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Le CSA sanctionne Canal+ pour son clip promotionnel du Togo

La chaîne avait diffusé en décembre un reportage élogieux à l’égard du Togo, où le groupe Bolloré est implanté.



LE MONDE
 |    24.10.2018 à 18h12
 • Mis à jour le
24.10.2018 à 18h51
    |

                            Alexandre Berteau








                        



   


Le gendarme de l’audiovisuel a tranché. Le Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) a sanctionné, le 24 octobre, Canal+ pour avoir diffusé en décembre 2017 un programme vantant la politique économique du Togo – pays dans lequel Vincent Bolloré, à l’époque président du conseil de surveillance de la chaîne, détient des intérêts stratégiques à travers le groupe Bolloré.
Il est 7 h 03, ce vendredi 22 décembre 2017 quand, sans qu’un générique l’annonce, un publireportage apparaît à l’antenne de la chaîne cryptée. Une séquence de moins de sept minutes, dans laquelle le Togo est présenté comme un « pays disposant d’infrastructures modernes », dont « la stabilité politique sécurise tout le pays et encourage des investissements venus du monde entier ». 
Révélée par le site d’information Les Jours, la vidéo incite le CSA à déclencher une enquête. Dans la décision qu’il a rendue ce 24 octobre, le Conseil a estimé que Canal+, en faisant « un éloge appuyé de la politique économique menée par le gouvernement d’un Etat africain » avait failli à ses exigences déontologiques. Les sages du CSA soulignent que « ce programme comportait plusieurs images issues de la communication institutionnelle » du Togo, sans que les téléspectateurs en aient été informés. En guise de sanction, un présentateur de Canal+ devra lire un communiqué du CSA dans les huit prochains jours, hors week-end et pendant un programme en clair.
Pilote d’une émission sur les « initiatives positives »
Interrogée par les représentants du personnel au cours d’un comité d’entreprise dont Les Jours avait obtenu un compte rendu, la direction de Canal+ avait assuré que ce clip était un pilote d’une future émission dédiée aux « initiatives positives » dans les pays émergents. Du reste, la vidéo n’avait été vue par presque aucun téléspectateur.
Bien que le CSA n’y fasse pas directement allusion, c’est bien le risque d’un conflit d’intérêt impliquant Vincent Bolloré qui avait à l’époque déclenché la polémique. Le groupe Bolloré, détenu par le propriétaire de Canal+, investit massivement au Togo, où il a notamment en charge la gestion du port de Lomé.
Deux mois plus tôt, un autre épisode similaire avait fait grand bruit. Après sa diffusion dans l’émission « L’Effet papillon », un reportage sur la répression de l’opposition togolaise par le président, Faure Gnassingbé, avait été supprimé du site de Canal+.

        Notre enquête sur
         

          le système Bolloré






                            


                        

                        


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« Mission Bern » : pourquoi le montant dédié au patrimoine est critiqué

Si la part des bénéfices du Loto destinée à financer le patrimoine peut paraître faible (1,52 euro sur 15 euros par ticket), elle répond néanmoins à des contraintes légales et financières.



LE MONDE
 |    24.10.2018 à 17h59
    |

            Gary Dagorn








                        



   


Depuis lundi 22 octobre, de nombreuses personnalités politiques et titres de presse se font l’écho de la faible part des gains engrangés par le loto du patrimoine qui servira réellement à financer les projets de restauration pour lesquels Stéphane Bern a été missionné par le président de la République en 2017.

        Explications :
         

          un nouveau loto pour sauver des monuments « emblématiques » en péril



Tout part d’une question du député Les Républicains (LR) d’Ile-et-Vilaine Gilles Lurton, lundi 22 octobre à l’Assemblée nationale. L’élu souhaitait savoir si les taxes récoltées par l’Etat sur chaque ticket de loto vendu allaient être reversées à la Fondation du patrimoine. Réponse du ministère : « En dehors des frais de gestion, les recettes du jeu iront bien à ce qui était prévu, c’est-à-dire le patrimoine. » Soit une somme de « 15 à 20 millions d’euros », détaille M. Darmanin, tout en précisant que « les taxes seront touchées par l’Etat » mais « sont objectivement peu nombreuses ».
La réponse du ministre a provoqué de nombreuses réactions sur son « aveu » supposé, alors même que le fonctionnement du jeu est public et connu depuis presque un an. S’étant auparavant dit déçu de l’envergure limitée de la levée de fond organisée par l’Etat, Stéphane Bern, contacté par Le Parisien, a ainsi demandé à Gérald Darmanin de « renoncer à ces taxes pour abonder en faveur du loto ». Un élément sur lequel le ministre n’a pas encore répondu, même s’il a tenu à minimiser la part des taxes dans les bénéfices, ce mercredi 24 octobre, en détaillant la répartition des bénéfices.

Loto du patrimoine, stop aux #fakenews. En toute transparence : sur 200M€ de recettes du loto du patrimoine l’essen… https://t.co/e9pnAl7ujx— GDarmanin (@Gérald DARMANIN)


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Benjamin Griveaux, le porte-parole du gouvernement, est aussi monté au créneau ce mercredi, rappelant que « la part qui revient au patrimoine est inscrite sur les tickets ».
Comment sont répartis les gains du Loto du patrimoine ?
L’opération consiste en deux jeux séparés : un « Super Loto », et un jeu de grattage.
Concernant le « Super Loto », le prix de 3 euros du ticket est réparti ainsi :
1,65 € redistribués aux gagnants0,75 € va à la fondation du patrimoine0,22 € va dans les taxes0,22 € va à La Française des jeux0,16 € est redistribué au détaillant
Du côté du jeu à gratter, le prix de 15 euros de chaque ticket est réparti comme suit :
10,80 € vont aux gains des gagnants1,52 € vont à la fondation du patrimoine1,04 € va dans les taxes0,86 € vont à La Française des jeux0,78 € sont redistribués au détaillant
Depuis le lancement du loto le 3 septembre, plus de sept millions de tickets ont été vendus, engendrant 105 millions d’euros de rentrées. Au final, le ministère des finances espère au total que les recettes atteindront 200 millions d’euros. Dans un tel scénario, la fondation du patrimoine recevra environ 20 millions d’euros, comme l’a dit Gérald Darmanin, tandis que l’Etat percevra environ 14 millions d’euros de taxes.


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Jeu à gratter du patrimoine : les gains vont d'abord aux joueurs, puis à la Fondation du patrimoine
Répartition des gains du jeu à gratter du patrimoine entre les différents acteurs. 





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Pourquoi seuls 10 % des gains sont-ils reversés au patrimoine ?
Parce que, comme tous les jeux organisés par la Française des jeux (FDJ), le fonctionnement du loto du patrimoine doit répondre à des contraintes légales et financières. En effet, sur le prix total d’un ticket de grattage, la Française des jeux doit s’acquitter de trois éléments :
les taxes classiques (TVA, CSG, CRDS) ;la rémunération des employés de la FDJ et de son réseau de distribution ;un financement au centre national de développement du sport (CNDS).
Ce à quoi s’ajoute la part redistribuée aux gains des joueurs, plus une somme que la FDJ reversait systématiquement à l’Etat et qui était fixée par avance par le ministère des finances, en proportion du prix du ticket (jusqu’à ce que la loi de finance rectificative de 2012 transforme officiellement ce versement en prélèvement fiscal).
Au final, il reste ce qu’on appelle le « solde du budget général ». Et c’est cette somme qui est consacrée intégralement à la Fondation du patrimoine sur cette opération spéciale. Une initiative « assez inédite » selon la FDJ, contactée par Le Monde. « La loterie française n’est pas habituellement fléchée », explique-t-elle, comme peuvent l’être certaines loteries à l’étranger, comme en Angleterre. « C’est la première fois qu’on a un reversement complet de ce solde », indique-t-elle.
En accord avec la volonté de l’Elysée d’organiser ce Loto du patrimoine, le parlement a donc voté l’an dernier dans la loi de finance rectificative de 2017 une disposition qui prévoit qu’une « fraction du prélèvement prévu » soit « affectée à la Fondation du patrimoine ». Après calcul du solde du budget général, le montant a été fixé à 1,5243 euro par ticket vendu.
Un montant insuffisant mais « très positif »
Le montant dévolu au patrimoine dépend donc directement du niveau des taxes (TVA, CSG, CRDS), mais aussi de la proportion des recettes que la FDJ choisit de consacrer aux gains des joueurs (représentant ici 72 % des recettes).
Aurait-on pu faire plus pour le patrimoine et moins pour les joueurs ? Questionnée, la Française des jeux fait savoir qu’il s’agit d’un choix au cas par cas, qui s’explique par l’incitation aux gains nécessaire et par le niveau d’intérêt que les joueurs portent au jeu. Un élément que la FDJ a pu sous-estimer, si l’on en croit un sondage publié le 18 octobre dernier sur la « mission Bern » sur un échantillon de 2 003 personnes, et qui suggère que la principale motivation des joueurs n’était pas les gains potentiels, comme un jeu classique… mais le soutien au patrimoine.
Contactée par Le Monde, la Fondation du patrimoine explique qu’elle n’a pas discuté des parts des gains qui seraient reversées à son bénéfice, mais souligne que l’opération est « extrêmement positive », à la fois sur le montant récolté (15 à 20 millions d’euros sont espérés, à mettre en rapport avec le budget annuel de 32 millions d’euros de l’organisation) et sur la visibilité de son action et de l’importance de la sauvegarde du patrimoine. Interrogée, elle indique toutefois que les besoins de financement exprimés par les porteurs de projets sur la liste des monuments sélectionnés par Stéphane Bern (270 monuments, dont 18 sont jugés « emblématiques ») se montent à 50 millions d’euros. « Ça ne suffira pas à financer tous les porteurs de projets », explique-t-elle.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-3"> ¤ La romancière néerlandaise Connie Palmen s’empare du mythe de l’écrivaine, suicidée à 30 ans, en 1963, en donnant une voix poignante à son époux et poète, Ted Hughes.
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édition abonné


Souffrir mille morts avec Sylvia Plath

La romancière néerlandaise Connie Palmen s’empare du mythe de l’écrivaine, suicidée à 30 ans, en 1963, en donnant une voix poignante à son époux et poète, Ted Hughes.



