

« La Tendre Indifférence du monde » : Bonnie et Clyde en terre kazakhe

Le cinéaste Adilkhan Yerzhanov suit la route tragique d’un tandem burlesque et délicat.



LE MONDE
 |    24.10.2018 à 07h10
    |

            Clarisse Fabre








                        



   


L’avis du « Monde » – à ne pas manquer
Il faut imaginer un film de ­Takeshi Kitano où l’amour aurait pris (largement) le ­dessus, où la violence serait une bulle pop qui finit par éclater, de temps à autre, dans un bain d’une douceur infinie. Le sang n’est pas au programme, mais quelques gouttes viennent tacher une fleur immaculée. Sélectionné à Un certain regard, à Cannes, La Tendre Indifférence du monde, du cinéaste kazakh Adilkhan ­Yerzhanov, a marqué les esprits par sa beauté visuelle, son épure bressonienne, son tandem de comédiens qui se lance sur la route tels Roméo et Juliette, et la termine façon Bonnie and Clyde. Comme le résume Serge Gainsbourg dans sa chanson (1968), c’est la société qui les a abîmés.

        Lire la critique parue lors du Festival de Cannes :
         

          « La Tendre Indifférence du monde », l’éternité des amants



Adilkhan Yerzhanov, réalisateur : « Le destin de 100 % de mes films, au Kazakhstan, c’est l’étagère, personne ne les voit »
Au Kazakhstan, le cinéma d’Adilkhan Yerzhanov est classé comme « partisan », parce qu’il raconte la société contemporaine. Le réalisateur revendique dans le dossier de presse son appar­tenance à la génération de la nouvelle vague kazakhe qui l’a pré­cédée, tel le bressonien Darezhan Omirbaev. Mais il avoue avoir ­regardé dernièrement beaucoup de films de Kitano et de Fellini : « Vous savez, quand j’ai commencé à faire le film, je ne rêvais même pas qu’il serait à Un certain regard, à Cannes. Le destin de 100 % de mes films, au Kazakhstan, c’est l’étagère, personne ne les voit. Donc j’essayais simplement de faire un film qui me plaise à moi. »
Saltanat, jeune femme d’une grande beauté – incarnée par ­Dinara Baktybayeva, star de films commerciaux au Kazakhstan –, doit quitter sa maison et les champs de son enfance pour éponger les dettes de son père défunt. Elle est promise à un mariage avec un homme d’affaires. Sa mère n’est pas tendre et l’envoie pour ainsi dire à l’abattoir. Saltanat peut toutefois compter sur son ami de toujours, Kuandyk (Kuandyk Dussenbaev), amoureux transi, plus délicat que maladroit : il décide de l’accompagner en ville et de veiller sur elle. Mais peut-on gagner de l’argent dans ce pays sans trahir, sans mettre soi-même un pied dans l’engrenage mafieux ?
L’éphémère du bonheur
Les deux personnages ne perdent jamais complètement leur droiture. Quand ils dévalent l’escalier après avoir dégommé d’affreux bandits, ils sont juste en train d’apprendre les règles de la survie. Kuandyk va conserver humour et autodérision envers et contre tout : dans une scène magnifique de poésie, il mime un voyage en avion qui les emmènerait lui et sa belle loin de ce cauchemar. La craie sur le mur et le dessin naïf sont promis à l’effacement et à l’éphémère du bonheur.
Kuandyk Dussenbaev, jeune acteur qui tient son premier rôle principal au cinéma, joue un personnage rassurant et naïf, si cela est possible. Il est donc un peu hors du temps et de la réalité. Comme sorti d’une bande dessinée, il est capable de reprendre sa course, à peine essoufflé, après avoir combattu tous les malfrats qui se présentent. Ce côté gaguesque, kitanesque, garde le film en lévitation, lui évite de plonger dans une vraisemblance mélodramatique. De même, la comédienne, en gardant sa retenue originelle, et sa tenue rouge comme emblème d’une grâce et d’une élégance que rien ne saurait atteindre, s’envole littéralement avec son ombrelle. Elle devient bulle, pétale de coquelicot… La beauté n’est jamais sirupeuse, et la fin pas malheureuse, si l’on en croit le jeune réalisateur. Ils sont mieux là, nous dit-il, ensemble et réunis dans la mort, que sur Terre.

Film kazakh et français d’Adilkhan Yerzhanov. Avec Dinara Baktybayeva, Kuandyk Dussenbaev (1 h 39). Sur le Web : www.arizonafilms.fr/films/la-tendre-indifference-du-monde



                            


                        

                        


<article-nb="2018/10/24/19-8">
<filnamedate="20181024"><AAMM="201810"><AAMMJJ="20181024"><AAMMJJHH="2018102419">
<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-8"> ¤ Mila Turajlic retrace l’histoire récente de son pays à travers le regard de sa mère.
<filname="PROF-0,2-3476,1-0,0-8"> ¤                     
                                                

« L’Envers d’une histoire » : retour sur cinquante ans de bouleversements en Serbie

Mila Turajlic retrace l’histoire récente de son pays à travers le regard de sa mère.



LE MONDE
 |    24.10.2018 à 07h10
 • Mis à jour le
24.10.2018 à 07h34
    |

                            Mathieu Macheret








                        



   


L’avis du « Monde » – à voir
Le deuxième long-métrage documentaire de Mila Turajlic (après Cinema Komunisto, 2010) est habité tout du long par une idée forte : celle des rapports entre histoire et héritage ou, pour le dire autrement, que ce que l’on reçoit de ses parents concerne tout autant le domaine intime que le destin politique d’un pays. Ainsi peut-on voir L’Envers d’une histoire autant comme un portrait de famille que comme un retour sur cinquante ans d’histoire serbe.
Pour cela, la réalisatrice, née en 1979, choisit de poser sa caméra dans un lieu stratégique : un appartement familial en plein cœur de Belgrade, nationalisé en 1949 par le pouvoir communiste de Tito et scindé depuis en deux, où ses grands-parents et parents durent cohabiter à proximité de nouveaux voisins, derrière les pans d’un faux mur posé à l’occasion dans leur salon. C’est depuis cette paroi, à la fois physique et symbolique, que Mila Turajlic envisage les bouleversements historiques qui suivirent : la désagrégation de la Yougoslavie, l’arrivée au pouvoir de Slobodan Milosevic, sa politique ethniciste et belliciste, ses réélections successives, puis le renversement du régime par la révolution démocratique du 5 octobre 2000. Autant d’événements qui ne furent jamais que les symptômes d’une division profonde et toujours persistante de la Serbie.
Scepticisme et résignation
Mais, dans cet appartement vit une résidente hors du commun qui apparaît comme le véritable sujet du film : Srbijanka Turajlic, la propre mère de la réalisatrice, professeure de maths aux cheveux courts et vêtue comme un garçon, figure majeure de l’opposition à Milosevic, mais aussi de la révolution du 5 octobre, puis une ministre du gouvernement de transition démocratique, avant qu’elle ne se retire de la vie publique, qu’elle commente néanmoins régulièrement à la télévision. Pourtant, devant la caméra de sa fille, Srbijanka affiche un troublant scepticisme teinté de résignation : elle eut beau lutter toute sa vie pour la liberté, ses concitoyens n’en restent pas moins tiraillés, à chaque nouvelle élection, entre les tentations nationalistes, populistes ou l’illibéralisme prorusse.
Animé par un esprit de clarté, le film parvient à entremêler des trames historiques, générationnelles et géopolitiques complexes, grâce à un travail de montage extrêmement efficace, d’une grande fluidité narrative, truffé en outre d’images d’archives étonnantes et peu montrées (l’apostrophe catastrophée de Vinko Hafner, l’un des « pères fondateurs » de la Yougoslavie, à un Milosevic drapé dans son orgueil sur les bancs du Parlement).
Mila Turajlic joue sur la façon dont l’intérieur (l’appartement) et l’extérieur (la rue, l’espace public) se convoquent mutuellement
Mila Turajlic joue sur la façon dont l’intérieur (l’appartement) et l’extérieur (la rue, l’espace public) se convoquent mutuellement. Sa caméra joue avec habileté du motif des embrasures et des fenêtres qui permettent à l’un et l’autre de communiquer : celles qui ouvrent au-dehors et permettent d’observer, par exemple, les manifestations en cours, mais aussi la télévision, où bruissent les images du pays. Le film n’est ainsi fait que de seuils à franchir, jusqu’au seuil ultime et originel : la scission de l’appartement.
Mais, en matière de passage, le plus beau est encore le relais, d’un côté à l’autre de la caméra, entre la mère et sa fille : ce flambeau des luttes que l’on n’a pas pu mener jusqu’au bout et, avec lui, la vigueur d’un pessimisme sachant qu’il n’y a, peut-être, pas grand-chose à espérer des révolutions. Du moins jusqu’à la prochaine.



