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Article sélectionné dans La Matinale du 22/10/2018
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« Le Monde » : Pigasse a envisagé de céder toutes ses parts au Tchèque Kretinsky

Selon « Libération », l’actionnaire a signé un projet d’accord avec le milliardaire tchèque durant l’été avant de se raviser et d’opter pour une cession minoritaire.



LE MONDE
 |    23.10.2018 à 00h53
 • Mis à jour le
23.10.2018 à 11h02
    |

            Alexandre Piquard








                        



   


Le banquier d’affaires Matthieu Pigasse, coactionnaire majoritaire du groupe Le Monde aux côtés de Xavier Niel, le fondateur de Free, a songé cet été à céder l’intégralité de ses parts à l’homme d’affaires tchèque Daniel Kretinsky, selon les informations publiées par Libération, lundi 22 octobre. M. Pigasse s’est ensuite ravisé et c’est uniquement pour une cession minoritaire de 40 % à 49 % de sa société Le Nouveau Monde (LNM) qu’il a annoncé, le 17 octobre, être entré en négociations exclusives avec l’industriel de l’énergie et des médias.
Ces révélations contrastent avec les propos récents de M. Pigasse, qui a assuré ne chercher en M. Kretinsky qu’un partenaire minoritaire. Contacté, l’actionnaire « maintient l’intégralité de son communiqué de presse du 17 octobre ». « L’accord porte sur une participation minoritaire. Matthieu Pigasse conserve seul le contrôle de la société Le Nouveau Monde et demeure le seul cogérant, aux côtés de Xavier Niel, de la société Le Monde libre, holding de contrôle du groupe Le Monde et de L’Obs », souligne-t-il.

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L’actionnaire précise aussi que « son seul objectif a toujours été, est et sera de préserver l’équilibre et l’indépendance du groupe Le Monde, auxquels Daniel Kretinsky pourra utilement contribuer ». Contacté, l’entourage de l’industriel tchèque n’a pas souhaité réagir.

   


Plus-value d’environ 50 millions d’euros
De son côté, Libération précise avoir consulté « plusieurs documents » qui « attestent qu’un accord pour une cession à 100 % de LNM, la société de M. Pigasse, a été bouclé dès le mois de juillet ». Cette transaction aurait fait de Daniel Kretinsky un cogérant commandité du Monde aux côtés de Xavier Niel.
Le quotidien précise que le projet d’accord valorisait LNM autour de 100 millions d’euros, soit, pour le banquier d’affaires, une plus-value d’environ 50 millions d’euros par rapport à son investissement dans Le Monde depuis son entrée au capital du groupe, en 2010.

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S’il a renoncé à cette cession majoritaire, le banquier d’affaires, a, ajoute Libération, déjà touché un versement de M. Kretinsky, grâce auquel il a remboursé un prêt contracté pour investir dans Le Monde en 2010. Cela montre l’état avancé des « négociations exclusives » annoncées.
L’absence de concertation en amont et la localisation de l’investissement de Daniel Kretinsky dans LNM – qui ne détient que la participation de M. Pigasse dans Le Monde, à la différence de sa filiale Les Nouvelles Editions indépendantes, qui abrite Les Inrocks ou Radio Nova – sèment un doute au sein de la rédaction sur la volonté de l’homme d’affaires tchèque de rester minoritaire.
Les représentants du pôle d’indépendance du Monde, rassemblant les sociétés des rédacteurs, des personnels ou des lecteurs, ont rendez-vous avec les actionnaires jeudi 25 octobre. Daniel Kretinsky a aussi fait savoir qu’il était disposé à rencontrer les salariés pour expliquer ses intentions.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3236,1-0,0-3"> ¤ Contrainte de rendre publique la rémunération de ses stars, la radio britannique voit celles-ci quitter le groupe pour rejoindre la concurrence.
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Les gros salaires dans le collimateur de la BBC


                      Contrainte de rendre publique la rémunération de ses stars, la radio britannique voit celles-ci quitter le groupe pour rejoindre la concurrence.



M le magazine du Monde
 |    22.10.2018 à 12h18
    |

            Eric Albert (Londres, correspondance)








   


Officiellement, l’argent n’a rien à voir avec cette histoire. En annonçant en septembre son départ de la prestigieuse BBC, qui regroupe les télés et radios publiques britanniques, Chris Evans, mégastar de la très populaire matinale de BBC Radio 2 (9 millions d’auditeurs), parlait de « démarrer une nouvelle aventure ». Quelques semaines plus tôt, Eddie Mair, pilier charismatique du journal de 17 heures de Radio 4, partait avec l’excuse suivante : « Il est temps que je laisse la place à quelqu’un d’autre, avant que je ne sois trop vieux. [Il a 52 ans.] »
Tous les deux sont allés rejoindre des radios privées aux audiences beaucoup plus faibles. De fait, l’argent est bien au cœur de l’affaire. Non seulement parce que les nouveaux salaires des deux présentateurs sont probablement nettement plus élevés, mais aussi parce qu’ils fuient la lumière sur leurs émoluments. Depuis un an, la BBC a l’obligation de faire connaître la rémunération de ses stars. Sans surprise, chaque publication provoque controverses et tensions, profitant à la concurrence.
Le centre de l’attention
« On perd des gens, et on vient d’en perdre quelques-uns, pour plein de raisons différentes, mais la transparence, c’est évident, a été un facteur significatif », estime Tony Hall, le directeur général de la BBC. Le cas de Chris Evans est le plus flagrant. Le DJ gagnait l’an dernier 1,66 million de livres (1,9 million d’euros), faisant de lui le deuxième meilleur salaire de l’antenne, derrière Gary Lineker, l’animateur de l’émission de football « Match of the Day » (1,75 million de livres).
Cette transparence sur les salaires des stars revient à John Whittingdale, un ancien ministre conservateur de la culture, qui n’a jamais apprécié la toute-puissance de la BBC.
« Je crois que la pression qui était exercée sur lui à chaque fois que les salaires étaient publiés était assez difficile à vivre, continue Tony Hall. Pendant trois ou quatre jours, il a été le centre d’attention. Si vous êtes un présentateur, c’est quelque chose que vous prenez en compte quand vous réfléchissez à l’endroit où vous voulez travailler. Je lui tire mon chapeau. Il a traversé ça avec beaucoup de stoïcisme. C’est un présentateur remarquable, et c’est une perte pour la BBC et pour nos auditeurs. » 

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                Une journaliste de la BBC démissionne pour protester contre les inégalités salariales au sein de la chaîne



Eddie Mair n’est pas dans la même catégorie. Mais il n’a pas forcément apprécié non plus de voir son salaire de 330 000 livres (375 000 euros) rendu public. Cette transparence sur les salaires des stars revient à John Whittingdale, un ancien ministre conservateur de la culture. De même qu’une large partie des tories, il n’a jamais apprécié la toute-puissance de la BBC, considérée comme trop à gauche.
L’ère de la transparence a sonné
Son argument est simple : il s’agit d’argent public et le contribuable doit connaître son utilisation. « Si quelqu’un gagne l’équivalent de mille redevances, ceux qui le paient ont le droit de le savoir. » La redevance étant actuellement de 150 livres par an, tous les salaires au-dessus de 150 000 livres sont désormais publiés.
Les dirigeants du groupe public refusent cette logique. Ils pointent que la concurrence n’est pas soumise à la même exigence.
De fait, l’ère est partout à la transparence des feuilles de paie. Tous les membres des conseils d’administration des entreprises cotées en Bourse voient leurs salaires publiés depuis 2006. Les actionnaires ont désormais un droit de vote sur la politique de rémunération – ce qui n’a pas entravé l’inflation des hauts salaires. Cette évolution peut sembler logique à la BBC. Mais les dirigeants du groupe public refusent cette logique. Ils pointent que la concurrence n’est pas soumise à la même exigence. Radios et télévisions privées aux poches profondes peuvent renchérir en toute discrétion. Elles sont aussi en excellente position pour négocier, connaissant le salaire exact des stars.
Cette situation exaspère Graham Norton, animateur d’une grande émission de variétés du samedi soir sur la « Beeb » (son salaire s’élève à 600 000 livres). « La transparence était déjà en place, la BBC publiait la proportion de la redevance qu’elle versait aux présentateurs. Voilà qui devrait intéresser les gens. Mais le reste n’est que ragots. Quand les députés ont demandé la publication de chaque salaire, je me suis dit : “Vraiment ? Vous voulez connaître le salaire de Gary Lineker ?” C’est pathétique. » Cette transparence, malgré l’indignation des intéressés, est en réalité seulement partielle…

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La BBC publie les salaires qu’elle verse directement aux stars. Mais beaucoup sont aussi payées par le biais de sociétés de production, et le montant de ces rémunérations n’est pas dévoilé. C’est notamment le cas, en partie, de Graham Norton.



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<filname="SURF-0,2-3236,1-0,0-4"> ¤ Le 80e prix de la presse écrite a été remis à la reporter du « Monde » pour une série de six enquêtes.
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Le prix Albert-Londres décerné à la journaliste du « Monde » Elise Vincent

Le 80e prix de la presse écrite a été remis à la reporter du « Monde » pour une série de six enquêtes.



LE MONDE ECONOMIE
 |    22.10.2018 à 11h41
 • Mis à jour le
22.10.2018 à 16h18
    |

                            Alexandre Berteau








                        


Lundi 22 octobre la journaliste du Monde Elise Vincent s’est vu remettre, à Istanbul, le 80e prix Albert-Londres de la presse écrite des mains de la lauréate 2016, Claire Meynial. Six enquêtes, signées entre juin 2017 et juin 2018 – parmi lesquelles « Le djihad derrière les barreaux », « Génération salafiste » ou « Le dossier Logan » sur le terrorisme d’extrême droite – ont séduit le jury. Ses membres ont salué « la constance et la rigueur » avec lesquelles Elise Vincent couvre « les crispations françaises » depuis plus de huit ans dans le quotidien du soir.
Créé en 1933 pour récompenser les reporters francophones de moins de 40 ans, le prix Albert-Londres est aussi décerné dans la catégorie audiovisuelle. Marjolaine Grappe, Christophe Barreyre et Mathieu Celard ont ainsi été félicités pour leur documentaire Les hommes du dictateur. Dans cette enquête, diffusée sur Arte en mai, les trois journalistes indépendants dévoilent comment la Corée du Nord, l’un des pays les plus pauvres de la planète, est parvenue à se doter d’un arsenal nucléaire sur lequel repose aujourd’hui toute sa diplomatie.
Le jury accueilli à Istanbul
En 2017, David Thomson avait inauguré le prix Albert-Londres du livre avec son ouvrage Les Revenants, une enquête mêlant portraits et entretiens avec des Français de retour dans leur pays, après être partis faire le djihad en Syrie. Lundi, à Istanbul, le journaliste a salué son premier successeur, Jean-Baptiste Malet, pour son livre L’Empire de l’or rouge. Une enquête à travers laquelle l’auteur plonge son lecteur dans les dessous du commerce mondial du concentré de tomates. « Plus personne ne peut en acheter sur un marché ou manger une pizza avec la même insouciance après avoir pris connaissance de ce livre », ont estimé les jurés.
L’an dernier, la cérémonie de remise du « Goncourt du journalisme » était dédiée aux deux reporters français Véronique Robert et Stéphan Villeneuve et à leur confrère kurde Bakhtiyar Haddad, morts le 19 juin 2017 dans l’explosion d’une mine, alors qu’ils couvraient la bataille de Mossoul, en Irak. En choisissant cette année de remettre ce prix à Istanbul, où plus de 120 journalistes sont incarcérés, selon Reporters sans frontières, les organisateurs ont souhaité mettre en lumière « l’état de coma profond dans lequel est plongé le journalisme turc » depuis le putsch raté du 15 juillet 2016 contre le président Erdogan.
A la faveur d’une sombre coïncidence, c’est aussi à Istanbul que le journaliste d’opposition saoudien Jamal Khashoggi a été tué dans le consulat d’Arabie saoudite, le 2 octobre. Un meurtre que le royaume a fini par reconnaître, samedi, tout en niant l’implication du prince héritier, Mohammed Ben Salman.