LE MONDE DES LIVRES
 |    24.10.2018 à 16h00
 • Mis à jour le
24.10.2018 à 16h20
    |

                            Florence Noiville








                        



                                


                            
Ton histoire Mon histoire (Jij zegt het), de Connie Palmen, traduit du néerlandais par Arlette Ounanian, Actes Sud, 272 p., 22 €.

Voici un livre qui oblige à lire à l’envers. Sa couverture le suggère bien. Elle montre la photo d’un couple vu dans un sens d’abord, puis dans l’autre, ni tout à fait le même ni tout à fait un autre. Ce couple, c’est celui que formèrent, de 1956 à 1963, les poètes Sylvia Plath (1932-1963) et Ted Hughes (1930-1998), dont l’histoire tragique et tant de fois racontée est devenue mythique. Mais, attention, souffle l’auteure de ce ­roman, la Néerlandaise Connie Palmen. Le mythe a beau être enseveli sous une foule de récits plus ou moins apocryphes, il n’en demeure pas moins un ­mythe, une fable symbolique, dont la matrice, simple et frappante, est toujours la même… Et si on le prenait par un autre côté ? Si on racontait l’anti-légende de Sylvia et Ted ?
Failles et infidélités
Mais, d’abord, rappelons les faits. A Cambridge, en 1956, Plath et Hughes se rencontrent au cours d’une fête sur le campus. Elle, la fougueuse Américaine aux allures de star hollywoodienne, venue terminer un master de littérature anglaise en Europe ; lui, le beau gosse ­rêveur foudroyé sur le coup par son « double féminin ». Quatre mois plus tard, ils sont mariés, animés par une même volonté de « tout sacrifier à l’écriture ». Mais les difficultés ne manquent pas, liées à ses failles à elle – son père adoré perdu à l’âge de 8 ans – et à ses infidélités à lui – sa liaison avec Assia Wevill, en particulier, avec laquelle il aura une fille. Suit le suicide de Sylvia, par une nuit glaciale de février 1963, alors qu’elle est seule avec ses jeunes enfants, « coincée comme au fond d’un sac. Sans oxygène ». Une nuit où, tentant, une fois de plus, de s’expliquer « le gâchis de [s]a vie », elle pose sa tête au fond d’un four et ouvre le gaz – elle a 30 ans.
Ce que...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-4"> ¤ Notre chroniqueur a encore frappé : après les vestiaires de Tiger Woods et de Mylène Farmer, Marc Beaugé scrute celui du docteur préféré des Français qui présente le 31 octobre sur France 2 « Ça ne sortira pas d’ici », une nouvelle émission autour de la santé.
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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-5"> ¤ L’un des plus célèbre vidéastes en ligne est accusé d’avoir profité de son siège à une commission pour bénéficier d’une aide de 50 000 euros. Un cas loin d’être unique.
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Aides du CNC : le Youtubeur Cyprien se défend de tout conflit d’intérêts

L’un des plus célèbre vidéastes en ligne est accusé d’avoir profité de son siège à une commission pour bénéficier d’une aide de 50 000 euros. Un cas loin d’être unique.



LE MONDE
 |    24.10.2018 à 14h30
    |

            William Audureau








                        



   


Cyprien (de son vrai nom Cyprien Iov), l’un des plus célèbres youtubeurs français – ou créateurs de contenu sur Internet, comme il préfère dire –, est la cible depuis début octobre de membres du forum 18-25 de jeuxvideo.com. Dans un Tweet devenu viral (5 000 partages), un compte anonyme surnommé « L’élite voit tout », clin d’œil au surnom de la sulfureuse communauté, a évoqué un « conflit d’intérêts grave » lié à la présence de Cyprien à la commission du Fonds d’aide aux créateurs vidéo sur Internet, une commission mise en place en 2017 par le Centre national du cinéma et de l’image animée (CNC) pour aider les vidéastes.
Lors de la séance du 28 avril 2018, celle-ci a accordé 50 000 euros de subvention à la société de production de Cyprien Iov, Periple, alors même qu’il était membre de la commission. « Sous pretexte que j’ai une chaîne populaire sur Internet, il ne faudrait pas que j’aie droit de demander des aides ? Une humoriste inconnue a eu la même aide que moi, mais là ça ne pose pas de problème. J’essaie de créer du contenu, ça peut ne pas plaire à tout le monde mais je fais de mon mieux », écarte l’intéressé, lors d’un entretien téléphonique avec Le Monde le 23 octobre.
Pour limiter les risques d’arrangement, l’article 122-8 du règlement de l’administration leur interdit de siéger durant la séance qui les concerne : ce dont s’est effectivement abstenu Cyprien lors de la séance du 28 avril.
Les commissions du CNC régulièrement dans le viseur
Du côté du CNC, on ne comprend pas la polémique : « Ceux qui s’interrogent ne connaissent pas le fonctionnement : le principe des commissions est de mettre des experts dans les commissions, et au sein de celles-ci Cyprien, ou tout autre auteur ou réalisateur, a parfaitement le droit de présenter un dossier. Cyprien n’est pas du tout un cas unique », indique-t-on au sein du comité.
Si c’est la première fois qu’un créateur de contenu vidéo sur YouTube est cité, le débat de fond n’a rien de nouveau. Pour ses différentes commissions d’attribution d’aides aux différents secteurs culturels (une soixantaine en tout), le CNC fait systématiquement appel à des professionnels des industries concernées. Ce mode de fonctionnement, censé assurer l’expertise des jugements, est régulièrement accusé de longue date de favoriser les ententes entre jurés.
Dans une enquête publiée en 2012, le site Gamekult avait calculé que 27 % des aides allouées par ce fonds d’aide au jeu vidéo revenaient directement ou indirectement à des membres du jury. La cour des comptes avait alerté en octobre de la même année sur les risques de conflits d’intérêt. « Le renouvellement des membres des commissions d’attribution des aides n’est pas pleinement satisfaisant et ces derniers peuvent parfois être « juges et parties » au sein de ces instances. Le CNC s’est engagé à limiter, dans certains cas, le nombre de mandats effectués », relevait-elle dans son rapport.
« C’est tout le système que l’on remet en cause, juste parce que je suis créateur de contenu et que j’ai une chaîne populaire sur Internet, on pense que j’ai abusé », s’agace Cyprien Iov. « Mais les commissions sur le cinéma et le jeu vidéo fonctionnent également comme ça, et ces aides sont parfois vitales pour ceux qui les demandent, membres de la commission ou pas. Ça m’embête qu’on se mette à réfléchir au bien-fondé du système du CNC parce qu’il y a mon nom et que je suis connu. »
Aider un secteur aux revenus instables
Le Fonds d’aide aux créateurs vidéo sur internet aura un an en novembre. Y a-t-il d’ores et déjà du copinage dans cette nouvelle commission ? Non, assure Cyprien. « Certains se connaissent, d’autres non. Solange [autre vidéaste très populaire], je l’ai rencontrée à la commission, on n’a pas débriefé sur sa demande. Les gens sont choisis avec sérieux et des gens du CNC sont aussi là pour répondre à nos questions. »
La commission dédiée aux « talents » d’Internet évalue une quarantaine de dossiers par séance, dont l’écrasante majorité est acceptée, mais avec des montants parfois inférieurs aux demandes. Cyprien Iov rappelle ainsi que pour son premier dossier, il avait obtenu 10 000 euros au lieu des 30 000 espérés. Il évoque des budgets allant de 80 000 à 110 000 euros par tournage.
Ce fonds d’aide a également vocation à soutenir une scène au modèle économique encore compliqué. Les créateurs de contenu s’appuient en effet principalement sur les revenus publicitaires de YouTube, dont les règles de rémunération évoluent de manière régulière et imprévisible, ainsi que sur des partenariats avec des marques, mais qui ne soutiennent pas les vidéastes lorsque ceux-ci s’engagent sur la voie du court-métrage et de la fiction, relève Cyprien. « Je ne suis pas attaché au système de la commission, précise-t-il. Mais ce fonds est important. »



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-6"> ¤ Son créateur, Jed Mercurio, est passé maître dans l’art de produire des séries sous haute tension.
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« Bodyguard » : thriller sur l’arrière-cuisine politique

Son créateur, Jed Mercurio, est passé maître dans l’art de produire des séries sous haute tension.