Documentaire français et serbe de Mila Turajlic (1 h 44). Sur le Web : www.survivance.net/document/47/69/L-envers-d-une-histoire et www.othersideofeverything.com



                            


                        

                        


<article-nb="2018/10/24/19-9">
<filnamedate="20181024"><AAMM="201810"><AAMMJJ="20181024"><AAMMJJHH="2018102419">
<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-9"> ¤ Paolo Moretti mène un travail de fond avec le Festival international du film et le cinéma Le Concorde.
<filname="PROF-0,2-3476,1-0,0-9"> ¤                     
                                                   
édition abonné


A La Roche-sur-Yon, la cinéphilie toute l’année

Paolo Moretti mène un travail de fond avec le Festival international du film et le cinéma Le Concorde.



LE MONDE
 |    24.10.2018 à 07h07
    |

            Véronique Cauhapé (La Roche-sur-Yon (Vendée), envoyée spéciale)








                        



                                


                            

Une semaine de météo au zénith. Et cependant, une semaine de salles obscures remplies, du matin jusqu’au soir, d’un public assidu et éclairé. Voilà, en tout premier lieu, ce qui surprend au Festival international du film de La Roche-sur-Yon, en Vendée : la présence en nombre de spectateurs qui aiment le cinéma et dont on devine qu’ils ne s’en laissent pas si facilement conter.
Cela tombe bien puisque la sélection des films en compétition n’a assombri d’aucune fausse note sa 9e édition. Parvenant même à trouver dans son caractère généraliste, et parmi tous les autres festivals, son identité propre. Cette identité s’est établie sur la créativité narrative et formelle reliant chacun des films présentés. Elle est perceptible dans le palmarès révélé lors de la soirée de clôture, dimanche 21 octobre.
Une vie consacrée au cinéma
Le Prix spécial du jury ayant été décerné, ex æquo, à l’irrévérencieux film de Yorgos Lanthimos, The Favourite (Prix d’interprétation et Grand Prix du jury à la Mostra de Venise), et à Profile, de Timur Bekmambetov, un long-métrage entièrement construit sur les images des ordinateurs des protagonistes. Tandis que le Grand Prix du jury Ciné + a couronné What You Gonna Do When the World’s on Fire ?, le film documentaire de Roberto Minervini sur la communauté afro-américaine de Baton Rouge.

La raison de cette double exigence – du public et de la programmation –, qui fait l’une des spécificités de ce rendez-vous annuel, tient en grande partie à la sensibilité d’un homme qui, depuis presque vingt ans, consacre sa vie au cinéma. Paolo Moretti, 42 ans (l’air d’en avoir à peine 30), est un Italien qui n’a cessé de parcourir l’Europe au gré des institutions et festivals où il a travaillé, le Centre Pompidou à Paris, la Filmoteca Española à Madrid, la Cinémathèque portugaise à Lisbonne. De 2008 à 2013, il a collaboré aux festivals de Venise et Rome avant de devenir...




                        

                        


<article-nb="2018/10/24/19-10">
<filnamedate="20181024"><AAMM="201810"><AAMMJJ="20181024"><AAMMJJHH="2018102419">
<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-10"> ¤ Chaque mercredi, « La Matinale du Monde » propose ses coups de cœur à voir sur grand écran.
<filname="PROF-0,2-3476,1-0,0-10"> ¤                     


Article sélectionné dans La Matinale du 23/10/2018
Découvrir l’application


                        

Ballet aquatique, cavale amoureuse et goulag chinois : une semaine au cinéma

Chaque mercredi, « La Matinale du Monde » propose ses coups de cœur à voir sur grand écran.



LE MONDE
 |    24.10.2018 à 06h21
 • Mis à jour le
24.10.2018 à 07h23
   





                        


LES CHOIX DE LA MATINALE
Un programme éclectique vous attend pour cette première semaine de vacances avec un ballet aquatique déjanté pour hommes malmenés par la vie, un Bonnie and Clyde en terre kazakhe, une tragi-comédie de la quête sentimentale, et le témoignage bouleversant et glaçant de rescapés de camps de travaux forcés en Chine.
« Le Grand Bain » : quand les noyés de la vie se synchronisent

Trop rares sont les comédies populaires françaises qui ne courent pas au succès – qui peut d’ailleurs se révéler un insuccès – en appliquant une formule resucée. Ce sont peut-être ses points communs avec The Full Monty (1997), de Peter Cattaneo, qui faisait s’effeuiller ses chômeurs-strip-teaseurs sur fond de démantèlement métallurgique et de libéralisme thatchérien, qui donnent à Grand Bain ce petit goût excentrique, collectif et absurde qui lui va si bien. Renouant avec une vocation de réalisateur plutôt sporadique et jusqu’ici à moitié assumée (Narco, avec Tristan Aurouet, 2004 ; Les Infidèles, avec Jean Dujardin, 2012), l’acteur Gilles Lellouche convoque pour ce faire un imposant aréopage de virilités malmenées par la vie, parsème son récit de rôles féminins par contraste bien trempés, pour ne pas dire sévèrement burnés, et jette tout ce petit monde dans l’eau du bain pour signer une comédie chorale joyeusement mélancolique, décroissante, tendre et décalée. Jacques Mandelbaum
Film français de Gilles Lellouche. Avec Virginie Efira, Marina Foïs, Leïla Bekhti, Mathieu Amalric, Guillaume Canet, Benoît Poelvoorde, Jean-Hugues Anglade, Philippe Katerine, Félix Moati, Balasingham Thamilchelvan (1 h 58).
« People That Are Not Me » : Joy, post-ado de 30 ans, désespère des hommes

Tout plaide – dès le premier plan – pour un film générationnel. Une fille en pleurs, dans un appartement de post-adolescente, à moitié nue devant son ordinateur, envoie un message comme une bouteille à la mer au garçon dont on suppose qu’il vient de la laisser tomber. Extension informatique de soi-même, précarité et insatisfaction sociale, errance affective, ordalie sexuelle. Ou égotisme généralisé, tout le monde se parlant à soi-même alors même qu’il s’adresse à l’autre. People That Are Not Me, comme le titre le dit si bien. Ça fait effectivement du monde. Joy, jeune Israélienne d’à vue de nez 30 ans, représente ici un type sociologique occidental, féministe. La réalisatrice Hadas Ben Aroya, qui a bricolé ce premier long-métrage pour la fin de ses études, compose et interprète ce personnage avec un culot, un charme et un talent tout à fait remarquables. J. M.
Film israélien d’Hadas Ben Aroya. Avec Hadas Ben Aroya, Yonatan Bar-Or, Netzer Charitt, Meir Toledano, Hagar Enosh (1 h 20).
« Les Ames mortes » : retour glaçant sur les camps de concentration maoïstes