Les articles de notre journaliste récompensée par le prix Albert Londres 2018
Le 80e prix Albert Londres a été remis lundi 22 octobre à Istanbul à notre journaliste Elise Vincent, pour une série de reportages sur le djihadisme et la radicalisation en France. Retrouvez les articles récompensés ci-dessous :
Le djihad derrière les barreauxPrêcheur, autoentrepreneur, père de famille : itinéraire d’un salafiste françaisLa croisade avortée de Logan N., ou l’histoire d’une tentation terroriste d’ultradroite« Dis-moi où est l’argent » : l’antisémitisme au cœur d’un procèsA Toulouse, dope, foi et vendettaCao Hua Qin, « protecteur » pour la diaspora chinoise, « parrain » pour la police





                            


                        

                        


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Mélenchon, visé par les juges, s’en prend aux médias

Le dirigeant de La France insoumise a appelé à « pourrir » les journalistes, décrits comme des « abrutis ». Radio France va porter plainte en justice.



LE MONDE
 |    22.10.2018 à 10h34
 • Mis à jour le
22.10.2018 à 13h44
    |

            Sylvia Zappi et 
Alexandre Piquard








                        



   


Entre Jean-Luc Mélenchon et les médias, le torchon brûle… encore. La séquence ouverte avec les perquisitions menées au ­domicile ou au siège du parti du leader de La France insoumise (LFI) a dégénéré, en fin de semaine, en un ­affrontement avec la presse. Les conflits ­entre M. Mélenchon et les journalistes ne sont pas inédits, mais un nouveau palier a été franchi depuis quelques jours.
Lundi 22 octobre, la direction juridique de Radio France devait qualifier le motif de la plainte que l’entreprise veut déposer contre le député, explique au Monde Vincent Giret, le directeur de Franceinfo.
De son côté, après avoir exigé l’annulation des perquisitions qui ont eu lieu ainsi que la restitution des biens et des fichiers emportés par la ­police, M. Mélenchon a demandé samedi à ses avocats de déposer plainte contre ­Mediapart pour « violation du secret de l’enquête », selon Manuel Bompard, le directeur des campagnes de LFI.
La montée de tension avec Franceinfo est née de la publication, vendredi matin, d’une enquête sur des soupçons de surfacturation de prestations pendant la campagne présidentielle de Jean-Luc Mélenchon, notamment au bénéfice de Mediascop, l’entreprise de Sophia Chikirou, qui était sa conseillère en communication. En réaction, l’ancien candidat a appelé ses partisans à contre-attaquer en visant les journalistes de Franceinfo :
« Pourrissez-les partout où vous pouvez. (…) Il faut qu’à la fin il y ait des milliers de gens qui se disent “Les journalistes de Franceinfo sont des menteurs, des tricheurs” », a-t-il notamment dit, dans une ­vidéo publiée sur Facebook, les qualifiant aussi « d’abrutis ». Dans une note de blog publiée dimanche, le député des Bouches-du-Rhône a demandé « un débat public ­contradictoire avec nos diffamateurs de ­Radio France sur une chaîne comme BFM qui n’appartient pas au gouvernement ».
« Il y a des gens qui agissent délibérément contre nous avec des informations fausses comme de faire croire qu’on peut mettre en ­ligne une vidéo en dix minutes, insiste Ugo Bernalicis, député du Nord, en référence aux soupçons de surfacturation des pres­tations de publication sur le Web des discours de M. Mélenchon. « On n’a pas souhaité cette escalade, mais on ne va pas laisser ces mensonges sans aucune réaction », renchérit M. Bompard.

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« Hypocrisie »

   


« En choisissant l’invective, Jean-Luc Mélenchon a choisi de se placer sur le terrain du pourrissement », a déploré en réponse le ­syndicat SNJ-CGT de Radio France. « Si demain un ou une journaliste de Radio France se faisait physiquement agresser par une ­personne habitée d’une “haine juste et saine” et qui aurait mal interprété votre appel à “pourrir” des “abrutis”, quelle serait alors votre réaction ? », a demandé la société des journalistes de Radio France. Sur Twitter, certains journalistes ont relayé, par solidarité, le mot-clé #jesuisunabruti.
Dans la foulée, une seconde altercation a éclaté quand Mediapart a publié, vendredi soir, un article détaillant « les premières découvertes des perquisitions Mélenchon ». Le site affirme notamment que « plus de 12 000 euros en liquide » ont été découverts « au domicile d’un des plus anciens proches du leader insoumis », mais, surtout, il précise que Sophia Chikirou était « présente » le matin de la perquisition au domicile personnel de Jean-Luc Mélenchon. « Le patron de La France insoumise et la communicante en­tretiennent en réalité de longue date, selon nos informations, une relation extraprofessionnelle », écrit Mediapart.
Fabrice Arfi, coauteur de l’article, admet qu’évoquer une telle relation est « délicat » car elle relève de la vie privée, mais il « assume » d’avoir voulu « faire sauter le verrou d’une hypocrisie ». Pour le journaliste de Mediapart, préciser le lien entre M. Mélenchon et Mme Chikirou est pertinent « en amont, car M. Mélenchon se dit le seul décisionnaire, et en aval, car si on devait découvrir que cet argent est problématique, il serait susceptible d’être concerné ». D’autres médias n’ont pas choisi de mettre en avant cet élément. « Il ne paraît pas évident que tracer les éventuels liens personnels entre Mme Chikirou et M. Mélenchon soit nécessaire », estime par exemple Céline Pigalle, la directrice de la rédaction de BFM-TV.

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« Haine des contre-pouvoirs »

   


Dans une nouvelle vidéo, Jean-Luc Mélenchon a qualifié Mediapart de « torchon » et d’« officine de la police et des juges ». Il a ­dénoncé la « misogynie » à l’encontre de ­Sophia Chikirou, assurant : « Elle n’est pas ma compagne et elle n’est pas soupçonnée d’enrichissement personnel. » Le député et les dirigeants LFI ont même appelé leurs « amis » à se désabonner du média en ligne. « Ce n’est pas tolérable que les procès-verbaux de la perquisition se retrouvent dans la presse avec des éléments sur la vie intime des gens. C’est la manifestation d’une volonté de nuire », maintient M. Bompard.
Dans une nouvelle vidéo, Jean-Luc Mélenchon a qualifié « Mediapart » de « torchon » et d’« officine de la police et des juges »
Pour le leader de La France insoumise, la « guerre de mouvement » qu’il faut mener contre la « caste » et le « parti médiatique » n’est pas nouvelle. « L’affrontement avec les journalistes, en 2012, c’était pensé, organisé, théorisé. Je mettais en œuvre “le bruit et la ­fureur” : on partait de 3 %, c’était notre seule chance d’exister », expliquait au Monde ­Sophia Chikirou en mai 2017.
Cette stratégie est-elle efficace à long terme ? « Il ne faut pas tomber dans le piège de M. Mélenchon. Et continuer à suivre ces sujets normalement, sans hystériser le débat », estime M. Giret. « La ligne de défense de M. Mélenchon a quand même ses limites, pense ­Céline Pigalle. Quand tout le monde – médias, police, justice – est accusé de complot, c’est un signe. » « Cela va au-delà de l’application du manuel de guérilla médiatique des “insoumis” : cela trahit une haine des contre-pouvoirs institutionnels », argumente M. Arfi.
Au milieu de la tourmente, LFI fait bloc. Seul Roger Martelli, historien et proche de la députée LFI de Seine-Saint-Denis Clémentine Autain, a douté de cette stratégie. « Appeler le “peuple” à se soulever contre les ­médias, à les châtier ou à les “pourrir” évoque des souvenirs pas très glorieux », a-t-il écrit sur le site de la revue Regards. Une voix discordante assez rare en ce moment parmi les soutiens de La France insoumise.

Communiqué des sociétés de journalistes sur les propos de Jean-Luc Mélenchon envers la presse
Nous, sociétés des journalistes,
apportons notre soutien sans réserve à nos confrères de Radio France et de Mediapart ainsi qu’à notre consœur Véronique Gaurel de France 3.
Nous condamnons de la manière la plus ferme les propos outranciers, injurieux et menaçants de Jean-Luc Mélenchon envers la presse. Ces attaques systématiques et sans fondement ne déshonorent que leur auteur.
Les Sociétés des rédacteurs du Monde, de L’Obs, du Point et d’Europe 1 ainsi que les Sociétés des journalistes de M6, L’Express, France 2, Le Figaro, Franceinfo.fr, Télérama, Les Echos, Franceinfo TV, Premières lignes, AFP, Libération, TF1, Le Parisien, BFM-TV, TV5 Monde, France 3 national, Le Journal du dimanche, RTL, France inter, Radio France, Challenges, Paris Match et de RFI.





                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3236,1-0,0-6"> ¤ Si la désinformation en ligne est un vrai sujet de société, le sociologue, directeur du Médialab de Sciences Po, appelle à le réinscrire dans un contexte plus large. Entretien.
<filname="PROF-0,2-3236,1-0,0-6"> ¤                     
                                                

Dominique Cardon : « Ce ne sont pas les réseaux sociaux qui ont créé des bulles informationnelles »

Si la désinformation en ligne est un vrai sujet de société, le sociologue, directeur du Médialab de Sciences Po, appelle à le réinscrire dans un contexte plus large. Entretien.



LE MONDE
 |    21.10.2018 à 14h01
 • Mis à jour le
21.10.2018 à 15h17
    |

            Adrien Sénécat








                        