LE MONDE
 |    24.10.2018 à 14h15
    |

Martine Delahaye







                        



   


Netflix, à la demande, série
Encore jeune, mais « vétéran » hanté par ses années passées en Afghanistan notamment, David Budd (qui fut Robb Stark pendant trois saisons dans Game of ­Thrones) a le regard lourd et la lippe maussade de la déprime. Aujourd’hui agent de protection des personnalités au sein du Metropolitan Police Service de Londres, il met sur le compte de son passé de soldat sa très douloureuse séparation d’avec sa femme et ses deux jeunes enfants. Un soir, alors qu’il revient de vacances à Londres avec eux, son sens de l’observation l’amène à déjouer un attentat terroriste : soit une longue scène d’ouverture toute de tension et de patience, impressionnante de maîtrise tant de la part de l’ancien soldat que du metteur en scène (français) Thomas Vincent, réalisateur de trois des six épisodes de Bodyguard. La tonalité de la série est installée : le pays vit sous la pression de possibles attentats djihadistes.
Mais, à peine cette menace est-elle pointée du doigt qu’en surgit une autre, qui va entraîner Bodyguard au cœur du pouvoir politique. En effet, reconnu pour son acte de bravoure dans le train, Richard Budd est affecté à la garde rapprochée de la très conspiratrice ministre de l’intérieur, Julia Montague (Keeley Hawes). Une femme dont la politique et l’idéologie représentent tout ce qu’il hait et méprise, et qu’il estime responsable de ses propres traumatismes militaires. Une femme ambitieuse qu’il va côtoyer jour et nuit, ce qui va l’amener à découvrir la guerre sans pitié à laquelle politiques du même parti, services de police, agences de renseignement et de contre-espionnage se livrent entre eux.
Guerre sans merci
Rien de bien original, donc, en apparence, pour ne pas dire que l’on part de prémisses cent fois vues : les musulmans en terroristes dans la scène d’ouverture ; le policier jouant les sauveurs héroïques mais incapable de se débarrasser de son propre syndrome post-traumatique ; le MI5 menant une guerre froide et sans merci contre les services officiellement chargés des enquêtes… Mais dense, rythmée, ponctuée de scènes intimistes, forte d’un regard ambivalent sur les personnages et magnifiée par la performance de ses deux ­acteurs principaux, Bodyguard vous entraîne, de rebondissements en coups bas mystérieux, sans vous lâcher un instant.
Cette série attirera aussi bien les amateurs d’action à la Homeland que ceux qui lui préfèrent les dessous peu chics de la politique à la State of Play – ou la série originale, anglaise, de House of Cards. Les Britanniques, pour leur part, l’ont massivement regardée, de bout en bout, entre fin août et septembre, permettant à la BBC de réaliser le plus gros lancement d’une série télévisée anglaise depuis dix ans. Elle est le fruit de l’imagination d’un grand professionnel depuis longtemps reconnu, Jed Mercurio, par ailleurs auteur de l’excellente série policière Line of Duty, que FranceTélévisions diffuse actuellement – la saison 4, que l’on peut voir indépendamment des autres, a débuté vendredi 19 octobre sur France Ô, et jeudi 11 sur France 3. Hors Royaume-Uni, la diffusion mondiale de Bodyguard revient à Netflix, la plate-forme s’y étant portée candidate dès l’étape du scénario. Une nouvelle saison n’est pas encore signée, mais serait en cours de discussion.

Bodyguard, série créée par Jed Mercurio. Avec Richard Madden, Keeley Hawes, Gina McKee (GB, 2018, 6 × 60 min). www.netflix.com



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-7"> ¤ Dans le cadre du Monde Festival, les Montréalais pourront découvrir l’exposition « Gaumont : depuis que le cinéma existe », imaginée à l’occasion des 120 ans de la société.
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                A Montréal, Gaumont propose un voyage dans le cinéma d’hier, d’aujourd’hui et de demain


Dans le cadre du Monde Festival, les Montréalais pourront découvrir l’exposition « Gaumont : depuis que le cinéma existe », imaginée à l’occasion des 120 ans de la société.

LE MONDE
                 |                 24.10.2018 à 14h07
 • Mis à jour le
24.10.2018 à 17h24
                 |

                            Franck Nouchi

















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Après Paris, Angoulême, Singapour, Rangoon, Yokohama, La Havane, Mexico, et d’autres villes encore, l’exposition « Gaumont : depuis que le cinéma existe » va faire halte à Montréal, du 27 octobre au 25 novembre, à la Cinémathèque québécoise et à la Société des arts technologiques.
Présentée dans le cadre du Monde Festival, cette manifestation que Le Monde organise conjointement avec le journal Le Devoir dans la métropole québécoise sera l’occasion pour le public montréalais de découvrir quelques-uns des trésors de la collection constituée au fil du temps par la plus ancienne société cinématographique du monde.
Au début de cette extraordinaire aventure, il y a un homme, Léon Gaumont (1864-1946) qui avec l’aide de trois commanditaires (parmi lesquels Gustave Eiffel) crée, en 1895, la société L. Gaumont et Cie afin de développer des activités d’optique et de photographie. Initialement, les appareils qu’il met au point sont destinés aux forains. En 1900, à l’Exposition universelle, Léon Gaumont présente un appareil couplant un projecteur et un phonographe. Trois ans plus tard, en hommage à sa mère, qui se prénommait Marguerite, il décide de prendre une marguerite comme logo.
« Une princesse endormie qu’un magicien réveillera »
Viennent ensuite les premières salles de cinéma, en particulier le magnifique Gaumont Palace, 3 400 places, construit en 1910 sur l’hippodrome de la place de Clichy, à Paris. C’est le temps des premiers films Gaumont, dont ceux d’Alice Guy et de Louis Feuillade (Judex, Fantômas, Les Vampires). Le même Louis Feuillade qui disait : « La seule chose qui compte est de savoir si, dans ce film, sommeille une princesse endormie qu’un magicien réveillera tout à l’heure sous les rayons de la lampe merveilleuse… »

        Documentaire :
         

          « Charles Pathé et Léon Gaumont, premiers géants du cinéma »



Dès lors, même si la concurrence des grandes sociétés de production hollywoodiennes se fait de plus en plus âpre, l’histoire de Gaumont va se confondre avec celle du cinéma mondial. Jacques Becker, Robert Bresson, Sacha Guitry, Jean-Luc Godard, Barbet Schroeder, Eric Rohmer, Jean-Jacques Annaud, Werner Herzog, André Téchiné, Gérard Oury, Maurice Pialat, Michelangelo Antonioni, Jean-Paul Rappeneau, Joseph Losey, Federico Fellini, Francesco Rosi, Patrice Chéreau, Jerzy Skolimowski, Costa Gavras, Olivier Nakache et Eric Toledano, Anne Fontaine, Albert Dupontel, tant d’autres encore, verront leurs films produits par « la firme à la marguerite ».
Sur l’affiche de JLG/JLG, autoportrait de décembre, un film produit pour le centenaire de Gaumont dans le cadre d’une rétrospective du Museum of Modern Art de New York, Jean-Luc Godard fait figurer la mention suivante : « Les héritiers de Léon Gaumont présentent. »
« Travail de mémoire et de transmission »
« Cette exposition que nous faisons voyager un peu partout dans le monde, c’est notre manière à nous de prolonger notre travail de mémoire et de transmission, explique Ariane Toscan du Plantier, la directrice de la communication et du patrimoine de Gaumont. Avec Nicolas Seydoux, le président de Gaumont, et Sidonie Dumas, la directrice générale, notre idée est, loin de toute théorie, de tout didactisme, de proposer une sorte de voyage dans le cinéma, qui plaise aussi bien aux enfants qu’aux adultes. »
L’exposition propose une présentation d’objets et de costumes originaux, une sélection d’affiches, la possibilité d’écouter des musiques de film et de s’arrêter devant les projections de centaines d’extraits…
A la Cinémathèque québécoise de Montréal, le voyage sera davantage historique, assorti d’une rétrospective de films ; à la Société des arts technologiques, il sera plus prospectif grâce aux regards et à la réinterprétation de créateurs et de réalisateurs d’aujourd’hui sur les films Gaumont. Manière, selon Ariane Toscan du Plantier, dans cette véritable capitale de la réalité virtuelle et de l’intelligence artificielle qu’est Montréal, de « dépoussiérer un peu » l’histoire de Gaumont en ayant recours aux technologies les plus modernes.

        Le programme du Monde Festival Montréal :
         

          Le Monde Festival fait dialoguer le Québec et la France



« Gaumont : depuis que le cinéma existe »
Cinémathèque québécoise & Société des Arts Technologiques de Montréal
Du 27 octobre au 25 novembre 2018
Une séance spéciale Jean Vigo - gratuite pour le public du Festival* - avec la double projection des films restaurés « Taris » et « Zéro de Conduite » sera proposée à la Cinémathèque québécoise samedi 27 octobre à 14h.
*dans la limite des places disponibles


                                                Par                                                    Franck Nouchi














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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-8"> ¤ Une passionnante plongée dans l’œuvre de l’architecte autrichien, artisan de la Sécession viennoise.
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« Otto Wagner ou l’Art nouveau viennois » : et Otto Wagner transforma Vienne

Une passionnante plongée dans l’œuvre de l’architecte autrichien, artisan de la Sécession viennoise.