Tourné sur plus de dix ans et présenté hors compétition au dernier Festival de Cannes, ce documentaire s’inscrit dans une démarche démystificatrice des purges antidroitistes de 1957 dont les victimes furent envoyées de force au laogai (« camp de rééducation par le travail »). Du haut de ses 8 heures 15, réparties en trois séances, le film pourrait sembler un monolithe surplombant s’il n’était en fait une course contre la montre, recueillant le plus de témoignages possible auprès des rescapés, afin de constituer une batterie de faits opposables aux versions officielles d’une histoire en voie d’être définitivement réécrite.
Les Ames mortes s’intéresse plus particulièrement à un lieu de sinistre mémoire : la ferme de Jianbiangou, proche du désert de Badain Jaran, où près de 2 500 prisonniers politiques (sur 3 000 internés) ont trouvé la mort entre 1957 et 1961. Devant la caméra de Wang Bing se succèdent les survivants de ce camp infernal, aujourd’hui des vieillards retirés, qui reviennent in extenso sur cette séquence historique et l’éclairent au jour des expériences individuelles – cette lumière tant redoutée (et pour cause) par les grands récits collectivistes. Mathieu Macheret
Documentaire français et suisse de Wang Bing (8 h 15).
« La Tendre Indifférence du monde » : cavale amoureuse dans la jungle kazakhe

Saltanat, jeune femme d’une grande beauté – incarnée par Dinara Baktybayeva, star de films commerciaux au Kazakhstan –, doit quitter sa maison et les champs de son enfance pour éponger les dettes de son père défunt. Elle est promise à un mariage avec un homme d’affaires. Sa mère n’est pas tendre et l’envoie pour ainsi dire à l’abattoir. Saltanat peut toutefois compter sur son ami de toujours, Kuandyk (Kuandyk Dussenbaev), amoureux transi, plus délicat que maladroit : il décide de l’accompagner en ville et de veiller sur elle. Mais peut-on gagner de l’argent dans ce pays sans trahir, sans mettre soi-même un pied dans l’engrenage mafieux ? La Tendre Indifférence du monde, du cinéaste kazakh Adilkhan Yerzhanov, marque par sa beauté visuelle, son épure bressonienne, son tandem de comédiens qui se lance sur la route tels Roméo et Juliette, et la termine façon Bonnie and Clyde. Clarisse Fabre
Film kazakh et français d’Adilkhan Yerzhanov. Avec Dinara Baktybayeva, Kuandyk Dussenbaev (1 h 39).

Les sorties cinéma de la semaine (mercredi 24 octobre)
Les Ames mortes, documentaire français et suisse de Wang Bing (à ne pas manquer)People That Are Not Me, film israélien d’Hadas Ben Aroya (à ne pas manquer)La Tendre Indifférence du monde, film kazakh et français d’Adilkhan Yerzhanov (à ne pas manquer)Le Rouge et le Gris. Ernst Jünger dans la Grande Guerre, documentaire français de François Lagarde (à ne pas manquer)Cold War, film polonais, anglais et français de Pawel Pawlikowski (à voir)L’Envers d’une histoire, documentaire français et serbe de Mila Turajlic (à voir)Le Grand Bain, film français de Gilles Lellouche (à voir)Halloween, film américain de David Gordon Green (pourquoi pas)Jean-Christophe & Winnie, film d’animation américain de Marc Forster (pourquoi pas)Quien te cantara, film espagnol et français de Carlos Vermut (on peut éviter)
A l’affiche également :
Bamse au pays des voleurs, film d’animation suédois de Christian RylteniusChair de poule 2, les Fantômes d’Halloween, film américain d’Ari SandelDakini, film bouthanais de Dechen RoderInvasion, film iranien de Shahram MokriPlace de la République, printemps 2016, documentaire français de Leila Ben Aribi





                            


                        

                        


<article-nb="2018/10/24/19-11">
<filnamedate="20181024"><AAMM="201810"><AAMMJJ="20181024"><AAMMJJHH="2018102419">
<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-11"> ¤ De Billy Wilder à Nanni Moretti, nombreux sont les réalisateurs à avoir utilisé cet élément aussi ductile que duplice.
<filname="PROF-0,2-3476,1-0,0-11"> ¤                     
                                                   
édition abonné


La piscine au cinéma, un rectangle qui échappe aux lois du réel

De Billy Wilder à Nanni Moretti, nombreux sont les réalisateurs à avoir utilisé cet élément aussi ductile que duplice.



LE MONDE
 |    23.10.2018 à 08h28
    |

                            Murielle Joudet








                        



                                


                            

Privée ou municipale, force est de constater la puissance cinégénique de la piscine, rectangle bleu turquoise où les corps qui y plongent échappent pour un temps aux lois du réel. Pour de nombreux cinéastes, la piscine est souvent appré­hendée comme une utopie. Le Grand Bain, de Gilles Lellouche, filme les cours de natation synchronisée comme la concrétisation d’un idéal d’égalité et de camaraderie, suivant quelque peu la trace de Nanni Moretti.

Jeune, le cinéaste italien a deux passions : le cinéma et le water-polo, qu’il conciliera dans Palombella rossa (1989), rumination mélancolique sur son pays, le Parti communiste italien et ses souvenirs d’enfance. Moretti incarne un député communiste et joueur de water-polo devenu amnésique à la suite d’un accident et qui, en maillot de bain, recolle peu à peu les morceaux de son identité. Cette remémoration sera l’occasion d’une grande réflexion intime et collective. Son idéal politique se confond peu à peu avec son sport, et la piscine devient un terrain de jeu critique : « Que veut dire être communiste ? – C’est un sentiment de totalité – Mais qu’est-ce que cette totalité ? – Un terrain de jeu, une piscine. » Maillots et bonnets de bain logent tout le monde à la même enseigne, la nudité codifiée fait tomber les masques et les contingences de toutes sortes. Chacun s’extirpe de son milieu social pour rejoindre le grand bain égalitaire où les complexes physiques sont magiquement gommés.
Flux vital
C’est aussi ce que croit Burt Lancaster dans Le Plongeon, de Frank Perry (1968), road-movie aquatique adapté d’une nouvelle de John Cheever. Ned Merrill, habitant d’un quartier résidentiel du ­Connecticut, souhaite rentrer chez lui en suivant la piste dessinée par les piscines alentours puisque « les piscines forment une rivière ininterrompue jusqu’à chez nous ». S’invitant chez ses voisins et amis, Merrill oublie qu’un carré rectangulaire dans une propriété...




                        

                        


<article-nb="2018/10/24/19-12">
<filnamedate="20181024"><AAMM="201810"><AAMMJJ="20181024"><AAMMJJHH="2018102419">
<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-12"> ¤ Avec sa fine équipe masculine, Gilles Lellouche signe une comédie chorale joyeusement mélancolique, décroissante, tendre et décalée.
<filname="PROF-0,2-3476,1-0,0-12"> ¤                     


Article sélectionné dans La Matinale du 22/10/2018
Découvrir l’application


                        

« Le Grand Bain » : le ballet aquatique des bras cassés

Avec sa fine équipe masculine, Gilles Lellouche signe une comédie chorale joyeusement mélancolique, décroissante, tendre et décalée.



LE MONDE
 |    23.10.2018 à 06h32
 • Mis à jour le
24.10.2018 à 07h27
    |

            Jacques Mandelbaum








                        



   


L’avis du « Monde » – à voir
Trop rares sont les comédies populaires fran­çaises qui ne courent pas après le succès – qui peut d’ailleurs se révéler un insuccès – en appliquant une formule resucée. C’est peut-être de se ressourcer à The Full Monty (1997), de Peter Cattaneo, qui faisait s’effeuiller ses chômeurs-strip-teaseurs sur fond de démantèlement métallurgique et de libéralisme thatchérien, qui donne à ce Grand Bain ce petit goût excentrique, collectif et absurde qui lui va si bien. Renouant avec une vocation de réalisateur plutôt sporadique et jusqu’ici à ­moitié assumée (Narco, avec Tristan Aurouet, 2004 ; Les Infidèles, avec Jean Dujardin, 2012), l’acteur Gilles Lellouche convoque pour ce faire un imposant aréopage de virilités malmenées par la vie, parsème son récit de rôles féminins par contraste bien trempés, pour ne pas dire sévèrement « burnés », et jette tout ce petit monde dans l’eau du bain pour ­signer une comédie chorale joyeusement mélancolique, décroissante, tendre et décalée.