La menace de la désinformation en ligne est largement médiatisée depuis l’élection de Donald Trump, en 2016. Le gouvernement porte même deux projets de loi controversés pour lutter contre ce phénomène, notamment en période électorale. Les fausses informations qui circulent en ligne sont-elles vraiment un risque de premier plan pour les démocraties ? Les médias traditionnels sont-ils réellement menacés par la concurrence des sites ultrapartisans ? Entretien avec le sociologue Dominique Cardon, directeur du Médialab de Sciences Po.
Comment expliquez-vous le recul des sites de désinformation observé depuis plusieurs mois, selon les données analysées par Les Décodeurs du « Monde » ?
Parmi les explications possibles, on peut faire l’hypothèse qu’il y a une forme d’apprentissage collectif qui se met progressivement en place. Les internautes se rendent compte qu’on ne fait pas que lire et voir sur les réseaux sociaux. Quand on « like », on produit un signal, qui va avoir un effet sur les algorithmes des plates-formes. Il y a donc une coresponsabilité partagée entre tous dans notre rapport à l’information. C’est toujours le cas avec le numérique : on découvre d’un coup un problème qui nous pète à la gueule et on apprend ensuite la solution. Ceci étant, cet apprentissage ne concerne qu’une partie du public et il est très loin d’être accompli.
Selon vous, les médias ont-ils accordé trop d’importance à la menace des fausses informations ?
Dans le débat sur les « fake news », on a surjoué un conflit d’interprétation sur qui sont les internautes. Pendant des années, on a véhiculé l’image d’un internaute tout-puissant, réclamant son autonomie de jugement et d’expression, et qui ferait des choix tout à fait rationnels. Et puis on est passé d’un coup à celle d’un internaute faible, qui serait à la fois naïf, docile et crédule. A mon avis, ces deux représentations doivent être pensées comme étant simultanément vraies, et pour tout le monde. Le problème du débat sur la désinformation est que les gens qui se pensent « rationnels » sont en train de dire que ce sont les autres qui sont idiots et influençables.
Par ailleurs, la circulation de l’information sur les réseaux sociaux est auto organisée, chaotique et parfois dérangeante. Mais de cette nouveauté, on en conclut un peu trop rapidement que ce serait le far west et que le marché informationnel serait complètement dérégulé. En fait, dans le nouveau désordre, il y a bien un ordre et une structure qui est toujours en partie calquée sur la hiérarchie des médias traditionnels.
La désinformation n’est peut-être pas un phénomène nouveau, mais les réseaux sociaux n’ont-ils pas contribué à l’amplifier ?
Il est certain que les choix économiques des plates-formes ont produit une architecture qui encourageait cela. A l’origine, Facebook était un réseau social, resserré sur ce qu’on appelle « les liens forts », c’est-à-dire vos interactions avec les personnes dont vous êtes les plus proches. Le problème, c’est que quand l’usage est vraiment social, il est difficile de le rentabiliser. Amener une publicité pour un annonceur extérieur dans une conversation entre proches, c’est extrêmement violent et ça ne donne pas envie de cliquer.
« C’est un vieux mythe de l’Internet que d’annoncer la fin du journalisme »
C’est donc pour gagner de l’argent que Facebook a fait venir d’autres éléments dans le fil d’actualité : les informations, les images, les vidéos…, y compris les fausses informations. Cela change la posture de l’internaute : il n’est plus engagé, il lit. Et avec cette métamorphose, Facebook était devenu beaucoup moins une plate-forme de sociabilité qu’une interface de lecture. Le volet social s’est déporté sur WhatsApp, Snapchat, Instagram ou encore Messenger. Le changement d’algorithme annoncé en début d’année revient en partie sur cette évolution, en voulant redonner de l’importance aux amis proches.
N’y a-t-il pas aussi un risque que les médias traditionnels soient supplantés par des nouveaux organes hyperpartisans ?
Cela, je ne le crois pas. C’est un vieux mythe de l’Internet que d’annoncer la fin du journalisme. La vraie information coûte cher à produire et il faut être un professionnel pour le faire. En revanche, il y a aujourd’hui une proximité entre information, divertissement et people. C’est la transformation de l’infotainment, qui a commencé dans les années 1980 : l’idée de certains médias a été d’aller chercher des lecteurs sur des sujets populaires. La crise économique de la presse a aussi joué, en poussant certains à aller plus loin là-dedans. Et dans ce domaine, avec Internet, on peut ramasser et répercuter un peu tout et n’importe quoi.
Il y a aussi eu un glissement de l’espace politique et culturel qui fait qu’aujourd’hui un certain nombre de discours provocants ont une place considérable dans les médias. Il faut que tous les points de vue puissent s’exprimer, mais les médias ont aussi une responsabilité professionnelle de ne pas devenir le point de passage des blanchisseurs d’information. C’est à ce moment-là que des discours douteux peuvent atteindre un public le plus large possible.
Comme lorsque le journaliste André Bercoff a relayé à la télévision des théories complotistes sur le sauvetage d’un enfant par Mamoudou Gassama ?
Oui, par exemple. Les rédactions traditionnelles ont une responsabilité collective, parce qu’elles établissent l’agenda des préoccupations. Globalement, le média d’information privilégié reste de très loin la télévision, même si elle perd du terrain chez les plus jeunes. Il est cocasse de penser que l’espace politique d’avant n’était pas polarisé, que les publics ne s’exposaient pas à des médias qui correspondaient à leurs préférences idéologiques ou de croire que ce sont les réseaux sociaux qui ont créé des bulles informationnelles.
C’est pourtant l’élection de Donald Trump qui a popularisé ce concept ?
La circulation de la désinformation a été incontestablement massive, notamment sur Facebook, pendant la campagne présidentielle américaine. Mais en revanche, ce qu’on ne sait pas, et qui n’a pas été démontré, est que ces messages ont des effets sur ceux qui les reçoivent. Dans le cas américain, il est probable que plus que ces publications virales qui sont souvent relayées par des partisans convaincus, c’est le fait que ces thèmes soient repris dans les grands médias d’information qui a eu un effet sur l’agenda politique.
Les talk-show des grands network américains ont pris prétexte des provocations de Donald Trump pour organiser des heures de débats sur sa personnalité. Ce sont toujours les médias professionnels dominants qui fixent l’agenda des thèmes de campagne lors des grandes élections. Même le New York Times a plus mis en avant, en « une », l’affaire des e-mails d’Hillary Clinton que son programme, tout comme il a plus commenté, même négativement, la personnalité de Donald Trump que son programme.
Finalement, la vérification de l’information (le « fact-checking ») est voué à l’échec ?
Non, la vérification est essentielle, dans le sens où elle a des effets sur le débat public, notamment parce qu’elle touche des journalistes et des influenceurs. Que des mécanismes de contrôle mutuel des faits s’exercent au sein du champ journalistique central est très important. Mais beaucoup d’études montrent par ailleurs que le fact-checking n’intéresse que certaines sphères du public, et n’agit pas sur tout le monde. Et il ne faut pas surestimer l’influence des médias non plus.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3236,1-0,0-7"> ¤ Le chef de file de La France insoumise a durement critiqué des enquêtes de Franceinfo, qualifiant les journalistes d’« abrutis ». Il s’en est aussi pris à Mediapart.
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Article sélectionné dans La Matinale du 20/10/2018
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Radio France annonce une plainte contre Jean-Luc Mélenchon

Le chef de file de La France insoumise a durement critiqué des enquêtes de Franceinfo, qualifiant les journalistes d’« abrutis ». Il s’en est aussi pris à Mediapart.



Le Monde.fr avec AFP
 |    20.10.2018 à 18h01
 • Mis à jour le
21.10.2018 à 12h09
   





                        


Après des échanges houleux par antennes et réseaux sociaux interposés, la polémique qui oppose Jean-Luc Mélenchon à Radio France devrait passer par la case justice. Le groupe a confirmé, samedi 20 octobre sur Twitter, le dépôt d’une plainte contre le chef de file de La France insoumise (LFI), visant ses propos à l’encontre de journalistes des radios publiques. Ces derniers jours, l’ancien candidat à la présidentielle s’en est pris à des reporteurs de Franceinfo, mais aussi au site Mediapart ou encore à l’émission « Quotidien » de TMC.
Les journalistes de Franceinfo qualifiés d’« abrutis » et de « menteurs »
Vendredi 19 octobre, une enquête de Franceinfo pointait de possibles surfacturations lors de la campagne présidentielle de M. Mélenchon. L’article s’intéresse aux prestations facturées par la communicante Sophia Chikirou et sa société Mediascop au candidat de LFI, pour un montant total d’un peu plus de 1 million d’euros.
Selon Franceinfo, certains prix pratiqués par Mediascop dans le cadre de ce contrat se situent à des niveaux « très élevés », citant par exemple la mise en ligne de retranscriptions audio de discours pour un coût de 250 euros l’unité.
M. Mélenchon a répliqué le jour même de la publication de cette enquête, voyant en Franceinfo une « radio d’Etat » qui serait aux ordres du gouvernement, selon lui. « Je vous mets tous en garde, tous ceux qui titrent sur le fait que nous avons fait de la surfacturation s’exposent à des poursuites », a-t-il déclaré, « car nous n’avons peur de rien ». Le député des Bouches-du-Rhône a aussi qualifié les journalistes de la station d’« abrutis » et de « menteurs » dans une vidéo publiée sur Facebook. 
« Pourrissez-les partout (…) Il faut qu’à la fin des milliers de gens se disent : les journalistes de Franceinfo sont des menteurs, sont des tricheurs et il y a autour un système qui n’a même plus le recul professionnel de se dire, mais qu’est-ce qu’on est en train de raconter ? », a-t-il également lancé.
« Franceinfo n’est pas une radio d’Etat, mais de service public », a rétorqué le directeur de la station, Vincent Giret à l’antenne, vendredi. « Cet appel à la haine et à la violence est irresponsable. Défense absolue du professionnalisme et de l’intégrité de nos journalistes », a-t-il ajouté sur Twitter.
Samedi, la station a affirmé sur Twitter avoir déposer une plainte à l’encontre de M. Mélenchon pour ses propos. « La direction juridique de Radio France s’occupe de la plainte en liaison avec notre avocat », a précisé à l’AFP Gaël Hamayon, un porte-parole de la radio publique.
Mediapart membre d’une « boucle Macronie-parquet-médias »
Le dirigeant de LFI s’en est aussi violemment pris au site d’information en ligne Mediapart, qu’il accuse d’avoir violé le secret de l’enquête sur ses comptes de campagne. M. Mélenchon y voit, en effet, une « preuve » d’une « boucle Macronie-parquet-médias », occupée à lui nuire ainsi qu’à son mouvement politique.
Dans un article publié vendredi soir sur les perquisitions menées mardi, le site d’information affirmait l’existence « de longue date » d’une relation intime entre le député et sa conseillère Sophia Chikirou, qui a été entendue par la police dans le cadre de soupçons de surfacturations lors de la campagne présidentielle de M. Mélenchon en 2017.
Mediapart rapporte, par ailleurs, que, selon ses informations, quelque 12 000 euros en liquide auraient été découverts par les enquêteurs au domicile d’un proche de M. Mélenchon. De même source, cet « ami et collaborateur de toujours de Jean-Luc Mélenchon » aurait dit que la somme lui avait été confiée par la mandataire financière de la campagne de 2017.
En l’absence de transmission au parquet à ce stade, « il ne peut donc être autrement que ces fuites proviennent des services de police et justice », écrit l’avocat de l’ancien candidat de la présidentielle, Me Mathieu Davy. Et ce dernier de s’interroger : « Comment ont-elles été acquises ? Qui les a données ? Quelles sont les conditions et modalités, notamment financières, de cette transaction ? »
Me Davy demande, par ailleurs, le dessaisissement du « procureur en charge », « car il devient établi de manière claire et concordante que les services sous ses ordres ne respectent pas les règles et procédures applicables en l’espèce ». Il ne vise toutefois pas le procureur de la République de Paris, François Molins, mais le représentant du parquet directement chargé de l’enquête.
« Quotidien » accusé d’avoir fourni des images à la police
Interrogé sur BFM-TV, mercredi, M. Mélenchon s’en était aussi pris à l’émission « Quotidien » de TMC. Le député avait affirmé que cette dernière avait « complaisamment » fourni « à la police » des images de la perquisition au siège de LFI, mardi.
« Jean-Luc Mélenchon ment », avait alors réagi l’animateur de l’émission Yann Barthès, affirmant n’avoir eu « aucun contact, ni avec la justice, ni avec la police. Je tiens à rappeler que si nous avons des images de la perquisition, c’est que LFI a bien voulu nous faire rentrer et que vous nous avez demandé de filmer », ajoutait-il.

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<filname="SURF-0,2-3236,1-0,0-8"> ¤ La plate-forme ArTV, qui permettait de regarder gratuitement 176 chaînes de télévision, a fermé fin 2017. Son créateur encourt jusqu’à trois ans de prison.
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Vincent, 17 ans, lycéen, et créateur d’un des sites les plus populaires de streaming illégal

La plate-forme ArTV, qui permettait de regarder gratuitement 176 chaînes de télévision, a fermé fin 2017. Son créateur encourt jusqu’à trois ans de prison.