LE MONDE
 |    24.10.2018 à 14h00
    |

            Alain Constant








                        



   


Arte, mercredi 24 octobre à 22 h 30, documentaire
Faire entrer Vienne l’impériale, la baroque, dans la modernité. Faire d’une ville-musée une grande cité tournée vers le futur, à la fois belle et pra­tique pour celles et ceux qui y vivent. Oser des formes simples, fonctionnelles, avec des façades débarrassées de l’historicisme pompeux qui caractérisait la capitale de l’Empire austro-hongrois. Voilà la tâche risquée à laquelle s’est livré avec brio l’architecte Otto Wagner (1841-1918), dont l’œuvre, immense et variée, donne à Vienne une grande partie de sa splendeur.
En offrant une passionnante plongée dans l’œuvre d’Otto Wagner, à l’aide de vues aériennes, d’explications d’architectes, d’historiens et de belles images d’archives, ce documentaire retrace la vie d’un architecte de génie dont les fulgurances modernistes ne furent pas toujours du goût de la cour impériale. Le premier tournant de sa carrière se situe en 1882, lorsqu’il remporte l’appel d’offres pour construire le bâtiment d’une grande banque viennoise. Il s’affranchit des fardeaux de l’histoire, imagine un énorme bâtiment à six angles, des cloisons de bureaux amovibles, une salle des caisses surmontée d’une verrière.
Fonctionnel et confortable
Plus tard, certaines de ses façades feront scandale, et le peuple viennois, à l’humour féroce, parlera de « maisons à bretelles », de « maisons à clous », ou, concernant l’église Saint-Léopold, de « montagne de citron ». Mais jamais Wagner ne doutera du bien-fondé de ses idées. Construit en 1904, le ­bâtiment de la Caisse d’épargne de la Poste autrichienne résume ses idées : moderne, fonctionnel, ­confortable. Avec des hauteurs de marche réduites et de nouveaux matériaux (fer, aluminium, linoléum) utilisés avec intelligence.
En 1894, il décroche le plus gros contrat de toute l’Europe avec la construction du métro de Vienne et la rénovation du canal du Danube. Nommé professeur à l’Académie des beaux-arts, il sera vénéré par des élèves qui, à leur tour, laisseront une empreinte architecturale moderniste à Vienne. Pour toute une génération d’architectes à travers le monde, Otto Wagner est un exemple à suivre. Chez lui, la modernité est toujours une fête des sens, comme le prouve notamment la splendide façade carrelée et très colorée de la Maison des majoliques.
Otto Wagner ou l’Art nouveau viennois, de Rudolf Klingohr (Aut., 2017, 55 min). www.arte.tv



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-9"> ¤ Le documentaire de Ruth Beckermann, primé à Venise, raconte l’élection de Kurt Waldheim à la présidence autrichienne en 1986, malgré les révélations sur son passé nazi.
<filname="PROF-0,2-3246,1-0,0-9"> ¤                
                                    

« Waldheims Walzer » rafraîchit la mémoire de l’Autriche


                      Le documentaire de Ruth Beckermann, primé à Venise, raconte l’élection de Kurt Waldheim à la présidence autrichienne en 1986, malgré les révélations sur son passé nazi.



M le magazine du Monde
 |    24.10.2018 à 10h30
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            Blaise Gauquelin (Vienne, correspondant)








   


La salle du Votiv Kino est pleine à craquer. A la fin du film, des applaudissements soutenus accueillent la cinéaste autrichienne Ruth Beckermann. Son long-métrage Waldheims Walzer (« La valse de Waldheim ») a encore suscité, ce lundi 8 octobre au soir, l’enthousiasme dans ce cinéma viennois. Entièrement réalisé à partir d’images d’archives en grande partie inédites, il est auréolé du Prix du meilleur documentaire remis lors de la 68e Berlinale, en février. Début octobre, quatre jours après sa sortie, il avait déjà attiré plus de 5 000 spectateurs désireux de participer aux nombreux débats organisés avec son auteure à l’issue des projections.
« Ils veulent savoir comment émerge un mouvement civil d’opposition. Ceux qui se déplacent sont plutôt opposés à l’exécutif et “Waldheims Walzer” est porté par de bons retours presse. » Ruth Beckermann
Ruth Beckermann fait des films, mais c’est aussi une militante. Elle a activement participé au combat qu’elle décrit, à savoir, en 1986, la mobilisation pour obtenir le retrait du candidat Kurt Waldheim, ancien secrétaire général des Nations unies (1972-1981) et favori de l’élection présidentielle, sous les couleurs du parti chrétien conservateur ÖVP. En mars de cette année-là, l’hebdomadaire autrichien Profil avait révélé ses activités dans la Wehrmacht, longtemps cachées, pendant la seconde guerre mondiale. Le Congrès juif mondial avait par la suite multiplié les enquêtes, ce qui n’avait pas empêché Waldheim d’être élu avec 53,9 % des voix au second tour, le 8 juin 1986.
Alors que l’Autriche est désormais gouvernée par une coalition réunissant l’ÖVP et le Parti de la liberté (FPÖ, extrême droite), fondé par d’anciens nazis, le documentaire trouve un écho. « Il y a énormément de jeunes gens qui viennent lors de ces discussions », constate Ruth Beckermann, née en 1952. « Ils veulent savoir comment émerge un mouvement civil d’opposition. Ceux qui se déplacent sont plutôt opposés à l’exécutif et Waldheims Walzer est porté par de bons retours presse. On trouve toutefois en ligne des commentaires antisémites et haineux. »

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Si la plupart des protagonistes du documentaire – en lice pour représenter l’Autriche aux Oscars – sont aujourd’hui décédés, l’ancien directeur de campagne du candidat, Heribert Steinbauer, est venu récemment donner son point de vue, lors d’une soirée très animée. « Il s’est malheureusement montré incapable de condamner les propos antisémites tenus par Alois Mock », ancien président de l’ÖVP (mort en 2017). A l’époque, il avait demandé au Congrès juif mondial de « cesser sa campagne, afin de ne pas réveiller des sentiments que plus personne ne veut voir resurgir. »
Quant aux membres du gouvernement actuel, ils brillent par leur discrétion. « Gernot Blümel [le ministre ÖVP chargé des affaires européennes, des arts, de la culture et des médias] a vu le film lors d’une projection à Berlin, relève la réalisatrice. Et, dans le cadre d’une réception par la suite, il a affirmé, comme l’a relaté la presse autrichienne, qu’il avait appris énormément de choses en le regardant, parce qu’il n’avait que 5 ans en 1986. Il aurait malgré tout pu lire un ou deux livres. »

La nécessité d’une conscience historique critique semble également étrangère au chancelier conservateur, le trentenaire Sebastian Kurz. « On l’a vu lorsqu’il a défendu, en juin, la création d’un “axe des bonnes volontés” entre les ministres de l’intérieur autrichien, italien et allemand sur les questions migratoires. Il ne semblait pas se souvenir de “l’axe Rome-Berlin” scellé, en 1936, entre Hitler et Mussolini », estime l’historienne Lucile Dreidemy, spécialiste de l’Autriche. 

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L’Autriche s’est longtemps convaincue d’être une victime du nazisme. Et, même si une partie de sa population fait montre d’appétence pour la vérité (une manifestation a encore rassemblé plusieurs milliers de personnes pour protester contre les dérives droitières du pays, le 4 octobre), celle-ci souffre toujours majoritairement d’amnésie.



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Opéra : le « Pelléas » monstrueux de Barrie Kosky

Le metteur en scène australien propose à l’Opéra du Rhin une vision saisissante du chef-d’œuvre de Debussy et Maeterlinck.



LE MONDE
 |    24.10.2018 à 10h03
    |

                            Marie-Aude Roux (Strasbourg, envoyée spéciale)








                        



                                


                            

La chatte de Debussy n’y retrouvera pas ses petits : le Pelléas et Mélisande mis en scène par Barrie Kosky en 2017 à Berlin, présenté à l’Opéra du Rhin jusqu’au 11 novembre, a mis bas une créature de l’effroi. On peut à bon droit s’offusquer de ce que ce chef-d’œuvre de l’opéra français (un particularisme pour les Allemands) ait fait une entrée aussi dévoyée au répertoire de la Komische Oper, dont le sieur Kosky est directeur depuis 2012. De ce que l’omerta feutrée et le douloureux secret qui habitent le symbolisme de Maurice Maeterlinck et l’écriture debussyste se soient commués en une longue scène de crime.
Mais force est de reconnaître l’impact physique et psychologique de ce coup de poing expressionniste qui, en germanisant Pelléas, annihile le combat intime que le compositeur français mena contre lui-même pour s’opérer de la sulfureuse emprise wagnérienne. Ni mer, ni forêt, ni chevelure, ni fontaine : le décor unique, tiré du Metropolis, de Fritz Lang, a les contours d’une prison, un noir castelet peuplé de cadres de scène en perspective au centre desquels se meut un système multiple de tournettes adossé à un mur cylindrique – allusion symbolique au château d’Allemonde, ce royaume imaginaire en décomposition où vit, reclus, le glaçant Arkel et sa descendance, entre viol et inceste.
Un fantastique morbide à la Murnau baigne la première rencontre entre Golaud et Mélisande
En témoigne la chaîne de maltraitance qui parcourt les générations, de la haute autorité d’un patriarche abusif jusqu’à l’enfant de Mélisande, la « pauvre petite » née dans la mort et le sang. Un fantastique morbide à la Murnau baigne la première rencontre entre Golaud et Mélisande : lumières découpant des masques sur les visages, tandis que les mains de « morts-vivants » poignardent les corps. L’engrenage dramaturgique ourdi par Barrie Kosky est diabolique, qui balise chaque scène de ricochantes prémonitions ou récurrences. Ainsi la scène de la...




                        

                        


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Exposition : Claude Debussy, côté plage, à Saint-Germain-en-Laye

Jusqu’au 15 décembre, « Debussy à la plage » s’affiche à ciel ouvert sur les grilles de l’hôtel de ville et du Domaine national.