        Lire l’analyse :
         

          La piscine au cinéma, un rectangle qui échappe aux lois du réel



Reprenons du début. Voici Bertrand (Mathieu Amalric), dépressif chronique mais mari aimé, qui a dépassé depuis belle lurette le stade du faux-semblant. Laurent (Guillaume Canet), l’homme en colère quitté par sa femme, qui ne sait plus que régler des comptes avec la vie. Marcus (Benoît Poelvoorde), le petit patron mythomane qui coule avec sa boîte sans vouloir l’admettre. Simon (Jean-Hugues Anglade), le rockeur has been qui y croit encore mais ne peut même plus en convaincre son adolescente de fille. Thierry (Philippe Katerine), l’employé ­hypertimide de la piscine municipale qui se gave de sucreries. Avanish (Balasingham Thamilchelvan), le Sri-Lankais jovial et rondouillard qui ne parle pas un mot de français et en lequel le groupe trouve, pour cette raison même peut-être, une source solide de compréhension et de réconfort.

        Lire la critique parue lors du Festival de Cannes :
         

          Avec « Le Grand Bain », Gilles Lellouche s’offre son « Full Monty »



Figures féminines à poigne
On a cité les piliers de l’équipe masculine du film, rassemblés pour les besoins de l’histoire à la piscine municipale, et formant, tout en rondeurs, biceps tombants et graisses superflues, une équipe de natation synchronisée qui devient évidemment la risée des vrais sportifs du cru. On n’en a cure et l’on n’en prépare pas moins les championnats du monde en Suède, tranquillou. La raison en est simple : la tiédeur aquatique protège des vicissitudes du monde extérieur, l’humidité embue la cruauté environnante. C’est aussi qu’à plusieurs, on se tient d’autant plus chaud, et que la somme des échecs et des handicaps réunis dans cette équipe de bras cassés pourrait, allez savoir, se transformer en grâce.

   


Autour de ces mecs en chute libre qui trouvent à surnager dans la pratique d’un sport de filles, le réalisateur prend soin de disposer quelques figures féminines à poigne, qui permettent à ces champions olympiques de la lose de secouer leur léthargie et de lutter contre la fatalité. Il y a là Delphine (Virginie Efira), ex-alcoolique et entraîneuse bien secouée, qui lit clope au bec du Rainer Maria Rilke à ces messieurs. Amanda (Leïla Bekhti), son ancienne co­équipière devenue paralysée, qui la remplace sur le mode Mère Fouettarde, en passant sa hargne et ses nerfs sur cette équipe de mâles lambda. Claire enfin (Marina Foïs), la femme de Bertrand, modèle d’amour, de solidarité, de stoïcisme et de compréhension.

        Lire l’entretien avec Guillaume Canet :
         

          « Sans Jean Rochefort, je n’aurais pas eu autant de chance »



Matière vivante, drôle et subtile
C’est en imaginant rétrospectivement l’amusant patchwork que devait constituer ce projet sur le papier, avec toutes les tentations afférentes de le figer en énième gelée du rire français, qu’on ne peut qu’admirer la matière vivante, drôle et subtile, qu’en a tirée Gilles Lellouche. Une ligne claire et d’une modestie bienvenue, avec le souci de ne pas en rajouter sur le plan scénaristique. Une volonté de donner une profondeur à suffisamment de personnages. Une fluidité et une légèreté de touche dans la manière d’agencer cette machinerie redoutable qu’est un film choral. Tunnels musicaux dynamisants (Physical, d’Olivia Newton-John) et sens efficace du croquis drolatique font le reste du travail.
Mentionnons enfin, sans que le film en appelle pour autant au Grand Soir ni ne se considère davantage comme le brûlot comique qui va nous en montrer la voie, une envie de déboussoler un peu les valeurs dominantes de l’époque, et partant, le système qui les soutient. La beauté. La ­jeunesse. La réussite. La compétitivité. L’égoïsme et l’égotisme généralisés. On en passe, et des meilleures. Rien de tout cela ici, juste une bande de quinquas ventripotents qui se serrent les coudes en slip de bain et que la pure fantaisie d’une fable à contre-courant destine à une improbable success story. Le vrai succès est naturellement à chercher ailleurs, du côté du challenge démocratique qui a permis à autant d’acteurs et d’actrices, et non des moindres, de se mettre ensemble à disposition du film.

Film français de Gilles Lellouche. Avec Virginie Efira, Leïla Bekhti, Marina Foïs, Mathieu Amalric, Benoît Poelvoorde, Guillaume Canet, Jean-Hugues Anglade, Philippe Katerine, Balasingham Thamilchelvan, Alban Ivanov (1 h 58). Sur le Web : www.festival-cannes.com/fr/films/le-grand-bain et www.facebook.com/STUDIOCANAL.FRANCE

Les sorties cinéma de la semaine (mercredi 24 octobre)
Les Ames mortes, documentaire français et suisse de Wang Bing (à ne pas manquer)People That Are Not Me, film israélien d’Hadas Ben Aroya (à ne pas manquer)La Tendre Indifférence du monde, film kazakh et français d’Adilkhan Yerzhanov (à ne pas manquer)Le Rouge et le Gris. Ernst Jünger dans la Grande Guerre, documentaire français de François Lagarde (à ne pas manquer)Cold War, film polonais, anglais et français de Pawel Pawlikowski (à voir)L’Envers d’une histoire, documentaire français et serbe de Mila Turajlic (à voir)Le Grand Bain, film français de Gilles Lellouche (à voir)Halloween, film américain de David Gordon Green (pourquoi pas)Jean-Christophe & Winnie, film d’animation américain de Marc Forster (pourquoi pas)Quien te cantara, film espagnol et français de Carlos Vermut (on peut éviter)
A l’affiche également :
Bamse au pays des voleurs, film d’animation suédois de Christian RylteniusChair de poule 2, les Fantômes d’Halloween, film américain d’Ari SandelDakini, film bouthanais de Dechen RoderInvasion, film iranien de Shahram MokriPlace de la République, printemps 2016, documentaire français de Leila Ben Aribi





                            


                        

                        


<article-nb="2018/10/24/19-13">
<filnamedate="20181024"><AAMM="201810"><AAMMJJ="20181024"><AAMMJJHH="2018102419">
<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-13"> ¤ La diffusion en salle du film de la réalisatrice Wanuri Kahiu sur les amours de deux jeunes femmes à Nairobi a été autorisée du 23 au 27 septembre seulement. Cela a toutefois suffi à le propulser en tête du box-office.
<filname="PROF-0,2-3476,1-0,0-13"> ¤                
                                    

Au Kenya, une diffusion à la petite semaine pour « Rafiki »


                      La diffusion en salle du film de la réalisatrice Wanuri Kahiu sur les amours de deux jeunes femmes à Nairobi a été autorisée du 23 au 27 septembre seulement. Cela a toutefois suffi à le propulser en tête du box-office.