LE MONDE
 |    20.10.2018 à 15h17
 • Mis à jour le
21.10.2018 à 06h28
    |

Tristan Brossat







                        


Quand on sonne à la porte de l’appartement familial, ce matin du 6 décembre, peu avant 7 heures, Vincent, à peine réveillé, se dit qu’il doit s’agir de la livraison d’une nouvelle machine pour son père, mécanicien. « Y a les flics chez moi wtf », écrit, pour rigoler, le jeune homme, alors âgé de 16 ans, sur son compte Twitter, à destination de ses quelques milliers d’abonnés. « Le problème, c’est que c’était vraiment la police », raconte-t-il quelques mois plus tard, toujours en attente de son procès, dont la date n’est pas fixée.
La mise hors service a été effectuée par Vincent lui-même pendant sa garde à vue
Pour avoir administré un site et une application proposant de visionner illégalement plus de 170 chaînes de télévision, gratuites et payantes, appelés ArTV, le lycéen risque en théorie une peine de trois ans de prison et 300 000 euros d’amende pour « délit de contrefaçon par reproduction et représentation ».
Une sanction lourde, mise en avant par l’Association de lutte contre la piraterie audiovisuelle (ALPA), à l’origine de la plainte, dans un communiqué annonçant la fermeture d’ArTV. La mise hors service a été effectuée par Vincent lui-même depuis son smartphone pendant sa garde à vue dans les locaux de la police judiciaire de Bordeaux, qui est chargée de l’enquête, toujours en cours. A l’issue de cette garde à vue, après une longue journée d’interrogatoire, Vincent est ressorti libre.
Pour « rendre service »
Tout avait commencé au début de 2017 lorsque, pour « rendre service » à une poignée d’amis rencontrés sur Internet, il met sur pied une application (APP) Android et une page Web leur permettant de regarder les chaînes de la télévision numérique terrestre (TNT) française depuis l’étranger.
Un petit serveur loué deux euros par mois permet de contourner le blocage géographique mis en place par les groupes audiovisuels pour des questions de territorialité des droits. Son site est accessible à tous ses amis, qui commencent à partager le lien sur les réseaux sociaux.

   


Tout s’enchaîne ensuite très rapidement. « J’ai vite eu besoin de plus gros serveurs » pour accueillir des visiteurs qui se comptent bientôt par centaines, puis par milliers, explique l’adolescent. Il rajoute au fur et à mesure les chaînes qui lui sont demandées grâce à des flux illégaux « faciles à trouver ». « Les gens me demandaient beIN Sports, ou des chaînes pour enfant pour leurs frères et sœurs », se souvient Vincent, qui n’a même pas besoin d’être abonné à ces services, puisqu’il ne fait que relayer les « streams » créés par d’autres.
Dans sa chambre, nulle trace de fils en pagaille branchés à d’innombrables décodeurs. Son travail consistait simplement à compresser légèrement les flux récupérés pour ne pas saturer ses serveurs, grâce à des logiciels libres, comme FFmpeg.
Payer les serveurs
« Je suivais juste le mouvement. Je n’ai jamais pris le temps de me demander si ce que je faisais était bien ou pas », explique Vincent. Pour lui, tout ça n’est pas « grave » puisqu’il s’agit uniquement de faire de la « redirection de liens ». Il ne prend donc aucune mesure de sécurité particulière pour éviter qu’on remonte jusqu’à lui. Il opte ainsi pour des serveurs établis en France, essayant juste de « trouver les moins chers ». Au bout de deux mois, la location de ces derniers lui coûte tout de même 200 euros par mois.
Pour payer cette somme, la mise en place de bannières publicitaires est une solution. Là encore, il va au plus simple, et tombe sur Pubdirecte.com, régie avec laquelle il est « resté jusqu’au bout » et qui lui reverse l’argent sur un compte PayPal.
aucune mesure de sécurité particulière pour éviter qu’on remonte jusqu’à lui
Sa plate-forme prend rapidement des allures de mini start-up. Vincent créé un tchat sur lequel les utilisateurs viennent discuter et demander de l’aide lorsqu’une chaîne est inaccessible. ArTV est né : « A » pour l’action des chaînes en direct, « R » pour les réactions des utilisateurs par leurs messages. Les grandes vacances arrivent alors à point nommé, laissant le temps à l’adolescent de répondre à des visiteurs de plus en plus nombreux.

   


A cette époque, une personne qui gère un service de streaming illégal payant – censé offrir un service plus stable avec une image de meilleure qualité pour environ 10 euros par mois – lui propose de passer un marché. Vincent relaie sur son site les offres « IPTV » de ce partenaire, bientôt rejoint par un second, avec qui il partage le montant des abonnements souscrits par ce biais. Il n’est toujours pas question de tirer profit de ces affaires, qui ne servaient qu’à payer des serveurs toujours plus chers, insiste le jeune homme.
Selon l’ALPA, les bannières publicitaires affichées sur le site et sur l’application ArTV avant leur fermeture rapportaient cependant 3 000 euros mensuels. S’il lui arrivait de toucher trop d’argent, Vincent affirme qu’il le reversait à des « streamers », ces personnes qui se filment en train de jouer à des jeux vidéo – une de ses autres passions –, ne vivant parfois que de ça. Il explique : « Cet argent, je ne le méritais pas. Ce n’était pas du vrai travail. Cela m’a permis d’apprendre plein de trucs, au niveau du développement Web, par exemple. »
« C’est arrivé à un point où je dépassais des services légaux »
Un hobby très prenant, mais extrêmement gratifiant lorsqu’il reçoit sur Twitter de nombreux messages de remerciements. « C’est arrivé à un point où je dépassais des services légaux, à un point où j’entendais des gens parler de l’application dans la rue », explique le lycéen, face caméra, dans une vidéo qui s’affiche désormais sur la page d’accueil de son site.
Un message en forme de mea culpa qu’il indique avoir posté de sa propre initiative le lendemain de sa garde à vue. « Avis à toute personne voulant faire un site dans le même genre, je vous le déconseille fortement », peut-on lire dans le court texte accompagnant la vidéo.

   


En septembre 2017, le site ArTV.watch était fréquenté chaque mois par 150 000 internautes français uniques, selon les données de Médiamétrie (chargé de calculer l’audimat).
D’autant que l’été n’a pas été de tout repos pour les services légaux. Le 28 août, la surcharge des serveurs d’OCS (groupe Orange) a par exemple privé les abonnés du tant attendu épisode final de la septième saison de Game of Thrones. Des déboires qu’a connus récemment RMC Sport (Altice/SFR) lors de la première soirée de Ligue des champions et qui ont « beaucoup fait rire » Vincent : « Ils n’arrivent pas à faire fonctionner un service pour lequel les gens paient, alors que moi je fournissais quelque chose de potable gratuitement… »
La plate-forme en vient à être classée parmi les 150 APP Android
Ce sont ces « soucis chez les services officiels » et « le bouche-à-oreille » qui expliquent la croissance fulgurante des connexions à ArTV. Son site, qu’il gérait seul derrière son écran, était bien sûr confronté aux mêmes problèmes d’affluence les soirs de rencontres au sommet. Malgré quelques ralentissements, voire des black-out aux heures de pointe, la plateforme en vient à être classée parmi les 150 Applications Android les plus utilisées sur le Play Store de Google. Elle y est d’ailleurs toujours disponible, mais ne diffuse plus qu’un message d’adieu. Les services IPTV auprès desquels ils se fournissaient, sans doute gérés depuis l’étranger, sont en revanche toujours actifs.
« C’est légal ce que tu fais ? »
En cette rentrée scolaire 2017, ce succès étonne Vincent, qui se sent parfois un peu dépassé. Mais il ne prend toujours pas conscience qu’il risque gros. Plutôt que de fermer son site, il ne pense qu’à l’améliorer. « C’est légal ce que tu fais ? », lui demandent parfois ses parents, qui ne savent jamais très bien ce que leur fils fait pendant des heures derrière son écran. « On n’y connaît rien du tout, raconte la mère de l’adolescent. L’ordinateur c’est la nounou facile… »
Une « nounou » qui le couve depuis l’âge de ses 4 ans, et lui a même appris à lire. Préoccupée par des problèmes de santé, la mère de Vincent ne cherche pas à pousser plus loin ses investigations. « Vincent a toujours eu le cœur sur la main. Il a été dépassé par cette passion. Internet, c’est peut-être bien mais c’est dangereux. »
Aujourd’hui, elle ne comprend pas pourquoi elle n’a pas été alertée par les autorités avant que la police ne sonne à la porte de son appartement un matin de décembre alors que le mal était déjà fait. Vincent dit n’avoir reçu qu’un courrier de France 2 lui demandant de retirer la chaîne de sa plate-forme. « Ce que j’ai fait immédiatement », assure le jeune homme. Mais rien de la part des groupes Canal+ et M6, qui sont pourtant à l’origine de la plainte.

   


Juste avant la fermeture, le webmaster ne sait pas exactement combien d’internautes utilisent son site, mais l’application comptait 800 000 utilisateurs actifs. A cette période, il dépense « dans les 2 000 euros » chaque mois pour faire tourner la machine.
Ces sommes transitent par le compte PayPal créé par « quelqu’un d’autre » à la demande de Vincent, qui ne peut pas le faire lui-même, n’étant pas encore majeur. « C’est pour ça que nous n’étions pas au courant », explique sa mère, qui n’observe aucun mouvement particulier sur le compte bancaire de l’adolescent.
Sa mère n’observe aucun mouvement particulier sur le compte de l’adolescent
Vincent était-il vraiment naïf au point de n’avoir jamais réfléchi à la question de l’argent au-delà du paiement des serveurs ? Difficile de le dire à ce stade. On peut également s’interroger sur les intentions de la personne se trouvant derrière le compte PayPal. Il n’est pas impossible que l’adolescent ait été en partie manipulé par un ou plusieurs individus aux intentions bien moins louables que les siennes. Là encore, ce sera à la justice de tirer tout cela au clair.
Un cas à part
Malgré le nombre impressionnant de visiteurs, ArTV n’avait pas grand-chose à voir avec d’autres sites du même type, comme Beinsport-streaming.com, fermé en juin à la suite d’une nouvelle plainte de l’ALPA. Comme de nombreux sites de ce type, celui-ci faisait partie d’un vaste réseau autrement plus organisé et lucratif, brassant plusieurs centaines de milliers d’euros, précise au Monde Frédéric Delacroix, délégué général de l’Association.
Une forme de gestion plus lucrative commençait à apparaître
Ce dernier précise toutefois qu’ArTV prenait, quelques semaines avant sa fermeture, une voie un peu différente de celle qu’elle avait empruntée jusqu’alors. Une forme de gestion plus lucrative de la plate-forme aurait, selon lui, commencé à apparaître. Mais la vocation et la gestion initiale d’ArTV en font tout de même un cas bien à part. Si ces deux fermetures ont porté un coup au streaming illégal français, les solutions de repli sont nombreuses et menacent plus que jamais l’économie des chaînes à péage.
Pour endiguer le phénomène, le rapport parlementaire porté par la députée (La République en marche) des Yvelines Aurore Bergé sur la « régulation de la communication audiovisuelle à l’ère numérique », présenté en octobre, préconise de « créer un dispositif spécifique permettant de bloquer temporairement, dans des délais extrêmement brefs, l’accès aux pages de site diffusant sans autorisation des contenus en live streaming ».
La nouvelle loi sur l’audiovisuel, qui devrait voir le jour en 2019, pourrait donner plus de prérogatives à l’Hadopi. La Haute autorité pour la diffusion des œuvres et la protection des droits sur Internet n’a pour l’instant aucune prise sur le streaming.

   


De son côté, entre la gestion du site et ses ennuis judiciaires, Vincent, qui n’a « jamais eu grande confiance en l’école », a mis un peu ses études de côté et a redoublé sa première. Son objectif reste de passer un bac pro systèmes numériques, mais il n’a pour l’instant pas réussi à trouver d’employeurs. Dix mois après la fermeture de sa plate-forme, il espère que son procès aura lieu le plus tôt possible, pour pouvoir passer à autre chose et réfléchir à l’avenir.