LE MONDE
 |    24.10.2018 à 09h45
 • Mis à jour le
24.10.2018 à 09h46
    |

                            Pierre Gervasoni








                        



                                


                            

Dans le vaste espace vert qui jouxte le château de Saint-Germain-en-Laye (Yvelines), une douzaine de panneaux effectuent un curieux rapprochement entre quelques photographies exhumées d’un album rappelant le séjour du compositeur Claude Debussy (1862-1918) à Houlgate (Calvados) en août 1911 et des séries d’enceintes préhistoriques ou de silex taillés (comme en conserve le Musée d’archéologie nationale situé près du parc). Etudier des clichés en apparence anodins comme d’authentiques objets de fouille, tel est le parti adopté par Rémy Campos et Aurélien Poidevin, des historiens de la musique aussi rigoureux qu’imaginatifs, pour aboutir à l’exposition « Debussy à la plage », sous-titrée « Archéologie d’un album photographique ».
Présentée jusqu’au 15 décembre sur les grilles de l’hôtel de ville et du Domaine national de Saint-Germain-en-Laye, cette exposition à ciel ouvert pratique judicieusement la confrontation des textes (correspondance du musicien, coupures de presse) et des images (cartes postales, do­cuments publicitaires) pour restituer (selon un principe archéologique illustré par un panneau à base de haches néolithiques !) une civilisation passée : l’activité d’une station balnéaire à la Belle Epoque.
Un endroit qui ne lui sied guère
Si Claude Debussy (dont on célèbre en 2018 le centenaire de la mort), sa femme et sa fille figurent au centre des photographies reproduites en grand format, la matière de l’exposition se trouve à la périphérie et à l’arrière-plan des images. Les divers accessoires de plage (avec prix de leur location), les catégories d’anonymes (domestiques, vendeurs), les personnalités de passage (dont Marcel Proust, qui vient s’approvisionner en fleurs) sont méticuleusement recensés. De même que les spectacles à l’affiche du Casino, où, selon Debussy, le chef d’orchestre « mène une bande de malfaiteurs, lesquels jouent des choses diversement stupides cependant que la mer en profite pour se retirer, justement indignée ».
Doté...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-12"> ¤ Le rappeur présente en tournée son deuxième album solo, « Nuit ».
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Jazzy Bazz, jazz, histoires d’amour et embrouilles nocturnes

Le rappeur présente en tournée son deuxième album solo, « Nuit ».



LE MONDE
 |    24.10.2018 à 09h26
 • Mis à jour le
24.10.2018 à 14h30
    |

                            Stéphanie Binet








                        



                                


                            

Dès l’introduction de son deuxième album solo, Nuit, publié début septembre, Jazzy Bazz pose l’ambiance de la tournée qu’il entame, le 25 octobre, à Metz : musique inspirée par le film d’animation de René Laloux, La Planète sauvage (1973) et profession de foi peu commune pour un artiste rap – « Je serai un vrai bonhomme quand je saurai dire je t’aime. » Le grand gaillard aux yeux bleus sourit quand on lui rappelle cette punchline : « Ah, c’est sûr que, par rapport à la génération précédente de rappeurs, je suis un lover ! » Il ne l’a pas toujours été.
A 29 ans, cet habitant du 19e arrondissement de Paris, qui a commencé le rap avec le collectif L’Entourage, dont font partie Nekfeu et Alpha Wann (tous deux présents sur Nuit), avoue avoir eu des relations plus conflictuelles avec les femmes, dont il racontait la brutalité dans son précédent disque, P-Town (2016) : « Je considère que mes raps doivent évoluer avec ma vie. » Aujourd’hui en couple, il s’est inspiré d’une exposition de Magritte où « [sa] petite amie [l’]avait traîné » pour conceptualiser la pochette de son album. Comme le personnage du tableau Décalcomanie du maître, il pose le dos tourné.

Douze morceaux
Enregistrés les fenêtres ouvertes dans les appartements des 18e et 19e arrondissements de ses compositeurs, Loubenski et Monomite, ou du batteur Bobby Campbell, les douze morceaux hument l’ambiance de ces rues nocturnes « où tout peut partir en vrille ». Ils sont aussi un patchwork de souvenirs d’enfance, parsemé de références au jazz que son père, professeur de musique et saxophoniste, lui a fait découvrir lorsqu’il le réveillait le samedi matin « avec des solos d’Horace Silver ou de Charlie Parker », et aussi de mots espagnols qui lui viennent de la culture argentine de sa mère.
« Elle est...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-13"> ¤ Plusieurs musées européens détenant des chefs-d’œuvre de l’art africain sont disposés à les « prêter » à leur pays d’origine.
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Vers un retour au Nigeria des trésors pillés de Benin City

Plusieurs musées européens détenant des chefs-d’œuvre de l’art africain sont disposés à les « prêter » à leur pays d’origine.



LE MONDE
 |    24.10.2018 à 08h49
 • Mis à jour le
24.10.2018 à 14h29
    |

                            Philippe Dagen








                        



                                


                            

Depuis 2007, le Benin Dialogue Group réunit dix musées européens ayant des collections ethnographiques : quatre institutions britanniques, dont le British Museum, trois allemandes, dont Berlin et Leipzig, et celles de Vienne, Leyde et Stockholm. Tous ont le même problème : ils conservent des ensembles de bronzes et d’ivoires pillés en 1897 dans la capitale de l’ancien royaume du Bénin (actuelle Benin City, au Nigeria).

Cette année-là, lors d’une expédition « punitive », les troupes britanniques emportèrent plus de 4 000 pièces qui furent vendues à Londres, officiellement pour payer les frais de l’expédition. Les musées d’Europe se les partagèrent, à l’exception de celles qui furent acquises par des amateurs et qui, pour beaucoup, ont ensuite rejoint des musées.
Voilà plus d’un demi-siècle que le Nigeria en réclame le retour. Le Grassi Museum de Leipzig présente désormais « ses » bronzes dans une mise en scène qui ne masque rien des conditions d’acquisition. D’autres, tel le British Museum, n’en disent à peu près rien sur les cartels. Circonstance aggravante, si l’on peut dire : nombre de ces sculptures comptent parmi les chefs-d’œuvre de l’art africain ancien.
Système de roulement entre musées
Pour la première fois, une solution s’esquisse. En mars, des représentants du Benin Dialogue Group avaient rencontré une délégation nigériane réunissant le prince héritier du royaume du Bénin, Gregory Akenzua, et des représentants de la commission nigériane des musées et monuments. Vendredi 19 octobre, le groupement de musées européens a annoncé par communiqué qu’un accord avait été trouvé pour des prêts de longue durée. Le Nigeria s’est, de son côté, engagé dans le projet d’un musée national qui pourrait accueillir les œuvres et serait inauguré, en 2021, à Benin City.
Encore faudrait-il pour cela qu’il remplisse toutes les conditions de conservation et de sécurité, et qu’un cadre légal prémunisse les œuvres contre toute procédure...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-14"> ¤ Une exposition d’envergure témoigne de ce mouvement révolutionnaire et collectif qui bouleversa le monde de l’art au début du XXe siècle.
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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-15"> ¤ L’univers des personnages d’A. A. Milne s’assombrit parfois dans cette variation produite par Disney, mais aussi coécrite par le cinéaste indépendant Alex Ross Perry.
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« Jean-Christophe & Winnie » : un vent d’inquiétude sur la forêt des rêves bleus

L’univers des personnages d’A. A. Milne s’assombrit parfois dans cette variation produite par Disney, mais aussi coécrite par le cinéaste indépendant Alex Ross Perry.



LE MONDE
 |    24.10.2018 à 07h16
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                            Thomas Sotinel








                        



   