M le magazine du Monde
 |    20.10.2018 à 18h30
 • Mis à jour le
22.10.2018 à 10h41
    |

                            Marion Douet (Nairobi, correspondance)








   


Finalement, les Kényans ont eu le droit de découvrir Rafiki, film sur un amour lesbien à Nairobi, au cinéma… du 23 au 29 septembre uniquement. Une petite semaine durant laquelle, à la suite d’une plainte déposée par la réalisatrice Wanuri Kahiu, 38 ans, pour atteinte à sa liberté de création, la justice a levé la censure sur cette histoire présentée en mai au Festival de Cannes et actuellement distribuée dans une vingtaine de pays (dont la France, depuis le 26 septembre). Ces sept jours de diffusion dans son pays étaient nécessaires au film pour pouvoir candidater à une sélection aux Oscars.
Agitation sur les réseaux sociaux
Économiquement libérale, la société kényane est cependant conservatrice. L’homosexualité, criminalisée en vertu d’une loi héritée de la colonisation britannique, est rejetée par une grande partie de la population. Le président Uhuru Kenyatta a déclaré plusieurs fois que sa légalisation « n’était pas un sujet », notamment lors d’une visite à Nairobi de Barack Obama en 2015. Pendant la brève apparition du film sur les écrans, l’agitation a été certaine : ovations sur les réseaux sociaux, séances combles, un seul lieu – le Prestige Plaza, à Nairobi, soutien régulier des productions locales – puis trois, puis cinq ont mis à l’affiche cette chronique d’un Nairobi moderne, où Kena et Ziki, deux jeunes filles d’un même quartier, tombent amoureuses malgré l’interdit. Sans compter les projections, publiques ou privées, d’institutions culturelles et d’associations LGBT. Selon les producteurs, le film a attiré 6 500 spectateurs et figurait en tête du box-office, « rappelant une effervescence que le Prestige Plaza n’avait jusqu’ici connue qu’avec Black Panther », début 2018, un blockbuster américain et le plus grand succès jamais connu au Kenya.
« Nos parents sont à fond dans l’église, la religion. Quand ils étaient jeunes, il n’y avait ni Internet ni téléphone ! Il n’y a aucune chance qu’ils aillent voir “Rafiki”. » Fiona Kiautha, étudiante
Cette ébullition ne touche pas tout le monde. Au Prestige Plaza, rares étaient les spectateurs âgés de plus de 30 ans. Dans les effluves de pop-corn se pressait la jeunesse, plutôt aisée, de cette capitale de plus de 4 millions d’habitants, accro à WhatsApp et à YouTube. Et en décalage avec ses aînés. « Nous sommes beaucoup plus exposés, plus ouverts. Nous savons qu’il y a de l’homosexualité dans la société, raconte Fiona Kiautha, 23 ans, étudiante en droit. Nos parents n’ont pas reçu la même éducation, ils sont à fond dans l’église, la religion. Quand ils étaient jeunes, il n’y avait ni Internet ni téléphone ! Il n’y a aucune chance qu’ils aillent voir Rafiki. » Comme plusieurs dizaines de jeunes, dépités, affalés sur des canapés rouges à l’entrée du cinéma, elle est arrivée trop tard pour obtenir un ticket ; elle prévoit de revenir dès le lendemain pour ne pas rater le film, mais « sans le dire à [ses] parents ».

        Lire aussi :
         

                La justice lève pour sept jours l’interdiction au Kenya du film « Rafiki »



Pour autant, Rafiki n’a pas suscité de vrai débat au niveau national. Les grands médias lui ont donné peu de place, à l’exception de certaines chaînes de télévision ciblant la jeunesse. Au-delà de l’indifférence globale, la commission de censure (KFCB), qui avait interdit le film en raison de « son but évident de promouvoir le lesbianisme au Kenya », a reçu de nombreux soutiens d’internautes, qui voient en elle un rempart contre des idées « venues de l’étranger ».
« Le KFCB a le devoir sacré de protéger la moralité du Kenya à travers la régulation des films et des contenus diffusés », a ainsi déclaré l’un d’eux, dans un Tweet accompagné du hashtag #KFCBWinOverRafiki (Le KFCB gagne sur Rafiki). Ce dernier a fleuri en fin de semaine, faisant référence à l’annonce de la sélection d’un autre film, Supa Modo, pour représenter le Kenya aux prochains Oscars. Dernière séquence d’une folle semaine pour Rafiki, de nouveau censuré depuis dans son propre pays.



<article-nb="2018/10/24/19-14">
<filnamedate="20181024"><AAMM="201810"><AAMMJJ="20181024"><AAMMJJHH="2018102419">
<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-14"> ¤ Le film de Dino Risi (1962), avec Jean-Louis Trintignant et Vittorio Gassman, ressort en salle dans une version restaurée.
<filname="PROF-0,2-3476,1-0,0-14"> ¤                     
                                                

Reprise : « Le Fanfaron », mélancolique dolce vita

Le film de Dino Risi (1962), avec Jean-Louis Trintignant et Vittorio Gassman, ressort en salle dans une version restaurée.



LE MONDE
 |    19.10.2018 à 17h08
    |

            Samuel Blumenfeld








                        



   


La première époque du néo-réalisme italien racontait un pays détruit par la guerre et en butte à une pauvreté endémique. La seconde période, dans les années 1950, s’efforcerait d’ajouter une touche plus fantaisiste à la réalité sombre d’un pays. En 1962, lorsque Dino Risi s’attelle à la réalisation du Fanfaron, qui ressort aujourd’hui en version restaurée, les choses sont différentes. L’Italie rencontre à nouveau la prospérité et traverse ce qu’il est convenu d’appeler un miracle économique.
Pour le réalisateur italien, ce miracle comporte son versant obscur sur lequel il avait déjà posé, un an plus tôt, dans Une vie difficile, un même regard désenchanté. Jamais le vide spirituel de ce miracle économique n’aura été aussi bien incarné que par ce personnage grand et brun, faussement élégant, un hâbleur vivant au jour le jour, raciste et fourbe, sympathique et superficiel, incarné dans Le Fanfaron par Vittorio Gassman. Un enjôleur sans scrupules, un personnage très incarné, séduisant, mais repoussant une fois dépassé le stade des apparences. Un homme que Dino Risi regarde comme l’incarnation de l’Italien de l’immédiat après-guerre.
La Lancia Aurelia décapotable raconte une Italie de rêve
Le titre italien original du Fanfaron, Il Sorpasso, désigne le dépassement d’une voiture. Un titre assurément plus pertinent et complexe pour désigner la nature du film, un « road movie », et ce qui s’avère être son personnage principal, une Lancia Aurelia décapotable, stage ultime de la croissance italienne, après l’ère de la bicyclette puis celui de la Vespa. Apparue à la fin des années 1950, cette voiture représentait un idéal d’élégance et de raffinement. Un instrument de domination aussi. Celle qui vous autorise tous les dépassements en faisant fi des lois. Une fois lancée sur les routes de la côte toscane, passant devant les boîtes de nuit à la mode, les plages privées, les demeures d’aristocrates, cette voiture raconte une Italie de rêve correspondant à celle, réelle, que connaissait si bien Dino Risi et qui avait depuis longtemps cessé de l’impressionner.
Les sensations de l’opulence et de la vitesse
Cette Lancia Aurelia, vecteur de tous les fantasmes, était sans doute encore perçue sans filtre par le spectateur italien en 1962. Et c’est avec curiosité et envie que ce même spectateur regardait le jeune étudiant en droit incarné par Jean-Louis Trintignant, sorti de l’ennui de sa chambre et de ses livres par le propriétaire du bolide, monter dans le fauteuil passager de cet engin, à la manière d’un gagnant à la loterie, pour éprouver un 15 août, jour le plus creux de l’année, les sensations de l’opulence et de la vitesse.
Une des autres significations en italien d’« il sorpasso » désigne la supériorité sociale et intellectuelle. Le Fanfaron joue sur la polysémie de son titre original. Le « sorpasso » du film est aussi l’étudiant interprété par Trintignant, naïf, impressionnable, mais doté d’une remarquable faculté d’acuité. Une des idées de génie du film est de raconter cette histoire à travers ses yeux, à la manière d’un flux de conscience, où ce dernier constate la vacuité et la corruption de son compagnon en même temps que la tristesse de sa propre existence. Dino Risi jouait admirablement sur la dynamique entre ses deux comédiens. Vittorio Gassman, avec lequel le metteur en scène tournerait quinze films en trente ans, était son double. Trintignant, c’est différent. Risi n’en voulait pas à l’origine et s’était vu imposer par la production un comédien français.
Le regard perdu de Jean-Louis Trintignant
Dès qu’il avait croisé le regard perdu du jeune acteur, le réalisateur avait compris tout le parti qu’il pourrait en tirer. Cette position d’outsider, d’observateur, de poisson hors de l’eau imposée à Trintignant, permet d’activer de manière brillante la dynamique impulsée par le metteur italien, où les protagonistes de la dolce vita, nourris d’un bonheur éphémère, savent cette opulence inespérée sans lendemain. Lorsque les deux passagers écoutent, à bord de leur voiture, une chanson de Domenico Modugno, Vecchio Frack, sur un homme qui se suicide, ce n’est plus seulement la mélancolie de ce tube qui les atteint, mais la prescience de leur destin, la vanité de leur existence, l’idée que leur trajectoire, à la manière de la conduite de leur vie, s’effectue sans direction.
En 1962, personne n’attendait Le Fanfaron. Ni la critique, rétive au spleen déployé par cette comédie. Ni son producteur, persuadé de devoir mettre la clé sous la porte. Le public, parfois en avance, se montrant davantage sensible à l’envers du rêve italien, lui avait réservé un triomphe, conscient que Le Fanfaron s’imposait d’emblée comme le film emblématique de son époque.