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<filname="SURF-0,2-3236,1-0,0-9"> ¤ Selon une étude du CSA, l’offre jeunesse des chaînes publiques et privées s’adresse surtout aux enfants, laissant de côté les adolescents.
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Les adolescents, grands oubliés de la télévision française

Selon une étude du CSA, l’offre jeunesse des chaînes publiques et privées s’adresse surtout aux enfants, laissant de côté les adolescents.



LE MONDE ECONOMIE
 |    20.10.2018 à 11h33
    |

                            Alexandre Berteau








                        



                                


                            

La télévision française ne favorise pas l’ouverture d’esprit et l’imaginaire des adolescents. C’est, en substance, le constat dressé par Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) dans une étude publiée dimanche 14 octobre, à l’occasion du MIPJunior, le festival des programmes pour enfants organisé à Cannes.
Selon le CSA, les chaînes gratuites et payantes peuvent certes se targuer de proposer un volume abondant de contenus destinés à la jeunesse. Mais cette offre étant « constituée essentiellement de programmes à visée ludique et récréative », elle s’adresse surtout aux enfants, note le document. De fait, alors que « les dessins animés sont surreprésentés », les fictions et les émissions d’information dévolues aux adolescents se font rares.
Les conséquences de ce manque de diversité ne sont pas anodines. Faute de contenus spécifiques à leur âge, les jeunes de plus de 11 ans n’ont d’autre choix que de se tourner vers l’offre grand public, et notamment la télé-réalité et le sport, observe le CSA. En 2016, un tiers des programmes les plus regardés par les 11-18 ans étaient des grandes compétitions sportives.

Les rendez-vous d’actualité pour adolescents sont encore peu nombreux. Seules Arte, France 4 et LCI ont installé un journal télévisé pour les jeunes téléspectateurs. Pourtant, « ils ont besoin d’explications adaptées pour les aider à décrypter le monde qui les entoure », estime Carole Bienaimé Besse, membre du CSA et présidente du groupe de travail sur la protection de la jeunesse.
Fuite vers Netflix et YouTube
La fiction apparaît comme l’autre parent pauvre des grilles de programmes jeunesse. Quant aux rares séries et téléfilms existants, ce sont bien souvent des productions étrangères. Or, « pour se construire, les adolescents ont besoin de pouvoir s’identifier à des personnages qui leur ressemblent, qui font face aux mêmes problématiques, dans un décor qui leur est familier »,...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3236,1-0,0-10"> ¤ Les implications sociales, politiques et anthropologiques de l’économie de l’attention sont devant nous, explique Yves Citton, son meilleur spécialiste en France, dans une tribune au « Monde ».
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Big data : « Ce sont désormais nos “traces attentionnelles” qui font l’objet du commerce »

Les implications sociales, politiques et anthropologiques de l’économie de l’attention sont devant nous, explique Yves Citton, son meilleur spécialiste en France, dans une tribune au « Monde ».



LE MONDE ECONOMIE
 |    19.10.2018 à 17h30
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Yves Citton (professeur de littérature et media à l’université Paris 8)







                        



                                


                            
Tribune. On parle beaucoup d’« économie de l’attention » depuis 1995, date à laquelle Michael Goldhaber, professeur à Berkeley, suggérait (scandaleusement) que l’attention aurait désormais davantage de valeur que l’argent lui-même. Cette date correspond à une prise de conscience large de ce qu’Internet allait bouleverser dans nos usages culturels. Des quantités absolument inédites de contenus (textes, enregistrements audiovisuels) sont devenues disponibles d’un simple clic. Cela a mis littéralement les récepteurs dans « l’embarras du choix », et cela a contraint les émetteurs à une quête de plus en plus désespérée d’une ressource devenue la plus rare et la plus précieuse de toutes : l’attention (aussi baptisée « temps de cerveau disponible »).
En termes économiques : le « coût d’opportunité » d’accorder son attention à ceci plutôt qu’à cela a explosé en quelques années. Nous commençons à peine à en percevoir les implications sociales, politiques et anthropologiques.
Une première définition (trop) large de l’économie de l’attention reflète ce bouleversement. Alors que l’économie traditionnelle se concevait comme l’utilisation optimisée de ressources rares afin de produire autant et aussi bien que possible, l’économie de l’attention se pose des problèmes de réception : comment parvenir à attirer sur les biens culturels produits l’attention nécessaire à leur valorisation ? Au-delà des nouvelles lois et équations économiques proposées pour formaliser une telle économie, au-delà de la gestion du temps d’attention des employés d’une entreprise, c’est bien une nouvelle logique sociale qu’ont tenté de comprendre les premiers théoriciens comme Michael Goldhaber, Jonathan Crary ou, en France, Dominique Boullier.
La publicité, le taylorisme…
Formuler le problème en ces termes montre toutefois que l’économie de l’attention n’est pas née en 1995. Dès la Grèce antique, la rhétorique a toujours eu pour tâche d’attirer et de...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3236,1-0,0-11"> ¤ Les algorithmes peuvent nous priver de la liberté de choisir dans un univers numérique où ce choix n’a pourtant jamais été aussi large, décryptent les chercheurs en informatique Gilles Dowek et Serge Abiteboul, dans une tribune au « Monde ».
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Big data : « Prenons garde à qui nous vendons notre attention »

Les algorithmes peuvent nous priver de la liberté de choisir dans un univers numérique où ce choix n’a pourtant jamais été aussi large, décryptent les chercheurs en informatique Gilles Dowek et Serge Abiteboul, dans une tribune au « Monde ».



LE MONDE ECONOMIE
 |    19.10.2018 à 17h30
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Gilles Dowek (chercheur à l’Institut national de recherche en informatique et en automatique (Inria)) et Serge Abiteboul (chercheur à l’Institut na...







                        



                                


                            
Tribune. En 2004, Patrick Le Lay a créé une polémique en déclarant que TF1 vendait « du temps de cerveau disponible » – c’est-à-dire de l’attention – à ses annonceurs. Sans doute, aurait-il moins scandalisé s’il avait déclaré que les recettes de TF1 provenaient des annonceurs, dont elle diffusait les messages publicitaires. Pourtant, ces deux phrases disent exactement la même chose : l’« économie de l’attention » n’est qu’une reformulation d’une idée ancienne : celle de financer un service gratuit par la publicité. Rien de nouveau sous le soleil.
Avec l’invention du Web en 1990, la quantité d’information gratuitement disponible a explosé. De nombreux services « gratuits » ont émergé, partiellement ou totalement financés par la publicité, qui ont pris une place considérable dans nos vies : moteurs de recherche, réseaux sociaux… Ces services captent une part de plus en plus importante de la publicité. Pourtant, si la quantité d’information disponible a explosé, chacun et chacune de nous reçoit exactement la même manne d’une minute d’attention que l’homme des cavernes. Celle-ci étant ainsi devenue relativement plus rare, il faut faire beaucoup d’efforts pour l’attirer. Ainsi, même pour annoncer un séminaire à l’université, il devient parfois nécessaire de « buzzer », c’est-à-dire d’attirer l’attention. Les entreprises se battent pour l’accaparer, pour la concentrer. Nous assistons à ce phénomène étrange d’entreprises qui, dans ce but, investissent et perdent de l’argent dans un premier temps. Une fois arrivées à leurs fins, elles valorisent cette attention, par exemple avec la publicité.
Chacun et chacune de nous reçoit exactement la même manne d’une minute d’attention que l’homme des cavernes. Celle-ci étant ainsi devenue relativement plus rare, il faut faire beaucoup d’efforts pour l’attirer
Est-ce utile ou non de vouloir ainsi attirer l’attention des individus sur un produit ? La publicité pour le café, par exemple, provoque...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3236,1-0,0-12"> ¤ L’intersyndicale a été reçue au ministère de la culture et en appelle à Franck Riester.
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Les journalistes de Mondadori manifestent contre leur rachat par Reworld Media

L’intersyndicale a été reçue au ministère de la culture et en appelle à Franck Riester.



LE MONDE ECONOMIE
 |    19.10.2018 à 11h47
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                            Alexandre Berteau








                        



   


Franck Riester était ministre de la culture depuis seulement 48 heures, ce jeudi 18 octobre, quand quelques centaines de salariés de Mondadori France se sont rassemblés devant le ministère occupé il y a peu encore par Françoise Nyssen.
Pancartes et mégaphone à la main, journalistes, photographes et maquettistes des magazines du groupe italien (Grazia, Closer, Science et Vie, Télé Star…) sont venus lui faire part de leur inquiétude, à l’appel de l’intersyndicale de l’éditeur contrôlé par Silvio Berlusconi. Le 27 septembre, ils ont appris que Mondadori France pourrait bientôt être racheté par Reworld Media, les deux groupes étant entrés en négociations exclusives. Un scénario auquel les salariés s’opposent fermement, tant ils redoutent les pratiques sociales de l’entreprise.
Car ici, tous ont à l’esprit ce que sont devenus les titres déjà absorbés par Reworld. En 2013, la société fondée un an plus tôt a acquis Marie France, Gourmand, ou encore Vie pratique. Deux ans après, elle a mis la main sur huit magazines de Lagardère (Be, Auto-Moto, Maison & Travaux, Pariscope…). « On sait très bien que l’on va subir la même purge », craint déjà un salarié de Grazia. Le visage de ces médias a bien changé une fois tombés dans l’escarcelle de Reworld. Incités à prendre leur clause de cession, presque tous les journalistes des magazines de Lagardère et de Marie France ont été poussés vers la sortie dans les mois ayant suivi l’acquisition. Au point qu’à peine une demi-douzaine d’entre eux exerce encore à Reworld aujourd’hui. Be et Pariscope, eux, ont cessé de paraître en kiosque.
Entre journalisme et publicité
Quand elle n’est pas sous-traitée à des agences spécialisées, la rédaction est désormais effectuée par des « chargés de contenu ». Un terme devenu le symbole du modèle économique de Reworld Media sur le numérique, fondé sur la vente d’articles promotionnels à des marques. « Ce sont souvent des jeunes stagiaires ou des gens payés comme autoentrepreneurs. Ils doivent écrire un quota d’articles chaque jour », décrit un ancien journaliste de l’entreprise, venu soutenir les salariés de Mondadori.
Cette porosité assumée entre journalisme et publicité inquiète les plumes du groupe transalpin. « Hormis son nom, Reworld Media n’a rien d’un média. C’est un support publicitaire pour les marques, assène une rédactrice de Science & Vie, tout en maintenant brandie sa pancarte. Ils ne comprennent pas que journaliste et communicant sont deux métiers différents. »
Malgré l’hostilité suscitée par ce potentiel rachat, Reworld peut faire valoir sa solidité financière, dans un secteur de la presse magazine sinistré. Sa branche médias affiche un chiffre d’affaires de 31,2 millions d’euros au premier semestre 2018, pour un résultat net de 2,8 millions d’euros, en hausse de 40 % en un an. Et Pascal Chevalier, son président, tient à rassurer : « Je suis dans un vrai projet industriel. Entre Mondadori, spécialiste des magazines papier, et Reworld, très fort dans le digital, il peut y avoir un vrai échange de savoir-faire », a-t-il dit aux Echos, le 28 septembre.
Alors que les journalistes ayant pris part au rassemblement regagnaient leurs rédactions, l’intersyndicale de Mondadori a été reçue au ministère de la culture par Fabrice Casadebaig, sous-directeur de la presse écrite et des métiers de l’information. Ils en appellent désormais à Franck Riester, avec une revendication claire : empêcher Reworld de devenir le premier groupe de presse magazine français.

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                Magazines en France : remue-ménage en vue






                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3236,1-0,0-13"> ¤ Montrés du doigt dans le débat public, les sites qui diffusent de fausses informations continuent pourtant bien souvent de se financer grâce à la publicité en ligne.
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La publicité, première source de financement des sites de désinformation

Montrés du doigt dans le débat public, les sites qui diffusent de fausses informations continuent pourtant bien souvent de se financer grâce à la publicité en ligne.