L’avis du « Monde » – pourquoi pas
La maison Disney a fondé sa réputation sur la satisfaction des attentes du consommateur. Winnie l’ourson en prises de vues réelles ? On attend des acteurs renommés (ici, Ewan McGregor), des créatures numériques qui font oublier qu’elles ne sont pas de peluche et de kapok, un scénario qui fait rire et pleurer, un « happy end ».
A la sortie de Jean-Christophe & Winnie, on peut cocher chacun de ces ingrédients sur la liste des commissions. Et pourtant ce film n’est pas comme les autres – pas comme les versions « live » du Livre de la jungle ou de La Belle et la Bête. Il y flotte un parfum d’étrangeté qui dérange l’ordonnancement attendu, empêchant le nouveau produit de la firme de Burbank de parvenir à la perfection. Ce semi-échec fait son charme.
Les lieux où Winnie, Tigrou, Bourriquet et les autres festoyaient et jouaient sont jonchés de débris
Prenez la séquence qui voit Winnie l’ourson se réveiller dans la forêt des rêves bleus après quelques décennies d’une hibernation provoquée par le départ de Jean-Christophe, le petit garçon dont l’imagination donnait vie à Winnie et sa tribu. Le bois idyllique est devenu un paysage embrumé qui fait grelotter. Les lieux où Winnie, Tigrou, Bourriquet et les autres festoyaient et jouaient sont jonchés de débris. L’ours en peluche erre entre les arbres menaçants, appelant en vain ses amis. Le réalisateur Marc Forster n’a pas la main légère – ses plus grandes réussites relèvent du mélodrame – et l’on s’attend presque à ce que le tigre, l’âne et le porc émergent du brouillard en claudiquant comme des zombies cannibales (Note aux parents : il n’en sera rien, les enfants en seront quittes pour une petite frayeur).
On est juste après la fin de la seconde guerre mondiale, pendant laquelle Jean-Christophe (Ewan McGregor) a combattu. Obsédé par son emploi de directeur de la productivité dans une fabrique de bagages, il s’est transformé en un bureaucrate qui rapporte son obsession du rendement à la maison. Plutôt que de lire L’Ile au trésor à sa petite fille, il préfère lui enseigner la gloire de l’Angleterre victorienne. Un week-end qu’il a laissé épouse (Hayley Atwell) et enfant partir à la campagne, près du bois de son enfance, Jean-Christophe retrouve Winnie, surgi du passé.
Produit de grande consommation
Pendant ce long prologue qui met aussi bien en scène la solitude de Winnie que les traumatismes britanniques (pensionnat, Blitz, campagne d’Europe, reconstruction) que traversent Jean-Christophe et les siens, le film acquiert une couleur presque désespérée. On la retrouve par la suite de temps en temps, après que le héros a retrouvé le chemin de la forêt des rêves bleus, lorsqu’il manque de se noyer dans une fosse à éfélants, par exemple. Le finale burlesque rétablit l’ordre optimiste, défaisant la cohérence du récit, rassurant le jeune public.
La raison de ces bizarreries se trouve sans doute au générique de Jean-Christophe & Winnie, dans l’énumération des scénaristes. Par ordre de surprise : Allison Schroeter, qui a écrit Les Figures de l’ombre – habile évocation du sort des femmes afro-américaines employées par la Nasa ; Tom McCarthy, réalisateur de Spotlight, dénonciation de la pédophilie dans le clergé catholique, célébration du journalisme ; et enfin Alex Ross Perry, figure du cinéma indépendant américain.
L’injection de corps étrangers au système de production a laissé des traces, étranges et attachantes
Le réalisateur de Listen Up Philip, qui vient de présenter Her Smell au Festival de Toronto, aime les personnages insupportables qu’il précipite dans des situations gênantes, humiliantes, qui les portent au seuil de la désintégration. Or, si les règles en vigueur chez Disney n’étaient pas si strictes, ce sont exactement les catastrophes qui menacent l’ex-petit garçon et l’ours en peluche.
On voit bien que les anticorps du cinéma de distraction ont été assez puissants pour que Jean-Christophe & Winnie reste un produit de grande consommation. Il n’empêche que l’injection de corps étrangers au système de production a laissé des traces, étranges et attachantes.

Film américain de Marc Forster. Avec Ewan McGregor, Hayley Atwell, Mark Gatiss (1 h 44). Sur le Web : disney.fr/films/jean-christophe-et-winnie et movies.disney.com/christopher-robin



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-16"> ¤ Le premier long-métrage d’Hadas Ben Aroya est une tragi-comédie drolatique.
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« People That Are Not Me » : bonneteau sentimental et sexuel à Tel-Aviv

Le premier long-métrage d’Hadas Ben Aroya est une tragi-comédie drolatique.



LE MONDE
 |    24.10.2018 à 07h13
 • Mis à jour le
24.10.2018 à 07h35
    |

            Jacques Mandelbaum








                        



   


L’avis du « Monde » – à ne pas manquer
Tout plaide – dès le premier plan – pour un film générationnel. Une fille en pleurs, dans un appartement de postadolescente, à moitié nue devant son ordinateur, envoie un message comme une bouteille à la mer au garçon dont on suppose qu’il vient de la laisser tomber. Extension informatique de soi-même, précarité et insatisfaction sociale, errance affective, ordalie sexuelle. Ou égotisme généralisé, tout le monde se parlant à soi-même alors même qu’il s’adresse à l’autre. People That Are Not Me, comme le titre le dit si bien. Ça fait effectivement du monde.

        Lire l’entretien avec Hadas Ben Aroya :
         

          « Le numérique est inhérent à tout type de relation aujourd’hui »



Joy, Israélienne d’à vue de nez 30 ans, représente ici un type sociologique occidental, une sorte de keatonisme féministe. La réalisatrice Hadas Ben Aroya, qui a bricolé ce premier long-métrage pour la fin de ses études, compose et interprète ce personnage avec un culot, un charme et un talent remarquables. Petite brunette vive au visage polymorphe, marchant à cent à l’heure, laconique et rentre-dedans, baignant dans un océan de mauve et de violet, victime sérielle de son angoisse et de la fatalité quant au choix de ses partenaires masculins. Le personnage est insolite, attachant, drolatique. Il conjoint l’humour dépressif à la première personne du cinéma de Woody Allen à la crudité sexuelle et au marasme sentimental des séries contemporaines produites par Judd Apatow, comme Girls ou Love.

        Lire le récit :
         

          Nuit blanche avec sept cinéastes israéliennes



Il y a là l’ex, qui la fuit. Nir, un échalas qui termine sa thèse. Et Oren, un kibboutznik introverti
Le décor télavivien accueillant cette tragi-comédie de la quête sentimentale est réduit à sa plus simple expression. Un appartement, bulle « girly » destinée à contenir tout le désenchantement du monde. Une allée arborée pour en sortir. Un autre appartement, non loin dans la même allée, devant la porte duquel son ancien petit ami la laisse moisir. Un bar-dance floor électro où pister de potentiels nouveaux décollages. Le film tourne entre ces lieux sans que rien n’y bouge réellement, tel un manège à ­quatre chevaux. Il y a là l’ex, qui la fuit et voudrait tout au plus récupérer le double des clés de son appartement. Nir, un échalas qui termine sa thèse, en qui Joy est encline à voir son sauveur affectif. Et Oren, un kibboutznik introverti qui déménage en ville et aspire à devenir son colocataire.
La mise en scène organise entre ces figures un jeu de bonneteau burlesque, qui met les apparences cul par-dessus tête. Nir affecte la souffrance romantique. En réalité, c’est un salopard d’autant plus splendide qu’il s’ignore. Phobique, incapable de nouer un lien véritable avec quiconque, logorrhéique, il ne songe qu’à terminer sa thèse. Ce grand oiseau malade envoûte Joy par son érudition, mais passe son temps à parler au lit et ne semble pouvoir tirer plaisir que de l’éventualité d’une éjaculation faciale. A l’inverse, Oren le paysan sioniste au verbe rare et aux épaules de déménageur se révèle d’une sensibilité maladive. Lorsque Joy, par une nuit de doute et de déconvenue, jette brutalement et crûment sur lui son dévolu, l’athlète perd tous ses moyens, se révèle tout en pudeur et en demande de tendresse.
Stoïcisme masochiste
Le désarroi – et aussi bien sa drôlerie – vient ici de la désynchronisation des sentiments, du timing passionnel cahoteux entre les personnages. A la traîne perpétuelle de Nir, faux rédempteur qui lui inflige la nécessité d’un stoïcisme masochiste, Joy, par un sursaut qu’elle pense salvateur, tétanise à son tour le doux et timide Oren par l’électrochoc d’une franche et impérieuse avance sexuelle. Ce funeste désordre des choses, cette sombre fatalité qui désaccorde les personnages tombent sur le film comme une force qui s’ingénie à contrecarrer son aspiration manifeste à la joie, à la simplicité, à la légèreté. Tout dans la mise en scène y conduit pourtant : Joy et son sourire désarmant, sa propension à vivre nue, le minimalisme de l’action et du décor, la fluidité des plans-séquences, la pop télavivienne ténue et planante (Buttering Trio, Garden City Movement) qui enrobe ce monde de douceur.
Cette sourde lutte des forces antagonistes, ces constants paradoxes qui déjouent le programme font en même temps de People That Are Not Me un film plein de vie. Une œuvre venue du Moyen-Orient mais tournée dans la lumière hivernale de Tel-Aviv. Un film obsédé par la sexualité, mais dont les images les plus frappantes en la matière prennent des voies de traverse. L’autoérotisme d’un orang-outan qui urine joyeusement dans sa propre bouche sur la chaîne YouTube. L’amour aliéné d’une jeune femme entrée par effraction, qui s’agrippe avec l’énergie d’une possédée à son ex-amant endormi. Deux images nocturnes, enragées, déviantes, saisies au cœur de la solitude qui les engendre, mais exprimées avec la distance humoristique qui permet de les partager.

Film israélien d’Hadas Ben Aroya. Avec Hadas Ben Aroya, Yonatan Bar-Or, Netzer Charitt (1 h 20). Sur le Web : www.waynapitch.com/people-that-are-not-me

Les sorties cinéma de la semaine (mercredi 24 octobre)
Les Ames mortes, documentaire français et suisse de Wang Bing (à ne pas manquer)People That Are Not Me, film israélien d’Hadas Ben Aroya (à ne pas manquer)La Tendre Indifférence du monde, film kazakh et français d’Adilkhan Yerzhanov (à ne pas manquer)Le Rouge et le Gris. Ernst Jünger dans la Grande Guerre, documentaire français de François Lagarde (à ne pas manquer)Cold War, film polonais, anglais et français de Pawel Pawlikowski (à voir)L’Envers d’une histoire, documentaire français et serbe de Mila Turajlic (à voir)Le Grand Bain, film français de Gilles Lellouche (à voir)Halloween, film américain de David Gordon Green (pourquoi pas)Jean-Christophe & Winnie, film d’animation américain de Marc Forster (pourquoi pas)Quien te cantara, film espagnol et français de Carlos Vermut (on peut éviter)
A l’affiche également :
Bamse au pays des voleurs, film d’animation suédois de Christian RylteniusChair de poule 2, les Fantômes d’Halloween, film américain d’Ari SandelDakini, film bouthanais de Dechen RoderInvasion, film iranien de Shahram MokriPlace de la République, printemps 2016, documentaire français de Leila Ben Aribi





                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-17"> ¤ Avec son premier long-métrage, « People That Are Not Me », la jeune cinéaste fait souffler un vent de renouveau sur le cinéma israélien.
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Hadas Ben Aroya, réalisatrice : « Le numérique est inhérent à tout type de relation aujourd’hui »

Avec son premier long-métrage, « People That Are Not Me », la jeune cinéaste fait souffler un vent de renouveau sur le cinéma israélien.