Film italien de Dino Risi (1962). Avec Vittorio Gassman, Jean-Louis Trintignant, Catherine Spaak (1 h 42). Sur le Web : www.splendor-films.com/items/item/583 et www.facebook.com/solarisdistrib



                            


                        

                        


<article-nb="2018/10/24/19-15">
<filnamedate="20181024"><AAMM="201810"><AAMMJJ="20181024"><AAMMJJHH="2018102419">
<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-15"> ¤ Probablement conçu comme un hommage aux comédies policières américaines des années 1980, le film de Rachid Bouchareb n’en est que le pâle reflet.
<filname="PROF-0,2-3476,1-0,0-15"> ¤                     
                                                

« Le Flic de Belleville » : Omar Sy sur les traces d’Eddie Murphy

Probablement conçu comme un hommage aux comédies policières américaines des années 1980, le film de Rachid Bouchareb n’en est que le pâle reflet.



LE MONDE
 |    19.10.2018 à 16h32
    |

                            Thomas Sotinel








                        



   


L’avis du « Monde » – on peut éviter
L’allitération entre le toponyme de l’habitat naturel des stars hollywoodiennes et celui d’une commune populaire du nord de Paris intégrée à la capitale en 1860, l’ascendance commune d’Eddie Murphy et d’Omar Sy devaient suffire à faire du Flic de Belleville le successeur naturel et tricolore du Flic de Beverly Hills (Martin Brest, 1984). Cette conviction était suffisamment chevillée au corps de Rachid Bouchareb pour que le réalisateur de Little Senegal et Indigènes ait cru possible de se passer de scénario, de dévider sur presque deux heures – qui en paraissent quatre – les lieux communs du cinéma d’action.
Les moyens luxueux dont a disposé le film démontrent que l’argent des producteurs ne fait pas le bonheur des spectateurs
Les moyens luxueux (pour un long-métrage français) dont a disposé le film démontrent que l’argent des producteurs ne fait pas le bonheur des spectateurs. Ce qui tient lieu d’intrigue trimballe le héros, Baaba Keita (Omar Sy) du 20e arrondissement à la république fictive du Daloa (Afrique de l’Ouest), en s’arrêtant un très long moment à Miami.
Spécialisé dans l’arrestation de pickpockets, le brigadier Keita vit à Belleville avec sa mère Zohra (Biyouna). Il parle mandarin et sa fiancée Lin (Diem Nguyen) est d’origine chinoise. Peut-être parce que son cocon est un microcosme, Baaba n’a jamais quitté les pentes de son quartier (c’est l’une des bonnes idées que l’on verra dépérir sur pied tout au long du film). Jusqu’à ce que son copain d’enfance, Roland (Franck Gastambide), soit assassiné sous ses yeux, juste après lui avoir révélé que Belleville est devenu l’une des plaques tournantes du trafic de cocaïne.
Tour de passe-passe
Grâce à une astuce de scénario qui n’en est pas tout à fait une, le brigadier Keita est envoyé à Miami pour tirer au clair cette affaire. Il y est confié au lieutenant Garcia (Luis Guzman), policier en délicatesse avec sa hiérarchie. Les deux hommes se détestent, se défient et en un tour de passe-passe qui ferait passer l’arc dramatique de L’Arme fatale pour le scénario de Persona, finissent par s’entendre si bien qu’ils partent pour l’Afrique afin de neutraliser des narcotrafiquants issus d’un régime prédateur.
Entre-temps, Omar Sy aura cité tous les grands succès du cinéma policier américain des années 1980, ébloui les danseurs d’un club de Miami, obéi puis désobéi à son envahissante maman. Cette agitation ne suffit pas à masquer le manque de substance du personnage, et l’impuissance croissante de l’acteur à y faire face.

Film français de Rachid Bouchareb. Avec Omar Sy, Luis Guzman, Biyouna, Diem Nguyen (1 h 50). Sur le Web : https://www.metrofilms.com/films/belleville-cop



                            


                        

                        


<article-nb="2018/10/24/19-16">
<filnamedate="20181024"><AAMM="201810"><AAMMJJ="20181024"><AAMMJJHH="2018102419">
<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-16"> ¤ Le producteur de « Paranormal Activity » ou du très remarqué « Get out » en 2017, récidive avec le remake d’« Halloween », grand classique de John Carpenter. Des films qui font peur et qui permettent à cet anti-Trump de diffuser un message politique.
<filname="PROF-0,2-3476,1-0,0-16"> ¤                


Article sélectionné dans La Matinale du 18/10/2018
Découvrir l’application


                     
édition abonné


Jason Blum, orchestrateur de la peur sur grand écran


                      Le producteur de « Paranormal Activity » ou du très remarqué « Get out » en 2017, récidive avec le remake d’« Halloween », grand classique de John Carpenter. Des films qui font peur et qui permettent à cet anti-Trump de diffuser un message politique.



M le magazine du Monde
 |    19.10.2018 à 06h41
 • Mis à jour le
19.10.2018 à 15h05
    |

            Samuel Blumenfeld








                              

                        

L’image a frappé Jason Blum à l’adolescence. De son propre aveu, il ne s’en est jamais remis. En découvrant Halloween, La Nuit des masques, de John Carpenter, au cinéma, à la fin des années 1970, il avait été saisi par le masque porté dans le film par Michael Myers, le psychopathe échappé de l’asile psychiatrique d’une petite ville de l’Illinois. Un accessoire qui enlevait toute expression au tueur, et donc tout affect. « C’était un bloc d’abstraction, se souvient Jason Blum, massif, muet, impassible, étranger à toute humanité. C’est tout de même frappant de voir ce qu’un simple masque permet d’installer. Michael Myers était à la fois surhumain et inhumain, il incarnait une terreur mythique, s’imposait comme une métaphore du Mal. » 
Dans l’ombre du père
A l’époque, il semblait impensable pour Jason Blum de devenir un jour producteur de cinéma, encore moins de songer à orchestrer une nouvelle version du chef-d’œuvre de John Carpenter, pensée avec l’aide du maître, et intitulée Halloween, où le personnage de Michael Myers s’échappe à nouveau de son institution et retourne dans la ville de son enfance.
Dans la famille Blum, l’art était ce que l’on accrochait à un mur. Jason vivait dans l’ombre de son père, Irving Blum, galeriste et collectionneur d’art à Manhattan et sur la côte ouest. Le jeune homme avait pour seul horizon les toiles d’Andy Warhol, Roy Lichtenstein et Jasper Johns qui décoraient sa maison. La place des artistes était dans un musée, lui expliquait-on. Beaucoup moins dans une salle obscure. C’est pourtant dans un cinéma, par sens de la contradiction, qu’il est allé les chercher. Jason Blum est depuis devenu, à 49 ans, le producteur de films d’horreur le plus en vogue à Hollywood.