LE MONDE
 |    18.10.2018 à 16h55
 • Mis à jour le
19.10.2018 à 14h59
    |

            Adrien Sénécat








                        


C’est un petit coin de page Web a priori banal. On y trouve, pêle-mêle, une annonce vantant les mérites d’un véhicule d’un constructeur, une autre invitant à essayer une « citadine » d’une autre marque, de la réclame pour un forfait téléphonique ou encore une invitation à acheter des chaussures soldées sur un site en ligne. En soi, il ne s’agit que d’une goutte d’eau dans l’océan de publicités qui inonde chaque jour nos écrans.

   


Ces bannières, nous les avons trouvées sur Santeplusmag.com. Un site certes très populaire sur les réseaux sociaux – 7,6 millions d’abonnés sur Facebook –, mais qui est aussi connu pour relayer un nombre significatif de fausses informations et d’articles sensationnalistes. On y trouve ainsi des affirmations fantaisistes, comme « le mélange de bicarbonate de soude et de miel peut changer votre vie pour toujours ».
Les liens publicitaires sont proposés aux lecteurs de ce site par Ligatus, une société spécialisée dans la vente d’annonces, qui collabore avec de nombreux médias (dont Le Monde). Concrètement, des entreprises paient pour apparaître sur des sites partenaires de Ligatus, cette dernière partageant ensuite les revenus avec les médias concernés.
Malgré sa propension à publier des articles fallacieux, Santeplusmag.com a été membre de grands réseaux publicitaires, comme Ligatus ou Taboola. Sollicitées dans le cadre de notre enquête, les deux entreprises nous ont cependant indiqué avoir mis fin à leur collaboration avec ce média, jugeant son contenu non conforme à leur charte respective. Le site peut, en revanche, toujours compter sur d’autres canaux publicitaires : il affiche ainsi encore des annonces issues d’AdSense, la régie de Google.
La mutation du marché publicitaire a permis ce phénomène
Cet exemple est emblématique, car il associe un site connu de la désinformation en matière de santé à plusieurs leaders de la publicité en ligne. Et il ne s’agit pas d’un cas isolé : en parcourant quarante grands sites qui nous apparaissent peu fiables dans le Décodex, nous avons repéré plus d’une vingtaine de modules publicitaires différents dans leurs pages. Signe que, s’ils sont régulièrement pointés du doigt parce qu’ils nuisent au débat public, les sites de désinformation n’ont guère de difficultés à trouver des partenaires commerciaux.
Avec la publicité programmatique, on achète de la visibilité non plus dans un média, mais dans des centaines de sites potentiels à la fois
L’une des explications à ce phénomène tient dans la mutation du marché publicitaire en ligne. Le modèle hérité de la presse écrite consistait à acheter des encarts publicitaires dans des médias spécialisés. Les annonceurs faisant en quelque sorte leur marché en fonction du type de public qu’ils souhaitent toucher. Ce modèle a vécu, désormais, le gros du gâteau passe par ce qu’on appelle la « publicité programmatique » : on n’achète plus une page dans un média, mais de la visibilité auprès d’un type de public.
Concrètement, un annonceur commence par fixer un budget pour sa campagne et tape à la porte d’une régie, qui va se charger de mettre en musique sa campagne de publicité. La plupart du temps, la prestation inclut un ciblage des internautes en fonction de leurs profils. Les bannières commerciales, elles, peuvent apparaître sur divers sites, pourvu qu’elles touchent les profils d’internautes ciblés. La distribution exacte des annonces est arbitrée par des algorithmes, suivant un système d’enchères.
Ce nouveau marché publicitaire rebat complètement les cartes. L’annonceur ne frappe plus à la porte des médias, mais de régies publicitaires spécialisées, dont les annonces peuvent être dispatchées sur des centaines de sites différents.
Google AdSense et Taboola, deux acteurs prisés des sites douteux
En ce qui concerne les sites mensongers français, deux circuits de monétisation se démarquent du lot : AdSense de Google et Taboola. Au moment de nos relevés, le 11 octobre, des publicités Google AdSense apparaissaient sur les pages de vingt-quatre des quarante sites peu fiables que nous avons parcourus. Des liens issus de Taboola apparaissaient, quant à eux, sur douze d’entre eux. Il s’agit autant de sites sensationnalistes, comme Sante-nutrition.org ou Topastuces.net, que d’antennes de propagande d’extrême droite, comme Dreuz. info et Europe-israel.org.
Ces observations n’ont rien d’exhaustif, mais donnent tout de même une tendance : aucun autre module publicitaire n’apparaissait ainsi, à notre connaissance, sur plus de cinq de ces sites. Ligatus, par exemple, n’est apparu au cours de nos recherches que sur Santeplusmag.com.
Contacté, le fondateur et directeur de Taboola, Adam Singolda, nous a assuré que « les fausses informations sont un sujet [qu’ils prennent] très au sérieux, tant [l’]entreprise que [lui] personnellement ». Il est vrai que Taboola a pris position publiquement dès 2016 sur le sujet et s’est doté d’une politique de contenus qui prohibe les publications haineuses, les injures et les informations mensongères.
En principe, tout membre du réseau doit adhérer à cette charte. « Dans un souci de garder notre réseau propre et sécurisé, nous avons rejeté des milliers d’URL qui ne sont pas conformes à notre règlement », affirme l’entreprise. La plupart des acteurs du marché ont d’ailleurs adopté des règlements comparables.
Réseaux et annonceurs rechignent à faire le tri en amont
Si les sites de désinformation ont si peu de difficultés à rejoindre l’un ou l’autre de ces circuits publicitaires, malgré cela, c’est parce que le tri ne se fait bien souvent qu’en aval. C’est-à-dire lorsqu’un site qui est déjà membre du réseau est pris la main dans le sac. En revanche, les acteurs du marché sont beaucoup plus réticents à l’idée d’intervenir en amont, c’est-à-dire avant de « brancher » un site à leur plate-forme.
L’exemple de Taboola l’illustre bien : après que nous l’avons sollicitée par courriel sur trois exemples problématiques, l’entreprise nous a recontactés en indiquant avoir analysé ces trois sites et constaté qu’ils contrevenaient à sa politique de contenus. Dès lors, Taboola « a décidé d’arrêter de collaborer avec [eux] et leur [ont] communiqué cette décision », nous a indiqué M. Singolda. L’entreprise a également affirmé qu’elle étudierait l’ensemble de nos signalements.
Contacté, Google n’a pas souhaité commenter de cas particuliers. L’entreprise nous a renvoyés vers le règlement du programme AdSense, précisant qu’il est possible pour tout internaute de lui signaler les sites dont le contenu serait contraire à sa charte. Les principaux cas prévus dans le formulaire n’ont cependant pas grand-chose à voir avec la désinformation (on y trouve les contenus pornographiques, les contenus violents, la vente d’armes ou de contrefaçons, etc.). La plate-forme se targue d’avoir retiré « 320 000 éditeurs » de son réseau pour violation de ses règles, mais cela n’empêche pas de grands sites de désinformation de toujours y figurer.
Si l’entreprise se montre aussi réservée sur la question, c’est vraisemblablement pour des questions économiques, bien sûr, mais aussi parce que le sujet est sensible politiquement. Aux Etats-Unis, Google a toujours refusé d’exclure le site d’extrême droite Breitbart d’AdSense.
« Des centaines d’annonceurs paient encore pour apparaître sur des sites de désinformation »
Au-delà des réseaux de publicité, les annonceurs eux-mêmes rechignent bien souvent à mettre les mains dans le cambouis. « On s’est aperçus que beaucoup ne sont bien souvent pas au courant du problème, laissant faire ceux qui pilotent les campagnes publicitaires », explique Pierre-Albert Ruquier, de l’entreprise Storyzy. Cette dernière monnaie justement aux publicitaires une liste de plus de vingt mille sites et chaînes de vidéos de désinformation, pour que leurs annonces n’apparaissent plus sur des sites douteux. Une activité qui en fait un bon observateur de l’écosystème.
« Il y a un vrai travail d’évangélisation à mener sur ce terrain » auprès des entreprises qui investissent dans la publicité en ligne, poursuit M. Ruquier. « En France, il y a des centaines d’annonceurs qui paient encore pour apparaître sur des sites de désinformation », sans forcément en avoir conscience, ajoute-t-il. Selon lui, autour de 2 % des publicités qui passent par des réseaux comme Google AdSense seraient affichées sur des sites peu fiables répertoriés par son entreprise.
Il est difficile de faire fortune avec un site de propagande, mais un site de taille correcte peut tout de même générer « quelques centaines ou milliers d’euros » par mois, estime Pierre-Albert Ruquier.
Faire pression sur les marques pour les responsabiliser
Les médias traditionnels, quant à eux, sont aussi concernés par ce problème. Ils côtoient de loin les sources les moins recommandables dans les réseaux, comme Taboola, Outbrain et Ligatus, ce qui pose des questions à la fois éthiques et financières (la prolifération de sites de mauvaise qualité a en effet tendance à déprécier la valeur de la publicité en ligne). Mais la presse, notamment à cause de sa fragilité économique, n’a jusqu’ici que peu pesé pour assainir le marché publicitaire.
Alors, la réaction est venue d’ailleurs. Des initiatives citoyennes ont émergé, la plus emblématique étant le collectif anonyme Sleeping Giants (les géants endormis), qui vise à faire pression sur les entreprises dont les publicités apparaissent sur des sites de propagande ou haineux. Par exemple, son antenne française interpelle régulièrement sur Twitter les marques qui apparaissent sur le site d’extrême droite Boulevard Voltaire.
A la fin 2017, le site Jeuxvideo.com avait fait l’objet d’une campagne du même type sur les réseaux sociaux. Des internautes appelaient alors les annonceurs du site à retirer leurs publicités pour dénoncer les campagnes de harcèlement en ligne émanant de ses forums. Plusieurs marques avaient alors décidé de suspendre leurs campagnes publicitaires sur le site, qui avait annoncé doubler le nombre de modérateurs salariés de ses forums.

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                Les fausses informations circulent de moins en moins sur Facebook



Si elles restent marginales pour l’heure, les campagnes de ce type sont peut-être l’une des clefs pour faire bouger les lignes. En nommant les acteurs concernés, elles rompent en effet avec le silence et l’hypocrisie qui prévaut depuis des années, permettant aux sites douteux de se financer en toute tranquillité.

Méthodologie et open data
Cette enquête s’appuie sur un corpus de 630 sites francophones analysés dans le cadre du Décodex, les répartissant en quatre grandes catégories : les sites parodiques (en bleu), les sites peu fiables (en rouge), les sites dont la fiabilité ou la démarche est douteuse (en orange) et les autres (sans couleur définie).
Nous avons ensuite analysé l’activité de ces sites sur les réseaux sociaux à partir des données fournies par l’outil BuzzSumo, de janvier 2015 à septembre 2018. Cela nous a permis de connaître le nombre d’articles publiés par ces sites, mois après mois, ainsi que l’« engagement » qu’ils ont suscité sur les réseaux sociaux (principalement Facebook), c’est-à-dire les partages, commentaires et mentions « j’aime ».
Les données utilisées dans cette enquête sont consultables ici. Par ailleurs, deux bases de données du Décodex sont disponibles sous licence Open Database Licence (ODbL). Chacun est donc libre de les réutiliser librement, à condition d’en citer la source (Les Décodeurs du Monde) et de partager le fruit de cette réutilisation dans les mêmes conditions. Il s’agit de :
Notre annuaire des sources d’information.Notre inventaire de plus de deux cents fausses informations et de plus de cinq mille liens qui les diffusent.