LE MONDE
 |    24.10.2018 à 07h12
 • Mis à jour le
24.10.2018 à 07h14
    |

                            Mathieu Macheret








                        



                                


                            

Hadas Ben Aroya, réalisatrice d’à peine 30 ans, fraîchement sortie de ses études de cinéma, apporte avec son premier long-métrage, People That Are Not Me, remarqué en 2016 au Festival de Locarno, un vent de renouveau, de franchise et de spontanéité dans le champ du cinéma israélien. Un film tourné en neuf jours, qui a l’impudeur d’une mise à nu et l’effronterie des premières fois.

Quel est votre parcours ?
Je viens d’une ville du sud d’Israël. Ma mère était professeure de mathématiques et mon père ingénieur : aucun rapport avec le monde de l’art. Je suis passée par la peinture, le théâtre, la danse, avant d’étudier le cinéma. People That Are Not Me est mon film de fin d’études à l’université de Tel-Aviv. Ce n’est que pendant le tournage que moi et mon petit ami de l’époque, Meidan Arama, le chef opérateur du film, nous nous sommes rendu compte qu’on pouvait en tirer un long-métrage. Ce fut difficile, car nous faisions tout nous-mêmes, des affiches à la bande-annonce… Mais nous nous aimions beaucoup, au point de fonder notre petite maison de production et de donner naissance à ce film comme à notre premier enfant. On a rompu depuis, mais on s’acharne à travailler ensemble !
Votre film est le portrait d’une génération connectée, qui mène sa vie sentimentale avec les outils numériques.
C’était impensable de dresser un portrait des relations amoureuses actuelles sans les rattacher à notre environnement numérique. A vrai dire, c’est inhérent à n’importe quel type de relation aujourd’hui. Par exemple, Joy, l’héroïne, s’enregistre avec sa webcam pour envoyer un message d’amour à son ex-petit ami. Elle pleure à chaudes larmes, mais, à la fin, elle choisit quand même la meilleure prise. Elle exprime sincèrement ses sentiments et, en même temps, elle les met en scène. C’était une façon de montrer comment on façonne, comment on arrange notre image dans le monde virtuel. On filtre,...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-18"> ¤ Wang Bing donne la parole aux rescapés d’un camp de rééducation par le travail.
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« Les Ames mortes » : un mausolée pour les victimes du maoïsme

Wang Bing donne la parole aux rescapés d’un camp de rééducation par le travail.



LE MONDE
 |    24.10.2018 à 07h11
 • Mis à jour le
24.10.2018 à 07h35
    |

                            Mathieu Macheret








                        



   


L’avis du « Monde » – à ne pas manquer
S’il fallait trouver une ­ligne de mire à l’œu­vre du documentariste Wang Bing, ce serait assurément le Grand Bond en avant (la politique économique lancée par Mao Tsé-toung en 1958), au­tour duquel le cinéaste n’a cessé de tourner, avec Fengming, chronique d’une femme chinoise (2007), puis avec Le Fossé (2010, sa seule fiction), pour mettre au jour ses zones d’ombres et ses exactions. Les Ames mortes, son nouveau film, tourné sur plus de dix ans et présenté hors compétition au dernier Festival de Cannes, s’inscrit dans cette démarche démystificatrice, concernant les purges antidroitistes de 1957 dont les victimes furent envoyées de force au laogai (« camp de rééducation par le travail »).

        Lire la critique parue lors du Festival de Cannes :
         

          « Les Ames mortes », mémoires plurielles des crimes maoïstes



Du haut de ses huit heures et quinze minutes, réparties en trois séances, le film pourrait sembler un monolithe surplombant s’il n’était en fait une course contre la montre, recueillant le plus de témoignages possible auprès des rescapés, afin de constituer une batterie de faits opposables aux versions officielles d’une histoire en voie d’être définitivement réécrite.

        Lire le portrait :
         

          Wang Bing, dans les failles de l’histoire chinoise



Les Ames mortes s’intéresse plus particulièrement à un lieu de sinistre mémoire : la ferme de Jianbiangou, proche du désert de ­Badain Jaran, où près de 2 500 prisonniers politiques (sur 3 000 internés) ont trouvé la mort entre 1957 et 1961. Devant la caméra de Wang Bing se succèdent les survivants de ce camp infernal, aujour­d’hui des vieillards retirés, qui reviennent in extenso sur cette séquence historique et l’éclairent au jour des expériences individuelles – cette lumière tant redoutée (et pour cause) par les grands récits collectivistes.
Témoignages bouleversants
Au fil des témoignages, tous bouleversants, on plonge au cœur des dérives d’une glaçante entreprise de déshumanisation, qui prend ici le visage d’une bureaucratie en proie à la paranoïa la plus délirante. Frappe en premier lieu le fait que les ex-prisonniers de Jianbiangou n’avaient rien de violents dissidents politiques, mais étaient pour la plupart des citoyens comme les autres, souvent des intellectuels (enseignants, ingénieurs, etc.), qui accueillirent la révolution d’un acquiescement sincère. Beaucoup d’entre eux sont tombés dans le panneau de la campagne des Cent Fleurs (de février à juin 1957), grand appel lancé à la population pour faire ­remonter ses critiques au Parti, mais qui servit aussi à couper les têtes qui dépassaient ou les langues trop bien pendues.
Les Ames mortes se vit surtout comme un effroyable et effarant récit de la faim, cette ultime détresse humaine qui fonctionne comme une suspension de toute humanité. Jianbiangou fut le siège d’une famine terrible, cause première de son haut taux de mortalité. Les rescapés racontent comment les prisonniers étaient, par manque de vivres, renvoyés à l’état sauvage et réduits aux dernières extrémités, jusqu’à celle du cannibalisme, mais aussi les conditions d’internement déplorables qui étaient les leurs : le manque d’hygiène, la saleté, la vermine, les couches creusées à même le sol. Un abandon qui ­répond moins à une froide logique d’extermination qu’à un naufrage complet de l’administration pénitentiaire, incapable de répondre à l’afflux de prisonnierscomme au tarissement des ressources agricoles.
« Les Ames mortes » se vit surtout comme un effroyable et effarant récit de la faim, cette ultime détresse humaine
Wang Bing construit, pour les intervenants, un cadre qui, au sein de leurs petits intérieurs, leur ouvre un espace de parole approprié. Les témoins se montrent ­alternativement diserts ou évasifs, distants ou emportés, mais ce que l’on remarque à leur côté, c’est aussi la présence de leurs épouses. Souvent silencieuses, elles nimbent les récits d’une conscience supplémentaire, terriblement émouvante : celles des proches frappés par l’internement d’un parent, qui devaient en supporter à la fois l’infamie, l’angoisse et les privations subséquentes.
Le cinéaste ne lâche pas ses témoins d’un pouce, les relance, leur demande toujours plus de précisions : des dates, des faits, des détails, des circonstances, des noms surtout. C’est que le travail filmique court contre la disparition de ces rescapés âgés. Parfois, la caméra s’aventure à l’extérieur, pour filmer l’enterrement d’un témoin ou retourner sur le site même de Jianbiangou, devenu un paisible village, où disparaissent peu à peu les traces du camp et où l’on n’admet pas même une plaque commémorative. On comprend alors l’insistance de Wang Bing à faire énoncer le nom des victimes, de toutes les victimes possibles, aux derniers rescapés : Les Ames mortes est un mausolée dressé à leur mémoire. En l’érigeant au fil des années, le cinéaste a endossé la défroque de l’historien, venu déterrer les souffrances enfouies sous l’écrasant roulement du siècle.



Documentaire français et suisse de Wang Bing (8 h 43). Sur le Web : www.acaciasfilms.com/film/les-ames-mortes