« Une autre chose m’avait frappé à l’époque dans Halloween, évidente aujourd’hui, mais que personne ne s’était donné la peine de m’expliquer : pour faire peur, un film d’horreur...




<article-nb="2018/10/24/19-17">
<filnamedate="20181024"><AAMM="201810"><AAMMJJ="20181024"><AAMMJJHH="2018102419">
<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-17"> ¤ Le Festival Lumière à Lyon rend hommage au cinéaste, inscrit dans le sillage des grands maîtres du classicisme hollywoodien.
<filname="PROF-0,2-3476,1-0,0-17"> ¤                     
                                                   
édition abonné


Peter Bogdanovich : revenir sur ses pas ou périr

Le Festival Lumière à Lyon rend hommage au cinéaste, inscrit dans le sillage des grands maîtres du classicisme hollywoodien.



LE MONDE
 |    18.10.2018 à 18h06
 • Mis à jour le
19.10.2018 à 09h58
    |

            Jacques Mandelbaum








                        



                                


                            

Présent au festival Lumière à Lyon (jusqu’au 21 octobre), le réalisateur américain Peter Bogdanovich, prochainement octogénaire, n’a pu y honorer toutes ses obligations en raison d’une chute accidentelle qui a nécessité son hospitalisation. Cruelle ironie du destin, à l’heure où un hommage saluait une carrière elle-même très accidentée. Figure connue de l’Internationale cinéphilique, Peter Bogdanovich reste mal identifié par le grand public.
En France, une génération de spectateurs a sans doute le souvenir de La Dernière séance, ciné-club dédié au cinéma américain et animé par Eddy Mitchell sur France 3 de 1982 à 1998, sans nécessairement faire le lien avec Bogdanovich. Le titre de l’émission reprend pourtant une chanson d’Eddy Mitchell qui renvoie elle-même au titre d’un film signé par le réalisateur en 1971, The last picture show. Film, chanson et émission baignent ainsi dans la nostalgie d’un cinéma classique et populaire en voie de disparition.
Contrairement à ses contemporains du Nouvel Hollywood (Scorsese, Coppola, De Palma…), Peter Bogdanovich, qui n’a pourtant que 30 ans en 1970, ne rêve pas de renverser la table
Cette mort du cinéma classique, ce sentiment de perte inéluctable, est la grande affaire de Peter Bogdanovich, qui n’a pourtant que 30 ans en 1970, mais qui contrairement à ses contemporains du Nouvel Hollywood (Scorsese, Coppola, De Palma, Spielberg…), ne rêve pas de renverser la table. Deux générations se toisent ainsi sans se parler, à l’exception de Bogdanovich qui est le premier non seulement à rencontrer et à célébrer les grands maîtres du classicisme hollywoodien mais à s’inscrire dans leur sillage.
Le Festival Lumière ainsi qu’une forte actualité éditoriale, remettent au jour ce singulier personnage, dont la vie semble faire corps avec l’histoire du cinéma et dont la vocation existentielle aura consisté à célébrer par tous les moyens à sa disposition la grande époque de ce monde rêvé.
Une...



                        

                        


<article-nb="2018/10/24/19-18">
<filnamedate="20181024"><AAMM="201810"><AAMMJJ="20181024"><AAMMJJHH="2018102419">
<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-18"> ¤ Le producteur d’origine polonaise est l’un des instigateurs de l’exhumation de « The Other Side of the Wind », film inachevé d’Orson Welles.
<filname="PROF-0,2-3476,1-0,0-18"> ¤                     
                                                

Filip Jan Rymsza : « Comme un puzzle à reconstituer »

Le producteur d’origine polonaise est l’un des instigateurs de l’exhumation de « The Other Side of the Wind », film inachevé d’Orson Welles.



LE MONDE
 |    18.10.2018 à 10h00
 • Mis à jour le
19.10.2018 à 08h15
    |

            Jacques Mandelbaum








                        



   


Réalisateur et producteur d’origine polonaise, installé depuis les années 1980 aux Etats-Unis, Filip Jan Rymsza peut se targuer, à 40 ans, d’avoir contribué à exhumer The Other Side of the Wind, d’Orson Welles. Une sorte d’exploit.
Comment êtes-vous arrivé sur cette affaire dormante ?
Un peu par hasard. Je ne vouais pas un culte particulier à Welles. J’ai appris que ce film existait, je m’y suis intéressé, et plus je progressais dans ma connaissance du dossier, plus le challenge devenait intéressant. C’était comme un puzzle à reconstituer.
Vous avez réussi, avec Frank Marshall, là où d’autres, depuis la mort d’Orson Welles en 1985, avaient échoué avant vous. Comment l’expliquez-vous ?
Ça nous a pris quand même dix ans… Une tentative menée par Peter Bogdanovich et Frank Marshall avait déjà eu lieu pour le compte de la chaîne Showtime. Mais le dossier était très complexe, il y avait de fortes inimitiés, beaucoup de névroses et un grand nombre de gens qui réclamaient, parfois à raison, parfois à tort, des droits sur l’œuvre. Quand nous avons décidé de reprendre les choses avec Frank Marshall, nous avons procédé méthodiquement. Nous sommes allés parler aux ayants droit. Nous avons joué la neutralité technique, et la mise en avant de la réussite du projet, qui tenait finalement à cœur à tout le monde. Oja Kodar, la compagne de Welles, Beatrice Welles, sa fille, et Françoise Widhoff, des Films de l’Astrophore, nous ont finalement donné le feu vert.

        Lire aussi le reportage :
         

          « The Other Side of the Wind », le baiser de la mort d’Orson Welles



Quelles ont été les sources et la méthodologie qui vous ont permis de monter ce film à titre posthume ?
Welles avait laissé une copie de travail d’une quarantaine de minutes et beaucoup de notes, très précises, faisant état de ses intentions, ainsi qu’une douzaine de scénarios successifs. Cela a constitué notre feuille de route, et nous pensons que ce film, paradoxalement, est peut-être plus wellesien que certains autres signés de lui, mais remontés contre son gré. Nous nous sommes efforcés de respecter l’idée de Truffaut selon laquelle Welles filmait comme un mégalomaniaque, mais montait comme un censeur. Nous avons beaucoup élagué.
Deux thèses s’opposent sur les films inachevés de Welles. L’une lui attribue une responsabilité dans cet inachèvement. L’autre le prend au mot et le considère comme une pure victime des circonstances. Laquelle embrassez-vous ?
Plutôt la seconde. Welles, de par sa nature, son intransigeance, a toujours créé dans un réel climat d’adversité. Il a incontestablement voulu, jusqu’en 1982, finir ce film. Il a bataillé pour récupérer les négatifs.
L’épilogue de cette malédiction a lieu en France, où ce film, qui ne prend sa dimension que sur grand écran, ne trouvera pas le chemin des salles. Comment comprenez-vous cette situation ?
Je pense que ce qu’il faut rappeler ici, c’est que ce film n’aurait jamais existé sans Netflix, qui nous a laissé carte blanche. J’avais pensé, une fois levée l’hypothèque des droits, que les Studios hollywoodiens s’intéresseraient au projet. Ils n’ont pas bougé. Ils voulaient voir le film fini. Mais nous avions précisément besoin d’argent pour le finir. Ce n’est donc pas du monde du cinéma qu’est venue la rédemption… L’absence de sortie du film en France est une petite dette à payer en regard du fait que ce film existe enfin. Je pense, pour en avoir discuté au CNC, qu’une exception aurait pu être faite pour ce film par les exploitants…



                            


                        

                        


<article-nb="2018/10/24/19-19">
<filnamedate="20181024"><AAMM="201810"><AAMMJJ="20181024"><AAMMJJHH="2018102419">
<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-19"> ¤ Le film inédit et inachevé du cinéaste américain, disponible sur Netflix à partir du 2 novembre, a été diffusé mardi sur grand écran, à titre exceptionnel, au Festival Lumière à Lyon.
<filname="PROF-0,2-3476,1-0,0-19"> ¤                     


Article sélectionné dans La Matinale du 17/10/2018
Découvrir l’application


                           
édition abonné


« The Other Side of the Wind », le baiser de la mort d’Orson Welles

Le film inédit et inachevé du cinéaste américain, disponible sur Netflix à partir du 2 novembre, a été diffusé mardi sur grand écran, à titre exceptionnel, au Festival Lumière à Lyon.