                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3236,1-0,0-14"> ¤ « Momo », comme on le surnommait, était un personnage truculent dont les conseils ont marqué plusieurs générations d’étudiants passés par l’Ecole supérieure de journalisme de Lille. Il est décédé le 15 octobre à Lille. Il avait 84 ans.
<filname="PROF-0,2-3236,1-0,0-14"> ¤                     
                                                   
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La mort de Maurice Deleforge, ancien directeur des études de l’ESJ Lille

« Momo », comme on le surnommait, était un personnage truculent dont les conseils ont marqué plusieurs générations d’étudiants passés par l’Ecole supérieure de journalisme de Lille. Il est décédé le 15 octobre à Lille. Il avait 84 ans.



LE MONDE
 |    18.10.2018 à 15h49
 • Mis à jour le
19.10.2018 à 11h30
    |

                            Richard Herlin








                        



                                


                            

Maurice Deleforge est mort le 15 octobre 2018 à Lille, deux jours avant ses 85 ans. Cette phrase, en guise d’incipit, paraîtra à certains d’une brutalité toute journalistique. Chez celles et ceux qui ont connu l’homme qui fut directeur des études de l’Ecole supérieure de journalisme (ESJ) de Lille trente-quatre années durant, elle pourrait réveiller l’écho d’une des formules dont « Maurice » avait le secret. Ainsi, par exemple, répétait-il au cours des années qui virent se succéder dans « son » école des centaines d’étudiants en journalisme : « Quand il pleut, écrivez “il pleut” »…
La formule, lapidaire, pourrait laisser accroire que le directeur des études, qui dispensait également des cours d’écriture, se faisait le chantre d’un style journalistique des plus dépouillés, celui des agences de presse, des « cinq W » (who, what, where, when, why) du journalisme anglo-saxon. Pourtant, son inspiration venait davantage de la culture classique : de saint Augustin, des rhéteurs grecs ou latins, tel Quintilien. Car Maurice Deleforge n’était pas journaliste mais professeur de français, formé au grec et au latin, à la littérature. Et amoureux de la langue française.
Catholique, croyant, pratiquant
Parmi les ouvrages dont la lecture était obligatoire pour suivre son enseignement figurait Choses vues, de Victor Hugo. Et, parmi celles et ceux qui le connurent à partir des années 1970, certains notèrent une ressemblance certaine de « Momo » avec « Totor », arborant barbe et cheveux blancs. Et peut-être même un clin d’œil à L’Art d’être grand-père dans le titre de son livre publié en 1972, Etre père (Fleurus)…
Maurice Deleforge était né en 1933, soit neuf ans après que l’Université catholique de Lille eut décidé de fonder une école de journalisme, à une époque où l’Eglise entendait donner à la profession de « bonnes mœurs ». Il était catholique, croyant, pratiquant et se disait proche dans les années 1960...




                        

                        


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<filnamedate="20181023"><AAMM="201810"><AAMMJJ="20181023"><AAMMJJHH="2018102319">
<filname="SURF-0,2-3236,1-0,0-15"> ¤ L’industriel tchèque est en négociations exclusives avec Matthieu Pigasse, qui va lui revendre une part minoritaire de la holding par laquelle il est présent au capital du journal.
<filname="PROF-0,2-3236,1-0,0-15"> ¤                     
                                                   
édition abonné


« Elle », « Marianne », « Le Monde »… l’offensive de Daniel Kretinsky dans les médias français

L’industriel tchèque est en négociations exclusives avec Matthieu Pigasse, qui va lui revendre une part minoritaire de la holding par laquelle il est présent au capital du journal.



LE MONDE ECONOMIE
 |    18.10.2018 à 12h09
 • Mis à jour le
19.10.2018 à 11h37
    |

            François Bougon et 
Alexandre Piquard








                        



                                


                            
Après avoir racheté le magazine Elle, fleuron de la presse féminine, et l’hebdomadaire Marianne, le milliardaire tchèque Daniel Kretinsky s’intéresse au Monde. Un des actionnaires majoritaires du quotidien, Matthieu Pigasse, a confirmé, mercredi 17 octobre, les informations de la rédaction du Monde selon lesquelles il souhaitait revendre une partie de ses parts à l’industriel tchèque : le banquier d’affaires de Lazard est entré en négociations exclusives pour céder entre 40 % et 49 % de sa société Le Nouveau Monde, créée pour détenir sa participation dans Le Monde, qu’il contrôle aux côtés de Xavier Niel, le fondateur de Free.
M. Pigasse cherchait ces derniers mois à trouver un partenaire pour l’épauler financièrement. Mais il assure qu’il a l’intention de garder le contrôle du Nouveau Monde, ainsi que de sa société de médias Les Nouvelles Editions Indépendantes (LNEI : Les Inrocks, Nova…), qui détient la première. Il affirme aussi son intention de rester le cogérant du groupe Le Monde et de L’Obs, à travers la société Le Monde Libre. Dans un communiqué, LNEI précise vouloir conclure avec M. Kretinsky « un partenariat stratégique » qui « permettra aux deux groupes de bénéficier de leurs expertises respectives dans le domaine des médias en Europe, de faire ainsi jouer leurs complémentarités et de générer des synergies opérationnelles. » Contacté, Xavier Niel n’a pas souhaité répondre à nos questions.

Mardi, une source officielle tchèque a affirmé au Monde que l’intention de M. Kretinsky était de « racheter » le journal. Mais du côté de l’industriel, dirigeant du groupe énergétique EPH et du premier groupe de médias de son pays, Czech Media Invest (CMI), on nie avoir cette intention. Le pôle d’indépendance du Monde – regroupant notamment les sociétés des rédacteurs, des lecteurs et des employés – a dénoncé, pour sa part, la « brutalité »...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3236,1-0,0-16"> ¤ Cet industriel, qui dirige l’entreprise énergétique EPH et détient le premier groupe de médias tchèque, est décrit comme « proeuropéen ».
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Daniel Kretinsky, le milliardaire tchèque qui veut conquérir Paris

Cet industriel, qui dirige l’entreprise énergétique EPH et détient le premier groupe de médias tchèque, est décrit comme « proeuropéen ».



LE MONDE ECONOMIE
 |    18.10.2018 à 12h08
    |

            Blaise Gauquelin (Prague, envoyé spécial)








                        



                                


                            
Il veut « racheter Le Monde », selon une source officielle tchèque, mais c’est au Figaro qu’il a accordé, en avril, sa seule interview à la presse française. Il place l’éditorialiste souverainiste Natacha Polony à la direction de la rédaction de Marianne, après avoir acquis l’hebdomadaire, tout en croyant pouvoir rester discret sur ses intentions. Qui est donc Daniel Kretinsky, cinquième fortune de la République tchèque ? « Il a un important business plan et veut vivre un jour dans la capitale française », affirme cette même source praguoise. « Et il parle très bien votre langue. »

Ce milliardaire, né à Brno, la deuxième ville tchèque, en 1975, entretiendrait, affirme le magazine Forbes, une liaison avec Anna Kellner, la fille de Petr Kellner, l’homme le plus riche du pays. Il n’apparaît pas comme étant proche, a priori, du premier ministre, lui aussi milliardaire, Andrej Babis. Bien au contraire : une guerre de positions et d’influence semble se jouer entre différents clans économiques de ce pays de 10,5 millions d’habitants.
Le magnat a « fait son droit » et étudié les sciences politiques, avant de travailler pour le cabinet d’avocats Gottweis & Partner. Son activité commence à décoller lorsqu’il rejoint le groupe financier J & T à Prague, en 2003. Cette ascension fulgurante se serait en partie effectuée avec la bienveillance du milliardaire Martin Roman, l’ex-patron du géant d’électricité CEZ.
Multiples rachats dans les médias
Industriel, M. Kretinsky est le dirigeant du groupe énergétique EPH et actionnaire majoritaire du premier groupe de médias de son pays, Czech Media Invest (CMI), revendiquant 3,25 millions de lecteurs en République tchèque, soit 37 % de la population âgée de 12 ans à 79 ans.
En avril, il a racheté les radios de Lagardère Active en République tchèque, Pologne, Roumanie et Slovaquie pour 73 millions...




                        

                        


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Le charbon et le gaz, les paris rémunérateurs du groupe de Daniel Kretinsky

EPH, le groupe tchèque détenu par le milliardaire qui investit dans les médias, a multiplié les rachats de centrales à charbon. Un pari rémunérateur, mais de court terme.



LE MONDE
 |    17.10.2018 à 20h59
 • Mis à jour le
18.10.2018 à 11h18
    |

                            Nabil Wakim








                        



                                


                            

Au premier abord, la stratégie du tchèque EPH – propriété du milliardaire Daniel Kretinsky, qui est en discussion pour entrer dans le groupe de Matthieu Pigasse, actionnaire à titre individuel du Monde – peut paraître déconcertante : depuis sa création, en 2009, ce groupe énergétique multiplie les acquisitions dans le charbon et le gaz. Au moment où l’Europe cherche à réduire ses émissions de gaz à effet de serre, beaucoup de groupes du secteur ont fait le choix de se débarrasser de leurs centrales à charbon et au gaz.
De fait, EPH investit à contre-courant du marché, le groupe ayant racheté des centrales charbon et lignite en Allemagne, en Italie et au Royaume-Uni. Il est aussi très présent dans les énergies fossiles en Europe centrale. « Du point de vue pratique et moral, nous considérons comme incorrect le rejet des sources d’énergie nécessaires pour répondre aux besoins fondamentaux des habitants d’Etats européens », justifiait en 2017 Daniel Castvaj, porte-parole du groupe.

Investissements en Allemagne
La stratégie du groupe est en réalité assez simple : acquérir à un prix avantageux des actifs dont les autres groupes veulent se débarrasser et profiter de leur rentabilité actuelle. Autrement dit, le futur du charbon est hasardeux en Europe mais EPH peut espérer que ces investissements soient très rentables pendant les dix ou vingt prochaines années. EPH est concurrencé dans cette stratégie par un autre groupe tchèque, Sev.en Energy, lui aussi dirigé par un milliardaire, Pavel Tykac.
Une logique d’autant plus rentable à court terme que, dans certains pays, ces centrales font l’objet d’engagements de production auprès de l’Etat pour assurer la production en cas d’insuffisance de la part des énergies renouvelables ou de forte demande des consommateurs.
C’est notamment le cas en Allemagne, où la transition énergétique a conduit à développer massivement les énergies renouvelables, mais où les centrales...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3236,1-0,0-19"> ¤ Selon nos informations, Matthieu Pigasse est entré en négociations exclusives avec l’industriel pour lui revendre une part minoritaire de la holding via laquelle il est présent au capital du journal.
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Article sélectionné dans La Matinale du 17/10/2018
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Le milliardaire tchèque Kretinsky négocie son entrée dans le groupe de Matthieu Pigasse, actionnaire du « Monde »

Selon nos informations, Matthieu Pigasse est entré en négociations exclusives avec l’industriel pour lui revendre une part minoritaire de la holding via laquelle il est présent au capital du journal.