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-19"> ¤ Le cinéaste Adilkhan Yerzhanov suit la route tragique d’un tandem burlesque et délicat.
<filname="PROF-0,2-3246,1-0,0-19"> ¤                      En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez notre  Politique de confidentialité  et l’utilisation de cookies pour vous proposer des contenus et services adaptés à vos centres d’intérêts.  En savoir plus et gérer ces paramètres.   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Par  Clarisse Fabre   Publié aujourd’hui à 07h10, mis à jour à 07h10   Lecture 3 min.      Partager sur Facebook    Partager sur Twitter    Envoyer par e-mail                         Dinara Baktybayeva et Kuandyk Dussenbaev dans « La Tendre Indifférence du monde » (« Laskovoe Bezrazlichie Mira »), d’Adilkhan Yerzhanov. ARIZONA DISTRIBUTION              L’avis du « Monde » – à ne pas manquer          Il faut imaginer un film de ­Takeshi Kitano où l’amour aurait pris (largement) le ­dessus, où la violence serait une bulle pop qui finit par éclater, de temps à autre, dans un bain d’une douceur infinie. Le sang n’est pas au programme, mais quelques gouttes viennent tacher une fleur immaculée. Sélectionné à Un certain regard, à Cannes, La Tendre Indifférence du monde, du cinéaste kazakh Adilkhan ­Yerzhanov, a marqué les esprits par sa beauté visuelle, son épure bressonienne, son tandem de comédiens qui se lance sur la route tels Roméo et Juliette, et la termine façon Bonnie and Clyde. Comme le résume Serge Gainsbourg dans sa chanson (1968), c’est la société qui les a abîmés.           Lire la critique parue lors du Festival de Cannes : « La Tendre Indifférence du monde », l’éternité des amants              Adilkhan Yerzhanov, réalisateur : « Le destin de 100 % de mes films, au Kazakhstan, c’est l’étagère, personne ne les voit »          Au Kazakhstan, le cinéma d’Adilkhan Yerzhanov est classé comme « partisan », parce qu’il raconte la société contemporaine. Le réalisateur revendique dans le dossier de presse son appar­tenance à la génération de la nouvelle vague kazakhe qui l’a pré­cédée, tel le bressonien Darezhan Omirbaev. Mais il avoue avoir ­regardé dernièrement beaucoup de films de Kitano et de Fellini : « Vous savez, quand j’ai commencé à faire le film, je ne rêvais même pas qu’il serait à Un certain regard, à Cannes. Le destin de 100 % de mes films, au Kazakhstan, c’est l’étagère, personne ne les voit. Donc j’essayais simplement de faire un film qui me plaise à moi. »            Saltanat, jeune femme d’une grande beauté – incarnée par ­Dinara Baktybayeva, star de films commerciaux au Kazakhstan –, doit quitter sa maison et les champs de son enfance pour éponger les dettes de son père défunt. Elle est promise à un mariage avec un homme d’affaires. Sa mère n’est pas tendre et l’envoie pour ainsi dire à l’abattoir. Saltanat peut toutefois compter sur son ami de toujours, Kuandyk (Kuandyk Dussenbaev), amoureux transi, plus délicat que maladroit : il décide de l’accompagner en ville et de veiller sur elle. Mais peut-on gagner de l’argent dans ce pays sans trahir, sans mettre soi-même un pied dans l’engrenage mafieux ?          L’éphémère du bonheur          Les deux personnages ne perdent jamais complètement leur droiture. Quand ils dévalent l’escalier après avoir dégommé d’affreux bandits, ils sont juste en train d’apprendre les règles de la survie. Kuandyk va conserver humour et autodérision envers et contre tout : dans une scène magnifique de poésie, il mime un voyage en avion qui les emmènerait lui et sa belle loin de ce cauchemar. La craie sur le mur et le dessin naïf sont promis à l’effacement et à l’éphémère du bonheur.          Kuandyk Dussenbaev, jeune acteur qui tient son premier rôle principal au cinéma, joue un personnage rassurant et naïf, si cela est possible. Il est donc un peu hors du temps et de la réalité. Comme sorti d’une bande dessinée, il est capable de reprendre sa course, à peine essoufflé, après avoir combattu tous les malfrats qui se présentent. Ce côté gaguesque, kitanesque, garde le film en lévitation, lui évite de plonger dans une vraisemblance mélodramatique. De même, la comédienne, en gardant sa retenue originelle, et sa tenue rouge comme emblème d’une grâce et d’une élégance que rien ne saurait atteindre, s’envole littéralement avec son ombrelle. Elle devient bulle, pétale de coquelicot… La beauté n’est jamais sirupeuse, et la fin pas malheureuse, si l’on en croit le jeune réalisateur. Ils sont mieux là, nous dit-il, ensemble et réunis dans la mort, que sur Terre.                         Film kazakh et français d’Adilkhan Yerzhanov. Avec Dinara Baktybayeva, Kuandyk Dussenbaev (1 h 39). Sur le Web : www.arizonafilms.fr/films/la-tendre-indifference-du-monde                                  Annonces immobilières avec Logic-Immo           PARIS 04 (75004) 449000 € 38 m2           PARIS 16 (75116) 998000 € 73 m2           PARIS 11 (75011) 577000 € 53 m2      Recherche                    Clarisse Fabre       Voir les réactions     Dans la même rubrique                 « De chaque instant » : Nicolas Philibert à l’école de la douleur  Après le Louvre, l’école, et la Maison de la radio, le documentariste a filmé pendant des mois la formation d’élèves infirmières et infirmiers.                          « Chris the Swiss » : un film d’animation dans les ombres de l’ex-Yougoslavie  Anja Kofmel évoque avec poésie son cousin, mort de façon trouble en Croatie, en 1991.                      « The Charmer » : le séducteur venu d’ailleurs  Mêlant observation et thriller, le film du Suédois Milad Alami peine autant que son personnage d’immigré en attente de titre de séjour à trouver sa place et son équilibre.                      « La Saison du diable » : la dictature de Marcos en opéra-rock  Le cinéaste Lav Diaz évoque la répression sanglante des années 1970 aux Philippines par le biais d’une fiction chantée d’une sidérante beauté.                          « Dilili à Paris » : un plaidoyer féministe animé de Michel Ocelot  Le réalisateur de « Kirikou » et d’« Azur et Asmar » met en scène une jeune Kanak face à des « mâles-maîtres ».                      « Donbass » : la colère, mauvaise conseillère pour Sergei Loznitsa  Le cinéaste signe un film manichéen sur le conflit qui oppose l’armée ukrainienne aux forces séparatistes.                      « Equalizer 2 » : Denzel Washington reprend du service  Le réalisateur Antoine Fuqua signe le deuxième volet de cette franchise adaptée d’une série télévisée des années 1980.                                        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« L’Envers d’une histoire » : retour sur cinquante ans de bouleversements en Serbie

Mila Turajlic retrace l’histoire récente de son pays à travers le regard de sa mère.



LE MONDE
 |    24.10.2018 à 07h10
 • Mis à jour le
24.10.2018 à 07h34
    |

                            Mathieu Macheret








                        



   


L’avis du « Monde » – à voir
Le deuxième long-métrage documentaire de Mila Turajlic (après Cinema Komunisto, 2010) est habité tout du long par une idée forte : celle des rapports entre histoire et héritage ou, pour le dire autrement, que ce que l’on reçoit de ses parents concerne tout autant le domaine intime que le destin politique d’un pays. Ainsi peut-on voir L’Envers d’une histoire autant comme un portrait de famille que comme un retour sur cinquante ans d’histoire serbe.
Pour cela, la réalisatrice, née en 1979, choisit de poser sa caméra dans un lieu stratégique : un appartement familial en plein cœur de Belgrade, nationalisé en 1949 par le pouvoir communiste de Tito et scindé depuis en deux, où ses grands-parents et parents durent cohabiter à proximité de nouveaux voisins, derrière les pans d’un faux mur posé à l’occasion dans leur salon. C’est depuis cette paroi, à la fois physique et symbolique, que Mila Turajlic envisage les bouleversements historiques qui suivirent : la désagrégation de la Yougoslavie, l’arrivée au pouvoir de Slobodan Milosevic, sa politique ethniciste et belliciste, ses réélections successives, puis le renversement du régime par la révolution démocratique du 5 octobre 2000. Autant d’événements qui ne furent jamais que les symptômes d’une division profonde et toujours persistante de la Serbie.
Scepticisme et résignation
Mais, dans cet appartement vit une résidente hors du commun qui apparaît comme le véritable sujet du film : Srbijanka Turajlic, la propre mère de la réalisatrice, professeure de maths aux cheveux courts et vêtue comme un garçon, figure majeure de l’opposition à Milosevic, mais aussi de la révolution du 5 octobre, puis une ministre du gouvernement de transition démocratique, avant qu’elle ne se retire de la vie publique, qu’elle commente néanmoins régulièrement à la télévision. Pourtant, devant la caméra de sa fille, Srbijanka affiche un troublant scepticisme teinté de résignation : elle eut beau lutter toute sa vie pour la liberté, ses concitoyens n’en restent pas moins tiraillés, à chaque nouvelle élection, entre les tentations nationalistes, populistes ou l’illibéralisme prorusse.
Animé par un esprit de clarté, le film parvient à entremêler des trames historiques, générationnelles et géopolitiques complexes, grâce à un travail de montage extrêmement efficace, d’une grande fluidité narrative, truffé en outre d’images d’archives étonnantes et peu montrées (l’apostrophe catastrophée de Vinko Hafner, l’un des « pères fondateurs » de la Yougoslavie, à un Milosevic drapé dans son orgueil sur les bancs du Parlement).
Mila Turajlic joue sur la façon dont l’intérieur (l’appartement) et l’extérieur (la rue, l’espace public) se convoquent mutuellement
Mila Turajlic joue sur la façon dont l’intérieur (l’appartement) et l’extérieur (la rue, l’espace public) se convoquent mutuellement. Sa caméra joue avec habileté du motif des embrasures et des fenêtres qui permettent à l’un et l’autre de communiquer : celles qui ouvrent au-dehors et permettent d’observer, par exemple, les manifestations en cours, mais aussi la télévision, où bruissent les images du pays. Le film n’est ainsi fait que de seuils à franchir, jusqu’au seuil ultime et originel : la scission de l’appartement.
Mais, en matière de passage, le plus beau est encore le relais, d’un côté à l’autre de la caméra, entre la mère et sa fille : ce flambeau des luttes que l’on n’a pas pu mener jusqu’au bout et, avec lui, la vigueur d’un pessimisme sachant qu’il n’y a, peut-être, pas grand-chose à espérer des révolutions. Du moins jusqu’à la prochaine.



Documentaire français et serbe de Mila Turajlic (1 h 44). Sur le Web : www.survivance.net/document/47/69/L-envers-d-une-histoire et www.othersideofeverything.com



                            


                        

                        