LE MONDE
 |    18.10.2018 à 06h37
 • Mis à jour le
18.10.2018 à 11h44
    |

            Jacques Mandelbaum (envoyé spécial à Lyon)








                        



                                


                            
On trouve un peu de tout au Festival Lumière – dix années d’existence pléthoriques –, ouvert à Lyon depuis le 13 octobre. Maître des lieux, Thierry Frémaux y concocte un cocktail destiné à une large palette de goûts.
Jane Fonda, actrice engagée, et Peter Bogdanovich, cinéaste cinéphile, y reçoivent cette année tous les honneurs. Henri Decoin (Premier rendez-vous, 1941 ; Les Inconnus dans la maison, 1942), cinéaste français de genre, y est sujet à révision.
Netflix y est enfin promu dans l’ordre de la cinéphilie avec la programmation de deux films que Thierry Frémaux n’avait pu obtenir au Festival de Cannes, mais qu’il récupère à Lyon après qu’ils ont fait leur première mondiale à la Mostra de Venise. On connaît la raison de ce pas de deux : le bras de fer qui oppose la plate-forme, refusant de surseoir à la diffusion de ses films, au système français de soutien au cinéma et à la nécessaire chronologie des médias qui fait, comme dans nul autre pays au monde, vivre les salles.

Artiste furieux et génie malade
Situation absurde que celle de ces deux logiques qui entrent en collision, et qui fait que Roma, d’Alfonso Cuaron, ainsi que The Other Side of the Wind, film inédit d’Orson Welles, ne seront pas découverts en salles sur le territoire français – lieu qui leur est naturellement destiné – sinon à titre exceptionnel par le public lyonnais.
S’agissant plus particulièrement de Welles, l’affaire est navrante quand on sait la place qu’occupe le réalisateur dans l’histoire du cinéma, et celle qu’occupe la France dans la reconnaissance et la promotion de son génie. D’autant que l’expérience esthétique du film le recommande d’évidence pour le grand écran.

Expérience éprouvée mardi 16 octobre à 17 heures, dans une des salles, pleine comme un œuf, du Pathé Bellecour. Moment rarissime, qui voit l’accomplissement, un demi-siècle après sa mise en œuvre, du plus légendaire des films inachevés...




                        

                        


<article-nb="2018/10/24/19-20">
<filnamedate="20181024"><AAMM="201810"><AAMMJJ="20181024"><AAMMJJHH="2018102419">
<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-20"> ¤ La comédie de Fred Cavayé réunit autour d’une table trois couples et un célibataire, parmi lesquels s’immiscent, via les téléphones portables, des hôtes indésirables.
<filname="PROF-0,2-3476,1-0,0-20"> ¤                     
                                                

« Le Jeu » : un dîner entre amis qui vire au grand déballage

La comédie de Fred Cavayé réunit autour d’une table trois couples et un célibataire, parmi lesquels s’immiscent, via les téléphones portables, des hôtes indésirables.



LE MONDE
 |    17.10.2018 à 17h44
    |

            Véronique Cauhapé








                        



   


L’avis du « Monde » – à voir
Marie et Vincent ont invité à dîner Ben (le seul célibataire du groupe), Charlotte et Marco, Thomas et Léa, tous quadras ou quinquagénaires, amis de longue date, rodés aux moqueries amicales et complices. Malgré les audaces culinaires de Vincent qui, comme d’habitude, vont forcément réserver de mauvaises surprises, la soirée promet d’être bonne.
Elle l’est jusqu’à ce que soit décidé un jeu dont la règle, aussi simple que risquée, consiste à poser tous les téléphones portables au milieu de la table. Cela afin d’exposer aux yeux (et aux oreilles) de tous, les appels, SMS, mails, messages Facebook de chacun. Et de prouver que personne n’a de secrets inavouables. Autant dire que la soirée va très vite tourner au vinaigre jusqu’à prendre des allures de cauchemar.
Adaptation française d’un film italien sorti en 2016, Perfetti sconosciuti, de Paolo Genovese, Le Jeu, de Fred Cavayé, apporte au cinéma une nouvelle variation du dîner entre amis qui vire au grand déballage. Un genre qui s’épanouit en huis clos, à partir d’une mécanique de boulevard dont le rythme, autant que le dessein, repose sur les effets de surprise, les rebondissements et les retournements de situation.
L’ennui du quotidien
Comme les films qui l’ont précédé, Le Prénom (2012), d’Alexandre de La Patellière et Matthieu Delaporte ou Le code a changé (2009), de Danièle Thompson, Le Jeu a pour décor l’appartement d’un couple aisé dont les amis appartiennent tous à la même catégorie : des bobos parisiens dont l’un des principaux soucis est de composer (et de s’arranger) avec l’ennui du quotidien qui émousse le désir et donc la relation amoureuse au sein du couple. Le défi que se lancent les amis, durant cette soirée, ne révèle d’ailleurs que des cachotteries d’ordre sentimental ou sexuel.
Cette limite qui circonscrit le propos, si restrictive soit-elle, a le mérite de laisser le champ large à son exploitation. Car Le Jeu ne se contente pas de divulguer les tromperies de chacun, elle en creuse jusqu’à l’os – et jusqu’aux larmes – les raisons et les effets. Telles une énigme à étages ou un emboîtement de poupées russes, certains secrets en éclairent d’autres qui, à leur tour, mettent en lumière de nouveaux faux-semblants. De cette onde de choc, nul ne sortira indemne.
L’une des plus grandes originalités du film est le surgissement de personnages que l’on ne voit pas et qui font tout basculer
Au sein de ce huis clos qui vacille, Fred Cavayé trouve son propre terrain de jeu. A partir d’une mise en mise en scène qui place le spectateur parmi les convives, il conduit son monde à travers le flot d’un courant qui charrie des rires, des tensions et des émotions. Avec, à son service, une troupe d’acteurs – Suzanne Clément, Bérénice Bejo, Doria Tillier, Stéphane de Groodt, Grégory Gadebois, Roschdy Zem, Vincent Elbaz – dont l’étendue des expressions se module jusque sur les visages.
Et un scénario dont le postulat fournit l’une des plus grandes originalités du film : le surgissement de personnages que l’on ne voit pas, que l’on imagine parfaitement, et qui font tout basculer. Sortis des portables, ils entrent virtuellement dans le champ et servent à leur tour, de manière contemporaine, la tradition du théâtre de boulevard.

        Lire « Un apéro avec… » Stéphane de Groodt :
         

          « Je suis un homme de biais »




Film français de Fred Cavayé. Avec Bérénice Bejo, Suzanne Clément, Stéphane de Groodt, Grégory Gadebois, Roschdy Zem, Vincent Elbaz, Doria Tillier (1 h 30). Sur le Web : www.marsfilms.com/film/le-jeu



                            


                        

                        