LE MONDE
 |    17.10.2018 à 17h57
 • Mis à jour le
18.10.2018 à 11h21
    |

            Blaise Gauquelin (Prague, envoyé spécial), 
François Bougon et 
Alexandre Piquard








                        



   


Un des actionnaires majoritaires du Monde, Matthieu Pigasse, négocie la revente d’une partie de ses parts à l’industriel tchèque Daniel Kretinsky, selon nos informations, confirmées par M. Pigasse : celui-ci est entré en négociations exclusives pour céder entre 40 % et 49 % de sa société Le Nouveau Monde, créée pour détenir sa participation dans Le Monde, qu’il contrôle aux côtés de Xavier Niel, le fondateur de Free.
Le banquier d’affaires de Lazard cherchait ces derniers mois à trouver un partenaire pour l’épauler financièrement. Mais il assure qu’il a l’intention de garder le contrôle du Nouveau Monde, ainsi que de sa société de médias Les Nouvelles Editions indépendantes (Les Inrocks, Nova…), qui détient la première. Et aussi de rester le cogérant du groupe Monde et de L’Obs, à travers la société Le Monde libre (LML). Contacté, Xavier Niel n’a pas souhaité répondre à nos questions. M. Kretinsky et ses représentants n’ont pu être joints.
« Complémentarités et synergies opérationnelles »
Une source officielle tchèque a affirmé, mardi 16 octobre au Monde que l’intention de M. Kretinsky était de « racheter Le Monde ». L’industriel est dirigeant du groupe énergétique EPH et du premier groupe de médias de son pays, Czech Media Invest (CMI). Il est aussi devenu propriétaire de Marianne et d’une partie du pôle magazine du groupe Lagardère.
Dans un communiqué, Les Nouvelles Editions Indépendantes ont confirmé des négociations exclusives avec le groupe CMI, en vue de « la conclusion d’un partenariat stratégique » qui « permettra aux deux groupes de bénéficier de leurs expertises respectives dans le domaine des médias en Europe, de faire ainsi jouer leurs complémentarités et de générer des synergies opérationnelles ». 
L’offensive de M. Kretinsky dans les médias français soulève des questions. Avocat ayant fait fortune dans l’énergie, il était, encore récemment, inconnu en France, même s’il a effectué une partie de ses études de droit à Dijon, à l’université de Bourgogne. « Je suis francophone et francophile », expliquait-il en avril au Figaro, dans sa seule prise de parole médiatique.
Sa filiale CMI – détenue à 50 % – possède en République tchèque trois quotidiens, dont le tabloïd Blesk, des portails d’information et vingt-neuf magazines, ainsi que des titres féminins et des revues. Elle a été bâtie à partir du rachat, en 2013, des actifs en République tchèque des groupes de presse suisse et allemand Ringier et Axel Springer, pour un montant de 170 millions d’euros. Mais en France, le groupe de M. Kretinsky n’est apparu dans le paysage médiatique que ces derniers mois.

        Lire (en édition abonnés) :
         

          Daniel Kretinsky, l’ambitieux milliardaire tchèque à la conquête de la presse de l’Ouest



Son groupe énergétique, EPH, est très puissant en Europe de l’Est et a pris des positions en Allemagne, au Royaume-Uni et en Italie. Il a notamment investi, à contre-cycle, dans le charbon. Et il possède également 49 % du gazoduc Eurstream, l’un des principaux points d’entrée du gaz russe dans l’Union européenne (UE), mais M. Kretinsky a, en République tchèque, plutôt une image de proeuropéen. Dans l’Hexagone, il ne possède pas d’actifs significatifs, pour l’heure.

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          Le charbon et le gaz, les paris rémunérateurs du groupe de Daniel Kretinsky



Rachat en avril de « Marianne »
En avril, M. Kretinsky a racheté les radios de Lagardère Active en République tchèque, Pologne, Roumanie et Slovaquie pour 73 millions d’euros. Puis, dans la foulée, CMI est entré en négociations exclusives avec le groupe français pour l’acquisition de ses titres de presse magazine dans l’Hexagone, dont l’emblématique Elle (ainsi que Version Femina, Télé 7 Jours, France Dimanche, Ici Paris, Public, Art & Décoration).
Pour apaiser les craintes des salariés liées à la réputation de cost killer de l’homme d’affaires tchèque, Arnaud Lagardère a assuré, lors de l’assemblée générale du groupe, le 3 mai, que M. Kretinsky a « l’avantage de ne pas être un opérateur en France » : il « aura besoin de toutes les femmes et les hommes, il n’y aura pas de synergie comme pourrait l’envisager un autre acteur présent en France et qui pourrait avoir le réflexe de réduire les effectifs », a-t-il dit. L’acquisition est en train d’être finalisée et pourrait intervenir début 2019.
Daniel Kretinsky s’est également offert un journal français d’un autre genre, l’hebdomadaire d’opinion Marianne, dont le propriétaire cherchait un repreneur. Rapidement, il a nommé comme directrice Natacha Polony, l’éditorialiste souverainiste, malgré certaines résistances en interne.
Interrogé en avril, la filiale médias CMI affirmait vouloir « chercher des opportunités d’investissement dans toute l’Europe ». Dans Le Figaro, en avril, M. Kretinsky avait expliqué ne rien « exclure pour le futur, que ce soit en France ou en Europe ». « Mais notre priorité est la France », avait-il ajouté.

   



Communiqué du Pôle d’indépendance
Le Pôle d’indépendance, qui regroupe les sociétés de rédacteurs, salariés, lecteurs et fondateurs du groupe Le Monde apprend que Matthieu Pigasse a la volonté de céder une participation minoritaire dans sa holding Le Nouveau Monde. Depuis 2010, c’est à travers cette société que Matthieu Pigasse est actionnaire majoritaire du groupe Le Monde au sein du Monde libre (LML) aux côtés de Xavier Niel et de Madison Cox (ayant droit de Pierre Bergé).
L’acquéreur est l’homme d’affaires tchèque Daniel Kretinsky. Il a fait fortune dans son pays dans le secteur de l’énergie et a créé Czech Media Invest (CMI) qui est devenu le premier groupe de presse tchèque. En France, il possède l’hebdomadaire Marianne et finalise notamment le rachat d’Elle, Télé 7 jours, Ici Paris et France Dimanche.
Face à la brutalité de cette annonce, le Pôle d’indépendance souhaite s’entretenir rapidement avec les actionnaires majoritaires du groupe. Il demande également à rencontrer M. Kretinsky ou son représentant en France pour éclaircir ses intentions et obtenir de sa part les garanties indispensables du respect des valeurs et règles d’indépendance qui régissent l’ensemble des titres du groupe Le Monde.
Le Pôle d’indépendance organisera dans les plus brefs délais une réunion d’information des personnels.
Société des rédacteurs du « Monde », Société civile des publications de « La Vie » catholique, Société des lecteurs du « Monde », Société des cadres du « Monde », Société des employés du « Monde », Société des personnels du « Monde », Société des personnels de « Courrier international », Association des actionnaires minoritaires du « Monde »





                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3236,1-0,0-20"> ¤ Des sites de désinformation grossière rivalisent avec des médias bien installés sur les réseaux sociaux, rappelle une étude des Décodeurs du « Monde ».
<filname="PROF-0,2-3236,1-0,0-20"> ¤                     
                                                

Info contre intox, une guerre en ligne à armes inégales

Des sites de désinformation grossière rivalisent avec des médias bien installés sur les réseaux sociaux, rappelle une étude des Décodeurs du « Monde ».



LE MONDE
 |    17.10.2018 à 12h02
 • Mis à jour le
17.10.2018 à 12h06
    |

            Adrien Sénécat








                        



   


Le postulat de départ était simple : plus une publication récolte de mentions « j’aime », de partages ou de commentaires sur Facebook, plus elle doit avoir de la valeur. C’est, en tout cas, autour de ce critère, parmi d’autres, que la plate-forme a posé les jalons de son algorithme qui hiérarchise le contenu de son fil d’actualité. Un savant dosage qui n’a cessé de se complexifier au fil des années et dont le détail reste toujours secret.
Sauf que la sauce a viré à l’aigre au fil du temps. Pour comprendre, prenons l’exemple de deux sites que tout ou presque oppose. D’un côté, Liberation.fr, un média d’information généraliste alimenté par plus d’une centaine de journalistes. De l’autre, Lagauchematuer.fr, un blog d’opinions créé par un ex-militant UMP, Mike Borowski, et nourri par une dizaine de contributeurs.
A première vue, la comparaison entre une rédaction reconnue et un site souvent approximatif, connu pour avoir véhiculé des dizaines de fausses informations grossières, pourrait faire sourire. Mais au petit jeu de la viralité, c’est pourtant bien Lagauchematuer.fr qui l’emporte : sur l’ensemble de l’année 2017, le blog totalisait 13,6 millions de mentions « j’aime », de partages et de commentaires sur Facebook, quand « Libé » devait se contenter de 11,4 millions, selon les données que nous avons compilées.
« Le contenu de l’article ne compte pas vraiment »
Certes, les sites de désinformation de cette ampleur sont rarissimes. Sur les cent sources francophones les plus virales, entre début 2015 et septembre 2018, que nous avons analysées, soixante-seize nous apparaissent plutôt fiables dans le Décodex. Il n’en reste pas moins que le déséquilibre est flagrant : en jouant sur les bonnes ficelles, un site militant isolé, et pas forcément le plus élaboré, peut rivaliser avec une entreprise professionnelle sur les réseaux sociaux.
Pas besoin de stratégie élaborée : un titre choc et une image suffisent à appâter le chaland sur les réseaux sociaux. « Le contenu de l’article en lui-même ne compte pas vraiment », note Filippo Menczer, professeur d’informatique et directeur du centre de recherche sur les réseaux et les systèmes complexes de l’université de l’Indiana.
Il n’est, dès lors, pas surprenant que les sites de désinformation les plus grossiers tirent leur épingle du jeu : « Il y a une telle abondance d’information que les internautes vont juste cliquer sur ce qui attise leurs instincts. Cela peut être de l’indignation ou des affirmations qui renforcent leurs croyances », analyse-t-il. Comme la décision de cliquer ou non se fait en une fraction de seconde, les contenus sensationnalistes sortent logiquement du lot. Et les plates-formes comme Facebook ne pénalisent pas ces publications, tant qu’elles n’ont pas été signalées comme abusives par leurs utilisateurs.
Ce phénomène s’est en partie résorbé au cours des derniers mois, selon notre enquête. Alors que les publications des sites les plus mensongers ont suscité jusqu’à trois fois plus d’interactions sur Facebook que celles des sites plutôt fiables par le passé, cette « prime à l’intox » a en grande partie disparu.


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La viralité des intox sur Facebook a sensiblement diminué en trois ans
Engagement (partages, likes, commentaires) moyen des articles des sites des différentes catégories Décodex sur Facebook.

Source : Les Décodeurs



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Si l’amélioration est réelle, le problème de fond n’a pas changé : il est beaucoup moins coûteux de produire des contenus sensationnalistes par dizaines que de produire des informations approfondies. Et dans le grand supermarché de l’information en ligne, un coup de gueule en trois paragraphes, rédigé en quelques minutes, est placé juste à côté d’une enquête qui a nécessité des mois de travail.

        Lire aussi :
         

                Les fausses informations circulent de moins en moins sur Facebook




Méthodologie et open data
Cette enquête s’appuie sur un corpus de 630 sites francophones analysés dans le cadre du Décodex, les répartissant en quatre grandes catégories : les sites parodiques (en bleu), les sites peu fiables (en rouge), les sites dont la fiabilité ou la démarche est douteuse (en orange) et les autres (sans couleur définie).
Nous avons ensuite analysé l’activité de ces sites sur les réseaux sociaux à partir des données fournies par l’outil BuzzSumo, de janvier 2015 à septembre 2018. Cela nous a permis de connaître le nombre d’articles publiés par ces sites, mois après mois, ainsi que l’« engagement » qu’ils ont suscité sur les réseaux sociaux (principalement Facebook), c’est-à-dire les partages, commentaires et mentions « j’aime ».
Les données utilisées dans cette enquête sont consultables ici. Par ailleurs, deux bases de données du Décodex sont disponibles sous licence Open Database Licence (ODbL). Chacun est donc libre de les réutiliser librement, à condition d’en citer la source (Les Décodeurs du Monde) et de partager le fruit de cette réutilisation dans les mêmes conditions. Il s’agit de :
Notre annuaire des sources d’information.Notre inventaire de plus de deux cents fausses informations et de plus de cinq mille liens qui les diffusent.





                            


                        

                        

